CRITIQUE, concert. ANCY-LE-FRANC, Festival MUSICANCY, dim 26 juin 2022. MoliÚre et MA Charpentier. Correspondances, Sébastien Daucé.

CRITIQUE, concert. ANCY-LE-FRANC, Festival MUSICANCY, dim 26 juin 2022. MoliÚre et MA Charpentier. Correspondances, Sébastien Daucé.

moliere-mariage-force-malalde-imaginaire-charpentier-opera-critique-classiquenews-correspondances-sebastien-dauce-moliere-400-ans-anniversaire-2022AprĂšs l’avoir proposĂ© en formats courts, comme des mises en bouches, la veille (sam 25 juin Ă  MĂ©lisey puis Ă  Tonnerre), SĂ©bastien DaucĂ© et les musiciens de son ensemble Correspondances jouaient dans son intĂ©gralitĂ© le gĂ©nĂ©reux programme  « MoliĂšre et Charpentier » cĂ©lĂ©brant ainsi les 400 ans de la naissance de Poquelin. Sa verve gouleyante voire gargantuesque se (re)dĂ©couvre ici Ă  travers 2 volets : “ IntermĂšdes du Mariage forcĂ© “(1672) et surtout le « premier intermĂšde, Ă©glogue du Malade Imaginaire », ultime comĂ©die de MoliĂšre de 1673. RemarquĂ© par Poquelin, le jeune Marc-Antoine Charpentier collabore alors avec le dramaturge ; et apprend de son aĂźnĂ©, le piquant, le mordant, l’irrĂ©vĂ©rencieux dans le style parfois grivois de la Commedia dell’arte italienne ; de fait, le volet central du programme, « Les Plaisirs de Versailles » (1682), bien que postĂ©rieurs Ă  la mort de MoliĂšre, rĂ©vĂšlent combien Charpentier dont on connait si bien les histoires sacrĂ©es, a su faire son miel de son apprentissage auprĂšs du gĂ©nie du rire et de la satire ; Ă  travers le filtre de sa musique impertinente, c’est la vie des courtisans Ă  Versailles qui est ici Ă©pinglĂ©e, dans la querelle qui passionne et oppose violemment la Musique et la Conversation auxquelles se joignent Comus (dieu des festins), le jeu et l’un des plaisirs

Toute la valeur du programme prĂ©sentĂ© par Correspondances tient Ă  cette rĂ©vĂ©lation : souligner Ă  travers l’anniversaire MoliĂšre 2022, la grĂące et la facilitĂ© de Charpentier dans la veine comique.

L’importance du texte et le jeu thĂ©Ăątral sont dĂ©fendus par les chanteurs, mais aussi la prĂ©sence et la personnalitĂ© piquante du comĂ©dien Soufiane Guerraoui qui a le verbe truculent (son incarnation du napolitain Polichinelle dans le Malade Imaginaire est pleine de vie et d’astuces, d’une « drĂŽlerie » idĂ©alement impertinente).

Correspondances met en lumiĂšre toute l’invention du Charpentier, juste revenu d’Italie (au dĂ©but des annĂ©es 1670 quand Poquelin le choisit pour ses comĂ©dies, en remplacement de Lully). Avec peu d’instruments (2 violons, 2 flĂ»tes, hormis le continuo), toutes les couleurs et la vivacitĂ© du meilleur comique se dĂ©ploient alors ; la sĂ©lection montre Ă  quel point le compositeur a compris les spĂ©cificitĂ©s de la langue moliĂ©resque : son dĂ©bit, ses accents, tous les effets d’un humour mordeur qui n’écarte ni l’ineffable tendresse, ni la parodie la plus acide. Une telle maĂźtrise Ă  servir les situations les plus profondes et les plus contrastĂ©es allait aboutir en 1690 avec sa tragĂ©die en musique, MĂ©dĂ©e (livret de Thomas Corneille).

 

 

 

Correspondances et Sébastien Daucé à Musicancy
Verve et satire, poésie et parodie
du duo MoliĂšre / Charpentier

 

 

 

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Dans l’église d’Ancy-le-Franc, Ă  dĂ©faut du cadre de la Cour d’honneur du ChĂąteau (oĂč Ă©tait initialement proposĂ© le spectacle), les interprĂštes comme les spectateurs Ă  l’abri de la pluie, s’engagent dans cette arĂšne oĂč compte autant le geste que le chant ; d’abord la gouaille du « Trio des Grotesques » (IntermĂšde pour Le Mariage forcĂ©) soit 3 chanteurs (haute-contre, taille, basse) qui dĂ©gainent et « fagotent » car « tout bruit forme mĂ©lodie » ; un vrai trio hĂąbleur, facĂ©tieux ; de joyeux bonimenteurs qui parodient aussi avec dĂ©rision, l’harmonie d’une « belle symphonie » ; Les Plaisirs de Versailles composent ensuite la sĂ©quence la plus dramatique et aussi la plus riche sur le plus littĂ©raire comme poĂ©tique (le livret est demeurĂ© anonyme, mais il rĂ©vĂšle nĂ©anmoins un vrai talent pour les situations comiques, formant une satire dĂ©lirante de la vie de Cour Ă  Versailles). Le texte montre combien Charpentier a aimĂ© portraiturer la Musique en amoureuse nostalgique, sensible et galante (Élodie Fonnard), l’opposant en forts contrastes Ă  la Conversation, directe, impertinente et « caqueteuse » (Blandine Sanson de Sansal) ; mĂȘme le chocolat qu’offre Comus ne suffit pas Ă  les adoucir l’une et l’autre. Ces plaisirs sont aigres et riches en surprises


Le Malade Imaginaire offre en ouverture, une scĂšne (Premier intermĂšde) dĂ©jantĂ©e oĂč la « Vieille  Ă  sa fenĂȘtre » (chantĂ©e par le haute-contre ClĂ©ment Debieuvre) cite avec gĂ©nie, toutes les figures des Nourrices de l’opĂ©ra vĂ©nitien ; exigeant du soliste, une intensitĂ© versatile dans tous les registres de la parodie amoureuse et cynique ; le chanteur dĂ©fend sa partie avec une ardeur Ă  la hauteur de la situation thĂ©Ăątrale, tout en trouvant les accents justes qui permettent Ă  Charpentier (en italien vernaculaire) de dĂ©montrer sa parfaite connaissance de l’opĂ©ra italien contemporain. Cette piĂšce, monologue saisissant en rĂ©alitĂ©, est un sommet dans l’art de la surenchĂšre linguistique (et mĂ©lodique), produit emblĂ©matique de la coopĂ©ration entre MoliĂšre et Charpentier.
girod-marie-frederique-soprano-baroque-flore-charpentier-critique-concertLe morceau particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© est le dernier (« Églogue en musique et en danse »), sa saveur pastorale comme enivrĂ©e grĂące Ă  l’incarnation que la soprano Marie-FrĂ©dĂ©rique Girod cisĂšle en Flore (portrait ci contre) ; le style, le timbre se rĂ©vĂšlent irrĂ©sistibles, et malgrĂ© la claire apologie au Roy dont le prĂ©nom est rĂ©pĂ©tĂ© moult fois, ce monde des bergers et des bergĂšres (ClimĂšne, DaphnĂ©, Dorillas et Tircis) Ă©voque le plus charmant bocage instrumental et vocal. SĂ©bastien DaucĂ© a le geste rond et prĂ©cis, rĂ©alisant une caractĂ©risation enjĂŽleuse pour chaque sĂ©quence hautement dramatique.

MUSICANCY-facade-noireSous la direction nouvelle de Fannie Vernaz, le festival Musicancy commence avec ampleur et justesse sa nouvelle Ă©dition estivale 2022 (19Ăš Ă©dition) : la ligne artistique sait y rĂ©unir de superbes interprĂštes rompus au labyrinthe vertigineux et expressif des passions baroques… voilĂ  qui promet le meilleur pour les 20 ans Ă  l’étĂ© 2023. Prochains concerts / rvs de Musicancy 2022 : les 12 puis 26 juillet (dans la Cour du ChĂąteau d’Ancy-le-Franc), respectivement : « LumiĂšres italiennes : Le Stagioni, Paolo Zanzu » ; puis « La Bella Donna », ApotropaĂŻK. LIRE notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du Festival Musicancy 2022 : https://www.classiquenews.com/ancy-le-franc-19e-festival-musicancy-25-juin-11-sept-2022/

 

LIRE aussi notre entretien avec Fannie VERNAZ Ă  propos du Festival Musicancy 2022 : http://www.classiquenews.com/entretien-avec-fannie-vernaz-le-festival-musicancy-2022/

 

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CRITIQUE, concert. ANCY-LE-FRANC, Festival MUSICANCY, dim 26 juin 2022. MoliÚre et MA Charpentier. Correspondances, Sébastien Daucé.

Photo : concert / © CLASSIQUENEWS – Marie-FrĂ©dĂ©rique Girod © D Salamanca

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, opĂ©ra. NANCY, le 24 juin 2022. Salome Jicia, …PAOLI / ALLEMANDI.

tosca puccini nancy opera paoli allemandi critique opera classiquenews.gifCRITIQUE, opĂ©ra. NANCY, le 24 juin 2022. PAOLI / ALLEMANDI. VoilĂ  une Tosca efficace, carrĂ©e, prenante qui doit surtout sa force expressive Ă  la tenue de l’Orchestre, d’une sĂ©duction et d’une plasticitĂ© irrĂ©sistibles, sous la baguette d’un familier de Puccini et du rĂ©pertoire italien en gĂ©nĂ©ral, Antonello Allemandi. Ce que le maestro obtient des instrumentistes relĂšve de la leçon de direction autant par l’Ă©loquence musicale que l’approche des climats, avec la poĂ©sie et la suspension qu’il faut, l’ivresse comme le dĂ©monisme. VoilĂ  qui restitue le relief d’un opĂ©ra parmi les plus symphoniques qui soient.
La production (Silvia Paoli, mise en scĂšne) est assez sobre visuellement et son point fort, assurĂ©ment le dernier tableau du I : quand Scarpia dĂ©ploie son emprise sur le collectif dans l’Ă©glise San Andrea della Valle, oĂč le tableau vivant que compose l’assemblĂ©e des croyants (une crucifixion de Saint-AndrĂ© Ă  la façon par Mattia Preti, composition qui se trouve in situ), fixe un moment d’exaltation et de terreur, Ă  la fois mystique et politique. Le parallĂšle est trĂšs juste. L’expressionnisme croissant de la scĂšne cristallise alors toutes les aspirations : ivresse d’un pouvoir rehaussĂ© par la victoire des monarchistes contre Bonaparte (dĂ©fait Ă  Marengo), emprise du prĂ©fet de Rome sur une population manipulĂ©e, soumise Ă  ses lois et son sadisme organisĂ©.

 

 

Une distribution solide
portée par le dramatisme nuancé du chef Antonello Allemandi

 

 

 

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CĂŽtĂ© solistes, on reste déçu par le tĂ©nor nĂ© au Kossovo Rame Lahaj qui certes a un beau timbre mais chante Ă  l’Ă©conomie et parfois de façon totalement Ă©trangĂšre Ă  la situation. Les rĂŽles de Scarpia et de Tosca sont autrement mieux incarnĂ©s, diversement caractĂ©risĂ©s, brĂ»lant chacun les planches ; lui [Daniel Miroslaw] par un format puissant qui gagnerait cependant Ă  ĂȘtre davantage nuancĂ© ; elle [la soprano gerogienne Salome Jicia], gagnant une assurance et une intensitĂ© dramatique, progressives en cours de soirĂ©e ; leur confrontation au II est un moment de thĂ©Ăątre fort, d’un sadisme tragique sans dilution, un duel jusqu’Ă  la mort, bien dans la veine de la piĂšce hautement cynique de Victorien Sardou. Le “Vissi d’arte, vissi d’amore” de Tosca confirme l’opulence d’un timbre rayonnant qui a gommĂ© peu Ă  peu les duretĂ©s du dĂ©but et s’immerge alors dans une priĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©e, pour mieux se reprendre ensuite.

 

 

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Les cloches matinales dans la brume romaine qui ouvre le III, est un grand moment d’Ă©vocation poĂ©tique : lĂ  encore le chef, orfĂšvre de la palette orchestrale, dĂ©montre un sens des couleurs et de la conception spatiale, une sensibilitĂ© dramatique et atmosphĂ©rique, admirable. Idem pour le duo amoureux des amants maudits, Cavaradossi et Tosca, exprimant en une parabole universelle, l’absolu de l’amour, avant de pĂ©rir chacun leur tour. On reste moins convaincus par les options de dĂ©cor qui marquent la mort des artistes ; ce tas de squelettes et le suicide de la cantatrice qui se tire une balle dans la tempe


ResserrĂ©, contrastĂ©, radical, le drame de Tosca gagne chez Puccini, un rĂ©alisme cinĂ©matographique souvent saisissant. Il appartient aux chefs d’en exprimer le souffle et l’urgence. C’est Ă©videment le cas ce soir. A voir absolument Ă  l’OpĂ©ra National de Lorraine, jusqu’au 2 juillet 2022. Encore 4 reprĂ©sentations : dimanche 26 juin 2022 Ă  15h, mardi 28 juin 2022 Ă  20h; jeudi 30 juin 2022 Ă  20h, samedi 2 juillet 2022 Ă  20h. INFOS, RÉSAS : https://www.opera-national-lorraine.fr/fr/

 

 

 

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Les amateurs retrouveront une nouvelle mise en scÚne de Silvia Paoli pour Iphigénie au Tauride de Gluck à Nancy, Opéra National de Lorraine, du 15 au 21 mars 2023 : https://www.opera-national-lorraine.fr/fr/activity/526-iphigenie-en-tauride-gluck

Photos TOSCA  © JL Fernandez / Opéra National de Lorraine, juin 2022

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CRITIQUE, concert. LILLE, ON LILLE, le 22 juin 2022. Britten, Poulenc : Les Illuminations / Stabat Mater. Jodie Devos / Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch.

devos-jodie-concert-britten-illuminations-poulenc-stabat-mater-on-lille-alexandre-bloch-critique-concert-classiquenewsCRITIQUE, concert. LILLE, ON LILLE, le 22 juin 2022. Britten, Poulenc : Les Illuminations / Stabat Mater. Jodie Devos / Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch  -  Ecouter les Illuminations de Rimbaud, mis en musique par Britten est toujours une expĂ©rience passionnante. Le texte est l’un des plus originaux et forts de la poĂ©sie française, ses images et alliances croisĂ©es, inouĂŻes sont des joyaux symbolistes, surrĂ©alistes mĂȘme, portĂ©s par une imagination brĂ»lante qui Ă©difie des ponts vers des mondes sensoriels inconnus. La musique de Britten concise et contrastĂ©e sert admirablement le verbe de Rimbaud, dĂ©ployant un halo hallucinĂ©, extatique de cordes seules. Soliste percutante, Jodie Devos (photo ci contre, DR) a le timbre diamantin et ardent, visiblement inspirĂ© par les multiples tableaux convoquĂ©s par Rimbaud : ” j’ai seul la clĂ© de cette parade sauvage ” entonne la chanteuse Ă  3 reprises, comme l’emblĂšme d’un rĂ©bus Ă  dĂ©chiffrer. C’est que la tension dans le mystĂšre est magnifiquement tenue d’un bout Ă  l’autre par le chef Alexandre Bloch, dont la danse des bras sait Ă©lectriser chaque phrase musicale. Le cycle aurait pu s’achever avec “Parade”, mais l’ultime “DĂ©part” ajoute Ă  l’Ă©nigmatique pour que tout s’efface dans l’ombre et le murmure…
Le premier violon et le premier alto s’invitent aussi par leur chant soliste Ă  cette divagation hallucinĂ©e, qui associe l’Ă©trange et le fantasque, appelle Ă  des visions toujours plus saisissantes et incongrues.
Dans l’Ă©nergie et la vivacitĂ©, le chef souligne avec raison combien le poĂšme exprime impĂ©rieux le dĂ©sir du bruit, de l’Ă©tonnant, du neuf. Britten a remarquablement compris le sens et la couleur des Illuminations de Rimbaud et le compositeur en Ă©cartant tout autre timbre que les cordes, met en avant l’intensitĂ© de la voix humaine, telle un gemme chatoyant, qui proclame et rĂ©invente l’ordre du monde.
Dans la concentration, la tension et les contrastes, on retrouve l’Ă©quilibre orchestral dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans le concerto pour orchestre de Bartok, partition fĂ©tiche du maestro ; quand aux choix du programme, on se dĂ©lecte Ă  mesurer ici combien le chant des instruments et la prosodie vocale se hissent Ă  la hauteur des textes rimbaldiens ; l’Ă©criture du jeune Britten [27 ans en 1940] rĂ©alise une constellation d’Ă©pisodes oniriques tout Ă  tour virulents voire satiriques ["RoyautĂ©"] et d’une sensualitĂ© Ă©perdue [« Gracieux fils de Pan » dans « Antique » ) ; surtout climat Ă©nigmatique, amoureux, caressant de "being beauteous » (dĂ©claration au compagnon de Britten, le tĂ©nor Peter Pears).

 

 

 

Parade rimbaldienne,
Paradis de Poulenc

le National de Lille et Alexandre Bloch
réalisent leur concert de clÎture de la saison 2021 / 2022
en contrastes flamboyants

 

 

 

Croyant sincĂšre, Poulenc met en musique [1951] le texte compassionnel du Stabat Mater suite Ă  un pĂšlerinage au site de la Vierge Noire de Rocamadour et au deuil aprĂšs la mort de son ami le peintre Christian BĂ©rard ; Alexandre Bloch aborde exactement le cycle sacrĂ© pour ce qu’il est : une sĂ©rie de visions expressives, radicales, qui exhortent, prennent Ă  tĂ©moin, s’Ă©meuvent, puis espĂšrent en invoquant le rĂ©confort du paradis…
Il y a de toute Ă©vidence un parallĂšle pertinent dans la programmation de la soirĂ©e entre la parade sauvage dĂ©lirante ["enragĂ©e"] Ă©voquĂ©e par Rimbaud en premiĂšre partie et les tableaux de la ferveur elle aussi hallucinĂ©e composĂ©e par le “moine et voyou”. Parade rimbaldienne, paradis espĂ©rĂ© par Poulenc… Le dialogue entre ces deux mondes poĂ©tiques fortement caractĂ©risĂ©s fonde la valeur du programme.
Le directeur musical du National de Lille aime diriger les masses ; l’imposant chƓur de Paris au balcon en fond de scĂšne, la soliste au balcon Ă  jardin, selon un dispositif qui exploite l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle ; dans une dramaturgie Ă©lectrisĂ©e, le chef creuse la violence des contrastes d’une partition qui saisit par son absence de sĂ©duction gratuite mais surprend dans la succession de sĂ©quences souvent courtes, denses, passionnĂ©es qui expriment l’affliction voire la terreur que suscite la figure de la Vierge douloureuse, abandonnnĂ©e, dĂ©truite aprĂšs la Crucifixion et la mort du Fils. Jodie Devos qui assure finalement la partie vocale des deux volets du programme (Sophie Karthauser, souffrante, n’a pas pu chanter les Illuminations) rayonne par son timbre Ă©clatant et sombre, concentrant le tragique de la scĂšne et l’espĂ©rance Ă©perdue du croyant.
Instrumentistes, chƓur et soprano expriment et le dĂ©sarroi du croyant affligĂ© et l’immense priĂšre de consolation qui se prĂ©cise dans les derniers jalons, Marie douloureuse, endeuilĂ©e Ă©tant aussi la Dame misĂ©ricordieuse, protectrice au jour final. L’humanitĂ© transpire dans ce chant choral Ăąpre et violent que porte une ferveur agitĂ©e, inquiĂšte. L’engagement des interprĂštes rĂ©alise un second tableau percutant et versatile dans la succession des climats contrastĂ©s. Qu’il s’agisse de la marche des pĂ©nitents, des images extatiques Ă  la façon des grands mystiques baroques, le grand macabre, fantastique et terrifiant de Poulenc s’incarne ainsi sous nos yeux, sous la baguette active, incisive, nerveuse d’Alexandre Bloch. Superbe concert de clĂŽture de la saison 2021 / 2022. Le rapport voix et orchestre prĂ©lude d’une certaine maniĂšre Ă  l’un des fils rouges de la nouvelle saison 2222 / 2223 de l’Orchestre National de Lille : celui de la voix. De quoi pour la prochaine saison, envisager de prochains concerts mĂ©morables.

 
 

 

 
 

 A venir Ă  LILLE…

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nuits ete orchestre national de lille concert critique annonce concert classiquenewsProchains concerts de l’Orchestre National de Lille : les 7 et 8 juillet 2022 - Les Nuits d’étĂ© – l’Ă©vĂ©nement lyrique du National de Lille chaque Ă©tĂ© : «  Une petite histoire de l’opĂ©ra », par Alex Vizorek, avec Jodie Devos, GaĂ«lle Arquez, Jean-François Borras, Alexandre Duhamel
 De Don Giovanni de Mozart Ă  Candide de Bernstein, en passant par des extraits de Carmen de Bizet ou de Rigoletto de Verdi 
 Au Nouveau SiĂšcle, jeudi 7 et ven 8 juillet, Ă  20h – durĂ©e : 2h30 avec entracte.
INFOS & RÉSERVATIONS : https://www.onlille.com/saison_22-23/concert/les-nuits-d-ete/

 

 

 

LILLE PIANOS FESTIVAL 2022. Le 11 juin 2022, Mozart, De Falla. Nguci, JĂĄuregui / Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, direction.

LILLE PIANOS FESTIVAL 2022. Le 11 juin 2022, Mozart, De Falla. Nguci, JĂĄuregui / Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, direction   -   AprĂšs le concert d’ouverture dirigĂ© par Alexandre Bloch, auquel nous n’avons pu hĂ©las assister, voici le second grand concert symphonique du Festival Lillois. D’emblĂ©e dans le n°21 de 1785, Marie-Ange Nguci s’empare de la grĂące mozartienne avec un investissement trĂšs personnel, sans maniĂ©risme aucun, en un geste droit, franc, caressant. Sa nature la porte vers l’intĂ©rioritĂ© et les chants indicibles. Ainsi, l’Allegro maestoso, son allure de marche Ă  pas feutrĂ©s expose le jeu pianistique tout en insouciance heureuse, d’autant plus souple et lumineuse que la fusion entre orchestre et soliste est totale. L’Andante dĂ©ploie son climat de plĂ©nitude suspendue, de chant tendre et enivrĂ©, celui d’un nocturne paradisiaque. Dans le Finale (allegro vivace assai), la soliste galvanisĂ©e par le cadre orchestral, prĂ©cis et clair sous la baguette de JC Casadesus, ajoute cette touche bien calibrĂ©e d’espiĂšglerie savoureuse.

 

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Avant de quitter la scĂšne, Marie-Ange Nguci offre un splendide bis qui dĂ©voile l’éloquence athlĂ©tique de sa main gauche, uniquement sollicitĂ©e. Impressionnante gageure technique. Le public lillois suit la maturation et l’essor d’un nouveau talent du clavier : ampleur et goĂ»t du risque animent la silhouette Ă©lĂ©gante de celle que Classiquenews avait dĂ©jĂ  distinguĂ©e lors du prĂ©cĂ©dent festival lillois intĂ©gralement diffusĂ© sur internet : c’était le 17 avril 2021. Et dĂ©jĂ  le 21Ăšme de Mozart (Lire notre critique ici : https://www.classiquenews.com/concert-live-streaming-critique-lille-sam-17-avril-2021-orchestre-national-de-lille-mozart-concerto-pour-piano-n21-marie-ange-nguci-piano-david-reiland-direction/ )

En seconde partie de programme, nouvelle interprĂšte, la pianiste catalane Judith JĂĄuregui dans les flamboiements crĂ©pusculaires d’une partition atypique de Manuel De Falla : « Nuits dans les jardins d’Espagne ».

 

 

 

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En dĂ©pĂźt de leur forme tripartite, les 3 « nocturnes » formant les Nuits d’Espagne (1915) n’ont rien Ă  voir avec la forme traditionnelle du concerto classique : comme une guitare amoureuse (riche en trilles et arpĂšges), les doigts de Judith JĂĄuregui caressent le clavier et dĂ©livrent les fameuses « impressions » amplifiĂ©es par le velours d’un orchestre somptueux (tissant de fait comme un cocon d’ondes capiteuses et Ă©vocatrices surtout dans les 2 premiers Ă©pisodes) ; Ă  Paris, De Falla se montre proche d’Iberia de Debussy et aussi des Variations d’aprĂšs Paganini de Rachmaninov, la forme libre, presque fantasque et l’univers de rĂȘverie imprĂ©visible rappelant pour beaucoup le dĂ©veloppement en rhapsodie. La pianiste Ă©voque l’imagerie exotique de cette contemplation envisagĂ©e ici comme une dĂ©ambulation fĂ©erique : le Generalife, ou rĂ©sidences d’étĂ© des rois maures, puis la Dansa lejana affirment leur caractĂšre enchantĂ©, avec dans le second mouvement, l’éclat particulier des bois (baguette fine, caressante et dĂ©taillĂ©e de Jean-Claude Casadesus). Les « jardins cordouans » conclusifs, (rondo Ă  refrain) accorde un relief spĂ©cifique Ă  l’orchestre, Ă  la fois onirique et rutilant, comme un Watteau de nuit, Ă  la façon d’une fĂȘte de nuit (versaillaise) dont cependant les effets de « zambras » gitanes rappellent la couleur ibĂ©rique, comme le chant du piano solo, introduit par les cors somptueux, cite un motif clairement andalou. Tout est Ă©vocation, suggestion, d’une voluptĂ© heureuse et dansante, puis murmure Ă©vanescent que referme un ultime spasme orchestral.

Chef, instrumentistes, solistes sont unis en un mĂȘme Ă©lan, accordĂ©s au mĂȘme souffle ; l’orchestration Ă©blouissante et les harmonies dĂ©licates indiquent une parentĂ© ravĂ©lienne, hautement « impressionniste » Ă  laquelle le jeu de la soliste,tout en rondeur et crĂ©pitements, rĂ©tablit aussi la fluiditĂ© aĂ©rienne, Ă©noncĂ©e comme une improvisation naturellement accordĂ©e Ă  l’orchestre.
On savoure l’essor de cet enchantement impressionniste avec d’autant plus de plaisir que cohĂ©rence assumĂ©e de la programmation ou non, ce « premier impressionnisme » allait ĂȘtre davantage creusĂ© lors du concert de clĂŽture, dans la houle non moins enchanteresse des timbres d’époque de l’Orchestre Les SiĂšcles, le lendemain soir, mĂȘme lieu mĂȘme heure, dans les 3 volets symphoniques de La Mer de Debussy. Photos : Ugo Ponte / ON LILLE – Orchestre National de Lille

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Dim 12 juin 2022, 11h puis 16h : L’Apprenti (pas) sorcier / Marie-Ange Nguci, piano.

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Dim 12 juin 2022, 11h puis 16h : L’Apprenti (pas) sorcier / Marie-Ange Nguci, piano   –   FidĂšle Ă  son offre trĂšs grand public, l’Orchestre National de Lille soigne tous les publics, dont les familles et les jeunes oreilles. Le spectacle proposĂ© en famille auprĂšs des jeunes mĂ©lomanes est emblĂ©matique d’une formule qui fonctionne. Ce dimanche 12 juin, Ă  11h, dans le vaste Auditorium du Nouveau SiĂšcle, les enfants accompagnĂ©s de leurs gĂ©niteurs ne savent pas encore qu’ils vont participer, mains levĂ©es, chorĂ©graphies Ă  l’appui Ă  une « battle » les opposant Ă  leurs parents : de quoi prendre leur revanche contre l’ordinaire domestique.

 

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« L’apprenti sorcier [le jeu pas sorcier] » permet une immersion interactive et participative dans la partition de Paul Dukas. On reste toujours Ă©tonnĂ© par la crĂ©ativitĂ© des auteurs pour concevoir des spectacles de sensibilisation Ă  destination du jeune public et de leur parents (ici Sybille Wilson, texte et mise en scĂšne). L’entrain de Maureen Dor (en animatrice, juge et guide), la vitalitĂ© des 6 instrumentistes (ensemble Kheops), pour certains dĂ©tachĂ©s de l’Orchestre National de Lille, 
 rĂ©alisent une performance qui est une excellente porte d’entrĂ©e pour dĂ©couvrir ou rĂ© estimer l’Ɠuvre de Dukas, sommet de la crĂ©ation française dan l’art de construire un drame en musique
Les jeunes oreilles sont invitĂ©es Ă  reconnaĂźtre et mimer (en tempo svp) les thĂšmes de l’Apprenti, du Sorcier, du balai, de l’eau… Chacun apprend Ă  identifier chaque timbre et aussi ce qui est exprimĂ© et qui fait sens dans les combinaisons des instruments : flĂ»te et violon, violoncelle et harpe, l’agile clarinettiste, le piano non moins complice…

Une chorĂ©graphie de bras et de jambes, impliquĂ©es, engagĂ©es dans le dĂ©roulĂ© de la joute, accompagne les temps forts de l’action musicale. On sort conquis par un spectacle de moins d’une heure ; format parfait pour sensibiliser les enfants Ă  la magie du classique, au difficile jeu de l’Ă©coute car il reste difficile de capter sur la durĂ©e la concentration et l’attention des jeunes. Pari rĂ©ussi, idĂ©alement rĂ©alisĂ© sur la scĂšne du Nouveau SiĂšcle. Photo Jeune public @Ugo Ponte / ON LILLE Lille Piano(s) Festival 2022.

 

 

 

 

 

 

16h : RĂ©cital de Marie-Ange Nguci, piano
L’évĂ©nement suivant (16h) est le rĂ©cital de la pianiste Marie-Ange Ngucci (24 ans), sur la mĂȘme scĂšne du Nouveau SiĂšcle, jeune et belle sensibilitĂ© dĂ©jĂ  suivie et Ă©coutĂ©e en avril 2021, entre autres, Ă  l’occasion d’un concert en live streaming, sous la direction de David Reiland (LIRE ici notre critique du concert MOZART, Live streaming, ON LILLE / MA Nguci, sam 17 avril 2021 :
http://www.classiquenews.com/concert-live-streaming-critique-lille-sam-17-avril-2021-orchestre-national-de-lille-mozart-concerto-pour-piano-n21-marie-ange-nguci-piano-david-reiland-direction/.

NGUCI marie angeSon Chopin (Rondo en Mi bĂ©mol Majeur op.16) entre rĂȘve et fureur, souligne la capacitĂ© d’écoute intĂ©rieure de l’interprĂšte ; une constante sensibilitĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler les champs sous-jacents de la partition, en une extase coloratoure souvent Ă©perdue, toujours caressĂ©e, d’une grande Ă©lĂ©gance pudique   -   A contrario, le Prokofiev (Sonate n°6 en La Majeur) cultive les saillies et contrastes, Ăąpres et syncopĂ©s dont le climat d’inquiĂ©tude Ă©trange, sur le fil, inspire un jeu interrogatif, droit, tendu, parfois grave. La digitalitĂ© versatile rĂ©sonne alors comme une machine au bord du dĂ©rĂšglement, avant que le 3Ăšme mouvement (nocturne plus apaisĂ©) questionne mais tout en tendresse, la tension accumulĂ©e depuis le dĂ©but. Comme une rĂȘverie fragile, suspendue dont l’enchantement est d’une volubilite dĂ©lirante. Le feu pianistique assume l’épanchement parfois virulent, comme un sortilĂšge qui s’accomplit. Le dernier mouvement, pur scherzo, affirme une suractivitĂ© rythmique faussement insouciante, rien que nerveuse et intranquille. Ses 3 notes rĂ©pĂ©tĂ©es, furtives, ciselĂ©es comme un Ă©noncĂ© sec ouvrent sur l’une des courses poursuites dont Prokofiev a seul le secret, entre angoisse, terreur, sidĂ©ration, et ce que n’oublie pas d’ajouter Marie Ange Nguci : hallucination cauchemardesque
 La vision et la technique fusionnent pour exprimer la richesse d’une kalĂ©idoscope sonore passionnant.

Enfin, Les Cloches de Las Palmas et la Toccata de Saint-SaĂ«ns ((extraits des 6 Études op.111) rappellent l’acuitĂ© et l’originalitĂ© du gĂ©nie de celui qui fut aussi un immense pianiste et un voyageur insatiable. Le Globe-trotteur brosse en traits lyriques, plein de panache, un paysage lumineux. Le jeu de la pianiste convainc par sa virtuositĂ© scintillante et picturale ; sa vision aĂ©rĂ©e, puissamment architecturĂ©e qui soigne aussi crescendos passionnĂ©s et pianissimi suggestifs. L’approche se libĂšre davantage encore dans le 2Ăšme mouvement, qui ne manque ni de swing ni de caractĂšre ; il se rĂ©alise dans une virtuositĂ© brillante et souple, Ă  l’éloquence ductile et chantante auquel l’énergie de la pianiste apporte aussi une Ă©tonnante tension Ă©chevelĂ©e presque parodique
 double, triple nuance qui rĂ©vĂšle peu Ă  peu une maturitĂ© qui se prĂ©cise. La prĂ©sence, le charisme sans chichi sont d’autant mieux apprĂ©ciĂ©s que Marie-Ange Nguci remplace ainsi le rĂ©cital « Echoes of Life » par Alica Sara Ott, initialement annoncĂ©e mais qui a dĂ» renoncer car souffrante. Portrait de Marie-Ange Nguci de face © Caroline Doutre.

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022 – Concert de clĂŽture : CĂ©sar Franck. Les SiĂšcles, B Chamayou

lille-pianos-festival-2022-classiquenews-concerts-VIGNETTELILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Concert CĂ©sar Franck – concert de clĂŽture du dimanche 12 juin 2022 : Auditorium Nouveau SiĂšcle. Bertrand Chamayou, piano – Les SiĂšcles, FX Roth, direction  -  Aussi puissant qu’original, le programme de clĂŽture sait aussi cĂ©lĂ©brer le bicentenaire CĂ©sar Franck 2022 – 200 ans de la naissance ce 10 dĂ©cembre 2022 (LIRE notre dossier CĂ©sar Franck 2022 :
https://www.classiquenews.com/200-ans-de-cesar-franck-1822-2022-dossier-pour-le-bicentenaire-cesar-franck/ ).

Le Festival offre ainsi l’écoute d’une partition rare : « Les Djinns », dont le dispositif renouvelle Ă  travers un canevas dramatique et poĂ©tique personnel, la relation du piano soliste et de l’orchestre enveloppant.
Franck, familier de la poĂ©sie hugolienne, dĂ©tourne habilement le sens du poĂšme original ; il diabolise lĂ©gitimement les esprits dĂ©moniaques agissant en essaim pour mieux exprimer en fin de course, le triomphe du Bien (comme son poĂšme-symphonie, RĂ©demption de 1873). Les Djinns d’aprĂšs Les Orientales de Hugo (1885) servent en dĂ©finitive la propre utopie musicale et spirituelle de Franck, soucieux du Bien triomphal. Vision spirituelle voire mystique qui partage une mĂȘme idĂ©alisation musicale et aussi un souci de l’architecture progressive avec
 Liszt (autre grand rĂ©formateur de la forme symphonique). Bertrand Chamayou se glisse avec tact et intensitĂ© dans une partie oĂč le clavier se fond dans l’urgence du feu orchestral, sans jamais briller, toujours pour accentuer, nuancer, ciseler continuitĂ© et dĂ©roulement du discours dramatique. La souplesse du jeu, les nuances des modulations, la clartĂ© d’une digitalitĂ© soulignent combien le pianiste ravĂ©lien remarquĂ©, rĂ©ussit l’éloquence et la volubilitĂ© de l’écriture franckiste, tantĂŽt ironique (affirmĂ©e, rythmique), tantĂŽt comme enivrĂ©e malgrĂ© elle (sublimes Ă©lans mĂ©lodiques).
Tel jeu d’équilibre entre le clavier et l’orchestre, fusionnĂ©s sur le fil du flux onirique / dramatique, s’était dĂ©jĂ  entendu dans les Nuits dans les jardins d’Espagne de Falla la veille au soir. Il n’y a guĂšre qu’au Lille Piano(s) Festival qu’un questionnement mĂȘme sur la forme des partitions affichĂ©es se prĂ©sente ainsi; dans Les Djinns, chef et pianiste magnifiquement accordĂ©s, servis par une acoustique flatteuse qui souligne chaque timbre intense, acĂ©rĂ© en un fourmillement idoine pour exprimer l’idĂ©e de l’essaim virevoltant, accomplissent le cycle poĂ©tique et mystique oĂč le diabolisme fantastique du dĂ©but s’efface grĂące aux visions sublimĂ©es, transcendantes du piano chevaleresque et salvateur.

 

 

Bertrand Chamayou, Les SiĂšcles jouent les Djinns et les Variations Symphoniques

CĂ©sar Franck, sublimĂ© par les instruments d’Ă©poque

 

 

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Les Variations symphoniques (1886) attestent de la mĂȘme esthĂ©tique
 Ă©galitaire. Le piano n’étant jamais mis en avant mais fusionnĂ© dans la pĂąte et le chant onirique de l’orchestre pour servir un mĂȘme plan unitaire; un orchestre qui se rĂ©vĂšle d’ailleurs en cours de soirĂ©e, d’une Ă©loquence exceptionnelle, aux teintes et nuances rythmiques superlatives. Ce piano ensorceleur impose sa carrure beethovĂ©nienne (proche de l’aplomb pianistique du Concerto n°4), avant que naisse entre autre, avec une magie prĂ©servĂ©e, l’enchantement de la 6Ăš variation, fontaine de tendresse inattendue dont Chamayou fait un instant de suspension enchantĂ©e. Le finale (Allegro non troppo) est une ascension irrĂ©pressible vers la lumiĂšre, la culmination idĂ©ale selon le mysticisme franckiste.
Le feu d’artifice instrumental allait pleinement s’épanouir dans le dernier volet du programme : la Mer de Debussy, « prĂ©ludé » par un bis offert par Bertrand Chamayou (La fille aux cheveux de lin, d’une subtilitĂ© ardente et poĂ©tique). L’impressionnisme rutilant de l’orchestre fait le miel du concert lillois : claire dĂ©monstration des qualitĂ©s et vertus de l’orchestre sur instruments d’époque : Les SiĂšcles, invitĂ©s pour clore l’édition du LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Sommet de l’inspiration debussyste aprĂšs PellĂ©as, les 3 « esquisses symphoniques » de La Mer (1905) saisissent immĂ©diatement par l’activitĂ© d’une texture dĂ©taillĂ©e, constamment scintillante, que le format spĂ©cifique des instruments d’époque, redĂ©finit dans un jeu d’équilibre oĂč chaque couleur percute, assimilant la partition Ă  une tapisserie 1000 fleurs, d’une constante effervescence.

 

 

 

La lecture affirme l’apport Ă©tonnant des instruments d’époque, d’autant que le son plus concentrĂ© semble redĂ©finir et renforcer l’unitĂ© structurelle du triptyque symphonique conçu (loin du littoral marin, en Bourgogne) par Debussy.
FX Roth souligne l’ossature de cette symphonie – l’unique de Debussy, en rĂ©tablissant le souffle et le lien d’un mouvement Ă  l’autre : « De l’aube Ă  midi sur la mer », est un commencement Ă©vanescent, dĂ©jĂ  gommant toute accent trop linĂ©aire, assurant l’ouverture et l’andante traditionnels ; puis « jeux de vagues » sonne comme un scherzo dont la texture dissout le temps et l’espace, d’une une vaste vibration purement atmosphĂ©rique ; picturale (Ă  la façon de Turner et Monet), Debussy dilue son motif pour le rendre plus palpitant encore dans son Ă©vanescence orchestrale, comme si chaque timbre, ici magnifiquement dĂ©taillĂ© et perceptible, composait chaque molĂ©cule de l’éparpillement liquide. C’est un festival de nuances instrumentales inĂ©dit qui plutĂŽt qu’éparpiller le sens et l’architecture expressive, rĂ©gĂ©nĂšre Ă  l’inverse l’activitĂ© et la structure de la seule symphonie de Debussy. « Dialogue du vent et de la mer » affirme dans l’imaginaire poĂ©tique du compositeur impressionniste l’opposition des Ă©lĂ©ments inconciliables mais pourtant insĂ©parables : le vent furieux imprĂ©visible ; l’eau tournoyante et ondulante – moins dĂ©pressives ou naufragĂ©es que vĂ©ritablement tumultueuse ; jusqu’au coup de timbale final qui donne l’avantage au souffle d’Eole

Musique atmosphĂ©rique, langage et esthĂ©tique rĂ©volutionnaires, La Mer fixe ce raffinement de timbres associĂ© Ă  un dĂ©veloppement formel inouĂŻ : le propre de l’art français au dĂ©but du XXĂš. Le rĂ©sultat sonore est Ă  couper le souffle et l’auditeur retrouve la sensation qu’il a pu Ă©prouve Ă  l’écoute du cd qu’ont enregistrĂ© Les SiĂšcles il y a quelques annĂ©es. Avec la vibration particuliĂšre du concert vivant. MĂ©morable. Photo : © Ugo Ponte / ON LILLE 2022

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, concert. LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Lille, Nouveau SiÚcle, sam 11 juin 2022. Récital de Benjamin Grosvenor, piano. Franck : Prélude, choral et fugue / Albéniz : Iberia, Livre I / Ginastera : 3 Danses argentines / Ravel : La Valse.

CRITIQUE, concert. LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Lille, Nouveau SiĂšcle, sam 11 juin 2022. RĂ©cital de Benjamin Grosvenor, piano. Franck : PrĂ©lude, choral et fugue / AlbĂ©niz : Iberia, Livre I / Ginastera : 3 Danses argentines / Ravel : La Valse   -  29 ans en 2022 et pourtant le pianiste britannique nĂ© dans l’Essex, est un gĂ©ant actuel du piano: une perle rare qui allie l’agilitĂ© du funambule et la puissance du poĂšte le plus accompli.

 

 

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Benjamin Grosvenor au LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022 © Ugo Ponte / ON LILLE

 

 

Son dernier cd dĂ©diĂ© Ă  Liszt lui allait comme un gant (lire ci aprĂšs “Approfondir” : lien vers la critique du cd) : c’est que le gĂ©nie romantique et sa verve dramatique et spirituelle a trouvĂ© son meilleur interprĂšte actuel. Ainsi Benjamin Grosvenor y avait-il rendu hommage Ă  la mĂ©moire de son grand-pĂšre, pianiste amateur, membre de la sociĂ©tĂ© Liszt de Londres, qui admirait Liszt plus que tout autre. C’est qui lui a transmis la passion du piano, l’admiration de la sonate en si mineur 
 A Lille ce 11 juin, on constate en concert combien la rĂ©putation de l’interprĂšte n’est pas usurpĂ©e ; dans un costume sombre strict, sans fioritures, le pianiste dĂ©ploie un jeu qui frappe par l’ampleur de la conception, le fini des nuances, la clartĂ© de la conduite dramatique.
EditĂ© dans son cd « Homages » Ă  l’automne 2016 (enregistrĂ© en dĂ©c 2015), « PrĂ©lude, choral et fugue » de Franck affirme d’emblĂ©e l’étonnante comprĂ©hension de Grosvenor Ă  l’endroit du combat franckiste, Ă©cho fraternel de la quĂȘte lisztĂ©enne : lutte spirituelle et aspiration morale inextinguible. Le jeu Ă©claire en rĂ©alitĂ© ce climat de panique lugubre oĂč percent, encore flottants, les crĂ©pitements de la rĂ©mission. L’assise de la technique, la carrure de la vision produit des sĂ©quences littĂ©ralement miraculeuses oĂč coule le miel d’une tendresse infinie : ce qui bouleverse littĂ©ralement dans ce jeu filigranĂ©, c’est haute technicitĂ©, son Ă©lĂ©gance et les vertiges intimes, personnels qu’il fait surgir.
AlbĂ©niz (Iberia, Livre I) respire une mĂȘme subtilitĂ© naturelle et onirique qui s’affranchit de toute contrainte technique. Couleurs ciselĂ©es, finesse continue, rayonnante ; l’interprĂšte monte Ă  quel point cet AlbĂ©niz-lĂ  a en commun 
 la pudeur et la douceur Ă©prise d’un Debussy.
On est saisi ensuite par l’énergie rythmique parfois effrĂ©nĂ©e des Ginastera (3 Danses argentines).
La piĂšce de choix, dĂ©fi redoutable sur le plan technique demeure l’ultime joyau de ce rĂ©cital d’exception : La Valse de Ravel. Pourtant au-delĂ  de sa construction qui va crescendo (comme le BolĂ©ro), dont le final est une implosion (comme le BolĂ©ro), – au delĂ  de la vĂ©locitĂ© et de la volubilitĂ© pianistique, c’est essentiellement l’intelligence poĂ©tique de l’interprĂšte, ses choix de tempi, son rubato, son sens supĂ©rieur de l’intĂ©gritĂ© (dont l’absence de virtuositĂ© dĂ©monstrative et narcissique) qui saisissent immĂ©diatement, au service d’un dĂ©roulement clair et cohĂ©rent. Le jeu est somptueusement expressif, pourtant nuancĂ©, gĂ©nialement construit. Le pianiste exprime toutes les facettes du dĂ©sir, du mouvement des corps aimantĂ©s, jusqu’à l’obsession et une jubilation explosive qui est passĂ©e nĂ©cessairement par une transe libĂ©ratrice. Son jeu est tel qu’il revĂȘt les ressources d’un orchestre entier tant les mille intentions et nuances, couleurs et accents vibrent au diapason d’une hypersensibilitĂ© picturale.
En bis, son Debussy rĂ©vĂ©lateur d’un poĂšte peintre, confine Ă  l’épure, Ă  l’abstraction Ă©nigmatique. Nouvel accomplissement poĂ©tique d’une fascinante justesse. Magistral.

 

 

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LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Lille, Nouveau SiÚcle, sam 11 juin 2022. Récital de Benjamin Grosvenor, piano. Franck : Prélude, choral et fugue / Albéniz : Iberia, Livre I / Ginastera : 3 Danses argentines / Ravel : La Valse.

 

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Approfondir

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LIRE notre critique du CD Benjamin GROSVENOR : LISZT (1 cd DECCA, 2020)  – Parution : mars 2021 – La Sonate en si mineur S178 est un cheminement intĂ©rieur qui crĂ©pite en ses Ă©carts contrastĂ©s et vertigineux, du doute au don, de la question de Dieu Ă  la foi qui se fait rĂ©vĂ©lation
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-benjamin-grosvenor-liszt-sonate-en-si-mineur-1-cd-decca-2020/

Prélude, choral et Fugue de Franck
https://www.classiquenews.com/prelude-choral-et-fugue-de-cesar-franck/

LIRE notre critique du CD HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublimés du pianiste Benjamin Grosvenor :
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-compte-rendu-critique-homages-benjamin-grosvenor-piano-1-cd-decca/

 

CRITIQUE. LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022 – les 11 et 12 juin 2022, prĂ©sentation, Ă©dito

lille-pianos-festival-2022-classiquenews-concerts-VIGNETTECRITIQUE. LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022 – les 11 et 12 juin 2022. C’est une Ă©dition Ă  la fois diverse et flamboyante qui s’est dĂ©roulĂ©e le week end dernier (au soir du vendredi 10, puis les samedi 11 et dimanche 12 juin 2022). DĂ©sormais inscrit chaque annĂ©e, dans l’agenda lillois de juin, LILLE PIANO(S) FESTIVAL porte bien son nom : cĂ©lĂ©brer la magie du piano tout en Ă©largissant au maximum ses champs artistiques ; ce sont tous les claviers qui sont sollicitĂ©s et proposĂ©s au grand public (clavecin, orgue, accordĂ©on
) et dans tous les genres y compris l’électro, le rap, le jazz ; mĂȘme la danse Ă©tait conviĂ©e Ă  La Convention Publique, nouveau partenaire, Ă©toffant une palette de lieux ainsi investis, partout dans Lille : Conservatoire, CathĂ©drale Notre-Dame de la Treille, Gare saint-Sauveur, Temple, et Ă©videmment l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle, centre nĂ©vralgique de toutes les initiatives et rĂ©sidence de l’Orchestre National de Lille, concepteur de l’évĂ©nement : en son sein, se sont dĂ©ployĂ©s les tempĂ©raments les plus divers et affirmĂ© des sĂ©quences Ă  prĂ©sent mĂ©morables.
Le Festival lillois cultive ainsi l’ouverture, l’accessibilitĂ©, la curiositĂ© ; c’est un laboratoire de la sensibilitĂ© oĂč le festivalier peut ĂȘtre surpris, enrichit son rapport Ă  la musique grĂące Ă  la diversitĂ© des formats et des dispositifs artistiques qui lui sont accessibles ; c’est une ruche foisonnante qui propose de multiples Ă©vĂ©nements ; un rĂ©gal pour les amateurs et les connaisseurs. Une plateforme ouverte, certainement visionnaire dans sa capacitĂ© Ă  se renouveler et Ă  surprendre. Chacun y explore ou retrouve des interprĂštes et des rĂ©pertoires habilement croisĂ©es, dont la richesse Ă©tonne Ă  chaque Ă©dition.

 

 

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Éclectisme et excellence

 

 

TEMPS FORTS 2022 : Benjamin Grosvenor, Bertrand Chamayou et Les SiĂšcles. Parmi les temps forts de cette Ă©dition 2022, distinguons parmi une offre plĂ©thorique de tempĂ©raments et de caractĂšres
 le rĂ©cital du britannique Benjamin Grosvenor (samedi 12 juin) : presque trentenaire, le formidable acrobate a confirmĂ© sa gĂ©niale spĂ©cificitĂ© ; haute technicitĂ©, intelligence dramatique, hypersensibilitĂ© expressive. Un nouvelle Ă©toile du clavier Ă  n’en pas douter. Et dans un programme aussi remarquablement contrastĂ©, redoutable qu’équilibrĂ©.
Belle prestation Ă©galement du 1er Prix au Concours Reine Elisabeth 2021, Jonathan Fournel (Brahms : Sonate n°3) ; puis Marie-Ange Nguci et Judith Jauregui jouant avec les instrumentistes du National de Lille sous la direction de leur fondateur Jean-Claude Casadesus. Ajoutons, enfin deux autres programmes plus que convaincants (dim 12 juin): le rĂ©cital d’Olivier Latry sur l’orgue de ND de la Treille, grand moment de lĂ©vitation mystique (JS Bach, Franck, Vierne, Messiaen,
) et apothĂ©ose annoncĂ©e ayant tenu ses promesses, le concert de clĂŽture dĂ©fendu par Bertrand Chamayou jouant un Pleyel historique dĂ©but XXĂš et l’Orchestre Les SiĂšcles, invitĂ© cette annĂ©e dont les couleurs et les associations de timbres, ciselĂ©es, Ă©lectrisĂ©es par leur chef, François-Xavier Roth, ont dĂ©poussiĂ©rĂ© et rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© Franck puis Debussy (La Mer) : un miracle symphonique comme on en vit rarement au cours d’une saison musicale. Ce concert reste notre coup de coeur (avec le rĂ©cital du dĂ©sormais incontournable Benjamin Grosvenor).

 

 

 

 

NOS CRITIQUES. Retrouvez ci aprÚs, les compte rendus spécifiques à chaque programme auquel nous avons assisté. Critiques à venir ici 
 :

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022 :

 

 

CONCERTS du samedi 11 juin 2022
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Lille, Nouveau SiÚcle / Récital de Benjamin GROSVENOR : Franck, Albéniz, Ravel.

Lille, Nouveau SiĂšcle / Concert symphonique : MOZART (Concerto n°21), De FALLA (Nuits dans les jardins d’Espagne) – Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, Marie Ange NguciJudith JĂĄuregui.

Lille, Nouveau SiĂšcle / RĂ©cital de Vanessa Wagner : Debussy, crĂ©ation des 7 PrĂ©ludes / Preludios d’Alex Nante, compositeur en rĂ©sidence Ă  l’Orchestre National de Lille

 

 

CONCERTS du dimanche 12 juin 2022
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Lille, Nouveau SiĂšcle / Spectacle Jeune Public, d’aprĂšs L’Apprenti Sorcier de Paul Dukas / RĂ©cital de Marie-Ange Nguci : Chopin, Prokofiev, Saint-SaĂ«ns

Notre-Dame de la Treille : rĂ©cital d’Olivier Latry, orgue. JS BACH, Franck, Vierne, Messiaen

Lille, Nouveau SiĂšcle / concert de clĂŽture : Franck (Les Djinns, Variations Symphoniques), Debussy (La Mer) – Bertrand Chamayou, Les SiĂšcles, FX Roth.

 

 

 

 

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DIFFUSION

Ce 21 juin 2022 en soirĂ©e la chaĂźne de radio locale France Bleu Nord diffuse le concert d’ouverture du Lille Piano(s) Festival 2022 : Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch avec Francesco Piemontesi (Concert pour piano de Robert Schumann).
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Rentrée 2022 :
L’audito 2.0, la chaüne youtube de l’ON LILLE, Orchestre national de Lille diffuse cet automne le concert du jazzman Isfar Arabski et Judith Jauregui avec le quatuor Gerhardt. Dates et annonces à venir sur classiquenews

Mezzo diffuse cet automne Ă©galement les 2 concerts prĂ©cĂ©demment citĂ©s et aussi le concert d’ouverture du Lille Piano(s) Festival 2022 : Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch avec Francesco Piemontesi (Concert pour piano de Robert Schumann, The messenger de Silvestrov).

 

 

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Crédits photos : ON LILLE Orchestre national de Lille / © Ugo Ponte

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Gaveau, le 2 juin 2022. RĂ©cital de Jean-Nicolas Diatkine, piano : Liszt, transcriptions des lieder de Schubert / extraits d’opĂ©ras de Wagner. 

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDCRITIQUE, concert. PARIS, Gaveau, le 2 juin 2022. RĂ©cital de Jean-Nicolas Diatkine, piano : Liszt, transcriptions des lieder de Schubert / extraits d’opĂ©ras de Wagner. On reste saisi par l’intelligence musicale de l’interprĂšte ; sa figure modeste et humble mais son clavier surpuissant et capable de nuances les plus orfĂ©vrĂ©es. En abordant les transcriptions de Liszt d’aprĂšs Schubert, Jean-Nicolas Diatkine expose ses talents de conteur enivrĂ©, voire hallucinĂ© (Gretchen am Spinnrade d’aprĂšs Goethe dont il exprime jusqu’à l’infini mĂ©lancolique, et les aspirations d’une jeune Ăąme envoĂ»tĂ©e) ; pour chaque lied sublimĂ© par la traduction pianistique qu’en dĂ©livre Liszt, l’écoute se dĂ©lecte de cadences de rĂȘve mais l’onirisme des phrases n’écarte jamais ce mordant expressif qui fait jaillir sous les doigts, la vitalitĂ© du texte initial, les accents des poĂšmes mis en musique par Schubert. Le pianiste a Ă  cƓur de rĂ©vĂ©ler la vitalitĂ© intrinsĂšque et la vocalitĂ© parfois Ăąpre de chaque poĂšme : l’élan schumannien de « Rastlose Liebe » (lui aussi d’aprĂšs Goethe) ; l’extase suspendue de l’Ave Maria, son temps Ă©tirĂ©, flottant ; surtout le dramatisme Ă  la fois noir et angĂ©lique de Roi des Aulnes (Erlkönig, d’aprĂšs Goethe). La sincĂ©ritĂ© dĂ©pouillĂ©e et toujours chantante des lieder extraits du Chant du cygne (liebesbotschaft, surtout StĂ€ndchen
) rĂ©vĂšle aussi une Ă©coute particuliĂšre centrĂ©e sur le clavier dont l’imagination fabuleuse du pianiste fait jaillir des pĂ©pites sonores, des phrasĂ©s d’une profondeur bouleversante ; le toucher diseur semble recrĂ©er chaque mesure dans une intĂ©rioritĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

La volubilitĂ© technique et l’art de faire chanter le clavier s’accordent en dĂ©tachant pourtant toutes les voix simultanĂ©es
 habile gestion de la pĂ©dale
 gageure ici car l’instrument (Steinway) n’a pas la technicitĂ© ni la beautĂ© des graves du piano Schiedmayer de Stuttgart, spĂ©cialement prĂ©parĂ©, choisi pour l’enregistrement de ce programme exceptionnel. La capture en studio fait valoir les performances spectaculaires du clavier : ses notes graves remarquables, et mĂ©dianes jamais lourdes ; ses aigus perlĂ©s qui s’envolent et dessinent les arabesques et volutes à l’infini.. Le chant principal redessine l’activitĂ© des contre chants : brio et fantaisie pilotent l’essor d’une vocalitĂ  pianistique accomplie dont la clĂ© est la mesure, le refus du pathos et d’une thĂ©ĂątralitĂ© bruyante, de toute bravoura spectaculaire. Rien n’est jouĂ© si n’est audible le sens de son Ă©noncĂ©. La vision poĂ©tique est d’autant plus aboutie qu’elle canalise le geste et privilĂ©gie l’éclat de la nuance.
Sur son Steinway cependant, le pianiste détache chaque plan sonore afin de ciseler le verbe musical dont il se joue des contrastes, des heurts rythmiques, des nappes harmoniques. Son talent est pictural.
A l’écoute des lieder pourtant sans paroles, le texte et les intentions dramatiques, les abysses psychologiques s’articulent, libĂšrent la richesse poĂ©tique du sujet ; les nuances, la profondeur, les scintillements allusives, les paysages schubertiens vaporeux et terrifiants, dramatiques et mystĂ©rieux prennent vie (Der DoppelgĂ€nger d’aprĂšs Heine / ultime lied extrait du Chant du cygne dont Jean-Nicolas Diatkine caresse le caractĂšre de gravitas, Ă©noncĂ© comme un long questionnement).

Le piano diseur et poétique
de Jean-Nicolas Diatkine

Certes, le piano de Gaveau n’a pas le spectre expressif ni la spatialitĂ© dessinĂ© par l’excellent Schiedmayer ; mais ici, les arriĂšres plans finement dessinĂ©s, palpitent, Ă©claircissant de nouveaux rapport dans l’éloquence d’un discours libĂ©rĂ© et comme dĂ©cuplĂ©, dĂ©multipliĂ©, par un geste d’une finesse saisissante, par une imagination ciselĂ©e et maĂźtrisĂ©e.
La texture poĂ©tique, expressive et si personnelle affirme un tempĂ©rament qui pense et re sculpte la musique avec une grĂące enthousiasmante. La modestie et la discrĂ©tion sont piliers d’une sensibilitĂ© musicale littĂ©ralement envoĂ»tante.
Puis Liszt s’affirme dans l’immensitĂ© de son gĂ©nie narrateur. La partition au centre du programme dĂ©voile chez l’interprĂšte d’autres somptueuses qualitĂ©s. Dans la Ballade n°2, poĂšme pianistique aux largesses symphoniques, l’architecture chaotique et terrifiante alterne mouvements souterrains et aspirations Ă©thĂ©rĂ©es cĂ©lestes, contrastes saisissants qui cependant dĂ©veloppent toute une narration dramatique sur le thĂšme de LĂ©andre et HĂ©ro, amants Ă©prouvĂ©s, sacrifiĂ©s, broyĂ©s par la machine ocĂ©ane selon la lĂ©gende d’Ovide ; ce qui est remarquable c’est la sublimation qu’apporte Liszt, explicitĂ©e par le jeu de l’interprĂšte ; son regard infiniment tendre pour ses hĂ©ros et ce don dont il les bĂ©nit en exprimant la grĂące de leur amour
 son piano dit et les gouffres sans fond et le pouvoir immense de l’amour, lequel sublime l’élan des amants dont le pianiste exprime toutes les facettes du sentiment amoureux et tragique.
On invite l’auditeur Ă  revivre cette alchimie poĂ©tique en se reportant au cd du programme que les extraits d’opĂ©ras de Wagner (Tristan und Isolde, Lohengrin, Parsifal,
) complĂštent miraculeusement : nouvel album de Jean-Nicolas Diatkine paru en juin chez Solo Musica – CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2022.
Jean-Nicolas Diatkine est un immense interprÚte ; son piano murmure et transporte ; sa sensibilité éblouit par sa justesse et sa sincérité. Magistral.

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CRITIQUE, concert. PARIS, Gaveau, le 2 juin 2022. RĂ©cital de Jean-Nicolas Diatkine, piano : Liszt, transcriptions des lieder de Schubert / Ballade n°2 / extraits d’opĂ©ras de Wagner.

Entretien avec DIANA BARONI Ă  propos de son album PAN ATLANTICO (printemps 2022)

Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantENTRETIEN avec DIANA BARONI Ă  propos de son nouvel album « PAN ATLANTICO ». C’est le chant d’un journal intime exprimĂ© en duo ; l’expression d’une identitĂ© retrouvĂ©e aussi Ă  travers des pĂ©riples multiples et une expĂ©rience intime de la mort. Dans « Pan Atlantico », Diana Baroni, voix et traverso, s’associe Ă  l’arpeggione de Simon Drappier dans un programme inĂ©dit qui est une collection de textes forts, irrĂ©sistibles. Entretien exclusif pour classiquenews.

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CLASSIQUENEWS : Que signifie le titre de votre nouvelle album ?

DIANA BARONI : Ce titre nous est apparu par magie; c’est surtout grĂące Ă  une vision de Simon, qui a sĂ©journĂ© plusieurs annĂ©es en Argentine. Alors, lui il voyait la route « panamericana » qui traverse l’Argentine du nord au sud; moi, je voyais les bateaux des immigrĂ©s d’aprĂšs guerre, qui traversaient l’ocĂ©an Atlantique. La rencontre conceptuelle de deux images fonctionne Ă  merveille: elles reprĂ©sentent pleinement nos sources d’inspiration, notre matiĂšre d’attention disons, et le voyage, le parcours, les aller-retours Ă©galement, aussi de l’un et de l’autre (Simon français, ayant vĂ©cu lĂ  bas et moi italo-argentine, installĂ©e en France).

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CLASSIQUENEWS : Prolonge-t-il des éléments de vos programmes ou albums passés ? Ou est ce un programme en « rupture » ?

DIANA BARONI : J’aime bien l’idĂ©e de rupture. Il y a quelque chose d’essentiel qui est prĂ©sent dans cet album, plus que dans mes albums prĂ©cĂ©dents. C’est Ă©vident que les expĂ©riences apportĂ©es par la vie courante ces derniers annĂ©es, tant au titre personnel comme mondial, m’ont mis quelque part Ă  nue, d’abord par la mort, ensuite par la pandĂ©mie. Quelque part je me dis aujourd’hui que mon album prĂ©cĂ©dent THE EMIDY PROJECT sorti en 2018, a Ă©tĂ© un geste de survie
 Ă  l’instar de l’esclave musicien de notre saga ; Emidy m’a permis de vivre, de traverser la douleur.
Ce signe de maladie de notre civilisation, de notre terre, est aussi un signe de rupture dans un sens plus large, et universel je dirais. Nous aurons espĂ©rĂ© peut ĂȘtre une sensibilisation de notre sociĂ©tĂ© par l’expĂ©rience du confinement, qui nous a forcĂ© Ă  faire une rupture temporelle Ă©galement. Et non
 Les temps qui courent ne sont pas les plus joyeux, et nous sommes tous responsables malheureusement de l’état actuel de notre civilisation, de ce visage de la nature humaine si Ă©goĂŻste, si individualiste. Les luttes sociales qui ont Ă©tĂ© portĂ©es par les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes sont en train de s’évaporer, mĂȘme leur fruits sont en train de disparaitre. C’est terrifiant et dĂ©solant.
En ces temps obscurs, la musique et l’art sont d’autant plus des moyens d’éveil, de cure, de clairvoyance. Je crois profondĂ©ment Ă  la possibilitĂ© de vĂ©hiculer un message qui nous aiderait Ă  ĂȘtre en quĂȘte, en questionnement de notre nature humaine pour Ă©viter de « subir les Ă©vĂ©nements comme des somnambules », selon les paroles d’Edgar Morin.
Alors oui, ce disque, que nous avons enregistre LIVE, entre deux confinements pandĂ©miques, au cours de l’étĂ© 2020, est le reflet d’une inĂ©vitable rupture universelle. C’est peut ĂȘtre pour tout cela que les choix artistiques que nous avons assumĂ©s avec Simon Drappier, ont Ă©tĂ© plus radicaux, les gestes plus poussĂ©s, le rĂ©pertoire plus prĂ©cis.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les thĂšmes des textes que vous chantez ? Quelles grandes chanteuses avez vous en tĂȘte quand vous les interprĂ©tez ?

DIANA BARONI : Avec Simon pour PAN ATLANTICO, nous avons choisi notre rĂ©pertoire guidĂ©s par des amours respectifs par certains artistes, comme Simon Diaz, Violeta Parra, Victor Jara. C’est vrai que d’une façon souterraine, nous avons touchĂ© par les compositions des uns et des autres, des thĂ©matiques proches : le dĂ©sarroi, l’absence, le dĂ©sespoir, l’amour. Les sujets Ă©voquĂ©s s’entrelacent entre eux, se parlent, se rĂ©pondent; il y a une unitĂ© enfin qui s’est tissĂ© naturellement.
Les femmes qui m’inspirent viennent de loin, d’une sorte de mĂ©moire collective, je veux dire
 chacune par des qualitĂ©s spĂ©cifiques trĂšs diffĂ©rentes : Chavela Vargas, par sa force rhĂ©torique; Violeta Parra, par sa nuditĂ©; Elis Regina, par sa vulnĂ©rabilitĂ© expressive et son Ă©lĂ©gance vocale; aussi brĂ©silienne, Luciana Souza, par sa justesse et son timbre transparent. Dans un autre registre, encore deux voix fĂ©minines qui me touchent et m’inspirent par toutes les raisons confondues Ă©voquĂ©es : Lorraine Hunt et Anne Sophie Von Otter – cette derniĂšre pour l’immense libertĂ© d’esprit qu’elle reprĂ©sente Ă  mes yeux dans le milieu musicale actuel.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : La prĂ©sence de l’arpeggione renouvelle beaucoup votre univers poĂ©tique et musical. Qu’apporte l’instrument concrĂštement pour la cohĂ©rence musicale et poĂ©tique de ce programme ?

DIANA BARONI : C’est certain que l’univers mis a disposition par l’arpeggione et le jeu extraordinaire – dans le vĂ©ritable sens du terme – proposĂ© par Simon, m’ont immĂ©diatement propulsĂ© vers des zones de travail absolument nouvelles.
Et il a sans doute la personnalitĂ© idĂ©ale pour se lancer vers l’exploration, vers l’inattendu. Tout comme moi, Simon n’hĂ©site pas Ă  brouiller les pistes, franchir des frontiĂšres; nous nous sommes retrouvĂ©s exactement lĂ  ou il fallait, je pense, dans nos parcours artistiques
 lui aussi il cherchait au moment de notre rencontre, un instrument qui devienne sa propre voix / voie. L’arpeggione est devenu le partenaire idĂ©al. Il avait entre ces mains un instrument noble d’une versatilitĂ© Ă©norme, avec toutes les possibilitĂ©s du jeu Ă  l’archet, accordĂ© en plus comme une guitare (Simon a Ă©tĂ© Ă  la base guitariste et contrebassiste) Du coup, c’était le complice parfait, et avec le traverso, c’était juste magique du point de vue des timbres et des nuances. Aussi, nous avions tous les deux un passĂ© musical trĂšs riche, dans des milieux extrĂȘmement variĂ©s: le jazz, la musique contemporaine, le baroque, l’improvisation autour de la tradition orale; tout cela a nourri notre confiance et notre terroir, pour partir Ă  la recherche d’autres horizons ; pour crĂ©er ensemble une matiĂšre qui nous reprĂ©sente pleinement.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Y-a-t-il 1 ou 2 chansons qui vous tien(nen)t à cƓur dans cet album ? Pour quelles raisons ?

DIANA BARONI : « Poema 15 » de Victor Jara / Pablo Neruda,  et « Que he sacado con quererte » de Violeta Parra, sans hĂ©siter
 le Chili Ă  l’honneur, hĂ©las!
Sur la premiĂšre composition, le poĂšme de Pablo Neruda est mis en beautĂ© par Victor Jara avec une modestie et une intelligence musicale assez uniques. Cette chanson est une mĂ©taphore du dĂ©part de l’ĂȘtre aimĂ©e, de son absence, de son esprit perdu dans les tĂ©nĂšbres d’un sommeil profond 
 et encore vivant. J’ai Ă©prouvĂ© moi-mĂȘme tout ce que cela peut signifier ; la vie m’a obligĂ© il y a 5 ans maintenant Ă  faire face Ă  la mort, Ă  lui parler aussi. Mon compagnon a Ă©tĂ© dans le coma 12 jours suite Ă  un accident ; la dĂ©couverte de ce poĂšme et cette chanson m’ont permis de sacraliser peut ĂȘtre autrement cette expĂ©rience qui a changĂ© le cours de mon existence pour toujours. Je ne peux pas m’empĂȘcher de penser aux derniers moments Ă  ses cotĂ©s quand je chante « Poema 15 ». En travaillant avec Simon, nous avons trouvĂ© quelque chose de pure, de nu, puissant, avec son ostinato minimaliste, in crescendo, et pourtant mĂ©canique et presque froid. C’est grĂące Ă  ce contraste que nous avons trouvĂ© un Ă©quilibre je crois, l’Ă©quilibre qui nous permet de traverser les Ă©motions de cette chanson qui reprĂ©sente autant pour moi.
«Que he sacado con quererte» est un hymne au dĂ©sespoir le plus absolu: Violeta s’interpelle Ă  propos de l’amour et du fait d’aimer inutilement quelqu’un. C’est sans doute en questionnant sa relation tumultueuse et difficile avec le suisse Gilbert Favre (anthropologue, queniste – joueur de quena) l’amour de sa vie. Peu de temps aprĂšs son dĂ©part vers la Bolivie, tout en la quittant dĂ©finitivement, Violeta lui dĂ©diera plusieurs compositions et textes; dĂ©chirĂ©e toujours par cette rupture, elle mettra aussi fin Ă  ses jours peu de temps aprĂšs. Ce dĂ©sespoir que la chanson de Violeta nous transmet, vient quelque part crĂ©er une sorte de balancement avec « Poema 15 ».
Ces deux opus de l’album sont pour moi les piliers Ă©motionnels sur lesquels notre programme s’est construit.

 

 

 

 

Propos recueillis en avril 2022 / Photos : © Erol GUM

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Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantCD‹ DIANA BARONI et SIMON DRAPPIER : nouvel album (printemps 2022), CLIC DE CLASSIQUENEWS « Pan Atlantico » : https://bfan.link/pan-atlantico-2  -  LIRE aussi notre critique du cd PAN ATLANTICO / CLIC de CLASSIQUENEWS (printemps 2022)

 

 

 

EN CONCERT : le 3 juin 2022 : 360 PARIS MUSIC FACTORY ;
Les 14, 15 et 16 juillet 2022 Ă  LYON / Festival du Perystile – OpĂ©ra de Lyon
programme du cd Pan Atlantico, avec Simon Drappier (arpeggione) – lire ci aprĂšs, dans notre sĂ©lection agenda :

 

 

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AGENDA – Prochains concerts de Diana Baroni 2022

 

 

Dimanche 8 mai 2022 / 20h30
Concert privĂ© – Sadirac, Gironde
“Boleros & Love Songs” avec Valerie Chane-Tef (piano)

Jeudi 19 mai / 12h30
Universite Scientifique de la Doua, Villeurbanne – RhĂŽne
“Hommage a Nestor Perlongher » avec Joel Defrance (chant, performer)

Vendredi 20 mai / 19h
Centre Charles Chaplin – Vaux en Velin, RhĂŽne
“Autour de Emidy Project : confĂ©rence musicale” avec Tunde Jegede (kora)

Dimanche 22 mai / 17h30
Les concerts de La Chiesaz- Eglise Notre Dame, Blonay -Saint Legier SUISSE
“The Emidy Project” avec Tunde Jegede (kora), Simon Drappier (arpeggione) Rafael Guel (vihuela, percussions), Gora Diakhate (narrateur), Ishimwa Muhimanyi (danseur)

 

 

Vendredi 3 juin / 19h30 TBCPan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chant
Le 360 Paris Music Factory – Ile de France
Pan Atlantico” avec Simon Drappier (arpeggione)

 

 

Jeudi 23 juin / 19h30
Apero musical au Naturel DissipĂ© – Ferme de Paletou, Naucelle, Aveyron
“Ex Solum” avec Gregorio Orozco (guitare)

Mercredi 29 juin / 20h
Les Musicales en Confluence – Tours, Indre-et-Loire
“Chants de Travail” avec Jasser Youssef (viole d’amour)

Dimanche 3 juillet / 20h
Cafe Plum – Lautrec, Pays de Cocagne
“Ex Solum” avec Gregorio Orozco (guitare)

 

 

Jeudi 14, vendredi 15 et samedi 16 juillet / 19hPan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chant
Festival du Perystile – OpĂ©ra de Lyon, RhĂŽne
« Pan Atlantico » avec Simon Drappier (arpeggione)

 

 

 

 

actualité de Diana Baroni à suivre sur
dianabaroni.com

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CRITIQUE, concert. LILLE, le 6 avril 2022. Alex NANTE : crĂ©ation mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (A Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symph n°6 – Orchestre national de Lille – E Hoving.

CRITIQUE, concert. LILLE, le 6 avril 2022. Alex NANTE : crĂ©ation mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (Alexandre Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symphonie n°6 – Orchestre national de Lille – Emilia Hoving – Incroyable inspiration d’Alex Nante… Rien de commun ici avec sa prĂ©cĂ©dente crĂ©ation par et pour l’Orchestre National de Lille (in loco, le 23 sept 2021) ; aprĂšs le flamboyant poĂšme symphonique “Sinfonia del cuerpo de Luz”, manifeste incandescent en forme de mĂ©tamorphose progressive, voici en crĂ©ation mondiale son concerto pour piano, “Luz de lejos” , autre jalon d’une interrogation formelle sur la lumiĂšre. Mais ici sur un mode distanciĂ©, plus narratif quand Sinfonia del cuerpo de Luz immergeait l’auditeur dans le creuset en fusion.

 

 

CrĂ©ation mondiale du Concerto pour piano d’Alex Nante

LUZ DE LEJOS / LumiĂšre de loin

 

 

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L’écriture est davantage resserrĂ©e [moins de 25mn] pour une partition dense et volubile, sans cesse changeante, aux miroitements instrumentaux toujours trĂšs fouillĂ©s, – ce raffinement entre le tellurique et l’arachnĂ©en est la marque dĂ©sormais du compositeur en rĂ©sidence au sein du National de Lille. Le piano, mĂȘme mis en avant, s’immerge dans la masse orchestrale jouant souvent plus sur la rĂ©sonance fondue que le dessin percussif, ce qui n’Ă©carte pas des passages et dialogues chambristes avec bois et vents, sans omettre le cor ou la harpe, d’un relief rayonnant : l’architecture de la partition alterne les tableaux contrastĂ©s qui se rĂ©pondent aussi, en symĂ©trie : le 1 (PrĂ©lude) et le 6 (« LumiĂšre de loin » : le titre mĂȘme de l’Ɠuvre) sont mĂ©ditatifs ; les 2 et 5, plus expansifs (Toccatas I et II) avec au centre, comme une clĂ© en deux faces : Jeu (Scherzo axial) puis Chanson d’amour, dialogue amoureux oĂč le couple piano et harpe fait paraĂźtre l’anima « figure de la femme idĂ©ale « lumineuse », selon les propres mots d’Alex Nante. La fin tendue dans l’aigu souligne cette ligne toujours intranquille, hypersensible qui affirme la direction, le sens de l’Ɠuvre : une sĂ©rie d’Ă©pisodes qui se succĂšdent comme un questionnement en 6 stations qui alternent suractivitĂ© et introspection avec une fluiditĂ© parfois inquiĂšte, opulente et rĂ©jouissante, toujours active et dĂ©terminĂ©e.

Le piano d’Alexandre Tharaud qui ouvre la piĂšce, suivi presque immĂ©diatement par le basson en un Ă©veil feutrĂ© [prĂ©lude] , est comme Ă  son habitude prĂ©cis, nuancĂ© ; mais son geste orfĂ©vrĂ© est souvent couvert par l’Orchestre, bien qu’idĂ©alement fiĂ©vreux et habitĂ© ; le dĂ©dicataire de la piĂšce est visiblement honorĂ© et engagĂ© par la crĂ©ation mondiale de cet ouvrage trĂšs Ă©laborĂ© qui veut rendre hommage Ă  la « clarté », « la poĂ©sie intime » de son jeu (dixit Nante).

 

 

 

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Beau prolongement dans la suite du programme avec la 6Ăšme de Sibelius, Ɠuvre clĂ©, elle aussi formidable forge orchestrale. Sibelius ne dĂ©veloppe pas ; il expĂ©rimente sans cesse en construisant une symphonie qui frappe par son Ă©nergie, le renouvellement incessant de son flux mĂ©lodique et thĂ©matique, aussi par la concision de son esprit de synthĂšse. Le National de Lille se jette dans cette arĂšne qui se joue aussi des timbres grĂące Ă  des alliages surprenants et des dialogues entre pupitres, tout aussi originaux et imprĂ©vus.
Il faut beaucoup d’expĂ©rience et de discernement pour saisir en les ciselant, toutes les sections qui dialoguent entre elles, pour organiser ce flux d’Ă©nergie continu vers une pensĂ©e organiquement organisĂ©e, dramatiquement cohĂ©rente. Sans omettre sous l’apparente sĂ©rĂ©nitĂ©, les courants agitĂ©s d’une onde faussement canalisĂ©e.
Liquide et Ă©thĂ©rĂ©e, la symphonie qui fut crĂ©Ă©e aprĂšs 4 annĂ©es de rĂ©flexion, semble cristalliser une sĂ©rie de tableaux oniriques oĂč la sensation du plein air et du motif s’affirme sans entrave : « l’eau pure » dont a parlĂ© Sibelius Ă  propos de sa 6Ăšme, s’Ă©coule de fait en ruisseaux et torrents sans omettre l’impĂ©rieuse cascade du 2e mouvement dont l’Ă©nergie jaillissante innerve encore tout le Scherzo qui suit.
Sous la baguette de la jeune cheffe finlandaise, Emilia Hoving, – nĂ©e en 1994, les cordes s’assouplissent et exhortent en un tapis ondoyant et chantant ; la vitalitĂ© des bois, vents et cuivres, rappelle l’acuitĂ© inventive du Sibelius, gĂ©nie orchestrateur : c’est abrupt, violent, furtif, bouillonnant d’idĂ©es et de sensations rapides ; on aurait souhaitĂ© davantage d’articulation et de dĂ©tail dans ce jeu permanent de scintillements, d’ondulations, de glissements sonores qui recherchent davantage l’Ă©blouissement intĂ©rieure voire intime, que le grand fracas des Ă©vocations spectaculaires. Pour autant, inscrire Sibelius au rĂ©pertoire de l’Orchestre National de Lille est une promesse qui souhaitons-le, appelle d’autres rĂ©alisations sibĂ©liennes. Du feu filigranĂ© de Nante Ă  l’onde sibĂ©lienne, mystĂ©rieuse et agissante, le programme de ce soir avait tout pour satisfaire le public : enjeu pleinement rĂ©ussi.

 

 

 

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CRITIQUE, concert. LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle, le 6 avril 2022. Alex NANTE : crĂ©ation mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (Alexandre Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symphonie n°6 – ON LILLE Orchestre national de LilleEmilia Hoving, direction. Photos © Ugo Ponte ON LILLE 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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NANTE-ALEX-portrait-creation-sinfonia-del-cuerpo-de-luz-classiquenews-reportage-photo-3REPORTAGE. ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE saison 2021 – 2022 : Concert d’ouverture (23 et 24 sept 2021). Reportage autour de la crĂ©ation mondiale de SinfonĂ­a del cuerpo de luz d’Alex NANTE, compositeur en rĂ©sidence au sein de l’ON LILLE – ElĂ©ment marquant de la nouvelle saison du National de Lille : le retour de l’Orchestre Ă  son complet sur la scĂšne du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille sous la direction d’Alexandre BLOCH, directeur musical / Pourquoi la nouvelle piĂšce pour grand orchestre d’Alex NANTE est-elle particuliĂšrement inspirĂ©e par le feu ? © reportage studio CLASSIQUENEWS – septembre 2021

http://www.classiquenews.com/reportage-video-orchestre-national-de-lille-saison-2021-2022-concert-douverture-creation-mondiale-dalex-nante/

 

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CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 Corréas / Oberdorff.

CRITIQUE, opĂ©ra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : PhaĂ©ton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 CorrĂ©as / Oberdorff. Saluons l’OpĂ©ra de Nice de produire cet opĂ©ra de Lully, indĂ©niablement un chef d’Ɠuvre : la force des tableaux, des contrastes entre eux, l’Ă©quilibre entre rĂ©cits, duos, ensembles,… sans omettre l’architecture globale et le dĂ©roulement mĂȘme du drame : pas un temps mort.
On ne cesse Ă  chaque Ă©coute de Lully de dĂ©couvrir et d’apprĂ©cier tel et tel aspect, telle nuance de son Ă©criture, son raffinement instrumental, son intelligence dramatique, et dans le choix du sujet, des thĂšmes moraux et philosophiques qui transportent ; son travail sur la langue, son expressivitĂ© musicale comme sa justesse poĂ©tique qui captivent Ă  chaque session. Comme Wagner, en effet, Lully a pensĂ© l’opĂ©ra comme un spectacle total. En une dizaine de drames, il aura inventĂ© l’opĂ©ra Ă  la française. PhaĂ©ton appartient Ă  ses derniers.

 

 

 

A Nice, un Phaéton poétique,
visuellement puissant et noir

 

 

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« L’opĂ©ra du peuple » ainsi qu’on l’a nommĂ© Ă  sa rĂ©ception Ă  Versailles en 1683 (comme on dit d’Atys que c’est « l’opĂ©ra du roi ») met l’accent de fait sur la figure hĂ©roĂŻque de PhaĂ©ton, figure suprĂȘme de l’ambition comme du courage humain… Mais le propre de Lully est d’humaniser son hĂ©ros, de creuser ses failles et sa part d’ombre… d’en faire un amant “sans foi”, un traĂźtre par vanitĂ© et par orgueil, vis Ă  vis de l’ardente et si loyale ThĂ©one (vĂ©ritable protagoniste de ce drame tragique), sorte d’Elvira avant l’heure, qui l’aime passionnĂ©ment autant que lui ambitionne ; tout en la trouvant admirable, il n’hĂ©site pas Ă  sacrifier leur amour pour sa gloire : ainsi Ă©pouser Libye pour devenir roi ; se faire reconnaĂźtre d’Apollon comme le fils indiscutable de ce dernier… et Ă  ce titre pouvoir conduire le char du soleil – rien de moins.

Pas facile de mettre en scĂšne un ouvrage spectaculaire et tragique, qui surtout articule en un vrai huis-clos psychologique, les passions humaines ; et, tout en suivant PhaĂ©ton, en sa volontĂ© dĂ©raisonnable, prĂ©cipite sa chute…
C’est bien un coup de gĂ©nie d’avoir prĂ©parer ainsi le spectateur vers le tableau final : trop ambitieux, trop tĂ©mĂ©raire… mais pas assez maĂźtre de lui-mĂȘme, PhaĂ©ton est foudroyĂ© par Jupiter ; le soleil, malconduit, allait brĂ»ler la terre. A travers ce hĂ©ros d’argile, Lully et Quinault plonge au cƓur du mystĂšre du pouvoir et de sa filiation divine : Louis XIV ne dĂ©tenait-il pas sa souverainetĂ© de Dieu lui-mĂȘme ? Aucun autre « prĂ©tendant » ne pourrait occuper son rĂŽle. Cela est dit de façon violente, autoritaire et pourtant (grĂące Ă  la magie de la musique), poĂ©tique. La mise en scĂšne d’Éric Oberdorff a la qualitĂ© de l’Ă©pure et de la lisibilitĂ©, tout en n’Ă©cartant pas l’intimisme ni les suggestions multiples d’un Lully autant hĂ©roĂŻque et barbare, qu’attendri et rĂȘveur.

Entre temps combien de sĂ©quences oniriques, souvent pastorales qui expriment le sentiment du compositeur pour la nature ; et aussi la nuit [quand ProtĂ©e s'endort avant de dĂ©voiler Ă  sa mĂšre ClymĂšne, le sort de son fils PhaĂ©ton, fin du I] ; mais Ă©galement la mort [quand Apollon convoque l'esprit du Styx en jurant d’exaucer PhaĂ©ton, au IV]. Car PhaĂ©ton est un opĂ©ra sombre et grave, noir.

La production dĂ©montre plusieurs atouts : elle utilise habilement la tournette sur le plateau permettant, parce qu’elle ne cesse de se mouvoir, s’ouvrant et se refermant : mouvements, actions simultanĂ©es, apparitions, ensembles…, mais aussi il combine astucieusement danseurs (Compagnie Humaine)  et chanteurs dont certains n’hĂ©sitent pas non plus Ă  bouger, et jouer sans entrave.

On reste Ă©bloui par la concision du texte, l’acuitĂ© et la beautĂ© des images comme des sentiments qu’ils expriment. Il faut infiniment de prĂ©cisions, d’agilitĂ© technique pour ciseler et projeter les mots de Quinault dont l’Ă©loquence Ă©gale rĂ©pĂ©tons le, Racine.

ConfrontĂ©s Ă  ce dĂ©fi linguistique et expressif, seuls quelques solistes s’en tirent brillamment, plus naturellement intelligibles que leurs partenaires : Jean-François Lombard en triton puis surtout en Apollon donne une leçon de caractĂ©risation ciselĂ©e ; les voix basses ensuite, Arnaud Richard [ProtĂ©e] et FrĂ©dĂ©rique Caton [le roi] ; puis l’Épaphus de Gilen Goicoechea, cƓur noble, princier, loyal Ă  sa promise Libye. Des chanteuses, seule la ThĂ©one de Deborah Cachet tire son Ă©pingle du jeu : abattage, articulation, caractĂšre… Tout suggĂšre idĂ©alement chez elle, la passion amoureuse qui la dĂ©vore littĂ©ralement et d’ailleurs explique son trĂšs bel air dĂ©sespĂ©rĂ© au dĂ©but du III, au point oĂč sans espoir ni illusion sur son aimĂ©, l’amoureuse Ă©cartĂ©e exhorte les dieux Ă  punir PhaĂ©ton, avant de se dĂ©dire. Magnifique incarnation. Pleine de finesse, et de lumineuses noirceurs, il est le plus travaillĂ© sous la plume de Lully et Quinault et le plus bouleversant.
A l’inverse, dommage que Chantal Santon-J., certes aux beaux sons filĂ©s [dans ses duos avec Épaphus] incarne une Ăąme finalement trop linĂ©aire et plus lisse, malgrĂ© ce lien qui les reliait alors mais qui Ă  cause d’un PhaĂ©ton trop ambitieux, est dĂ©sormais rompu [magnifique duo des deux voix accordĂ©es au IV]. Difficile d’évaluer la prestation de l’amĂ©ricain Mark Van Arsdale dans le rĂŽle-titre : annoncĂ© avec une laryngite, le tĂ©nor se sort honnĂȘtement d’un rĂŽle Ă©crasant et lui aussi finement portraiturĂ©. Mais l’articulation pĂȘche par imprĂ©cision, ce qui peut refroidir quand ici chaque mot revĂȘt une importance capitale.

Dans la fosse, l’orchestre (Les Paladins) peine dĂšs l’ouverture Ă  exprimer sous la majestĂ© lullyste, son allant, ses respirations, sa texture sensuelle et flamboyante. MĂȘme la superbe chaconne qui ferme le II, manque d’accents et de relief comme d’onctuositĂ© : tout sonne serrĂ© et trop dense. La tenue s’amĂ©liore Ă©videmment en cours de reprĂ©sentation sans pour autant faire oublier ce que d’autres en leur temps ont su exprimer de l’orchestre de Lully, dĂ©cidĂ©ment rebelle mais captivant : Rousset et ses Talens Lyriques parfois ; avant lui, Christie ou Reyne, surtout JC Malgoire. Nonobstant ces infimes rĂ©serves la production Ă©gale notre enthousiasme ressenti Ă  cet autre spectacle lullyste prĂ©sentĂ© au dĂ©but de ce mois, au Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve : Atys par Preljocaj et Alarcon (lire ci-aprĂšs), lequel, avec un tout autre projet chorĂ©graphique, ne disposait pas d’un aussi beau plateau vocal.

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : PhaĂ©ton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 CorrĂ©as / Oberdorff. Photos : © OpĂ©ra de Nice mars 2022.

 

 

 

 

Autres spectacles / cd LULLY récents critiqués sur CLASSIQUENEWS
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ATYS Ă  GENEVE, par Alarcon / Preljocaj, le 4 mars 2022 :

 

 

 

ATYS-lully-gradn-theatre-geneve-alarcon-preljocaj-critique-opera-classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. GENÈVE, GTG, le 3 mars 2022. LULLY: Atys. AlarcĂłn / Preljocaj. Voici un Atys trĂšs convaincant dont le mĂ©rite tient Ă  cette fusion rĂ©ussie entre danse et action ; ce dĂ©fi singulier renforce la cohĂ©sion profonde du spectacle conçu par le chorĂ©graphe (et metteur en scĂšne) Angelin Preljocaj lequel a travaillĂ© l’éloquence des corps qui double sans les parasiter le chant des solistes lesquels jouent aussi le pari d’un opĂ©ra dansĂ©, chorĂ©graphiant avec mesure et justesse airs, duos, trios ; mĂȘme le chƓur est sollicitĂ© offrant {entre autres} dans le sublime tableau du sommeil (acte III), cette injonction collective qui vaut invective car alors que la dĂ©esse CybĂšle avoue son amour Ă  Athys endormi, chacun lui rappelle ici qu’il ne faut en rien dĂ©cevoir la divinitĂ© qui a choisi d’abandonner l’Olympe pour aimer un mortel


 

 

 

 

lully-grands-motet-vol-2-miserere-stephane-fuget-les-epopees-cd-critique-classiquenews-review-chateau-versailles-spectacle-CLIC-de-classiquenewsGRANDS MOTETS par StĂ©phane Fuget / Les ÉPOPÉES – cd CVS Volume 2 : Grands MotetsCe Volume 2 des Grands Motets complĂšte la rĂ©ussite du premier volume ; il confirme l’excellence du chef StĂ©phane Fuget Ă  l’endroit de Lully dont il rĂ©vĂšle comme aucun avant lui, le sentiment de grandeur et l’humilitĂ© misĂ©rable du croyant ; la sincĂ©ritĂ© de l’écriture lullyste, sa langue chorale et solistique, surtout son gĂ©nie des Ă©tagements, un sens de la spacialitĂ© entre voix et orchestre (qui prolonge les essais polychoraux des VĂ©nitiens un siĂšcle avant Lully). Le Florentin recueille aussi les derniĂšres innovations des français FormĂ© et Veillot. D’ailleurs le seul fait de dĂ©voiler la maĂźtrise de Lully dans le registre sacrĂ© est dĂ©jĂ  acte audacieux tant nous pensions tout connaĂźtre du Florentin, Ă  la seule lumiĂšre de sa production lyrique (dĂ©jĂ  remarquable). Et pourtant le Surintendant de la musique n’occupa aucune charge officielle Ă  la Chapelle royale. Paru en mars 2022.

 

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Autres spectacles / productions de l’OpĂ©ra de Nice,  critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS
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glass-akhnaten-philip-GLASS-opera-on-line-opera-de-nice-classiquenews-annonce-critique-operaCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. OpĂ©ra de Nice, e-diffusion du 20 nov 2020. GLASS : Akhnaten. Di Falco, Ciofi
 Lucinda Childs / Warynski (session enregistrĂ©e in situ le 1er nov 2020). L’OpĂ©ra de Nice multiplie les initiatives et malgrĂ© l’épidĂ©mie de la covid 19, permet Ă  tous de dĂ©couvrir le premier opĂ©ra Ă  l’affiche de sa nouvelle saison lyrique. Une e-diffusion salutaire et exemplaire
 Danses hypnotiques de Lucinda Childs, gradation harmonique par paliers, vagues extatiques et rĂ©pĂ©titives de Philip Glass, Akhnaten (1984) est un opĂ©ra saisissant, surtout dans cette rĂ©alisation validĂ©e, pilotĂ©e (mise en scĂšne et chorĂ©graphie) par Lucinda Childs, par visio confĂ©rences depuis New York. Les cordes produisant de puissants ostinatos semblent recomposer le temps lui-mĂȘme, soulignant la force d’un drame Ă  l’échelle de l’histoire. Les crĂ©ations vidĂ©o expriment ce vortex spatial et temporel dont la musique marque les paliers progressifs. Peu d’actions en vĂ©ritĂ©, mais une succession de tableaux souvent statiques qui amplifient la tension ou l’intensitĂ© poĂ©tique des situations.

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LIRE aussi notre ANNONCE d’Akhnaten de Philipp Glass Ă  l’OpĂ©ra de Nice, Live streaming du 20 nov 2020 : https://www.classiquenews.com/opera-de-nice-akhnaten-de-philip-glass-en-streaming-des-le-20-nov-2020/

 

 

CRITIQUE, opéra. GENÈVE, GTG, le 3 mars 2022. LULLY: Atys. Alarcón / Preljocaj

CRITIQUE, opĂ©ra. GENÈVE, GTG, le 3 mars 2022. LULLY: Atys. AlarcĂłn / Preljocaj. AprĂšs l’arrivĂ©e du chef, en fosse, les instrumentistes jouent l’hymne ukrainien, hommage important et soutien lĂ©gitime et pourtant dĂ©risoire, d’une nation martyre, soumise Ă  la barbarie la plus abjecte… la guerre. Celle dont il est question sur la scĂšne du grand thĂ©Ăątre de GenĂšve ce soir est d’ordre amoureux. PerpĂ©trĂ©e par l’impĂ©rial CybĂšle, la dĂ©flagration [et une manipulation effarante] foudroie les deux cƓurs Ă©pris, Atys et Sangaride….

Voici un Atys trĂšs convaincant dont le mĂ©rite tient Ă  cette fusion rĂ©ussie entre danse et action ; ce dĂ©fi singulier renforce la cohĂ©sion profonde du spectacle conçu par le chorĂ©graphe (et metteur en scĂšne) Angelin Preljocaj lequel a travaillĂ© l’Ă©loquence des corps qui double sans les parasiter le chant des solistes lesquels jouent aussi le pari d’un opĂ©ra dansĂ©, chorĂ©graphiant avec mesure et justesse airs, duos, trios ; mĂȘme le chƓur est sollicitĂ© offrant {entre autres} dans le sublime tableau du sommeil (acte III), cette injonction collective qui vaut invective car alors que la dĂ©esse CybĂšle avoue son amour Ă  Athys endormi, chacun lui rappelle ici qu’il ne faut en rien dĂ©cevoir la divinitĂ© qui a choisi d’abandonner l’Olympe pour aimer un mortel…

 
 

 
 

CHORÉGRAPHIQUE ET PUDIQUE, le superbe Atys dansĂ©
d’Angelin Preljocaj

 

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Ici l’Ă©pure, les contrastes froids dans une atmosphĂšre minĂ©rale soulignent le huis clos amoureux tandis que les danseurs font des corolles expressives, suggestives, d’un esthĂ©tisme discret. Ils expriment aussi allusivement la mĂ©tamorphose qui Ă©branle alors Atys [vrai sujet de l'Ɠuvre] : celui qui s’Ă©tait construit dans la maĂźtrise et la dissimulation, libĂšre son cƓur, s’abandonne Ă  la vĂ©ritĂ© de ses sentiments. Sa passion peu Ă  peu rĂ©vĂ©lĂ©e, fait tout le sel de l’action. De courtisan, il devient humain.
Sangaride pourtant promise au roi de Phrygie aime Atys; celui qui feint l’indiffĂ©rence est en rĂ©alitĂ© un cƓur trop tendre qui ne veut pas aimer pour ne pas souffrir. Or il avoue Ă  Idas, son amour pour Sangaride alors que CybĂšle va descendre pour nommer son grand sacrificateur…

La mise en scĂšne soigne la clartĂ© des gestes qui associĂ©s Ă  l’intensitĂ© du chant, souligne combien il s’agit ici dune tragĂ©die racinienne oĂč chaque protagoniste expose sa solitude et son impuissance face Ă  l’amour. Du reste la fin hautement tragique marque un point inĂ©dit dans l’histoire du genre lyrique en France : Lully y Ă©gale en tout point l’inĂ©luctable sacrificiel que l’on ne voyait jusque lĂ  que sur la scĂšne du thĂ©Ăątre parlĂ©. Dans ses proportions idĂ©alement restituĂ©es, le spectacle dĂ©ploie tout ce qui fait alors le caractĂšre de l’opĂ©ra baroque français : la concision de la langue, sa prosodie Ă  la fois souple et dense que contrepointe dans la [fausse] dĂ©tente [si maĂźtrisĂ©e] la grĂące libre des danseurs. De ce point de vue la production est captivante ; elle confirme les vertus d’une lecture scĂ©nographique toute entiĂšre portĂ©e par un chorĂ©graphe. VoilĂ  qui fait danser la musique de Lully autrement… Et l’on attend ce qu’il pourrait apporter dans la foulĂ©e de cet Atys sĂ©duisant, aux opĂ©ras de Rameau.
Dans la fosse, AlarcĂłn, Ă  la tĂȘte de sa Capella Mediterranea, veille au nerf de l’action, son explicitation, le dĂ©ploiement progressif de l’effroi tragique.

Des solistes se distinguent surtout la Sangaride, sincĂšre, touchante et naturelle de Ana Quintans ; la basse prĂ©cise, autoritaire, magnifiquement timbrĂ©e de Michael Mofidian (dont le relief vocal – en songe funeste-, fait aussi tout le charme trouble du Sommeil au III) ; et dans le rĂŽle d’Atys, le tĂ©nor amĂ©ricain Matthew Newlin, vraie voix claironnante de haute contre Ă  la projection franche et directe, malgrĂ© des passages dans l’aigu parfois tirĂ©s et une articulation pas aussi homogĂšne que sa partenaire Sangaride. Signalons aussi le CĂ©lĂ©nus, promis Ă  Sangaride d‘Andreas Wolf, au chant solide et timbrĂ© lui aussi. La CybĂšle de Giuseppina Bridelli reste d’une froide retenue, trop glacĂ©e Ă  notre avis dans son grand air de victime amoureuse, – plus et rien que divinitĂ© marmorĂ©enne plutĂŽt que dĂ©esse Ă  la fragilitĂ© mortelle – (« Espoir si cher et si doux, pourquoi me trompez-vous ? »).
Minces rĂ©serves tant la production, dans sa globalitĂ© agissante offre un spectacle de grande tenue qui conforte la qualitĂ© des opĂ©ras de Lully trop absents des scĂšnes lyriques. De fait on comprend que Atys fut un choc Ă  sa crĂ©ation, « l’opĂ©ra du roi » (cf. les lettres des tĂ©moins de la crĂ©ation en 1676) qui en fredonnait les airs Ă  sa guise, probablement heureux de compter ainsi sur une authentique crĂ©ation spĂ©cifiquement versaillaise : la tragĂ©die en musique. Photos : GTG Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve © G. Batardon 2022.

 

 

 GENEVE : Atys de Lully au Grand Théùtre

 

  

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. GENÈVE, GTG, le 3 mars 2022. LULLY: Atys. AlarcĂłn / Preljocaj. A l’affiche du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve, encore les 6 (15h), 8 et 10 mars 2022 Ă  19h30. RĂ©servez vos places sur le site du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve : LIRE notre prĂ©sentation d’ATYS de Lully, nouvelle production prĂ©sentĂ©e par le Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve

Spectacle Ă  l’affiche du ChĂąteau de Versailles, du 19 au 23 mars 2022 (4 reprĂ©sentations, les 19, 20, 22 et 23 mars 2022) : https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/lully-atys_e2460

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VOIR le teaser VIDEO : 

 

 

 


 

 

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LULLY : ATYS – Alarcon / Preljocaj  -  Nouvelle production
3h30

Matthew Newlin, Atys
Ana Quintans, Sangaride
Giuseppina Bridelli, CybĂšle
Andreas Wolf, Celaenus, Le Temps
Gwendoline Blondeel, Iris, Doris, Divinité fontaine, La Déesse Flore
Michael Mofidian, Idas, Phobetor, Un songe funeste
Valerio Contaldo, Morphée, Dieu de fleuve
José Pazos, Phantase
Luigi De Donato, Le Fleuve Sangar
Lore Binon, Melisse, Divinité fontaine
Nicholas Scott, ZĂ©phyr, Le Sommeil

ChƓur du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve
Ballet du Grand Théùtre de GenÚve
Cappella Mediterranea
Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn, direction
Angelin Preljocaj, mise en scÚne et chorégraphie
Prune Nourry, décors
Jeanne Vicérial, costumes
Eric Soyer, lumiĂšres

 

 
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REPORTAGE. Bruno PROCOPIO crée et dirige le JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU

JOR Jeune Orchestre Rameau Bruno Proocopio annonce critique concert acadĂ©mieREPORTAGE. Bruno PROCOPIO crĂ©e et dirige le JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU  -  Fin octobre 2021, le claveciniste et chef d’orchestre, Bruno Procopio dirige son propre orchestre sur instruments historiques, le JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU, nouvelle phalange de 53 instrumentistes, venus de 23 pays diffĂ©rents. Exclusivement dĂ©diĂ© Ă  l’interprĂ©tation des partitions de JEAN-PHILIPPE RAMEAU, le JEUNE ORCHESTRE RAMEAU est une formidable aventure pĂ©dagogique, scientifique, artistique, humaine au service de Rameau, gĂ©nie musicien du XVIIIĂš, dont l’Ɠuvre est la source de l’orchestre français Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres – reportage exclusif par le studio CLASSIQUENEWS.TV – rĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham © CLASSIQUENEWS 2022

 

 

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du CONCERT INAUGURAL du JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU, Ă  Mazan, le 31 octobre 2021 – Progamme Rameau symphonique inĂ©dit ” Guerre & Paix” :

CRITIQUE, concert. MAZAN, dim 31 oct 2021. RAMEAU : Suite symphonique « Guerre et Paix » (crĂ©ation), JOR Jeune Orchestre Rameau, Brun Procopio, direction. Il est nĂ© le divin JOR ! De concert et dans une entente toute en complicitĂ©, le chef franco-brĂ©silien Bruno Procopio et la musicologue Sylvie Bouissou ont conçu un programme Ă©minemment symphonique qui sĂ©lectionne plusieurs extraits d’opĂ©ras de Jean-Philippe Rameau : ouvertures, danses, intermĂšdes divers (tempĂȘte,
), mais avec la cohĂ©rence d’une dramaturgie dont le titre Ă©claire les caractĂšres successifs « guerre et paix ». Ce diptyque est un vrai dĂ©fi pour les instrumentistes rĂ©unis sous la baguette du maestro, fondateur ainsi de son propre orchestre : le JOR pour Jeune Orchestre Rameau : une nouvelle phalange dĂ©diĂ©e uniquement Ă  l’interprĂ©tation des Ɠuvres du Dijonais et qui ce dimanche 31 octobre vit son baptĂȘme officiel.

 

 

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Sur scĂšne, 23 nationalitĂ©s diffĂ©rentes ont appris Ă  jouer ensemble, une Babylone musicale qui pourtant sans les voix, font parler et chanter l’orchestre ; soit 50 instrumentistes qui ont suivi dans l’esprit d’une acadĂ©mie, plusieurs « partielles » encadrĂ©s par un coach (professeur de conservatoire) d’autant plus que les sĂ©quences enchaĂźnĂ©es rappellent le gĂ©nie orchestrateur d’un Rameau, maĂźtre des situations dramatiques, capables d’évoquer tempĂȘtes et fureur martiales, ivresse sensuelles, sons de la nature, langueurs amoureuses
 la science et la puissance suggestive de Rameau se dĂ©versent sans contrainte retrouvant dans le geste libre, Ă  la fois prĂ©cis et ample de Bruno Procopio, l’allant et la classe rythmiques qui font de Rameau, cet orfĂšvre des couleurs mais aussi ce « maĂźtre Ă  danser » dont l’excellence des ballets annonce les Tchaikovsky, Prokofiev, Stravinsky Ă  venir.

L’écriture ramĂ©lienne fourmille d’idĂ©es et d’audaces qui composent dans le dĂ©roulement de la musique, un vaste chantier expĂ©rimental. L’inouĂŻ s’invite au festin de la surprise et Sylvie Bouissou en concoctant ce programme inĂ©dit pour le maestro, a su jouer des effets de contrastes, tout en assurant aussi la cohĂ©rence des enchaĂźnements. La Suite opĂšre un cheminement logique et naturel, ouvert par l’exceptionnelle vitalitĂ© de NaĂŻs (ouverture), fermĂ© par la chaconne de Dardanus (son abandon nostalgique), l’une des plus belles de Rameau qui semble alors revivifier le modĂšle du siĂšcle qui le prĂ©cĂšde, Lully. LIRE LA SUITE…

 

 
 

 

CRITIQUE, opĂ©ra. LILLE, OpĂ©ra, ven 3 dĂ©c 2021. PURCELL : Dido & Eneas. Compagnie PEEPING TOM. Le Concert d’AstrĂ©e, E Haim.

CRITIQUE, opĂ©ra. LILLE, OpĂ©ra, ven 3 dĂ©c 2021. PURCELL : Dido & Eneas. Compagnie PEEPING TOM. Le Concert d’AstrĂ©e, E Haim. Cette production n’est pas un opĂ©ra, mais un spectacle thĂ©Ăątral dansĂ© d’aprĂšs Dido & Eneas de Purcell. Il serait bon que les producteurs aient l’honnĂȘtetĂ© de prĂ©ciser les choses. Ainsi Ă©lucidĂ©e la proposition est plus que captivante sur le plan strictement scĂ©nographique.
Saluons ce qui Ă©poustoufle ici, la formidable performance des danseurs acteurs de la troupe belge Peeping Tom ; chacun, solistes ou en groupe, expriment sur scĂšne tout ce que la musique originelle n’a pas le temps de dĂ©velopper : le dĂ©sarroi, la dĂ©chĂ©ance, la solitude tragique des hĂ©ros du mythe purcellien.
D’autant qu’Henry Purcell, Ă  la fin des annĂ©es 1680, crĂ©ateur au XVIIe de l’opĂ©ra anglais (sa Dido est crĂ©Ă©e en 1689), n’aime pas se rĂ©pandre : en [trop] courte sĂ©quences musicales mais capable de somptueux tableaux lyriques (l’imprĂ©cation infernale de la Magicienne dĂ©moniaque au II / le lamento de Didon abandonnĂ©e qui referme l’action), Purcell, gĂ©nie fauchĂ© trop tĂŽt, l’équivalent de Shakespeare mais en musique, cisĂšle une Ă©criture passionnelle plutĂŽt Ă©conome, resserrĂ©e, fulgurante.

 

 

 

ThĂ©Ăątre dĂ©lirant, surrĂ©aliste Ă  l’OpĂ©ra de Lille

DIDON révisitée par la Compagnie Peeping Tom

CRIER, RENONCER, MOURIR

 

 

 

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Sur les planches l’imaginaire gĂ©nĂ©reusement visuel, plutĂŽt suractif dĂšs le dĂ©marrage de la piĂšce, entre loufoque, surrĂ©alisme, dĂ©lire exacerbĂ©, expressionnisme trash, traduit Ă  la façon du peintre JĂ©rĂŽme Bosch la grande tragĂ©die des corps humains : beaucoup d’actions simultanĂ©es, croisĂ©es, certaines dĂ©jantĂ©e, parfois drĂŽles, souvent dĂ©concertantes
 ; le cadre est celui du songe fantastique, davantage cauchemar que rĂȘve.
Le thĂ©Ăątre vomit du sable jusqu’Ă  ensevelir la vieille femme qui dĂ©lirante, rĂ©siste contre l’inĂ©luctable. Toute l’action raconte cette expĂ©rience du renoncement, de la mort, de l’anĂ©antissement. Soit en 3 mots : crier, renoncer, mourir.
En cela le dernier tableau est le plus poignant, digne (dans sa force Ă©purĂ©e) d’un tableau de Rembrandt, quand la vieille dame, nue, se couche pour expirer dans son salon devenu tombeau.
Auparavant, l’apparition d’ÉnĂ©e, lui aussi nu comme un vers, hurlant sa douleur (d’avoir perdu son fils) est spectaculaire mais l’image aurait gagnĂ© une puissance dĂ©cuplĂ©e en Ă©tant moins…. longue et bavarde. Tentation des hommes de thĂ©Ăątre de surligner ce qui peut ĂȘtre suggĂ©rĂ©.

 

 

 

https://www.opera-lille.fr/fr/saison-21-22/bdd/cat/opera/sid/100040_didon-et-enee

 

 

 

Dans cette arĂšne hallucinĂ©e, entre violence et folie, se distingue la noblesse du baryton Jacques Imbrailo (ÉnĂ©e), comme l’endurance de la soprano Marie-Claude Chappuis, voix solide qui chante dans cette version hors normes le rĂŽle de Didon et aussi de la Magicienne, soit les deux ennemies dĂ©clarĂ©es selon le livret originel de Nahum Tate. Belinda et sorciĂšre II, Emöke Barath ne semble pas Ă  son aise (la voix est petite, courte, pas assez onctueuse), idem pour la sorciĂšre I de Marie Lys, souvent tendue malgrĂ© une rĂ©elle agilitĂ©.

En fosse, Le Concert d’AstrĂ©e relĂšve le dĂ©fi de jouer Purcell enrichi d’autres auteurs dont plusieurs Ă©pisodes contemporain (musiques additionnelles Ă©crites et dirigĂ©es par Atsushi SakaĂŻ), expĂ©rience heureuse oĂč les cordes en boyau produisent les sons d’aujourd’hui.
Evacuons les rĂ©serves de cette production : l’Ă©clatement de la parution de Purcell, discontinue, fragmentĂ©e… qui est finalement rĂ©duite Ă  servir de prĂ©texte au dĂ©lire scĂ©nique.
Le flux musical originel s’en trouve interrompu et la conception dramatique de Purcell et son librettiste, dĂ©naturĂ©e. Musicalement, on regrette parfois le manque de souffle, la sĂ©cheresse et l’Ă©troitesse du son, comme les voix souvent courtes. Les puristes qui connaissent la partition lyrique originelle seront dĂ©boussolĂ©s et crieront (peut-ĂȘtre lĂ©gitimement) au scandale.

 

 

 

 peeping-tom-dido-purcell-rituel-du-the-black-tea-opera-critique-classiquenews

 

 

 

La question essentielle du spectacle surgit du dĂ©bordement, de la surenchĂšre poĂ©tique qu’apportent danseurs et acteurs, vĂ©ritables « performeurs », au drame purcellien.
Sur le plan strictement thĂ©Ăątral, le spectateur en a pour son argent et passe mĂȘme un formidable moment de thĂ©Ăątre expĂ©rimental, en saynĂštes dĂ©lirantes (parfois scabreuses), en gestuelles et gags hallucinĂ©s (la femme qui aboie, le valet paniquĂ©, pris de convulsions nerveuses car il ne veut pas ĂȘtre renvoyĂ©,…). L’humour n’est pas absent et cet instant suspendu qui rĂšgle son compte au rituel sacrĂ© [pour les anglais] du thĂ© [noir Ă©videmment] oĂč la danseuse hypnotique verse Ă  l’infini le liquide dans la tasse d’EnĂ©e, tout en se dĂ©boitant le corps avec force grimaces et Ă©lasticitĂ© du corps entier, reste un tableau inoubliable. Monty python, le thĂ©Ăątre de l’absurde, Enesco et les sĂ©ries de William Hogarth (!) y fusionnent en libertĂ©. A voir en urgence.

 

 

 

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Production crĂ©Ă©e au GT de GenĂšve, crĂ©ation française Ă  l’OpĂ©ra de LILLE, les 3, 4, 6, 7, 9 et 10 dĂ©cembre 2021. Plus d’infos, rĂ©servations ici (directement sur le site de l’OpĂ©ra de Lille). Lire aussi notre prĂ©sentation de Dido & Eneas / Didon et EnĂ©e de Purcell par la Cie PEEPING TOM Ă  l’OpĂ©ra de Lille
Photos : © Frederic Iovino

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, opĂ©ra. GenĂšve, Victoria Hall, le 26 octobre 2021. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulisse dans sa patrie. I Gemelli

CRITIQUE, opĂ©ra. GenĂšve, Victoria Hall, le 26 octobre 2021. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulisse dans sa patrie. Le tĂ©nor suisso-chilien Emiliano Gonzalez Toro et son ensemble I Gemelli composent dĂ©sormais une formidable troupe qui insuffle Ă  l’action d’Ulisse (Venise, 1641), sa verve et sa force morale tout en ne gommant rien de ses sĂ©quences tragiques et langoureuses, bouffes et amoureuses ; le collectif propose une conception de l’action conçue par Monteverdi et son librettiste Badoaro
 impliquĂ©e, cohĂ©rente, Ă  l’opposĂ© de l’image jusque lĂ  dĂ©fendue, qui en faisait un drame sombre et pessimiste. ProtĂ©gĂ© de Minerve, Ulysse quittĂ© par les PhĂ©aciens, dĂ©barque enfin sur les cĂŽtes de son royaume sans le reconnaĂźtre ; Minerve astucieuse et travestie lui inculque le sens du dĂ©guisement et de l’astuce raisonnĂ©e ; et sous l’aile de la dĂ©esse crĂ©ative, le hĂ©ros rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, qui a permis de vaincre les Troyens (grĂące au cheval qui est son idĂ©e), apprend l’observation critique, les dĂ©lices de la transformation, l’intelligence facĂ©tieuse ; Emiliano Gonzalez Toro construit son personnage et son action avec Ă©nergie et finesse qui lui permettent de conquĂ©rir ce qui lui est dĂ» : son royaume, son statut, son fils et surtout son Ă©pouse, la belle Penelope.
Minerve pilote tout cela et Monteverdi fait d’Ulysse, un hĂ©ros non pas dĂ©fait et fatiguĂ© mais espiĂšgle, qui brille par sa constance, sa tĂ©nacité  sa formidable rĂ©silience, son art de la vengeance crĂ©ative ; en somme un hĂ©ros moderne. VoilĂ  ce qui saisit ce soir et fonde la valeur de la production.

 

 

Emiliano Gonzalez Toro chante Ulisse
Un HĂ©ros lumineux

 

 

 

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Rien ne manque ici sur le plan du drame : sensualitĂ© et langueur mais aussi insolente franchise (Melanto) ; arrogance (les 3 prĂ©tendants), tendresse bienveillante (TĂ©lĂ©maque ou d’EumĂ©e)
 Sans omettre le personnage bouffe et dĂ©lirant du glouton Iro, emblĂšme de l’opĂ©ra vĂ©nitien qui aime mĂȘler les genres. On s’est interrogĂ© sur le sens de ce rĂŽle : n’incarne-t-il pas la suffisance des souverains prĂ©tendants [du reste ne dĂ©pend-t-il pas totalement d'eux ?] D’oĂč son dĂ©sarroi quand il comprend que plus personne ne pourra le nourrir aprĂšs qu’Ulysse ait tuĂ© tous ses protecteurs ? Iro reprĂ©sente aussi tout ce qui oppose le monde des bergers amoureux, cĂ©lĂ©brant l’harmonie de la nature [Eumete] et les intrigants politiques Ă©trangers Ă  toute poĂ©sie : Iro ne voit dans la nature que des bĂȘtes Ă  dĂ©vorer.
Monteverdi s’interroge ici sur la destinĂ©e humaine Ă  travers le parcours d’Ulysse d’oĂč le personnage de la fragilitĂ© humaine au prologue. Mais alors que la tradition homĂ©rique tendrait Ă  toujours faire dĂ©pendre le sort des hommes Ă  l’humeur des dieux [en l'occurrence celle de Neptune... franc opposant au hĂ©ros] Badoaro et Monteverdi osent composer un hĂ©ros dĂ©terminĂ© et insoumis, prĂȘt Ă  suivre la dĂ©itĂ© qui lui insuffle astuce et rĂ©sistance.
En somme les auteurs façonnent ici un hĂ©ros qui a conquis par sa volontĂ© son propre destin. Le message est clair. Ulysse est l’Ă©clair qui sidĂšre jusqu’Ă  Penelope laquelle immergĂ©e dans son deuil a perdu tout espoir, soumise Ă  son Ă©tat de veuve inconsolable. Ulysse est ici un hĂ©ros solaire qui reprend possession de ce qu’il pensait avoir perdu.

Le rĂŽle titre est un dĂ©fi pour tout chanteur acteur : il renouvelle mĂȘme la typologie du hĂ©ros montĂ©verdien depuis son prĂ©cĂ©dent Orfeo, composĂ© 35 ans auparavant. Entre temps l’auteur a livrĂ© son VIIIĂš livre de madrigaux (dramatiques), source gĂ©niale Ă  laquelle Ulisse puise directement (cf le stile concitato rĂ©servĂ© aux prĂ©tendants par exemple).

Incroyable pensĂ©e montĂ©verdienne qui produira dans son opĂ©ra Ă  suivre l’exact opposĂ© d’Ulysse : NĂ©ron, adolescent effĂ©minĂ©, qui ne contrĂŽle pas ses passions et, incapable de tout raisonnement stratĂ©gique, s’abĂźme dans les vertiges lascifs que lui inspire la coquette et ambitieuse PoppĂ©e (L’Incoronazione di Poppea, 1643).
Au moment oĂč est publiĂ© Orfeo par la brĂ»lante troupe, l’intelligence de cet Ulisse convainc et l’on pense dĂ©jĂ  au Couronnement de PoppĂ©e, ultime ouvrage montĂ©verdien qui ferme la trilogie des opĂ©ras parvenus. Un tel plateau ne devrait pas s’arrĂȘter lĂ  : il devra nĂ©cessairement aborder Poppea


D’autant que la rĂ©ussite de cet Ulisse, tient d’abord Ă  l’éclat continu du continuum instrumental, souple, articulĂ©, prĂ©cis sous la direction de Violaine Cochard, qui veille constamment Ă  l’équilibre voix / instruments.

MaĂźtre de la distribution vocale, Emiliano Gonzalez Toro nous offre une collection rares de solistes Ă  la fois techniquement solides et habilement caractĂ©risĂ©s. Disposant d’une parure vocale aussi ciselĂ©e, l’auditeur peut se dĂ©lecter des nuances que chacun apporte Ă  la conception de son personnage. « Osons » Ă©crire qu’ici l’absence de mise en scĂšne n’ĂŽte rien Ă  la splendide cohĂ©rence de ce qui est surtout une expĂ©rience artistique collective soudĂ©e par l’esprit de troupe. Ce qui manque majoritairement Ă  beaucoup de production.

 

 

Ulisse par I Gemelli

L’esprit d’équipe

 

 

À GenĂšve dans l’Ă©crin acoustique du Victoria hall, les mille nuances conçues par Monteverdi alors au sommet de son gĂ©nie thĂ©Ăątral, se rĂ©vĂšlent.
Humain, tendre, fraternel, le tĂ©nor Philippe Talbot incarne le berger Eumete, transfuge du pastoralisme d’Orfeo, mais avec une Ă©criture pleinement baroque, riche en ariosos, agile, mĂ©lismatique que l’intelligence du soliste par son naturel, sa fluiditĂ© aĂ©rienne, ses phrasĂ©s enivrĂ©s rend juste voire bouleversante ; sa cĂ©lĂ©bration de la nature, sa rencontre et sa complicitĂ© avec Ulysse / vieillard, sont remarquables en crĂ©dibilitĂ©.

OpĂ©ra de tĂ©nors, le drame est une arĂšne ardente ou s’expose les timbres de chaque chanteurs, chacun comme on la dit, selon son sens de la caractĂ©risation : hĂ©roĂŻque et percutant, le TĂ©lĂ©maque de Zachary Wilder ; ductile, lascif, arrogant, le Pisandro d’Anders Dahlin ose en mesure le pari [gagnant] du dĂ©lire vocal comme scĂ©nique ; mĂȘme morgue infatuĂ©e doublĂ©e d’un beau souci du texte pour Anthony Leon [Jupiter et Anfinomo] ;

Deux autres solistes se distinguent idĂ©alement Ă  un niveau tout aussi excellent l’Iro glouton de Fulvio Bettini, prĂ©sence bouffonne impeccable qui sait lui aussi doser l’esprit de la farce grotesque et de la satire habilement troussĂ©e par les auteurs. C’est un double satirique contrastant avec l’humanitĂ© si noble d’Ulysse.

MĂȘme crĂ©dibilitĂ© totale pour Nicolas Brooymans : la basse flexible aussi bien timbrĂ©e qu’articulĂ©e, caractĂ©rise le prĂ©tendant Antinoo, avec grande classe.

CĂŽtĂ© chanteuse, le soprano ourlĂ©, expressif, d’une onctuositĂ© bien articulĂ©e d’Emöke BarĂĄth, Minerve souveraine, enivre Ă  chaque sĂ©quence : la cantatrice, actuelle Ă©toile du chant baroque, sait aussi se rĂ©inventer quand elle paraĂźt en dĂ©but d’action, sous les traits d’un jeune berger d’Ithaque… La performance reste mĂ©morable.

Silhouette plus frĂȘle mais elle aussi touchĂ©e par l’intelligence de l’espiĂšglerie, le Melanto de Mathilde Etienne (qui signe aussi la mise en espace, plutĂŽt efficace) souligne ici la sĂ©duction d’un astucieux moqueur ; elle tente bien en vain d’inflĂ©chir le deuil de Penelope.
Justement la reine d’Ithaque, Ă©plorĂ©e inconsolable trouve une prĂ©sence tragique intelligemment articulĂ©e dans le mĂ©dium chaud et onctueux de la mezzo Riab Chaieb : pas facile de colorer et Ă©clairer de l’intĂ©rieur ce rĂŽle gris, endeuillĂ© pour lequel Monteverdi a Ă©crit l’un de ses plus beaux lamenti, prĂ©figurant celui Ă  venir de l’inconsolable Octavie dans l’opĂ©ra qui suit L’incoronazione di Poppea. Le personnage reste dans la mĂȘme veine du dĂ©but Ă  la fin, s’interdisant dĂ©finitivement tout idĂ©e de remariage jusqu’au concours final dont l’idĂ©e lui est soufflĂ©e par Minerve.
MĂȘme Ă  la fin, malgrĂ© l’insistance d’Eumete, Telemaque, EuryclĂ©e, la reine peine Ă  effacer le dĂ©ni et la peine qui l’aveuglent ; mĂȘme l’Ulysse archer victorieux n’Ă©veille en elle aucune prise de conscience quant le fils Telemaque et Eumete ont immĂ©diatement reconnu le hĂ©ros vainqueur des Troyens.
À propos d’articulation du texte, de relief du rĂ©citatif, l’EuryclĂ©e d’Angelica Monje Torrez affirme une remarquable vĂ©ritĂ© dramatique, une prĂ©sence humaine qui touche par son bon sens et sa tendresse [pour la reine] ; aprĂšs des scrupules qui forcent sa raison [« toute vĂ©ritĂ© n'est pas bonne Ă  dire »], la suivante outrepasse sa nature et “ose” donner raison Ă  Telemaque et Eumete, en tĂ©moignant qu’Ulysse est bien de retour.

Enfin, porteur du projet, soliste fĂ©dĂ©rateur, Emiliano Gonzalez Toro alors qu’il chante aussi Orfeo, propose une conception trĂšs incarnĂ©e d’Ulysse, dĂšs la premiĂšre scĂšne oĂč il s’Ă©veille Ă  la vie comme tirĂ© d’un songe, du guerrier extĂ©nuĂ©, cependant dĂ©terminĂ© Ă  reconquĂ©rir son statut, son royaume et contre les prĂ©tendants, son Ă©pouse. Le souci du texte, l’articulation des ariosos, la cohĂ©rence du chant, son esprit astucieux et raisonnĂ©, patient et prĂ©parĂ©, sonnent justes.

Tous les autres chanteurs ne manquent pas d’engagement.

VoilĂ  qui modifie la comprĂ©hension habituelle d’un drame qui depuis la lecture Harnoncourt / Ponnelle plutĂŽt sombre et cynique, bascule vers une formidable leçon de courage et de volontĂ© humaine. VoilĂ  aussi qui rĂ©pare l’oubli actuel dans lequel s’Ă©teint la partition : Ulisse est l’un des rĂŽles les plus importants de l’opĂ©ra baroque italien. Et EG Toro nous le rappelle avec force argumentation.
On suivra pas Ă  pas les Ă©tapes qui prolongent les reprĂ©sentations d’Ulisse par I Gemelli de ce mois d’octobre : le disque est annoncĂ© dans un an, Ă  l’automne 2022.

LIRE aussi notre prĂ©sentation d’Ulisse par I Gemelli.
http://www.classiquenews.com/geneve-emiliano-gonzalez-toro-chante-ulisse/

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. GenĂšve, Victoria Hall, le 26 octobre 2021. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulisse dans sa patrie.

Distribution :
Emiliano Gonzalez Toro | Ulisse, direction
Rihab Chaieb | Penelope
EmƑke Baráth | Minerva / Amore
Carlo Vistoli | Humana FragilitĂ 
Zachary Wilder | Telemaco
JĂ©rĂŽme Varnier | Nettuno / Tempo
Philippe Talbot | Eumete
Fulvio Bettini | Iro
Álvaro Zambrano | Eurimaco
Mathilde Etienne | Melanto
Anthony LeĂłn | Giove / Anfinomo
Lauranne Oliva | Giunone / Fortuna
Angelica Monje Torrez | Ericlea
Anders Dahlin | Pisandro
Nicolas Brooymans | Antinoo

Ensemble I Gemelli

 

 

REPORTAGE. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE 21 / 22 : temps forts, actu cd, l’Orchestre pendant la crise sanitaire… (PARTIE 2 /2)

ON-LILLE-orchestre-national-de-lille-saison-2021-2022-concerts-critique-opera-tournee-classiquenewsNOUVELLE SAISON 21 /22 de l’ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE – Partie 2 / 2  -  La nouvelle saison 21 / 22 de l’ON LILLE / Orchestre National de LILLE est Ă©clectique, flamboyante, diverse. Les fils rouges sont multiples : Mozart, Bernstein, Beethoven
 Les formats et les publics de plus en plus variĂ©s
 Cette saison s’est ouverte sur la crĂ©ation d’une Ɠuvre grandiose du compositeur en rĂ©sidence ALEX NANTE, les 23 et 24 sept 2021. C’est aussi la 6Ăš saison du directeur musical ALEXANDRE BLOCH qui dresse un bilan de son travail avec les musiciens et prĂ©cise les points qu’il renforcera dans les annĂ©es Ă  venir
 Jamais l’ON LILLE n’a semblĂ© plus engagĂ© et enthousiaste ; en rĂ©alitĂ© le travail n’a jamais cessĂ© en dĂ©pit de la crise sanitaire, le niveau artistique en tĂ©moigne aujourd’hui comme la rĂ©alisation de programmes en concert et au disque : dernier CD paru : le Carnaval des Animaux de Camille SAINT-SAËNS, dans une nouvelle version qui mĂȘle autodĂ©rision, finesse, verve orchestrale
 REPORTAGE 2 / 2 © studio CLASSIQUENEWS.COM 2021

https://youtu.be/gr2mpR-pW2c
Durée : 14:23

 

 

 

SOMMAIRE

Jusqu’Ă  3’22 : TEMPS FORTS, TOUR D’HORIZON par François Bou et Alexandre Bloch 3’23 : La diversitĂ© de l’offre et des formats 4’07 : L’Orchestre pendant la crise sanitaire 8’19 : actu CD (Carnaval des animaux)

QUESTIONS A ALEXANDRE BLOCH, directeur musical :
9’07 : Quel bilan pour cette 6Ăš saison ?
12′ : Quelle direction renforcer dans les annĂ©es Ă  venir ?

 

 

 

VOIR AUSSI :

NANTE-ALEX-portrait-creation-sinfonia-del-cuerpo-de-luz-classiquenews-reportage-photo-3VOIR aussi notre REPORTAGE ON LILLE saison 21 / 22 – partie 1 : crĂ©ation mondiale de Sinfonia del cuerpo de luz d’ALEX NANTE, compositeur en rĂ©sidence (23 et 24 sept 2021)  – Pour son concert d’ouverture de la saison 2021 – 2022, l’ON LILLE convoque le grand orchestre dans une partition contemporaine enivrante…  ElĂ©ment marquant de la nouvelle saison du National de Lille : le retour de l’Orchestre Ă  son complet sur la scĂšne du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille sous la direction d’Alexandre BLOCH, directeur musical / Pourquoi la nouvelle piĂšce pour grand orchestre d’Alex NANTE est-elle particuliĂšrement inspirĂ©e par le feu ? © reportage studio CLASSIQUENEWS – septembre 2021

 

 

 

Stiffelio Ă  Strasbourg et Mulhouse (10 oct – 9 nov 2021)

Vague verdienne en juin 2014OPERA DU RHIN. VERDI : Stiffelio (10 – 19 oct, STrasbourg), 7 – 9 nov (Mulhouse). RaretĂ© injustement Ă©cartĂ© des scĂšnes lyriques Ă  Strasbourg en octobre 2021. L’annĂ©e oĂč sont crĂ©Ă©s Lohengrin de Wagner et Genoveva de Schumann, 1850 : Verdi livre aprĂšs Luisa Miller, et avant Rigoletto, Stiffelio, une partition dont la violence morale surprend ; dont la justesse et la vĂ©ritĂ© des caractĂšres musicaux qui y sont brossĂ©s, saisissent. Et si nous tenions lĂ  un Verdi oubliĂ©, le chaĂźnon manquant dont l’absence sur les planches reste incomprĂ©hensible ?

Huis clos captivant

Source thĂ©Ăątrale française oblige, l’opĂ©ra de Verdi Ă©blouit par sa force dramatique, digne d’un vrai huit-clos intimiste et psychologique. Pas de hĂ©ros royaux, de princes ou de princesses dĂ©chues et sacrifiĂ©es ni de chƓurs sur fond historique, mais un trio de gens simples d’autant plus Ă©prouvĂ©s qu’ils appartiennent tous Ă  une communautĂ© spirituelle oĂč la rĂšgle de vertu morale s’applique sur toute autre chose.
Il est donc audacieux voire provocateur de la part de Verdi d’adapter la piĂšce de Souvestre et Bourgeois (Le Pasteur, 1849). Verdi y expĂ©rimente la confrontation structurante sur le plan dramatique du hĂ©ros tiraillĂ© par des spectres intĂ©rieurs, du collectif moralisateur opposĂ© Ă  la passion des individus


Opéra du RHIN
VERDI : STIFFELIO, 1850
Nouvelle production

STRASBOURG : les 10, 12, 14, 16 et 19 octobre 2021‹ / MULHOUSE : les 7 et 9 nov 2021
RÉSERVEZ vos places, ici :
https://www.operanationaldurhin.eu/fr/spectacles/saison-2021-2022/opera/stiffelio

Stiffelio : Jonathan Tetelman
Lina : Hrachuhí Bassénz
Stankar : Dario Solari
Raffaele : Tristan Blanchet
Jorg : Önay Köse
Federico : Sangbae ChoĂŻ
Dorotea : Clémence Baïz

ChƓur de l’OnR
Orchestre symphonique de Mulhouse

Direction musicale : Andrea Sanguineti
Mise en scĂšne : Bruno Ravella

De l’esprit de vengeance au pardon salvateur
L’ouvrage raconte comment le pasteur protestant Stiffelio apprenant l’adultĂšre de son Ă©pouse, se rĂ©volte d’abord, puis apprend parce qu’il la surmonte, l’épreuve du pardon et du renoncement. Verdi s’attache en psychologue accompli Ă  peindre le trĂ©fonds de l’ñme humaine, ses affrontements et distorsions silencieuses qui font de chacun des caractĂšres, une source de dĂ©passement et de grandeur finale : Stiffelio touchĂ© par la grĂące du pardon, atteint la lumiĂšre d’un saint homme ; Lina enfin pardonnĂ©e passe de cible diabolisĂ©e au statut de victime admirable.

Au spectateur, galvanisĂ© par la musique, de suivre pas Ă  pas chaque jalon d’une intrigue qui confine Ă  la parabole poĂ©tique et mystique dans un opĂ©ra qui se veut in fine, hymne d’amour au genre humain et Ă  l’espĂ©rance qu’il fait naĂźtre.
Verdi embrase littĂ©ralement cette intrigue, exploitant justement les ressorts dramatiques, pathĂ©tiques et tragiques de chacun des protagonistes. Il s’intĂ©resse Ă  la traĂźtresse (Lina) toujours amoureuse de son mari, dĂ©vorĂ©e par la culpabilitĂ© ; au mari lui-mĂȘme c’est Ă  dire Stiffelio (en fait Rodolfo, un prĂ©nom dĂ©cidĂ©ment verdien que l’on retrouve dans Luisa Miller, l’opĂ©ra qui prĂ©cĂšde Stiffelio, puis dans La Traviata qui lui succĂšde avec Rigoletto ) : il faut de la noirceur pour incarner l’ñme du pasteur rongĂ© par le doute, tiraillĂ© par le soupçon 

enfin sauvĂ© par lui-mĂȘme.

Stankar, modĂšle du baryton verdien

Et pour fermer l’action sur un trio remarquable, Verdi s’intĂ©resse tout autant au pĂšre de l’infidĂšle, Stankar, superbe figure paternelle lui aussi dĂ©truit par l’esprit du dĂ©shonneur et de la honte: il ne supporte pas que sa fille ait pu trahir l’époux si vertueux : un superbe air au III, avec un Ă©cart vertigineux d’humeurs enchaĂźnĂ©es, annonce les grands barytons verdiens : autoritĂ© morale Ă©difiante, pĂšres aimants et protecteurs- ; ainsi au III, Stankar apparaĂźt d’abord suicidaire dĂ©sespĂ©rĂ© puis ivre d’une vengeance qui se profile de façon imprĂ©vue: de fait il tuera celui par lequel le scandale arrive (Raffaelle). Stankar exige du chanteur un mĂ©tier solide. On connaissait dans l’illustration de la tendresse et de l’amour paternel les plus connus Rigoletto, Simon Boccanegra, 
 dĂ©sormais il faut compter avec Stiffelio : le personnage de Stankar les prĂ©figure tous : on vous l’a dit Stiffelio version originelle, rĂ©serve de superbes rĂ©vĂ©lations.

La fameuse scĂšne finale oĂč en pardonnant finalement Ă  son Ă©pouse, Stiffelio lit la parabole de la femme adultĂšre – un tableau qui avait susciter les foudres de la censure puritaine-, : une nuĂ©e de pierres semble s’abattre poĂ©tiquement sur chacun des fidĂšles rassemblĂ©s au temple. C’est un renversement symbolique de l’action et la preuve que la coupable est une victime comme les autres, surtout que personne ne peut s’élever en juge, s’il ne peut dĂ©montrer au prĂ©alable, sa puretĂ© morale. Du reste, le tableau Ă  l’église est le plus spectaculaire avec son prĂ©lude Ă  l’orgue qui plonge le spectateur dans la reprĂ©sentation non plus d’une action anecdotique mais bien d’un tableau exemplaire Ă  mĂ©diter. Le gĂ©nie de Verdi outre sa pertinence psychologique, place l’intrigue au rang d’enseignement universel. OpĂ©ra du pardon, Stiffelio est un appel Ă  la misĂ©ricorde et Ă  la comprĂ©hension : on s’étonne qu’à l’époque, l’ouvrage ait suscitĂ© tant de rĂ©probation de la censure.

Mais c’est dans sa forme mĂȘme que l’opĂ©ra trouve un Ă©quilibre parfait. Peu Ă  peu, on suit le resserrement de l’action du quatuor prĂ©alable (si l’on compte aux cĂŽtĂ©s de Stiffelio, Lina et Stankar, Raffaelle) au duo final (ultime confrontation du prĂȘtre face Ă  son Ă©pouse qui l’a trahi), quand avant le geste qui pardonne, Stiffelio en vĂ©ritable sage et homme de foi, convoque sa femme pour la libĂ©rer et renoncer
 Pourtant Ă  mesure que l’action s’accomplit c’est Ă©videmment la profondeur du sage qui s’affirme. Dans l’épreuve, Stiffelio comme Stankar s’humanisent.

Verdi : Stiffelio, dramma lirico en trois actes. Musique de Giuseppe Verdi. Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs la piĂšce de Souvestre et Bourgeois, Le Pasteur ou L’Évangile et le foyer. CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Trieste en 1850.

LIRE aussi Stiffelio Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, avril 2013 : https://www.classiquenews.com/monaco-opra-de-monte-carlo-le-28-avril-2013-verdi-stiffelio-version-originelle-de-1850-jos-cura-nicola-alaimo-guy-montavo-mise-en-scne-maurizio-benini-direction/

CRITIQUE, concert. LILLE, le 23 septembre 2021 : Concert inaugural de la saison 2021 – 2022 : Alex NANTE (SinfonĂ­a del cuerpo de luz, crĂ©ation) – SAINT-SAËNS : Concerto pour violoncelle n°1 (Victor Julien-LaferriĂšre, violoncelle) – Richard STRAUSS : Mort et transfiguration. Orchestre National de Lille. Alexandre BLOCH, direction.

CRITIQUE, concert. LILLE, le 23 septembre 2021 : Concert inaugural de la saison 2021 – 2022 : Alex NANTE (SinfonĂ­a del cuerpo de luz, crĂ©ation) – SAINT-SAËNS : Concerto pour violoncelle n°1 (Victor Julien-LaferriĂšre, violoncelle) – Richard STRAUSS : Mort et transfiguration. Orchestre National de Lille. Alexandre BLOCH, direction.   -  Alex Nante (nĂ© en 1992) s’affirme comme l’un des compositeurs contemporains les plus pertinents, rĂ©vĂ©lant ce soir une Ă©criture qui pense l’orchestre autant dans son ampleur sonore que dans ses scintillements instrumentaux les plus chambristes. L’auteur reconnaĂźt sans rĂ©serve son admiration pour les postromantiques du XXe, Mahler et Strauss prĂ©cisĂ©ment. 
Encore du travail et un Ă©largissement de ses champs sensibles… vers les français, souhaitons-le, Debussy et surtout Ravel, et peut ĂȘtre que demain assisterons-nous Ă  l’Ă©mergence d’un tempĂ©rament idĂ©alement captivant. Sa rĂ©sidence au sein de l’Orchestre National de Lille, en se dĂ©diant Ă  la lumiĂšre et Ă  la spiritualitĂ©, devrait s’avĂ©rer passionnante Ă  suivre.
DĂ©jĂ , ce soir dans la crĂ©ation de sa “SinfonĂ­a del cuerpo de luz” / Symphonie du corps de lumiĂšre, la dĂ©monstration est faite de sa trĂšs haute technicitĂ©, exigeante pour tous les pupitres qui sont en nombre (bois par 3,…). L’argentin Ă©lĂšve de Grisey et Benjamin, sert aussi un sens indĂ©niable de la dramaturgie que porte un souci spirituel ardent. Toute la piĂšce, aussi somptueuse que flamboyante, exprime un cheminement progressif Ă  travers les 7 chakras du corps. C’est un rituel sonore dont le langage orchestral traduit chaque avancĂ©e vers le final, explosif, Ă©ruptif, Ă©blouissant dans son mystĂšre exclamatif et libĂ©rateur qui rĂ©vĂšle alors le feu du « corps subtil ». Fils d’un philosophe des religions, lui mĂȘme intĂ©ressĂ© par la psychanalyse de Jung, Alex Nante cultive une musique Ă  la fois abstraite et organique, dont la premiĂšre valeur est cette fusion entre le miroitement concertĂ© des effets instrumentaux et le sens et l’architecture globale de la partition : temps musical et dramaturgie spirituelle fusionnent alors admirablement en une course Ă©chevelĂ©e d’environ 20 mn, qui scintille constamment. Le prochain temps fort de la rĂ©sidence d’Alex NANTE Ă  Lille aura lieu les 6 et 7 avril 2022, pour la crĂ©ation de son concerto pour piano, autre crĂ©ation mondiale rĂ©alisĂ©e avec la complicitĂ© du pianiste Alexandre Tharaud.

 

 

 

Tantrisme symphonique :
le feu scintillant du compositeur ALEX NANTE
rĂ©vĂ©lĂ© par l’Orchestre National de Lille

 

 

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Face au dĂ©fi de cette crĂ©ation, commande du National de Lille, les musiciens sont survoltĂ©s et aussi attentifs aux multiples alliages tĂ©nus de l’Ă©criture qui comprend de superbes solos pour hautbois, clarinette, violoncelle, violon, eux mĂȘmes parfois associĂ©s en une rĂ©elle sensibilitĂ© et maĂźtrise instrumentale. Ce avec d’autant plus d’acuitĂ© et de relief que les jeunes instrumentistes, nouvellement recrutĂ©s, s’impliquent, articulent, se dĂ©passent ; preuve de l’énergie Ă©clatante d’un orchestre qui est aussi en plein renouvellement de ses effectifs.
Au final mĂȘme si le compositeur dĂ©clare avoir cultivĂ© une transparence progressive vers une Ă©pure croissante de la texture, force est de constater que la matiĂšre musicale en fin d’activitĂ© est encore furieusement dense ; dans cette expĂ©rience mystique qui confronte sacrĂ© / profane, esprit / matiĂšre, spirituel / matĂ©riel, la puissance de feu de Nante est celle d’un hĂ©doniste flamboyant dont la couleur et le timbre, la riche parure orchestrale attestent d’une suractivitĂ© dĂ©bordante : implosion plutĂŽt qu’épure ; incandescence plutĂŽt qu’effacement ; par son terreau fertile aux transfigurations voire illuminations {sujet du dernier concert de clĂŽture de cette saison 21 / 22, dĂ©cidĂ©ment hors normes de l’Orchestre lillois), le compositeur argentin fait feu de tout bois, impose une sĂ©rie de dĂ©flagrations irrĂ©sistibles (style « fireworks », dixit Alexandre Bloch dans sa prĂ©sentation). La conscience est totale, le geste large, la pensĂ©e de plus en plus libre, extatique, dansante.

La partition en crĂ©ation Ă©tait un mets de choix pour le grand retour de l’Orchestre national de Lille sur scĂšne en grand effectif, un dispositif plus vu ni ressenti avec une telle intensité  depuis 18 mois. PrĂ©sentant avec finesse et humour la piĂšce en crĂ©ation au dĂ©but du concert, Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre, ne cache pas son plaisir de diriger ainsi ses plus de 90 musiciens devant une salle pleine… Nous n’avions pas ressenti la vibration symphonique totale depuis l’odyssĂ©e des symphonies de Mahler, un accomplissement pour l’Orchestre pilotĂ© par un chef bien inspirĂ©. De fait l’exploration du langage mahlĂ©rien Ă  certainement profitĂ© Ă  la crĂ©ation de Nante, ce dernier partageant avec Mahler, une pensĂ©e cosmique de l’orchestre, un souci du sens et de l’architecture, – la prĂ©sence des voix et des vertiges autobiographiques …en moins.

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Le violoncelle de Victor Julien-LaferriĂšre succĂšde ensuite Ă  Nante. La complicitĂ© et l’entente entre chef et soliste sont celles de deux artistes frĂšres ; leur combinaison dĂ©voile un naturel et une facilitĂ©, manifestes. PortĂ© par une tel duo (et un orchestre complice lui aussi), le Concerto pour violoncelle n°1 de Saint-Saens (1873) fait bien la synthĂšse des romantiques germaniques, fusionnant l’Ă©lan schumannien, la mĂ©lancolie brahmsienne en une sensualitĂ© amoureuse d’une remarquable Ă©lĂ©gance
 toute française. Artisan du renouveau musical patriotique, Saint-SaĂ«ns Ă©crit lĂ  une oeuvre qui touche par sa justesse et son raffinement. Bel hommage au gĂ©nie français fĂȘtĂ© en 2021 pour son centenaire : le brio, l’Ă©loquence et parfois une attĂ©nuation expressive finement nuancĂ©e de la part du soliste (Allegreto con moto, central) Ă©claire chez l’auteur des opĂ©ras Samson ou Ascanio, sa sincĂ©ritĂ©, son Ă©lĂ©gance pudique, la suavitĂ© directe de ses dons mĂ©lodiques. L’accord violoncelle  / orchestre est idĂ©al, Ă©quilibrĂ©, transparent dans un esprit… mozartien.

En choisissant Mort et transfiguration de Richard Strauss, Alexandre Bloch nous offre de vivre un second parcours spirituel, celle du hĂ©ros straussien qui en 1890 rĂ©ussit le passage vers l’au-delĂ ; c’est comme si Strauss plantait le dĂ©cor, ses mouvements principaux, sa direction comme une Ă©lĂ©vation, puis comme si Nante prĂ©cisait encore la nature de l’opĂ©ration, ses enjeux et le contenu de la mĂ©tamorphose qui est Ă  l’Ɠuvre (et son caractĂšre incendiaire). Mais si Strauss Ă©difie une architecture vers la lumiĂšre et l’abstraction, Nante accomplit une sublimation volcanique par une transcendance sous le sceau du feu le plus Ă©blouissant. Chef et instrumentistes expriment le raffinement de l’écriture straussienne, sa couleur Ă©lĂ©gante elle aussi, sa puissance dramatique, sa verve orchestrale. La science instrumentale du Bavarois dialogue ainsi avec l’énergie de l’Argentin, accrĂ©ditant davantage la grande cohĂ©rence de ce programme d’ouverture de saison. Une totale rĂ©ussite et un lancement particuliĂšrement Ă©blouissant.

 

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Orchestrte-national-de-Lille-alexandre-Bloch-concert-nante-strauss-23-sept-2021-ouverture-de-saison

 
 

CRITIQUE, concert. LILLE, le 23 septembre 2021 : Concert inaugural de la saison 2021 – 2022 : Alex NANTE (SinfonĂ­a del cuerpo de luz, crĂ©ation) – SAINT-SAËNS : Concerto pour violoncelle n°1 (Victor Julien-LaferriĂšre, violoncelle) – Richard STRAUSS : Mort et transfiguration. Orchestre National de Lille. Alexandre BLOCH, direction.

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Retrouvez ici : toute la saison de l’ON LILLE Orchestre National de Lille.

 

 

LIRE aussi ici : notre prĂ©sentation de la saison 2021 2022 de l’ON LILLE Orchestre National de Lille, temps forts, fils rouges, chefs invitĂ©s, programmes et thĂ©matiques, nouvelles formes de concert (concerts flash, cinĂ©-concerts, musique de chambre…)

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation du concert NANTE, STRAUSS, SAINT-SAËNS par l’ON LILLE les 23 et 24 sept 2021
PHOTOS : Alex NANTE (Ă  gauche / bord de scĂšne aprĂšs le concert du 23 sept 2021) – Alexandre Bloch, Victor Julien-LaferriĂšre, violoncelle © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille 2021

 

 
 

 
 

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PROCHAINS CONCERTS DE L’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE :

  

 

6, 7 OCT : MOZART. Musique funÚbre maçonnique et REQUIEM
Direction : Jan Willem de Vriend
13, 14 OCT : Brahms, concert pour violon (Sergey Khachatryan, violon)
Beethoven : Symphonie n°6 « Pastorale »
Direction : Kristina Poska
21 OCT : « Pour CLARA »
Robert Schumann : Concerto pour violoncelle (Steven Isserlis, violoncelle)
Symphonie n°4
Direction : James Feddeck
25 OCT : JUST PLAY
ExpĂ©rience immersive dans le travail de l’Orchestre
Direction : Alexandre Bloch
29, 30 OCT : crĂ©ation «  MÊME PAS PEUR »
Conte dont le public est l’auteur, de Julien Joubert, Eric Herbette
Direction : Alexandre Bloch

 

 

INFOS et RÉSERVATIONS sur le site de l’ON LILLE
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE

 

  

 

CRITIQUE, concert. GSTAAD, le 28 août 2021 (10h30). Récital de NICOLAS NAMORADZE, piano. JS Bach, Busoni, Liszt


CRITIQUE, concert. GSTAAD, le 28 aoĂ»t 2021 (10h30). RĂ©cital de NICOLAS NAMORADZE, piano. JS Bach, Busoni, Liszt
 La petite chapelle de Gstaad est le temps du festival MENUHIN, le tremplin des « jeunes Ă©toiles » du piano. Dans cet Ă©crin plutĂŽt intimiste, Christoph MÜLLER, intendant du festival suisse, sĂ©lectionne les jeunes tempĂ©raments du clavier. Ce matin, le jeune pianiste gĂ©orgien Nicolas Namoradze nĂ© en 1992, croise JS Bach et ses propres compositions ; de la Suite française BWV 812, il Ă©chafaude avec un scrupule incisif, une lecture critique des 6 danses enchaĂźnĂ©es (de la gravitĂ© secrĂšte de l’Allemande initiale
 Ă  la Gigue finale, plus affirmative) soulignant la rigueur, l’équilibre, le caractĂšre de chaque piĂšce; puis dans ses propres Ɠuvres, dĂ©fend son questionnement comme en miroir, en courtes piĂšces syncopĂ©es contrastĂ©es sur le sens du contrepoint d’oĂč surgit un trĂšs fort imaginaire ; lequel n’hĂ©site pas Ă  s’affirmer en particulier dans un jeu structurĂ©, carrĂ©, trĂšs construit qui n’Ă©carte pas les pointes vĂ©hĂ©mentes, voire sarcastiques, interrogeant surtout la forme et le sens du discours musical selon le point de vue d’un interprĂšte qui analyse comme un
 compositeur.

 

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La conception du programme est tout autant originale partant de Bach et basculant dans un jeu formel qui questionne la sonoritĂ© mĂȘme du piano et toutes les possibilitĂ©s du clavier.
À cela Namoradze ajoute une quĂȘte spirituelle oĂč la place de la mort et de la finitude paraissent immanquablement comme semblent l’indiquer les deux derniĂšres piĂšces qui se complĂštent et se rĂ©pondent.
L’air de la cantate de Bach BWV 639 (« Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ ») arrangĂ© par Busoni exprime la douceur de la mort idĂ©ale, dĂ©livrance et porte d’espĂ©rance. Le pianiste semble Ă  travers ce choix nous dire « j’ai fait l’ultime voyage et j’en reviens : ni panique ni peur, mais une sĂ©rĂ©nitĂ© qui rĂ©conforte ». A contrario l’ultime piĂšce, Totentanz de Liszt (s 525) exprime la terrifiante faucheuse telle une machine vorace Ă  l’irrĂ©pressible geste destructeur. Le clavier exprime les cris et les hurlements des trĂ©passĂ©s saisis par le souffle de la mort. Liszt conçoit un piano orchestre, un clavier cathĂ©drale qui terrasse et terrifie. Une telle palette de sĂ©quences aussi contrastĂ©es, renforce le jeu tendu et virtuose, dĂ©terminĂ© et exacerbĂ© du pianiste conteur, inspirĂ© par le grand macabre, qui se montre le digne Ă©lĂšve d’Andreas Schiff. Ce dernier est l’un des piliers du festival Ă  Gstaad comme interprĂšte mais aussi comme pĂ©dagogue, pilotant l’acadĂ©mie de piano qui a lieu chaque Ă©tĂ©. Le concert tient lui aussi ses promesses en rĂ©vĂ©lant l’indiscutable tempĂ©rament du jeune interprĂšte et compositeur.

 

https://www.gstaaddigitalfestival.ch/

CRITIQUE, concert. GSTAAD, le 28 aoĂ»t 2021 (10h30). RĂ©cital de NICOLAS NAMORADZE, piano. JS Bach, Busoni, Liszt
 / Photo : Nicolas Namoradze © Christina Ruloff / Gstaad Menuhin Festival 2021

 

 

 

2B3EfqAVAzlmGSoUjjpmdaSTREAMING & VOTE : il est possible de revoir le concert de Nicolas Namoradze sur la plateforme digitale du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL, intitulĂ©e GSTAAD DIGITAL FESTIVAL : dĂšs ce soir, lundi 30 aoĂ»t 2021, 19h30. L’offre numĂ©rique du Festival est l’une des plus riches qui soient. Il est possible dĂ©sormais de (re)voir les temps forts de chaque Ă©dition dont les concerts, mais aussi les sessions passionnantes des acadĂ©mies : la « conducting academy » / AcadĂ©mie de direction d’orchestre, entre autres, y est prĂ©sentĂ©e Ă  travers 3 videos synthĂ©tiques d’1h et aussi le concert final oĂč a lieu la remise du fameux prix Neeme JĂ€rvi, lequel distingue les jeunes chefs les plus prometteurs
 En outre les internautes sont invitĂ©s Ă  voter pour leur pianiste favori, programmĂ© ainsi dans le cycle “MatinĂ©e des Jeunes Etoiles”…

Programme complet du récital de Nicolas NAMORADZE :
Le programme complet du STREAMING de ce soir:

NICOLAS NAMORADZE, piano
«Building Bridges»: un cycle de piano patronné par Sir Andrås Schiff

Jean-SĂ©bastien Bach (1685-1750)
Suite française en ré mineur BWV 812
extraits de «L’Art de la fugue» BWV 1080: Contrapuncti VI & VII

Nicolas Namoradze (1992)
Etudes I-VI

Johann Sebastian Bach (1685-1750) / Ferruccio Busoni (1866-1924)
«Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ» BWV 639 (arr.)

Franz Liszt (1811-1886)
Totentanz S. 525

VOTEZ du 9 au 30 sept 2021 sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL / GSTAAD DIGITAL FESTIVAL : À l’issue de l’ensemble des concerts du cycle «Jeunes Etoiles», vous avez la possibilitĂ© de voter en ligne pour votre favori(te), entre le 9 et le 30 septembre 2021.

CRITIQUE, opéra. GSTAAD, le 28 août 2021 (19h30). BELLINI: I Puritani. Orchestre de la Suisse Romande. D. HINDOYAN.

CRITIQUE, opĂ©ra. GSTAAD, le 28 aoĂ»t 2021 (19h30). BELLINI: I Puritani. Orchestre de la Suisse Romande. D. HINDOYAN. En version de concert (avec quelques mouvements de scĂšne), les puritains poursuivent la flamme lyrique Ă  Gstaad, scĂšne dĂ©sormais incontournable pour s’y dĂ©lecter de situations opĂ©ratiques trĂšs ardemment dĂ©fendues (oĂč l’on constate ainsi ce soir combien Bellini prĂ©figure le meilleur Verdi). Les festivaliers sous la tente de Gstaad bĂ©nĂ©ficient d’une acoustique gĂ©nĂ©reuse surtout pour l’orchestre, l’Orchestre de la Suisse romande qui dĂ©taillĂ©, frĂ©missant au sein de ses vents (bois finement articulĂ©s), de ses cuivres, sollicitĂ©s dĂšs l’ouverture (cors profonds, onctueux, mystĂ©rieux
) ses cordes, flexibles et nuancĂ©es, nous fait rĂ©viser notre connaissance de l’orchestre du dernier Bellini : I Puritani composĂ©s Ă  Puteaux crĂ©Ă©s sur la scĂšne parisienne du ThĂ©Ăątre italien en janvier 1835 (l’annĂ©e de sa mort), regorge de drame, de contrastes, surtout de cette ivresse Ă©chevelĂ©e suspendue oĂč brĂ»le l’amour hyper romantique des fiancĂ©s Edgardo et Elvira. D’autant que les deux protagonistes sont emportĂ©s malgrĂ© eux dans un tourbillon aux inextricables pĂ©ripĂ©ties
 Edgardo abandonne sa fiancĂ©e le soir mĂȘme de leurs noces sans lui expliquer l’intrigue politique ni l’exfiltration royale dont il est l’acteur improvisĂ© ; Elvira ne s’en remet pas et devient folle, hallucinĂ©e, impuissante aux actes I et surtout II. Livret invraisemblable pas si sĂ»r, tant il est pĂ©pite pour l’expression des passions humaines les mieux exacerbĂ©es.

 
 
 

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Francesco Demuro et Zuzana Markovå / Arturo et Elvira © Raphael Faux 2021 / Gstaad Menuhin Festival 2021

 
 
 

Dans cette version raccourcie qui fait l’Ă©conomie des rĂ©citatifs mais expose la majoritĂ© des airs, le spectacle se concentre sur les confrontations sans temps morts.
Se distinguent en particulier les profils masculins de Giorgio et de Riccardo. Du premier le baryton argentin Erwin Schrott assure une classe des grands soirs soulignant le caractĂšre protecteur, compatissant du patriarche Valton pour sa niĂšce Elvira qu’il considĂšre comme sa fille. Leur relation prĂ©figure dĂ©jĂ  un poncif du thĂ©Ăątre verdien: la relation pĂšre / fille, si justement brossĂ©e dans Rigoletto, Boccanegra, mĂȘme dans Traviata, et dĂ©jĂ  Stiffelio.

Le duo entre les deux Puritains au II entre Riccardo et Giorgio se fait serment d’alliance martiale, fraternelle, de surcroĂźt appel au pardon car ici Riccardo, rival malheureux, renonce Ă  se venger d’Edgardo : voix moins naturellement puissante que celle de Schrott, George Petean est timbrĂ© et nuancĂ©, toujours juste, en somme vrai baryton… verdien. L’accord des deux solistes fait mouche. Certes on aimerait plus de texte et un legato plus raffinĂ© mais n’allons pas bouder notre plaisir : leur duo avec trompette obligĂ©e restera dans les mĂ©moires. Plus tard au III pour les retrouvailles Arturo / Elvira, le tĂ©nor dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans le mĂȘme rĂŽle sur la scĂšne du Palais Garnier parisien (Francesco Demuro), ose toutes les notes et des aigus crĂąnement projetĂ©s : son ardeur et sa vaillance se distinguent aussi nettement (mĂȘme parfois serrĂ©, le timbre est aussi Ă©clatant qu’une lame affĂ»tĂ©e).

 
 
 

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George Petrean et Erwin Shrott / Riccardo et Giorgio © Raphael Faux 2021 / Gstaad Menuhin Festival 2021
 
 
 
 

Remplaçant Lisette Oropesa, la soprano praguoise Zuzana MarkovĂĄ fait le job. Souvent juste dans ses intentions, la jeune cantatrice (qui chante aussi Traviata aux ArĂšnes de VĂ©rone, et a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle bellinien Ă  LiĂšge et zurich) souligne chez Elvira cette fragilitĂ© maladive, son hypersensibilitĂ© romantique que redoute son tuteur Giorgio car elle pourrait bien “mourir d’amour” et ne se remettre jamais d’avoir Ă©tĂ© ainsi abandonnĂ©e par Arturo. La cantatrice chante toutes les notes, s’engage parfois au delĂ  de ses possibilitĂ©s rĂ©elles, dommage que dans les ensembles on doit tendre l’oreille pour la repĂ©rer dans des tutti qui avantagent surtout l’orchestre.
Ce dernier est d’ailleurs somptueux, intensĂ©ment dramatique mais aussi murmurant et subtilement attĂ©nuĂ© pour porter les airs solistes de pur bel canto. Domingo Hindoyan sculpte la matiĂšre orchestrale avec un sens dĂ©lectable des Ă©quilibres, offrant des couleurs et des dĂ©tails instrumentaux insoupçonnĂ©s.
Car la magie de Gstaad c’est aussi ces moments symphoniques qui font du festival MENUHIN, un Ă©vĂšnement incontournable pour ressentir le grand frisson musical. Qui peut dĂ©fendre aujourd’hui l’idĂ©e d’un Bellini faible orchestrateur? Son Ă©criture orchestrale sait ĂȘtre Ă©videmment languissante, Ă©perdue, extatique mĂȘme dans le duo du III [avec harpe], martiale aussi dans l’exposition du dĂ©but qui met en scĂšne le chƓur des soldats puritains. Rien ne manque ici ni l’ardeur virile ni l’ivresse Ă©motionnelle [dans les airs d'Arturo comme d'Elvira] ou l’art de la coloratoura peut s’Ă©panouir avec naturel.
Sans les tĂȘtes d’affiche annoncĂ©es initialement (Javier Camarena et Lisette Oropesa donc dans les rĂŽles d’Arturo et d’Elvira) la production de ces Puritains 2021 a tenu ses promesses, rĂ©vĂ©lant ou confirmant l’excellente partition de Bellini, sa maĂźtrise du drame comme de l’extase vocale pure. Rv est dĂ©jĂ  pris pour l’Ă©tĂ© prochain (66Ăš Ă©dition) oĂč Fidelio de Beethoven est dĂ©jĂ  annoncĂ©... au sein de la thĂ©matique Vienne initialement programmĂ© en 2020, reportĂ©e pour cause de covid, et donc rĂ©alisĂ© en 2022.

 
 
  
 
  
 
 

CRITIQUE, concert. Saanen, le 27 août 2021 (20h30). GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2021. Récital de MARIA JOÃO PIRES, piano. SCHUBERT, DEBUSSY, BEETHOVEN.

CRITIQUE, concert. Saanen, le 27 aoĂ»t 2021 (20h30). GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2021. RĂ©cital de MARIA JOÃO PIRES, piano. SCHUBERT, DEBUSSY, BEETHOVEN. C’est un concert mĂ©morable qui fait la lĂ©gende de Gstaad aujourd’hui. Le rĂ©cital que propose ce soir Maria JoĂŁo Pires suscite une totale adhĂ©sion par son exigence artistique et aussi le dĂ©fi incroyable sur le papier de jouer des Ɠuvres aussi redoutables et contrastĂ©es : de surcroĂźt deux fois puisque covid oblige et rĂ©duction de la jauge publique, le festival a doublĂ© cette annĂ©e plusieurs programmes : une performance supplĂ©mentaire pour les artistes. Ce rĂ©cital a Ă©tĂ© ainsi rĂ©alisĂ© Ă  18h puis 20h30.
Pour chaque compositeur, l’interprĂšte sait renouveler son approche dans la tension, la nuance, en une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure qui n’appartient qu’Ă  elle. Une offre inouĂŻe de re-dĂ©couvrir ainsi des partitions et des Ă©critures familiĂšres que l’on croyait connaĂźtre. Le propre des [trĂšs] grands interprĂštes est de donner l’impression d’Ă©couter des Ɠuvres nouvelles qui semblent improvisĂ©es le temps du concert. Maria JoĂŁo Pires nous fait ressentir cela au-delĂ  de nos attentes.

 
 
 

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L’Ă©lĂ©gance intĂ©rieure de Maria JoĂŁo Pires dans Schubert, Debussy, Beethoven (© R Faux 2021)

 
 
 

Dans la premiĂšre Ɠuvre, on relĂšve ce qu’Ă©claire son jeu Ă  la fois transparent et intime : la tendresse amoureuse de Schubert (Sonate D 664) qui est dans l’Ă©lan voire l’ivresse Ă©motionnelle dont il fait une danse comme une valse rustique ; sa musique produit une candeur, une innocence intacte, exprimĂ©es dans l’Ă©lan du dĂ©sir… auxquelles le jeu naturel et simple de MJP apporte une liquiditĂ©, une Ă©vidence, une oxygĂ©nation toute… mozartienne.

MĂȘme intĂ©rioritĂ© nuancĂ©e chez Debussy (Suite Bergamasque), mais sa langueur est d’une voluptĂ© autre, plus suave et nostalgique ; oĂč dans un jeu de rĂ©sonances tuilĂ©es, la pianiste exalte sans les forcer les couleurs et les harmonies rares de PrĂ©lude, de Menuet
 ; son Debussy se remĂ©more, rĂ©sonne et soupire avec le sommet “Clair de lune” ,… cristallisation ultime de l’intime.

Le dernier opus de ce programme plutĂŽt ambitieux est musicalement et physiquement le plus exigeant : Sonate opus 111 de Beethoven ! L’inscrire ainsi dans ce contexte relĂšve d’un marathon.
L’opus 111 (Ă©crit en janvier 1822) se dresse comme la rĂ©capitulation de tous les styles de Beethoven ; c’est une somme musicale et un laboratoire sonore qui frappe par son ampleur ; MJP engagĂ©e de ce combat des forces vitales (Ludwig sur le mĂ©tier de la Solemnis souhaitait apporter ainsi la preuve de son gĂ©nie compositionnel intact malgrĂ© les rumeurs) affirme une tĂ©nacitĂ© admirable qui d’abord s’entĂȘte dans l’ñpretĂ©, puis construit, dĂ©construit, reconstruit la cathĂ©drale sonore avec une probitĂ© analytique stupĂ©fiante. Le sens de la musique, le discours musical dĂ©signent l’architecte d’une terrifiante exigence : pour quoi ce motif dĂ©veloppĂ© ici plutĂŽt que lĂ  ; pourquoi dans cet ordre et pas autrement ? La fureur matricielle s’exprime sans fard dans ce bouillonnement quasi improvisĂ© et dans un jeu de variations rythmiques Ă©chevelĂ©es qui reprennent le thĂšme quitte Ă  le mettre Ă  mal. Ludwig y fait son autocritique, un auto-portait spirituel oĂč les notes forment les mille accents de ses contradictions intimes. Sous les doigts agiles inspirĂ©s d’une aussi tendre interprĂšte (le renoncement rassĂ©rĂ©nĂ© et dĂ©finitif de l’Arietta), la proposition si rĂ©flĂ©chie, si incarnĂ©e, -le geste qu’elle en dĂ©coule, si libre-, se rĂ©vĂšlent bouleversants. L’honnĂȘtetĂ©, la sobriĂ©tĂ©, la sincĂ©ritĂ© dont fait preuve l’interprĂšte, sidĂšrent.
En bis, l’incomparable musicienne joue Arabesque de Debussy : mĂȘme intelligence du toucher capable de ciseler des phrasĂ©s de rĂȘve
 l’enchantement se poursuit. Magistral.

Photos : Maria João Pires  © Raphael FAUX / GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2021

CHEFS. JEAN-CLAUDE CASADESUS : Qu’est ce qui fait l’identitĂ© d’un orchestre ?

LILLE : JC CASADESUS dirige Brahms et Dvorak. Alchimie musicaleENTRETIEN VIDÉO. JEAN-CLAUDE CASADESUS : Qu’est ce qui fait l’identitĂ© d’un orchestre ? En dĂ©cembre 2020, Jean-Claude Casadesus a fĂȘtĂ© ses 85 printemps. Le chef fondateur de l’Orchestre National de Lille peut ĂȘtre fier d’avoir crĂ©er ex nihilo une tradition musicale de premier plan Ă  Lille et dans la RĂ©gion Hauts de France. A l’auditorium du Nouveau SiĂšcle, les lillois ont pris l’habitude des grands bains symphoniques et des festivals et concerts aussi riches que diversifiĂ©s. Retour sur un parcours portĂ© par la passion de la musique et du partage. A l’occasion de son anniversaire, Jean-Claude Casadesus s’est prĂȘtĂ© au jeu de l’entretien vidĂ©o, avec l’élĂ©gance, l’humour et la grande culture littĂ©raire que nous lui connaissons. Entretien vidĂ©o pour classiquenews.com.

 

 

Jean-CLaude CASADESUS, maestro flamboyant. Pour ses 85 ans, CLASSIQUENEWS a rencontrĂ© le fondateur de l’Orchestre National de Lille, phalange exemplaire dont il a accompagnĂ© et guidĂ© l’essor depuis sa crĂ©ation en 1976. Entretien vidĂ©o rĂ©alisĂ© en dĂ©cembre 2020 Ă  l’occasion de son anniversaire.

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AGENDA

Si le contexte sanitaire le permet toujours, Jean-Claude Casadesus dirige les instrumentistes de l’Orchestre du Conservatoire de Paris, lundi 18 janvier 2021, Philharmonie de Paris Ă  19h (Grande Salle Pierre Boulez) – au programme : Debussy (PrĂ©lude Ă  l’AprĂšs-midi d’un faune), Robert Schumann (Concerto pour piano / David Kadouch, piano), Ravel (Pavane pour une infante dĂ©funte), Beethoven : Symphonie n°1.
INFOS & RÉSERVATIONS :
https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/21656-romantismes?date=1610992800

 

 

 

 

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Discographie Jean-Claude Casadesus
Parmi un vaste choix de rĂ©alisations discographiques rĂ©alisĂ©es par Jean-Claude Casadesus Ă  la tĂȘte de « son » orchestre National de Lille (qu’il a fondĂ© en 1976), citons deux albums fĂ©tiches. L’un rĂ©cent (Le chant de la terre, live 2008, enfin Ă©ditĂ© en dĂ©c 2020 / Une vie de hĂ©ros de Strauss : bain orchestral Ă  la fois subtil et Ă©tourdissant qui force l’admiration par sa conception d’ensemble).

 

 

strauss heldenleben vie de heros orchestre national de lille cd naxos casadesus_jean-claude-casadesusR. STRAUSS : Une vie de hĂ©ros (Naxos, 2011). EnregistrĂ© sur le vif en janvier 2011 Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle de Lille, le concert fixe Ă  la fois le souffle et la couleur Ă©laborĂ©s par maestro Casadesus. On est saisi dĂšs le dĂ©but par la noblesse franche et ronde des cuivres, l’extension spatiale du son qui en dĂ©coule ; et tout au long des 9 sĂ©quences de cette Ă©popĂ©e tendre et spectaculaire, la balance et la richesse des couleurs et des timbres se montrent captivantes, Ă©lĂ©ments d’une vision architecturĂ©e d’une rare clartĂ©. C’est Ă©pique et suggestif, d’une unitĂ© organique Ă©vidente, frappant par la franchise du geste comme la subtilitĂ© des accents. Le couplage choisi, avec le rare Chant funĂšbre opus 9 de Magnard conclut le cycle dans des rĂ©sonances tout aussi allusives, Ă©voquant la suspension Ă©motionnelle d’une aube progressive dont lĂ  encore l’architecture et la progression sonore captivent. Eloquente rĂ©ussite et vrai bain orchestral.

 

 

mahler casadesus chant la terre lied von des erde urmana cd classiquenewsG. MAHLER : Le chant de la terre (Évidence, 2008). L’opiniĂątretĂ© du chef a portĂ© ses fruits et s’est rĂ©vĂ©lĂ©e pertinente : il fallait fixer la mĂ©moire de ce live convaincant Ă  l’affiche du Festival de Saint-Denis 2008. 13 ans ont passĂ© et ce qui frappe immĂ©diatement c’est la puissance des nuances ; une vision pleine, riche, totalement assumĂ©e qui dans la direction, assure cette sĂ»retĂ© et cette intensitĂ© sans boursouflures ni pathos, hĂ©las souvent prĂ©sentes ailleurs. Le timbre claironnant du tĂ©nor Clifton Forbis, la voix caressante, maternelle de Violeta Urmana cisĂšlent et habitent le texte, 
 pĂ©pite finale, cadre d’une mĂ©tamorphose bouleversante Ă  l’orchestre, « Der Abschied » est une dissolution du souffle, une Ă©vaporation sonore jusqu’à l’ultime murmure oĂč le chef dirige avec son Ăąme, rĂ©vĂ©lant des trĂ©sors de couleurs intĂ©rieures, marquĂ©es Ă  la fois par la dĂ©pression, la douleur, puis dans la lumiĂšre, le renoncement et la rĂ©demption. Chez Mahler, il faut toujours tomber trĂšs bas pour remonter au plus haut. InterprĂšte fin et subtil de Mahler, JC Casadesus, en humaniste inspirĂ© et sincĂšre, nous dĂ©livre ici une leçon de musique magistrale par son humanitĂ©, sa force fraternelle, son espoir coĂ»te que coĂ»te.

 

 

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COUP DE COEUR CLASSIQUENEWS

mahler casasesus jean claude orchestre national lille cd review cd critique classiquenews cd EVCD027-Cover-ONL-1024x1024CD, compte rendu critique. Mahler : Symphonie n°2 (Jean-Claude Casadesus, Orchestre national de Lille, novembre 2015, 1 cd Ă©vidence classics). D’une caresse maternelle, l’Urlicht trop fugace s’accomplit grĂące au timbre chaud et enveloppant de la mezzo Hermine Haselböck. L’accord en tendresse et dĂ©sir de conciliation se rĂ©alise aussi dans la tenue des instruments d’une douceur engageante. Vrai dĂ©fi conclusif pour l’orchestre, le dernier mouvement, le plus long (Finale / Im tempo des scherzos / Wild herausfahrend), plus de 35 mn ici, rĂ©alise ce volet de rĂ©solution et d’apaisement qui rassure et rassĂ©rĂšne idĂ©alement : Jean-Claude Casadesus maĂźtrise cet exercice de haute voltige oĂč la sublime fanfare, d’un souffle cosmique et cĂ©leste, rĂ©pond Ă  l’activitĂ© des cordes et Ă  l’harmonie des bois. Comme le dit le maestro lui-mĂȘme, il s’agit bien d’une page parmi les plus belles Ă©crites amoureusement par CLIC_macaron_2014Malher : appel souverain, olympien du cor, rĂ©ponse de la trompette, caresse enivrante lĂ  encore des cordes en Ă©tat de
 lĂ©vitation. L’orchestre ouvre des paysages aux proportions inĂ©dites, aux couleurs visionnaires, absolues, abstraites. La direction rĂ©capitule et rĂ©sout les tensions avec une hauteur de vue magistrale. LIRE notre critique complĂšte du cd Mahler : Symphonie n°2 (Jean-Claude Casadesus, Orchestre national de Lille, novembre 2015, 1 cd Ă©vidence classics) / CLIC de CLASSIQUENEWS oct 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUÉBEC, Festival CLASSICA mai et juin 2018 : grand reportage vidĂ©o

festival classica 2018 quebec monteregie canada par classiquenewsQUÉBEC, Festival CLASSICA 2018 – 25 mai au 16 juin 2018. De Schubert aux Rolling Stones / Le premier festival quĂ©bĂ©cois, CLASSICA sait sĂ©duire, attirant une foule d’amateurs, de connaisseurs, de nĂ©ophytes
 au cƓur du centre ville de Saint-Lambert (au sud de MontrĂ©al). L’épicentre du Festival en MontĂ©rĂ©gie est devenu comme pour les Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes, un village musical Ă  multiples facettes. Un lieu, une multitude d’offres
 telle a Ă©tĂ© l’équation gagnante des derniers Ă©vĂ©nements CLASSICA. Jusqu’au 16 juin prochain, le Festival CLASSICA poursuit son cours, affirmant une superbe offre artistique Ă  Saint-Lambert et dans plusieurs autres villes de la MontĂ©rĂ©gie avec toujours Ă  l’honneur, entre autres le relĂšve avec les nouveaux talents, les grands solistes et les ensembles confirmĂ©s. CLASSICA, c’est l’esprit du partage pour tous (grandes soirĂ©es symphoniques sous les Ă©toiles, concerts en salles fermĂ©es, tremplins sur de larges scĂšnes ouvertes sur la rue… la seconde Ă©dition 2018 rĂ©alise et rĂ©ussit tous ces dĂ©fis). TEXTE et VIDEO © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM

COMPTE-RENDU, concert. LILLE, ONL : Hitchcock symphonique, sam 31 oct 2020, Nouveau SiĂšcle.

VERTIGO-PSYCHOSE-Hitchcock-orchestre-national-de-lille-hermann-classiquenews-concertCOMPTE-RENDU, concert. LILLE, ONL : Hitchcock symphonique (Psychose, Vertigo, extraits), sam 31 oct 2020, Nouveau SiĂšcle. MalgrĂ© le confinement, l’Orchestre National de Lille maintient son activitĂ© pour notre plus grand plaisir. La soirĂ©e traverse, – Halloween et Toussaint oblige-, des paysages intĂ©rieurs tendus d’une grande force psychologique, Ă©cho Ă  l’écriture labyrinthique du sorcier Hitchcock. Plusieurs extraits de deux films marquants sont jouĂ©s sur la scĂšne de l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, sans public, en diffusion sur internet, depuis la chaĂźne Youtube de l’Orchestre National de Lille.
En une musique haletante comme une course Ă  l’inĂ©luctable issue tragique, les cordes  Ă©grĂšnent leur mĂ©lodie entĂȘtante traversĂ©e de secousses aigres : la musique du New Yorkais Bernard Hermann pour Psychose de 1960 (PrĂ©lude, la ville) se dĂ©ploie comme une formidable immersion symphonique, Ă  la fois mystĂ©rieuse et suspendue, que les musiciens de l’ONL – cordes seules tout d’abord, expriment avec une clartĂ© tĂ©nĂ©breuse idĂ©ale. Le motif amoureux de “Marion” berce un temps, Ă©chappĂ©e fugitive en eaux poisseuses. Mais la mĂ©canique implacable de Hermann s’accomplit ; mĂȘme sans les images du film, la puissance Ă©vocatrice du compositeur est terriblement efficace : jusqu’aux cordes suraigus comme des coups incisifs de “Meurtre”, sĂ©quence musicale dĂ©sormais mythique. Sous la direction trĂšs aĂ©rĂ©e de Ernst Van Tiel, les instrumentistes masquĂ©s convainquent par leur sens des respirations, une Ă©coute dĂ©cuplĂ©e, un son d’un criante voluptĂ© : est-ce la disposition plus distancĂ©e qui opĂšre ainsi ?

Changement de climats avec l’Ă©toffe plus scintillante de Vertigo (Sueurs froides, 1958), tous les pupitres (cors, harpes, clarinettes, cĂ©lesta
) semblent distiller une petite musique intĂ©rieure de plus en plus ample aux rĂ©sonances somptueuses et solennelles, puis confuses et menaçantes comme l’intranquillitĂ© d’un cauchemar, comme si la musique manifestait clairement l’activitĂ© de la psychĂ© dont l’image Ă  l’écran serait le produit et le prolongement. Le jeu des timbres, le dialogue entre les pupitres, la construction prenante de plus en plus menaçante confirment le talent fantastique, ses Ă©carts lyriques souvent vertigineux de Bernard Hermann (intimisme d’Au coin du feu) dont les sons et les alliages ont beaucoup ƓuvrĂ© Ă  la rĂ©ussite et Ă  l’impact visuel des scĂ©narios d’Hitchcock. On berce constamment entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, Ă  la frontiĂšre de la conscience et de la volontĂ© (“ScĂšne d’amour” finale), du souvenir Ă  la rĂ©itĂ©ration plus brumeuse (Ă©vocation Ă©thĂ©rĂ©e, arachnĂ©nenne de “la Fille” / “La couleur des cheveux”)
 la conception relĂšve du cheminement proustien : la subtilitĂ© de l’évocation marque de façon indĂ©lĂ©bile l’esprit ; la violence et la force de l’épisode sont d’autant plus prenantes que le motif musical est d’une fluiditĂ© immatĂ©rielle, d’une lĂ©gĂšretĂ© aussi ineffable que dĂ©chirante ; en cela la tenue des musiciens de l’Orchestre Lillois captive d’un bout Ă  l’autre : le final de Vertigo a mĂȘme des accents wagnĂ©riens comme rĂ©flexion enivrĂ©e, interrogation Ă©perdue et obsessionnelle sur le mystĂšre de l’amour. A l’initiative de l’ON LILLE Orchestre National de Lille, l’expĂ©rience symphonique est un festival de nuances et d’accents, et au-delĂ , un formidable appel Ă  l’imaginaire. Heureuse proposition digitale qui berce et nourrit l’ñme en ces temps de confinement.

 

 ONL-Orchestre-National-de-Lille-confinement-hitchcock-symphonique-critique-concert-classiquenews

 

 

REVOIR Musiques de Psychose et Vertigo / Hitchcock par l’ON LILLE

 

 

 

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CONCERT DISPONIBLE EN REPLAY, sur la chaüne YOUTUBE de l’ON LILLE Orchestre National de Lille :
https://www.youtube.com/watch?v=BmVsG0gU81U

Extraits de PSYCHOSE
[Titre original : Psycho]
Film d’Alfred Hitchcock, États-Unis, 1960
PrĂ©lude – La Ville / Prelude – The City
Marion
La chambre d’hîtel / Hotel Room
Le meurtre / The Murder
Le marais / The Swamp
Le porche – Les escaliers – Le couteau / The Porch – The Stairs – The Knife

 

 

Extraits de VERTIGO
[Titre français : Sueurs froides]
Film d’Alfred Hitchcock, États-Unis, 1958
Prélude & Le toit / Prelude & Roof-top
Au coin du feu / By the Fireside
Le cauchemar / The Nightmare
Le passé / The Past
La fille / The Girl
La couleur de cheveux / The Hair Color
Scùne d’amour / Love scene

Musique de Bernard Herrmann
Mise en scùne d’Alfred Hitchcock

 

Orchestre National de Lille
Ernst van Tiel, direction
Fernand Iaciu, Violon solo

 

 

COMPTE RENDU critique CONCERT. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 25 oct 2020. ON LILLE, JC Casadesus : Ravel, Casadesus, Beethoven

COMPTE RENDU critique CONCERT. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 25 oct 2020. ON LILLE, JC Casadesus : Ravel, Casadesus, Beethoven. Impatients et fidĂ©lisĂ©s, les spectateurs lillois viennent cet aprĂšs midi applaudir le chef fondateur de « leur » orchestre, Jean-Claude Casadesus (JCC) qui dirige ainsi son premier concert de la nouvelle saison 2020 – 2021 ; c’est aussi son retour sur le podium depuis… plus de 6 mois. BientĂŽt 85 ans (dĂ©but dĂ©cembre prochain), le chef altier et aĂ©rien, retrouve son cher public et ses musiciens pour un concert gĂ©nĂ©reux et Ă©quilibrĂ© : musique française et complicitĂ© avec un jeune soliste, ivresse concertante et Ă©nergie symphonique… En 1h (format Ă  prĂ©sent plĂ©biscitĂ© et sanitairement conforme), le programme comble les attentes.

La Pavane (pour une infante dĂ©funte) de Ravel est miroitante et d’une Ă©toffe magicienne qui touche aussi par la poĂ©sie de ses accents instrumentaux comme l’Ă©lĂ©gance de phrasĂ©s somptueusement articulĂ©s. Architecte raffinĂ©, orfĂšvre des timbres, le Ravel de JCC est aussi un sensuel qui par ses jaillissements enchantĂ©s, retrouve la grĂące de l’innocence. Le chef articule, clarifie, Ă©pure, rĂ©vĂ©lant sous la parure des alliages sonores (cors / clarinettes, harpes / cordes
), l’Ă©quilibre de la structure comme le scintillement de la texture : sa transparence qui fait drame. VoilĂ  qui rappelle comment la musique française (les rĂ©volutionnaires Debussy et Ravel) a selon le vƓu de son fondateur, façonnĂ© l’identitĂ© du National lillois.

 

 

 

Altier, aérien, en orfÚvre de la ciselure sonore
Jean-Claude Casadesus dirige le National de Lille

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AmorcĂ©e, pĂ©nĂ©trante, dĂšs Hindemith (Trauermusik composĂ© pour la mort de Georges V en janvier 1936), la complicitĂ© entre l’altiste britannique Timothy Ridout et le chef se rĂ©alise plus encore dans les 3 mouvements courts du Concerto nĂ©o baroque qu’Henri Casadesus, le grand pĂšre du chef, Ă©crit aussi dans les annĂ©es 1930 : on y dĂ©tecte l’assimilation maĂźtrisĂ©e de Gluck (Ă©lĂ©gie du mouvement lent central), Bach, Ă©videmment Haendel


Dernier volet enthousiasmant. Beethoven Ă©blouit par son Ă©quilibre et son allure, entre ciselure et Ă©nergie, JCC nous montrant que l’un ne va pas sans l’autre, que l’un se nourrit de l’autre ; la Symphonie n°1 (crĂ©Ă©e dirigĂ©e Ă  Vienne en 1800 Ă  30 ans) frappe un grand coup par ses audaces (un brin trop « martiales » ?
 selon les critiques de l’époque). La partition affirme de la part du chef, une conception complĂšte, unifiĂ©e, rĂ©solue en un tout organique grĂące Ă  la souplesse de sa direction. Roboratif voire Ă©ruptif, l’Orchestre souligne dĂšs ce premier opus, le souffle de la machine Ludwig : une force bondissante et puissante qui sĂ©duit aussi par l’Ă©loquence tendre de ses bois, ses vents comme le grain des percussions, le mĂ©tal victorieux des cuivres. Tout sonne plein et dĂ©taillĂ© dans l’esprit d’un galop et d’une danse. C’est un hymne furieusement instrumental qui dĂ©passe dĂ©jĂ  Haydn par ses Ă©lans et sa dimension (le menuet est en rĂ©alitĂ© un vrai scherzo trĂ©pidant).
La construction nous parle, l’impĂ©tuositĂ© nous saisit, le fini instrumental captive. Le sens du relief et du rebond comme de la motricitĂ© Ă©gale les phalanges sur instruments historiques. Le geste du chef vivifie ses troupes et accomplit dans ce premier beethoven gĂ©nial, un retour aux sources du symphonisme europĂ©en qui sonne comme une rĂ©gĂ©nĂ©ration salvatrice autant pour les auditeurs que les musiciens. Éclectique, le programme Ravel, Hindemith, Beethoven (sans omettre le pastiche scherzando du Concerto d’Henri Casadesus) confirme si l’on en doutait, la prodigieuse volubilitĂ© plastique de l’ON Lille sous la direction de son fondateur historique. Une connivence qui vaut rĂ©gal. Photo : Jean-Claude Casadesus © Ugo Ponte / ON LILLE.

 

 

   

 

 

agenda

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A ne pas manquer bientĂŽt : PARIS, Philharmonie, Jean-Claude Casadesus dirige l’orchestre du Conservatoire de Paris lundi 18 janvier Ă  20h30 – Grande salle Pierre Boulez : Schumann (Concerto pour piano avec David Kadouch, piano) et Mahler (Symphonie n° 4 avec Miah Persson, soprano). Infos, rĂ©servations :
https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/21656-romantismes?date=1610998200

casadesus_jean_claude_portrait_290Prochain concert de Jean-Claude Casadesus Ă  la tĂȘte de l’ON LILLE Orchestre National de Lille au Nouveau SiĂšcle Ă  Lille : les 20 et 21 avril 2021 – au programme : 5Ăšme Symphonie de Beethoven (couplĂ©e avec le Concerto pour violoncelle n°1 de Chostakovitch / soliste : Truls Mork).
Programme repris ensuite en rĂ©gion, les 22 (Boulogne sur mer) puis 23 avril (Aulnoye-Aymeries). Plus d’infos sur le site de l’Orchestre National de Lille : https://www.onlille.com/saison_20-21/concert/la-5eme-symphonie-de-beethoven/

 

 

 

COMPTE-RENDU critique, concert. FONTAINEBLEAU, salle de bal, dim 18 oct 2020. RĂ©sidence Thomas Hengelbrock I : de Monteverdi Ă  Chardavoine


salle-de-bal-fontainebleau-concert-renaissance-thomas-hengelbrock-classiquenewsCOMPTE-RENDU critique, concert. FONTAINEBLEAU, salle de bal, dim 18 oct 2020. RĂ©sidence Thomas Hengelbrock I : de Monteverdi Ă  Chardavoine
 Fontainebleau, capitale musicale Ă  l’époque des Valois. Si Versailles demeure le foyer du goĂ»t des rois Bourbons (le roi soleil en est l’astre Ă©tincelant), Fontainebleau avait dĂ©jĂ  favorisĂ© dĂšs le XVIĂš, l’art de cour et l’essor des divertissements sous le rĂšgne des Valois, François Ier et Henri II particuliĂšrement. voilĂ  donc un concert riche en symbole et aussi en promesses 

Comme premiĂšre Ă©tape de sa rĂ©sidence bellifontaine, le chef allemand Thomas Hengelbrock dirige son ensemble Balthasar Neumann, ici en formation de chambre : il se consacre exclusivement aux Ă©critures de la Renaissance et du premier Baroque, alternant cycle d’Ɠuvres italiennes et françaises.
Le spectateur Ă  Fontainebleau, heureux dĂ©tenteur d’une place de concert, traverse de somptueux appartements avant de rejoindre la salle de bal oĂč l’attendent les musiciens. C’est un voyage unique dans le temps dont les jalons remarquables sont l’enfilade des appartements royaux (ceux d’Anne d’Autriche et de Louis XIII qui est nĂ© in loco) ; puis, la fameuse galerie François Ier, l’étonnant Ă©crin maniĂ©riste (comptant fresques et stucs Ă©rotiques) de la Chambre de la Duchesse d’Etampes, enfin la salle de bal proprement dite, vĂ©ritable « Vatican français » (selon Ingres lui-mĂȘme). De fait les impressionnantes fresques par Niccolo del‘Abbate sous la direction du Primatice, mĂȘme situĂ© Ă  bonne hauteur composent un ensemble unique au monde ; le rythme des allĂ©gories, des figures et nombre de Dianes lunaires et chasseresses forment le meilleur Ă©cho aux Ɠuvres choisies : tout un monde poĂ©tique et raffinĂ© que les musiciens ressuscitent. Au Monteverdi souterrain, d’abord murmurĂ©, presque fantastique (sublime « Hor che ciel ») rĂ©pondent les chansonniers Sermisy, Costeley, Lassus et surtout Guedron dont on aime retrouver l’exaltation du verbe, cet allant hĂ©doniste que les 6 chanteurs dĂ©fendent avec ardeur (« ça donnons Ă  tous nos sens »). La fantasia de Purcell puis la Sonate de Castello fait passer des brumes de la Tamise, – dans leur texture Ă©tirĂ©e, en rĂ©alitĂ© trĂšs françaises, au soleil virtuose italien, grĂące Ă  la vĂ©locitĂ© chantante du premier violon Daniel Spec. Parmi les Français, se distingue d’aprĂšs Ronsard : « Mignonne, allons voir si la rose » mis en musique par Jehan Chardavoine, bien Ă©noncĂ©e par l’alto Christian Rohrbach (voix petite mais trĂšs musicale). Thomas Hengelbrock Ă©voque la figure de Marguerite de Navarre, la Reine Margot (fille d’Henri II et derniĂšre Valois), rĂ©sidente ici mĂȘme, dont le souvenir est incarnĂ© grĂące Ă  l’Hymne que compose Claude Goudimel pour sa mort (1615).

La derniĂšre partition du programme est dĂ©jĂ  en soi un jalon exemplaire, en particulier dans le volume de la salle de bal (photo ci dessus) ; on imagine aisĂ©ment comment l’Orfeo de Monteverdi Ă  sa crĂ©ation au palais ducal de Mantoue (1607) a pu s’accorder au volume d’un Ă©crin palatial, dans une acoustique moins rĂ©sonante qu’une Ă©glise. L’expĂ©rience Ă  Fontainebleau est trĂšs convaincante : la scĂšne sĂ©lectionnĂ©e permet Ă  chaque chanteur d’affirmer un vrai tempĂ©rament dramatique, car ici les 6 chanteurs sont solistes, assurant son personnage comme sa partie au sein du chƓur (extrait « Rosa del Ciel »). La vitalitĂ© souple du continuo oĂč brillent sur le tapis aĂ©rien des violons, les timbres plus scintillants de la harpe et du thĂ©orbe, ajoute Ă  l’expressivitĂ© de la direction : Hengelbrock maĂźtrise l’élan et le souffle lyrique, la libertĂ© dansante des rythmes d’un opĂ©ra Ă  la fois madrigalesque et baroque ; veillant aux Ă©quilibres entre voix, chƓur et instruments. En cela l’ultime piĂšce donnĂ©e (en bis), le bouleversant Lamento della Ninfa, chef d’oeuvre languissant de Monteverdi, saisit par la sincĂ©ritĂ© et la musicalitĂ© des interprĂštes : aux 3 hommes tragiques et dĂ©clamatoires rĂ©pond la priĂšre ciselĂ©e et naturelle de la soprano requise (Bobbie Blommesteijn), sobre, humaine, au chant Ă©perdue et sensible. Divine Ninfa pour un programme idĂ©alement Ă©quilibrĂ©. On attend la suite de la rĂ©sidence de Thomas Hengelbrock Ă  Fontainebleau, en particulier en 2021, pour le bicentenaire NapolĂ©on Ier, Israel en Egypte de Haendel qui Ă©voque la campagne de Bonaparte en Egypte (8 et 9 mai 2021). A suivre.
http://www.classiquenews.com/fontainebleau-salle-de-bal-concert-renaissance/

Concert, critique. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 24 septembre 2020. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Edgar Moreau, Alexandre Bloch. HAYDN, BARTOK

edgarmoreauConcert, critique. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 24 septembre 2020. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Edgar Moreau, Alexandre Bloch. HAYDN, BARTOK
 IdĂ©alement adaptĂ© Ă  la configuration instrumentale requise, mesure sanitaire oblige (l’Orchestre National de Lille est « rĂ©duit » en formation de chambre), le Concerto pour violoncelle n°1 de HAYDN sied particuliĂšrement bien Ă  la direction nerveuse, dynamique, flexible d’Alexandre Bloch et au tempĂ©rament incandescent du jeune soliste Edgar Moreau (26 ans – photo ci contre) : le violoncelliste français est parmi les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration. Il n’a pas seulement pour lui une technique et une sonoritĂ© des plus raffinĂ©es ; il exprime avec un art des nuances et une profondeur exceptionnelle, la subtile Ă©lĂ©gance de Haydn.

 

 

Concert d’ouverture de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille

Somptueuse ouverture au Nouveau SiĂšcle Ă  Lille

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L’allant et la vitalitĂ© en superbe Ă©quilibre d’une partition Ă  la fois classique, d’une volubilitĂ© mĂȘme baroque, triomphent ici. Et la conception Ă©conome des expositions, rĂ©expositions et variations offre au soliste, une arĂšne dĂ©jĂ … romantique. L’intelligence des accents, la gestion des nuances, l’éloquence des phrasĂ©s superbement maĂźtrisĂ©s
 ce style toujours mesurĂ© mais articulĂ©, jamais artificiel ni dĂ©monstratif, indiquent clairement un interprĂšte de premier plan dont la vĂ©ritĂ© dialogue somptueusement avec l’heureuse vivacitĂ© de l’orchestre. La virtuositĂ© chantante et lumineuse du violoncelle jouĂ©e ainsi aprĂšs l’ample portique du Copland (Fanfare for the common man) forme la plus sĂ©duisante des partitions pour le concert d’ouverture de la saison 2020 – 2021. Notons que le violoncelliste remplace le violoniste Nemanju Radulovic, artiste en rĂ©sidence pour cette nouvelle saison 2020 – 2021. HĂ©las, le virtuose franco-serbe n’a pas venir en France jusqu’Ă  Lille, confinĂ© parce qu’il a Ă©tĂ© testĂ© positif Ă  la covid 19. Ainsi se dĂ©roule la saison musicale, avec ses imprĂ©vus de derniĂšre minute. L’Orchestre National de Lille s’est d’ailleurs adaptĂ© au contexte sanitaire actuel, en proposant une billetterie ouverte plus souple, rĂ©actualisĂ©e tous les deux mois, afin d’affiner au mieux les offres musicales selon les “empĂȘchements” prĂ©visibles, malheureusement inĂ©luctables dans la situation que nous vivons tous depuis mars dernier.

EnchaĂźnĂ© et jouĂ© debout (violons I et II), le Divertimento de Bartok permet lĂ  encore au cordes seules de l’Orchestre lillois de captiver en crĂ©pitements et intensitĂ© ; la partition composĂ©e Ă  Saanen (Suisse) Ă  l’étĂ© 1939, lĂ  mĂȘme oĂč devait naĂźtre le futur Menuhin Gstaad Festival, allie souffle et ĂąpretĂ©, cultivant mĂȘme une tension presque Ă©touffante, en relation avec les heures noires d’une Europe soumise Ă  la barbarie nazie. Du Haydn prĂ©cĂ©dent Ă  la partition moderne circule et s’affirme la mĂȘme homogĂ©nĂ©itĂ© des cordes. QualitĂ© des unissons, dialogues entre les deux solistes (violons I et II) et l’ensemble des cordes (Ă  la façon d’un concerto grosso), articulation et densitĂ© pourtant claire du son de l’orchestre
 le travail d’Alexandre Bloch et des musiciens de l’ON LILLE dĂ©voilent de superbes qualitĂ©s ; on les avait quittĂ© la saison derniĂšre, dans l’achĂšvement du cycle Mahler. On retrouve ici la mĂȘme Ă©coute partagĂ©e, l’engagement, le souci des accents qu’il s’agisse du dynamisme dansant de l’Allegro initial ou des Ă©clairs contrastĂ©s de l’Allegro final oĂč pointe aussi la superbe tenue du violon I dont les solos ont de courtes et fulgurantes irisations tziganes. La franchise du geste collectif parfois assumĂ©e « rude » rend justice Ă  la partition de Bartok qui y revendiquait clairement son caractĂšre de fantaisie « paysanne ». Au centre, s’affirme l’Adagio si intense, et si subtil dans ses Ă©clairs funĂšbres Symphonie 7 MAHLER, Alexandre BLOCH, Orchestre National de Lilledont le chef sait aussi exprimer la couleur du mystĂšre le plus inquiĂ©tant. Tant de profondeur suggestive et d’aisance articulĂ©e confirment Ă  prĂ©sent l’excellence des instrumentistes de l’Orchestre lillois. On attend avec impatience les prochains programmes de l’Orchestre National de Lille. Et pour nous faire patienter, le cd de la 7Ăš Symphonie de Mahler – jalon important de l’épopĂ©e Mahler de la saison prĂ©cĂ©dente vient de sortir chez Alpha (critique du cd Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews).

 

 

 

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Prochains concerts de l’Orchestre National de Lille :
30 sept / 1er octobre 2020 : Divertimenti (Alevtina Ioffe, direction)
7, 8, 9 octobre 2020 : MĂ©tamorphoses (Alexandre Bloch, direction)
PLUS D’INFOS sur le site de l’Orchestre National de Lille / saison 2020 – 2021
https://www.onlille.com/saison_20-21/

COMPTE RENDU, Festival 1001 NOTES 2020 (15 ans), les 4 et 5 août 2020

1001-NOTES-festival-classiquenews-concerts-critiques-annonce-classiquenewsCOMPTE RENDU, Festival 1001 NOTES 2020 (Haute-Vienne, Limousin), les 4 et 5 aoĂ»t 2020. DĂ©confinement, solidaritĂ©, ouverture
 Face Ă  la crise et la mise sous cloche de la culture, en particulier du spectacle vivant, les Festivals n’ont pas tardĂ© Ă  rĂ©agir et produire de premiĂšres alternatives bĂ©nĂ©fiques. Le Festival 1001 Notes portĂ© par son directeur artistique Albin de la Tour n’est pas en reste ; il a mĂȘme Ă©tĂ© le premier Ă  proposer sur la toile plusieurs courtes sessions musicales ; permettant aux artistes et au public de renouer un fil qui s’était coupĂ© brutalement mi mars dernier ; Ă  cause du confinement imposĂ© (LIRE ici « Contre la crise et le confinement, le cycle de concerts live « Aux notes citoyens »).
Pour l’étĂ©, quand d’autres ont jetĂ© l’éponge, empĂȘtrĂ©s par la difficultĂ© de mettre en pratique les mesures barriĂšres et le protocole sanitaire, le Festival 1001 Notes affirme clairement sa ligne : solidaritĂ©, sĂ©curitĂ©, Ă©clectisme. SolidaritĂ© pour les artistes qui ont besoin de jouer ; sĂ©curitĂ© sanitaire pour tous Ă  tous les concerts ; Ă©clectisme et ouverture d’une programmation qui par sa simplicitĂ© et son sens maĂźtrisĂ© des mĂ©tissages et des mĂ©langes, rĂ©invente concrĂštement l’expĂ©rience de la musique classique. Une alternative heureuse pour les spectateurs, d’autant plus mĂ©ritante qu’elle a Ă©tĂ© conçue en trĂšs peu de temps.

 

 

 


15Ăš Ă©dition du Festival 1001 Notes
ALTERNATIVE DÉCONFINÉE, HEUREUSE, ACCESSIBLE


 

 

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Traditionnellement itinĂ©rant, rayonnant sur le territoire limousin, 1001 Notes pour ses 15 ans, s’est ainsi rĂ©inventĂ© et propose cet Ă©tĂ© en un lieu unique (le parc de Saint-Priest Taurion Ă  20 km de Limoges) une multitude d’évĂ©nements, riches, variĂ©s, divers, complĂ©mentaires ; de quoi rĂ©galer le festivalier venu sur place. Au sens strict comme figurĂ©, car les produits locaux y sont aussi prĂ©sentĂ©s, comme une restauration sur place est assurĂ©e. Les enfants s’y initient aux dĂ©lices des contes en musique ; les amateurs de dĂ©tente et de bien ĂȘtre expĂ©rimentent sous la yourte, ouverte aux vents rafraĂźchissants, les bienfaits du yoga, de la mĂ©ditation, et tant d’autres pratiques qui soignent le corps comme l’esprit. Au bar, l’offre est allĂ©chante, comptant entre autres une biĂšre locale, 
 typiquement limousine. En somme de quoi vivre sur le site une nouvelle expĂ©rience de la musique, sans contraintes, sans codes, mais avec le masque obligatoire et l’application des gestes barriĂšres comme de la distanciation sociale.

 

 

BAROQUE & CULTURES URBAINES
Fugacités, a work in progress
Le Concert de l’Hostel Dieu au travail

 

 

concert-hostel-dieu-danseur-fugacites-festival-1001-notes-critique-classiquenews-jerome-oudou-critique-danse-classiquenewsMardi 4 aoĂ»t 2020. En toute sĂ©curitĂ©, nous avons pu ainsi dĂ©couvrir le nouveau spectacle du Concert de l’Hostel Dieu et Franck Emmanuel Comte, intitulĂ© « FugacitĂ©s ». Le chef et claveciniste prĂ©sentait le 4 aoĂ»t, les 2 premiers volets d’un triptyque qui croise musique baroque et cultures urbaines. D’abord avec un danseur hip hop (JĂ©rĂŽme Oussou) dont la grĂące gestuelle s’accorde aux respirations de la musique choisie : Westhoff, Playford
 et aussi, clin d’oeil Ă  l’excellent ballet chorĂ©graphiĂ© Ă©galement par Mourad Merzouki, « Folia », le finale chantĂ© par tous les artistes sur le plateau. Effet d’apesanteur, sĂ©quences en solo syncopĂ©es, interaction humoristique avec les instrumentistes, le danseur fait danser la musique comme les musiciens la font parler.
Puis c’est le slameur Mehdi KrĂŒger qui dĂ©clame un superbe texte rĂ©digĂ© pendant et sur le confinement, sur l’échec de notre sociĂ©tĂ© et le chaos global contemporain. On y dĂ©tecte un goĂ»t particulier pour les jeux de mots, les doubles voire triples lectures, un raffinement de la langue qui passe d’abord par son articulation (vivante, gestes Ă  l’appui) et sa musique propre dont les respirations, scansion, accentuation Ă©pousent idĂ©alement la musique qui leur est associĂ©e. Dans un paysage dĂ©rĂ©glĂ©, celui d’une course Ă  l’abĂźme (« l’OdyssĂ©e d’un homme qui cherchait la mer  »), le conteur trĂšs en verve Ă©voque de multiples rivages, Ă©lectrisĂ© par la pulsion des instruments, leur expressivitĂ© rythmique comme mĂ©lodique, Ă©pinglant l’hystĂ©rie paranoĂŻaque de notre Ă©poque, avec une malice lyrique parfois ironique : « Champagne pour tous, sauf pour ceux qui trinquent ! ». En images allusives et prose riche en dĂ©licieuses allitĂ©rations, le rĂ©citant pointent du doigt tout ce qui compose aujourd’hui notre apocalypse moderne.

slam-fe-comte-concert-hostel-dieu-fugacites-volet-2-critique-concert-classiquenews-1001-notes-limousinAu coeur de la performance, jaillit une perle lyrique (Monteverdi), priĂšre pour un monde rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© ou souvenir d’un monde perdu, chantĂ©e par la violoncelliste Aude Walker-Viry dont on apprĂ©cie la finesse, et du jeu et de la voix. Encore perfectible, selon les mots de Franck-Emmanuel Comte, la sĂ©quence saisit et convainc, dans ses contrastes, ses tensions, l’espĂ©rance qu’elle fait naĂźtre, la parfaite fusion du verbe dĂ©clamĂ© et des piĂšces baroques associĂ©es. VoilĂ  qui prolonge le travail du Concert de l’Hostel Dieu, fruit d’un compagnonage fĂ©cond avec 1001 Notes et Albin de la Tour. Ou comment explorer (et rĂ©ussir) de nouvelles formes Ă  partir et autour du Baroque. Dans la lignĂ©e du ballet « Folia », le nouveau spectacle « FugacitĂ©s », dans ses premiers aspects, tient dĂ©jĂ  ses promesses. A suivre.

CHOPIN, SATIE
 le piano explorateur
de Laure Favre Kahn et Artuan de Lierrée

 

 

Mercredi 5 aoĂ»t 2020. Riche parcours pour le mĂ©lomane : cette seconde journĂ©e Ă  1001 Notes enchaĂźne rĂ©citals et concerts, autant d’invitations musicales dĂ©fendues, incarnĂ©es par des tempĂ©raments pianistiques indiscutables. La richesse et la diversitĂ© des programmes (autant dans leur formulation que dans le rĂ©pertoire jouĂ©) soulignent cette ouverture du Festival, son Ă©clectisme dĂ©complexĂ©, Ă  l’adresse de tous les publics ; une conception dĂ©sormais emblĂ©matique dans l’esprit d’une cĂ©lĂ©bration Ă  la fois conviviale et fraternelle (il y est trĂšs facile par exemple pour les spectateurs de rencontrer et de dialoguer avec chaque artiste prĂ©sent
 avant, aprĂšs le concert, Ă  la buvette, Ă  l’occasion des repas ; toujours dans le respect des gestes barriĂšres).

1001-notes-laure-favre-kahn-piano-recital-concert-critique-classiquenewsPremier rĂ©cital dĂšs 11h, celui de Laure Favre Kahn dont l’amour pour Chopin se livre sans entraves en premiĂšre partie. Le jeu est limpide et fluide ; la construction franche et claire. C’est un Chopin pleinement assumĂ© qui se dĂ©voile, en sa double nature : Ă©perdument tendre et nostalgique, mais aussi impĂ©tueux et conquĂ©rant (voire guerrier). L’articulation directe, le relief d’une conception contrastĂ©e sait aussi s’adoucir, rĂ©alisant d’heureux phrasĂ©s au galbe nuancĂ©. Les Valses de Chopin permettent le passage avec les danses qui suivent : celles aiguĂ«s, percutantes de Bartok (Ă  la carrure rythmique si spĂ©cifique, Ă  l’orientalisme Ă  peine masquĂ© aussi) ; l’ampleur orchestrale, riches en textures harmoniques s’affirme enfin dans le Granados, voluptueux, volontaire ; tandis que la pianiste nĂ©e Ă  Arles, joue dans la mĂȘme veine naturelle la suite de Bizet, « l’ArlĂ©sienne »; bel hommage personnel qui fonctionne Ă  merveille.

artuan-de-lierree-piano-concert-festival-1001-notes-aout-2020-classiquenews-critique-cd-et-concert-5-aout-2020Familier de 1001 notes, le pianiste et compositeur Artuan de LierrĂ©e retrouve son public (12h) dans le format atypique qui lui est propre : prĂ©sentation de ses Ɠuvres personnelles auxquelles l’auteur ajoute moult explications souvent savoureuses, jouant parfois sur deux claviers, le piano classique et son piano miniature aux sons plus courts, plus secs, sans rĂ©sonance avec lequel le musicien aime Ă©chafauder ses propres divagations musicales, le plus souvent inspirĂ©es de Satie, un modĂšle permanent qui est sa principale source d’inspiration. L’inventeur ajoute un 3Ăš clavier, son piano jouet (aux sons de clochette)
 Comme un fabuleux conteur, le compositeur prĂ©sente ses Ɠuvres, parfois courtes (8 miniatures prĂ©sentĂ©es pour la premiĂšre fois) ; d’autres ont des titres narratifs prometteurs (« l’étrange dĂ©couverte d’Albert Poisson », « le service Ă  ThĂ© de Marthe CĂ©lĂ©rier ») ; ils immergent l’auditeur dans un univers imprĂ©vu: le nom mĂȘme de Marthe CĂ©lĂ©rier n’est pas fictif car le compositeur l’a dĂ©couvert sur l’étiquette de son instrument miniature (sa propriĂ©taire prĂ©cĂ©dente ?). Le cas relĂšve du roman, mais une fable Ă  la Satie Ă©videmment : on y dĂ©tecte l’humour dĂ©lirant et loufoque de l’auteur des Gnossiennes, sa coupe dramatique et narrative si puissante et originale, ses harmonies rares, une sensibilitĂ© manifeste aussi pour le son et la texture
 le compositeur conduit le spectateur au delĂ  des notes, le sensibilise Ă  la durĂ©e, la hauteur du son ; son exploration est sans limites, mais toujours dans ses tuilages harmoniques et ses scintillements enchantĂ©s, une rĂ©ponse poĂ©tique Ă  la fĂ©rocitĂ© dĂ©shumanisĂ©e et barbare de notre Ă©poque.

 

 

Superbe récital de Nicolas Horvat
SCINTILLEMENTS MINIMALISTES DE PHILIP GLASS

horvat-nicolas-philipp-glass-concert-5-aout-2020-critique-concert-classiquenewsRemplaçant le spectacle de Marie-AgnĂšs Gillot qui blessĂ©e, n’a pu prĂ©sentĂ© son programme, le pianiste Nicolas Horvat Ă  17h30, est invitĂ© Ă  dĂ©fendre un compositeur contemporain qu’il connaĂźt plutĂŽt bien. Familier voire spĂ©cialiste de Glass, l’interprĂšte offre un somptueux programme 100% Glass, gĂ©nĂ©reux, explicatif, n’hĂ©sitant pas Ă  prĂ©senter lui-mĂȘme chaque piĂšce choisie dont une premiĂšre « Tissu number 6 », hymne lyrique Ă  la Nature, Ă©voquant le fragile Ă©quilibre du vivant et tout ce que l’homme fait subir Ă  la flore comme Ă  la faune. C’est d’abord la Suite OrphĂ©e dont on distingue immĂ©diatement le formidable travail sur l’architecture, la progression structurelle et les nuances apportĂ©es dans chaque rĂ©itĂ©ration. Horvat fait surgir du matĂ©riau sonore, son intensitĂ© intĂ©rieure, l’activitĂ© qui bouillonne, souterraine, s’infiltre puis s’expose, dans le sens d’un Ă©coulement perpĂ©tuel. La rĂ©pĂ©tition n’est pas mĂ©canique, mais cyclique, unifie, construit en une conception toujours renouvelĂ©e, jaillissante et revivifiĂ©e. VoilĂ  qui donne Ă  l’approche, Ă  la nappe sonore qui en dĂ©coule, son Ă©tonnante assise organique. L’idĂ©e d’un parcours et d’un cheminement se dĂ©ploie ; la question du sens et du dĂ©veloppement s’aiguise, de sorte qu’à chaque palier harmonique, se prĂ©cise le principe de transformation et de mĂ©tamorphose. La reformulation et les multiples rĂ©expositions alimentent un flux permanent, fluvial ; et le jeu du pianiste en une apesanteur inĂ©luctable, comme une priĂšre mĂ©ditative exprime le fragile Ă©quilibre, la « gravitas » aussi d’un temps Ă  la fois comptĂ©, unique et infini. Nicolas Horvat sait exprimer l’ampleur de cette Suite conçue comme un portique impressionnant dont il perçoit et dĂ©livre les Ă©clats, alertes, glissements, anĂ©antissements.
L’élĂ©gie que forme « Tissu number 6 » frappe tout autant par sa construction aussi souple et flexible, qu’affirmĂ©e voire dĂ©nonciatrice. La couleur est proche d’un lamento, d’une dĂ©ploration au chevet de la Nature martyrisĂ©e dont le pianiste exprime l’exhortation primitive, le jaillissement continu, celui d’un rituel qui gravit une Ă  une les marches d’une arche spirituelle dont le cri final dit le chaos qui menace.
Enfin, la Sonate « Trilogie » associe trois opĂ©ras, en particulier leur mouvement ascendant, vers le soleil en une Ă©lĂ©vation irrĂ©pressible (Einstein on the Beach, Satyagraha, Akhenaton) – chaque extrait marque un climax dramatique dans le dĂ©roulement de l’action lyrique. Nicolas Horvat renforce sans appui leur formidable activitĂ© ascensionnelle, constellĂ©e de particules qui s’agglomĂšrent peu Ă  peu dans la quĂȘte des sommets. Exposition, rĂ©ponse, rĂ©pĂ©tition, prĂ©cipitation, questionnement, extase, fureur
 Il fallait Ă©videmment Vers la Flamme (Scriabine), bis ou conclusion opportune, pour rĂ©soudre les appels d’un programme fabuleux, d’une ivresse sonore inextinguible. Scriabine lui donne sa rĂ©ponse propre dans l’éblouissement final qui vaut rĂ©vĂ©lation. Superbe programme, servi par un interprĂšte habitĂ© et particuliĂšrement juste.

 

 

Le Festival 1001 Notes rĂ©ussit son pari. Il surprend, explore, rĂ©invente. Le site accorde heureusement comme une Arcadie moderne, toutes les envies, tous les goĂ»ts des festivaliers, heureux d’éprouver les dĂ©lices du dĂ©confinement. Albin de La Tour y cultive l’accessibilitĂ© et l’invention, de quoi dans les faits dĂ©cloisonner la musique classique, la dĂ©mocratiser ; de quoi surtout rĂ©gĂ©nĂ©rer l’expĂ©rience du concert classique. Une Ă©vasion heureuse en Limousin, Ă  vivre encore aujourd’hui, vendredi 7 aoĂ»t et samedi 8 aoĂ»t 2020. A l’affiche : Simon Ghraichy, Thibault Cauvin, Hemolia entre autres


 

 

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1001-notes-festival-bandeau-pave-imu-from-1er-juin-20203Festival 1001 Notes, Limousin, 20 km de Limoges, Parc Saint-Priest Taurion, jusqu’au 8 aoĂ»t 2020. DĂ©couvrez ici tous les programmes, les horaires et les nombreuses activitĂ©s sur place Ă  vivre en famille et entre amis : http://www.classiquenews.com/limousin-les-15-ans-du-festival-1001-notes-1er-9-aout-2020/

Photos du Festival 1001 NOTES 2020 : merci à © Amelin Chanteloup

 

 

 

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Approfondir

LIRE notre entretien avec Franck Emmanuel Comte : chantiers d’étĂ© (FugacitĂ©s
), nouvelle saison 2020-2021 (French Connection, l’Affaire Bach
), nouvel album discographique (La Francesina) : ici
http://www.classiquenews.com/franck-emmanuel-comte-chantiers-dete-nouveaux-programmes-20-21/

Découvrir les coulisses et les acteurs du Festivals 1001 NOTES 2020, dans le BLOG dédié, sur le site du Festival 1001 NOTES : ici  


1001 NOTES
, c’est aussi un label discographique, une chaine vidĂ©o dont des contenus exclusifs en liaison avec l’Ă©dition 2020 seront diffusĂ©s prochainement. Supports, modalitĂ©s de visionnage Ă  suivre sur CLASSIQUENEWS

QUEBEC. 4Ú Récital-Concours international de mélodies françaises (16 et 18 juin 2020)

classica concours melodies francaises TOUR EIFELL FOND NBTEASER. QUEBEC, Festival CLASSICA : 4Ăš RĂ©cital-Concours international de mĂ©lodies françaises 2020 – Point fort de chaque Ă©dition du Festival CLASSICA au QuĂ©bec, le RĂ©cital-Concours de mĂ©lodies françaises prĂ©sente les tempĂ©raments les plus prometteurs dans le genre si difficile de la mĂ©lodie française : De Berlioz Ă  Poulenc et Ravel, sans omettre les compositeurs contemporains français et canadiens, s’impose l’Ă©quation redoutable de l’Ă©lĂ©gance, l’intelligibilitĂ©, la technique et la suggestion. Conçu comme un rĂ©cital avec public (dont le vote compte autant que celle du jury), le RĂ©cital Concours international de mĂ©lodies françaises est la plus importante compĂ©tition dans sa catĂ©gorie. TEASER video de prĂ©sentation avec les finalistes 2029 : la française Axelle FANYO, les canadiennes Caroline GÉLINAS (Grand Prix), Jacqueline WOODLEY (2Ăš prix), Ellen WIESER, et Geoffroy Salvas … C’est aussi la seule compĂ©tition oĂč les pianistes accompagnateurs jouent un piano historique ERARD ajoutant un autre dĂ©fi pour les interprĂštes… © studio CLASSIQUENEWS.COM 2020 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM 2020

 

 

 

Récital-Concours international de mélodies françaises

PROCHAINE EDITION : les 16 et 18 juin 2020.

 

 

PARTICIPEZ !

 

 DépÎt des CANDIDATURES

jusqu’au 29 mars 2020

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Modalités, rÚglement sur le site www.festivalclassica.com/recital-concours

 

 

 

 

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VOIR AUSSI notre REPORTAGE vidĂ©o dĂ©diĂ© Ă  la 3Ăš Ă©dition du RĂ©cital-Concours international de mĂ©lodies françaises – PrĂ©sentation, fonctionnement, palmarĂšs 2019…

 

 

 
 

REPORTAGE : L’Etoile de Chabrier par l’Atelier Lyrique de TOURCOING (7, 9 et 11 fĂ©v 2020)

Éblouissante ETOILE de Chabrier Ă  TOURCOINGREPORTAGE. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fĂ©v 2020. Nouvelle production. DadaĂŻste, loufoque, fantasque, en rĂ©alitĂ© de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mĂȘle et Mozart et Offenbach en un dĂ©licieux thĂ©Ăątre poĂ©tique (Verlaine a participĂ© au livret). Cette nouvelle production de son opĂ©ra comique L’étoile (1877) prĂ©sentĂ©e par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un dĂ©fi nouveau, devrait le dĂ©montrer en fĂ©vrier 2020 (3 reprĂ©sentations). 7 ans aprĂšs la dĂ©faite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugĂ© suspect, au moins jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1890) et recherchent Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses », sans omettre les couplets du duo de la Chartreuse verte, parodie dĂ©jantĂ©e du chant bellinien
 sont autant de titres qui soulignent la facĂ©tie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. RĂ©formateur mais raffinĂ©. Un indĂ©crottable auvergnat soucieux de rĂ©former les codes de l’OpĂ©ra Ă  Paris.
Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrĂ©e par le Roi Ouf 1er, fou dĂ©lirant Ă©gocentrique, on Ă©vite toute contestation au pouvoir pour Ă©viter d’ĂȘtre condamnĂ© Ă  mourir empalĂ© ! Heureusement l’amour du jeune marchant Lazuli pour la belle Laoula vaincra tout obstacle… – REPORTAGE @studio CLASSIQUENEWS 2020 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham fĂ©vrier 2020

LIRE aussi notre prĂ©sentation complĂšte de L’Étoile de Chabrier, 1877, l’Ă©vĂ©nement lyrique portĂ© par L’Atelier Lyrique de Tourcoing, les 7, 9 et 11 fĂ©vrier 2020

VOIR LE REPORTAGE VIDEO

La Fabrique sonore de CLARA IANNOTTA à METZ : les 5 fév, 25 et 31 mars 2020

METZ, Cycle CLARA IANNOTTA : les 5 fĂ©v, 25 et 31 mars 2020. LA FABRIQUE SONORE
 Son vif intĂ©rĂȘt pour la fabrication des objets remonte Ă  l’enfance quand son pĂšre architecte lui expliquait qu’il ne faut pas acheter ses jouets mais les fabriquer. Ce qui est mieux si l’on veut comprendre les mĂ©canismes et Ă©largir son propre imaginaire. Depuis Clara Iannotta (nĂ©e Ă  Rome en 1983) dĂ©veloppe sa propre idĂ©e du son ; non pas Ă  partir d’une instrumentation dĂ©jĂ  Ă©tablie, mais en fonction des objets qu’elle peut elle-mĂȘme construire, et des nouveaux sons que ses “jouets sonores” permettent.

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RĂ©sidence Ă  l’Arsenal de METZ

La fabrique sonore de Clara IANNOTTA

 

 

 A METZ, CLARA IANOTTA fait de l'ARSENAL son laboratoire musical

 

 

L’idĂ©e de base, prĂ©alable Ă  toute piĂšce peut-ĂȘtre une vision, une expĂ©rience, une sensation. Pour le cas de MOULT pour orchestre, le noyau prĂ©liminaire a Ă©tĂ© l’observation pendant sa rĂ©sidence Ă  la Villa Medicis en 2019, des mues des araignĂ©es ; en particulier leur capacitĂ© Ă  produire deux Ă©tats tangibles de leur existence : la peau morte, du passĂ© ; la nouvelle enveloppe, celle de leur nouvelle existence. Il s’en est suivi l’élaboration d’une partition qui mĂȘle le son de l’orchestre aux champs sonores issus de cassettes prĂ©enregistrĂ©es (Ă©coutez ici MOULT (2018-2019) pour orchestre : https://soundcloud.com/claraiannotta). L’immersion dans un univers sonore inĂ©dit est total : la force des ondes convoque le bruit des planĂštes et les micro craquements, presque organiques, Ă©voquent le grouillement secret, imperceptible d’une vie continue, souterraine et prĂ©sente (durĂ©e : presque 17mn).

clara-ianotta-portrait-classiquenews-concerts-metz-critique-presentation-classiquenewsLa rĂ©sidence qui lui a Ă©tĂ© offerte par l’Arsenal de Metz dĂ©coule de l’enthousiasme de David Reiland, actuel directeur de l’Orchestre National de Metz Ă  la suite de son Ă©coute de « Dead wasps » en 2016. L’idĂ©e de proposer Ă  Clara Iannotta d’écrire pour l’Orchestre National de Metz a germĂ© chez l’un et l’autre ; le chef Ă©tant curieux de dĂ©couvrir ce que l’approche hors normes de la compositrice romaine peut apporter aux musiciens de l’orchestre
 Une interrogation qui devrait se concrĂ©tiser en septembre 2021 avec la crĂ©ation d’une nouvelle Ɠuvre pour orchestre que la compositrice amorcera fin 2020 ; d’une durĂ©e d’environ 20 mn, la partition sera Ă©troitement conçue aux cĂŽtĂ©s des instrumentistes de l’orchestre, prĂ©cisĂ©ment pour prĂ©parer leurs instruments en vue de la rĂ©alisation de l’Ɠuvre. Dans le cadre de sa saison 2019 – 2020, la CitĂ© Musicale METZ offre des conditions optimales aux interprĂštes et crĂ©atrices d’aujourd’hui, les laissant libres d’approfondir encore et encore la rĂ©alisation de leur travail. C’est le cas de la danseuse Sarah Baltzinger qui a crĂ©Ă© son dernier ballet le 29 janvier « Don’t you see it coming ? » LIRE notre prĂ©sentation de cette crĂ©ation qui explore le mythe de Barbe-Bleue. C’est aussi le cas de la joueuse de marimba Vasselina Serafimova qui prĂ©sente comme Clara Iannotta une sĂ©rie de programmes de son cru, avec les partenaires et les complicitĂ©s choisis, dont le nouveau programme « Time », rĂ©alisĂ© in loco le 9 janvier dernier
 LIRE notre article METZ, Arsenal : l’écrin des musiciennes.

 

 

ACTIONS PEDAGOGIQUES
 PrĂ©sente sur le territoire et dans la ville de Metz, la compositrice italienne associe Ă©troitement les jeunes publics Ă  sa quĂȘte des nouveaux sons. Elle fait de la pratique musicale, un voyage et une expĂ©rience. De quoi accrocher concrĂštement l’intĂ©rĂȘt des jeunes. En atelier (3 fĂ©vrier), autour de la notion de « jouets sonores », Clara Iannotta prĂ©sente et explique son travail aux lycĂ©ens, certains n’étant pas musiciens : «  ce qui est beaucoup plus intĂ©ressant et riche dans nos Ă©changes car ils sont sans prĂ©jugĂ©s », prĂ©cise la musicienne. Elle commente ce qui l’inspirĂ© au cours de l’écriture de Dead wasps ; pourquoi il s’agit de concevoir puis fabriquer les instruments nouveaux ; le titre de cette piĂšce comprend 3 volets ; au dĂ©part, il s’agissait d’une commande afin d’inventer une suite Ă  la Courante de la Partita de JS Bach ; aprĂšs une analyse trĂšs fouillĂ©e de l’écriture, des sauts de notes, des Ă©chelles trĂšs rapides enchaĂźnĂ©es, Clara Iannotta s’est intĂ©ressĂ©e aux glissandos ; elle en a dĂ©duit des images et des mondes sonores inĂ©dits, puis a identifiĂ© les gestes et la pratique nouvelle, adaptĂ©s aux cordes pour produire les sons. Sur le site de Clara Ianotta, il est possible d’écouter Dead wasps in the jam-jar (III) par la Quatuor Diotima (nov 2018) : ici : http://claraiannotta.com/2019/01/hear-dead-wasps-in-the-jam-jar-iii/

 

 

 

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 Illustration : Clara IANNOTTA © L Hossepied

 

L’ÉCOLE DE L’ÉCOUTE
 En une dĂ©marche ludique et pĂ©dagogique, les lycĂ©ens messins comprendront Ă  regarder et mesurer un son, Ă  le questionner c’est Ă  dire Ă  deviner le geste qui le produit ; et la matiĂšre du « jouet sonore » dont il fait. « C’est un voyage interne dans le son, dans sa matĂ©rialitĂ©, sa densitĂ©, sa texture, sa genĂšse. Je ne m’intĂ©resse pas Ă  la temporalitĂ© musicale, c’est Ă  dire Ă  la notion de dĂ©roulement horizontal ; comment une note va d’un point A et Ă  point B, ni Ă  son dĂ©veloppement, ni Ă  l’enchaĂźnement des sons diffĂ©rents. Avec les lycĂ©ens, j’aimerai regarder chaque son au microscope ; jauger, arpenter sa profondeur ; il s’agit d’une Ă©cole de l’écoute ; il en rĂ©sulte la dĂ©couverte de craquements, de bruits, de dynamiques diverses. Mon approche est concrĂšte. Avec les lycĂ©ens, je souhaite ensuite fabriquer les instruments qui produiront le son dont nous avons l’idĂ©e ; puis nous travaillerons de concert avec les Ă©lĂšves compositeurs du Conservatoire qui seront invitĂ©s Ă  composer pour les jouets sonores ainsi fabriquĂ©s », prĂ©cise Clara Iannotta.

 

 


ianotta-clara-metz-portrait-analyse-dead-wasps-moult-eclipse-plumage-classiquenewsJOUETS MOTORISÉS : la « e-bow machine » 
L’inventivitĂ© sonore de Clara Iannotta sait aussi dĂ©tourner les instruments classiques. A partir du clavecin dont elle n’aime pas le son, ni son timbre, ni sa durĂ©e trop courte, la compositrice s’est intĂ©ressĂ©e Ă  l’apport des ondes magnĂ©tiques rĂ©vĂ©lĂ©es par l’utilisation des aimants agissant autour des cordes et qui produisent des ondes sonores sans contact (Ă©coutez “ Improvisation with my e-bow circuit machine, dĂ©c 2019 ” ; ici : https://soundcloud.com/claraiannotta). Le geste nĂ© du e-bow permet de produire une vague sonore particuliĂšrement stable et puissante (l’inverse du clavecin). C’est l’apport des instruments motorisĂ©s, autre voie de recherche que dĂ©veloppe la compositrice avec la complicitĂ© de son partenaire depuis 2014, l’ingĂ©nieur Jan Bernstein. L’onde se dĂ©ploie comme un rayon continu, comme un faisceau saisissant par son intensitĂ© ; la machine permet de rĂ©gler au millimĂštre la frĂ©quence, et dans sa hauteur et dans sa longueur. Clara Iannotta en contraste et pour enrichir encore la texture de la matiĂšre sonore ainsi produite, ajoute des frottements, des enroulements percussifs qui semblent se cristalliser sur l’onde
 Le spectre expressif de ce champs Ă©lectromagnĂ©tique est spectaculaire et hypnotique. De quoi renforcer la place de l’Arsenal de METZ tel un laboratoire musical, le lieu des expĂ©rimentations imprĂ©vues. Et si dĂ©sormais les nouvelles voies de la recherche musicale contemporaine montraient leurs visages Ă  Metz ? Cycle Ă  suivre.

 

 

 

AGENDA : les concerts de CLARA IANNOTTA Ă  venir Ă  METZ
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boutonreservationREVERIES ITALIENNES
mer 5 février 2020, 20h
Arsenal Salle de l’Esplanade

Produire de nouveaux univers sonores, rĂ©inventer les formes du concert
 la quĂȘte des compositeurs contemporains italiens Clara Iannotta et Francesco Filidei, « figures de la nouvelle gĂ©nĂ©ration », s’avĂšre passionnante. L’Ensemble Linea permet la rĂ©alisation des sonoritĂ©s envisagĂ©es, « innover en transformant des objets en instruments et mettre l’inventivitĂ© au service du spectacle ». Ainsi le concert conçoit le jeu comme terreau d’expĂ©rimentation et renforce le pouvoir onirique de la musique. C’est le cas des deux Ɠuvres de Clara Iannotta Ă  l’affiche de ce concert dont l’envoĂ»tant Eclipse Plumage
DurĂ©e : 1h10 – Ensemble Linea, direction : Jean-Philippe Wurtz

 

 

ECLIPSE PLUMAGE (2019)
Pour la premiĂšre fois Ă  Metz, Clara Iannotta travaille avec l’ensemble Ă©lectronique Linea, un collectif qu’elle connaĂźt mais avec lequel elle n’avait encore jamais rĂ©alisĂ© de programmes. Eclipse Plumage est une nouvelle rĂ©flexion / recherche sur le parcours sinusoĂŻdal des ondes, en un jeux de vibrations et de distorsions, selon que les aimants se rapprochent des cordes. En jouant sur le dessin des crĂȘtes, l’intensitĂ© des pulsations, la compositrice semble dilater l’espace et le temps, les replier en une suite de signaux dont elle modifie constamment l’amplitude et la frĂ©quence, mais en demeurant toujours dans la verticalitĂ© du son. Ici aucune recherche sur le dĂ©veloppement temporel, l’idĂ©e d’une construction logique comme d’un dĂ©placement mĂ©lodique ou harmonique cadrĂ© et formatĂ©. Clara Iannotta met en lumiĂšre la notion des temporalitĂ©s non fixes et jamais semblables. D’ailleurs pour elle, l’idĂ©e d’un temps identique n’existe pas. Il y a des temporalitĂ©s multiples, simultanĂ©es. Pas de temps universel. Il semble que le matĂ©riau sonore s’organise en failles vertigineuses oĂč s’engouffrent et se libĂšrent des Ă©clats de matiĂšres sonores mobiles ; oĂč surgissent aussi des hululements sourds Ă©voquant toujours ce rapport trouble dans l’imaginaire de la compositrice, entre bruits abstraits et cris du vivant. La rĂ©alisation est toujours saisissante. Ecoutez ici Eclipse plumage (2019) : https://soundcloud.com/claraiannotta
(durée : 18mn).

Programme :
Francesco Filidei : Finito ogni gesto, Ballata 3
Clara Iannotta : ECLIPSE PLUMAGE – D’aprĂšs Troglodyte Angels Clank By

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https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/reveries-italiennes

 

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boutonreservationMIGRANTES
mer 25 mars 2020, 20h
Arsenal Salle de l’Esplanade

mirgantes-carla-iannotta-concert-critique-classiquenewsEngagĂ© sur le front des mĂ©tissages culturels et de la crĂ©ation, l’Ensemble Linea propose dans « Migrantes », un concert abordant les thĂšmes de la migration et de l’égalitĂ© des genres. « ComposĂ© d’Ɠuvres Ă©crites par des femmes originaires d’Asie, du Moyen Orient, d’OcĂ©anie ou d’Europe, ce programme rend hommage Ă  la richesse des croisements culturels et au courage, Ă  l’humanitĂ© et Ă  la force de femmes artistes qui, partout dans le monde, tentent de faire entendre leur propre voix et celle d’une culture imprĂ©gnĂ©e de mĂ©tissages ». Clara Iannotta ouvre ce concert avec « Paw-marks in wet cement (ii) », partition sur la mĂ©moire.

DurĂ©e : 1h – Ensemble Linea, direction : Jean-Philippe Wurtz / contrebasse : Florentin Ginot

Clara Ianotta prĂ©sente sa nouvelle version du Concerto pour piano ; il ne s’agit pas d’une Ɠuvre concertante classique, mais du jeu simultanĂ© de 3 instrumentistes qui jouent dans le piano. Tous les sons de l’Ɠuvre proviennent du piano, lieu de transformation, boĂźte expĂ©rimentale et caisse de rĂ©sonance unique d’oĂč jaillissent et se fondent les sons, Ă  partir du clavier « prĂ©paré »

Programme :
Clara Iannotta : Paw-marks in wet cement (ii)
Zeynep Toraman : 
A gilding process that echoes back to ancient times (CrĂ©ation mondiale).
Liza Lim : The table of knowledge pour contrebasse seule
Feliz Macahis : Nouvelle oeuvre pour ensemble Création
Rebecca Saunders : Fury II pour contrebasse et ensemble

RESERVEZ ici :
https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/migrantes

 

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boutonreservationBEETHOVEN ET LA MODERNITÉ
mar 31 mars 2020, 20h
Arsenal, Salle de l’Esplanade

Clara Iannotta, poursuit sa rĂ©sidence Ă  la CitĂ© musicale-Metz, et dĂ©voile de nouveaux fragments de son travail en cours d’accomplissement. A partir des objets dont elle fait des instruments, la compositrice italienne rĂ©invente son propre spectre sonore, envisage de nouvelles passerelles entre expĂ©rimentation ludique et nouvelles Ă©critures sonores.
diotima-quatuor-beethoven-carla-iannotta-concert-critique-metz-classiquenewsComplices de ce labyrinthe aux prolongements inĂ©dits, les instrumentistes du Quatuor DIOTIMA repousse les frontiĂšres de l’exploration esthĂ©tique : « Dead wasps in the jam-jar (iii) » plonge le spectateur dans « d’insondables profondeurs oĂč le solo du violon s’étire dans des dimensions ocĂ©aniques ». Pour l’annĂ©e Beethoven 2020, dont est jouĂ© le sublime et visionnaire Quatuor n°15, les Diotima tisse les passerelles entre le prophĂšte romantique et les perspectives ouvertes Ă©noncĂ©es, permises par l’écriture de Carla Iannotta. La musique n’est-elle pas un questionnement continu qui ne cesse de rĂ©inventer les formes de l’avenir ?

DurĂ©e : 1h30 – Quatuor Diotima.

Clara Iannotta présente le 3Ú volet du cycle Dead wasps, réflexion et recherche spécifiques sur les glissandos et les sauts, créant à partir des instruments à cordes joués autrement, les sinus harmoniques inédits qui semblent à la fois immobiles et infinis.

Programme :
Karol Szymanovski : Quatuor n°2
Clara Iannotta : « Dead wasps in the jam-jar » (iii)
pour quatuor Ă  cordes et Ă©lectronique
Ludwig van Beethoven : Quatuor n°15

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RESERVATIONS & INFORMATIONS
3 programmes événements de CLARA IANNOTTA à METZ
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LIRE aussi notre présentation des 5 temps forts de la saison musicale 2019 2020 à la Cité musicale METZ
https://www.classiquenews.com/metz-cite-musical-metz-saison-2019-2020-temps-forts/

 

 

 

 

 ECOUTER VOIR CLARA IANNOTTA :

skull ark, upturned with no mast (2017–18) from Clara Iannotta on Vimeo.

 

TOURS, Opéra. Le Barbier de Séville de ROSSINI de Pelly et Pionnier

babrier-pelly-rossini-tours-critique-trio-terzetto-acte-II-opera-critique-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. ROSSINI : Le Barbier de SĂ©ville : 29 janv – 2 fĂ©v 2020. Eblouissant Barbier de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier. jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. On ne saurait souligner la rĂ©ussite totale de cette production, pour certains, dĂ©jĂ  vue (crĂ©Ă©e Ă  Paris en 2017), mais Ă  Tours rĂ©activĂ©e sous la direction de Benjamin Pionnier et avec une distribution qui atteint l’idĂ©al.

Rossini en 1816, Ă  peine ĂągĂ© de 25 ans, ouvre une nouvelle Ăšre musicale avec ce Barbier sommet d’élĂ©gance et de pĂ©tillance et qui semble sublimer le genre buffa. La rĂ©alisation Ă  l’OpĂ©ra de Tours en exprime toutes les facettes, tout en soulignant aussi la justesse de Laurent Pelly qui signe ici l’une de ses meilleures mises en scĂšne rossiniennes. Directeur des lieux, le chef d’orchestre Benjamin Pionnier est bien inspirĂ© de programmer ce spectacle en le proposant aux tourangeaux. Une maniĂšre inoubliable de fĂȘter l’annĂ©e nouvelle et de poursuivre la saison lyrique 2019 – 2020 Ă  Tours.

LIRE NOTRE PRÉSENTATION du Barbier de SĂ©ville de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier Ă  l’OpĂ©ra de Tours, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. Production Ă©vĂ©nement

barbier-seville-rossini-pelly-pionnier-opera-de-tours-janv-2020-critique-opera-critique-concert-classiquenews

ONL LILLE : 8Ăš Symphonie de MAHLER (reportage nov 2019)


mahler-mille-ONL-LILLE-alexandre-Bloch-vignette-classiquenewsREPORTAGE vidĂ©o 8Ăš symphonie de MAHLER... ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Alexandre BLOCH. La 8Ăš Symphonie des Gustav Mahler est un Everest orchestral, choral et lyrique crĂ©Ă© en 1910 dont le colossal des effectifs (jamais vu jusque lĂ , d’oĂč son sous titre « des Mille », pour 1000 musiciens sur scĂšne) Ă©gale l’exigence morale, poĂ©tique, spirituelle. PrĂ©sentation de la partition composĂ©e d’une premiĂšre partie de tradition contrapuntique traditionnelle mais revisitĂ© (Hymne « Veni Creator Spiritus »), puis d’une seconde partie qui aborde comme un opĂ©ra, la derniĂšre partie du second Faust de Goethe. Y paraissent de nombreux personnages Magna Peccatrix, Pater Ecstaticus, Pater Profundus, Doctor Marianus, Mulier Samaritana, Maria Aegyptiaca, 
 enfin Mater Gloriosa, sans omettre les choeurs des anges, le chƓur Mysticus en une fresque flamboyante qui exprime les forces vitales de l’Amour et le pouvoir de l’Eternel FĂ©minin, source de salut et de rĂ©demption pour le monde et l’humanitĂ©. Entretien avec les interprĂštes et les parties engagĂ©es dans la rĂ©alisation de ce dĂ©fi suprĂȘme pour l’Orchestre National de Lille. C’est l’un des jalons du cycle Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© aux Symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH, directeur musical. 12mn – © studio CLASSIQUENEWS  -  rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM (nov 2019)

 

COMPTE RENDU, critique, concert. TOURS, Opéra, le 11 janvier 2020. Concert du nouvel An, OSRCVLT, Benjamin Pionnier. Strauss, Tchaikovsky, Brahms


Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l'OpĂ©ra de ToursCOMPTE-RENDU, critique, concert. TOURS, OpĂ©ra, le 11 janvier 2020. Concert du nouvel An, OSRCVLT, Benjamin Pionnier. Strauss, Tchaikovsky, Brahms
 Superbe soirĂ©e qui donne du baume au cƓur en ce dĂ©but d’annĂ©e 2020 Ă  Tours. Le chef Benjamin Pionnier, directeur gĂ©nĂ©ral de l’OpĂ©ra de Tours, poursuit son travail avec les musiciens maison ; une collaboration qui est marquĂ©e par un Ă©largissement significatif du rĂ©pertoire ; par l’accroissement de l’expĂ©rience musicale grĂące Ă  l’invitation faite Ă  d’autres chefs invitĂ©s aux profils variĂ©s, ce qui est toujours profitable pour rĂ©duire les effets de la routine ; par des actions nouvelles vers les jeunes publics (l’OpĂ©ra de Tours a Ă©tĂ© l’un des premiers Ă©tablissements lyriques Ă  lancer les « concerts bĂ©bé »   depuis lors, complets tout au long de la saison)

Ce soir, c’est l’esprit viennois et la magie des valses des Strauss, pĂšre et fils qui s’exportent de Vienne Ă  Tours. Il faut toute la premiĂšre partie (Ouverture des Joyeuses CommĂšres de Windsor de Nicolai, Suite de Casse-Noisette opus 71, 
) pour chauffer les instruments, pour que le collectif atteigne une volubilitĂ© expressive, une Ă©vidente lĂ©gĂšretĂ©.
Ce n’est pourtant pas la direction du chef, claire et prĂ©cise qui manque d’entrain. D’autant que le programme Ă©gale en rĂ©alitĂ© le concept sur mĂ©diatisĂ© du concert du nouvel an Ă  Vienne ; le directeur de l’OpĂ©ra de Tours inaugure mĂȘme un cycle totalement viennois ou rĂšgnent Ă©videmment la facĂ©tie heureuse, l’énergie hyper Ă©lĂ©gante des deux Strauss lĂ©gendaires, Johann 1 et 2, le pĂšre et le fils. Tradition instituĂ©e par le Philharmonique de Vienne, dans la salle dorĂ©e du Musikverein chaque 1er janvier (depuis 1939), les deux totems, universellement connus et lĂ©gitimement cĂ©lĂ©brĂ©s, « le Beau Danube bleu », du fils ; puis « la Marche de Radetsky », du pĂšre sont jouĂ©s et enchainĂ©s ce soir Ă  Tours en sĂ©quence finale ; le chef conduisant mĂȘme le public rĂ©joui, prĂȘt Ă  rĂ©aliser sa claque d’encouragement (comme Ă  Vienne), mais en respectant aux bons moments, les nuances piano et forte.

 

 

 

Valses viennoises Ă  Tours

 
 

 
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Les Danses hongroises (5 et 6) de Brahms ouvrent ainsi le bal dans la nervosité quasi électrique, sachant caractériser avec la souplesse requise les superbes effets de contrastes. Enfin une certaine urgence se fait entendre, conférant au concert ce rayonnement sonore et cette intensité, souhaités.

On se dĂ©lecte dans la mĂȘme mesure de la Polka opus 330 de Johann 2 intitulĂ©e « Fata Morgana », rarement donnĂ©e et qui rappelle combien les valses du fils redoublent d’intelligence dramatique, d’imagination, 
 en une Ă©criture foisonnante de pĂ©ripĂ©ties expressives, servies par une orchestration des plus raffinĂ©es. C’est bien un rĂ©servoir d’idĂ©es et de nuances qui pourraient davantage ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es dans ce qui s’affirme ĂȘtre un vrai poĂšme symphonique (plus esquissĂ© que longuement dĂ©ployĂ©).
La vivacitĂ© du chef fait merveille dans une autre pĂ©pite symphonique, celle-ci plus cĂ©lĂšbre, la Polka rapide opus 324, autre chef d’oeuvre de Johann fils, tableau climatique dont l’entrain irrĂ©pressible, la verve rĂ©jouissante, suscitent de trĂšs efficaces effets de tonnerre et d’Ă©clairs, comme le rappelle le chef au prĂ©alable, s’adressant au public.

 

 

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Avec « Sang Viennois » / Wiener Blut (1873), le mĂȘme Johann fils atteint une suavitĂ© mĂ©lodique d’une rare Ă©lĂ©gance lĂ  encore, dont l’exposĂ© prĂ©liminaire rĂ©servĂ© aux seules cordes annonce la grĂące d’un autre Strauss (mais qui n’a rien Ă  voir avec la famille des faiseurs de valses), Richard. Difficile d’imaginer que c’est avec ce standard depuis lors cĂ©lĂ©brĂ© que Johann Strauss dirige pour la premiĂšre fois, le Philharmonique de Vienne, jusque lĂ  rĂ©tif Ă  jouer ses partitions (!).

VoilĂ  qui inscrit dĂ©finitivement Johann Strauss 2, parmi les plus grands crĂ©ateurs symphoniques et lyriques ; et c’est bien sur ses deux activitĂ©s que reposent aujourd’hui la force expressive comme l’habiletĂ© de l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Tours dont le chef directeur prend soin de cultiver l’appĂ©tence. La programmation en cours le montre bien, diversitĂ© de la saison lyrique, passant par exemple du prochain Barbier de SĂ©ville de Rossini (fin janvier 2020) Ă  Powder her face de Thomas Hades (en avril) ; mĂȘme exigence pour la saison symphonique qui renforce un Ă©clectisme inĂ©dit comme formateur pour les instrumentistes sans omettre la diffusion des programmes sur le territoire. La ville de Tours et la rĂ©gion Centre-Val de Loire dont l’Orchestre porte le nom, ont bien de la chance de pouvoir compter aujourd’hui avec un tel acteur culturel. Ce soir, Ă  l’initiative de Benjamin Pionnier, les tourangeaux ont fĂȘtĂ© la nouvelle annĂ©e dans l’énergie, la souplesse, l’élĂ©gance, grĂące Ă  ce programme qui semblait venir directement du Musikverien de Vienne. Une suggestion : comme il aurait Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ© que soit jouer aussi Offenbach dont le sourire et la finesse Ă©taient admirĂ©s de Johann Strauss II son contemporain; d’autant que Benjamin Pionnier a su crĂ©er la premiĂšre mondiale en français de son opĂ©ra Les FĂ©es du Rhin de 1864 (jusque lĂ  connu dans sa version viennoise)
 C’était en octobre 2018, un Ă©vĂ©nement lyrique qui reste mĂ©morable. A suivre.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. TOURS, OpĂ©ra, le 11 janvier 2020. Concert du nouvel An, OSRCVLT, Benjamin Pionnier. Strauss, Tchaikovsky, Brahms
 Illustrations / photos : © OpĂ©ra de Tours 2020

 

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Agenda 2020

Prochains Ă©vĂ©nements Ă  l’OpĂ©ra de Tours : Le Barbier de SĂ©ville de Rossini, 29 janv – 2 fĂ©v 2020. B. Pionnier, direction / L. Pelly, mise en scĂšne (avec Guillaume Andrieux, Anna Bonitatibus, Patrick Kabongo
).
Concert Beethoven (Symphonie n°8 en fa majeur, Op.93 ; Air de concert pour soprano et orchestre « Primo Amore » ; Egmont, Ouverture et musique de scĂšne pour le drame de Goethe, Op. 84, avec Marie Perbost, soprano et Jacques Vincey, rĂ©citant – sam 8 et dim 9 fĂ©vrier 2020) – Ă©vĂ©nement pour les 250 ans de Beethoven

Infos & RĂ©servations : http://www.operadetours.fr

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Vidéo

 

 


L'OpĂ©ra de TOURS rĂ©ussit la crĂ©ation mondiale des FĂ©es du Rhin d'OffenbachVOIR notre reportage : TOURS, OpĂ©ra. Offenbach : Les FĂ©es. Les 28, 30 septembre, 2 oct 2018. Dans Les FĂ©es, Offenbach dĂ©voile dĂ©jĂ  son gĂ©nie de la mĂ©lodie, sa puissante inspiration, un talent de dramaturge qui sait traiter le genre “noble” du grand opĂ©ra, avec chƓur omniprĂ©sent, duos amoureux, trios cyniques et diaboliques, confrontations multiples entre soldats crapuleux et villageois sans dĂ©fense, sans omettre le ballet et aussi, sujet oblige, un tableau onirique et fantastique, surnaturel et magique (le Rocher des Elfes au III). La crĂ©ation de la version française (car Les fĂ©es n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©es en France du vivant de l’auteur), est en soi un Ă©vĂ©nement lyrique, rĂ©alisĂ© par l’OpĂ©ra de Tours. L’ouvrage ainsi dĂ©voilĂ©, devrait rĂ©vĂ©ler avant Les Contes d’Hoffmann, le talent d’un Offenbach dĂ©jĂ  en 1864, passionnĂ© par la fĂ©erie

http://www.classiquenews.com/video-reportage-opera-de-tours-creation-mondiale-des-fees-du-rhin-de-j-offenbach-1864/

Illustrations : © classiquenews 2020

 
 

  

 

COMPTE-RENDU, danse et concert. PARIS, 13Ăš Art, le 31 dĂ©c 2019. FOLIA : Tarentelles et danse. Merzouki / FE COMTE, Le Concert de l’Hostel Dieu.

COMPTE-RENDU, danse et concert. PARIS, 13Ăš Art, le 31 dĂ©c 2019. FOLIA : Tarentelles et danse. Merzouki / FE COMTE, Le Concert de l’Hostel Dieu. L’onirisme porte ce spectacle lĂ©gitimement acclamĂ© (depuis sa crĂ©ation en 2018) car la fusion de la danse hip hop et du baroque le plus Ă©chevelĂ© tient du miracle ; un sens trĂšs apprĂ©ciable de la transition et des enchaĂźnements qui pourrait inspirer bien des concepteurs. A partir d’une collection de tarentelles napolitaines et autres standards baroques dont Vivaldi, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu et Franck-Emmanuel Comte aux claviers revisitent avec une trĂ©pidation engageante chaque section musicale qui devient tableau chorĂ©graphique captivant sous l’effet des mouvements collectifs de la Compagnie de danseurs du chorĂ©graphe Mourad Merzouki.

 

 

 

HIP HOP et BAROQUE
la fusion idéale du couple Merzouki et Comte

 

 

Baroque et hip hop : la " FOLIA "  Ă  PARIS !
 

 

La complicitĂ© et la comprĂ©hension mutuelle des deux artistes fonctionnent d’évidence, livrant un flux continu de force, de poĂ©sie, de pulsion rythmique et physique qui interroge le sens mĂȘme des danses choisies dont la tarentelle. Tout s’enchaĂźne sans heurts, jouant des contrastes, de la variĂ©tĂ© des Ă©pisodes dont les mĂ©lodies chantĂ©es par la soprano Heather Newhouse ; le summum Ă©tant atteint avec le Nisi Dominus, Cum dederit de Vivaldi (Psaume 126) pour lequel la cantatrice paraĂźt au sommet d’une immense sphĂšre qui pourrait ĂȘtre sa robe mappemonde.
De part en part, d’immenses coloquintes Ă©vidĂ©es crĂ©ent des coupoles vĂ©gĂ©tales mobiles oĂč se nichent instrumentistes, chanteuse, danseurs
 Tout s’enchaĂźne avec grĂące et cohĂ©rence, en particulier dans l’unitĂ© de la sĂ©lection musicale : les danseurs hip-hop s’accordent Ă  l’acuitĂ© expressive des cordes. L’équation entre les Ă©critures associĂ©es, de la danse contemporaine et urbaine, et de la musique baroque produit un thĂ©Ăątre du mouvement et de la vie particuliĂšrement homogĂšne, fruit de la rencontre fĂ©conde entre Mourad Merzouki et Franck-Emmanuel Comte.
A la vitalitĂ© permanente des tableaux rĂ©pond aussi une rĂ©flexion sur le sens du spectacle : ce groupe qui porte des sphĂšres, qui se renvoie un globe bientĂŽt Ă©clatĂ© (avec effets de ralentis de corps en corps, assez sidĂ©rant) ne reflĂšte-t-il pas la course de notre monde en perte d’équilibre et d’harmonie ? Et l’on comprend pourquoi « Folia » a Ă©tĂ© choisi comme titre gĂ©nĂ©rique. La tarentelle est une danse qui libĂšre par sa transe. LibĂ©ration d’un temps de convulsions dangereuses et menaçantes pour que naisse, enfin, ce monde miraculĂ©, pacifiĂ© et fraternel que nous attendons de tous nos vƓux et que sollicite en rĂ©alitĂ© le fabuleux spectacle. Il faut repĂ©rer les reprises de cette fresque hypnotique et saluer la volontĂ© de bannir les frontiĂšres comme Ă©largir le bĂ©nĂ©fices des mĂ©tissages artistiques : ce produit hors normes ravit les sens. Il rĂ©gĂ©nĂšre aussi l’approche du baroque sur la scĂšne. Magique.

 

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la saison 2019 2020 du Concert de l’Hostel Dieu
http://www.classiquenews.com/le-concert-de-lhostel-dieu-nouvelle-saison-2019-2020-temps-forts/

 

 

 

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LIRE aussi notre critique complĂšte du cd FOLIA regroupant les musiques du ballet FOLIA
FOLIA-concert-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-cd-review-critique-cd-classiquenews-mourad-merzouki-critique-balletCD, critique. FOLIA. Le Concert de l’HOSTEL-DIEU, Franck-Emmanuel Comte, direction (1 cd 1001 NOTES, 2018). Voici un programme musical qui malgrĂ© son « prĂ©texte » chorĂ©graphique s’écoute avec plaisir, tant la sonoritĂ©, le geste, l’implication des musiciens du Concert de l’Hostel-Dieu savent incarner chaque sĂ©quence choisie, en un cycle dont l’unitĂ© fait sens, et ses contrastes, rĂ©activent continument la tension et la vitalitĂ©.
https://www.classiquenews.com/cd-critique-folia-le-concert-de-lhostel-dieu-franck-emmanuel-comte-direction-1-cd-1001-notes-2018/

 

 

 

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A VENIR
Le Concert de l’Hostel Dieu et Franck Emmanuel Comte proposent en fĂ©vrier 2020, la suite du cycle BAROQUE AU FEMININ (volet 2 : Compositrices françaises du SiĂšcle des LumiĂšres, les 11 et 12 fĂ©vrier 2020), puis en juin, un focus sur une diva oubliĂ©e pourtant lĂ©gendaire, Elisabeth DUPARC, « la Francesina », mer 10 juin 2020
LIRE ici notre présentation de ces deux temps forts de la saison 2019 2020 à LYON
http://www.classiquenews.com/le-concert-de-lhostel-dieu-nouvelle-saison-2019-2020-temps-forts/

 

 

 

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Festival Musique et MĂ©moire 2019 : La Fenice, Vox Luminis, Jean-Charles Ablitzer

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsVIDEO. MUSIQUE MEMOIRE 2019 : La Fenice, Vox Luminis et Jean-Charles ABLITZER, orgue (juillet 2019) – Le 26Ăš Festival Musique et MĂ©moire poursuit son exploration des rĂ©pertoires entre XVIĂš et XVIIĂš avec La Fenice et Jean TubĂ©ry ; il met aussi en scĂšne le formidable orgue ibĂ©rique de Grandvillars, rĂ©cemment inaugurĂ©, que joue l’organiste Jean-Charles Ablitzer (Tientos de Arauxo) auquel rĂ©pondent les voix uniques, cĂ©lestes, de VOX LUMINIS, interprĂštes du Requiem de Victoria – reportage © studio classiquenews.tv / RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM (juillet 2019)

Duo Ă  deux guitares : PALISSANDRE. cd MosaĂŻque (PARATY)

duo-palissandre-paraty-concert-critique-classiquenewsPALISSANDRE : MosaĂŻque (1 cd Paraty). Vanessa Dartier et Yann Dufresne compose le DUO de Guitares PALISSANDRE. Leur premier cd aidĂ© par PARATY Ă©blouit par ses audaces (transcriptions d’aprĂšs Rameau, FaurĂ©) et sait aussi dĂ©voiler le tempĂ©rament mozartien du prĂ©romantique Antoine de LHOYER dont ils jouent dans sa version originale pour deux guitares, le Duo Concertant n°3 opus 31 – CLIP vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV dĂ©c 2019

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COMPTE-RENDU, critique, concert. PARIS, salle Cortot, le 2 déc 2019. Le temps retrouvé / Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano)

COMPTE-RENDU, critique, concert. PARIS, salle Cortot, le 2 dĂ©c 2019. Le temps retrouvĂ© / Li-Kung Kuo (violon), CĂ©dric Lorel (piano). Au cƓur du chambrisme français. Chausson, Saint-SaĂ«ns, Hahn, YsaĂże
 le duo Li-Kung Kuo (violon), CĂ©dric Lorel (piano) Ă  la faveur de leur rĂ©cent cd Ă©ditĂ© par Cadence Brillante, intitulĂ© « Le temps retrouvé » (rĂ©compensĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS), souligne l’ñge d’or de la musique de chambre en France au temps de Proust dont ils ont proposĂ© une certaine idĂ©e du goĂ»t musical, propre Ă  la Belle-Epoque. Il n’y a aucun doute sur la qualitĂ© de cette musique Ă©vocatrice e poĂ©tique et l’on s’étonne toujours de ne pas l’écouter plus souvent dans les salles de concert.

 

 

Mille et une nuances du chambrisme français

 

 

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©Sur les traces de la lĂ©gendaire et trĂšs littĂ©raire Sonate de Vinteuil, mythe proustien par excellence, les deux artistes abordent plusieurs auteurs du programme de leur cd, mais dans un ordre diffĂ©rent, terminant par EugĂšne YsaĂże dont il trace ainsi un portrait complet, comme interprĂšte et comme compositeur.‹ A l’époque de Proust, le chant de l’ñme vibrante et dĂ©sirante s’exprime au violon ainsi : virtuosissime (Caprice opus 52 n°6, d’aprĂšs Saint-SaĂ«ns d’YsaĂże) ; Ăąpre et profond, jusqu’à l’expiration enivrĂ©e (trĂšs wagnĂ©rien et tristanesque PoĂšme de Chausson opus 25 ; extatique Ă©perdu en une voluptĂ© heureuse (Nocturne de Hahn) 

Le sommet du rĂ©cital Ă  Cortot Ă©tant la Sonate n°1 de Saint-SaĂ«ns (opus 75) de 1885, sa petite mĂ©lodie aĂ©rienne, fruit d’un gĂ©nie français de 50 ans, qui aura certainement inspirĂ© Marcel, lequel n’hĂ©sitait jamais, comme pour mieux brouiller les pistes, Ă  dire sa dĂ©testation de
 Saint-SaĂ«ns justement. C’est pourtant bien cet air qui semble jaillir de l’enfance, naturel et coulant en une innocence, intacte et vive qui surgit comme second thĂšme du premier mouvement, saisissant par sa simplicitĂ© et son intensitĂ© sincĂšre. Proust y dĂ©tecte comme un leit motiv emblĂ©matique de La Recherche du temps perdu, la « masse » du piano sous la ligne violonistique, Ă©crit-il transportĂ©, « multiforme, indivise, (
), la mauve agitation des flots que charme et bĂ©molise le clair de lune ». Au cƓur de l’inspiration proustienne, la musique qui a ce don de jaillir comme une source fĂ©condante, continue. Tout le gĂ©nie de Camille s’exprime alors, organisant la forme Sonate en un diptyque qui marque les esprits par son souffle, ses crĂ©pitements vifs argents, son charme « intĂ©rieur », ce « chic Ă  la française » qui surpasse mĂȘme l’élĂ©gance viennoise par sa profondeur et la sensualitĂ© de ses couleurs
 que CĂ©dric Lorel, remarquable de couleurs fauves en effet, par son toucher suggestif, 
 « proustien », rĂ©active d’un bout Ă  l’autre au clavier.
Sa complicitĂ© et son Ă©coute offrent une assise souple et articulĂ©e au chant direct et intense du violoniste taiwanais Li-Kung Kuo dont la franchise sonore sait libĂ©rer la tension et maintenir l’expressivitĂ© du son de façon continue. Et c’est peu dire que le violoniste aborde avec une superbe chauffĂ©e Ă  blanc la sĂ©quence ivre de doubles croches qui s’électrise en cascades irradiantes jusqu’au finale, Ă©blouissant de santĂ© apollinienne. Du cran et de la constance marque ce programme rĂ©gĂ©nĂ©rant. Un bain de romantisme français d’une hallucinante maturitĂ© poĂ©tique.
Le Chausson (que crĂ©a YsaĂże) culmine dans l’évocation de paysages crĂ©pusculaires oĂč plane l’idĂ©e d’un envoĂ»tement mystĂ©rieux.

UN AGE D’OR de la musique française
 Rien n’est semblable Ă  l’acuitĂ© expressive des compositeurs français que marque alors une nette volontĂ© d’affirmer l’écriture nationale vis Ă  vis des germaniques. Si Chausson, mort trop jeune, se forme en vĂ©ritĂ© en copiant les quatuors de Beethoven et de Schumann, saine vocation pour celui que son pĂšre força au droit, il nous laisse (avec Franck), une alternative au wagnĂ©risme inĂ©vitable, que les deux interprĂštes ce soir, dĂ©voilent avec une sĂ»retĂ© musicale et une grande finesse.
Et quelle belle idĂ©e de terminer le concert en jouant Lili Boulanger, trĂšs inspirĂ©e dans ce Nocturne (qui semble ainsi rĂ©pondre Ă  celui de Reynaldo Hahn, jouĂ© en ouverture). En un mot, superbe concert que l’auditeur retrouve dans le cd opportunĂ©ment intitulĂ© « le temps retrouvé ».

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd Le temps retrouvé par Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano), édité en novembre 2019 chez Cadence Brillante.

COMPTE-RENDU, concert. BOULOGNE-BILL, la Seine Musicale, le 30 nov 2019. Haendel : Glory. Le Palais Royal. Jean-Philippe Sarcos, direction

COMPTE-RENDU, concert. BOULOGNE-BILL, la Seine Musicale, le 30 nov 2019. Haendel : Glory. Le Palais Royal. Jean-Philippe Sarcos, direction. Jean-Philippe Sarcos dirige son ensemble Le Palais royal (fondĂ© en 2010) dans un programme de cĂ©lĂ©bration, Ă  caractĂšre officiel car il s’agit des musiques de circonstances composĂ©es pour ses protecteurs Georges II et son Ă©pouse la reine Caroline. Chant exclamatif et majestueux pour le couronnement des souverains (1727, Coronation Anthems), surtout enchaĂźnĂ© sans entracte, le trĂšs rare Te Deum de Dettingen, hymne ambrosien, qui cĂ©lĂšbre la victoire remportĂ©e «  Ă  l’arrache » et de façon tout Ă  fait imprĂ©vue voire rocambolesque par Georges II sur les français.

 

 

 

HAENDEL au cƓur

 

 

 

HANDEL glory corporation anthems dettingen concert critique classique news le-palais-royal-jean-philippe-sarcos-event_gallery-1Pourtant en dĂ©pit de la dĂ©claration solennelle que promet le programme, le chef insiste avec raison sur la relation particuliĂšre qui rapproche Haendel et les Souverains. Des patrons certes mais surtout des amis : Haendel a connu en Allemagne le prince de Hanovre avant qu’il ne devienne roi d’Angleterre. Le compositeur Ă©tait trĂšs proche de la souveraine Caroline. Le programme exprime cette affection particuliĂšre du musicien pour ses protecteurs. Jean-Philippe Sarcos met l‘accent sur une soirĂ©e oĂč le cƓur et le sentiment prĂ©valent. Le decorum est bien lĂ , dans les effectifs et le style grandiose, mais comme Ă  son habitude, la musique de Haendel n’écarte pas la sincĂ©ritĂ© ni la profondeur. C’est bien lĂ  ce qui explique son gĂ©nie et qu’a bien compris Jean-Philippe Sarcos.
Des Coronations Anthems (HWV 258-261), les interprĂštes insufflent respirations et Ă©nergie ; Zadok the Priest en marque le sommet telle une arche spectaculaire, et le dernier, My heart is inditing / Mon cƓur compose
 (HWV 261) est un hommage direct Ă  Caroline, sa douceur d’ñme.

La piĂšce maĂźtresse est ici le Te Deum (HWV 283), partition rarement jouĂ©e, qui immĂ©diatement dĂšs son ouverture, fait rĂ©sonner son caractĂšre solennel et martial (excellence des 3 trompettes naturelles, dont les deux principales reviennent, mais cette fois Ă©tagĂ©es dans les balcons pour l’adagio de mĂ©ditation / n°12, aprĂšs l’annonce du Jugement dernier). Le chƓur qui chante par cƓur et gagne ainsi une Ă©vidente aisance dans le geste vocal et la projection du texte souligne dans la ferveur collective le sens glorificateur de la partition, saluant le Dieu des armĂ©es, et le Christ prĂȘt au sacrifice. Parmi les solistes distinguons surtout deux personnalitĂ©s trĂšs assurĂ©es, convaincantes : la taille toujours percutante, au verbe vif, acĂ©rĂ©, de Mathias Vidal ; la soliditĂ© vocale, claire et elle aussi percutante du contre-tĂ©nor Carlo Vistoli. La voix est droite, parfaitement juste, vĂ©ritable instrument, tranchant et aiguisĂ© qui semble vouloir en dĂ©coudre.
Directeur musical impliquĂ©, Jean-Philippe Sarcos ne s’épargne aucune indication expressive pour porter et sculpter la matiĂšre vivante de son ensemble : instrumentistes et chanteurs vibrent au mĂȘme diapason d’une Ă©vidente sincĂ©ritĂ©. A travers ce programme festif et royal dans sa forme et son intention, c’est le Haendel, intime et affectueux, sa personnalitĂ© fraternelle et communicative qui nous sont intensĂ©ment rĂ©vĂ©lĂ©s. VoilĂ  qui souligne la prĂ©sence du Baroque Ă  la Seine Musicale ; un choix de programmation louable qui dĂ©fend in loco, la diversitĂ© de l’offre.

 

 

 

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 Le Palais Royal / Jean-Philippe Sarcos (DR)

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. BOULOGNE-BILL, la Seine Musicale, le 30 nov 2019. Haendel : Glory. Le Palais Royal. Jean-Philippe Sarcos, direction.