CD critique. LULLY : Le Ballet royal de la Naissance de Vénus LWV 27 (1665). Les Talens Lyriques. 1 cd Aparté

naissance venus lully benserade deborah cachet cyrille auvity talens lyriques critique cd classiquenewsCD critique. LULLY : Le Ballet royal de la Naissance de Vénus LWV 27 (1665). Les Talens Lyriques. 1 cd Aparté, enregistré en janvier 2021 à Paris. Dans les années 1660, Lully livre au jeune Louis XIV, cette musique langoureuse, extatique, vénusienne, où chacun séduit et danse ; où l’équilibre des parties marque un premier âge d’or du divertissement de cour à la Cour du Roi Soleil… Avant de concevoir l’opéra français ou tragédie en musique à partir de 1673 (Cadmus et Hermione), Lully expérimente les possibilités du genre dramatique et lyrique pendant 13 années d’un apprentissage progressif où il élabore tout d’abord 25 ballets, et comédies-ballets : la danse y forme un cadre indissociable à l’action et à la musique. Les danseurs sont les patrons mêmes du « Baladin », acteurs qui célèbrent par ce jeu dansé, leur propre gloire ; ainsi le roi lui-même danseur, ne tarde pas à user et abuser du genre chorégraphique et dramatique créé par Lully, pour assoir son prestige et nourrir sa propagande. Louis XIV comme son père Louis XIII danse, mais davantage encore comme protecteur des arts, voire « roi artiste » : dans 25 ballets, 70 personnages dont les derniers Neptune puis Apollon dans Les amants magnifiques de 1670.

 

 

 

Vers la tragédie lyrique
De la langueur d’Ariane et de Psyché
au délire carnavalesque…
Mille facéties et grâce d’un Lully grand amuseur

 

 

 

Déborah CACHET chante Ariane et PsychéLe Ballet est donc un divertissement courtisan et royal, représentation qui fixe la constellation centrée du Roi en gloire et des ses favoris faisant cercle autour de lui. Créé dans le prolongement des Plaisirs de l’ile enchantée organisées à Versailles en 1664, La naissance de Vénus est donné en janvier 1665 en hommage à Henriette d’Angleterre belle sœur de Louis XIV. Le public, courtisans et parisiens se pressent pour y voir danser les Grands : Madame (Vénus entouré de tritons) et son époux (Philippe d’Orléans en étoile du point du jour, 2è entrée), surtout Louis XIV en Alexandre aux côtés de Roxane (Madame)… Au total 6 entrées où brillent l’éclat des chœurs, des chanteurs solistes, des habits et des décors (sans omettre la machinerie astucieuse de Vigarini pour 4 changements de décors). Le programme met en avant les points forts du cycle en 2 parties, dont surtout le trio des Grâces (ouvrant la partie II) ; la plainte dAriane abandonné sur son rocher, trahie par Thésée qu’elle a pourtant sauvé… par amour (fin de la 3è entrée de la partie II)…
L’orchestre suit le dispositif des 24 Violons du Roy, soit 5 parties de cordes (deux dessus, haute-contre, taille et basse), offrant cette palette nuancée riche et onctueuse, produisant désormais ce moelleux emblématique du « son versaillais ». Une plénitude à laquelle contribue grandement le chœur de chambre de Namur, qui allie nuance, précision, homogénéité et intelligibilité (préparé par leur chef atitré l’excellent Thibaut Lenaerts).
La palette des caractères d’une entrée à l’autre, passe du vif au solennel, alternant avant Rameau et préfigurant son génie : menuet, bourrée, sarabande, gigues, gavottes, sans omettre l’inévitable chaconne, conclusion attendue, sigilaire…. Mais le Florentin baladin aime aussi à faire rire et même se parodier lui-même. Il se plaît ici à se jouer des langues, chacune affectée à un caractère : le français pour la langueur tragique ; l’italien pour la passion burlesque voire outrée et même délirante (l’air d’Armide, furieuse et jalouse, dans le Ballet des amours déguisés de 1664 où la passion insatisfaite devient force destructrice, ici incarnée par Ambroisine Bré, engagée, trépignante, inconsolable d’avoir perdu Renaud malgré l’empire de sa magie…).
Ainsi la clé, écho à Ariane languissante du Ballet de Vénus, reste ici la plainte (en italien) de Psyché (version tragédie en musique, 1678) qui se désespère de devoir s’exiler dans un désert de rochers affreux….
En Ariane puis Psyché de grande classe, la soprano suave et sombre Deborah Cachet ( cf photo ci dessus © Laurus design NV) affirme un tempérament de première valeur ; sachant autant jouer qu’articuler : le français et son intelligibilité ne sont jamais sacrifiés sur l’autel de l’expression et de l’intonation. Du grand art. Qui laisse espérer de prochaines et belles incarnations à l’opéra. Son partenaire au même niveau demeure l’excellent Cyril Auvity (Orphée mordant, vivant, franc dans la 6è et dernière entrée de la partie II). Les instruments requis sont souples ; mais trop solennels et tendus, parfois uniformément sonores d’une entrée à l’autre. Ce manque d’imagination comme de caractérisation nuit à la vitalité de l’ensemble.

 

 

 

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CD critique. LULLY : Le Ballet royal de la Naissance de Vénus LWV 27 (1665). Les Talens Lyriques (Ch. Rousset, direction). 1 cd Aparté, enregistré en janvier 2021 à Paris

Jean-Baptiste Lully (1632-1687)
Ballet à 12 entrées, sur un livret d’Isaac de Benserade
Créé au Palais Royal, à Paris, le 26 janvier 1665

Deborah Cachet, dessus
Bénédicte Tauran, dessus
Ambroisine Bré, bas-dessus
Cyril Auvity, haute-contre
Samuel Namotte, taille
Guillaume Andrieux, basse-taille
Philippe Estèphe, basse-taille

Le Chœur de Chambre de Namur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction

 

 

 

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