COMPTE-RENDU, live streaming concert. LILLE, le 12 mai 2021. Chostakovitch, Beethoven. Orchestre National de Lille. Anastasia Kobekina, violoncelle. Jean-Claude CASADESUS.

COMPTE-RENDU, live streaming concert. LILLE, le 12 mai 2021. Chostakovitch, Beethoven. Orchestre National de Lille. Anastasia Kobekina, violoncelle. Jean-Claude CASADESUS. Les climats ambivalents de Chostakovitch (Concerto pour violoncelle n°1, créé en 1959 par son dédicataire Rostropovitch) ne laissent pas de fasciner dans une lecture particulièrement vivante. Funambule à pas de velours, à la fois grotesque, plein de panache et aussi d’un délire versant dans l’autodérision aigre, l’ironie cinglante, … le violoncelle de « La » Kobekina ne négocie rien sur l’autel de l’expression musicale : dès l’Allegretto, elle chante, elle murmure, fait parler son instrument avec une acuité sans artifice, une franchise sonore, une immédiateté poétique qui saisissent l’écoute. L’interprète russe fait du premier mouvement une errance hallucinée, une danse ivre, fusionnant avec l’orchestre capricieux, fanfaron, lunaire sous la baguette fluide et passionnément chorégraphique de maestro Casadesus : les pointes de la clarinette, du cor, … accordées à la prière gémissante du violoncelle composent le paysage le plus hystérique et hypnotique entre marche funèbre et enivrement salvateur. A la fois cynique et tendre, Chosta se dévoile ici, en pas feutrés, en cris déchirants. Le Moderato plonge dans des eaux plus énigmatiques et suspendues, un éther d’où sont effacées (provisoirement) les tensions déchirantes du mouvement précédent : le violoncelle solo peut y dérouler à l’infini, son fil langoureux, d’une ineffable peine, cependant que JC Casadesus veille à la direction générale, à cette gravitas qui tord les cœurs et essore l’âme en une interrogation infinie proche de l’insupportable comme un aiguillon brûlant.

 

 

Du chant funambule de Chosta…
au jaillissement beethovénien

 

 

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La Cadenza a voce sola élargit encore le spectre de cette solitude sans fard qui se désespère à force d’être impuissante : Anastasia Kobekina en sculpte chaque accent éperdu ; chaque nuance ténue comme une déflagration intime, un effondrement psychique qu’il faut mettre en relation avec l’expérience personnelle du compositeur. Elle est enchaînée avec le Finale qui précipite l’allure collective en une transe de plus en plus aigre et sarcastique dont les vagues mordantes surgissent et s’affirment plus nettement dans le chant d’un orchestre scintillant et hagard (clarinette / flûte).

A 29’45, seconde partie du concert : jaillit la Symphonie n°5 d’un Beethoven combattant dont le chef, nerveux, définitif, souligne l’enracinement âpre, l’assise chtonienne ; la partition célébrissime s’affirme dès ses notes répétées du début par sa tension; l’énergie, surtout la rage déferlent comme une poussée de lave incandescente ; le tempo est allant, sans retenue, ciblant nette sa résolution ; du chaos se précise peu à peu l’éclosion de l’esprit ; de la matière rugissante primitive surgit la forme d’une pensée conquérante. L’Andante rétablit l’ordre et l’équilibre, mais avec une autorité triomphatrice qui se pare d’éclats guerriers comme de couleurs subtilement voluptueuses (caresse des bois dont l’articulation enivrante du hautbois et du basson… grâce à la connivence des remarquables solistes), d’une souveraine assise (chant des violoncelles). La baguette large, précise semble faire surgir la marche d’une armée qui défile avec la noblesse et l’aplomb recouvrés ; cette sensualité maîtrisée aussi qui convoque déjà la 6è « Pastorale ».
Le Scherzo, plus souterrain, s’impose également par sa tension ultime, son urgence rayonnante ; il prélude et prépare le surgissement final de la lumière qui fait du tourbillon orchestral, une formidable machine ascensionnelle dont la grandeur nourrit le souffle collectif jusqu’à l’exclamation jubilatoire finale, chant de victoire, défilé martial, apothéose instrumentale d’une irrésistible extase en ut majeur. Le chef souligne l’impétuosité caressante, ardente, ivre de la conclusion, très proche dans l’esprit du finale de l’opéra unique de Beethoven, Fidelio.

 

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audito-2.0-Orchestre-National-de-lille-concerts-annonce-critique-classiquenewsREVOIR EN REPLAY le concert JEAN-CLAUDE CASADESUS dirige Chostakovitch et Beethoven (12 mai 2021) sur la chaîne Youtube de l’ON LILLE Orchestre National de Lille :
https://www.youtube.com/watch?v=1Wf4O6R-tXA

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