CRITIQUE, live streaming concert. LEIPZIG, BACHFEST, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman.

CRITIQUE, live streaming concert. LEIPZIG, BACHFEST, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman. Après une somptueuse entrée en matière, dont le détail jamais ne sombre sous la grandeur, Ton Koopman inscrit la Passion dans l’intimité et une progression toute en douceur. La gravité tragique des dernières heures de la vie de Jésus est évoquée, présente par le chant très expressif du contre ténor Maarten Engeltjes ; puis c’est la soprano (Ilse Eerens) au timbre claire, émerveillé qui touche immédiatement ; son air « Blute nur, du liebes Herz!” : affirme la détermination de la prière implorante et d’une douceur incandescente. La sobriété du chant sert le texte.

 

 

 

Ton Koopman joue JS Bach à Leipzig

UNE SAINT-MATTHIEU INTIME, BOULEVERSANTE

 

 

 

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Les portent tous deux, la direction ténue, à la limite de la confession, pudeur continue, d’une tendresse qui bouleverse. Le sens du détail de chaque timbre (jusqu’à la flûte solo avec le trompette… ou le hautbois magicien de «Ich will bei meinem Jesu wachen » qui fusionne ténor et choeur angélique, compassionnel) jaillit comme un éclat d’une poésie rare.
En Jésus, la basse Andreas Wolf se révèle elle aussi, jubilatoire : naturel et grave, diseur racé épatant. L’évangéliste de Tilman Lichdi sculpte le verbe agissant, d’une vivacité qui prend à témoin, interroge : acteur autant que diseur : imaginatif, astucieux sans être artificiel ni outrageusement théâtral, … parfait de bout en bout. Les Chorals ont tous une rondeur caressante ; qui rend la partition si fraternelle, proche et intime.
C’est donc une version de haut vol. Où cependant le ténor chargé des arias paraît moins naturel que ses partenaires, ses aigus tendus, chantournés, d’une émission indirecte et négociée ; mais ses aspérités vocales expriment aussi les incertitudes parfois paniques du fervent qui doute, écarté de la vision de Jésus compatissant et protecteur… Le choeur lui exulte dans une tendresse hallucinée ou rugit en un feu dardant, volcan choral aux accents telluriques ; tant de contrastes vertigineux à l’extrémité du spectre expressif s’avèrent fulgurants dans leur maîtrise.

A 20h, reprise pour la 2è partie du cycle de la Passion. La Sinfonia d’ouverture, d’une superbe articulation, avec l’alto qui exprime le doute, interroge le sens de la foi, en pleine crise spirituelle. Déploratif et juste, et capable d’un legato qui paraît illimité, l’alto masculin éblouit décidément par sa sensibilité hautement musicale que porte aussi le violon solo.

Puis autre facette du croyant démuni qui se livre quasi à nu, en compassion avec Jésus, la soprano touche tout autant, avec le trio instrumental, d’une ineffable douleur tendre (traverso, hautbois da caccia, hautbois d’amour : « Aus Liebe”) ; le chant exprime le dénuement humain total grâce au timbre angélique idéalement candide de la soprano.

L’ultime prière « Mache dich, mein Herze, rein », air de basse sur un continuo simple et dépouillé (l’indice d’une gravité essentielle qui fait de l’air un air axial dans la déroulement de la Saint-Mathieu, véritable opéra sacré) confirme le talent de la basse Klaus Mertens, sobre, naturellement articulé, qui appelle à la réconciliation, au pardon, à la paix générale.

 

 

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Enfin le final d’une absolue paix intérieure s’énonce comme le retrait des eaux – un effacement progressif et général, comme le déroulement à la fois synthétique et rétrospectif de tout ce qui a été énoncé, éprouvé, vécu aux côtés de Jésus, de la Cène à la Crucifixion: a contrario du supplice tragique, c’est une fin des plus apaisée ; la résolution rassérénée, inscrite dans la sérénité et l’effacement de toute peine, un miracle d’apaisement fraternel et collectif. Là encore c’est la profonde atténuation, le sens du murmure intime, ce geste de l’intériorité qui font la valeur de la lecture offerte par Ton Koopman. Qu’on est loin des démonstrations vocalisantes et orchestrales de ses confrères plus jeunes. Le chef néerlandais rétablit l’essence de la Saint-Mathieu, moins ample portique majestueux qu’acte de communion partagée. La réalisation est bouleversante par son humanité et sa pudeur sincère. Elle suscite chez l’auditeur le questionnement, confronté à la mort et au Sacrifice, plongeant dans le grand mystère de Jésus, sa nature à la fois divine et humaine. Voici assurément l’un des instants les plus saisissants réalisés dans le cadre des streamings du BACHFEST LEPIZIG 2021.

 

 

 

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CRITIQUE, live streaming concert. BACHFEST Leipzig, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman. Tilman Lichdi (tenor – Evangelist), Andreas Wolf (bass – Jesus), Ilse Eerens (soprano), Maarten Engeltjes (altus), Nils Giebelhausen (tenor – arias), Klaus Mertens (bass – arias), GewandhausKinderchor, Amsterdam Baroque Orchestra & Choir / direction: Ton Koopman. Photos : Ton Koopman, Ilse Eerens, Andreas Wolf (DR).

 

 

  

 

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