samedi 2 mars 2024

CRITIQUE, concert. TOURS, Auditorium François 1er (Palais des Congrès), le 13 juin 2023. Récital de Roberto ALAGNA. Orchestre symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours. Laurent Campellone (direction).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Parrain de la saison 2023 de l’Opéra de Tours, Roberto Alagna ne pouvait manquer de s’y produire, et c’est avec un récital de la star française que la saison lyrique tourangelle (qui reprendra un cours “normal” de septembre à juin à partir de cette année…) s’est achevée. Et c’est dans les murs de l’Auditorium François 1er (la grande salle du Palais des Congrès de la ville, situé juste en face de la gare de la ville) qu’il s’est tenu, pour permettre au plus grand nombre d’assister à l’événement, (donné à guichet fermé) – avec sur le vaste plateau l’Orchestre symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours, dirigé bien sûr par Laurent Campellone, directeur général de l’institution ligérienne depuis septembre 2020.

 

Dans une forme éblouissante, Roberto Alagna ayant soufflé ses 60 printemps quelques jours plus tôt, est apparu, enchaînant pas moins de 9 airs (entrecoupés par les inévitables Ouvertures), suivis de … cinq bis, une générosité qu’on lui connaît (du moins quand il est / se sent en forme). Timbre solaire, legato velouté, grave solide, aigus toujours aussi puissants et élégants… et sans la moindre tension, comme c’est parfois le cas. Toutes les qualités du ténor apparaissent intactes dès le premier air qu’il entonne, le rare “Le bruit des chants s’éteint”, extrait du moins rare “Sigurd” d’Ernest Reyer, car s’il est une passion commune que partagent notre “ténor national” et Laurent Campellone, c’est bien l’amour et la défense du répertoire français, et toutes les raretés / pépites dudit répertoire qui attendent d’être ressuscitées (à l’instar de ce “Sigurd” que nous n’avons, à titre personnel, entendu qu’une seule fois, au Victoria Hall de Genève et en simple version de concert…).

 

Récital populaire et raffiné
Roberto Alagna à Tours
Plaisir de dire autant que de chanter…

Parmi les chevaux de bataille d’Alagna, il y a les deux airs qui suivent “Pays merveilleux” et “Ô Souverain, ô juge, ô père”  – tirés de deux ouvrages tout aussi rarement donnés (“L’Africaine” de Meyerbeer et “Le Cid” de Massenet) ; dans lesquels on goûte avec extase la parfaite et confondante diction car il y a toujours eu, chez lui, au-delà du plaisir de chanter, un authentique plaisir de dire. Et à l’issue de ces deux airs sublimes, qu’il travaille note à note avec des sons filés angéliques, des pianissimi de rêve et un phrasé parfait, ils déchaînent des applaudissements amplement justifiés.
C’est aussi un grand acteur, et il sait vivre tout ce qu’il chante de l’intérieur, comme dans l’air “Je ne suis pas un impie” extrait de l’opéra (de son frère David Alagna) “Le Dernier jour d’un condamné”, délivré comme en extase, les yeux levés au ciel, complètement habité… ce qui ne l’empêche pas d’entrer en interaction avec les spectateurs des premiers rangs, comme il en a l’habitude, car on connaît aussi son amour et sa proximité avec ses fans, accourus des six coins de l’Hexagone…pour “en” être !
Après le répertoire français, c’est le répertoire de l’Italie natale de ses parents, dont il a hérité ce soleil sicilien dans les cordes vocales – bien que né à Saint-Denis, ce qu’il aime à rappeler aussi. Et c’est vers le “vérisme” qu’il se tourne avec des extraits de “Pagliacci” de Leoncavallo (“No! Pagliaccio non son !”), “Andrea Chénier” de Giordano (“Si fui soldato”) ou encore “Fedora” du même Giordano (“Amor ti vieta”), dans lesquels il n’a pas de mal ni à séduire, avec son habituelle force de conviction et cette authenticité dans l’expression qu’il possède et qui nous aura toujours ravis.
Il clôt la soirée sur “Niun mi tem” (“Otello” de Verdi), qu’il susurre plus qu’il ne chante, terminant son chant désespéré par un piano du plus bel effet, qui noue les gorges et bouleverse.
Mais la fête n’est pas finie pour autant, et ce sont cinq bis qui se succède, d’abord trois airs extraits de “Zarzuelas” espagnoles, avant un chanson napolitaine, et enfin un poignant “Notre père”, de sa composition et délivrée “a capella” sans l’aide de l’orchestre, pour clore ce concert à la fois populaire et raffiné.

Un mot justement sur la phalange tourangelle : comme pour marquer l’événement, et après un discours introductif alarmant sur la situation financière de ses instrumentistes (qui sont payés “à la prestation” et ne sont donc pas salariés…), l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours se surpasse et se montre précis comme jamais, conscient des multiples enjeux de la soirée, ce qui nous vaut un “Intermezzo” de Mascagni ou un “Carnaval romain” de Berlioz de toute beauté, de même l’Ouverture du “Roi de Lahore” de Massenet dans laquelle Laurent Campellone tire de sa phalange une superbe sonorité, une élégance toute française ; une passion réjouissante qui fait plaisir à voir et à entendre !

 

 

 

 

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CRITIQUE, concert. TOURS, Auditorium François 1er (Palais des Congrès), le 13 juin 2023. Récital de Roberto ALAGNA. Orchestre symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours. Laurent Campellone (direction). Photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

 

VIDÉO : Roberto Alagna chante « Ô souverain, ô juge, ô père » de Massenet (« Le Cid ») aux Chorégies d’Orange

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