CRITIQUE CD, OFFENBACH : Le voyage dans la lune (Polchi, Lécroart… Dumoussaud (2 cd Palazzetto Bru Zane, sept 2021)

offenbach voyage dans la lune Pierre Dumoussaud critique cd opera classiquenewsCRITIQUE CD, OFFENBACH : Le voyage dans la lune (Polchi, Lécroart… Dumoussaud (2 cd Palazzetto Bru Zane – collection Opéra français) enregistré à Montpellier, sept 2021 – Entrain et vitalité s’affirment dès après l’ouverture plutôt rêveuse, dans une course échevelée proche des séquences de La Vie Parisienne – D’emblée, après le nocturne pour cor solo (ouverture), claire manifestation du génie mélodique d’un Offenbach porté par le rêve, on comprend la clé de la partition ; son ambivalence entre poésie nocturne (lunaire) et saillie canaille (volontiers satirique).

La féerie « fantasque et folle » de 1875 atteste de la verve onirique d’un Offenbach, empereur de la musique légère au XIXè (ici pas moins de 15 décors différents et 2 ballets) : dans cette première intégrale enfin recomposée, on goûte cette créativité en liberté, avec des perles restituées (2 inédits enrichissant l’apparition lunaire au début du II). Le prince Caprice se désespère et se morfond sur terre ; il convainc son père (le roi V’lan) d’explorer la lune, le seul astre qui l’inspire…flanqué de Microscope, Caprice va consulter les astronomes de l’observatoire… puis commande à la forge, l’énorme canon qui le projettera jusqu’à la planète convoitée. Tandis que la découverte du monde d’en haut – qui relègue la Terre à n’être qu’un ” petit point noir “, permet une critique en règle de la France des années 1870/1880.
La vitalité des ensembles (nombreux chœurs), le relief des airs solistes, oniriques et souvent caustiques, l’entrain mélodique des ensembles (les artilleurs au I ; Ah! murmuré, suggestif au début du II quand Offenbach fait surgir le monde lunaire… à l’envers) émaillent une partition qui théâtralement sait se renouveler et rebondir constamment (dont le tableau « miraculeux surnaturel » du volcan aux 7 transformations, avec comme apothéose finale, le clair de terre conclusif) ; Offenbach veillant sans relâche à l’allant comme à la diversité de l’action ; en dépeignant la société du monde lunaire celle des sélénites et du roi Cosmos-, l’auteur réalise ce qu’il aime : développer une lecture critique voire cynique de son époque, en particulier après la chute du second empire et après la Commune. Outre son sujet (cosmique), le drame doit aussi son onirisme à l’aplomb de l’orchestre seul, en particulier sollicité pour le développement des ballets. Offenbach pointe les limites du genre lyrique fantastique et merveilleux, en questionnant le sens des « rôles à maillots », prétextes aux figures dénudées qui inondent alors les ouvrages légers. C’est clairement le statut de la femme dans la société qui est dénoncé… Offenbach léger et amuseur, sait épingler les vérités qui dérangent.

 

 

Le féerique critique d’Offenbach

 

 

Le plateau ne manque pas de piquant ; chaque personnage a du chien et du vocabulaire ; dommage cependant que l’abattage de la soprano Violette Polchi manque d’intelligibilité en particulier dans les airs trop rapides pour elle, à tel point que l’on perd le texte dans son air où Caprice arrive sur la lune, découvrant la société des Sélénites (n°11 : Rondeau de l’obus / « plus de tapage, plus de guichets… ») ; même réserve pour la délicieuse voix chantante, coloratoure agile et tendre de Sheva Tehoval (qui fait une princesse lunaire – Fantasia- au charme évident mais au français plus qu’approximatif ; regrettable manque de préparation, en particulier dans son air « hystérique » (Ariette de la princesse n°21, Acte III) – à l’inverse aucun des hommes ne souffre d’une telle faillite linguistique et de diction.

CLIC D'OR macaron 200Heureusement qu’en fosse, malgré un orchestre pléthorique, la direction affûtée du chef Pierre Dumoussaud diversifie les couleurs, sait varier le caractère de chaque séquence ; énergie motorique, bel équilibrage orchestre / voix solistes, le maestro sait polir les pépites d’un Offenbach onirique et féerique, mais plus souvent cocasse, fantasque que sincère et nostalgique. Les 2 ballets (des chimères fin du II, puis des flocons, fin du III) ont cet entrain de plus en plus assumé, canaille et parisien qui se rapproche du café concert.
En dépit des quelques réserves énoncé, l’enregistrement souligne la valeur de cette résurrection légitime. D’où notre CLIC révélation.

 

 

 

 

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CRITIQUE CD, OFFENBACH : Le voyage dans la lune (Polchi, Tehoval, Lécroart… Dumoussaud (2 cd Palazzetto Bru Zane – collection « Opéra français » / French Opera) enregistré à Montpellier en sept 2021 – Avec : Violette Polchi, Sheva Tehoval, Matthieu Lécroart, Pierre Derhet, Raphaël Brémard, Thibaut Desplantes, Marie Lenormand, Christophe Poncet de Solages, Ludivine Gombert
Chœur, Orchestre National Montpellier Occitanie  / Pierre Dumoussaud, direction – 2 cd – Coll. “Opéra français” vol. 32 | BZ 1049

 

 

 

 

TEASER VIDEO : Le Voyage dans la lune, Offfenbach, Polchi, Dumoussaud

 

 

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