DVD, Blu-ray, critique : Wagner: Tristan et Isolde – Barenboim (Berlin, 2018 – Tcherniakov – 2 dvd Bel Air classiques)

TRSITAN-UND-ISOLDE-bel-air-classiques-barenboim-Berlin-2018-dvd-blu-ray-critique-opera-classiquenews-tcherniakov-classiquenews-critique-reviewDVD, Blu-ray, critique : Wagner: Tristan et Isolde – Barenboim (Berlin, 2018 – Tcherniakov – 2 dvd Bel Air classiques)  -  Berlin avril 2018. Daniel Barenboim en dirigeant cette nouvelle production de Tristan offre une leçon de direction subtile, profonde allusive d’une sincĂ©ritĂ© irrĂ©sistible qui enchante dĂšs le dĂ©but. L’ouverture saisit par l’intelligence des phrasĂ©s aux flĂ»tes et aux cordes (tempi Ă©tirĂ©s, suspendus, Ă©nigmatique, qui portent au mystĂšre de l’acte II), Ă  ce que disent les cors orfĂ©vrĂ©s, d’une incroyable couleur lumineuse et crĂ©pusculaire Ă  la fois, pleins et riches d’une ivresse et d’une langueur extatiques, Ă©noncĂ©es comme des questionnements sans fin, faisant jaillir le miracle et l’absolu de l’amour (et l’anĂ©antissement des Ăąmes qu’il produit). Avec le recul la pandĂ©mie ayant dĂ©construit tout un monde et un ordre mondial perdu, on se dit que ce son articulĂ©, ciselĂ© par un chef wagnĂ©rien de premier plan, en 2018, dit une plĂ©nitude Ă  jamais inatteignable.

 

 

 

Fosse et chanteuses somptueuses

 

 

 

Sur scĂšne, la relecture de Tcherniakov tire non sans rupture avec l’excellence orchestrale de la fosse, vers un thĂ©Ăątre rĂ©aliste : dĂ©cors modernes, oĂč le bateau du I se fait salon d’un jeune cadre trader de la classe moyenne supĂ©rieur et le jeune matelot, un invitĂ© Ă©garĂ© dans une soirĂ©e arrosĂ©e entre business men ; oĂč Isolde et BrangĂ€ne, ambassadrices d’une tragĂ©die Ă©motionnelle explosive, font incursion de façon artificielle dans un contexte trop dĂ©calĂ©. Fi du moyen Ăąge, des chevaliers, de cette Irlande des preux et gentes dames. Tcherniakov nous plonge dans une actualisation imposĂ©e Ă  coup de forceps car il faut quoi qu’il en coĂ»te, que la grille thĂ©Ăątrale retenue s’accorde au drame musical et aux situations originelles. Limites des mise en scĂšne actualisantes. Ce salon est celui d’un yacht qui vogue vers la cour du roi Mark de Cornouailles. Quel dommage que la scĂ©nographie soit aussi peu en phase avec les situations ; que les dĂ©cors Ă©cartent toute poĂ©sie de la lyre lĂ©gendaire et mĂ©diĂ©vale pourtant inscrite au cƓur de ce sommet romantique de 1865.
Heureusement, les chanteurs suivent le chef et partagent son souci d’articulation prĂ©cise exprimant du texte toutes les nuances de l’allusion et des connotations coupables, maladives, dĂ©primĂ©es. Isolde pleine de ressentiments (convaincante Anja Kampe), victime forcĂ©e d’une tractation qui la choque; BrangĂ€ne (excellente Ekaterina Gubanova) prĂȘte Ă  suivre et servir sa maĂźtresse ; leur duo est plus que convaincant. Leur complĂ©mentaritĂ© irradie tout le I ; en phase avec le tapis orchestral, les 2 cantatrices emportent l’adhĂ©sion par ce travail de justesse. Et l’on comprend que le I est l’acte qui cimente Isolde dans sa peine incommensurable ; qui expose la loyautĂ© maternelle et protectrice de BrangĂ€ne pour la princesse destinĂ©e Ă  ĂȘtre reine de Cornouailles.
CĂŽte hommes, s’il a le timbre et la projection d’une constante intensitĂ©, le Tristan d’Andreas Schager peine Ă  nuancer Ă  l’Ă©gal de ses partenaires fĂ©minines ; son vibrato trop prĂ©sent ici, finit par diluer toute les phrases ; telle affectation dans le style amollit la conception du personnage pourtant clĂ©. A 1h20: l’embrasement des 2 cƓurs qui se reconnaissent en dĂ©pit de tout [sous l'effet du philtre] au moment oĂč retentit l’hommage au roi mark Ă  l’approche de la Cornouaille, se rĂ©alise nĂ©anmoins dans une ivresse libĂ©ratrice, d’une force musicale saisissante.

Dans ce jeu de dĂ©construction pseudo creative et de rĂ©Ă©criture thĂ©Ăątreuse plutĂŽt creuse, tout n’est pas Ă  jeter pour autant, -chaque production peut rĂ©vĂ©ler ses surprises… ici en fin d’action. Le dĂ©but du III reste hypnotique grĂące Ă  un jeu dĂ©pouillĂ© proche du suĂ©dois Bergman oĂč dans une chambre close bientĂŽt rendue par Kurwenal Ă  la lumiĂšre du jour, attend malade anĂ©anti mais plein d’espoir un Tristan alitĂ©, mourant ; c’est moins Kurwenal aux phrasĂ©s indĂ©cis, aux lignes mal assurĂ©es (inconstant Boaz Daniel) que l’excellent jeune matelot de Linard Vrielink dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans le mĂȘme rĂŽle Ă  Aix (retrouver ci dessous lien vers la critique Aix 2021), qui souligne ce travail millimĂ©trĂ© dĂ©veloppĂ© sous la conduite du chef orfĂšvre, lequel en fosse poursuit des merveilles d’intentions musicales ; ciselant une Ă©toffe orchestrale pleine de nuances et de connotations finement cousues par des instruments infiniment raffinĂ©s [le babil des flĂ»tes et clarinette quand Tristan croit voir Isolde arriver enfin sur les cĂŽtes bretonnes] ; oĂč le chant des instruments rappelle Ă  chaque mesure le poids et l’Ă©loquence d’un passĂ© inĂ©luctable [murmures caressants de la clarinette, du cor jaillissant ondulant, scintillant, melliflu...] , qui engage les protagonistes Ă  leur solitude, leur propre destin.

 

 

 

La fosse miraculeuse
sublimée par Daniel Barenboim

 

 

 

Le miracle Barenboim s’accomplit. Musique de la psychĂ© aux phrases puissantes et longues comme suspendues et interrogatives pour lesquelles en un arioso extatique le chant de Tristan (en malade hallucinĂ©) gagne une intensitĂ© remarquable : le jeu d’acteur, malgrĂ© des dĂ©faillance liĂ©es Ă  longueur du rĂŽle et l’ampleur de son solo tragique, est alors stupĂ©fiant.
Cette blessure tragique qui s’Ă©coule et dilue jusqu’Ă  l’essence du hĂ©ros, (comme plus tard l’autre maudit fautif Amfortas dans Parsifal), est au cƓur du dernier acte. Comme une psychanalyse qui surgit ; le hĂ©ros aux portes du trĂ©pas, interroge ses origines, ses parents, la nature du dĂ©sir qui le dĂ©vore et le conduit Ă  la mort, – vertige immense et sublime dĂ©voilĂ© par la direction saisissante de Barenboim. La soif d’amour de Tristan dĂ©possĂ©dĂ© d’Isolde finit par le tuer, avant qu’Isolde ne meurt elle aussi d’amour mais dans la lumiĂšre [ce qui est refusĂ© Ă  Tristan].

CLIC_macaron_2014La baguette du chef et les chanteurs font la valeur de cette production berlinoise de trĂšs haut vol sur le plan artistique. La vision de Tcherniakov reste terre Ă  terre et thĂ©Ăątralement surjouĂ©e ; plutĂŽt que d’Ă©claircir l’action, Tcherniakov la charge d’une lourdeur maladive systĂ©matique [surenchĂšre de vidĂ©os au moment clĂ© de l'action] qui finit par dĂ©noter avec le miracle wagnĂ©rien. Musicalement, la production est splendide.

 

 

 

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DVD, Blu-ray, critique : WAGNER: Tristan et Isolde – Barenboim (Berlin, 2018 – Tcherniakov – 2 dvd Bel Air classiques). CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022. Parution annoncĂ©e : le 27 mai 2022.

 

 

 

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Wagner : Tristan et Isolde
[DVD & Blu-ray]
Opéra en trois actes, 1865
Musique et livret Richard Wagner (1813-1883)

PLUS D’INFOS sur le site de BEL AIR CLASSIQUES :
https://belairclassiques.com/catalogue/wagner-tristan-und-isolde-daniel-barenboim-dmitri-tcherniakov-anja-kampe-andreas-schager-dvd-blu-ray

Distribution

Tristan : Andreas Schager
Roi Marke : Stephen Milling
Isolde : Anja Kampe
Kurwenal : Boaz Daniel
Melot : Stephan RĂŒgamer
BrangÀne : Ekaterina Gubanova
Un timonier : Adam Kutny
Un berger / Un jeune marin : Linard Vrielink
(lire aussi notre critique de TRISTAN UND ISOLDE, Aix en Provence 2021 avec Lianrd Vrielink :
https://www.classiquenews.com/critique-opera-wagner-tristan-und-isolde-le-9-juil-2021-stuart-skelton-tristan-nina-stemme-isolde-mise-en-scene-simon-stone-lso-london-symphony-orchestra-direction-musicale-simon/ )

Cor anglais : Florian Hanspach-Torkildsen (Acte III)

Staatskapelle Berlin | Staatsopernchor Berlin
Daniel Barenboim, direction

Mise en scÚne et décors : Dmitri Tcherniakov

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CD, critique. DEBUSSY : Demoiselle Ă©lue, Saint-SĂ©bastien, Nocturnes (OPRF, Mikko Frank – 1 cd Alpha)

La-Damoiselle-elue-Le-martyre-de-Saint-Sebastien-Nocturnes mikko franck radio france critique cd classiquenewsCD, critique. DEBUSSY : Demoiselle Ă©lue, Saint-SĂ©bastien, Nocturnes (OPRF, Mikko Frank – 1 cd Alpha). Superbe cycle debussyte qui profite essentiellement de la vision nuancĂ©e, intĂ©rieure de l’excellent directeur musical actuel, Mikko Franck. Au geste analytique et sensible rĂ©pond ce naturel transparent des instruments français dont l’écoute et la mesure Ă©clairent brillamment un programme remarquable qui souligne si l’on en doutait encore, le gĂ©nie du Debussy symphoniste. La richesse des harmonies, la poĂ©sie atteinte dans les alliages de timbres font dĂ©jĂ  tout l’onirisme mĂ©diĂ©valisant de l’introduction de La Demoiselle Élue – dans cet Ă©crin musical des plus raffinĂ©s (3Ăš envoi comme Prix de Rome en 1888), dommage que la MaĂźtrise de RF, pourtant bien articulĂ©e, soit fixĂ©e dans une prise lointaine et froide, que la soliste Melody Louledjian, quoique juste en intonation, demeure elle inintelligible dans un français approximatif. Pourtant l’énoncĂ© majeur « Je voudrais qu’il fĂ»t dĂ©jĂ  prĂšs de moi » convoque l’extase des mystiques foudroyĂ© par la foi, qui fait du manuscrit cet « oratorio » sensible d’une dĂ©licatesse infini qui dĂ©jĂ  pose la question de l’identitĂ© et du lieu, question centrale chez l’auteur de PellĂ©as


Mikko Franck, somptueux debussyte

La langueur debussyste gagne un cran supplĂ©mentaire vers l’excellence orchestrale dans le Martyre de Saint-SĂ©bastien 1912), fresque elle aussi mĂ©diĂ©vale et intensĂ©ment spirituelle sous une forme flottante. La Suite en 4 mouvements (cycle trĂšs Ă©quilibrĂ© autour de 20 mn promis Ă  un riche succĂšs au concert), synthĂ©tisent tout ce qui en fait la valeur profonde, purement musicale, outre son dĂ©roulement chorĂ©graphique puisqu’il s’agit d’un ballet (sur l’idĂ©e du poĂšte d’Annunzio) : son primitivisme Ă©purĂ© d’une modernitĂ© harmonique absolue (fanfare des bois et vents au dĂ©but de « La Cour des Lys ») – Franck trouve le ton juste et l’équilibre idĂ©al entre ascĂ©tisme instrumental et naturel dramatique – les 4 « Fragments » Ă©blouissent par leur plĂ©nitude mĂ©ditative et aussi leur Ă©nergie intĂ©rieure qui semblent diluer le temps et Ă©largir l’espace, inscrivant le drame musical dans une suspension onirique aux multiples lectures : ainsi les climats inquiĂ©tants et profonds de « la Passion » dont le secret semble se dĂ©rober Ă  toute lecture littĂ©rale, convoquant lĂ  encore la langueur interrogative, irrĂ©solue, de PellĂ©as

Le couplage avec Nocturnes (1900) est trĂšs pertinent : on y dĂ©cĂšle une filiation esthĂ©tique et des caractĂšres de timbres proches capables d’expliciter la pensĂ©e picturale de Debussy lorsqu’il s’agit d’exprimer le mystĂšre et la rĂ©alitĂ© Ă  la fois de l’immatĂ©rielle nature (« Nuages ») : Franck en fait surgir la sourde clameur d’une inquiĂ©tude lancinante (cette « agonie grise doucement teintĂ©e de blanc »). L’agilitĂ© aĂ©rienne, arachnĂ©nenne des flĂ»tes prĂ©alables semblent conduire tout l’élan de « FĂȘtes », manifeste insouciant du mouvement : tandis que « SirĂšnes » exalte les vertus expressives de l’orchestre fusionnĂ© avec la magie du chƓur, en un Ă©pisode Ă  la liquiditĂ© mystĂ©rieuse, traversĂ©e d’éclats Ă©blouissants : « parmi les vagues argentĂ©es de lune, s’entend, rit et passe le chant mystĂ©rieux des SirĂšnes ». Franck, orfĂšvre des timbres, ne sacrifie jamais la prĂ©cision ni le dĂ©tail Ă  la vibration collective, d’essence onirique. Le geste est constamment nuancĂ©, permettant l’essor de la suggestivitĂ© : c’est un bel hommage Ă  la texture purement française. Nouvelle version de rĂ©fĂ©rence. Captivant.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. DEBUSSY : La DĂ©moiselle Élue (1), Le Martyre de Saint-SĂ©bastien (2), Nocturnes (3) (Orch Philh de Radio France, Mikko Franck – 1 cd Alpha – enregistrĂ© en 2019 (1) et 2020 (2, 3) – CLIC de CLASSIQUENEWS – coup de cƓur Printemps 2022.

 

 

 

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AUTRE CD de Mikko Franck, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

franck-cesar-cd-symphonie-re-ce-que-me-dit-la-montagne-cd-mikko-franck-critique-review-classiquenews-400CD Ă©vĂ©nement, critique. CĂ©sar Franck par Mikko Franck : Symphonie en rĂ©, Ce que l’on entend sur la montagne, Philharmonique de Radio France (1 cd Alpha). Depuis sa crĂ©ation en 1937, le Philharmonique de Radio France n’a jamais semblĂ© aussi heureux et Ă©panoui que sous la conduite du finlandais Mikko Franck. On se souvient d’une remarquable Tosca Ă  Orange oĂč le chant orchestral produisait une tension dramatique captivante (Ă©tĂ© 2010). On retrouve le mĂȘme engagement et une entente bĂ©nĂ©fique dans ce programme dĂ©diĂ© au symphonisme de CĂ©sar Franck.

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, CD événement. PAN ATLANTICO : Diana Baroni / Simon Drappier (1 cd Accords croisés)

Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. PAN ATLANTICO : Diana Baroni / Simon Drappier (1 cd Accords croisĂ©s) – FlĂ»tiste Ăšs mĂ©rite (au sein du CafĂ© Zimmermann), chanteuse Ă  tempĂ©rament, entre gouaille et grain, mais latino et inspirĂ©e par les chamans du Nouveau Monde, Diana Baroni signe ici l’un de ses meilleurs enregistrements : miraculeux, poĂ©tique, d’une transe hallucinĂ©e, invoquant, exhortant toutes les misĂšres et les grandeurs (vaines) de ce monde. Empruntant dĂ©sormais les chemins de la chanson Ă  message, dramatique, tout en servant une sensibilitĂ© millimĂ©trĂ©e et orfĂ©vrĂ©e qui recueille des dĂ©cennies de compagnonnage en terre baroqueuse
 Distinguons deux hymnes au monde, Ă  la terre, Ă  l’humanitĂ© : Tonada de luna llena et Que he saccado con quererte. Diptyque oĂč le texte incarnĂ© en fusion avec l’arpeggione atteint de rares et bouleversante fulgurances.
C’est le chant de la mĂšre, de l’humble servante , pleureuse et invocatrice tragique, l’instrumentiste pour laquelle toutes les nuances de la muCLIC D'OR macaron 200sique baroque, historiquement informĂ©es, n’ayant aucun secret, sĂšme sa part de tendresse et d’humanitĂ©, d’ultime imploration avant la fin du monde. La musicienne argentine a fait Ă©voluĂ© son art en s’accordant et de quelle maniĂšre Ă  la corde incandescente de l’arpeggione de Simon Drapier, violoncelle lui aussi venu du XIXĂš Schubertien, qu’un sens virtuose de l’improvisation, associe dĂ©sormais en complicitĂ© et comprĂ©hension Ă  la diseuse funambule.

Le verbe extraverti, espagnol ou portugais, dit cette mĂ©lancolie indicible, marquĂ©e par le dĂ©part, le deuil, le renoncement. Les deux cordes se rĂ©pondent, – avec le vol enchantĂ© du traverso dont se saisit la chanteuse instrumentiste- dialoguent, s’électrisent au delĂ  de tout ce que l’on a Ă©coutĂ©, entendu jusque lĂ  : plainte et priĂšre Ă  la fois, pour un monde qui peut n’ĂȘtre jamais et ne sera jamais dĂ©finitivement ; toujours espĂ©rĂ©, vainement. ViscĂ©ralement Ă©voquĂ©, invoquĂ©, souhaitĂ©. Magistral duo. CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2022.

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de Diana Baroni : https://www.dianabaroni.com/actualites/blog-post-title-three-cs6dl-QhfHC-tmkmg-a9z3e

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CRITIQUE, CD, Ă©vĂ©nement. HAYDN N°11 – «  Au goĂ»t parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA)

haydn symphonies 82 87 24 2 par Giovanni Antonini kammer orch basel cd critique review CLIC de CLASSIQUENEWS haydn 2032 ALPHA classicsCRITIQUE, CD, Ă©vĂ©nement. HAYDN N°11 – «  Au goĂ»t parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA)   –   Depuis plusieurs annĂ©es, l’éditeur Alpha et l’Orch de chambre de BĂąle enregistrent l’intĂ©grale des 107 symphonies de Haydn
pour souligner en 2032, les 300 ans du compositeur viennois. Le chef Giovanni Antonini trĂšs impliquĂ© dans les notions dynamiques, veille Ă  la qualitĂ© artistique de l’aventure, associant aussi son propre orchestre Il Giardino Armonico

Une Ă©loquence crĂ©pitante, qui sait ĂȘtre souple ou frĂ©nĂ©tiquement contrastĂ©e : ainsi s’affirme la vitalitĂ© expressive du geste inventif, libre, Ă  la fois furieux et intĂ©rieur du chef (et remarquable flĂ»tiste) Giovanni Antonini, ici Ă  la tĂȘte du collectif bĂąlois : l’orchestre de chambre de BĂąle / Kammerorchester Basel / un modĂšle de volubilitĂ© hypersensible qui rappelle les rĂ©alisations elles aussi millimĂ©trĂ©es des mĂȘmes symphonies de Haydn sous la direction de Thomas Fey (avec le Heidelberg Sinfoniker)

LIRE aussi notre critique des symphonies de Haydn par Thomas Fey / Heidelberg Sinfoniker : https://www.classiquenews.com/haydn-symphonies-n53-limpriale-n54heidelberger-sinfoniker-thomas-fey-1-cd-hnssler-classic/ : «  VitalitĂ©, ĂąpretĂ©, mordant: les accents majeurs de l’approche de Fey Ă  la tĂȘte de son orchestre de chambre sont dĂ©sormais bien connus. Sont-ils pour autant d’excellents arguments capables d’insuffler Ă  la machine orchestrale, ici magnifiquement polie pour les 2 symphonies de 1774, 
 ce caractĂšre et cette tension, ennemis d’une certaine routine ronflante?  »


De son cĂŽtĂ©, le programme dĂ©fendu par Giovanni Antonini expose la trĂšs riche palette de nuances et demi teintes (cet art rarement maĂźtrisĂ©, du clair-obscur / chiaroscuro dont le chef est capable) ; il met en valeur les Symphonies particuliĂšrement prisĂ©es des parisiens du dĂ©but des annĂ©es 1770 (1773) jusqu’à la fin des annĂ©es 1780.
Mais sous la baguette de Giovanni Antonini, les contrastes et leurs alternances n’ont jamais le mĂȘme caractĂšre ; d’oĂč une absence de toute effet mĂ©canique ; l’articulation suit un plan organiquement changeant, pour chaque mesure
 VoilĂ  qui pourrait inspirer nombre d’orchestres modernes (et d’orchestre tout court) tant la finesse et le naturel de chaque mouvement rayonnent de libertĂ© expressive, de fluiditĂ© ardente, d’hĂ©donisme et d’accents qui sont proches de la parole ; tout s’enchaĂźne dans la diversitĂ© et la caractĂ©risation, semblant servir et expliciter un plan gĂ©nĂ©ral oĂč chaque sĂ©quence signifie par sa singularitĂ© active. Toutes les parties s’imbriquent pour constituer une totalitĂ© nĂ©cessaire, une architecture Ă©quilibrĂ©e pourtant colorĂ©e et habitĂ©e selon le mouvement ; l’Allegretto de l’Ours (n°82) sait Ă©blouir par une facĂ©tie Ă  peine voilĂ©e ; de mĂȘme l’allant dansant du Finale (dont la contredanse Ă  2/4 Ă©voque l’allure d’un ours) dĂ©taille chaque chant des pupitres comme les plans expressifs distincts magnifiquement agencĂ©s, d’une Ă©bouriffante fantaisie dĂ©lurĂ©e. Cette libertĂ© dans la souplesse, cette urgence dans la facĂ©tie ressuscitent au plus juste l’esprit mĂȘme de Haydn, son esprit lumineux, sa pĂ©tillance primitive, son goĂ»t de l’invention.

Suite de l’intĂ©grale des Symphonies de Joseph Haydn
Giovanni Antonini,
l’orfĂšvre qui rĂ©invente HAYDN
.

La 87 s’impose aussi par les effets de contrastes autant que de surprise ; mĂȘme suractivitĂ©, presque bavarde et dĂ©lirante, dĂšs le dĂ©but (le « Vivace », dĂ©veloppĂ© plus que de coutume ici : plus de 10mn d’une introduction qui surexprime et trĂ©pigne; mais qui exalte une motricitĂ© rythmique 
 rossinienne. Le ton est donnĂ©. La frĂ©nĂ©sie n’écarte pas les sĂ©quences d’une sensualitĂ© grave irrĂ©sistible. Une telle caractĂ©risation confĂšre Ă  chaque symphonie la force poĂ©tique d’un opĂ©ra pour instruments et tĂ©moigne selon les mots du chef de « ce kalĂ©idoscope des Ă©motions humaines » revendiquĂ© par Antonini. L’Adagio qui suit fait valoir la noblesse majestueuse cor / hautbois / flĂ»te, soit un pastoralisme d’une « grandeur » royale et d’un raffinement aristocratique (ceux de Marie-Antoinette en son hameau de Trianon ?) – Le Menuet respire lui aussi la grĂące, l’élĂ©gance, et aussi la percĂ©e facĂ©tieuse (hautbois) comme le Finale (Vivace II), tranchant et vif dont la coupe est si proche de Mozart (derniĂšre symphonie « Jupiter » n°41).
Les 2 derniĂšres sont plus « standards » pour autant que ce vocable sied Ă  l’imagination dĂ©bridĂ© d’un Haydn jamais prĂ©visible ; la 24 -composĂ©e en 1764, premier opus dont un document atteste qu’il s’agit de la premiĂšre symphonie qui fut jouĂ©e et trĂšs applaudie Ă  Paris(avril 1773) regorge de saine vivacitĂ© ; de drĂŽlerie aussi (assumĂ©e par le cor dans le Menuet (entre autres) ; tandis que la plus ancienne, n°2, montre par comparaison (inĂ©vitable avec l’aplomb des plus rĂ©centes jouĂ©es prĂ©cĂ©demment) l’étendue poĂ©tique et expressive qui l’éloigne des deux premiĂšres n°82 et 87.
La finesse et l’intelligence avec lesquelles Giovanni Antonini aborde le massif haydnien relĂšve d’une comprĂ©hension Ă  la fois encyclopĂ©dique et poĂ©tique de son sujet : sa connaissance devient verve, pure agilitĂ©, mais aussi humilitĂ© car il approche chaque symphonie comme s’il s’agissait d’une planĂšte parmi une multitude, d’une constellation infinie et vertigineuse, au diapason d’un univers plus vaste encore, celui de la pensĂ©e de Joseph Haydn. Passionnante intĂ©grale dont l’approche et la conception renouvellent totalement l’interprĂ©tation de Haydn, comme des symphonies du XVIIIĂš.

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CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD, Ă©vĂ©nement. HAYDN N°11 – «  Au goĂ»t parisien ». Symphonies : 87, 82, 24, 2 – Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini (1 cd ALPHA – enregistrĂ© en 2019 – 2020)

DurĂ©e : 1h27 – enregistrĂ© en 2019 (87, 82, 24) – 2020 (2) – CLIC de CLASSIQUENEWS – printemps 2022.

CRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. A night in LONDON : OphĂ©lie Gaillard (violoncelle) : Oswald, Geminiani, … (1 cd ApartĂ©)

gaillard ophelie night in london oswald geminiani critique cd review CLIC de CLASSIQUENEWSCRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. A night in LONDON : OphĂ©lie Gaillard (violoncelle) : Oswald, Geminiani, Haendel, Porpora, Cirri
 Pulcinella (1 cd APARTÉ – enregistrĂ© en sept 2021) – Feurons du programme, les Concertos de Porpora et de Cirri, deux Ɠuvres clĂ©s (et maĂźtresses du rĂ©pertoire) tĂ©moignent de l’attraction de Londres au XVIIIĂš pour les meilleurs compositeurs pour le violoncelle. Giovanni Battista Cirri en particulier, phĂ©nomĂšne londonien dans les annĂ©es 1770, mĂȘle habilement rĂ©pertoire noble et « tunes » populaires jouĂ©s dans les tavernes, sobriĂ©tĂ© et virtuositĂ©, profondeur dĂ©jĂ  mozartienne et facĂ©tie prĂ©figurant Haydn

Figurent aussi Boccherini ou surtout Geminiani (« il Furibondo », plus connu comme violoniste cependant) ; auteur du fameux recueil de 6 Sonates (1746), il offre ici une fabuleuse adaptation de la Folia d’aprĂšs son maĂźtre Corelli
 Geminiani fait le lien avec le lĂ©gendaire James Oswald, violoncelliste Ă©cossais surdouĂ© (qui publie sa collection de « Scots Tunes », Edimbourg 1740), un cycle de joyaux mĂ©lodiques, Ă  la fois allusifs, pudiques, mĂ©lancoliques Ă  l’énoncĂ© sincĂšre comme s’ils Ă©taient jouĂ©s Ă  l’instant, et comme improvisĂ©s. L’instrument Ă©gale l’intensitĂ© et la volubilitĂ© Ă  la fois inquiĂšte et fluctuante de la voix, laquelle paraĂźt au comble de l’impuissance, telle ce chant d’une magicienne dĂ©faite face Ă  l’amour (Alcina incarnĂ© Sadrine Piau) ou l’inatttendu, amusĂ©, « Treatise of Good taste » d’un Geminiani dĂ©cidĂ©ment inqualifiable et expĂ©rimental autant que dĂ©routant, entre humour et parodie, libertĂ© et fantaisie (« The night her silent sable wore » / La nuit silencieuse portait son manteau
 conquĂȘte de la belle Stella chez son pĂšre, mais contrairement Ă  Faust et Marguerite, l’issue est heureuse ; avec le timbre cuivrĂ© de la subtile Lucille Richardot.

CLIC_macaron_2014D’un bout Ă  l’autre de ce programme rĂ©jouissant, les enchaĂźnements sont parfaits, le geste dĂ©tendu, expressif, d’une souplesse Ă  la fois astucieuse, facĂ©tieuse et naturelle ; les Ɠuvres aussi originales que puissantes et poĂ©tiques. En somme un rĂ©cital parfait. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.

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CRITIQUE CD, Ă©vĂ©nement. A night in LONDON : OphĂ©lie Gaillard (violoncelle) : Oswald, Geminiani, Haendel, Porpora, Cirri
 Pulcinella (1 cd APARTÉ – enregistrĂ© en sept 2021)

VOIR
https://www.youtube.com/watch?v=NmIWDdTqRuU

CRITIQUE, LIVRE Ă©vĂ©nement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022)

RICHARD STRAUSS LOOTEN fayard je fais l histoire de la musique ecrits classiquenews critique livre review book 9782213712215-001-TCRITIQUE, LIVRE Ă©vĂ©nement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022)  –  Dans le cas de Strauss, l’auteur scandaleux de SalomĂ© ou d’Elektra, la volontĂ© d’éblouir comme de convaincre ne se rĂ©duit pas Ă  l’écriture musicale ; cette volontĂ© d’absorber la vie, d’expliquer aussi ses choix et la voie empruntĂ©e ne concerne pas uniquement ses partitions dont beaucoup sont autobiographiques (Sinfonia domestica, Une vie de hĂ©ros, Intermezzo
) ; elle s’étend aussi Ă  l’écriture stricto sensu : en cela Richard suit son aĂźnĂ© et mentor, l’autre Richard : Wagner.  Strauss admire (comme Bruckner) l’auteur de Tristan ; ses Ă©crits n’ont pas de secret pour lui, dont en particulier « OpĂ©ra et Drame » dont le texte devrait « ĂȘtre lu et Ă©tudiĂ© dans toutes les universitĂ©s et dans chaque conservatoire » : on ne saurait mieux exprimer sa vĂ©nĂ©ration.

Les textes rĂ©unis par Christophe Looten reprennent l’édition « brute » des 16 cahiers de Richard Strauss, les fameux « Gesammelte Schriften » / « écrits rĂ©unis » (rĂ©alisĂ©e en 2016 par la StĂ© R Strauss de Munich) dont une partie avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© imprimĂ©e, sans contextualisation ni prĂ©sentation raisonnĂ©e, dĂšs 1949 (sous le titre assez imprĂ©cis « Betrachtungen und erinnerungen / considĂ©rations et souvenirs ») par le suisse Willi Schuch, musicologue proche de Strauss, lequel n’en fut jamais rĂ©ellement satisfait. Ch. Looten propose pour Fayard une publication intĂ©grale mais avec une prĂ©sentation et une mise en contexte, soit tous les Ă©crits de R. Strauss dans un agencement rationnel en 5 parties, lesquelles suivent la chronologie d’une vie riche Ă  plus d’un titre. La couverture choisie Ă©voque Ă©videmment la danse de SalomĂ© (esquisse du peintre Gustave Moreau), page orchestrale d’une furieuse sensualitĂ© qui fait objectivement de Strauss, le plus grand symphoniste et crĂ©ateur lyrique du XXĂš.

 

 

RICHARD STRAUSS DANS LE TEXTE

strauss richardLa mise en ordre n’empĂȘche ni la sincĂ©ritĂ© des Ă©crits ni leur pertinence artistique, esthĂ©tique voire politique ; si l’on parle souvent de sa « naĂŻveté » vis Ă  vis de Mussolini ou du rĂ©gime hitlĂ©rien, le discernement et la stratĂ©gie du compositeur se manifestent pleinement dans ces pages de premiĂšre valeur. Ainsi, d’une matiĂšre littĂ©raire qui Ă©tait d’abord destinĂ©e aux biographes de Strauss, le lecteur parcourt de la plume mĂȘme de l’auteur, le cheminement d’une carriĂšre admirable qui de fait, au regard de son gĂ©nie compositionnel, aura « fait l’Histoire de la musique », celle de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš. Chaque chapitre est prĂ©cĂ©dĂ© par un rappel des « principaux Ă©vĂ©nements » de la vie de Strauss, de la vie artistique en gĂ©nĂ©ral : « Enfance », « Jeunesse », « AnnĂ©es glorieuses » / celles d’Elektra, du Strauss, chef Ă  Bayreuth, 
 ; « DerniĂšres annĂ©es » : oĂč se prĂ©cisent des indications personnelles sur l’inspiration, les mĂ©thodes de travail, la mĂ©lodie, l’admiration pour les Ă©crits de Wagner, modĂšle permanent
 ; enfin « AnnĂ©e sombres », dernier chapitre qui concentre les ultimes rĂ©flexions sur le sens d’une Ɠuvre (Strauss y mĂȘle des remarques trĂšs personnelles et souvent surprenantes mais justes sur 
 Schubert, « l’éducation humaniste », l’atonalitĂ©, l’effondrement total de l’Allemagne, 
). Le compositeur cĂ©lĂ©brĂ© voire vĂ©nĂ©rĂ© fut aussi un tĂ©moin de la guerre et de la chute de l’Allemagne emportĂ©e par l’effondrement de l’empire nazi.
CLIC_macaron_2014Auparavant, d’innombrables anecdotes Ă©clairent l’ambiance et la vie de Strauss, lequel a toujours baignĂ© dans une intense activitĂ© artistique, comme en tĂ©moignent les personnalitĂ©s Ă©voquĂ©es : les chefs Hans von BĂŒlow, Herman Levi, Schuch, Mottl
, Wagner lui-mĂȘme en prise de bec avec Strauss pĂšre, corniste de gĂ©nie au tempĂ©rament bien trempĂ© ; la veuve Wagner, Cosima, et son fils, Siegfried ; mais aussi Bruckner et Brahms (peu estimĂ©s), Mahler, Johann Strauss, Schoenberg
 sans omettre son entrevue avec Mussolini ; mais aussi, pilier de l’Ɠuvre musicale, l’écrivain et poĂšte Hofmmansthal, son librettiste de prĂ©dilection avec lequel Strauss aura conçu ses plus grandes oeuvres (Looten a prĂ©cĂ©demment publiĂ© leur correspondance chez Fayard). L’humour et l’acuitĂ© de la pensĂ©e donnent vie et relief Ă  ce qui n’aurait pu ĂȘtre qu’un catalogue d’épisodes personnels. Saisissant.

 

 

 

 

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CRITIQUE, LIVRE Ă©vĂ©nement. Richard Strauss : Moi, je fais l’Histoire de la musique (Fayard, mars 2022) – 320 pages, EAN : 9782213712215 – Prix indicatif : 24 euros. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.
PLUS D’INFOS directement sur le site de FAYARD :
https://www.fayard.fr/musique/moi-je-fais-lhistoire-de-la-musique-9782213712215

 

 

 

 

CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, Langrée / Teste

devielhe degout hamlet opera comique teste langree critique opera review classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, LangrĂ©e / Teste. Bonheur de cette reprise d’Hamlet, dĂ©jĂ  produite en 2018 sur les planches de l’OpĂ©ra-Comique qui invite quasiment la mĂȘme distribution gagnante
 Le metteur en scĂšne Cyril Teste joue la carte de la vidĂ©o, mieux calibrĂ©e dans cette sĂ©rie, avec ses gros plans fouillant la moindre Ă©motion des visages ; avec le tableau de la folie et de la noyade d’OphĂ©lie (fin du IV), frĂȘle figure submergĂ©e par un ocĂ©an projetĂ© qui l’ensevelit littĂ©ralement
 Aux cĂŽtĂ©s de JĂ©rĂŽme Boutillier, grand gagnant Ă  Saint-Etienne (et simultanĂ©ment), le baryton StĂ©phane Degout affirme toujours Ă  Paris, et depuis une dĂ©cennie environ, son solide Hamlet
 la palette des sentiments, le travail sur l’intĂ©rioritĂ© et l’urgence souterraine montre combien l’Hamlet de Thomas reste un rĂŽle de poids et de valeur
 avant le PellĂ©as de Debussy. Pour autant, la projection de tant de sĂ©quences, de l’effroi murmurĂ© (quand il comprend qu’OphĂ©lie est morte), aux cris dĂ©chirants du prince dĂ©vorĂ© par l’esprit de vengeance, aurait gagnĂ© Ă  davantage de souplesse et souvent une conception plus cohĂ©rente du personnage: son « O vin dissipe ma tristesse » est assumĂ©e affirmĂ©, droit, comme distanciĂ©, presque trop insouciant, sans les meurtrissures et amertumes du fils endeuillĂ© et blessé 

Plus cohĂ©rente Ă  notre avis, sur toute l’étendue du personnage pendant l’action, l’OphĂ©lie de Sabine Devieilhe trouve dans la continuitĂ© donc, une sincĂ©ritĂ© plus crĂ©dible, moins posĂ©e : intĂ©rieure, naturelle, essentiellement tournĂ©e sur sa douleur langoureuse qu’elle exprime dans son grand air « A vos jeux mes amis », sans surexposer les vocalises.

Rien Ă  redire au Claudius de Laurent Alvaro, bien construit et bien chantant ; au spectre abyssal de JĂ©rĂŽme Varnier ; au LaĂ«rte sĂ©ducteur de Pierre Derhet ; au ChƓur Les Ă©lĂ©ments, prĂ©sent, impliquĂ©. Dommage cependant que le direction de Louis LangrĂ©e recherche davantage le brillant, a contrario de l’introspection progressive de Hamlet, d’OphĂ©lie. Petite rĂ©serve tant la production fait par sa globalitĂ© expressive, un spectacle prenant de bout en bout.

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, Langrée / Teste. Photos : © Vincent Pontet

Hamlet : Stéphane Degout
Ophélie : Sabine Devieilhe
Claudius : Laurent Alvaro
Gertrude : GĂ©raldine Chauvet
Laërte : Pierre Derhet
Le Spectre : JĂ©rĂŽme Varnier
Marcellus, 2Ăšme Fossoyeur : Yu Shao
Horatio, 1er Fossoyeur : Geoffroy BuffiĂšre
Polonius : Nicolas Legoux

ChƓur Les Ă©lĂ©ments
Chef de chƓur : JoĂ«l Suhubiette
Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es
Louis Langrée, direction
Mise en scĂšne : Cyril Teste

CD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann)

Bruckner-Symphonie-2 thielemann wiener classiquenews critique reviewCD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – Le premier mouvement Moderato, le plus ample, est un portique majestueux qui alterne l’esprit de grandeur et la tendresse presque innocente (flĂ»tes aĂ©riennes confrontĂ©es aux cors lointains) ; entre dĂ©flagration et grondements telluriques, et Ă©pisodes de pure Ă©lĂ©gie intĂ©rieure, dialoguent plus qu’ils ne s’affrontent les blocs de l’orchestre ; Thielemann rĂ©sout le problĂšme sĂ©rieux de leur succession en un flux d’une grande beautĂ© sonore, avec des qualitĂ©s d’éloquence et d’articulation, d’équilibre surtout qui permet les enchaĂźnements. RĂ©vĂ©lant en Bruckner, des dons de conteurs proche de l’opĂ©ra. Les tutti tempĂȘtent, Ă©crasants, spectaculaires, jamais Ă©pais ; c’est la fanfare qui s’impose et affirme le souffle de l’inĂ©luctable, celui d’un inflexible et majestueux Fatum, aux derniers tutti dĂ©terminĂ©s, affirmatifs, dĂ©finitifs.
La respiration du II (Andante aussi dĂ©veloppĂ© que le I, soit presque 18 mn), Ă©voque plus Berlioz que Wagner, en une nuit enchantĂ©e qui convoque le rĂȘve (Nuit d’extase des Troyens) et sous le geste de Thielemann atteint un sommet d’enivrement aĂ©rien, solennel certes, comme il est Ă©crit, mais cristallin, aux lueurs crĂ©pusculaires et pudiques qu’enveloppe le clameur noble du cor solo). Le cheminement intĂ©rieur de cet ample accomplissement serein est dans les textures orchestrales rĂ©alisĂ©es, d’une opulence hĂ©doniste nĂ©o karajanesque (!) totalement passionnant.

Comme Karajan, Thielemann Ă©largit le spectre, Ă©lĂšve la sonoritĂ©, s’autorise mĂȘme des respirations 
 mahlĂ©riennes. Dans cette symphonie assez dĂ©cisive, l’écriture s’organise selon une architecture qui expose clairement ses assises, construite, de plus en plus ascensionnelle, solarisĂ©e et irradiante au fur et Ă  mesure des opus, selon le mysticisme terrien de Bruckner (esprit chtonien assumĂ© dans le LĂ€ndler de Scherzo).

Le Scherzo (III) justement affecte l’allure d’une marche d’une noblesse impĂ©riale comme un cuirassier armĂ© jusqu’aux dents, ou une formidable machine de guerre, capable cependant de somptueux scintillements aux cordes, laissant flotter un air de pure rĂȘverie dans ce tableau martial. Le reprise du Scherzo affirme avec une terribilitĂ  trĂšs maitrisĂ©e, la derniĂšre ascension, affĂ»tĂ©e, vive, mordante.

CLIC_macaron_2014IV. FINALE : les Wiener Philharmoniker dĂ©ploient derechef toutes leurs qualitĂ©s collectives : se distingue comme dans l’Andante si large, la respiration et l’activitĂ© saturĂ©e des cuivres associĂ©s aux cordes, presque irrĂ©elles oĂč le compositeur semble nous fait franchir plusieurs paliers Ă  mesure que sa conscience s’élargit ; le portique et la vaste cathĂ©drale orchestrale grandissent, avec de superbes Ă©chappĂ©es pastorales (hautbois, flĂ»tes). Avant que tout l’orchestre ne semble danser et s’opposer Ă  l’exposĂ© de l’inĂ©luctable qui rĂ©expose le schĂ©ma rythmique du Scherzo et sa coupe tranchante. Mais l’orchestre sait diffuser et libĂ©rer une explosion d’énergie, qui se fait libĂ©ratrice au terme de la formidable tension. Voici assurĂ©ment l’une des meilleures sĂ©quences de cette intĂ©grale Bruckner par les Viennois et Thielemann, toujours inspirĂ©s.

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CD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – CLIC de CLASSIQUENEWS – parution fĂ©vrier 2022.

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021).

savall beethoven vol 2 symphonies 6 7 8 et 9 concert des nations critique cd review classiquenews CLIC de clssiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021)  -  Une fin d’intĂ©grale qui marque assurĂ©ment une superbe comprĂ©hension de l’écriture beethovĂ©nienne. AprĂšs un premier coffret des symphonie 1 Ă  5, Ă©ruptif autant que poĂ©tique, les 4 derniĂšres,- les plus abouties selon nous, – et d’un dĂ©veloppement formel unique (la 9Ăš point d’aboutissement du cycle) prolongent le choc auditif de leurs prĂ©cĂ©dentes soeurs, dans le mordant nerveux, incisif comme la souplesse hĂ©doniste. Les instruments dâ€˜Ă©poque sont les alliĂ©s de Savall, ses outils magnifiquement huilĂ©s et articulĂ©s pour une sonoritĂ© dĂ©capante, dĂ©graissĂ©e, vive, toujours fabuleusement nerveuse. Sa carrure rythmique dialogue toujours avec une conception sonore qui outrepasse le geste historique et exprime dans son flux naturel, la formidable volontĂ© de la musique. Le projet inclut parmi les pupitres habituels du Concert des nations, nombre de jeunes instrumentistes qui sont venus parfaire et enrichir leur mĂ©tier aux cĂŽtĂ©s de leurs ainĂ©s professionnels, dans l’esprit exemplaire du partage et de la transmission. La vitalitĂ© et la cohĂ©sion qui en ressortent sont convaincantes, apportant Ă  tout l’édifice un sang, une tension captivants de bout en bout.

Plénitude poétique et spirituelle
Nerf expressif, vitalité collective
le BEETHOVEN captivant de Jordi Savall

Avec la rĂ©alisation de Teodor Currentzis actuellement, voilĂ  assurĂ©ment cĂŽtĂ© orchestres sur instruments anciens, une lecture dont le tempĂ©rament et la pensĂ©e marquent l’esprit.
La n°6 « Pastorale » exprime plus qu’elle ne dĂ©crit l’harmonie comme l’opulence de la Sainte Nature ; Savall s’empare du souffle et du miroitement contrastĂ© des sĂ©quences, sans jamais chercher le brio. Le souci de communier et de partager se rĂ©alise dans une texture sonore globale qui coule comme une onde vive et trĂ©pidante, dont le fini, superbement oxygĂ©nĂ©, respire la plĂ©nitude du motif, sa perception directe, sa restitution naturelle et franche. L’hĂ©donisme sonore, le goĂ»t des timbres s’écoutent d’un bout Ă  l’autre.

La 7Ăš trĂ©pigne par son acuitĂ© martiale, sa tonicitĂ© collective ; son entrain d’une fabuleuse efficacitĂ© musicale et dramatique. Bois et cuivres dansent, exultent ; chacun exposĂ© avec une individualitĂ© assumĂ©e (bois oĂč percent souvent la caresse des hautbois, clarinettes, bassons); oĂč scintillent et mordent les cors et trompettes

La 8Ăš, exaltation du mouvement, de l’énergie pure est bien cette cĂ©lĂ©bration organique de la danse, selon le bon mot de Wagner. DĂ©ferlement d’énergie rythmique plus que rĂ©flexion sur le principe de mouvement et d’espace ; mais l’entrain porte Ă  l’exubĂ©rance et la trĂ©pidation des pupitres. Et toujours avec une clartĂ© polyphonique et contrapuntique qui permet aussi de rĂ©Ă©couter les sĂ©quences diffĂ©remment Ă  ce que nous pensions connaĂźtre.
Enfin la 9Ăš, testament fraternel qui porte trĂšs haut les couleurs de l’idĂ©al des LumiĂšres, pour ne pas dire maçonnique, est une priĂšre pour un monde nouveau, une humanitĂ© nettoyĂ©e de sa violence comme de son fanatisme haineux. L’Adagio est une ample respiration profonde, grave; infiniment tendre, avant la dĂ©claration franche de l’ode Ă  la joie finale, portĂ© par une ardeur Ă  tous les pupitres, avec l’exaltation prĂ©cise et intense pour chaque soliste et pour le choeur autant galvanisĂ© par le chef catalan.

La continuitĂ© et la progression portent tout le geste : Savall en architecte soigne la cohĂ©rence de la rĂ©alisation : les deux premiers mouvements de la 9Ăš en seraient l’exposition de l’énergie vitale exprimĂ©e dans son bouillonnement primitif ; l’Allegro initial serait la fin du monde et le dĂ©but d’une Ăšre nouvelle proclamĂ©e par le chant exaltĂ© des instruments ; le Molto Vivace qui suit est l’explicitation de cette quĂȘte innovatrice qui appelle, exige, commande au futur, affirmant la nĂ©cessitĂ© d’en finir
 puis, l’adagio exposerait l’idĂ©al fraternel qui prĂ©vaut Ă  tout dont Savall fait une priĂšre spirituelle Ă©tonnamment tendre ; enfin l’Ode Ă  la joie Ă©noncĂ© par les violoncelles en serait les prĂ©mices appliquĂ©s : l’idĂ©e concrĂšte incarnĂ©e dans cette humanitĂ© chorale qui chante et exhorte.
CLIC_macaron_2014La clartĂ© et la transparence de la pĂąte, la nervositĂ© des tutti, la prĂ©cision des attaques, le chant souvent libre et souple, d’une exceptionnelle opulence des cordes affirment cet Ă©lan irrĂ©pressible qui inspire Beethoven. Jordi Savall vient du baroque, de Haendel et de Mozart, de Monteverdi et de JS Bach
 c’est pourquoi il confĂšre Ă  son Beethoven, une couleur spĂ©cifique ; le sentiment et la rĂ©sonance d’un aboutissement qui prĂ©cipitĂ© par les LumiĂšres, portant tout ce qu’a de rĂ©volutionnaire le premier romantisme, synthĂ©tise le sommet de la pensĂ©e viennoise, celle qui a permis avant Beethoven, le Haydn de la CrĂ©ation. Ce Beethoven rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, qui respire autant qu’il exulte, semble porter les fruits des rĂ©volutions qui prĂ©cĂšdent
 le gĂ©nie français, bientĂŽt mĂ»r, celui de Berlioz au dĂ©but des annĂ©es 1830, soit 6 ans aprĂšs la crĂ©ation et le triomphe de la 9Ăš. On ne peut s’incliner devant une telle rĂ©alisation; qui vient opportunĂ©ment complĂ©ter, elle aussi de façon captivante, le premier coffret des symphonies 1 Ă  5.

 

 

 

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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021).

 

 

 

Approfondir

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LIRE aussi notre critique complĂšte du COFFRET VOL 1 Symphonies de BEETHOVEN : 1 Ă  5 – AcadĂ©mie Beethoven 250 – 3 cd ALIA VOX – CLIC de CLASSIQUENEWS – paru en avril 2020

http://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-beethoven-restauration-vol1-jordi-savall-symphonies-1-a-5-le-concert-des-nations-academie-beethoven-250-3-cd-alia-vox-2019/

beethoven revolution symphonies 1 5 savall critique cd classiquenewsDans les faits, Jordi Savall dĂ©montre une comprĂ©hension profonde du massif beethovĂ©nien ; il en rĂ©vĂšle les Ă©quilibres singuliers, d’autant mieux mesurĂ©s depuis son interprĂ©tation prĂ©cĂ©dente des 3 derniĂšres symphonies de Mozart (2017-2018). L’auditeur y dĂ©tecte une filiation avec l’harmonie des bois et des vents, particuliĂšrement ciselĂ©s et privilĂ©giĂ©s, dialoguant avec les cordes, jamais trop puissantes. La martialitĂ© de Ludwig s’en trouve allĂ©gĂ©e, plus percutante, et c’est tout le bĂ©nĂ©fice des instruments d’époque qui jaillit, renforçant les contrastes beethovĂ©niens. La sonoritĂ© est l’autre superbe offrande de Savall grĂące Ă  l’effectif : autour de 60 instrumentistes dont 32 cordes ; la fidĂ©litĂ© aux souhaits de Beethoven est Ă©loquente dans cette clarification entre les pupitres. VoilĂ  comment le chef catalan Ă©claire de l’intĂ©rieur l’expressivitĂ© beethovĂ©nienne oĂč l’orchestre n’exprime pas la pensĂ©e musicale : il est cette pensĂ©e elle-mĂȘme


 

 

 

CRITIQUE, CD, coffret SAINT-SAËNS : transcriptions pour piano : Cto n°2, Symphonie pour orgue, l’Assassinat du Duc de Guise
 (2 cd, 1 dvd PIANO 21 – 2021)

Katsaris-cyprien-camille-saint-saens-duc-de-guise-piano-21-critique-cd-review-classiquenews-clic-de-classiquenewsCRITIQUE, CD, coffret SAINT-SAËNS : transcriptions pour piano : Cto n°2, Symphonie pour orgue, l’Assassinat du Duc de Guise
 (2 cd, 1 dvd PIANO 21 – 2021) – Cyprien Katsaris joue Saint-SaĂ«ns et surprend par sa justesse recrĂ©ative, dans ce coffet monographique composĂ© de 2 cd et d’un dvd, soit plus de 2 h de musique (avec images d’archives). Contre l’idĂ©e toujours tenace d’un Saint-SaĂ«ns acadĂ©mique, Ă©triquĂ©, ennuyeux, voilĂ  une sĂ©rie de joyaux Ă  la vitalitĂ© impĂ©rieuse, Ă  l’élĂ©gance enivrĂ©e voire conquĂ©rante qui replace l’auteur de Samson, au centre d’un Ă©chiquier français audacieux, expĂ©rimental, libre. C’est toute la valeur et la formidable inspiration du pianiste Cyprien Katsaris qui apporte ses fruits exaltants : par sa digitalitĂ© fabuleuse et imaginative, suggestive et facĂ©tieuse. Le pianiste n’a pas seulement la technicitĂ© virtuose, il exprime ce grandiose tendre, cette Ă©lĂ©gance sensible et si juste d’un Saint-SaĂ«ns orfĂšvre et conteur inspirĂ©. Ainsi en tĂ©moigne le programme du CD1 dĂ©diĂ© surtout au Carnaval des animaux dans la transcription du pianiste franco-chypriote qui est aussi compositeur : s’y dĂ©ploie une pensĂ©e libre, maĂźtresse de ses dons pianistiques, qui sert respectueusement la verve d’un Saint-SaĂ«ns aussi inventif que fantaisiste.
L’improvisateur qu’est Katsaris, sa culture pianistique permettent ce toucher libre et lĂ©ger, puissant et oxygĂ©nĂ© qui exalte les dons dramatiques du Romantique, lui-mĂȘme pianiste cĂ©lĂ©brĂ© pour sa virtuositĂ©.

L’édition prolonge ainsi et de superbe façon le centenaire Saint-SaĂ«ns 2021, en restituant nombre de piĂšces symphoniques et plusieurs perles mĂ©connues, transcrites pour piano seul ; transcripteur aussi, Katsaris complĂšte pour certaines piĂšces le travail prĂ©liminaires de Bizet (pour le Concerto pour piano et orchestre n°2), Liszt (Danse macabre).

 

 

A la source du Saint-Saëns conteur

Cyprien Katsaris l’enchanteur,
libre et génial transcripteur

 

 

Du Concerto n°2, on ne serait guĂšre rester insensible Ă  l’élan romantique de (trĂšs) grande classe du I ; l’humour facĂ©tieux du II ; le charme de Mozart ; la carrure de Beethoven ; l’élĂ©gance recrĂ©ative propre au romantisme impĂ©rial de Saint-SaĂ«ns. Sans omettre la course Ă©chevelĂ©e, aux crĂ©pitements fantastiques du III. Seul un piano somptueux et flamboyant et d’une exceptionnelle intelligence expressive peut relever les dĂ©fis de la transcriptions pour piano seul. Beau cheminement de Cyprien Katsaris qui maĂźtrise 
 tout en plaisir et en joie.
Africa est un morceau de concert virtuose, d’une construction elle aussi spectaculaire alliant crĂ©pitements diaboliques et verve mĂ©lodique avec une recherche de contrastes rythmiques. La versatilitĂ© digitale, le toucher de velours qui font littĂ©ralement danser le clavier, affirment le tempĂ©rament du pianiste, heureux, trĂšs inspirĂ© transcripteur. La souplesse enchantĂ©e du pianiste se dĂ©ploie au service de morceaux moins connus : L’Allegro appasionato est grande piĂšce de concert elle aussi Ă©noncĂ©e comme une fantaisie, d’une libertĂ© Ă©chevelĂ©e quasi improvisĂ©e ; la Valse canariote emporte passionnĂ©e, enivrĂ©e, Ă©chevelĂ©e ; et la Valse nonchalante : pleine d’une nostalgie plus secrĂšte

Autre bel accomplissement, la Danse macabre, dans la transcription Liszt et Katsaris souligne le gĂ©nie de Saint-SaĂ«ns digne, dans la veine fictionnelle, de son ami Liszt ; c’est un formidable poĂšme Ă©pique, d’une puissance fantastique et surnaturel oĂč brille lisibilitĂ©, libertĂ© du contrepoint ; jeu sur les plans sonores ; la justesse de la construction dramatique et l’intelligence du flux narratif

Dans ce jeu d’adaptation, la format symphonique ne perd rien en suggestivitĂ© ni expressivitĂ© : la fiĂšvre Ă©loquente de la texture expressive Ă©claire aussi les dons d’articulation et de lisibilitĂ© contrapuntique du pianiste prĂȘt Ă  relever tous les dĂ©fis.
La diversitĂ© des morceaux, leur Ă©vidente ambition (et rĂ©ussite) dramatique place Saint-SaĂ«ns aux cĂŽtĂ©s de Berlioz (pour les audaces harmoniques, formelles, instrumentales
) ; gĂ©nie romantique aussi, Camille se dĂ©voile somptueux maĂźtre du clavier, un Ă©gal de Liszt par sa virtuositĂ© flamboyante matinĂ©e d’humour et de citations Ă  d’autres compositeurs, en particulier germaniques. Le dĂ©fi du pianiste tient Ă  ses capacitĂ©s Ă  restituer toute l’étoffe des pages symphoniques sur l’étendue du clavier (Symphonie n° 3 dans la transcription mĂ©connue de Goetschius) : Saint-SaĂ«ns explore les possibilitĂ©s du piano, Ă©prouve l’instrument en parfait connaisseur ; Cyprien Katsaris s’approprie tous les obstacles, en dĂ©passent les points Ă©pineux pour exprimer a contrario de leur difficultĂ©s, la claire et heureuse combinaison contrapuntique, rĂ©vĂ©lant souvent une vive comprĂ©hension Ă  la fois de le verve et de la pensĂ©e de Camille.
Classique libre, inventeur sans limites, l’auteur de Samson, ici prĂ©sent dans la superbe transcription de Camille lui-mĂȘme dans l’extrait de la bacchanale du III (oĂč Ă  travers la digitalitĂ© scintillante du pianiste, se rĂ©vĂšle la trĂšs riche palette de l’orchestre lyrique), le compositeur fut le premier Ă  Ă©crire la musique pour le cinĂ©ma encore dĂ©butant ; ainsi en tĂ©moigne la tableau de 1908, l’assassinat du Duc de Guise, Ă©pisode hautement dramatique, aussi en lien avec ce goĂ»t de Saint-SaĂ«ns pour la Renaissance, illustrĂ© par ses opĂ©ras – moins jouĂ©s mais somptueux : Ascanio et Henry VIII. Katsaris joue la transcription de LĂ©on Roques. C’est en Ă©vidence, un autre joyau de la collection ainsi constituĂ©e par le pianiste : l’interprĂšte unit dramatisme et crĂ©pitements virtuoses, il prĂ©pare puis exprime la fameuse scĂšne de l’assassinat du duc de Guise, construction parfaite, Ă©difiĂ©e comme un tableau d’histoire, depuis la claire exposition des personnages jusqu’au meurtre proprement dit auquel Saint-SaĂ«ns associe un thĂšme diabolique et comme dĂ©finitif. L’auditeur peut complĂ©ter l’écoute par l’image telle que restituĂ©e dans le film historique de 1908, restaurĂ© pour l’occasion, proposĂ© dans le DVD. TrĂšs opportun bonus.

 

 

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CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD, coffret SAINT-SAËNS : transcriptions pour piano : Cto n°2, Symphonie pour orgue, l’Assassinat du Duc de Guise
 (2 cd, 1 dvd PIANO 21 – 2021) – Sortie annoncĂ©e le 20 fĂ©vrier 2022, chez Piano 21 (le label discographique crĂ©Ă© par le pianiste en 2001). CLIC de CLASSIQUENEWS Hiver 2021 / 22.

 

 

Tracklisting :

CD 1
Le Carnaval des Animaux – Grande fantaisie zoologique, Op. posth., R. 125 – Transcription : Lucien Garban / Cyprien Katsaris
Hymne Ă  Victor Hugo, Op, 69 – Transcription : Camille Saint-SaĂ«ns
Bacchanale, Samson et Dalila, Op.47, R. 288 – Transcription : Camille Saint-SaĂ«ns
Symphonie n°3 en ut mineur, “Symphonie avec orgue » – Transcription : Percy Goetschius / Cyprien Katsaris

CD 2
Concert pour piano n°2 en sol mineur, Op. 22, R. 190
Transcription : Georges Bizet / Cyprien Katsaris
Africa, Op. 89, R. 204 – Version pour piano seul de Saint-SaĂ«ns
Allegro appassionato, Op. 70, R. 200
Version pour piano seul de Saint-Saëns
Valse canariote, Op. 88, R. 43 – Version pour piano seul de Saint-SaĂ«ns
Valse nonchalante, Op. 110, R. 48 – Version pour piano seul de Saint-SaĂ«ns
Danse macabre, Op. 40, R. 171 – Transcription : Franz Liszt / Cyprien Katsaris
L’assassinat du duc de Guise, Op. 128, R. 331 – Transcription : LĂ©on Roques

DVD L’Assassinat du Duc de Guise, version restaurĂ©e de 1908, avec musique de Saint-SaĂ«ns.

 

 

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CRITIQUE. CD Ă©vĂ©nement. DURÓN : Coronis (Le PoĂšme Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021)

sebastian-duron-coronis-alpha788 poeme harmonique druet bunel opera critique review cd review critique classiquenews CLIC de classiquenewsCRITIQUE. CD Ă©vĂ©nement. DURÓN : Coronis (Le PoĂšme Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021) – Formidable production pour sa vitalitĂ© rayonnante, ses contrastes opulents, ses situations truculentes qui mĂȘlent grĂące Ă  la seule inspiration de Sebastian DurĂłn (1660-1716), langueur extatique, rage guerriĂšre, rĂ©alisme satirique. Le PoĂšme Harmonique, chanteurs et instrumentistes relĂšvent tous les dĂ©fis de cette action mythologique certes, surtout carnavalesque et bouffone, aux airs de tendresse grave, en particulier au II (Jornada Segunda) oĂč s’imposent dans la fresque dĂ©lirante, la priĂšre et la plainte bouleversante de ProtĂ©e (si peu respectĂ© malgrĂ© ses alertes et prĂ©dictions) et Triton (soupirant dĂ©muni, colĂ©rique, Ă©conduit par la voluptueuse Coronis). Les solistes concernĂ©s ici, Cyril Auvity et Isabelle Druet composent de superbes tempĂ©raments vocaux, douĂ©s de puissance et de justesse humaine, de profondeur comme de sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle. A leurs cĂŽtĂ©s, rien Ă  dire aux Ă©patantes Ana Quintans dans le rĂŽle-titre : sa plasticitĂ© diamantine incarne Ă  la perfection la beautĂ© langoureuse et active qui finalement dĂ©cide du sort de la Thrace et arbitre la guerre amorcĂ©e entre Neptune et son impĂ©rial Ă©poux, Apollon. Idem pour les deux Menandro et Sirene, couple secondaire (et plein de bon sens populaire) : AnthĂ©a Pichanick et surtout Victoire Bunel, souple, articulĂ©e, expressive mais nuancĂ©e : remarquable duo de bout en bout.

 

 

Le Poùme Harmonique ressuscite Coronis

MADRID, 1705 : DURÓN invente l’opĂ©ra espagnol

 

 

CLIC_macaron_2014A travers la victoire du souverain solaire, ce sont les Bourbons qui annoncent leur victoire en pleine guerre de succession d’Espagne ; la zarzuela reprĂ©sentĂ©e en dĂ©c 1705 devant la Cour de Philippe V Ă  Madrid, porte haut les espoirs et la certitude d’une nation prĂȘte Ă  s’engager et Ă  rire. DurĂłn pour se faire, rĂ©ussit une fusion saisissante entre truculence espagnole et beau chant italien, en une langue d’une voluptĂ© incandescente dont la continuitĂ© suave rappelle l’immense vĂ©nitien Cavalli. Toute la maĂźtrise de Sebastian DurĂłn qui pourtant incompris, et malĂ©valuĂ© alors, finira en exil quelques annĂ©es aprĂšs (1716), explose ici grĂące au geste virtuose des interprĂštes. Aucun doute, le pĂšre de l’opĂ©ra espagnol, c’est lui. CLIC de CLASSIQUENEWS pour ce superbe opĂ©ra rĂ©vĂ©lĂ©. Dommage que la prise de son, acide et aigre dĂšs le dĂ©but, et qui lisse les plans, contredise constamment l’opulence voluptueuse de DurĂłn, son Ă©criture flamboyante et sensuelle.

 

 

 

 

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CRITIQUE. CD Ă©vĂ©nement. DURÓN : Coronis (Le PoĂšme Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021). L’enregistrement en studio recueille les reprĂ©sentations de la recrĂ©ation scĂ©nique en 2019. PLUS D’INFOS sur le site ALPHA : https://outhere-music.com/fr/albums/sebastian-duron-coronis

 
 

 

CRITIQUE SPECTACLE...  LIRE aussi notre critique complÚte de CORONIS, production présentée à CAEN, en novembre 2019 : CORONIS de DURON, la politique des muses... par Pedro Octavo DIAZ

 
 
 

FRANCE MUSIQUE : Journée Gustavo DUDAMEL (15 fév 2022)

dudamel-gustavo-maestro-opea-de-paris-classiquenews-opera-concert-critique-review-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, JournĂ©e Gustavo Dudamel, le 15 fĂ©v 2022. C’est un nouveau chapitre qui s’est ouvert dans la carriĂšre du chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel, enfant du Sistema, le programme social et culturel du VĂ©nĂ©zuĂ©la ; lorsqu’en avril 2021, l’OpĂ©ra de Paris annonce sa nomination comme directeur musical de l’institution lyrique : jeune quadra, le maestro y prenait la succession du chef Philippe Jordan (rĂ©putĂ© depuis pour sa direction intĂ©rieure et subtile en particulier dans Mozart et Wagner). RĂ©vĂ©lĂ© au dĂ©but des annĂ©es 2000, l’enfant terrible et fougueux du programme d’éducation musicale a ainsi pu exprimer dans la fosse parisienne des opĂ©ras Bastille et Garnier, son Ă©nergie, son sens du drame et aussi du dĂ©tail.
Dudamel avait dĂ©jĂ  Ă  la tĂȘte de l’Orchestre symphonique des jeunes du Venezuela SimĂłn BolĂ­var, affirmĂ© un vif tempĂ©rament, une Ă©nergie fĂ©dĂ©ratrice, au cours de tournĂ©es qui ont menĂ© les jeunes instrumentistes vĂ©nĂ©zuĂ©liensaux, de Salzbourg Ă  Paris, des BBC Proms de Londres au Carnegie Hall de New York : partout, leur « Mambo » (extrait du West Side Story de Bernstein) a suscitĂ© l’enthousiasme. Depuis sa prise de fonction Ă  Paris, Gustavo Dudamel assume ses deux mandats de part et d’autre de l’Atlantique, comme directeur musical – Ă  l’OpĂ©ra de Paris, et depuis plus de 10 ans, au Philharmonique de Los Angeles.
Turandot, de Puccini (diffusée par France Musique), a inauguré sa premiÚre saison parisienne, suivie tout récemment des Noces de Figaro de Mozart (diffusion sur France Musique samedi 26 février). France Musique lui consacre toute une journée : interview exclusive dans Musique Matin dÚs 7h, et tout au long de ce 15 février.
PrĂ©sentation de la discographie rĂ©alisĂ©e par Dudamel, du grand rĂ©pertoire aux piĂšces sud-amĂ©ricaines, russes et françaises. Evocation des sources d’inspiration du musicien natif de Barquisimeto (Venezuela).

logo_francemusiqueTEMPS FORT : Ă  20h, en direct de la Philharmonie de Paris, Symphonie n°3 de Schubert et Symphonie n°4 de Brahms – Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris – Gustavo DUDAMEL, direction.

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Le programme de la journée GUSTAVO DUDAMEL sur FRANCE MUSIQUE :
Mardi 15 février de 7h à 22h30

 

‹7h-9h
Musique Matin

‹8h20
Maxxi Classique – 8h30 : interview de Gustavo Dudamel.

‹9h-11h
En pistes. Beethoven, Wagner, et quelques raretés de Gustavo Dudamel

‹11h-12h30 Allegretto
« En passant par le Venezuela » :
Abreu, Romero, Carreno, l’orchestre Simon Bolivar, El Sistema, Sojo.

‹13h-13h30 Musicopolis
Portrait de la compositrice vénézuélienne Modesta Bor.

13h30-15h Arabesques
Dudamel dirige la musique russe
TchaĂŻkovski, Borodine, Moussorgski, Stravinski & Rachmaninov.

15h-17h Relax !
Le Los Angeles Philharmonic avant Gustavo Dudamel.

‹17h-18h Le van Beethoven
Gustavo Dudamel dirige le Los Angeles Philharmonic.

‹20h-22h30 : Le concert de 20h – en direct

En direct de la Philharmonie de Paris.
Symphonie n°3 de Schubert
Symphonie n°4 de Brahms
Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris
Gustavo DUDAMEL, direction.

 
 

PLUS D’INFOS sur France MUSIQUE.FR : https://www.radiofrance.fr/francemusique

CRITIQUE CD, Bruckner : Symphonie n°7 (Haitink – Challenge classic, Live juin 2019)

haitink bernard symphonie 7 bruckner critique cd reviews classiquenews challenge recordsCRITIQUE CD, Bruckner : Symphonie n°7 (Haitink – Challenge classic, Live juin 2019) – Aucun doute qu’aux cĂŽtĂ©s des hĂ©donistes spirituels, creusant et la splendeur sonore et le continuum mystique tels Gustav Wand ou Karajan, Haitink professe une plĂ©nitude orchestrale de premiĂšre valeur. Ce live couronne un compagnonnage en complicitĂ© inspirĂ©e, de plus de 20 ans entre le chef et la phalange nĂ©erlandaise : maestro Haitink alors au terme de sa carriĂšre en juin 2019, et le Radio Philharmonic Orchestra apportent Ă  Bruckner l’éloquence de la clartĂ© mystique, de surcroĂźt avec une saveur sonore, un travail de la texture instrumentale, idĂ©alement Ă©quilibrĂ©s. L’ambition de Bruckner dans un opus Ă  l’architecture ample qui vaut cathĂ©drale : la majestĂ© des proportions s’affiche clairement dans la durĂ©e des 2 premiers mouvements : plus de 21 mn pour chacun. Ce qui permet Ă  Haitink d’élucider le classicisme naturel de l’Ɠuvre crĂ©Ă©e Ă  Leipzig en 1884 (par Arthur Nikisch), son Ă©vidence formelle (pas de versions postĂ©rieures alternatives), surtout sa nature wagnĂ©rienne qui oeuvre souterrainement dans une partition conçue alors que Bruckner Ă©coute Ă  Bayreuth, la crĂ©ation de Parsifal (1882), choc viscĂ©ral qui s’entend ici dans la conception des timbres associĂ©s, de la largeur sonore, pour une vision fĂ©dĂ©ratrice qui associe et mĂȘme fusionne les timbres, en particulier dans la rĂ©solution de la sĂ©quence finale oĂč les cordes en lĂ©vitation sont littĂ©ralement portĂ©es par la fanfare aĂ©rienne et majestueuse. Les derniĂšres marches ascensionnelles ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le crescendo des origines, l’ouverture organique de l’Or du Rhin. L’Adagio (le plus dĂ©veloppĂ© de toutes les symphonies de Bruckner) Ă©chafaude un mausolĂ©e endeuillĂ© pour
 Wagner justement qui vient de mourir : l’in memoriam est un hommage bouleversant Ă  la solennitĂ© lacrymale, grave, profonde qui dessine un inconsolable lamento orchestral (les somptueux tuben CLIC_macaron_2014wagnĂ©riens). LĂ  encore Haitink Ă©tire la texture orchestrale en amples accoups, aux respirations profondes accordant douleur et dignitĂ©, tendresse et deuil, dĂ©chirement et consolation. Le Scherzo claque par son tempo vif, nerveux ; et le finale exalte ce « mouvementĂ© », pas trop rapide dont Haitink saisit la mesure : le chef accomplit l’unitĂ© et la cohĂ©rence interne quasi cyclique de la symphonie, dans la rĂ©exposition finale du premier thĂšme du mouvement I. Somptueuse conception sonore et architecturale de surcroit bonifiĂ©e par la prise de son, « super audio cd ».

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CD, Bruckner : Symphonie n°7 (Haitink – Challenge classic – live de juin 2019) – CLIC de CLASSIQUENEWS.
Plus d’infos sur le site de Challenge records / Page Bruckner, Haitink, symphonie n°7 de Bruckner :
https://www.challengerecords.com/products/16268803040781

CRITIQUE, opéra. SAINT-ETIENNE, le 26 janvier 2022. Ambroise Thomas : Hamlet. Boutillier / Croussaud ; Lacombe / Berloffa

CRITIQUE, opĂ©ra. SAINT-ETIENNE, le 26 janvier 2022. Ambroise Thomas : Hamlet. Boutillier / Croussaud ; Lacombe / Berloffa. Le hĂ©ros de Shakespeare inspire les scĂšnes lyriques et l’Hamlet de Thomas a eu le vent en poupe jusqu’à la crise sanitaire ; remarquon sles production srĂ©centes, dont celles de Moshe Leiser et Patrice Caurier (Barcelone, 2003), Olivier Py (Vienne, 2012), ), Cyril Teste (Paris, 2018, reprise Ă  l’OpĂ©ra Comique, simultanĂ©ment Ă  celle qui nous occupe ici. À Saint-Étienne, Nicola Berloffa (Carmen il y a 2 ans) sert la lisibilitĂ© de l’Ɠuvre tragique inspirĂ© par le noir shakespearien : l’incommunicabilitĂ© des deux amants, Hamlet et OphĂ©lie ; le premier habitĂ©, submergĂ© par l’assassinat de son pĂšre (dont le fantĂŽme l’exhorte Ă  la vengeance), emmurĂ© dans le crime Ă  laver, Ă©tranger aux autres ; la seconde, dĂ©passĂ©e et trop fragile face Ă  l’apparente froideur du prince, tout occupĂ© ici Ă  scĂ©nariser la pantomime de Gonzague et de GeniĂšvre, vĂ©ritable pamphlet qui dĂ©nonce le crime commis


ScĂšnes de foules, rĂ©alisme du couple royal illĂ©gitime (et aussi des deux fossoyeurs au dernier acte, Ă©patants et mordants), tout concourt Ă  placer le spectateur aux cĂŽtĂ©s d’Hamlet, face Ă  l’horreur dont il est le tĂ©moin et l’acteur rebelle.

 

 

 

RĂ©ussite lyrique Ă  Saint-Étienne

Belle production d’Hamlet
portée par le couple Hamlet / Ophélie :
JĂ©rĂŽme Boutillier / Jeanne Croussaud

 

 

 

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ParticuliĂšrement crĂ©dible, JĂ©rĂŽme Boutillier fait un Hamlet, prince d’Elseneur, plein d’ardeur, de passion, de finesse rentrĂ©e
 (« Ô vin, dissipe la tristesse » est entre autres, d’une riche amertume), quand Jeanne Croussaud aux coloratoures agiles, incarne une OphĂ©lie, en ange damnĂ©, s’enfonçant progressivement dans la douleur la plus sombre jusque dans la scĂšne de folie, d’une juste Ă©pure, d’une bouleversante finesse. Le LaĂ«rte de JĂ©rĂ©my Duffau est de la mĂȘme trempe : juste, douĂ© d’une vie intĂ©rieure comme l’Horatio de Gabriel Saint-Martin et le Marcellus du brillant Yoan Le Lan. Puis saluons surtout, la crĂ©dibilitĂ© du couple royal questionnĂ© par Hamlet : Emanuela Pascu (Gertrud, ample mais sobre), et Jiwon Song (Claudius, de belle prestance et parfois inintelligible mais toujours musical)

Le chƓur (masquĂ©) et l’Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, sous la direction de Jacques Lacombe puissants et prĂ©cis, rĂ©vĂšlent tout ce que le drame recĂšle de forces cachĂ©es et souterraines. Le travail entre les pupitres recherchent la clartĂ© et la nuance, jamais le clinquant. RĂ©servant aux solos instrumentaux, le relief intĂ©rieur qui sied
 (cor – au dĂ©but du fameux monologue d’Hamlet-, hautbois, clarinette, violoncelles
 sans omettre la couleur spĂ©cifique des saxophones que Thomas use ici pour la premiĂšre fois en orchestrateur captivant). La captation vidĂ©o rĂ©alisĂ©e laisse espĂ©rer une prochaine Ă©dition dĂ©jĂ  trĂšs attendue


 

 

 

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CRITIQUE, opéra. SAINT-ETIENNE, Grand Théùtre Massenet, le 26 janvier 2022.

Hamlet: JĂ©rĂŽme Boutillier
Ophélie : Jeanne Crousaud
Claudius : Jiwon Song
Gertrude : Emanuela Pascu
Laërte : Jérémy Duffau
Le Spectre : Thomas Dear
Marcellus : Yoan Le Lan
Horatio : Jean-Gabriel Saint-Martin
Polonius : Thibault de Damas
1er fossoyeur : Antoine Foulon
2Ăšme fossoyeur : Christophe Berry

Choeur lyrique Saint-Etienne Loire
Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire

Direction musicale : Jacques Lacombe
Mise en scĂšne et costumes : Nicola Berlotta
Photos : © Hubert Genouillac

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MoliĂšre / Lully : musiques pour la comĂ©die-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – avril 2021)

Le-Bourgeois-gentilhomme poeme harmonique lully 400 ans de moliere critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MoliĂšre / Lully : musiques pour la comĂ©die-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – avril 2021) – IntercalĂ©es dans la piĂšce de MoliĂšre, les musiques de scĂšnes (ballets, divertissements, airs
) de Lully soulignent le gĂ©nie facĂ©tieux du surintendant de la musique depuis 1661 ; sa verve n’a de limite que le gĂ©nie de MoliĂšre ; chacun semble mĂȘme rivaliser d’astuces expressives, de finesse parodique sur le thĂšme d’un Bourgeois dĂ©sireux d’ĂȘtre anobli
 Ă  l’heure oĂč la Cour ne parle que des Turcs en audience prĂšs du Roi-Soleil. Les 2 Baptistes ont prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ© (Ă©galement Ă  Chambord, devant la Roi) Monsieur de Pourceaugnac (1669). Pour cette restitution des parties intĂ©grales que Lully a alors façonnĂ©es, le PoĂšme Harmonique met en lumiĂšre l’articulation langoureuse des jeunes tempĂ©raments du chant baroque actuel ; le Bourgeois Gentilhomme s’il moque l’exotisme des moeurs du Grand Turc Ă  travers une charge contre son ambassade alors Ă  Versailles pour une rĂ©ception attendue, reportĂ©e auprĂšs de Louis XIV, exprime d’abord au I, l’empire de l’amour sur des cƓurs enivrĂ©s ; se distingue avant tout, l’essor poĂ©tique des premiĂšres scĂšnes du drame de 1670, la flamme dĂ©sirante de l’élĂšve du MaĂźtre de musique, de la musicienne, du 2Ăš musicien, trio vocal en extase que la musique sublime par ses Ă©lans nostalgiques et caressants. DĂ©jĂ , Lully et MoliĂšre Ă©laborent le futur opĂ©ra français Ă  venir, 3 ans plus tard.

 

 

 

Délire poétique, verve satirique

MoliÚre & Lully : un génie théùtral à 4 mains

 

Mr Jourdain veut ĂȘtre gentilhomme certes : il devra d’abord passer par plusieurs rites / « apprentissages », dont celui de la musique amoureuse. Ce que nous fait entendre Le PoĂšme Harmonique non sans un sens de l’ivresse la plus enchantĂ©e dans les accents et les inflexions du chant accompagnĂ©. MĂȘme les intermĂšdes (airs des « garçons tailleurs » puis « entrĂ©e des cuisiniers » qui suit), s’ils n’ont pas l’ampleur de l’orchestre de Lully qui fut plus nombreux et Ă©toffĂ©, dansent avec une belle vivacitĂ© ; caractĂ©risent suffisamment les chansons Ă  boire (vĂ©ritable apologie du vin!).‹ Le point d’orgue reste la cĂ©rĂ©monie turque en 9 sĂ©quences (finale grandiose et farcesque de l’acte IV) que les musiciens inscrivent avec justesse entre parodie et sincĂ©ritĂ©, tension dramatique et recrĂ©ation exotique, truculence et joie ironique, irrĂ©vĂ©rencieuse voire sacrilĂšge… ; l’entrĂ©e accorde les gestes en une vaste supercherie collective oĂč le Mufti, les 12 turcs, les 4 dervis exposent leur foi ; MoliĂšre explore toutes les nuances du dĂ©lire d’une critique libre et dĂ©jantĂ©e des croyances orientales. Pas sĂ»r aujourd’hui, que tel affront railleur ne passe inaperçu chez certains : la verve insolente de MoliĂšre annonce celle de Voltaire et la musique de Lully se montre d’une gĂ©niale Ă©nergie, prĂȘte Ă  enflammer le jeu des mots, la gastronomie des allitĂ©rations en fĂȘte. De sorte que dans l’élan de la satire enjouĂ©e, ce rituel qui intronise le vaniteux Jourdain, pourtant heureux de se voir glorifiĂ© ici en vrai mahomĂ©tan, se termine en belle bastonnade : l’orgueil de Jourdain est chĂątiĂ©. Et sa naĂŻvetĂ© Ă©pinglĂ©e : dindon rhabillĂ©, il donne finalement la main de sa fille au fils du grand turc !
Tout autre est le Ballet des nations oĂč des gens d’origine (et de langues accentuĂ©es) diverse(s) : gascons, suisses, espagnols, italiens,
 se disputent, s’énervent franchement, rĂ©clamant « le livre du ballet » dont il est question (comme si les acteurs fixaient alors la question que se pose le spectateur Ă  ce moment du drame : de quoi est-il question ? Quel est l’enjeu de ce tableau ?) ; en maĂźtres des foules et des ensembles ciselĂ©s, MoliĂšre et Lully s’entendent Ă  portraiturer une humanitĂ© contrastĂ©e, bariolĂ©e, lĂ  aussi dĂ©jantĂ©e ; bel effet de leurs talents accordĂ©s oĂč musique et chant, danses et textes exacerbent toutes les possibilitĂ©s et ressources poĂ©tiques sur les planches. Il n’est que la musique, divine, noble, Ă©lĂ©gantissime, versatile comme les sĂ©quences thĂ©Ăątrales (sublime chaconne des comĂ©diens bouffes italiens, 
), qui puisse unifier tout cela, au son d’un Ă©lan qui pointe le but CLIC_macaron_2014ultime (et l’un des derniers mot du livret) : l’Amour. A la cacophonie rĂ©pond ainsi des stances subtilement langoureuses (lamento et plainte dans la 3Ăš entrĂ©es des « Espagnols chantant », idĂ©alement / douloureusement, amoureux
). Fin et engagĂ©, Le PoĂšme Harmonique exprime cette surenchĂšre drĂŽlatique et dramatique, ce grand chaos poĂ©tique et satirique, Ă  la fois libre et dĂ©lirant qui est Ă  la source du Baroque français. IrrĂ©sistible. D’autant mieux apprĂ©ciĂ© et bienvenu pour les 400 ans de la naissance de MoliĂšre en janvier 2022.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MoliĂšre / Lully : musiques pour la comĂ©die-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670). Le PoĂšme Harmonique (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – avril 2021). Prise de son parfois confuse, dans les choeurs et les tutti.
CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2022.

 

 

 

 

 

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Autre CD MOLIERE sur CLASSIQUENEWS :

 

 

 

cd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critiqueCD Georges Dandin par l’Ensemble Marguerite Louise / GaĂ©tan Jarry (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – fev 2020 – CLIC de CLASSIQUENEWS)  –  Les musiques des intermĂšdes et de la Pastorale pour la comĂ©die Georges Dandin de MoliĂšre prĂ©cise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modĂšle pour l’opĂ©ra français. Ici rayonnent dĂ©jĂ  la puissance onirique des instruments, habiles Ă  suggĂ©rer cet accord rĂȘvĂ©, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergĂšres disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyĂ©s)

 

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – 2019)

grands-motets-antiphona-montigny critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – 2019)   -   Rolandas Muleika et son ensemble Antiphona (qu’il a fondĂ© en 1996) ressuscitent avec exaltation et Ă©loquence la joie bienheureuse et aussi le souffle dramatique du mĂ©ridional baroque Montigny dont la carriĂšre s’achĂšve quand Rameau suscite la fameux scandale de son premier opĂ©ra Hippolyte et Aricie (1733). Au sein des compositeurs flamboyants « de province », Montigny serait le maillon oubliĂ© aux cĂŽtĂ©s de l’aixois Campra et du narbonnais Mondonville. Mort en 1738, ce natif de BĂ©ziers (Ă  quand un concert Montigny dans la cathĂ©drale in loco ?) s’affirme Ă  Toulouse Ă  Saint-Sernin (oĂč a Ă©tĂ© enregistrĂ© le programme Ă©ditĂ© par Paraty), non sans maĂźtriser diverses influences, captĂ©es en Angleterre, aux Pays-Bas
 lors d’un tour d’Europe impressionnant qui fait de son Ă©criture, la synthĂšse des styles Ă  son Ă©poque. Les deux Motets ici recrĂ©Ă©s en premiĂšre mondiale, ont Ă©tĂ© conçus pour Toulouse dans l’annĂ©e 1730 par un Montigny sexagĂ©naire d’une maturitĂ© impressionnante, alors maĂźtre de chapelle de Saint-Sernin.

Recréation mondiale

Le grand motet toulousain Ă  son sommet (1730),
Montigny, précurseur de Mondonville et de Rameau

Le premier Motet Surge propera (propre aux annĂ©es toulousaines de l’auteur, destinĂ© Ă  la procession des PĂ©nitents bleus de juin 1730) impose une complexitĂ© de l’écriture chorale d’une rayonnante noblesse dont le raffinement et la beautĂ© des textures harmoniques prolongent le meilleur Lully (faste des trompettes dans TubĂŠ sonitu), grand faiseur avec Delalande dans le genre du Motet versaillais, avant Montigny. La ductilitĂ© du chƓur Antiphona impressionne dans ce jeu exaltĂ© et articulĂ© ; auquel rĂ©pond l’ivresse intelligemment nuancĂ©e des instrument de l’orchestre Antiphona. En somme une complicitĂ© savoureuse voire superlative qui ressuscite aussi sur le plan interprĂ©tatif, l’époque des grands enregistrements d’exploration et de dĂ©couvertes (majeures, comme ici) ; de fait, Montigny est un trĂšs grand compositeur qui prolonge la ferveur encore recueillie et trĂšs dense d’un Lully Grand SiĂšcle (solo de la taille « Qui sitit qui esurit »), et annonce directement les effectifs intensĂ©ment dramatiques, des opĂ©ratiques Mondonville et Rameau (tempĂȘte du Surge Propera). Comme chez Rameau, se distingue ici la saveur des timbres instrumentaux, en particulier les bassons constamment sollicitĂ©s et parfaitement enregistrĂ©s car la prise de son est particuliĂšrement rĂ©ussie.
CLIC_macaron_2014La direction artistique de Rolandas Muleika relĂšve les dĂ©fis multiples de cette recrĂ©ation, rĂ©vĂ©lant dĂ©finitivement le tempĂ©rament de Montigny grĂące Ă  un important travail de restitution des partitions autographes. Le brio contrastĂ© du choeur, le relief caractĂ©risĂ© et trĂšs impliquĂ© des solistes, le souffle de l’orchestre associĂ© Ă  la maĂźtrise contrapuntique du chƓur restituent la splendeur dramatique, le sentiment d’exaltation des piĂšces qui place l’humain, la tendresse fervente de chaque Ă©pisode, au cƓur de cette formidable rĂ©habilitation. N’écoutez que les 4 premiĂšres sĂ©quences du motet « Salvum me fac Deus » 
 vous serez saisi par la puissance expressive du « Veni in altitudinem maris » ; le chant opĂ©ratique de l’orchestre, la projection dĂ©clamĂ©e superlative du texte (ego sum pauper par le dessus Eva Tamisier, fragile, fervente), la transe chorale du chƓur « Effunde super eos » puis le duo haute-contre / basse et choeur final d’une mordante exaltation 
 sont autant d’arguments solides qui inscrivent Montigny parmi les plus grands compositeurs du premier XVIIIĂš. Son Ă©criture prĂ©figure dĂ©jĂ  les audaces et l’énergie de Rameau comme de Mondonville
 c’est dire! Somptueuse rĂ©vĂ©lation. CLIC de CLASSIQUENEWS / hiver 2002.

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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – enregistrĂ© Ă  Toulouse, Saint-Sernin, aoĂ»t 2019 – 1 cd PARATY records) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2022.

Joseph Valette de Montigny (1665 – 1738), 2 grands motets :
« Surge propera Sion Filia » / « Salvum me fac Deus »

Écoutez sur youtube le choeur flamboyant Effunde super eos :
https://www.youtube.com/watch?v=GXSpaUZW-1Q

VISITER le site de l’ensemble ANTIPHONA / Rolanas Muleika
https://ensemble-antiphona.org/rolandas-muleika/

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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records 2021)

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records 2021) - L’approche a Ă©tĂ© pensĂ©, conçue pour l’enregistrement studio : le rĂ©sultat est plutĂŽt convaincant. Les instrumentistes du Quatuor Alma / Alma Quartet, rĂ©habilitent l’auteur parmi les trĂšs grands faiseurs chambristes post romantiques du XXĂš.

korngold alma quartet korngold critique cd review clic de classiquenews 1627975576Korngold porte bien ici son 2Ăš prĂ©nom « Wolfgang », hommage et filiation toute artistique Ă  l’auteur de Don Giovanni : la subtilitĂ© versatile qui se dĂ©gage de ses Quatuors, leur expressivitĂ© toute en finesse (
 viennoise) indiquent clairement l’éloquente maturitĂ© d’EWK / Erich Wolfgang Korngold, compositeur prĂ©coce, surdouĂ©, capable de jouer avec les rĂ©fĂ©rences d’une culture et d’une mĂ©moire musicale hors normes. Le Quatuor N°2 (1933) Ă©crit au cƓur des annĂ©es folles, juste avant l’exil Ă  Hollywwod (oĂč il sera un auteur renommĂ©, recherchĂ©, inspirĂ© pour le cinĂ©ma), diffuse ce parfum Ă©clectique qui tend Ă  l’évanescence, entre hyperactivitĂ©, langueur, finale extatique. A l’époque oĂč Schoenberg façonne et perfectionne son sĂ©rialisme Ă  12 tons, le classique nĂ©o mozartien Korngold dĂ©montre a conrario la permanence et l’acuitĂ© des vertus tonales. Le 2Ăš mouvement »Intermezzo / Allegretto » rĂ©active et l’humour de Haydn et la nonchalance Ă©clairĂ©e de R Strauss, puis l’ample Larghetto / Lento creuse dans une gravitĂ© nocturne d’une infinie mĂ©lancolie, ce retour aux anciens ; quand la Valse du IV, rend hommage aux clans Strauss, les frĂšres Johann, Josef, Eduard.

ComposĂ© au sortir de la guerre (1945), le N°3 dĂ©ploie une tension inĂ©dite, une inquiĂ©tude viscĂ©rale qui recueillent l’expĂ©rience tragique, le dĂ©chirement de l’émigration, la dĂ©pression qui atteint Korngold au milieu des annĂ©es 1940. NĂ© en 1897, il est presque quinquagĂ©naire et incarne une toute autre vĂ©ritĂ©. Les instrumentistes du Quatuor Alma en exprime la lassitude Ă©cƓurĂ©e, les spasmes d’une noirceur active, approche d’autant plus juste que Korngold avoue l’avoir Ă©crit « pour lui-mĂȘme », partition miroir comme un autoportrait intime et direct. C’est le surgissement d’une maturitĂ© obligĂ©e, prĂ©cipitĂ©e comme contrainte, intensifiĂ©e encore par la maladie puis la mort de son pĂšre (qui comme chez Mozart est une figure essentielle Ă  sa vie).
CLIC_macaron_2014La fusion des Alma, leur Ă©coute intĂ©rieure, la quĂȘte d’une sonoritĂ© qui semble surgir de l’au-delĂ  et d’un passĂ© perdu, inapprĂ©ciable (« Sostenuto » aux phrases magnifiquement Ă©tirĂ©es chantantes), enrichissent la lecture d’une Ă©tonnante clairvoyance sur la sensibilitĂ© trĂšs juste de Korngold. Les 2 Quatuors fonctionnent ainsi comme un diptyque complĂ©mentaire, les deux faces d’une vie, celle d’une gĂ©nie musical marquĂ© par la guerre et la barbarie, enthousiaste et dĂ©primĂ©. Profondeur et tendresse, ombre et lumiĂšre. Et aussi vitalitĂ© mordante plus ambivalente (superbe cadence syncopĂ©e du dernier mouvement : Finale / Allegro aux saillies abruptes, Ă©nigmatiques). La prise de son remarquablement rĂ©alisĂ©e pour le studio en mars 2021 est magistrale. Comme l’interprĂ©tation. CLIC de CLASSIQUENEWS.

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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records – enregistrĂ© en mars 2021, Haarlem, Pays-Bas). PLUS d’INFOS sur le site du label Challenge records :
https://www.challengerecords.com/products/16288479592327

CRITIQUE, cd événement. GASPARD DEHAENE : CHOPIN, « A la mazur » (1 cd 1001 Notes)

dehaene-gaspard-cd-piano-chopin-critique-cd-concert-classiquenewsCRITIQUE, cd Ă©vĂ©nement. GASPARD DEHAENE : CHOPIN, « Á la mazur » (1 cd 1001 Notes) – Entre ombre et lumiĂšre, sur l’aile de phrasĂ©s pudiquement expressifs, Gaspard Dehaene livre son Chopin, Ă  l’énoncĂ© sobre et clair, d’une vivacitĂ© immĂ©diatement touchante. Ce qu’apporte le pianiste, c’est une comprĂ©hension naturelle et libre de l’élĂ©gance passionnĂ©e du grand exilĂ©, de sa pudeur secrĂšte, de ses miroirs crĂ©pusculaires (Nocturne en do diĂšse mineur), de ses soupirs suspendus tels qu’ils se dĂ©ploient avec toute la noblesse de l’intimitĂ© prĂ©servĂ©e dĂšs la Ballade premiĂšre (opus 52 n°4), celle qui a dĂ©cidĂ© le tennisman Dehaene Ă  se dĂ©dier dĂ©sormais au piano. La piĂšce saisit par son ampleur enivrĂ©e, sobrement dĂ©ployĂ©e tel le manifeste personnel d’une passion indĂ©fectible pour la musique.

 

 

 

Mazurkas mystérieuses

Quand Gaspard Dehaene exprime l’ineffable poĂ©sie de Chopin

entre hypnose et danse

 

 

 

On retrouve cette retenue chantante, bellinienne, dĂ©licatement articulĂ©e dans les Mazurkas qui sont les chapitres d’un journal intime, dont le pianiste fait des miniatures vivantes inscrites dans la pudeur, conçues comme autant de questions qui convoquent et interrogent l’ñme ; Gaspard Dehaene, fabuleusement onirique (la N°3 de l’opus 24, PrĂ©lude en la majeur
) souligne combien l’écriture de Chopin rĂ©ussit Ă  faire de la danse Ă  3 temps originaire de Mazurie, l’expression d’un temps suspendu, heureux, un baume effaçant toute blessure ; cristallisation et jubilation d’un temps sublimĂ© (N°4 du mĂȘme opus 24 ; N°1 de l’opus 30).

Chaque Mazurka Ă©grĂšne son ineffable insouciance et ses multiples vies intĂ©rieures dĂ©ployĂ©es en perspectives bienheureuses et mĂ©lancoliques, d’une verve parfois vertigineuse (N°4 de l’opus 30).

Quel contrastes avec la Grande Polonaise au panache enflammĂ©, d’une majestĂ© furieusement assumĂ©e ; sans omettre le grand souffle rayonnant de la Barcarolle opus 60, au rubato superbement architecturĂ© qui exprime la jubilation scintillante d’un bonheur direct, Ă©panoui, que le pianiste restitue dans sa respiration Ă©perdue, sa grande finesse suggestive. La Barcarolle vogue son destin de rĂȘve, tant le jeu exprime une intelligence retenue, mesurĂ©e, Ă©toilĂ©e.

L’eau de la Berceuse opus 57 captive par sa danse hypnotique et une digitalitĂ© enchantĂ©e, avant que les 3 Mazurkas de l’opus 63, plus crĂ©pitantes encore que les prĂ©cĂ©dentes, et subtilement narratives, n’affirment le mĂȘme naturel expressif : un brio sans clinquant, une sincĂ©ritĂ© qui rayonne tout autant, entre inquiĂ©tude et jubilation intĂ©rieure.

CLIC_macaron_2014ÉpurĂ©e, sans attache, la Valse « L’Adieu » qui conclut le programme dĂ©ploie ses arabesques filigranĂ©es en guise de rĂ©vĂ©rence (sujet d’un clip vidĂ©o tout autant poĂ©tique, ci dessous). Gaspard Dehaene renoue ici avec la rĂ©ussite de son prĂ©cĂ©dent cd dĂ©diĂ© Ă  Schubert (« Vers l’Ailleurs », lequel Ă©tait dĂ©jĂ  tout un programme). Superbe cheminement.

 

 

 

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CRITIQUE, cd. GASPARD DEHAENE : CHOPIN, « Á la mazur » (1 cd 1001 Notes) – EnregistrĂ© Ă  Villefavard nov 2020 – durĂ©e : 1h 09mn. Parution : le 28 janvier 2022. CLIC de CLASSIQUENEWS janvier 2022.

Á la Mazur
Frédéric Chopin (1810-1849)

Ballade No. 4 en fa mineur, opus 52

4 Mazurkas, Op. 24

Polonaise No. 5 en fa diĂšse mineur, Op. 44

Prélude en la majeur, Op. 28 No. 7

4 Mazurkas, Op. 30

Barcarolle en fa diĂšse majeur, Op. 60

Berceuse en ré bémol majeur, Op. 57

3 Mazurkas op. 63

Nocturne en ut diĂšse mineur, Op. posth.

Valse en la bémol majeur, Op. 69 No. 1

Gaspard Dehaene, piano

Un album du label 1001 Notes / Référence 1001 NOTES 16 :
Acheter l’album sur le site du label 1001 Notes :
https://festival1001notes.com/collection/projet/a-la-mazur

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CONCERT : Gaspard Dehaene joue les piÚces de son nouvel album « A la mazur » salle GAVEAU à PARIS, le 9 février 2022.

Lire notre présentation ici :

http://www.classiquenews.com/recital-de-gaspard-dehaene-piano-a-gaveau/

RĂ©servez vos places ici : https://festival1001notes.com/collection/projet/a-la-mazur

 

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VOIR LE CLIP VIDEO La Valse de l’ADIEU / Gaspard Dehaene joue FrĂ©dĂ©ric Chopin :
https://www.youtube.com/watch?v=ynpmWrFxBqs

 

En traversant un champs d’oliviers, tout en Ă©coutant Chopin, Gaspard Dehaene retrouve la joie de jouer au tennis. La musique hypnotique de Chopin questionne la passion du tennisman pour la musique
 En Ă©cho, comme un miroir, se rĂ©pondent le geste du sportif, la puissance canalisĂ©e du pianiste
 rĂ©unis sur le terrain de tennis. Communication secrĂšte et complĂ©mentaritĂ© fĂ©conde plutĂŽt que confrontation. L’un est double, et vice versa.

 

 

 

 

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LIRE aussi la critique du cd SCHUBERT : Vers l’Ailleurs (fev 2019) par Gaspard Dehaene / CLIC de CLASSIQUENEWS :

Vers-lailleurs-Gaspard-Dehaene-Collection-1001-NotesCD, critique. VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE, piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier (1 cd Collection 1001 Notes – nov 2018). ITINERANCES POETIQUES
 Le pianiste Gaspard Dehaene confirme une sensibilitĂ© Ă  part ; riche de filiations intimes. C’est un geste explorateur, qui ose des passerelles enivrantes entre Schubert, Liszt et la piĂšce contemporaine de Rodolphe Bruneau-Boulmier. Ce 2Ăš cd est une belle rĂ©ussite. AprĂšs son premier (Fantaisie – Ă©galement Ă©ditĂ© par 1001 Notes), le pianiste français rĂ©cidive dans la poĂ©sie et l’originalitĂ©. Il aime prendre son temps ; un temps intĂ©rieur pour concevoir chaque programme ; pour mesurer aussi dans quelle mesure chaque piĂšce choisie signifie autant que les autres, dans une continuitĂ© qui fait sens. La cohĂ©rence poĂ©tique de ce second cd Ă©blouit immĂ©diatement par sa justesse, sa sobre profondeur et dans l’éloquence du clavier maĂźtrisĂ©, sa souple Ă©lĂ©gance. Les filiations inspirent son jeu allusif : la premiĂšre relie ainsi Schubert cĂ©lĂ©brĂ© par Liszt. La seconde engage le pianiste lui-CLIC_macaron_2014mĂȘme dans le sillon qui le mĂšne Ă  son grand pĂšre, Henri QueffĂ©lec, Ă©crivain de la mer, et figure inspirant ce cheminement entre terre et mer, « vers l’Ailleurs ». En somme, c’est le songe mobile de Schubert, – le wanderer / voyageur, dont l’errance est comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et superbement rĂ©investis, sous des doigts complices et fraternels.

 

 

 

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CRITIQUE, concert du NOUVEL AN 2022. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2022. Wiener Philharmoniker, Daniel Barenboim : Strauss (Johann I, II, Josef, Eduard), Josef Hellmesberger fils…

new-year-concert-concert-nouvel-an-2022-daniel-Barenboim-wiener-philharmoniker-philhar-vienne-critique-annonce-classiquenewsCRITIQUE, concert. WIEN, VIENNE (Autriche), le 1er janvier 2022. CONCERT DU NOUVEL AN 2022 – Wiener Philharmoniker, Daniel Barenboim, direction  -  Sous les ors nĂ©oclassiques de la Salle dorĂ©e du Musikverein Ă  Vienne, et devant le public (aprĂšs son absence en 2021 en raison du confinement), les instrumentistes viennois retrouvent pour la 3Ăšme fois, le chef Daniel Barenboim, comme prĂ©cĂ©demment en 2009, 2014, et donc en ce jour inaugural de l’annĂ©e 2022… Au programme, les Wiener Philharmoniker dont les instrumentistes Ă©laborent la sĂ©lection des partitions jouĂ©es, un retour au fondamentaux de ce rituel de dĂ©but d’annĂ©e, que des Viennois pas de compositeurs europĂ©ens invitĂ©s comme ce fut le cas des Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes. Avec une rĂ©fĂ©rence au milieu de la presse du XIXĂšme Ă  l’époque des Strauss : « premiĂšres feuilles », « petites chroniques », 
 autant de citations propres aux medias d’alors que les Strauss Ă©voquent avec un entrain proche de la frĂ©nĂ©sie. A croire que dĂ©jĂ , l’actualitĂ© bouillonnante n’attendait pas l’analyse et le recul, mais le spectaculaire et le sensationnel.

Le dĂ©but Ă©voque la figure du PhĂ©nix, oiseau fantastique capable de renaĂźtre de ses cendres, beau symbole de rĂ©silience, plutĂŽt opportun dans le contexte de pression sanitaire actuel. L’Autriche quelques jours avant NoĂ«l a du se reconfiner


 

 

Le génie straussien : Johann II et Josef

 

 

Barenboim a jouĂ© avec les Viennois en tant que pianiste ; il les a en de nombreuses fois dirigĂ©s comme chef
 cette entente naturelle, et l’expĂ©rience partagĂ©e qui suscite la complicitĂ©, s’entendent immĂ©diatement dĂšs la premiĂšre Ɠuvre (Marche du Phoenix de Josef Strauss) ; avec un sens de l’architecture dramatique, du dĂ©tail dans l’équilibre des timbres qui soulignent combien les Strauss ont su ciseler la parure orchestrale de chacune de leurs valses.

strauss josef portrait classiquenewsLe Concert 2022 met l’accent sur l’écriture de Josef, aussi Ă©lĂ©gante et raffinĂ©e que celle de son frĂšre ainĂ©, Johann II. AprĂšs le dĂ©clin physique de ce dernier, Josef pourtant douĂ© comme ingĂ©nieur, dut prendre la direction de l’orchestre familial et diriger Ă  son tour les musiciens de tournĂ©e en tournĂ©e. C’est extĂ©nuĂ© et lui aussi usĂ©, qu’il meurt entre deux concerts en Pologne
 triste existence mais Ɠuvre incomparable. La Phönix-Marsch, op. 105 est une marche enchantĂ©e, pleine de joie pĂ©tillante, lever de rideau idĂ©al oĂč brillent flĂ»tes, cors, l’excitation aussi de la caisse claire – c’est une introduction courte, pleine d’astuces et de facĂ©tie propre Ă  l’inspiration d’un Josef qui n’a rien Ă  envier Ă  son ainé 

Ce dernier dans « Phönix-Schwingen » op. 125 – les ailes du PhĂ©nix Ă©crit une grande valse : poĂ©sie ciselĂ©e instrumentale, parcourue d’éclairs, en un flux dramatique qui invite immĂ©diatement la valse orchestrale et symphonique d’une noblesse irrĂ©sistible. Johann II exploite Ă  dessein les contrastes flĂ»tes / violoncelles ; tandis que spĂ©cifique, la disposition du « mur des contrebasses » en fond de scĂšne, s’impose par son agilitĂ© magicienne (encore une spĂ©cificitĂ© viennoise) ; on savoure le piccolo mordant et la noblesse des cors
 la verve du compositeur-narrateur chante la fĂ©erie de cette matiĂšre orchestrale conçue comme un formidable livre de contes et lĂ©gendes ; Strauss enchante littĂ©ralement par l’intelligence de l’orchestration (scintillement du triangle et du piccolo, ajouts de la harpe et de la traversiĂšre) ; on remarque beaucoup de nouveaux visages dans les rangs du philharmonique, et toujours prĂ©servĂ© cette Ă©lĂ©gance et cette finesse de la sonoritĂ©, y compris dans les tutti, jamais Ă©pais.

La SirĂšne (Polka mazur opus 248) de Josef, montre combien l’ingĂ©nieur, Ă©tait douĂ© pour les polkas mazurkas (lentes) : cor nobles et majestueux, mĂ©lodies tziganes Ă©thĂ©rĂ©es et Ă©vanescentes ; nostalgie d’une dĂ©licatesse ciselĂ©e (harpe omniprĂ©sente), recherche de texture, de sensualitĂ© graduelle vers le tutti final des plus magiciens
 rien Ă  dire Ă  cette maĂźtrise qui Ă©gale celle de son frĂšre ainĂ©, Johann II. Barenboim a bien raison de mettre ainsi l’accent sur le talent de Josef.

Le programme Ă©voque l’activitĂ© de la presse de l’époque. C’est d’abord « Kleiner Anzeiger », Galop op. 4 (petites annonces) de Josef Hellmesberger (fils), premiĂšres rĂ©fĂ©rences Ă  la presse, galopante partition d’une frĂ©nĂ©sie 
 mĂ©diatique ; puis « Feuilles du matin » / MorgenblĂ€tter op. 279 de Johann Strauß II est une valse dĂ©veloppĂ©e qui Ă©voque les journaux partenaires du fameux bal Concordia (1864) organisĂ© par les journalistes : valse classique, ample et poĂ©tique, d’un raffinement emblĂ©matique du clan des frĂšres Strauss (triangle cristallin du matin, nostalgie et fanfaronnade du le tuba trĂšs en verve
). Enfin, pour conclure cette premiĂšre partie, « Petite Chronique » / Kleine Chronik opus 128 d’Eduard Strauß dĂ©roule sur un train d’enfer, une polka rapide et enjouĂ©e qui touche autant par sa motricitĂ© Ă©lectrisĂ©e que par la poĂ©sie des options instrumentales.

barenboim-daniel-maestro-classiquenews-compte-rendu-critique-concertsAprĂšs la pause (le temps du journal de la mi journĂ©e sur France 2), reprise avec plusieurs pĂ©pites dont la sĂ©duction va crescendo. Pianiste mozartien, mais aussi chef lyrique familier du dramatisme et de la suggestion, Daniel Barenboim dirige d’abord l’ouverture de La Chauve souris / « Die Fledermaus », sommet de l’élĂ©gance viennoise pour les planches, qui rĂ©vĂšle toute la science gĂ©niale de Johann Strauss II. Se distinguent surtout la frĂ©nĂ©sie et la nervositĂ© claire et dĂ©taillĂ©e d’une direction pleine de vivacitĂ©, plutĂŽt enjouĂ©e qui exprime l’esprit de fĂȘte et la pĂ©tillance d’un sublime lever de rideau. La direction est affĂ»tĂ©e, vive, surtout Ă©conome dans sa gestuelle millimĂ©trĂ©e. L’unisson souple et aĂ©rien des cordes frĂ©tille comme l’ébullition avant le saut du champagne ; c’est d’ailleurs toute l’énergie des bulles que fait surgir avec Ă  propos maestro Barenboim. Ainsi la polka qui suit « Champagner-Polka. Musikalischer Scherz », op. 211 du mĂȘme Johann II, fait directement rĂ©fĂ©rence Ă  l’hyperactivitĂ© des bulles. Ainsi en plus de son Ă©lĂ©gance et de son raffinement, la lĂ©gĂšretĂ© liquide est une autre vertu des Wiener Philharmoniker.

Puis aprĂšs une valse enjouĂ©e pareillement de Carl Michael Zieren, « NachtschwĂ€rmer. Walzer », op. 466, au bel aplomb militaire, Ă  l’élĂ©gance instrumentale toute 
 « impĂ©riale » (et qui cĂ©lĂšbre aussi l’ivresse hĂ©doniste des oiseaux de nuits ou fĂȘtards en diable), le programme aborde l’autre thĂ©matique phare de cette annĂ©e, l’orient ou plutĂŽt l’orientalisme, celui rĂȘvĂ©, fantasmĂ© par les compositeurs fin de siĂšcle comme GĂ©rĂŽme entre autres.

STRAUSS johann II portrait 2 Johann_Strauss_Jr._1880'sL’orient, aprĂšs la marche turc de Mozart
 et son opĂ©ra L’EnlĂšvement au sĂ©rail, inspire nos Viennois. De Johann Strauss II, la « Persischer Marsch », op. 289 (Marche persane) libĂšre le potentiel expressif et nuancĂ© des instruments, trĂšs en verve sur le thĂšme oriental : flĂ»tes et piccolos endiablĂ©s, cuivres racĂ©s, frĂ©nĂ©sie qui a du chien et du style sur le rythme enjouĂ© pointĂ© par la caisse claire. Puis du mĂȘme Johann Strauss fils, « Tausend und eine Nacht » / valse / walzer, op. 346, permet aux instruments rois, chacun finement caractĂ©risĂ©s de faire valoir leur personnalitĂ© : solo nostalgique du violoncelle ; chef et orchestre se font danseurs dans une musique de fĂȘte, littĂ©ralement magicienne ; leur rĂ©pond la chorĂ©graphie du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne dans une sĂ©quence dĂ©sormais incontournable filmĂ©e au soleil dans le parc de Schönbrunn, ce Versailles viennois
 Barenboim articule, chante ce rĂȘve Ă©veillĂ© qui rappelle l’énergie printaniĂšre de la valse du printemps que Karajan savait faire jubiler (mais sans la voix de Kathleen Battle) ; lĂ  encore, on note la splendide caractĂ©risation par l’orchestre.

TrĂšs bien conçu, le programme de cette seconde partie enchaĂźne deux rĂ©vĂ©lations, orchestralement passionnantes, de deux compositeurs mĂ©connus, mais dont l’orchestration n’a rien Ă  envier de leurs confrĂšres plus cĂ©lĂšbres. D’abord, le dernier du clan Strauss, Eduard et sa « Gruß an Prag » / hommage Ă  Prague : Polka française, op. 144 pleine de saveur, dĂ©licatesse, Ă©lĂ©gance et aussi de facĂ©tie (flĂ»te traversiĂšre et piccolo, formant un gazouillis magistral) ; la direction de Barenboim est Ă©conome et trĂšs aĂ©rĂ©e, lĂ©gĂšre, prĂ©cise qui ne rate jamais ses ralentis amoureux ni les attaques prĂ©cises ni la tendresse des reprises. Les instrumentistes quant Ă  eux, outre le sujet, rendent un bel hommage Ă  Eduard, le cadet (trop) oubliĂ© de la fratrie Strauss, mort en 1916 aprĂšs avoir tentĂ© de poursuivre l’orchestre familial aprĂšs la mort de ses ainĂ©s 


 

 

Raffinement oriental selon Josef Hellmesberger II

 

 

Le clou de cette partie demeure « HeinzelmĂ€nnchen » / Les elfes de Josef Hellmesberger fils, Ă©tonnante premiĂšre fois dans un concert du Nouvel An, alors que le compositeur nĂ© en 1855 mort en 1907, rejeton d’un clan de musiciens, devint le chef du Philharmonique de Vienne de 1901 Ă  1903 ! Il Ă©tait temps de le rĂ©estimer d’autant que cette danse de caractĂšre diffuse un charme orientalisant enivrant ; plein d’humour et de panache, entre facĂ©tie et grotesque ; le chef dirige Ă  peine, tant l’écoute mutuelle, le plaisir collectif, la complicitĂ© et l’entente des instrumentistes rayonnent dans cette piĂšce cinĂ©matographique qui ferait un excellent Ă©pisode musical pour Agatha Christie ; fidĂšle hĂ©ritier de la tradition Strauss, Hellmesberger fils rĂ©alise ainsi un formidable condensĂ© des meilleurs Strauss, Johann II et Josef. Aux accents pucciniens aussi, colorĂ©e de fanfares dansantes qui cite l’extrĂȘme fin de siĂšcle. A mettre entre toutes les mains de 2022 pour vivre une Ă©ternelle vie optimiste et solaire.

Comme un hommage spĂ©cifique, Barenboim et les Viennois choisissent de terminer le programme 2022 par 2 partitions (sublimes) du frĂšre de Johann II, Josef, qui dut abandonner sa carriĂšre d’ingĂ©nieur pour reprendre la direction de l’orchestre familial, sacrifice et implication de « PĂ©pi », mort d’épuisement en 1870 aprĂšs une tournĂ©e extĂ©nuante en Pologne. Josef aussi raffinĂ© et inspirĂ© que Johann, la dĂ©monstration est faite si l’on en doutait encore. C’est d’abord la suprĂȘme Ă©lĂ©gance de « Nymphen-Polka », op. 50, un instant suspendu oĂč les musiciens s’accordent aux chevaux du ballet Ă©questre des Ă©talons blancs, sĂ©quence mĂ©morable de (trĂšs) haute technicitĂ© qui accorde animaux et hommes. La grĂące Ă  l’état pur. Puis, la valse « SphĂ€renklĂ€nge » walzer, op. 235 / Musique des SphĂšres, montre combien Josef maĂźtrise le genre : sublime Ă©veil Ă  la voluptĂ© – aux cordes seules
 dont le chant d’une pudeur Ă©thĂ©rĂ©e sous la rĂ©serve du chef connaisseur et presque malicieux (dĂ©licatesse des fins de phrases, avec flĂ»tes en gazouillis) ; la verve facĂ©tieuse de Josef signe lĂ  l’une de ses meilleures pages.

Puis, « Ă  la chasse » ( lancĂ© par un claquement prodigieux) de Johann Strauss II galope comme un cheval fougueux mais contrĂŽlĂ© ; l’orchestre jubile sur une foulĂ©e sidĂ©rante de souplesse et d’éloquence, en une Ă©nergie dansante, domestiquĂ©e ; la sonoritĂ© brillante et raffinĂ©e est d’une folle Ă©lĂ©gance, au faux dĂ©bridĂ©, d’une trĂšs savante libertĂ© fantaisiste.

Daniel Barenboim sublime ElgarRespectueux de la tradition et d’un rituel Ă  prĂ©sent bien rĂŽdĂ© avec le public, enfin de retour dans la salle dorĂ©e, le Beau Danube Bleu amorcĂ© puis interrompu comme il se doit, permet la proclamation des voeux de nouvel an. Maestro engagĂ©, Daniel Barenboim nous rappelle dans un court discours combien l’image d’un orchestre enchanteur peut inspirer encore et toujours: « 
 c’est la 3Ăš fois pour moi que je dirige l’Orchestre ; les musiciens forment une communautĂ© unique, exemplaire ; la crise sanitaire que nous vivons est une catastrophe humaine car elle met la distance entre chacun de nous ; ici nous formons une assemblĂ©e de frĂšres rĂ©unis : bel exemple d’une humanitĂ© fraternelle, resserrĂ©e, formant communautĂ© ; la musique permet de rapprocher les cultures et de rĂ©concilier les peuples ; ce concert souhaite ĂȘtre un hymne pour la paix universelle », prĂ©cise Daniel Barenboim. « Mais c’est une utopie difficile Ă  penser quand on constate la dissonance des Ă©tats Ă  trouver une solution commune face Ă  l’urgence climatique », ajoute le maestro trĂšs pertinent.

Le chef enchaĂźne ensuite l’intĂ©grale du Beau Danube Bleu dont l’élĂ©gance approche le sublime, entre onirisme et vĂ©ritĂ© (profondeur viscĂ©rale des cordes, et chant des violoncelles dĂ©chirant). La piĂšce initialement composĂ© pour voix d’hommes, dĂ©voile toujours Ă  l’orchestre son fort pouvoir attractif, c’est l’une des plus magiciennes qui soit. CD, DVD, Blu ray sont annoncĂ©s d’ici la fin janvier 2022, Ă©ditĂ©s par Sony classical. Prochaines critiques Ă  suivre dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

 

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CRITIQUE, concert du NOUVEL AN 2022. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2022. Wiener Philharmoniker, Daniel Barenboim : Strauss (Johann I, II, Josef, Eduard), Josef Hellmesberger fils…

 

 

barenboim-daniel-wiener-philharmoniker-nouvel-an-concert-critique-classiquenews

 

 

 

CD Ă©vĂ©nement critique. SCHUBERT : Sonate D664 – Impromptus D 935. Ferenc Vizi, piano (1 cd PARATY).

schubert-ferenc-vizi-3 CLIC de CLASSIQUENEWS critique cd review piano SCHUBERTCD Ă©vĂ©nement critique. SCHUBERT : Sonate D664 – Impromptus D 935. Ferenc Vizi, piano (1 cd PARATY). Ferenc Vizi sait chanter et danser son Schubert avec un Ă©vidente fluiditĂ© bienheureuse, dĂšs le premier mouvement de la Sonate D 664 opus posthume 120, Ă  la fois insouciant et grave, prĂ©sent et mĂ©lancolique. Le balancement entre les deux caractĂšres se rĂ©alise grĂące Ă  un rubato naturel qui sait ĂȘtre puissant, voire Ăąpre mais aussi d’une tendresse enchantĂ©e. Ces 11 mn premiĂšres, primitives installent un monde viscĂ©ralement onirique, trĂšs juste. L’Andante qui suit est pure interrogation suspendue, inscrite dans l’évocation d’un rĂȘve presque conscient qui peut n’avoir jamais existĂ© mais qui persiste dans la matiĂšre mĂȘme du clavier interrogatif. Le toucher naturel, mesurĂ©, sobre du pianiste captive tout autant. L’allegro fait couler une eau claire, vive, nettoyĂ©e de toute connotation (et de tout effet de manche comme de maniĂ©risme stylistique), soit une valse jouĂ©e « droite », « objective », d’une intensitĂ© lumineuse qui roule, coule et murmure, en son irrĂ©sistible candeur chorĂ©graphique.

 

 

 

Du ruisseau et de l’abüme schubertiens

Ferenz VIZI révÚle un Schubert incandescent, fulgurant

 

 

 

CLIC_macaron_2014Les 4 Impromptus D935 saisissent autant par leur naturel expressif sans aucun effet outrancier ; le clavier de Ferenc Vizi reste simple et clair, d’une articulation naturelle, rayonnant par cette sobriĂ©tĂ©, Ă  la fois puissante et heureuse ; plus dramatique, l’alternance des Ă©pisodes enivrĂ©s, langoureux, et ceux plus inquiets, se rĂ©alise en un flux continu jamais heurtĂ©, d’une intonation fluide (N°1). Il fait jaillir la gravitĂ© Ă  peine douloureuse et sur un tempo rĂ©solument allegretto, lĂ©gitime, la mĂ©lancolie filigranĂ©e du N°2. Le chant enchantĂ© du N°3 « Rosamunde Andante » diffuse un rĂȘve d’une idĂ©ale insouciance oĂč les qualitĂ©s d’articulation, et la digitalitĂ© aĂ©rienne du pianiste dĂ©ploient leurs arguments enivrĂ©s. Le tact et l’intelligence de l’interprĂšte, suggestif et tendre, se rĂ©vĂšlent particuliĂšrement dans les reprises de l’Impromptu aussi long que le N°1 (soit plus de 11mn) : les variations sont jouĂ©es avec un gĂ©nie Ă©vident de la caractĂ©risation, y compris dans le versant plus grave du cycle. Dans sa quĂȘte de rĂ©conciliation, par son sens du mystĂšre, ce cheminement entre ombre et lumiĂšre, foudroie. Enfin le N°4, conclusif, convainc par son tempo vif, prĂ©cis ; le toucher tendre et mesurĂ© qui fait surgir le chant intĂ©rieur du « ruisseau schubertien », enchĂąssĂ© dans un scherzo Ă  l’indomptable Ă©nergie, Ă  la fougue qui foudroie et exalte permet un rapprochement avec
 Mozart (Symphonie en sol n°40), qui s’élĂšve et danse, avant de sombrer, net dans l’abĂźme. Magistrale conception de l’interprĂšte. CLIC de CLASSIQUENEWS de ce dĂ©but 2022.

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement critique. SCHUBERT : Sonate D664 – Impromptus D 935. Ferenc Vizi, piano (1 cd PARATY). EnregistrĂ© Salle Colonne Ă  Paris, mai 2020. CLIC de CLASSIQUENEWS janvier 2022.

CD, Ă©vĂ©nement. SAINT-SAËNS : IntĂ©grale des 5 Symphonies (Cristian Macelaru, National de France, 3 CD Warner classics)

saint saens symphonies cristian macelaru critique cd review classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement. SAINT-SAËNS : IntĂ©grale des 5 Symphonies (Cristian Macelaru, National de France, 3 CD Warner classics). Cette intĂ©grale conduite par le bouillonnant et trĂšs dĂ©taillĂ© Cristian Macelaru (nĂ© en 1980 en Roumanie) dĂ©finit dĂ©sormais une nouvelle rĂ©fĂ©rence pour la rĂ©pertoire symphonique français : heureux interprĂšte qui a la puissance et le sens du dĂ©tail, douĂ© aussi d’une Ă©nergie intĂ©rieure assez fabuleuse. Directeur musical du National de France depuis septembre 2020, Cristian Macelaru se distingue de toute Ă©vidence par cette intĂ©grale ainsi constituĂ©e en 2020 et 2021, qui scelle l’évidente alchimie entre le chef et l’orchestre parisien au moment oĂč est cĂ©lĂ©brer le centenaire de la mort de Camille Saint-SaĂ«ns (1921 – 2021).

CD1 – La « Symphonie in A » regarde par son entrain vers Mozart et Mendelssohn et sa carrure vers le Beethoven de la Pastorale. DĂšs le premier mouvement (Allegro vivace), la maĂźtrise rayonne, avec en plus des compositeurs viennois et germaniques citĂ©s, l’entrain Ă©perdu lyrique d’un Schumann. Cela grĂące Ă  la fluiditĂ© dĂ©taillĂ©e du chef Macelaru, trĂšs attentif aux Ă©quilibrages entre pupitres, au format sonore global comme Ă  la qualitĂ© individuelle des nuances instrumentales. L’Andantino, par son acuitĂ© sensible rĂ©vĂ©lant chaque timbre choisi par Saint-SaĂ«ns impose une tranquillitĂ© royale, dont la noblesse sait ĂȘtre simple (jamais grandiloquente), sans omettre une hypersensibilitĂ© (comme paniquĂ©e et Ăąpre), d’une gravitĂ© foudroyante, d’essence mozartienne lĂ  encore. Le Vivace du Scherzo est affĂ»tĂ©, sans sĂ©cheresse ni tension, idĂ©alement nerveux et nuancĂ©., avec un dĂ©tail apporte Ă  l’éloquence de chaque instruments (bois et vents), dĂ©lectable. Un vrai travail d’orfĂšvre. Le dernier Allegro reprend Ă  son compte la nuance « maestoso », parfaitement comprise et mĂȘme ciselĂ©e par maestro C. Măcelaru. La clartĂ©, la transparence font tout ici et distingue l’approche des autres, mĂ©diocrement respectueuse de toutes les indications et dynamiques pourtant souhaitĂ©es par Saint-SaĂ«ns.

Symphonie opus 2 (1853). GravitĂ© noble, par les contrebasses d’ouverture d’un premier mouvement solennel, aux accents russes mais dont le dĂ©tail instrumental indique le travail d’orfĂšvrerie Ă©crit par Saint-SaĂ«ns. Le compositeur n’oublie pas la finesse ni l’élĂ©gance du cor en solo, d’une ampleur onirique dont le chef roumain sait exprimer toute la subtilitĂ©. Macelaru sait aussi restituer l’appel irrĂ©pressible, l’urgence quasi organique qui Ă©treint tous les pupitres ;
Se distingue la danse enivrĂ©e le scherzo Ă  la pĂ©tillance et la lĂ©gĂšretĂ© d’un Mendelssohn, ce que comprend parfaitement le chef qui allĂšge, Ă©claire, obtient des nuances enivrantes, en vrai conteur qui sait mesurer, doser, contrĂŽler l’intonation et l’intensitĂ© sonore. Comme un rĂȘve dĂ©roulĂ© avec une grĂące infinie, l’Adagio plutĂŽt grave (portĂ© d’abord par le chant de la clarinette, suave, onctueuse) allĂšge aussi la texture orchestrale qui sous la baguette de Macelaru, trĂšs inspirĂ©, Ă©volue en une lĂ©vitation sensuelle de plus en plus Ă©thĂ©rĂ©e, aux scintillements oniriques (harpe), d’autant plus Ă©laborĂ© qu’il s’agit du plus long mouvement (11 mn). Le dernier mouvement est d’une grandeur martiale qui connaĂźt trĂšs bien son Beethoven, avec toujours un fini dans toutes les sĂ©quences instrumentales qui Ă©carte toute impression de pesanteur grandiloquente.

Camille-Saint-Saens DRCD 2 – La Symphonie en fa maj « URBS ROMA » amorcĂ©e en 1854, aboutie courant 1857, tĂ©moigne d’un goĂ»t historiciste, proche de la tendance archĂ©ologique et Ă©clectique du Second Empire ; les 4 mouvements empoignent le sujet de l’histoire et de la grandeur romaine, avec une certaine pompe solennelle (premier Largo – Allegro) ; une dĂ©termination nerveuse, acĂ©rĂ©e voire impatiente  (frĂ©nĂ©sie orgiaque / Bacchanale du Molto vivace inscrite dans une urgence dĂ©taillĂ©e par l’Orchestre parisien) ; auxquels rĂ©pond le 3Ăš mouvement sous le sceau d’une terribilitĂ  parfois inquiĂšte et grave (Ă©vocation de la chute de l’Empire Ă©noncĂ©e comme une longue plainte ou marche funĂšbre – Moderato assai) ; Saint-SaĂ«ns conclut avec un sens de l’équilibre, en une joie rayonnante qui se dĂ©voile progressivement, dans l’urgence et la volontĂ©, mais aussi une tranquillitĂ© souveraine et lumineuse, auxquelles chef et instrumentistes apportent de somptueuses couleurs et une Ă©lĂ©gance toute 
. parisienne.

CD3 – Le dernier et 3Ăš cd regroupe la Symphonie n°2 opus 55 et la n°3 avec orgue opus 78.  La n°2 composĂ©e en 1859, crĂ©Ă© par Jules Pasdeloup en mars 1860 Ă©claire encore la maĂźtrise formelle de Saint-SaĂ«ns dans le genre symphonique. L’énergie du premier Allgero notĂ© « marcato » ; l’épure sereine de l’Adagio qui suit ; le bouillonnement primitif qui anime le scherzo (Presto) ; enfin la vive allure, allĂ©gĂ©e, mendelssonnienne du dernier Prestissimo affirme l’engagement de Saint-SaĂ«ns comme un symphoniste passionnĂ©, c’est Ă  dire un maĂźtre en la matiĂšre.

Symphonie n°2 opus 55 (1859) – ÂpretĂ© « marquĂ©e » dĂšs le dĂ©but Ă  laquelle s’échappe le chant solo du violon, des bois avant que l’auteur ne construise un ample portique contrapuntique aux cordes qui ouvre l’ascension urgente vers laquelle aspirent tous les pupitres en bon ordre. Un Ă©lan schumannien, d’une irrĂ©pressible ferveur empote tout le premier mouvement. L’Adagio est lui plein de retenue, de pudeur tout aussi solennisĂ©e mais sans emphase, jouant sur les vents (flĂ»tes et hautbois, lumineux, aĂ©riens
).

Le Scherzo est fougueux, d’une vitalitĂ© mordante et martiale oĂč contraste le solo de hautbois, appel Ă  une aubade finement pastorale.
Le Prestissimo fonce Ă  trĂšs vive allure en une ivresse orgiaque et trĂ©pidante, grĂące Ă  l’articulation des vents et des bois et l’agilitĂ© fiĂ©vreuse des cordes. Équilibre magnifiquement atteint et cultive de bout en bout par le chef qui s’autorise aussi d’ultimes Ă©clats poĂ©tiques d’une rĂȘverie ciselĂ©e.

Rien ne surpasse le souffle de la Symphonie n°3 (1886) et son dĂ©but mystĂ©rieux, majestueux, schubertien (Adagio – Allegro moderato) appareillĂ© Ă  son double (qui dĂ©passe les 10 mn aussi), le Poco adagio, « cathĂ©drale pour orgue » oĂč s’affirme la lumiĂšre salvatrice. Le chef dans l’opulence solaire de la forme fait jaillir la structure et rĂ©ciproquement, en un geste ample et clair, aux respirations trĂšs justes. En alliant puissance et noblesse dĂ©taillĂ©e de chaque timbre, l’orchestre impressionne par sa clartĂ©, sa transparence, un souci aussi du relief et des textures colorĂ©es. Le travail est somptueux rĂ©vĂ©lant la sensualitĂ© du cĂ©rĂ©bral Saint-SaĂ«ns. Cette Ă©loquence sans surenchĂšre atteint un sommet de plĂ©nitude sobre et oxygĂ©nĂ©e dans le sublime adagio pour l’orgue
 Ă©thĂ©rĂ©, poĂ©tique, aux voluptĂ©s simples et enveloppantes. De tous les paysages musicaux, celui ci dessine des horizons lointains d’une infinie nostalgie, d’une rayonnante bĂ©atitude, pour laquelle le maestro trouve des effets de cordes absolument gĂ©niaux (pizzicati suspendus, chant des violons inscrits dans le rĂȘve ; n’est-il pas violoniste de formation et d’un tempĂ©rament trĂšs affirmĂ©, spĂ©cifiquement attentif Ă  la couleur des cordes ?).

CLIC_macaron_2014L’élĂ©gance simple et trĂšs articulĂ©e du doublĂ© qui suit (Allegro moderato – Presto- couplĂ© au maestoso / allegro) inscrit cette lecture dans l’intelligence, le nerf, la prĂ©cision, la transparence. L’hommage de Saint-SaĂ«ns Ă  son cher ami Liszt ne pouvait trouver meilleure interprĂ©tation ; le dĂ©tail, l’architecture y dialoguent avec une carrure et un souffle rarement Ă©coutĂ©s jusque lĂ . Le dernier mouvement montre Ă  quel point la puissance sonore peut s’accorder Ă  un scintillement de timbres des plus raffinĂ©s. Le geste est inouĂŻ. Le coffret est la meilleure surprise de cette annĂ©e Saint-SaĂ«ns et une sublime rĂ©alisation qui assoit la complicitĂ©, et visiblement l’estime, entre le chef et les instrumentistes du National de France. Magistral.

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SAINT-SAËNS : IntĂ©grale des 5 Symphonies de Saint-SaĂ«ns – Orchestre National de France, Cristian Măcelaru – 3 cd Warner classics. Enregistrement studio Ă  Paris, Ă  l’Auditorium de Radio France entre 2020 et 2021.

Symphonie n°1 en mi bémol majeur, op.2 (1853)
Symphonie n°2 en la mineur, op.55 (1859).
Symphonie n°3 en ut mineur, « avec orgue, dédiée à Liszt, op. 78 (1886).
Symphonie n°4 en fa majeur « Urbs Roma » (1857).
Symphonie n°5 en la majeur (1850)

VOIR aussi des extraits de Saint-Saëns : Symphonie n°2 en la mineur op. 55

https://www.youtube.com/watch?v=_nKlBXJ73EY&t=3s 

CD Ă©vĂ©nement, critique. « Sisters ». Lili et Nadia Boulanger : Ɠuvres pour piano (Johan Farjot, piano) 1cd Klarthe records

KLA124 cd critique classiquenews JOhan farjot cd review boulanger nadia lili johan farjot piano critique cd classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. « Sisters ». Lili et Nadia Boulanger : Ɠuvres pour piano (Johan Farjot, piano) 1cd Klarthe records  -  Le label Klarthe est bien inspirĂ© d’éditer cette premiĂšre intĂ©grale de l’Ɠuvre pour piano des soeurs Boulanger, Nadia et Lili
. dont 3 piĂšces en crĂ©ation ! – cf. la mĂ©lodie « Mon Ăąme », de 1906 de Nadia d’aprĂšs le poĂšme d’Albert Samain. Nadia la brune, Lili la blonde
 deux figures de la composition en France qu’il Ă©tait temps de rĂ©estimer
. A certains qui renaclent Ă  considĂ©rer des compositrices françaises de premier plan : Lili pourrait devenir mĂȘme un phare exemplaire comme le soulignait Igor Markevitch, prĂ©coce et juste admirateur.
Le pianiste Johan Farjot dĂ©montre aujourd’hui les champs variĂ©s et les imaginaires forts et puissants des deux filles d’Ernest Boulanger (Prix de Rome 1853) et qui comme leur pĂšre compositeur, candidatĂšrent pour l’auguste trophĂ©e romain : Nadia remporte en 1908 un
2Ăš Prix. Lili, le Premier Prix en 1913 Ă  19 ans (grĂące au feu fulgurant de sa cantate « Faust et HĂ©lĂšne » qu’il faudra bien un jour rĂ©vĂ©ler). Leur parcours est aussi intense que court : Lili de santĂ© fragile meurt Ă  24 ans, non sans lĂ©guer des partitions d’une Ă©loquente maturitĂ© (et oui l’expĂ©rience et le gĂ©nie n’attendent pas l’ñge des annĂ©es) ; Nadia renonce Ă  poursuivre son Ɠuvre de compositrice Ă  
 32 ans. Étonnante interruption.

D’oĂč vient ce vide soudain ?, un doute qui vaut censure, et qui dans la vie de Nadia explique que trouvant sa musique non pas bonne mais « inutile », elle dĂ©cide soudain de cesser la composition, Ă  la faveur de ses autres activitĂ©s comme cheffe, concertiste, professeur surtout : Legrand, Glass, Bernstein, Copland sont ses Ă©lĂšves
 La question explique la singularitĂ© d’une Ɠuvre qui Ă  l’écoute, comme celle de sa sƓur, frappe voire saisit par sa vivacitĂ©, sa justesse, sa profondeur.

De Farjot aux « Sisters » 
De compositeur Ă  compositrices

Johan Farjot lui-mĂȘme compositeur semble mesurer le talent des Boulanger dans l’esprit d’une entente secrĂšte et intime ; de Nadia, le pianiste auteur parle d’une compositrice « gĂ©niale, originale, inspirĂ©e ». De Lili, il est aussi dĂ©finitif car il connaĂźt les 3 Psaumes.
Johan Farjot Ă©tablit donc la premiĂšre nomenclature enregistrĂ©e des piĂšces de Lili Boulanger, en un cycle raisonnĂ© : d’abord les 2 PrĂ©ludes de 1911 (rĂ© bĂ©mol et si), clairement debussyste et ravĂ©liens.
De mĂȘme le ThĂšme et Variations (rĂ©alisĂ© Ă  la Villa MĂ©dicis Ă  Rome en juin 1914 aprĂšs l’obtention de son Premier Prix) affirme la puissance sombre et mystĂ©rieuse de l’inspiration de la jeune compositrice, en rien fragile ni timorĂ©e, au contraire abrupte, violente, passionnĂ©e, animĂ©e par le dĂ©sespoir voire la souffrance ultime, peinte en une grisaille des plus raffinĂ©es.
Enfin les 3 Morceaux pour piano (publiĂ©s posthumes par Ricordi, 1919) confirment tout autant le gĂ©nie de Lili : mĂ©lancolie d’Un vieux jardin ; douceur D’un jardin clair, enfin transparence de « CortĂšge » notĂ© « lĂ©ger et gai » par la compositrice. L’intensitĂ© expressive, la puissance et la sensibilitĂ© jaillissent sous les doigts de Johan Farjot qui s’ingĂ©nie avec dĂ©lice Ă  souligner la maturitĂ© et le profondeur de l’écriture, ses architectures amples, tracĂ©es Ă  grands coups de marches harmoniques, tout en veillant Ă  l’ampleur du son, sa transparence, parfois inquiĂšte, souvent interrogative.

CLIC_macaron_2014De Nadia, Johan Farjot saisit la vitalitĂ© rythmique de la piĂšce pour 2 pianos (1910), premiĂšre mondiale absolue qui affirme le tempĂ©rament de la compositrice. Le pianiste restitue aussi l’éloquence narrative des 3 Petites PiĂšces pour piano (1914) dont la derniĂšre offre cette grille emblĂ©matique de la compositrice « parallĂ©lismes d’accords et pĂ©dales harmoniques » Ă  l’égal d’un Ravel qui fut son condisciple dans la classe de FaurĂ©.
Dans « Vers la vie nouvelle » (1915), Nadia exprime l’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© d’une vie terrestre, parsemĂ©e de doute et de dĂ©couragement avant que naisse enfin, l’espoir d’une vie meilleure, « l’homme marche confiant, tendre et grave » selon ses propres annotations. La partition crĂ©Ă©e en fĂ©vrier 1917 Ă©tait ainsi destinĂ©e Ă  collecter des fonds pour aider les femmes musiciennes Ă  poursuivre leur activitĂ© musicale pendant la guerre

Autre morceau majeur de cette intĂ©grale Ă©vĂ©nement : l’inĂ©dit « Morceau pour l’entrĂ©e dans la classe de piano femmes du Conservatoire de Paris », exercice de dĂ©chiffrage datĂ© de juin 1914.

Enfin, la mĂ©lodie « Mon Ăąme » (1906) chantĂ©e ici par Karine Deshayes; le texte en alexandrin d’Albert Samain (1858 – 1900) diffuse sans pudeur la sensualitĂ© intĂ©rieure et profonde d’une infante dans un palais dĂ©sertĂ© : attente, renoncement, deuil ; soit innocence, Ă©lan, amertume, blessures et adieu serein : l’angĂ©lisme de l’infante, son retrait de la vie, comme un anĂ©antissement souple et Ă©lĂ©gantissime rĂ©sument en dĂ©finitive les illusions premiĂšres et les derniers soupirs de toute une vie ; le caractĂšre est sobre, sombre, parfois grave, toujours Ă©perdu mais mesurĂ©. De plus de 6mn, la mĂ©lodie est un sommet de retenue passionnĂ©e, de sombre espĂ©rance qui plonge au cƓur du mystĂšre.

On ne saurait trouver actuellement meilleure approche sincĂšre et investie du gĂ©nie de deux sƓurs frappĂ©es du sceau de l’authentique et ineffable musique. Deux dĂ©esses au destin musical foudroyĂ© que ValĂ©ry ou Bernstein en leur temps ont su estimer Ă  leur juste valeur. Une estimation que rĂ©gĂ©nĂšre fort opportunĂ©ment Johan Farjot, compositeur, en un rapport Ă  la fois fraternel et identitaire magistral. Passionnante implication.

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CD Ă©vĂ©nement, critique. « Sisters ». Lili et Nadia Boulanger : Ɠuvres pour piano (Johan Farjot, piano) 1cd Klarthe records – CLIC de CLASSIQUENEWS

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/sisters-detail

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CRITIQUE, opéra. MILAN, Scala, le 7 déc 2021. VERDI : Macbeth. Anna Netrebko / Davide Livermore

scala milanCRITIQUE, opĂ©ra. MILAN, Scala, le 7 dĂ©c 2021. VERDI : Macbeth. Anna Netrebko / Davide Livermore – La Scala marque le coup d’envoi da sa nouvelle saison lyrique 21 / 22, chaque 7 dĂ©cembre, (pour la Saint-Ambroise, patron de Milan) avec cette nouvelle production de Macbeth. Un dĂ©ploiement scĂ©nique, Ă  vrais machineries (des plateaux qui montent et descendent), surtout un univers de dĂ©cors vidĂ©o en trĂšs grand format qui immergent hĂ©ros et tableaux collectifs dans un monde « parallĂšle », Ă  la fois rĂ©tro futuriste, nĂ©o art dĂ©co, lieux d’un pouvoir qui se met aux couleurs de la folie des meurtriers, Macbeth et son Ă©pouse, soit Anna Netrebko et Luca Salsi dans le rĂŽle des Ă©poux maudits. Exit l’Ecosse mĂ©diĂ©vale du XIĂš, Ă  la fois terreuse et fantastique (avec sa lande battue au vent et ses sorciĂšres au chaudron magique et prophĂ©tique) ; le metteur en scĂšne turinois Davide Livermore opte pour une humanitĂ© schĂ©matisĂ©e au possible oĂč le pouvoir rend fou, mais aussi tristement cynique, comme la horde d’intrigants courtisans, rĂ©duite Ă  une marĂ©e d’observateurs baveux et parfaitement hypocrites. Un milieu que Verdi aime brocarder
 comme dans Rigoletto entre autres. La dĂ©mesure des dĂ©cors et la force des tableaux tire l’opĂ©ra italien romantique vers le grand opĂ©ra français Ă  force d’effets visuels crĂąnement assumĂ©s. La machinerie et tout l’univers visuel de Davide Livermore ne s’épargne aucun dĂ©lire esthĂ©tique, souvent juste, toujours Ă©lĂ©gant et d’une grande puissance poĂ©tique, avec un sens manifeste du rythme spectaculaire. IL rĂ©ussit Ă  exprimer le vertige qui s’empare des assassins, leur dĂ©raison, leur chute dans un espace hallucinĂ© sans apesanteur. La combinaison des images vidĂ©os sur lesquelles se superpose la cage d’ascenseur habilement utilisĂ©e, reste impressionnante.

 

Luxueuses machineries

 

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Les meurtriers sont bien campĂ©s par les solistes requis Luca Salsi a l’endurance, l’aplomb, la duretĂ© presque rustre et finalement dĂ©shumanisĂ© de celui qui n’hĂ©site pas Ă  tuer le roi Duncan, puis son compagnon d’armes Banco
 (ce dernier magnifiquement incarnĂ© par le royal Ildar Abdrazakov : stature de commandeur, humanitĂ© de leader, et chant naturellement noble). En Lady Macbeth, Anna Netrebko qui connaĂźt bien le rĂŽle, apparaĂźt en « amata delle tenebre » (cf le titre de son dernier rĂ©cital discographique), et son air « la Luce Langue », glaçant et implacable (II) oĂč l’épouse tĂ©nĂ©breuse incite Macbeth Ă  tuer encore et encore (Banco et son fils) affirme un aplomb vocal, plus ample, plus dramatique, de fait plus « tĂ©nĂ©breux » avec des aigus charnus bien nĂ©gociĂ©s ; vraie tragĂ©dienne, l’épouse criminelle se montre fine et intelligente mais dĂ©jĂ  possĂ©dĂ©e par le remords et la culpabilitĂ© ; elle danse mĂȘme dans le ballet du III, avant de sombrer dĂ©finitivement dans la folie et la mort, dans son sublime air de somnambulisme (« Une tĂąche, il en reste encore, 
 tĂąche maudite  ») qu’a dĂ©finitivement marquĂ© la Callas.

 

 

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Air de renoncement, d’anĂ©antissement total, derniĂšre exhalaison d’une tueuse rattrapĂ©e par le sang versĂ©, d’ailleurs, alors, en proie Ă  un vertige existentiel, parfaitement mis en scĂšne. Netrebko brĂ»le les planches par son intelligence dramatique, la justesse des couleurs, la ligne d’une guerriĂšre au bord du prĂ©cipice, devenue victime aux tentations suicidaires.

Le Macduff de Francesco Meli ne manque de caractĂšre ni d’engagement, consolidant les arguemnts de la sĂ©lection vocale.

 

En fosse, Riccardo Chailly relĂšve le dĂ©fi du souffle shakespearien. Macbeth inaugure un cycle inspirĂ© par le dramaturge anglais, avant Otello, puis Falstaff. Nerveux, tout en relief et en contrastes, l’orchestre scaligĂšne sculpte dans la pĂąte, tordant la riche matiĂšre orchestrale, pour en faire jaillir les crĂ©pitements fantastiques. Parfois un peu trop sĂšchement. Un spectacle de vive et de grande allure.

 

 

 

 

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A l’affiche du Teatro alla Scala, jusqu’au 29 dĂ©c 2021
https://teatroallascala.org/en/season/2021-2022/opera/macbeth.html

 

 

EN REPLAY sur ARTEconcert jusqu’au 6 juin 2022
https://www.arte.tv/fr/videos/104870-001-A/macbeth-de-verdi-a-la-scala-de-milan/

 

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Distribution

Avec :

Anna Netrebko (Lady Macbeth)
Luca Salsi (Maréchal Macbeth)
Ildar Abdrazakov (Banco)

Francesco Meli (Macduff)
Andrea Pellegrini (Médécin)
Chiara Isotton (Dame de Lady Macbeth)
IvĂĄn AyĂłn Rivas (Malcom)

Mise en scĂšne : Davide Livermore
Direction musicale : Riccardo Chailly
Orchestra del Teatro alla Scala
Coro del Teatro alla Scala

 

 

 

Fanny et Alexandre de Bergman sur ARTE

bergman fanny et alexandre arte serie classiquenewsARTE, dĂšs le 24 dĂ©c. BERGMAN : Fanny et Alexandre. On sait la fascination du rĂ©alisateur Ingmar Bergman pour la musique, en particulier classique, comme en tĂ©moigne son dernier film au titre Ă©loquent, « Sarabande » (2003). Dans Fanny et Alexandre, le rĂ©alisateur aborde l’emprise du mal sur de jeunes Ăąmes innocentes, en particulier le frĂšre et sa sƓur Alexandre et Fanny, dont la mĂšre pensant confier son destin Ă  un homme vertueux, Ă©pouse l’évĂšque Edvard Vergerus. Mais le serviteur de Dieu se rĂ©vĂšle trĂšs vite un despote domestique, n’hĂ©sitant pas Ă  humilier et asservir au nom de la loi divine, la mĂšre et ses enfants sur lesquels, surtout dans le cas d’Alexandre, il exerce un pouvoir abusif, oĂč le sadisme et la manipulation activent leurs effets dĂ©lĂ©tĂšres.  Bergman Ă©chafaude un drame Ă©touffant, spectaculaire qui tient sa fascination de l’opposition entre le bien et le mal lesquels  s’affrontent Ă  travers le destin des enfants et de leur mĂšre Emilie.
Au dĂ©part, le rĂ©alisateur suĂ©dois cĂ©lĂšbre la force d’un clan familial, issu de la haute sociĂ©tĂ©, rĂ©uni autour de la figure protectrice d’Helena, grand-mĂšre d’Alexandre. Ses parents forment le couple d’artistes comĂ©diens, Oscar et Emilie Ekhdal qui joue Hamlet devant les yeux Ă©merveillĂ©s de leurs enfants. L’attraction de la scĂšne et du thĂ©Ăątre, l’innocence des enfants curieux d’onirisme, la fatalitĂ© du Mal, le monde trouble des adultes inspirent Ă  Bergman l’un de ses films les plus terrifiants.

Arte diffuse la sĂ©rie issue de la production originelle : soit 4 Ă©pisodes au rythme haletant qui Ă©voque le parcours spirituel d’Alexandre dont la nature enfantine du dĂ©but doit se transformer en prise de conscience, au contact d’un Mal insidieux qu’il n’avait pas envisagé  Bergman, ermite rĂ©fugiĂ© dans son Ă©crin isolĂ© de Farö, revisite Tchekov (et sa fascination des huis clos claniques), mais aussi Visconti dont il partage un sens impressionnant de l’esthĂ©tisme. Fanny et Alexandre est un thriller domestique dont la figure du beau pĂšre malfaisant Ă©voque la Nuit du chasseur. Pour assoir l’emprise du mal et le trouble que les avatars suscitent dans l’esprit des enfants, Bergman comme Britten (The turn of the screw), rappelle la fragilitĂ© des Ăąmes innocentes mais aussi le fantastique qui submerge la volontĂ© rationaliste de piliers de la famille.  On ne peut s’empĂȘcher de penser aussi au Ruban de Michel Haneke, terrible manifeste du dĂ©monisme sacrifiant l’innocence des enfants et de toutes les Ăąmes vertueuses.
Fanny et Alexandre est d’abord une sĂ©rie conçue dĂšs l’origine pour la tĂ©lĂ©vision (5h) et un long mĂ©trage au cinĂ©ma (3h, moins convaincant selon les propres mots de Bergman). La fiction depuis considĂ©rĂ©e comme le testament artistique du cinĂ©aste a Ă©tĂ© distinguĂ©e Meilleur film Ă©tranger aux CĂ©sars et Golden Globes 1984.

 

 

En replay sur ARTEconcert du 24 déc 2021 au 16 sept 2022.

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DVD, critique. Rimsky-K : Sadko (Tcherniakov, BolchoĂŻ, fĂ©v 2020 – 2 dvd Bel Air classiques)

sadko rimsky tcherniakov critique opera dvd classiquenews noel 2021DVD, critique. Rimsky-K : Sadko (Tcherniakov, BolchoĂŻ, fĂ©v 2020 – 2 dvd Bel Air classiques)  -  Evidemment, comme si l’opĂ©ra originel ne se suffisait pas Ă  lui-mĂȘme, en dĂ©but de spectacle, Dmitri Tcherniakov imagine une vie d’avant l’opĂ©ra oĂč les chanteurs Ă  venir ont leur rĂȘve, leurs dĂ©sirs. Soit
La scĂšne qui suit entend reprĂ©senter la rĂ©alisation de leurs illusions mais au prix d’un sacrifice difficile Ă  assumer. La force du rĂȘve est Ă©gale et proprotionnelle Ă  la nĂ©cessitĂ© finale de s’en dĂ©tacher pour mĂ»rir. On ne peut rester d’éternels enfants ! Comme cet autre pilier du rĂ©pertoire russe – OnĂ©guine, plutĂŽt rĂ©ussit alors, Tcherniakov reste pour Sadko, mesurĂ© dans son dĂ©lire thĂ©Ăątral : ouf ! ; du moins pas aussi dĂ©calĂ©, perturbateur que dans son Don Giovanni Ă  Aix. Triste souvenir, tellement le metteur en scĂšne diluait le temps mozartien, inventant des Ă©pisodes dans l’opĂ©ra, quitte Ă  en dĂ©naturer le flux et tuer la cohĂ©rence. Ce Sadko fait suite Ă  Rouslan et Ludmila il y a 9 ans au BolshoĂŻ. Production elle aussi qui laisse un sentiment finalement mitigĂ©.

Sadko Ă  l’épreuve de l’illusion onirique

Ce Sadko Ă  l’affiche du BolchoĂŻ en fĂ©vrier 2020 respecte sa nature lĂ©gendaire ; le conte traditionnel cĂ©lĂšbre en filigrane la bonne sociĂ©tĂ© (un rien arrogante) et l’essor de Novgorod (dont Rimsky est originaire), citĂ© marchande sur la riviĂšre Volkhov (sud de St-PĂ©tersbourg), florissant comptoir commercial entre Scandinavie et Orient. Joueur de « gusle », le jeune barde Sadko ose affirmer que lui aussi sera marchand et voyageur quand tous les notables attablĂ©s se moquent de lui (premier tableau).

Mais le marginal humiliĂ© voit son destin radicalement changĂ© quand il se retrouve prĂšs des eaux souriantes et crĂ©pusculaires (du lac Ilmen) oĂč paraĂźt la fille du Tsar des OcĂ©ans, Volkhova, laquelle lui assure richesse, fortune, gloire
 Rimsky sert les enchantements du conte, il en fait une Ă©popĂ©e fĂ©erique. Tout se rĂ©alise quand il pĂȘche 3 poissons d’or qui lui valent un sort miraculeux
 Sadko l’aventurier, c’est le hĂ©ros idĂ©al (parce comblĂ© malgrĂ© sa candeur) dont Tcherniakov fait un voyageur dans le temps et l’espace Ă  travers plusieurs dĂ©cors historiques du BolchoĂŻ, conçus pour diffĂ©rentes productions de l’Ɠuvre, rĂ©utilisĂ©s (et probablement restaurĂ©s) pour le drame ; ainsi, lieu de la rencontre entre mondes fĂ©erique et rĂ©els, entre Volkhova et Sadko, le lac Ilmen est la crĂ©ation au clair de lune d’Igor Bilibin (1914)
 Le spectacle se fait mĂ©moire archĂ©ologique de l’opĂ©ra russe dont 5 productions montĂ©es Ă  Saint-PĂ©tersbourg et Moscou entre 1901 et 1949, sont ainsi recyclĂ©es
 Mais chaque dĂ©cor rend visibles ses dĂ©cors et ses machineries, laissant en filigrane se dĂ©velopper aussi une rĂ©flexion sur la puissance de l’illusion thĂ©Ăątrale. Et sa victime, le spectateur Ă  travers les pĂ©ripĂ©ties du hĂ©ros.

Distinguons au dĂ©but (tableau de l’assemblĂ©e des notables marchands) l’impeccable haute-contre Yuri Minenko, naturellement projetĂ© dans le rĂŽle de Nezhata : il donne Ă  l’auditoire ce que chaque nanti veut entendre, un air qui chante leur rĂ©ussite ; hĂ©las un rien tendu aux aigus rĂąpeux, le Sadko du tĂ©nor Nazhmiddin Mavlyanov, manque d’épaisseur trouble, il n’a ni la sĂ©duction virile, ni la profondeur tendre de ses ainĂ©s, lĂ©gendaires qui ont fait la rĂ©putation du rĂŽle (Vladimir Atlantov ou Vladimir Galouzine) ; souvent la voix manque de rĂ©elle tendresse et les aigus d’aisance comme de force. Mais la lecture de Tcherniakov n’aide guĂšre le soliste qui demeure de bout en bout, cet ĂȘtre dĂ©calĂ©, asocial, inadaptĂ© (le grand thĂšme du metteur en scĂšne
 dĂ©jĂ  fil conducteur de son OnĂ©guine Ă  Paris). Cependant la magie de ce beau livre d’images n’est pas absente en particulier lors de l’apparition de Volkhova dont le soprano lĂ©ger et vaporeux Ă  souhait d’Aida Garifullina, vĂ©ritable crĂ©ature fantasmatique, exprime la nature hyperfĂ©minine et sĂ©ductrice
 d’autant que Rimsky lui rĂ©serve l‘une des parties les plus sensuelles qu’il ait composĂ©es. Garifulina enchante comme dans SnĂ©gourotchka (Bastille, 2017).

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Dans le rĂŽle de l’épouse dĂ©laissĂ©e (Lioubava), dans sa maisonnette Ă©troite, Ekaterina Semenchuk emprunte le sillon marquĂ© hier par une Obraztsova : noblesse du style, ligne infinie, aigus timbrĂ©s, graves bouleversants ; sa prĂ©sence justifie pleinement la production ; Ă  son contact, Sadko se bonifie et leur duo devient convaincant.

De son cĂŽtĂ©, portant le choeur maison, toujours impeccable en intensitĂ© et accents, l’Orchestre du BolchoĂŻ rĂ©ussit le souffle des tableaux collectifs (la scĂšne du port Ă  grand renfort de figurants et d’accessoires
), comme la finesse des profils psychologiques, si subtilement orchestrĂ©s par Rimsky ; dans la fosse, un jeune chef Ă  suivre (pas encore trentenaire !), Timur Zangiev (nĂ© en 1994) qui a reçu l’enseignement de l’extraordinaire Gennady Rozhdestvensky. C’est dire. Toujours inspirĂ© et nuancĂ©, le jeune maestro rĂ©ussit outre le sensualitĂ© de Rimsky, sa prodigieuse capacitĂ© Ă  enchaĂźner les tableaux grĂące aux transitions orchestrales quasi wagnĂ©riennes ! Et quand paraissent les 3 marchands Ă©trangers viking, indien, vĂ©nitien, la caractĂ©risation symphonique fait mouche pour chacun, d’autant que les solistes ne manquent pas d’atouts : la basse caverneuse Dmitry Ulianov, l’envoĂ»tant Alexey Nekludov, le pĂ©tillant Andrey Zhlikhovsky.

Tcherniakov n’écarte pas le comble du kitsh dans le tableau des fonds marins, Ă  la cour de l’empereur des mers oĂč le metteur en scĂšne oublie toute mesure en Ă©talant un copieux voire indigeste plat de crustacĂ©es et autres crĂ©atures spectaculaires et colorĂ©es
 Le grand bazar ocĂ©anique a des allures de Bollywood orgiaque.

C’est pour mieux contraster avec la nuditĂ© du plateau quand le vieux sage qui servait de guide Ă  Sadko, prend enfin la parole, congĂ©diant Tsar des mers et assignant Voklova Ă  sa place ; fini la parodie de Broadway et son dĂ©lire gargantuesque : Sadko rejoint Novgorod et la fille du Tsar coulera au pied de la citĂ©. Le chef traduit parfaitement tout ce qu’a de parodique et de nostalgique ce lien viscĂ©ral qu’a Rimsky pour la mer (et ses enchantements) : n’est-il pas aussi marin qu’un Roussel ? En fin de drame, aprĂšs la rĂ©conciliation des Ă©poux dans le monde rĂ©el, aprĂšs la dernier choeur Ă  la gloire de Novgorod oĂč les coulisses sont dĂ©voilĂ©es aux spectateurs
 l’approche Tcherniakov semble lĂ©gĂšre et inaboutie. On reste plus captivĂ©s par la magie de l’orchestre que saisis par la rĂ©alisation scĂ©nique. Car les musiciens font Ă  eux seuls tout le spectacle. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le dĂ©ballage visuel et la grille de lecture plaquĂ©e sans coutures de Tcherniakov, le spectacle Ă©ditĂ© par Bel Air mĂ©rite absolument ce tĂ©moignage.

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voir un extrait vidéo :
https://youtu.be/Mxh2tfDtISs

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RIMSKY KORSAKOV : SADKO. Opera in seven scenes sung in Russian – Libretto Nikolai Rimsky-Korsakov
With the assistance of Vladimir Belsky
Based on Russian Bylinas

Sadko, Nazhmiddin Mavlyanov
Volkhova, Aida Garifullina
Lubava Buslaevna, Ekaterina Semenchuk
Nezhata, Yuri Minenko
Ocean-Sea, The Sea Tsar, Stanislav Trofimov
Whistle, Mikhail Petrenko
Fife, Maxim Paster
Varangian Merchant, Dmitry Ulianov
Indian Merchant, Alexey Nekludov
Venetian Merchant, Andrey Zhilikhovsky


State Academic Bolshoi Theatre Of Russia Orchestra And Chorus
Chorus master, Valery Borisov
Conductor / direction : Timur Zangiev
Stage direction and sets / mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov
2 DVD (3h06mn) – BLU RAY : 20,34 euros / 22, 34 euros (prix indicatif)
PLUS D’INFOS sur le site de Bel AIR CLASSIQUES
https://belairclassiques.com/catalogue/rimsky-korsakov-sadko-dmitri-tcherniakov-bolchoi-aida-garifullina-ekaterina-semenchuk-dvd-blu-ray

La Clémence de Titus de MOZART à Nantes et à Angers

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartNANTES, ANGERS : MOZART : ClĂ©mence de Titus 12 dĂ©c 21 – 18 janv 22. AprĂšs Lucio Silla, Mitridate, Idomeneo
 le dernier Mozart aborde en cette annĂ©e 1791 (qui est aussi la derniĂšre de sa vie), l’opera seria, dĂ©fi dramaturgique en langue italienne ayant ses rĂšgles. L’ouvrage (crĂ©Ă© le 6 septembre 1791) rĂ©pond Ă  la commande de la Cour des Habsbourg, pour cĂ©lĂ©brer le couronnement de l’empereur Leopold II, comme roi de BohĂšme. Il fait encore Ă©voluer son Ă©criture pour plus de vertiges orchestraux et une dramaturgie serrĂ©e, contrastĂ©e, d’une rare violence intĂ©rieure. En cela annoncĂ©e par la Symphonie K550 n°40 en sol mineur
 sorte de tempĂȘte Ă©motionnelle d’une acuitĂ© sensible jamais Ă©coutĂ©e auparavant. S’il fallait dĂ©montrer le romantisme du « classique » Mozart, la seule audition de l’ouverture de Titus, puis l’un des airs les plus bouleversants, celui de Vitellia (Non piĂč fiori
), enfin la dite Symphonie en sol mineur prĂ©cĂ©dente, suffirait Ă  dĂ©voiler le Mozart inquiet, exaltĂ©, tendre et d’une profondeur irrĂ©sistible.
On peut mĂȘme affirmer qu’avec La FlĂ»te enchantĂ©e Ă©crite la mĂȘme annĂ©e et dans le genre du singspiel (totalement chantĂ©, et parlĂ© en allemand), La ClĂ©mence de Titus marque un point d’aboutissement esthĂ©tique. DĂ©sir de vengeance, fidĂ©litĂ©, honneur, amour, dĂ©pit
tout s’enchaĂźne ainsi mais au paroxysme des passions rĂ©pond aussi la facultĂ© des ĂȘtres Ă  se mĂ©tamorphoser ; ainsi Vitellia qui au dĂ©but haineuse et revancharde Ă  l’endroit de Titus, n’aspire qu’à la paix finale, prenant conscience du mal qu’elle a commis
 L’état d’urgence est politique, social, amoureux, mais il est d’abord intensĂ©ment psychologique et Ă©videmment musical.

 

titus-mozart-angers-nantes-opera-rophe-mamelli-opera-annonce-classiquenewsAinsi La ClĂ©mence de Titus au verbe ciselĂ© (sobriĂ©tĂ© expressive des recitatifs dont la coupe et la vĂ©ritĂ© valent Racine), portĂ© par un orchestre incandescent (l’incendie du Capitole) est une partition bouleversante. L’empereur Titus fait l’expĂ©rience amĂšre de la trahison et de la solitude, mais sait pardonner Ă  tous ceux qui l’ont trahi ; sa clĂ©mence devient l’emblĂšme du politique vertueux. Le cƓur de Vitelia incarne la haine changĂ©e en amour.. un miracle Ă©motionnel dont seul l’opĂ©ra sait nous exprimer la sincĂ©ritĂ©. Pilier de l’agitation Ă©motionnelle qui foudroie chaque protagoniste, la figure du politique Ă©clairĂ©, Titus, dont la confiance intime ne varie pas. Sa clĂ©mence Ă©gale sa constance.

 

 

 

NANTES, THÉÂTRE GRASLIN
DÉCEMBRE 2021
Vendredi 10 – 20h
Dimanche 12 – 16h
Mardi 14 – 20h
Jeudi 16 - 20h
Samedi 18 – 18h

 

 

ANGERS, GRAND THÉÂTRE
JANVIER 2022
Dimanche 16 – 16h
Mardi 18 – 20h

 

En italien, avec surtitres français
Durée : 2h30

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site d’ANGERS NANTES OPERA
https://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-2022/la-clemence-de-titus

 

 

 

CONSULTER aussi notre dossier spécial La Clémence de Titus de Mozart : un seria plus romantique que classique :
http://www.classiquenews.com/tag/la-clemence-de-titus/

 

 

 

 

CD événement. Leipzig 1723 / Capricornus Consort Basel (1 cd Accent 2020)

accent leipzig 1723 stefan temmingh flute critique cd review classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. Leipzig 1723 / Capricornus Consort Basel (1 cd Accent 2020). FlĂ»tiste virtuose, Stefan Temmingh rend hommage au feu ardent d’un Jean-Sebastien Bach d’une absolue plĂ©nitude, celui de son Concerto BWV 1057 pour 2 flĂ»tes. Autour de cette Ɠuvre clĂ©, le flĂ»tiste Ă©chafaude un programme d’une cohĂ©rence manifeste, rĂ©vĂ©latrice du bouillonnement des tempĂ©raments germaniques au dĂ©but des annĂ©es 1720
 A la grĂące lumineuse de ce portique rayonnant d’équilibre et de noblesse, le flĂ»tiste associe en un dialogue fĂ©cond, les Ɠuvres de Graupner (maĂźtre des opĂ©ras italiens Ă  Darmstadt), Fasch (Ă©lĂšve du premier et bientĂŽt maĂźtre de chapelle Ă  Zerbst) et surtout Telemann, vĂ©ritable gĂ©nie Ă©quivalent en rĂ©alitĂ© Ă  celui de JS BACH, et qui profite de ce jeu de correspondances et de filiations
 le choix des deux partitions du gĂ©nie de Hambourg s’avĂšre des plus Ă©loquents : le Concerto TWV 51:C1 (sublime « tempo di minue » final), surtout le Quatuor TWV 43:g4 et son 3Ăš et dernier mouvement – « allegro », dont le jeu rythmique contrastĂ© qui « oppose » et fait dialoguer cordes et flĂ»te, se rĂ©vĂšle ici 
jubilatoire. Telemann devait diriger la musique Ă  Lepizig mais c’est finalement JS Bach qui prit ses fonctions comme director musices le 1er juin 1723. Les instrumentistes CLIC D'OR macaron 200(Capricornus Consort) se dĂ©lectent visiblement Ă  caractĂ©riser chacune des sĂ©quences : le jeu est brillant et nuancĂ©. La vitalitĂ© du geste exploite Ă  propos toutes les nuances agogiques de chaque Ă©criture ; restituant dans ce jeu brillant, la sincĂ©ritĂ© et la finesse, requises. D’une belle vivacitĂ©, l’approche Ă©claire la diversitĂ© des tempĂ©raments qui ont lien, direct ou indirect, avec la nomination de JS Bach Ă  Leipzig en 1723. Du baroque aussi pertinent que cela, on en redemande. CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2021.

CRITIQUE, opéra. SALZBOURG, le 7 août 2021. MOZART : Don Giovanni. Spyres, Pavlova 
 Currentzis / Castellucci.

CRITIQUE, opĂ©ra. SALZBOURG, le 7 aoĂ»t 2021. MOZART : Don Giovanni. Spyres, Pavolova 
 Currentzis / Castellucci. Au dĂ©marrage du spectacle, Don Giovanni aurait applaudi Ă  cette destitution d’une Ă©glise baroque dont les ouvriers retirent tout l’apparat liturgique : autel, objets du culte, tableaux sacrĂ©s, bancs, crucifix
 Profanisation en rĂšgle digne des Ă©clats sĂ©ditieux du libertaire chevalier. Evidemment il faut s’infliger cette sĂ©quence de pur thĂ©Ăątre, sans musique ; puis, face au vide criant, peut retentir l’ouverture, fracassante, sculptĂ©e Ă  vif dans un marbre des plus tragiques et serpentins, finement ciselĂ© par un Teodor Currentzis connectĂ© avec les vertiges mĂ©taphysiques de la musique conçue par Wolfgang. La terribilitĂ  active resplendit, crĂ©pite (au sens strict quand surgit un petit rideau de flammĂšches, puis une femme nue, Ă©perdue, affolĂ©e, enfin Giovanni soi-mĂȘme, marteau en mains, tout de blanc vĂȘtu
 qui aime marquer son territoire et creuser la pierre
). Ainsi tout est annoncĂ© : au geste musical, contrastĂ©, acĂ©rĂ© et incroyablement dramatique du chef grec Teodor Currentzis, rĂ©pond empĂȘtrĂ© dans un imaginaire visuel confus, la « mise en scĂšne » d’un Castellucci qui s’ingĂ©nie Ă  rendre opaque une action qui ne l’’est pas.

Dans la fosse, le pianoforte se distingue dans un continuo exaltĂ©, qui raconte, s’affole, murmure, rugit ; les instrumentistes de MusicaEterna, articulent et Ă©nergisent eux aussi la subtile vitalitĂ© des instruments d’époque avec une verve et un relief, Ă  la fois nerveux et expressif. La musique Ă©perdue, s’exalte, exulte ; elle semble dĂšs le dĂ©but s’essouffler comme si elle Ă©tait au bout d’une Ăšre ; de fait, les frasques de Don Giovanni finissent par le rattraper dans cette mise en scĂšne abrupte, mordante, aux forts contrastes, … avec, cĂŽtĂ© scĂ©nique, effets qui surenchissent une musique qui n’en a guĂšre besoin (rafales de tirs « inaugurant » le premier air, celui de Leporello ; dĂ©flagration due Ă  la chute de ballons de baskets qui tombent en pluie
). Le blanc et noir cite clairement le film de Losey, avec une suractivitĂ© sur les planches, celle des protagonistes, celle des acteurs en second plan (acrobates jongleurs, vĂ©ritables statues vivantes)
 on interroge encore le sens de toutes ces images, parfois belles, toujours dĂ©concertantes au moment du drame musical, comme Ă  l’habitude, de la part de Castellucci, mais tristement hors sujet, hors musique, dĂ©calĂ©es, non connectĂ©es avec la musique.

 

 

 

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D’autant que les changements de tableaux crĂ©ent des « vides » dans l’action qui nuisent Ă  l’écoulement organique du dramma giocoso conçu par Mozart et son librettiste Da Ponte. LĂ  un piano tombe des cintres dĂ©saccordĂ© (aprĂšs le premier duo Anna / Ottavio), quand Don Giovanni joue avec des ballons de basket ; puis paraĂźt une toile immense trouĂ©e d’oĂč sortent bras et jambe de femme associĂ©s au lapin de DĂŒrer
 avant le premier air d’Elvira laquelle chante la dĂ©loyautĂ© dont elle est victime, aux cĂŽtĂ©s d’une femme enceinte dĂ©nudĂ©e qui serait son allĂ©gorie
 avant que l’enfant nĂ© de leur commerce ne pourchasse le pĂšre indigne
 plus tard, l’air du catalogue de Leporello se dĂ©cline avec photocopieur, Ă©vocation parlante d’un acte rĂ©pĂ©tĂ© Ă  l’infini
 triste sexe, rĂ©duit Ă  une mĂ©canique qui tourne Ă  vide.
Plus ridicules ou dĂ©concertants, cet Ottavio (Michael Spyres) frigide, froid, dĂ©guisĂ© en chasseur norvĂ©gien avec skis et caniche (blanc Ă©videmment) et qui coure en fond de scĂšne quand Anna lui raconte la scĂšne initiale qui ouvre l’opĂ©ra ; Donna Anna justement (remarquable et subtile Nadezhda Pavlova) en sorciĂšre noire coiffĂ©e comme une prĂȘtresse tragique, fellinienne, des annĂ©es 60 (quand elle raconte son viol par Giovanni) ; puis le fantĂŽme du pĂšre (de Anna) se battant avec sa bĂ©quille contre Giovanni
 On apprĂ©cie ainsi ce festival de la dĂ©glingue tout au long du spectacle (avec un sommet encombrĂ© Ă  la fin du I : une brocante d’accessoires, un amoncellement inouĂŻ paraĂźt sur les planches).
Avec plus ou moins de plaisir car plusieurs sĂ©quences de mise en place avec impro du pianoforte (excellent comme dans la version cd Ă©ditĂ© par Sony – CLIC de CLASSIQUENEWS) d’une longueur affligeante, imposent dans le dĂ©roulement des airs, un fatras d’images et d’objets en tout genre (et de figurants !
 jusqu’à 150 femmes en sous-vĂȘtements au  II pour Ă©voquer les victimes du Chevalier ainsi que Loperello les Ă©numĂšre dans l’air du catalogue)
 qui nuisent Ă  la perception dramatique des airs (Della sua Pace d’un Ottavio terrassĂ©, tendre : remarquable Michael Spyres qui peut ĂȘtre aussi enivrĂ© que le meilleur Juan Diego Flores mozartien !)

 

 

 

Salzbourg 2021 :
Expressionniste et vif argent,
le Don Giovanni de Currentzis crépite, exulte sur la scÚne salzbourgeoise

 

 

 

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Nadezhda Pavlova (Donna Anna, ardente, tragique)

 

 

Tout cependant n’est pas Ă  jeter… Il n’est guĂšre que pour l’air du champagne du Chevalier que le metteur en scĂšne trouve une idĂ©e juste : Ă©clairer par intermittence les instrumentistes en fosse, sans rien sur la scĂšne que le vide noir, afin de dĂ©couper la silhouette blanche du sĂ©ducteur dĂ©loyal, alors ivre et conquĂ©rant
 sans accessoires, la vision gagne en clartĂ©.

 

 

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PAVLOVA, victime inconsolable
 L’instant le plus Ă©mouvant et le plus onirique aussi reste le grand air de tendresse Ă©perdue, de douleur imprĂ©cisĂ©e, portĂ©e par Pavlova / Donna Anna (recitativo et rondo : « Crudele? A no mio bene! »/ Cruelle, non mon amour !), exprimant sa fĂ©brilitĂ©, reportant encore ses noces avec Ottavio car sa rencontre (certes forcĂ©e) avec Don Giovanni, aprĂšs que ce dernier ait tuĂ© son pĂšre, et qui l’a probablement violĂ©e, la laisse extĂ©nuĂ©e, dĂ©truite : se remettra-t-elle d’ailleurs d’un tel trauma ? Nadezhda Pavlova est rayonnante vocalement, trĂšs juste, dans un air Ă  la fois dramatique et intense, mais aussi coloratoure (qui annonce l’écriture des airs de la Reine de la nuit de La FlĂ»te) ; elle en fait un hymne fraternel d’une bouleversante vĂ©ritĂ© que Castellucci nimbe dans un tableau fĂ©erique digne de la forĂȘt enchantĂ©e du Falstaff de Verdi


Reconnaissons aussi que toute la scĂšne finale du I, le bal et la tentative de viol sur Zerlina est d’une rare justesse ; le chevalier massacre littĂ©ralement un mannequin fĂ©minin Ă  coups de massue : image Ă©loquente de son peu de considĂ©ration pour les femmes, rĂ©duites Ă  n’ĂȘtre que des objets de conquĂȘte et de manipulation machiste. Romeo Castellucci Ă  rebours de nombre de visions prĂ©cĂ©dentes, fait du Chevalier un ĂȘtre lascif jusqu’à l’extase, un cynique anti chrĂ©tien, dĂ©shumanisĂ©, souvent franc, jamais obscĂšne
 qui se joue et exploite son rapport gĂ©mellaire avec Leporello, double insidieux dans l’accomplissement des forfaits les plus infects (quitte Ă  devenir la premiĂšre victime de son maĂźtre).

NĂ©anmoins, l’imaginaire visuel de Castellucci est sans limite, suractif mĂȘme : il finit par polluer la lisibilitĂ© de l’action du drame mozartien. Quel contresens malgrĂ© son esthĂ©tisme, que ce livre d’images, variĂ©, contrastĂ©, parfois dĂ©lirant, disparate comme un formidable cabinet de curiositĂ©s. Les admirateurs de Castellucci soulignent eux les vertus d’une gĂ©nĂ©rositĂ© analytique jusqu’à l’exubĂ©rance dont les mille images Ă©clairent le gĂ©nie mozartien, sa suractivitĂ© spectaculaire, son scintillement purement musical (dont la multiplicitĂ© pour sa part, – en est-il de mĂȘme pour Castellucci ?-, ne sacrifie en rien la profonde cohĂ©rence du drame).

Musicalement, Teodor Currentzis s’en donne Ă  cƓur joie : variant lui aussi les instruments associĂ©s selon la situation ; la pimentant sans discontinuitĂ© avec une intelligence vivace Ă©vidente. On pense constamment Ă  son prĂ©dĂ©cesseur, grand rĂ©alisateur de prodiges mozartiens ici mĂȘme Ă  Salzbourg, le regrettĂ© Nikolaus Harnoncourt !

 

 

 

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 Davide Luciano et Vito Priante (Don Giovanni / Leporello) cultivent le trouble gémellaire de leur duo démoniaque.

 

 

Le tourbillon philosophique se dĂ©verse Ă  grands accents orchestraux, colorĂ©s, nerveux, incisifs. Vocalement, les moments les plus Ă©mouvants sont portĂ©s par Michael Spyres et Nadezhda Pavlova en Ottavio et Anna, deux victimes colatĂ©rales du Chevalier, allĂ©gorie du dĂ©sir, dĂ©rangeant, sĂ©ducteur jusqu’à l’obsession. Dans le rĂŽle titre, Davide Luciano affirme une latinitĂ© Ă©rotique naturelle, puissamment virile (selon la vision « grecque » c’est Ă  dire antichrĂ©tienne de Castellucci) quand Vito Priante apporte Ă  Leporello, la couleur spĂ©cifique de son identitĂ© napolitaine, celle d’un sĂ©ducteur aussi amoral que son maĂźtre, prĂȘt Ă  tout, sans scrupule et pourtant constamment Ă©lĂ©gant. Le valet est Ă  bonne Ă©cole (surtout dans le dĂ©roulement du II). Plus tard, il deviendrait ici pire que son modĂšle.
Avec la direction expressionniste et juste de Currentzis, les deux duos (Anna / Ottavio – Don Giovanni / Leporello) fonctionnent Ă  merveille et sauvent le spectacle du naufrage visuel souvent outrancier
 qui est quand mĂȘme, le talon d’Achille de Castellucci.

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 A VOIR / A REVOIR en REPLAY sur le site ARTEconcert, jusqu’au 5 nov 2021 : https://www.arte.tv/fr/videos/104634-001-A/don-giovanni-festival-de-salzbourg-2021/

 

 

 

 

 

CD critique. STRAUSS, FRANCK : Sonates. Brieuc Vourch (violon), Guillaume Vincent (piano) – 1 cd Farao (Wuppertal, nov 2020)

richard strauss cesar franck brieuc vourch sonates cd farao critique review cd classiquenews clic de classiquenewsCD critique. STRAUSS, FRANCK : Sonates. Brieuc Vourch (violon), Guillaume Vincent (piano) – 1 cd Farao (Wuppertal, nov 2020). Fruit d’une Ă©vidente complicitĂ© artistique, le programme met en parallĂšle deux gĂ©nies romantiques des plus passionnants, du XIXĂš (Franck) du XXĂš (Richard Strauss). La Sonate moins connue de Strauss s’inscrit dans la tradition la plus exaltante aprĂšs Schumann et surtout Brahms. Le compositeur d’opĂ©ra, qui a su foudroyer l’audience autant par ses Ă©clats orchestraux que sa splendeur chambriste (sextuor d’ouverture de Capriccio ; mĂ©tamorphoses pour cordes seules
), Ă©blouit ici par son sens des contrastes et de la tension. D’autant que le violon de Brieuc Vourch subjugue littĂ©ralement par son Ă©loquence et son intĂ©rioritĂ©, son sens de la ligne et de l’attĂ©nuation suggestive. Le travail de l’instrumentiste s’inscrit dans un rĂ©alisme psychologique ciselĂ©, dont la brillance recherche toujours l’intimitĂ© poĂ©tique, le scintillement intime d’une sensibilitĂ© souveraine, Ă  la fois extravertie et subtilement caractĂ©risĂ©e. La virtuositĂ© se situe dans la finesse et l’intelligence agogique. Le pianiste suit son partenaire sur le plan du dialogue, d’une conversation Ă  la fois raffinĂ©e et ardente.

La Sonate de Strauss opus 18 (1888) marque la maturitĂ© du symphoniste de 24 ans, capable de produire ses premiers accomplissements personnels (Aus Italien, Macbeth). La grande culture du compositeur est dĂ©jĂ  celle d’un maĂźtre qui analyse, interroge la forme dans le sens du drame, de la concision expressive. Les 3 mouvements se ressentent du contexte orchestral Ă©voquĂ© ; on relĂšve ici l’ampleur des respirations, la souplesse et l’étendue comme la profondeur du geste violonistique capable d’irisations psychologiques qui regardent certes vers Brahms (premier Allegro) ; mais aussi le Schubert d’Erlköning associĂ© au Beethoven de la PathĂ©tique (Andante Cantabile) ; Brieuc Vourch sait exprimer tout ce qu’a de sombre et de passionnĂ© le dernier Allegro, chant de l’ñme la plus sensible, auquel le piano apporte l’enveloppe Ă©pique d’un souffle orchestral, y compris dans le finale inondĂ© de joie conquĂ©rante.
Deux ans avant Strauss, Franck (44 ans) achĂšve la composition de sa propre Sonate (1886) ; aprĂšs celle de Saint-SaĂ«ns (1872), la Sonate en la majeur marque un point d’accomplissement inĂ©galĂ© par la sincĂ©ritĂ© de son inspiration et l’exigence de sa forme, d’une unitĂ© absolue grĂące au principe cyclique : le thĂšme principal se retrouvant dans chaque mouvement, ainsi reliĂ© chacun aux autres : les interprĂštes en restituent l’allusive cohĂ©rence interne, ciselant chaque mesure comme les termes d’une conversation dĂ©cisive pour chaque membre conversant. Ils en soulignent subtilement le sens psychologique, selon des humeurs d’une permanente versatilitĂ© : l’activitĂ© du premier Allegro (ben moderato) qui berce et enchante progressivement Ă  mesure qu’il se dĂ©veloppe jusqu’à sa fin ; l’inquiĂ©tude sourde Ă©noncĂ©e Ă  demi mots de l’Allegro qui suit ; l’absolue poĂ©sie, en rĂ©alitĂ© inqualifiable, du 3Ăš mouvement notĂ© « recitative fantasia » oĂč ni le violon ni le piano, pourtant fusionnels, ne rĂ©solvent le climat interrogatif qui les porte tous deux ; l’équilibre du rondeau final (Allegro poco mosso) qui, tout en rĂ©capitulant tout ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, ouvre de nouveaux champs expressifs laissant au violon, un tremplin particuliĂšrement brillant.
CLIC D'OR macaron 200Jamais uniforme ni dĂ©monstratif, le violon somptueux de Brieuc Vourch (argument baroque de premier plan : Francesco Ruggeri, 1690), sĂ©duit, enchante, et captive mĂȘme par sa vibration sincĂšre et viscĂ©ralement intime. L’élĂšve de Perlman Ă  New York, se montre fidĂšle Ă  son maĂźtre : sur le souffle, d’une profonde Ă©lĂ©gance, jamais creuse, toujours juste, d’une vitalitĂ© arachnĂ©nenne. Remarquable rĂ©cital.

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CD Ă©vĂ©nement, critique. Richard Strauss (1864–1949), CĂ©sar Franck (1822–1890) : Sonates pour violon et piano (Brieuc Vourch, Vincent Guillaume) – 1 cd Farao – Wuppertal, nov 2020 – CLIC de classiquenews Ă©tĂ© 2021.

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TEASER VIDEO :

 

 

 

 

LIRE aussi notre entretien avec Brieuc Vourch Ă  propos du cd R STRAUSS / C Franck (1 cd Farao)  – Propos recueillis en juillet 2021.

Le violon enchanteur de Brieuc VourchENTRETIEN avec BRIEUC VOURCH. Jouer Richard STRAUSS et CĂ©sar FRANCK. ElĂšve de Perlman Ă  la Juilliard School of New York, le violoniste français (qui vit Ă  Hamburg), Brieuc Vourch marque les esprits dans son dernier album discographique, paru en juillet 2021, associant deux pointures romantiques : R. Strauss et CĂ©sar Franck. Leur Sonates pour violon et piano rĂ©vĂšlent le fort tempĂ©rament de chaque compositeur ; c’est une confrontation riche en enseignements et qui conduit l’interprĂšte Ă  un engagement superlatif, douĂ© d’un son comme d’une articulation, d’une rare poĂ©sie suggestive. Avec le pianiste Guillaume Vincent, Brieuc Vourch joue en architecte, caractĂ©risant chaque partition en en proposant une cohĂ©rence organique, une progression rythmique trĂšs convaincantes. Entretien exclusif avec Brieuc Vourch pour classiquenews.com / Photos : © Andrej Grilc.

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CD critique. SAINT-SAËNS : Romances, Concerto, La muse et le poĂšte : G. Laurenceau, violon – 1 cd NaĂŻve

Saint-Saens gen laurenceau cd naive romances, violon clic de clssiquenewsCD critique. Saint-SaĂ«ns : Romances, Concerto, La muse et le poĂšte (G. Laurenceau, violon) – 1 cd NaĂŻve – Ce qui importe ici c’est de souligner l’humanisme et la chaleur d’un cƓur romantique, ardent, Ă©lĂ©gantissime : celui de Camille Saint-SaĂ«ns. En rien conservateur ni « froidement classique », mais une sensibilitĂ© dont la finesse et la sensibilitĂ© savent enrichir une puissante virtuositĂ©, juste et sincĂšre, lumineuse, profonde. Dans le choix des Ɠuvres, se dĂ©voile aussi la longĂ©vitĂ© Ă©clatante de Saint-SaĂ«ns, de 1850 Ă  1910 qui fait le pont entre Berlioz et Ravel. Le propre des deux premiĂšres Ɠuvres est de dĂ©buter dans le centre d’un drame expressif et pudique Ă  la fois, franchement, directement (1Ăšre Romance de l’album opus 48, puis Andante expressivo du Concerto pour violon opus 20. Si l’on parle bien de vocalitĂ©, Saint-SaĂ«ns ne s’embarasse pas de prĂ©ambule ni de prĂ©sentation mais immerge l’auditeur dans le cƓur de l’histoire, 
 soit l’intensitĂ© d’une conversation virtuose, d’une exquise Ă©motivitĂ© et d’une rare voluptĂ© (effusion pudique de la Romance opus 37). En comparaison, le Caprice opus 52 d’YsaĂże malgrĂ© la dĂ©licatesse Ă©noncĂ©e de la violoniste GenneviĂšve Lorenceau paraĂźt trop dĂ©monstratif, un rien en recherche d’effet au sacrifice de la sincĂ©ritĂ© mesurĂ©e et pudique, ici essentielle. Comme d’un bel canto qui s’enivre de lui-mĂȘme et finit par pĂȘcher par vanitĂ© narcissique.
Par contre la sensibilitĂ© de la harpiste (Pauline Hass dans la Fantaisie pour harpe et violon opus 124, crĂ©Ă© en 1907 par les soeurs Eissler Ă  Londres, d’esprit
 ravĂ©lien) fait surgir cette Ă©lĂ©gance de ton propre Ă  Saint-SaĂ«ns, comme s’il Ă©tait poĂšte du surgissement d’un rĂȘve dont le dialogue harpe et violon exprime la matiĂšre lĂ  aussi infiniment subtile, quasi Ă©vanescente, entre voluptĂ© et pudeur. Du pur Saint-SaĂ«ns, grand connaisseur des maĂźtres anciens ; la sĂ©quence finale semble renouveler la basse obstinĂ©e baroque en rĂ©fĂ©rence Ă  la tarentelle : l’engagement de la violoniste lĂ  encore est total et toujours sur le fil du souffle, proche d’une vocalitĂ© qui sait nuancer et jamais s’épancher (a contrario d’YsaĂże) : Ă©perdue, suggestive, d’une dĂ©licatesse arachnĂ©enne ; voici 13 mn de pur bonheur musical. Autre sommet de l’inspiration poĂ©tique de Saint-SaĂ«ns, La muse et le poĂšte pour violoncelle et violon, opus 132 (1910, Ă©crit pour EugĂšne YsaĂże) concilie CLIC D'OR macaron 200profondeur et dĂ©licatesse, en un dialogue vĂ©ritable entre la gravitĂ© du violoncelle (Yann Levionnois) et le violon, tout d’incandescence directe. RĂ©serve pour l’orchestre qui peine parfois, sans pudeur, au risque d’une certaine brutalitĂ©. Le geste de la violoniste sĂ©duit incontestablement apportant crĂ©dit et valeur Ă  ce programme qui cĂ©lĂšbre le gĂ©nie de Saint-SaĂ«ns comme peu et Ă  travers le violon, la voix la plus fĂ©minine de l’orchestre (dixit Berlioz) : l’élĂ©gance de la virtuositĂ© sert au mieux l’art du compositeur justement cĂ©lĂ©brĂ© en 2021 pour le centenaire de sa disparition (1921) - CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2021.

CD critique. SAINT-SAËNS : Romances, Concerto, La muse et le poĂšte (GenneviĂšve Laurenceau, violon – Orchestre de Picardie / Benjamin LĂ©vy, direction) – 1 cd NaĂŻve – enregistrement rĂ©laisĂ© en 2020 et 2021.

CRITIQUE, live streaming concert. LEIPZIG, BACHFEST, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman.

CRITIQUE, live streaming concert. LEIPZIG, BACHFEST, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman. AprĂšs une somptueuse entrĂ©e en matiĂšre, dont le dĂ©tail jamais ne sombre sous la grandeur, Ton Koopman inscrit la Passion dans l’intimitĂ© et une progression toute en douceur. La gravitĂ© tragique des derniĂšres heures de la vie de JĂ©sus est Ă©voquĂ©e, prĂ©sente par le chant trĂšs expressif du contre tĂ©nor Maarten Engeltjes ; puis c’est la soprano (Ilse Eerens) au timbre claire, Ă©merveillĂ© qui touche immĂ©diatement ; son air « Blute nur, du liebes Herz!” : affirme la dĂ©termination de la priĂšre implorante et d’une douceur incandescente. La sobriĂ©tĂ© du chant sert le texte.

 

 

 

Ton Koopman joue JS Bach Ă  Leipzig

UNE SAINT-MATTHIEU INTIME, BOULEVERSANTE

 

 

 

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Les portent tous deux, la direction tĂ©nue, Ă  la limite de la confession, pudeur continue, d’une tendresse qui bouleverse. Le sens du dĂ©tail de chaque timbre (jusqu’à la flĂ»te solo avec le trompette
 ou le hautbois magicien de «Ich will bei meinem Jesu wachen » qui fusionne tĂ©nor et choeur angĂ©lique, compassionnel) jaillit comme un Ă©clat d’une poĂ©sie rare.
En JĂ©sus, la basse Andreas Wolf se rĂ©vĂšle elle aussi, jubilatoire : naturel et grave, diseur racĂ© Ă©patant. L’évangĂ©liste de Tilman Lichdi sculpte le verbe agissant, d’une vivacitĂ© qui prend Ă  tĂ©moin, interroge : acteur autant que diseur : imaginatif, astucieux sans ĂȘtre artificiel ni outrageusement thĂ©Ăątral, 
 parfait de bout en bout. Les Chorals ont tous une rondeur caressante ; qui rend la partition si fraternelle, proche et intime.
C’est donc une version de haut vol. OĂč cependant le tĂ©nor chargĂ© des arias paraĂźt moins naturel que ses partenaires, ses aigus tendus, chantournĂ©s, d’une Ă©mission indirecte et nĂ©gociĂ©e ; mais ses aspĂ©ritĂ©s vocales expriment aussi les incertitudes parfois paniques du fervent qui doute, Ă©cartĂ© de la vision de JĂ©sus compatissant et protecteur
 Le choeur lui exulte dans une tendresse hallucinĂ©e ou rugit en un feu dardant, volcan choral aux accents telluriques ; tant de contrastes vertigineux Ă  l’extrĂ©mitĂ© du spectre expressif s’avĂšrent fulgurants dans leur maĂźtrise.

A 20h, reprise pour la 2Ăš partie du cycle de la Passion. La Sinfonia d’ouverture, d’une superbe articulation, avec l’alto qui exprime le doute, interroge le sens de la foi, en pleine crise spirituelle. DĂ©ploratif et juste, et capable d’un legato qui paraĂźt illimitĂ©, l’alto masculin Ă©blouit dĂ©cidĂ©ment par sa sensibilitĂ© hautement musicale que porte aussi le violon solo.

Puis autre facette du croyant dĂ©muni qui se livre quasi Ă  nu, en compassion avec JĂ©sus, la soprano touche tout autant, avec le trio instrumental, d’une ineffable douleur tendre (traverso, hautbois da caccia, hautbois d’amour : « Aus Liebe”) ; le chant exprime le dĂ©nuement humain total grĂące au timbre angĂ©lique idĂ©alement candide de la soprano.

L’ultime priĂšre « Mache dich, mein Herze, rein », air de basse sur un continuo simple et dĂ©pouillĂ© (l’indice d’une gravitĂ© essentielle qui fait de l’air un air axial dans la dĂ©roulement de la Saint-Mathieu, vĂ©ritable opĂ©ra sacrĂ©) confirme le talent de la basse Klaus Mertens, sobre, naturellement articulĂ©, qui appelle Ă  la rĂ©conciliation, au pardon, Ă  la paix gĂ©nĂ©rale.

 

 

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Enfin le final d’une absolue paix intĂ©rieure s’énonce comme le retrait des eaux – un effacement progressif et gĂ©nĂ©ral, comme le dĂ©roulement Ă  la fois synthĂ©tique et rĂ©trospectif de tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©noncĂ©, Ă©prouvĂ©, vĂ©cu aux cĂŽtĂ©s de JĂ©sus, de la CĂšne Ă  la Crucifixion: a contrario du supplice tragique, c’est une fin des plus apaisĂ©e ; la rĂ©solution rassĂ©rĂ©nĂ©e, inscrite dans la sĂ©rĂ©nitĂ© et l’effacement de toute peine, un miracle d’apaisement fraternel et collectif. LĂ  encore c’est la profonde attĂ©nuation, le sens du murmure intime, ce geste de l’intĂ©rioritĂ© qui font la valeur de la lecture offerte par Ton Koopman. Qu’on est loin des dĂ©monstrations vocalisantes et orchestrales de ses confrĂšres plus jeunes. Le chef nĂ©erlandais rĂ©tablit l’essence de la Saint-Mathieu, moins ample portique majestueux qu’acte de communion partagĂ©e. La rĂ©alisation est bouleversante par son humanitĂ© et sa pudeur sincĂšre. Elle suscite chez l’auditeur le questionnement, confrontĂ© Ă  la mort et au Sacrifice, plongeant dans le grand mystĂšre de JĂ©sus, sa nature Ă  la fois divine et humaine. Voici assurĂ©ment l’un des instants les plus saisissants rĂ©alisĂ©s dans le cadre des streamings du BACHFEST LEPIZIG 2021.

 

 

 

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CRITIQUE, live streaming concert. BACHFEST Leipzig, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman. Tilman Lichdi (tenor – Evangelist), Andreas Wolf (bass – Jesus), Ilse Eerens (soprano), Maarten Engeltjes (altus), Nils Giebelhausen (tenor – arias), Klaus Mertens (bass – arias), GewandhausKinderchor, Amsterdam Baroque Orchestra & Choir / direction: Ton Koopman. Photos : Ton Koopman, Ilse Eerens, Andreas Wolf (DR).

 

 

  

 

CRITIQUE, concert. LIVE STREAMING, BACH Fest Leipzig, le 12 juin : JS BACH : Oratorio de Noël. Gotthold Schwarz

BACH FEST LEIPZIGCRITIQUE, LIVE STREAMING, BACH Fest Leipzig, le 12 juin : JS BACH : Oratorio de NoĂ«l. Gotthold Schwarz. Sous l’immense nef de Saint Thomas, plus grande et impressionnante encore que l’intimiste Saint Nicolas, mais dans le petit choeur et non Ă  la tribune haute, les musiciens entonnent la cĂ©lĂ©bration de JĂ©sus qui vient de naĂźtre, telle que l’a imaginĂ©e JS Bach : tendre lĂ  encore, et d’une douceur inĂ©narrable, que cultivent tout au long des 6 cantates ou 6 parties, les fameux hautbois (d’amour et da caccia) trĂšs sollicitĂ©s en soutien des chanteurs. Leur couleur enveloppe l’opĂ©ra sacrĂ© de Bach d’un nimbe bouleversant ; Ă  travers les Ă©vangiles de Saint-Luc et de Saint-Matthieu (dont les extraits sont citĂ©s par l’évangĂ©liste, qui ne chante pas d’air), c’est d’abord le miracle de la naissance, la candeur admirable de l’Enfant qui sont cĂ©lĂ©brĂ©es ; puis l’espoir et la croyance lumineuse et victorieuse que la Naissance fait naĂźtre dans le cƓur du croyant. La direction de Gotthold Schwarz, Cantor de Saint-Thomas, est sĂ©rieuse, exigeante, soignant la mise en place. Il manque cependant cette Ă©lectricitĂ© et cette urgence poĂ©tique que savait Ă  l’époque de la rĂ©volution baroque, quand tout Ă©tait rĂ©estimĂ©, rĂ©Ă©valuĂ©, insufflĂ© le visionnaire Harnoncourt. Cependant l’exercice dĂ©voile le niveau des jeunes chanteurs locaux(Thomanerchor Leipzig), tous trĂšs engagĂ©s, en particulier dans les « entrĂ©es et ouvertures » au contrepoint vertigineux.

Dans la 1Ăšre partie, se distingue l’air avec les 2 hautbois, Ă©merveillement instrumental, accompagnant le chant des enfants et de la basse qui affirme une assurance rĂ©jouie (Tobias Berndt est un excellent soliste Ă  la voix claire, au texte intelligible, Ă  la technique fluide, au chant jamais contraint), plus encore dĂ©ployĂ© dans l’air qui suit, avec trompette.

La 2Ăšme partie marque les esprits par sa superbe sinfonia d’ouverture : page orchestrale et lever de rideau pour le tableau de l’adoration, cĂ©lĂ©bration de l’enfance, de l’innocence oĂč les traversos alternĂ©s avec les hautbois (4, d’amour et da caccia) disent ce recueillement suspendu face au miracle de la naissance de l’enfant et de l’espĂ©rance que l’évĂ©nement suscite. LĂ  encore, au niveau de son confrĂšre, la superbe clartĂ© chantante du tĂ©nor Martin Petzold pour son air avec traverso (« Frohe Hirten, eilt, ach eilet ») convainc de bout en bout.
Une pleine joie intĂ©rieure Ă©mane du non moins bouleversant air pour alto (« Schlafe, mein Liebster, genieße der Ruh’ » / Dors mon amour, profite de la paix
 ) oĂč s’écoule toute la tendresse d’une humanitĂ© saisie par le miracle du nouveau nĂ© (le traverso accompagne tout le long cet air de cĂ©lĂ©bration admirative, et en Ă©chos les hautbois d’amour et da caccia) – Bach a exprimĂ© l’admiration de Marie pour son enfant endormi. Dommage que le chant maĂźtrisĂ© d’Elvira Bill, bien placĂ©, reste lisse comme distanciĂ©.
Le Final (choral entonnĂ© par les enfants) souligne encore l’émerveillement pastoral pour l’enfant dont le sentiment de tendresse est Ă  nouveau portĂ© par les deux hautbois d’amour, emblĂšmes de cette communion miraculeuse autour de l’Enfant.

Gerlinde-Sämann----Tobias-Berndt-oratorio-de-noel-J.-S. Bach- Weihnachtsoratorium oratorio noel bachfest leipzig 2021 streaming review critique classiquenewsDramatique comme un opĂ©ra, la 3Ăš partie affirme la vitalitĂ© de son entrĂ©e, avec trompettes et choeur (d’enfants) ; l’ouverture porte l’espoir des bergers qui marchent (et mĂȘme s’empressent) Ă  BĂ©tlĂ©hem pour y admirer le nouveau nĂ© ; on admire le timbre noble et tendre de la basse qui avec la soprano (trĂšs musicale Gerlinde SĂ€mann) entonne alors le plus duo de parents aimants que Bach a jamais composĂ© (« Ich bin deine, du bist meine ») : aucun doute, Haydn s’en est inspirĂ© pour le duo de sa CrĂ©ation (Adam / Eve) ; et Mozart dut l’avoir en tĂȘte en Ă©crivant son duo de Papagena / Papageno pour La FlĂ»te. La sĂ»retĂ© des deux solistes se rĂ©vĂšle jubilatoire, communion de deux Ăąmes admiratives et sincĂšres. L’intelligibilitĂ© est totale, le sens du texte, nuancĂ© ; une entente parfaite.

La seconde partie du streaming, dĂ©bute avec la 4Ăš partie, fĂȘte pour le 1er janvier. La sĂ©quence est riche d’espĂ©rance, cĂ©lĂ©brant en JĂ©sus, le Sauveur et le guide protecteur. Le Choeur d’ouverture est plein de sĂ©rĂ©nitĂ© aux couleurs cynĂ©gĂ©tiques (cor naturel), annonçant l’avĂšnement du Fils RĂ©dempteur. Puis l’Arioso de la basse fait alliance avec « Mon JĂ©sus » protecteur qui Ă©carte toute inquiĂ©tude de la mort
 ce que reprend l’air (central de cette JournĂ©e IV) de la soprano (excellente car sobre et claire Gerlinde SĂ€mann) en dialogue avec le hautbois (dĂ©licieux effets d’échos) et le soliste du chƓur d’enfants ; en un focus inouĂŻ, la ferveur devient individuelle et le texte comme la musique renforcent le lien entre JĂ©sus et chaque croyant. Ce dialogue entre Dieu et le fidĂšle est au coeur de la nouvelle section : les nombreux « Ja / oui » repris par la voix et le hautbois soulignent la certitude du croyant, comme baignĂ© par la tendresse infinie et caressante de JĂ©sus. MĂȘme fusion entre croyant et JĂ©sus, en un jeu de miroir, d’identitĂ© dĂ©doublĂ©e, dans ce qu’exprime le sublime rĂ©citatif qui suit, associant la basse accompagnĂ© par l’orchestre et le choeur des garçons sopranos. Comme un chƓur « cĂ©leste », les garçons accompagnent l’ñme du fervent : la basse, dĂ©cidĂ©ment parfaite par sa justesse humaine et tendre).
BACHfest-leipzig-2021-Martin-Petzold-review-critique-opera-classiquenews-oratorio-noel-js-BACHAvec 2 violons obligĂ©s, l’air du tĂ©nor cĂ©lĂšbre l’humanisme du Sauveur (« Ich will nur dir zu Ehren leben / Je veux vivre pour ta seule gloire ») : ardente, tendue, Ă  la fois martiale et dansante mĂȘme, la volontĂ© du croyant est dĂ©bordante d’une sincĂ©ritĂ© qui s’exalte au contact des deux cordes. Martin Petzold, a la dĂ©termination de celui qui pense exactement ce qu’il dit : le chant se fait prĂ©dication et tĂ©moignage. La fusion spirituelle des trois solistes, violons I, II et tĂ©nor est un autre moment bouleversant.

Comme le dĂ©but de la IIIĂš exprimait l’exaltation des bergers marchant vers BĂ©thlĂ©em, le portique d’ouverture de la VĂš partie (pour le dimanche aprĂšs le 1er janvier), atteste de l’impatience presque frĂ©nĂ©tique des rois mages venus honorĂ©s l’Enfant. Les instrumentistes de l’Akademie für Alte Musik Berlin expriment cette exaltation qui devient prĂ©cipitation
 socle Ă  une cathĂ©drale sonore vertigineuse qui exige de tous les pupitres choraux. En cela les garçons, sopranos, altos, tĂ©nors et basses, relĂšvent les dĂ©fis d’un massif contrapuntique parmi les plus impressionnants de Bach. Point d’orgue de la sĂ©quence, le trio sop / alto / tĂ©nor, parfaitement bien caractĂ©risĂ© (avec violon solo obligĂ©) : « Ach, wenn wird die Zeit erscheinen? / Ah quand viendra-t-il ce jour tant attendu ? », exprime le feu, la fiĂšvre des croyants, qui s’exaspĂšrent dans l’attente de l’avĂšnement du royaume de JĂ©sus. Les 3 interprĂštes offrent une leçon de ligne vocale d’une sĂ»retĂ© absolue, oĂč le chant se fait certitude.

Dans la derniĂšre sĂ©quence (6Ăš partie), l’oratorio dĂ©voile et souligne l’autoritĂ© de JĂ©sus, sa nature divine, telle que le proclament (aprĂšs le superbe choeur introductif avec les trompettes), d’abord la soprano (air « Nur ein wink von seinem hĂ€nden / D’un seul signe de sa main ») ; puis le tĂ©nor, fier et heureux, presque martial, dont l’air « Nun mögt ihr stolzen feinde schrekken / Durs ennemis essayer de me terroriser » confirme qu’il sera invincible, protĂ©gĂ© par le Sauveur. En dĂ©voilant l’essence divine de JĂ©sus, la musique souligne son caractĂšre protecteur. Le choral final complĂšte ce tableau des dĂ©lices en annonçant une nouvelle Ăšre pour l’humanitĂ©. On souscrit totalement Ă  l’exaltation finale portĂ©e par l’engagement de tous les musiciens.

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CRITIQUE, LIVE STREAMING, BACH fest, LEIPZIG. Sam 12 juin 2021 / 18h puis 20h30. Leipzig, Thomaskirche : J. S. Bach: Weihnachtsoratorium, BWV 248 (I–III) puis (IV-VI) – Gerlinde SĂ€mann (Soprano), Elvira Bill (Alto), Tobias Hunger (TĂ©nor – Evangeliste), Martin Petzold (TĂ©nor – Arien), Tobias Berndt (Basse), Thomanerchor Leipzig, Akademie für Alte Musik Berlin – Direction : Thomaskantor / Gotthold Schwarz.

LIVE STREAMING, opĂ©ra. LILLE, OpĂ©ra. Le 3 juin 2021. PUCCINI : Tosca. Joyce El-Khoury, Orchestre National de Lille – Alexandre Bloch

CRITIQUE opĂ©ra, LIVE STREAMING. LILLE, OpĂ©ra. Le 3 juin 2021. PUCCINI : Tosca. Joyce El-Khoury, Orchestre National de Lille – Alexandre Bloch – La mise en scĂšne met le thĂ©Ăątre en avant, et donc la violence d’un pouvoir avide d’assassinats, probablement perpĂ©trĂ©s Ă  l’initiative de l’infĂąme Scarpia, baron inique, et patron de la police romaine. Le dĂ©but de l’opĂ©ra commence ainsi par une exĂ©cution en rĂšgle, Ă  laquelle le public prĂ©sent applaudit Ă  tout rompre : au moins le climat est fixĂ©. Nous sommes sous le rĂ©gime d’une terreur (qui dit spectacle, dit assassinats). Et les amants maudits, le bonapartiste libertaire (et peintre) Mario Cavaradosi et sa maĂźtresse, la cantatrice Floria Tosca (que dĂ©sire Scarpia) surgissent de l’ombre telles deux Ăąmes fraternelles, passionnĂ©s, humaines, totalement impuissant face Ă  la machine sanguinaire.
Le trio infernal se rĂ©alise grĂące Ă  une caractĂ©risation soignĂ©e, vraisemblable. CĂŽtĂ© chant, c’est surtout la sincĂ©ritĂ© souvent dĂ©chirante de la soprano Joyce El-Khoury qui se dĂ©tache ; toujours trĂšs engagĂ©e Ă  tenir son personnage de femme loyale amoureuse prĂȘte Ă  tout pour sauver celui qu’elle aime (et qui se fait arrĂȘtĂ© et torturĂ© par Scarpia). Sa fameuse priĂšre au II (Vissi d’arte, vissi d’amore, Ă  la table du dĂ©mon Scarpia) bouleverse par son ardeur Ă©plorĂ©e, sa grandeur morale dĂ©munie.

 

 

 

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Tableau final de l’opĂ©ra : auprĂšs du corps de Mario assassinĂ©, Tosca se tue…

L’orchestre tire son Ă©pingle du jeu : souple et puissant ; dĂ©taillĂ© et trĂšs suggestif, sous la baguette d’Alexandre Bloch, directeur musical du National de Lille, le chef dirige en veste blanche, dans une fosse Ă©largie et au milieu des musiciens ; la partition de Puccini dĂ©voile tout ce qu’elle comprend d’ampleur cinĂ©matographique dans sa progression dramatique, ses sĂ©quences contrastĂ©es, sa palette psychologique si juste
 l’Orchestre peint de vĂ©ritables paysages, picturaux, Ă©motionnels, comme le chant du jeune berger au dĂ©but du III, ici chantĂ© par 3 jeunes filles, qui Ă©voque les collines romaines et les troupeaux qui y paissent
 vision pastorale inouĂŻe dans un drame barbare qui ici se termine par le suicide par pendaison de Tosca.
On est happĂ© de bout en bout par la tension d’un orchestre qui sait rugir (auprĂšs de Scarpia) autant qu’implorer (la priĂšre de Tosca).

 

 

 

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LIVE STREAMING, opĂ©ra. LILLE, OpĂ©ra. Le 3 juin 2021. PUCCINI : Tosca. Joyce El-Khoury, Orchestre National de Lille – Alexandre Bloch

 

 

 

Tosca, opéra en trois actes de Giacomo Puccini (1858-1924)
Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa
d’aprùs la piùce de Victorien Sardou

Création à Rome le 14 janvier 1900

Direction musicale : Alexandre Bloch
Mise en espace : Olivier Fredj
LumiĂšres : Nathalie Perrier
Assistant Ă  la direction musicale : Constantin Rouits
Chef de chant : Benjamin Laurent
Chefs de choeur : Yves Parmentier, Pascale Diéval-Wils

Avec
Floria Tosca : Joyce El-Khoury
Mario Cavaradossi : Jonathan Tetelman
Le baron Scarpia : Gevorg Hakobyan
Cesare Angelotti : Patrick Bolleire
Le sacristain : Frédéric Goncalves
Spoletta : Luca Lombardo
Sciarrone : Matthieu LĂ©croart
Un geĂŽlier : Laurent Herbaut
Un berger : Violette Desmalines, Daphné Greff-Kielar, Emma Ponte
Amané Shiozaki, Marion Smith (en alternance)
Choeur de l’OpĂ©ra de Lille
Jeune Choeur des Hauts-de-France
Orchestre National de Lille

REVOIR en REPLAY TOSCA de PUCCINI par l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch :
https://www.youtube.com/watch?v=85Nz22l31Mw&t=7915s

CD événement, critique. Dominique Visse, contre-ténor : La Lyre amoureuse. Les Sacqueboutiers (1 cd Flora).

coverCD Ă©vĂ©nement, critique. Dominique Visse, contre-tĂ©nor : La Lyre amoureuse. Les Sacqueboutiers (1 cd Flora). Somptueux rĂ©cital lyrique dĂ©fendu par la gouaille sensuelle et acide du conte-tĂ©nor Dominique Visse, devenue Ă  juste titre lĂ©gende vivante tant l’intelligence de la ligne, la franchise du style, sa verdeur Ă  l’éloquence subtile captivent de bout en bout dans ce rĂ©cital baroque tout entier dĂ©volu au Seicento, XVIIĂš ou premier baroque italien. « La lyre amoureuse » dont il est question, fixe les tourments, peines, vertiges et langueurs des amants impuissants, dĂ©munis, dĂ©laissĂ©s. La douleur amoureuse produit ses dĂ©lires Ă©motionnels divers que le chanteur, fin diseur, rehausse par sa maĂźtrise des phrasĂ©s. Le timbre que l’on a tant de fois Ă©coutĂ©, applaudi Ă  l’opĂ©ra dans les rĂŽles travestis des Nourrices et des confidentes, ajoute aussi cette couleur de sagesse rentrĂ©e prĂȘte Ă  revĂȘtir toutes les facettes pour distiller ses leçons de bon sens. L’excellent soliste vivifie les textes, de Sances Ă  Luigi Rossi et Frescobaldi, sans omettre la surprenante Barbara Strozzi (et son Eraclito amoroso), figure dĂ©sormais emblĂ©matique du bel canto baroque vĂ©nitien.

CLIC D'OR macaron 200Tout un pan de la poĂ©tique amoureuse nous est rĂ©vĂ©lĂ©, ressuscitant le gĂ©nie des compositeurs contemporains de l’incontournable Monteverdi (pourtant et avec raison absent de l’album). Au crĂ©dit de Dominique Visse soulignons cet art du naturel expressif, ce goĂ»t exemplaire du verbe, la facultĂ© d’éclairer chaque nuance du texte, ce avec d’autant plus de finesse que les instrumentistes (Les Sacqueboutiers) partagent la mĂȘme expressivitĂ© allusive, polissant la verdeur des timbres (cornet et sacqueboute
) dont l’intonation suit avec justesse l’éloquence de la ligne vocale. Le programme est un bain de joyaux poĂ©tiques qui montrent combien depuis leur dĂ©buts, les interprĂštes, premiers « baroqueux » de l’heure n’ont rien perdu de leur curiositĂ© (rĂ©vĂ©lant plusieurs pĂ©pites baroques italiennes) ni de leur audace. Le geste vocal comme instrumental est d’une Ă©tourdissante sincĂ©ritĂ©. Magistral. C’est une leçon artistique pour les gĂ©nĂ©rations actuelles et tous les interprĂštes et chanteurs dĂ©sireux de dĂ©fendre ce rĂ©pertoire. CLIC de CLASSIQUENEWS.

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CD Ă©vĂ©nement, critique. Dominique Visse, contre-tĂ©nor : La Lyre amoureuse. Les Sacqueboutiers (1 cd Flora – enregistrĂ© en nov 2020). CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2021.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. PARIS, Palais Garnier, le 21 mai 2021. Marc- Olivier Dalbavie : Le Soulier de satin, crĂ©ation – Dalbavie / Nordey.

Soulier de satin d'albanie critique opera classiquenews opera de parisCRITIQUE, opĂ©ra. PARIS, Palais Garnier, le 21 mai 2021. Marc- Olivier Dalbavie : Le Soulier de satin, crĂ©ation – Dalbavie / Nordey. L’OpĂ©ra de Paris rouvre ses portes au public aprĂšs une fermeture de 7 mois, covid oblige. Les conditions sanitaires s’étant assouplies, il a Ă©tĂ© possible de suivre la crĂ©ation du Soulier de Satin de Dalbavie d’aprĂšs la piĂšce Ă©ponyme de Paul Claudel. La partition clĂŽt ainsi la trilogie des opĂ©ras inspirĂ©s par la littĂ©rature française, cycle commandĂ© par la maison parisienne, aprĂšs Trompe la mort d’aprĂšs Balzac de Francesconi (2017), et la convaincante BĂ©rĂ©nice d’aprĂšs Racine de Michael Jarell (2018). Que penser de ce nouvel opus qui devait marquer avec Ă©clat le retour de l’opĂ©ra Ă  la vie ? – Photo (DR)

 

 

UN SOULIER GRISÂTRE  RÉOUVRE LE PALAIS GARNIER

 

 

L’auditeur doit d’abord souffrir 2 heures pour guise de premiĂšre partie oĂč certes l’écriture musicale et vocale de Dalbavie semble s’approprier la dĂ©clamation si singuliĂšre et tout Ă  fait artificielle du verbe claudien tel qu’il est dĂ©ployĂ© dans la piĂšce Ă©ponyme (d’une durĂ©e de 11h quand mĂȘme). Dans la fosse, plus Ă©conome et concentrĂ©, le compositeur lui-mĂȘme veille au grain (spectral) de sa texture orchestrale – majoritairement chambriste, et aussi Ă  une certaine voluptĂ© du chant, jamais contraint, souple et accentuĂ© avec justesse, surtout tout au long des deux derniĂšres parties (deux derniĂšres journĂ©es). Pendant les presque 6 h de programme, les nombreux chanteurs se dĂ©fendent avec plus ou moins de conviction, l’articulation pour certains Ă©tant dĂ©ficiente. On distingue surtout par la justesse dramatique de l’expression comme la maĂźtrise du tissu vocal, Eve Marie-Hubeaux (Dona ProuhĂšze), Yann Beuron (Don PĂ©lage), Vannina Santoni (Dona Musique au chant articulĂ©, dĂ©clamĂ©, debussyste, sirĂšne ornementĂ©e qui personnifie avec une profondeur Ă©nigmatique la Musique que chacun voudrait sĂ©duire et possĂ©der), comme le truculent contre-tĂ©nor Max Emanuel Cencic au relief pincĂ© (l’Ange Gardien)
 Sans omettre le Chevalier Ă©tincelant du tĂ©nor Julien Dran, Ă  la fois Roi de Naples, Ramire et Boniface, au verbe mordant, ourlĂ©, suractif d’une maĂźtrise aiguĂ« insolente


Toutes les situations dramatiques les plus dĂ©lirantes dans ce jeu universel du sublime et du sinistre (qui n’écarte pas la vis comica incarnĂ©e par les personnages du non moins percutant Eric Huchet) passent ainsi de Claudel Ă  Dalbavie ; ainsi l’équation des amours impossibles entre ProuhĂšze et Rodrigue se pose sans se rĂ©soudre, y compris dans leur duo d’amour final. Des acteurs complĂštent le tableau des chanteurs
 on passe du profil fĂ©lin fĂ©minin de l’élĂ©gantissime Chinois Isodore (Yuming Hey) » Ă  la voix parlĂ©e filĂ©e 
 Ă  Jobarba la Noire (MĂ©lody Pini), autre figure indignĂ©e qui s’embrase en une transe vaudou laquelle cite Ă©videmment Le Sacre de Stravinsky, 
 sans omettre la sĂ©quence de l’ombre double, enregistrĂ©e oĂč envoĂ»te la voix de Fanny Ardant, « lune » de luxe et de charme. Pour autant avons-nous rĂ©ellement une Ɠuvre unitaire et forte ?

Visuellement le dĂ©cor et la mise en scĂšne (Norday) cultivent une distanciation Ă©purĂ©e qui tend Ă  l’abstraction (mĂȘme si les accessoires plus nombreux dans la 4Ăš JournĂ©e citent directement l’ambiance ibĂ©rique ascĂ©tique de la piĂšce source ; mĂȘme si la citation de peintures Renaissance, Ă©coles espagnoles et italiennes tendent Ă  inscrire le drame dans l’histoire). Pourtant, mĂȘme dans sa version resserrĂ©e de 5h, le spectacle musical peine Ă  insuffler la transe lyrique que l’on attendait : trop proche du thĂ©Ăątre de Claudel et donc en cela emprisonnĂ© dans un style entre deux ? Sans rĂ©el Ă©clat poĂ©tique transcendant, la partition de Dalbavie rĂ©ussit cependant le dĂ©fi de la dĂ©mesure qui marquait la piĂšce dont elle s’inspire ; son chambrisme exprime les doutes et les ambivalences de ses personnages en quĂȘte d’eux-mĂȘmes.
L’OpĂ©ra de Paris annonce la diffusion vers le plus large public de cette crĂ©ation, depuis sa plateforme de streaming, L’OpĂ©ra chez soi, gratuitement le 13 juin 2021 dĂšs 14h30. Sur France Musique, le 19 juin 2021, 20h.

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. PARIS, Palais Garnier, le 21 mai 2021. Marc- Olivier Dalbavie (nĂ© en 1961): Le Soulier de satin, opĂ©ra en 4 journĂ©es, crĂ©ation. Livret : RaphaĂšle Fleury d’aprĂšs Paul Claudel – Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris, dir. Marc-AndrĂ© Dalbavie / mise en scĂšne : Stanislas Nordey.

 

 
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PARIS, Trompe-la-Mort de Francesconi, CREATION LYRIQUE RÉUSSIE Ă  GARNIERLIRE aussi notre compte-rendu, opĂ©ra. Paris, Palais Garnier, samedi 18 mars 2017. Francesconi : Trompe-la-Mort, crĂ©ation : Cassiers / MĂ€lkki. BALZAC SUR LES RAILS LYRIQUES. RĂ©pondant Ă  la commande de l’OpĂ©ra national de Paris, Luca Francesconi signe un nouvel opĂ©ra d’une cohĂ©rence indiscutable qui confrontĂ© Ă  sa source balzacienne, relĂšve les dĂ©fis de la mise en forme et de la transposition des sujets et thĂ©matiques littĂ©raires pourtant si dĂ©licats. Le passage du roman Ă  l’opĂ©ra est d’autant mieux rĂ©alisĂ© que le compositeur milanais nĂ© en 1956, Ă©crit aussi le livret de son drame lyrique : il en dĂ©coule, grĂące Ă  la fusion paroles et musique, conçue d’une seule main, dans la succession des Ă©pisodes, un rythme fluide, hautement contrastĂ©, des situations qui dessinent les profils psychologiques et cisĂšlent leurs intentions souterraines.

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LIVRE, critique. Martha Argerich raconte par Olivier Bellamy (Buchet Chastel)

argerich martha entretiens 80 ans juin 2021 bellamy martha raconte critique livre classiquenews 9782283034460-4904fLIVRE, critique. Martha Argerich raconte par Olivier Bellamy (Buchet Chastel). Pianiste lĂ©gendaire, au toucher de velours et d’une rare richesse suggestive, la reine actuelle du clavier, c’est assurĂ©ment l’argentine Martha Argerich : elle a pour elle une maĂźtrise inĂ©galĂ©e de l’octave ; une dextĂ©ritĂ© souple, une agilitĂ© articulĂ©e qui se met au service du chant intĂ©rieur de chaque partition ; pour nous chatte plutĂŽt que lionne, farouchement indĂ©pendante, prĂ©fĂ©rant aux lumiĂšres de la ville et aux flashes mĂ©diatiques, la douce nuit du silence
 nĂ©buleuse rĂ©confortante et inspiratrice ; Martha est un ĂȘtre fauve et insaisissable en dĂ©finitive qui cultive l’art du retrait voire du repli ; s’économisant toujours, moins par calcul que par nonchalance. Une prophĂ©tesse malgrĂ© elle dont l’art de la pudeur naturel, rend fraternelle, Ă©tonnamment proche. Martha parle peu ; en quelques mots. C’est que la musique exprime infiniment plus que l’artifice fallacieux des paroles. C’est pourquoi chaque entretien est aussi prĂ©cieux que rare.
A demi mots, la sirĂšne Ă©nigmatique se livre, beaucoup ; sur sa carriĂšre, sa vie, ses amours ; ses amis, ses admirations (Ivry Gitilis, Gulda, 
) ; ses proches voire davantage : Rabinovitch, Kovacevich, Kremer, Dutoit, et bien sĂ»r le « petit frĂšre » et confrĂšre, Nelson (Freire), etc
 ; ses goĂ»ts aussi : Chopin, Schumann, Mozart plutĂŽt que Beethoven
 mais Ă  son corps dĂ©fendant. Rien ne l’intĂ©resse plus aujourd’hui que la transmission et l’aide qu’elle peut apporter aux jeunes interprĂštes.
L’envie de prendre son temps et aussi de travailler car sans discipline, pas de rĂ©sultat, se heurte toujours au principe de rĂ©alitĂ©. A travers 4 entretiens ici retranscris (2004, 2008, 2011, 2019) et plusieurs confessions thĂ©matiques, Martha Argerich qui souffle en juin 2021, ses 80 ans, se dĂ©voile sans fausse pudeur et sans effet narcissique. Comme son jeu, sincĂšre, franc,
 unique. Bon anniversaire Martha !

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LIVRE, critique. Martha Argerich raconte par Olivier Bellamy (Ă©ditions Buchet Chastel).
Parution : 6 mai 2021 – 272 p. – prix indicatif : 21 € – Plus d’infos sur le site de l’éditeur Buchet Chastel :
http://www.buchetchastel.fr/entretiens-avec-martha-argerich-olivier-bellamy-9782283034460

COMPTE-RENDU opéra, critique. LIVE STREAMING du 5 mai 2021, Lille, Nouveau SiÚcle. MOZART : THAMOS. Orchestre National de Lille, David Reiland (direction)

THAMOS-SAIS-2-opera-orchestre-national-de-lille-critique-annonce-classiquenews-mozart-thamosCOMPTE-RENDU opĂ©ra, critique. LIVE STREAMING du 5 mai 2021, Lille, Nouveau SiĂšcle. MOZART : THAMOS. Orchestre National de Lille, David Reiland (direction). La partition relĂšve de l’esthĂ©tique galante mais colorĂ©e des Ă©clairs et contrastes saisissants du Sturm und drang auquel le jeune Mozart apporte sa propre sensibilitĂ© instrumentale ; il accorde une place privilĂ©giĂ©e aux choeurs (premiers Ă  s’exprimer dans l’explicitation du drame), porteurs de l’espĂ©rance des peuples, exprimant cette aspiration viscĂ©rale Ă  la fraternitĂ© universelle. Nous sommes bien dans un contexte moral franc-maçon (« accorde Ă  la jeunesse frivole, vertus et discipline  ») ; tout le drame qui va se jouer met en scĂšne l’application des prĂ©ceptes des LumiĂšres pour l’édification des hommes. Le politique (le jeune prince Thamos) est invitĂ© Ă  favoriser et mettre en Ɠuvre ce vaste programme d’éducation de la sociĂ©tĂ©. La forme orchestrale suit la lumineuse direction de cette philosophie musicale : le sens du dĂ©tail, les rebonds dramatiques, l’esprit des nuances sont ici garantis par la direction souple et sensible de l’excellent David Reiland, venu de Metz (dont il est directeur musical de l’Orchestre National) pour diriger la phalange lilloise.
Sur scĂšne, l’action illustre ce passage de la gangue originelle, boueuse, bitumeuse, brute Ă  l’accomplissement de l’individu humain, maĂźtre de son destin, corps enfin libĂ©rĂ© de son enveloppe archaĂŻque et primitive. Selon la conception de Damien Chardonnet-Darmaillacq (qui a rĂ©alisĂ© une adaptation d’aprĂšs la piĂšce de thĂ©Ăątre dont la partition assure les inserts musicaux), la mise en scĂšne et l’appareillage vidĂ©o (film tournĂ© au PhĂ©nix de Valenciennes prĂ©alablement au concert) exprime l’opĂ©ration de transformation de la matiĂšre vers sa sublimation ; passage oĂč se rĂ©alise l’alchimie organique, Ă  l’image d’un accouchement symbolique.
David Reiland veille Ă  l’articulation de chaque intermĂšde orchestral dont l’ampleur et le souffle annoncent le Mozart Symphoniste d’Idomeneo et de la pleine maturitĂ©, celui des 3 derniĂšres symphonies.

 

 

 

Illumination de Thamos / MĂ©tamorphose de SaĂŻs

David Reiland et l’Orchestre National de Lille jouent le drame qui prĂ©figure La FlĂ»te EnchantĂ©e,
Thamos, roi d’Egypte, musique de scùne maçonique

 

 L'ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE joue THAMOS de MOZART

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Le chant des cordes dit Ă  la fois la solitude du hĂ©ros Thamos et aussi l’espoir que sa vertu suscite au sein de la foule. La vitalitĂ© dĂ©taillĂ©e des instruments, timbres caractĂ©risĂ©s dans l’esprit d’un orchestre de chambre, souligne chaque Ă©tape de la sublimation du corps primitif vers sa rĂ©vĂ©lation finale : ainsi se dĂ©voile la figure de la princesse SaĂŻs, vierge du temple de soleil qui est aimĂ©e de Thamos, bien qu’elle soit la fille de son ennemi tutĂ©laire. La vidĂ©o expose l’histoire de Thamos Ă  travers le regard et l’expĂ©rience vĂ©cue par la jeune femme.
Orchestralement, David Reiland exprime toute l’activitĂ© Ă©motionnelle de la texture mozartienne ; oui, Mozart est bien ce poĂšte du cƓur humain, des sentiments les plus ineffables, ce magicien qui explore et ausculte Ăąme et corps ; grĂące Ă  l’éloquence des instrumentistes lillois, l’écriture orchestrale parle
 et chante (comme un chanteur d’opĂ©ra) ; elle explique et commente mieux que des paroles chantĂ©es, tout ce qui se dĂ©voile peu Ă  peu sur l’écran : la manifestation d’une mĂ©tamorphose. Pour autant, le lien entre la jeune femme qui dĂ©voile son visage et Thamos aurait pu ĂȘtre mieux expliquĂ©. Mettre en avant SaĂŻs ainsi est juste mais n’aurait-il pas aussi visualiser Thamos Ă  ses cĂŽtĂ©s pour comprendre comment sa place est primordiale dans l’avĂšnement du Prince ?

La gangue primitive qui emprisonne SaĂŻs fait rĂ©fĂ©rence Ă  la momification ; peu Ă  peu se dĂ©roule sa mise Ă  nu ; et l’ĂȘtre vertueux se rĂ©vĂšle ainsi, resplendissant selon le rituel maçonnique Ă©gyptien. L’impression de sĂ©quences enchaĂźnĂ©es qui nuit Ă  la continuitĂ© d’un vrai drame s’explique par la nature mĂȘme de la musique Ă©crite par le jeune Mozart : musique de scĂšne plutĂŽt que drame musical continu. Les airs de solistes sont rares. Mais pas la caractĂ©risation des instruments solistes (cor, hautbois, flĂ»te
).
Dans ce parcours instrumental qui suit l’action en s’illuminant, David Reiland et le metteur en scĂšne nous parlent d’humanitĂ© renouvelĂ©e, Ă  naĂźtre, porteuse des valeurs et vertus des LumiĂšres ; ce miracle est l’enjeu et le sujet du drame de Thamos. Tout le systĂšme philosophique et moral superbement incarnĂ© / explicitĂ© par l’orchestre, annonce les valeurs de l’opĂ©ra Ă  venir, plus accompli dans sa forme lyrique, et aussi chantĂ© en allemand, La FlĂ»te enchantĂ©e de 1791. Du langage classique des annĂ©es 1770, David Reiland fait un organe vivant, palpitant qui nous parle directement, veillant constamment aux phrasĂ©s, Ă  la vitalitĂ© des contrastes : dans l’alliage des timbres associĂ©s, on y perçoit dĂ©jĂ  les couleurs et les accents des opĂ©ras Ă  venir : Idomeneo bien sĂ»r, mais aussi Don Giovanni et sa noblesse grave, d’essence tragique.

Comme la rĂ©solution de l’énigme visuelle / orchestrale, surgit l’espĂ©rance du 2Ăš choeur (Ă  24’18 : « Dieu dont la puissance s’étend sur toute chose!  / Toi qui t’élĂšve et jamais ne faiblit
. rĂšgne, souverain sans Ă©gal dans la grandeur » : excellemment prĂ©parĂ©s par Thibault Lenaerts, le chƓur de chambre de Namur (et la soprano qui sort de la masse chorale soulignant la dĂ©licatesse des instruments) apporte sa couleur articulĂ©e, transparente, fusionnant sans Ă©paisseur avec la ductilitĂ© d’un orchestre lui aussi comme sublimĂ©, irradiĂ© par l’enseignement lumineux et initiatique (cĂ©lĂ©bration du guide et pĂšre pour tous, garant du bien commun).
En un couronnement tendre, l’air de basse qui conclut le cycle confirme la maturitĂ© de cette Ă©criture mozartienne frappĂ©e du sceau de la sincĂ©ritĂ© (« Vous fils de la poussiĂšre  ») : son souffle incantatoire se rapproche aussi de l’air du commandeur de Don Giovanni, vĂ©ritable proclamation presque terrifiante et avertissement Ă  qui se dresserait contre le couronnement de Thamos le valeureux ; c’est aussi une claire prĂ©figuration du personnage de Sarastro, grand prĂȘtre du soleil dans La FlĂ»te enchantĂ©e. L’ultime choeur (« Sublime Soleil, protĂšge la couronne du roi
 », solarisation collective et cĂ©lĂ©bration du souverain Ă©clairĂ©) sonne comme un hymne de dĂ©livrance et de rĂ©confort.
L’équilibre sonore, la souplesse et l’élĂ©gance de la direction de David Reiland prĂ©servent le charme fraternel de la partition, son ambition humaniste, son raffinement formel comme son sens dramatique.
Encore embryonnaire en sa discontinuitĂ© archaĂŻque, la partition de Thamos manifeste une maturitĂ© directe qui pourra se dĂ©ployer pleinement dans La FlĂ»te EnchantĂ©e. Ce jalon de la dramaturgie mozartienne est magistralement dĂ©fendu par l’équipe lilloise. Superbe spectacle irradiĂ© de grandeur, d’espoir, de lumiĂšre. Du pain bĂ©ni pour notre temps. Un spectacle fort et lumineux Ă  vivre sur la scĂšne du Nouveau SiĂšcle en novembre 2021. Incontournable.

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VOIR et REVOIR THAMOS roi d’Egypte par l’Orchestre National de Lille
sur la chaüne youtube de l’ON LILLE ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE ici :
https://www.youtube.com/watch?v=fh_8qngY3ow&list=PLjt12Zt-aSM12p3JI5CXB8zllWROJOD9-&index=1

 

EN REPLAY jusqu’au 5 juin 2021.

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VIDEO : entretien avec David Reiland : « Thamos est un vĂ©ritable bijou »  dont il faut rĂ©ussir la synchronisation entre musique et image.

 

https://www.youtube.com/watch?v=IpmaG_XU8FQ&list=PLjt12Zt-aSM12p3JI5CXB8zllWROJOD9-&index=3

 

 

 

CD critique. RAMEAU : Dardanus, 1744 (Orfeo Orchestra, Vashegyi, 2 cd Glossa, 2020)

rameau dardanus vashegyi orfeo orchestra cd critique classiquenews cyrille duboisCD critique. RAMEAU : Dardanus, 1744 (Orfeo Orchestra, Vashegyi, 2 cd Glossa, 2020) — EnregistrĂ© au MÜPA, le principal centre de concerts de Budapest, en mars 2020, cette nouvelle lecture de Dardanus de Rameau, opĂ©ra hĂ©roĂŻque et fantastique du gĂ©nie Baroque français (crĂ©Ă© en nov 1739 avec le lĂ©gendaire JĂ©lyotte dans le rĂŽle-titre, futur crĂ©ateur de PlatĂ©e en 1745
), confirme Ă©videmment le souffle dramatique du chef György Vasgeyi dont classiquenews suit pas Ă  pas les rĂ©alisations discographiques : aucun doute le maestro maĂźtrise la veine ardente, noble, expressive de Rameau sans omettre son sens premier de l’orchestre, son goĂ»t des timbres instrumentaux, surtout la vitalitĂ© organique des divertissements et des ballets qui leur sont associĂ©s :  lourre, rigaudons, menuets, tambourins des Phrygiens qui occupent et ferment l’action du III / menuet, musette, contredanse enfin chaconne finale, dans la tradition de Lully depuis le XVIIĂš, qui concluent le V
);

Maestro Vashegyi insuffle à  l’ouverture une ampleur symphonique dĂ©voilant le Rameau dramaturge, le grand architecte de la scĂšne lyrique, le magicien des sons qui outrepasse le prĂ©texte narratif du livret (en particulier quand paraĂźt IsmĂ©nor qui commande aux forces infernales Ă  l’acte II) et explore une palette de couleurs et de rythmes jamais conçus Ă  son Ă©poque. La version retenue est celle de 1744.

rameau jean philippe rameauLa lecture bĂ©nĂ©ficie d’une distribution virile solide : Teucer /IsmĂ©nor (Thomas DoliĂ©), AntĂ©nor (Tassis Christoyannis) et surtout Dardanus auquel le timbre brillant du tĂ©nor Cyrille Dubois apporte une tendresse vaillante. Ouvrant l’acte IV et marquant ainsi toute la partition, sa plainte comme prisonnier exprimant le gouffre de la douleur atteint une sincĂ©ritĂ© directe grĂące au style dĂ©pouillĂ© du soliste français ; dommage cependant que le chant s’ Ă©paissit d’un maniĂ©risme pathĂ©tique parfois trop appuyĂ© (Ă©cart plus romantique que baroque) qui rend ainsi le texte souvent inintelligible : cette scĂšne est pourtant l’une des plus saisissante de tout l’opĂ©ra français du XVIIIĂš, entre dĂ©sespoir, hallucination, cauchemar Ă©veillé  RAMEAU y glisse une claire critique contre l’enfermement dĂ©cidĂ© par l’arbitraire, la dĂ©fense de cette libertĂ© absolue qu’il chĂ©rit en digne fils des LumiĂšres (un sujet qu’il traite jusque dans son dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades oĂč il dĂ©nonce la torture
). Le duo qui suit avec Ismenor, exprimant Le triomphe de la lumiĂšre sur les tĂ©nĂšbres de la geĂŽle prolonge cette quĂȘte libertaire. D’ailleurs tout l’acte IV tend vers la lumiĂšre, direction quasi maçonnique. Ce qu’approfondit encore et dĂ©ploie l’enchaĂźnement des Ă©pisodes de l’acte V quand VĂ©nus fait rĂ©gner l’empire de l amour, transformant le lieu carcĂ©ral en rive de CythĂšre.

Dardanus, hĂ©ros des LumiĂšres, sait pardonner Ă  son rival tutĂ©laire Teucer, grĂące Ă  l’amour qu’éprouve pour lui la fille de ce dernier, Iphise (dĂ©cevante Judith van Wanroij Ă  la voix mĂ©tallisĂ©e, Ă  l’articulation poussive, bien peu naturelle). Pour le reste, l’élĂ©gance et le sens du dĂ©tail comme le geste imaginatif du chef atteint un haut niveau artistique qui inscrit la rĂ©alisation parmi les meilleures versions discographiques, ce malgrĂ© les faiblesses des autres solistes. Ici l’orchestre fait tout, en particulier dans la succession des tableaux chorĂ©graphiques de conclusion.

CD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020)

graun passio oratorio vashegyi glossa review critique cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020). VoilĂ  la redĂ©couverte d’une Ɠuvre Ă©clectique mais puissante, retable disparate pourtant incontestablement unitaire qui tĂ©moigne aussi d’une pratique musicale familiĂšre Ă  l’époque de JS BACH : l’art des assemblages musicaux hĂ©tĂ©rogĂšnes

Par « Pasticcio » / « pĂątisserie » en Italien, il faut entendre amalgame : comme Bach a modifiĂ© pour chacune des 4 rĂ©alisations de sa Passion selon Saint-Jean, le choix des airs et des sĂ©quences (1724,1725, 1732 puis 1749), les auditeurs du XVIIIĂš avaient davantage coutume d’entendre et de chanter de la musique (chorals) que d’écouter religieusement – au sens du XXĂš, une Ɠuvre cohĂ©rente et unitaire. L’ordre et la succession des airs restent donc mobiles et l’usage d’utiliser des sĂ©quences diverses, voire de compositeurs diffĂ©rents ne surprend pas. Ce pasticcio sacrĂ© / « oratorio de la Passion », jouĂ© du vivant de Bach et qui regroupe les Ă©critures de Graun, Telemann et probablement JS Bach, dirigĂ© par son fils CPE Carl Philipp Emanuel saisit par sa force expressive, sa grande sĂ©duction formelle et la cohĂ©rence qui s’en dĂ©gage, tant l’inspiration malgrĂ© les mains diffĂ©rentes, reste constante, visiblement inscrite dans l’esthĂ©tique « galante », d’une dĂ©licatesse de ton continue, d’emblĂ©e tournĂ©e vers la lumiĂšre d’une foi sereine, apaisĂ©e, confiante, 
 Les chƓurs y sont magistraux, l’écriture fuguĂ©e de haut vol ; certes le matĂ©riel majoritaire est redevable Ă  la main de CH Graun (1704-1759), compositeur officiel de la cour de FrĂ©dĂ©ric II (dĂšs 1740), contemporain es mĂ©rite de Haendel et de JS Bach, dont la cantate de la Passion (« Ein LĂ€mmlein geht und trĂ€gt die chuld » de 1730) forme la structure matriciel du cycle ainsi amplifiĂ© et Ă©laborĂ© vers 1750, et selon la tradition des ouvrages destinĂ©s au Vendredi Saint, organisĂ©s en 2 parties.
CLIC D'OR macaron 200MĂȘme mobile, l’ordre des sĂ©quences ainsi agencĂ©es, de Telemann Ă  Graun sans omettre JS Bach, Ă©difie une architecture puissante et majestueuse, au souffle dramatique et spirituel irrĂ©sistible, que les interprĂštes portent avec un engagement communicatif, surtout un naturel en partage, qu’il s’agisse des chƓurs ou des solistes rĂ©unis autour du chef György Vashegyi. On sait la maĂźtrise de sa direction dans l’opĂ©ra français baroque (de Rameau Ă  Mondonville) : Ă©loquence, fluiditĂ©, Ă©lĂ©gance, articulation du texte s’écoutent ici, sans que jamais l’effet ne l’emporte sur le recueillement. VoilĂ  qui plaide en faveur d’une redĂ©couverte de ses Ɠuvres dont Der Tod Jesu (1755), Passion la plus jouĂ©e au XVIIIĂš pendant la Semaine Sainte. Superbe redĂ©couverte. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2021.

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020).  PLUS d’INFOS sur le site de l’ensemble ORFEO ORCHESTRA Ă  BUDAPEST / György Vashegyi

 

 

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CD prĂ©cĂ©dents dirigĂ©s par le chef hongrois GYÖRGY VASHEGYI et critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS :

mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

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rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie 
 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte


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BOISMORTIER GLOSSA voyages de l amour vashegyi 2 cd critique review cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC dĂ©couverte / hiver 2020. En 1736, 3 ans aprĂšs le choc du scandaleux Hippolyte et Aricie de Rameau, Boismortier aborde Ă  son tour l’opĂ©ra ballet dans le sillon de Campra, Leclair, Rebel et
 Rameau Ă©videmment dont Les Indes galantes marquent le contexte de crĂ©ation des Voyages de l’amour. Mais ce premier coup d’essai dans ce genre pathĂ©tique et tendre, pastoral et langoureux est un coup de maĂźtre. Le compositeur bĂ©nĂ©ficie d’un livret solide, produit d’un jeune « prodige » (de 20 ans) : La BruĂšre.

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Histoire de l’OpĂ©ra Français, de Louis XIV Ă  la RĂ©volution – collectif, sous la direction d’HervĂ© Lacombe (Fayard, avril 2021)

histoire opera francais de louis xiv a la revolution critique livre clic classiquenews herve lacombeLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Histoire de l’OpĂ©ra Français, de Louis XIV Ă  la RĂ©volution – collectif, sous la direction d’HervĂ© Lacombe (Fayard, avril 2021). A l’instar du format « classique » de la tragĂ©die lyrique française (en 5 actes), l’ouvrage majeur Ă©ditĂ© ce printemps par Fayard, offre un panorama de l’opĂ©ra français de Louis XIV Ă  la rĂ©volution, en un prologue, 5 actes (parties) et un Ă©pilogue. De quoi nous rĂ©galer afin de comprendre comment l’opĂ©ra Ă  la française, institutionnalisĂ© par Louis XIV au XVIIĂš (avec les opĂ©ras de Lully – en rĂ©alitĂ© prĂ©cĂ©dĂ© par Perrin, Cambert et Boesset sous le ministĂšre de Mazarin) a Ă©voluĂ© et s’est maintenu coĂ»te que coĂ»te malgrĂ© dĂ©boires et ruptures, scandales et concurrence, toujours original et puissant, singulier mĂȘme vis Ă  vis des autres nations crĂ©atrices, l’Italie ou les pays germaniques entre autres. C’est que l’apport de l’opĂ©ra comique et surtout de la danse, Ă©lĂ©ment emblĂ©matique de l’art français, a profondĂ©ment influencĂ© le genre voulu par le Roi-Soleil
 La tragĂ©die lyrique est nĂ©e du laboratoire du ballet et de la comĂ©die ballet, elle a fixĂ© ses rĂšgles dans les opĂ©ras de Lully, modĂšles du genre, encore cĂ©lĂ©brĂ©s sous le rĂšgne de Louis XV et de Louis XVI.
De Rameau, le plus grand gĂ©nie musical au XVIIIĂš, les auteurs examinent non sans justesse « le sous-texte politique des opĂ©ras » (l’une des contributions les plus passionnantes)
 tandis que la question de la comĂ©die italienne et de l’OpĂ©ra-Comique est Ă©tudiĂ©e avec le mĂȘme discernement sous l’angle d’ « un nouveau territoire lyrique », de plus en plus explicite et actif au XVIIIĂš. Enfin l’époque des LumiĂšres met en avant sous le rĂšgne de Louis XVI et Marie-Antoinette, un essor jamais vu jusque lĂ  des arts du spectacle dont la forme est marquĂ©e par Gluck (et sa rĂ©volution des annĂ©es 1770), puis la prĂ©sence des Italiens Ă  Paris (et Ă  Versailles) : Piccinni, Sacchini, Salieri
 contemporains des opĂ©ras comiques de GrĂ©try et Dalayrac.
Le tableau historique se conclut avec Cherubini Ă  l’époque de la PremiĂšre RĂ©publique (1789-1799). Il est complĂ©tĂ© par deux parties finales, thĂ©matiques : « production et diffusion » (QuatriĂšme partie) et « Imaginaire et culture » (CinquiĂšme partie), comprenant, approche bienvenue et originale, emblĂ©matique de notre Ă©poque, un chapitre dĂ©diĂ© Ă  « la place et la reprĂ©sentation des femmes dans le thĂ©Ăątre lyrique », captivante approche qui prĂ©pare la figure de la diva romantique au XIXĂš. En un regard critique sur le genre et la mĂ©moire patrimoniale qui s’est Ă©difiĂ©e du XVII au XVIIIĂš, les nombreux textes analysent aussi la rĂ©ception et la fortune des opĂ©ras « fondateurs » de Lully au siĂšcle suivant ; en particulier comment les livrets de Quinault ont Ă©tĂ© rĂ©adaptĂ©s, vĂ©nĂ©rĂ©s autant que la partition lullyste, mais retaillĂ©s pour de nouvelles musiques propres au XVIIIĂš.
AprĂšs un prĂ©cĂ©dent ouvrage « Du Consulat au dĂ©but de la IIIĂš RĂ©publique » (qui en fait prolonge historiquement le prĂ©sent opus), voici un nouveau jalon absolument incontournable de la collection Ă©ditĂ©e par Fayard et dĂ©diĂ©e Ă  l’Histoire de l’OpĂ©ra français. Incontournable. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2021.

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Histoire de l’OpĂ©ra Français, de Louis XIV Ă  la RĂ©volution – collectif, sous la direction d’HervĂ© Lacombe (Fayard, avril 2021) - 1272 pages – 39 euros (prix indicatif) – EAN : 9782213709901 – Plus d’infos sur la page dĂ©diĂ©e du site des Ă©ditions FAYARD : https://www.fayard.fr/musique/histoire-de-lopera-francais-xvii-xviiie-siecles-9782213709901

PrĂ©sentation par l’éditeur :
« Les dĂ©buts de l’opĂ©ra en France, de sa fondation par Louis XIV Ă  ses dĂ©veloppements jusqu’à la RĂ©volution. De la tragĂ©die lyrique, genre spectaculaire qui s’impose au monde musical, Ă  l’apparition de nouveaux genres : l’opĂ©ra-comique, qui se dĂ©veloppera au XIXe siĂšcle. MenĂ©e par HervĂ© Lacombe, une Ă©quipe pluridisciplinaire passe en revue tous les aspects de l’opĂ©ra français Ă  ses dĂ©buts, et montre comment se constitue une vĂ©ritable culture lyrique. »