CD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann)

Bruckner-Symphonie-2 thielemann wiener classiquenews critique reviewCD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – Le premier mouvement Moderato, le plus ample, est un portique majestueux qui alterne l’esprit de grandeur et la tendresse presque innocente (flûtes aériennes confrontées aux cors lointains) ; entre déflagration et grondements telluriques, et épisodes de pure élégie intérieure, dialoguent plus qu’ils ne s’affrontent les blocs de l’orchestre ; Thielemann résout le problème sérieux de leur succession en un flux d’une grande beauté sonore, avec des qualités d’éloquence et d’articulation, d’équilibre surtout qui permet les enchaînements. Révélant en Bruckner, des dons de conteurs proche de l’opéra. Les tutti tempêtent, écrasants, spectaculaires, jamais épais ; c’est la fanfare qui s’impose et affirme le souffle de l’inéluctable, celui d’un inflexible et majestueux Fatum, aux derniers tutti déterminés, affirmatifs, définitifs.
La respiration du II (Andante aussi développé que le I, soit presque 18 mn), évoque plus Berlioz que Wagner, en une nuit enchantée qui convoque le rêve (Nuit d’extase des Troyens) et sous le geste de Thielemann atteint un sommet d’enivrement aérien, solennel certes, comme il est écrit, mais cristallin, aux lueurs crépusculaires et pudiques qu’enveloppe le clameur noble du cor solo). Le cheminement intérieur de cet ample accomplissement serein est dans les textures orchestrales réalisées, d’une opulence hédoniste néo karajanesque (!) totalement passionnant.

Comme Karajan, Thielemann élargit le spectre, élève la sonorité, s’autorise même des respirations … mahlériennes. Dans cette symphonie assez décisive, l’écriture s’organise selon une architecture qui expose clairement ses assises, construite, de plus en plus ascensionnelle, solarisée et irradiante au fur et à mesure des opus, selon le mysticisme terrien de Bruckner (esprit chtonien assumé dans le Ländler de Scherzo).

Le Scherzo (III) justement affecte l’allure d’une marche d’une noblesse impériale comme un cuirassier armé jusqu’aux dents, ou une formidable machine de guerre, capable cependant de somptueux scintillements aux cordes, laissant flotter un air de pure rêverie dans ce tableau martial. Le reprise du Scherzo affirme avec une terribilità très maitrisée, la dernière ascension, affûtée, vive, mordante.

CLIC_macaron_2014IV. FINALE : les Wiener Philharmoniker déploient derechef toutes leurs qualités collectives : se distingue comme dans l’Andante si large, la respiration et l’activité saturée des cuivres associés aux cordes, presque irréelles où le compositeur semble nous fait franchir plusieurs paliers à mesure que sa conscience s’élargit ; le portique et la vaste cathédrale orchestrale grandissent, avec de superbes échappées pastorales (hautbois, flûtes). Avant que tout l’orchestre ne semble danser et s’opposer à l’exposé de l’inéluctable qui réexpose le schéma rythmique du Scherzo et sa coupe tranchante. Mais l’orchestre sait diffuser et libérer une explosion d’énergie, qui se fait libératrice au terme de la formidable tension. Voici assurément l’une des meilleures séquences de cette intégrale Bruckner par les Viennois et Thielemann, toujours inspirés.

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CD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – CLIC de CLASSIQUENEWS – parution février 2022.

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