CRITIQUE, CD, événement. HAYDN N°11 – «  Au goût parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA)

haydn symphonies 82 87 24 2 par Giovanni Antonini kammer orch basel cd critique review CLIC de CLASSIQUENEWS haydn 2032 ALPHA classicsCRITIQUE, CD, événement. HAYDN N°11 – «  Au goût parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA)   –   Depuis plusieurs années, l’éditeur Alpha et l’Orch de chambre de Bâle enregistrent l’intégrale des 107 symphonies de Haydn…pour souligner en 2032, les 300 ans du compositeur viennois. Le chef Giovanni Antonini très impliqué dans les notions dynamiques, veille à la qualité artistique de l’aventure, associant aussi son propre orchestre Il Giardino Armonico…
Une éloquence crépitante, qui sait être souple ou frénétiquement contrastée : ainsi s’affirme la vitalité expressive du geste inventif, libre, à la fois furieux et intérieur du chef (et remarquable flûtiste) Giovanni Antonini, ici à la tête du collectif bâlois : l’orchestre de chambre de Bâle / Kammerorchester Basel / un modèle de volubilité hypersensible qui rappelle les réalisations elles aussi millimétrées des mêmes symphonies de Haydn sous la direction de Thomas Fey (avec le Heidelberg Sinfoniker)…
LIRE aussi notre critique des symphonies de Haydn par Thomas Fey / Heidelberg Sinfoniker : https://www.classiquenews.com/haydn-symphonies-n53-limpriale-n54heidelberger-sinfoniker-thomas-fey-1-cd-hnssler-classic/ : «  Vitalité, âpreté, mordant: les accents majeurs de l’approche de Fey à la tête de son orchestre de chambre sont désormais bien connus. Sont-ils pour autant d’excellents arguments capables d’insuffler à la machine orchestrale, ici magnifiquement polie pour les 2 symphonies de 1774, … ce caractère et cette tension, ennemis d’une certaine routine ronflante?  »

De son côté, le programme défendu par Giovanni Antonini expose la très riche palette de nuances et demi teintes (cet art rarement maîtrisé, du clair-obscur / chiaroscuro dont le chef est capable) ; il met en valeur les Symphonies particulièrement prisées des parisiens du début des années 1770 (1773) jusqu’à la fin des années 1780.
Mais sous la baguette de Giovanni Antonini, les contrastes et leurs alternances n’ont jamais le même caractère ; d’où une absence de toute effet mécanique ; l’articulation suit un plan organiquement changeant, pour chaque mesure… Voilà qui pourrait inspirer nombre d’orchestres modernes (et d’orchestre tout court) tant la finesse et le naturel de chaque mouvement rayonnent de liberté expressive, de fluidité ardente, d’hédonisme et d’accents qui sont proches de la parole ; tout s’enchaîne dans la diversité et la caractérisation, semblant servir et expliciter un plan général où chaque séquence signifie par sa singularité active. Toutes les parties s’imbriquent pour constituer une totalité nécessaire, une architecture équilibrée pourtant colorée et habitée selon le mouvement ; l’Allegretto de l’Ours (n°82) sait éblouir par une facétie à peine voilée ; de même l’allant dansant du Finale (dont la contredanse à 2/4 évoque l’allure d’un ours) détaille chaque chant des pupitres comme les plans expressifs distincts magnifiquement agencés, d’une ébouriffante fantaisie délurée. Cette liberté dans la souplesse, cette urgence dans la facétie ressuscitent au plus juste l’esprit même de Haydn, son esprit lumineux, sa pétillance primitive, son goût de l’invention.

Suite de l’intégrale des Symphonies de Joseph Haydn
Giovanni Antonini,
l’orfèvre qui réinvente HAYDN….

La 87 s’impose aussi par les effets de contrastes autant que de surprise ; même suractivité, presque bavarde et délirante, dès le début (le « Vivace », développé plus que de coutume ici : plus de 10mn d’une introduction qui surexprime et trépigne; mais qui exalte une motricité rythmique … rossinienne. Le ton est donné. La frénésie n’écarte pas les séquences d’une sensualité grave irrésistible. Une telle caractérisation confère à chaque symphonie la force poétique d’un opéra pour instruments et témoigne selon les mots du chef de « ce kaléidoscope des émotions humaines » revendiqué par Antonini. L’Adagio qui suit fait valoir la noblesse majestueuse cor / hautbois / flûte, soit un pastoralisme d’une « grandeur » royale et d’un raffinement aristocratique (ceux de Marie-Antoinette en son hameau de Trianon ?) – Le Menuet respire lui aussi la grâce, l’élégance, et aussi la percée facétieuse (hautbois) comme le Finale (Vivace II), tranchant et vif dont la coupe est si proche de Mozart (dernière symphonie « Jupiter » n°41).
Les 2 dernières sont plus « standards » pour autant que ce vocable sied à l’imagination débridé d’un Haydn jamais prévisible ; la 24 -composée en 1764, premier opus dont un document atteste qu’il s’agit de la première symphonie qui fut jouée et très applaudie à Paris(avril 1773) regorge de saine vivacité ; de drôlerie aussi (assumée par le cor dans le Menuet (entre autres) ; tandis que la plus ancienne, n°2, montre par comparaison (inévitable avec l’aplomb des plus récentes jouées précédemment) l’étendue poétique et expressive qui l’éloigne des deux premières n°82 et 87.
La finesse et l’intelligence avec lesquelles Giovanni Antonini aborde le massif haydnien relève d’une compréhension à la fois encyclopédique et poétique de son sujet : sa connaissance devient verve, pure agilité, mais aussi humilité car il approche chaque symphonie comme s’il s’agissait d’une planète parmi une multitude, d’une constellation infinie et vertigineuse, au diapason d’un univers plus vaste encore, celui de la pensée de Joseph Haydn. Passionnante intégrale dont l’approche et la conception renouvellent totalement l’interprétation de Haydn, comme des symphonies du XVIIIè.

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CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD, événement. HAYDN N°11 – «  Au goût parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA – enregistré en 2019 – 2020)

Durée : 1h27 – enregistré en 2019 (87, 82, 24) – 2020 (2) – CLIC de CLASSIQUENEWS – printemps 2022.

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