CRITIQUE, concert. EVIAN, La Grange au Lac, le 13 mai 2022. Alexandre Kantorow (piano), Orchestre des Pays de Savoie et Orchestre de Chambre de Genève, Arie van Beek & Pieter-Jelle de Boer (directions).

alexandre Kantorow van Beek EVIAN critique concert classiquenewsCRITIQUE, concert. EVIAN, La Grange au Lac, le 13 mai 2022. Alexandre Kantorow (piano), Orchestre des Pays de Savoie et Orchestre de Chambre de Genève, Arie van Beek & Pieter-Jelle de Boer (directions)     -   C’est par un concert très particulier que s’est ouvert le festival « Printemps de La Grange », dans la sublime salle de concert créée à l’intention de Mstsislav Rostropovitch, à mi-distance des hôtels Royal et Ermitage, à Evian. Car on a assisté à la fusion de deux orchestres de chambre « voisins », l’Orchestre des Pays de Savoie (dirigé par Arie van Beek) et l’Orchestre de Chambre de Genève (dirigé par Pieter-Jelle de Boer). Les deux chefs néerlandais ont ainsi dirigé tour à tour deux pièces instrumentales, et la première chose qui frappe à l’oreille est la cohésion d’ensemble, alors qu’ils n’ont pas l’habitude de jouer ensemble… ou plutôt plus, car dans le passé ces deux formations avaient souvent été réunies : une tradition qui devrait donc reprendre à la faveur de la connivence qui lie les deux chefs hollandais, et l’on ne peut que s’en féliciter au vu du résultat.

La soirée débute avec l’ouverture « Le Corsaire » de Hector Berlioz, déployée ici de manière très théâtrale, Arie van Beek y imposant une dynamique pleine d’allant et de contrastes où se succèdent et se mélangent les éclats de cuivres, le ronflement des cordes et le sifflement des bois, dans un véritable maelström sonore. Place ensuite à la direction de Pieter-Jelle de Boer, et surtout au piano incandescent du jeune virtuose et prodige qu’est Alexandre Kantorow (25 ans !), premier français à avoir décroché (en 2019) le graal au célébrissime Concours Tchaïkovski de Moscou. Ici la délicatesse alterne avec la célérité selon les parties, mais le moment le plus émouvant est celui où le pianiste français soutient le très beau solo de violoncelle. Connu pour être très généreux en bis, il n’en aura cette fois pas l’occasion suite au malaise d’un auditeur à la toute fin du concerto !

En seconde partie, c’est de Boer qui prend la baguette pour le rare « Printemps », suite symphonique composée par le jeune Claude Debussy alors qu’il était à Rome (en 1887). Il y alterne bizarrement des tempi contradictoires, soient trop alanguis (au début) ou au contraire par trop précipités vers la fin, avec un volume sonore un peu trop généreux vu l’acoustique très réverbératrice de la salle, rappelons-le, entièrement construite en bois. Et le concert se termine – en beauté ! – par une superbe exécution de la Seconde suite de L’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky. Sous la battue d’Arie van Beek, la double phalange sonne à merveille : la précision et l’intelligence de sa direction révèlent, dans les détails, la beauté et l’invention de l’orchestration du Maître russe. Outre son foisonnement et sa progression, irréprochable jusqu’au Finale, l’exécution se distingue par sa grande clarté. La vivacité des pupitres, l’aplomb des interventions, en particulier celle du cor soliste au début, et la clarté des échanges constituent d’autres qualités de cette exécution fidèle à la dimension féerique du ballet.
Que souhaiter de plus sinon que cette expérience devienne une habitude ?!…

______________________________________

CRITIQUE, concert. EVIAN, La Grange au Lac, le 13 mai 2022. Alexandre Kantorow (piano), Orchestre des Pays de Savoie et Orchestre de Chambre de Genève, Arie van Beek & Pieter-Jelle de Boer (directions).

Comments are closed.