CD coffret événement, critique. César FRANCK : complete orchestral works / Intégrale symphonique (4 cd Fuga Libera)

franck cesar cd coffret set box complete orchestral works 4 cd fuga libera cd review critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD coffret événement, critique. César FRANCK : complete orchestral works / Intégrale symphonique (4 cd Fuga Libera) - CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022 – Le coffret a le mérite, intégrale oblige, et aussi le courage de rétablir certains faits concernant César Franck. Voici le cas exemplaire d’une révélation : Franck atteint une belle maturité artistique dès son jeune âge, alors prodige du piano, récemment naturalisé, élève au Conservatoire de Paris et maîtrisant la forme chambriste et comme ici, l’écriture orchestrale. En témoignent ses premières Variations à 11 ans (!) ; celles « brillantes » d’après l’opéra Gustave III d’Auber (composées en 1834, un an après la création du drame lyrique) ; le thème de la ronde tirée de l’acte II déploie une liberté de ton et une virtuosité mozartienne toujours inspirée à laquelle répond l’orchestration d’esprit webérien. A défaut de savoir si le Concerto n°1 a jamais existé (probable supercherie de Franck père), le Concerto n°2 du fils saisit lui aussi en 1835, car il démontre les débuts franckistes à l’assaut du tout orchestral : la même puissance mélodique et l’ampleur de l’orchestration conçues par l’adolescent de 12 ans (attestant d’ailleurs de son apprentissage éclairé auprès de Reicha) : la carrure beethovénienne, la pensée claire d’une architecture impressionnante, l’emportent sur la tentation de Chopin et d’Hummel…

La première partition qui impressionne par sa gravité surnaturelle et l’ampleur de l’évocation pastorale et onirique est « Ce qu’on entend sur la montagne » (1846), fusion inédite du poème à programme et de l’idée philosophique : à 24 ans, Franck égale ici l’inventivité des Berlioz et Liszt. Son inspiration atteint l’imaginaire wagnérien dans une orchestration somptueuse, digne de la source littéraire Les Feuilles d’Automne d’Hugo (traitées ensuite par Liszt en 1847). Voilà la primauté de Franck révélée, soulignée, démontrée dans une partition élaborée par un jeune auteur au tempérament lui-même poétique qui pense la musique en suggestions sonores, en dilatation spatiale, en déroulement psychologique (comme Wagner), et pas uniquement descriptif ou narratif.

Franck, le poète symphoniste
La fusion exemplaire de l’idée et de la forme

L’auditeur se délecte tout autant des deux volets symphoniques « Rédemption » (1872), manifeste fraternel, humaniste composé contre la guerre et la barbarie de 1870. Là encore les interprètes montrent combien la forme sonate (élargie) fusionne avec l’idée et le plan spirituel et philosophique. Forme et fond s’unissent sous le sceau d’une inspiration géniale, restituée dans la version corrigée souhaitée par Franck (première mondiale, autre belle révélation du coffret Fuga Libera).

Une même cohérence de vision, une même honnêteté interprétative soulignent la singularité poétique des Éolides (1877) dont le préimpressionnisme aérien, balançant vers l’immatérialité, mène à l’accomplissement qui en découle, Psyché (été 1886), dans le livret-notice qui accompagne les 4 cd du coffret, idéalement présenté : chacune des 4 parties sont explicitées – enjeux, réalisation, poésie, soulignant s’il était encore nécessaire, la probité poétique du Franck perfectionniste (et sa grande connaissance du des auteurs littéraires).

Avec ce drame orchestral (et choral), le compositeur se révèle autrement à nous : Psyché (1878) permet à Franck d’aborder l’un des thèmes les plus langoureux voire érotiques, tiré des Métamorphoses d’Apulée (dixit le livret notice) ; en cela, il fait suite au drame musical d’Ambroise Thomas que Franck admire : toujours, l’idée précède la forme et Franck s’attache à servir sa pensée par une musique jamais décorative. Gergely Madaras et les instrumentistes de l’OPRL expriment cette alliance subtile entre le sens du drame, son déroulement tragique (avant sa résolution pathétique et heureuse) en particulier ils relient Franck ici à Wagner (Tristan und Isolde), renforçant la part fantastique et d’un surnaturel miraculeux par le choeur mystérieux (« Apothéose » finale) dans la coulisse, invisible agent du miracle ultime. La partition langoureuse, aux voluptés instrumentales inédites révèle ainsi la nature vénusienne du « Séraphin » Franck.

Que dire encore des partitions complémentaires : Variations Symphoniques, Le Chasseur maudit (1882, d’après Nerval), Les Djinns … Les Djinns d’après Les Orientales d’Hugo (1884, créé au Châtelet en mars 1885) expriment le souffle terrifiant de l’essaim maléfique décrit par Hugo ; la partition associe étroitement piano et orchestre en une entente là aussi poétiquement idéale dont la réussite se renouvelle dans la partition suivante Variations Symphoniques, lumineuses (cycle dédié au pianiste Louis Diémer), au dramatisme de plus en plus extatique, référence aux Etudes Symphoniques de Schumann,
L’exhaustivité parle en faveur du coffret et le place comme l’intégrale de la musique de chambre édité par Fuga Libera simultanément, au nombre des réalisations majeures de l’année César Franck 1822 – 2022.
Le tour est complet (respectant d’ailleurs la chronologie des œuvres, présentation idéale pour restituer l’évolution de l’écriture dans la durée…), majoritairement réalisé par l’OPRL Orch Philh Royal de Liège, avec divers chefs dont Christian Arming (Symphonie en ré), Pierre Bleuse (Pierné), surtout Gergely Madaras (Psyché)…

Le programme du cd4 assure l’intégralité : il présente la mystique Symphonie de 1889, – cathédrale à l’élan fantastique et puissant ; précédée par l’hommage de Gabriel Pierné à son maître vénéré : sa version orchestrale, écrite en 1915 (pour le 25è anniversaire de la mort de Franck) d’après le triptyque pianistique Prélude, choral et fugue : là encore une révélation qui permet de réécouter l’art des combinaisons franckistes dans un nouvel habillage instrumental. Magistral.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD coffret événement, critique. César FRANCK : complete orchestral works / Intégrale symphonique (4 cd Fuga Libera) – OPRL Orch Philh Royal de Liège. COFFRET événement CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022 – PLUS D’INFOS sur le site de Fuga Libera / Outhere : https://outhere-music.com/fr/albums/franck-complete-orchestral-works

 

 

 

OPRL Orchestre Philharmonique Royal de liège
Présentation des œuvres selon la chronologie des enregistrements :
2021 (juin puis sept), 2018, 2009, 2012.

CD 1 (1-5), CD 4 (1), enregistré à la Salle Philharmonique de Liège, du 9 au 12 juin 2021.
CD1
Variations brillantes CFF 131 (1)
Variations d’après Gustave III (2)
Concerto pour piano n°2 (3,4,5) – Florian Noack, piano / Pierre Bleuse, direction.
CD4 : Prélude, choral et Fugue (Pierné) (1) / Pierre Bleuse, dir.

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CD 2 (1), CD 3 (3-10), enregistré à la Salle Philharmonique de Liège, du 8 au 11 septembre 2021:
CD2 (1) Rédemption, 1ère version, 1872 – Gergely Madaras, dir.
CD3 : Les Djinns (1) Cédric Tiberghien, piano / FX Roth, dir. ; Psyché (3,4,5,6,7,8,9), Chœur de Radio France, Gergely Madaras, dir.

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CD 2 (2), enregistré à la Salle Philharmonique de Liège, du 23 au 27 octobre 2018 : Rédemption : Morceau symphonique, version 2, 1873 : H niquet, dir.

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CD 2 (3 et 9), CD 4 (1-2), enregistré à la Salle Philharmonique de Liège, du 22 au 29 juillet 2009.
CD2 : Les Eolides (3) ; Le Chasseur maudit (9) : FX Roth, dir.

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CD 1 (6), CD 2, (4-8), CD 4 (2-4) : enregistré à la Salle Philharmonique de Liège, du 4 au 8 juin 2012.
CD1 : Ce qu’on entend sur la montage (6)
CD2 : ; HULDA, extraits (4,5,6,7,8)
CD4 : Symphonie en ré mineur (2, 3, 4).
OPRL / Christian Arming, dir.

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