CRITIQUE, concerts. Festival Bragança Classicfest, 1ère édition / les 9 & 10 octobre 2021

CRITIQUE, concerts. Festival Bragança Classicfest, les 9 & 10 octobre 2021. « Maria de Buenos Aires » d’Astor Piazzola au Teatro Municipal, le 9. Trio « Dumky » et Quintette « La Truite » de Schubert à l’Eglise Santa Maria, le 10.

braganca-CLASSICFEST-2021-concert-critique-2-classiquenewsInfatigable et protéiforme, le pianiste portugais Filipe Pinto-Ribeiro vient de prendre la direction artistique d’un nouveau festival de musique classique (en plus du Festival dos Capuchos à Almada où nous étions en juillet et du Verao Musical de Lisbonne où nous étions en août), le Bragança ClassicFest ! La magnifique ville au riche patrimoine historique est chère au cœur du directeur artistique puisqu’il y a donné de nombreux récitals depuis son adolescence, et la musique y a une place importante, d’autant qu’elle est dotée d’un grand théâtre moderne en plein cœur de ville. Symboliquement, la date d’ouverture du festival était le 1er octobre, date choisie par le violoniste Yehudi Menuhin (en 1975) comme journée internationale de la musique classique. Pour le concert d’ouverture, c’est l’Orchestre de Chambre de Saint-Pétersbourg qui était convié (déjà présent lors du festival dos Capuchos), dans un programme Mozart / Tchaïkovski.

L’avant-dernière soirée de la manifestation portugaise (9 octobre) donnait à entendre le génial Opéra-Tango « Maria de Buenos-Aires », où le bandonéon est omniprésent dans l’ouvrage d’Astor Piazzola : il en est le cœur et le pivot, car il est l’âme du Tango. Il est donc tout naturellement placé ce soir au centre de la scène de du Théâtre Municipal de Bragança, les 9 autres musiciens s’égrenant autour de lui, tout comme les chanteurs / comédiens qui, dans cette version semi-scénique, évoluent sur des podiums de différentes hauteurs qui encerclent les 10 instrumentistes. Point de décor superfétatoire ici, mais quelques éclairages sentis, de discrètes projections vidéo (abstraites), et des costumes d’époque, le personnage principal arborant d’abord une robe de soie rouge passion, puis noire comme la mort pour elle imminente, puis d’un blanc éclatant pour sa résurrection fantomatique.

 

 

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Maria de Buenos Aires au Bragança ClassicFest 2021

 
 
 

Dès le début du spectacle, la plainte du bandonéon du formidable musicien argentin Héctor Del Curto envahit l’espace scénique et rythme ensuite les scènes du premier opéra-tango de l’histoire. Omniprésent, obsédant, l’instrument donne à lui seul la couleur d’une musique et d’une culture centenaire à laquelle Piazzolla a insufflé une vie nouvelle. La couleur noire, triste. Le bandonéon est un symbole, tout comme chaque personnage de l’opéra : Maria, la prostituée, symbole de toutes les femmes qui s’abîment dans les destins tragiques, à la fois Lulu et Jenny-des-Pirates. Maria aime son souteneur ; Maria finira assassinée, puis l’ombre de Maria hantera le port, chantant inlassablement son histoire…
La chanteuse uruguayenne Ana Karina Rossi – qui a récemment chanté le rôle-titre à l’Opéra national du Rhin – apporte toute la sensualité requise par le personnage de Maria, ainsi que beaucoup d’émotion, les deux qualités primordiales que requiert cette partie. Dans le rôle du Payador, le ténor argentin Rubén Peloni est plus proche du chant « cabaret », offrant une réplique de choix à sa collègue, avec un jeu cependant moins incisif. Enfin, vieux briscard de la scène, le comédien Daniel Bonilla-Torres campe un formidable Duende, avec sa voix fêlée, cabossée par la vie. Enthousiaste au plus haut point, le public leur fait un triomphe debout !

 
 

Le lendemain (10 octobre 2021), le concert de clôture avait lieu dans la superbe église Santa Maria, face au château des Ducs de Bragance, à l’intérieur des remparts de la partie haute de la ville. Musique de chambre cette fois, avec un trio de Dvorak (le « Dumky ») et un quintette de Schubert (« La truite ») avec l’incontournable Filipe Pinto-Ribeiro au piano, accompagné de ses amis musiciens : David Castro-Balbi au violon et Kyril Zlotnikov au violoncelle, rejoints par Francisca Fins à l’alto et Tiago Pinto-Ribeiro à la contrebasse dans le Quintette.
La première pièce a été composée en novembre 1890 par le maître tchèque, et ce sera son dernier trio (n°4 de l’Opus 90). Les trois instrumentistes excellent à en reproduire le climat rêveur et le lyrisme exacerbé, à en souligner les passages tristes avec délicatesse et à donner aux sections « nerveuses » le brio qu’elles appellent.
La deuxième est l’une des partitions les plus glorieuses de toute la littérature chambriste, et est certainement l’œuvre la plus populaire de Schubert avec le fameux « La Jeune fille et la mort ». Elle lui a été commandée par le violoncelliste Sylvestre Paumgartner qui suggéra au compositeur d’y insérer la musique du lied « La Truite » écrit quelques années plus tôt. Cette œuvre gaie, pétillante, mélodieuse reflète une époque qui paraît être la plus heureuse du compositeur. On sent une joie de vivre et un optimisme plein d’allant dans ce quintette en 5 mouvements à la magie mélodique, au climat plein d’insouciance et de gaieté.

 

 

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La lecture de ce Quintette offerte par nos brillants instrumentistes est enlevée, rieuse, généreuse ; les 5 interprètes se complétant magnifiquement dans une unité exemplaire. Chaque mouvement, chaque motif, chaque thème est restitué avec dextérité, émotion, humour et tendresse. Le bonheur et la joie de faire de la musique ensemble se lit sur les visages de ces complices et amis qui ont font vibrer un auditoire enthousiaste. A l’alto, la jeune portugaise Francisca Fins se montre prodigieuse de finesse, de virtuosité, de sentiment. Tiago Pinto-Ribeiro fait lui résonner sa contrebasse avec une tendre et élégante virtuosité, tandis que les violoniste et violoncelliste font briller leurs instruments; ils portent le Quintette miraculeux à des sommets de beauté. Enfin, le piano de Filipe Pinto-Ribeiro a toutes les couleurs de la vie. Là encore, le public leur fait une ovation debout… plus que méritée !
C’est avec impatience que nous attendons le 1er octobre 2022 pour la 2è édition de cet attachant festival dans l’une des plus belles cités de la péninsule ibérique !

 

 

 

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Critique, Festival. Bragança Classicfest, les 9 &10 octobre 2021. « Maria de Buenos Aires » d’Astor Piazzola au Teatro Municipal, le 9. Trio « Dumky » et Quintette « La Truite » de Schubert à l’Eglise Santa Maria, le 10 octobre 2021.  Photos © David Vaz.

 

 

 

 

 

 

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