CRITIQUE DVD : l’archet des Lumières. Le Chevalier de Saint-Georges (BelAir classiques)

saint-georges-archet-lumieres-dvd-blu-ray-bel-air-classiques-clic-de-classiquenews-critique-concert-opera-review-classiquenewsCRITIQUE DVD : l’archet des Lumières. Le Chevalier de Saint-Georges (BelAir classiques) – Le documentaire suit les jalons dits face à la caméra par André Guédé, biographe actuel du compositeur ; on assiste ainsi, enfin, à la résurrection du « Mozart noir », personnalité incontournable du Paris des années 1780 et que depuis le rétablissement par Bonaparte en 1802 de l’esclavage, la volonté politique s’entête à tenir dans l’ombre ; pas de créole digne du génie des Lumières ! Cela fait tâche… Une honte bien française qui cependant n’existe pas outre-Atlantique où l’on célèbre toujours celui qui fut la source artistique de Mozart entre autres (pour son ballet « Les Petits Riens », le Salzbourgeois admiratif emprunta au Chevalier bien inspiré Saint-Geroges, certains motifs de ses concertos pour violon…).
L’envergure de l’artiste ne doit pas non plus éclipser ses faits d’armes comme militaire : adolescent, Saint-Georges fut un escrimeur renommé à Paris qui affirma la noblesse de sa naissance : son père aristocrate fortuné – descendants des Comtes de Boulogne, et haut fonctionnaire, revint à Paris avec son épouse esclave, Nanon et donc leur fils auquel il prodigua une éducation particulièrement soignée en leur demeure, un hôtel particulier près de la Place des Victoires.
Capitaine de la garde Nationale, Saint-Georges défendit la République naissante contre le complot du royaliste Dumourier à Lille… Ingrate, la France oublia vite ce héros des Lumières au prétexte qu’il était noir, né des Antilles (Basse Terre, Guadeloupe)…
Il était temps de réparer l’outrage de la mémoire étatique française, mémoire bien défaillante en l’occurrence.
Bien fait de sa personne, costumé et parfumé comme les nobles parisiens, Saint-Georges laisse un catalogue d’œuvres magistrales qui disputent à Mozart et Haydn, finesse, élégance, séduction mélodique… apprise auprès de ses professeurs, Leclair et Gossec.
Ils permettent au compositeur de se dévoiler ; Saint Georges devient une plume aux côtés de ses aptitudes à l’épée. Après avoir manqué son duel avec le champion Faldoni, Saint-Georges pourtant escrimeur chevronné, se dédie à la composition.

Le documentaire dévoile un tempérament attachant, qui n’usurpe pas sa réputation de « Mozart noir » ; Saint-Georges participe activement à la vie musicale parisienne, dirigeant comme Dauvergne, l’incontournable Concert Spirituel, haut lieu de la création symphonique et lyrique alors; pour autant qu’il est possible de mesurer son invention, a contrario des Gossec et Méhul qui traversent la période révolutionnaire et s’imposera tout autant à la période romantique, Saint-Georges semble rester dans ce XVIIIIè galant et suave (comme en témoigne ici le style précieux de l’air d’Ernestine, – joué dans une version épurée avec Quatuor à cordes, sur un livret de Chanderlos de Laclos – avant que ce dernier n’écrivent les Liaisons dangereuses).
Marie-Antoinette qui l’a choisi comme précepteur de musique, souhaite le nommer directeur de l’Académie royale : une décision qui choque le milieu parisien, décidément trop étroit pour ne pas dire raciste ; Louis XVI intervient alors pour écarter Saint-Georges d’une telle responsabilité.
Dépressif, Saint-Georges reprend les armes et représentant de la noblesse libérale de la fin de l’Ancien Régime, il participe en décembre 1789, à la libération de Lille, comme capitaine de la garde nationale. Saint-Georges meurt le 10 juin 1799 alors qu’il venait de créer le Cercle de l’Harmonie, société musicale pourtant prometteuse.
Au moins sur le champs de bataille, celui qui a été refusé par la clique musicale parisienne, révèle sa mesure : celle d’un auteur minoré qui a la stature d’un héros des Lumières.

CLIC_macaron_2014Si Lille tarde à reconnaître tous ses mérites, pourtant décisifs à son histoire, Paris grâce au maire Delanoé, sait débaptiser la rue Richepanse (lequel avait rétabli l’esclavage aux Antilles) et la renommer Chevalier de Saint-Georges, le 4 février 2002. 20 ans plus tard, le travail de réhabilitation du compositeur qui est plus joué aux USA qu’en France, reste énorme.

________________________________
CRITIQUE DVD : l’archet des Lumières. Le Chevalier de Saint-Georges / The Enlightened Violonist (1 dvd BelAir classiques) – 53 mn – Un film de Martin Mirabel avec la participation de Alain Guédé, le Quatuor Cambini…

________________________________

VOIR le teaser vidéo du DVD Le Chevalier de Saint-Georges, l’archet des Lumières

https://vimeo.com/ondemand/saintgeorge/701161901

Comments are closed.