BEETHOVEN 2020, volet 3 : Ludwig Ă©pique (1802 – 1812)

beethovenBEETHOVEN 2020, volet 3 : Ludwig Ă©pique (1802 – 1812)HEILINGENSTATD, 1802 : une nouvelle naissance. FinancĂ© par l’aristocratie viennoise, Beethoven croit un moment qu’il peut prĂ©tendre rejoindre la classe supĂ©rieure ; nenni, musicien, il reste un ĂȘtre infĂ©rieur car il n’est pas noble. BientĂŽt en 1806, le prince Lichnowski qui le dotait d’une rente confortable lui enjoint de jouer pour ses invitĂ©s selon son plaisir : Beethoven se rebiffe ; il n’est pas un serviteur : fiĂšrement, aprĂšs qu’il ait Ă©tĂ© congĂ©diĂ© par son protecteur, le compositeur Ă©crit : « des nobles il y aura toujours ; mais il n’y aura jamais qu’un seul Beethoven ». Le voilĂ  comme Mozart quittant Salzbourg, en artiste crĂ©ateur misĂ©rable mais libre.

 

 

 

 

volet 3 : dossier Beethoven 2020
Le BEETHOVEN ACCOMPLI : un souffle Ă©pique (1802 – 1812)
L’aprùs Heiligenstatd

 

 

Ludwig-Van-BeethovenLe sourd qui doute profondĂ©ment du sens de son Ɠuvre, part Ă  Heiligenstatd au printemps 1802 ; il n’entend plus : pour lui, concerts et carriĂšre de concertiste comme de pĂ©dagogue sont arrĂȘtĂ©s nets, impossibles. Suicidaire, il songe Ă  rompre le fil de sa vie (septembre). Acte de confession et examen de conscience sĂ©rieux, l’épisode lui permet d’analyser sa situation et de redĂ©finir dĂ©sormais ce Ă  quoi il doit prĂ©tendre : affirmer sa voix singuliĂšre, visionnaire, prophĂ©tique, mais vivre en banni ; isolĂ©, solitaire du fait de sa surditĂ© ; accepter d’aimer, et souvent de n’ĂȘtre pas aimĂ© en retour. Le coeur ardent revendique sa tendresse de fond, sa gĂ©nĂ©rositĂ© ; Beethoven demeure incompris, souvent rĂ©duit Ă  des sauts d’humeur
 pourtant dans l’affaire oĂč il tend Ă  prendre la tutelle de son neveu, le compositeur se montre soucieux de l’autre, protecteur, et d’une loyautĂ© constante. Dans cette perspective existentielle noire, l’art le sauve ; elle lui impose une Ă©thique personnelle, un idĂ©al hors normes. La composition devient une mission morale qui doit Ă©clairer la sociĂ©tĂ© pour rĂ©ussir Ă  rendre l’humanitĂ© plus Ă©voluĂ©e. Le musicien est ce guide messianique et prophĂ©tique qui Ɠuvre Ă  la sublimation du genre humain. Plus tard, Wagner prolonge cette vision de l’artiste-prophĂšte. Pour l’heure, Beethoven Ă  peine trentenaire, couche sur le papier les piliers moraux de sa prise de conscience.

RenforcĂ©, raffermi dans sa vocation reformulĂ©e, le Beethoven bien que sourd et isolĂ©, est Ă  32 ans, une nouvel ĂȘtre ; plus fougueux et radical que jamais : la Symphonie n°3 Heroica / HĂ©roĂŻque (opus 55) suit directement la rĂ©daction du Testament d’Heiligenstatd. L’ampleur du projet qu’il s’est fixĂ©, se lit dĂ©sormais dans l’architecture mĂȘme de chaque symphonie ; une construction inĂ©dite dans laquelle Beethoven Ă©difie son projet pour l’humanitĂ©. Beethoven Ă©difie, construit ; mais il produit aussi un son nouveau, inspirĂ© certes de Mozart et de Haydn, mais surtout des compositeurs français de la RĂ©volution (MĂ©hul). Les vents, les cuivres gagnent un relief particulier : signe que Ludwig connaissait Ă©troitement l’écriture des symphonistes français, grĂące entre autres Ă  Kreutzer, prĂ©sent Ă  Vienne. Au caractĂšre militaire de son inspiration, Beethoven affirme aussi un souffle nouveau Ă  la fois Ă©pique et poĂ©tique.

Alors inspirĂ© par l’idĂŽle Bonaparte, ce libĂ©rateur attendu par toute l’Europe, Beethoven achĂšve mi 1804, sa symphonie Bonaparte (HĂ©roĂŻque), hymne au monde nouveau Ă  construire, vĂ©ritable manifeste d’une humanitĂ© libĂ©rĂ©e, sublimĂ©e, accomplie. A partir de l’Eroica, Beethoven affirme sa propre voix, celle du chantre de la modernitĂ©, le prophĂšte qui offre Ă  entendre la musique du futur. Son but est d’emporter avec lui, le peuple des hommes vers ce monde meilleur, harmonique qui n’existe pas encore. Leonore ou Fidelio, aprĂšs 3 ouvertures diffĂ©rentes et deux versions est son seul opĂ©ra, achevĂ©e en 1805 / 1806, dĂ©montre l’avenir radieux d’une humanitĂ© conduite par l’amour, la fidĂ©litĂ© et la libertĂ© contre toutes les tyrannies ; surtout sa 5Ăš symphonie (et des 4 premiers coups du destin), et son double simultanĂ©, la 6Ăš « Pastorale » indique les vertus de l’homme qui combat pour son Ă©mancipation et qui sait se fondre dans l’unitĂ© prĂ©servĂ© de la Nature. Amour, libertĂ©, Nature : voilĂ  la trilogie beethovĂ©nienne, qu’il ne cesse de commenter, analyser, expliciter Ă  travers tout son Ɠuvre. Et jusqu’à sa mort le 26 mars 1827 Ă  56 ans.

De cette premiĂšre pĂ©riode de grande luciditĂ© et maturitĂ© hĂ©roĂŻque donc, datent les Ɠuvres maĂźtresses telles les Sonates Waldstein, Appassionnata ; les 3 Quatuors Razoumowski, le Quatuor n°10
 sans omettre la Fantaisie pour piano, choeur et orchestre de 1808 ni le Concerto Empereur de 1809. Son travail est encouragĂ© par le soutien des princes viennois : l’Archiduc Rodolphe (son Ă©lĂšve), Lobkowitz et Kinsky qui payent une rente annuelle (mars 1809) sans rien lui demander sauf qu’il reste Ă  Vienne (Beethoven avait fait savoir qu’il deviendrait le kapelmeister de JĂ©rĂŽme Bonaparte, souverain de Westphalie).
Au travail du bĂątisseur de cathĂ©drales symphoniques et concertantes rĂ©pond aussi une vie personnelle aussi passionnĂ©e que frustrante : Beethoven par son origine modeste n’étant jamais aimĂ© comme il le souhaite en retour. Avait-il raison de rechercher coĂ»te que coĂ»te sa bien aimĂ©e parmi les jeunes femmes de l’aristocratie viennoise ? DĂ©raisonnable ambition qui se paye au prix fort, entre dĂ©sillusions Ă  rĂ©pĂ©tition et amertume croissante.

Mai 1809, les soldats de NapolĂ©on occupent Vienne ; Beethoven perd des protecteurs qui ont tous fui la capitale impĂ©riale. Les bombardements le font atrocement souffrir. AprĂšs la victoire française de Wagram, Kinsky meurt ; Lobkowitz est ruinĂ© ; seul l’Archiduc Rodolphe survit mais aura du mal Ă  payer rĂ©guliĂšrement le reste d’une rente atrophiĂ©e.

brunvik brunswik josephine beethoven la fiancee de beethoven immortelle bien aimee classiquenews dossier Beethoven 2020Les Immortelles bien-aimĂ©es
 Parmi les aimĂ©es de Ludwig, JosĂ©phine von Brunswick (portrait ci contre Ă  gauche), jeune veuve de 24 ans Ă  peine
 qui l’aime mais renonce finalement au compositeur certes douĂ© mais qui n’est que 
roturier. L’intĂ©rĂȘt et le confort, avant l’amour et l’attraction des cƓurs. Puis paraĂźt Bettina Brentano (portrait ci dessous) Ă  partir de mai 1810 : malgrĂ© un visage marquĂ© par la petite vĂ©role, « laid » en vĂ©rité », Bettina trouve la face de Ludwig admirable et noble grĂące Ă  son front sculptural ; sa naĂŻvetĂ© d’enfant ; sa grĂące de seigneur. Intimement Ă©pris, Beethoven lui adresse des confessions profondes : « je suis le Bacchus qui vendange le vin dont s’enivre l’humanité ». Sous l’aile de cette rencontre qui semble bĂ©nie des dieux, le compositeur enivrĂ© compose la Sonate Lebewohl (Adieu), le Quatuor n°11 (dit « Quartetto serioso » par l’auteur lui-mĂȘme), le Trio L’Archiduc de 1811 (dĂ©diĂ© Ă  Rodolphe, son protecteur le plus fidĂšle et le plus fiable). Bettina connaĂźt Goethe avant Beethoven : elle fait se rencontrer les deux esprits en juillet 1812 ; Ludwig admire l’écrivain dont il a composĂ© la musique d’Egmont. Mais les deux tempĂ©raments ne se comprennent pas vĂ©ritablement ; Goethe trouve Beethoven, Ă©nergique, concentrĂ© mais radical, « dĂ©chainé » et impossible voire insupportable ; et Beethoven qui aurait rĂȘvĂ© de mettre en musique son Faust, trouve l’homme de lettres, trop obsĂ©quieux et courtisan. Un « vendu » nous rions nous aujourd’hui. Radical, extrĂȘmiste, Beethoven ? C’est que sa fureur dans sa grandeur est au diapason de son amour fraternel et de sa bontĂ©. VoilĂ  qui a Ă©chappĂ© Ă  Goethe qui malgrĂ© les envois multiples de Ludwig, restera totalement hermĂ©tique et 
 sourd.

brentano bettina aimee de beethoven portrait dossier beethoven 2020 classiquenewsEn juillet 1812, la correspondance de Beethoven laisse entendre qu’il a enfin rencontrĂ© celle qu’il attendait ; qu’il aime et qui l’aime en retour : « l’immortelle bien aimĂ©e » Ă©crit-il. Peut-ĂȘtre s’agit-il encore de JosĂ©phine von Brusnwick dont la fille Minona serait de Ludwig
 Dans l’exaltation de ce transport phĂ©nomĂ©nal, le compositeur Ă©crit les Symphonies 7 et 8, envisage mĂȘme, dĂ©jĂ , une 9Ăš, qui fermerait le triptyque. Mais en dĂ©cembre 1812, tout s’écroule, et ses rĂȘves d’une liaison installĂ©e s’écroulent dĂ©finitivement. Pour lui, la solitude d’un hĂ©ros incompris. Il faudra dĂ©sormais 6 annĂ©es pour se reconstruire et rĂ©aliser ce sommet de l’entendement humain, cime fraternelle surtout, la 9Ăš et son ode Ă  la joie, de Schiller et non de Goethe.

 

 

 

 

volet 4 : dossier Beethoven 2020
L’homme qui aimait les hommes qui le dĂ©testait
la crise (1813 – 1815)

SCEAUX. Muza Rubackyté, piano à la Schubertiade

SCEAUX, HDV. Samedi 16 novembre 2019. Muza RubackytĂ©, piano … « Les deux Franz ». Enfant prodige, virtuose internationale, personnalitĂ© engagĂ©e rĂ©compensĂ©e par les plus hautes distinctions dans son pays, directrice artistique du Festival de Vilnius, la pianiste lituanienne MUZA RUBACKYTÉ voue une passion manifeste, communicative au piano mystique lyrique du grand Franz Liszt : soit « Les deux Franz ». La pianiste propose Ă  Sceaux, un programme original rĂ©unissant Schubert et Liszt. Ce dernier consacra plus de la moitiĂ© de ses Ɠuvres Ă  des adaptations ou paraphrases d’autres compositeurs qu’il admirait et notamment la transcription de quelque cinquante-huit lieder du compositeur viennois : une immersion schubertienne, revisitĂ©e par l’impĂ©tuositĂ© de Liszt.

 

 

 

MURZA RUBAKYTE piano concert classiquenews sceaux schubert liszt

 

 

 

Schubert : Impromptu op.90 N°3 ;
Schubert/Liszt :
Soirées de Vienne Valse Caprice N°6, sept Lieder;
Liszt : PremiÚre année de PÚlerinage (Suisse).

 

SCEAUX, La Schubertiade de Sceaux
SAMEDI 16 NOVEMBRE 2019, 17h
HĂŽtel de Ville

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.schubertiadesceaux.fr/billetterie/

 

 

CD, événement, premiÚres impressions. FARINELLI : CECILIA BARTOLI (1 cd DECCA)

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critiqueCD, Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions. FARINELLI : CECILIA BARTOLI (1 cd DECCA). AnnoncĂ© dĂ©but novembre 2019, c’est le cd de tous les dĂ©fis pour la mezzo italienne qui s’affiche en double de Conchita Wurst, ou du Christ barbu 
 accusant le travestissement que suppose son emploi comme ses nouveaux « exploits » : retrouver la couleur vocale des castrats du XVIIIĂš, ces chanteurs castrĂ©s Ă  Naples dont les effets de gorges ont Ă©bloui les opĂ©ras baroques signĂ©s Porpora, Broschi, Haendel et autres
 Sur les traces du castrat Carlo Broschi dit Farinelli (1705 – 1782), la diva Bartoli met l’accent sur la virtuositĂ©, le timbre spĂ©cifique – ambivalent et droit-, la facultĂ© Ă  incarner un personnage
 Ici, avec des moyens plus rĂ©duits, une Ă©mission moins brillante (et des aigus plus tendus), la diva romaine, Cecilia Bartoli rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  convaincre grĂące Ă  la justesse de l’intonation, la profondeur convaincante de ses incarnations, une fragilitĂ© dans la tenue du timbre. Son chant intense et sombre brille en particulier dans les emplois tragiques (ClĂ©opĂątre
). Un air nous semble se distinguer par sa force dramatique et la coloration tragique infinie que l’interprĂšte est capable d’y dĂ©ployer (« Lontan
 Lusingato dalla speme », extrait du Poliphemo de Porpora : sorte de lamento de 8mn au coeur du programme) : la coloratoura se pare de mille nuances expressives qui colorent avec finesse, une incarnation qui soupire et sombre dans la mort et le renoncement. Un absolu irrĂ©sistible et l’un des joyaux de ce nouveau rĂ©cital lyrique Ă©ditĂ© par DECCA.

 

 

premiĂšres impressions

divine CECILIA BARTOLI 

sur les traces de l’ange Farinelli

 

 

 

 

Bartolomeo Nazarie - Portrait of Farinelli 1734 - Royal College of Music LondonAinsi ressuscite le chant de Farinelli, ce maĂźtre chanteur qui jusqu’à la fin de sa vie sut envoĂ»ter les grands de son Ă©poque dont les souverains espagnols Ă  Madrid alors que Domenico Scarlatti Ă©tait le maĂźtre de clavecin atitrĂ©. Un Ăąge d’or du beau chant permis aussi par l’inspiration d’un compositeur napolitain de premiĂšre valeur, Nicola Porpora, -nĂ© en 1686, vrai rival de Handel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, et qui dans ce rĂ©cital trĂšs attendu a la part belle : pas moins de 5 airs ici sur les 11, dont 3 sont extraits de Poliphemo ; n’est-il pas avec le frĂšre du chanteur vedette – Riccardo Broschi, le compositeur prĂ©fĂ©rĂ© de Farinelli ? De toute Ă©vidence fidĂšle Ă  son travail de dĂ©frichement, Ceilia Bartoli pousruit l’exhumation de signatures virtuoses pour l’opĂ©ra ; hier, il s’agissait de Steffani. Aujourd’hui, jaillit le diamant expressif et dramatique de Porpora, professeur de chant Ă  Naples des castrats Farinelli, Senesino, Porporino
, adulĂ© Ă  Londres, maĂźtre de Haydn, mort oubliĂ© en 1768 (Ă  81 ans). La diva romaine sait rendre hommage Ă  travers ce portrait vocal de Farinelli Ă  Porpora, gĂ©nie napolitain dans le genre seria.

Voici nos premiĂšres impressions avant la grande critique du cd FARINELLI Ă  paraĂźtre le 8 novembre 2019.

1 – Porpora / Polifemo : air d’exaltation et de jubilation comme d’espĂ©rance amoureuse (Ă©clairĂ© par les trompettes victorieuses) oĂč s’affirme l’agilitĂ© acrobatique de la voix coloratoure.

2 – Porpora / La Festa d’Imeneo : plus intĂ©rieur, comme enivrĂ© par un rĂȘve amoureux, l’air rappelle la maĂźtrise du souffle et la lisibilitĂ© comme la tenue de la ligne vocale, aux couleurs d’une tendresse extatique / expression d’un ravissement (« Vaghi amori, grazie amate »), dĂ©jĂ  entendue dans le film Farinelli.

3 – Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra. La mezzo exprime les vertiges d’une amoureuse trahie, en fureur, prĂȘte Ă  mourir sur le trĂŽne. Le portrait d’une ClĂ©opĂątre qui assĂšne par vocalises et coloratoure ascensionnels, l’intensitĂ© de sa colĂšre et l’ampleur de sa dĂ©termination,Ă  la fois hĂ©roĂŻque et dĂ©jĂ  fatale. Dans cet emploi de femme forte, passionnelle, exacerbĂ©e, radicale, « La Bartoli » captive par son chien et son abattage dramatique. La justesse de sa couleur et du caractĂšre vocal s’imposent naturellement.

FARINELLI-cecilia-bartoli-classiquenews-cd-critique-review-farinelli-cecilia-bartoli-fall-septembre-2019-annonce-cd-review-critique-classiquenews-DECCA-cd-critique4 – Porpora / Polifemo : « Lontan
 lusingato dalla speme ». VoilĂ  assurĂ©ment comme on l’a dit prĂ©cĂ©demment, le joyau du programme (et qui nuance l’image d’un Porpora uniquement virtuose et acrobatique). Contraste oblige, Ă  la fureur de ClĂ©opĂątre (de Hasse qui prĂ©cĂšde) rĂ©pond la tendresse de cet air plus intĂ©rieur, dont la couleur est celle d’une Ăąme touchĂ©e au cƓur
 tel un rossignol qui soupire. Ce positionnement vocal dans le medium grave et sombre s’amplifie encore dans l’air, long lui aussi plus de 8 mn de Giacomelli : « Mancare o Dio mi sento » (Adriano in Siria, plage 7).


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Notons parmi les autres perles de ce rĂ©cital Ă©vĂ©nement : La morte d’Abel de Caldara : « Questi al cor finora ignoti » / Ces cƓurs inconnus jusqu’à prĂ©sent
 priĂšre Ă©purĂ©e comme une extase dans la mort et d’une couleur elle aussi sombre qui fait surgir le relief du texte.

HASSE : Marc Antonio e Cleopatra : « A Dio trono, impero a Dio » (plage 10). Le relief du recitatif et l’ampleur dramatique, la couleur tragique de l’air qui suit, exprime cette Ă©chelle des passions d’une irrĂ©pressible intensitĂ© qui va crescendo et qui s’accomplit, entre imprĂ©cation et combat, rage et ardeur hallucinĂ©e, dans l’architecture des vocalises, portĂ©es par la coloratoure de la mezzo romaine. Un parlĂ© chantĂ© : « Addio trono  » qui tĂ©moigne de la rĂ©sistance de la reine Ă  renoncer. Bartoli ne chante pas, elle incarne et exprime avec une intelligence du texte (ce que ne font pas la majoritĂ© de ses consƓurs)

et la fin : Porpora : Polifemo : « Alto Giove », rendu cĂ©lĂšbre par le mĂȘme film Farinelli. Parce qu’il y faut maĂźtriser l’intensitĂ© et la longueur du souffle, une spĂ©cialitĂ© de Farinelli, outre sa couleur Ă©tonnamment sombre pour un castrat soprano). Sans omettre l’ambitus de la tessiture (jusqu’à 3 octaves et demi) et qui dans la bande originale du film citĂ©, exigeait deux chanteurs (soprano et contre tĂ©nor). Cecilia Bartoli personnifie l’épaisseur du personnage ; creuse l’interrogation en suspension de la souveraine atteinte.

Un nouveau programme qui s’annonce d’autant plus rĂ©ussi que support idĂ©al aux lignes tragiques de la diva diseuse, si proche du texte, les instrumentistes d’Il Giardino Armonico, sous la direction de leur fondateur et directeur musical Giovanni Antonini, suivent les pas de la tragĂ©dienne qui articule, nuance en mille demi teintes graves, hallucinĂ©es, la charge Ă©motionnelle de chaque texte. Un continuo essentiellement composĂ© de cordes, oĂč les cuivres et les bois sont rares. A suivre. Grande critique le jour de la parution du cd FARINELLI par CECILIA BARTOLI, annoncĂ© le 8 nov 2019.

 

 

 

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critique

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du cd FARINELLI par CECILIA BARTOLI

 

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 Farinelli jeune (DR)

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. VERSAILLES, OpĂ©ra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cƓur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet

gretry-richard-coeur-de-lion-critique-compte-rendu-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. VERSAILLES, OpĂ©ra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cƓur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet. Qu’allait donner le duo canadien Pynkoski / Lajeunesse Zingg, reprĂ©sentant Ă  prĂ©sent familier de prestations assez dĂ©suĂštes (cĂŽtĂ© costumes), prĂ©sentĂ©es Ă  Versailles, en provenance de l’Opera Atelier Toronto ? Ouf, la production bĂ©nĂ©ficie de l’apport du dĂ©corateur Antoine Fontaine, spĂ©cialiste des toiles peintes baroques : on lui doit la conception d’opĂ©ras prĂ©cĂ©demment ressuscitĂ©s tels Amadis de Gaule, 
 ; son concours rĂ©tablit suffisamment de « couleur historique » pour rendre le spectacle visuellement cohĂ©rent (trĂšs beau tableau de la prison mĂ©diĂ©vale)
 Pourtant, Ă©cartant l’époque du roi Richard, Marshall Pynkoski Ă©carte tout mĂ©diĂ©valisme et opte rĂ©solument pour l’époque des LumiĂšres, celle de Gretry. Car en 1784, annĂ©e de la crĂ©ation de l’Ɠuvre, alors que le peintre David invente le nĂ©oclassicisme (Serment des Horaces), le metteur en scĂšne fait clairement rĂ©fĂ©rence au Bourbon incarcĂ©rĂ© bientĂŽt Ă  la Conciergerie, Louis XVI soi-mĂȘme.

CohĂ©rente visuellement, la production l’est aussi sur le plan dramatique ; les dialogues parlĂ©s (livret de Sedaine) coulent et avancent car la plupart des chanteurs acteurs articulent et donc restent intelligibles ; les ballets rĂ©glĂ©s par Jeannette Lajeunesse Zingg rĂ©activent l’action sans la plomber : belle rĂ©ussite.

Efficace sans vraiment ĂȘtre subtile,- une qualitĂ© qui manque souvent Ă  sa direction trop impulsive et volontiers surexpressive, le chef HervĂ© Niquet sait toujours Ă©lectriser son orchestre Le Concert Spirituel, souligner davantage l’effet, les contrastes, que la finesse nostalgique que Tchaikovski a compris et su recycler, entre autres dans son opĂ©ra La dame de Pique, oĂč la vieille aristocrate, trĂšs vieille France, Ancien RĂ©gime, chante clin d’Ɠil Ă  la Gaule monarchqiue et Versaillaise, l’air ancien aussi dĂ©suet que sensible : « « Je crains de lui parler la nuit » (ici chantĂ© par Melody Louledjian en Laurette simplette et sensible).

RĂ©vĂ©lant un tempĂ©rament d’acteur, intĂ©rieur et finalement plus profond que ne le laissent supposer ses autres (rares) airs, le tĂ©nor flamand Reinoud van Mechelen, campe un Richard, habitĂ© par la conscience politique, parfois sombre ; en particulier dans le tableau de son emprisonnement : ardeur, couleur tragique, concentration ; voilĂ  qui fait de GrĂ©try, assurĂ©ment un prĂ©romantique. On attend son Nadir des PĂȘcheur de Perles Ă  l’OpĂ©ra de Toulon


Hier confiĂ© Ă  un baryton (plus passe partout) s’impose en rĂ©alitĂ© le personnage de l’autre tĂ©nor ici, Blondel, troubadour de son Ă©tat, campĂ© par RĂ©my Mathieu dont la seule juvĂ©nilitĂ© parfois trop sonore et un rien linĂ©aire, pourraient ĂȘtre handicapants. Leur trĂšs beau duo « Une fiĂšvre brĂ»lante » au dĂ©but du IIĂš acte, montre la rĂ©ussite qui surgit quand les deux tĂ©nors de la distribution sont parfaitement distincts, de couleur comme de caractĂšre.

 

 

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Pour le reste aucun des autres rĂŽles ne dĂ©mĂ©ritent sans pour autant saisir l’audience par une sorte d’évidence expressive comme il est rarement il est vrai offert aux spectateur (qui payent pourtant fort cher leur place Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles). Comtesse Ă  peine esquissĂ©e par GrĂ©try, Marie Perbost s’affirme davantage dans le rĂŽle travesti d’Antonio.
VoilĂ  qui atteste derechef du talent dramatique de GrĂ©try, compositeur pour la monarchie bientĂŽt dĂ©capitĂ©e. Dans l’écrin acoustique idĂ©al de l’OpĂ©ra Gabriel, l’opĂ©ra de 1784 ressuscite avec charme et mĂȘme mordant. De quoi ravir, comme nous, l’audience, composĂ©e pour beaucoup de visiteurs Ă©trangers. Une nouvelle rĂ©surrection Ă  mettre au mĂ©rite des producteurs de la sociĂ©tĂ© qui anime dĂ©sormais les soirĂ©es au ChĂąteau : ChĂąteau de Versailles Spectacles. 10 ans aprĂšs la mĂ©morable production de l’Amant jaloux (mise en scĂšne de Pierre-Emmanuel Rousseau), in loco, Versailles affiche lĂ©gitimement et avec pertinence, une Ă©tonnante et convaincante implication Ă  l’endroit du toujours mĂ©sestimĂ© GrĂ©try.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. VERSAILLES, OpĂ©ra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cƓur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet

 

 

GrĂ©try : Richard cƓur de lion
Opéra-comique en trois actes, livret de Sedaine
Création : Comédie Italienne, Paris, le 21 octobre 1784

Mise en scĂšne : Marshall Pynkoski
Chorégraphie : Jeannette Lajeunesse Zingg
DĂ©cors : Antoine Fontaine
Costumes : Camille Assaf

Richard : Reinoud Van Mechelen
Laurette : Melody Louledjian
Blondel : RĂ©my Mathieu
Antonio / La Comtesse : Marie Perbost
Sir Williams : Geoffroy BuffiĂšre
Urbain / Florestan / Mathurin : Jean-Gabriel Saint-Martin
Guillot / Charles : François Pardailhé
Madame Mathurin : CĂ©cile Achille
Sénéchal : Charles Barbier
Colette : Agathe Boudet
BĂ©atrix : Virginie LefĂšvre

l
Ballet de l’OpĂ©ra royal, ChƓur et orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Illustrations : © Agathe Poupeney

 

 

 

 

 

CD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018)

HAYDN Symphonie-n-87-l-impatienteCD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018). Peu Ă  peu, Le Concert de La Loge Ă©difie une intĂ©grale des 6 symphonies parisiennes de Haydn, sommet de l’éloquence et de l’élĂ©gance orchestrale viennoise et pour le collectif français fondĂ© par le violoniste Julien Chauvin, une nouvelle preuve de l’apport inestimable des instruments anciens dans notre connaissance (rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e) de la symphonie classique au XVIIIĂš. ComposĂ©e avant les 12 Londoniennes (1791 – 1795), les Parisiennes forment une programmation clĂ© du fameux Concert de la Loge Olympique, orchestre et entreprise de concerts Ă  Paris, florissant dans les annĂ©es 1780 et qui permet au public et au amateurs de bonne musique, d’écouter les tendances de l’époque. Sous la direction du Chevalier de Saint-Georges, les parisiens peuvent donc dĂ©couvrir l’écriture hyperĂ©lĂ©gante et si subtilement contrastĂ©e de Mr Haydn.
DĂ©jĂ  Ă©ditĂ©es les symphonies contemporaines, La Reine, La Poule, L’Ours
 Le Concert de la Loge poursuit son exploration de l’écriture viennoise alors que Haydn invente la symphonie : la Symphonie n° 87 en la majeur dite « L’Impatiente » offre un nouveau condensĂ© d’équilibre, de facĂ©tie, de surprise, de sensibilitĂ© aux timbres et aux Ă©quilibres de l’orchestre classique prĂ©romantique propre aux annĂ©es 1785 – 1787.
Haydn est une cĂ©lĂ©britĂ© europĂ©enne, la plus importante Ă  son Ă©poque (et non ce n’est pas Mozart) ; mais plutĂŽt que de diffuser une forme standard, « europĂ©enne », le Viennois sait se renouveler, Ă©vitant la rĂ©pĂ©tition et le systĂšme.
Le chef soigne l’élĂ©ment phare de l’opus : sa vigueur ; comme ses surprises (le second motif Ă  la place du premier, dans la rĂ©exposition du Vivace initial). Les instrumentistes font valoir leur grande homogĂ©nĂ©itĂ© sonore et expressive, en particulier dans l’Adagio (rĂ© mineur) au parcours rhapsodique d’une irrĂ©sistible profondeur. Tandis que le nerf et une caractĂ©risation roborative animent le Menuet et le Vivace final.

Pour contextualiser son approche, Julien Chauvin ajoute aussi plusieurs airs d’opĂ©ras peu connus d’Antonio Sacchini, de GrĂ©try, ou de Jean-Baptiste Lemoyne : le choix est « historique » ; bon nombre de concerts parisiens savaient alors mĂȘler les genres et offrir de copieux programmes avec orchestre et chanteurs d’opĂ©ras. Ici, l’invitĂ©e, la soprano Sophie KarthĂ€user incarne les hĂ©roĂŻnes tragiques et amoureuses avec un nerf articulĂ©, qui suit en complicitĂ© cette caractĂ©risation inestimable propre aux instruments d’époque.

On note parmi les contemporains de Haydn, l’écriture de Louis-Charles RAGUÉ, symphoniste et harpiste : sa Symphonie en rĂ© mineur op. 10 n° 1 montre combien le modĂšle Haydnien est assimilĂ© et compris, entre vitalitĂ© des contrastes, effet de surprises et virtuositĂ© aimable voire trĂšs Ă©loquente et racĂ©e (duo flĂ»te et harpe de son Andante, tout Ă  fait dans le style viennois). Avec Mozart, Haydn donc et bientĂŽt Beethoven, la musique du futur vient d’Autriche. Et Paris se met alors Ă  la page.
Julien Chauvin et Le Concert de la Loge
 sur les traces du Chevalier de Saint-Georges jouent le ven 8 nov 2019 Ă  l’Arsenal de Metz, dans le cadre du Festival Ă©vĂ©nement in loco « OSEZ HAYDN! » (METZ, citĂ© Musicale du 6 au 9 nov 2019), la symphonie parisienne n°86 (rĂ© majeur), mise en dialogue avec la Symphonie n°45 « Les Adieux » (par l’Orchestre national de Metz, sur instruments modernes). A suivre.

 

 

 

 

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HAYDN Symphonie-n-87-l-impatienteCD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018)

 

 

 

 

Joseph Haydn (1732-1809) :
Symphonie n°87 en la majeur « l’Impatiente », Hob.I :87.

Airs d’opĂ©ras :
Antonio Sacchini (1730-1786) : « C’est votre bontĂ© que j’implore » (ChimĂšne ou Le Cid). Christophe Willibald Gluck (1714-1787) : « Fortune ennemie »(OrphĂ©e et Eurydice). Jean-Baptiste Lemoyne (1751-1796) : « Il va venir »(PhĂšdre). Johann Christoph Vogel (1756-1788) : « Age d’or, ĂŽ bel Ăąge »(DĂ©mophon). AndrĂ© Ernest Modeste GrĂ©try (1741-1813) : « O sort ! par tes noires fureurs »(Les Mariages samnites).

Louis-Charles Ragué (1744-aprÚs 1793) :
Symphonie en ré mineur op. 10 n°1.

Sophie KarthÀuser, soprano. Le Concert de la Loge / Julien Chauvin, direction. 1 CD Aparté. Enregistré à PARIS, Louvre en octobre 2018. Durée : 1h

 

 

CD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3Ăš et dernier volume attestent des qualitĂ©s identiques observĂ©es dans les opus prĂ©cĂ©dents : puissance et richesse du son. CrĂ©Ă©e Ă  Leningrad en 1939 par le lĂ©gendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractĂšre endeuillĂ© du Largo prĂ©liminaire, dĂ©taillant les solos instrumentaux pour flĂ»te piccolo, cor anglais, basson afin de dĂ©ployer la matiĂšre nocturne, Ă©touffante de cette longue sĂ©quence grave et intranquille. Les deux mouvements plutĂŽt courts qui suivent Allegro et Presto assĂšne une motricitĂ© aiguĂ« et incisive qui fait dialoguer cuivres ironiques, gorgĂ©s de moquerie acerbe, et bois vifs argents. Le final est abordĂ© comme un feu d’artifice cravachĂ©, narguant le mystĂšre du premier mouvement dont il dĂ©ment le calme profond par une sĂ©rie ultime de surenchĂšre dĂ©monstrative et vindicative, au bord de la folie


Nelsons complĂšte la 6Ăš par la Suite de la musique de scĂšne pour le Roi Lear, op. 58a, Ă©crite pour le BolchoĂŻ de LĂ©ningrad en 1941. Cycle de pleine tension lĂ  encore qui commence avec la figure de Cordelia (solo de clarinette), joue du col legno pour dramatiser davantage la charge caustique et fantastique du sujet shakespearien (partie des 2 bassons). Ironique et audacieux, Chostakovitch imagine son Ouverture de fĂȘte op. 96, de 1947(publiĂ©e en 1954, soit un an aprĂšs la mort de Staline) semble marquer la fin de la terreur par son emportement libre, ses respirations nouvelles et l’orchestration colorĂ©e et ambitieuse ( fanfare Ă©tonnante des 6 trompettes, 6 trombones et 8 cors !) : les instrumentistes bostoniens redoublent de prĂ©cision jubilatoire (pizz des cordes).

La 7Ăš Symphonie dite « Leningrad » aborde des airs patriotiques, amorcĂ©e avant le siĂšge de la citĂ©, dĂšs l’étĂ© 1941, puis achevĂ© aprĂšs l’occupation, en dĂ©cembre suivant, pour ĂȘtre crĂ©Ă©e triomphalement en mars 1942. Aucune ambiguitĂ© dans le propos du compositeur car il s’agit bien d’une partition de circonstances, desprit victorieux, cĂ©lĂ©brant le sang versĂ© des rĂ©sistants et des dĂ©fenseurs de Leningrad, Ă©pinglant la barbarie des nazis impĂ©rialistes. Pourtant alors qu’elle s’inscrit dans le fracas des armes et des tireurs embusquĂ©s, la 7Ăš est l’une des moins politisĂ©e, celle qui s’écarte ouvertement du double langage cultivĂ© Ă  l’égard du tyran Staline. Nelsons aborde objectivement la partition, se confrontant Ă  son architecture impressionnante (pas moins de 30 mn pour l’Allegretto) dans lequel il sculpte avec clartĂ© le motif de l’invasion fasciste, rĂ©pĂ©tĂ©, martelĂ© comme un leit motiv obsessionnel (bois puis cordes). Le crĂ©pusculaire et le glaçant n’étant jamais bien loin chez Dmitri, le chef tire Ă  profit la couleur sombre et cynique du basson, finement dĂ©taillĂ© comme agent d’un destin inquiĂ©tant. Chaque sĂ©quence est inscrite dans sa portĂ©e historique : Leningrad d’avant le siĂšge (choral initial de l’Adagio), puis champs de guerre, champs de ruines oĂč perce le chant des cuivres Ă  la fois stridents, enivrĂ©s. On repĂšre sans mĂ©nagement aucun, la sourde mĂ©lodie des cordes hallucinĂ©es, Ă©reintĂ©es qui rappelle le motif inquiĂ©tant de l’opĂ©ra Lady Macbeth de Mzensk, autre Ă©vocation des tĂ©nĂšbres. HabitĂ© par cette musique des convulsions et des contrastes, Nelsons en exprime la matiĂšre vivante, les cris et les Ă©lans extrĂȘmes. Le chef rĂ©ussit dans l’ampleur et la violence, Ă  restituer tout ce qui fait de la 7Ăš, une partition martiale, dĂ©fiant l’Histoire, relevant plus de l’épique que du tragique. Voici assurĂ©ment l’un des tĂ©moignages les plus immĂ©diatement prenants, communicatifs du cycle Chostakovitch saisi live en 2017 Ă  Boston. L’expressivitĂ© instinctive de Nelsons, son emprise architecturĂ©e sur l’orchestre amĂ©ricain sont indiscutables.

 
 

 
 

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CD , critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Dmitri Chostakovitch : ”Under Stalin’s shadow’’ / Dans l’ombre de Staline.., Symphonie n° 6 op. 54. Symphonie n° 7 ”Leningrad ”, op. 60 – Suite de la musique de scĂšne pour ”Le roi Lear”, op. 58a. Ouverture de fĂȘte, op. 96 / Boston Symphony Orchestra. Andris Nelsons, direction / 2 cd Deutsche Grammophon : 483 6728.

 
 

 
 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. CLAIRE FRÈCHES-THORY, JOSÉ FRÈCHES : Toulouse-Lautrec. Les lumiĂšres de la nuit (Gallimard DĂ©couvertes)

DG132_Toul_Lautr_Couv.inddLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. CLAIRE FRÈCHES-THORY, JOSÉ FRÈCHES : Toulouse-Lautrec. Les lumiĂšres de la nuit (Gallimard DĂ©couvertes). Lorsque Toulouse-Lautrec dĂ©couvrit Montmartre (fin des annĂ©es 1880), Aristide Bruant chantait au Mirliton ; le Moulin Rouge, aprĂšs le Moulin de la Galette, ouvrait ses portes aux danseurs, la Goulue et Valentin le DĂ©sossĂ© y tenaient la vedette : ce sont les « annĂ©es LumiĂšre », 1900. Spectateur passionnĂ©, Lautrec devint l’ami des vedettes du Paris du spectacle et, par ses affiches, l’artisan de leur gloire. Le texte met l’accent sur le peintre, observateur et « photographe » du milieu parisien qu’il a cotoyĂ© et connu rĂ©guliĂšrement : demi monde, et dĂ©jĂ  industrie du divertissement et des plaisirs que la morale des bons bourgeois rĂ©prouve mais tolĂšre pour s’y encanailler.
Comme Degas qui interroge le cas des jeunes danseuses Ă  l’OpĂ©ra Ă  la fois sous le filtre sociologique (elles ne sont que des esclaves aux corps Ă©reintĂ©s, proies des abonnĂ©s
qui peuvent les approcher avec le consentement de leurs mĂšres maquerelles) et sous l’angle artistique (dans la danseuse, Degas voit clairement des lignes et l’essence du mouvement), Lautrec s’intĂ©resse aux « cas sociaux », marginaux, dĂ©calĂ©s, les mĂ©prisĂ©s, ceux qui sont d’emblĂ©e Ă©tiquetĂ©s et humiliĂ©s.
Le crĂ©ateur qui souffre depuis la naissance d’une difformitĂ© visible qui le rend particulier, partage cette condition qu’il reprĂ©sente directement ou indirectement dans son oeuvre. Ainsi ce portrait ou cette allĂ©gorie de la trivialitĂ© Ă©pinglĂ©e, Messaline de 1900 qui est le visuel de cette remarquable publication. FardĂ©e, obscĂšne, la figure annonce les expressionniste et les fauves (de Derain Ă  Van Dongen).

Claire et JosĂ© FrĂšches suivent en enquĂȘteurs zĂ©lĂ©s, les pas de ce jeune aristocrate d’Albi que la maladie avait rendu diffĂ©rent. « À la nature et au paysage du Sud-Ouest, aux subtiles nuances des ciels, il prĂ©fĂ©ra vite Paris et les cabarets, les feux de la rampe et les lumiĂšres de la nuit qui font les femmes plus belles. »
Pourtant sous le masque, le maquillage et les bijoux, Lautrec sonde le dĂ©sarroi et la solitude ; les dĂ©pressifs et les mĂ©lancoliques : la chair est triste. Ses prostituĂ©es sont Ă  l’image de la sociĂ©tĂ© : divertie mais terrassĂ©e. Lautrec meurt Ă  37 ans, en 1901.

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. CLAIRE FRÈCHES-THORY, JOSÉ FRÈCHES : Toulouse-Lautrec. Les lumiĂšres de la nuit (Gallimard DĂ©couvertes). Collection DĂ©couvertes Gallimard (n° 132), SĂ©rie Arts, Gallimard – PremiĂšre parution en 1991- Nouvelle Ă©dition en sept 2019 – 176 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 125 x 178 mm – ISBN : 9782072866166 – Gencode : 9782072866166 – Code distributeur : G03510 – rĂ©Ă©dition Ă  l’occasion de l’exposition « HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC, rĂ©solument moderne », PARIS, Grand-Palais, du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Decouvertes-Gallimard/Decouvertes-Gallimard/Arts/Toulouse-Lautrec2

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon)

trifonov daniil cd destination rachmaninov arrival piano concertos 1 3 nezet-seguin cd deutsche grammophon cd critique review classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon). Voici donc un excellent double cd qui tĂ©moigne de la maturitĂ© et de l’étonnante musicalitĂ© du jeune pianiste russe Daniil Trifonov. En achevant son pĂ©riple Rachmaninov, relayĂ© par un abondant dispositif vidĂ©o, quasi cinĂ©matographique (DESTINATION RACHMANINOV), le pianiste captive littĂ©ralement par une digitalitĂ© facĂ©tieuse et virtuose, pour nous supĂ©rieure Ă  la mĂ©canique Ă©lectrique des asiatiques (Wang ou Lang Lang) : le Russe est douĂ© surtout d’une profondeur intĂ©rieure, – absent chez ses confrĂšres/soeurs, ce chant nostalgique qui fonde la valeur actuelle de ses Liszt (publiĂ©s aussi chez DG).

CD1 – Le Concerto n°1 (Moscou, 1892) nous fait plonger dans l’intensitĂ© du drame ; un fracas lyrique immĂ©diatement actif et rugissant, bientĂŽt rassĂ©rĂ©nĂ© dans une texture lyrique et langoureuse dont seul Rachmaninov a le secret ; qui peut effacer de sa mĂ©moire le motif central (cantilĂšne Ă  la fois grave mais douce) de ce premier mouvement Vivace, qui a fait les belles heures de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot ? D’autant que le jeu perlĂ© de Daniil Trifonov fait merveille entre sagacitĂ©, activitĂ©, intĂ©rioritĂ© ; entre allant et tendre nostalgie ; il tisse des vagues d’ivresse Ă©perdue comme au diapason d’un orchestre nerveux voire brutal (excellente prĂ©cision de NĂ©zet-SĂ©guin pour restituer la dĂ©flagration sonore d’une orchestration qui peut sonner monstrueuse), sĂ©ries de rĂ©ponses Ă©lectriques et tout autant percutantes et vives, au bord de la folie (grĂące Ă  une digitalitĂ© fabuleusement libre, frĂ©nĂ©tique ou en panique). Ce jeu Ă©lastique entre Ă  coups et secousses, puis Ă©largissement de la conscience, trouve un Ă©quilibre parfait entre le piano et l’orchestre.
L’Andante caresse, respire, plonge dans des eaux plus ambivalentes encore oĂč rĂšgne comme une soie nocturne, l’onde sonore onctueuse de l’orchestre plus bienveillant. Daniil Trifonov chante toute la nostalgie en osmose avec les pupitres de l’orchestre aux couleurs complices.
A travers une forme de monologue enchantĂ©, sourd l’inquiĂ©tude d’une gravitĂ© jamais Ă©loignĂ©e. La lecture approche davantage une veille attendrie plutĂŽt qu’une libĂ©ration insouciante. LĂ  encore on goĂ»te la subtilitĂ© des nuances et des couleurs.
La partie la plus passionnante reste l’ultime Ă©pisode Allegro vivace dont le chef fait crĂ©piter les rythmes (dĂ©jĂ ) amĂ©ricains, le swing qui semble quasi improvisĂ©, d’autant que le cheminement du jeune pianiste se joue des rythmes, de l’enchaĂźnement des sĂ©quences avec une prĂ©cision frĂ©nĂ©tique, une acuitĂ© vive et engagĂ©e d’une indiscutable Ă©nergie ; un tel dĂ©hanchement heureux regarde directement vers le bonheur comme la libertĂ© du Concerto n°3, lui crĂ©Ă© Ă  New York par l’auteur le 28 nov 1909.
Brillant autant que crĂ©atif, Trifonov nous livre son propre arrangement du premier volet des Cloches, soit un morceau de 6mn (allegro ma non tanto) qui montre toute la sensibilitĂ© active et l’imagination en couleurs et timbres qui l’inspirent.

 

 

 

Périple réussi pour Daniil Trifonov
Rachmaninov intérieur et virtuose

 

 

 

TRIFONOV-DANIIL-rachmaninov-arrival-critique-classiquenews-trifonov-daniil-cd-destination-rachmaninov-arrival-piano-concertos-1-3-nezet-seguin-cd-deutsche-grammophon-cd-critique-review-classiquenews---copieCD2 – Cerise sur le gĂąteau et approfondissement de cette utlime escale en terres Rachmaninoviennes, le Concerto pour piano n°3 affirme une Ă©gale musicalitĂ© : immersion naturelle et progressive sans heurts, en un flot Ă  la fois ductile et crĂ©pitant oĂč l’orchestre sait s’adoucir, rechercher une sonoritĂ© mĂ©diane qui flatte surtout le relief scintillant du piano. Le jeu de Trifonov est d’une prĂ©cision caressante, onctueuse et frappante par sa souplesse, comme une vision architecturĂ©e globale trĂšs claire et puissante. L’écoulement du dĂ©but est presque hors respiration, d’une tenue de ligne parfaite, Ă  la fois irrĂ©sistible, allante, de plus en plus souterraine, recherchant le repli et l’intĂ©riorisation ; ce que cherche Ă  compenser l’orchestre de plus en plus dĂ©claratif, mĂ©nageant de superbe vagues lyriques comme pour mettre Ă  l’aise le soliste ; aucun effet artificiel, mais l’accomplissement d’une lecture d’abord polie dans l’esprit ; D’une imagination construite foisonnante, Trifonov soigne l’articulation au service de sa sonoritĂ©, Ă©coute l’intĂ©rioritĂ© de la partition et cisĂšle son chant pudique avec une tendresse magicienne. Chaque point d’extase et de plĂ©nitude sonore rebondit avec un galbe superbement articulĂ© ; peu Ă  peu le pianiste fait surgir une sincĂ©ritĂ© de plus en plus lumineuse que l’orchestre fait danser dans un crĂ©pitement de timbres bienheureux. La rĂ©exposition Ă©claire davantage la sensibilitĂ© intĂ©rieure du pianiste qui ralentit, Ă©coute, cisĂšle, distille avec finesse l’élan lyrique, souvent Ă©perdu de son texte.  Jusqu’à l’ivresse presque en panique Ă  8’ du premier mouvement, avant que ne cisaillent les trompettes cinglantes plus amĂšres, rĂ©vĂ©lant alors des cordes plus nostalgiques ; mais c’est Ă  nouveau le piano somptueusement enchantĂ© qui recouvre l’équilibre dans ce mitemps.
La seconde partie dans ses vertiges ascensionnels est hallucinĂ©e et crĂ©pitante ; le pianiste semble tout comprendre des mondes poĂ©tiques de Rachmaninov : ses Ă©clairs fantastiques, ses doutes abyssaux, ses Ă©lans Ă©perdus
 Trifonov sachant Ă  contrario de bien de ses confrĂšres et consƓurs, Ă©viter toute dĂ©monstration, dans l’affirmation d’un chant irrĂ©pressible, viscĂ©ral, jamais trop appuyĂ©, triomphe dans une sonoritĂ© toujours souple et fluide, solaire et tendre (cf la qualitĂ© de ses Liszt prĂ©cĂ©dents dĂ©jĂ  citĂ©s). Le soliste sait prĂ©server l’ampleur d’une vision intĂ©rieure, imaginative, poĂ©tique, suspendue, d’une incroyable respiration profonde, en particulier avant la 2Ăš rĂ©exposition du thĂšme central (15’40 Ă  15’53). Tout l’orchestre le suit dans ce chant de l’ñme et qui s’achĂšve dans une glissade fugace, subtilement ciselĂ©e dans l’ombre.

L’intermezzo est en forme d’Adagio qui affirme la mĂȘme voluptĂ© lointaine, une distanciation poĂ©tique Ă©cartant tout acoups, mais invite Ă  l’expression la plus intime d’un cƓur attendri, extatique.  Cette Ă©loquence intĂ©rieure est partagĂ©e par l’orchestre et le pianiste qui colore et croise de nouvelles visions au bord de l’évanouissement, sait s’appuyer davantage sur l’orchestre : les champs intĂ©rieurs y sont remarquablement sculptĂ©s, vĂ©ritables ivresses qui portent au songe et Ă  la rĂȘverie, Ă  l’oubli et au renoncement
 en un crĂ©pitement qui soigne toujours la clartĂ© et la prĂ©cision d’un jeu nuancĂ©, dĂ©taillĂ©, et d’une grande invention comme d’une grande intelligence sonore.

CLIC_macaron_2014Le dernier mouvement, « Finale. Alla breve », semble rĂ©unir toutes les forces vitales en prĂ©sence et rĂ©capituler les songes passĂ©s, en un chant revivifiĂ© qui Ă©nonce les principes d’une reconstruction dĂ©sormais partagĂ©e par instrumentistes et piano solo ; le chant s’enfle, grandit, ose une carrure nouvelle, galopante ; Trifonov rĂ©ussit l’expression de cette chevauchĂ©e toute de souplesse et de nuances chantantes. Le jeu du pianiste est tout simplement irrĂ©sistible comme happĂ©, aspirĂ© par une dimension qui dĂ©passe l’orchestre
 facĂ©tieux, mystĂ©rieux, le clavier vole dĂ©sormais de sa propre Ă©nergie, aĂ©rienne : le lutin Trifonov (3’57) cisĂšle ce chant cosmique, dans les Ă©toiles, comme un jaillissement naturel. D’une caresse infinie qu’il inscrit, suspend au delĂ  de la voĂ»te familiĂšre dans la texture mĂȘme du songe. Un songe Ă©veillĂ©, en chevauchĂ©, dans un galop qui mĂšne trĂšs trĂšs loin et trĂšs haut, rĂ©vĂ©lĂ© en partage. Hallucinant et cosmique. Du trĂšs grand art.

 

 
 

 

LIRE notre annonce du cd événement Departure / Destination Rachmaninov (octobre 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-daniil-trifonov-destination-rachmaninov-departure-1-cd-dg/

LIRE aussi notre annonce du cd événement : ARRIVAL / Destination Rachmaninov (octobre 2019)

 

 
 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction 52 cd DG Deutsche Grammophon) – CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2019. Parution le 11 octobre 2019.

PRIX LITTERAIRE DES MUSICIENS 2019, sélection officielle des 12 titres

prix-litteraire-des-musiciens-jeunesse-livre-selection-critique-livres-classiquenews-2019PRIX LITTERAIRE DES MUSICIENS 2019, sĂ©lection officielle des 12 titres. Pour sa 2e Ă©dition, le Prix LittĂ©raire des Musiciens Ă©toffe son regard sur l’actualitĂ© littĂ©raire dont les sujets ont un rapport avec la musique.  La sĂ©lection qui comprenait jusque lĂ  deux catĂ©gories ROMANS et ESSAIS, est augmentĂ©e cette annĂ©e d’une catĂ©gorie JEUNESSE.

La 1Ăšre Ă©dition du Prix (2018) avait couronnĂ© deux ouvrages finalistes : « Le voyage d’hiver de Schubert » de Ian Bostridge (Essai), et “ Les parapluies d’Erik Satie ” de StĂ©phanie Kalfon (Roman), deux ouvrages qui avait prĂ©cĂ©demment Ă©tĂ© distinguĂ©s par la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS par le fameux «  CLIC » de CLASSIQUENEWS.

La remise du prix 2019, ouverte au public, aura lieu dans le cadre d’”Orchestres en fĂȘte! » le samedi 30 novembre 2019 Ă  16h30 Ă  la Philharmonie de Paris. Voici les 12 titres sĂ©lectionnĂ©es pour le grand prix 2019 :

 

ROMANS

prix-litteraire-des-musiciens-categorie-romans-prix-2019-classiquenews-selection-livres-critiques

 

 

 

 

ESSAIS

 

prix-litteraire-des-musiciens-2019-ESSAIS-4-livres-selectionnes-classiquenews-annonce-livres-critiques

 

 

 

JEUNESSE 

 

prix-litteraire-des-musiciens-jeunesse-livre-selection-critique-livres-classiquenews-2019

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Récapitulatif des 11 titres sélectionnés en 2019

certains ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© critiquĂ©s ou ont reçu le “CLIC” de CLASSIQUENEWS au moment de leur parution :

 

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ROMANS

 

 

JĂ©rĂŽme BASTIANELLI

La vraie vie de Vinteuil

(Grasset)

 

 

Vincent BOREL

La vigne Ă©carlate

(Sabine Wespieser)

 

 

William BOYD

L’amour est aveugle

(Seuil)

 

 

Marie CHARVET

L’Ăąme du violon

(Grasset)

 

 
 

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ESSAIS

 

 

Karol BEFFA et Jacques PERRY-SALKOW

Anagrammes Ă  quatre mains

(Actes Sud)

 

 

Bruno MESSINA

Berlioz

(Actes Sud)

 

 

Richard NEWMAN et Karen KIRTLEY

Alma Rosé. De Vienne à Auschwitz

(Notes de Nuit)

 

 

Laurent VILAREM

Les silencieux

(Aedam Musicae)

 
 

 
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JEUNESSE

 

 

Sylvaine JAOUI

Docteur Hope

(Albin Michel Jeunesse)

 

 

Susie MORGENSTERN

Be Happy!

Mes plus belles comédies musicales

(Didier Jeunesse)

 

 

Tristan PICHARD

Mozart vu par une ado

(Poulpe Fictions)

 

 

AnaĂŻs VAUGELADE, Robert SCHUMANN

Des malheurs de Sophie

Avec Elsa Lepoivre et Claire-Marie Le Guay

(Didier Jeunesse)

 

 
 

 

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Toutes les infos sur le site :

http://www.prixlitterairedesmusiciens.fr

 

 

litteraire-des-musiciens-prix-2019-prix-classiquenews

 

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CD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015).

temps-des-heros-beethoven-mozart-palais-royal-orchestre-jean-philippe-sarcos-cd-annonce-critique-classiquenewsCD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015). Le « Temps des hĂ©ros » : c’est Ă  dire Mozart et Beethoven. Le premier fait vibrer les cƓurs et exprime comme nul autre avant lui, la passion et les sentiments humains, avec cette tendresse particuliĂšre pour les femmes ; le second crĂ©e l’orchestre du futur ; les deux dĂ©finissent le romantisme et la modernitĂ© en musique ; ils sont d’ailleurs les premiers aussi Ă  se penser « crĂ©ateurs », et non plus serviteurs. Jean-Philippe Sarcos a donc bien raison de souligner leur Ă©toffe de « hĂ©ros » dans ce programme qui souligne la valeur de chacun.

Les deux airs mozartiens rappellent combien le riche terreau lyrique et les couleurs de l’orchestre de Mozart ont Ă©tĂ© fondateurs dans l’affirmation du gĂ©nie BeethovĂ©nien, son intense dramatisme transmis Ă  tout l’orchestre ; car s’il est fougueux et impĂ©tueux, maniant dĂšs avant Bruckner puis Mahler, l’orchestre par blocs et par pupitres, Beethoven est aussi capable d’une subtilitĂ© instrumentale inouĂŻe – ce qu’oublient le plus souvent les chefs, y compris les plus rĂ©putĂ©s. Le choix de la soprano française Vannina Santoni s’avĂšre judicieux : longueur du souffle et de la ligne, tendresse claire du timbre – on aurait souhaitĂ© davantage de texte assurĂ©ment mais la justesse de l’intonation et l’équilibre de la tessiture dans l’émission confirment la sensibilitĂ© dĂ©jĂ  romantique de Wolfgang. L’air de concert K 490 prĂ©parant idĂ©alement Ă  la concision et Ă  la profondeur du sublime « Dove sono » de la Comtesse des Nozze : air de langueur nostalgique et aussi d’exquise dignitĂ©, certes blessĂ©e voire amĂšre, mais d’un absolu et constant angĂ©lisme.

Le morceau de bravoure du programme est assurĂ©ment la Symphonie hĂ©roĂŻque de Beethoven, en mi bĂ©mol majeur de 1804, d’une ambition comme d’une ampleur
 promĂ©thĂ©ennes. Dans cette Ă©criture autant rythmique que mĂ©lodique, dans cette Ă©nergie lumineuse et guerriĂšre mĂȘme, se dessine comme une matiĂšre en constante fusion, la certitude messianique de Ludwig, pour lequel le crĂ©ateur peut enseigner (et faire entendre) aux hommes de bonne volontĂ©, les valeurs et les sons d’une sociĂ©tĂ© rĂ©novĂ©e.
Assurément les fondations que pose le compositeur dans cette Héroïque concentrent tous les espoirs et la clameur des révolutions qui ont accompagné le passage du XVIIIÚ au XIXÚ.
A la fois visionnaire et guide spirituel (et fraternel), Beethoven est bien ce hĂ©ros sans lequel l’histoire de la culture europĂ©enne n’aurait Ă©tĂ© qu’intĂ©ressante. Avec lui, elle est dĂ©terminante et prophĂ©tique. La 3Ăš cĂ©lĂšbre le gĂ©nie de la civilisation capable de dĂ©passer son destin et d’affirmer sa grandeur morale ; la dĂ©dicace en fut on le sait d’abord Ă  Bonaparte, hĂ©ros libĂ©rateur, hĂ©ritier des LumiĂšres, mais quand le gĂ©nĂ©ral devint empereur, Beethoven effaça son premier hommage, trahi et blessĂ© de s’ĂȘtre trompĂ© (d’oĂč, emblĂšme de la dĂ©ception, la marche funĂšbre en guise de second mouvement). De fait, l’esprit de conquĂȘte qui submerge l’auditeur tout du long, en dit assez sur l’admiration premiĂšre que porta Beethoven au hĂ©ros français.

DĂšs le premier Allegro (con brio), Jean-Philippe Sarcos domine l’orchestre, tenu Ă  la bride ; d’une furieuse impĂ©tuositĂ© qu’il canalise avec prĂ©cision et rebond. En particulier dans l’exposition et le dĂ©veloppement remarquable du 2Ăš motif (en si bĂ©mol majeur, d’abord staccato), d’une durĂ©e singuliĂšre dans le cycle symphonique de Ludwig. Le live, bĂ©nĂ©fice inestimable de cette gravure, souligne la qualitĂ© des timbres produits par les instruments d’époque : cors frĂ©missants, bois et vents d’une rondeur presque verte mais si expressive, comparĂ© Ă  la sonoritĂ© lisse des orchestres modernes. Contrastes, aspĂ©ritĂ©s, et parfois intensitĂ© ou hauteur en dĂ©faut
 mais la vivacitĂ© du concert sert l’énergie beethovĂ©nienne. Elle en transmet la pulsion et la tension.

Quelle sĂ©rieuse rupture (et assumĂ©e nette par Ludwig), avec la « Marcia funebre » oĂč perce et saisit le sentiment de deuil.
Le Scherzo exprime cette incandescence de la matiĂšre musicale, faite sĂ©rie Ă©lectrique d’étincelles oĂč brille, prodigieux apport des instruments anciens lĂ  encore, la rondeur cuivrĂ©e, plus pastorale que martiale des cors, finement caractĂ©risĂ©s.
Enfin, jubilation et Ă©tat de transe rythmique s’invitent dans le Finale, auquel Beethoven apporte une lĂ©gĂšretĂ© quasi chorĂ©graphique dans le dĂ©veloppement dialoguĂ© des pupitres : cordes chauffĂ©es Ă  blanc, bois caressants : bassons, clarinettes, hautbois
 en particulier dans l’élucidation du dernier motif, de « dĂ©livrance » et qui appelle une Ăšre nouvelle fraternelle et lumineuse en une sĂ©quence « mozartienne ».

En digne hĂ©ritier de Georges PrĂȘtre et de William Christie, Jean-Philippe Sarcos dĂ©taille ce grand festin des timbres d’époque qui articule et cisĂšle autrement le gĂ©nie beethovĂ©nien.
Surgit irrĂ©pressible le sentiment qu’un monde nouveau est conçu lĂ  sous nos yeux, dans ce magma instrumental que le maestro parisien nous fait entendre ; dans ce bain premier, primitif, chocs et frottements, Ă©tincelles du futur. VoilĂ  qui augure opportunĂ©ment de la prochaine annĂ©e Beethoven 2020, et apporte une nouvelle dĂ©monstration de l’apport indispensable d’un orchestre sur instruments d’époque dans la connaissance de la symphonie romantique europĂ©enne. La 3Ăš symphonie fut la premiĂšre des symphonies de Ludwig Ă  ĂȘtre crĂ©Ă©e Ă  Paris, par la sociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire en mars 1828. L’orchestre Le Palais royal nous fait revivre ici la sensation d’assister Ă  cet Ă©vĂ©nement historique.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200L’enregistrement live est rĂ©alisĂ© dans la salle de concert du Premier Conservatoire de Paris, 2 bis rue du Conservatoire (75009), Ă©crin historique liĂ© Ă  l’histoire symphonique dans la Capitale, c’est lĂ  que la Symphonie de Beethoven a Ă©tĂ© jouĂ©e en 1828 ; c’est lĂ  encore que Berlioz a crĂ©Ă© sa sublime Fantastique. Saluons Jean-Philippe Sarcos de rĂ©tablir la riche tradition symphonique dans le lieu qui reste emblĂ©matique de tant d’évĂ©nements pour l’essor de l’écriture orchestrale en France.

CD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN : Eroica, Symph n°3 / MOZART : airs lyriques (K.490 / « Dove sono »). Vannina Santoni, soprano. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015).

 

 

 

 

 

ENTRETIEN avec Jean-Philippe SARCOS, à propos du cd Le Temps des Héros : BEETHOVEN / MOZART  -  propos recueillis en octobre 2019

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CNC / CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi cette symphonie de Beethoven ? En quoi la partition permet-elle de prolonger et d’approfondir votre travail avec les instrumentistes ?

JEAN-PHILIPPE SARCOS : La 3Ăš symphonie « HĂ©roĂŻque » s’inscrit dans l’intĂ©grale des symphonies de Beethoven que Le Palais royal a rĂ©alisĂ©e de 2013 Ă  2016. Les symphonies de Beethoven, comme Le Clavier bien tempĂ©rĂ© pour les pianistes, reprĂ©sentent un irremplaçable trĂ©sor…. LIRE notre entretien complet

 

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CD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / juil 2018)

LOCAL BRASS quintette critique cd classiquenews KLA065couv_lowCD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / juil 2018). LaurĂ©ats du prestigieux Osaka International Chamber Music Competition (Japon), les 5 cuivres du quintette Local Brass (formation parisienne nĂ©e en 2015) fixe envies, inspirations, rĂ©pertoires, rencontres 
 vĂ©cues pendant leurs trois premiĂšres annĂ©es de partage et de travail en musique de chambre. Les capacitĂ©s des jeunes instrumentistes semblent infinies au diapason d’une hyperactivitĂ© qui en dit long sur leur engagement et promet de futures belles rĂ©alisations : ne prenez que le cas de l’un d’entre eux, TancrĂšde Cymermann, professeur de tuba et d’euphonium au conservatoire de Cambrai
 dont le goĂ»t de la transmission s’électrise d’une rare disposition pour le jeu collectif (et l’écoute qui va avec
).
L’éventail des oeuvres de ce premier rĂ©cital discographique tĂ©moigne d’un Ă©largissement du rĂ©pertoire pour le quintette marquĂ© par la jeunesse et l’audace, le goĂ»t de l’exploration de nouveaux mondes sonores, comme en tĂ©moignent les deux crĂ©ations Ă  l’affiche de cette premiĂšre : « Souffle du ciel sur l’acier » de Jean-Claude Gengembre (timbalier solo du Philhar de Radio France), et « A game for six » de Thomas Enhco oĂč le piano dialogue avec les 5 cuivres en une Ă©popĂ©e instrumentale qui manie habilement impro jazzy et gĂ©nĂ©rositĂ© de timbres.
Pour se chauffer les 5 jouent les transcriptions des Valses PoĂ©tiques de Granados (arrangement Gabriel Philippot). Du piano au 5 cuivres, mĂ©lodies et rythmes gagnent un galbe nouveau, chaud et rond, oĂč la fusion des couleurs et des demi teintes cuivrĂ©es, en tuilage savamment calibrĂ©s, composent une mosaĂŻque sonore qui ressuscite le panache et la truculence ibĂ©riques. Granados permet de jouer sur la brillance caractĂ©risĂ©e et souvent opulente (pleine de saine ardeur mĂ©diterranĂ©nenne) des timbres : beaux contrastes de caractĂšres entre la valse lente et l’allegro humoristique, sans omettre l’abandon scherzando de « l’Allegretto » (au phrasĂ© Ă©lĂ©gantissime). Outre le dĂ©tail des lignes mĂ©lodiques, frappe aussi l’équilibre des plans sonores, une spatialisation naturelle instaurĂ©e par le volume propre Ă  chaque type d’instrument.

Saluons la Sonate de Derek Bourgeois (1980) en 3 mouvements: l’obligation de la prĂ©cision et de la synchronicitĂ©, le geste virtuose et libre y ont nĂ©cessairement scellĂ© ici une sonoritĂ© en partage que Local Brass dĂ©ploie remarquablement.
Comme un riche vitrail musical, colorĂ©, plein d’accents, la Sonate – triptyque joue sur l’ampleur et la rondeur de la sonoritĂ© globale et les profils individualisĂ©s que peuvent creuser chacun des instruments, surtout les 2 trompettes et le trombone. « L’Andante Piangevole » berce par sa calme mĂ©lopĂ©e, d’une sensualitĂ© inquiĂ©tante et grave
 tandis que fascine l’éloquence des seconds plans que sait ciseler chaque instrumentiste. Le finale brillant a le panache triomphant, clair et dĂ©monstratif.

CLIC D'OR macaron 200Et comme un feu d’artifice qui souligne encore l’éloquence de ce collectif Ă  la fois racĂ© et percutant, le mĂȘme Gabriel Philippot transcrit pour l’effectif enjouĂ©, la DanzĂłn n°2 d’Arturo MĂĄrquez : jubilation libre mais fine et prĂ©cise oĂč derechef le piano et les percus se joignent au Quintette inspirĂ©. Les 5 rendent hommage au fondateur du Sistema du Venezuela, JosĂ© Antonio Abreu, disparu en mars 2018, en une danse Ă  la fois mĂ©lancolique mais aux rythmes endiablĂ©s, irrĂ©sistibles auxquels les prodigieux cuivres, surtout trombone et tuba apportent un surcroĂźt de ronde bonhommie, de gĂ©nĂ©reuse ivresse, dĂ©licieusement chaloupĂ©e. Le rĂ©sultat transporte et surprend dans un morceau qui fut le plus jouĂ© de l’orchestre des Jeunes crĂ©Ă© par Abreu. RĂ©jouissante premiĂšre, et dans un effectif original.

 

 

 

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CD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / enregistrement réalisé en juil 2018)

Granados : Valses Politicos
Gengembre : Souffle du ciel sur l’acier
Enhco : A game for six*
Bourgeois : Sonata
Marquez : Danzon n°2**

Local Brass Quintet
François PETITPREZ / Trompette – ‹Javier ROSSETTO / Trompette – ‹Benoit COLLET / Cor‹ – Romain DURAND / Trombone – ‹TancrĂšde CYMERMAN / Tuba.
InvitĂ©s :‹ Thomas ENHCO / Piano‹* – Mathilde NGUYEN / Piano‹** – Cyrille GABET / Percussions**.

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/musique-de-chambre/stay-tuned-detail

Label : Klarthe Records
Référence : 8314288120825
EAN : 5051083142885

CD, critique. VIVALDI : Judith Triumphans, 1716 – Savall (2 sacd Alia Vox, oct 2018)

vivaldi-judith-triumphans-jordi-savall-alia-vox-cd-review-cd-critique-classiquenews-opera-review-critique-opera-9200000118447280CD, critique. VIVALDI : Judith Triumphans, 1716 – Savall (2 sacd Alia Vox, oct 2018) – Depuis 1714, en MĂ©diterranĂ©e : voilĂ  7 fois que Venise mĂšne une campagne contre les musulmans. Une catastrophe pour les europĂ©ens catholiques jusqu’à ce que les Habsbourg participent Ă  l’effort de guerre ; le 5 aoĂ»t, le Prince EugĂšne de Savoie mate les musulmans Ă  Petrovaradin. Puis ce fut l’éclatante victoire vĂ©nitienne sur Corfou. Vivaldi tĂ©moin vĂ©nitien de ce « prodige » inespĂ©rĂ©, compose pour l’Ospedale della PietĂ  dont il a Ă©tĂ© en mai 1716 confirmĂ© dans son poste de maestro de’ concerti, compose un oratorio spectaclaire, d’un luxe instrumental inouĂŻ alors, crĂ©Ă© in loco en novembre 1716 : Judith Triumphans. Le livret de Cassetti renforce l’angĂ©lisme fĂ©minin des hĂ©roĂŻnes (Judith / Abra) et Ă©voque avec grande poĂ©sie l’exploit de la juive, prĂȘte Ă  tout pour libĂ©rer son peuple des barbares Assyriens menĂ©s par le gĂ©nĂ©ral Holopherne. ÂgĂ© de 38 ans, le Pretre Rosso livre alors l’une de ses partitions les plus inspirĂ©es qui doit ĂȘtre mise en relation avec sa carriĂšre Ă  l’opĂ©ra. Les troupes rĂ©unies ans ce live d’octobre 2018 par Jordi Savall Ă  Paris, relĂšvent les multiples dĂ©fis d’un ouvrage ambitieux, trĂšs demandeur pour les chanteuses, tout autant redoutable pour les instrumentistes qui caractĂ©risent chaque sĂ©quence et chaque portrait dramatique, les vĂ©nitiennes comme les Assyriens. Tout en annonçant Haendel par sa verve et son imagination pastorale, Vivaldi inaugure alors une collection d’oratorios sur le thĂšme de la ville de BĂ©thulie libĂ©rĂ©e dont Jommelli (napolitain citĂ© par Balzac dans sa nouvelle musicale Sarrasine) puis Mozart seront les interprĂštes particuliĂšrement inspirĂ©s eux aussi (La Betulia Liberata sur un texte de MĂ©tastase).

Distinguons d’abord l’une des deux cantatrices d’exception qui illuminent le live parisien de 2018. Pour le rĂŽle de Vaghaus, le serviteur d’Holopherne, se dĂ©ploie le chant souple et angĂ©lique, ductile et inspirĂ© sans affĂšterie, et d’une trĂšs belle couleur dramatique, de la soprano Ă©cossaise Rachel Redmond. Sa conception du rĂŽle qui est celui d’un tĂ©moin face au bras armĂ©, vengeur de Judith, demeure plus que convaincante ; quand elle constate la mort de son maĂźtre au II, le serviteur bascule dans un air terrifiĂ© (lire ci dessous la partie II) : le timbre, le style, l’aisance et la brillance de la voix expriment au plus juste ce cƓur ardent et si tendre, complice de l’hĂ©roĂŻne («  Umbrae carae », oĂč elle dessine le destin guerrier certes mais surtout humain de la « Judith triomphante »).

HĂ©las, moins sĂ»r et moins affirmĂ©, d’une caractĂ©risation instable Ă  notre avis, l’Holopherne de Marina de Liso, d’autant que l’aplomb dramatique et expressif, plus Ă©vident en seconde partie, nuisent Ă  l’intelligibilitĂ© et l’articulation du texte.
Et la Judith de Marianne B. Kielland ? Le dĂ©but est bas, et trĂšs peu juste, plus mezzo serrĂ© que militante illuminĂ©e par son exploit Ă  venir. MĂȘme en cours de reprĂ©sentation, la chanteuse reste en deçà du rĂŽle : elle n’a ni le rayonnement moral, ni la dĂ©termination combattive ; et manque trop d’implication. D’une façon gĂ©nĂ©rale, le chant est lointain, distanciĂ© et trĂšs serrĂ©, avec des graves Ă©crasĂ©s. Dommage.
Heureusement Abra (le soprano fin et mordant de Lucia Martin-CartĂłn), dans sa couleur androgyne de petit garçon,  affirme une tout autre tempĂ©rament, plus naturel et bien articulĂ©, d’autant plus que son premier air l’expose particuliĂšrement, – avec seulement le continuo rĂ©duit Ă  la basse de viole
 Engagement plus subtil confirmĂ© par son air suivant avec choeur. Voici avec Vaghaus, l’emploi le plus mĂ©ritant de la soirĂ©e.

 
 

Judith triomphante
Tendresse guerriùre des femmes


 
 

Dans la rĂ©alisation orchestrale, malgrĂ© le manque de prĂ©cision comme de fiĂšvre de la mezzo dans le rĂŽle-titre, Jordi Savall soigne les dĂ©tails, couleurs, timbres, accents d’une partition qui touche souvent pas sa tendresse fĂ©minine ; comme si les personnages en cours d’action Ă©taient les premiers Ă  se surprendre par leur courage insoupçonnĂ©. On relĂšve de beaux moments comme ce monologue de Judith, Ă  la fois fĂ©minine (elle s’adresse Ă  sa suivante Abra) et pourtant femme forte, trĂšs dĂ©terminĂ©e pour sauver son peuple : du Vivaldi Ă  son meilleur ; ainsi le chalumeau / clarinette, aux couleurs dĂ©jĂ  romantique, pastorale et hautement inspirĂ©e (qui exprime la hauteur morale de l’hĂ©roĂŻne  : « Veni veni ma sequere fida”, plage 25). LĂ  encore, on regrette le manque de relief linguistique ; l’absence de mordant expressif de la part de la mezzo qui chante, dĂ©simpliquĂ© et plutĂŽt lisse.

judith-triumphans-oratorio-vivaldi-oratorio-critique-cd-alia-vox-opera-critique-review-classiquenews-jordi-savallLa seconde partie, dĂ©voilant la situation du camp des « barbares » assyriens en Thrace (Holopherne / Ozias) est plus dramatique, nerveuse, Ă©volution trĂšs palpable dans la tenue affinĂ©e de l’orchestre dans certains airs, Ă  la couleur sombre et virile (air d’Holopherne : « Nox obscura tenebrosa », dont la partie plus grave convient mieux Ă  Marina de Liso). Face Ă  l’ardent dĂ©sir qui brĂ»le le cƓur d’Holopherne, Judith exprime un autre feu, celui moral et spirituel exigĂ© par son Ăąme, prĂȘte Ă  verser le sang de l’infĂąme (air sur continuo de cordes en piz et mandoline : « Transit aetas, volant anni » : oĂč  MB Kielland fait surgir une sincĂ©ritĂ© jusque lĂ  absente qui relĂšve du gĂ©nie dramatique et poĂ©tique de Vivaldi. D’ailleurs sur ce mĂȘme registre de la sensibilitĂ© vivaldienne, il est tout autant pertinent de mettre en valeur comment Vivaldi nous transmet l’humanitĂ© du gĂ©nĂ©ral Holopherne, virilitĂ© capable de s’adoucir et de ciseler son dĂ©sir / amour pour la belle juive (superbe air pour hautbois et orgue obligĂ©s, en duos concertant : « Noli, o cara, te adorantis » : chanson amoureuse des plus tendres et suaves). Un chant de plĂ©nitude et d’extase amoureuse auquel rĂ©pond l’appel Ă  la paix pour une BĂ©thulie pacifiĂ©e, sans guerre, entonnĂ©e par une Judith transfigurĂ©e par cet humanisme pacifique et fraternel (« Vivat in pace »)
 Le compositeur sait se renouveler, subimant une partition qui n’aurait pu n’ĂȘtre qu’Ɠuvre de complaisance et strictement circonstantielle. Rien de tel.
EmblĂšmes d’une action musicale ciselĂ©e dramatiquement par Vivaldi, on sera passĂ© par des moments trĂšs raffinĂ©s eux aussi, comme celui du choeur de la soldatesque ivre (« Plena nectare »), d’une Ă©lĂ©gante et souple caractĂ©risation par Savall. Et quand la main droite assĂšne son coup tranchant, de dĂ©livrance (contre Holopherne, « l’impie, l’indigne tyran »), les instruments cisĂšlent le plus poĂ©tique des continuos, dans cet accomplissement Ă  la fois tragique et espĂ©rĂ© (air de Judith, plage 19 du cd2 : «  In somno profundo »), oĂč le violon solo indique clairement la peur de Judith et aussi sa volontĂ© de la dĂ©passer face Ă  l’horreur de son acte, et l’urgence Ă  accomplir son destin pour le bien de son peuple.

 
 

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MalgrĂ© les limites de la chanteuse dans le rĂŽle titre (petite voix, graves Ă©crasĂ©s), l’architecture dramatique et le traitement musical de l’exploit de Judith relĂšvent du gĂ©nie musical et poĂ©tique de Vivaldi. Dans la continuitĂ© de la sĂ©quence centrale, les deux airs qui suivent, celui d’Abra, incandescent, de libĂ©ration (« Si fulgida per te » par LucĂ­a Martin-CartĂłn, exaltĂ©e, articulĂ©e, troublante), puis le vertigineux et trĂšs mĂ©lismatique « Armatae face, et anguibus a cae » (Rachel Redmond, aux vocalises fouettĂ©es, prĂ©cises, en panique
 car son maĂźtre a Ă©tĂ© outrageusement dĂ©capitĂ© pendant son sommeil) ferment ce noyau tragique, dramatique, essentiel dans le dĂ©roulement de l’action. Les deux chanteuses -dĂ©jĂ  distinguĂ©es, hissent haut le niveau de l’incarnation vocale ; faisant de ses deux instants, de vraies fulgurances opĂ©ratiques. Les perles de l’oeuvre et de la distribution.
La suite est plus convenue, et strictement de complaisance, par la voix d’Ozias, qui rĂ©vĂšle alors la clĂ© sĂ©mantique de cet oratorio que d’aucun aurait trouvĂ© Ă©loignĂ© de la geste hĂ©roĂŻque vĂ©nitienne : en rĂ©alitĂ©, Cassetti a Ă©crit un txte cĂ©lĂ©brant la gloire des VĂ©nitiens victorieux ; comme est invincible BĂ©thulie, libĂ©rĂ©e par Judith, Venise la sĂ©rĂ©nissime est elle aussi imprenable : l’oratorio de 1716 cĂ©lĂšbre la victoire de Venise contre les turcs, grĂące au triomphe du MarĂ©chal  Matthias von Schulenburg Ă  Corfou en juillet 1716.

La distribution reste inĂ©gale voire dĂ©sĂ©quilibrĂ©e, le maillon faible Ă©tant la Judith, serrĂ©e, poitrinĂ©e et peu articulĂ©e de MB Kielland. GalvanisĂ©es par la finesse Ă©lĂ©gante des instrumentistes dirigĂ©s par Jordi Savall, les deux sopranos, Rachel Redmond et LucĂ­a Martin-CartĂłn, nous rĂ©galent toutes deux de chacun de leurs airs, dont ceux si difficile de la seconde partie (« pars altera »). La vision de Savall apporte un Ă©clairage vivifiant sur le texte et la parure vivaldiens. Les couleurs et le rythme tragique de cet oratorio de pleine maturitĂ© rĂ©sonnent ici comme ceux d’un opĂ©ra sacrĂ©. La tendresse qui rayonne par et autour du personnage de Judith, la gloire instrumentale qui lui est promise, acquise face Ă  sa force morale et l’accomplissement de l’acte, les couleurs tendres et humaines de l’action sont clairement dĂ©ployĂ©s sous une direction dĂ©taillĂ©e et aĂ©rĂ©e ; clairement, ce Vivaldi de 1716 annonce directement par la caractĂ©risation poĂ©tique des situations et le portrait vocal des protagonistes
 les meilleurs oratorios de Haendel. En dĂ©pit de nos rĂ©serves, la lecture est exaltante et dramatiquement idĂ©alement caractĂ©risĂ©e.

 
 

 
 

 
 

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CD, critique. Antonio Vivaldi : Judith Triumphans / Judith triomphante (2 sacd ALIA VOX, live oct 2018)
Le Concert des Nations
La Capella Reial de Catalunya
Jordi Savall, direction

distribution :
Marianne Beate Kielland, mezzo-soprano (Judith)
Rachel Redmond, soprano (Vagaus)
Marina De Liso, mezzo-soprano (Holopherne)
LucĂ­a MartĂ­n-CartĂłn, soprano (Abra)
Kristin Mulders, mezzo-soprano (Ozias)
Lluís Vilamajó, chef de chƓur
Manfredo Kraemer, concertino

Illustrations :
Judith (August Riedel, 1840, illustration ci-contre) ·
Judith tient la tĂȘte d’Holopherne par Cristoforo Allori – le visuel du cd Alia Vox ne reprĂ©sente pas la meilleure version de l’oeuvre qui est conservĂ©e aux Palazzo Pitti Ă  Florence (DR).

 
 

 
 

Livre événement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019)

domenico-scarlatti-portrait-classiquenews-portrait-concert-festival-critique-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019). L’oeuvre dĂ©voile et prĂ©cise le profil d’un auteur qui se dĂ©robe
 La question est donc posĂ©e : Mais qu’est-ce qu’une sonate de Scarlatti ? « Un monde miniature. L’infiniment grand dans l’infiniment petit. Un tĂ©lescope dans lequel on voit se mouvoir les planĂštes dans un univers en expansion. De la vie condensĂ©e et de la fantaisie cadenassĂ©e par les mathĂ©matiques.Des “comprimĂ©s de bonheur” comme Ă©crivait Giono
 Et beaucoup d’autres choses que l’on va dĂ©couvrir dans cet ouvrage
. « . ComplĂ©tons la prĂ©sentation de l’éditeur, en particulier l’expression de l’amour secret inavouĂ© du maĂźtre professeur pour son Ă©lĂšve si douĂ©e, Maria Barbara, jeune princesse de Lisbonne, bientĂŽt Reine d’Espagne.
Chacune des 555 Sonates de Domenico Scarlatti le fils (1685 – 1757) ne serait-elle pas le fruit d’un pacte secret, entre la souveraine et le compositeur qui fut son professeur de clavecin depuis sa premiĂšre adolescence ? En explicitant la genĂšse de ces Ɠuvres inclassables, pochades dont la rapiditĂ© fulgurante le dispute Ă  la volubilitĂ© expressive, l’auteur, dans un style remarquablement fluide – comme l’art de Domenico, touche au plus juste : ce qui fonde ici l’amitiĂ© et l’estime entre le serviteur et la reine ; le mentor et la bien nĂ©e inacessible, et pourtant si complice.
La figure de Carlo Broschi, c’est Ă  dire Farinelli lui mĂȘme, le plus grand sopraniste et castrat napolitain du XVIIIĂš croise le chemin et la destinĂ©e romanesque de ce couple impossible. Dans une relation intime avec le couple royal, Maria Barbara et son Ă©poux Ferdinand VI en poste Ă  Madrid dĂšs 1746, Domenico livre toute la musique personnelle, de connivence avec le responsable des divertissements royaux, Farinelli. On se prĂȘte alors Ă  fantasmer aux duos savoureux entre Farinelli et la Reine accompagnĂ©s par Scarlatti II au clavier.
scarlatti domenico biographie portait livre martin mirabel actes sud critique review livre classiquenewsPersonnalitĂ© lunaire, presque saturnienne mĂȘme, c’est Ă  dire rĂȘveuse, secrĂšte et pudique, Scarlatti se dĂ©voile Ă  pas comptĂ©s dans un texte qui ressuscite le cercle de ses proches, les acteurs de sa vie musicale : sa rencontre avec son futur disciple Ă  Madrid, Padre Soler qui sous la dictĂ©e du MaĂźtre, copie chaque Sonate pour les archives de la Reine (aujourd’hui 15 volumes conservĂ©s Ă  Venise, et qui furent ainsi vendus aprĂšs la mort de Farinelli en 1782, rĂ©cupĂ©rĂ©s par la SĂ©rĂ©nissime pour la Marciana). Mais si Scarlatti l’homme a gardĂ© ses secrets (dure relation avec le pĂšre ; trop discrĂšte vie sentimentale, ses goĂ»ts musicaux, etc
), l’impact de son art, la fascination qu’exercent toujours ses exercices improvisĂ©s, heureusement notĂ©s pour partie dans les partitions qui nous sont parvenues (Essercizi) produisent un effet immĂ©diat dĂšs aprĂšs sa mort : comprenant qu’ils ont affaire Ă  un gĂ©nie du clavier, avec Bach, Clementi, Liszt, - Chopin mĂȘme, le jouent, le comprennent, l’estiment. Plus tard, Schumann admiratif, en transmet le culte au jeune Brahms, qui aimera consulter et jouer les presque 250 essercizi de sa collection personnelle. Mais au delĂ  de la virtuositĂ© technique que Scarlatti pose d’emblĂ©e Ă  tout interprĂšte dĂ©fricheur, comme condition sinequanon, Wanda Landowska, la pionniĂšre pour sa rĂ©habilitation au dĂ©but du XXĂš rĂ©tablit le lien vital qui unit la musique dansante de Scarlatti avec la rue grouillante et populeuse. La vie plutĂŽt que la sophistication musĂ©ale. La pulsion du dĂ©sir plutĂŽt que la technicitĂ© mĂ©tronomique
 Le secret de Scarlatti est lĂ  : exprimer le flux du sang, la vitalitĂ© suractive des artĂšres, la saine palpitation de la rue bariolĂ©e. Texte captivant et limpide. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

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CLIC D'OR macaron 200Livre Ă©vĂ©nement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019) – 10,0 x 19,0 / 176 pages – ISBN 978-2-330-12225-6 – Prix indicatif : 17 € – CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019

DAMIEN TOP chante les mĂ©lodies d’ALBERT ROUSSEL

damien_top_tenor1_285_285rPARIS, Salle Cortot. ROUSSEL : MĂ©lodies. Ven 20 sept 2019. Le tĂ©nor Damien TOP, grand-spĂ©cialiste de l’oeuvre d’Albert Roussel et biographe inspirĂ©, propose une soirĂ©e exceptionnelle dĂ©diĂ©e au mĂ©lodies de Roussel, un Ă©vĂ©nement dans l’agenda parisien et qui vient opportunĂ©ment cĂ©lĂ©brĂ© l’anniversaire ROUSSEL 2019 (150Ăš anniversaire de la naissance). Plusieurs inĂ©dits (La chanson de l’archer, Tristesse au jardin
) seront recrĂ©Ă©s salle Cortot, cristallisant ce qui dĂ©termine l’inspiration du compositeur douĂ© pour le raffinement et l’allusion, classicisme et exotisme (en liaison avec son premier mĂ©tier d’officier de la Marine).
Paris n’a pas accueilli de rĂ©citals de mĂ©lodies de Roussel depuis trĂšs longtemps ; assez pour faire du rĂ©cital de Damien Top un Ă©vĂ©nement remarquable dans l’annĂ©e Roussel en France. Le tĂ©nor avait prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ© un programme en 1987 Ă  Tourcoing, la ville natale de Roussel, pour le 50Ăš anniversaire de sa mort. A peu prĂšs la moitiĂ© de ses mĂ©lodies seront ainsi ressuscitĂ©es, vrais dĂ©fis pour les interprĂštes car Roussel, connu pour son perfectionnisme, ne laisse rien au hasard.
En ouverture, un essai de jeunesse, d’amateur, destinĂ©e peut-ĂȘtre aux salons, (ou Ă  une soirĂ©e entre marins
), La Chanson de l’archer datĂ©e de 1885/90 est tirĂ©e du Conte de l’Archer, de 1883 d’Armand Silvestre, dans lequel Roussel puisa en ces jeunes annĂ©es Ă  diverses reprises. Comme l’ai fait aussi Massenet.
Sous Louis XI, l’archer Tristan « sorte de poĂšte, aimant Ă  rĂȘver aux Ă©toiles par les belles nuits d’étĂ© » revient vers Isabeau sa bien-aimĂ©e. Roussel pour son dernier projet “Le TĂ©mĂ©raire” en 1937 semble renouer avec sa premiĂšre oeuvre ; il y est question Ă©galement de Louis XI, contre lequel se rĂ©voltent le Duc de Bourgogne et le peuple flamand.
La Chanson Ă©voque le terreau d’oĂč est parti le compositeur. Un auteur douĂ© pour la mĂ©lodie comme l’attestent les piĂšces qui suivent : sa premiĂšre mĂ©lodie publiĂ©e, l’op.3 : Le DĂ©part, partition de perfection qui est suivie d’un chef-d’oeuvre : Le Jardin mouillĂ©.

Le reste du programme souligne la variĂ©tĂ© d’inspiration du musicien, son extrĂȘme habiletĂ©, sa subtilitĂ© suggestive. AprĂšs une longue pĂ©riode oĂč le compositeur puise dans les vers d’Henri de RĂ©gnier, – pĂ©riode de ses Ă©tudes Ă  la Schola Cantorum, Roussel se tourne vers l’exotisme des adaptations d’Henri Pierre RochĂ© avec les poĂšmes chinois dont il s’inspire Ă  trois reprises. Si les modes pentatoniques innervent les premiers, l’opus 47 nous mĂšne au bout de ses recherches d’Ă©criture, allant au delĂ  de la tonalitĂ© en perdant tout repĂšre. A l’aprĂšs-guerre, Roussel interroge l’AntiquitĂ© grecque (comme l’attestent ses Ɠuvres symphoniques : La Naissance de la lyre, Bacchus et Ariane, etc.). Dans le genre de la mĂ©lodie, il s’agit des Odes AnacrĂ©ontiques, textes de Leconte de Lisle qui mĂȘlent bravoure guerriĂšre, amour ivresse.

 

 

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PARIS, Salle Cortotboutonreservation
Récital de Damien TOP, ténor
MĂ©lodies d’Albert ROUSSEL
Vendredi 20 septembre 2019, 20h30

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.sallecortot.com/concert/albert_roussel__luvre_melodique.htm?idr=28239

 

 

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Programme :

 

La Chanson de l’archer, inĂ©dit
Tristesse au jardin, inédit
Quatre PoĂšmes op. 3 (1903) : Le DĂ©part, VƓu, Le Jardin mouillĂ©, Madrigal lyrique
Flammes op. 10 (1908)
Deux PoÚmes chinois op. 12 (1907-1908) : Ode à un jeune gentilhomme, Amoureux séparés
Deux mélodies op. 20 (1919) : Le Bachelier de Salamanque, Sarabande
Odes anacrĂ©ontiques op. 31 (1926) : Sur lui-mĂȘme, Qu’il faut boire, Sur une jeune fille
Odes anacrĂ©ontiques op. 32 (1926) : Sur lui-mĂȘme, Sur une jeune fille, Sur un songe
Jazz dans la nuit op. 38 (1928)
A Flower given to my daughter op. 44 (1931)
Deux poÚmes chinois op. 47 (1932) : Favorite abandonnée, Vois de belles filles
Deux mĂ©lodies op. 50 (1933-1934) : L’Heure du retour, CƓur en pĂ©ril

 

 

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ROUSSEL MÉLODISTE


gorge-du-petit-aillyD’autres poĂštes souvent secondaires dont il choisit les meilleurs textes (Jean-Aubry, Chalupt, Ville, Oliphant…) constituent un autre corpus remarquable . Roussel revient Ă  plusieurs reprises Ă  RenĂ© Chalupt (un goĂ»t que partage Delvincourt : “Onchets“,1929) pour nous livrer notamment l’absolue rĂ©ussite de l’opus 20 : Sarabande et Le Bachelier de Salamanque. Comme Ravel, grand amateur des rythmes outre-Atlantique, la connaissance du jazz dans l’écriture de Roussel se retrouve synthĂ©tisĂ©e  et distanciĂ©e dans Jazz dans la Nuit, Ă©tonnante crĂ©ation.
Le concert s’achĂšve avec sa derniĂšre mĂ©lodie publiĂ©e, une sorte de testament Ă  destination de son Ă©pouse bienaimĂ©e : ” Si quelquefois tu pleures, cherche-moi prĂšs de toi, j’y serai.” Le contrepoint y devient Ă©pure, digne rĂ©fĂ©rence Ă  
 Bach.
« Chaque mélodie constitue un univers ayant son style propre et cette faculté de renouvellement constant est admirable chez Roussel. Aucune oeuvre ne se ressemble et pourtant dÚs les premiÚres mesures, un style inimitable se dégage », précise Damien TOP.

 

 

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LIRE aussi prĂ©sntation de l’Ɠuvre d’ALBERT ROUSSEL
par le CIAR Centre International Albert ROUSSEL
http://ciar.e-monsite.com
Présentation du 23Ú Festival International ALBERT ROUSSEL

LIRE aussi notre critique du livre de Damien TOP : ALBERT ROUSSEL
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-albert-roussel-par-damien-top-bleu-nuit-editeur-collection-horizons/
CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2016

 

 

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CD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019)

berlioz-requiem-nelson-hon-londres-saint-paul-philharmonia-orchestra-michael-spyres-requiem-critique-cd-review-cd-classiquenewsCD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019). Oeuvre fĂ©tiche pour Berlioz, le Requiem explore mieux qu’aucune autre de ses Ɠuvres la puissance de la spatialisation adaptĂ©e pour un trĂšs grand effectif voix / instruments. Ici dans la dĂ©mesure du chƓur et dans l’orchestre monstrueux, se dresse le peuple des hommes dĂ©semparĂ©s par l’inĂ©luctable mort. RĂ©alisĂ© pour les funĂ©railles du gĂ©nĂ©ral DamrĂ©mont, mort au combat pendant la prise de Constantine, Ă©pisode majeur de la conqĂȘte de l’AlgĂ©rie par la France, la partition monumentale est crĂ©Ă©e aux Invalides le 5 dĂ©c 1837, sous la direction du chef beethovĂ©nien et berliozien, François-Antoine Habeneck, avec le tĂ©nor Gilbert Duprez (qui crĂ©era ensuite le rĂŽle de Benvenuti Cellini).
EnregistrĂ© Ă  la CathĂ©drale Saint-Paul de Londres le 8 mars 2019 par plus de 300 musiciens et choristes et le tĂ©nor Michael Spyres, la fresque berliozienne si elle tutoie le colossale, comme le Jugement Dernier Ă  saint-Pierre par Michel Ange, n’écarte pas surtout la dĂ©chirante plainte humaine. John Nelson signe ici une lecture nimbĂ©e de spiritualitĂ© dans une sonoritĂ© ample et pourtant claire, qui fouille jusqu’aux limites, la sensation spatiale Ă  laquelle tenait tant le bouillonnant auteur de la Fantastique.

L’excellente prise de son restitue l’ampleur sous la voĂ»te londonienne, avec des effets de rĂ©verbĂ©rations qui obligent les interprĂštes et le chef Ă  nĂ©gocier avec le retour et le son tournoyant, afin de rĂ©gler la prĂ©cision des attaques et des tutti (ce qui n’écarte pas certains dĂ©calages). De ce point de vue, le spectre sonore ajoute Ă©videmment Ă  la noblesse grave, cette langueur d’abandon qui marque le premier mouvement (IntroĂŻt), dans lequel on regrette cependant la dilution des voix chorales (les femmes et les tĂ©nors principalement). MalgrĂ© ces infimes rĂ©serves, le grand Ɠuvre berliozien s’extirpe ici de sa gangue obscure pour atteindre dans des tutti sidĂ©rants, la lumiĂšre d’une priĂšre sincĂšre. D’un coup s’élĂšve et se dresse l’humanitĂ© atteinte, dĂ©sireuse de dĂ©passer sa condition mortelle grĂące Ă  la seule misĂ©ricorde. Le relief de l’orchestre, la prĂ©sence des instruments par pupitres, l’accord des timbres composent un mĂ©lange harmonique, des couleurs irrĂ©elles, oĂč la spiritualitĂ© le dispute au pur fantastique, selon l’esthĂ©tique du grand Hector.

 

 

 

Ampleur et solennité,
drame et fantastique,
John Nelson inscrit le Requiem de Berlioz
dans un nimbe spirituel

 

 

 

HumanitĂ© et fraternitĂ©, Ă©lan imploratif et Ă©clairs surrĂ©els voire surnaturels, inscrits dans les vastes lignes instrumentales, forment peu Ă  peu dans ce fabuleux concert londonien, la grande mystique de Berlioz. On passe d’une sĂ©quence Ă  l’autre, saisis par l’audace des couleurs, les vertiges nĂ©s de cette spatialisation – l’expression et les visions cosmiques, d’un Berlioz visionnaire et prophĂšte. Il n’y a pas dans toute la littĂ©rature musicale au XIXĂš, de Requiem plus Ă©thĂ©rĂ©, plus suspendu, aĂ©rien, prophĂ©tisant la promesse de Paradis que dans celui de Berlioz. John Nelson l’a bien compris qui dessine et brosse la pĂąte de Berlioz avec des accents justes en souplesse et profondeur.

Jusqu’à l’Offertoire  (chƓur des Ăąmes au Purgatoire), tout s’énonce comme un appel, une priĂšre, une requĂȘte (depuis le Kyrie) ; soit la grande question de la mort, interrogeant le pourquoi et le sens de la faucheuse (marche douloureuse du Dies Irae, jusqu’à l’effroi saisissant du Tuba mirum et du Rex Tremendae
). Toujours la question du salut s’impose (« Qui sum », 3 : adressĂ© directement au « doux JĂ©sus / Pie Jesu » ).
Le chƓur murmurĂ© au dĂ©but, se lĂšve, puis martial, exhorte, bataille ; mĂšne un front certes dĂ©risoire, mais oĂč toute les forces mortelles sont engagĂ©es.
Une humanitĂ© bientĂŽt submergĂ©e par la vision du TrĂŽne au moment du jugement dernier : cuivres majestueuses aux effets spectaculaires (« le trompette au son prodigieux  ») : tout l’imaginaire spectral et cosmique de Berlioz prend forme dans cette sĂ©quence Ă  couper le souffle, idĂ©alement amplifiĂ©e et dramatisĂ©e par le lieu qui rassemble les interprĂštes, et qui dans le vacarme et la souple dĂ©flagration exprime le miracle (espĂ©rĂ©, attendu) de la RĂ©surrection. L’intelligence du chef, architecte de cette dĂ©mesure dont il assure la clartĂ© et l’équilibre en gardien, s’affirme dans cet Ă©chelle du colossal et du fantastique.

IMMENSITÉ ET CHAMPS SONORES
 Le Domine Jesu (VII) en serait le sommet oĂč perce la plainte collective d’une humanitĂ© en transit, au salut suspendu, qui espĂšre et est perdue Ă  la fois. Nelson joue sur l’immensitĂ© sonore, l’ample rĂ©verbĂ©ration lĂ  encore de la cathĂ©drale Saint-Paul ; ciselant les ondes d’un vortex proche et lointain, inscrit dans une mĂ©moire ancestrale ; il en sculpte les vagues distanciĂ©es, Ă©loignĂ©es, Ă©tagĂ©es, dans un infini spatial dont Berlioz a le secret (et le gĂ©nie : sur les mots « et sanctus Michael signifer »  ).
Cristallisation de l’imploration, et accomplissement d’un spectaculaire sonore qui signifie le dĂ©sincarnĂ© ultime de la mort.
On reste saisi par le rĂ©alisme sĂ©pulcral de l’Hostias (morsure presque grimaçante des cuivres), chƓur d’hommes implorants lĂ  encore, d’une sincĂ©ritĂ© bouleversante, auquel rĂ©pond l’ironie cynique des trombones et des tubas.

Puis c’est l’élĂ©vation du Sanctus, pour tĂ©nor solo dont la tendresse du timbre exprime un instant de grĂące et l’humilitĂ© du pĂȘcheur, en son sort dĂ©sespĂ©rĂ© ; vaillant, presque hĂ©roĂŻque mais sans orgueil aucun, et d’une humanitĂ© fraternel qui appelle la 9Ăš de Beethoven, le trĂšs berliozien Michael Spyres rĂ©tablit cette Ă©chelle individuelle dans la fresque qui le dĂ©passe.

 

 

   

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, John Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019). La version deluxe (double coffret) comprend en bonus, 1 dvd proposant l’intĂ©gralitĂ© du concert filmĂ© en la cathĂ©drale Saint-Paul de Londres.

 

 

 

Michael Spyres, ténor
Philharmonia Orchestra
Philharmonia Chorus
London Philharmonic Choir
John Nelson, direction

Grande Messe des morts, Op. 5, H. 75 / 1837 :

I. Requiem – Kyrie (IntroĂŻt) (Live)
II. Dies irae – Tuba mirum
III. Quid sum miser
IV. Rex tremendae
V. Quaerens me
VI. Lacrymosa

VII. Offertoire – Domine
VIII. Offertoire – Hostias

IX. Sanctus
X. Agnus Dei

ARTE : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra

autoportrait degas Degas_Edgar_21_autoportrait_maxARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS Ă  l’OpĂ©ra
 Au thĂ©Ăątre lyrique, le peintre Edgar Degas (1834 – 1917) qui dĂ©testait Wagner, c’est peut-ĂȘtre lĂ  son seul dĂ©faut, anlayse, observe, scrute les corps en mouvement. Non pas ceux des chanteurs acteurs, moins les instrumentistes en fosse (quoiqu’il joue des formes des instruments : crosses, archets, etc
), surtout ce qui passionne le peintre , quand mĂȘme un peu voyeur, ce sont les danseuses. En 1868, il immortalise la danseuse EugĂ©nie Fiocre interprĂšte du ballet la Source, rĂ©cemment remis Ă  l’honneur de l’OpĂ©ra Garnier. Degas frĂ©quente assidument l’OpĂ©ra de Paris, alors rue Le Peletier
 Puis il croque au pastel, attitudes, contorsions bridant les corps, mouvements en groupe
, port de tĂȘte, arabesques des bras, des jambes, dĂ©tail des mains. Aucun portrait sauf Fiovre au dĂ©part : que des attitudes
 et des ĂȘtres qui souffrent, dans des compositions audacieuses, des cadrages photographiques. Il en dĂ©coulera la statue en cire perdue, scandaleuse tant elle est rĂ©aliste, de La Petite danseuse de 14 ans
 GrĂące Ă  son ami le librettiste et compositeur Ludovic HalĂ©vy, Degas peut atteindre les coulisses et assister aux cours et rĂ©pĂ©titions ses spectacles. Aucun doute, mĂȘme si aprĂšs l’incendie de l’OpĂ©ra Le Peletier et au moment de l’édification du futur opĂ©ra Garnier, Degas dĂ©sormais rĂ©invente ce qu’il a vu et observĂ©, dans son atelier, le temple lyrique et chorĂ©graphique demeure son laboratoire : une source essentielle pour sa crĂ©ativitĂ© d’une exceptionnelle modernitĂ©. Mais au gĂ©nie des formes nouvelles et des dispositions novatrices, Degas, mĂȘme s’il se refuse Ă  ĂȘtre dĂ©nonciateur, peint aussi la rĂ©alitĂ© sociale du mĂ©tier de danseuse : l’exposition au dĂ©sir et Ă  la convoitise des abonnĂ©s mĂąles, qui, dans la coulisse, contrastant avec le raffinement et la magie de la scĂšne, cherchent Ă  sĂ©duire et payer les jeunes crĂ©atures pour quelques heures de plaisir. De l’art Ă  la prostitution, il n’y a que quelques pas de danse, menus, menus.  Documentaire inĂ©dit, 2019. RĂ©alisation : Blandine Armand, Vincent Trisolini – 52 mn.

 

 

 

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arte_logo_2013ARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS Ă  l’OpĂ©ra
 17h35. Documentaire en liaison avec l’exposition Ă©vĂ©nement rĂ©prĂ©sentĂ©e par le MusĂ©e d’Orsay jusqu’au 19 janvier 2020 : http://www.classiquenews.com/paris-exposition-musee-dorsay-degas-a-lopera-24-sept-2019-19-janv-2020/

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae)

DUKAS-paul-Pauline-Ritaine-ecrits-critique-musical-DUKAS-opera-analyse-critique-livre-critique-classiquenews-aedam-musicae-sep-2019LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae). Avec Camille Saint-SaĂ«ns ou Claude Debussy, le Prix de Rome (1889) Paul Dukas (1865-1935) a suivi le sillage d’Hector Berlioz comme critique musical. Lorsqu’un compositeur dĂ©crypte le travail d’autres confrĂšres, la vision est toujours solidement argumentĂ©, rĂ©vĂ©lant autant sur les Ɠuvres concernĂ©es que sur son Ă©criture et son esthĂ©tique propres. Érudit et d’un goĂ»t trĂšs fin, l’auteur du seul opĂ©ra Ă  la fois wagnĂ©rien et debussyste : Ariane et Barbe-Bleue (1907), de L’Apprenti sorcier (1897) ou de La PĂ©ri (1911) – emblĂšme de l’ñge d’or du symphonisme et de l’opĂ©ra français fin de siĂšcle / Belle Époque, rĂ©dige entre 1892 et 1932 presque quatre-cents articles oĂč la finesse le dispute Ă  un sens de la synthĂšse et de la contextualisation selon les idĂ©es et les courants de pensĂ©e Ă  son Ă©poque. Ainsi ni la polĂ©mique, ni l’ironie ne sont exclues. Dukas commente, analyse, dĂ©tecte les dĂ©fauts ou les longueurs (Dans la Walkyrie, le long duo Wotan / Fricka), identifie ce qui dĂ©termine les Ă©lĂ©ments esthĂ©tiques contemporains : symbolistes, impressionnistes, vĂ©ristes, wagnĂ©rien Ă©videmment, et spĂ©cifiquement français. Autant de convictions d’une pensĂ©e construite et trĂšs affinĂ©e qui sait dĂ©tecter les bouleversements esthĂ©tiques et institutionnels dont les rĂ©formes de l’OpĂ©ra et du Conservatoire de Paris (oĂč il enseigne tardivement la composition).
Comme Saint-Saëns, Dukas se passionne pour la redécouverte du patrimoine musical ancien (Renaissance, Baroque
) : folklores régionaux et aussi musiques extra-européennes.
Mais tout cela lui pĂšse car son temps d’écriture et d’analyse dĂ©vore celui dĂ©diĂ© Ă  la composition : il s’en ouvre clairement Ă  Vincent d’Indy qui lui, a toujours su refusĂ© toute demande de rĂ©daction critique (ce qui n’empĂȘcha pas d’affirmer haut et fort ses propres certitudes).
Dans ce volume 1, dĂ©diĂ© au « thĂ©Ăątre lyrique », l’auteure organise le corpus autographe non pas chronologiquement mais thĂ©matiquement, identifiant les grands sujets qui ont inspirĂ© le Dukas critique musical : « art & sociĂ©té » ; critiques (Hippolyte et Aricie, Castor, Les Indes Galantes
 de Rameau, mars 1894 ; La FlĂ»te enchantĂ©e, Don Juan de Mozart ; Armide et OrphĂ©e de Gluck ; Fidelio de Beethoven
, surtout la TĂ©tralogie, 1892 et Tristan, 1899, de Wagner car Dukas cĂšde aux miroitements orchestraux de Wagner ; puis le « thĂ©Ăątre lyrique contemporain » : entre autres, Samson de Saint-SaĂ«ns (1892), Werther de Massenet (1893), Falstaff de Verdi (1894), Ferval de D’Indy (1897), Louise de Charpentier (1900), les Barbares de St-SaĂ«ns (1901), Le Roi Arthus de Chausson (1903), PadmĂąvatĂź de Roussel ou Les Noces de Stravinsky (1923). Captivant regard d’un critique lui-mĂȘme compositeur pour l’opĂ©ra. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae / Coll. Musiques-XIX-XXe siĂšcles – 344 pages – Format : 17.5 x 24 cm (Ă©p. 2.5 cm) (625 gr) – DĂ©pot lĂ©gal : Juillet 2019 – Cotage : AEM-189 – ISBN : 978-2-919046-42-3 – CLIC de classiquenews septembre 2019.

Plus d’infos sur le site musicae.fr :
http://www.musicae.fr/livre-Paul-Dukas—Ecrits-sur-la-musique-Edite-par-Pauline-Ritaine-189-150.html

LIVRE Ă©vĂ©nement : Écrits de Vincent d’Indy, volume 1, 1877-1903 (Actes Sud)

dindy-vincent-ecrits-vol-1-1877-1903-actes-sud-livre-critique-review-clic-de-classiquenews-actes-sud-palazzettoLIVRE Ă©vĂ©nement : Écrits de Vincent d’Indy, volume 1, 1877-1903 (Actes Sud). Voici le premier volume d’une correspondance Ă  suivre absolument, rĂ©digĂ©e par un pilier du romantisme français postwagnĂ©rien : admirateur de Wagner mais aussi fervent critique quant Ă  l’Ɠuvre du compositeur nĂ© Ă  Leipzig ; comme son maĂźtre CĂ©sar Franck dont il prolonge l’idĂ©al artistique et humaniste, Vincent d’Indy (1851-1931) veille Ă  redĂ©finir les ferments et caractĂšres de la musique romantique spĂ©cifiquement française (d’oĂč sa curiositĂ© qui plonge dans les rĂ©pertoires anciens, Renaissance et Baroque au premier chef). C’est aussi une personnalitĂ© charismatique et officielle, en marge des institutions (Prix de Rome particuliĂšrement et lĂ©gitimement dĂ©prĂ©ciĂ© ; Conservatoire de Paris mis Ă  distance
) qui sait Ă©crire pour dĂ©fendre ses convictions, tout en ayant fait le vƓu de ne critiquer aucun de ses confrĂšres (contrairement au Berlioz passionnĂ©, Ă©ruptif
 ouvertement impliquĂ© et sans scrupules quand il faut juger, mettre en piĂšce ou tresser un dythirambe
).

GrĂące Ă  ce premier corpus de lettres et correspondances, surgit une figure Ă©minente de la scĂšne musicale française. ÉlĂšve de CĂ©sar Franck, fervent wagnĂ©rien, membre de la SociĂ©tĂ© nationale de musique, cofondateur puis directeur de la Schola Cantorum, D’Indy a la passion de la transmission, de la pĂ©dagogie, au service de la seule musique française. De lettres en lettres, se prĂ©cise le compositeur, chef d’orchestre, pĂ©dagogue, organisateur de concerts, confĂ©rencier… Il est temps de nuancer le profil d’un militant « nationaliste » rĂ©duit Ă  l’excĂšs Ă  un caractĂšre « dogmatique, rĂ©actionnaire, voire antisĂ©mite »  lire dans le texte D’Indy, permet de requalifier ses prises de positions, de mesurer l’immense apport qu’il a su dĂ©ployer au profit du romantisme français Ă  l’époque du wagnĂ©risme triomphant.

 

 

 

D’Indy dans le texte

Nationaliste et pédagogue

 

EditĂ©s et commentĂ©s pour la premiĂšre fois, « écrits publics du musicien – articles, confĂ©rences, discours, rĂ©ponses Ă  enquĂȘte, entretiens », Ă©clairent l’évolution de la pensĂ©e, ses affirmations, son souci, ses « idĂ©es esthĂ©tiques, politiques et pĂ©dagogiques » dans le contexte d’une pĂ©riode au fort accent patriotique, propre aux annĂ©es 1870 – 1900. D’Indy incarne comme CĂ©sar Franck son guide esthĂ©tique et spirituel, une Ă©thique oĂč la musique a une dimension spirituelle et une trĂšs forte qualitĂ© Ă©ducative.

A travers ce premier corpus de textes autographes (1877-1903), Vincent d’Indy inspirĂ© et mordant, Ă©voque et analyse le milieu musical et artistique de son temps : « wagnĂ©risme, thĂ©Ăątre lyrique, musique religieuse, chanson populaire, musique ancienne et modernitĂ©, enseignement, mais aussi Ă©ducation populaire et dĂ©centralisation, rapports entre l’art et l’État  »
D INDY vincent dossier ecrits classiquenews Vincent_d'Indy_1914S’y dĂ©tache outre le souci de la pĂ©dagogie, une curiositĂ© universelle, qui profite autant aux crĂ©ateurs contemporains, qu’aux riche patrimoine du passĂ©. D’Indy s’intĂ©resse Ă  la musique chorale ancienne, du Gothique, de la Renaissance, du Baroque, en un vaste regard analytique qui interroge l’histoire des formes. L’amplitude de la pensĂ©e est exceptionnelle, rĂ©vĂ©lant l’unicitĂ© d’un auteur cultivĂ© et humaniste; qui s’intĂ©resse Ă  toutes les manifestations de l’art, musique et autres disciplines
 de Palestrina, de Monteverdi aux tragĂ©dies lyriques de Rameau et de Gluck, de Beethoven et de Schumann, au PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy. Passionnant.

 
 

 

 

 
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CLIC_macaron_2014LIVRE Ă©vĂ©nement : Écrits de Vincent d’Indy, volume 1, 1877-1903 (Actes Sud). 648 pages CoĂ©dition Palazzetto Bru Zane – ISBN 978-2-330-12368-0 – Prix indicatif : 45 €

https://www.actes-sud.fr/catalogue/musique/ecrits-de-vincent-dindy-volume-1

 

 

 
 

CD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018)

gounod faust rousset gens palazzetto critique cd classiquenews review critique opera classiquenews bernheim gens bou rousset talens lyriques critique classiquenewsCD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018). Et voici un nouvel opus de la collection « opĂ©ra français » ( / French opera) Ă©ditĂ© par le Palazzetto vĂ©nitien Bru-Zane, aux initiatives exploratrices de rĂ©fĂ©rence. Faust complĂšte notre meilleure connaissance du Gounod lyrique, aprĂšs les prĂ©cĂ©dents livres disques Cinq-Mars (Ă©clairant ode dernier Gounod) et Le Tribut de Zamora (de 1881). Le pilier de l’opĂ©ra français, aprĂšs Thomas, avant et Bizet et Massenet, mĂ©ritait bien ce focus. Surtout s’agissant d’un ouvrage emblĂ©matique de l’opĂ©ra romantique français tel qu’il est toujours reprĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier. La production est d’autant plus opportune qu’elle s’intĂ©resse Ă  la version  « originelle » – de 1859, – alors prĂ©parĂ©e, jouĂ©e et donc enregistrĂ©e en juin 2018.

gounod charles portrait jeune par classiquenews gounod centenaire 2018 par classiquenews portr19Contrairement Ă  la version actuellement jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris, soit celle de 1869, celle de 1859 privilĂ©gie des dialogues inĂ©dits, proches du thĂ©Ăątre, qui Ă©clairent le relief de rĂŽles depuis minorĂ©s ou Ă©cartĂ©s (Wagner, Dame Marthe). Ces derniers restituent Ă  l’ouvrage que l’on pesait trĂšs sĂ©rieux, une lĂ©gĂšretĂ© proche du genre opĂ©ra-comique de demicaractĂšre dont le Gounod pas encore rĂ©ellement cĂ©lĂ©brĂ©, avait la clĂ©. Avec la prĂ©sence des dialogues, le drame gagne en clartĂ© et prĂ©cision. Quand la version actuelle de 1869 fait se succĂ©der des tableaux et des situations pas toujours trĂšs progressifs. On y perd certes l’air du Veau d’or de Mephisto pour celui plus ancien et presque rafraĂźchissant de « MaĂźtre ScarabĂ©e ».

Le Choeur de la radio flamande convainc quelle que soit la figure concernée : jeunes filles candides ou soldats juvéniles.
L’orchestre (Les Talens Lyriques) s’applique, dĂ©taille, reste efficace, mais parfois sonne Ă©trangement pompier dans les tutti, couvre la voix (ThulĂ©), 
 sans jamais donner le vertige fantastique et romantique que l’on attend. La direction est sĂšche, tendue, nerveuse certes mais sans chair. Strictement narrative. Ombres, vertiges romantiques d’un Gounod wagnĂ©rien, sont Ă©vacuĂ©s
 Ici importent la clartĂ©, le souci du dĂ©tail, la perfection de la mis en place : une « objectivité » parfois droite et dĂ©sincarnĂ©e. Germanisme subtil, entre Wagner et Mendelssohn, brillant et Ă©lĂ©gant (oĂč les valses soulignent les temps forts de l’action dramatique et psychologique), Gounod mĂ©rite plus de nuances, d’élans roboratifs, de fluiditĂ© incarnĂ©e.
L’impression gĂ©nĂ©rale reste celle d’une lecture appliquĂ©e, parfois maniĂ©rĂ©e, scrupuleuse, qui manque de souffle, de rĂ©els vertiges, de sincĂ©ritĂ©. Trop d’artifice, de gestes mĂ©ticuleux au dĂ©triment de la vĂ©ritĂ© plus immĂ©diate du drame.

CĂŽtĂ© plateau vocal, dĂ©tachons le timbre mĂ©tallique et nasillard, pincĂ© et sans tendresse du Faust de Benjamin Bernheim, mais avec une intelligibilitĂ© intĂ©ressante. Qu’il est plaisant de comprendre le texte, c’est Ă  dire de ne rien perdre des nuances poĂ©tiques du livret, donc des accents spĂ©cifiques du chant orchestral qui l’enveloppe.
Truculent, lĂ©ger, savoureux et comme amusĂ© entre facĂ©tie et sĂ©duction, l’excellent baryton Andrew Foster-Williams s’impose : son jeu naturel contraste avec le timbre tendu, dĂ©vorĂ© du Faust de B Berheim. De ce point de vue la caractĂ©risation des caractĂšres est parfaite.
Valentin dĂ©pourvu de son superbe air (« Avant de quitter ces lieux » dont le superbe motif s’entend dĂšs l’ouverture), Jean-SĂ©bastien Bou s’impose par sa prĂ©sence dramatique.
Juliette Mars en Siebel maĂźtrise moins l’intelligibillitĂ© de son texte, avec des aigus tirĂ©s, tendus, vibrĂ©s (air « FaĂźtes lui mes aveux », dĂ©but acte II). La Marguerite de VĂ©ronique Gens dĂ©fend un souci du texte plus maĂźtrisĂ© (Air du roi de ThulĂ©), entre noblesse et naturel, un sens des nuances Ă©vident que contredit en arriĂšre plan, un orchestre surexposĂ© et hypernerveux aux accents appuyĂ©s
 dommage. Mais que de distinction efface la pure jeune fille pour une conception plus mĂ»re du personnage, trĂšs « princesse incognito » dans une piĂšce de thĂ©Ăątre.

Justement, dialogues et rĂ©cits sont restituĂ©s dans un style thĂ©Ăątral, mais avec une rĂ©verbĂ©ration Ă©trange voire hors sujet pour la scĂšne lyrique. Tous les caractĂšres et leurs situations semblent se dĂ©rouler dans le mĂȘme lieu : Ă©glise ou vaste caverne, au volume rĂ©sonnant, Ă©cartant l’intimisme des scĂšnes pourtant plus psychologiques.

Notre rĂ©serve concerne le choix artistique des sĂ©quences prĂ©sentĂ©es : s’il s’agit non pas d’un « premier Faust » mais d’un « autre Faust », il eut Ă©tĂ© moins frustrant d’écouter aux cĂŽtĂ©s des « premiers airs » conçus par le Gounod de 1859, ceux plus tardifs de 1869 mais si beaux et si populaires ; pertinente sur le plan documentaire (pour les spĂ©cialistes), une telle production pour le disque, prĂ©sentant et les airs originels, et ceux plus tardifs, eut Ă©tĂ© « idĂ©ale ». Car ne pas entendre les airs du Veau d’or ou de Valentin crĂ©e un manque absolu. D’oĂč l’impression globale de cette « autre » version : originelle certes, juvĂ©nile, thĂ©Ăątralement plus riche
 mais moins aboutie.

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gounod faust rousset gens palazzetto critique cd classiquenews review critique opera classiquenews bernheim gens bou rousset talens lyriques critique classiquenewsCD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018). OpĂ©ra-comique en 4 actes – livret de Jules Barbier et Michel CarrĂ©, d’aprĂšs Goethe – Version premiĂšre ou « originelle » crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre-Lyrique le 19 mars 1859.

Faust : Benjamin Bernheim
Marguerite : VĂ©ronique Gens
MéphistophélÚs : Andrew Foster-Williams
Valentin : Jean-SĂ©bastien Bou
Siébel : Juliette Mars
Dame Marthe : Ingrid Perruche
Wagner : Jean-SĂ©bastien Bou

Choeur de la Radio flamande
Direction : Martin Robidoux
Les Talens Lyriques / dir : Ch Rousset

Enregistrement réalisé en juin 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Autres livre cd  GOUNOD / Collection “OpĂ©ra français, Palazzetto Bru Zane, prĂ©sentĂ©s / critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS.COM :

 

 

gounod cinq mars cd opera critique review account of classiquenews ulf schirmer mathias videl veronique gens cd 1507-1Livre cd, compte rendu critique. GOUNOD : Cinq-Mars, 1877. Vidal, Gens, Christoyannis, 
 (2 cd 2015). DĂšs l’ouverture, les couleurs vĂ©nĂ©neuses, viscĂ©ralement tragiques, introduites par la couleur tĂ©nue de la clarinette dans le premier motif, avant l’implosion trĂšs wĂ©bĂ©rienne du second motif, s’imposent Ă  l’écoute et attestent d’une lecture orchestralement trĂšs aboutie. Du reste l’orchestre munichois, affirme un bel Ă©noncĂ© du mystĂšre Ă©voquĂ©, Ă©clairĂ© par une clartĂ© transparente continue, qui quand il ne sature pas dans les tutti trop appuyĂ©s, se montre d’une onctuositĂ© dĂ©lectable. Tant de joyaux dans l’écriture Ă©clairent la place aujourd’hui oubliĂ©e de Charles Gounod dans l’éclosion et l’évolution du romantisme français. Et en 1877, Ă  l’époque du wagnĂ©risme envahissant, (le dernier) Gounod, dans Cinq-Mars d’aprĂšs Vigny, impose inĂ©luctablement un classicisme Ă  la française qui s’expose dans le style et l’élĂ©gance de l’orchestre (premiĂšre scĂšne : Cinq-Mars et le chƓur masculin). D’emblĂ©e c’est le style trĂšs racĂ© de la direction (nuancĂ© et souple Ulf Schirmer), des choristes (excellentissimes dans l’articulation d’un français Ă  la fois dĂ©licat et parfaitement intelligible) qui Ă©claire constamment l’écriture lumineuse d’un compositeur jamais Ă©pais, orchestrateur raffinĂ© (flĂ»te, harpe, clarinette, hautbois toujours sollicitĂ©s quand le compositeur dĂ©veloppe l’ivresse enivrĂ©e de ses protagonistes).

 

 

tribut de zamora gounod cd critique par classiquenews concert munich compte rendu de classiquenewsCD, critique. GOUNOD : Le Tribut de Zamora 1881. Livre, 2 cd, BRU ZANE, collection « OpĂ©ra français » / French opera / H. Niquet. 2018, annĂ©e musicale riche. De Debussy Ă  Gounod, le gĂ©nie français romantique et moderne sort du bois et est plus ou moins honorablement servi par les institutions et initiatives privĂ©es. Ainsi cet enregistrement de l’opĂ©ra de Gounod, oubliĂ©, Ă©cartĂ© depuis sa crĂ©ation, Le tribut de Zamora qui renaĂźt par le disque aprĂšs avoir occupĂ© l’affiche munichoise (janvier 2018). Idem pour un Cinq Mars lui aussi mĂ©connu, oubliĂ©, ressuscitĂ© Ă  Munich
en 2015.
A Paris, on se souvient des rĂ©cents Faust (Bastille), Nonne Sanglante (OpĂ©ra-Comique)
 alors que RomĂ©o et Juliette tarde Ă  revenir Ă  Paris, – quand l’OpĂ©ra de Tours en avait offert une sublime production, voici donc ce Zamora, espagnolade et peinture d’histoire, Ă  l’efficacitĂ© dramatique indĂ©niable, et aux joyaux mĂ©lodiques et orchestraux, irrĂ©sistibles. Dans cette Espagne du XĂš, marquĂ© par la prĂ©sence arabe, le compositeur joue avec finesse de l’orientalisme colorĂ©, sensuel dont use et abuse avec un gĂ©nie de l’harmonie, son contemporain et peintre (d’Histoire), GĂ©rĂŽme.

CD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd RamĂ©e – nov 2018)

pigmalion rameau cd ramee korneel bernolet apotheosis critique concert cd clic de classiquenews cd critique classiquenewsCD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd RamĂ©e – nov 2018). DĂšs l’ouverture, on demeure saisi par l’élĂ©gance naturelle, la ligne superbe du chant orchestral qui inscrit la partition dans la sensualitĂ© souveraine, gracieuse, – en rien maniĂ©riĂ©e, propre au rĂšgne de Louis XV
 La tenue du ciseau du sculpteur bientĂŽt Ă©prouvĂ© y est magnifiquement Ă©voquĂ©e par les instruments de l’orchestre. Quand il faut ici rĂ©ussir la prĂ©cision et l’onctuositĂ©, le dĂ©tail et l’allant gĂ©nĂ©ral – notions au centre de l’activitĂ© du sculpteur comme du compositeur, Korneel Bernolet enthousiasme par son sens des respirations, une pulsation saisissante de naturel qui aux cĂŽtĂ©s d’un soin mĂ©ticuleux des nuances, produit de facto, le miracle d’une musique aussi frĂ©missante que la vie elle-mĂȘme. Nous voici au cƓur du sujet de Pygmalion : il est bien question d’un art aussi vivant que la vie elle-mĂȘme. Beau parallĂšle qui aurait charmer Rameau pour lequel rien ne compte plus que le chant et la langue de l’orchestre.

 

 

RAMEAU revivifié : le geste nuancé, palpitant de KORNEEL BERNOLET

 

 

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Les instruments savent en particulier exprimer la nature miraculeuse de l’épreuve qui foudroie littĂ©ralement le sculpteur Pigmalion, dans son atelier : coeur touchĂ©, saisi par la grĂące qui se dĂ©tache de sa propre crĂ©ation (tendre Pigmalion, parfois trop droit et lisse de Philippe GagnĂ© ; ses aigus tendus accusent une voix limitĂ©e qui maniĂ©rĂ©e et monotone, est le maillon faible du plateau : dommage qu’il ne partage pas les nuances et accents accomplis par les instruments) ; notons a contrario relief et nuances d’un autre coeur outragĂ©, car Ă©cartĂ© : la CĂ©phise de Lieselot De Wilde, autrement plus vivante. Surgit alors la statue rendue Ă  la vie (Morgane Heyse : claire et palpitante, infiniment plus vivante et engagĂ©e que son partenaire) ; saluons de mĂȘme Caroline Weynants qui fait un Amour ardent et lumineux, Ă  la fois fragile et sensuel (« Venez aimable GrĂąces / Volez, empressez vous d’embellir ce sĂ©jour »), d’une suavitĂ© embrasĂ©e, saisie elle aussi par le miracle de la statue ressuscitĂ©e (qui est son Ɠuvre, avec la complicitĂ© de sa mĂšre VĂ©nus).

 
 

 
 

les 2 Pygmalions de Rameau et Benda rĂ©vĂšlent
 la somptueuse Ă©lĂ©gance de l’Apotheosis Orchestra

 

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Restent l’orchestre et le direction du chef et claveciniste, Korneel Bernolet, Ă  la tĂȘte de son ensemble sur instruments d’époque (fondĂ© en 2013): Apotheosis Orchestra, articulĂ©, fin, nuancĂ©, douĂ© d’une Ă©lĂ©gance filigranĂ©e trĂšs intĂ©ressante
 l’ex assistant de Sigiswald Kuijken, qui a travaillĂ© aussi avec les Talens lyriques et Joos van Immerseel, n’a guĂšre de qualitĂ©s françaises dans ce rĂ©pertoire,- plutĂŽt une candeur rafraĂźchissante qui change totalement de la tension mĂ©canique que les chefs plus connus assĂšnent ordinairement dans l’Hexagone : ici ni arrogance, ni dĂ©monstration, mais une simplicitĂ© et osons dire un naturel qui respire la musique du divin Rameau ; une comprĂ©hension Ă©vidente qui mĂȘme la fait « parler ». La tenue de l’orchestre Apotheosis est superlative, dans ces dĂ©tails instrumentaux, dans ses choix de tempi, ses silences Ă©loquents. Cependant dans sa pulsion articulĂ©e, vivace, profondĂ©ment nerveuse, de l’intĂ©rieur, jouant sur la fragmentation (cependant jamais diluĂ©e), le chef construit un Rameau somptueusement organique et architecturĂ© (Sarabande et Tambourins) ; sensualitĂ© ductile et superbement caractĂ©risĂ©e dans les 2 pantomimes (niaise puis trĂšs vive, dont la motricitĂ© et l’élan roboratif se rapprochent du sommet antĂ©rieur : PlatĂ©e de 1745 ; d’ailleurs le soliste de Rameau pour Pigmalion et PlatĂ©e fut le mĂȘme : le lĂ©gendaire haute-contre Pierre de JĂ©lyotte)
 Le chef maĂźtrise la pĂąte orchestrale ramĂ©lienne, trouve une sonoritĂ© onctueuse sans jamais sacrifier l’éloquence du discours musical : Ă  travers les danses, le gĂ©nie de Rameau, poĂšte Ă  la verve inouĂŻe s’exprime avec un brio jamais clinquant. Dommage que dans le superbe air « RĂšgne Amour », le chanteur dĂ©jĂ  critiquĂ© manque singuliĂšrement d’éclat et de vĂ©locitĂ©. On comprend que l’acte de ballet composĂ© par Rameau en moins d’une semaine ait tenu l’affiche en 200 reprĂ©sentation jusqu’en 1781. Preuve d’un indiscutable succĂšs.

AprĂšs la franchise expressive, la puissance poĂ©tique de Rameau, Pygmalion de Benda, de 34 ans postĂ©rieur (crĂ©ation Ă  Gotha en sept 1779) semble plus anecdotique, malgrĂ© une rĂ©elle sensibilitĂ© instrumentale, plutĂŽt sĂ©duisante et sombre (hautbois / bassons et cors dans l’ouverture) ; Ă  l’opposĂ© de l’Ɠuvre unitaire entre drame, chant et musique de Rameau, Benda conçoit une partition qui cherche toujours son juste Ă©quilibre entre texte parlĂ© et musique, soit un monodrame, une sorte de monologue, thĂ©Ăątral, oĂč le crĂ©ateur se parle Ă  lui-mĂȘme, soulignant l’impasse dans laquelle il est parvenu
 mais sur le plan de l’écriture, cela tourne Ă  vide, dans des formules Ă©lĂ©gantes qui soulignent la sensibilitĂ© Sturm und drang propre Ă  la pĂ©riode (autour de 1780). Le livret et le monologue de Pygmalion dĂšs le dĂ©but interroge la vacuitĂ© de son inspiration qui elle aussi est Ă  vide ! Le sculpteur se demande ce qu’il est devenu, en un gouffre introspectif absent chez le lumineux Rameau ; Pygmalion se parle Ă  lui-mĂȘme, en proie Ă  la crise artistique ; un effet de miroir dont le chef sait aussi ciseler le relief entre Ă©lĂ©gance et acuitĂ© mordante, (trĂšs Empfindsamkeit : coupe nette et tranchĂ©e, d’une articulation orchestrale lĂ  aussi comme Ă©clairĂ©e de l’intĂ©rieur). Le drame tourne sur lui-mĂȘme : pas d’air, mais un rĂ©citatif entrecoupĂ© de phrases orchestrales, subtilement Ă©noncĂ©es. Jusqu’au solo de violon qui semble enfin dĂ©velopper une idĂ©e musicale (aprĂšs plus de 20 mn de pseudo action), voire exprime l’apaisement recouvrĂ© dans le cƓur et l’esprit du sculpteur un rien agitĂ©. MĂȘme GalatĂ©e, enfin vivante, de marbre Ă  chair dĂ©sirable, qui parle en fin de partition, n’offre aucun air dĂ©veloppĂ© ; pas mĂȘme un duo pour couronner l’opus
 L’action souffre de ne pas fusionner chant et orchestre : cela devient frustrant et marque les limites du genre, embryon inabouti entre thĂ©Ăątre parlĂ© et intermĂšdes de musique orchestrale. CLIC D'OR macaron 200Difficile pour des non-germanophones d’écouter la totalitĂ© du texte, sans le soutien d’airs qui aimantent chant et orchestre. Au moins, le gĂ©nie de Rameau si l’on ne comprend pas le français, regorge d’effets dramatiques et de sĂ©quences instrumentales dĂ©veloppĂ©es, flamboyantes, superlatives. VoilĂ  qui rend peu compte de l’activitĂ© de Benda, kappelldirector Ă  Gotha Ă  partir de 1770 (et jusqu’en mars 1778). Son Ă©criture fait une synthĂšse trĂšs raffinĂ©e entre les Italiens (Hasse, Piccinni, Galuppi
) Gluck et l’élĂ©gance du style Mannheim : tout cela s’entend dans la tenue exemplaire de l’orchestre Apotheosis : lĂ  aussi nuancĂ©, expressif, suggestif.

Pour l’articulation et le relief expressif de l’Orchestre, chez Rameau principalement, le prĂ©sent cd remporte le CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2019. De toute Ă©vidence, Korneel Bernolet est notre nouveau champion chez Rameau : talent dĂ©sormais Ă  suivre. Le jeune chef et claveciniste a une imagination saisissante servie par une somptueuse Ă©lĂ©gance du geste : nous n’avions pas remarquĂ© telles qualitĂ©s ni finesse depuis l’intelligence des Kuijken, Bruggen, Christie
 C’est dire. Un opĂ©ra intĂ©gral bientĂŽt ? le jeune maestro assure le continuo des prochains ARIODANTE de Haendel (Vienne Staatsoper : 8 – 15 nov) et ISIS de Lully par les Talens lyriques au TCE, Paris (6 – 10 dĂ©c 2019).

 

 

 

 
 

 

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CD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd RamĂ©e – nov 2018) – En couverture, la GalatĂ©e de Falconet de 1761.

 

 

Approfondir Mieux connaßtre le chef ramélien KORNEEL BERNOLET http://www.bernolet.com

 

 

 

 

GSTAAD MENUHIN FESTIVAL, 2 concerts événement : VOGT, WANG

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD MENUHIN Festival 2019, les 1er et 6 sept 2019. Le GSTAAD Menuhin Festival EN SEPTEMBRE 2019, jusqu’au 6 sept 2019. La derniĂšre moisson de concerts et Ă©vĂ©nements dans le Saanenland propose 2 temps forts, sous la tente majestueuse de GSTAAD, Ă©crin dĂ©sormais emblĂ©matique des grandes soirĂ©es du Festival suisse (Ă  la fois symphonique, concertante et lyrique)
 le 1er sept avec le rĂ©cital lyrique du tĂ©nor wagnĂ©rien Klaus Florian Vogt (et la crĂ©ation d’une nouvelle oeuvre commandĂ©e par le Festival au compositeur français Tristan Murail) ; enfin le concert de clĂŽture (6 sept 2019) avec la pianiste trĂ©pidante Ă©lectrique, Yuja Wang dans le Concerto n°3 de Rachmaninov
 deux Ă©vĂ©nements majeurs qui placent le MENUHIN Festival parmi les plus importants des cycles de musique estivaux en Europe
 Une opportunitĂ© idĂ©ale pour organiser un sĂ©jour culturel et vert en Suisse au mois d’aoĂ»t


 

 

 

Dim 1er sept 2019
KLAUS FLORIAN VOGT chante WAGNER

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vogt-klaus-florian-opera-critique-concert-classiquenews-opera-festival-crtiique-annonce-classiquenews-gstaad-menuhin-festival-classiquenews

 
 

Dimanche 1er septembre 2019, rĂ©cital lyrique avec le tĂ©nor Klaus Florian Vogt (Wagner). Familier de Bayreuth (oĂč il chante Lohengrin ou Parsifal, quand Jonas Kaufmann ne peut pas), KF Vogt tient la vedette dans le dernier cd DG Deutsche Grammophon dĂ©diĂ© au cycle des opĂ©ras de Mozart par Yannick NĂ©zet-SĂ©guin : KF Vogt y chante avec un style et une candeur expressive, le rĂŽle clĂ© de Tamino dans La FlĂ»te enchantĂ©e).
Lohengrin au Met en 2006, Parsifal au Liceu en 2011, 
 le tĂ©nor allemand Klaus Florian Vogt est l’autre grand chanteur, – aprĂšs Jonas Kaufmann, capable d’exprimer au plus juste le chant wagnĂ©rien, plus intĂ©rieur que dĂ©monstratif. Ce sens des nuances et un timbre clair (aussi brillant que Kaufmann est sombre et rauque) assure Ă  KF Vogt sa stature actuelle de heldentenor. Mais le chanteur sait aussi chanter comme peu (tel Juan Diego Florez, mozartien rĂ©cent et superlatif), Mozart auquel il restitue une candeur hĂ©roĂŻque captivante (son rĂ©cent Tamino Ă  Baden Baden sous la direction de Y NĂ©zet-SĂ©guin en 2018, dont le cd est publiĂ© cet Ă©tĂ© 2019). Et justement Vogt, aprĂšs le rĂ©cital Wagner par Jonas Kaufmann sous la tente de Gstaad l’étĂ© dernier, prĂ©sente sa propre lecture des grands rĂŽles wagnĂ©riens pour tĂ©nor. Au service du symphonisme brĂ»lant, embrasĂ© de Wagner, dont l’écriture instrumentale creuse les vertiges psychologiques des protagonistes, KF VOGT offre la puretĂ© d’une voix souple et articulĂ©e, miroir de la psychĂ©, qu’il s’agisse de Lohengrin, l’élu descendu sur terre pour sauver une humanitĂ© qui reste sourde et aveugle Ă  sa hauteur morale ; ou Siegmund, premier hĂ©ros embrasĂ© du Ring (La Walkyrie), pĂšre de Siegfried le hĂ©ros Ă  venir et qui partage avec sa sƓur Sieglinde, une passion incestueuse dont la sincĂ©ritĂ© bouleverse

La tendresse du timbre de KF Vogt s’inscrit tel un gemme prĂ©cieux dans le Gesamtkunstwerk (art total) oĂč l’opĂ©ra devient chez Wagner, forge orchestrale, chant passionnĂ©, drame thĂ©Ăątral. Une totalitĂ© qui rĂ©volutionne l’art lyrique depuis les annĂ©es 1840, et se rĂ©alise Ă  Bayreuth, dans le thĂ©Ăątre des reprĂ©sentations financĂ© par Louis II de BaviĂšre, conceptualisĂ©e par Wagner dans sa maison de Winifred.

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GSTAAD, tente
Dim 1er sept 2019

KLAUS FLORIAN VOGT, ténor
ORCHESTRE NATIONAL DE LYON
GERGELY MADARAS, direction

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-01-09-19
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Programme :

Richard Wagner (1813–1883)‹ : OuvertĂŒre zur Oper «TannhĂ€user» 15’

«Amfortas! Die Wunde»,
Arie aus der Oper «Parsifal» 10’

«WinterstĂŒrme wichen dem Wonnemond»,
Arie aus der Oper «Die WalkĂŒre» 4’

Tristan Murail (1947)‹ : «Les Neiges d’antan» fĂŒr grosses Orchester 10’ (UrauffĂŒhrung – Kompositionsauftrag‹Gstaad Menuhin Festival, finanziert durch die Ernst von Siemens Musikstiftung)

Richard Wagner (1813–1883)
«Höchstes Vertraun»,
Arie aus der Oper «Lohengrin» 3’

GralsrezĂ€hlung («In fernem Land …»),
Arie aus der Oper «Lohengrin» 6’

George Gershwin (1898–1937)‹ : «An American in Paris» fĂŒr Orchester 20’

Maurice Ravel (1875–1937)‹ : «BolĂ©ro», Ballettmusik C-Dur

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PrĂ©sentation des Ɠuvres symphoniques

Le concert du 1er sept sous la tente de Gstaad rĂ©alise aussi la crĂ©ation de la nouvelle partition de Tristan Murail « Les Neiges d’antan », commande du Gstaad Menuhin Festival 2019. Disciple de Messiaen, Murail a la rĂ©vĂ©lation de son Ă©criture spĂ©cifique depuis sa rencontre avec Giacinto Scelsi – qui le sensibilise sur le timbre. Fondateur de l’esthĂ©tique SPECTRALE, Murail fonde en 1973 avec Roger Tessier l’Ensemble ItinĂ©raire, laboratoire musical qui utilise pour la premiĂšre fois l’électronique et l’informatique musicale.
C’est donc la crĂ©ation du quatriĂšme volet de son cycle symphonique Reflections / Reflets, initiĂ© en 2013. La source en est la vision des massifs alpins enneigĂ©s, lors d’un vol Paris-Nice (Ă  8000 mn d’altitude) : s’inscrit dans l’imaginaire du compositeur, la ligne fine et rĂ©guliĂšre de l’avion et la crĂȘte dĂ©chiquetĂ©e des montagnes Ă©blouissantes ; en dĂ©coule le cycle intitulĂ© « Altitude 8000 », amorcĂ© au temps de l’étudiant encore perfectible. En 2019, Murail revient sur cette musique Ă  la fois grandiose et infime dont la vibration Ă©voque les glaciers et les neiges « éternelles ». TrĂšs soucieux des Ă©vĂ©nements climatiques, Mureail constate la fonte spectaculaire de certains dont celui de Meije qu’a connu et aimĂ© Messiaen. Exaltation et dĂ©sarroi se lisent dans cette piĂšce, qui concentre selon les mots du compositeur « grands espaces, brillance des altitudes, mais, en contraste, dĂ©gels et effondrement…»

Le concert du 1er sept comprend aussi deux Ɠuvres clĂ©s du rĂ©pertoire du XXĂš, Un AmĂ©ricain Ă  Paris de George Gershwin (Carnegie Hall, 1928 – adaptĂ© au cinĂ©ma par Vincente Minelli en 1951, avec Gene Kelly oscarisĂ©), hymne lyrique aux lumiĂšres de la ville, PARIS, fĂȘtĂ©e cette annĂ©e Ă  GSTAAD. MĂȘme annĂ©e pour la crĂ©ation du BolĂ©ro de Maurice Ravel (OpĂ©ra de Paris, le 22 nov 1928) : la partition est depuis lors la plus jouĂ©e au monde, captivante jusqu’à la transe, soit un crescendo orchestral, affirmant les profondes racines ibĂ©riques (basques) de l’auteur, sa fascination pour les timbres et la couleur, douĂ© aussi d’un gĂ©nie mĂ©lodique hors normes
 Au dĂ©part, c’est la danseuse Ida Rubinstein, qui commande Ă  Ravel la parure musicale de son prochain ballet, Ă  partir d’un choix de piĂšces d’AlbĂ©niz. Ravel dĂ©cide cependant d’écrire une Ɠuvre nouvelle: ainsi naĂźt sa propre version du bolĂ©ro, codifiĂ© fin XVIIIĂšme siĂšcle. De l’art de sublimer et transcender des formes anciennes dans le style moderne
 Un pur joyau symphonique Ă©tait nĂ©.

 

 

 

 

 

 

Vendredi 6 septembre 2019
YUJA WANG joue le Concerto n°3 de Rachmaninov

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paris-yuja-wang-concert-annonce-critique-classiquenews

 

 

Enfin, ultime Ă©vĂ©nement le 6 septembre 2019, Ă©galement sous la tente de GSTAAD, le concert de la pianiste chinoise, Lang Lang en version fĂ©minine, Yuja WANG, interprĂšte Ă©lectrique de Rachmaninov (19h30 sous la tente de GSTAAD). Le plus adulĂ© mais redoutable des Concertos pour piano est le 3Ăš de Rachmaninov, intitulĂ© « RACH3 » tel la cime d’une montagne inatteignable et respectĂ©e. Dans la rĂ©sidence d’étĂ© de la famille Rachmaninov (Ivankova), la partition est achevĂ©e en sept 1909, puis crĂ©Ă©e lors de la premiĂšre tournĂ©e aux USA (New York, 20 nov 1909) : c’est un immense succĂšs, repris in loco par le chef Gustav Mahler. Grand mĂ©lodiste, Rachmaninov dĂ©ploie le somptueux thĂšme initial tel un chant populaire ou religieux en provenance des trĂ©fonds de l’ñme russe
 pourtant enfant de sa seule imagination. Ce dĂ©but envoĂ»tant sort de l’ombre, semblant surgir d’une mĂ©moire ancestrale
 enveloppant et carressant le thĂšme revient Ă  plusieurs au cours du Concerto (aux clarinettes, de façon subliminale mais prĂ©sente dans l’Intermezzo ou mouvement II). Quel contrastes avec le Finale, festival rythmique et trĂ©pidant qui sollicite continĂ»ment le soliste. Rachmaninov fut lui-mĂȘme un pianiste virtuose, qui cependant pour cette oeuvre bĂ©nĂ©ficie d’un interprĂšte de premier plan, le jeune Vladimir Horowitz, rencontrĂ© et admirĂ© dĂšs leur rencontre Ă  New York en janvier 1928. Les deux artistes se lient d’amitiĂ© et Horowitz recueillant les commentaires et indication de Rachma lui-mĂȘme, en particulier dans la genĂšse et la crĂ©ation de la Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini, s’avĂšre ĂȘtre le meilleur connaisseur et interprĂšte de son maĂźtre Rachmaninov. En 1996 le film Shine de Scott Hicks, inspirĂ© de la vie du pianiste David Helfgott met Ă  l’honneur la partition adulĂ©e.

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GSTAAD, tente
Ven 6 sept 2019, 19:30

YUJA WANG, Klavier / clavier  /  ‹STAATSKAPELLE DRESDEN
MYUNG-WHUN CHUNG, Leitung / direction

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-06-09-19
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Programme

Sergei Rachmaninow (1873–1943)
Klavierkonzert Nr. 3 d-Moll op. 30
Allegro ma non troppo, Intermezzo. Adagio Finale. Alla breve : 45’

Johannes Brahms (1833–1897)‹Sinfonie Nr. 2 D-Dur op. : 73 45’
Allegro non troppo‹Adagio non troppo‹Allegretto grazioso (quasi andantino) Allegro con spirito

SYMPH N°3 de BRAHMS
BRAHMS HD pour GSTAAD reportage2018Alors qu’il avait accouchĂ© de sa PremiĂšre symphonie au terme de 20 annĂ©es, Brahms compose sa Symphonie n°2 en
 4 mois, Ă  l’étĂ© 1877, Ă  Pörtschach, au bord du Wörthersee, en Carinthie. Le compositeur, schumanien militant, affirme une virtuositĂ© nĂ©oclassique : en rĂ© majeur (comme le Concerto pour violon contemporain), la n°2 Ă©tonne les critiques par ses emprunts directs, forme et structure, Ă  Mozart et Schubert. Le contrepoint dans l’esprit de JS Bach n’empĂȘche ni un lumineux enthousiasme cependant rentrĂ© et pudique (comme toujours chez Johannes) ni une mĂ©lancolie irrĂ©sistible que d’ailleurs Brahms lui-mĂȘme, a fortement mise en lumiĂšre dans ses commentaires (Ă  l’éditeur Simrock). L’art de Brahms est d’une Ă©toffe raffinĂ©e et classique, et d’une trame intensĂ©ment nostalgique. Qu’importe, le critique conservateur Hanslick, qui dĂ©testait Mahler, applaudit au miracle, heureux de saluer Ă  Vienne, son nouveau champion, lors de la crĂ©ation le 30 dĂ©c 1877.

 

 

 

 

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Les plus à GSTAAD durant votre séjour :

 

 

Exposition des 80 ans de BARTOK Ă  SAANEN
bartokbela bartok USA classiquenewsParce que BĂ©la BartĂłk a sĂ©journĂ© Ă  Saanen en aoĂ»t 1939 et y a composĂ© en un temps trĂšs court son Divertimento pour orchestre Ă  cordes, – 3Ăšme commande de Paul Sacher, le GSTAAD MENUHIN Festival dĂ©die une exposition sur cet Ă©pisode majeur de la vie de Bartok Ă  Saanen : l’église fut dĂšs 1957 repĂ©rĂ©e par Yehudi Menuhin pour y implanter un nouveau festival de musique classique.
 avec le succĂšs que l’on sait dĂ©soramis. Paul Sacher, chef et mĂ©cĂšne bĂąlois, met Ă  sa disposition le Chalet Aellen, oĂč le compositeur compose en 2 semaines seulement, le Divertimento. Bartok fut ensuite obligĂ© de quitter l’Oberland bernois comme un fugitif. L’exposition retrace ce sĂ©jour Ă  Saanen et l’amitiĂ© entre BartĂłk et Sacher au travers de documents issus des collections de la Fondation Paul Sacher.

EXPOSITION SOUS LA TENTE DU FESTIVAL‹DE GSTAAD‹ / Jusqu’au 6 septembre 2019‹  -  DĂšs le 16 aoĂ»t, l’exposition accessible sous la tente du Festival de Gstaad : elle est visible les soirs de concert.
Toutes les infos sur le site du GSTAAD MENUHIN Festival 2019
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/concerts-precedents/concerts-2019/gala-concert-orchestral-11-08-19?highlight=exposition
 

 

 

GSTAAD, lundi 31 aoĂ»t, Ă  19h30, BERLIOZ, SAINT-SAËNS 


gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD, lundi 31 aoĂ»t, Ă  19h30, BERLIOZ
 sous la tente de Gstaad Ă  nouveau, grand concert symphonique avec le Philharmonique de Radio France et son chef Mikko Franck : Symphonie fantastique de Berlioz et Concerto de Saint-SaĂ«ns (avec comme soliste le violoncelliste Gautier Capuçon). Le chef français transmet clartĂ©, transparence et fiĂšvre dramatique : sa direction est aujourd’hui l’une des plus passionnantes Ă  suivre… En 2019, le GSTAAD MENUHIN Festival cĂ©lĂšbre la musique française et Paris ! Sommet de la symphonique romantique française (1830), la Fantastique cristallise tous les songes et dĂ©mons intĂ©rieurs d’un Berlioz alors couronnĂ© par le Prix de Rome
 Vedette de ce festival MENUHIN 2019, Camille Saint-SaĂ«ns, qui n’eut jamais le Prix de Rome, rayonne aujourd’hui par son gĂ©nie musical dont le raffinement et l’élĂ©gance offre une alternative au wagnĂ©risme contemporain


vidéo PARIS !

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VOIR le TEASER PARIS ! / GSTAAD MENUHIN Festival 2019
http://www.classiquenews.com/teaser-video-gstaad-menuhin-festival-academy-2019-18-juil-6-sept-2019-a-paris-celebrationpas-de-classification/

réservez
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GSTAAD, Tente du festival
Samedi 31 août 2019, 19h30
Concert symphonique
Symphonie fantastique
Mikko Franck & Gautier Capuçon
Gautier Capuçon, violoncelle
Orchestre philharmonique de Radio-France (Paris)
Mikko Franck, direction

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-31-08-19

BERLIOZ et SAINT-SAËNS : le romantisme français à GSTAAD
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Pour Harriet, muse et bientĂŽt Ă©pouse… 10 ans aprĂšs un premier essai pour violoncelle (Suite, sur le modĂšle de JS BACH), Saint-SaĂ«ns compose son 1er Concerto pour violoncelle en la mineur en 1872. L’époque est au nĂ©oclassicisme et le raffinement du compositeur, auteur de Samson et Dalila maĂźtrise idĂ©alement les notions d’éclectisme et de recyclage. Saint-SaĂ«ns innove : plutĂŽt que trois tradtionnels mouvements, un seul mouvement, en trois parties enchaĂźnĂ©es selon une idĂ©e de Franz Liszt dont la forme cyclique est emblĂ©matique d’une nouvelle audace
 partagĂ©e d’ailleurs par Berlioz. La partition est dĂ©diĂ©e au violoncelliste belge Auguste Tolbecque,

PARIS, 1830: Ă  27 ans, Berlioz se passionne corps et Ăąme pour l’actrice irlandaise, interprĂšte de Shakespeare (OphĂ©lie) qu’il vient applaudir Ă  l’OdĂ©on : Harriet Smithson. La fĂšvre amoureuse emporte le gĂ©nie berliozien, qui cependant, mĂȘme s’il finira par Ă©pouser le sujet de sa passion, doit affronter rĂ©sistance, refus, valse-hĂ©sitation
 toujours l’esprit du compositeur romantique est brimĂ© par la frustration, le sentiment de solitude, la trahison, la perte
 autobiographique, relatant les Ă©tats psychologiques (pour le moins tourmentĂ©s) du hĂ©ros, la Fantastique a dĂ©jĂ  une ambition spatiale malhĂ©rienne, dĂ©passe les Ă©pisodes de sa trame narrative (les fameux 5 parties prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits dans le programme rĂ©digĂ©s par l’auteur), Ă©voque, exprime, plus qu’elle ne dĂ©crit. 10 jours avant la date prĂ©vue pour la crĂ©ation, Berlioz achĂšve le manuscrit (mai 1830). Finalement, l’Ɠuvre rĂ©volutionnaire est crĂ©Ă©e le 5 dĂ©cembre (grande salle du Conservatoire de Paris), c’est un triomphe : les enfants du romantisme Ă  Paris, ont trouvĂ© leur idĂŽle. Par la suite, Berlioz imagine une suite Ă  la Fantastique, premier volet prolongĂ© par un mĂ©lologue (il aime innover toujours) : intitulĂ© «Lelio ou le retour Ă  la vie». De fait, la Fantastique met Ă  rude Ă©preuve, instrumentistes, chef et public : les vertiges et les passions, entre raison et dĂ©raison, dĂ©sir et haine, visions dĂ©moniaques et tentation du suicide, entre exacerbation et implosion, finissent de renouveler totalement l’écriture orchestrale en 1830. Il faut bien « un retour Ă  la vie » pour redescendre de tant de sommets Ă©motionnels.

BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict dont le Philharmonique de Radio France joue l’ouverture, est le seul opĂ©ra italien de Berlioz, conçu comme une comĂ©die enjouĂ©e, inspirĂ©e de la piĂšce « Beaucoup de bruit pour rien » / « Much Ado About Nothing » de Shakespeare. Comme pour beaucoup de ses Ɠuvres nouvelles, trop audacieuses, l’opĂ©ra est d’abord crĂ©Ă© hors de France, en Allemagne : un premier acte est composĂ© en 1833, puis crĂ©Ă© au Festival de Bade en 1860, grĂące Ă  la commande de son directeur Edouard BĂ©nazet. Puis deux actes sont produits en 9 aoĂ»t 1862 Ă  Baden-Baden. L’écriture virtuose, nerveuse, exprime dans la Sicile du XVIe siĂšcle (Renaissance), les exaltations contradictoires du cƓur qui agitent les deux jeunes amants, d’abord rĂ©ticents voire antagonistes jusqu’à leur union finale
 incertitudes et vellĂ©itĂ©s du sentiment sont au cƓur de l’opĂ©ra Berliozien.

Programe : Berlioz / Saint-Saëns
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Hector Berlioz (1803–1869)‹OuvertĂŒre zur Oper «BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte» 10’

Camille Saint-SaĂ«ns (1835–1921)‹Cellokonzert Nr. 1 a-Moll op. 33 25’
Allegro non troppo, Allegro con moto, Molto allegro

Hector Berlioz (1803–1869)‚«Symphonie fantastique» 60’
Premier mouvement: RĂȘveries – Passions
Deuxiùme partie: Un bal‹Troisiùme partie: Scùne aux champs
QuatriĂšme partie: Marche au supplice
Cinquiùme partie: Songe d’une nuit du sabbat

GAUTIER CAPUÇON, Violoncelle
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE (PARIS)
MIKKO FRANCK, direction

Livre événement, annonce. Maurice Ravel par Bénédicte Palaux Simonnet (Bleu Nuit éditeur)

ravel-maurice-portrait-compositeur-dossier-ravel-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, annonce. Maurice Ravel (Bleu Nuit Ă©diteur). Chaque mĂ©lomane qui apprĂ©cie tant l’écriture ravĂ©lienne sait que le gĂ©nie de Maurice Ravel (1875–1937) est Ă  peu de choses prĂšs aussi immense et dĂ©concertant que sa biographie demeure mystĂ©rieuse, et l’homme d’une silencieuse mais tenace discrĂ©tion. A Montfort l’Amaury oĂč sa maison est toujours prĂ©servĂ©e intacte, depuis sa mort en 1937, le compositeur solitaire vivait entourĂ© des ses chats siamois et de sa collection importante d’automates. Pour son 20Ăš anniversaire, – pile correspondant avec ce 71Ăš titre-, l’éditeur BLEU NUIT vient combler de lumiĂšre une part d’ombre, la vie et l’Ɠuvre du plus grand gĂ©nie musical français avec Rameau, Berlioz, et son contemporain au dĂ©but du XXĂš, Claude Debussy.

CLIC D'OR macaron 200Voici une parution biographique bienvenue, dĂ©diĂ© au pĂšre encore vĂ©nĂ©rĂ© voire adulĂ© Ă  l’échelle planĂ©taire du BolĂ©ro, « autant exercice – certes gĂ©nial – d’écriture musicale et d’orchestration que d’invention musicale pure ». Evidemment la piĂšce la plus jouĂ© au monde encore aujourd’hui est analysĂ©e et contextualisĂ©e ; comme ses autres partitions majeures, contributions dĂ©cisives pour l’art de la couleur et de la texture Ă  la française : le ballet Daphnis et ChloĂ©, ses deux opĂ©ras (L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilĂšges), les deux concertos pour piano 
 portes ouvertes sur des univers scintillants, d’un raffinement inouĂŻ, digne de Rimsky-Korsakov, des peintres impressionnistes (parentĂ© niĂ©e par Ravel) auxquels s’invitent des citations chaloupĂ©es et imprĂ©visibles du jazz (Ravel a effectuĂ© plusieurs tournĂ©es aux USA).
L’esprit libre, puissamment onirique, Ravel est curieux des nouveaux styles de son temps 
 C’est un agitateur qui gĂȘne le systĂšme : jamais le compositeur ne recevra le Prix de Rome, aprĂšs 5 tentatives : un exemple Ă©loquent de conservatisme aigu qui discrĂ©dite totalement l’institution officielle.

bleu-nuit-editeur-livre-evenement-clic-de-classiquenews-maurice-Ravel-critique-annonce-livre-musique-classiqueRavel, le plus grand gĂ©nie musical du XXĂš meurt foudroyĂ©, aprĂšs plusieurs annĂ©es de silence obligĂ©, victime d’une maladie cĂ©rĂ©brale Ă  62 ans. Sa fin de vie fut un calvaire.
Y a-t-il une Ă©nigme Ravel ? Dans ce texte inĂ©dit, BĂ©nĂ©dicte Palaux Simonnet pose la question, d’autant plus lĂ©gitime « s’appuyant sur des faits vĂ©rifiĂ©s et vĂ©rifiables, tout en reconnaissant que rien ne peut ĂȘtre dĂ©finitif sur Ravel, si secret, moqueur et libre, se plaisant Ă  ouvrir Ă  deux battants les portes de ce qu’il nommait paradoxalement “la conscience ».

Ravel fascinant, Ravel moderne et dĂ©fricheur, Ravel Ă©nigmatique
 « la profondeur du mystĂšre augmente au fur et Ă  mesure que l’on s’en approche ». VoilĂ  qui est dit et mĂ©rite Ă©videmment de s’y pencher. Livre Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS rentrĂ©e 2019. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

 

Livre Ă©vĂ©nement, annonce. Maurice Ravel (Bleu Nuit Ă©diteur) - Parution : 11 septembre 2019 – Format 14×20 cm – 176 pages – 20 euros. Plus d’infos sur le site de BLEU NUIT Ă©ditions :
http://www.bne.fr/

 

 

 

Thomas Hengelbrock joue Iphigénie en Tauride

IPHIGENIE-fresque-opera-opera-critique-annonce-dossier-opera-mythe-explication-classiquenews-GLUCK-iphigenie-en-tauride-en-aulide-Diane-classiquenews-sacrifice-iphigenie-1France Musique, sam 31 aoĂ»t 2019. Gluck : IphigĂ©nie en Tauride. Chez les Scythes dont elle doit affronter et nĂ©gocier la barbarie permanente Ă  travers les exigences du roi Thoas, IphigĂ©nie en Tauride marque en mai 1779 le sommet de la carriĂšre parisienne de Gluck ; 5 ans aprĂšs son premier triomphe (IphigĂ©nie en Aulide, 1774). IphigĂ©nie en aulide Ă©voque le sacrifice programmĂ© de la princesse de MycĂšnes : face Ă  l’ordre de Diane outragĂ©e, Agamemnon le pĂšre s’incline, mais IphigĂ©nie montre sa mesure morale. Dans IphigĂ©nie en Tauride, plus tardive donc, Gluck traite l’exil d’IphigĂ©nie sauvĂ©e du sacrifice, sa retraite dans le temple de Diane, surtout ses retrouvailles avec Oreste, lequel est symboliquement l’agent de sa libĂ©ration.
Concernant IphigĂ©nie en Tauride, le succĂšs parisien est immĂ©diat, Ă©clipsant mĂȘme l’ascension du favori Piccinni (lequel devra attendre encore avant de crĂ©er sa propre IphigĂ©nie, mais en 1781).

 

 

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La 2Ú Iphigénie du Chevalier Gluck à Paris
L’AntiquitĂ© inquiĂšte

Les secrets de Gluck : une langue dĂ©pouillĂ©e, au relief Ă©purĂ©, touchant Ă  un essentiel dĂ©clamatoire qui fusionne avec l’enjeu de chaque situation ; un choeur noble et hallucinĂ© ; surtout ce continuum orchestral, qui dĂšs l’ouverture, affirme inquiĂ©tude et tension qui foudroient souvent par leur intensitĂ© fantastique. Un ballet final est ajoutĂ© (orchestĂ© par Gossec et chorĂ©graphiĂ© par Noverre). IphigĂ©nie II occupe l’affiche de l’AcadĂ©mie royale de musique pendant 90 soirĂ©es : un record emblĂ©matique de cette fiĂšvre Gluck Ă  Paris (puis plus de 400 en 
 1829).
GLUCKDans ce second volet de la vie d’IphigĂ©nie, Gluck poursuit son illustration de la lĂ©gendes des Atrides. Ici IphigĂ©nie croise la route de son frĂšre Oreste, le meurtrier de leur mĂšre Clytemnestre, infidĂšle de leur pĂšre. Gluck exprime les tourments et vertiges dĂ©vorants l’esprit du Grec qui endormi, est le proie des attaques psychique des furieuses EumĂ©nides
 (formidable tableau fantastique de l’acte II). Chez lui pĂšse le poids de la culpabilitĂ©. D’abord, la sƓur ne reconnait pas son frĂšre, jusqu’au sacrifice commandĂ© Ă  l’acte IV : alors qu’il avait exhortĂ© son ami / amant Pylade Ă  sa sauver et mourir sur l’autel de Thoas, Oreste, invoquant sa sƓur qu’il croit ĂȘtre morte en Aulide, se dĂ©voile alors aux yeux d’IphigĂ©nie : comme plus tard Strauss, dans Electra (qui reconnaĂźt elle aussi son frĂšre Oreste), Gluck orchestre les fabuleuses et dĂ©chirantes retrouvailles du frĂšre et de la sƓur
 EvidĂ©mment tout se finit bien et Pylade revenu Ă  la tĂȘte de l’armĂ©e grecque, sauve Oreste du sacrifice oĂč le condamnait Thoas. ProtĂ©gĂ© par Diane, Oreste rĂšgne Ă  MycĂšnes, inflĂ©chit les scythes qui doivent rendre aux grecs le culte de la dĂ©esse.

 

 

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Gluck : IphigĂ©nie en Tauride, 1779 – TragĂ©die lyrique en quatre actes.
Nicolas François Guillard, librettiste

Gaëlle Arquez, soprano, Iphigénie
Stéphane Degout, baryton, Oreste
Paolo Fanale, ténor, Pylade
Alexandre Duhamel, baryton, Thoas
Catherine Trottmann, mezzo-soprano, Diane, Seconde prĂȘtresse
Francesco Salvadori, baryton, Un Scythe
Charlotte Despaux, soprano, PremiĂšre PrĂȘtresse, Femme grecque
Victor Sicard, baryton, un Ministre du Sanctuaire

Balthasar-Neumann-Chor
Balthasar Neumann Ensemble
Direction : Thomas Hengelbrock

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, sam 31 aoĂ»t 2019, 20h. Christoph Willibald von Gluck : IphigĂ©nie en Tauride – « Concert donnĂ© le 22 juin 2019 Ă  19h30 au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es Ă  Paris »

 

 

 

 

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Approfondir
Source : dans ses deux tragĂ©dies d’IphigĂ©nie, IphigĂ©nie Ă  Aulis et IphigĂ©nie en Tauride, Euripide portraiture la fille prĂ©fĂ©rĂ©e d’Agamemnon, roi de MycĂšnes et d’Argos. Vaniteux, Agamemnonse vante d’ĂȘtre meilleur chasseur que Diane, laquelle retient la flotte grecque qui souhaitait rejoindre Troie : il s’agit de reprendre aux Troyens et Ă  Paris (fils du roi Priam), HĂ©lĂšne, femme de MĂ©nĂ©las, roi de Sparte.
Chalcas le devin prĂ©cise que s’il veut apaiser la colĂšre de Diane outragĂ©e, Agamemnon doit lui sacrifier sa fille IphigĂ©nie. Le pĂšre n’hĂ©site pas : il fait venir IphigĂ©nie et sa mĂšre Clytemnestre Ă  MycĂšnes prĂ©textant de marier sa fille Ă  Achille, roi des Myrmidons.
IphigĂ©nie, consciente du destin collectif des Grecs et mesurant son fragile destin face Ă  l’histoire des Grecs, sa sacrifie volontiers, pourvu que son peuple puisse rejoindre Troie et venger l’honneur de l’époux spatiate, MĂ©nĂ©las.
Eschyle a contrario d’Euripide souligne la rĂ©sistance d’IphigĂ©nie Ă  l’ordre de son pĂšre : elle refuse d’ĂȘtre sacrifier (ce qui est reprĂ©sentĂ©e dans la fresque de PompĂ©i, reproduite ici). Portant la future sacrifiĂ©e, Ulysse mal Ă  l’aise, yeux au ciel et son fidĂšle ami, DiomĂšde ; Ă  leur droite, le devin sacrificateur Calchas, voix de Diane, exigeant le sacrifice de la princesse. Dans le ciel au dessus d’eux (Ă  gauche, Agamemnon drapĂ©, se cachant la face), Artemis Diane paraĂźt et dĂ©jĂ  touchĂ©e par la grandeur morale d’IphigĂ©nie, entend substituer Ă  la fille du roi, non pas une biche comme il est souvent dit, mais ici un cerf
 serait-ce Endymion transformĂ© ?)
 La fresque de Pompei s’inspire directement d’un canevas trĂšs cĂ©lĂšbre au IVĂš BC, celui du peintre Timanthe de Kitnos actif au IVĂšme siĂšcle av. J-C, louĂ© pour l’expressivitĂ© de ses personnages et pour l’intensitĂ© Ă©motionnelle qui s’en dĂ©gageait.

Au moment de son sacrifice par Agamemnon, Diane change la jeune fille par une biche innocente. Iphigénie doit rejoindre le temple de Diane en Tauride, devant y sacrifier tous les mùles étrangers qui y débarquent.
Dans des versions plus tardives, IphigĂ©nie en Tauride y retrouve son frĂšre Oreste, meurtrier coupable de leur mĂšre Clytemnestre ; bravant l’ordre meurtrier de Diane, le jeune femme fuit avec son frĂšre Ă  AthĂšnes. Morte, elle rejoint ensuite l’üle des Ă©lus bienheureux oĂč elle Ă©pouse Achille ; immortalisĂ©e, elle y est assimilĂ©e Ă  HĂ©cate, le triple dĂ©esse.
Gluck a trĂšs bien compris et mesurĂ© les ressources et le potentiel dramatique comme psychologique du drame d’IphigĂ©nie : face Ă  la barbarie apparente de la dĂ©esse, son exigence sanguinaire, la mortelle dĂ©montre une dignitĂ© morale exemplaire ; une tendresse aussi pour son frĂšre Oreste. Tout Ɠuvre Ă  humaniser l’hĂ©roĂŻne et la rendre dans l’esprit du spectateur, infiniment touchante, Ă  mesure que son destin sombre dans la tragĂ©die et l’innommable.

 

 

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Illustration / Iphigénie :
fresque de la Maison du PoĂšte Tragique (PompĂ©i) – dĂ©posĂ©e au MusĂ©e ArchĂ©ologique de Naples

GSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 août 2019 (Gaëlle Arquez)

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 aoĂ»t 2019. Le samedi 24 aoĂ»t Ă  19h30, Carmen de Bizet en version de concert (Tente de Gstaad) avec dans le rĂŽle titre, la mezzo hexagonale GaĂ«lle Arquez
 L’esprit et le raffinement des couleurs parisiennes Ă  GSTAAD. Le MENUHIN Festival a toujours su proposer de grands Ă©vĂ©nements lyriques sous la tente. Cette Carmen devrait marquer l’édition 2019, sollicitant un plateau prometteur et les musiciens de l’opĂ©ra de ZĂŒrich. L’amour, la tendresse, le drame, le pittoresque, les couleurs
 le sang espagnol ; la passion criminelle et la jalousie qui rend fou 
 il ya tou chez Bizet. Dans son ultime opĂ©ra, crĂ©Ă© en 1875, et malheureux Ă©chec qui devait prĂ©cipiter sa mort (foudroyĂ© Ă  36 ans par un arrĂȘt du cƓur), Georges Bizet se montre grand connaisseur de l’ñme humaine et en particulier de l’amour jaloux et exclusif.

 

 

CARMEN française à GSTAAD
La partition enchaĂźne les tubes : de la Habanera «L’amour est un oiseau rebelle» Ă  la SĂ©guedille «PrĂšs des remparts de SĂ©ville», chantĂ© par la cigariĂšre de SĂ©ville, sans omettre le langoureux et tendre «La fleur que tu m’avais jetĂ©e», Everest de tout les tĂ©nors qui ose incarner Don JosĂ©, brigadier devenu contrebandier pour l’amour de Carmen.

Le plus de cette production lyrique en version de concert Ă  GSTAAD : GaĂ«lle Arquez en Carmen, Marcelo Alvarez en Don JosĂ© (avec de somptueux costumes selon la prĂ©sentation d’annonce du Festival
).

Bizet, Prix de Rome, s’ennuie ferme dans les annĂ©es 1860. Il peine Ă  se faire un nom sur la scĂšne lyrique parisienne. AprĂšs le Second-Empire, et la Commune (1870), malgrĂ© le wagnĂ©risme ambiant, le jeune compositeur s’affirme en 1872 Ă  l’OpĂ©ra-Comique avec Djamileh, un ouvrage en un acte, au parfum oriental
 Fort de ce premier jalon applaudi, le compositeur reçoit une commande plus ambitieuse, avec pour librettistes Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, dĂ©jĂ  sollicitĂ©s et eux aussi remarquĂ©s par Offenbach.

Bizet choisit lui-mĂȘme la nouvelle Carmen de Prosper MĂ©rimĂ©e, roman hispanisant Ă©crit dans les annĂ©es 1830 ; le compositeur s’inspire aussi du poĂšme Les Gitans de Pouchkine (1824). La premiĂšre de Carmen a lieu le 3 mars 1875. L’accueil est froid car le meurtre reprĂ©sentĂ© sur scĂšne, la sauvagerie du portrait de l’hĂ©roĂŻne, le rĂ©alisme de l’action, souvent brutale et exacerbĂ©e, ne manque pas de surprendre voire de choquer. MĂȘme Jacques Offenbach prĂ©sent Ă  la premiĂšre, crie que Bizet lui a volĂ© l’air de MicaĂ«la du troisiĂšme acte!
Tout cela crĂ©e un parfum de scandale. Puccini s’en souviendra, la cruditĂ© naturaliste de Bizet en moins. Pourtant comme il est trĂšs bien expliquĂ© dans le livret programme Ă©ditĂ© par le GSTAAD MENHIN Festival, « Bizet ne fait autre chose que de renvoyer Ă  la bourgeoisie l’image de sa propre hypocrisie dĂ©cadente! ». Un effet de miroir qui frappe encore aujourd’hui par sa justesse.

Son ami Ernest Guiraud remplace les dialogues parlĂ©s (propre au style de l’opĂ©ra comique et un rien maniĂ©ristes) par des rĂ©citatifs qui s’inscrivent mieux entre chaque sĂ©quence dramatique dont le sens du coloris et le dramatisme intense, ne cessent de captiver, de la premiĂšre apparition de Carmen, Ă  sa mort, prĂšs des arĂšnes de SĂ©ville


 
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Infos pratiques :
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Georges Bizet (1838–1875) «Carmen»,
Oper in 4 Akten / OpĂ©ra en 4 actes – halbszenische AuffĂŒhrung

GAËLLE ARQUEZ, Mezzosopran (Carmen)
MARCELO ALVAREZ, Tenor (Don José)
JULIE FUCHS, Sopran (MicaĂ«la)‹LUCA PISARONI, Bariton (Escamillo)
ULIANA ALEXYUK, Sopran (Frasquita)
SINÉAD O’KELLY, Mezzosopran (MercĂ©dĂšs)
MANUEL WALSER, Tenor (Le DancaĂŻre)
OMER KOBILJAK, Tenor (Le Remendado)
ALEXANDER KIECHLE, Bass (Zuniga)‹DEAN MURPHY, Bariton (Moralùs)
KINDERCHOR DES OPERNHAUS ZÜRICH
PHILHARMONISCHER CHOR BRNO / PETR FIALA, Einstudierung
ORCHESTER DER OPER ZÜRICH – PHILHARMONIA ZÜRICH
MARCO ARMILIATO, direction
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boutonreservationGSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 aoĂ»t 2019. A 19h30, en version de concert (sous la tente de Gstaad) – RESERVEZ VOTRE PLACE

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. SALZBOURG / Salzburg Festspiel 2019. OFFENBACH : Orphée aux enfers. Beekman, Desandre, Max Hopp
 Barrie Kosky.

salzbourg vignette festivalCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. SALZBOURG / Salzburg Festspiel 2019, le 17 aoĂ»t 2019. OFFENBACH : OrphĂ©e aux enfers. Beekman, Desandre, Max Hopp
 Barrie Kosky. Avec cette nouvelle production savoureuse, Salzbourg 2019 fĂȘte Ă  son tour le bicentenaire Offenbach 2019, lĂ©gitime offrande accrĂ©ditĂ©e par la validation prĂ©alable du spĂ©cialiste JC Keck, auteur de l’édition critique des opĂ©ras du divin Jacques. OrphĂ©e apporte dans l’histoire de l’opĂ©ra, sa verve impertinent et bouffe, au dĂ©lire dĂ©jantĂ©, drĂŽlatique, dont l’australien Barrie Kosky, par ailleurs directeur du Komische Oper Berlin (l’OpĂ©ra comique berlinois), fait un spectacle en tableaux bien caractĂ©risĂ©s, dignes d’une revue musicale. TrĂšs inspirĂ© par le rire dĂ©lirant d’Offenbach, sa facĂ©tie volontiers lubrique et dĂ©braillĂ©e, Kosky prend la partition Ă  la lettre et « ose » montrer ce que la partition exprime au plus profond : le goĂ»t de la luxure, l’érotisme paillard, la dĂ©cadence orgiaque Ă  tous les Ă©tages (de l’Olympe aux enfers) ; mais de cette traversĂ©e sauvage et libertaire, l’hĂ©roĂŻne Eurydice apprentie au plaisir, apprend son Ă©mancipation ; d’objet sexuel Ă©changĂ©, entre Pluton qui l’enlĂšve Ă  Jupiter qui la butine au sens strict (dĂ©guisĂ© en mouche abeille Ă  l’acte II), la compagne ressuscitĂ©e d’OrphĂ©e se fait par sa seule volontĂ©, bacchante et maĂźtresse de son plaisir. Quant Ă  la morale incarnĂ©e, cette « opinion publique » soucieuse de sociabilitĂ© et de convenance (ici incarnĂ©e par la mezzo ASV Otter), personne n’est dupe de sa fausse sincĂ©ritĂ© : s’il faut sauver les apparences coĂ»te que coĂ»te (mĂȘme s’il n’aime plus Eurydice et se fĂ©licite d’en ĂȘtre dĂ©barrassĂ©, OrphĂ©e doit reconquĂ©rir celle qui lui a Ă©tĂ© ravi), personne ne se trompe dans ce jeu de dupes.
Dieux comme mortels sont obsĂ©dĂ©s par la gaudriole : le sexe mĂšne la danse, mais, -rĂ©fĂ©rence Ă  notre Ă©poque oblige-, seule compte la libertĂ© dans le dĂ©sir ; aucune place Ă  la contrainte. Au dĂ©part, dĂ©sirante ennuyĂ©e dĂ©semparĂ©e (par son mari violoneux insipide), Eurydice aprĂšs moult ballets et sĂ©quences de domination / sĂ©duction, conquiert son propre dĂ©sir: au terme de cette Ă©popĂ©e parodique oĂč elle est la poupĂ©e consentante de Pluton / AristĂ©e puis de Jupiter / Jupin (Zeus libidineux), la bergĂšre affirme enfin sa volontĂ© libre et entiĂšre de femme maĂźtresse de son corps et de ses dĂ©sirs, en Bacchante (dernier cancan ou galop infernal qui est aussi une hymne dĂ©lirant Ă  l’ivresse Ă©mancipatrice de Bacchus).

 

 

 

 

Lubrique déjanté mais Eurydice libérée

 

 

 

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Si au sein du public trĂšs convenable justement de la Maison pour Mozart de Salzbourg (Haus fĂŒr Mozart), certains petits bourgeois ont huĂ© la mise en scĂšne de Kosky, « choquĂ©s » de voir petites bites et vulves dessinĂ©s ou cousues, explicites, – y compris entre les jambes des danseuses du cancan, force est de louer la justesse de la lecture ; derriĂšre la fantaisie divertissante de la comĂ©die d’Offenbach, s’affirme une directe parodie de la sociĂ©tĂ© humaine (celle du Second Empire Ă  l’époque du compositeur, comme la nĂŽtre tout autant inondĂ©e de sollicitations Ă©rotiques et martelĂ©e par les scandales sexuels
 cf les affaires et scandales venus des USA : du producteur violeur Harvey Weinstein au milliardaire pĂ©dophile Jeffrey Epstein
 ) ; lĂ  oĂč le sexe est omniprĂ©sent, il n’est pas de plaisir sans libertĂ© ; Offenbach nous montre et l’hypocrisie bourgeoise vis Ă  vis du sexe, et surtout comme la morale de l’histoire, l’émancipation d’une jeune femme, enfin libĂ©rĂ©e, c’est Ă  dire capable contre tous, hommes et dieux, d’affirmer sa libertĂ© souveraine. On s’y dĂ©lecte des mĂȘmes tableaux grivois et paillards, dĂ©lirants et oniriques que dans un spectacle reprĂ©sentĂ© Ă  Salzbourg prĂ©cĂ©demment, La Calisto de Cavalli mise en scĂšne par Herbert Wernicke, lui aussi parfait ambassadeur de la libertĂ© grivoise mais pertinente ainsi mise en lumiĂšre Ă  l’opĂ©ra.

TRIOMPHE HISTORIQUE
 Les français du Second Empire avaient-ils saisi la brĂ»lant et fine allusion critique, dans cette parodie ubuesque de la mythologie ? En 1858, OrphĂ©e allait casser la baraque et brĂ»ler les planches : triomphe colossal qui devait propulser Offenbach de l’ombre Ă  la lumiĂšre de la scĂšne lyrique. AprĂšs la 228Ăš reprĂ©sentation, le compositeur dĂ»t mĂȘme interrompre la carriĂšre de l’Ɠuvre sur les planches pour ne pas, lui comme sa troupe, succomber Ă  l’épuisement. On veut bien le comprendre car ce que permet de mesurer la production de Barrie Kosky Ă  l’étĂ© 2019, c’est ce mariage constant de thĂ©Ăątre, de chant, de danse qui sollicitent sans trĂȘve tous les acteurs. Il faut une belle dose d’énergie et de rythmes pour ne pas succomber dans la caricature et la vulgaritĂ©. Rien de cela dans ce spectacle Ă©patant qui lĂ©ger, mordant, dĂ©nonce tout en faisant rire.
Seule rĂ©serve, le français bien mal articulĂ© par la majoritĂ© des chanteurs, exception faite de deux solistes qui sont aussi parmi les plus convaincants : LĂ©a Desandre (VĂ©nus), Marcel Beekman (AristĂ©e / Pluton, qui fut aussi une PlatĂ©e chez Rameau absolument dĂ©sopilante) ; mĂȘme l’Opinion de Ann Sofie van Otter manque de consonnes y compris dans la mĂ©lodie inĂ©dite d’Offenbach qui met en musique le mĂȘme texte de Gaultier, prĂ©cĂ©demment traitĂ© par Berlioz pour la derniĂšre sĂ©quence des Nuits d’étĂ© : l’idĂ©e est excellente car l’Opinion dĂ©laisse sa blouse stricte et noire (fin du I) pour y chanter cette rive inconnue oĂč l’amour est fidĂšle
 un idĂ©al dĂ©menti par l’opĂ©ra d’Offenbach dans lequel l’air est enchassĂ© ; on regrette aussi la direction trĂšs efficace mais sans nuance ni subtilitĂ© du chef Mazzola, pourtant Ă  la tĂȘte du meilleur orchestre au monde, les Wiener Philharmoniker (luxe frĂ©quent au Festival de Salzbourg chaque Ă©tĂ©). La verve autrement plus subtile d’Offenbach est constamment absente, question d’équilibre comme de dynamique sonores.
Pourtant rien n’affecte le formidable rythme du spectacle dont la succession des tableaux se rĂ©alise sans heurts (de la chambre bien terrestre d’Eurydice oĂč elle meurt mais bientĂŽt enlevĂ©e par AristĂ©e / Pluton), Ă  l’Olympe (ou s’ennuient ferme tous les dieux), jusqu’aux enfers (acte II) dont les mouvements sont de plus en plus frĂ©nĂ©tiques et vont crescendo sous l’influence d’un diable colossal, monocycliste pĂ©taradant. LĂ  le thĂšme du cancan ou galop infernal peut se dĂ©ployer en libertĂ© avec une verve pĂ©tillante qui appelle l’ivresse collective. De ce point de vue, la direction d’acteurs orchestrĂ©e par Barrie Kosky est indiscutable. L’australien ne laisse rien au hasard et surtout pas Ă  l’improvisation.
La rĂ©ussite tient Ă  la performance du comĂ©dien allemand Max Hopp qui incarne l’assistant de Pluton, John Styx : excellente idĂ©e que de lui avoir confiĂ© tous les rĂ©cits et dialogues ; d’une verve gargantuesque, riche en onomatopĂ©es et effets sonores linguaux et bucaux, d’une truculence organique aussi, l’acteur double toutes les voix parlĂ©es, crĂ©ant des contrastes ente sa voix mĂąle et mĂ»re quand il double les femmes (Eurydice, Junon ici campĂ©e en alcoolique implosĂ©e, 
) ; voix dĂ©timbrĂ©e de tĂȘte quand il double Mercure par exemple
 le rĂ©sultat synchronisĂ© parfaitement, produit un thĂ©Ăątre Ă  gags, qui souligne toujours l’autodĂ©rision et le dĂ©lire dĂ©jantĂ©, parfois surrĂ©aliste, souvent drĂŽlatique, Ă  la façon des films muets style Chaplin ou fantasques allumĂ©s, Ă  la Tati. De ce fait, tous les dialogues sont infiniment plus percutants que s’ils avaient Ă©tĂ© dits par les chanteurs : Ă  la parole dĂ©lurĂ©e, savoureuse, le comĂ©dien joint le geste, en particulier au II, acte des enfers, oĂč il se prĂȘte au jeu sadique de l’interrogatoire adressĂ© Ă  Jupiter et Pluton rĂ©unis dans le mĂȘme salon ; ce qui nous vaut une passe d’armes hallucinĂ©e des plus cocasses sur le mot « formali-thé » ; Styx cisĂšle ici son personnage de domestique frustrĂ©, languissant qui en pince dur pour celle que Pluton lui a confiĂ© : Eurydice (« Quand j’étais prince d’Arcadie »)


 

 

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Parmi les Ă©pisodes les plus rĂ©ussies, distinguons l’entrĂ©e d’AristĂ©e en apiculteur, avec son galop d’abeilles butineuses, subitement grimĂ© en Pluton lubrique excitĂ©, avec sa fourrure rousse (impeccable Marcel Beekman) ; idem pour la lubricitĂ© rĂ©glĂ©e du duo Jupin / Eurydice oĂč Jupiter, mĂ©tamorphosĂ©e en 
 mouche sĂ©duit et chevauche sans ambages la belle bergĂšre ; saluons aussi sur la continuitĂ© du drame, le soprano voluptueux de l’amĂ©ricaine Kathryn Lewek, tempĂ©rament ardent, dont les acrobaties coloratoure dans le 2Ăš acte sont bien affirmĂ©s et nĂ©gociĂ©s, le français en moins. La chanteuse joue Ă  fond son look latino (elle se schoote Ă  la pastĂšque entre autres) avec son partenaire de mari, d’un chant malheureusement en deçà s’agissant du trop frĂȘle et peu nuancĂ© Joel Prieto (OrphĂ©e).

 

 

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EXCITATION ET COHÉRENCE… Qu’importe, nous tenons lĂ  une production qui touche par son audace grivoise, son Ă©nergie continue, sa verve libertaire, son excitation qui affleure, collectivement dĂ©fendue. Les danseurs libidineux et lascifs Ă  souhaits (diables aguicheurs accompagnant Diane Ă©moustillĂ©e par la belle Eurydice), le chƓur percutant, incisif, le style de l’orchestre (Ă  notre goĂ»t par totalement exploitĂ©), enfin la grande cohĂ©rence du plateau de solistes (mĂȘme au français fumeux) ajoutent Ă  la grande rĂ©ussite de cette lecture rĂ©glĂ©e par Barrie Kosky. Les huĂ©es lors des saluts montrent encore que parmi les salzbourgeois, il reste des poches conservatrices pour lesquelles l’opĂ©ra bouffe et Offenbach doivent moins choquer que divertir. Barrie Kosky nous montre que les deux sont possibles. TrĂšs grande rĂ©ussite et belle offrande depuis l’Autriche au bicentenaire Offenbach 2019.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. SALZBOURG / Salzburg Festspiel 2019, le 17 aoĂ»t 2019. OFFENBACH : OrphĂ©e aux enfers. Beekman, Desandre, Max Hopp
 Wiener Philharmoniker, Barrie Kosky à l’affiche du Festival de Salzbourg jusqu’au 30 aoĂ»t 2019 - Illustrations / photos Salzbourg 2019 © Monika Rittershaus

Distribution :

Orphée aux Enfers, version 1858 / 1874.
Version JC Keck
Jacques Offenbach

Barrie Kosky, metteur en scĂšne

Anne Sofie von Otter : L’Opinion publique
Max Hopp : John Styx
Kathryn Lewek, Eurydice
Joel Prieto, Orphée
Marcel Beekman, Aristée / Pluton
Nadine Weissmann, Cupidon
Lea Desandre, Vénus
Martin Winkler, Jupiter
Frances Pappas, Junon
RafaƂ Pawnuk, Mars
Vasilisa Berzhanskaya, Diane
Peter Renz, Mercure
Alessandra Bizzarri, Martina Borroni, Kai Braithwaite, Damian Czarnecki, Shane Dickson, Michael Fernandez, Claudia Greco, Merry Holden, Daniel Ojeda, Marcell Prét, Tara Randell, Lorenzo Soragni -Danseurs
Silvano Marraffa -Capitaine de Danse

Vocalconsort Berlin
David Cavelius, Chef de ChƓur
Orchestre Philharmonique de Vienne
Enrique Mazzola : direction, chef d’Orchestre
Coproduction avec le Komische Oper Berlin & Deutsche Oper am Rhein

 

 

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Marcel Beekman (Pluton) – Eurydice (Kathryn Lewek)

DVD Ă©vĂ©nement critique. Les Grand mythes : L’Iliade (2 DVD Arte Ă©ditions sep 2019

les-grands-mythes-i-liade-francois-busnel-dvd-annonce-critique-dvd-serie-saison-classiquenewsDVD Ă©vĂ©nement critique. Les Grand mythes : L’Iliade (2 DVD Arte Ă©ditions sep 2019). En septembre 2019, ARTE Ă©ditions crĂ©e l’évĂ©nement en publiant sa nouvelle collection d’épisodes explicitant avec une rare intelligence et une infographie d’un rare esthĂ©tisme, les exploits des hĂ©ros de l’Iliade
 C’est une collection documentaire conçue par François Busnel. La premiĂšre « saison » inspirĂ©e des mythes grecs et intitulĂ©e «  Les grands MYTHES » avait remportĂ© un succĂšs lĂ©gitime : François Busnel y dĂ©cortiquait avec humour, intelligence et impertinence pertinente (remarquables commentaires explicatifs entre autres) les mythes des dieux et hĂ©ros de la Mythologie grecque, abordant pour chaque figure spectaculaire, tous les symboles et les thĂ©matiques qu’elle incarnait. Ici, sur les traces d’HomĂšre, mĂȘme approche complĂšte et claire, esthĂ©tique et trĂšs documentĂ©e : tous les hĂ©ros de l’Iliade, guerriers grecs et troyens, dieux et dĂ©esses de l’Olympe, y sont subtilement Ă©voquĂ©s, leurs exploits et leurs enjeux comme leur signification, analysĂ©s : Ajax et Ulysse, Patrocle tuĂ© par Hector, Hector tuĂ© par Achille, Priam et Agamemenon, sans omettre l’implication des dieux Aphrodite, AthĂ©na, ArĂšs, surtout HĂ©ra dont la ruse, piĂšge Zeus et organise la victoire finale des grecs
 AprĂšs le visionage de chacun des 10 Ă©pisodes, l’Iliade, c’est Ă  dire l’histoire de la Guerre de Troie, n’aura plus aucun secret pour vous.

IDEAL prĂ©ambule Ă  l’opĂ©ra… Le coffret est d’autant plus nĂ©cessaire que chacun des Ă©pisodes clarifie l’Ă©popĂ©e des grecs contre les troyens, de quoi mieux comprendre tous les ouvrages de musique et surtout les opĂ©ras, si nombreux, qui se sont inspirĂ©s de la formidable Ă©popĂ©e homĂ©rienne et des figures fascinantes des hĂ©ros concernĂ©s : Priam, Agamemnon, IphigĂ©nie, Hector contre Achille, Cassandre, HĂ©cube…

 

 

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CLIC D'OR macaron 200DVD Ă©vĂ©nement / sĂ©rie remarquable : Les Grands MYTHES – L’ILIADE,  10 Ă©pisodes – coffret de 2 DVD – ARTE Ă©ditions – parution annoncĂ©e le 4 septembre 2019, dans tous les magasins et sur arteboutique.com -diffusion sur ARTE fin septembre – dĂ©but octobre 2019.

 

 

 

 

APPROFONDIR
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RÉSUMÉS des 10 Ă©pisodes de la saison L’ILIADE

Les Grecs AchĂ©ens (provenant de la GrĂšce continentale) partent organiser le siĂšge de Troie afin de rĂ©cupĂ©rer la belle HĂ©lĂšne, enlevĂ©e par Paris Ă  son mari le roi de Sparte, MĂ©nĂ©las. AprĂšs un siĂšge de dix ans sous les murs de la citĂ© troyenne, la guerre tourne Ă  l’avantage des AchĂ©ens grĂące au cĂ©lĂšbre Achille.

 

 

1. LA POMME DE LA DISCORDE
Une pomme d’or destinĂ©e « Ă  la plus belle » a Ă©tĂ© envoyĂ©e sur l’Olympe par Éris, la dĂ©esse de la discorde. Zeus laisse Ă  un mortel la possibilitĂ© de dĂ©terminer la plus dĂ©sirable des trois dĂ©esses : Aphrodite, HĂ©ra ou AthĂ©na. PĂąris, le jeune fils de Priam, roi de Troie offre ainsi la pomme Ă  Aphrodite, qui lui promet, en retour, l’amour de la plus femme mortelle. Chez MĂ©nĂ©las, le roi de Sparte, PĂąris tombe amoureux d’HĂ©lĂšne, sa femme. Tous deux s’enfuient, ensorcelĂ©s par la dĂ©esse de l’amour, et rejoignent Troie. MĂ©nĂ©las, fou de colĂšre, court chez son frĂšre, le plus puissant des rois grecs, Agamemnon. HĂ©ra et AthĂ©na n’ont pas acceptĂ© le choix de PĂąris. Elles manipulent Agamemnon qui dĂ©cide la guerre contre Troie, et dirige l’armĂ©e de tous les rois grecs.

 

 

2. L’HEURES DE SACRIFICES
Parmi les rois grces qui int refusĂ© de participer Ă  la guerre contre les Troyens, deux s’obstinent. Ulysse, qui feint d’ĂȘtre fou mais est bien vite dĂ©masquĂ©. Achille, le plus grand combattant grec : il est restĂ© opposĂ© Ă  Agamemnon. Pourtant sa mĂšre, la nymphe ThĂ©tis, inflĂ©chit sa dĂ©termination : elle flatte son orgueil de jeune combattant ; la guerre contre les troyens lui permettra d’ĂȘtre le plus grand des guerriers grecs. Certes il mourra jeune mais cĂ©lĂ©brĂ©. Achille n’hĂ©site pas : il rejoint l’armĂ©e d’Agamemnon. Celle ci est bloquĂ©e par Artemis / Diane, outragĂ©e par le roi de MycĂšnes Agamemnon : le devin Calchas indique alors que si Agamemnon sacrifie sa propre fille IphigĂ©nie, ArtĂ©mis saura redevenir clĂ©mente et la flotte grecque pourra enfin partir


 

 

3. LA COLERE D’ACHILLE
Dix ans ont passĂ© depuis que l’armĂ©e grecque a dĂ©barquĂ© sur les rivages de Troie. La citĂ© aux hautes murailles rĂ©siste. Hector, le fils ainĂ© du roi Priam reproche Ă  son frĂšre PĂąris d’ĂȘtre responsable de cette guerre qui n’en finit pas. Mais PĂąris aime HĂ©lĂšne. Chez les grecs, une mystĂ©rieuse maladie fait rage depuis quelques jours. Calchas le devin rĂ©vĂšle aux rois rassemblĂ©s qu’il s’agit d’une vengeance d’Apollon. Agamemnon (encore lui) retient la belle ChrysĂ©is, la fille d’un prĂȘtre qui s’est plaint au dieu. Achille exige qu’Agamemnon rende la jeune fille Ă  son pĂšre. Agamemnon finit par accepter, mais oblige Achille Ă  lui donner en Ă©change sa protĂ©gĂ©e, BrisĂ©is. Achille, de rage, proclame alors qu’il ne combattra plus, et s’isole. Sa mĂšre, ThĂ©tis, se rend alors chez Zeus afin qu’il soutienne Achille. En souvenir de celle qu’il a aimĂ©, Zeus dĂ©cide de prendre le parti des Troyens: il envoie un songe Ă  Agamemnon pour le piĂ©gĂ©.

 

 

4. LE SANG DE LA DEESSE
Agamemnon l’a vu en rĂȘve : Troie sera prise le jour mĂȘme. Toute l’armĂ©e grecque se jette dans la bataille, sous les murailles de Troie. MĂ©nĂ©las, mari humiliĂ©, reconnait celui qui lui a dĂ©robĂ© sa femme, PĂąris. Les deux hommes s’affrontent dans un duel. Mais au moment oĂč MĂ©nĂ©las achĂšve PĂąris, Aphrodite enlĂšve son protĂ©gĂ© du champ de bataille. MalgrĂ© l’interdiction de Zeus, les dieux de l’Olympe prennent parti pour et l’autre camp. GrĂące Ă  AthĂ©na, le jeune roi DiomĂšde devient furieux, et peut voir les dieux. Il repĂšre alors la dĂ©esse Aphrodite venue dĂ©fendre son fils EnĂ©e, et la blesse Ă  la main. Puis affronte ArĂšs, le dieu de la guerre, venu dĂ©fendre l’honneur d’Aphrodite. IndiffĂ©rent aux combats, Achille joue de la lyre sous sa tente.

 

 

5. LE GLAIVE ET LA BALANCE
Le chaos qui rĂšgne entre Grecs et Troyens s’étend dĂ©sormais Ă  l’Olympe. Zeus, favorable aux troyens, dĂ©cide de foudroyer le prochain dieu qui s’impliquera dans la bataille. Sur le front, les Troyens ont repoussĂ© les Grecs qui, pour protĂ©ger campement et bateaux, ont Ă©rigĂ© un mur. Hector, le fils ainĂ© du roi de Troie, est confiant. Sa sƓur, Cassandre, beaucoup moins. Elle sait que PĂąris sera la cause du malheur des Troyens ; elle force sa mĂšre HĂ©cube Ă  le reconnaitre.
PosĂ©idon rentre dans la bataille. Les Grecs prennent conscience que sans Achille, le grand hĂ©ros grec, il ne vaincront pas. Agamemnon l’invite Ă  revenir au combat. Mais Achille qui lui est opposĂ©, acceptera-t-il ?

6. LA RUSE D’HERA
Ulysse et Ajax tentent de convaincre Achille de revenir au combat, mais ce dernier refuse. Sur le champ de bataille, Agamemnon, DiomĂšde, Ulysse sont blessĂ©s. La muraille Ă©rigĂ©e par les Grecs menace de s’effondrer. RusĂ©e, HĂ©ra, Ă©pouse de Zeus, tente un stratagĂšme : fĂąchĂ©e de ne pouvoir intervenir, elle sĂ©duit Zeus, grĂące Ă  la ceinture magique d’Aphrodite. Lorsqu’il s’endort, elle prĂ©vient PosĂ©idon, lui aussi agacĂ© par le pouvoir abusif de Zeus. Il excite le camp grec qui reprend le des- sus. Ajax attaque Hector, et le blesse mortellement


7. PATROCLE ET LES MYRMIDONS
SauvĂ© par Apollon, Hector repart au combat : il mĂšne les Troyens jusqu’aux nefs des Grecs dont la flotte va s’embraser. Patrocle, l’ami d’Achille, court le prier de revenir dans la bataille. Achille refuse mais accepte que Patrocle portant son armure, conduise Ă  sa place l’armĂ©e des Myrmidons pour sauver les Grecs. Croyant voir Achille, les Troyens battent en retraite. AprĂšs avoir tuĂ© SarpĂ©don, fils de Zeus, Patrocle, confiant, marche sur Troie. D’abord repoussĂ© par Apol- lon, il est tuĂ© par Hector, le fils ainĂ© du roi Priam. Lorsqu’il l’apprend, Achille s’effondre puis jure de venger son ami. Sa mĂšre ThĂ©tis lui promet alors qu’elle lui remettra de nouvelles armes le lendemain, au lever du soleil.

 

 

8. LA VENGEANCE D’ACHILLE
ThĂ©tis a demandĂ© Ă  HĂ©phaĂŻstos, dieu des forgerons, qu’il fabrique de nouvelles armes pour son fils Achille. A l’aube, elle lui remet les armes qui tout en le rendant lĂ©gendaire, l’enverront Ă  la mort. MĂȘme Andromaque, veuve d’Hector, tremble Ă  la vue d’Achille hors de lui, hallucinĂ© depuis la mort de son ami Patrocle. Sous le glaive d’Achille, les eaux du fleuve Scamandre deviennent rouge du sans des troyens trucidĂ©s. ChoquĂ©, le fleuve se rebelle contre Achille et l’entraĂźne dans ses flots impĂ©tueux. HĂ©ra demande Ă  Hephaistos de sauver Achille.

 

9. VAINCRE ET MOURIR
EpargnĂ© par les boules de feu lancĂ©es par le dieu HĂ©phaĂŻstos qui enflamme les berges du fleuve Scamandre, Achille rejoint le combat. AnimĂ© par l’esprit de vengeance, il choque dieux et mortels par sa colĂšre inhumaine. Hector, meurtrier de son ami Patrocle, prend peur lorsqu’il voit Achille. Avec le soutien de la dĂ©esse AthĂ©na, Achille tue Hector, attache son corps Ă  son char, et le traine sous les murailles de Troie. A la nuit tombĂ©e, le vieux roi Priam supplie Achille de lui rendre le corps de son fils. Achille, Ă©mu, accepte. Alors Ulysse trouve l’idĂ©e qui donnera la victoire aux Grecs.

10. LE CHEVAL DE TROIE
Les Troyens sont surpris : les Grecs ont prĂ©cipitamment quittĂ© le rivage, laissant sur le sable un colossal cheval de bois, aussi imposant que mystĂ©rieux. On jette une lance dans ses flancs. A l’intĂ©rieur, les guerriers grecs, dont Ulysse, qui a inventĂ© cette ruse, ne bougent pas. Les Troyens comprennent que ce cheval est une offrande Ă  AthĂ©na, Priam le fait rentrer dans la citĂ©. La nuit tombĂ©e, les Grecs sortent du cheval, ouvrent les portes de la citĂ© au reste de leur armĂ©e : le massacre des Troyens commence. MĂ©nĂ©las retrouve HĂ©lĂšne. PĂąris bmesse mortellement Achille au talon, lequel s’effondre. Zeus, impuissant (car il soutenait les Troyens), comprend que les hommes ne pourront plus croire en eux aprĂšs le massacre. Alors que la citĂ© brĂ»le encore, Ulysse reprend la mer avec ses compagnons, sans triomphalisme. A prĂšs dix ans de guerre, qui se souviendra de la guerre de Troie ?

 

 

Infos pratiques :
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les-grands-mythes-i-liade-francois-busnel-dvd-annonce-critique-dvd-serie-saison-classiquenewsLes GRANDS MYTHES / L’ILIADE
2 DVD – ‹DurĂ©e totale 260 min / 2h40 – ‹DurĂ©e des films 10 x 26 mn‹Versions française, allemande‹ – Sous-titres : Français pour sourds et malentendants Couleur – ‹Format image 16/9‹ – Son Dolby digital stĂ©rĂ©o / ‹PAL – Toutes zones – EN COMPLÉMENT : livret de 12 pages – 20€

 

 

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coffret-dvd-arte-les-grands-mythes-4-dvd-review-dvd-critique-classiquenews-compte-rendu-dvd-arte-les-grands-mythes-classiquenewsPrécédente parution DVD Arte éditions (déjà annoncée, présentée, critiquée sur classiquenews) :

Les Grands MYTHES, 20 Ă©pisodes – 4 DVD

 

Les 20 Ă©pisodes:

Zeus, la conquĂȘte du pouvoir
Les amours de Zeus
PromĂ©thĂ©e le rĂ©voltĂ© de l’Olympe
HadÚs, le roi malgré lui
Athéna, la sagesse armée
Apollon, l’ombre et la lumiùre
Aphrodite, sous la loi du désir
Dionysos, l’étranger dans la ville
HermÚs, le messager indéchiffrable
Tartare, les damnés de la terre
PsychĂ©, la belle et la bĂȘte
Persée, la mort dans les yeux
OrphĂ©e, l’amour impossible
MĂ©dĂ©e, l’amour assassin
BĂ©llĂ©rophon, l’homme qui voulait ĂȘtre dieu
ThĂ©sĂ©e, ou les ravages de l’oubli
DĂ©dale et Icare,
le rĂȘve Ă©clatĂ© HĂ©raclĂšs, l’homme qui devint dieu
Oedipe, le dĂ©chiffreur d’énigmes
Antigone, celle qui a dit non (et donc la premiĂšre fĂ©ministe de l’Histoire)

LIRE notre critique du DVD les grands MYTHES – sĂ©rie Ă©vĂ©nement Ă©ditĂ©e en 2016 / CLIC de classiquenews 2016 :

https://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-coffret-les-grands-mythes-4-dvd-arte-editions/

 

 

 

CD, coffret, événement, critique. BERLIOZ rediscovered / JE Gardiner (8 cd, 1 dvd Decca)

BERLIOZ-rediscovered-john-eliot-gardiner-8-cd-1-dvd-DECCA-review-critique-cd-classiquenews-dossier-BERLIOZ-2019-hector-berlioz-2019-dossier-berlioz-2019-classique-news-classiquenewsCD, coffret, Ă©vĂ©nement, critique. BERLIOZ rediscovered (8 cd, 1 dvd Decca). Pour les 150 ans du grand Berlioz, Decca exhume les enregistrements historiques rĂ©alisĂ©s par Gardiner pour Philips. Le chef a dirigĂ© Les Troyens au ChĂątelet, fait marquant de l’histoire du ThĂ©Ăątre parisien : Gardiner comme ses compatriotes et prĂ©dĂ©cesseurs Thomas Beecham ou Colin Davis, perpĂ©tue la flamme berliozienne depuis l’Angleterre. La noblesse nerveuse nĂ©oantique, nĂ©ogluckiste ici, d’Hector continue de fasciner nos voisins abonnĂ©s au Brexit. Leur culte de Berlioz (nĂ© le 11 dĂ©cembre 1803 Ă  la CĂŽte-Saint-AndrĂ© en IsĂšre ; et mort Ă  Paris le 8 mars 1869) prend une consistance particuliĂšre grĂące Ă  ce coffret Ă©vĂ©nement, regroupant 8 cd et 1 dvd. Berlioz redĂ©couvert dĂ©signe l’apport des instruments historiques, ceux de l’Orchestre RĂ©volutionnaire et Romantique sous la baguette fiĂšvreuse du Britannique John Eliot Gardiner. Depuis l’OpĂ©ra de Lyon aussi, oĂč avec l’orchestre maison, il enregistre la Damnation de Faust, en un geste aussi concis, affĂ»tĂ© qu’intense.
Les couleurs sont contrastĂ©es, vives, fouettĂ©es, mais mieux Ă©quilibrĂ©es qu’au concert, belle dynamique optimisĂ©e que permet l’enregistrement studio. Fougueux, Gardiner « ose » Berlioz davantage comme un rĂ©volutionnaire que comme un Romantique. Le compositeur qui se disait surtout « classique », dans l’adoration de Gluck, n’aurait peut-ĂȘtre pas adhĂ©rer Ă  tant de violents accents et de trĂ©pidante sensibilitĂ© musicale : n’empĂȘche, voici l’éloquente Messe Solennelle, premiĂšre partition d’envergure d’un compositeur de 22 ans (crĂ©Ă©e en 1825), restituĂ©e dans ses Ă©quilibres spatialisĂ©s d’origine, avec ce tranchant vif et ses couleurs fauves. Voici la Fantastique (la transe volcanique et bacchique de ses Ă©pisodes finaux : la Marche au supplice et du Songe d’une nuit de sabbat), Harold en Italie et Tristia, la sublime fresque shakespearienne de RomĂ©o et Juliette, enfin La Damnation de Faust, sommet de son inspiration lyrique et dramatique. Ici Berlioz Ă©ructe et colore, intensifie et enrichit le paysage sonore et orchestral : il rĂ©invente l’orchestre comme Turner rĂ©invente la peinture. En Berlioz, Gardiner voit Goya et Tintoret ; il fusionne dans le corps et l’ñme du Français, le fantastique chromatique du premier, l’élan, la construction du colossal du second. Avec Gardiner, Berlioz rime avec tempĂȘte et ouragan. Chez tous les pupitres.

MĂȘme si l’on trouve d’un certain cĂŽtĂ©, l’approche de un rien trop Ă©chevelĂ©e, moins Ă©quilibrĂ©e et raffinĂ©e qu’un Davis, sa comprĂ©hension du berlioz rĂ©formateur, affĂ»tĂ©, vindicatif grĂące au relief et au timbre des instruments d’époque, demeure indiscutablement passionnant. Gardiner reste donc la valeur sĂ»re pour cette annĂ©e 2019, cĂŽtĂ© instruments anciens. Bonus complĂ©mentaire et Ă©loquent sur la direction minutieuse et engagĂ©e de Gardiner, le DVD qui agrĂ©mente les 8 cd de ce cycle Berlioz sur instruments d’époque : Ă  l’image, sont rĂ©tablies ainsi la Fantastique et la fameuse Messe Solennelle du « gamin » gĂ©nial de 22 ans, dont certains thĂšmes mĂ©lodiques seront ensuite recyclĂ©s dans les Ɠuvres dramatiques et symphonique de la maturitĂ©.

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CD coffret, Ă©vĂ©nement, critique. BERLIOZ rediscovered – John Eliot Gardiner joue Berlioz – 8 cd, 1 dvd (DECCA)

Symphony fantastique op. 14
Symphony “Harold en Italie”
Tristia op. 18
Romeo et Juliette op. 17
La Damnation de Faust
Irlande op. 2
Le Trebuchet op. 13 No. 3
La Mort d’OphĂ©lie
8 Scenes de Faust
Messe solennelle
DVD “Berlioz Rediscovered”

GĂ©rard CaussĂ©, Catherine Robbin, Jean-Paul Fouchecourt, Gilles Cachemaille, Anne Sofie von Otter, Jean-Philippe Lafont, Fiona Wright, Robert Tear, Helen Watts, Viola Tunnard, Monteverdi Choir, Edinburgh Festival Chorus, Orchestre RĂ©volutionnaire et Romantique, Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon, John Eliot Gardiner.

COMPTE-RENDU, critique, REQUIEM. Festival d’Aix en Provence le 3 juillet 2019. Requiem (d’aprùs Mozart). Pichon / Castellucci

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, REQUIEM. Festival d’Aix en Provence le 3 juillet 2019. Requiem (d’aprĂšs Mozart). Pichon / Castellucci. C’est Mozart qu’on dĂ©nature
 AprĂšs rĂ©Ă©crire le livret des opĂ©ras, quitte Ă  en modifier le sens et l’esthĂ©tique originels, voici venu le temps des Ɠuvres sacrĂ©es, modifiĂ©es, intercalĂ©es d’élĂ©ments Ă©trangers qui en modifient tout autant l’unitĂ©, le flux, la tension et la cohĂ©rence initiales. On a connu cette annĂ©e deux marqueurs importants dans notre Ă©poque des fakenews et des contrevĂ©ritĂ©s qui rongent un peu plus la frontiĂšre entre rĂ©alitĂ© / vĂ©ritĂ© et fiction / mensonge. MĂȘme porositĂ© entre rĂ©alitĂ© des partitions autographes et nouvelles versions Ă©dictĂ©es en opus convenables. Disons Ă  prĂ©sent que les metteurs en scĂšne n’hĂ©sitent plus Ă  changer ce qui les inspire quitte Ă  ne plus respecter les Ɠuvres prĂ©sentĂ©es ; que le directeurs sont prĂȘts Ă  les suivre pour crĂ©er le buzz
Voyez cette nouvelle production du “Requiem de Mozart”. En rĂ©alitĂ© il s’agit du Requiem de Romeo Castellucci, inspirĂ© du Requiem de Mozart. Car le spectacle final n’a plus rien Ă  voir avec la Messe des morts conçues en 1791 par Mozart Ă  Vienne.

Aix 2019 : tristes artifices du duo Pichon / Castellucci
MOZART DÉNATURÉ

Sur les planches aixoises, le metteur en scĂšne dĂ©poĂ©tise tout Ă©lan spirituel, Ă©carte toute ivresse onirique pour un spectacle indigent et statique, oĂč le thĂ©Ăątre devient oratorio d’images et de tableaux d’une banalitĂ© agaçante ; oĂč les chanteurs qui sont aussi danseurs (leur chant dĂ©cousu souffre des mouvements permanents), tout en blanc comme des prĂȘtres nĂ©o futuristes, s’ébrouent en gestes pseudo inspirĂ©s, en un vaste cirque folklorique venu des Balkans, qui finit pas dĂ©naturer le sens de la derniĂšre partition laissĂ©e inachevĂ©e par Mozart en 1791. Castellucci insiste sur la fin et la disparition, la grande extinction humaine annoncĂ©e, qui donne le sens de nos vies : chaque cĂ©lĂ©bration collective des Morts, chaque messe de Requiem, pour le repos des dĂ©funts, cĂ©lĂšbre en dĂ©finitive la vie et nous appelle Ă  un Ă©veil spirituel.
Alors que la musique mozartienne, comme celle des 3 derniĂšres symphonies (rĂ©cemment sublimĂ©es par Savall), n’est qu’élĂ©vation, substance poĂ©tique et abstraction spirituelle, Castellucci nous assĂšne une reprĂ©sentation lourde et simpliste, d’une laideur incongrue. Il ne s’agit pas d’énoncer de pseudo concepts (trĂšs discutables en outre), il faut encore en dĂ©duire un thĂ©Ăątre qui serve aussi le sens et la direction de la musique qui est sa source et son point de dĂ©part. Tout sonne faux ici ; rien ne fonctionne ; la danse des corps qui se projettent, sautent, s’écrasent, contredit l’élan mĂȘme de la musique du Requiem.
Castellucci multiplie aussi les sources visuelles quitte Ă  brouiller la vue d’ensemble. Les images projetĂ©es en fond de scĂšne Ă©numĂšrent tout ce qui a dĂ©jĂ  disparu : espĂšces animales, sites et constructions, artistes et leurs Ɠuvres
 si l’idĂ©e pouvait ĂȘtre intĂ©ressante, sa rĂ©alisation est indigeste dans la rĂ©pĂ©tition. Qu’en penser alors ? Devons nous indigner de ces disparitions inĂ©luctables et irrĂ©versibles ? Ou bien, dans le grand mouvement actuel de dĂ©ni collectif et de fatalisme passif, nous en rendre les tĂ©moins impuissants, comme conditionnĂ©s ? Le monde, nos sociĂ©tĂ©s humaines sont condamnĂ©es dans un terme proche : et alors ? Tout est vouĂ© Ă  la disparition n’est ce pas ? Tout doit donc disparaĂźtre. Le propos de Castellucci laisse interloquĂ© et aussi irritĂ©. tant d’imprĂ©cisions, oĂč manque la poĂ©sie, tombe Ă  plat.

Sur la musique de Mozart, ces gesticulations, ces tableaux pontifiants imposent un parfait décalage
 une équation impossible qui trahit la direction et le progression des séquences musicales.
Dans ce magma visuel d’une naĂŻvetĂ© affligeante, les instrumentistes tentent de sauver le spectacle musicalement en dĂ©fendant une unitĂ© et une continuitĂ© fragile. Le chef (RaphaĂ«l Pichon) quant Ă  lui a dĂ©cidĂ© d’entrecouper le fil mozartien de partitions Ă©trangĂšres (chant grĂ©gorien) ou de Mozart lui-mĂȘme. La proportion initiale du Requiem mozartien se dilue en un polyptique confus, rĂ©pĂ©titif, – retable aux accents lissĂ©s qui d’une sĂ©quence Ă  l’autre, se ressemble, sans contrastes vĂ©ritables, d’autant que le geste du chef comme la tenue des choristes danseurs manquent singuliĂšrement de finesse, de profondeur, de trouble, de nuance, de phrasĂ©s. Sauf les derniĂšres mesures oĂč le chƓur statique (et dĂ©nudĂ© Ă  la façon d’un Jugement dernier et ses damnĂ©s nus comme les vers) retrouve des respirations plus naturelles. Pourtant la lecture globale agace par sa lourdeur, son arche dĂ©plorative trop dilatĂ©e… jusqu’au vertige. Mais oĂč sont donc passĂ©s le nerf, l’audace, les options vaillamment dĂ©fendus par les premiers baroqueux ?

Las, tout se rĂ©vĂšle artificiel dans une mosaĂŻque dĂ©pareillĂ©e, invitation agaçante pour un paradis toujours absent. Ce Requiem est Ă  oublier mais c’est sĂ»r, il gagnera un soupçon de buzz dĂ» Ă  sa tentative anecdotique et manquĂ©e. C’est Mozart que l’on met en biĂšre ici, et de bien laide façon, entre hystĂ©rie, trahison, rupture et syncope. De toute Ă©vidence, Aix 2019 déçoit. Rendez-vous est pris pour Tosca et surtout Jacob Lenz (certes reprise mais premiĂšre en France cet Ă©tĂ©). A suivre.

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COMPTE-RENDU, critique, REQUIEM. Festival d’Aix en Provence le 3 juillet 2019. Requiem de Romeo Castellucci d’aprĂšs le Requiem de Wolfgang Amadeus Mozart. Ens Pygmalion / RaphaĂ«l Pichon. Romeo Castellucci, mise en scĂšne. A l’affiche du festival d’Aix-en-Provence (thĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©), jusqu’au 19 juillet 2019.

DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier
 Bayreuth juillet 2018)

WAGNER LOHENGRIN THIELEMANN YUVAL SHARON DVD DEUTSCHGE GRAMMOPHON juillet 2019 bayreuth critique opera classiquenews review dvd classiquenews Waltraud meier, harteros beczala zeppenfeld critique dvd critique opera classiquenews dg0735621DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier
 Bayreuth juillet 2018). Le petit milieu lyrique avait fait des gorges chaudes pour cette production de Bayreuth, inaugurant une nouvelle mise en scĂšne de Lohengrin, le chevalier cĂ©leste descendu des cintres pour sauver l’humanitĂ© indigne
 Ce devait ĂȘtre aussi une prise de rĂŽle en juillet 2018 pour Alagna. Patatras le Français abandonna et ce fut Piotr Beczala qui reprit le dĂ©fi, quasi in extremis. Dans une rĂ©alisation tout Ă  fait convenable, mĂȘme
 globalement convaincante.
D’autant que le parti est assez audacieux et contrevient Ă  l’idĂ©alisation fantasmatique qui est le propre du hĂ©ros messianique : Yuval Sharon dĂ©truit le mythe du chevalier ici, sans cygne, mais anti hĂ©ros, indĂ©cis, instable. Pire, d’un glaciale indiffĂ©rence aux dĂ©sirs de la princesse de Brabant, Elsa dont l’autoritĂ© est menacĂ©e par le couple noir Telramund / Ortrud. Il y a mĂȘme du sadisme chez celui qui de Chevalier libĂ©rateur et protecteur, devient un demi bourreau, souhaitant faire payer Ă  la naĂŻve Elsa, celle qui pose la question interdite (dĂ©voilant du mĂȘme coup osons le dire, sa stupiditĂ© et son manque de confiance) : au III, Lohengrin n’a rien d’un Ă©poux aimant et comprĂ©hensif pour la jeune oie imbĂ©cile.
certes, l’heure mĂ©diatique et l’actualitĂ© Ă©taient au mouvement pour la protection des femmes et contre le harcĂšlement professionnel (#balancetonporc)
 d’oĂč des scĂšnes de supplices infligĂ©s aux femmes en second plan ; trop opportuniste, la mise en scĂšne a pĂȘchĂ© en voulant Ă  tous prix faire coĂŻncider la trame du livret avec cette honte internationale. L’équation actualitĂ© et opĂ©ra aurait pu ĂȘtre mieux rĂ©ussi, en finesse comme en rĂ©fĂ©rences maĂźtrisĂ©es : n’est pas directeur d’acteurs-chanteurs ni metteur en scĂšne, qui veut (prĂ©sence de la centrale Ă©lectrique, pour le moins incongrue ; de mĂȘme, quel sens donner Ă  la prĂ©sence des petites ailes aux dos des personnages, que gagne Lohengrin Ă  l’issue de son combat vainqueur, contre Telramund ?
 ).

BECSALA, HARTEROS, MEIER, ZAPPENFELD

Quatuor gagnant pour le nouveau LOHENGRIN de Bayreuth

Sous la baguette, toujours active et caractĂ©risĂ©e de Christian Thielemann (dont le teutonisme sied bien au relief nĂ©ogothique du Romantique Wagner), saluons la langue contrastĂ©e, bondissante de l’orchestre, selon les tableaux) ;
Venu sauver ce qui pouvait l’ĂȘtre, le tĂ©nor polonais Piotr Beczala assume cette quasi prise de rĂŽle Ă  Bayreuth (il avait chantĂ© le rĂŽle Ă  Dresde dĂ©jĂ ) : en dĂ©pit d’aigus parfois mal couverts, tendus, imprĂ©cis, le chanteur sĂ©duit en Lohengrin, se hisse jusqu’aux traces du champion actuels (Ă  Bayreuth) : Klaus Florian Vogt, d’autant que le nouveau n’a pas la maĂźtrise naturelle de l’allemand. Face Ă  son angĂ©lisme vocal (malgrĂ© le sadisme souhaitĂ© par le metteur en scĂšne), l’Elsa de Anja Harteros sonne presque trop sombre, rĂ©vĂ©lant dans la puissance de rĂ©elles aptitudes Ă  nuancer son personnage (pourtant de godiche manipulĂ©e par Ortrud).
La production de ce Lohengrin 2018 gagne aussi de la prĂ©sence du mezzo noble et grave, trouble et fulgurant de l’immense Waltraud Meier (laquelle aura chanter tous les grands rĂŽles fĂ©minins de Wagner, d’Ortrud Ă  Isolde). Son retour Ă  Bayreuth oĂč elle a chantĂ© dĂšs 1983 (Parsifal, Kundry anthologique), affirme son charisme vocal, une prĂ©sence dramatique surtout qui souligne l’art de l’actrice et de la tragĂ©dienne, fauve analytique, jaugeant chaque partenaire avec un appĂ©tit et une tension, ultimes. Les ressources sont rĂ©duites car sa carriĂšre est derriĂšre elle, mais quelle intonation, quelle intelligence dramatique, quelle diseuse capable de faire scintiller le thĂ©Ăątre wagnĂ©rien. MĂȘme autoritĂ© et Ă©vidence musicales pour le Roi Heinrich de Georg Zeppenfeld, devenu depuis quelques annĂ©es, un familier de Bayreuth.
Saluons enfin le chƓur prĂ©parĂ© par Eberhard Friedrich qui fait mouche par sa plasticitĂ© et son engagement : un modĂšle dans le genre et la confirmation qu’ils sont pour chaque spectacle local, un pilier garant de rĂ©ussite scĂ©nique.

Malgré les incohérences de la mise en scÚne, la solidité du cast vocal sauve cette nouvelle production de Lohengrin : le quatuor principal demeure quasi exemplaire.

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DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON – Ref. N°0735621 – Bayreuth juillet 2018 / Parution le 5 juillet 2019.
OpĂ©ra romantique en trois actes – Livret du compositeur
Créé à Weimar le 28 août 1850
BAYREUTH, juillet 2018
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scĂšne : Yuval Sharon
DĂ©cors et costumes : NĂ©o Rauch et Rosa Loy
LumiĂšres : Rainhard Traub

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa : Anja Harteros
Ortrud : Waltraud Meier
Telramund : Tomasz Konieczny
Le Roi Henri : Georg Zeppenfeld
Le HĂ©raut du Roi : Egils Silins
Les quatre nobles : Michael Gniffke, Eric Laporte, Kay Stiefermann, Timo Riihonen

Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Chef des choeurs : Eberhard Friedrich

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction.

COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction. Le nouveau concert Mahler Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle est un jalon passionnant Ă  suivre, confirmant l’évidente affinitĂ© du chef avec l’écriture mahlĂ©rienne, comme l’éloquence collective des instrumentistes du National de Lille, en particulier aprĂšs plus d’une heure de jeu
 comme libĂ©rĂ©s, naturels, dans le dernier et 5Ăš tableau : le Rondo-Finale / Allegro, marquĂ© par l’urgence et une joie rayonnante, indĂ©fectible. Un bel engagement qui a dĂ» certainement ravir la petite fille du compositeur, prĂ©sente ce soir : Marina Mahler. Outre son sens de la spatialitĂ©, son imagination sans limites, c’est aussi la trĂšs riche palette de timbres, la recherche constante de texture et de caractĂšre qui fondent la modernitĂ© de Mahler au XXIĂš. Tout s’entend admirablement dans l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle sous la baguette du chef, directeur musical de l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

 

 

 

L’ONL et Alexandre Bloch jouent la 5Ăš de Gustav Mahler…

1001 nuances de la passion mahlérienne

 

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Le premier mouvement (mesurĂ©, sĂ©vĂšre, funĂšbre) est grave ; initiĂ© par la trompette brillante, sublime appel initial, qui introduit la riche texture de la fanfare pour qu’émerge le chant Ă  la fois tendre et douloureux des cordes ; on apprĂ©cie immĂ©diatement l’articulation intĂ©rieure de ces derniĂšres dont le chef cisĂšle et ralentit, explicite et illumine les arriĂšres plans entre blessure rentrĂ©e et sentiment tragique. Peu Ă  peu se prĂ©cise la plainte amĂšre et retenue d’une Ă©ternelle souffrance (assise des 8 contrebasses comme un mur de soutien, alignĂ©s au fond de la scĂšne).
La souplesse, le sens du dĂ©tail des timbres (clarinette, flĂ»tes, cors et bassons), l’équilibre cordes, cuivres
 tout est dĂ©tachĂ©, fusionnĂ©, soulignĂ© avec un sens de la mesure ; et de la morsure aussi. La marche funĂšbre (Trauermarsch) qui se dĂ©ploie progressivement, surgit alors avec une finesse irrĂ©sistible.
A la fois gardien de la transparence et du dĂ©tail, le chef veille aussi au relief des contrastes saisissants qui agitent en un mouvement panique tous les pupitres (dans les deux trios) ; l’activitĂ© est prĂ©cise, et toujours, l’architecture de ce premier mouvement, parfaitement exposĂ©e ; la direction, d’une clartĂ© constante, avec une direction nettement explicitĂ©e : de l’ombre tenace voire lugubre 
 Ă  la lumiĂšre finale.
Chaque reprise se colore d’une intention renouvelĂ©e, offrant des teintes tĂ©nues entre mĂ©lancolie, adieu, renoncement, espĂ©rance. Ce premier mouvement est davantage qu’une marche : c’est une mosaĂŻque de sensations et de nuances peints Ă  la maniĂšre d’un tableau tragique. Ce travail sur l’articulation, la transparence de chaque phrase, intense et spĂ©cifique dans sa parure instrumentale nous paraissent les piliers d’une approche trĂšs articulĂ©e et fine, comme modelĂ©e de l’intĂ©rieur. VoilĂ  qui instille Ă  l’ensemble de cette arche primordiale, son Ă©paisseur inquiĂšte, un voile hypersensible qui capte chaque frĂ©missement pulsionnel, et semble s’élever peu Ă  peu jusqu’à l’ultime question que pose la flĂ»te finale, vĂ©ritable agent de l’ombre et du mystĂšre (aprĂšs la trompette presque moqueuse et provocatrice) : son chant retentit comme une Ă©nigme non Ă©lucidĂ©e. De sorte que de ce premier mouvement tout en ressentiment, Alexandre Bloch Ă©lucide l’écheveau des forces antagonistes : tout y est exposĂ© en un Ă©quilibre sombre, irrĂ©solu. Tout y est clair et des plus troubles. Equation double. L’intonation est parfaite.

Le second mouvement apporte les mĂȘmes bĂ©nĂ©fices, mais en une activitĂ© versatile proche d’un chaos aussi vif qu’intranquille. Morsures, agitation Ă©perdue, perte de l’équilibre sourd du premier mouvement, on distingue la superbe phrase (par son onctuositĂ© langoureuse) des bois et piz des cordes : se prĂ©cise sous la priĂšre des cordes (violoncelles) un ardent dĂ©sir qui supporte tout l’édifice. L’élan se fait quĂȘte. Le chant wagnĂ©rien des violoncelles indique dans le murmure cette brĂ»lure et cette question qui taraude tout l’orchestre (cuivres enflammĂ©s, crĂ©pitants), et dans l’interrogation posĂ©e par le compositeur, Alexandre Bloch trouve la juste rĂ©alisation : celle d’une insatisfaction d’une indicible voluptĂ© (cor anglais) Ă  laquelle il oppose le souvenir de marches militaires qui prĂ©cipite le flux orchestral en spasmes parfois jusqu’à l’écƓurement. L’attention aux dĂ©tails et aux couleurs, – lĂ  encore, teintes et demi teintes, le nuancier du gĂ©nie MahlĂ©rien est ici infini ; il s’affirme et se dĂ©ploie sous la direction (sans baguette) du chef, trĂšs articulĂ©, faisant surgir des Ă©clairs et des textures – accents et climats (amertume des hautbois et clarinettes aux postures fĂ©lines, animales) d’une ivresse
 irrĂ©sistible. Jusqu’à l’explosion conçue comme un choral (percus et cuivres en rĂ© majeur), lente et irrĂ©pressible Ă©lĂ©vation, aspiration verticale qui annonce une victoire finale (l’orchestration est celle de Strauss ou du Wagner de TannhĂ€user et des MaĂźtres Chanteurs). Et lĂ  encore, la fin filigranĂ©e, dans le mystĂšre : piz des cordes et notes aiguĂ«s de la harpe saisissent l’esprit, par leur justesse fugace. Tout est dit, rien n’est rĂ©solu.

MAHLER-gustav-symphonie-5-orchestre-national-de-lille-Alexandre-Bloch-annonce-concert-classiquenews-critique-concertMorceau de bravoure et plus long morceau du cycle, le Scherzo (ainsi que l’écrit Mahler), recycle valse et laendler. D’une insouciance osons dire « straussienne », le solo de cor (superbe soliste) ouvre le 3Ăš mouvement; plein d’angĂ©lisme et de candeur en couleurs franches (duo de clarinettes), sur un ton dĂ©tendu, Ă©lĂ©giaque, ce chant de la nature enchante, enivre et contraste avec la couleur lugubre, saisissante des deux premiers mouvements. Pourtant Alexandre Bloch en exprime aussi le sentiment d’inquiĂ©tude qui s’immisce peu Ă  peu et finit par dĂ©construire la franchise de la construction mĂ©lodique (alarme des cors)
 vers l’inquiĂ©tude Ă©nigmatique qui rĂŽde (superbe solo de cor, pavillon bouchĂ©), avant les piz des cordes tel une guitare amoureuse mais parodique : Mahler se moquerait-il de lui-mĂȘme ? « vieux corps malade », pourrait-on dire,
 pourtant aimant comme un ado, la belle Alma (rĂ©cemment rencontrĂ©e et dont la 5Ăš symphonie tĂ©moigne de la forte sĂ©duction dans le cƓur du compositeur) ; c’est comme les Romantiques, Beethoven et Berlioz, la belle bien aimĂ©e vers laquelle s’adressent toutes ses espĂ©rances. D’oĂč l’inclusion de la valse Ă  peine Ă©noncĂ©e et dĂ©jĂ  Ă©perdue, inquiĂšte
 c’est un rĂȘve Ă©rotique, un Ă©treinte Ă©voquĂ©e juste dĂ©veloppĂ©e
 Mahler aimant manquerait-il de certitude, en proie aux vertiges du doute ?
La palette des sentiments du hĂ©ros, (versatile, changeante) est un vrai dĂ©fi pour l’orchestre ; dans une succession d’humeurs et d’émois contradictoires, en apparence dĂ©cousus, le chef garde le fil, tel un questionnement aux enjeux profonds et intimes, aux Ă©noncĂ©s polyvalents et constants.

Enfin c’est le grand bain d’oubli et de langueur suspendue pour cordes seules : l’Adagietto. Le 4Ăš mouvement adoucit, rĂ©soud tout; instant de grĂące et plĂ©nitude aĂ©riennes, d’un climat de voluptĂ© extatique et lĂ  aussi murmurĂ©e installĂ© par cordes et harpe. C’est un rĂȘve d’amour et de sensualitĂ© d’une intensitĂ© unique dans l’histoire symphonique dont Alexandre Bloch se dĂ©lecte Ă  gravir chaque Ă©chelon vers les cimes, jusqu’à la derniĂšre phrase, suspendue. ÉtirĂ©e en une ample et ultime respiration, Ă  la fois rĂąle et renaissance. S’y dĂ©ploie la mĂ©lancolie presque amĂšre des violoncelles, surtout l’ivresse bĂ©ate des hauteurs dans le chant des violons. Mahler semble y tresser des guirlandes de fleurs Ă©panouies Ă  l’adresse de sa promise, parfums enivrants et aussi capiteux
 car l’élan passionnel n’est pas dispensĂ© d’une certaine gravitĂ©. Cette ambivalence de ton est parfaitement assimilĂ©e par le chef, tout en retenue et
 tension, dĂ©sir et inquiĂ©tude.

Le dernier mouvement (5Ăš), enchaĂźnĂ© immĂ©diatement, semble dĂ©chirer le voile du rĂȘve qui a prĂ©cĂ©dĂ© : en ce sens, l’appel du cor exprime l’éveil des amoureux, – le retour Ă  la rĂ©alitĂ© aprĂšs l’extase, lĂ  encore dans une orchestration wagnĂ©rienne (Siegfried). La direction du chef se distingue par son opulence, le caractĂšre d’émerveillement de la musique : avant le contrepoint idĂ©alement Ă©clairci, articulĂ© ; l’orchestre rĂ©alise ce dernier Ă©pisode comme une sĂ©rie de proclamations positives, lumineuses, sans aucune ombre et qui s’expriment Ă  Lille, comme une irrĂ©pressible soif d’harmonie et d’équilibre, aprĂšs tant de contrariĂ©tĂ©s et d’obstacles (Scherzo).

Le naturel, l’éloquence des instrumentistes dans ce dernier Ă©pisode, profitant du flux prĂ©cĂ©demment « rĂŽdé », et qui semble couler telle une source enfin rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, s’avĂšrent superlatifs. Mahler maĂźtrise les rebonds et le temps de la rĂ©solution selon le jeu des oppositions et des tensions qui ont prĂ©cĂ©dĂ© ; c’est un architecte et un dramaturge, mais aussi un formidable rĂ©alisateur Ă  la pensĂ©e cinĂ©matographique ; aprĂšs une telle direction claire, nuancĂ©e, unitaire, on reste frappĂ© plus d’un siĂšcle aprĂšs sa conception, par le gĂ©nie mahlĂ©rien. L’ultime mouvement dans la fusion chef / instrumentistes, rĂ©alise toutes nos espĂ©rances. On y dĂ©tecte dans cette proclamation fuguĂ©e du triomphe, une part d’ironie critique, une saveur parodique qui sous-entend malgrĂ© tout la distance de Mahler avec son sujet. Sous la baguette mesurĂ©e d’Alexandre Bloch, ce Finale en demi-teintes, gagne une grande richesse allusive.

Palmes spĂ©ciales au 1er cor et au 1er trombone, eux aussi tout en engagement constant, en finesse rĂ©jouissante : aprĂšs 1h20 de plĂ©nitude et de contrastes orchestraux, l’expĂ©rience pour les spectateurs et auditeurs Ă  Lille demeure captivante : exaltĂ©, revigorĂ©, l’esprit ainsi impliquĂ© voire Ă©prouvĂ© mettra du temps pour redescendre. VoilĂ  qui laisse augurer le meilleur pour les prochaines sessions du cycle Mahler par l’Orchestre National de Lille en 2019 (au total les 9 symphonies seront jouĂ©es d’ici fin 2019). Sous l’Ɠil attentif et le soin du chef Alexandre Bloch, chaque ouvrage semble gagner comparĂ© Ă  la session prĂ©cĂ©dente, nuances, finesse, clartĂ© dans l’ambivalence.

Ne manquez pas le prochain rv MahlĂ©rien Ă  Lille, Symphonie n°6 « Tragique », les 1er et 2 octobre 2019. ÉvĂ©nement incontournable.

RĂ©servez votre place pour la 6Ăš Symphonie
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/lodyssee-mahlerienne-continue/

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction.

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VOIR la 5ùme Symphonie de Mahler par l’ONL / Alexandre Bloch :

A revoir et à ressentir sur la chaüne YOUTUBE de l’ONL :
https://www.youtube.com/watch?v=RqzHjU5PBpI

INDEX / traclisting Symphonie n°5 de Gustav Mahler
par l’Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch :
I. Im gemessenen Schritt / D’un pas mesurĂ© (procession funĂšbre)
StĂŒrmisch bewegt / Orageux
 Ă  37mn42
Scherzo Ă  52mn09
Adagietto Ă  1h10mn
Rondo-Finale. Allegro Ă  1h22mn

 

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CD coffret événement, critique. THE ERNST HAEFLIGER EDITION (Deutsche Grammophon, 12 cd).

ernst the ernst haefliger deutsche grammophon coffret set box  12 cd critique review  Schubert Die schine mullerin Wintereise schwanengesang critique lieder critique cd critique opera classiquenews dg4837122CD coffret Ă©vĂ©nement, critique. THE ERNST HAEFLIGER EDITION (Deutsche Grammophon, 12 cd). Pour le centenaire 2019 de sa naissance, Deutsche Grammophon rĂ©Ă©dite plusieurs perles musicales, rĂ©vĂ©lant l’art d’UN DISEUR capable de faire parler la musique
 articuler Mozart, Bach et Schubert, tout en demeurant musical et Ă©lĂ©gantissime, tel est l’exploit du tĂ©nor devenu lĂ©gendaire car son legato et son attention aux phrasĂ©s comme Ă  la direction du chant demeurent des qualitĂ©s idĂ©alement dĂ©fendues et incarnĂ©es. D’abord violoniste, Ernst Haefliger est nĂ© en 1919 ; il aurait eu 100 ans cette annĂ©e. Il nous a quittĂ© en 2007 : le tĂ©nor suisse laisse un hĂ©ritage mĂ©morable grĂące Ă  son timbre Ă©lĂ©gant er racĂ©, sa maĂźtrise du chant mozartien qui lui permet logiquement de rĂ©ussir aussi le lied : Haefliger est un diseur de grande valeur chez Schubert principalement. Il se perfectionne auprĂšs de Julius Patzak Ă  Vienne. Il est rĂ©vĂ©lĂ© par le personnage de Tiresias Ă  la crĂ©ation d’Antigone de Carlo Orff au Festival de Salzbourg 1949. Devenu membre de la troupe berlinoise du Stadtische Oper (actuel Deutsche Oper, l’opĂ©ra de Berlin Ouest) dĂšs 1952 (et jusqu’en 1974), Haefliger chante un trĂšs large rĂ©pertoire. Son style intimiste, articule l’allemand avec un soin naturel que sert son timbre raffinĂ©. Ainsi il chante chez Mozart avec une grĂące expressive marquante Belmonte (L’EnlĂšvement au SĂ©rail), Don Ottavio (Don Giovanni sous la direction du hongrois visionnaire Ferenc Fricsay). En 1951, dirigĂ© par le mĂȘme Ferenc Fricsay, Haefliger est Florestan dans un Fidelio de Beethoven. Le style, le soin du verbe, l’architecture et le sens du geste musical ne manquent jamais d’intensitĂ© et d’humanitĂ©. Un modĂšle en sorte. Bruno Walter l’appelle pour chanter Le Chant de la terre ; Franck Martin le choisit pour crĂ©er plusieurs Ɠuvres modernes. Mais en plus de Mozart, Ernst Haefliger reste un EvangĂ©liste de choix, dramatique et chantant, de premiĂšre classe dans les Passions de JS BACH.
Pour nous en convaincre (s’il Ă©tait besoin), comme pour retrouver les Ă©pisodes et tĂ©moignages les plus convaincants et emblĂ©matiques du tĂ©nor suisse, Deutsche Grammophon publie pour le centenaire Ernst Haefliger, un coffret incontournable composĂ© de 12 cd et rĂ©capitulant l’art vocal du lĂ©gendaire tĂ©nor mozartien : ses Schubert (Die Schöne MĂŒllerin, Winterreise, Schwanengesang), mais aussi Schumann (Dichterliebe), couplĂ© avec les lieder de Beethoven (An die Ferne Geliebte, ZĂ€rtliche liebe, Adelaide). MĂȘme affinitĂ©s suprĂȘmes dans les lieder de Wolf, son compatriote Schoeck, Kodaly, ou Brahms.
haefliger5Le coffret Ă©claire Ă©videmment son chant mozartien (cd10 : airs d’opĂ©ras de Mozart oĂč sont prĂ©sents tous ces grands rĂŽles) ; son engagement dramatique distinguĂ© (Rossini, Verdi, Wagner, Massenet, Adam, cd11) ; parmi les perles baroques, distinguons les airs extraits des Ɠuvres de Haendel (airs d’opĂ©ras : Serse, Giulio Cesare, Samson, Le Messie
), de JS Bach (Messe en si, Magnificat, Passions selon Saint-Matthieu, selon Saint-Jean), Telemann (extraits de Der Getreue Music-Meister). Enfin, Bruno Walter ne s’y Ă©tait pas trompĂ©, le chant MahlĂ©rien (si imprĂ©gnĂ© de l’art du lied) lui va aussi comme un gant comme en tĂ©moigne les extraits (des airs pour tĂ©nor justement) du Chant de la Terre. Coffret Majeur.

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CD coffret événement, critique. THE ERNST HAEFLIGER EDITION (Deutsche Grammophon, 12 cd). Oeuvres de Mahler · Nicolai · Verdi . Rossini · Mozart · Telemann, Machaut · Wagner · Handel
Brahms · Bruckner · Wolf, Beethoven · Schumann · Bach / Parution : 29 juin 2019. 12 cd 0289 483 7122 8 / CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2019.

TOUL, 10Ăš FESTIVAL BACH, WEEK END Variations Goldberg, les 29 et 30 juin 2019

BACH festival TOUL festival BACH de toul annonce presentation programme par classiquenewsTOUL, 10Ăšme FESTIVAL BACH, jusqu’au 12 octobre 2019. En 2019, le Festival Bach de la Ville de Toul fĂȘte ses 10 ans. Noyau d’une nouvelle saison festive, soulignant les 10 ans du Festival, les Grandes Orgues de la CathĂ©drale Saint-Etienne cĂ©lĂšbrent ainsi le gĂ©nie de Jean-SĂ©bastien Bach. Comme aussi les grandes pages de la musique (signĂ©es Couperin, Mozart
 ou Haendel, autre gĂ©nie et contemproain de Jean-SĂ©bastien). Ainsi il n’y a pas qu’à Leipzig que les grandes orgues de la ville abordent l’écriture de Bach en en questionnant la portĂ©e poĂ©tique comme le souffle universel. Bach est indĂ©modable ; sa musique, une source d’inspiration intacte ; les concerts et Ă©vĂ©nement (confĂ©rences, exposition
) du Festival BACH Ă  TOUL nous le prouvent encore pour sa 10Ăš Ă©dition en 2019. D’emblĂ©e, le visuel du Festival 2019 annonce la couleur (et la figure d’un Bach intemporel comme revivifiĂ©) : perruque fluo, lunettes de soleil
 c’est un star Rock.

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Prochains concerts
WEEK END Variations Goldberg
les 29 et 30 juin 2019

Prochain concerts événements, le WEEK END Variations Goldberg, samedi 29 et dimanche 30 juin 2019 :

29 et 30 juin 2019 – MusĂ©e de Toul – CollĂ©giale Saint-Gengoult – CathĂ©drale Saint Etienne : « « Week-End des Variations Goldberg BWV 988 ». Pieter-Jan Belder, clavecin – Dimitri Vassilakis, piano – Pascal Vigneron, orgue

7 juillet 2019 – 16h – CathĂ©drale Saint Etienne
Les plus belles pages de la musique baroque et classique – Bach – Haendel – Telemann – Vivaldi – Mozart.
Orchestre de Chambre du Marais, Pascal Vigneron (direction)

14 Juillet 2019 – 15h – CathĂ©drale Saint Etienne
La classe d’Orgue du Conservatoire National SupĂ©rieur de Lyon – Professeur : François Espinasse, Emmanuel Culcasi – Yanis Dubois – Fanny Cousseau
L’oeuvre d’Orgue de J. S. Bach

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TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsENTRETIEN avec Pascal VIGNERON, organiste et directeur artistique du Festival JS BACH de TOUL. 10Ăšme Ă©dition en 2019. Autour du grand orgue Curt Schwenkedel 1963 s’est dĂ©veloppĂ©e une large et riche programmation de concerts qui compose aujourd’hui, entre Ă©clectisme et qualitĂ©, l’un des festivals europĂ©ens les plus originaux dĂ©diĂ©s Ă  l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien Bach. Tour d’horizon du Festival JS BACH de TOUL


 

vigneron-pascal-organiste-festival-BACH-TOULPASCAL VIGNERON : La lĂ©gitimitĂ© du festival s’est imposĂ©e petit Ă  petit, grĂące notamment Ă  la prĂ©sence du Grand Orgue Curt Schwenkedel construit en 1963. C’est un instrument nĂ©o-baroque, dĂ©diĂ© Ă  la musique ancienne, avec une ouverture contemporaine sur le troisiĂšme clavier. C’est le plus grand opus de Curt Schwenkedel, et lorsqu’il fut construit, c’était un vĂ©ritable pari sur l’avenir. Nous l’avons entiĂšrement remis Ă  jour, grĂące au concerts de Maitre Yves Koenig, qui a compris d’emblĂ©e l’intĂ©rĂȘt d’un instrument de cette taille pour l’interprĂ©tation de l’oeuvre d’orgue de Johann Sebastian Bach. Michel Giroud, qui fut apprenti de Curt Schwenkedel apporta un concours inestimable par ses conseils. En 2009, l’inauguration de la cathĂ©drale restaurĂ©e… LIRE notre entretien avec Pascal Vigneron dans son intĂ©gralitĂ©

 

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LIRE notre présentation complÚte du 10Ú Festival BACH de TOUL :

En 10 ans, – depuis 2008, TOUL accueille le Festival Bach qui sous la direction artistique de l’organiste Pascal Vigneron marie astucieusement «  Ɠuvres populaires et programmes audacieux ». Les Festivaliers ont pu y applaudir l’approche particuliĂšre des personnalitĂ©s musicales tels l’organiste Olivier Latry, Rhoda Scott, le Quatuor Ludwig, le Choeur de l’OpĂ©ra de Stettin, le Choeur Variations de Strasbourg, l’Orchestre de Chambre du Marais 
 En 2019, les Ɠuvres majeures du Director Musices de Leipzig sont jouĂ©es, en majoritĂ© dans la CathĂ©drale Saint-Etienne de Toul : motet, cantates, grand Ricercar ; en particulier l’intĂ©grale des piĂšces pour orgue (plusieurs concerts les 23 juin, 14 juillet, 1er septembre ; Les Variations Goldberg (sujet d’un week end complet, rĂ©alisĂ©es au clavecin, Ă  l’orgue, au piano, les 29 et 30 juin 2019) ; l’intĂ©grale du Clavier bien tempĂ©rĂ©, le 7 sept, au clavecin, piano et orgue ; Concertos pour orgue (le 22 sept) ; 
 et pour conclusion de ce cycle Ă©vĂ©nement : L’Art de la fugue BWV 1080 : « Le testament musical de Johann Sebastian Bach », concert de clĂŽture le 12 octobre Ă  la CollĂ©giale Saint-Gengoult.
Les festivaliers Ă  TOUL n’omettront pas le concert Ă©vĂ©nement de l’accordĂ©oniste Richard Galliano le 15 septembre (CathĂ©drale Saint-Etienne).

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Grand orgue de la Cathédrale de Saint-Etienne à TOUL (DR)

 

 

 

 

 

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TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsPour la 10Ăšme Ă©dition 13 concerts et rendez-vous musicaux (jusqu’au 12 octobre 2019), une grande exposition inĂ©dite sur le thĂšme de Bach et la Bible (jusqu’au 22 septembre Ă  la CathĂ©drale Saint-Etienne), une confĂ©rence consacrĂ©e Ă  l’une des plus grandes Ɠuvres de Jean SĂ©bastien Bach « L’Art de la Fugue » renouvellent notre connaissance du gĂ©nie de Leipzig. Tremplin des jeunes tempĂ©raments Ă  l’orgue, le Festival Bach de Toul met aussi en lumiĂšre les nouveaux talents des classes d’orgue du CNSMD de Lyon et de l’école de musique de Stuttgart (3 concerts intitulĂ©s « Classes d’orgue »).

Le Festival n’oublie pas de sensibiliser les plus jeunes cette annĂ©e : une programmation jeune public, inscrite dans les programmes pĂ©dagogiques des Ă©coles maternelles et primaires de la Ville de TOUL, est simultanĂ©ment dĂ©veloppĂ©e (dont les 10 et 11 oct entre autres, « L’Art de la fugue expliquĂ©e aux enfants », voir calendrier ci dessous).

FESTIVAL BACH DE TOUL 2019

Directeur artistique : Pascal Vigneron

Jusqu’au 12 octobre 2019 :
13 concerts célÚbrent BACH

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TOUTES LES INFOS et les modalités pratiques pour se rendre aux concerts, événements, exposition du 10Ú Festival JS BACH de TOUL sur le site du Festival Bach de TOUL
https://www.toul.fr/?festival-bach-2019-10-ans

BACH festival TOUL festival BACH de toul annonce presentation programme par classiquenews

Téléchargez la brochure du 10Ú Festival BACH de TOUL
https://www.toul.fr/IMG/pdf/livret_bach_2019-web.pdf

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41. Les Nations. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX, 2017 – 2018)

MOZART-testament-symphonique-symphonies-39-40-41-jordi-savall-alia-vox-cd-critique-3-cd-alia-vox-les-nations-classiquenews-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41. Les Nations. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX, 2017 – 2018). MOZART MON FRERE. L’équation que reprĂ©sente les 3 ultimes symphonies de Mozart s’apparente Ă  un rĂ©bus musical que les plus grands chefs abordent avec un sĂ©rieux et une humilitĂ©, une profondeur et une « sagesse » quasi philosophique. D’aucun en sont particuliĂšrement Ă©mus et mĂȘme saisis, d’autant plus qu’ils sont eux aussi au sommet de leur carriĂšre comme de leur expĂ©rience humaine. Mozart permet cela : exprimer le caractĂšre le plus noble de l’ñme humaine, dans sa dĂ©tresse, sa grandeur, ses souffrances. Une rencontre que les interprĂštes les mieux inspirĂ©s savent mesurer et ciseler. En dĂ©tails comme en profondeur.

Ainsi le dernier Harnoncourt qui en faisait un « oratorio instrumental » d’une portĂ©e bouleversante pour tous ceux Ă©pris d’humanitĂ© ; le cas rĂ©cent du jeune maestro Mathieu Herzog, chambriste inspirĂ©, est plus rare, rĂ©vĂ©lant une prodigieuse maturitĂ© sur le sujet. Le cas de Jordi Savall ici au travail en 2017 et 2018 s’inscrit dans une lignĂ©e plutĂŽt convaincante, elle aussi sur instruments anciens ; aucun doute, la rĂ©volution instrumentale actuelle concerne bel et bien les orchestres dont les timbres revivifiĂ©s selon le format sonore d’époque et l’intensitĂ© expressive proche de l’original rĂ©vĂšlent de nouvelles avancĂ©es artistiques profitables
 qui supplantent dans bien des cas, l’épaisseur tonitruante et spectaculaire des orchestres modernes.

Dans un format intimiste proche de l’humain, l’orchestre les Nations de Savall dĂ©ploie de solides arguments : Ă©quilibre des pupitres, clartĂ© structurelle, surtout dans un scintillement millimĂ©trĂ© des timbres trĂšs caractĂ©risĂ©s, Ă©tonnante expressivitĂ© qui balance entre profondeur voire gravitĂ© et ivresse joyeuse
 voire jubilation gĂ©nĂ©reuse. Le tact et le style du chef catalan prennent naturellement leur essor sur le sujet conçu par un Mozart qui en 1788 Ă  Vienne connait dĂ©sespoir, dĂ©pression malgrĂ© une clairvoyance humaine exceptionnelle. Sa sincĂ©ritĂ© qui nous parle de fraternitĂ© et d’espoir déçus mais vivaces bouleverse et l’on est convaincu de la prodigieuse intelligence qui unifie les 3 symphonies en un retable symphonique parmi les plus modernes du XVIIIĂš – l’équivalent de ce qu’a rĂ©alisĂ© Rameau en France au dĂ©but des annĂ©es 1760 : une rĂ©volution du langage musical, un goĂ»t pour les timbres instrumentaux oĂč percent Ă©videmment chez Mozart, les sons maçonniques (le compositeur rĂ©servant Ă  la clarinette un solo anthologique dans le volet central, la Symphonie n°40 en sol mineur (la plus personnelle).

Symphonies 39, 40 et 41 « Jupiter » de Mozart
Jordi Savall Ă©claire l’humanitĂ© fraternelle
d’un Mozart, fils des Lumiùres

Mozart sur France MusiqueEn effet, on distingue la grande ouverture qui ouvre la 39, Ă©lĂ©ment premier absent des deux suivantes ; l’absence d’un rĂ©el mouvement de dĂ©but dans la 40, ce qui la place d’emblĂ©e comme un mouvement central ; enfin la fugue derniĂšre de la 41, dont la dimension, le souffle, l’ambition dans la joie et la noblesse lui donnent avec raison, selon le mot de l’impresario et violoniste Johann Peter Salomon Ă  Londres, son titre postmozartien de « Jupiter ». Les 3 opus s’inscrivent ainsi dans cette unitĂ© qui les rend complĂ©mentaires.
Jordi Savall dans un texte fondamental Ă  notre avis (livret du prĂ©sent triple coffret), prĂ©cise les enjeux humains des 3 partitions : tout ce qui prend racine ici dans la vie misĂ©rable et dĂ©chirante de Wolfgang alors en galĂšre Ă  Vienne. EcartĂ© de toute commande officielle d’importance, (- le futur Empereur Habsbourg Leopold II ne l’apprĂ©ciera guĂšre et c’est un doux euphĂ©misme), victime de l’humeur volatile, glissante des Viennois sur son Ă©criture et son style (Ă  la diffĂ©rence des Praguois qui l’adulent), sans ressources dignes, surtout endettĂ© jusqu’à la moelle, Wolfgang Ă  l’étĂ© 1788 (32 ans) atteint les gouffres de l’existence terrestre alors qu’il est au sommet de son expĂ©rience artistique.
mozart1790Comme le dit trĂšs justement Jordi Savall, Mozart est un artiste crĂ©ateur libre, indĂ©pendant, douĂ© d’une conscience hors normes : il a dĂ©montrĂ© son idĂ©al de libertĂ© dans L’EnlĂšvement au sĂ©rail ; d’égalitĂ© dans Les Noces de Figaro d’aprĂšs Beaumarchais ; de fraternitĂ© bientĂŽt, dans La FlĂ»te enchantĂ©e. Ce pur esprit des LumiĂšres, comme le sera Beethoven au dĂ©but du siĂšcle suivant et lui aussi Ă  Vienne, affirme une profondeur qui est gravitĂ© et espoir. La lecture de Jordi Savall Ă©claire la vĂ©ritĂ© et la grande sincĂ©ritĂ© des partitions, rĂ©ussissant sur le plan formel un modĂšle de symphonisme classique
. dĂ©jĂ  romantique.
CLIC D'OR macaron 200C’est donc une lecture fondamentale et magistrale qui rĂ©volutionne de facto notre connaissance des Symphonies derniĂšres de Mozart. Le « testament symphonique » de Wolfgang est rĂ©vĂ©lĂ©. La vision est aussi Ă©blouissante que celles antĂ©rieures et relativement rĂ©centes de Nikolaus Harnoncourt et de Mathieu Herzog. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com / Coffret Ă©lu “CLIC de CLASSIQUENEWS” de l’Ă©tĂ© 2019.

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LIRE notre critique du cd Symphonies n°39, 40 et 41 de MOZART par l’orchestre Appassionato et Mathieu Herzog:
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-mozart-symphonies-n39-40-et-41-jupiter-appassionato-mathieu-herzog-direction-1-cd-naive/

LIRE notre critique des Symphonies 39, 40, 41 de Mozart / «  Instrumental Oratorium «  par Nikolaus Harnoncourt (déc 2012 2 cd Sony classical)
http://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

CD, CARNET DE VOYAGE: CRAS / BEETHOVEN, Quatuors. Quatuor MIDI-MINUIT (1 cd Klarthe records / enr. 2018)

midi-minuit-quatuor-midi-minuit-jean-cras-a-ma-bretagne-quatuor-3-beethoven-lobkovitz-annonce-concert-critique-cd-classiquenews-critique-opera-critique-festivals-classiquenewsCD, CARNET DE VOYAGE: CRAS / BEETHOVEN, Quatuors. Quatuor MIDI-MINUIT (1 cd Klarthe records / enr. 2018). Grave et presque dĂ©sespĂ©rĂ©, mais exaltĂ© (et d’une ultime force), le premier mouvement (Lent – Allegro) du Quatuor de Jean Cras (nĂ© brestois en 1879 – mort en 1932) donne le ton : traversĂ©es sombres, solitaires, oĂč tout se dĂ©lite et s’effondre malgrĂ© une innocence qu’affiche bon grĂ© malgrĂ© le premier violon, aux accents dissonants, acides, Ă©perdus, hyperactifs. Entre dĂ©sir et renoncement, agitation panique et recul critique, l’écriture trouve un cheminement juste. Tout le mĂ©rite en revient aux quatre musiciens qui en offrent ici une somptueuse lecture, palpitante, acĂ©rĂ©e, vibrante
 Jean Cras l’officier de la Marine (plus jeune capitaine de vaisseau de France Ă  44 ans) et l’éternel voyageur, explorateur et observateur (finalement proche d’Albert ROUSSEL son contemporain) se dĂ©voile ici en maĂźtre de la langue classique, d’une grande sĂ©duction par sa mesure et son sens des Ă©quilibres, et tout autant par une urgence intĂ©rieure qui est l’emblĂšme des compositeurs accomplis.

 

Cras / Beethoven

exaltantes filiations

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De Cras Ă  Beethoven, se dĂ©roule et s’affirme la mĂȘme conscience formelle, une mĂȘme exigence musicale qui sait affronter crĂąnement les brĂ»lures multiples de l’existence (agitation trĂšs opĂ©ratique de ce premier Ă©pisode). Le Quatuor MIDI-MINUIT offre une sonoritĂ© Ă  la fois Ăąpre et amoureuse qui Ă©pouse sans affĂšteries, l’écriture trĂšs ardente d’un Cras introspectif et passionnĂ©, lequel aimait Ă©couter encore et toujours Beethoven, « avant de prendre son quart »  Filiation sĂ©duisante qui prend tout son sens dans cette rĂ©alisation fouillĂ©e et dĂ©taillĂ©e, au nombreux crĂ©pitements intĂ©rieurs. Les instrumentistes savent enflammer une sensibilitĂ© vive qui ne s’autorise aucune sĂ©duction gratuite. MĂȘme le mouvement lent (« Calme ») berce mais son enveloppe attĂ©nuĂ©e se colore tout autant de gravitĂ© presque inquiĂšte.
Ce premier Quatuor « A ma Bretagne » de 1909 ne manque ni de profondeur ni de couleur ni de caractĂšre atmosphĂ©rique voire maritime : les interprĂštes en exaltent le parfum des embruns, le chant vivace d’une houle intranquille, l’état permanent de mouvement souterrain comme celui de flots impĂ©tueux qui sommeillent, Ă©trangement agiles voire facĂ©tieux, « hermĂ©tiques » (au sens que lui donne les Ă©mules d’HermĂšs). L’approche des quatre instrumentistes en restituent la matiĂšre incandescente, jaillissante et brute (somptueux 3Ăš mouvement « vite et lĂ©ger » puis « modĂ©ré »).
CLIC D'OR macaron 200« L’entente » musicale avec le 3Ăš Quatuor de Beethoven est
 naturelle : passion, intensitĂ©, puissante architecture, refus de toute sĂ©duction artificielle : la partition dĂ©diĂ©e au Prince Lobkowitz en 1798, est un autre manifeste d’un tempĂ©rament hors normes qui ici n’hĂ©site pas Ă  « écrabouiller » la sacro sainte forme sonate, lĂ©guĂ©e, stabilisĂ©e par le bon papa Haydn. Sur le mode expĂ©rimental, Beethoven fait table rase de tout ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, infĂ©odant son Ă©criture Ă  sa puissante imagination, encore exacerbĂ©e et affĂ»tĂ©e par la surditĂ© qui s’intensifie. Le Finale mis Ă  part, les 3 mouvements qui prĂ©cĂšdent exaltent pourtant l’intĂ©rioritĂ©, en un « calme Ă©ruptif », c’est Ă  dire une sĂ©rĂ©nitĂ© prĂȘte Ă  rugir, – la partition est contemporaine de la PathĂ©tique. Beethoven refuse toute virtuositĂ© d’une voix sur les autres ; il en ressort un langage concertant, un riche tissu polyphonique qui compose Ă  partir des 4 instruments Ă©galement servis : d’oĂč cette tension collective, cet essor contrapuntique que les membres du Quatuor MIDI-MINUIT expriment avec la force et la conviction de la sincĂ©ritĂ©. Le rapprochement CRAS / BEETHOVEN s’avĂšre des plus inattendus et Ă  l’écoute, d’une Ă©vidence trĂšs convaincante. Le titre du prĂ©sent cd prĂ©cise « Livre I » : serons nous exaucĂ©s de nouveaux opus aussi convaincants ? A suivre. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2019.

 

 

 

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CD, CARNET DE VOYAGE: CRAS / BEETHOVEN, Quatuors. Quatuor MIDI-MINUIT (1 cd Klarthe records) – enregistrĂ© en nov 2018.

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/carnet-de-voyage-livre-1-beethoven-cras-detail

Ludwig Van BEETHOVEN**  / Quatuor opus 18 n°3

Jean CRAS*  / Premier quatuor « À ma Bretagne »

violons
Fabienne Taccola (* vl. 1)
Jacques Bonvallet (** vl. 1)

alto
Delphine Anne

violoncelle
Christophe Oudin

Carmen par l’ONL Orchestre National de Lille / Alexandre BLOCH

BLOCH-alexandre-portrait-2019-chef-orchestre-national-de-lille-annonce-concert-opera-classiquenewsLILLE, ONL. BIZET : Carmen. Les 9, 11, 12 juillet 2019. Il laisse sa baguette de chef symphonique affĂ»tĂ©, mordant, prĂ©cis (cf le cycle actuel dĂ©diĂ© aux symphonies de Gustav Mahler, en cours jusqu’à fin 2019), Alexandre Bloch, directeur musical de l’ONL Orchestre National de Lyon s’engage en juillet sur le registre lyrique et romantique. AprĂšs la rĂ©ussite des PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra de jeunesse (1863), oĂč l’orientalisme s’exprimait en teintes et en couleurs d’un rare sensualisme, voici l’opĂ©ra des opĂ©ras, Carmen, d’aprĂšs HalĂ©vy, crĂ©Ă© en 1875, Ă  l’époque oĂč les impressionnistes ont conquis l’affection des amateurs et collectionneurs grĂące Ă  leur premiĂšre exposition (1874). De Monet Ă  Bizet, les frontiĂšres sont tĂ©nues : nuances, passages somptueux et subtils dans la couleur, mĂ©lodies suaves et rythmes hispanisants, 
 comme Manet et son ibĂ©risme affichĂ©, Bizet quelques mois avant de mourir, compose sa Carmen : une cigariĂšre libre et torride qui a le passion dans le sang, collectionne les amants, dont le brigadier JosĂ© (pourtant fiancĂ© Ă  MicaĂ«la), le dĂ©laisse bientĂŽt pour un autre mĂąle plus lumineux encore, et vrai vedette des arĂšnes, le tueur de taureaux, Escamillo.
A la rage libertaire et finalement fatale de la brune Carmen ose s’opposer le rĂȘve faussement angĂ©lique de la blonde MicaĂ«la. Entre elles, JosĂ© est tiraillĂ©, entre le devoir Ă  sa mĂšre Ă  laquelle il avait promis d’épouser la jeune blonde ; et le noir regard de Carmen qui, comme un sortilĂšge irrĂ©sistible, lui a jetĂ© la fleur d’amour (habanera : « L ‘amour est un enfant rebelle »). Le brigadier dĂ©passĂ© s’accroche, suit Carmen : Ă  ses cĂŽtĂ©s, il apprend la passion et l’amour sauvage. Trop tard, Carmen en aime dĂ©jĂ  un autre.

Alexandre Bloch, directeur de l’Orchestre National de Lille rĂ©unit une distribution prometteuse et cohĂ©rente, dont le tempĂ©rament des chanteurs sert immĂ©diatement le profil de chaque personnage. DejĂ  prĂ©sent lors des reprĂ©sentations (et de l’enregistrement discographiques) des PĂȘcheurs de perles : le baryton Florian Sempey (Escamillo)


 

 
 

 

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BIZET: CARMEN
Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle
Version semi-scénique

MARDI 9 JUILLET 2019 ‱ 20hcarmen-bizet-alexandre-bloch-opera-lille-onl-orchestre-national-de-lille-annonce-opera-critique-opera-classiquenews-juillet-2019
JEUDI 11 JUILLET 2019 ‱ 20h
VENDREDI 12 JUILLET ‱ 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE ici
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/carmen/

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DIRECTION MUSICALE : ALEXANDRE BLOCH
RÉCITANT : ALEX VIZOREK

CARMEN : AUDE EXTRÉMO
DON JOSÉ : ANTOINE BÉLANGER
MICAËLA : LAYLA CLAIRE
ESCAMILLO : FLORIAN SEMPEY
FRASQUITA : PAULINE TEXIER
MERCÉDÈS: ADELAÏDE ROUYER
LE DANCAÏRE : JÉRÔME BOUTILLIER
LE REMENDADO : ANTOINE CHENUET
ZUNIGA : BERTRAND DUBY
MORALÈS: PHILIPPE-NICOLAS MARTIN

CHƒUR DE L’OPÉRA DE LILLE
CHEF DE CHƒUR YVES PARMENTIER

CHƒUR MAÎTRISIEN DU CONSERVATOIRE DE WASQUEHAL
CHEF DE CHƒUR : PASCALE DIEVAL-WILS

ASSISTANT À LA DIRECTION MUSICALE : LÉO MARGUE
CHEF DE CHANT : PHILIP RICHARDSON

ILLUSTRATION ET ANIMATIONS : GRÉGOIRE PONT

 

 
 

 
 

 

CD critique. TRIO ZADIG : Bernstein, Attahir, Ravel / « Something in Between » (1 cd Fuga Libera)

cd-trio-zadig-ravel-bernstein-attahir-trio-zadig-cd-critique-par-classiquenews-mars-2019CD critique. TRIO ZADIG : Bernstein, Attahir, Ravel / « Something in Between » (1 cd Fuga Libera). Avec Asfar, Benjamin Attahir nous assĂšne une partition de plus de 16mn, riche en coupes et syncopes alla Chostakovitch, rythmes nerveux, fouettĂ©s, menĂ©s tambour battant, sans guĂšre de pause jusqu’à 7mn50 : virĂ©e en enfer, ou chevauchĂ©e folle qui Ă 10’30 attĂ©nue sa course effrĂ©nĂ©e et recherche en suspensions incertaines, un nouveau souffle. La traversĂ©e se fait alors plus intĂ©rieure et presque hallucinĂ©e entre deux mondes. Avant la reprise du motif initial qui prĂ©pare la fin, plus tendue et ivre, syncopĂ©e comme une mĂ©canique endiablĂ©e, machine en dĂ©route qui s’est bloquĂ©e en mode panique
 jusqu’à son dernier rictus un rien grimaçant.
Le compositeur aujourd’hui en rĂ©sidence Ă  l’Orchestre National de Lille ne manque pas de tempĂ©rament, interrogeant le sens d’un dĂ©veloppement formel sur le plan d’une tension / et sa dĂ©tente oĂč la question du sens et de la direction, s’embrase littĂ©ralement. Mis en perspective avec le choix du visuel de couverture, nous sommes bien lĂ  dans l’esprit d’un road trip, traversĂ©e vertigineuse et intĂ©rieure sur la route, avec comme seul cap et repĂšres, la ligne jaune ou blanche et les feux des voitures dans le rĂ©tro. Cela file Ă  toute allure, en une nuit qui vacille et dĂ©route.

 

 

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POITIERS : grand concert RAVEL au TAPOn ne saurait trop souligner avec quelle dĂ©licatesse et profondeur le Trio aborde la piĂšce maĂźtresse de Ravel (Trio en la, Ă©crit Ă  Saint-Jean de Luz, 1914), sommet chambriste du XXĂš. Une brĂšve recherche sur internet les trouve, apprentis, Ă  l’école de la finesse et de la subtilitĂ© sous l’Ɠil et l’oreille perspicace du pianiste Menahem Presler dont chacun recueille les conseils avisĂ©s, de l’allusion la plus tĂ©nue, Ă  l’ivresse accentuĂ©e, de l’intĂ©rioritĂ© Ă  la gravitĂ© tendre. Il en rĂ©sulte l’or de cette lecture, parmi les plus riches et troublantes qui soient. Ne serait-ce que le premier mouvement, – le plus intime et secret « ModĂ©ré », piĂšce si difficile au dĂ©part (aussi la plus longue du cycle) et dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©latrice de la sonoritĂ© et de l’expĂ©rience de tous les groupes. Le geste et le son de Zadig nous offrent l’une des meilleures lectures du Trio ravĂ©llien. Du modĂšle lĂ©guĂ© par Saint-SaĂ«ns, Ravel Ă©difie une cathĂ©drale de l’allusion la plus raffinĂ©e, entre tendresse et profonde blessure : piano Ă©perdu et toujours murmurĂ©, comme emperlĂ© ; cordes aux intervalles orchestraux qui creusent l’onde et la rĂ©sonance du souvenir et d’une mĂ©moire comme ivre et endolorie.

Le Trio Zadig comprend tout autant la coupe propre Ă  la poĂ©sie malaise, du second mouvement « Pantoum » : sorte de Scherzo aux pointes sardoniques et pourtant brillantes Ă  la Scarbo
 Idem pour la Passacaille (largo ample, noble et grave) et au panache revivifiĂ©, jamais artificiel. Ici, dans une proximitĂ© qui rappelle Ma MĂšre l’Oye, le geste en trio atteint Ă  un dĂ©pouillement poĂ©tique d’une tendresse absolue. Enfin, la pulsion « basque » du Finale-animĂ© (rythmes diffĂ©renciĂ©s 5/4, 7/4) exalte davantage et de façon explicite la caractĂ©risation pittoresque de ce dernier mouvement, plus mordant et plus lumineux que les deux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©.

 

CLIC D'OR macaron 200Comme pour dĂ©montrer le potentiel dramatique et rythmique de leur coopĂ©ration Ă  trois, les Zadig expriment toute la verve opĂ©ratique et dramatique dĂšs l’ouverture (synthĂšse) de Candide de Bersntein, puis dans la transcription d’aprĂšs West side Story du mĂȘme Bernstein : on ne saurait distinguer aujourd’hui meilleure complicitĂ© chambriste au sein de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de musiciens. Volubiles, Ă©loquents, en complicitĂ© subtile, les 3 instrumentistes Zadig Ă©blouissent d’un bout Ă  l’autre de ce programme passionnant.

 

 

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CD critique. TRIO ZADIG : Bernstein, Attahir, Ravel / « Something in Between » (1 cd Fuga Libera) – CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2019

 

 

 

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Approfondir

Masterclass Menahem Presler / Trio Zadig (fĂ©vrier 2017) : jouer le Trio de Ravel : dĂ©fis, nuances, Ă©coute, … quelle approche ?

https://www.youtube.com/watch?v=ZKwA9V4U63w

 

 

 

 

CD Ă©vĂ©nement, annonce. CLAIRS DE LUNE : QUATUOR MANFRED. Nuits d’étĂ© de Berlioz, MĂ©lodies de FaurĂ© : transcriptions. Quatuor de FaurĂ© (1 cd PARATY)

CD Ă©vĂ©nement, annonce. CLAIRS DE LUNE : QUATUOR MANFRED. Nuits d’étĂ© de Berlioz, MĂ©lodies de FaurĂ© : transcriptions. Quatuor de FaurĂ© (1 cd PARATY) – Le Quatuor Manfred « ose » transcrire Ă  4 cordes seules (auxquelles rĂ©pond le chanteur soliste Jean-Paul FauchĂ©court), les mĂ©lodies de Berlioz : Les Nuits d’étĂ© en sortent sublimĂ©es. Le rĂ©sultat est un miracle de musicalitĂ© concertante et textuelle. La fine texture instrumentale restitue les couleurs de l’imaginaire berliozien, tout en prĂ©servant l’acuitĂ© et le relief du verbe poĂ©tique.
BERLIOZ FAURE CLAIRS DE LUNE CD PARATY critique annonce cd paraty critique review cd classiquenews mai juin 2019Franchise de l’émission, sincĂ©ritĂ© de l’intonation, le tĂ©nor ne calcule rien, Ă©vite toute affectation comme toute posture pour nĂ©gocier la trĂšs juste dĂ©clamation berliozienne. Les Nuits d’étĂ© forment le modĂšle absolu de la mĂ©lodie française accompagnĂ©e, et sans le concours de l’orchestre au complet, mais dans l’intimitĂ© Ă©loquente du quatuor Ă  cordes, en son Ă©conomie Ă©purĂ©e, essentielle, chaque sĂ©quence gagne une profondeur, une vĂ©ritĂ© accrue. Les Manfred rĂ©alisent ici l’un de leur meilleur album : derriĂšre la couleur berliozienne, s’écoute aussi ce qui fait leur parcours identitaire, comme un arriĂšre plan chantant : leur intĂ©grale des Quatuors de Haydn, de Schubert
 La couleur, le son, l’écoute et cet Ă©quilibre des timbres forment le plus pur halo rĂ©sonant autour de la voix soliste, riche en connotations et perspectives oniriques (pleurs et amertume sans minauderie du lamento endeuillĂ© « Sur les lagunes » ) : la mĂ©lodie atteint un sommet de la souffrance assumĂ©e, avant la profonde solitude Ă©prouvĂ©e face Ă  l’Absence (de l’aimĂ©e) de la mĂ©lodie qui suit : il faut un legato infini (aigus tenus, non vibrĂ©s, clairs et droits), et une articulation prĂ©cise et naturelle pour rĂ©ussir les dĂ©fis expressifs : Jean-Paul FauchĂ©court rĂ©ussit tout cela, dĂ©livrant une leçon de prosodie subtile et sensible. Tout s’accomplit entre allusion et Ă©vanouissement dans « Au cimetiĂšre », Ă©noncĂ© comme le dernier rĂąle d’une vie d’amour et de tendresse exaucĂ©s
 comme une vision narrĂ©e, entre rĂ©alitĂ© et songe ivre. La fusion sonore des instruments et de la voix se rĂ©vĂšle particuliĂšrement convaincante ici. La simplicitĂ© et l’articulation du chanteur font toute la valeur de sa lecture des 6 mĂ©lodies de Berlioz d’aprĂšs Gautier.

Les transcriptions de l’altiste du Quatuor Manfred, Emmanuel Haratyk saisissent par l’intelligence et l’extrĂȘme sensibilitĂ© de la conception, produisant la souplesse dĂ©taillĂ©e du geste, des options, de toutes les nuances instrumentales dont les 4 instrumentistes ont dĂ©sormais le secret. Tout relĂšve ici de l’alchimie expressive et des Ă©quilibres tĂ©nus. L’intonation et la sonoritĂ© des cordes s’avĂšrent mĂȘme miraculeuse tellement leur travail colle Ă  l’articulation de la voix. Travail d’accentuation et de correspondances instruments / voix / texte, d’une extrĂȘme dĂ©licatesse : le rĂ©sultat est saisissant : en cela « Au cimetiĂšre » est l’acmĂ© du cycle : « son clair de lune » respire la langueur enveloppante de Schubert ; diffuse l’extase empoisonnĂ©e de Wagner. La musicalitĂ© qui s’en dĂ©gage est irrĂ©sistible. Et l’espĂ©rance qui naĂźt dans « L’üle inconnue » se pare de cette mĂȘme torpeur hallucinĂ©e, couleur du rĂȘve et de l’enchantement qui unit toute l’approche.Remarquable.

CLIC D'OR macaron 200Les Nuits sont couplĂ©es avec le Quatuor de FaurĂ© : nourri Ă  la mĂȘme source, d’une vive et ardente vie intĂ©rieure, parsemĂ©e d’éclairs et de douceur triste. Comme inspirĂ© par son sujet, Emmanuel Haratyk ajoute 6 transcriptions d’aprĂšs 6 mĂ©lodies du mĂȘme FaurĂ© dont La chanson du pĂȘcheur d’aprĂšs ThĂ©ophile Gautier fait le lien avec les 6 Berlioz miraculeux qui ont prĂ©cĂ©dĂ©. Au geste allusif, introspectif ou vĂ©hĂ©ment des cordes en grĂące, rĂ©pond la voix du tĂ©nor, faite, simplicitĂ©, naturel, poĂ©sie. Magistral. D’autant plus opportun en cette annĂ©e BERLIOZ 2019 (dossier spĂ©cial classiquenews : BERLIOZ 2019 : sĂ©lection concerts festivals opĂ©ras, cd et livres BERLIOZ 2019).

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BERLIOZ FAURE CLAIRS DE LUNE CD PARATY critique annonce cd paraty critique review cd classiquenews mai juin 2019CD Ă©vĂ©nement, annonce. CLAIRS DE LUNE : QUATUOR MANFRED. Nuits d’étĂ© de Berlioz, MĂ©lodies de FaurĂ© : transcriptions. Quatuor de FaurĂ© (1 cd PARATY – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris en mai 2018) – Parution le 31 mai 2019. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews – CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019

CD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records)

RAVEL exotique musica nigella critique cd annonce concerts classiquenews klarthe records critique classiquenews KLA083couv_lowCD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – Belles transcriptions (signĂ©es TakĂ©nori NĂ©moto, leader de l’ensemble) dĂ©fendues par le collectif Musica Nigella : d’abord le triptyque ShĂ©hĂ©razade (1903) affirment ses couleurs exotiques fantasmĂ©es, tissĂ©es, articulĂ©es, soutenant, enveloppant le chant suave et corsĂ© de la soprano Marie Lenormand (que l’on a quittĂ©e en mai dans la nouvelle production des 7 pĂ©chĂ©s de Weill Ă  l’OpĂ©ra de Tours). En dĂ©pit d’une prise mate, chaque timbre se dessine et se distingue dans un espace contenu, intime, rĂ©vĂ©lant la splendeur de l’orchestration ravĂ©lienne ; dĂ©sir d’Asie ; onirisme de La FlĂ»te enchantĂ©e ; sensualitĂ© frustrĂ©e de L’indiffĂ©rent. La soliste convainc par son intelligibilitĂ© et la souplesse onctueuse de son instrument.

La sensualitĂ© aĂ©rienne, oxygĂ©nĂ©e de Ravel s’affirme dans l’introduction et allegro de 1905 – enchantement et sortilĂšges de la harpe ; volet central du cycle, les Trois poĂšmes d’aprĂšs MallarmĂ©, partitions de maturitĂ© de 1913 qui tĂ©moignent de l’extrĂȘme sensibilitĂ© du compositeur dans le choix de ses textes, eux-mĂȘmes porteurs d’un exotisme au delĂ  des clichĂ©s folkloriques. Solistes et instrumentistes en expriment le climat d’extase et d’adieu, la souplesse grave et amĂšre, parfois suspendue Ă©nigmatique (harmonies chromatiques de « Placet futile »), jusqu’au mystĂšre planant du dernier « Surgi de la croupe et du bond», Ă  la dĂ©clamation hallucinĂ©e comme une invocation « étrange »(dixit Ravel), vers l’autre monde
 Dommage nĂ©anmoins que le livret ne publie pas les textes complets.

Puis c’est le balancement lancinant de Tzigane (1924), Ă©noncĂ© comme une mĂ©lopĂ©e elle aussi Ă©trange, venue d’ailleurs, capable de dĂ©flagrations d’une sensualitĂ© torride dont la transcription ici exprime la texture brute, bel effet de timbres, et rĂ©vĂ©rence Ă  nouveau au talent du Ravel magicien des couleurs et des mĂ©lodies enchantĂ©es.

Illustrant le thĂšme d’un exotisme colorĂ©, la derniĂšre piĂšce Rhapsodie espagnole (1907), contemporaine de L’heure espagnole, plonge en plein rĂȘve ibĂ©rique de Ravel : chaque instrumentiste veille aux Ă©quilibres de l’émission, selon le caractĂšre de chacune des 4 sĂ©quences : langueur un rien inquiĂšte du PrĂ©lude Ă  la nuit ; Ă©noncĂ© subtil (arachnĂ©en) de la courte Malagueña ; qui comme la Habanera qui suit, exprime l’exquise tentation de Ravel pour l’allusion la plus onirique. Jamais strictement narratifs ou illustratifs, les instrumentistes de Musica Nigella savent mesurer ce qui se joue sous chaque note : l’éclosion d’un soupir, la respiration d’un court sentiment. Tout Ravel est lĂ  dans ce jeu des Ă©quilibres et des nuances, entre langueur, enchantement, ivresse et jubilation instrumentale. Superbe programme qui est donc comme une cĂ©lĂ©bration de l’invention et de la rĂ©volution ravĂ©liennes.

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CD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2018 en Pas-de-Calais.

Shéhérazade
Introduction et allegro
Trois poÚmes de Stéphane Mallarmé
Tzigane, Rapsodie de concert
Rapsodie espagnole

Ensemble Musica Nigella
Takénori Némoto, direction musicale et transcription
Marie Lenormand, mezzo-soprano
Pablo Schatzman, violon
Iris Torossian, harpe

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/ravel-lexotique-detail

Emidy Project : tournée Africaine, 11-15 juin 2019

emidy-project-diana-baroni-tunde-jegede-video-annonce-clic-de-classiquenews-mai-2018EMIDY PROJECT en tournĂ©e en AFRIQUE (11,12,14,15 juin 2019). Conçu et Ă©crit par Tunde Jegede et Diana Baroni, The Emidy Project est un spectacle fabuleux, composĂ© comme un voyage initiatique, qui raconte en musique et en images l’odyssĂ©e de Joseph Antonio Emidy. Il est nĂ© libre, a vĂ©cu en esclave, est devenu violoniste et compositeur ; il a conquis sa libertĂ© Ă  force de volontĂ© et d’épreuves
 Les chroniques ressuscitĂ©es par le joueur de cora et compositeur nigĂ©rian Tunde Jegede, nous emmĂšnent au XVIIIe siĂšcle, retraçant le destin extraordinaire de cet esclave guinĂ©en, violoniste et compositeur, entre Europe, Afrique, AmĂ©rique du Sud.
The Emidy Project Ă©voque la confrontation des mondes et des cultures, Ă©pingle les humiliations de l’esclavage et du racisme, Ă  travers la danse, la vidĂ©o (somptueuses images poĂ©tiques de Sunara Begum) et les musiques tant « savantes » que traditionnelles, dĂ©fendues par le collectif et surtout la voix et la flĂ»te de Diana Baroni.

LabellisĂ© par l’UNESCO au sein du programme «La route de l’esclave». L’histoire de Joseph Antonio Emidy demeure un exemple admirable de dignitĂ© humaine ; il est une figure de la rĂ©sistance contre la dĂ©shumanisation. Le spectacle pluridisciplinaire s’adresse au grand public ; il rencontre aussi les objectifs pĂ©dagogiques et d’éveil des consciences du projet «La Route de l’esclave de l’UNESCO». Diffuser auprĂšs du grand public le destin extraordinaire d’Emidy est essentiel : il est un hĂ©ros oubliĂ©, source d’admiration et de dĂ©passement. Emidy cristallise les objectifs de la DĂ©cennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024) proclamĂ©e par l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies sous le thĂšme « Reconnaissance, Justice et DĂ©veloppement ».

 

 

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EMIDY PROJECT en tournée en AFRIQUE (11,12,14,15 juin 2019)
4 dates événements

AFRICAN TOUR / NIGERIA, BENIN, TOGO
THE EMIDY PROJECT : OdysĂ©e d’un esclave musicien
Création musique, film & danse

 

 

emidy-project-affiche-concert-1-annonce-critique-concert-opera-classiquenews

 

4 dates événements /  Afrique

 

 

 

 

# Mardi 11 JUIN 2019, 20h30
The Jazz Hole
168 Awolowo road
Ikoyi LAGOS
Info : +234 702 559 5697

 

 

# Mercredi 12 JUIN 2019, 18h00
Alliance Française de Lagos
Mike Adenuga Centre
9 Osborne Road
Ikoyi LAGOS

 

 

# Vendredi 14 JUIN 2019, 20h30
Centre Culturel Français
2233 avenue Jean-Paul II
COTONOU

 

 

# Samedi 15 JUIN 2019, 20h30
Institut Français
Avenue General de Gaulle
LOME

 

 

Sur la scĂšne :
Tunde Jegede, kora, violoncelle, voix, compositions, direction
Diana Baroni, chant, traverso, flûte en sol
Simon Drappier, arpeggione, voix
Rafael Guel, vihuela, flûtes, percussions, voix
Ishimwa Muhimanyi, danse
Sunara Begum, création vidéo

Avec le soutien de l’Institut Français du Nigeria, une production de Papilio Collection & Turquoise Prod.

 

 

 

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