CD, critique. PAULINE VIARDOT, mélodies. Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano / Françoise Tillard, piano (1 cd Le chant de Linos, 2021)

pauline-viardot-melodies-stephanie-doustrac-critique-cd-opera-classiquenews-dossier-noel-2021CD, critique. PAULINE VIARDOT, mélodies. Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano / Françoise Tillard, piano (1 cd Le chant de Linos, 2021) – Fabuleuse contralto Pauline Garcia-Viardot (1821-1910) aujourd’hui fêtée ; cette année anniversaire (bicentenaire de sa naissance) met ainsi l’accent sur l’interprète comme la compositrice.
A la fin des années 1830, après la mort tragique de sa sœur ainée, diva légendaire (Maria Malibran), Pauline s’affirme sur la scène lyrique parisienne (Théâtre-Italien). La cantatrice inspire les compositeurs (Berlioz), mais aussi les écrivains comme Sand qui écrit de sportraits déguisés de son amie dans Consuelo (1843), La Comtesse de Rudolstadt (1844).
Superbe révélation, ce programme qui souligne le génie de la compositrice, mélodiste et diseuse de premier plan. A l’appui de la journée Pauline Viardot à l’Opéra Comique (6 oct 2021), l’inspiration de Pauline Viardot est enfin réestimée à travers ces 18 mélodies qui s’étendant de 1843 à 1904, imposent un tempérament mélodique et linguistique indiscutable en français, italien, espagnol, russe… L’élève de Reicha et de Liszt se montre digne de ses mentors. La diversité des écritures poétiques (Racine, La Fontaine, Victor Hugo / Pouchkine / Moericke détermine à chaque séquence un caractère vocal spécifique… que le mezzo chaud et articulé de Stéphanie d’Oustrac aime colorer, nuancer, polir avec un goût très sûr.
La babylone mélodique qui surgit dans cette pluralité des esthétiques et des cultures ressuscite évidement la Viardot polyglotte, animant à Paris, un salon fameux et raffiné qui concentre les pointures artistiques de l’heure (Sand, Chopin, Liszt, Berlioz, Gounod, Lehman et Delacroix…)

CLIC D'OR macaron 200Racinienne et donc tragédienne, D’Oustrac / Viardot éblouissent par leur verve dramatique (Scène d’Hermione, 1887), leur puissance ciselée qui évoquent l’intensité de l’opéra et le talent de l’actrice romantique ayant chanté pour Berlioz, sa propre version de l’Orphée de Gluck ; Sapho de Gounod, Desdémone de l’Otello de Rossini, sans omettre Fidès dans Le Prophète de Meyerbeer… Son Andromaque a la dignité d’une souveraine antique (sans le glacial tendu du marbre) ; même réussite pour la scène de Phèdre (1887), âme tragique, fière et rongée par l’amour coupable (incestueux) qui la dévore de l’intérieur.
Berlioz la destinait au chœur, Viardot la sculpte pour la voix seule et le piano : ainsi les langueurs (orientales, à la manière de Delacroix et de Chassériau : « si j’étais sultane… ») de Sara la baigneuse (les Orientales de V. Hugo) ; plus caractérisées encore les mélodies russes (1866) composent tout un pan inédit particulièrement séduisant sur les textes de Koltsov, Tourgueniev, Pouchkine ; même enthousiasme pour les mélodies ibériques qui se colorent d’un tempérament renouvelé, direct, proche du texte. Joueuse, D’Oustrac se délecte à varier la couleur de son timbre selon le personnage de La Fontaine (Le Savetier et le financier) ; tandis que le lied « Nixe Binsenfuss » (Moerike) affirme l’intelligence de l’interprète capable d’une vie intérieure marquée par l’urgence et l’humour insolent. La collection d’airs ainsi révélés appelle d’autres révélations souhaitons-le, tels les pièces comiques sur des livrets de Tourgueniev dont la présence a tant compté pour la diva-compositrice. N’omettons pas de souligner la sensibilité du piano de Viardot, contre champs / chant d’une fabuleuse activité (et qui rappelle que la cantatrice fut l’élève au piano de Liszt et de Chopin). L’enregistrement exploite excellemment l’exceptionnel piano de Stephan Paulello : aux harmonies riches, à la longueur de son… orchestrale.

CD, critique. PAULINE VIARDOT, mélodies. Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano / Françoise Tillard, piano (1 cd Le chant de Linos, 2021)

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