CD critique. SAINT-SAËNS : Romances, Concerto, La muse et le poète : G. Laurenceau, violon – 1 cd Naïve

Saint-Saens gen laurenceau cd naive romances, violon clic de clssiquenewsCD critique. Saint-Saëns : Romances, Concerto, La muse et le poète (G. Laurenceau, violon) – 1 cd Naïve – Ce qui importe ici c’est de souligner l’humanisme et la chaleur d’un cœur romantique, ardent, élégantissime : celui de Camille Saint-Saëns. En rien conservateur ni « froidement classique », mais une sensibilité dont la finesse et la sensibilité savent enrichir une puissante virtuosité, juste et sincère, lumineuse, profonde. Dans le choix des œuvres, se dévoile aussi la longévité éclatante de Saint-Saëns, de 1850 à 1910 qui fait le pont entre Berlioz et Ravel. Le propre des deux premières œuvres est de débuter dans le centre d’un drame expressif et pudique à la fois, franchement, directement (1ère Romance de l’album opus 48, puis Andante expressivo du Concerto pour violon opus 20. Si l’on parle bien de vocalité, Saint-Saëns ne s’embarasse pas de préambule ni de présentation mais immerge l’auditeur dans le cœur de l’histoire, … soit l’intensité d’une conversation virtuose, d’une exquise émotivité et d’une rare volupté (effusion pudique de la Romance opus 37). En comparaison, le Caprice opus 52 d’Ysaÿe malgré la délicatesse énoncée de la violoniste Genneviève Lorenceau paraît trop démonstratif, un rien en recherche d’effet au sacrifice de la sincérité mesurée et pudique, ici essentielle. Comme d’un bel canto qui s’enivre de lui-même et finit par pêcher par vanité narcissique.
Par contre la sensibilité de la harpiste (Pauline Hass dans la Fantaisie pour harpe et violon opus 124, créé en 1907 par les soeurs Eissler à Londres, d’esprit… ravélien) fait surgir cette élégance de ton propre à Saint-Saëns, comme s’il était poète du surgissement d’un rêve dont le dialogue harpe et violon exprime la matière là aussi infiniment subtile, quasi évanescente, entre volupté et pudeur. Du pur Saint-Saëns, grand connaisseur des maîtres anciens ; la séquence finale semble renouveler la basse obstinée baroque en référence à la tarentelle : l’engagement de la violoniste là encore est total et toujours sur le fil du souffle, proche d’une vocalité qui sait nuancer et jamais s’épancher (a contrario d’Ysaÿe) : éperdue, suggestive, d’une délicatesse arachnéenne ; voici 13 mn de pur bonheur musical. Autre sommet de l’inspiration poétique de Saint-Saëns, La muse et le poète pour violoncelle et violon, opus 132 (1910, écrit pour Eugène Ysaÿe) concilie CLIC D'OR macaron 200profondeur et délicatesse, en un dialogue véritable entre la gravité du violoncelle (Yann Levionnois) et le violon, tout d’incandescence directe. Réserve pour l’orchestre qui peine parfois, sans pudeur, au risque d’une certaine brutalité. Le geste de la violoniste séduit incontestablement apportant crédit et valeur à ce programme qui célèbre le génie de Saint-Saëns comme peu et à travers le violon, la voix la plus féminine de l’orchestre (dixit Berlioz) : l’élégance de la virtuosité sert au mieux l’art du compositeur justement célébré en 2021 pour le centenaire de sa disparition (1921) - CLIC de CLASSIQUENEWS été 2021.

CD critique. SAINT-SAËNS : Romances, Concerto, La muse et le poète (Genneviève Laurenceau, violon – Orchestre de Picardie / Benjamin Lévy, direction) – 1 cd Naïve – enregistrement rélaisé en 2020 et 2021.

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