CRITIQUE, opéra. MILAN, Scala, le 7 déc 2021. VERDI : Macbeth. Anna Netrebko / Davide Livermore

scala milanCRITIQUE, opéra. MILAN, Scala, le 7 déc 2021. VERDI : Macbeth. Anna Netrebko / Davide Livermore – La Scala marque le coup d’envoi da sa nouvelle saison lyrique 21 / 22, chaque 7 décembre, (pour la Saint-Ambroise, patron de Milan) avec cette nouvelle production de Macbeth. Un déploiement scénique, à vrais machineries (des plateaux qui montent et descendent), surtout un univers de décors vidéo en très grand format qui immergent héros et tableaux collectifs dans un monde « parallèle », à la fois rétro futuriste, néo art déco, lieux d’un pouvoir qui se met aux couleurs de la folie des meurtriers, Macbeth et son épouse, soit Anna Netrebko et Luca Salsi dans le rôle des époux maudits. Exit l’Ecosse médiévale du XIè, à la fois terreuse et fantastique (avec sa lande battue au vent et ses sorcières au chaudron magique et prophétique) ; le metteur en scène turinois Davide Livermore opte pour une humanité schématisée au possible où le pouvoir rend fou, mais aussi tristement cynique, comme la horde d’intrigants courtisans, réduite à une marée d’observateurs baveux et parfaitement hypocrites. Un milieu que Verdi aime brocarder… comme dans Rigoletto entre autres. La démesure des décors et la force des tableaux tire l’opéra italien romantique vers le grand opéra français à force d’effets visuels crânement assumés. La machinerie et tout l’univers visuel de Davide Livermore ne s’épargne aucun délire esthétique, souvent juste, toujours élégant et d’une grande puissance poétique, avec un sens manifeste du rythme spectaculaire. IL réussit à exprimer le vertige qui s’empare des assassins, leur déraison, leur chute dans un espace halluciné sans apesanteur. La combinaison des images vidéos sur lesquelles se superpose la cage d’ascenseur habilement utilisée, reste impressionnante.

 

Luxueuses machineries

 

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Les meurtriers sont bien campés par les solistes requis Luca Salsi a l’endurance, l’aplomb, la dureté presque rustre et finalement déshumanisé de celui qui n’hésite pas à tuer le roi Duncan, puis son compagnon d’armes Banco… (ce dernier magnifiquement incarné par le royal Ildar Abdrazakov : stature de commandeur, humanité de leader, et chant naturellement noble). En Lady Macbeth, Anna Netrebko qui connaît bien le rôle, apparaît en « amata delle tenebre » (cf le titre de son dernier récital discographique), et son air « la Luce Langue », glaçant et implacable (II) où l’épouse ténébreuse incite Macbeth à tuer encore et encore (Banco et son fils) affirme un aplomb vocal, plus ample, plus dramatique, de fait plus « ténébreux » avec des aigus charnus bien négociés ; vraie tragédienne, l’épouse criminelle se montre fine et intelligente mais déjà possédée par le remords et la culpabilité ; elle danse même dans le ballet du III, avant de sombrer définitivement dans la folie et la mort, dans son sublime air de somnambulisme (« Une tâche, il en reste encore, … tâche maudite… ») qu’a définitivement marqué la Callas.

 

 

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Air de renoncement, d’anéantissement total, dernière exhalaison d’une tueuse rattrapée par le sang versé, d’ailleurs, alors, en proie à un vertige existentiel, parfaitement mis en scène. Netrebko brûle les planches par son intelligence dramatique, la justesse des couleurs, la ligne d’une guerrière au bord du précipice, devenue victime aux tentations suicidaires.

Le Macduff de Francesco Meli ne manque de caractère ni d’engagement, consolidant les arguemnts de la sélection vocale.

 

En fosse, Riccardo Chailly relève le défi du souffle shakespearien. Macbeth inaugure un cycle inspiré par le dramaturge anglais, avant Otello, puis Falstaff. Nerveux, tout en relief et en contrastes, l’orchestre scaligène sculpte dans la pâte, tordant la riche matière orchestrale, pour en faire jaillir les crépitements fantastiques. Parfois un peu trop sèchement. Un spectacle de vive et de grande allure.

 

 

 

 

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A l’affiche du Teatro alla Scala, jusqu’au 29 déc 2021
https://teatroallascala.org/en/season/2021-2022/opera/macbeth.html

 

 

EN REPLAY sur ARTEconcert jusqu’au 6 juin 2022
https://www.arte.tv/fr/videos/104870-001-A/macbeth-de-verdi-a-la-scala-de-milan/

 

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Distribution

Avec :

Anna Netrebko (Lady Macbeth)
Luca Salsi (Maréchal Macbeth)
Ildar Abdrazakov (Banco)

Francesco Meli (Macduff)
Andrea Pellegrini (Médécin)
Chiara Isotton (Dame de Lady Macbeth)
Iván Ayón Rivas (Malcom)

Mise en scène : Davide Livermore
Direction musicale : Riccardo Chailly
Orchestra del Teatro alla Scala
Coro del Teatro alla Scala

 

 

 

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