CRITIQUE, opéra. OLDENBOURG, Opéra, le 3 nov 2021. RAMEAU : Les Boréades. Alexis Kossenko / Christoph von Bernuth

RAMEAU-jean-philippe-portrait-concert-critique-classiquenews-JEUNE-ORCHESTRE-RAMEAU-carre-grand-formatCRITIQUE, opéra. OLDENBOURG, Opéra, le 3 nov 2021. RAMEAU : Les Boréades. Alexis Kossenko / Christoph von Bernuth – Le voyage de Paris à Oldenburg au début du mois de novembre 2021 est une belle déclinaison des paysages allemands. Des puissantes flêches de Cologne et sa cathédrale qui domine le Rhin, à la douce campagne vallonnée de la Basse-Saxe, on traverse des territoires au charme romantique. Dans cette partie du territoire germanique, où les embruns de la Mer du Nord forment les dunes aux contreforts de la Frise, se trouve une jolie petite ville : Oldenbourg. Que l’on ne s’y trompe pas, cette cité n’a rien d’un décor d’opérette, c’est le siège d’une histoire ancienne et prestigieuse.
Ancien duché qui a donné des monarques au Danemark et à la puissante Russie, c’est à cause de l’annexion des terres du duc d’Oldenbourg que le tsar Alexandre Ier déclare la guerre à Napoléon Ier; s’ensuivit la calamiteuse Campagne de Russie en 1812. Oldenbourg a de quoi être fière en plus d’un patrimoine quasiment intact.
C’est dans le théâtre centenaire d’Oldenbourg que le souffle de Borée allait emporter tout sur son passage, en faisant se déployer la force de la dernière partition de Jean-Philippe Rameau, Les Boréades.
Après avoir programmé Les Paladins de Rameau sur sa très belle scène, le Oldenburgisches Staatstheater poursuit son exploration de la musique française baroque avec le chef Alexis Kossenko.

 
 

Hyperboréennes

 
 

Les Boréades, prévues et répétées pour leur création en 1764, n’ont pas pu voir le jour à cause de la mort de Rameau. La partition a finalement été créée en 1982 au Festival d’Aix-en-Provence par John-Eliot Gardiner, production immortalisée au disque. Outre les nombreuses mises-en-scène qui existent en France dont Robert Carsen avec William Christie à l’Opéra de Paris, l’irruption de cette oeuvre à Oldenbourg n’a rien à envier à ses prédécesseures outre-Rhin.

L’approche de Christoph von Bernuth offre une compréhension totale du livret et ses multiples nuances. Sa vision ne s’arrête pas simplement à cette histoire qui mêle critique des privilèges et abus de pouvoir : on sent un sens aigu de l’analyse de la complexité de l’être humain. Se dévoilent ainsi des personnages avec des facettes inattendues. Bernuth réussit à s’affranchir de l’argument “météorologique” pour apporter une thèse plus humaniste, voire encyclopédique de l’opéra. Le livret de Louis de Cahusac prend alors toute son importance idéologique et cosmopolite. En rapprochant l’argument de nos égéries du XXIème siècle, Bernuth tisse un lien très beau entre nous et les Lumières. En suivant son argumentaire, nous sommes tous des astres en puissance et le destin ne s’abat que sur celles et ceux qui cèdent au conformisme.

La direction d’Alexis Kossenko est une merveille. Chaque accent, chaque articulation, chaque nuance est marquée avec un souci de proposer la plus grande justesse et une panoplie complète de couleurs. On entend parfaitement que c’est un des meilleurs chefs de sa génération et en particulier dans la musique complexe de Rameau. L’Oldenburgisches Staatsorchester sur instruments modernes, mais avec quelques archets baroques, étonne par les couleurs qui s’y déploient. Les tempêtes se déchaînent en trombe et avec toute la justesse qu’il faut à la musique de Rameau. Déjà remarqué lors de la production des Paladins, l’orchestre persiste dans le déploiement des couleurs et de sa maîtrise de tous les répertoires. On aimerait que certains orchestres français s’en inspirent.

La fabuleuse Alphise d’Elena Harsanyi captive, voix d’une belle amplitude aux mediums solides et développés, aux aigus d’une grande précision et d’une grande beauté. La prosodie est correcte et le respect du style est impressionnant de justesse. Face à elle, Mathias Vidal est un Abaris de légende. Il déploie toutes les couleurs de la tessiture complexe du personnage, avec la maîtrise absolue du langage de Rameau.

Remarquables aussi les princes Boréades, le baryton coréen Kihun Yoon (Borilée) a la voix puissante et charnue, malgré quelques problèmes de soutien, il s’en sort magnifiquement bien. Calisis est dévolu à Sébastian Monti, au timbre fruité et puissant, d’une beauté généreuse et ciselée dans les harmoniques. Le terrifiant Borée est Joao Fernandes, remarquable comédien et, comme à son habitude, au timbre riche en contrastes, même si on remarque qu’avec le temps sa voix a gagné en puissance et en justesse, nous avons été ravis de le retrouver dans Rameau.

Remarquons aussi Philipp Alexander Mehr, malgré un français quelque peu hésitant, il a réussi à rendre le personnage d’Adamas plus chaleureux que d’habitude. Mention spéciale à la Polymnie de Julia Wagner et la Sémire de Martha Eason, deux voix à suivre absolument.

L’art de la danse n’a pas été négligé avec la chorégraphie précise et inventive de la Ballettcompagnie Oldenburg.

Après la révélation finale qui clôt Les Boréades, on a plaisir à songer qu’il y a dans le destin de chaque être un parcours qu’il faut poursuivre, mais l’arrivée est toujours ensoleillée par le devoir accompli et la sagesse récoltée tout au long du parcours. C’est en tous cas la leçon de Cahusac que Christoph von Bernuth nous invite à contempler. A la fin de tout, le vent n’apporte pas que des tempêtes, mais il souffle toujours dans la bonne direction.

 
 

 
 
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CRITIQUE, opéra. OLDENBOURG, Opéra, le 3 nov 2021. RAMEAU : Les Boréades. Alexis Kossenko / Christoph von Bernuth / Oldenburgisches Staatstheater (Oldenbourg, Allemagne)

Jean-Philippe Rameau (1683 – 1764
Les Boréades (création posthume 1982)

Alphise – Elena Harsanyi
Abaris – Mathias Vidal
Borilée – Kihun Yoon

Calisis – Sébastian Monti
Borée – Joao Fernandes
Adamas – Philipp Alexander Mehr
L’Amour – Bogna Bernagiewicz
Sémire – Martha Eason
Apollon – Leonardo Lee
Polymnie – Julia Wagner
Le Tambour – Michael Metzler

BalettCompagnie Oldenburg
Oldenburgisches Staatsorchester
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheaters

Direction musicale – Alexis Kossenko
Mise-en-scène – Christoph von Bernuth

 
 

 
 

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