CD critique. BEETHOVEN : Mitsuko Uchida joue les Variations Diabelli (1 cd Decca)

mitsuko-uchida-diabelli-variations-Beethoven-critique-cd-review-classiquenews-CLIC-de-classiqnenewsCD critique. BEETHOVEN : Mitsuko Ushida joue les Variations Diabelli (1 cd Decca)  -  Mitsuko Uchida, si inspirée chez Schubert et Mozart, renouvelle la gageure chez Beethoven dont elle révèle, souligne sans emphase ni artifice, l’éloquente architecture et la cohérence unitaire : les Diabelli, cycle génial du grand Ludwig, affirme à chaque exposition renouvelée (variation), la profonde cohérence qui relie chaque partie, et les fait dialoguer en un périple unique, irréversible, comme le sont les Goldberg chez Bach, ou les Variations de Rochberg, récemment exhumées par le violoniste pionnier et visionnaire Léo Marillier. 1 valse préliminaire, 33 Variations, soit un voyage qui a son début et sa fin, composant une histoire organiquement élaborée,  qui saisit par la profusion et la richesse intérieure. Beethoven déjà à son époque avait repris et analysé une Valse d’Anton Diabelli pour en déduire l’enchaînement de ses 33 Variations, conçues entre 1819 et 1823, avant et après avoir composé la Missa Solemnis.

Uchida toujours économe et que rien ne vient divertir s’il ne sert viscéralement le sens profond de l’œuvre, souligne combien dans le travail de réécriture et de variation à l’infini, toute la démarche de Beethoven consiste à développer l’idée du motif jusqu’à son implosion (d’ailleurs le véritable titre donné par Ludwig au moment de la livraison de l’ensemble est « 33 transformations » / 33 Veränderugnen, sur une valse de Diabelli…) souhaitant démontrer le potentiel immense d’un seul et même motif originel simple, promis à un cycle riche en avatars grâce à la puissance du seul génie recréateur. L’opus 120 est ainsi connu et bien documenté, portant une dédicace à l’Immortelle Bien-Aimée, c’est à dire Antonia Brentano. Le questionnement sur la forme, le sens de tout un cycle, la relation d’une variation à celle qui la précède et la suit soulignent le caractère expérimental et révolutionnaire de l’écriture beethovénienne : les 33 Variations ou “mutations” Diabelli que propose le compositeur pourtant sourd et handicapé, forcent le respect par leur liberté de conception, leur modernité esthétique, les perspectives illimitées ainsi fixées et jalonnées.
Mitsuko Ushida Ă  la fois funambule onirique, poĂ©tique, Ă©nigmatique tisse un fil conducteur des Diabelli aux derniers Quatuors beethovĂ©nien : logique du dĂ©veloppement, ampleur de la vision, libertĂ© formelle… le Beethoven le plus mĂ»r et le plus audacieux, celui qui voit au delĂ  des apparences se manifeste ici, en un effet de miroir transcendant. La 32ème a cette fluiditĂ© libĂ©ratrice quand les dernières – 33 et 34èmes-, affirment dans la plĂ©nitude  rythmique proche de l’énoncĂ© initial, la pleine et souveraine puissance du gĂ©nie recrĂ©ateur, sur un mode contrapuntique digne de Js Bach, avec une verve rafraĂ®chissante prĂ©servĂ©e, intacte.
CLIC D'OR macaron 200Libertaire, révolutionnaire, Beethoven fait imploser la forme et le cadre musical tout en préservant la puissance de son génie d’architecte : implosif et structurel, son tempérament ne cesse de nous fasciner dans la forge inventive qu’il développe au piano. Au clavier, voici ce laboratoire musical, le foyer des innovations tels qu’ils ont été pensés, permis par Ludwig van… Ambassadrice de choc, Mitsuko Uchida témoigne en humilité, de la prodigieuse inventivité beethovénienne. L’intelligence des rubati, la détermination assumée des phrasés, l’éloquence des contrastes, en définitive la lumineuse conception d’ensemble sont impressionnantes.

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CD critique. BEETHOVEN : Mitsuko Uchida joue les Variations Diabelli / Beethoven : Diabelli Variations  -  1 cd Decca 485 2731 – CLIC de CLASSIQUENEWS.

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