CRITIQUE, CD événement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – 2019)

grands-motets-antiphona-montigny critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD événement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – 2019)   -   Rolandas Muleika et son ensemble Antiphona (qu’il a fondé en 1996) ressuscitent avec exaltation et éloquence la joie bienheureuse et aussi le souffle dramatique du méridional baroque Montigny dont la carrière s’achève quand Rameau suscite la fameux scandale de son premier opéra Hippolyte et Aricie (1733). Au sein des compositeurs flamboyants « de province », Montigny serait le maillon oublié aux côtés de l’aixois Campra et du narbonnais Mondonville. Mort en 1738, ce natif de Béziers (à quand un concert Montigny dans la cathédrale in loco ?) s’affirme à Toulouse à Saint-Sernin (où a été enregistré le programme édité par Paraty), non sans maîtriser diverses influences, captées en Angleterre, aux Pays-Bas… lors d’un tour d’Europe impressionnant qui fait de son écriture, la synthèse des styles à son époque. Les deux Motets ici recréés en première mondiale, ont été conçus pour Toulouse dans l’année 1730 par un Montigny sexagénaire d’une maturité impressionnante, alors maître de chapelle de Saint-Sernin.

Recréation mondiale

Le grand motet toulousain à son sommet (1730),
Montigny, précurseur de Mondonville et de Rameau

Le premier Motet Surge propera (propre aux années toulousaines de l’auteur, destiné à la procession des Pénitents bleus de juin 1730) impose une complexité de l’écriture chorale d’une rayonnante noblesse dont le raffinement et la beauté des textures harmoniques prolongent le meilleur Lully (faste des trompettes dans Tubæ sonitu), grand faiseur avec Delalande dans le genre du Motet versaillais, avant Montigny. La ductilité du chœur Antiphona impressionne dans ce jeu exalté et articulé ; auquel répond l’ivresse intelligemment nuancée des instrument de l’orchestre Antiphona. En somme une complicité savoureuse voire superlative qui ressuscite aussi sur le plan interprétatif, l’époque des grands enregistrements d’exploration et de découvertes (majeures, comme ici) ; de fait, Montigny est un très grand compositeur qui prolonge la ferveur encore recueillie et très dense d’un Lully Grand Siècle (solo de la taille « Qui sitit qui esurit »), et annonce directement les effectifs intensément dramatiques, des opératiques Mondonville et Rameau (tempête du Surge Propera). Comme chez Rameau, se distingue ici la saveur des timbres instrumentaux, en particulier les bassons constamment sollicités et parfaitement enregistrés car la prise de son est particulièrement réussie.
CLIC_macaron_2014La direction artistique de Rolandas Muleika relève les défis multiples de cette recréation, révélant définitivement le tempérament de Montigny grâce à un important travail de restitution des partitions autographes. Le brio contrasté du choeur, le relief caractérisé et très impliqué des solistes, le souffle de l’orchestre associé à la maîtrise contrapuntique du chœur restituent la splendeur dramatique, le sentiment d’exaltation des pièces qui place l’humain, la tendresse fervente de chaque épisode, au cœur de cette formidable réhabilitation. N’écoutez que les 4 premières séquences du motet « Salvum me fac Deus » … vous serez saisi par la puissance expressive du « Veni in altitudinem maris » ; le chant opératique de l’orchestre, la projection déclamée superlative du texte (ego sum pauper par le dessus Eva Tamisier, fragile, fervente), la transe chorale du chœur « Effunde super eos » puis le duo haute-contre / basse et choeur final d’une mordante exaltation … sont autant d’arguments solides qui inscrivent Montigny parmi les plus grands compositeurs du premier XVIIIè. Son écriture préfigure déjà les audaces et l’énergie de Rameau comme de Mondonville… c’est dire! Somptueuse révélation. CLIC de CLASSIQUENEWS / hiver 2002.

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CRITIQUE, CD événement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – enregistré à Toulouse, Saint-Sernin, août 2019 – 1 cd PARATY records) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2022.

Joseph Valette de Montigny (1665 – 1738), 2 grands motets :
« Surge propera Sion Filia » / « Salvum me fac Deus »

Écoutez sur youtube le choeur flamboyant Effunde super eos :
https://www.youtube.com/watch?v=GXSpaUZW-1Q

VISITER le site de l’ensemble ANTIPHONA / Rolanas Muleika
https://ensemble-antiphona.org/rolandas-muleika/

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