CD, critique. VERONIQUE BONNECAZE / CHOPIN : Intégrale des Sonates (1 cd PARATY 2019)

Bonnecaze-veronique-piano-chopin-sonates-PARATY-cd-critique-CLIC-de-classiquenews-juin-2021CD, critique. VERONIQUE BONNECAZE / CHOPIN : Intégrale des Sonates (1 cd PARATY 2019). Par notre rédacteur ARNAUD PERESSE. Lauréate et finaliste de plusieurs concours internationaux (dont Genève, Mavi Marcoz, Chopin Palma de Majorque, Pescara, Jaen), la pianiste Véronique Bonnecaze a enregistré pour la première fois Chopin en 2000 chez Arcobaleno. Editées par Paraty, les Trois Sonates de Chopin confirment aujourd’hui une incroyable maturité. L’artiste reçoit la musique du maître avec une émotion saisissante. Véronique Bonnecaze semble brûler d’une fièvre délicate et poétique, jusque dans l’état second, sans jamais céder ni à l’exubérance technique, ni à l’habile juxtaposition de scènes hétéroclites. Elle suit à la lettre l’unité psychologique et créatrice, guettant les nuances subtiles de l’émoi, comme une vibration reçue dont la résonance harmonique est la seule réalité du monde senti.
Chaque sonate, quadripartite, garde une rigueur classique. Mais jamais l’application d’un cadre ne supplante ici la logique propre des œuvres dont les propositions musicales sont réalisées avec le naturel de l’improvisation.

 

 

Jeu poignant, humain, volubile…
Véronique Bonnecaze révèle chez CHOPIN
le héros sentimental, l’homme universel…

 

 

Dans la juvénile Sonate en ut mineur op. 4 (1827-1828), trop souvent considérée comme la présentation de travail de F. Chopin à son maître Josef Elsner, la pianiste fait surgir spontanément l’Allegro Maestoso tel un danseur se déployant librement dans des espaces imaginaires. Suis le Minuetto – allegretto et scherzando – révélant le sourire esquissé et malicieux d’un Chopin pétulant de jeunesse. Dans le Larghetto, l’influence des Ländler de Schubert paraît. Mais la candeur du jeune homme, épanchant benoîtement son émotion, s’embrase bientôt ; d’un jeu délié et plein de tendresse, l’artiste libère ce chant d’aveu. Dans un Finale éclatant, V. Bonnecaze nous emmène sur les chemins de l’aventure héroïque, ceux qui verront naître le panache hymnique des plus épiques Polonaises, comme la hardiesse révolutionnaire des Études op. 10 (voir la Réédition des 24 Études par V. Bonnecaze, Production Paraty 2020).

BONNECAZE-veronique-piano-CHOPIN-SONATES-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-critique-cdLa Sonate en si bémol mineur op. 35 (1840) s’ouvre par quatre mesures sépulcrales (Grave). La pianiste lance alors un agitato haletant où s’affrontent frénétiquement la volonté de vivre d’Eros et l’appel macabre de Thanatos. Dans le Scherzo, la confrontation des forces mystérieuses se prolonge dans une tragédie mettant en scène un chant douloureux au goût doux-amer qui tente de résister face aux ténèbres. La pianiste brandit la menace par des octaves martelées et nous emporte jusqu’à la frénésie lisztienne d’une danse de sabbat. La célèbre Marche Funèbre qui suit nous plonge dans un climat glaçant de convoi funèbre. Dans une lueur d’espoir, l’interprète élève une implorante supplique. D’une grande douceur dans l’interprétation, un chant de consolation vient nous envelopper dans un songe exquis, exutoire nous acquittant de la réalité. C’est sans compter l’inexorable course à l’abîme. Au retentissement du glas, dont le mystère réside dans l’alternance d’un accord parfait mineur et d’un accord de sixte et quarte du même ton, s’invitent soudain les spectres maudits, en leur insaisissable tourbillonnement, comme “le souffle nocturne du vent sur les tombes” (Anton Rubinstein). C’est le Presto final.

Enfin la Sonate en si mineur op. 58 (1845) est le fruit d’un artiste mûr : “Votre momiquement vieux. Chopin” ainsi que signait alors le compositeur dans ses lettres à la dame de Nohant. Au sommet de son art, le sylphe immatériel compose cependant une monumentale sonate, d’une grande virtuosité et d’une hardiesse virile. Sa forme affiche l’esthétique beethovénienne. Véronique Bonnecaze l’aborde avec majesté et part à la recherche du “torrent intarissable de matières précieuses en ébullition” selon les mots de J. Fontana, ami choisi de Chopin, à propos de son inspiration spontanée. C’est en suivant les élans du caractère que l’artiste chevauche l’Allegro maestoso avec la volubilité d’une main sûre de ses possibilités expressives. D’une précision sans faille, elle déploie les sections extrêmes du Scherzo, dont le virevoltement est relié par un trio central en si majeur, empli d’une affection introspective. Dans un style luthé, le Largo est joué avec la grâce épurée d’un souvenir mêlant délice et peine. Au terme de cette gondoliera de rêve, monte droit l’héroïque Finale.
L’exécution pyrotechnique y est époustouflante. V. Bonnecaze gravit le clavier et semble laisser dévaler les traits en sextolets par mille rebonds sur les marches d’albâtre d’un palais idéal.

CLIC D'OR macaron 200L’interprétation s’impose extrêmement poignante. Elle fait vivre le témoignage d’un homme qui s’est fait signataire pianistique de ses sentiments. Or, c’est par la révélation de l’universalité des émotions personnelles que Chopin érige l’art romantique en humanisme. Plus qu’un portrait, ce disque rappelle que c’est en recevant pleinement la musique de Chopin que l’interprète délivre encore sa plus intime humanité.

 

 

 

 

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CD, critique. VERONIQUE BONNECAZE / CHOPIN : Intégrale des Sonates (1 cd PARATY : enregistré au Théâtre Saint-Bonnet à Bourges. 11/2019). Piano Steinway – durée : 69 mn. CLIC de CLASSIQUENEWS été 2021.

 

 

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CD précédent critiqué par CLASSIQUENEWS :

bonnecaze véronique cd debussy classiquenews annonce critique cdCD critique. DEBUSSY par Véronique BONNECAZE, piano (1 cd PARATY 2018). Paru en janvier 2019. Somptueuse leçon de piano, le DEBUSSY de Véronique Bonnecaze captive autant par la réalisation musicale que la justesse poétique. Le choix du Bechstein 1900 est pertinent et très fécond, rappelant combien la sonorité est une question de toucher mais aussi de mécanique, l’équilibre entre les deux, révélant évidemment le tempérament des plus grands. A notre connaissance aucun des plus grands interprètes internationaux ne partage avec Véronique Bonnecaze cette réflexion (et cette audace) sur le choix de l’instrument, en affinité avec le répertoire et l’esthétique concernés. Tous les plus médiatisés, d’Argerich à Pollini et Freire, sans omettre les talents de la nouvelle génération, de Grosvenor à Trifonov (Malofeev a encore du temps pour polir davantage son propre son), et l’on ne parle pas des lolitas people (telles Yuja Wang ou Alice Sara Ott): tous sans exception jouent sur Steinway ou Yamaha voire Fazioli. Notre époque est donc au formatage sonore. Voilà donc dans le choix du piano, une approche qui se distingue… née d’un soin spécifique qui relève d’une approche artisanale. Et elle fonctionne admirablement. EN LIRE PLUS

 

 

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