CD événement. BRUCKNER : Symphonie n°8 (Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann, 1 cd SONY classical)

CD événement. BRUCKNER : Symphonie n°8 (Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann, 1 cd SONY classical)bruckner 8 symphony review critique thielemann wiener philharmoniker classiquenews review critique cdAu cœur de cette symphonie testament, aux dimensions impressionnantes, – la plus monumentale en réalité de tout le corpus brucknérien, avec pour sommet, le finale, ample édifice aux allures de cathédrale symphonique, se dresse aussi la solennité sensuelle de l’Adagio, lui aussi développé (290 mesures !) qui élargit la résonance des tubas et des cordes (traitées en vastes chorals) auquel l’appel final est énoncé par le cor dans le ré bémol le plus serein, rasséréné.
Peut-être certains instrumentistes dans les rangs du Philharmonique de Vienne, se souviennent du temps (1996) où ils étaient dirigés dans cette même œuvre par Pierre Boulez et dans l’église de Saint-Florian à Linz, là même où Bruckner tenait l’orgue ? La tradition brucknérienne remonte à loin et explique ce naturel sonore propre aux viennois, cet éclat organique et l’allant de la transparence dans la texture si riche de l’orchestre de Bruckner.

Ampleur et détails de l’architecture brucknérienne

Le plus wagnérien des mouvements (le sublime Adagio) qui ouvre des portes paradisiaques (le cor solo d’une envoûtante prière extatique) permet de mesurer le pas franchi avec les symphonies précédentes (3, 4 également jouées et enregistrées par Thielemann) : dans la 8è, Bruckner semble avoir trouvé un point d’équilibre et même de fusion, entre la forme monumentale, ses tutti aux cuivres spectaculaires, et les séquences d’ivresse chambriste (cordes et bois), réussissant désormais en un flux pacifié continu, les passages entre les épisodes, effaçant désormais l’opposition un rien systématisée auparavant entre les pupitres, dessinés comme des blocs confrontés : ainsi la vision du symphoniste a gommé les systématismes du compositeur-organiste. Dans l’Adagio, ample souffle symphonique qui exhale des ondes sonores progressives, s’accomplit même une partition, au delà de la démesure de l’orchestration, qui frappe par sa volupté naturelle. Dans la révélation divine et la célébration de la Nature, Bruckner s’autorise une sensualité mystique, nouvellement incarnée (la harpe céleste en étant l’étendard fameux). Quel brillant contraste avec le Scherzo, plus terrien voire rustique, d’une évidente évocation pastorale (là encore la résonance associé harpe et cor) et qui dans l’esprit de Bruckner, ailleurs plus mystique (« rempli de Dieu »), affirme le lien du paysan typiquement autrichien, « Michel », archétype proclamé tel, indéfectiblement attaché à sa terre.

Immersion dans la grandeur qui à force d’énoncé ne peut se rendre digeste sans une particulière attention au détail des timbres, et aussi à la transparence du son ; En cela le geste et la conception de Thielemann accomplit un équilibre séducteur et dramatique ; le chef qui connaît son Wagner comme son Bruckner, déploie un hédonisme subtil qui à force d’alchimie minutieuse, accomplit une manière de métamorphose sonore grâce aux alliages instrumentaux opérés par Bruckner ; ce souci du détail et de la couleur orchestrale rehausse encore l’intérêt de sa lecture ; d’ailleurs en cela l’Adagio est de tous les mouvements celui qui annonce le plus directement la réflexion de Mahler sur l’écriture orchestrale. Comme une pause méditative pourtant hyperactive, comme les mouvements plus contrastés et conflictuels qui l’encadrent.
CLIC_macaron_2014Dans la cohérence quasi organique opérée par la gestique du chef, se réalise aussi ce que Boulez certes analytique a réussi : une manière de grand déhanché chorégraphique où les cors invitent la mer des cordes (effectif dépassé par Mahler ensuite) et déroulent leur somptueux ruban émerveillé, délivré comme la réponse au rébus. Christian Thielemann fusionne idéalement avec les Wiener, offrant ainsi une lecture de la 8è dans la version Nowak, particulièrement pensée et élaborée. L’unité du propos malgré sa grandeur, la sincérité de l’intonation, entre mysticisme et sensualité, divin et terrestre réalisent ici une nouvelle réussite totale pour les Viennois et le chef. A suivre.

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