CRITIQUE, concert. LUXEMBOURG, Philharmonie, le 17 déc 2022. Ravel, Ibert… Orch. Philh. de Luxembourg / E Pahud (flûte) / G Gimeno (direction)

CRITIQUE, concert. LUXEMBOURG, Philharmonie, le 17 déc 2022. Orch. Philh. de Luxembourg / Emmanuel Pahud (flûte) / Gustavo Gimeno (direction). Voilà bientôt 7 années que le chef espagnol Gustavo Gimeno est à la tête de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg – qui officie dans le somptueux écrin futuriste que l’architecte star Christian de Porzamparc a dessiné sur le plateau de Kirchberg, à quelques encablures de la vieille ville et du Palais ducal. Au cours d’une saison toujours aussi riche et variée en termes d’offres musicales, les concerts de la phalange luxembourgeoise sont parmi les plus courus, d’autant qu’ils mettent souvent à l’affiche des solistes de renommée internationale, comme c’était justement le cas le vendredi 17 décembre 2021 avec la venue du flûtiste solo de la Philharmonie de Berlin : le français Emmanuel Pahud (dans un programme 100% français).

Messiaen, Ravel, Ibert
Musique française à la Philharmonie de Luxembourg

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En première partie, le chef originaire de Valencia se frotte avec l’OPL aux rares Offrandes oubliées (1930) d’Olivier Messiaen. Le compositeur a 22 ans lorsqu’il écrit cette « Méditation symphonique » en 3 volets dont Gimeno rehausse les contrastes. La partie médiane, avec les sifflements stridents des cordes en harmoniques est empreinte de violence sous sa baguette alerte. Elle s’oppose au temps suspendu des deux autres mouvements, parties d’un extrême raffinement laissant apprécier la beauté de cordes chantantes, entièrement seules dans l’extatique finale où passe une forte émotion. Après un précipité, on passe aussitôt à Maurice Ravel avec son célèbre ballet « Ma mère l’Oye » (1912), qui retrouve un OPL particulièrement rond et habile, initiée par la volupté d’un Prélude pris très lentement aux cordes avec une impression d’emphase qui ne s’éteindra que dans les derniers instants du Jardin féérique, l’Apothéose finale du ballet.

En seconde partie de soirée, le fringant flûtiste Emmanuel Pahud, arrive tout sourire sur la scène de la Philharmonie, visiblement heureux d’être là, et joue (l’également rare) Concerto pour flûte (1932) de Jacques Ibert. Et il offre une interprétation vibrante de ce délicat concerto qui a composé de nombreuses pièces, avec un style d’une très grande diversité, et pour tout dire inclassable. Son concerto pour flûte offre au soliste des passages d’une virtuosité démoniaque dans le 1er mouvement. L’Andante est une très longue cantilène à la nostalgie douce et gracieuse. Le final permet des échanges chambristes pleins de charme avec de nombreux instrumentistes. Le jeu du flûtiste prodige est techniquement stupéfiant, avec une sonorité très française, d’une grande délicatesse, qui évite tant le vibrato que le métal. La direction attentive et amicale de Gimeno permet une écoute aisée de l’instrument jusque dans les nuances les plus ténues. Elégance et finesse sont les maîtres mots de cette interprétation particulièrement attrayante. Malgré les nombreux rappels, le public n’obtiendra pas de bis…

Pour conclure la soirée sous forme de boucle, retour à Messiaen avec une exécution de son Hymne pour Orchestre (1933), pièce magistrale qui passe avec naturel de la rudesse saccadée à l’extase apaisée, pour éclater ensuite dans une sorte d’acmé polychrome et étonnante dont les éclats riches et entremêlés sont les principales joies de cette partition trop négligée. Et effectivement, pour reprendre les propos du créateur, « l’œuvre se caractérise surtout par ses effets de couleur », des propos corroborés par Paul Le Flem qui assista à sa création à Paris en 1933 : « L’Hymne… se fait l’écho d’un mysticisme où l’extase se mêle à l’ardeur… La ferveur religieuse, la sérénité, la violence humaine même y sont évoquées avec des moyens musicaux hardis jusqu’à l’âpreté ». Un ouvrage indispensable pour clore en beauté une soirée de musique française de haute tenue à la Philharmonie de Luxembourg !

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CRITIQUE, concert. Philharmonie du Luxembourg, le 17 décembre 2022. Orchestre Philharmonique de Luxembourg / Emmanuel Pahud (flûte) / Gustavo Gimeno (direction).

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