CRITIQUE, opéra. MONTE-CARLO, le 16 nov 2021. PUCCINI : Madame Butterfly. Aleksandra Kurzak… S Bisanti / M Larroche.

CRITIQUE, opéra. MONTE-CARLO, le 16 nov 2021. PUCCINI : Madame Butterfly. Aleksandra Kurzak… S Bisanti / M Larroche.  -  Retour du chef d’œuvre de Puccini, Madame Butterfly, à l’Opéra de Monte-Carlo après 17 ans d’absence. Pour ce retour en beauté, la soprano Aleksandra Kurzak interprète le rôle-titre à côté du ténor Marcelo Puente en Pinkerton, dans la mise en scène sympathique et conventionnelle de Mireille Larroche. Le chef milanais Giampaolo Bisanti dirige l’excellent Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo avec une puissance surprenante mais aussi une intelligence remarquable vis-à-vis des coutures dans la partition.

 

 

 

La vie prend toujours fin,
nul besoin d’être soumise », Latifa

 

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Le spectacle commence avec une actrice s’exprimant en langue des signes, déclamant la célèbre citation, également sous-titrée, du roman de l’Afghane Latifa, « Visage Volé » (2004). Une façon discrète mais affirmée de montrer que l’œuvre de Puccini, ainsi que la mise en scène de Mireille Larroche, malgré conventions et traditionalismes qui les constituent, sont toujours pertinentes et d’actualité. Les très beaux décors du regretté Guy-Claude François, ainsi que les jolis costumes de Danièle Barraud revendiquent clairement le Japon du début du 20e siècle. L’histoire est bien celle de Cio-Cio San, geisha de 15 ans qui se « marie » avec le lieutenant de la marine américaine B.F. Pinkerton. C’est une farce mais Cio-Cio San y croit. Elle se convertit au christianisme et a un enfant de cette union. Elle sera délaissée par le lieutenant qui reviendra avec une femme américaine, sa véritable épouse, pour récupérer son fils illégitime. Cio-Cio San décide se donne la mort avec le couteau hérité de son père, et qu’il avait lui-même utilisé pour son suicide rituel.

Ce drame psychologique et intimiste est également une tragédie romantique. Le personnage de Cio-Cio San (“Butterfly”) est d’une grande complexité et richesse dramatique. C’est un rôle redoutable en raison, entre autres, de sa longueur : la soprano est presque toujours sur le plateau. Félicitons Aleksandra Kurzak pour sa prestation. Si elle commence avec une certaine réserve, à la fin du I, lors du magnifique duo romantique « Viene la sera… », se révèlent pleinement toutes les qualités de son talent, avec un chant incarné au lyrisme ravageur. Après l’entracte, elle fait exploser l’auditoire d’applaudissements et de bravos à la fin du célèbre « Un bel di vedremo ». Le ténor Marcelo Puente dans le rôle de B.F. Pinkerton est tout fougue tout ardeur ; le métal tranchant dans la voix, l’ampleur, la justesse du chant, comme sa présence sur scène, insouciante et fière, séduisent l’auditoire de façon inéluctable.

Remarquable aussi, la mezzo-soprano Annalisa Stroppa dans le rôle de Suzuki. Le célèbre duo des fleurs à la fin du II (« Tutti i fior ? ») est non seulement le rayon de soleil de la partition, mais en l’occurrence le moment le plus merveilleux, le plus harmonieux, de la production et de la prestation. Impressionne également par la force de la caractérisation mais surtout par la puissance et la rondeur chaleureuse du chant, le baryton Massimo Cavalletti en Consul Sharpless, admirable dans la performance, à la dignité exquise, touchant d’humanité. Il se distingue entre autres lors du trio du 3e acte « Povera Butterfly… Io so che alle sue pene », réunissant Suzuki, Sharpless, B.F. Pinkerton, dans un moment de grande émotion et haut impact musical. Les nombreux rôles secondaires comme le chœur de l’Opéra sont sans défaut.

Et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo s’avère superlatif dans l’interprétation, parfois presque trop. Pourtant l’orchestre dirigé par le chef Giampaolo Bisanti, prend un instant avant de trouver l’équilibre idéal entre fosse et plateau. Voilà le défaut qui s’est transformé rapidement. Autrement, l’orchestre joue la partition avec une telle flamme et une expressivité si vive dans chaque groupe instrumental, que nous oublions les aspects parfois « rudimentaires » de l’orchestration. Sous la direction dynamique de Bisanti, les bois sont graves ou légers quand il le faut, comme il le faut, les cordes toujours précises et en tension, les cuivres envoûtants… Une prestation épatante dans tous les sens, et de haut niveau.

 

 

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CRITIQUE, opéra. MONTE-CARLO, le 16 nov 2021. PUCCINI : Madame Butterfly. Aleksandra Kurzak, Annalisa Stroppa, Massimo Cavalletti, Marcelo Puente… Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Giampaolo Bisanti, direction. Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo. Stefano Visconti, direction. Mireille Larroche, mise en scène.
Madame Butterfly est à l’affiche dans la salle Garnier de l’Opéra de Monte-Carlo, les 16, 18 et 21 novembre 2021. Photo : © Opéra de Monte-Carlo 2021

 

 

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