CRITIQUE, cd événement. Benoît BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records)

babel-benoit-cd-louis-francois-couperin-cd-paraty-critique-review-cd-classiquenews-clic-de-classiquenewsCRITIQUE, cd événement. Benoît BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records)   -   Décédé à 35 ans (en 1661), Louis est une comète qui marque le XVIIè par sa fulgurance ici magnifiquement solennelle, enflammée, douloureuse : le jeu tout en profondeur, articulation, retenue mais grande intensité de Benoît Babel restitue de Louis, sa prodigieuse invention ; sa couleur éloquente et mystérieuse ; lui que Louis XIV reconnut comme virtuose maniant… l’archet (pardessus de viole de la Chambre) ; ses œuvres dont ici enchaînées, les 6 Pièces en la et les 5 pièces en ré, n’on jamais été publiées ; il était plus que légitime de les jouer en en mesurant toutes les facettes contradictoires du génie poétique.
A la gravitas de Louis, sa poésie soyeuse et sombre (superbe Prélude initial « à l’imitation de M. Froberger ») répond celle plus enjouée, donc XVIIIè, profuse et virtuose de François né en 1668 ; avant Rameau, réactulisant la vivacité critique de l’observateur Saint-Simon mais avec l’esprit pointu voire pointilleux, François Couperin aime brosser le portrait de ses contemporains avec une facétie parfois insolente voire parodique ; le jeu distingue tous les détails et ornements, nuances et effets émaillant les manuscrits autographes d’un auteur hanté par l’exactitude. « Sans augmentation ni diminution », chaque pièce doit être strictement respectueuse des annotations (innombrables) du compositeur : un défi pour l’interprète que le piège de la stricte révérence agogique pourrait assécher, mécaniser, technologiser.

clavecin-benoit-babel-louis-francois-couperin-cd-paraty-critique-entretien-classiquenews-clic-de-classiquenews-critique-cd-reviewPour donner de l’âme à une musique abordée soit comme trop brillante soit comme exclusivement métronomique, Benoît Babel choisit un clavecin copie de 2006 d’un original datée de 1667 (et conservé à Boston) : « cordage en laiton et accents italiens qui en résultent ». Son caractère ainsi identifié contraste derechef avec un énième franco-flamand du XVIIIè : le choix s’avère pertinent ; il renforce la couleur « française » de celui qui incarne idéalement les goûts réunis, tout en soulignant l’étonnante continuité de Louis à François, dans le sens du tempérament poétique et de l’invention juste et sincère. La clarté polyphonique sert admirablement le discours de Louis comme la volubilité de François, toujours habile portraitiste, évocateur pertinent.

 

 

Louis & François
Les Couperin sublimés par Benoît Babel

 

 

Chez Louis le raffinement harmonique comme l’éloquence articulée, presque linguistique du clavier imprime aux Pièces structurées en suite de danses, un panache, un mordant dans l’élégance qui convainc : noblesse de l’Allemande ; franchise de La Piémontaise (aux harmonies improbables) ; chant nostalgique et tout à fait tranquille des deux Sarabandes (Pièces en la) ; caractère des Canaries ; rondeur suspendue, enchantée des deux Chaconnes, la seconde énoncée comme un questionnement intime (Pièces en ré).
François rayonne par une imagination qui atteint le prodige, tant la variété des couleurs, le nuancier millimétré des accents, l’euphorie rythmique (tendresse féerique, enivrante de « tic-toc-choc ») aussi témoignent d’une acuité suggestive hors normes ; un tel raffinement exprime la sensibilité du second Couperin, orfèvre des moindres inflexions sonores ; de « La Zénobie », aux « Grâces naturelles », de « L’Arlequine » à la sophistication ornementée de « La Verneuil », sans omettre la vitalité bavarde du « Turbulent »… ou la pudeur presque doloriste de « L’attendrissante » ; c’est une galerie de portraits d’une finesse inédite ; un labyrinthe aux connotations cachées aussi qui se dérobe sous la vivacité virtuose ou …la charge facétieuse voire délirante (« les vieleux et CLIC D'OR macaron 200les gueux », « Les invalides »…) ; l’enchaînement est pertinent ; il souligne indirectement la parenté du « Dodo ou l’amour au berceau » avec « Les barricades mystérieuses » ; le jeu est aussi analytique que souple et naturel, permettant à tous les champs harmoniques et mélodiques de se déployer dans un jeu contrapuntique des mieux articulés, d’une justesse de ton superlative. Superbe réalisation.

 

  

 

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CRITIQUE, cd événement. Benoît BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records) – enregistré en avril 2021 (Nièvre). CLIC de CLASSIQUENEWS été 2022.

 

  

  

 

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LIRE notre entretien avec Benoit BABEL à propos de son cd Louis et François COUPERIN (1 cd PARATY records)   -

Louis-François-Couperin-300x300GRAND ENTRETIEN : BENOIT BABEL joue Louis et François Couperin (nouveau cd Paraty, printemps 2022). Pour PARATY, le claveciniste Benoît BABEL qui nous avait tant convaincu à la tête de son ensemble Zaïs dans un premier disque très original, dédié à Rameau et Haendel, sort en juin 2022, un nouvel enregistrement, seul, comme claveciniste. Jouant son propre instrument, Benoît Babel explore les mondes imaginaires des Couperin, oncle et neveu. 2 tempéraments baroques dont l’intensité et l’expressivité inspirent un programme abouti, personnel, particulièrement saisissant. Louis c’est le feu, l’impatience à peine développée à cause d’une vie fauchée trop tôt ; François son neveu exalte comme personne avant lui, les vertus des « Goûts Réunis » ; les deux sont inspirés par un sens de l’économie, de la poésie, de la danse aussi, surtout… Entretien exclusif avec Benoît Babel à propos de Louis et de François Couperin.

 

  

  

 

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