CRITIQUE, livre. BELLINI par GĂ©rard Denizeau [Bleu Nuit Éditeur, collection Horizons]

bellini denizeau biographie bleu nuit Ă©diteur classiquenews critique livreCRITIQUE, livre. BELLINI par GĂ©rard Denizeau [Bleu Nuit Éditeur, collection Horizons] – Biographie au verbe aiguisĂ©, Ă  la pertinence affĂ»tĂ©e qui a le mĂ©rite de dĂ©poussiĂ©rer la figure autant que l’Ă©criture d’un Bellini mĂ©connu,  insoupçonnĂ© mais trĂšs juste : « mystĂ©rieux et mĂ©chant », d’une puissance enfin dĂ©voilĂ©e, dont le tempĂ©rament mĂ©diterranĂ©en [sicilien nĂ© Ă  Catane] revendique une autre voie, celle Ă©lĂ©giaque en rien spectaculaire dont la puretĂ© subtile se dĂ©tacherait dans le paysage europĂ©en romantique, au mĂȘme titre que la transparence française, ou les brĂ»mes pĂąlissantes et septentrionales germaniques.

Nouvelles facettes d’un Bellini rĂ©Ă©valuĂ©

Le propos est suffisamment original et juste pour accrĂ©diter le texte qui outre la prĂ©sentation idĂ©ale des opĂ©ras du gĂ©nie romantique italien, [mort trop tĂŽt comme Mozart] , en 1835, souligne combien aux cĂŽtĂ©s des voix et du chant bellinien, il faut aujourd’hui s’intĂ©resser Ă  retrouver les couleurs et le relief particulier de son orchestre, -lequel ne peut ĂȘtre rĂ©duit voire minimiser, comme on l’a Ă©crit et l’Ă©crit encore, au seul rĂŽle d’une guitare simplifiĂ©e, uniquement accompagnatrice.

Les champs belliniens s’annoncent ainsi passionnants dans les sillons des interprĂštes du XXe qui l’auront rĂ©vĂ©lĂ© tel qu’en lui-mĂȘme : mĂ©lodie incandescente, directe, aiguisĂ©e comme un diamant, et qui suppose une technique virtuose mais pas artificielle : certes Callas qui aura chantĂ© 100 fois « Casta diva », aussi CaballĂ©, Sutherland et Pavarotti, et nous ajouterons plus rĂ©cemment encore, June Anderson et Edita Gruberova, sans omettre la diseuse agile CĂ©cilia Bartoli, heureuse inspirĂ©e dans le sillon de l’art Ă©lĂ©giaque de Maria Malibran. Tous et toutes sont les dĂ©positaires de l’Ăąme et de la voix belliniennnes qui associĂ©es Ă  la finesse expressive et l’Ă©lĂ©gance du style, fondent ce bel canto bellinien, sommet de l’art lyrique avec Mozart et Rossini, avant Verdi et Puccini.

L’auteur dans un style d’une grande finesse Ă©voque genĂšse et enjeux des quelques 10 ouvrages lyriques majeurs laissĂ©s par le gĂ©nie de Catane : des premiers  drames dĂ©jĂ  impressionnants [Adelson e Salvini, 1825 Ă  24 ans ; Bianca e Fernando, 1826 ; Il Pirata, 1827 ; La Straniera et Zaira de 1829- quand Rossini fixe alors le modĂšle du grand opĂ©ra français avec Guillaume Tell], aux ouvrages de la maturitĂ©, celle du trentenaire dĂ©sormais adulĂ© [I Capuleti e I Montechi, 1830 ; surtout les deux sommets de surcroĂźt simultanĂ©s, de 1831 : La Sonnambula et Norma, chef d'Ɠuvre absolu], enfin les derniĂšres partitions avant la mort prĂ©coce : BĂ©atrice di Tenda de 1833, enfin I Puritani de 1835, commande de Rossini, directeur Ă  Paris, du ThĂ©Ăątre Italien. Captivant.

_______________________________________
CRITIQUE, livre. BELLINI par GĂ©rard Denizeau [Bleu Nuit Éditeur, collection Horizons n°96] 176 pages, parution : sept 2022 – CLIC de CLASSIQUENEWS AUTOMNE 2022. Plus d’informations sur le site de l’Ă©diteur Bleu Nuit : https://www.bne.fr/page240.html

CRITIQUE CD événement. JACQUET DE LA GUERRE : Sémélé, Judith
 Maïlys de Villoureys, Amarillis 1 cd Evidence

jacquet de la guerre elisabeth cantates amarillis villoutreys cd evidence critique cd reviex classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWSCRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. JACQUET DE LA GUERRE : SĂ©mĂ©lĂ©, Judith
 MaĂŻlys de Villoureys, Amarillis 1 cd Evidence – Chambriste et mordante, dĂ©taillĂ©e et caractĂ©risĂ©e dans sa parure instrumentale aussi dense que restreinte, la lecture rĂ©vĂšle avec Ă  propos la parentĂ© (en intensitĂ© dramatique) des 2 cantates : SĂ©mĂ©lĂ© puis Judith que la claveciniste virtuose et compositrice gĂ©niale Élisabeth JACQUET DE LA GUERRE (1665 – 1729) compose respectivement en 1715 et 1708 . La premiĂšre a l’audace d’une orgueilleuse qui sera foudroyĂ©e pour son dĂ©sir dĂ©placĂ© ; la seconde force sa nature et commet un crime dont l’audace force l’admiration par ce courage inouĂŻ qui l’a portĂ©e. D’une belle vivacitĂ© ardente, le soprano de MaĂŻlys de Villoutreys exprime l’énergie et le tempĂ©rament de ces deux femmes fortes au destin contraire.

 

 

 

Feux élégantissimes du dernier Louis XIV

SĂ©mĂ©lĂ© / Judith…Deux Drames tendres et vaillants
d’Élisabeth Jacquet de la Guerre

 

 

 

L’interprĂšte Ă©claire la force du dĂ©sir, la conviction de l’intention qui mĂšne Ă  deux issues opposĂ©es ; SĂ©mĂ©lĂ© s’adresse aux auditeurs, enivrĂ©e par sa vanitĂ© aveugle quand c’est le rĂ©cit du narrateur qui Ă©voque dans Judith, le geste hĂ©roĂŻque de la meurtriĂšre d’Holopherne, son bras qui n’a pas faibli.
Mais les interprĂštes dans SĂ©mĂ©lĂ© soulignent la force morale du dernier air : apologie sensible de la modestie tendre plutĂŽt qu’illusion trompeuse de la gloire vaine.
Pour Judith, le rĂ©cit structure la continuitĂ© du drame ; son articulation prĂ©cise, sensuelle, fusionne plus Ă©troitement chant des instruments et trame narrative de la voix qui raconte : ainsi aprĂšs la gravitĂ© tendre du sommeil Ă©voquĂ© au traverso, Ă  la fois ample et sobre, le rĂ©cit s’enivre lui-mĂȘme Ă  l’évocation de Judith triomphante.

Les deux « intermĂšdes » instrumentaux choisis pour faire contraste avec les deux drames fĂ©minins (Sonate en Trio et surtout la somptueuse Suite finale de 1707, oĂč brille voluptueux, noble le superbe clavecin de Marc Wolff) composent comme le commentaire imaginaire des deux paraboles dramatiques inscrites Ă  la fin du rĂšgne du Roi-Soleil ; l’éloquence du hautbois, la suprĂȘme agilitĂ© allusive des cordes soulignent un peu plus le raffinement d’une Ă©criture musicale, de fait solaire et crĂ©pusculaire, aux chatoiements Ă©blouissants et oniriques, qui sait exprimer sans fioriture ni emphase gratuite. Eloquente et directe, mais suave et Ă©lĂ©gantissime, l’écriture d’Élisabeth Jacquet de la Guerre est bien Ă  la hauteur de sa rĂ©putation et l’on comprend que le Roi Louis XIV ait estimĂ© Ă  sa juste valeur, ce gĂ©nie trop mĂ©connu. DĂ©terminĂ©e, nuancĂ©e, vive, la lecture est captivante.

 

 

 

_____________________________________________

CLIC_macaron_2014CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. JACQUET DE LA GUERRE : SĂ©mĂ©lĂ©, Judith
 MaĂŻlys de Villoureys, Amarillis / 1 cd Evidence – La Courroie, nov 2021 – CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 
 

 

 

CRITIQUE CD. WEINBERG : Symphonie n°3, n°7, Concerto pour flĂ»te – Mirga GraĆŸinytė-Tyla (1 cd Deutsche Grammophon)

WEINBERG symph 3 et 7 Mirga Grazinyte DG critique review classiquenews cd clic de classiquenews septembre 22WEINBERG : Symphonie n°3, n°7, Concerto pour flĂ»te – - Mirga GraĆŸinytė-Tyla (1 cd Deutsche Grammophon). De toute Ă©vidence, le catalogue de Weinberg est l’apport le plus important depuis les 2 derniĂšres dĂ©cades. Ce qui s’apparente telle une intĂ©grale en cours chez DG Deutsche Grammophon, comble Ă©videmment un manque Ă©vident, qu’il est temps de rĂ©parer. D’autant que le compositeur a laissĂ© 27 symphonies. AprĂšs ses prĂ©cĂ©dents enregistrements des Symph 1 et 21 (DG, 2019), la cheffe lituanienne Mirga GraĆŸinytė-Tyla (nĂ©e en 1986) convainc tout autant, dĂšs la Symphonie n°7 qui associe les notes cristallines du clavecin au nuage orchestral, entamant entre les deux, un dialogue sonore des plus captivants (les deux premiers mouvements). Le Scherzo hallucinĂ© s’impose par son rĂ©alisme dramatique sans concession. Il fusionne la rĂ©pĂ©tition incisive du clavecin et les cordes de l’orchestre, dans un climat d’inquiĂ©tude acide puis de transe panique, avant que les accords tĂ©nus, immĂ©diatement rassurants du clavecin ne referme le cycle symphonique comme le dernier chapitre d’un livre qui peut n’avoir Ă©tĂ© qu’un rĂȘve
 (solo du violon aux nuances murmurĂ©es Ă©nigmatiques Ă©vanescentes). Magistral. Tout cela Ă©voque la 6Ăš, ses Ă©pisodes lourdement chargĂ©s sur le plan Ă©motionnel, comme le choeur de garçons qui Ă©voque la destruction de la maison devenu leur tombeau. Mais aussi la 8Ăš symphonie Ă  venir, oĂč Weinberg exprime ses racines polonaises et sa rĂ©mission aprĂšs avoir rĂ©ussi Ă  Ă©chapper Ă  la barbarie nazie
 toujours l’indication de sĂ©quences insoutenables pour l’esprit humaniste et fraternel, se pare d’une enveloppe orchestrale des plus raffinĂ©es, infiniment suggestive, comme dans cette 8Ăš justement, oĂč l’épisode des « chiens de Varsovie » Ă©voque l’extermination du vivant, hommes et canins mĂȘlĂ©s.

Le Concerto pour flĂ»te a cette pulsation frĂ©nĂ©tique, proche de l’insouciance assumĂ©e, consciente ou non, de la Symphonie Classique de Prokofiev.

CLIC D'OR macaron 200La Symphonie n°3 (rĂ©vision 1959) affirme immĂ©diatement un coloris plein et transparent Ă  la fois ; l’allant Ă©lĂ©gantissime et grave du premier Allegro affirme l’imaginaire de Weinberg symphoniste de premier plan. Le premier mouvement gagne en ampleur et caractĂšre de plus en plus martial, jouant sur des harmonies troubles, ambivalentes, entre esprit de conquĂȘte et fatalitĂ©, activitĂ© irrĂ©pressible et cynisme barbare, pas si loin de l’inspiration elle aussi double de Chostakovitch. Entre Ă©chappĂ©es rĂ©ellement lunaires et oniriques, et dĂ©sespĂ©rance collective, la cheffe n’omet pas une gravitĂ© sourde qui d’ailleurs conclut le premier mouvement. Le 2Ăš Allegro notĂ© « Giocoso » respire, gambade, s’autorisant mĂȘme des Ă©lans d’ivresse jaillissante, dans l’esprit d’une lĂ©gĂšretĂ© qui atteint – sentiment rare et prĂ©cieux, Ă  une insouciance enchantĂ©e. L’Adagio est une pause suspendue, Ă©perdue, intime, d’une gravitĂ© elle aussi transparente. Le dernier Allegro superbement dĂ©taillĂ© jusque dans d’infimes sĂ©quences oĂč brillent les timbres filigranĂ©s, affecte l’élan puis les hoquets d’une marche de plus en plus frĂ©nĂ©tique, dans un climat d’inquiĂ©tude croissante. Le geste ciselĂ©, expressif, de Mirga GraĆŸinytė-Tyla Ă©blouit par sa comprĂ©hension des climats enchaĂźnĂ©s d’autant mieux rĂ©alisĂ©s qu’elle en rĂ©tablit aussi la cohĂ©rence dans un dĂ©roulement organiquement abouti. Le sens de la syncope comme de l’élĂ©gance d’un Weinberg Ă©videmment inspirĂ© par Chostakovitch, se hisse Ă  son meilleur, sidĂ©rant par ses fulgurances contrastĂ©es, envoĂ»tant mĂȘme dans sa recherche d’harmonies raffinĂ©es souvent imprĂ©visibles et d’autant plus efficaces.

________________________________

CRITIQUE CD. MIECZYSƁAW WEINBERG : Symph n°3 et n°7 – Concerto pour flĂ»te / Mirga GraĆŸinytė-Tyla / 1 cd DG Deutsche Grammophon – parution : le 16 sept 2022.

_____

Symphony No. 3 in B Minor, Op. 45
Symphony No. 7, Op. 81
Flute Concerto No. 1, Op. 75
City Of Birmingham Symphony Orchestra
Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
Kirill Gerstein · Marie-Christine Zupancic
Mirga GraĆŸinytė-Tyla, direction.

PLUS D’INFOS sur le site de DG Deutsche Grammophon
https://www.deutschegrammophon.com/en/catalogue/products/weinberg-symphonies-nos-3-7-grazinyte-tyla-12783

En streaming, l’Adagio de la Symphonie n°3 opus 45

VISITER aussi le site de la cheffe lituanienne Mirga GraĆŸinytė-Tyla : http://mirgagrazinytetyla.com/

___________________

CRITIQUE, opĂ©ra. SALZBOURG, le 13 aoĂ»t 2022. PUCCINI : Il Trittico. Welser-Möst / C Loy. Asmik Grigorian (Lauretta, Giorgetta, Suor Angelica), 
 Wiener Philharmoniker.

CRITIQUE, opĂ©ra. SALZBOURG, le 13 aoĂ»t 2022. PUCCINI : Il Trittico. Welser-Möst / C Loy. Asmik Grigorian@CLASSIQUENEWS  -  Salzbourg, aoĂ»t 22. PUCCINI : Trittico. Vedette indiscutable par son chant sobre et musical, la soprano Asmik Grigorian qui endosse les 3 rĂŽles fĂ©minins de chacun des 3 drames enchaĂźnĂ©s, a particuliĂšrement convaincu sur la scĂšne autrichienne estivale ; tout allant de plus en plus dans le drame et la dignitĂ© tragique ; de l’adolescente amoureuse Lauretta, innocente dans Gianni Schicchi, Ă  Giorgetta, Ă©pouse malheureuse, libertaire mais finalement dĂ©truite ; surtout Suor Angelica, sour de souffrance et de contrition, finalement libĂ©rĂ©e, suicidaire aprĂšs la dĂ©couverte d’une terrible nouvelle, celle de la mort de son fils

L’actrice se rĂ©vĂšle peu Ă  peu Ă  mesure de l’épaisseur des 3 portraits fĂ©minins, offrant en fin d’action, un cri de libertĂ©, en phase avec une mise en scĂšne sobre et particuliĂšrement efficace qui montre la salvation d’une Ăąme coupable et humble, trompĂ©e et dĂ©munie, mais qui concentre toute la tendresse de Puccini. La fin est bouleversante quant celle qui s’est percĂ© les yeux, voit son fils mort il y a deux annĂ©es sans qu’elle en a Ă©tĂ© informĂ©e.

 

 

 

Ardente et bouleversante Asmik Grigorian

 

 

suore-angelica-puccini-salzbourg-grigorian-soprano-critique-classiquenews-suore-angelica-la-fin-a-la-valise
 

 

Auparavant, le chef Franz Welser-Möst poursuit dans la fosse de Salzbourg, sa complicitĂ© avec les Wiener Philharmoniker (qu’il a dirigĂ© Ă  nombreuses reprises dont dĂšs dĂ©c 2011, le concert du Nouvel An hypermĂ©diatisĂ©, le 1er janvier 2011, il y a plus de 10 ans… ; et aussi plus rĂ©cemment Ă  Salzbourg pour une ELEKTRA de braise, Ă©tĂ© 2022) – Welser-Möst exprime la charge ironique voire cynique (Gianni Schicchi), tragique et mĂȘme dĂ©sespĂ©rĂ©e (Il Tabarro puis surtout Suor Angelica) d’un Puccini atteignant lors de la crĂ©ation Ă  New York (1918) le sublime lyrique, dans ce mariage naturel entre fluiditĂ© cinĂ©matographique des sĂ©quences et situations, et vivacitĂ© enivrĂ©e de la parure orchestrale. Chef et orchestre Ă©clairent ainsi le rĂ©alisme cru et direct d’aprĂšs La Divine ComĂ©die de Dante dont s’inspirent compositeur et librettiste. 

 
SAlzburg-sazlbourg-festspielhaus-il-trittico-puccini-welser-most-loy-critique-opera-review-classiquenewsBien que Christof Loy bouleverse l’ordre des 3 drames en un acte, commençant par Schicchi (son dĂ©lire infernal et machiavĂ©lique), puis s’achevant par la promesse du pardon voire le paradis pour une Angelica finale, quand mĂȘme suicidaire et totalement dĂ©truite. Loy attendri par son hĂ©roĂŻne, en fait une mĂšre aveugle, dĂ©jĂ  morte, mais rassĂ©rĂ©nĂ©e en  blotissant son fils mort dans ses bras. Son apothĂ©ose fusionne avec l’image bouleversante de l’innocence sacrifiĂ©e. Une scĂšne comme il a Ă©tĂ© dit prĂ©cĂ©demment, dĂ©chirante et un trĂšs fort moment thĂ©Ăątral.
Le soin dans le jeu d’acteurs se lit aussi avec bonheur dans Il Tabarro car ici c’est avec justesse le mort de l’enfant qui scelle la rupture du couple Michele et Giorgetta ; ou dans Suor Angelica, la confrontation de la tante amorale et froide (Karita Mattila) qui obtient la signature de la SƓur sacrifiĂ©e, emmurĂ©e, maudite. Le comble du sordide est atteint, 
 ce qui transcende davantage, par un effet de contraste vertigineux, le « rĂȘve » d’Angelica Ă  la fin, en femme libre et mĂšre enfin comblĂ©e.

De quoi rĂ©aliser sur la scĂšne (vaste) du Festspeilhaus de Salzbourg, l’inimitĂ© psychologique de chaque protagoniste. En soi un premier dĂ©fi rĂ©ussi. Cette production est plus que convaincante : Ă©blouissante par son intelligence (et son respect des partitions).

  

 

gianni-schicchi-puccini-salzbourg-2022-critique-opera-review-classiquenews

 

  

 

__________________________________________
CRITIQUE, opĂ©ra. SALZBOURG, le 13 aoĂ»t 2022. PUCCINI : Il Trittico. Welser-Möst / C Loy. Asmik Grigorian (Lauretta, Giorgetta, Suor Angelica), 
  Wiener Philharmoniker.  Photos : © Monika Rittershaus Salzburg festspiel 2022

 

 

 

REPLAY – REVOIR sur ARTEconcert, Il Trittico de Puccini, Salzbourg 2022 (Gioanni Schicchi, Il Tabarro, Suor Angelica) – Jusqu’11 nov 2022 : ‹https://www.arte.tv/fr/videos/110428-001-A/giacomo-puccini-il-trittico/

ARTE-concert-replay-puccini-il-triticco-asmik-grigorian-video-replay-opera-review-classiquenews-critique-opera-trittico-welser-most

 

 

 

 

 

CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : « The symphonies » / intĂ©grale des 9 Symphonies – Chamber Orchestra of Europe – Yannick NĂ©zet-SĂ©guin (DG Deutsche Grammophon – Baden Baden, juil 2021)

Beethoven-nezet-seguin-complete-symphonies-chamber-orchestra-of-europe-5-cd-DG-deutsche-Grammophon-review-critique-cd-CLIC-classiquenewsCRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : « The symphonies » / intĂ©grale des 9 Symphonies – Chamber Orchestra of Europe – Yannick NĂ©zet-SĂ©guin (DG Deutsche Grammophon – Baden Baden, juil 2021)  -  Le chef montrĂ©alais Yannick NĂ©zet-SĂ©guin inscrit les symphonies dans l’urgence et un sens du dĂ©tail qui soigne angles et accents de cette machine rythmique affĂ»tĂ©e qu’est le COE Chamber Orchestra of Europe (premier violon : Lorenza Borrani), ce dĂšs la 1Ăšre Symphonie, d’une vivacitĂ© comme foudroyĂ©e. Pourtant dans ce geste Ă©lectrique, se tend et s’affirme une duretĂ© parfois tranchĂ©e, presque trop incisive qui exalte voire exacerbe les effets de contrastes, entre respirations des bois et tutti des cordes. Le chef s’applique, joue toutes les mesures dans un « premier enregistrement Urtext de la nouvelle Ă©dition Beethoven ». La battue est fouettĂ©e, le geste nerveux (” Menuetto ” de la symph 1), d’une vĂ©hĂ©mence impĂ©rieuse qui gomme toute nuance : ce Beethoven est martial rien que martial et trĂ©pidant. Parfois trop sec. Heureusement l’approche Ă©volue au fil des symphonies, enregistrĂ©es ainsi en juillet 2021, lors du Festival estival de Baden Baden dont il est familier (cf ses prĂ©cĂ©dents opĂ©ras de Mozart aussi Ă©ditĂ©s par DG et tous critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS – voir ci aprĂšs).

Ainsi le maestro, pilier de la nouvelle politique artistique du Met Ă  New York, fait valoir sa sensibilitĂ© dramatique, proche de l’opĂ©ra. NĂ©zet-SĂ©guin, chef lyrique, aussi passionnant que peut l’ĂȘtre Kirill Petrenko Ă  Berlin (et auparavant Ă  Bayreuth), articule, ouvrage dans le dĂ©tail chaque timbre et combinaison de timbre, selon les nouvelles proportions et donnĂ©es de l’édition Urtext Beethoven qui permet des pĂ©pites inĂ©dites, en matiĂšre de couleurs et de palette sonore, en particulier dans la riche et trĂšs passionnante 9Ăš. Tour d’horizon sĂ©lectif de cette intĂ©grale qui compte.

Bain de pure poĂ©sie et d’évocation enivrĂ©e que donne la Symphonie n°6 ? Marquant ses distances avec la sĂ©cheresse de la symph 1, le premier « Allegro » sait respirer davantage, s’assouplir, varier et colorer la palette dĂ©jĂ  impressionniste qu’a conçu Beethoven, premier romantique Ă©cologiste
 Le Scherzo qui mĂšne Ă  l’explosion de la tempĂȘte (Finale) sait aussi ciseler chaque intervention soliste instrumental ; la construction du dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments, coup de tonnerre Ă  la clĂ©, est admirablement menĂ©, en contrastes, tension, Ă©lasticitĂ©, timbres dĂ©chirants, dĂ©chirĂ©s (cuivres) dont l’éclat acĂ©rĂ© complĂšte une somptueuse peinture cataclysmique. Et quand vient l’accalmie, clarinette et cor avant les cordes, dispensent leur chant apaisant, vĂ©ritables appels Ă  l’harmonie, avant que la conclusion n’ondule littĂ©ralement grĂące aux cordes souplement tressĂ©es, Ă  la fois, tendues et  éperdues. La sonoritĂ© est particuliĂšrement saisissante et le cheminement ultime, capable d’unissons souples, jaillissants dĂ©sormais comme l’aurore d’une Ăšre nouvelle, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, prometteuse.

 

 

 

 

Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et l’Orchestre de chambre d’Europe
jouent tout Beethoven selon la nouvelle Ă©dition Urtext

9 symphonies régénérées

 

 

 

 

De la 8Ăš, – bain d’énergie dansante-, NĂ©zet-SĂ©guin exprime l’urgence, les secousses qui trĂ©pignent ; ce Beethoven racĂ© qui convoque le destin et sait faire rugir un orchestre 
 cosmique. RĂ©glĂ© comme une mĂ©canique horlogĂšre, « l’Allegretto scherzando » regorge de nerveuse vitalitĂ©, alliant prĂ©cision, nuance, intensitĂ© (avec clarinettes dĂ©lirantes d’un effet inĂ©dit, superlatif). L’Allegro vivace quant Ă  lui rĂ©alise cette implosion dansante, transe magnifiquement rĂ©glĂ©e lĂ  encore, oĂč la prise de son semble goĂ»ter le relief de chaque timbre, Ă©lectrisĂ© par une direction plus qu’affĂ»tĂ©e, elle-mĂȘme exultante, se jouant des couleurs et accents avec une verve qui devient ferveur collective. Avec la 6Ăš, cette 8Ăš est la plus rĂ©ussie, et ces derniers accords martelĂ©s, jalons d’une ivresse libĂ©ratrice.

Mais le meilleur est pour la fin
 La 9Ăš, Ă©ruptive Ă  souhait, rien que musclĂ©e, s’enflamme sans perdre la prĂ©cision des attaques, ni la ciselure de chaque ligne des cordes. Tout avance, se prĂ©cipite vers son terme dans une Ă©bullition critique, Ă©chevelĂ©e des cordes, qui exige le dĂ©passement immĂ©diat ; oĂč le chant des bois, inquiets, questionne. NĂ©zet-SĂ©guin clarifie les dialogues, cisĂšle chaque timbre, rĂ©capitule, rĂ©pĂšte, souligne l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© d’un Beethoven, clairvoyant, investi par l’idĂ©al musical et artistique qui l’anime au plus haut, saisi par l’imminence de son propre destin. Le « Molto vivace » trĂ©pigne lui aussi, galvanisĂ© par la mĂȘme Ă©nergie insatisfaite, interrogative, brĂ»lante.

Le 3Ăš mouvement, « Adagio » laisse couler Ă  la fois Ăąpre, sobre, direct, son « cantabile » d’une tendresse infini. Que les bois et les cuivres dĂ©taillent en une longue sĂ©quence soliste, temps suspendu avant que les cordes ne chantent vĂ©ritablement, que les cuivres ne rappellent un temps comptĂ©, appelant Ă  la rĂ©solution qui cependant s’étire dans l’extrĂȘme douceur. La simplicitĂ© et le naturel, exposant chaque timbre, se rĂ©vĂšlent bĂ©nĂ©fiques dans une sĂ©quence exprimĂ©e amoureusement.

Comme la derniĂšre confrontation entre Don Giovanni et le commandeur, le « presto » convoque le destin ; il ouvre sur l’ultime cycle, et s’accomplit dans la mĂ©lodie Ă©noncĂ©e d’abord par les violoncelles (« allegro assai » qui suit), avant que le tĂ©nor entonnant le texte de Schiller – vibrant Werner GĂŒra, n’inaugure l’accomplissement de la symphonie avec solistes et chƓur.
Le chef se montre architecte, bĂątisseur d’une cathĂ©drale aux appels impĂ©rieux, sculptant l’orchestration avec un irrĂ©pressible Ă©lan qui a cĂ©dĂ© l’espoir pour la pure joie, accordant le CLIC D'OR macaron 200chƓur conquis tel une assemblĂ©e unie dans la rĂ©alisation d’un choral d’un nouveau type : le chant des partisans d’une humanitĂ© nouvelle, cependant que tous les instruments, vent debout, exprime l’avĂšnement d’une Ăšre nouvelle.

 

 

 

 

APPROCHE CRITIQUE ET RECRÉATIVE... L’intĂ©rĂȘt de cette lecture outre ses qualitĂ©s strictement interprĂ©tatives, vient de l’édition Urtext, apport nouveau permis par la nouvelle Ă©dition Beethoven, Ă  l’initiative des Archives Beethoven de Bonn, sa ville natale. En dĂ©coule des effets et un dispositif d’orchestration nouveau, rĂ©visĂ©, en particulier pour la 9Ăš, partition spectaculaire crĂ©Ă©e Ă  Vienne le 7 mai 1824. Sur le texte de Schiller, l’ode Ă  la joie, Beethoven souligne l’importance de l’avĂšnement d’une humanitĂ© rĂ©conciliĂ©e, entiĂšrement portĂ©e par la fraternitĂ©.
L’édition critique publiĂ©e en 2020 pour les 250 ans, analyse la genĂšse de la partition, amorcĂ©e dĂšs 1815 et dont la composition s’étale sur 
 12 ans. Car aprĂšs la crĂ©ation viennoise de 1824, Beethoven eut encore Ă  superviser la cohĂ©rence des reprises Ă  Londres (mars 1825, l’Ode Ă©tant chantĂ©e en
 italien) ; puis la copie de la partition adressĂ©e au Roi Friedrich Wilhelm III de Prusse en sept 1826
 toutes ses sources ont Ă©tĂ© analysĂ©es, Ă  travers aussi la correspondance et les carnets de conversations Ă©crites, utilisĂ©s par Ludwig de venu sourd.
Des dĂ©tails notables se font entendre (prĂ©cisĂ©ment dans la derniĂšre symphonie avec le texte de Schiller), comme le rĂŽle du contrebasson, lequel ne se cantonnant plus Ă  jouer un rĂŽle de doublage des cordes basses (colla parte), est rĂ©vĂ©lĂ© quand le baryton entonne l’Hymne Ă  la joie, dans la 9Ăš Symphonie. MĂȘme relecture critique quant Ă  l’articulation et la prosodie des chanteurs solistes, rĂ©vĂ©lant un souci du texte chez Beethoven, mĂ©connu jusque lĂ  (l’ultime consonne Ă©tant placĂ©e aprĂšs la derniĂšre note) : il en rĂ©sulte une primautĂ© du texte que l’on ignorait jusque lĂ  et que NĂ©zet-SĂ©guin a Ă  cƓur de dĂ©voiler.

Magistrale acuitĂ© du maestro NĂ©zet-SĂ©guin. Cette conception humaniste, individuelle et collective, rĂ©gĂ©nĂšre toute la section finale, confĂ©rant Ă  la voix chorale, un relief inĂ©dit, l’expression de cette transcendance profane Ă  laquelle invite le barde Beethoven, prophĂšte d’un monde qu’il nous reste Ă  conquĂ©rir (et que chef, instrumentistes, chanteurs semblent un temps entre-apercevoir et transmettre). Magistral. Outre son irrĂ©sistible Ă©nergie, cette Ă©dition Urtext confirme si l’on en doutait, les crĂ©pitements magiciens de la grandes forge beethovĂ©nienne. A NĂ©zet-SĂ©guin revient le mĂ©rite de nous en dĂ©voiler l’alchimie intĂ©rieure.

 

 

 

 

______________________________________

CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : The Symphonies (Symph 1 Ă  9) – Yannick NĂ©zet-SĂ©guin · Chamber Orchestra of Europe – enregistrĂ© Ă  Baden Baden, juil 2021 – 5 cd DG Deutsche Grammophon) – CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2022.

 

 

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de Deutsche Grammophon :
https://www.deutschegrammophon.com/en/catalogue/products/beethoven-the-symphonies-nezet-seguin-12724

 

 

 

  

 

 

 

FRANCE MUSIQUE, sam 13 août 2022. PUCCINI : Il Trittico. Franz Welser-Möst

pucciniFRANCE MUSIQUE, sam 13 aoĂ»t 2022. PUCCINI : Il Trittico. Franz Welser-Möst qui l’a dirigĂ© Ă  l’occasion du fameux concert du Nouvel An, retrouve ici l’orch Philharmonique de Vienne et les chƓurs de l’OpĂ©ra de Vienne, pour le triptyque lyrique de Puccini (Il Trittico), aprĂšs Il Tabarro et Suor Angelica, enfin Gioanni Schicchi. CrĂ©Ă© en 1918, le cycle des 3 opĂ©ras en un acte, redĂ©finit l’intensitĂ© dramatique, le rapport de la musique au temps psychologique ; ainsi si Suore Angelica offre un portrait particuliĂšrement bouleversant d’une jeune novice frappĂ©e par la tragĂ©die du deuil et du sacrifice, Gianni Schicchi Ă©pingle la duplicitĂ© et la vĂ©nalitĂ© crasse qui dĂ©chirent et foudroient les membres d’une famille apparemment unie et solidaire 
 Sous le drama buffa, Puccini dĂ©voile les travers les plus sordides du genre humain. L’attrait du gain, la convoitise d’un hĂ©ritage « facile » finissent par tuer toute entente car chacun veut ici sa part, autour de la dĂ©pouille supposĂ©e morte du riche Buoso Donati. C’est compter sans l’esprit de ruse et de manipulation du trĂšs modeste Gianni Schicchi. Dans l’un de ses drames les mieux conçus, musicalement trĂšs abouti, Puccini livre sa propre vision dĂ©senchantĂ©e mais rĂ©aliste de la communautĂ© humaine.

______________________________________________
Opéra / cycle lyrique donné le 15 août 2017 au Grosses Festpielhaus à Salzbourg dans le cadre du Festival de Salzbourg en Allemagne.
Giacomo Puccini‹Il Trittico (Le Triptyque) : 1. Gianni Schicchi‹ - OpĂ©ra-comique en un acte sur un livret de Giovacchino Forzano d’aprĂšs un extrait de «La Divine ComĂ©die» de Dante
Il Trittico (Le Triptyque) : 2. Il Tabarro (La Houppelande) - ‹OpĂ©ra en un acte sur une livret de Giuseppi Adami d’aprĂšs la piĂšce «La Houppe- lande» de Didier Gold
Il Trittico (Le Triptyque) : 3. Suor Angelica (SƓur AngĂ©lique) - ‹OpĂ©ra en un acte sur un livret de Giovacchino Forzano Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor (Association de concert du Choeur de l’OpĂ©ra d’État de Vienne)‹dirigĂ© par Jörn Hinnerk Andresen‹, Salzburger Festspiele und Theater Kinderchor (ChƓur d’enfants du Festival et du ThĂ©Ăątre de Salzbourg)‹ dirigĂ© par Wolfgang Götz‹Angelika Prokopp,
Summer Academy of the Vienna Philharmonic,
Orchestre Philharmonique de Vienne  /  ‹Franz Welser Möst, direction

______________________________________________
VOIR… En ComplĂ©ment regardez ARTE dim 14 aoĂ»t 2022, 18h35, qui diffuse le volet Gianni Schicchi par Welser-Möst Ă  salzbourg 2022 – LIRE notre prĂ©sentation de Gioanni Schicchi : http://www.classiquenews.com/puccini-gianni-schichi-welser-most-salzbourg-2022/
Puis, EN REPLAY sur ARTEconcert, jusqu’au 13 nov 2022.

CRITIQUE, opéra. Aix en Provence, le 9 juil22. MOZART : Idomeneo. Pichon / S MIYAGI.

idomeneo pichon spyres nicole chevalier critique opera classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. Aix en Provence, le 9 juil22. MOZART : Idomeneo. Pichon / S MIYAGI   –   On oubliera vite la mise en scĂšne inexistante du japonais Satoshi Miyagi qui fait Ă  Aix-en-Provence, ses premiers pas
 rĂ©solument ratĂ©s. Des mouvements hiĂ©ratiques qui pĂ©trifient tous les solistes en poupĂ©es japonaises parfaitement inexpressives ; des choeurs perdus dans la forĂȘt de socles des dites poupĂ©es
 La volontĂ© incohĂ©rente au possible d’inscrire la trame grecque antique mozartienne dans une grille qui remonterait Ă  la Guerre de 1945, montre ses limites. La dĂ©faite scĂ©nographique est totale. Aucun protagoniste ne semble humain ici et chacun fait face au public pour assĂ©ner sa triste et misĂ©rable solitude
 Les duos sont expĂ©diĂ©s en confrontation artificielle qui Ă©loigne les 2 intĂ©ressĂ©s. Pourtant Mozart Ă©labore en 1781, un seria ambitieux qui touche autant par le profil hypersensible des hĂ©ros (Idamante / Ilia / Elettra) que le souffle de l’orchestre, un collectif somptueux et flamboyant comme les parties du chƓur, en tout point Ă©blouissant.
La rĂ©alisation est loin de convaincre, et ce cru aixois, avec MoĂŻse et Pharaon de Rossini, guĂšre plus convaincat, semble scellĂ© sous le coup d’une mauvaise annĂ©e. DĂ©cidĂ©ment le Festival mozartien Ă  Aix nous a habituĂ© Ă  beaucoup plus enchanteur et pertinent.

 

 

Au sein d’une production lisse et ennuyeuse,
la fulgurante Elettra de Nicole Chevalier

 

 

nicole-chevalier-elettra-idomeneo-aix-en-provence-critique-oepra-classiquenews-pichon

 

La direction de RaphaĂ«l Pichon est appliquĂ©e mais sans souffle ni nuance, Ă©trangĂšre viscĂ©ralement au caractĂšre d’urgence tragique que savait lui insuffler l’inatteignable Harnoncourt. L’enregistrement discographique de ce dernier indique de tout autres horizons, dĂ©voilant un Mozart fulgurant, visionnaire, bien avant Don Giovanni. L’absence de vision scĂ©nographique aurait pu faciliter la caractĂ©risation des personnages
 tout dĂ©pend des solistes.
Assez lisses, et sans guĂšre de passion : l’Idamante d’Anna Bonitatibus, plus prĂ©sente et affirmĂ©e que vocalement nuancĂ©e ; mĂȘme frustration pour l’Ilia de Sabine Devieilhe dont on retrouve cette mesure instrumentale d’une perfection absolue, et finalement sans guĂšre d’émotion (Sa Zerbinette prĂ©cĂ©demment Ă  Aix laissait un mĂȘme sentiment de tiĂ©deur malgrĂ© l’excellence des aigus et des trilles). Pourtant c’est par Ilia que le miracle se produit sur scĂšne, quand l’oracle Ă©mu par l’amour, consent Ă  adoucir le sort d’Idomeneo et de son fils Idamante (un tableau des plus ratĂ©s dans cette production minimaliste oĂč l’oracle s’exprime Ă  travers un tourne disque, gadget fake, Ă  peine identifiable par les spectateurs depuis leurs siĂšges
); de toute Ă©vidence, l’Idomeneo de Michael Spyres, virtuose et plan plan, déçoit lui aussi : voix plus fragile et peu sĂ»r, plus que de coutume ; il impose un Roi de CrĂȘte, statique et hiĂ©ratique, comme Ă©tranger au drame qui le dĂ©chire, – parfait emblĂšme de la rĂ©alisation scĂ©nique (ainsi son air tunnel « Fuor del mar » est rĂ©alisĂ© comme une course de fond, avec ornements en cadeau, mais oĂč peinent Ă  surgir le sentiment et l’émotion).

La rĂ©vĂ©lation demeure Ă  100 lieues de ses partenaires, la fusĂ©e Nicole Cavalier, chauffĂ©e dans son premier air « Idol mio » (celui d’une amoureuse encore trop sage), puis entitĂ© possĂ©dĂ©e, Ă©ructant en rage et  haine, imprĂ©cation et malĂ©diction primitive, totalement bouleversante dans l’air final « Oh smania ! Oh furie » : et l’on se fĂ©licite d’écouter enfin, par ce chant hallucinĂ© et si juste, le gĂ©nie mozartien, tel qu’en lui-mĂȘme, classique, fantastique, dĂ©jĂ  romantique, d’une sincĂ©ritĂ© saisissante
 Aussi juste et d’une fragilitĂ© spontanĂ©e moins affichĂ©e, l’Arbace du jeune baryton Linard Vrielink, lequel poursuit une percĂ©e remarquĂ©e Ă  Aix (remarquĂ© prĂ©cĂ©demment ici mĂȘme dans Tristan und Isolde…) preuve que tout n’est pas perdu pour la scĂšne provençale).

 

 

 

mozart-idomeneo-psyres-nicole-chevalier-aix-en-provence-critique-opera-pichon-classiquenews

 

 

________________
CRITIQUE, opĂ©ra. Aix en Provence, le 9 juil22. MOZART : Idomeneo. Direction musicale : RaphaĂ«l Pichon – Mise en scĂšne : Satoshi Miyagi – Avec : Michael Spyres, Sabine Devieilhe, Anna Bonitatibus, Siobhan Stagg, Linard Vrielink, Kresimir Spicer, Alexandros Stavrakakis, Choeur et orchestre Pygmalion.

IDOMENEO – Dramma per musica en trois actes (Munich 29 janvier 1781)
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart – K.366
Livret de Giambattista Varesco
D’aprĂšs IdomĂ©nĂ©e, livret d’Antoine Danchet (1712)

 

 

ARBACE-critique-opera-Lienart-baryton-idomeneo-aix-critique-2022-pichon-devielhe-classiquenews

 

_________________________________

VOIR en REPLAY (jusqu’au 15 janv 2023) l’opĂ©ra Idomeneo de MOZART par R Pichon / Miyagi sur ARTEconcert :
https://www.classiquenews.com/aix-en-provence-2022-nouvel-idomeneo-de-mozart-satoshi-miyagi-r-pichon/

Photo : © JL Fernandez / Aix en Provence 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE CD. RAMEAU: nouvelle symphonie (Les Musiciens du Louvre / M Minkowski – 1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – janv 2021)

RAMEAU CD nouvelle-symphonie-minkowski sempey critique cd review classiquenewsCRITIQUE CD. RAMEAU: nouvelle symphonie (Les Musiciens du Louvre / M Minkowski – 1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles  (janv 2021)   –   NervositĂ© et tendresse, muscle et abandon : voilĂ  le gĂ©nie de Rameau rĂ©activitĂ© par celui qui en a, il y a 30 ans dĂ©jĂ , revitalisĂ© l’approche aux cĂŽtĂ©s de l’indĂ©trĂŽnable Christie, dans une version d’Hippolyte et Aricie, alors Ă©poustouflante. Quelques dĂ©cennies ont passĂ© depuis son premier essai dans le genre, ayant abouti Ă  une premiĂšre « Symphonie imaginaire » dont le propos semblait opportun : Rameau est avant Berlioz et Ravel, l’inventeur de l’orchestre français (ampleur, souffle, coloris, rythme, dĂ©veloppement, pensĂ©e et abstraction
) ; il Ă©tait tentant d’aborder Ă  travers ouvertures et formidables intermĂšdes dansĂ©s de ses opĂ©ras, sa conception unique et singuliĂšre de l’écriture orchestrale. On retrouve ici la pĂ©tulance des timbres (ivres, hallucinĂ©s), le mordant des cordes, l’insolente exacerbation des accents, une surenchĂšre crĂąnement assumĂ©e, que le baryton invitĂ© dans ses diverses interventions (cette nouvelle symphonie est donc aussi lyrique), Florian Sempey reprend Ă  son compte dans un jeu souvent surjouĂ©, oĂč peine l’esprit de nuances et de finesse (Orcan des Paladins) ; fort heureusement, Ă  demi voix, son « Monstres affreux » d’AntĂ©nor (Dardanus) trouve une intention mieux calibrĂ©e, plus sobre, entre terreur et hallucination, deux sentiments que les cordes expriment, elles, de façon exemplaire (2Ăš partie de l’air « Quels bruits »).

Nouvelle symphonie (lyrique) de Rameau

En un geste caricatural et sur un tempo Ă©trangement ralenti, « Le Turc gĂ©nĂ©reux » (les esclaves africains) a des airs de pachyderme ayant le hoquet ; l’option est personnelle, carrĂ©e, raide, toujours totalement dĂ©fendue ; on lui prĂ©fĂšre les enchainements trĂšs contrastĂ©s ensuite (Sarabande de Pygmalion) puis, pointĂ©s, rythmiques, les formidables tambourins pour les Spartiates (Castor, version 1754) – puis l’air trĂšs gai (version de 1754) fait valoir les trĂ©pidations de cette mĂ©canique aussi nerveuse que rythmĂ©e ; enfin la Chaconne finale a autant de chien que de tension, et comme les morceaux prĂ©cĂ©dents, saisie par un sentiment d’urgence et de nĂ©cessitĂ©, dĂ©cuplĂ©s, comme chauffĂ©s Ă  blanc. Voici le morceau le plus rĂ©ussi de notre point de vue : motricitĂ© Ă©lectrisĂ©e et abandon aux vents (flĂ»tes), habile posture entre tension et dĂ©tente.
A ce jeu hyper expressif, souvent binaire, certes le spectacle est total et les effets concertĂ©s, en surenchĂšre, mais Rameau peut-il se rĂ©duire Ă  ce systĂ©matisme ? Aujourd’hui, les tenants de la nouvelle gĂ©nĂ©ration d’interprĂštes, le chef et claveciniste, Bruno Procopio en tĂȘte, inaugurent des voies nouvelles, n’omettant pas les vertiges poĂ©tiques aux cĂŽtĂ©s de la carrure rythmique ; c’est aussi une nouvelle orchestration, plus proche des usages de Rameau et des moyens mis Ă  sa disposition par l’AcadĂ©mie royale de musique : pupitre des violoncelles Ă©toffĂ© jusqu’à 10 instruments (!) 
 / versus les 4 instruments ici ; et c’est immĂ©diatement une texture et un format sonore revitalisĂ©s qui surgissent, convoquant (enfin) ce que l’on avait jamais Ă©coutĂ© jusque lĂ  : ce Rameau dramaturge, coloriste et visionnaire
 qui pense l’orchestre comme un symphoniste.
En fondant l’annĂ©e derniĂšre (oct 2021) son prometteur JOR Jeune Orchestre Rameau, Bruno Procopio ouvre des expĂ©riences aussi inĂ©dites que dĂ©cisives pour notre connaissance de Rameau. VoilĂ  qui n’îte rien Ă  la prestation de Minkowski, son engagement admirable pour souligner le gĂ©nie ramĂ©lien Ă  l’orchestre. On peut cependant regretter le concours du baryton dans cette « nouvelle symphonie » qui pour le coup attĂ©nue l’enjeu purement instrumental du projet, en rompant le fil strictement orchestral.

_________________________________
CRITIQUE CD. RAMEAU: nouvelle symphonie (Les Musiciens du Louvre / M Minkowski – 1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – janv 2021)

CRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. MONTEVERDI : Il Ritorno Ulisse in patria (Les ÉpopĂ©es, S. Fuget – 3 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – dĂ©c 2021

Il-Ritorno-d-Ulisse-In-Patria epopees fuget critique cd review classiquenewsCRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. MONTEVERDI : Il Ritorno Ulisse in patria (Les ÉpopĂ©es, S. Fuget – 3 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – dĂ©c 2021) – RĂ©vĂ©lĂ©s Ă  l’église (dans une lecture dramatique et articulĂ©e des Grands Motets de Lully / cycle superlatif en cours Ă  Versailles), les musiciens des ÉpopĂ©es reprĂ©sentent actuellement un collectif homogĂšne, particuliĂšrement engagĂ©, d’une somptueuse expressivitĂ© – Esprit affĂ»tĂ© et fĂ©dĂ©rateur, StĂ©phane Fuget aborde dĂ©sormais l’opĂ©ra : son approche cible et interroge le cƓur mĂȘme du chant montĂ©verdien, ce « recitar cantando » qui articulant une action ne peut qu’ĂȘtre dĂ©clamatoire et oratoire. Il convient de trouver la voie juste qui laisse Ă  l’intelligibilitĂ© du chant, sa capacitĂ© Ă  ĂȘtre audible et compris des auditeurs / spectateurs. C’est un travail spĂ©cifique sur le rĂ©citatif : la voix articule et dĂ©clame le texte sur une ligne instrumentale [basse continue] rĂ©duite Ă  l’essentiel, pour ne pas couvrir tel « recitar », mais souligner et renforcer son expressivitĂ©.
Il en ressort une diversitĂ© d’accents et de nuances dans la rĂ©alisation de cette mĂ©lopĂ©e chantante qui aiguise la caractĂ©risation des personnages, qui clarifie les situations. Ce dans une diversitĂ© de tons et d’intentions d’autant plus opportune que Monteverdi a su multiplier et croiser les diffĂ©rents registres : comique, hĂ©roĂŻque, tragique, sentimental

Tous les solistes suivent le directeur des ÉpopĂ©es dans ce souci de vivacitĂ© et de naturel oĂč la parole se fait plus que chant : geste vocal, pilote dramatique. C’est un retour sur l’exigence qu’avait Ravel (citĂ© dans la passionnante notice explicative) quand il prĂ©cisait le type de chant ["quasi parlando"] pour son opĂ©ra  L’heure Espagnole : “dire plutĂŽt que chanter”. En rĂ©alitĂ©, StĂ©phane Fuget dĂ©boulonne les verrous de la notation musicale et questionnant ce qui se joue dans chaque sĂ©quence vocale, rĂ©tablit les vibrations et accents du cƓur et du sentiment dans l’expression ainsi notĂ©e. Ainsi ses solistes ici ne chantent ou ne dĂ©clament pas : ils Ă©prouvent, souffrent, tĂ©moignent… Tous prĂȘts Ă  jouer comme de suprĂȘmes acteurs le vertige des Ă©motions et des passions. Ni plus. Ni moins.

 

 

Les ÉpopĂ©es chantent l’opĂ©ra de Monteverdi

Réaliser le recitar cantando montéverdien

 

 

Historiquement voilĂ  qui restitue l’Ulisse montĂ©verdien dans toute l’intensitĂ© de sa tĂ©nacitĂ© Ă  la fois hĂ©roĂŻque et astucieuse telle que l’ont conçu Claudio Monteverdi et son librettiste Badoaro, proche de Busenello [librettiste de l'opĂ©ra suivant : L'incoronazione di Poppea] pour la crĂ©ation Ă  Venise fin 1640.
Texte et musique eurent suffisamment d’impact pour impressionner l’auteur Federico Malipiero qui Ă©crit dans la foulĂ©e de Monteverdi sa propre “Peripezia d’Ulisse” dont le texte de sa prĂ©face confirme et la date et la paternitĂ© de l’ouvrage.

RĂ©aliste, poĂšte, aussi astucieux que son hĂ©ros, Monteverdi sait varier les formes vocales pour renforcer toujours l’acuitĂ© du drame et la justesse expressive de la musique : sa science lyrique puise Ă  maintes sources, y compris le burlesque dĂ©lirant avec Iro, monstre goulu et bĂ©gayant qui contraste avec les autres personnages et entitĂ©s divines ; son profil se rĂ©vĂšle particuliĂšrement stimulant pour la vivacitĂ© du drame. Chaque soliste s’engage pour la vĂ©ritĂ©. Ce Iro, dans son dĂ©lire Ă  la fois Ă©gotiste et vulgaire, rĂ©cupĂšre la tension de ce qui a prĂ©cĂ©dĂ© (l’assassinat des PrĂ©tendants par Ulisse dĂ©guisĂ©). Opportun, il attĂ©nue l’horreur criminelle qui a prĂ©cĂ©dĂ© : Jörg Schneider se montre vif, acĂ©rĂ©, libre dans sa charge burlesque : les prĂ©tendants massacrĂ©s, comment va-t-il manger Ă  sa faim Ă  prĂ©sent, lui qui dĂ©pendait d’eux pour subsister ? Le dĂ©lire et le cynisme de la scĂšne sont emblĂ©matiques de tout l’opĂ©ra. Protagonistes actifs, Valerio Contaldo et Lucile Richardot campent avec vĂ©ritĂ© et franchise chacun leur personnage d’Ulisse et Penelopa (celle ci Ă  la fois et digne et tragique), et mĂȘme les dieux, entitĂ©s qui tirent les ficelles, expriment ici, avec une sincĂ©ritĂ© ardente, souhaits et impĂ©rieux dĂ©crets (Junon / Marie Perbost, jugeant qu’Ulysse « a trop erré »). Tous les rĂŽles bĂ©nĂ©ficient d’une vivacitĂ© dĂ©cuplĂ©e ; une implication qui inscrit le verbe ardent comme acteur de l’action.

 

 

__________________________
CRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. MONTEVERDI : Il ritorno Ulisse in patria (Les ÉpopĂ©es, S. Fuget – 3 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – enregistrĂ© Ă  Versailles en dĂ©c 2021) – CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2022

 

 

distribution

Valerio Contaldo, Ulysse
Lucile Richardot, Pénélope
Ambroisine Bré, Mélantho, Euryclée, La Fortune
Juan Sancho, Jupiter, Télémaque
Alex Rosen, Le Temps, Neptune, Antinoos
Claire LefilliĂątre, Minerve
Marie Perbost, L’Amour, Junon
Filippo Mineccia, La Fragilité Humaine, Pisandre
Cyril Auvity, Eumée
Jörg Schneider, Iro
Pierre-Antoine Chaumien, Eurymaque
Fabien Hyon, Amphinomis

Les EpopĂ©es – StĂ©phane Fuget, direction

 

LUXEUIL LES BAINS, Basilique Saint-Pierre. Emmanuel Arakélian joue le Grand SiÚcle

arakelian emmanuel orgue luxueil musique et memoire mg_8236LUXEUIL LES BAINS, Basilique Saint-Pierre, le 18 juil 2022, 21h.  Emmanuel ArakĂ©lian, orgue.  Le programme inaugure l’acte II du Festival Musique et MĂ©moire 2022 ; l’organiste avignonais Emmanuel ArakĂ©lien, titulaire des orgues de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, professeur au Conservatoire de Marseille, – Ă©claire la diversitĂ© des compositeurs du Grand SiĂšcle avec Charles Piroye et Jean-Adam Guilain. Johann Sebastian Bach figure Ă©galement au programme, admirateur de la musique française avec sa ” PiĂšce d’orgue ”. PĂ©pite complĂ©mentaire, une Ɠuvre de RĂ©gis Campo, « Capriccio” Ă©crite pour le grand- orgue de Mouzon. Concluant par le grand gĂ©nie du dĂ©but du siĂšcle, admirĂ© par Bach, Nicolas de Grigny et ses versets du Veni Creator, Emmanuel ArakĂ©lian propose une fabuleuse immersion au cƓur du mystĂšre d’un orgue sĂ©culaire
 rĂ©cemment restaurĂ©, et sis, tel le joyau unique par la beautĂ© sonore autant que le dĂ©cor sculptĂ© de son buffet, dans la Basilique Saint-Pierre Saint-Paul de Luxeuil-les-Bains. Photo : E ArakĂ©lien Ă  l’orgue © S Ferreti

 

 

 

Emmanuel Arakélian, orgue.
Compositeurs du Grand SiĂšcle

LUXEUIL-LES-BAINS, Basilique Saint-Pierre Saint-Paul
Lundi 18 juillet 2022, 21h

RĂ©servez vos places
directement sur le site du Festival Musique & MĂ©moire 2022 :
https://www.vostickets.fr/Billet?ID=CULTURE_70

 

 

 

Au programme, les compositeurs du Grand SiĂšcle

Charles Piroye, Jean-Adam Guilain, ainsi que Johann Sebastian Bach et RĂ©gis Campo, Nicolas de Grigny (versets du Veni Creator) 


DĂ©couvrir les concerts suivants / 29Ăš Festival Musique et MĂ©moire 2022, ACTE II : les 20, 21, 22, 23 et 24 juillet 2022 / a nocte temporis, Doulce mĂ©moire, oratorios de Bonaventura Aliotti par Les TraversĂ©es Baroques, Alia Mens, Ronald Martin Alonso
 : ici / Musique et MĂ©moire 2022 / Vosges du Sud

 

 

CRITIQUE DVD Ă©vĂ©nement. Tero SAARINEN : Third Practice – 1 dvd BelAir classique

critique dvd bac198-tero saarinen-third practice monteverdi critique dvd danse classiquenewsCRITIQUE DVD Ă©vĂ©nement. Tero SAARINEN : Third Practice – 1 dvd BelAir classique – Helsinki, mars 2021. Avec “Phird Practice“, le chorĂ©graphe finlandais Tero Saarinen explore toute l’expressivitĂ© de la Secunda prattica, modernitĂ© sublimĂ©e par le gĂ©nie monteverdien. Les madrigaux dramatiques et Ă©rotiques du grand Claudio lui inspirent une 3Ăšme voie entre chant et danse d’une puissance hypnotique.
Le spectacle s’inscrit comme une lente percĂ©e de l’ombre Ă  la lumiĂšre. OĂč peu Ă  peu dans la vocalitĂ  souveraine de deux chanteurs (familiers du rĂ©pertoire baroque, peut-ĂȘtre moins concernant le tĂ©nor, de l’écriture montĂ©verdienne : ses vocalises et mĂ©lismes manquent quand mĂȘme de prĂ©cision).
Le prĂ©lude primordial, chaotique, inquiĂ©tant, dans les tĂ©nĂšbres de l’informe, prĂ©pare Ă  l’émergence de la musique, l’une de plus articulĂ©es et sensuelles qui soit. Sous sa coupe, les corps s’organisent et se rĂ©pondent dans l’Ă©lan d’un madrigal monteverdien (souffle aĂ©rien de « Zefiro »), oĂč le chanteur danseur pilote dĂ©sormais le collectif mieux structurĂ©, plus uni.
La part est belle Ă  la vocalitĂ  d’une langueur souple. Celle Ă©vocatrice propre au monde des bergers qui semblent dĂ©couvrir la beautĂ© de la nature [superbe soprano de Nuria Rial] ; musique et danse cĂ©lĂ©brant le mystĂšre de la suave harmonie de ce bocage merveilleux dansĂ© alors par une seule danseuse. Pour Saarinen, l’urgence est de redĂ©finir notre humanitĂ© dans un monde promis Ă  la destruction.

Tero Saarinen met en danse Monteverdi

Ancrer l’humanitĂ© dans le chaos du monde

Le spectacle s’enfonce peu Ă  peu dans une sensualitĂ© suspendue que subliment des Ă©clats de lumiĂšre caravagesque, preuve que la compagnie Saarinen a bien Ă©tudiĂ© l’esthĂ©tique du tout dĂ©but xviie.
L’émergence de l’individu pensant, agissant, son Ă©veil au monde.

Le tĂ©nor [« Quam pulchra est »] sorte de narrateur ou testo, est dĂ©sormais guide d’une action qui Ă©merveille en tableaux noirs d’une indĂ©niable beautĂ© picturale [la danseuse et son voile aĂ©rien comme le gaze de son Ăąme qui flotte autour de sa tĂȘte... ou les sĂ©quences collectives oĂč le faisceau coupant des rayons de lumiĂšre en forts chiaroscuro /clair-obscurs, dessinent le profil des groupes de danseurs qui personnifient des tableaux dignes de Caravage ou de Ter Bruggen. Ou encore le dĂ©sarroi de l'amant Ă©prouvĂ© par la belle « Clori », laquelle paraĂźt enchanteresse en une image flottante, impalpable, Ă©vanescente, apparition trĂšs opportune... Le spectacle touche aussi parce qu'il interroge jusqu'au mystĂšre de l'alchimie amoureuse. Une notion clĂ© dans le labyrinthe montĂ©verdien. Dans cette Ă©preuve permanente, se rĂ©vĂšlent les tempĂ©raments.

« Mentra vagha angioletta »... marque un nouveau palier. Le madrigal dĂ©voile cet humanisme filigranĂ©, Ă  reconquĂ©rir / redĂ©finir, Ă©noncĂ© voce sola puis Ă  deux voix d'hommes, claire rĂ©flexion en miroir sur le dĂ©sarroi des amants perdus dans les volutes du dĂ©sir irrĂ©pressible. Le chorĂ©graphe Tero Saarinen exploite avec beaucoup de justesse la langue monteverdienne, ses Ă©lans paniques, son souple questionnement existentiel, et toujours sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance sensuelle.

En quĂȘte d'une unitĂ© perdue le danseur solo se perd dans un jeu d'images dĂ©multipliĂ©es celui de la chanteuse qui captive et enchante comme Alcina sur son Ăźle. L'illusion menace autant qu'elle fascine.

CLIC D'OR macaron 200« Third Practice » est un spectacle baroque autant que vocal que chorĂ©graphique oĂč l'incise des instruments anciens dans l'expĂ©rience des images ainsi crĂ©Ă©s, semble renouer avec l’invention des pionniers baroqueux il y a 50 ans. La rĂ©ussite du spectacle tient aussi Ă  la tenue des deux chanteurs, solides tempĂ©raments dans l'interprĂ©tation baroque [Topi Lehtipuu et Nuria Rial]. En fin d’action, c’est la danse qui reprend la parole et occupe la scĂšne : deux corps qu’inspire la nostalgie d’une fusion toujours espĂ©rĂ©e, Ă  jamais reportĂ©e. Hypnotique.

_________________________________________
CRITIQUE DVD Ă©vĂ©nement. Tero SAARINEN : Third Practice – 1 dvd BelAir classique : 
https://belairclassiques.com/tero-saarinen-company-third-practice-rooted-with-wings-vod / CLIC de CLASSIQUENEWS été 2022.

Le spectacle créé à Cremona (Festival Monteverdi) en mai 2019 est complété par un docu trÚs complet et instructif (intitulé « Rooted with Wings », sur la compagnie de danse fondée par Tero Saarinen à Helsinki

_________________________
TEASER VIDEOThird Practice par la Cie Tero Saarinen / d’aprĂšs Monteverdi (2019 / 2020) – ballet crĂ©Ă© au Festival Monteverdi de Cremona en mai 2019

:

Tero Saarinen Company: Third Practice (2019) trailer from Tero Saarinen Company.

CRITIQUE, CD. Fauré : mélodies. Cyrille Dubois, ténor / Raes, piano (3 cd Aparté)

faure_melodies integrale dubois raes melodies aparte critique cd review classiquenewsCRITIQUE, CD. FaurĂ© : mĂ©lodies. Cyrille Dubois, tĂ©nor / Raes, piano (3 cd ApartĂ©) – Sur les traces du baryton Camille Maurane et surtout du tĂ©nor GĂ©rard Souzay, champions de l’éloquence nuancĂ©e en la matiĂšre, le tĂ©nor actuel Cyrille Dubois, en complicitĂ© avec le pianiste Tristan RaĂ«s, avec lelquel il forme le duo Contraste, enregistre toutes les mĂ©lodies de FaurĂ© : ambition sur le papier probablement prĂ©coce et pĂ©rilleuse.


_________________________

Est parue en mai 2018, une prĂ©cĂ©dente intĂ©grale de grande valeur,faure melodies boucher boulianne figueroa gilmette olivier godin integrale revoew critique cd classiquenews mai 2018 atma rĂ©unissant 4 solistes ciselĂ©s, parmi les meilleurs interprĂštes francophones, surtout quĂ©bĂ©cois (Antonio Figueroa, HĂ©lĂšne Guilmette, Julie Boulianne, Marc Boucher), sous le label canadien ATMA 4 cd). AccompagnĂ©s par le pianiste Olivier Godin (sur un remarquable Erard de 1859, restaurĂ© pour l’occasion et accordĂ© Ă  435 Hz), les interprĂštes constituent depuis lors, une corpus incontournable pour tout amateur faurĂ©en.
https://atmaclassique.com/produit/faure-integrale-des-melodies-pour-voix-et-piano/ – livret accessible ici :
https://atmaclassique.com/wp-content/uploads/livret/14e8ea76-f40b-4224-8830-5a33faa1e90a_722056274128_Booklet.pdf

Les 103 mĂ©lodies qui jalonnent la vie de FaurĂ© tout du long, occupent ainsi 3 cd ; pudeur, mesure, mystĂšre, suprĂȘme Ă©lĂ©gance, et toujours une subtilitĂ© qui ne doit rien sacrifier au naturel ni Ă  la souplesse ; le tĂ©nor a tout cela, avec une fraĂźcheur et une ardeur, voire un vaillance
 dans bien des cas, rĂ©gĂ©nĂ©ratrices. Seul son vibrato, que d’aucun trouveront envahissant voire sur le terme agaçant, est heureusement canalisĂ©, jamais surimposĂ©, mais dans certains cas, Ă©trangement « dĂ©coratif ». Si la dĂ©clamation est irrĂ©prochable, les couleurs et l’intonation manquent parfois de nuances, de trouble, 
 de mystĂšre (« C’est l’extase », est quand mĂȘme une proclamation pudique qui convoque le songe le plus intime). Car derriĂšre le verbe, se cache toujours une image intime qui se dĂ©robe Ă  la premiĂšre lecture, mais fait sens par filiation ou correspondance tĂ©nue avec ce qui prĂ©cĂšde ou ce qui suit. Osons Ă©mettre une rĂ©serve : l’approche pour probe et lumineuse qu’elle soit, manque encore de questionnement, d’énigmes Ă  dĂ©chiffrer, d’hallucination Ă©thĂ©rĂ©e
 D’autant que l’évolution faurĂ©enne tend Ă  davantage d’épure, de concision, de dĂ©cantation essentielle qui Ă  rebours de sa rĂ©putation d’amabilitĂ© de salon, atteint des sommets d’élĂ©gance rentrĂ©e, de pudeur subtile, d’une indicible puissance suggestive (« AprĂšs un rĂȘve »). Ici l’art doit cacher la technique par l’émergence de la sincĂ©ritĂ© et du naturel. Parfois appliquĂ©e, voire prĂ©cautionneuse, l’émission mĂȘme palpitante, manque de profondeur, de langueur inquiĂšte, de questionnement autant poĂ©tique que mĂ©taphysique (Au cimetiĂšre).
Le piano de RaĂ«s est au diapason de cet art de la dĂ©licatesse Ă  dĂ©faut de la nuance : prĂ©cis, colorĂ©, d’une indĂ©niable sincĂ©ritĂ©, parfois grave, toujours enveloppant et caractĂ©risĂ©.

Une intĂ©grale est toujours intĂ©ressante en ce qu’elle explore aussi des champs souvent Ă©cartĂ©s, ou peu connus comme cette « SĂ©rĂ©nade du Bourgeois gentilhomme », extrait d’une musique de scĂšne pour la piĂšce de MoliĂšre) ; on y retrouve avec dĂ©lice Shylock, les 5 mĂ©lodies de Venise, les 9 sĂ©quences de La Bonne chanson ; les 8 du Jardin clos ; les 10 du cycle La Chanson d’Eve
 claire offrande Ă  la sensualitĂ© la plus Ă©lĂ©gamment exprimĂ©e voire Ă©prouvĂ©e


_____________________________________

CRITIQUE, CD. Fauré : Intégrale des mélodies / complete songs. Cyrille Dubois, ténor. Tristan Raës, piano. Enregistré du 1er au 3 juillet et du 10 et 17 août 2020, et du 14 au 16 juin 2021, Salle Colonne, Paris. 3 cd Aparté : https://www.apartemusic.com/albums/faure-complete-songs/

____________________________________

CD1

1. Mai op.1 no. 2
2. Le Papillon et la Fleur op. 1 no. 1
3. Puisque j’ai mis ma lùvre op. posth.
4. Tristesse d’Olympio op. posth.
5. Dans les ruines d’une abbaye op. 2 no. 1
6. Les Matelots op. 2 no. 2
7. Chant d’automne op. 5 no. 1
8. RĂȘve d’amour (S’il est un charmant gazon) op. 5 no. 2
9. L’Absent op. 5 no. 3
10. L’Aurore op. posth.

Cinq mĂ©lodies “de Venise” op. 58
11. Mandoline
12. En sourdine
13. Green
14. À Clymùne
15. C’est l’extase

16. Les Présents op. 46 no. 1
17. Clair de lune op. 46 no. 2
18. Soir op. 83 no. 2
19. Prison op. 83 no. 1
20. Larmes op. 51 no. 1
21. Au cimetiĂšre op. 51 no. 2
22. Spleen op. 51 no. 3
23. La Rose (Ode anacréontique) op. 51 no. 4

La Bonne Chanson op. 61
24. Une Sainte en son auréole
25. Puisque l’aube grandit
26. La lune blanche luit dans les bois
27. J’allais par les chemins perfides
28. J’ai presque peur, en vĂ©ritĂ©
29. Avant que tu ne t’en ailles
30. Donc, ce sera par un clair jour d’étĂ©
31. N’est-ce pas ?
32. L’hiver a cessĂ©

____________________________________

CD2

1. Au bord de l’eau op. 8 no. 1
2. Ici-bas ! op. 8 no. 3
3. La Rançon op. 8 no. 2
4. Sylvie op. 6 no. 3
5. Tristesse op. 6 no. 2
6. Aubade op. 6 no. 1
7. Chanson d’amour op. 27 no. 1
8. La FĂ©e aux chansons op. 27 no. 2
9. Aurore op. 39 no. 1
10. Fleur jetée op. 39 no. 2
11. Le Pays des rĂȘves op. 39 no. 3
12. Les Roses d’Ispahan op. 39 no. 4
13. Nell op. 18 no. 1
14. Le Voyageur op. 18 no. 2
15. Automne op. 18 no. 3
16. Notre amour op. 23 no. 2
17. Les Berceaux op. 23 no. 1
18. Le Secret op. 23 no. 3
19. Le plus doux chemin op. 87 no. 1
20. Le Ramier op. 87 no. 2

Shylock op. 57
21. Chanson
22. Madrigal

23. Dans la forĂȘt de septembre op. 85 no. 1
24. La Fleur qui va sur l’eau op. 85 no. 2
25. Accompagnement op. 85 no. 3

La Chanson d’Ève op. 95
26. Paradis
27. Prima verba
28. Roses ardentes
29. Comme Dieu rayonne
30. L’Aube blanche
31. Eau vivante
32. Veilles-tu, ma senteur de soleil ?
33. Dans un parfum de roses blanches
34. Crépuscule
35. O mort, poussiĂšre d’étoiles

____________________________________

CD3

1. Lydia op. 4 no. 2
2. Chanson du pĂȘcheur (Lamento) op. 4 no. 1
3. Hymne Ă  Apollon op. 63
4. Sérénade from Le Bourgeois gentilhomme

Poùme d’un jour op. 21
5. Rencontre
6. Toujours
7. Adieu

8. Le Don silencieux op. 92
9. Chanson op. 94

Le Jardin clos op. 106
10. Exaucement
11. Quand tu plonges tes yeux dans mes yeux
12. La MessagĂšre
13. Je me poserai sur ton cƓur
14. Dans la nymphée
15. Dans la pénombre
16. Il m’est cher, Amour, le bandeau
17. Inscription sur le sable

18. Nocturne op. 43 no. 2
19. Noël op. 43 no. 1
20. En priĂšre
21. C’est la paix op. 114

Mirages op. 113
22. Cygne sur l’eau
23. Reflets dans l’eau
24. Jardin nocturne
25. Danseuse

26. AprĂšs un rĂȘve op. 7 no. 1
27. Hymne op. 7 no. 2
28. Barcarolle op. 7 no. 3
29. Sérénade toscane op. 3 no. 2
30. Seule ! op. 3 no. 1
31. ArpĂšge op. 76 no. 2
32. Le Parfum impérissable op. 76 no. 1

L’Horizon chimĂ©rique op. 118
33. La mer est infinie
34. Je me suis embarqué
35. Diane, Séléné
36. Vaisseaux, nous vous aurons aimés

——————

CRITIQUE DVD. AndrĂ© Tubeuf (1930 – 2021) : le lied (Bel air classiques)

tubeuf liede documentaire critique classiquenews bac187-visuel-recto-730x1038CRITIQUE DVD. AndrĂ© Tubeuf (1930 – 2021) : le lied (Bel air classiques) – Rue Milton, dans son salon cosi, cadre intimiste qui prĂȘte Ă  la confession, le musicologue, Ă©crivain et philosophe AndrĂ© Tubeuf dĂ©livre (en 2018) les clĂ©s de comprĂ©hension d’une passion ainsi explicitĂ©e : le lied, entendez l’équivalent germanique de la mĂ©lodie française. Les 7 Ă©pisodes composent chacun un commentaire libre sur le sujet questionnĂ© : connaisseurs de poĂ©sie, les compositeurs ayant rĂ©ussi l’accord tĂ©nu, subtil, exceptionnel du verbe et de la musique, du chant et des climats sonores sont ainsi magistralement abordĂ©s, expliquĂ©s Ă  travers une conversation libre, – une rencontre idĂ©ale oĂč le savoir et le commentaire sont des portes ouvertes sur des trĂ©sors poĂ©tiques et musicaux de premiĂšre valeur. Comme une odyssĂ©e explorant 7 constellations musicales, sont commentĂ©s avec finesse les auteurs suivants : tous les romantiques sont analysĂ©s sans Ă©rudition opaque mais avec la vivacitĂ© d’une culture qui sait ĂȘtre accessible : des prĂ©romantiques Mozart et Beethoven, aux grands noms du lied, Schubert Ă©videmment (2 volets parmi les plus passionnants dont de nombreux exemples extraits du Winterreise / La Voayge d’hiver qui est la parabole de l’existence terrestre), Schumann, Brahms, et les plus tardifs et non les moindres : Wolf, Richard Strauss, Gustav Mahler

CLIC D'OR macaron 200Avec Ă©loquence et rĂ©fĂ©rences aussi avec les peintres (Caspar Friedrich, Van Gogh, Spitzweg
), le guide narrateur, inspirĂ©, enchantĂ©, nous immerge dans les vertiges du verbe, sa rĂ©sonance vocale et musicale, Ă©clairant ce qui compose l’intense attractivitĂ© de chaque mesure ; au fond du texte, surgit parfois la vĂ©ritĂ©, l’essence de la passion humaine, solitude, aspiration, dĂ©sir ou regret, amour et mort, espĂ©rance et doute ; les faces du questionnement sont sans fin mais manifestent une activitĂ© permanente qui rĂ©vĂšle le gĂ©nie des auteurs ; alors au terme d’une carriĂšre faite Ă©coute et lente assimilation et maturation critique dans la proximitĂ© d’Ɠuvres qu’il connaĂźt mais semble redĂ©couvrir toujours, AndrĂ© Tubeuf laisse ici un testament, un tĂ©moignage qui fait figure d’exemple pour tous les mĂ©lomanes. Un rĂ©gal.

____________________________________

CRITIQUE DVD. AndrĂ© Tubeuf (1930 – 2021) : le lied (Bel air classiques) – RĂ©alisation : Martin Mirabel – Paris 2018 : 7 conversations : documentaires (DVD, Blu Ray BelAir classiques). CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2022.

Nouvelle Tosca Ă  NANCY : Paoli / Allemandi

puccini-giacomo-portrait-operas-classiquenews-dossier-special-HOMEPAGE-classiquenewsNANCY. PUCCINI : Tosca. 22 juin – 2 juillet 2022. Allemandi / Paoli. Nouvelle production de Tosca Ă  Nancy. L’Ɠuvre marque l’évolution du goĂ»t contemporain : il semble que Tosca, sommet lyrique de Puccini au dĂ©but du XXĂš (crĂ©ation en janvier 1900), quasi simultanĂ© au PellĂ©as de Debussy (1902) soit devenu l’opĂ©ra le plus jouĂ© sur les scĂšnes lyriques mondiales, surclassant Carmen de Bizet, Don Giovanni de Mozart et La traviata de Verdi, trio de tĂȘte des ouvrages les plus reprĂ©sentĂ©s dans les 5 derniĂšres saisons. Si Carmen, l’opĂ©ra « africain » selon Nietzsche, exacerbe la passion furieuse de la Gitane, libre et suicidaire, Tosca offre une autre vision de l’amour tragique, celle d’un couple d’artistes (Floria, cantatrice / Mario, peintre) broyĂ©s tous deux par la machination d’un monstre politique, le baron Scarpia, prĂ©fet de Rome et monarchiste aussi radical (que Mario est bonapartiste). Au huis clos du trio vocal : Floria, Mario, Scarpia, qui fixe dĂ©finitivement le trio des tessitures affrontĂ©es : un baryton jalouse le tĂ©nor car il aime la mĂȘme soprano
 Puccini ajoute le rĂ©alisme poĂ©tique des Ă©vocations de Rome, arriĂšre plan de l’action qui est aussi un personnage Ă  part entiĂšre. Chacun des 3 actes s’inscrit dans un lieu emblĂ©matique de la ville Ă©ternelle : Ă©glise San Andrea della Valle (acte I) ; Palais FarnĂšse, le bureau du tortionnaire Scarpia (acte II) ; terrasse du ChĂąteau San Angello (acte III) ; sans omettre, l’évocation pastorale du jeune berger menant son troupeau de moutons sur les collines romaines, vrai tableau idyllique, virgilien, celui de la campagne en son aube printaniĂšre, au cƓur de la tragĂ©die qui se noue

3 TEMPS FORTS Puccini a le gĂ©nie de la composition, autant dans l’exposition des passions individuelles que dans la grandeur des scĂšnes collectives. L’acte I est certes d’exposition mais il est construit aussi comme un vaste crescendo dramatique qui se dĂ©ploie en toute puissance dans le dernier tableau Ă  l’église oĂč Scarpia impose son pouvoir sur l’assemblĂ©e des croyants rĂ©unis autour de la statue de la Vierge ; dans l’acte II, le plus thĂ©Ăątral au sens d’une scĂšne fermĂ©e, Ă©touffante, oĂč Mario est torturĂ©, Floria harcelĂ©e et implorante (son air fameux : Vissi d’amore, vissi d’arte / Je vivais d’amour et d’art), Scarpia
 dĂ©finitivement liquidĂ© ; au III, la tension culmine dans un climat suspendu oĂč le formidable duo amoureux est dĂ©truit quand s’accomplit la vengeance et la duplicitĂ© haineuse de Scarpia
 Tosca regorge de coups de thĂ©Ăątre et de rebondissements qui ne seraient qu’accents spĂ©ctaculaires s’il n’était la musique, arriĂšre plan prodigieux en tableaux atmosphĂ©riques, au souffle dĂ©jĂ  cinĂ©matographique.

_____________________

NANCY, Opéra de Lorraintosca puccini nancy opera paoli allemandi critique opera classiquenews.gif.
PUCCINI : Tosca – Nouvelle production / 6 reprĂ©sentations
Du mercredi 22 juin au samedi 2 juillet 2022,
Mise en scĂšne de Silvia Paoli
Orchestre & ChƓur de l’OpĂ©ra national de Lorraine,
Direction musicale : Antonello Allemandi

Mercredi 22 juin, 20h
Vendredi 24 juin, 20h
Dimanche 26 juin, 15h
Mardi 28 juin, 20h
Jeudi 30 juin, 20h
Samedi 2 juillet, 20h

RÉSERVEZ VOS PLACES
directement sur le site de l’OpĂ©ra National de Lorraine, NANCY, ici :
https://www.opera-national-lorraine.fr/fr/activity/336-tosca-puccini

Distribution
Salome Jicia : Floria Tosca,
Rame Lahaj : Mario Cavaradossi,
Daniel MirosƂaw : le Baron Scarpia,
Tomasz Kumięga : Cesare Angelotti,
Daniele Terenzi , un Sacristain,
Marc Larcher : Spoletta,
Jean-Vincent Blot : Sciarrone,
Yong Kim : un geĂŽlier
Heera Baen : un berger

______________________________

Une heure avant le début du spectacle sur chaque représentation (gratuit, sur présentation du billet)

CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. SIBELIUS : 7 symphonies, Tapioca – Oslo Philharmonic, Klaus MĂ€kelĂ€ (4 CD – Decca, fev-juin 2021)

sibelius-makela-symphonies-decca-critique-cd-review-classiquenews-CLIC-tapiola-symphonies-sibelius-critique-cdCRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. SIBELIUS : 7 symphonies, Tapioca – Oslo Philharmonic, Klaus MĂ€kelĂ€ (4 CD – Decca, fev-juin 2021) – S’attaquer si jeune Ă  un massif immense reste un dĂ©fi et avant l’écoute, une promesse indĂ©cise. Le violoncelliste de 26 ans, promu directeur musical de l’Orchestre de Paris, et ici, chef du Philharmonique d’Oslo ne manque pas de tempĂ©rament ni d’audace ; entre sĂ©duction et parfois vibration Ă©thĂ©rĂ©e, sa direction ne laisse pas indiffĂ©rent bien au contraire. L’orchestre norvĂ©gien connaĂźt Sibelius ; leur habitude du compositeur s’entend naturellement, dans la verve, l’instinct musical, la cohĂ©sion native. MĂ€kelĂ€ le finlandais ressent son confrĂšre Sibelius avec suffisamment de tact pour en exprimer le souffle, l’ampleur, l’intĂ©rioritĂ© inquiĂšte et surtout la formidable quĂȘte lumineuse et l’espĂ©rance finale.

 

 

 


Klaus MĂ€kelĂ€ et l’Oslo Philharmonic jouent Sibelius

Jeunesse, audace, mesure


 

 

 

Parmi les rĂ©ussites de ce coffret plus que recommandable, distinguons surtout la 2Ăš, la plus construite, la mieux dĂ©finie par son Ă©loquente stature et la scintillement assumĂ© des timbres ; la 4Ăš manque encore d’inquiĂ©tude secrĂšte, d’intranquille activitĂ© et surtout de subtilitĂ© dans le taillage des timbres et des rĂ©ponses et de l’architecture rythmiques. Mais le geste va forte dans la persuasion, l’énergie irrĂ©pressible, le feu sous la glace, offrant un ultime tiercĂ© parmi les plus polisses de la discographie rĂ©cente : 5Ăš Ă  l’audace pleine de panache sans les ambiguĂŻtĂ©s abyssales de Barbirolli, Bernstein, Karajan ; 6Ăš, parfois trop appliquĂ©e sans vertiges ; la 7Ăš ivre certes, mais un peu sage et retenue malgrĂ© tout : l’analyse instrumentale corsĂšterait-elle le souffle, l’urgence, l’électrisation pourtant nĂ©cessaire ?

 

 

 

MAKELA-UNE-582-klaus-makela-maestro-sibelius-critique-review-cd-concert

 

 

 

CLIC D'OR macaron 200Mais au crĂ©dit de cette « premiĂšre » intĂ©grale qui souhaitons-le devrait profiter de prochaines recueillant les fruits de la maturitĂ© et de l’expĂ©rience, saluons le raffinement des couleurs, la lisibilitĂ© voire la transparence du contrepoint et des Ă©tagements de pupitres – en bonus, les 3 fragments dĂ©couverts dans les manuscrits de travail de Sibelius, alors sur le mĂ©tier d’une 8Ăš symphonie, jamais achevĂ©e, complĂštent la valeur de cette intĂ©grale riche en attraits manifestes. Sans ĂȘtre enchantĂ©s, on demeure sĂ©duits. Ce qui n’est pas une mince rĂ©colte pour le jeune maestro Ă  qui tout semble sourire et qui gagnerait Ă  forcer sa nature un peu sage.

 

 

 

________________________________________

CRITIQUE CD coffret Ă©vĂ©nement. JEAN SIBELIUS (1865 – 1957) : Symphonies 1 Ă  7, Tapiola opus 112 – 3 fragments pour la 8Ăš symphonie – Orchestre Philharmonique d’Oslo – Klaus MĂ€kelĂ€, direction – enregistrĂ© Ă  Oslo, Konserthaus – de fĂ©vrier Ă  juin 2021. 4 CD DECCA – CLIC de CLASSIQUENEWS – Photos : M. Borggreve

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, concert. Paris, Philharmonie, le 31 mai 2022. R. STRAUSS (concert II) : Macbeth, Ein Heldenleben – Une vie de hĂ©ros / Gewandhausorchester Leipzig – Andris Nelsons

nelsons-andris-gewandhausleipzig-concert-critique-review-strauss-philharmonie-de-paris-classiquenews-critique-concert-richard-straussCRITIQUE, concert. Paris, Philharmonie, le 31 mai 2022. R. STRAUSS (concert II) : Macbeth, Ein Heldenleben – Une vie de hĂ©ros / Gewandhausorchester Leipzig – Andris Nelsons – Retour du letton Andris Nelsons Ă  la Philharmonie, lĂ  mĂȘme oĂč le maestro vedette actuelle du label Deutsche grammophon, a dirigĂ© les Wiener Philharmoniker (Beethoven) ou le Boston Symphony Orchestra (Mahler), dont il est directeur musical comme c’est le cas du Gewandhausorchester Leipzig (comme avant lui un certain Artur Nikkisch).
Le programme de la soirĂ©e est copieusement orchestral. Et Nelsons, fĂ©dĂ©rant le collectif de Leipzig offre une approche gĂ©nĂ©reuse, somptueusement contrastĂ©e, soulignant chez Richard Strauss, sa flamme dramatique, ses audaces parfois dĂ©lirantes, avec un panache particuliĂšrement Ă©laborĂ©. L’opus 23, Macbeth, (2Ăš version crĂ©Ă©e en 1892) concentre toute le fougue et la transe dramatique du jeune Strauss d’avant les premiers opĂ©ras, ses formidables ressources expressives nettement audibles dans l’esthĂ©tique des contrastes exacerbĂ©s et cette rugositĂ© brucknĂ©rienne dĂšs les premiĂšres mesures, qui confĂšre Ă  l’esprit gĂ©nĂ©ral l’idĂ©e d’une fiĂšvre dĂ©moniaque habitant l’ñme maudite du hĂ©ros Shakespearien : Ă©ruptif et acĂ©rĂ©s, Ă©nergiques et fĂ©dĂ©rĂ©s, chef et orchestre prĂ©parent et construisent en rĂ©alitĂ© l’élĂ©vation lumineuse finale, le triomphe de Macduff, comme le fruit d’une gradation progressive oĂč le magma et la grande forge orchestrale se dĂ©cantent Ă  mesure du dĂ©roulement, vers une apothĂ©ose allĂ©gĂ©e, Ă©thĂ©rĂ©e, aux couleurs diaphanes, d’autant mieux polie que l’amorce et le dĂ©veloppement central sont incandescents, contrastĂ©s, partie constituante du chaudron orchestral en son plein bouillonnement furioso.

 

 

 

Andris Nelsons joue Richard Strauss Ă  la Philharmonie

Volupté et vertiges du Gewandhausorchester Leipzig

 

 

 

Une mĂȘme incandescence porte la Suite orchestrale extraite de l’opĂ©ra Der RosenKavalier / Le Chevalier Ă  la rose dans un bain de voluptĂ© presque indĂ©cente tant l’hĂ©donisme extĂ©riorisĂ©e des pupitres s’affranchissent de toute retenue, dans la plasticitĂ© des timbres, dans le scintillement des cordes, jusqu’à l’énoncĂ© du thĂšme final, celui du trio Quinquin, La MarĂ©chale, Sophie dont Andris Nelson, amoureusement, tire avec une douceur murmurĂ©e, le fil mĂ©lodique jusqu’à la rupture, soulignant combien Strauss est le maĂźtre incontestable des arcs thĂ©matiques grandiose, Ă©perdus, d’un souffle infini qui appelle l’extase dans le renoncement. Aux flamboiements exposĂ©s, maĂźtrisĂ©s de l’orchestre rĂ©pondent la prĂ©cision et l’engagement du chef qui sait aussi sonner psychologique.

La piĂšce de consistance de ce second concert du Gewandhauss orchester Leipzig Ă  la Philharmonie est « Ein Heldenleben / Une vie de hĂ©ros », opus 40, aboutissement d’une dĂ©cennie fabuleuse au terme de laquelle Strauss Ă©difie cette cathĂ©drale sonore grandiose, Ă©pique, flamboyante qui le rend apte en mars 1899
 pour l’opĂ©ra. Conçu pour le Concertgebouw d’Amsterdam, la partition amplifie les ressources de l’orchestre LisztĂ©en et wagnĂ©rien, dans des proportions, des dialogues, des vertiges contrastĂ©s qui re dessinent jusqu’à la spatialitĂ© de l’orchestre ; Strauss n’ a rien Ă  envier du vortex wagnĂ©rien tant les tableaux sonores suspendus et comme en lĂ©vitation, atteignent une plĂ©nitude orchestrale inĂ©dite.
Macbeth et « Ein Heldenleben » / Une vie de hĂ©ros font dĂ©jĂ  la rĂ©ussite du coffret Strauss enregistrĂ© par Nelsons pour DG (cd4, enregistrĂ© en mai 2021 avec les mĂȘmes instrumentistes de Leipzig – coffret cd CLIC de CLASSIQUENEWS) ; un bain de voluptĂ© de timbres lĂ  encore, de sĂ©quences symphoniques serties comme des joyaux auxquels le chef apporte une sensibilitĂ© particuliĂšre pour les effets transcendants des contrastes (dĂ©flagration des tutti, silences abyssaux, pianissimi arachnĂ©ens Ă©vanescents) : la vision, le geste, la conception Ă©quilibrent l’opulence comme l’éloquence instrumentale. Les amateurs de sensualitĂ© sonore sont servis ; tout en privilĂ©giant la rondeur et la lisibilitĂ© des lignes mĂ©lodiques, Nelsons Ă©tire le ruban texturĂ© Ă  la limite de la tenue, ciselant et caressant comme peu le miroitant tapis orchestral.
S’il n’était le prĂ©texte narratif trĂšs prĂ©cis des 5 parties, trĂšs prĂ©cisĂ©ment identifiĂ©es, la rĂ©alisation qu’en donne le Gewandhausorchester Leipzig rĂ©ussit des prodiges de beautĂ©s sonores, de fait entre la sincĂ©ritĂ© de Mozart et la puissance de Wagner. Strauss, voie mĂ©diane entre les deux gĂ©ants, s’ingĂ©nie Ă  perfectionner un nouveau langage pour l’orchestre oĂč l’intelligence des tutti comme le caprice fantaisiste et comme ivre des parties solistes (violon solo pour l’évocation de l’ĂȘtre aimĂ© par le hĂ©ros / versatilitĂ© et humeur elle aussi vascillante, miroitante, glissandi taquins et en duo avec l’amoureuse clarinette, de « La compagne du hĂ©ros » au 3) affirme une maĂźtrise totale de l’écriture comme de l’orchestration. La Bataille explosive du 4 (tant admirĂ©e de Romain Rolland), rugit dans de somptueuses convulsions avant que le thĂšme de l’amour (clĂ© de la partition) de fait, n’impose sa loi sidĂ©rale.

La fougue des cuivres, la fabuleuse clarinette, et le basson, le jeu alternĂ© des cordes jouent avec les multiples citations straussiennes de la partie 5 (Des helden friedenswerke /«  Les Ɠuvres de paix du hĂ©ros ») – autocitations crĂąnement assumĂ©es qui donnent le vertige par leur plĂ©nitude suggestive, leur mordant poĂ©tique.
On est saisi du dĂ©but Ă  la fin par la tension, le miracle d’un legato orchestral superbe et caressant, la souplesse voluptueuse que chef et instrumentistes cultivent sans pause. Qu’il s’agisse ou non d’une excroissance autobiographique hypertrophiant le culte de l’Artiste, Nelsons, fĂ©dĂ©rateur et sĂ©ducteur, rappelle combien la partition de 1899, est un sommet de l’écriture orchestrale, l’une de ses plus flamboyantes voire dĂ©lirantes odyssĂ©es instrumentales. Un rĂ©gal magistralement rĂ©alisĂ©. A retrouver dans le coffret STRAUSS dĂ©diĂ© par Andris Nelsons et ses deux orchestres de Lepizig et Boston pour Deutsche Grammophon, paru en mai 2022 (CLIC de classiquenews).

 

 

 
 

 

 

________________________

CRITIQUE, concert. Paris, Philharmonie, le 31 mai 2022. R. STRAUSS (concert II) : Macbeth, Ein Heldenleben – Une vie de hĂ©ros / Gewandhausorchester Leipzig – Andris Nelsons

 

 

 
 

 

 

 

 

 

__________________________________

LIRE aussi notre critique du coffret RICHARD STRAUSS / Andris Nelsons – Boston Symphonique Orch / GewandhausOrchester Leipzig – CLIC de CLASSIQUENEWS (mai 2022) :

Andris-Nelsons--Strauss-leipzig-boston-critique cd review classiquenews deutsche grammophonjpgCRITIQUE CD, coffret Ă©vĂ©nement, critique. R. STRAUSS / NELSONS (7 cd DG Deutsche Grammophon) – 2 orchestres : Boston Symphony Orchestra, Gewandhausorchester Leipzig ; 1 chef :  Andris Nelsons font ici la valeur de ce coffret  «  Alliance », dĂ©diĂ© aux oeuvres symphoniques majeures de Richard Strauss. Outre la vivacitĂ© Ă©nergique du maestro, c’est aussi l’opportunitĂ© de comparer les qualitĂ©s de chacune des deux phalanges dont il est directeur musical.
Chaque orchestre rĂ©alise 3 programmes Straussiens – puis ce « retrouve en cd 7, dans la premiĂšre de « Festliches PrĂ€ludium » (Festive Prelude, pour orgue et orchestre : soliste, Olivier Latry), – ample fresque orchestrale jouĂ©e par les 2 formations rĂ©unies en nov 2019 (Boston), point fort de ce projet interorchestral et aussi, point de dĂ©part du cycle Straussien entre Boston et Leipzig.

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. Les Noces royales de Louis XIV – Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles – nov 2021)

noces-royales-louis-XIV-mazarin-poeme-harmonique-cavalli-cd-chateau-versailles-spectacles-cd-critique-review-cd-classiquenewsCRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. Les Noces royales de Louis XIV – Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles – nov 2021) – Le PoĂšme Harmonique exprime l’immense espoir que fait naĂźtre la Paix entre les puissances catholiques de France et d’Espagne (Paix de PyrĂ©nĂ©es, 7 nov 1659) et la solennitĂ© de l’évĂ©nement dynastique qui en rĂ©sulte (nĂ©gociĂ© par Mazarin), le mariage de Louis XIV et de Marie-ThĂ©rĂšse d’Autriche, cĂ©lĂ©brĂ© en grande pompe le 9 juin 1660 sous la voĂ»te de l’église de Saint-Jean Baptiste Ă  St-Jean de Luz. Souffle majestueux, exaltation vivace presque dansante, collective essentiellement dont le spectacle Motet Jubilate Deo de Lully demeure l’emblĂšme le plus juste : superbe gerbe heureuse, partagĂ©e et dans sa dĂ©clamation ample et prĂ©cise, d’une rondeur toujours Ă©lĂ©gantissime. Solistes enivrĂ©s et acteurs autant que chanteurs (formidable Anne Quintans en dessus ; guide d’une joie triomphale).

 

Eclectisme stylistique pour les Noces de Louis

L’heure n’est pas encore Ă  l’élaboration de l’opĂ©ra français mais la Cour de France a dĂ©jĂ  le sens du spectacle : ce Mariage est une thĂ©atralisation d’un pouvoir qui entend dĂ©montrer sa grandeur active ; sens de l’articulation, force du groupe et mise en place scrupuleuse des individualitĂ©s vocales, Le PoĂšme Harmonique dĂ©ploie d’éloquents arguments, Ă©gaux Ă  ceux de leurs compĂ©titeurs, Les EpopĂ©es, autre ensemble invitĂ© Ă  Versailles et qui tout autant rĂ©volutionne aujourd’hui l’interprĂ©tation des Motets de Lully dans un cycle dĂ©sormais dĂ©cisif (Collection des Grands Motets de Lully / Les EpopĂ©es / StĂ©phane Fuget / CLIC de CLASSIQUENEWS).
En 1660, tout relĂšve encore de la haute sensualitĂ© italienne dont tĂ©moignent les superbes piĂšces ici choisies, celles des vĂ©nitiens Salomone Rossi (trĂšs solennelle et presque grave Sinfonia); surtout le Magnificat de Cavalli, compositeur incontournable alors (qui allait livrer bientĂŽt pour Paris, son Ercole Amante) dont le Magnificat expose les somptueuses effluves cĂ©lĂ©bratives (jamais jouĂ©es cependant pour les noces royales mais plutĂŽt pour une fĂȘte liturgique Ă  Venise). Sans connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment le programme musical de la Messe nuptiale de juin 1660, les piĂšces ici abordĂ©es Ă©voquent le style gĂ©nĂ©ral du goĂ»t clairement ultramontain partagĂ© par Louis de France et son mentor Mazarin. Tout y paraĂźt et se complĂšte, en rĂ©sonance avec les trĂšs nombreuses festivitĂ©s qui ont accompagnĂ© le cortĂšge royal français, descendu de Paris au pays basque et vice versa : chansons de circonstance des Français AndrĂ© de Rosiers et Nicolas CLIC D'OR macaron 200MĂ©tru ; langueur vĂ©nitienne comme l’atteste le solo tragique ou lamento extrait du Xerse de Cavalli ; et mĂȘme thĂ©Ăątre picaresque dĂ©lirant espagnol signĂ© Juan Hidalgo. Le dĂ©corum n’empĂȘche pas la caractĂ©risation voire la surenchĂšre dramatique : ce mariage offre un aperçu des styles divers ayant cours en France quand se marie le roi de France : Ă©clectisme et sens du faste, spectacle et Ă©loquente ferveur. Magistral.

_____________________________

CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. Les Noces royales de Louis XIV – Le PoĂšme Harmonique / Vincent Dumestre, direction (1 cd ChĂąteau de Versailles – enregistrĂ© Ă  Versailles en nov 2021)  -  AGENDA : Ă  l’affiche de la Chapelle royale de Versailles Dimanche 3 juillet 2022, 21h : 2 concerts en une soirĂ©e avec pyrotechnie finale : PLUS D’INFOS ici (directement sur le site de ChĂąteau de Versailles Spectacles

TEASER VIDEO :

=============================

PROGRAMME : Noces Royales de Louis XIV

Aux portes du temple
Jean-Baptiste Lully (1632 – 1687) : Sonneries pour les trompettes du Roi

Entrée des délégations
Jean-Baptiste Lully : Entrée pour la Maison de France, Les Espagnols, Les Basques

Célébration de la paix
Jean Veillot (1600 – 1662) : Hymne O filii e filiae
Jean-Baptiste Lully : Motet pour la Paix Jubilate Deo, LWV 77

Le Mariage
Salomone Rossi (1570 – 1630) : Sinfonia grave
Francesco Cavalli (1602 – 1676) : Magnificat

Ballet des nations & RĂ©jouissances
Francesco Cavalli : Xerse : “Lasciate mi morire”
AndrĂ© de Rosiers (actif 1634 – 1672) : AprĂšs une si longue guerre
Nicolas MĂ©tru (1600/1605 – 1663) : Ô France
Juan Hidalgo (1614 – 1685) : Celos aun del aire matan

 

=============================

AUTRES CD du PoÚme Harmonique, Vincent Dumestre, critiqués / distingués par CLASSIQUENEWS :

sebastian-duron-coronis-alpha788 poeme harmonique druet bunel opera critique review cd review critique classiquenews CLIC de classiquenewsCRITIQUE. CD Ă©vĂ©nement. DURÓN : Coronis (Le PoĂšme Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021)– Formidable production pour sa vitalitĂ© rayonnante, ses contrastes opulents, ses situations truculentes qui mĂȘlent grĂące Ă  la seule inspiration de Sebastian DurĂłn (1660-1716), langueur extatique, rage guerriĂšre, rĂ©alisme satirique. Le PoĂšme Harmonique, chanteurs et instrumentistes relĂšvent tous les dĂ©fis de cette action mythologique certes, surtout carnavalesque et bouffone, aux airs de tendresse grave, en particulier au II (Jornada Segunda) oĂč s’imposent dans la fresque dĂ©lirante, la priĂšre et la plainte bouleversante de ProtĂ©e (si peu respectĂ© malgrĂ© ses alertes et prĂ©dictions) et Triton (soupirant dĂ©muni, colĂ©rique, Ă©conduit par la voluptueuse Coronis). Les solistes concernĂ©s ici, Cyril Auvity et Isabelle Druet composent de superbes tempĂ©raments vocaux, douĂ©s de puissance et de justesse humaine, de profondeur comme de sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle. A leurs cĂŽtĂ©s, rien Ă  dire aux Ă©patantes Ana Quintans dans le rĂŽle-titre : sa plasticitĂ© diamantine incarne Ă  la perfection la beautĂ© langoureuse et active qui finalement dĂ©cide du sort de la Thrace…

Le-Bourgeois-gentilhomme poeme harmonique lully 400 ans de moliere critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MoliĂšre / Lully : musiques pour la comĂ©die-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – avril 2021) – IntercalĂ©es dans la piĂšce de MoliĂšre, les musiques de scĂšnes (ballets, divertissements, airs
) de Lully soulignent le gĂ©nie facĂ©tieux du surintendant de la musique depuis 1661 ; sa verve n’a de limite que le gĂ©nie de MoliĂšre ; chacun semble mĂȘme rivaliser d’astuces expressives, de finesse parodique sur le thĂšme d’un Bourgeois dĂ©sireux d’ĂȘtre anobli
 Ă  l’heure oĂč la Cour ne parle que des Turcs en audience prĂšs du Roi-Soleil. Les 2 Baptistes ont prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ© (Ă©galement Ă  Chambord, devant la Roi) Monsieur de Pourceaugnac(1669). Pour cette restitution des parties intĂ©grales que Lully a alors façonnĂ©es, le PoĂšme Harmonique met en lumiĂšre l’articulation langoureuse des jeunes tempĂ©raments du chant baroque actuel ; le Bourgeois Gentilhomme s’il moque l’exotisme des moeurs du Grand Turc Ă  travers une charge contre son ambassade alors Ă  Versailles pour une rĂ©ception attendue, reportĂ©e auprĂšs de Louis XIV, exprime d’abord au I, l’empire de l’amour sur des cƓurs enivrĂ©s …

POEME-HARMONIQUE-ANAMORFOSI-allegri-monteverdi-marazzolli-mazzochi-cd-review-critique-cd-classiquenews-vincent-dumestreLIVE STREAMING : 11 dĂ©c, 20h30. ANAMORFOSI par Le PoĂšme Harmonique. Concert en direct Ă  vivre sur Youtube, vend 11 dĂ©c 20h30. Le PoĂšme Harmonique explore l’Italie du Seicento, « oĂč la langue musicale est celle des passions, profanes et sacrĂ©es »  Le programme a Ă©tĂ© l’objet d’un somptueux album discographique (enregistrĂ© en juin 2018) distinguĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS : Cd critique. ANAMORFOSI : Allegri, Marazzoli, Monteverdi (Le PoĂšme Harmonique, juin 2018 – 1 cd ALPHA) – «  Au carrefour du profane et du sacrĂ©, se dĂ©veloppe une mĂȘme musique, constante et touchante par ses aspĂ©ritĂ©s passionnelles. En hymnes sacrĂ©s ou en vers madrigalesques, l’écriture musicale ne varie pas, mais elle modifie son sens selon les paroles associĂ©es : (…) les vertiges de la musique eux sont toujours invariables et constants.

CRITIQUE, opéra. Helsinki, le 7 avril 2022. R STRAUSS : Salomé. Hannu Lintu / Christof Loy

CRITIQUE, opĂ©ra. Helsinki, le 7 avril 2022. R STRAUSS : SalomĂ©. Hannu Lintu / Christof Loy – Heureux internautes qui peuvent suivre l’actualitĂ© lyrique via internet et mesurer l’invention voire la pertinence des metteurs en scĂšne actuels dont cette vision plutĂŽt juste et dĂ©fendable (c’est Ă  dire cohĂ©rente et respectueuse) de la partition straussienne, signĂ©e Ă  Helsinki, Christof Loy.

 

 

 

SALOME-BOY-helsinki-opera-critique-opera-arte-classiquenews-strauss-salome-forster-williams

 

 

En costumes de soirĂ©es, les hommes n’hĂ©sitent pas arborer la tenue d’Adam
 ainsi Jochanaan (ou Iokanaan), acheminĂ© sur scĂšne Ă  la demande de la princesse de JudĂ©e, SalomĂ© ; le ProphĂšte proclame la perversion des parents de la jeune femme : l’impudicitĂ© d’HĂ©rodiade, le diabolisme d’HĂ©rode ; se dresse dans sa nuditĂ© assumĂ©e (Andrew Foster-Williams, voix timbrĂ©e mais dĂ©passĂ© par l’ampleur visionnaire du rĂŽle). Christof Loy reprĂ©sente sur scĂšne la vision de SalomĂ©. La jeune femme idĂ©alise le ProphĂšte.
Ses yeux , ses paroles « musicales » pĂ©nĂštrent l’ñme de SalomĂ© qui vibre Ă  l’écoute des vĂ©ritĂ©s profĂ©rĂ©es par l’homme de Dieu, emprisonnĂ©. « Fille de Sodome, ne m’approche pas! » ; piquĂ©e, l’adolescente fait l’inverse et reste saisie par la beautĂ© de Iokanaan, amoureuse des grappes de ses cheveux plutĂŽt que de son corps blanc (!)
 « Je veux baiser ta bouche Iokaanan, laisse moi baiser ta bouche  », s’exclame la fille d’Herodiade, dĂ©vorĂ©e par un dĂ©sir monstrueux qui va grandissant, entraĂźnant sa fin misĂ©rable sous les boucliers des gardes d’HĂ©rode. La soprano tire son Ă©pingle du jeu, fille-femme, ado mĂ»re ayant des airs d’ange diabolique, Lulu et Lilith Ă  la fois, silhouette et posture de poupĂ©e dĂ©moniaque et lascive, dĂ©jĂ  usĂ©e
 (Vida MiknevičiĆ«tė, percutante, sincĂšre, nuancĂ©e). La chanteuse sait construire son personnage avec beaucoup de justesse.

 

 

 

salome-helsinki-critique-opera-classiquenews-salome-robe-blanche-dernier-tableau

 

 

 

La mise en scĂšne (Christof Loy) souligne le jeu des regards lubriques et concupiscents, plein de ce dĂ©sir qui enfle et submerge la scĂšne : portĂ©s par une assemblĂ©e de jeunes hommes libidineux et testĂ©ronĂ©s en costumes noirs, style hommes de main et serviteurs, prĂȘts Ă  se dĂ©vĂȘtir pour possĂ©der le corps convoitĂ© : mĂȘlĂ©e de mouches obscĂšnes sur le corps de SalomĂ© en vraie fausse ingĂ©nue. L’approche est juste.

Le couple de rĂ©gnants, HĂ©rode et HĂ©rodias, empĂȘtrĂ© dans les tensions d’un petit couple bourgeois, est honnĂȘte sans plus : HĂ©rode tĂ©trarque dĂ©lirant (Nikolai Schukoff qui cependant se bonifie en cours de reprĂ©sentation), Ă  la limite de la nĂ©vrose, dĂ©crĂ©tant la fĂȘte, exigeant le vin, sur le corps ensanglantĂ© du jeune syrien suicidaire
 dĂ©sirant SalomĂ© lui aussi comme un pervers insatisfait. Surgissent les 5 juifs qui pĂ©rorent hystĂ©riques ; ils cassent la tĂȘte des invitĂ©s (« FaĂźtes les taire! » hurle Herodiade). Laquelle de mĂȘme, en pleine crise hystĂ©rique ne peut supporter la voix de Iokanaan.

 

 

 

salome-iokanaan-duo-dernier-helsinki-tableau-duo-critique-opera-classiquenews

 

 

 

Puis c’est la page orchestrale la plus sulfureuse et la plus vĂ©nĂ©neuse, c’est Ă  dire la plus gĂ©niale d’une partition captivante : la danse de SalomĂ©, 7 voiles contre la tĂȘte du ProphĂšte
(Ă  1h03’30 – cf ci aprĂšs le lien de visionnage sur le site ARTEconcert – replay jusqu’en mai 2023) ; le tableau est Ă  nouveau un jeu de domination perverse, qui permet Ă  HĂ©rode de baiser la bouche du ProphĂšte en un acte lubrique parfaitement dĂ©placĂ© mais totalement assumé  avant de s’enfermer dans une piĂšce avec sa belle-fille
 dont le retour sur scĂšne fait paraĂźtre la tueuse du ProphĂšte en robe de chambre rose saumon.

La derniĂšre scĂšne oĂč la jeune fille paraĂźt en jeune mariĂ©e toute Ă  son dĂ©sir pour le fringant Iokanaan, devenu sujet sĂ©duisant du dĂ©sir fĂ©minin, est d’une rare justesse. SalomĂ© ardente et monstrueuse, incarnation du dĂ©sir le plus impĂ©rieux, amoureuse et castratrice. La diva convainc par son intensitĂ© dramatique, son chant Ă  blanc, jusqu’à l’accomplissement cynique (« j’ai baisĂ© ta bouche Iokanaan / est-ce la saveur du sang ? Non la saveur de l’amour »). Si le jeu de la soprano Vida MiknevičiĆ«tė convainc, dommage que dans la fosse, le chef assure une direction rien que routiniĂšre, sans les Ă©clats et mille nuances de timbres qu’a ciselĂ© pourtant le gĂ©nial Strauss. La production doit ĂȘtre vue pour la mise en scĂšne de Christof Loy, la SalomĂ© expressive et juste de Vida MiknevičiĆ«tė.

 

 

 

salome-opera-strauss-helsinki-classiquenews-critique-opera-duo-final-salome-et-iokanaan

 

 

 

_____________________________________________
CRITIQUE, opéra. Helsinki, le 7 avril 2022. R STRAUSS : Salomé. Hannu Lintu / Christof Loy

REPLAY 

-  A VOIR et revoir sur ARTEconcert jusqu’au 12 mai 2023
https://www.arte.tv/fr/videos/104849-000-A/richard-strauss-salome/
Durée : 1h46mn

 

 

 

Distribution
Vida MiknevičiĆ«tė (SalomĂ©)
Mihails Culpajevs (Narraboth)
Nikolai Schukoff (Herodes)
Karin Lovelius (Herodias)
Andrew Foster-Williams (Jochanaan / Iokanaan)
Elli Vallinoja (Herodia’s Page)
Orchestre de l’OpĂ©ra National de Finlande
Hannu Lintu, direction

 

 

 

CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. David Kadouch, piano. Les musiques d’Emma Bovary (1 cd Mirare juil 2021)

mirare david kadouch musiques emma bovary farrenc viardot fanny clara critique cd classiquenews CLIC de classiquenews critique cd reviewCRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. David Kadouch, piano. Les musiques d’Emma Bovary (1 cd Mirare juil 2021) – Comme dans son prĂ©cĂ©dent album, RĂ©volution, critiquĂ© et distinguĂ© par CLASSIQUENEWS (CLIC de CLASSIQUENEWS, Ă©tĂ© 2019), le pianiste David Kadouch, parmi les plus convaincants de sa gĂ©nĂ©ration (nĂ© en 1985) interroge ici le romantisme sacrifiĂ© d’une hĂ©roĂŻne de la littĂ©rature française du XIXĂš: Emma Bovary. Le pianiste dĂ©fricheur suit les pas de l’auteur Flaubert et semble analyser les ferments d’une Ăąme passionnĂ©e, trĂšs vite rattrapĂ©e par le sentiment de frustration, de dĂ©pression suicidaire. Le parallĂšle avec les saisons de Fanny Mendelssohn (de l’angĂ©lisme de la jeune mariĂ©e, aux premiers assauts d’une mĂ©lancolie croissante, dĂšs “juin”, son Ă©lan amer, puis « septembre », ses accents paniquĂ©s
), l’hispanisme mĂ©lancolique de Pauline Viardot, les errements illusoires des Nocturnes de Chopin, l’emblĂšme sentimental qu’incarne alors la Valse de Coppelia, transcrite par Dohnanyi d’aprĂšs Delibes, concentrĂ© romantique par excellence
 disent assez la complexitĂ© psychologique dont il est question.

 

 

 

David Kadouch joue Fanny, Clara, Pauline, Louise

rĂ©vĂ©lant le fabuleux piano d’Emma Bovary

 

 

 

Le jeu tout en nuances et subtilitĂ© du pianiste sublime le propos et rend mĂȘme concrĂštement palpitant les rĂȘves et vertiges d’Emma l’insatisfaite.
« A quoi-tu rĂȘves, Emma  », aime entendre David Kadouch. Face Ă  tant de miroitements et scintillements sonores, l’ñme s’abandonne aux parfums d’une musique qui dĂ©voile les profondes aspirations du sentiment. L’épouse Emma ne peut contraindre et contrĂŽler les rĂȘveries d’Emma amoureuse. Comme un frĂšre inattendu, Liszt semble se rapprocher au plus prĂšs du cƓur d’Emma : RĂ©miniscence de Lucia di Lammermoor, l’opĂ©ra qui marqua tant Emma Ă  Rouen, rĂ©sonne comme une alarme secrĂšte, tel le signal avant la tempĂȘte intĂ©rieure. Le Romantique Hongrois en synthĂ©tise les Ă©lans admirables comme les dangers illusoires. En un fabuleux parcours, jalonnĂ© de piĂšces de compositrices affĂ»tĂ©es, rĂȘveuses, et mĂȘme Ă©perdues, (Variations de Clara Wieck, future Ă©pouse Schumann / sublime Notturno en si mineur de Fanny Mendelssohn ; sans omettre l’ivresse nostalgique de l’air russe de Louise Farrenc), David Kadouch nous fait partager les aspirations d’Emma : il en produit l’indicible texture sonore, entre dĂ©sir et regret, songe et dĂ©pression. Formidable hommage cĂ©lĂ©brant l’hĂ©roĂŻne de Flaubert. Passionnant et convaincant.

 

 

 

__________________

CLIC_macaron_2014CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. David Kadouch, piano. Les musiques d’Emma Bovary (1 cd Mirare – enregistrĂ© en juil 2021 au TAP Poitiers) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.

 

 

 

 

__________________

AUTRE CD de David Kadouch, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

kadouch-david-revolution-cd-mirare-critique-cd-classiquenews-clic-de-classiquenews-cd-critique-piano-opera-critiqueCD, Ă©vĂ©nement, annonce. RÉVOLUTION, DAVID KADOUCH, piano (1 cd Mirare, 2018). NĂ© en 1985, le pianiste français DAVID KADOUCH fait partie des rares interprĂštes au toucher savoureux, capable d’une articulation nuancĂ©e, sachant murmurer ou rugir quand il le faut ; toujours au service de l’intĂ©rioritĂ© des oeuvres. A ces qualitĂ©s, il ajoute dans ce nouvel album, une qualitĂ© complĂ©mentaire, celle de l’intelligence conceptrice. Le programme, enjeu de bien des rĂ©flexions pas toujours heureuses chez certain(e)s, s’avĂšre dans son cas d’une intelligence sensible raccordant le chant du piano
 Ă  la mĂ©moire, un temps passĂ©, retrouvĂ© sous le filtre recrĂ©ateur du tĂ©moignage et de la rĂ©itĂ©ration incarnĂ©e. Qu’on aime cet enchaĂźenment de piĂšces millimĂ©trĂ©es oĂč n’ont pas leur place la performance ni l’hystĂ©rie martelĂ©e / marketĂ©e (familiĂšres chez tant de ses confrĂšres/sƓurs). CLIC de CLASSIQUENEWS : en lire PLUS

CRITIQUE CD, coffret événement, critique. R. STRAUSS / NELSONS (7 cd DG Deutsche Grammophon)

Andris-Nelsons--Strauss-leipzig-boston-critique cd review classiquenews deutsche grammophonjpgCRITIQUE CD, coffret Ă©vĂ©nement, critique. R. STRAUSS / NELSONS (7 cd DG Deutsche Grammophon) – 2 orchestres : Boston Symphony Orchestra, Gewandhausorchester Leipzig ; 1 chef :  Andris Nelsons font ici la valeur de ce coffret  «  Alliance », dĂ©diĂ© aux oeuvres symphoniques majeures de Richard Strauss. Outre la vivacitĂ© Ă©nergique du maestro, c’est aussi l’opportunitĂ© de comparer les qualitĂ©s de chacune des deux phalanges dont il est directeur musical.
Chaque orchestre rĂ©alise 3 programmes Straussiens – puis ce « retrouve en cd 7, dans la premiĂšre de « Festliches PrĂ€ludium » (Festive Prelude, pour orgue et orchestre : soliste, Olivier Latry), – ample fresque orchestrale jouĂ©e par les 2 formations rĂ©unies en nov 2019 (Boston), point fort de ce projet interorchestral et aussi, point de dĂ©part du cycle Straussien entre Boston et Leipzig.
« L’alliance » ainsi dĂ©fendue s’appuie en vĂ©ritĂ© sur l’histoire croisĂ©e des 2 institutions musicales des deux cĂŽtĂ©s de l’Atlantique ; en mĂȘlant les instrumentistes des deux formations Ă  jouer ensemble Ă  l’occasion de JournĂ©es d’échanges (Leipzig Week in Boston ; Boston Week in Leipzig), Nelsons ne fait que renouveler des liens historiquement avĂ©rĂ©s dĂšs la fin du XIXĂš, aprĂšs la crĂ©ation du Boston Symphony Orchestra en 1881 : le siĂšge de l’Orchestre amĂ©ricain (Boston Symphony Hall) s’inspire du Gewandhauss II ; de mĂȘme nombre de directeurs du Boston ont Ă©tudiĂ© au Conservatoire de Leipzig. Andris Nelsons lui-mĂȘme, est directeur musical des 2 orchestres, comme
 Arthur Nikisch auparavant. La coopĂ©ration des deux orchestres n’a donc rien de surprenant.

A travers ce programme, composĂ© de poĂšmes symphoniques, de cycles symphoniques, de suites conçues Ă  partir d’opĂ©ras, de piĂšces pour cordes seules (Metamorphosen)
 , Nelsons joue avec le brio, l’élĂ©gance, le raffinement voire le dĂ©lire de l’orchestration et l’humour de Strauss (son grand lyrisme colorĂ© par un goĂ»t parfois immodĂ©rĂ© pour le pastiche et la surenchĂšre de timbres).
L’écoute des deux phalanges met en lumiĂšre la grande cohĂ©rence sonore des cordes et la clartĂ© naturelle de Leipzig ; l’éclat, la vivacitĂ©, voire l’exubĂ©rance ivre des cuivres de Boston qui rappelle les « divines » annĂ©es sous l’ùre Monteux, Leinsdorf, Ozawa ; Nelsons nourrit les affinitĂ©s entre les Bostoniens et Strauss, lequel comme chef put les diriger dans sa propre musique (Don Juan, Feursnot, Don Quichotte, en 
 1904).

L’ampleur du projet, la rĂ©alisation plus qu’honnĂȘte, engagĂ©e, riche en panache et rebonds dramatiques (avec le scintillement prĂ©cis, aiguisĂ© des solistes invitĂ©s : Yuja Wang dans Burleske / Leipzig, Yo-Yo Ma pour Don Quixote avec les Bostoniens) justifient la prĂ©sente gravure : le corpus Strauss ainsi rĂ©alisĂ© par Nelsons ressuscite une tradition coopĂ©rative interorchestre assez passionnante, qui rompt avec les habitudes du milieu. La grandeur du colossal (Festliches PrĂ€ludium, avec orgue ! qui accrĂ©dite la vertu des grands rassemblements), la sublimation chambriste (Metemorphosen), la verve hautement dramaturgique des poĂšmes symphoniques dont Strauss jeune est passĂ© spĂ©cialiste inĂ©galĂ© (Don Juan , Macbeth, Till,
), les cycles Ă©piques (Ein Heldenleben et Aus Italien par le Gewandhaus, somptueux et rond, intĂ©rieur et comme enivrĂ© ; Symphonia Domestica et Eine Alpen Alpensinfonia par le Boston
), sans omettre la rutilance des scĂšnes / extraits (Fauersnot, Salomé ) et Suites tirĂ©s des opĂ©ras (Der Rosenkavalier, Die Frau ohne schatten en tĂȘte
) suscitent l’enthousiasme. Le programme gĂ©nĂ©reux de ce coffret Ă  l’entente fraternellement orchestrale souligne combien Richard Strauss est l’un des grands conteurs parmi les plus inspirĂ©s du premier XXĂš (avec Ravel, Mahler, Sibelius
). CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.

_____________________________

CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD. Coffret Deutsche Grammophon – 7 cd – Parution : 6 mai 2022 – 8h31mn – DG 4862040 avec  les solistes Yuja Wang (Burlesque) et Yo-Yo Ma (Don Quichotte). Boston Symphony Orchestra, Gewandhausorchester Leipzig - Andris Nelsons, direction – enregistrements : 2017 Ă  2021 – Deutsche Grammophon.

DVD, Blu-ray, critique : Wagner: Tristan et Isolde – Barenboim (Berlin, 2018 – Tcherniakov – 2 dvd Bel Air classiques)

TRSITAN-UND-ISOLDE-bel-air-classiques-barenboim-Berlin-2018-dvd-blu-ray-critique-opera-classiquenews-tcherniakov-classiquenews-critique-reviewDVD, Blu-ray, critique : Wagner: Tristan et Isolde – Barenboim (Berlin, 2018 – Tcherniakov – 2 dvd Bel Air classiques)  -  Berlin avril 2018. Daniel Barenboim en dirigeant cette nouvelle production de Tristan offre une leçon de direction subtile, profonde allusive d’une sincĂ©ritĂ© irrĂ©sistible qui enchante dĂšs le dĂ©but. L’ouverture saisit par l’intelligence des phrasĂ©s aux flĂ»tes et aux cordes (tempi Ă©tirĂ©s, suspendus, Ă©nigmatique, qui portent au mystĂšre de l’acte II), Ă  ce que disent les cors orfĂ©vrĂ©s, d’une incroyable couleur lumineuse et crĂ©pusculaire Ă  la fois, pleins et riches d’une ivresse et d’une langueur extatiques, Ă©noncĂ©es comme des questionnements sans fin, faisant jaillir le miracle et l’absolu de l’amour (et l’anĂ©antissement des Ăąmes qu’il produit). Avec le recul la pandĂ©mie ayant dĂ©construit tout un monde et un ordre mondial perdu, on se dit que ce son articulĂ©, ciselĂ© par un chef wagnĂ©rien de premier plan, en 2018, dit une plĂ©nitude Ă  jamais inatteignable.

 

 

 

Fosse et chanteuses somptueuses

 

 

 

Sur scĂšne, la relecture de Tcherniakov tire non sans rupture avec l’excellence orchestrale de la fosse, vers un thĂ©Ăątre rĂ©aliste : dĂ©cors modernes, oĂč le bateau du I se fait salon d’un jeune cadre trader de la classe moyenne supĂ©rieur et le jeune matelot, un invitĂ© Ă©garĂ© dans une soirĂ©e arrosĂ©e entre business men ; oĂč Isolde et BrangĂ€ne, ambassadrices d’une tragĂ©die Ă©motionnelle explosive, font incursion de façon artificielle dans un contexte trop dĂ©calĂ©. Fi du moyen Ăąge, des chevaliers, de cette Irlande des preux et gentes dames. Tcherniakov nous plonge dans une actualisation imposĂ©e Ă  coup de forceps car il faut quoi qu’il en coĂ»te, que la grille thĂ©Ăątrale retenue s’accorde au drame musical et aux situations originelles. Limites des mise en scĂšne actualisantes. Ce salon est celui d’un yacht qui vogue vers la cour du roi Mark de Cornouailles. Quel dommage que la scĂ©nographie soit aussi peu en phase avec les situations ; que les dĂ©cors Ă©cartent toute poĂ©sie de la lyre lĂ©gendaire et mĂ©diĂ©vale pourtant inscrite au cƓur de ce sommet romantique de 1865.
Heureusement, les chanteurs suivent le chef et partagent son souci d’articulation prĂ©cise exprimant du texte toutes les nuances de l’allusion et des connotations coupables, maladives, dĂ©primĂ©es. Isolde pleine de ressentiments (convaincante Anja Kampe), victime forcĂ©e d’une tractation qui la choque; BrangĂ€ne (excellente Ekaterina Gubanova) prĂȘte Ă  suivre et servir sa maĂźtresse ; leur duo est plus que convaincant. Leur complĂ©mentaritĂ© irradie tout le I ; en phase avec le tapis orchestral, les 2 cantatrices emportent l’adhĂ©sion par ce travail de justesse. Et l’on comprend que le I est l’acte qui cimente Isolde dans sa peine incommensurable ; qui expose la loyautĂ© maternelle et protectrice de BrangĂ€ne pour la princesse destinĂ©e Ă  ĂȘtre reine de Cornouailles.
CĂŽte hommes, s’il a le timbre et la projection d’une constante intensitĂ©, le Tristan d’Andreas Schager peine Ă  nuancer Ă  l’Ă©gal de ses partenaires fĂ©minines ; son vibrato trop prĂ©sent ici, finit par diluer toute les phrases ; telle affectation dans le style amollit la conception du personnage pourtant clĂ©. A 1h20: l’embrasement des 2 cƓurs qui se reconnaissent en dĂ©pit de tout [sous l'effet du philtre] au moment oĂč retentit l’hommage au roi mark Ă  l’approche de la Cornouaille, se rĂ©alise nĂ©anmoins dans une ivresse libĂ©ratrice, d’une force musicale saisissante.

Dans ce jeu de dĂ©construction pseudo creative et de rĂ©Ă©criture thĂ©Ăątreuse plutĂŽt creuse, tout n’est pas Ă  jeter pour autant, -chaque production peut rĂ©vĂ©ler ses surprises… ici en fin d’action. Le dĂ©but du III reste hypnotique grĂące Ă  un jeu dĂ©pouillĂ© proche du suĂ©dois Bergman oĂč dans une chambre close bientĂŽt rendue par Kurwenal Ă  la lumiĂšre du jour, attend malade anĂ©anti mais plein d’espoir un Tristan alitĂ©, mourant ; c’est moins Kurwenal aux phrasĂ©s indĂ©cis, aux lignes mal assurĂ©es (inconstant Boaz Daniel) que l’excellent jeune matelot de Linard Vrielink dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans le mĂȘme rĂŽle Ă  Aix (retrouver ci dessous lien vers la critique Aix 2021), qui souligne ce travail millimĂ©trĂ© dĂ©veloppĂ© sous la conduite du chef orfĂšvre, lequel en fosse poursuit des merveilles d’intentions musicales ; ciselant une Ă©toffe orchestrale pleine de nuances et de connotations finement cousues par des instruments infiniment raffinĂ©s [le babil des flĂ»tes et clarinette quand Tristan croit voir Isolde arriver enfin sur les cĂŽtes bretonnes] ; oĂč le chant des instruments rappelle Ă  chaque mesure le poids et l’Ă©loquence d’un passĂ© inĂ©luctable [murmures caressants de la clarinette, du cor jaillissant ondulant, scintillant, melliflu...] , qui engage les protagonistes Ă  leur solitude, leur propre destin.

 

 

 

La fosse miraculeuse
sublimée par Daniel Barenboim

 

 

 

Le miracle Barenboim s’accomplit. Musique de la psychĂ© aux phrases puissantes et longues comme suspendues et interrogatives pour lesquelles en un arioso extatique le chant de Tristan (en malade hallucinĂ©) gagne une intensitĂ© remarquable : le jeu d’acteur, malgrĂ© des dĂ©faillance liĂ©es Ă  longueur du rĂŽle et l’ampleur de son solo tragique, est alors stupĂ©fiant.
Cette blessure tragique qui s’Ă©coule et dilue jusqu’Ă  l’essence du hĂ©ros, (comme plus tard l’autre maudit fautif Amfortas dans Parsifal), est au cƓur du dernier acte. Comme une psychanalyse qui surgit ; le hĂ©ros aux portes du trĂ©pas, interroge ses origines, ses parents, la nature du dĂ©sir qui le dĂ©vore et le conduit Ă  la mort, – vertige immense et sublime dĂ©voilĂ© par la direction saisissante de Barenboim. La soif d’amour de Tristan dĂ©possĂ©dĂ© d’Isolde finit par le tuer, avant qu’Isolde ne meurt elle aussi d’amour mais dans la lumiĂšre [ce qui est refusĂ© Ă  Tristan].

CLIC_macaron_2014La baguette du chef et les chanteurs font la valeur de cette production berlinoise de trĂšs haut vol sur le plan artistique. La vision de Tcherniakov reste terre Ă  terre et thĂ©Ăątralement surjouĂ©e ; plutĂŽt que d’Ă©claircir l’action, Tcherniakov la charge d’une lourdeur maladive systĂ©matique [surenchĂšre de vidĂ©os au moment clĂ© de l'action] qui finit par dĂ©noter avec le miracle wagnĂ©rien. Musicalement, la production est splendide.

 

 

 

_______________________

DVD, Blu-ray, critique : WAGNER: Tristan et Isolde – Barenboim (Berlin, 2018 – Tcherniakov – 2 dvd Bel Air classiques). CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022. Parution annoncĂ©e : le 27 mai 2022.

 

 

 

_________________________________________________________

VISIONNER LE TEASER VIDEO : 

 

 

 

_________________________________________________________

Wagner : Tristan et Isolde
[DVD & Blu-ray]
Opéra en trois actes, 1865
Musique et livret Richard Wagner (1813-1883)

PLUS D’INFOS sur le site de BEL AIR CLASSIQUES :
https://belairclassiques.com/catalogue/wagner-tristan-und-isolde-daniel-barenboim-dmitri-tcherniakov-anja-kampe-andreas-schager-dvd-blu-ray

Distribution

Tristan : Andreas Schager
Roi Marke : Stephen Milling
Isolde : Anja Kampe
Kurwenal : Boaz Daniel
Melot : Stephan RĂŒgamer
BrangÀne : Ekaterina Gubanova
Un timonier : Adam Kutny
Un berger / Un jeune marin : Linard Vrielink
(lire aussi notre critique de TRISTAN UND ISOLDE, Aix en Provence 2021 avec Lianrd Vrielink :
https://www.classiquenews.com/critique-opera-wagner-tristan-und-isolde-le-9-juil-2021-stuart-skelton-tristan-nina-stemme-isolde-mise-en-scene-simon-stone-lso-london-symphony-orchestra-direction-musicale-simon/ )

Cor anglais : Florian Hanspach-Torkildsen (Acte III)

Staatskapelle Berlin | Staatsopernchor Berlin
Daniel Barenboim, direction

Mise en scÚne et décors : Dmitri Tcherniakov

////////////////////////////////////////////////////////////

 

 

 

TRSITAN-UND-ISOLDE-bel-air-classiques-barenboim-Berlin-2018-dvd-blu-ray-critique-opera-classiquenews-tcherniakov-classiquenews-critique-review

 

 

 

 

 

 

CD, critique. DEBUSSY : Demoiselle Ă©lue, Saint-SĂ©bastien, Nocturnes (OPRF, Mikko Frank – 1 cd Alpha)

La-Damoiselle-elue-Le-martyre-de-Saint-Sebastien-Nocturnes mikko franck radio france critique cd classiquenewsCD, critique. DEBUSSY : Demoiselle Ă©lue, Saint-SĂ©bastien, Nocturnes (OPRF, Mikko Frank – 1 cd Alpha). Superbe cycle debussyte qui profite essentiellement de la vision nuancĂ©e, intĂ©rieure de l’excellent directeur musical actuel, Mikko Franck. Au geste analytique et sensible rĂ©pond ce naturel transparent des instruments français dont l’écoute et la mesure Ă©clairent brillamment un programme remarquable qui souligne si l’on en doutait encore, le gĂ©nie du Debussy symphoniste. La richesse des harmonies, la poĂ©sie atteinte dans les alliages de timbres font dĂ©jĂ  tout l’onirisme mĂ©diĂ©valisant de l’introduction de La Demoiselle Élue – dans cet Ă©crin musical des plus raffinĂ©s (3Ăš envoi comme Prix de Rome en 1888), dommage que la MaĂźtrise de RF, pourtant bien articulĂ©e, soit fixĂ©e dans une prise lointaine et froide, que la soliste Melody Louledjian, quoique juste en intonation, demeure elle inintelligible dans un français approximatif. Pourtant l’énoncĂ© majeur « Je voudrais qu’il fĂ»t dĂ©jĂ  prĂšs de moi » convoque l’extase des mystiques foudroyĂ© par la foi, qui fait du manuscrit cet « oratorio » sensible d’une dĂ©licatesse infini qui dĂ©jĂ  pose la question de l’identitĂ© et du lieu, question centrale chez l’auteur de PellĂ©as


Mikko Franck, somptueux debussyte

La langueur debussyste gagne un cran supplĂ©mentaire vers l’excellence orchestrale dans le Martyre de Saint-SĂ©bastien 1912), fresque elle aussi mĂ©diĂ©vale et intensĂ©ment spirituelle sous une forme flottante. La Suite en 4 mouvements (cycle trĂšs Ă©quilibrĂ© autour de 20 mn promis Ă  un riche succĂšs au concert), synthĂ©tisent tout ce qui en fait la valeur profonde, purement musicale, outre son dĂ©roulement chorĂ©graphique puisqu’il s’agit d’un ballet (sur l’idĂ©e du poĂšte d’Annunzio) : son primitivisme Ă©purĂ© d’une modernitĂ© harmonique absolue (fanfare des bois et vents au dĂ©but de « La Cour des Lys ») – Franck trouve le ton juste et l’équilibre idĂ©al entre ascĂ©tisme instrumental et naturel dramatique – les 4 « Fragments » Ă©blouissent par leur plĂ©nitude mĂ©ditative et aussi leur Ă©nergie intĂ©rieure qui semblent diluer le temps et Ă©largir l’espace, inscrivant le drame musical dans une suspension onirique aux multiples lectures : ainsi les climats inquiĂ©tants et profonds de « la Passion » dont le secret semble se dĂ©rober Ă  toute lecture littĂ©rale, convoquant lĂ  encore la langueur interrogative, irrĂ©solue, de PellĂ©as

Le couplage avec Nocturnes (1900) est trĂšs pertinent : on y dĂ©cĂšle une filiation esthĂ©tique et des caractĂšres de timbres proches capables d’expliciter la pensĂ©e picturale de Debussy lorsqu’il s’agit d’exprimer le mystĂšre et la rĂ©alitĂ© Ă  la fois de l’immatĂ©rielle nature (« Nuages ») : Franck en fait surgir la sourde clameur d’une inquiĂ©tude lancinante (cette « agonie grise doucement teintĂ©e de blanc »). L’agilitĂ© aĂ©rienne, arachnĂ©nenne des flĂ»tes prĂ©alables semblent conduire tout l’élan de « FĂȘtes », manifeste insouciant du mouvement : tandis que « SirĂšnes » exalte les vertus expressives de l’orchestre fusionnĂ© avec la magie du chƓur, en un Ă©pisode Ă  la liquiditĂ© mystĂ©rieuse, traversĂ©e d’éclats Ă©blouissants : « parmi les vagues argentĂ©es de lune, s’entend, rit et passe le chant mystĂ©rieux des SirĂšnes ». Franck, orfĂšvre des timbres, ne sacrifie jamais la prĂ©cision ni le dĂ©tail Ă  la vibration collective, d’essence onirique. Le geste est constamment nuancĂ©, permettant l’essor de la suggestivitĂ© : c’est un bel hommage Ă  la texture purement française. Nouvelle version de rĂ©fĂ©rence. Captivant.

 

 

 

____________________________

CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. DEBUSSY : La DĂ©moiselle Élue (1), Le Martyre de Saint-SĂ©bastien (2), Nocturnes (3) (Orch Philh de Radio France, Mikko Franck – 1 cd Alpha – enregistrĂ© en 2019 (1) et 2020 (2, 3) – CLIC de CLASSIQUENEWS – coup de cƓur Printemps 2022.

 

 

 

_________________________________

AUTRE CD de Mikko Franck, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

franck-cesar-cd-symphonie-re-ce-que-me-dit-la-montagne-cd-mikko-franck-critique-review-classiquenews-400CD Ă©vĂ©nement, critique. CĂ©sar Franck par Mikko Franck : Symphonie en rĂ©, Ce que l’on entend sur la montagne, Philharmonique de Radio France (1 cd Alpha). Depuis sa crĂ©ation en 1937, le Philharmonique de Radio France n’a jamais semblĂ© aussi heureux et Ă©panoui que sous la conduite du finlandais Mikko Franck. On se souvient d’une remarquable Tosca Ă  Orange oĂč le chant orchestral produisait une tension dramatique captivante (Ă©tĂ© 2010). On retrouve le mĂȘme engagement et une entente bĂ©nĂ©fique dans ce programme dĂ©diĂ© au symphonisme de CĂ©sar Franck.

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, CD événement. PAN ATLANTICO : Diana Baroni / Simon Drappier (1 cd Accords croisés)

Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. PAN ATLANTICO : Diana Baroni / Simon Drappier (1 cd Accords croisĂ©s) – FlĂ»tiste Ăšs mĂ©rite (au sein du CafĂ© Zimmermann), chanteuse Ă  tempĂ©rament, entre gouaille et grain, mais latino et inspirĂ©e par les chamans du Nouveau Monde, Diana Baroni signe ici l’un de ses meilleurs enregistrements : miraculeux, poĂ©tique, d’une transe hallucinĂ©e, invoquant, exhortant toutes les misĂšres et les grandeurs (vaines) de ce monde. Empruntant dĂ©sormais les chemins de la chanson Ă  message, dramatique, tout en servant une sensibilitĂ© millimĂ©trĂ©e et orfĂ©vrĂ©e qui recueille des dĂ©cennies de compagnonnage en terre baroqueuse
 Distinguons deux hymnes au monde, Ă  la terre, Ă  l’humanitĂ© : Tonada de luna llena et Que he saccado con quererte. Diptyque oĂč le texte incarnĂ© en fusion avec l’arpeggione atteint de rares et bouleversante fulgurances.
C’est le chant de la mĂšre, de l’humble servante , pleureuse et invocatrice tragique, l’instrumentiste pour laquelle toutes les nuances de la muCLIC D'OR macaron 200sique baroque, historiquement informĂ©es, n’ayant aucun secret, sĂšme sa part de tendresse et d’humanitĂ©, d’ultime imploration avant la fin du monde. La musicienne argentine a fait Ă©voluĂ© son art en s’accordant et de quelle maniĂšre Ă  la corde incandescente de l’arpeggione de Simon Drapier, violoncelle lui aussi venu du XIXĂš Schubertien, qu’un sens virtuose de l’improvisation, associe dĂ©sormais en complicitĂ© et comprĂ©hension Ă  la diseuse funambule.

Le verbe extraverti, espagnol ou portugais, dit cette mĂ©lancolie indicible, marquĂ©e par le dĂ©part, le deuil, le renoncement. Les deux cordes se rĂ©pondent, – avec le vol enchantĂ© du traverso dont se saisit la chanteuse instrumentiste- dialoguent, s’électrisent au delĂ  de tout ce que l’on a Ă©coutĂ©, entendu jusque lĂ  : plainte et priĂšre Ă  la fois, pour un monde qui peut n’ĂȘtre jamais et ne sera jamais dĂ©finitivement ; toujours espĂ©rĂ©, vainement. ViscĂ©ralement Ă©voquĂ©, invoquĂ©, souhaitĂ©. Magistral duo. CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2022.

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de Diana Baroni : https://www.dianabaroni.com/actualites/blog-post-title-three-cs6dl-QhfHC-tmkmg-a9z3e

_________________________________________

 

 

 

 

 

 

 
TEASER VIDEO :

 

 

 

 

CRITIQUE, CD, Ă©vĂ©nement. HAYDN N°11 – «  Au goĂ»t parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA)

haydn symphonies 82 87 24 2 par Giovanni Antonini kammer orch basel cd critique review CLIC de CLASSIQUENEWS haydn 2032 ALPHA classicsCRITIQUE, CD, Ă©vĂ©nement. HAYDN N°11 – «  Au goĂ»t parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA)   –   Depuis plusieurs annĂ©es, l’éditeur Alpha et l’Orch de chambre de BĂąle enregistrent l’intĂ©grale des 107 symphonies de Haydn
pour souligner en 2032, les 300 ans du compositeur viennois. Le chef Giovanni Antonini trĂšs impliquĂ© dans les notions dynamiques, veille Ă  la qualitĂ© artistique de l’aventure, associant aussi son propre orchestre Il Giardino Armonico

Une Ă©loquence crĂ©pitante, qui sait ĂȘtre souple ou frĂ©nĂ©tiquement contrastĂ©e : ainsi s’affirme la vitalitĂ© expressive du geste inventif, libre, Ă  la fois furieux et intĂ©rieur du chef (et remarquable flĂ»tiste) Giovanni Antonini, ici Ă  la tĂȘte du collectif bĂąlois : l’orchestre de chambre de BĂąle / Kammerorchester Basel / un modĂšle de volubilitĂ© hypersensible qui rappelle les rĂ©alisations elles aussi millimĂ©trĂ©es des mĂȘmes symphonies de Haydn sous la direction de Thomas Fey (avec le Heidelberg Sinfoniker)

LIRE aussi notre critique des symphonies de Haydn par Thomas Fey / Heidelberg Sinfoniker : https://www.classiquenews.com/haydn-symphonies-n53-limpriale-n54heidelberger-sinfoniker-thomas-fey-1-cd-hnssler-classic/ : «  VitalitĂ©, ĂąpretĂ©, mordant: les accents majeurs de l’approche de Fey Ă  la tĂȘte de son orchestre de chambre sont dĂ©sormais bien connus. Sont-ils pour autant d’excellents arguments capables d’insuffler Ă  la machine orchestrale, ici magnifiquement polie pour les 2 symphonies de 1774, 
 ce caractĂšre et cette tension, ennemis d’une certaine routine ronflante?  »


De son cĂŽtĂ©, le programme dĂ©fendu par Giovanni Antonini expose la trĂšs riche palette de nuances et demi teintes (cet art rarement maĂźtrisĂ©, du clair-obscur / chiaroscuro dont le chef est capable) ; il met en valeur les Symphonies particuliĂšrement prisĂ©es des parisiens du dĂ©but des annĂ©es 1770 (1773) jusqu’à la fin des annĂ©es 1780.
Mais sous la baguette de Giovanni Antonini, les contrastes et leurs alternances n’ont jamais le mĂȘme caractĂšre ; d’oĂč une absence de toute effet mĂ©canique ; l’articulation suit un plan organiquement changeant, pour chaque mesure
 VoilĂ  qui pourrait inspirer nombre d’orchestres modernes (et d’orchestre tout court) tant la finesse et le naturel de chaque mouvement rayonnent de libertĂ© expressive, de fluiditĂ© ardente, d’hĂ©donisme et d’accents qui sont proches de la parole ; tout s’enchaĂźne dans la diversitĂ© et la caractĂ©risation, semblant servir et expliciter un plan gĂ©nĂ©ral oĂč chaque sĂ©quence signifie par sa singularitĂ© active. Toutes les parties s’imbriquent pour constituer une totalitĂ© nĂ©cessaire, une architecture Ă©quilibrĂ©e pourtant colorĂ©e et habitĂ©e selon le mouvement ; l’Allegretto de l’Ours (n°82) sait Ă©blouir par une facĂ©tie Ă  peine voilĂ©e ; de mĂȘme l’allant dansant du Finale (dont la contredanse Ă  2/4 Ă©voque l’allure d’un ours) dĂ©taille chaque chant des pupitres comme les plans expressifs distincts magnifiquement agencĂ©s, d’une Ă©bouriffante fantaisie dĂ©lurĂ©e. Cette libertĂ© dans la souplesse, cette urgence dans la facĂ©tie ressuscitent au plus juste l’esprit mĂȘme de Haydn, son esprit lumineux, sa pĂ©tillance primitive, son goĂ»t de l’invention.

Suite de l’intĂ©grale des Symphonies de Joseph Haydn
Giovanni Antonini,
l’orfĂšvre qui rĂ©invente HAYDN
.

La 87 s’impose aussi par les effets de contrastes autant que de surprise ; mĂȘme suractivitĂ©, presque bavarde et dĂ©lirante, dĂšs le dĂ©but (le « Vivace », dĂ©veloppĂ© plus que de coutume ici : plus de 10mn d’une introduction qui surexprime et trĂ©pigne; mais qui exalte une motricitĂ© rythmique 
 rossinienne. Le ton est donnĂ©. La frĂ©nĂ©sie n’écarte pas les sĂ©quences d’une sensualitĂ© grave irrĂ©sistible. Une telle caractĂ©risation confĂšre Ă  chaque symphonie la force poĂ©tique d’un opĂ©ra pour instruments et tĂ©moigne selon les mots du chef de « ce kalĂ©idoscope des Ă©motions humaines » revendiquĂ© par Antonini. L’Adagio qui suit fait valoir la noblesse majestueuse cor / hautbois / flĂ»te, soit un pastoralisme d’une « grandeur » royale et d’un raffinement aristocratique (ceux de Marie-Antoinette en son hameau de Trianon ?) – Le Menuet respire lui aussi la grĂące, l’élĂ©gance, et aussi la percĂ©e facĂ©tieuse (hautbois) comme le Finale (Vivace II), tranchant et vif dont la coupe est si proche de Mozart (derniĂšre symphonie « Jupiter » n°41).
Les 2 derniĂšres sont plus « standards » pour autant que ce vocable sied Ă  l’imagination dĂ©bridĂ© d’un Haydn jamais prĂ©visible ; la 24 -composĂ©e en 1764, premier opus dont un document atteste qu’il s’agit de la premiĂšre symphonie qui fut jouĂ©e et trĂšs applaudie Ă  Paris(avril 1773) regorge de saine vivacitĂ© ; de drĂŽlerie aussi (assumĂ©e par le cor dans le Menuet (entre autres) ; tandis que la plus ancienne, n°2, montre par comparaison (inĂ©vitable avec l’aplomb des plus rĂ©centes jouĂ©es prĂ©cĂ©demment) l’étendue poĂ©tique et expressive qui l’éloigne des deux premiĂšres n°82 et 87.
La finesse et l’intelligence avec lesquelles Giovanni Antonini aborde le massif haydnien relĂšve d’une comprĂ©hension Ă  la fois encyclopĂ©dique et poĂ©tique de son sujet : sa connaissance devient verve, pure agilitĂ©, mais aussi humilitĂ© car il approche chaque symphonie comme s’il s’agissait d’une planĂšte parmi une multitude, d’une constellation infinie et vertigineuse, au diapason d’un univers plus vaste encore, celui de la pensĂ©e de Joseph Haydn. Passionnante intĂ©grale dont l’approche et la conception renouvellent totalement l’interprĂ©tation de Haydn, comme des symphonies du XVIIIĂš.

____________________________________________________________
CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD, Ă©vĂ©nement. HAYDN N°11 – «  Au goĂ»t parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA – enregistrĂ© en 2019 – 2020)

DurĂ©e : 1h27 – enregistrĂ© en 2019 (87, 82, 24) – 2020 (2) – CLIC de CLASSIQUENEWS – printemps 2022.

CRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. A night in LONDON : OphĂ©lie Gaillard (violoncelle) : Oswald, Geminiani, … (1 cd ApartĂ©)

gaillard ophelie night in london oswald geminiani critique cd review CLIC de CLASSIQUENEWSCRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. A night in LONDON : OphĂ©lie Gaillard (violoncelle) : Oswald, Geminiani, Haendel, Porpora, Cirri
 Pulcinella (1 cd APARTÉ – enregistrĂ© en sept 2021) – Feurons du programme, les Concertos de Porpora et de Cirri, deux Ɠuvres clĂ©s (et maĂźtresses du rĂ©pertoire) tĂ©moignent de l’attraction de Londres au XVIIIĂš pour les meilleurs compositeurs pour le violoncelle. Giovanni Battista Cirri en particulier, phĂ©nomĂšne londonien dans les annĂ©es 1770, mĂȘle habilement rĂ©pertoire noble et « tunes » populaires jouĂ©s dans les tavernes, sobriĂ©tĂ© et virtuositĂ©, profondeur dĂ©jĂ  mozartienne et facĂ©tie prĂ©figurant Haydn

Figurent aussi Boccherini ou surtout Geminiani (« il Furibondo », plus connu comme violoniste cependant) ; auteur du fameux recueil de 6 Sonates (1746), il offre ici une fabuleuse adaptation de la Folia d’aprĂšs son maĂźtre Corelli
 Geminiani fait le lien avec le lĂ©gendaire James Oswald, violoncelliste Ă©cossais surdouĂ© (qui publie sa collection de « Scots Tunes », Edimbourg 1740), un cycle de joyaux mĂ©lodiques, Ă  la fois allusifs, pudiques, mĂ©lancoliques Ă  l’énoncĂ© sincĂšre comme s’ils Ă©taient jouĂ©s Ă  l’instant, et comme improvisĂ©s. L’instrument Ă©gale l’intensitĂ© et la volubilitĂ© Ă  la fois inquiĂšte et fluctuante de la voix, laquelle paraĂźt au comble de l’impuissance, telle ce chant d’une magicienne dĂ©faite face Ă  l’amour (Alcina incarnĂ© Sadrine Piau) ou l’inatttendu, amusĂ©, « Treatise of Good taste » d’un Geminiani dĂ©cidĂ©ment inqualifiable et expĂ©rimental autant que dĂ©routant, entre humour et parodie, libertĂ© et fantaisie (« The night her silent sable wore » / La nuit silencieuse portait son manteau
 conquĂȘte de la belle Stella chez son pĂšre, mais contrairement Ă  Faust et Marguerite, l’issue est heureuse ; avec le timbre cuivrĂ© de la subtile Lucille Richardot.

CLIC_macaron_2014D’un bout Ă  l’autre de ce programme rĂ©jouissant, les enchaĂźnements sont parfaits, le geste dĂ©tendu, expressif, d’une souplesse Ă  la fois astucieuse, facĂ©tieuse et naturelle ; les Ɠuvres aussi originales que puissantes et poĂ©tiques. En somme un rĂ©cital parfait. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.

___________________________________________
CRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. A night in LONDON : OphĂ©lie Gaillard (violoncelle) : Oswald, Geminiani, Haendel, Porpora, Cirri
 Pulcinella (1 cd APARTÉ – enregistrĂ© en sept 2021)

VOIR
https://www.youtube.com/watch?v=NmIWDdTqRuU

CRITIQUE, LIVRE Ă©vĂ©nement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022)

RICHARD STRAUSS LOOTEN fayard je fais l histoire de la musique ecrits classiquenews critique livre review book 9782213712215-001-TCRITIQUE, LIVRE Ă©vĂ©nement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022)  –  Dans le cas de Strauss, l’auteur scandaleux de SalomĂ© ou d’Elektra, la volontĂ© d’éblouir comme de convaincre ne se rĂ©duit pas Ă  l’écriture musicale ; cette volontĂ© d’absorber la vie, d’expliquer aussi ses choix et la voie empruntĂ©e ne concerne pas uniquement ses partitions dont beaucoup sont autobiographiques (Sinfonia domestica, Une vie de hĂ©ros, Intermezzo
) ; elle s’étend aussi Ă  l’écriture stricto sensu : en cela Richard suit son aĂźnĂ© et mentor, l’autre Richard : Wagner.  Strauss admire (comme Bruckner) l’auteur de Tristan ; ses Ă©crits n’ont pas de secret pour lui, dont en particulier « OpĂ©ra et Drame » dont le texte devrait « ĂȘtre lu et Ă©tudiĂ© dans toutes les universitĂ©s et dans chaque conservatoire » : on ne saurait mieux exprimer sa vĂ©nĂ©ration.

Les textes rĂ©unis par Christophe Looten reprennent l’édition « brute » des 16 cahiers de Richard Strauss, les fameux « Gesammelte Schriften » / « écrits rĂ©unis » (rĂ©alisĂ©e en 2016 par la StĂ© R Strauss de Munich) dont une partie avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© imprimĂ©e, sans contextualisation ni prĂ©sentation raisonnĂ©e, dĂšs 1949 (sous le titre assez imprĂ©cis « Betrachtungen und erinnerungen / considĂ©rations et souvenirs ») par le suisse Willi Schuch, musicologue proche de Strauss, lequel n’en fut jamais rĂ©ellement satisfait. Ch. Looten propose pour Fayard une publication intĂ©grale mais avec une prĂ©sentation et une mise en contexte, soit tous les Ă©crits de R. Strauss dans un agencement rationnel en 5 parties, lesquelles suivent la chronologie d’une vie riche Ă  plus d’un titre. La couverture choisie Ă©voque Ă©videmment la danse de SalomĂ© (esquisse du peintre Gustave Moreau), page orchestrale d’une furieuse sensualitĂ© qui fait objectivement de Strauss, le plus grand symphoniste et crĂ©ateur lyrique du XXĂš.

 

 

RICHARD STRAUSS DANS LE TEXTE

strauss richardLa mise en ordre n’empĂȘche ni la sincĂ©ritĂ© des Ă©crits ni leur pertinence artistique, esthĂ©tique voire politique ; si l’on parle souvent de sa « naĂŻveté » vis Ă  vis de Mussolini ou du rĂ©gime hitlĂ©rien, le discernement et la stratĂ©gie du compositeur se manifestent pleinement dans ces pages de premiĂšre valeur. Ainsi, d’une matiĂšre littĂ©raire qui Ă©tait d’abord destinĂ©e aux biographes de Strauss, le lecteur parcourt de la plume mĂȘme de l’auteur, le cheminement d’une carriĂšre admirable qui de fait, au regard de son gĂ©nie compositionnel, aura « fait l’Histoire de la musique », celle de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš. Chaque chapitre est prĂ©cĂ©dĂ© par un rappel des « principaux Ă©vĂ©nements » de la vie de Strauss, de la vie artistique en gĂ©nĂ©ral : « Enfance », « Jeunesse », « AnnĂ©es glorieuses » / celles d’Elektra, du Strauss, chef Ă  Bayreuth, 
 ; « DerniĂšres annĂ©es » : oĂč se prĂ©cisent des indications personnelles sur l’inspiration, les mĂ©thodes de travail, la mĂ©lodie, l’admiration pour les Ă©crits de Wagner, modĂšle permanent
 ; enfin « AnnĂ©e sombres », dernier chapitre qui concentre les ultimes rĂ©flexions sur le sens d’une Ɠuvre (Strauss y mĂȘle des remarques trĂšs personnelles et souvent surprenantes mais justes sur 
 Schubert, « l’éducation humaniste », l’atonalitĂ©, l’effondrement total de l’Allemagne, 
). Le compositeur cĂ©lĂ©brĂ© voire vĂ©nĂ©rĂ© fut aussi un tĂ©moin de la guerre et de la chute de l’Allemagne emportĂ©e par l’effondrement de l’empire nazi.
CLIC_macaron_2014Auparavant, d’innombrables anecdotes Ă©clairent l’ambiance et la vie de Strauss, lequel a toujours baignĂ© dans une intense activitĂ© artistique, comme en tĂ©moignent les personnalitĂ©s Ă©voquĂ©es : les chefs Hans von BĂŒlow, Herman Levi, Schuch, Mottl
, Wagner lui-mĂȘme en prise de bec avec Strauss pĂšre, corniste de gĂ©nie au tempĂ©rament bien trempĂ© ; la veuve Wagner, Cosima, et son fils, Siegfried ; mais aussi Bruckner et Brahms (peu estimĂ©s), Mahler, Johann Strauss, Schoenberg
 sans omettre son entrevue avec Mussolini ; mais aussi, pilier de l’Ɠuvre musicale, l’écrivain et poĂšte Hofmmansthal, son librettiste de prĂ©dilection avec lequel Strauss aura conçu ses plus grandes oeuvres (Looten a prĂ©cĂ©demment publiĂ© leur correspondance chez Fayard). L’humour et l’acuitĂ© de la pensĂ©e donnent vie et relief Ă  ce qui n’aurait pu ĂȘtre qu’un catalogue d’épisodes personnels. Saisissant.

 

 

 

 

______________

CRITIQUE, LIVRE Ă©vĂ©nement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022) – 320 pages, EAN : 9782213712215 – Prix indicatif : 24 euros. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.
PLUS D’INFOS directement sur le site de FAYARD :
https://www.fayard.fr/musique/moi-je-fais-lhistoire-de-la-musique-9782213712215

 

 

 

 

CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, Langrée / Teste

devielhe degout hamlet opera comique teste langree critique opera review classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, LangrĂ©e / Teste. Bonheur de cette reprise d’Hamlet, dĂ©jĂ  produite en 2018 sur les planches de l’OpĂ©ra-Comique qui invite quasiment la mĂȘme distribution gagnante
 Le metteur en scĂšne Cyril Teste joue la carte de la vidĂ©o, mieux calibrĂ©e dans cette sĂ©rie, avec ses gros plans fouillant la moindre Ă©motion des visages ; avec le tableau de la folie et de la noyade d’OphĂ©lie (fin du IV), frĂȘle figure submergĂ©e par un ocĂ©an projetĂ© qui l’ensevelit littĂ©ralement
 Aux cĂŽtĂ©s de JĂ©rĂŽme Boutillier, grand gagnant Ă  Saint-Etienne (et simultanĂ©ment), le baryton StĂ©phane Degout affirme toujours Ă  Paris, et depuis une dĂ©cennie environ, son solide Hamlet
 la palette des sentiments, le travail sur l’intĂ©rioritĂ© et l’urgence souterraine montre combien l’Hamlet de Thomas reste un rĂŽle de poids et de valeur
 avant le PellĂ©as de Debussy. Pour autant, la projection de tant de sĂ©quences, de l’effroi murmurĂ© (quand il comprend qu’OphĂ©lie est morte), aux cris dĂ©chirants du prince dĂ©vorĂ© par l’esprit de vengeance, aurait gagnĂ© Ă  davantage de souplesse et souvent une conception plus cohĂ©rente du personnage: son « O vin dissipe ma tristesse » est assumĂ©e affirmĂ©, droit, comme distanciĂ©, presque trop insouciant, sans les meurtrissures et amertumes du fils endeuillĂ© et blessé 

Plus cohĂ©rente Ă  notre avis, sur toute l’étendue du personnage pendant l’action, l’OphĂ©lie de Sabine Devieilhe trouve dans la continuitĂ© donc, une sincĂ©ritĂ© plus crĂ©dible, moins posĂ©e : intĂ©rieure, naturelle, essentiellement tournĂ©e sur sa douleur langoureuse qu’elle exprime dans son grand air « A vos jeux mes amis », sans surexposer les vocalises.

Rien Ă  redire au Claudius de Laurent Alvaro, bien construit et bien chantant ; au spectre abyssal de JĂ©rĂŽme Varnier ; au LaĂ«rte sĂ©ducteur de Pierre Derhet ; au ChƓur Les Ă©lĂ©ments, prĂ©sent, impliquĂ©. Dommage cependant que le direction de Louis LangrĂ©e recherche davantage le brillant, a contrario de l’introspection progressive de Hamlet, d’OphĂ©lie. Petite rĂ©serve tant la production fait par sa globalitĂ© expressive, un spectacle prenant de bout en bout.

______________________________________
CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, Langrée / Teste. Photos : © Vincent Pontet

Hamlet : Stéphane Degout
Ophélie : Sabine Devieilhe
Claudius : Laurent Alvaro
Gertrude : GĂ©raldine Chauvet
Laërte : Pierre Derhet
Le Spectre : JĂ©rĂŽme Varnier
Marcellus, 2Ăšme Fossoyeur : Yu Shao
Horatio, 1er Fossoyeur : Geoffroy BuffiĂšre
Polonius : Nicolas Legoux

ChƓur Les Ă©lĂ©ments
Chef de chƓur : JoĂ«l Suhubiette
Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es
Louis Langrée, direction
Mise en scĂšne : Cyril Teste

CD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann)

Bruckner-Symphonie-2 thielemann wiener classiquenews critique reviewCD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – Le premier mouvement Moderato, le plus ample, est un portique majestueux qui alterne l’esprit de grandeur et la tendresse presque innocente (flĂ»tes aĂ©riennes confrontĂ©es aux cors lointains) ; entre dĂ©flagration et grondements telluriques, et Ă©pisodes de pure Ă©lĂ©gie intĂ©rieure, dialoguent plus qu’ils ne s’affrontent les blocs de l’orchestre ; Thielemann rĂ©sout le problĂšme sĂ©rieux de leur succession en un flux d’une grande beautĂ© sonore, avec des qualitĂ©s d’éloquence et d’articulation, d’équilibre surtout qui permet les enchaĂźnements. RĂ©vĂ©lant en Bruckner, des dons de conteurs proche de l’opĂ©ra. Les tutti tempĂȘtent, Ă©crasants, spectaculaires, jamais Ă©pais ; c’est la fanfare qui s’impose et affirme le souffle de l’inĂ©luctable, celui d’un inflexible et majestueux Fatum, aux derniers tutti dĂ©terminĂ©s, affirmatifs, dĂ©finitifs.
La respiration du II (Andante aussi dĂ©veloppĂ© que le I, soit presque 18 mn), Ă©voque plus Berlioz que Wagner, en une nuit enchantĂ©e qui convoque le rĂȘve (Nuit d’extase des Troyens) et sous le geste de Thielemann atteint un sommet d’enivrement aĂ©rien, solennel certes, comme il est Ă©crit, mais cristallin, aux lueurs crĂ©pusculaires et pudiques qu’enveloppe le clameur noble du cor solo). Le cheminement intĂ©rieur de cet ample accomplissement serein est dans les textures orchestrales rĂ©alisĂ©es, d’une opulence hĂ©doniste nĂ©o karajanesque (!) totalement passionnant.

Comme Karajan, Thielemann Ă©largit le spectre, Ă©lĂšve la sonoritĂ©, s’autorise mĂȘme des respirations 
 mahlĂ©riennes. Dans cette symphonie assez dĂ©cisive, l’écriture s’organise selon une architecture qui expose clairement ses assises, construite, de plus en plus ascensionnelle, solarisĂ©e et irradiante au fur et Ă  mesure des opus, selon le mysticisme terrien de Bruckner (esprit chtonien assumĂ© dans le LĂ€ndler de Scherzo).

Le Scherzo (III) justement affecte l’allure d’une marche d’une noblesse impĂ©riale comme un cuirassier armĂ© jusqu’aux dents, ou une formidable machine de guerre, capable cependant de somptueux scintillements aux cordes, laissant flotter un air de pure rĂȘverie dans ce tableau martial. Le reprise du Scherzo affirme avec une terribilitĂ  trĂšs maitrisĂ©e, la derniĂšre ascension, affĂ»tĂ©e, vive, mordante.

CLIC_macaron_2014IV. FINALE : les Wiener Philharmoniker dĂ©ploient derechef toutes leurs qualitĂ©s collectives : se distingue comme dans l’Andante si large, la respiration et l’activitĂ© saturĂ©e des cuivres associĂ©s aux cordes, presque irrĂ©elles oĂč le compositeur semble nous fait franchir plusieurs paliers Ă  mesure que sa conscience s’élargit ; le portique et la vaste cathĂ©drale orchestrale grandissent, avec de superbes Ă©chappĂ©es pastorales (hautbois, flĂ»tes). Avant que tout l’orchestre ne semble danser et s’opposer Ă  l’exposĂ© de l’inĂ©luctable qui rĂ©expose le schĂ©ma rythmique du Scherzo et sa coupe tranchante. Mais l’orchestre sait diffuser et libĂ©rer une explosion d’énergie, qui se fait libĂ©ratrice au terme de la formidable tension. Voici assurĂ©ment l’une des meilleures sĂ©quences de cette intĂ©grale Bruckner par les Viennois et Thielemann, toujours inspirĂ©s.

____________________________________________
CD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – CLIC de CLASSIQUENEWS – parution fĂ©vrier 2022.

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021).

savall beethoven vol 2 symphonies 6 7 8 et 9 concert des nations critique cd review classiquenews CLIC de clssiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021)  -  Une fin d’intĂ©grale qui marque assurĂ©ment une superbe comprĂ©hension de l’écriture beethovĂ©nienne. AprĂšs un premier coffret des symphonie 1 Ă  5, Ă©ruptif autant que poĂ©tique, les 4 derniĂšres,- les plus abouties selon nous, – et d’un dĂ©veloppement formel unique (la 9Ăš point d’aboutissement du cycle) prolongent le choc auditif de leurs prĂ©cĂ©dentes soeurs, dans le mordant nerveux, incisif comme la souplesse hĂ©doniste. Les instruments dâ€˜Ă©poque sont les alliĂ©s de Savall, ses outils magnifiquement huilĂ©s et articulĂ©s pour une sonoritĂ© dĂ©capante, dĂ©graissĂ©e, vive, toujours fabuleusement nerveuse. Sa carrure rythmique dialogue toujours avec une conception sonore qui outrepasse le geste historique et exprime dans son flux naturel, la formidable volontĂ© de la musique. Le projet inclut parmi les pupitres habituels du Concert des nations, nombre de jeunes instrumentistes qui sont venus parfaire et enrichir leur mĂ©tier aux cĂŽtĂ©s de leurs ainĂ©s professionnels, dans l’esprit exemplaire du partage et de la transmission. La vitalitĂ© et la cohĂ©sion qui en ressortent sont convaincantes, apportant Ă  tout l’édifice un sang, une tension captivants de bout en bout.

Plénitude poétique et spirituelle
Nerf expressif, vitalité collective
le BEETHOVEN captivant de Jordi Savall

Avec la rĂ©alisation de Teodor Currentzis actuellement, voilĂ  assurĂ©ment cĂŽtĂ© orchestres sur instruments anciens, une lecture dont le tempĂ©rament et la pensĂ©e marquent l’esprit.
La n°6 « Pastorale » exprime plus qu’elle ne dĂ©crit l’harmonie comme l’opulence de la Sainte Nature ; Savall s’empare du souffle et du miroitement contrastĂ© des sĂ©quences, sans jamais chercher le brio. Le souci de communier et de partager se rĂ©alise dans une texture sonore globale qui coule comme une onde vive et trĂ©pidante, dont le fini, superbement oxygĂ©nĂ©, respire la plĂ©nitude du motif, sa perception directe, sa restitution naturelle et franche. L’hĂ©donisme sonore, le goĂ»t des timbres s’écoutent d’un bout Ă  l’autre.

La 7Ăš trĂ©pigne par son acuitĂ© martiale, sa tonicitĂ© collective ; son entrain d’une fabuleuse efficacitĂ© musicale et dramatique. Bois et cuivres dansent, exultent ; chacun exposĂ© avec une individualitĂ© assumĂ©e (bois oĂč percent souvent la caresse des hautbois, clarinettes, bassons); oĂč scintillent et mordent les cors et trompettes

La 8Ăš, exaltation du mouvement, de l’énergie pure est bien cette cĂ©lĂ©bration organique de la danse, selon le bon mot de Wagner. DĂ©ferlement d’énergie rythmique plus que rĂ©flexion sur le principe de mouvement et d’espace ; mais l’entrain porte Ă  l’exubĂ©rance et la trĂ©pidation des pupitres. Et toujours avec une clartĂ© polyphonique et contrapuntique qui permet aussi de rĂ©Ă©couter les sĂ©quences diffĂ©remment Ă  ce que nous pensions connaĂźtre.
Enfin la 9Ăš, testament fraternel qui porte trĂšs haut les couleurs de l’idĂ©al des LumiĂšres, pour ne pas dire maçonnique, est une priĂšre pour un monde nouveau, une humanitĂ© nettoyĂ©e de sa violence comme de son fanatisme haineux. L’Adagio est une ample respiration profonde, grave; infiniment tendre, avant la dĂ©claration franche de l’ode Ă  la joie finale, portĂ© par une ardeur Ă  tous les pupitres, avec l’exaltation prĂ©cise et intense pour chaque soliste et pour le choeur autant galvanisĂ© par le chef catalan.

La continuitĂ© et la progression portent tout le geste : Savall en architecte soigne la cohĂ©rence de la rĂ©alisation : les deux premiers mouvements de la 9Ăš en seraient l’exposition de l’énergie vitale exprimĂ©e dans son bouillonnement primitif ; l’Allegro initial serait la fin du monde et le dĂ©but d’une Ăšre nouvelle proclamĂ©e par le chant exaltĂ© des instruments ; le Molto Vivace qui suit est l’explicitation de cette quĂȘte innovatrice qui appelle, exige, commande au futur, affirmant la nĂ©cessitĂ© d’en finir
 puis, l’adagio exposerait l’idĂ©al fraternel qui prĂ©vaut Ă  tout dont Savall fait une priĂšre spirituelle Ă©tonnamment tendre ; enfin l’Ode Ă  la joie Ă©noncĂ© par les violoncelles en serait les prĂ©mices appliquĂ©s : l’idĂ©e concrĂšte incarnĂ©e dans cette humanitĂ© chorale qui chante et exhorte.
CLIC_macaron_2014La clartĂ© et la transparence de la pĂąte, la nervositĂ© des tutti, la prĂ©cision des attaques, le chant souvent libre et souple, d’une exceptionnelle opulence des cordes affirment cet Ă©lan irrĂ©pressible qui inspire Beethoven. Jordi Savall vient du baroque, de Haendel et de Mozart, de Monteverdi et de JS Bach
 c’est pourquoi il confĂšre Ă  son Beethoven, une couleur spĂ©cifique ; le sentiment et la rĂ©sonance d’un aboutissement qui prĂ©cipitĂ© par les LumiĂšres, portant tout ce qu’a de rĂ©volutionnaire le premier romantisme, synthĂ©tise le sommet de la pensĂ©e viennoise, celle qui a permis avant Beethoven, le Haydn de la CrĂ©ation. Ce Beethoven rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, qui respire autant qu’il exulte, semble porter les fruits des rĂ©volutions qui prĂ©cĂšdent
 le gĂ©nie français, bientĂŽt mĂ»r, celui de Berlioz au dĂ©but des annĂ©es 1830, soit 6 ans aprĂšs la crĂ©ation et le triomphe de la 9Ăš. On ne peut s’incliner devant une telle rĂ©alisation; qui vient opportunĂ©ment complĂ©ter, elle aussi de façon captivante, le premier coffret des symphonies 1 Ă  5.

 

 

 

___________________________________
CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021).

 

 

 

Approfondir

___________________________________

LIRE aussi notre critique complĂšte du COFFRET VOL 1 Symphonies de BEETHOVEN : 1 Ă  5 – AcadĂ©mie Beethoven 250 – 3 cd ALIA VOX – CLIC de CLASSIQUENEWS – paru en avril 2020

http://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-beethoven-restauration-vol1-jordi-savall-symphonies-1-a-5-le-concert-des-nations-academie-beethoven-250-3-cd-alia-vox-2019/

beethoven revolution symphonies 1 5 savall critique cd classiquenewsDans les faits, Jordi Savall dĂ©montre une comprĂ©hension profonde du massif beethovĂ©nien ; il en rĂ©vĂšle les Ă©quilibres singuliers, d’autant mieux mesurĂ©s depuis son interprĂ©tation prĂ©cĂ©dente des 3 derniĂšres symphonies de Mozart (2017-2018). L’auditeur y dĂ©tecte une filiation avec l’harmonie des bois et des vents, particuliĂšrement ciselĂ©s et privilĂ©giĂ©s, dialoguant avec les cordes, jamais trop puissantes. La martialitĂ© de Ludwig s’en trouve allĂ©gĂ©e, plus percutante, et c’est tout le bĂ©nĂ©fice des instruments d’époque qui jaillit, renforçant les contrastes beethovĂ©niens. La sonoritĂ© est l’autre superbe offrande de Savall grĂące Ă  l’effectif : autour de 60 instrumentistes dont 32 cordes ; la fidĂ©litĂ© aux souhaits de Beethoven est Ă©loquente dans cette clarification entre les pupitres. VoilĂ  comment le chef catalan Ă©claire de l’intĂ©rieur l’expressivitĂ© beethovĂ©nienne oĂč l’orchestre n’exprime pas la pensĂ©e musicale : il est cette pensĂ©e elle-mĂȘme


 

 

 

CRITIQUE, CD, coffret SAINT-SAËNS : transcriptions pour piano : Cto n°2, Symphonie pour orgue, l’Assassinat du Duc de Guise
 (2 cd, 1 dvd PIANO 21 – 2021)

Katsaris-cyprien-camille-saint-saens-duc-de-guise-piano-21-critique-cd-review-classiquenews-clic-de-classiquenewsCRITIQUE, CD, coffret SAINT-SAËNS : transcriptions pour piano : Cto n°2, Symphonie pour orgue, l’Assassinat du Duc de Guise
 (2 cd, 1 dvd PIANO 21 – 2021) – Cyprien Katsaris joue Saint-SaĂ«ns et surprend par sa justesse recrĂ©ative, dans ce coffet monographique composĂ© de 2 cd et d’un dvd, soit plus de 2 h de musique (avec images d’archives). Contre l’idĂ©e toujours tenace d’un Saint-SaĂ«ns acadĂ©mique, Ă©triquĂ©, ennuyeux, voilĂ  une sĂ©rie de joyaux Ă  la vitalitĂ© impĂ©rieuse, Ă  l’élĂ©gance enivrĂ©e voire conquĂ©rante qui replace l’auteur de Samson, au centre d’un Ă©chiquier français audacieux, expĂ©rimental, libre. C’est toute la valeur et la formidable inspiration du pianiste Cyprien Katsaris qui apporte ses fruits exaltants : par sa digitalitĂ© fabuleuse et imaginative, suggestive et facĂ©tieuse. Le pianiste n’a pas seulement la technicitĂ© virtuose, il exprime ce grandiose tendre, cette Ă©lĂ©gance sensible et si juste d’un Saint-SaĂ«ns orfĂšvre et conteur inspirĂ©. Ainsi en tĂ©moigne le programme du CD1 dĂ©diĂ© surtout au Carnaval des animaux dans la transcription du pianiste franco-chypriote qui est aussi compositeur : s’y dĂ©ploie une pensĂ©e libre, maĂźtresse de ses dons pianistiques, qui sert respectueusement la verve d’un Saint-SaĂ«ns aussi inventif que fantaisiste.
L’improvisateur qu’est Katsaris, sa culture pianistique permettent ce toucher libre et lĂ©ger, puissant et oxygĂ©nĂ© qui exalte les dons dramatiques du Romantique, lui-mĂȘme pianiste cĂ©lĂ©brĂ© pour sa virtuositĂ©.

L’édition prolonge ainsi et de superbe façon le centenaire Saint-SaĂ«ns 2021, en restituant nombre de piĂšces symphoniques et plusieurs perles mĂ©connues, transcrites pour piano seul ; transcripteur aussi, Katsaris complĂšte pour certaines piĂšces le travail prĂ©liminaires de Bizet (pour le Concerto pour piano et orchestre n°2), Liszt (Danse macabre).

 

 

A la source du Saint-Saëns conteur

Cyprien Katsaris l’enchanteur,
libre et génial transcripteur

 

 

Du Concerto n°2, on ne serait guĂšre rester insensible Ă  l’élan romantique de (trĂšs) grande classe du I ; l’humour facĂ©tieux du II ; le charme de Mozart ; la carrure de Beethoven ; l’élĂ©gance recrĂ©ative propre au romantisme impĂ©rial de Saint-SaĂ«ns. Sans omettre la course Ă©chevelĂ©e, aux crĂ©pitements fantastiques du III. Seul un piano somptueux et flamboyant et d’une exceptionnelle intelligence expressive peut relever les dĂ©fis de la transcriptions pour piano seul. Beau cheminement de Cyprien Katsaris qui maĂźtrise 
 tout en plaisir et en joie.
Africa est un morceau de concert virtuose, d’une construction elle aussi spectaculaire alliant crĂ©pitements diaboliques et verve mĂ©lodique avec une recherche de contrastes rythmiques. La versatilitĂ© digitale, le toucher de velours qui font littĂ©ralement danser le clavier, affirment le tempĂ©rament du pianiste, heureux, trĂšs inspirĂ© transcripteur. La souplesse enchantĂ©e du pianiste se dĂ©ploie au service de morceaux moins connus : L’Allegro appasionato est grande piĂšce de concert elle aussi Ă©noncĂ©e comme une fantaisie, d’une libertĂ© Ă©chevelĂ©e quasi improvisĂ©e ; la Valse canariote emporte passionnĂ©e, enivrĂ©e, Ă©chevelĂ©e ; et la Valse nonchalante : pleine d’une nostalgie plus secrĂšte

Autre bel accomplissement, la Danse macabre, dans la transcription Liszt et Katsaris souligne le gĂ©nie de Saint-SaĂ«ns digne, dans la veine fictionnelle, de son ami Liszt ; c’est un formidable poĂšme Ă©pique, d’une puissance fantastique et surnaturel oĂč brille lisibilitĂ©, libertĂ© du contrepoint ; jeu sur les plans sonores ; la justesse de la construction dramatique et l’intelligence du flux narratif

Dans ce jeu d’adaptation, la format symphonique ne perd rien en suggestivitĂ© ni expressivitĂ© : la fiĂšvre Ă©loquente de la texture expressive Ă©claire aussi les dons d’articulation et de lisibilitĂ© contrapuntique du pianiste prĂȘt Ă  relever tous les dĂ©fis.
La diversitĂ© des morceaux, leur Ă©vidente ambition (et rĂ©ussite) dramatique place Saint-SaĂ«ns aux cĂŽtĂ©s de Berlioz (pour les audaces harmoniques, formelles, instrumentales
) ; gĂ©nie romantique aussi, Camille se dĂ©voile somptueux maĂźtre du clavier, un Ă©gal de Liszt par sa virtuositĂ© flamboyante matinĂ©e d’humour et de citations Ă  d’autres compositeurs, en particulier germaniques. Le dĂ©fi du pianiste tient Ă  ses capacitĂ©s Ă  restituer toute l’étoffe des pages symphoniques sur l’étendue du clavier (Symphonie n° 3 dans la transcription mĂ©connue de Goetschius) : Saint-SaĂ«ns explore les possibilitĂ©s du piano, Ă©prouve l’instrument en parfait connaisseur ; Cyprien Katsaris s’approprie tous les obstacles, en dĂ©passent les points Ă©pineux pour exprimer a contrario de leur difficultĂ©s, la claire et heureuse combinaison contrapuntique, rĂ©vĂ©lant souvent une vive comprĂ©hension Ă  la fois de le verve et de la pensĂ©e de Camille.
Classique libre, inventeur sans limites, l’auteur de Samson, ici prĂ©sent dans la superbe transcription de Camille lui-mĂȘme dans l’extrait de la bacchanale du III (oĂč Ă  travers la digitalitĂ© scintillante du pianiste, se rĂ©vĂšle la trĂšs riche palette de l’orchestre lyrique), le compositeur fut le premier Ă  Ă©crire la musique pour le cinĂ©ma encore dĂ©butant ; ainsi en tĂ©moigne la tableau de 1908, l’assassinat du Duc de Guise, Ă©pisode hautement dramatique, aussi en lien avec ce goĂ»t de Saint-SaĂ«ns pour la Renaissance, illustrĂ© par ses opĂ©ras – moins jouĂ©s mais somptueux : Ascanio et Henry VIII. Katsaris joue la transcription de LĂ©on Roques. C’est en Ă©vidence, un autre joyau de la collection ainsi constituĂ©e par le pianiste : l’interprĂšte unit dramatisme et crĂ©pitements virtuoses, il prĂ©pare puis exprime la fameuse scĂšne de l’assassinat du duc de Guise, construction parfaite, Ă©difiĂ©e comme un tableau d’histoire, depuis la claire exposition des personnages jusqu’au meurtre proprement dit auquel Saint-SaĂ«ns associe un thĂšme diabolique et comme dĂ©finitif. L’auditeur peut complĂ©ter l’écoute par l’image telle que restituĂ©e dans le film historique de 1908, restaurĂ© pour l’occasion, proposĂ© dans le DVD. TrĂšs opportun bonus.

 

 

________________________________
CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD, coffret SAINT-SAËNS : transcriptions pour piano : Cto n°2, Symphonie pour orgue, l’Assassinat du Duc de Guise
 (2 cd, 1 dvd PIANO 21 – 2021) – Sortie annoncĂ©e le 20 fĂ©vrier 2022, chez Piano 21 (le label discographique crĂ©Ă© par le pianiste en 2001). CLIC de CLASSIQUENEWS Hiver 2021 / 22.

 

 

Tracklisting :

CD 1
Le Carnaval des Animaux – Grande fantaisie zoologique, Op. posth., R. 125 – Transcription : Lucien Garban / Cyprien Katsaris
Hymne Ă  Victor Hugo, Op, 69 – Transcription : Camille Saint-SaĂ«ns
Bacchanale, Samson et Dalila, Op.47, R. 288 – Transcription : Camille Saint-SaĂ«ns
Symphonie n°3 en ut mineur, “Symphonie avec orgue » – Transcription : Percy Goetschius / Cyprien Katsaris

CD 2
Concert pour piano n°2 en sol mineur, Op. 22, R. 190
Transcription : Georges Bizet / Cyprien Katsaris
Africa, Op. 89, R. 204 – Version pour piano seul de Saint-SaĂ«ns
Allegro appassionato, Op. 70, R. 200
Version pour piano seul de Saint-Saëns
Valse canariote, Op. 88, R. 43 – Version pour piano seul de Saint-SaĂ«ns
Valse nonchalante, Op. 110, R. 48 – Version pour piano seul de Saint-SaĂ«ns
Danse macabre, Op. 40, R. 171 – Transcription : Franz Liszt / Cyprien Katsaris
L’assassinat du duc de Guise, Op. 128, R. 331 – Transcription : LĂ©on Roques

DVD L’Assassinat du Duc de Guise, version restaurĂ©e de 1908, avec musique de Saint-SaĂ«ns.

 

 

////////////

 

 

CRITIQUE. CD Ă©vĂ©nement. DURÓN : Coronis (Le PoĂšme Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021)

sebastian-duron-coronis-alpha788 poeme harmonique druet bunel opera critique review cd review critique classiquenews CLIC de classiquenewsCRITIQUE. CD Ă©vĂ©nement. DURÓN : Coronis (Le PoĂšme Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021) – Formidable production pour sa vitalitĂ© rayonnante, ses contrastes opulents, ses situations truculentes qui mĂȘlent grĂące Ă  la seule inspiration de Sebastian DurĂłn (1660-1716), langueur extatique, rage guerriĂšre, rĂ©alisme satirique. Le PoĂšme Harmonique, chanteurs et instrumentistes relĂšvent tous les dĂ©fis de cette action mythologique certes, surtout carnavalesque et bouffone, aux airs de tendresse grave, en particulier au II (Jornada Segunda) oĂč s’imposent dans la fresque dĂ©lirante, la priĂšre et la plainte bouleversante de ProtĂ©e (si peu respectĂ© malgrĂ© ses alertes et prĂ©dictions) et Triton (soupirant dĂ©muni, colĂ©rique, Ă©conduit par la voluptueuse Coronis). Les solistes concernĂ©s ici, Cyril Auvity et Isabelle Druet composent de superbes tempĂ©raments vocaux, douĂ©s de puissance et de justesse humaine, de profondeur comme de sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle. A leurs cĂŽtĂ©s, rien Ă  dire aux Ă©patantes Ana Quintans dans le rĂŽle-titre : sa plasticitĂ© diamantine incarne Ă  la perfection la beautĂ© langoureuse et active qui finalement dĂ©cide du sort de la Thrace et arbitre la guerre amorcĂ©e entre Neptune et son impĂ©rial Ă©poux, Apollon. Idem pour les deux Menandro et Sirene, couple secondaire (et plein de bon sens populaire) : AnthĂ©a Pichanick et surtout Victoire Bunel, souple, articulĂ©e, expressive mais nuancĂ©e : remarquable duo de bout en bout.

 

 

Le Poùme Harmonique ressuscite Coronis

MADRID, 1705 : DURÓN invente l’opĂ©ra espagnol

 

 

CLIC_macaron_2014A travers la victoire du souverain solaire, ce sont les Bourbons qui annoncent leur victoire en pleine guerre de succession d’Espagne ; la zarzuela reprĂ©sentĂ©e en dĂ©c 1705 devant la Cour de Philippe V Ă  Madrid, porte haut les espoirs et la certitude d’une nation prĂȘte Ă  s’engager et Ă  rire. DurĂłn pour se faire, rĂ©ussit une fusion saisissante entre truculence espagnole et beau chant italien, en une langue d’une voluptĂ© incandescente dont la continuitĂ© suave rappelle l’immense vĂ©nitien Cavalli. Toute la maĂźtrise de Sebastian DurĂłn qui pourtant incompris, et malĂ©valuĂ© alors, finira en exil quelques annĂ©es aprĂšs (1716), explose ici grĂące au geste virtuose des interprĂštes. Aucun doute, le pĂšre de l’opĂ©ra espagnol, c’est lui. CLIC de CLASSIQUENEWS pour ce superbe opĂ©ra rĂ©vĂ©lĂ©. Dommage que la prise de son, acide et aigre dĂšs le dĂ©but, et qui lisse les plans, contredise constamment l’opulence voluptueuse de DurĂłn, son Ă©criture flamboyante et sensuelle.

 

 

 

 

__________________________
CRITIQUE. CD Ă©vĂ©nement. DURÓN : Coronis (Le PoĂšme Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021). L’enregistrement en studio recueille les reprĂ©sentations de la recrĂ©ation scĂ©nique en 2019. PLUS D’INFOS sur le site ALPHA : https://outhere-music.com/fr/albums/sebastian-duron-coronis

 
 

 

CRITIQUE SPECTACLE...  LIRE aussi notre critique complÚte de CORONIS, production présentée à CAEN, en novembre 2019 : CORONIS de DURON, la politique des muses... par Pedro Octavo DIAZ

 
 
 

FRANCE MUSIQUE : Journée Gustavo DUDAMEL (15 fév 2022)

dudamel-gustavo-maestro-opea-de-paris-classiquenews-opera-concert-critique-review-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, JournĂ©e Gustavo Dudamel, le 15 fĂ©v 2022. C’est un nouveau chapitre qui s’est ouvert dans la carriĂšre du chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel, enfant du Sistema, le programme social et culturel du VĂ©nĂ©zuĂ©la ; lorsqu’en avril 2021, l’OpĂ©ra de Paris annonce sa nomination comme directeur musical de l’institution lyrique : jeune quadra, le maestro y prenait la succession du chef Philippe Jordan (rĂ©putĂ© depuis pour sa direction intĂ©rieure et subtile en particulier dans Mozart et Wagner). RĂ©vĂ©lĂ© au dĂ©but des annĂ©es 2000, l’enfant terrible et fougueux du programme d’éducation musicale a ainsi pu exprimer dans la fosse parisienne des opĂ©ras Bastille et Garnier, son Ă©nergie, son sens du drame et aussi du dĂ©tail.
Dudamel avait dĂ©jĂ  Ă  la tĂȘte de l’Orchestre symphonique des jeunes du Venezuela SimĂłn BolĂ­var, affirmĂ© un vif tempĂ©rament, une Ă©nergie fĂ©dĂ©ratrice, au cours de tournĂ©es qui ont menĂ© les jeunes instrumentistes vĂ©nĂ©zuĂ©liensaux, de Salzbourg Ă  Paris, des BBC Proms de Londres au Carnegie Hall de New York : partout, leur « Mambo » (extrait du West Side Story de Bernstein) a suscitĂ© l’enthousiasme. Depuis sa prise de fonction Ă  Paris, Gustavo Dudamel assume ses deux mandats de part et d’autre de l’Atlantique, comme directeur musical – Ă  l’OpĂ©ra de Paris, et depuis plus de 10 ans, au Philharmonique de Los Angeles.
Turandot, de Puccini (diffusée par France Musique), a inauguré sa premiÚre saison parisienne, suivie tout récemment des Noces de Figaro de Mozart (diffusion sur France Musique samedi 26 février). France Musique lui consacre toute une journée : interview exclusive dans Musique Matin dÚs 7h, et tout au long de ce 15 février.
PrĂ©sentation de la discographie rĂ©alisĂ©e par Dudamel, du grand rĂ©pertoire aux piĂšces sud-amĂ©ricaines, russes et françaises. Evocation des sources d’inspiration du musicien natif de Barquisimeto (Venezuela).

logo_francemusiqueTEMPS FORT : Ă  20h, en direct de la Philharmonie de Paris, Symphonie n°3 de Schubert et Symphonie n°4 de Brahms – Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris – Gustavo DUDAMEL, direction.

_________________________________________

Le programme de la journée GUSTAVO DUDAMEL sur FRANCE MUSIQUE :
Mardi 15 février de 7h à 22h30

 

‹7h-9h
Musique Matin

‹8h20
Maxxi Classique – 8h30 : interview de Gustavo Dudamel.

‹9h-11h
En pistes. Beethoven, Wagner, et quelques raretés de Gustavo Dudamel

‹11h-12h30 Allegretto
« En passant par le Venezuela » :
Abreu, Romero, Carreno, l’orchestre Simon Bolivar, El Sistema, Sojo.

‹13h-13h30 Musicopolis
Portrait de la compositrice vénézuélienne Modesta Bor.

13h30-15h Arabesques
Dudamel dirige la musique russe
TchaĂŻkovski, Borodine, Moussorgski, Stravinski & Rachmaninov.

15h-17h Relax !
Le Los Angeles Philharmonic avant Gustavo Dudamel.

‹17h-18h Le van Beethoven
Gustavo Dudamel dirige le Los Angeles Philharmonic.

‹20h-22h30 : Le concert de 20h – en direct

En direct de la Philharmonie de Paris.
Symphonie n°3 de Schubert
Symphonie n°4 de Brahms
Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris
Gustavo DUDAMEL, direction.

 
 

PLUS D’INFOS sur France MUSIQUE.FR : https://www.radiofrance.fr/francemusique

CRITIQUE CD, Bruckner : Symphonie n°7 (Haitink – Challenge classic, Live juin 2019)

haitink bernard symphonie 7 bruckner critique cd reviews classiquenews challenge recordsCRITIQUE CD, Bruckner : Symphonie n°7 (Haitink – Challenge classic, Live juin 2019) – Aucun doute qu’aux cĂŽtĂ©s des hĂ©donistes spirituels, creusant et la splendeur sonore et le continuum mystique tels Gustav Wand ou Karajan, Haitink professe une plĂ©nitude orchestrale de premiĂšre valeur. Ce live couronne un compagnonnage en complicitĂ© inspirĂ©e, de plus de 20 ans entre le chef et la phalange nĂ©erlandaise : maestro Haitink alors au terme de sa carriĂšre en juin 2019, et le Radio Philharmonic Orchestra apportent Ă  Bruckner l’éloquence de la clartĂ© mystique, de surcroĂźt avec une saveur sonore, un travail de la texture instrumentale, idĂ©alement Ă©quilibrĂ©s. L’ambition de Bruckner dans un opus Ă  l’architecture ample qui vaut cathĂ©drale : la majestĂ© des proportions s’affiche clairement dans la durĂ©e des 2 premiers mouvements : plus de 21 mn pour chacun. Ce qui permet Ă  Haitink d’élucider le classicisme naturel de l’Ɠuvre crĂ©Ă©e Ă  Leipzig en 1884 (par Arthur Nikisch), son Ă©vidence formelle (pas de versions postĂ©rieures alternatives), surtout sa nature wagnĂ©rienne qui oeuvre souterrainement dans une partition conçue alors que Bruckner Ă©coute Ă  Bayreuth, la crĂ©ation de Parsifal (1882), choc viscĂ©ral qui s’entend ici dans la conception des timbres associĂ©s, de la largeur sonore, pour une vision fĂ©dĂ©ratrice qui associe et mĂȘme fusionne les timbres, en particulier dans la rĂ©solution de la sĂ©quence finale oĂč les cordes en lĂ©vitation sont littĂ©ralement portĂ©es par la fanfare aĂ©rienne et majestueuse. Les derniĂšres marches ascensionnelles ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le crescendo des origines, l’ouverture organique de l’Or du Rhin. L’Adagio (le plus dĂ©veloppĂ© de toutes les symphonies de Bruckner) Ă©chafaude un mausolĂ©e endeuillĂ© pour
 Wagner justement qui vient de mourir : l’in memoriam est un hommage bouleversant Ă  la solennitĂ© lacrymale, grave, profonde qui dessine un inconsolable lamento orchestral (les somptueux tuben CLIC_macaron_2014wagnĂ©riens). LĂ  encore Haitink Ă©tire la texture orchestrale en amples accoups, aux respirations profondes accordant douleur et dignitĂ©, tendresse et deuil, dĂ©chirement et consolation. Le Scherzo claque par son tempo vif, nerveux ; et le finale exalte ce « mouvementĂ© », pas trop rapide dont Haitink saisit la mesure : le chef accomplit l’unitĂ© et la cohĂ©rence interne quasi cyclique de la symphonie, dans la rĂ©exposition finale du premier thĂšme du mouvement I. Somptueuse conception sonore et architecturale de surcroit bonifiĂ©e par la prise de son, « super audio cd ».

_______________________________________________

CD, Bruckner : Symphonie n°7 (Haitink – Challenge classic – live de juin 2019) – CLIC de CLASSIQUENEWS.
Plus d’infos sur le site de Challenge records / Page Bruckner, Haitink, symphonie n°7 de Bruckner :
https://www.challengerecords.com/products/16268803040781

CRITIQUE, opéra. SAINT-ETIENNE, le 26 janvier 2022. Ambroise Thomas : Hamlet. Boutillier / Croussaud ; Lacombe / Berloffa

CRITIQUE, opĂ©ra. SAINT-ETIENNE, le 26 janvier 2022. Ambroise Thomas : Hamlet. Boutillier / Croussaud ; Lacombe / Berloffa. Le hĂ©ros de Shakespeare inspire les scĂšnes lyriques et l’Hamlet de Thomas a eu le vent en poupe jusqu’à la crise sanitaire ; remarquon sles production srĂ©centes, dont celles de Moshe Leiser et Patrice Caurier (Barcelone, 2003), Olivier Py (Vienne, 2012), ), Cyril Teste (Paris, 2018, reprise Ă  l’OpĂ©ra Comique, simultanĂ©ment Ă  celle qui nous occupe ici. À Saint-Étienne, Nicola Berloffa (Carmen il y a 2 ans) sert la lisibilitĂ© de l’Ɠuvre tragique inspirĂ© par le noir shakespearien : l’incommunicabilitĂ© des deux amants, Hamlet et OphĂ©lie ; le premier habitĂ©, submergĂ© par l’assassinat de son pĂšre (dont le fantĂŽme l’exhorte Ă  la vengeance), emmurĂ© dans le crime Ă  laver, Ă©tranger aux autres ; la seconde, dĂ©passĂ©e et trop fragile face Ă  l’apparente froideur du prince, tout occupĂ© ici Ă  scĂ©nariser la pantomime de Gonzague et de GeniĂšvre, vĂ©ritable pamphlet qui dĂ©nonce le crime commis


ScĂšnes de foules, rĂ©alisme du couple royal illĂ©gitime (et aussi des deux fossoyeurs au dernier acte, Ă©patants et mordants), tout concourt Ă  placer le spectateur aux cĂŽtĂ©s d’Hamlet, face Ă  l’horreur dont il est le tĂ©moin et l’acteur rebelle.

 

 

 

RĂ©ussite lyrique Ă  Saint-Étienne

Belle production d’Hamlet
portée par le couple Hamlet / Ophélie :
JĂ©rĂŽme Boutillier / Jeanne Croussaud

 

 

 

saint-etienne-jerome-boutillier-jeanne-coursaud-saint-etienne-critique-opera-review-classiquenews

 

 

ParticuliĂšrement crĂ©dible, JĂ©rĂŽme Boutillier fait un Hamlet, prince d’Elseneur, plein d’ardeur, de passion, de finesse rentrĂ©e
 (« Ô vin, dissipe la tristesse » est entre autres, d’une riche amertume), quand Jeanne Croussaud aux coloratoures agiles, incarne une OphĂ©lie, en ange damnĂ©, s’enfonçant progressivement dans la douleur la plus sombre jusque dans la scĂšne de folie, d’une juste Ă©pure, d’une bouleversante finesse. Le LaĂ«rte de JĂ©rĂ©my Duffau est de la mĂȘme trempe : juste, douĂ© d’une vie intĂ©rieure comme l’Horatio de Gabriel Saint-Martin et le Marcellus du brillant Yoan Le Lan. Puis saluons surtout, la crĂ©dibilitĂ© du couple royal questionnĂ© par Hamlet : Emanuela Pascu (Gertrud, ample mais sobre), et Jiwon Song (Claudius, de belle prestance et parfois inintelligible mais toujours musical)

Le chƓur (masquĂ©) et l’Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, sous la direction de Jacques Lacombe puissants et prĂ©cis, rĂ©vĂšlent tout ce que le drame recĂšle de forces cachĂ©es et souterraines. Le travail entre les pupitres recherchent la clartĂ© et la nuance, jamais le clinquant. RĂ©servant aux solos instrumentaux, le relief intĂ©rieur qui sied
 (cor – au dĂ©but du fameux monologue d’Hamlet-, hautbois, clarinette, violoncelles
 sans omettre la couleur spĂ©cifique des saxophones que Thomas use ici pour la premiĂšre fois en orchestrateur captivant). La captation vidĂ©o rĂ©alisĂ©e laisse espĂ©rer une prochaine Ă©dition dĂ©jĂ  trĂšs attendue


 

 

 

—————————————————————————————

CRITIQUE, opéra. SAINT-ETIENNE, Grand Théùtre Massenet, le 26 janvier 2022.

Hamlet: JĂ©rĂŽme Boutillier
Ophélie : Jeanne Crousaud
Claudius : Jiwon Song
Gertrude : Emanuela Pascu
Laërte : Jérémy Duffau
Le Spectre : Thomas Dear
Marcellus : Yoan Le Lan
Horatio : Jean-Gabriel Saint-Martin
Polonius : Thibault de Damas
1er fossoyeur : Antoine Foulon
2Ăšme fossoyeur : Christophe Berry

Choeur lyrique Saint-Etienne Loire
Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire

Direction musicale : Jacques Lacombe
Mise en scĂšne et costumes : Nicola Berlotta
Photos : © Hubert Genouillac

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MoliĂšre / Lully : musiques pour la comĂ©die-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – avril 2021)

Le-Bourgeois-gentilhomme poeme harmonique lully 400 ans de moliere critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MoliĂšre / Lully : musiques pour la comĂ©die-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – avril 2021) – IntercalĂ©es dans la piĂšce de MoliĂšre, les musiques de scĂšnes (ballets, divertissements, airs
) de Lully soulignent le gĂ©nie facĂ©tieux du surintendant de la musique depuis 1661 ; sa verve n’a de limite que le gĂ©nie de MoliĂšre ; chacun semble mĂȘme rivaliser d’astuces expressives, de finesse parodique sur le thĂšme d’un Bourgeois dĂ©sireux d’ĂȘtre anobli
 Ă  l’heure oĂč la Cour ne parle que des Turcs en audience prĂšs du Roi-Soleil. Les 2 Baptistes ont prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ© (Ă©galement Ă  Chambord, devant la Roi) Monsieur de Pourceaugnac (1669). Pour cette restitution des parties intĂ©grales que Lully a alors façonnĂ©es, le PoĂšme Harmonique met en lumiĂšre l’articulation langoureuse des jeunes tempĂ©raments du chant baroque actuel ; le Bourgeois Gentilhomme s’il moque l’exotisme des moeurs du Grand Turc Ă  travers une charge contre son ambassade alors Ă  Versailles pour une rĂ©ception attendue, reportĂ©e auprĂšs de Louis XIV, exprime d’abord au I, l’empire de l’amour sur des cƓurs enivrĂ©s ; se distingue avant tout, l’essor poĂ©tique des premiĂšres scĂšnes du drame de 1670, la flamme dĂ©sirante de l’élĂšve du MaĂźtre de musique, de la musicienne, du 2Ăš musicien, trio vocal en extase que la musique sublime par ses Ă©lans nostalgiques et caressants. DĂ©jĂ , Lully et MoliĂšre Ă©laborent le futur opĂ©ra français Ă  venir, 3 ans plus tard.

 

 

 

Délire poétique, verve satirique

MoliÚre & Lully : un génie théùtral à 4 mains

 

Mr Jourdain veut ĂȘtre gentilhomme certes : il devra d’abord passer par plusieurs rites / « apprentissages », dont celui de la musique amoureuse. Ce que nous fait entendre Le PoĂšme Harmonique non sans un sens de l’ivresse la plus enchantĂ©e dans les accents et les inflexions du chant accompagnĂ©. MĂȘme les intermĂšdes (airs des « garçons tailleurs » puis « entrĂ©e des cuisiniers » qui suit), s’ils n’ont pas l’ampleur de l’orchestre de Lully qui fut plus nombreux et Ă©toffĂ©, dansent avec une belle vivacitĂ© ; caractĂ©risent suffisamment les chansons Ă  boire (vĂ©ritable apologie du vin!).‹ Le point d’orgue reste la cĂ©rĂ©monie turque en 9 sĂ©quences (finale grandiose et farcesque de l’acte IV) que les musiciens inscrivent avec justesse entre parodie et sincĂ©ritĂ©, tension dramatique et recrĂ©ation exotique, truculence et joie ironique, irrĂ©vĂ©rencieuse voire sacrilĂšge… ; l’entrĂ©e accorde les gestes en une vaste supercherie collective oĂč le Mufti, les 12 turcs, les 4 dervis exposent leur foi ; MoliĂšre explore toutes les nuances du dĂ©lire d’une critique libre et dĂ©jantĂ©e des croyances orientales. Pas sĂ»r aujourd’hui, que tel affront railleur ne passe inaperçu chez certains : la verve insolente de MoliĂšre annonce celle de Voltaire et la musique de Lully se montre d’une gĂ©niale Ă©nergie, prĂȘte Ă  enflammer le jeu des mots, la gastronomie des allitĂ©rations en fĂȘte. De sorte que dans l’élan de la satire enjouĂ©e, ce rituel qui intronise le vaniteux Jourdain, pourtant heureux de se voir glorifiĂ© ici en vrai mahomĂ©tan, se termine en belle bastonnade : l’orgueil de Jourdain est chĂątiĂ©. Et sa naĂŻvetĂ© Ă©pinglĂ©e : dindon rhabillĂ©, il donne finalement la main de sa fille au fils du grand turc !
Tout autre est le Ballet des nations oĂč des gens d’origine (et de langues accentuĂ©es) diverse(s) : gascons, suisses, espagnols, italiens,
 se disputent, s’énervent franchement, rĂ©clamant « le livre du ballet » dont il est question (comme si les acteurs fixaient alors la question que se pose le spectateur Ă  ce moment du drame : de quoi est-il question ? Quel est l’enjeu de ce tableau ?) ; en maĂźtres des foules et des ensembles ciselĂ©s, MoliĂšre et Lully s’entendent Ă  portraiturer une humanitĂ© contrastĂ©e, bariolĂ©e, lĂ  aussi dĂ©jantĂ©e ; bel effet de leurs talents accordĂ©s oĂč musique et chant, danses et textes exacerbent toutes les possibilitĂ©s et ressources poĂ©tiques sur les planches. Il n’est que la musique, divine, noble, Ă©lĂ©gantissime, versatile comme les sĂ©quences thĂ©Ăątrales (sublime chaconne des comĂ©diens bouffes italiens, 
), qui puisse unifier tout cela, au son d’un Ă©lan qui pointe le but CLIC_macaron_2014ultime (et l’un des derniers mot du livret) : l’Amour. A la cacophonie rĂ©pond ainsi des stances subtilement langoureuses (lamento et plainte dans la 3Ăš entrĂ©es des « Espagnols chantant », idĂ©alement / douloureusement, amoureux
). Fin et engagĂ©, Le PoĂšme Harmonique exprime cette surenchĂšre drĂŽlatique et dramatique, ce grand chaos poĂ©tique et satirique, Ă  la fois libre et dĂ©lirant qui est Ă  la source du Baroque français. IrrĂ©sistible. D’autant mieux apprĂ©ciĂ© et bienvenu pour les 400 ans de la naissance de MoliĂšre en janvier 2022.

 

 

 

__________________________________________

CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MoliĂšre / Lully : musiques pour la comĂ©die-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670). Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – avril 2021). Prise de son parfois confuse, dans les choeurs et les tutti.
CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2022.

 

 

 

 

 

__________________________________________

Autre CD MOLIERE sur CLASSIQUENEWS :

 

 

 

cd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critiqueCD Georges Dandin par l’Ensemble Marguerite Louise / GaĂ©tan Jarry (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – fev 2020 – CLIC de CLASSIQUENEWS)  –  Les musiques des intermĂšdes et de la Pastorale pour la comĂ©die Georges Dandin de MoliĂšre prĂ©cise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modĂšle pour l’opĂ©ra français. Ici rayonnent dĂ©jĂ  la puissance onirique des instruments, habiles Ă  suggĂ©rer cet accord rĂȘvĂ©, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergĂšres disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyĂ©s)

 

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – 2019)

grands-motets-antiphona-montigny critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – 2019)   -   Rolandas Muleika et son ensemble Antiphona (qu’il a fondĂ© en 1996) ressuscitent avec exaltation et Ă©loquence la joie bienheureuse et aussi le souffle dramatique du mĂ©ridional baroque Montigny dont la carriĂšre s’achĂšve quand Rameau suscite la fameux scandale de son premier opĂ©ra Hippolyte et Aricie (1733). Au sein des compositeurs flamboyants « de province », Montigny serait le maillon oubliĂ© aux cĂŽtĂ©s de l’aixois Campra et du narbonnais Mondonville. Mort en 1738, ce natif de BĂ©ziers (Ă  quand un concert Montigny dans la cathĂ©drale in loco ?) s’affirme Ă  Toulouse Ă  Saint-Sernin (oĂč a Ă©tĂ© enregistrĂ© le programme Ă©ditĂ© par Paraty), non sans maĂźtriser diverses influences, captĂ©es en Angleterre, aux Pays-Bas
 lors d’un tour d’Europe impressionnant qui fait de son Ă©criture, la synthĂšse des styles Ă  son Ă©poque. Les deux Motets ici recrĂ©Ă©s en premiĂšre mondiale, ont Ă©tĂ© conçus pour Toulouse dans l’annĂ©e 1730 par un Montigny sexagĂ©naire d’une maturitĂ© impressionnante, alors maĂźtre de chapelle de Saint-Sernin.

Recréation mondiale

Le grand motet toulousain Ă  son sommet (1730),
Montigny, précurseur de Mondonville et de Rameau

Le premier Motet Surge propera (propre aux annĂ©es toulousaines de l’auteur, destinĂ© Ă  la procession des PĂ©nitents bleus de juin 1730) impose une complexitĂ© de l’écriture chorale d’une rayonnante noblesse dont le raffinement et la beautĂ© des textures harmoniques prolongent le meilleur Lully (faste des trompettes dans TubĂŠ sonitu), grand faiseur avec Delalande dans le genre du Motet versaillais, avant Montigny. La ductilitĂ© du chƓur Antiphona impressionne dans ce jeu exaltĂ© et articulĂ© ; auquel rĂ©pond l’ivresse intelligemment nuancĂ©e des instrument de l’orchestre Antiphona. En somme une complicitĂ© savoureuse voire superlative qui ressuscite aussi sur le plan interprĂ©tatif, l’époque des grands enregistrements d’exploration et de dĂ©couvertes (majeures, comme ici) ; de fait, Montigny est un trĂšs grand compositeur qui prolonge la ferveur encore recueillie et trĂšs dense d’un Lully Grand SiĂšcle (solo de la taille « Qui sitit qui esurit »), et annonce directement les effectifs intensĂ©ment dramatiques, des opĂ©ratiques Mondonville et Rameau (tempĂȘte du Surge Propera). Comme chez Rameau, se distingue ici la saveur des timbres instrumentaux, en particulier les bassons constamment sollicitĂ©s et parfaitement enregistrĂ©s car la prise de son est particuliĂšrement rĂ©ussie.
CLIC_macaron_2014La direction artistique de Rolandas Muleika relĂšve les dĂ©fis multiples de cette recrĂ©ation, rĂ©vĂ©lant dĂ©finitivement le tempĂ©rament de Montigny grĂące Ă  un important travail de restitution des partitions autographes. Le brio contrastĂ© du choeur, le relief caractĂ©risĂ© et trĂšs impliquĂ© des solistes, le souffle de l’orchestre associĂ© Ă  la maĂźtrise contrapuntique du chƓur restituent la splendeur dramatique, le sentiment d’exaltation des piĂšces qui place l’humain, la tendresse fervente de chaque Ă©pisode, au cƓur de cette formidable rĂ©habilitation. N’écoutez que les 4 premiĂšres sĂ©quences du motet « Salvum me fac Deus » 
 vous serez saisi par la puissance expressive du « Veni in altitudinem maris » ; le chant opĂ©ratique de l’orchestre, la projection dĂ©clamĂ©e superlative du texte (ego sum pauper par le dessus Eva Tamisier, fragile, fervente), la transe chorale du chƓur « Effunde super eos » puis le duo haute-contre / basse et choeur final d’une mordante exaltation 
 sont autant d’arguments solides qui inscrivent Montigny parmi les plus grands compositeurs du premier XVIIIĂš. Son Ă©criture prĂ©figure dĂ©jĂ  les audaces et l’énergie de Rameau comme de Mondonville
 c’est dire! Somptueuse rĂ©vĂ©lation. CLIC de CLASSIQUENEWS / hiver 2002.

_________________________________

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – enregistrĂ© Ă  Toulouse, Saint-Sernin, aoĂ»t 2019 – 1 cd PARATY records) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2022.

Joseph Valette de Montigny (1665 – 1738), 2 grands motets :
« Surge propera Sion Filia » / « Salvum me fac Deus »

Écoutez sur youtube le choeur flamboyant Effunde super eos :
https://www.youtube.com/watch?v=GXSpaUZW-1Q

VISITER le site de l’ensemble ANTIPHONA / Rolanas Muleika
https://ensemble-antiphona.org/rolandas-muleika/

_________

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records 2021)

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records 2021) - L’approche a Ă©tĂ© pensĂ©, conçue pour l’enregistrement studio : le rĂ©sultat est plutĂŽt convaincant. Les instrumentistes du Quatuor Alma / Alma Quartet, rĂ©habilitent l’auteur parmi les trĂšs grands faiseurs chambristes post romantiques du XXĂš.

korngold alma quartet korngold critique cd review clic de classiquenews 1627975576Korngold porte bien ici son 2Ăš prĂ©nom « Wolfgang », hommage et filiation toute artistique Ă  l’auteur de Don Giovanni : la subtilitĂ© versatile qui se dĂ©gage de ses Quatuors, leur expressivitĂ© toute en finesse (
 viennoise) indiquent clairement l’éloquente maturitĂ© d’EWK / Erich Wolfgang Korngold, compositeur prĂ©coce, surdouĂ©, capable de jouer avec les rĂ©fĂ©rences d’une culture et d’une mĂ©moire musicale hors normes. Le Quatuor N°2 (1933) Ă©crit au cƓur des annĂ©es folles, juste avant l’exil Ă  Hollywwod (oĂč il sera un auteur renommĂ©, recherchĂ©, inspirĂ© pour le cinĂ©ma), diffuse ce parfum Ă©clectique qui tend Ă  l’évanescence, entre hyperactivitĂ©, langueur, finale extatique. A l’époque oĂč Schoenberg façonne et perfectionne son sĂ©rialisme Ă  12 tons, le classique nĂ©o mozartien Korngold dĂ©montre a conrario la permanence et l’acuitĂ© des vertus tonales. Le 2Ăš mouvement »Intermezzo / Allegretto » rĂ©active et l’humour de Haydn et la nonchalance Ă©clairĂ©e de R Strauss, puis l’ample Larghetto / Lento creuse dans une gravitĂ© nocturne d’une infinie mĂ©lancolie, ce retour aux anciens ; quand la Valse du IV, rend hommage aux clans Strauss, les frĂšres Johann, Josef, Eduard.

ComposĂ© au sortir de la guerre (1945), le N°3 dĂ©ploie une tension inĂ©dite, une inquiĂ©tude viscĂ©rale qui recueillent l’expĂ©rience tragique, le dĂ©chirement de l’émigration, la dĂ©pression qui atteint Korngold au milieu des annĂ©es 1940. NĂ© en 1897, il est presque quinquagĂ©naire et incarne une toute autre vĂ©ritĂ©. Les instrumentistes du Quatuor Alma en exprime la lassitude Ă©cƓurĂ©e, les spasmes d’une noirceur active, approche d’autant plus juste que Korngold avoue l’avoir Ă©crit « pour lui-mĂȘme », partition miroir comme un autoportrait intime et direct. C’est le surgissement d’une maturitĂ© obligĂ©e, prĂ©cipitĂ©e comme contrainte, intensifiĂ©e encore par la maladie puis la mort de son pĂšre (qui comme chez Mozart est une figure essentielle Ă  sa vie).
CLIC_macaron_2014La fusion des Alma, leur Ă©coute intĂ©rieure, la quĂȘte d’une sonoritĂ© qui semble surgir de l’au-delĂ  et d’un passĂ© perdu, inapprĂ©ciable (« Sostenuto » aux phrases magnifiquement Ă©tirĂ©es chantantes), enrichissent la lecture d’une Ă©tonnante clairvoyance sur la sensibilitĂ© trĂšs juste de Korngold. Les 2 Quatuors fonctionnent ainsi comme un diptyque complĂ©mentaire, les deux faces d’une vie, celle d’une gĂ©nie musical marquĂ© par la guerre et la barbarie, enthousiaste et dĂ©primĂ©. Profondeur et tendresse, ombre et lumiĂšre. Et aussi vitalitĂ© mordante plus ambivalente (superbe cadence syncopĂ©e du dernier mouvement : Finale / Allegro aux saillies abruptes, Ă©nigmatiques). La prise de son remarquablement rĂ©alisĂ©e pour le studio en mars 2021 est magistrale. Comme l’interprĂ©tation. CLIC de CLASSIQUENEWS.

_____________________________________________
CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records – enregistrĂ© en mars 2021, Haarlem, Pays-Bas). PLUS d’INFOS sur le site du label Challenge records :
https://www.challengerecords.com/products/16288479592327

CRITIQUE, cd événement. GASPARD DEHAENE : CHOPIN, « A la mazur » (1 cd 1001 Notes)

dehaene-gaspard-cd-piano-chopin-critique-cd-concert-classiquenewsCRITIQUE, cd Ă©vĂ©nement. GASPARD DEHAENE : CHOPIN, « Á la mazur » (1 cd 1001 Notes) – Entre ombre et lumiĂšre, sur l’aile de phrasĂ©s pudiquement expressifs, Gaspard Dehaene livre son Chopin, Ă  l’énoncĂ© sobre et clair, d’une vivacitĂ© immĂ©diatement touchante. Ce qu’apporte le pianiste, c’est une comprĂ©hension naturelle et libre de l’élĂ©gance passionnĂ©e du grand exilĂ©, de sa pudeur secrĂšte, de ses miroirs crĂ©pusculaires (Nocturne en do diĂšse mineur), de ses soupirs suspendus tels qu’ils se dĂ©ploient avec toute la noblesse de l’intimitĂ© prĂ©servĂ©e dĂšs la Ballade premiĂšre (opus 52 n°4), celle qui a dĂ©cidĂ© le tennisman Dehaene Ă  se dĂ©dier dĂ©sormais au piano. La piĂšce saisit par son ampleur enivrĂ©e, sobrement dĂ©ployĂ©e tel le manifeste personnel d’une passion indĂ©fectible pour la musique.

 

 

 

Mazurkas mystérieuses

Quand Gaspard Dehaene exprime l’ineffable poĂ©sie de Chopin

entre hypnose et danse

 

 

 

On retrouve cette retenue chantante, bellinienne, dĂ©licatement articulĂ©e dans les Mazurkas qui sont les chapitres d’un journal intime, dont le pianiste fait des miniatures vivantes inscrites dans la pudeur, conçues comme autant de questions qui convoquent et interrogent l’ñme ; Gaspard Dehaene, fabuleusement onirique (la N°3 de l’opus 24, PrĂ©lude en la majeur
) souligne combien l’écriture de Chopin rĂ©ussit Ă  faire de la danse Ă  3 temps originaire de Mazurie, l’expression d’un temps suspendu, heureux, un baume effaçant toute blessure ; cristallisation et jubilation d’un temps sublimĂ© (N°4 du mĂȘme opus 24 ; N°1 de l’opus 30).

Chaque Mazurka Ă©grĂšne son ineffable insouciance et ses multiples vies intĂ©rieures dĂ©ployĂ©es en perspectives bienheureuses et mĂ©lancoliques, d’une verve parfois vertigineuse (N°4 de l’opus 30).

Quel contrastes avec la Grande Polonaise au panache enflammĂ©, d’une majestĂ© furieusement assumĂ©e ; sans omettre le grand souffle rayonnant de la Barcarolle opus 60, au rubato superbement architecturĂ© qui exprime la jubilation scintillante d’un bonheur direct, Ă©panoui, que le pianiste restitue dans sa respiration Ă©perdue, sa grande finesse suggestive. La Barcarolle vogue son destin de rĂȘve, tant le jeu exprime une intelligence retenue, mesurĂ©e, Ă©toilĂ©e.

L’eau de la Berceuse opus 57 captive par sa danse hypnotique et une digitalitĂ© enchantĂ©e, avant que les 3 Mazurkas de l’opus 63, plus crĂ©pitantes encore que les prĂ©cĂ©dentes, et subtilement narratives, n’affirment le mĂȘme naturel expressif : un brio sans clinquant, une sincĂ©ritĂ© qui rayonne tout autant, entre inquiĂ©tude et jubilation intĂ©rieure.

CLIC_macaron_2014ÉpurĂ©e, sans attache, la Valse « L’Adieu » qui conclut le programme dĂ©ploie ses arabesques filigranĂ©es en guise de rĂ©vĂ©rence (sujet d’un clip vidĂ©o tout autant poĂ©tique, ci dessous). Gaspard Dehaene renoue ici avec la rĂ©ussite de son prĂ©cĂ©dent cd dĂ©diĂ© Ă  Schubert (« Vers l’Ailleurs », lequel Ă©tait dĂ©jĂ  tout un programme). Superbe cheminement.

 

 

 

_________________________

CRITIQUE, cd. GASPARD DEHAENE : CHOPIN, « Á la mazur » (1 cd 1001 Notes) – EnregistrĂ© Ă  Villefavard nov 2020 – durĂ©e : 1h 09mn. Parution : le 28 janvier 2022. CLIC de CLASSIQUENEWS janvier 2022.

Á la Mazur
Frédéric Chopin (1810-1849)

Ballade No. 4 en fa mineur, opus 52

4 Mazurkas, Op. 24

Polonaise No. 5 en fa diĂšse mineur, Op. 44

Prélude en la majeur, Op. 28 No. 7

4 Mazurkas, Op. 30

Barcarolle en fa diĂšse majeur, Op. 60

Berceuse en ré bémol majeur, Op. 57

3 Mazurkas op. 63

Nocturne en ut diĂšse mineur, Op. posth.

Valse en la bémol majeur, Op. 69 No. 1

Gaspard Dehaene, piano

Un album du label 1001 Notes / Référence 1001 NOTES 16 :
Acheter l’album sur le site du label 1001 Notes :
https://festival1001notes.com/collection/projet/a-la-mazur

_______________________________________

 

 

 

CONCERT : Gaspard Dehaene joue les piÚces de son nouvel album « A la mazur » salle GAVEAU à PARIS, le 9 février 2022.

Lire notre présentation ici :

http://www.classiquenews.com/recital-de-gaspard-dehaene-piano-a-gaveau/

RĂ©servez vos places ici : https://festival1001notes.com/collection/projet/a-la-mazur

 

_________________________

 

 

 

VOIR LE CLIP VIDEO La Valse de l’ADIEU / Gaspard Dehaene joue FrĂ©dĂ©ric Chopin :
https://www.youtube.com/watch?v=ynpmWrFxBqs

 

En traversant un champs d’oliviers, tout en Ă©coutant Chopin, Gaspard Dehaene retrouve la joie de jouer au tennis. La musique hypnotique de Chopin questionne la passion du tennisman pour la musique
 En Ă©cho, comme un miroir, se rĂ©pondent le geste du sportif, la puissance canalisĂ©e du pianiste
 rĂ©unis sur le terrain de tennis. Communication secrĂšte et complĂ©mentaritĂ© fĂ©conde plutĂŽt que confrontation. L’un est double, et vice versa.

 

 

 

 

_________________________________________________

 

 

LIRE aussi la critique du cd SCHUBERT : Vers l’Ailleurs (fev 2019) par Gaspard Dehaene / CLIC de CLASSIQUENEWS :

Vers-lailleurs-Gaspard-Dehaene-Collection-1001-NotesCD, critique. VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE, piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier (1 cd Collection 1001 Notes – nov 2018). ITINERANCES POETIQUES
 Le pianiste Gaspard Dehaene confirme une sensibilitĂ© Ă  part ; riche de filiations intimes. C’est un geste explorateur, qui ose des passerelles enivrantes entre Schubert, Liszt et la piĂšce contemporaine de Rodolphe Bruneau-Boulmier. Ce 2Ăš cd est une belle rĂ©ussite. AprĂšs son premier (Fantaisie – Ă©galement Ă©ditĂ© par 1001 Notes), le pianiste français rĂ©cidive dans la poĂ©sie et l’originalitĂ©. Il aime prendre son temps ; un temps intĂ©rieur pour concevoir chaque programme ; pour mesurer aussi dans quelle mesure chaque piĂšce choisie signifie autant que les autres, dans une continuitĂ© qui fait sens. La cohĂ©rence poĂ©tique de ce second cd Ă©blouit immĂ©diatement par sa justesse, sa sobre profondeur et dans l’éloquence du clavier maĂźtrisĂ©, sa souple Ă©lĂ©gance. Les filiations inspirent son jeu allusif : la premiĂšre relie ainsi Schubert cĂ©lĂ©brĂ© par Liszt. La seconde engage le pianiste lui-CLIC_macaron_2014mĂȘme dans le sillon qui le mĂšne Ă  son grand pĂšre, Henri QueffĂ©lec, Ă©crivain de la mer, et figure inspirant ce cheminement entre terre et mer, « vers l’Ailleurs ». En somme, c’est le songe mobile de Schubert, – le wanderer / voyageur, dont l’errance est comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et superbement rĂ©investis, sous des doigts complices et fraternels.

 

 

 

_________________________________________________

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, concert du NOUVEL AN 2022. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2022. Wiener Philharmoniker, Daniel Barenboim : Strauss (Johann I, II, Josef, Eduard), Josef Hellmesberger fils…

new-year-concert-concert-nouvel-an-2022-daniel-Barenboim-wiener-philharmoniker-philhar-vienne-critique-annonce-classiquenewsCRITIQUE, concert. WIEN, VIENNE (Autriche), le 1er janvier 2022. CONCERT DU NOUVEL AN 2022 – Wiener Philharmoniker, Daniel Barenboim, direction  -  Sous les ors nĂ©oclassiques de la Salle dorĂ©e du Musikverein Ă  Vienne, et devant le public (aprĂšs son absence en 2021 en raison du confinement), les instrumentistes viennois retrouvent pour la 3Ăšme fois, le chef Daniel Barenboim, comme prĂ©cĂ©demment en 2009, 2014, et donc en ce jour inaugural de l’annĂ©e 2022… Au programme, les Wiener Philharmoniker dont les instrumentistes Ă©laborent la sĂ©lection des partitions jouĂ©es, un retour au fondamentaux de ce rituel de dĂ©but d’annĂ©e, que des Viennois pas de compositeurs europĂ©ens invitĂ©s comme ce fut le cas des Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes. Avec une rĂ©fĂ©rence au milieu de la presse du XIXĂšme Ă  l’époque des Strauss : « premiĂšres feuilles », « petites chroniques », 
 autant de citations propres aux medias d’alors que les Strauss Ă©voquent avec un entrain proche de la frĂ©nĂ©sie. A croire que dĂ©jĂ , l’actualitĂ© bouillonnante n’attendait pas l’analyse et le recul, mais le spectaculaire et le sensationnel.

Le dĂ©but Ă©voque la figure du PhĂ©nix, oiseau fantastique capable de renaĂźtre de ses cendres, beau symbole de rĂ©silience, plutĂŽt opportun dans le contexte de pression sanitaire actuel. L’Autriche quelques jours avant NoĂ«l a du se reconfiner


 

 

Le génie straussien : Johann II et Josef

 

 

Barenboim a jouĂ© avec les Viennois en tant que pianiste ; il les a en de nombreuses fois dirigĂ©s comme chef
 cette entente naturelle, et l’expĂ©rience partagĂ©e qui suscite la complicitĂ©, s’entendent immĂ©diatement dĂšs la premiĂšre Ɠuvre (Marche du Phoenix de Josef Strauss) ; avec un sens de l’architecture dramatique, du dĂ©tail dans l’équilibre des timbres qui soulignent combien les Strauss ont su ciseler la parure orchestrale de chacune de leurs valses.

strauss josef portrait classiquenewsLe Concert 2022 met l’accent sur l’écriture de Josef, aussi Ă©lĂ©gante et raffinĂ©e que celle de son frĂšre ainĂ©, Johann II. AprĂšs le dĂ©clin physique de ce dernier, Josef pourtant douĂ© comme ingĂ©nieur, dut prendre la direction de l’orchestre familial et diriger Ă  son tour les musiciens de tournĂ©e en tournĂ©e. C’est extĂ©nuĂ© et lui aussi usĂ©, qu’il meurt entre deux concerts en Pologne
 triste existence mais Ɠuvre incomparable. La Phönix-Marsch, op. 105 est une marche enchantĂ©e, pleine de joie pĂ©tillante, lever de rideau idĂ©al oĂč brillent flĂ»tes, cors, l’excitation aussi de la caisse claire – c’est une introduction courte, pleine d’astuces et de facĂ©tie propre Ă  l’inspiration d’un Josef qui n’a rien Ă  envier Ă  son ainé 

Ce dernier dans « Phönix-Schwingen » op. 125 – les ailes du PhĂ©nix Ă©crit une grande valse : poĂ©sie ciselĂ©e instrumentale, parcourue d’éclairs, en un flux dramatique qui invite immĂ©diatement la valse orchestrale et symphonique d’une noblesse irrĂ©sistible. Johann II exploite Ă  dessein les contrastes flĂ»tes / violoncelles ; tandis que spĂ©cifique, la disposition du « mur des contrebasses » en fond de scĂšne, s’impose par son agilitĂ© magicienne (encore une spĂ©cificitĂ© viennoise) ; on savoure le piccolo mordant et la noblesse des cors
 la verve du compositeur-narrateur chante la fĂ©erie de cette matiĂšre orchestrale conçue comme un formidable livre de contes et lĂ©gendes ; Strauss enchante littĂ©ralement par l’intelligence de l’orchestration (scintillement du triangle et du piccolo, ajouts de la harpe et de la traversiĂšre) ; on remarque beaucoup de nouveaux visages dans les rangs du philharmonique, et toujours prĂ©servĂ© cette Ă©lĂ©gance et cette finesse de la sonoritĂ©, y compris dans les tutti, jamais Ă©pais.

La SirĂšne (Polka mazur opus 248) de Josef, montre combien l’ingĂ©nieur, Ă©tait douĂ© pour les polkas mazurkas (lentes) : cor nobles et majestueux, mĂ©lodies tziganes Ă©thĂ©rĂ©es et Ă©vanescentes ; nostalgie d’une dĂ©licatesse ciselĂ©e (harpe omniprĂ©sente), recherche de texture, de sensualitĂ© graduelle vers le tutti final des plus magiciens
 rien Ă  dire Ă  cette maĂźtrise qui Ă©gale celle de son frĂšre ainĂ©, Johann II. Barenboim a bien raison de mettre ainsi l’accent sur le talent de Josef.

Le programme Ă©voque l’activitĂ© de la presse de l’époque. C’est d’abord « Kleiner Anzeiger », Galop op. 4 (petites annonces) de Josef Hellmesberger (fils), premiĂšres rĂ©fĂ©rences Ă  la presse, galopante partition d’une frĂ©nĂ©sie 
 mĂ©diatique ; puis « Feuilles du matin » / MorgenblĂ€tter op. 279 de Johann Strauß II est une valse dĂ©veloppĂ©e qui Ă©voque les journaux partenaires du fameux bal Concordia (1864) organisĂ© par les journalistes : valse classique, ample et poĂ©tique, d’un raffinement emblĂ©matique du clan des frĂšres Strauss (triangle cristallin du matin, nostalgie et fanfaronnade du le tuba trĂšs en verve
). Enfin, pour conclure cette premiĂšre partie, « Petite Chronique » / Kleine Chronik opus 128 d’Eduard Strauß dĂ©roule sur un train d’enfer, une polka rapide et enjouĂ©e qui touche autant par sa motricitĂ© Ă©lectrisĂ©e que par la poĂ©sie des options instrumentales.

barenboim-daniel-maestro-classiquenews-compte-rendu-critique-concertsAprĂšs la pause (le temps du journal de la mi journĂ©e sur France 2), reprise avec plusieurs pĂ©pites dont la sĂ©duction va crescendo. Pianiste mozartien, mais aussi chef lyrique familier du dramatisme et de la suggestion, Daniel Barenboim dirige d’abord l’ouverture de La Chauve souris / « Die Fledermaus », sommet de l’élĂ©gance viennoise pour les planches, qui rĂ©vĂšle toute la science gĂ©niale de Johann Strauss II. Se distinguent surtout la frĂ©nĂ©sie et la nervositĂ© claire et dĂ©taillĂ©e d’une direction pleine de vivacitĂ©, plutĂŽt enjouĂ©e qui exprime l’esprit de fĂȘte et la pĂ©tillance d’un sublime lever de rideau. La direction est affĂ»tĂ©e, vive, surtout Ă©conome dans sa gestuelle millimĂ©trĂ©e. L’unisson souple et aĂ©rien des cordes frĂ©tille comme l’ébullition avant le saut du champagne ; c’est d’ailleurs toute l’énergie des bulles que fait surgir avec Ă  propos maestro Barenboim. Ainsi la polka qui suit « Champagner-Polka. Musikalischer Scherz », op. 211 du mĂȘme Johann II, fait directement rĂ©fĂ©rence Ă  l’hyperactivitĂ© des bulles. Ainsi en plus de son Ă©lĂ©gance et de son raffinement, la lĂ©gĂšretĂ© liquide est une autre vertu des Wiener Philharmoniker.

Puis aprĂšs une valse enjouĂ©e pareillement de Carl Michael Zieren, « NachtschwĂ€rmer. Walzer », op. 466, au bel aplomb militaire, Ă  l’élĂ©gance instrumentale toute 
 « impĂ©riale » (et qui cĂ©lĂšbre aussi l’ivresse hĂ©doniste des oiseaux de nuits ou fĂȘtards en diable), le programme aborde l’autre thĂ©matique phare de cette annĂ©e, l’orient ou plutĂŽt l’orientalisme, celui rĂȘvĂ©, fantasmĂ© par les compositeurs fin de siĂšcle comme GĂ©rĂŽme entre autres.

STRAUSS johann II portrait 2 Johann_Strauss_Jr._1880'sL’orient, aprĂšs la marche turc de Mozart
 et son opĂ©ra L’EnlĂšvement au sĂ©rail, inspire nos Viennois. De Johann Strauss II, la « Persischer Marsch », op. 289 (Marche persane) libĂšre le potentiel expressif et nuancĂ© des instruments, trĂšs en verve sur le thĂšme oriental : flĂ»tes et piccolos endiablĂ©s, cuivres racĂ©s, frĂ©nĂ©sie qui a du chien et du style sur le rythme enjouĂ© pointĂ© par la caisse claire. Puis du mĂȘme Johann Strauss fils, « Tausend und eine Nacht » / valse / walzer, op. 346, permet aux instruments rois, chacun finement caractĂ©risĂ©s de faire valoir leur personnalitĂ© : solo nostalgique du violoncelle ; chef et orchestre se font danseurs dans une musique de fĂȘte, littĂ©ralement magicienne ; leur rĂ©pond la chorĂ©graphie du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne dans une sĂ©quence dĂ©sormais incontournable filmĂ©e au soleil dans le parc de Schönbrunn, ce Versailles viennois
 Barenboim articule, chante ce rĂȘve Ă©veillĂ© qui rappelle l’énergie printaniĂšre de la valse du printemps que Karajan savait faire jubiler (mais sans la voix de Kathleen Battle) ; lĂ  encore, on note la splendide caractĂ©risation par l’orchestre.

TrĂšs bien conçu, le programme de cette seconde partie enchaĂźne deux rĂ©vĂ©lations, orchestralement passionnantes, de deux compositeurs mĂ©connus, mais dont l’orchestration n’a rien Ă  envier de leurs confrĂšres plus cĂ©lĂšbres. D’abord, le dernier du clan Strauss, Eduard et sa « Gruß an Prag » / hommage Ă  Prague : Polka française, op. 144 pleine de saveur, dĂ©licatesse, Ă©lĂ©gance et aussi de facĂ©tie (flĂ»te traversiĂšre et piccolo, formant un gazouillis magistral) ; la direction de Barenboim est Ă©conome et trĂšs aĂ©rĂ©e, lĂ©gĂšre, prĂ©cise qui ne rate jamais ses ralentis amoureux ni les attaques prĂ©cises ni la tendresse des reprises. Les instrumentistes quant Ă  eux, outre le sujet, rendent un bel hommage Ă  Eduard, le cadet (trop) oubliĂ© de la fratrie Strauss, mort en 1916 aprĂšs avoir tentĂ© de poursuivre l’orchestre familial aprĂšs la mort de ses ainĂ©s 


 

 

Raffinement oriental selon Josef Hellmesberger II

 

 

Le clou de cette partie demeure « HeinzelmĂ€nnchen » / Les elfes de Josef Hellmesberger fils, Ă©tonnante premiĂšre fois dans un concert du Nouvel An, alors que le compositeur nĂ© en 1855 mort en 1907, rejeton d’un clan de musiciens, devint le chef du Philharmonique de Vienne de 1901 Ă  1903 ! Il Ă©tait temps de le rĂ©estimer d’autant que cette danse de caractĂšre diffuse un charme orientalisant enivrant ; plein d’humour et de panache, entre facĂ©tie et grotesque ; le chef dirige Ă  peine, tant l’écoute mutuelle, le plaisir collectif, la complicitĂ© et l’entente des instrumentistes rayonnent dans cette piĂšce cinĂ©matographique qui ferait un excellent Ă©pisode musical pour Agatha Christie ; fidĂšle hĂ©ritier de la tradition Strauss, Hellmesberger fils rĂ©alise ainsi un formidable condensĂ© des meilleurs Strauss, Johann II et Josef. Aux accents pucciniens aussi, colorĂ©e de fanfares dansantes qui cite l’extrĂȘme fin de siĂšcle. A mettre entre toutes les mains de 2022 pour vivre une Ă©ternelle vie optimiste et solaire.

Comme un hommage spĂ©cifique, Barenboim et les Viennois choisissent de terminer le programme 2022 par 2 partitions (sublimes) du frĂšre de Johann II, Josef, qui dut abandonner sa carriĂšre d’ingĂ©nieur pour reprendre la direction de l’orchestre familial, sacrifice et implication de « PĂ©pi », mort d’épuisement en 1870 aprĂšs une tournĂ©e extĂ©nuante en Pologne. Josef aussi raffinĂ© et inspirĂ© que Johann, la dĂ©monstration est faite si l’on en doutait encore. C’est d’abord la suprĂȘme Ă©lĂ©gance de « Nymphen-Polka », op. 50, un instant suspendu oĂč les musiciens s’accordent aux chevaux du ballet Ă©questre des Ă©talons blancs, sĂ©quence mĂ©morable de (trĂšs) haute technicitĂ© qui accorde animaux et hommes. La grĂące Ă  l’état pur. Puis, la valse « SphĂ€renklĂ€nge » walzer, op. 235 / Musique des SphĂšres, montre combien Josef maĂźtrise le genre : sublime Ă©veil Ă  la voluptĂ© – aux cordes seules
 dont le chant d’une pudeur Ă©thĂ©rĂ©e sous la rĂ©serve du chef connaisseur et presque malicieux (dĂ©licatesse des fins de phrases, avec flĂ»tes en gazouillis) ; la verve facĂ©tieuse de Josef signe lĂ  l’une de ses meilleures pages.

Puis, « Ă  la chasse » ( lancĂ© par un claquement prodigieux) de Johann Strauss II galope comme un cheval fougueux mais contrĂŽlĂ© ; l’orchestre jubile sur une foulĂ©e sidĂ©rante de souplesse et d’éloquence, en une Ă©nergie dansante, domestiquĂ©e ; la sonoritĂ© brillante et raffinĂ©e est d’une folle Ă©lĂ©gance, au faux dĂ©bridĂ©, d’une trĂšs savante libertĂ© fantaisiste.

Daniel Barenboim sublime ElgarRespectueux de la tradition et d’un rituel Ă  prĂ©sent bien rĂŽdĂ© avec le public, enfin de retour dans la salle dorĂ©e, le Beau Danube Bleu amorcĂ© puis interrompu comme il se doit, permet la proclamation des voeux de nouvel an. Maestro engagĂ©, Daniel Barenboim nous rappelle dans un court discours combien l’image d’un orchestre enchanteur peut inspirer encore et toujours: « 
 c’est la 3Ăš fois pour moi que je dirige l’Orchestre ; les musiciens forment une communautĂ© unique, exemplaire ; la crise sanitaire que nous vivons est une catastrophe humaine car elle met la distance entre chacun de nous ; ici nous formons une assemblĂ©e de frĂšres rĂ©unis : bel exemple d’une humanitĂ© fraternelle, resserrĂ©e, formant communautĂ© ; la musique permet de rapprocher les cultures et de rĂ©concilier les peuples ; ce concert souhaite ĂȘtre un hymne pour la paix universelle », prĂ©cise Daniel Barenboim. « Mais c’est une utopie difficile Ă  penser quand on constate la dissonance des Ă©tats Ă  trouver une solution commune face Ă  l’urgence climatique », ajoute le maestro trĂšs pertinent.

Le chef enchaĂźne ensuite l’intĂ©grale du Beau Danube Bleu dont l’élĂ©gance approche le sublime, entre onirisme et vĂ©ritĂ© (profondeur viscĂ©rale des cordes, et chant des violoncelles dĂ©chirant). La piĂšce initialement composĂ© pour voix d’hommes, dĂ©voile toujours Ă  l’orchestre son fort pouvoir attractif, c’est l’une des plus magiciennes qui soit. CD, DVD, Blu ray sont annoncĂ©s d’ici la fin janvier 2022, Ă©ditĂ©s par Sony classical. Prochaines critiques Ă  suivre dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

 

—————————————————————————-

CRITIQUE, concert du NOUVEL AN 2022. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2022. Wiener Philharmoniker, Daniel Barenboim : Strauss (Johann I, II, Josef, Eduard), Josef Hellmesberger fils…

 

 

barenboim-daniel-wiener-philharmoniker-nouvel-an-concert-critique-classiquenews

 

 

 

CD Ă©vĂ©nement critique. SCHUBERT : Sonate D664 – Impromptus D 935. Ferenc Vizi, piano (1 cd PARATY).

schubert-ferenc-vizi-3 CLIC de CLASSIQUENEWS critique cd review piano SCHUBERTCD Ă©vĂ©nement critique. SCHUBERT : Sonate D664 – Impromptus D 935. Ferenc Vizi, piano (1 cd PARATY). Ferenc Vizi sait chanter et danser son Schubert avec un Ă©vidente fluiditĂ© bienheureuse, dĂšs le premier mouvement de la Sonate D 664 opus posthume 120, Ă  la fois insouciant et grave, prĂ©sent et mĂ©lancolique. Le balancement entre les deux caractĂšres se rĂ©alise grĂące Ă  un rubato naturel qui sait ĂȘtre puissant, voire Ăąpre mais aussi d’une tendresse enchantĂ©e. Ces 11 mn premiĂšres, primitives installent un monde viscĂ©ralement onirique, trĂšs juste. L’Andante qui suit est pure interrogation suspendue, inscrite dans l’évocation d’un rĂȘve presque conscient qui peut n’avoir jamais existĂ© mais qui persiste dans la matiĂšre mĂȘme du clavier interrogatif. Le toucher naturel, mesurĂ©, sobre du pianiste captive tout autant. L’allegro fait couler une eau claire, vive, nettoyĂ©e de toute connotation (et de tout effet de manche comme de maniĂ©risme stylistique), soit une valse jouĂ©e « droite », « objective », d’une intensitĂ© lumineuse qui roule, coule et murmure, en son irrĂ©sistible candeur chorĂ©graphique.

 

 

 

Du ruisseau et de l’abüme schubertiens

Ferenz VIZI révÚle un Schubert incandescent, fulgurant

 

 

 

CLIC_macaron_2014Les 4 Impromptus D935 saisissent autant par leur naturel expressif sans aucun effet outrancier ; le clavier de Ferenc Vizi reste simple et clair, d’une articulation naturelle, rayonnant par cette sobriĂ©tĂ©, Ă  la fois puissante et heureuse ; plus dramatique, l’alternance des Ă©pisodes enivrĂ©s, langoureux, et ceux plus inquiets, se rĂ©alise en un flux continu jamais heurtĂ©, d’une intonation fluide (N°1). Il fait jaillir la gravitĂ© Ă  peine douloureuse et sur un tempo rĂ©solument allegretto, lĂ©gitime, la mĂ©lancolie filigranĂ©e du N°2. Le chant enchantĂ© du N°3 « Rosamunde Andante » diffuse un rĂȘve d’une idĂ©ale insouciance oĂč les qualitĂ©s d’articulation, et la digitalitĂ© aĂ©rienne du pianiste dĂ©ploient leurs arguments enivrĂ©s. Le tact et l’intelligence de l’interprĂšte, suggestif et tendre, se rĂ©vĂšlent particuliĂšrement dans les reprises de l’Impromptu aussi long que le N°1 (soit plus de 11mn) : les variations sont jouĂ©es avec un gĂ©nie Ă©vident de la caractĂ©risation, y compris dans le versant plus grave du cycle. Dans sa quĂȘte de rĂ©conciliation, par son sens du mystĂšre, ce cheminement entre ombre et lumiĂšre, foudroie. Enfin le N°4, conclusif, convainc par son tempo vif, prĂ©cis ; le toucher tendre et mesurĂ© qui fait surgir le chant intĂ©rieur du « ruisseau schubertien », enchĂąssĂ© dans un scherzo Ă  l’indomptable Ă©nergie, Ă  la fougue qui foudroie et exalte permet un rapprochement avec
 Mozart (Symphonie en sol n°40), qui s’élĂšve et danse, avant de sombrer, net dans l’abĂźme. Magistrale conception de l’interprĂšte. CLIC de CLASSIQUENEWS de ce dĂ©but 2022.

 

 

 

———————————————————————

CD Ă©vĂ©nement critique. SCHUBERT : Sonate D664 – Impromptus D 935. Ferenc Vizi, piano (1 cd PARATY). EnregistrĂ© Salle Colonne Ă  Paris, mai 2020. CLIC de CLASSIQUENEWS janvier 2022.