CRITIQUE, opéra. Aix en Provence, le 9 juil22. MOZART : Idomeneo. Pichon / S MIYAGI.

idomeneo pichon spyres nicole chevalier critique opera classiquenewsCRITIQUE, opéra. Aix en Provence, le 9 juil22. MOZART : Idomeneo. Pichon / S MIYAGI   –   On oubliera vite la mise en scène inexistante du japonais Satoshi Miyagi qui fait à Aix-en-Provence, ses premiers pas… résolument ratés. Des mouvements hiératiques qui pétrifient tous les solistes en poupées japonaises parfaitement inexpressives ; des choeurs perdus dans la forêt de socles des dites poupées… La volonté incohérente au possible d’inscrire la trame grecque antique mozartienne dans une grille qui remonterait à la Guerre de 1945, montre ses limites. La défaite scénographique est totale. Aucun protagoniste ne semble humain ici et chacun fait face au public pour asséner sa triste et misérable solitude… Les duos sont expédiés en confrontation artificielle qui éloigne les 2 intéressés. Pourtant Mozart élabore en 1781, un seria ambitieux qui touche autant par le profil hypersensible des héros (Idamante / Ilia / Elettra) que le souffle de l’orchestre, un collectif somptueux et flamboyant comme les parties du chœur, en tout point éblouissant.
La réalisation est loin de convaincre, et ce cru aixois, avec Moïse et Pharaon de Rossini, guère plus convaincat, semble scellé sous le coup d’une mauvaise année. Décidément le Festival mozartien à Aix nous a habitué à beaucoup plus enchanteur et pertinent.

 

 

Au sein d’une production lisse et ennuyeuse,
la fulgurante Elettra de Nicole Chevalier

 

 

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La direction de Raphaël Pichon est appliquée mais sans souffle ni nuance, étrangère viscéralement au caractère d’urgence tragique que savait lui insuffler l’inatteignable Harnoncourt. L’enregistrement discographique de ce dernier indique de tout autres horizons, dévoilant un Mozart fulgurant, visionnaire, bien avant Don Giovanni. L’absence de vision scénographique aurait pu faciliter la caractérisation des personnages… tout dépend des solistes.
Assez lisses, et sans guère de passion : l’Idamante d’Anna Bonitatibus, plus présente et affirmée que vocalement nuancée ; même frustration pour l’Ilia de Sabine Devieilhe dont on retrouve cette mesure instrumentale d’une perfection absolue, et finalement sans guère d’émotion (Sa Zerbinette précédemment à Aix laissait un même sentiment de tiédeur malgré l’excellence des aigus et des trilles). Pourtant c’est par Ilia que le miracle se produit sur scène, quand l’oracle ému par l’amour, consent à adoucir le sort d’Idomeneo et de son fils Idamante (un tableau des plus ratés dans cette production minimaliste où l’oracle s’exprime à travers un tourne disque, gadget fake, à peine identifiable par les spectateurs depuis leurs sièges…); de toute évidence, l’Idomeneo de Michael Spyres, virtuose et plan plan, déçoit lui aussi : voix plus fragile et peu sûr, plus que de coutume ; il impose un Roi de Crête, statique et hiératique, comme étranger au drame qui le déchire, – parfait emblème de la réalisation scénique (ainsi son air tunnel « Fuor del mar » est réalisé comme une course de fond, avec ornements en cadeau, mais où peinent à surgir le sentiment et l’émotion).

La révélation demeure à 100 lieues de ses partenaires, la fusée Nicole Cavalier, chauffée dans son premier air « Idol mio » (celui d’une amoureuse encore trop sage), puis entité possédée, éructant en rage et  haine, imprécation et malédiction primitive, totalement bouleversante dans l’air final « Oh smania ! Oh furie » : et l’on se félicite d’écouter enfin, par ce chant halluciné et si juste, le génie mozartien, tel qu’en lui-même, classique, fantastique, déjà romantique, d’une sincérité saisissante… Aussi juste et d’une fragilité spontanée moins affichée, l’Arbace du jeune baryton Linard Vrielink, lequel poursuit une percée remarquée à Aix (remarqué précédemment ici même dans Tristan und Isolde…) preuve que tout n’est pas perdu pour la scène provençale).

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. Aix en Provence, le 9 juil22. MOZART : Idomeneo. Direction musicale : Raphaël Pichon – Mise en scène : Satoshi Miyagi – Avec : Michael Spyres, Sabine Devieilhe, Anna Bonitatibus, Siobhan Stagg, Linard Vrielink, Kresimir Spicer, Alexandros Stavrakakis, Choeur et orchestre Pygmalion.

IDOMENEO – Dramma per musica en trois actes (Munich 29 janvier 1781)
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart – K.366
Livret de Giambattista Varesco
D’après Idoménée, livret d’Antoine Danchet (1712)

 

 

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VOIR en REPLAY (jusqu’au 15 janv 2023) l’opéra Idomeneo de MOZART par R Pichon / Miyagi sur ARTEconcert :
https://www.classiquenews.com/aix-en-provence-2022-nouvel-idomeneo-de-mozart-satoshi-miyagi-r-pichon/

Photo : © JL Fernandez / Aix en Provence 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

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