CRITIQUE, LIVRE événement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022)

RICHARD STRAUSS LOOTEN fayard je fais l histoire de la musique ecrits classiquenews critique livre review book 9782213712215-001-TCRITIQUE, LIVRE événement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022)  –  Dans le cas de Strauss, l’auteur scandaleux de Salomé ou d’Elektra, la volonté d’éblouir comme de convaincre ne se réduit pas à l’écriture musicale ; cette volonté d’absorber la vie, d’expliquer aussi ses choix et la voie empruntée ne concerne pas uniquement ses partitions dont beaucoup sont autobiographiques (Sinfonia domestica, Une vie de héros, Intermezzo…) ; elle s’étend aussi à l’écriture stricto sensu : en cela Richard suit son aîné et mentor, l’autre Richard : Wagner.  Strauss admire (comme Bruckner) l’auteur de Tristan ; ses écrits n’ont pas de secret pour lui, dont en particulier « Opéra et Drame » dont le texte devrait « être lu et étudié dans toutes les universités et dans chaque conservatoire » : on ne saurait mieux exprimer sa vénération.

Les textes réunis par Christophe Looten reprennent l’édition « brute » des 16 cahiers de Richard Strauss, les fameux « Gesammelte Schriften » / « écrits réunis » (réalisée en 2016 par la Sté R Strauss de Munich) dont une partie avait déjà été imprimée, sans contextualisation ni présentation raisonnée, dès 1949 (sous le titre assez imprécis « Betrachtungen und erinnerungen / considérations et souvenirs ») par le suisse Willi Schuch, musicologue proche de Strauss, lequel n’en fut jamais réellement satisfait. Ch. Looten propose pour Fayard une publication intégrale mais avec une présentation et une mise en contexte, soit tous les écrits de R. Strauss dans un agencement rationnel en 5 parties, lesquelles suivent la chronologie d’une vie riche à plus d’un titre. La couverture choisie évoque évidemment la danse de Salomé (esquisse du peintre Gustave Moreau), page orchestrale d’une furieuse sensualité qui fait objectivement de Strauss, le plus grand symphoniste et créateur lyrique du XXè.

 

 

RICHARD STRAUSS DANS LE TEXTE

strauss richardLa mise en ordre n’empêche ni la sincérité des écrits ni leur pertinence artistique, esthétique voire politique ; si l’on parle souvent de sa « naïveté » vis à vis de Mussolini ou du régime hitlérien, le discernement et la stratégie du compositeur se manifestent pleinement dans ces pages de première valeur. Ainsi, d’une matière littéraire qui était d’abord destinée aux biographes de Strauss, le lecteur parcourt de la plume même de l’auteur, le cheminement d’une carrière admirable qui de fait, au regard de son génie compositionnel, aura « fait l’Histoire de la musique », celle de la première moitié du XXè. Chaque chapitre est précédé par un rappel des « principaux événements » de la vie de Strauss, de la vie artistique en général : « Enfance », « Jeunesse », « Années glorieuses » / celles d’Elektra, du Strauss, chef à Bayreuth, … ; « Dernières années » : où se précisent des indications personnelles sur l’inspiration, les méthodes de travail, la mélodie, l’admiration pour les écrits de Wagner, modèle permanent… ; enfin « Année sombres », dernier chapitre qui concentre les ultimes réflexions sur le sens d’une œuvre (Strauss y mêle des remarques très personnelles et souvent surprenantes mais justes sur … Schubert, « l’éducation humaniste », l’atonalité, l’effondrement total de l’Allemagne, …). Le compositeur célébré voire vénéré fut aussi un témoin de la guerre et de la chute de l’Allemagne emportée par l’effondrement de l’empire nazi.
CLIC_macaron_2014Auparavant, d’innombrables anecdotes éclairent l’ambiance et la vie de Strauss, lequel a toujours baigné dans une intense activité artistique, comme en témoignent les personnalités évoquées : les chefs Hans von Bülow, Herman Levi, Schuch, Mottl…, Wagner lui-même en prise de bec avec Strauss père, corniste de génie au tempérament bien trempé ; la veuve Wagner, Cosima, et son fils, Siegfried ; mais aussi Bruckner et Brahms (peu estimés), Mahler, Johann Strauss, Schoenberg… sans omettre son entrevue avec Mussolini ; mais aussi, pilier de l’œuvre musicale, l’écrivain et poète Hofmmansthal, son librettiste de prédilection avec lequel Strauss aura conçu ses plus grandes oeuvres (Looten a précédemment publié leur correspondance chez Fayard). L’humour et l’acuité de la pensée donnent vie et relief à ce qui n’aurait pu être qu’un catalogue d’épisodes personnels. Saisissant.

 

 

 

 

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CRITIQUE, LIVRE événement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022) – 320 pages, EAN : 9782213712215 – Prix indicatif : 24 euros. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.
PLUS D’INFOS directement sur le site de FAYARD :
https://www.fayard.fr/musique/moi-je-fais-lhistoire-de-la-musique-9782213712215

 

 

 

 

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