Strauss: Capriccio (Renée Fleming, Davis, 2011)2 dvd Decca. New York Metropolitan Opera, avril 2011

dvd, critique
Strauss
Capriccio

(Fleming, Davis, 2011)

Metropolitan of New York, le 23 avril 2011: Renée Fleming reprend le rôle de sa carrière, celui de la Comtesse Madeleine, arbitre des artistes, ambassadrice avec l’homme de théâtre La Roche, d’un idéal esthétique que défend Strauss lui-même: la vérité faite beauté; c’est ce à quoi doit tendre tout opéra digne du genre; ici tous les personnages en une formidable conversation en musique, où le chant devient musique (sprechgesang), débattent de ce que doit être l’art théâtral; il y a évidemment au coeur de cette quête, l’interrogation sur les moyens expressifs: la poésie est-elle plus importante que la musique (prima le parole dopo la musica… d’abord les paroles ensuite la musique)? Pourtant en réconciliatrice apollinienne, Madeleine invite le poète (Olivier) et le compositeur (Flamand), tous deux épris de leur aristocratique protectrice, à produire cette oeuvre moderne et nouvelle où de vrais personnages souffrent et s’égaient, s’exaltent et exultent au diapason harmonique de la divine musique: “la poésie commence ce que transfigure la musique pour une oeuvre finale que concrétise le théâtre”. Ni plus ni moins.
Dans un renversement délectable, les personnages sur scène deviennent les propres acteurs chanteurs de l’opéra à venir, puisque à l’invitation de la Comtesse et de son frère, les deux créateurs, poète et compositeur, écriront cet opéra à la fois réaliste et féerique dont Capriccio est le miroir exact comme l’accomplissement de ce que nous écoutons et qui n’en serait que le débat initiateur.
Il y a 8 ans déjà, pour conclure l’ère Gall à l’Opéra national de Paris (juillet 2004: Capriccio par Renée Fleming à l’Opéra de Paris. Ulf Schirmer, direction), la divina Fleming, incarnait la grâce de Madeleine dans une mise en scène toute en distanciation et maniérisme de Carsen; en 2011, si la voix a perdu de son éclat et de sa clarté première, le style, le naturel chantant, la pudeur et la finesse s’imposent toujours à nous: l’ultime scène où Madeleine indécise doit choisir entre Olivier le lumineux poète et Flamand l’âme passionnée, révèle l’actrice comme la diseuse experte en nuances les plus onctueuses.
Sur la scène du Met, en avril 2011, la mise en scène reste classique mais lisible et efficace: les références au baroque parisien, ce XVIIIè qui évoque Tancrède de Voltaire entre autres, sont bien présentes (dans les costumes de scène que portent encore au début des scènes 8 et 9, la comédienne Clairon et le Comte). Mais le temps réel de l’action s’inscrit plutôt à l’époque où Strauss compose Capriccio, pendant le régime nazi (l’opéra est créé à Munich en 1942): les costumes modernes renvoient directement à cet acte fort où au cœur de la barbarie nazie, Strauss, détenteur de la plus haute tradition musicale, s’interroge donc sur l’opéra, la musique, la poésie, l’art… Sublime instant suspendu, comme hors du temps historique et dont les résonances renvoient au regard d’un compositeur qui a vécu deux guerres, les pires heures européennes… il rédige lui-même le livret avec le chef Clemens Kraus.
Toute la scène 9, où Strauss par le truchement de ses personnages évoque tout ce que l’opéra, en tant que totalité indépassable, exige de disciplines diverses mais complémentaires, est très convaincante; c’est dans l’esprit du Chevalier à la rose, une vase scène de genre, comédie collective à 8 voix et plus, dont les actions et conversations multiples, simultanées et combinées ressuscitent ce théâtre réaliste, léger, naturel, vif et chatoyant, dans l’esprit des tableaux si inspirateurs pour Strauss, du peintre William Hogart: délire caricatural et humoristique des deux chanteurs italiens (en se disputant la vedette, ils se montrent assez époustouflants: piquant, mordants, expressifs mais sans lourdeur ni vulgarité), conversation à 5, 6, 7 jusqu’à 8 entre les personnages présents dans le salon de Madeleine; conflit entre Clairon et Olivier; galante attraction entre le Comte et Clairon; pas de deux pour les danseurs invités, surtout grande exhortation de La Roche à destination du poète et du compositeur, jeunes champions de la nouveauté, sur ce qu’exige l’opéra en tant que genre artistique majeur: ses délires scéniques, sa truculence et sa passion ne sont pas sans rappeler cette autre grande scène d’imploration personnelle ,véritable manifeste esthétique, celle du Komponist, concluant le prologue d’Ariane à Naxos.

Tous les chanteurs sont impliqués, et dans la globalité, plutôt justes; se détachent cependant, La Roche de Peter Rose, au verbe ductile et fluide; l’étonnant Barry Banks en ténorissimo italiano.
Il n’est pas d’oeuvre plus incisive et troublante sur l’opéra; quand Strauss questionne le genre lyrique, il sait s’enflammer et prendre parti pour un art véritable où le féerique et la sincérité fusionnent. Cette production métropolitaine et new yorkaise le souligne avec finesse.

Richard Strauss (1864-1949): Capriccio, opus 85 (1942). Joseph Kaiser (Flamand), Russel Braun (Olivier), Peter Rose (La Roche), Renée Fleming (La Comtesse Madeleine), Morten Franck Larsen (Le Comte, frère de la Comtesse), Sara Connolly (Clairon), Olga Makarina (la chanteuse italienne), Barry Banks (le chanteur italien)… Metropolitan Opera Orchestra. Andrew Davis, direction. John Cox, mise en scène. 2 dvd Decca réf. 074 3454. Enregistrement réalisé le 23 avril 2011.

Alice Sara Ott, piano: Concertos de Tchaïkovski et Liszt (Hengelbrock, 2011)1 cd Deutsche Grammophon

Heureux programme qui unit Tchaikovksi et Liszt; le premier, surtout s’agissant du 1er Concerto pour piano et orchestre, permettant ce pont entre Liszt justement et Rachmaninov à venir (mais Liszt dans les crépitements des 2è et 3è mouvements enchaînés, d’essence rhapsodique, annonce lui aussi Rachma: c’est dire la justesse de la sélection). Créé aux USA en 1875 (Boston sous la direction de Hans von Bulow), l’opus 23 fut défendu par Nikolaï Rubinstein qui après un refus, adopta sans réserve l’oeuvre de Piotr. Le premier mouvement a des envolées rhapsodiques (pré rachmaninoviennes précisément) et des instants de suspensions caressantes auxquels la grâce structurée de la jeune pianiste Alice Sara Ott apporte une clarté et une assise très louable. La sûreté du jeu, son équilibre, sans aucune ostentation fait merveille dans une partition, surtout pour son premier mouvement, que beaucoup trouvent à torts ou à raisons, trop démonstrative voire exacerbée. Bien au contraire, la jeune pianiste lui insuffle une rythmique très sûre et une largeur de vue qui imposent une intériorité déjà très riche.
La direction légère et souple de Thomas Hengelbrock souligne une lecture qui ne tend jamais à surcharger ni épaissir. Et sa finesse de vue, ciselant l’arête vive de l’orchestration si raffinée de Tchaïkovski se dévoile superbe dans le 2è mouvement (flûte, cor, basson…).
Tendresse chopinienne, caractère d’éblouissement affectueux, le style de la pianiste convainc absolument, sachant prendre appui sur un tapis instrumental idéalement équilibré là encore, d’autant plus éveillée et facétieuse pour le prestissimo central, d’une légèreté presque aérienne. La versatilité caractérisée du dernier mouvement finit de séduire totalement: le feu bondissant et le dialogue si animé entre orchestre et piano, sur la trépidation musclée d’un motif ukrainien dévoile le jeu et la sensibilité d’Alice Sara Ott, un tempérament pertinent entre incisivité, mordant, précision, finesse du toucher. Sa subtilité évite tout pathos théâtral et restitue en complicité avec le chef, ce Tchaïkovski qui nous aimons: jamais sirupeux et toujours juste, ivre et vertigineux mais si sincère. Tout ce qui fait aussi la valeur de son dernier ballet Le belle au bois dormant, contemporain du concerto n°1.

L’opus Lisztéen est de 35 ans antérieur à celui de Tchaïkovski; amorcé vers 1840 (et terminée en 1848 à Weimar), l’opus en mi bémol majeur est traversé par spasmes infernaux, souffle spirituel et tendresse avide et visionnaire propre au grand Franz; là encore la complicité des deux interprètes, bénéficiant d’un orchestre de premier plan (rare éloquence subtile des instrumentistes: énoncé de la clarinette au I): le jeu d’Alice Sara Ott époustoufle encore plus nettement dans ce premier Concerto par son intériorité limpide, sans esprit démonstratif d’aucune sorte; cette agilité lumineuse et ronde qui s’écarte de toute “manière” ou revendication solistique. Béatitude émerveillée et si tendre, là encore si chopinienne: le Quasi adagio au II: montre la gravité ténue et si nuancée d’un jeu pianistique très affirmé: clair, structuré, pudique, palpitant (en duo avec le triangle omniprésent – et si décrié à l’époque-, d’une précision revivifiée grâce au relief et à l’aspérité vivante et expressive des cordes et des cuivres). Le travail du chef est exemplaire (il n’a pas dirigé du baroque pour rien) et la mise en place avec la soliste, grisante, jusqu’à l’allegro marziale enchaîné sans effets de cuirasses mais dans l’esprit d’une marche victorieuse, traversée d’éclairs dansants. Superbe récital. Après ses précédents albums en soliste, Alice Sara Ott confirme qu’elle aussi une excellente concertiste.

Alice Sara Ott, piano. Concertos pour piano et orchestre n°1 de Tchaïkovski et Liszt. Münchner Philharmoniker. Thomas Hengelbrock, direction. 1 cd Deutsche Grammophon. Parution: 23 janvier 2012. Ref: 477 8779. Enregistré en 2011.

Mikhail Simonyan, violon. Two Souls. Khatchaturian, BarberLSO. Kristjan Järvi, direction (1 cd Deutsche Grammophon)

Le premier disque de Mikhail Simonyan (né à Novosibirsk en 1985) creuse le sillon des origines et des sources identitaires, entre Russie et USA (entre Khatchaturian et Barber ici joué en dialogue comme les deux facettes d’un miroir personnel). Sa mère est arménienne et Mikhail Simoyan a étudié jusqu’en 2004, à l’Institut Curtis de Philadelphie ; le programme de ce premier cd est comme une carte de présentation, celle d’un violoniste dont la sensibilité et l’éthique musicale se hisse dans l’art de ses aînés et compatriotes, Maxim Vengorov et Vadim Repin, filiation prometteuse, originaire de Novosibirsk. Ce n’est pas tant dans le Concerto de Khatchaturian qui fut l’ami de son père, que dans celui de Barber où se dévoile toute la richesse musicienne du jeune violoniste russe.


Mikhail Simoyan, de Novosibirsk

Le Concerto pour violon de Samuel Barber composé en 1940 est l’un des plus intéressants Concerto du XXè; injustement méconnu comme beaucoup d’oeuvres modernes dont l’heure viendra inéluctablement surtout si les interprètes savent le repérer et le défendre avec la sensibilité requise. Barber l’appelait son concerto da sapone, référence à l’activité du riche industriel de Philadephie, Samuel Fels, qui avait fait fortune dans le savon… et en passa commande pour son fils adoptif, le jeune violoniste russe Iso Briselli (élève au Curtis Institute)…
C’est l’époque où l’Europe plonge dans l’horreur de la guerre; Barber en villégiature sur le vieux continent avec son compagnon GianCarlo Menotti sont surpris par l’invasion de la Pologne quand le compositeur reçoit la commande du Concerto. La composition est emportée par un sentiment d’urgence car les conditions pour livrer sa partition ne sont pas idéales du moins sereines: d’autant que le Philharmonique de Philadelphie et son chef Eugène Ormandy ont confirmé la création du Concerto pour violon en janvier 1940… A la livraison, Briselli se désengagea du projet sous des motifs encore imprécis. Le Concerto fut néanmoins créé en février 1941 à Philadelphie, avec Albert Spalding, sous la baguette d’un Ormandy, certainement dépassé par l’intensité suractive de l’orchestration, en particulier dans le 3è mouvement (il demanda à Barber de l’alléger).
D’emblée, la tendresse allante du premier mouvement (sol majeur) portée le tissu très lyrique de l’orchestre inspire au violoniste et au chef une complicité intérieure d’un allant irrésistible.

La sensibilité de Mikhail Simonyan se dévoile dans l’Andante (mi majeur) qui joue sur les couleurs mordorés, cuivrés, chaudes et parfois martiales de l’orchestration (cor, flûte…). L’orchestre réalise un tapis somptueusement coloré pour le chant du violon d’une ivresse solaire (rhapsodique) et amère à la fois, tendre et nostalgique… en cela toujours proche du chant; le violoniste sait exprimer toute l’humanité d’une section qui touche par sa simplicité, sa sincérité. La partition n’est jamais absente d’une certaine tension inquiète, ressentiment nouveau dans l’écriture du Barber trentenaire. Mais le violoniste sait en sertir avec une intériorité mesurée le climat de nimbe suspendu, même de rêverie éveillée.

Le dernier mouvement en forme de perpétuel frémissant (d’une accentuation percussive et nerveuse, même frénétique… en écho aux événements européens contemporains?) est joué ici avec une retenue et un tempo moins nettement rapide (comme c’est l’usage) afin de déployer une coloration américaine explicitement populaire dans le jeu violonistique, comme le précise Mikhail Simonyan… La tenue d’archet doit être souple et précise, d’une suractivité quasi martelé, entêtante, fougueuse (suite de triolets puis retour du violon en doubles croches presque acides)… le geste de l’orchestre est aussi délicate que la prestation soliste (traits incisifs et conclusifs des cuivres entre autres). Le chef sait tendre l’action flamboyante de ce volet tout en restant soucieux des timbres. C’est l’une des partitions les plus intenses et protéiformes de Barber, doué d’un talent admirable des coupes rythmiques à la Prokofiev. Saluons le jeune violoniste de nous en offrir une version aussi inspirée. Reste à découvrir le virtuose en concert: un tournée internationale en Turquie, aux USA mais aussi en Arménie, sa patrie, en Croate et jusqu’au Danemark en passant par l’Allemagne; hélas pas encore de dates françaises. On les guette déjà avec impatience.

Two souls. Mikhail Simonyan, violon. Aram Khatchaturian, Samuel Barber: Concertos pour violon et orchestre. London symphony orchestra. Kristjan Järvi, direction. 1 cd Deutsche Grammophon ref 00289 477 9827. Enregistré à Londres en juin 2011. Parution: le 23 janvier 2011.

Brahms: Un Requiem allemand, Ein Deutsches RequiemTours, Grand Théatre. Les 18 et 19 février 2012

Orchestre Symphonique Région Centre Tours
Saison 2011-2012

Johannes Brahms


Ein Deutsches Requiem
, 1868
couplé avec Requies de Luciano Berio



Tours, Grand Théâtre

Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre Symphonique Région Centre Tours interprètent Johannes Brahms dont chef, orchestre
et solistes dévoilent l’acte de ferveur singulier d’un Requiem allemand… (ein Deutsches requiem). C’est aussi l’éclat intime et non moins percutant de Requies de Berio, joué en couplage, une oeuvre hommage à l’épouse aimée, la soprano Cathy Berberian. Le travail de Jean-Yves Ossonce se concentre sur les couleurs d’un orchestre en état de lévitation et de profonde introspection; c’est aussi la collaboration des choeurs locaux: Ensemble vocal Universitaire de Tours, Ensemble vocal Jacques Ibert, Ensemble vocal Opus 37…, partenaires essentiels pour la réussite de ce programme majeur de la saison symphonique de l’Orchestre Symphonique Région Centre Tours 2011-2012.

Requiem personnel
En croyant sincère mais singulier et connaisseur des textes bibliques, Johannes Brahms
n’hésita pas à transgresser les règles en opérant lui-même la sélection
des prières et chants (choisis dans la Bible protestante de Martin Luther) qu’il souhaitait mettre en musique pour son
Requiem. Intitulé Un Requiem allemand (Ein Deutsches Requiem), l’oeuvre s’écartait ainsi de la
tradition en n’étant pas chantée en latin. La force et la ferveur de
l’oeuvre n’en a que plus d’intensité et d’émotivité, abordant sans
aménagement les sujets essentiels que doit affronter le commun des
mortels, la mort et la course du temps, la perte des êtres chers, la
finitude de toute chose, l’éternité…
Il s’agit d’un témoignage personnel traversé
par ses impressions et sentiments, par ses expériences personnelles
aussi qui ont endeuillé sa propre vie. L’auteur ému par sa propre
écriture et certainement satisfait de ce qu’il avait composé, précisa
son intention et l’enjeu de l’ouvrage à Karl Reinthaler, chef
d’orchestre de la Cathédrale de Brême qui dirigea la création: le
musicien lui aurait soufflé qu’il avait pensé réintituler Ein Deutsches
Requiem, par Requiem humain. C’est dire la place de l’individu, la
portée humaniste, compassionnelle et fraternelle qui portent comme des
soubassements, l’architecture et le caractère de tout l’édifice. Si dans
son solo, le baryton chante clairement et sans maquillage, la vanité de
toute vie terrestre, la soprano tempère ce tableau terrible et exprime
un hymne d’espérance: “Vous, qu’afflige la douleur, espérez…” La voix
semble descendue du ciel et des mondes éternels et paradisiaques: en
elle, le croyant envisage les délices futurs qui récompensent l’attente,
la constance, l’humilité.
C’est d’ailleurs dans le sentiments de plénitude et de sérénité (qui
annonce les grandes oeuvres de Mahler) que s’achève ce monument
musical. Menée par une jeune âme de 21
ans, la composition s’étend sur plusieurs années, de 1854 à 1868. De
graves événements en ont marqué la genèse et la couleur particulière,
ainsi “Den alles Aleisch” développe l’esquisse d’une sonate écrite au
moment de la tentative de suicide de Robert Schumann dont Brahms était
très proche. D’autres parties seraient contemporaines de la mort de
Schumann (1856) mais Brahms n’a pas précisé lesquelles, d’autres encore
auraient été composées dans la suite du décès de sa mère en 1865.
L’oeuvre sacrée mais non liturgique est créée dans la Cathédrale de
Brême, le 10 avril 1868 et suscite un succès immédiat. Vaste polyptique
en 7 volets, Ein Deutsches Requiem est la plus longue composition de Brahms: près d’heure heure et vingt minutes.

Superbe programme romantique et moderne sur le thème de l’hommage aux morts… Ein Deutsches Requiem, Un Requiem allemand de Johannes Brahms, Requies de Luciano Berio. Tours, Grand Théâtre, les 18 et 19 février 2012

Laetitia Le Guay: Serge ProkofievEditions Actes Sud

Livre
Laetitia Le Guay: Serge Prokofiev

Le style de cette nouvelle biographique analyse au scalpel l’une des odyssées les plus singulières de l’histoire des compositeurs russes, l’itinéraire musicale de Serge Prokofiev, sensibilisé à la musique par sa mère pianiste, par Serge Taneïev et son premier professeur, Glière; puis élève au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, particulièrement doué au clavier. Dans la carrière du compositeur né en 1891, enfant unique et choyé comme tel, l’improbable se produit: à 45 ans, en mars 1936, l’auteur en vue en Occident et à l’Est revient “à la maison”, choisissant en mars 1936 de se fixer dans le pays natal sous joug stalinien… or alors que la Lady Macbeth de Chostakovitch est interdite (janvier 1936) et que le tyran soviétique fomente la future terreur contre les artistes avec son nouveau favori Jdanov, nouvel apôtre du “réalisme socialiste”. Dans le rang, Prokofiev qui a connu la liberté parisienne, séduit voire trompé par les sirènes du nouvel art socialiste, connaît lui aussi la terreur comme Chostakovitch et Khatchatourian… en 1948 (sa première compagne Lina est condamnée au goulag en février). C’était bien mal récompensé un auteur fécond dont plusieurs oeuvres et non des moindres obtiennent la validation du pouvoir (Prix Staline): 7ème Sonate pour piano (créée par Sviatoslav Richter, 1943), Yvan le terrible (1944), Cendrillon (1945). Le compositeur a également créé Pierre et le Loup (1936),Roméo et Juliette (1938) et a commencé son grand oeuvre lyrique, Guerre et Paix dès 1941… Outre la fureur des événements politiques, l’artiste se précise: adolescent “abrupt”, souvent ironique, dont les yeux bleus percent tout ceux qui le croisent, Prokofiev a néanmoins conservé une âme d’enfant, bercé par les marches (sa forme favorite, cf. victoire final de Pierre sur le loup…), un goût pour la structure claire, les rythmes marqués, les mélodies solaires. L’ironie de Prokofiev se mesure dans sa relation critique avec les modèles classiques (ne jamais faire de Glazounov, le comble des épanchements décoratifs et mièvres pour lui) dont il ne remet jamais en question l’équilibre tonal quitte à oser des cabrures harmoniques nouvelles, en un jeu formel à la fois percutant et éblouissant. Ecriture pour le cinéma (souvent strictement alimentaire), passion pour l’écriture lyrique (Guerre et Paix oeuvre malgré tout personnelle malgré l’obligation de se soumettre aux diktats du pouvoir, Les Fiançailles au couvent …); vie personnelle, mariage avec Mira Mendelsson (janvier 1948) quand une vague antisémite traverse l’Urss; rencontre sur le tard (dès 1947) avec Rostropovitch avec lequel il compose sa Sonate pour violoncelle… rien n’est laissé dans l’ombre pour ce portrait d’un homme qui s’est trompé, obéissant aux appels des politiques calculateurs (au final, ses tentatives pour faire représenter Guerre et Paix échouent de son vivant, et le compositeur referme une partition laissée en partie inachevée). Reste cet humour facétieux, parfois amer et aigre comme peut l’être celui de Chostakovitch qui colore sa 7è Symphonie (1952): l’ultime manuscrit qui sonne comme un aveu d’impuissance et de dénuement total. Ironie de l’histoire, Prokofiev s’éteint le 5 mars 1953, quelques heures avant Staline.
En plus du texte biographique, l’auteur ajoute une brève chronologie, quelques indications bibliographiques et discographiques, un index des oeuvres et des personnes citées.

Laetitia Le Guay: Serge Prokofiev. Collection Classica. Parution: janvier 2012. 256 pages. ISBN 978-2-330-00251-0. Prix indicatif : 19,00€

Tchaïkovski: La Dame de Pique, 1890. Lev DodinParis, Opéra Bastille, du 19 janvier au 6 février 2012

Tchaïkovski
La Dame de Pique
, 1890

Opéra Bastille, Paris
7 représentations
Du 19 janvier au 6 février 2012

Dimitri Jurowski, direction
Lev Dodin, mise en scène

Vision fantastique, passion et même obsession pour le jeu, rage, vertige et aussi suicide, il ne manque rien à l’opéra de Tchaïkovski: La Dame de Pique redéfinit l’opéra romantique; d’après Pouchkine, composant même une trilogie pouchkinienne (qu’il clôt donc en 1890) avec Eugène Onéguine (1878) puis Mazeppa (1883), La Dame de Pique plonge au coeur des passions de l’âme: amour pur et éperdue de Lisa pour Hermann; quête aveugle et autodestructrice d’Hermann souhaitant dérober le secret de la botte magique détenu par La Comtesse… Comme dans Onéguine, Tchaïkovski lui-même si tourmenté se sent proche des inadaptés, des décalés, de tous ceux qui sont les victimes d’une impuissance, âmes sans ressource confrontées à la barbarie ordinaire… Le compositeur n’hésite pas à modifier le texte de Pouchkine: il reconstruit l’écheveau des liens entre les personnages. Cynique et fourbe chez Pouchkine, Hermann aime Lisa mais désire vaincre au jeu pour épouser la belle; celle-ci qui n’éprouve aucun amour pour le joueur chez l’écrivain, l’aime au contraire passionnément jusqu’à en mourir… L’orchestration atteint un sommet d’éloquence poétique grave et cynique, flamboyante et désespérée… elle comprend aussi une citation tendre, hommage à l’art classique français (chanson de la Comtesse d’après Richard coeur de lion de Grétry)… au diapason de l’esprit même du compositeur, âme ardente, secrète, maladive, mélancolique, solitaire voire dépressive mais si attachante…

Dans La Dame de Pique, Tchaïkovski éblouit par son écriture d’un raffinement comparable à son dernier ballet, aussi abouti et ciselé, Casse Noisette, également composé au début des années 1890. Soit quelques années avant sa mort (1893).

The Art of Maurizio Pollini. Coffret pour les 70 ans3 cd Deutsche Grammophon

The Art of Maurizio Pollini

En janvier 2012, DG célèbre les 70 ans du pianiste Maurizio Pollini. Retour flamboyant sur une main agile, experte, curieuse aussi dans sa gestion des répertoires (à 360°: des classiques tel Mozart à Nono et Boulez, sans omettre les grands germaniques: Beethoven, Schumann, Brahms, ni Chopin et Debussy), grâce à ce livre disque “bilan” de 3 cd à la selection choisie (établie sur ses 40 ans de collaboration avec Deutsche Grammophon) de surcroit idéalement illustrée ou l’on voit Pollini jeune et adolescent avec ses parents ( très engagés sur la scène intellectuelle et artistique italienne), avec un chef familier et compatriote Claudio Abbado, sans omettre le solaire Karl Boehm. Livre cd anniversaire événement …

Coffret des 70 ans

CD2. Soulignons d’abord la fureur analytique de Boehm à la tête de son cher orchestre des Wiener Philharmoniker : dans le Concerto pour piano de Beethoven (cordes à l intensité éruptive, relief si délectable des bois d’une distinction intelligible admirable soulignant tout ce qu’apporte la vision du chef chez Beethoven, sa grâce Mozartienne ; familier du maestro mythique, Pollini sculpte avec une carrure tendre chacun des mouvements, avec en guise de toucher, un bel canto de velours idéalement complice et fusionné, d’une parfaite entente avec l’orchestre; atténuation toute en douceur et ciselure moins immédiatement perceptible dans ses Chopin et même ses Debussy, abordés avec une urgence parfois âpre, carrée voire dure. Sa cathédrale engloutie impressionne cependant par la largesse épanouie suractive de son architecture, tissée de superbes passages harmoniques.

CD 3: comme une conclusion commémorative, Deutsche Grammophon finit le cycle sur le fameux Concerto pour piano n°1 opus 11 de Chopin qui lui permit de convaincre absolument son modèle , Arthur Rubinstein, membre du jury, et de remporter à seulement 18 ans le Concours Frederic Chopin de Varsovie 1960! Page désormais mythique d’un tempérament précoce … qui cependant dans la foulée de ce Prix retentissant, tint à faire retraite hors de la frénésie des engagements immédiats qui s’offraient à lui … Comme s’il s’agissait après la reconnaissance technicienne, d’ approfondir encore et toujours la pensée, l’investissement intérieur voire spirituel des œuvres. A ce titre, le live du Concerto No 24 de Mozart est un prodige de limpide gravité, où le piano lumineux et grave du soliste également maestro dirige les Wiener avec cette même tendresse vive, ardente (bois d’une délicatesse hagogique inouïe, à pleurer de justesse émotionnelle)… Quel accomplissement, Pollini qui manie le métal parfois dur et véhément des modernes (Petrouchka d’ouverture du cd1) se montre ici, souverain inatteignable d’une sincérité inoubliable!

The Art of Maurizio Pollini. Coffret de 3 cd. Maurizio Pollini, piano. Pour les 70 ans du pianiste italien, en janvier 2012. 3 cd Deutsche Grammophon Ref. 00289 477 9529. Toutes les infos sur le site www.deutschegrammophon.com/pollini70

Venise. La Fenice, le 1er janvier 2012. Concert du nouvel an, concerto di capodanno. Choeur et orchestre de La Fenice. Diego Matheuz, direction.

Voilà une célébration récente, diffusée pour le moment sur Arte, mais dont le scénario et le choix du programme en rappellent un autre sur le même thème (et diffusé le même jour, quasiment au même moment!), le concert du nouvel an à… Vienne. La ville de Venise et La Fenice diffusent ainsi un concert festif qui joue aussi sur la carte touristique, n’hésitant pas comme la réalisation viennoise à réaliser des images préalables d’ordre patrimonial, scénarisées avec danseurs en costumes mis en situations dans la ville historique et selon le choix des morceaux; dans la Cità, sur les canaux, au Palais des Doges… au début de la diffusion, un couple de danseurs (dont la femme masquée préfigure le Carnaval proche?) se cherche de ruelles en fondamente, puis se retrouve avec d’autres danseurs, à l’intérieur du Teatro della Fenice. Le spectacle peut commencer.

Dans la salle décorée de fleurs comme au Musikverein de Vienne, les lustres couverts de gui, le jeune maestro Vénézuélien, pas même trentenaire (à peine 27 ans), Diego Matheuz est officiellement adoubé: le jeune maestro, héritier du Sistema, dont les vertus pédagogiques ont produit un autre confrère, le très célèbre Gustavo Dudamel, prend ainsi la direction musicale de La Fenice, ce pour les 4 prochaines saisons musicales vénitiennes, assurant et les productions lyriques et le cycle de concerts symphoniques; le défi est de taille: Venise compte une offre de concerts et opéras qui tend à se parfaire avec le temps; depuis l’inauguration récente du Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française à Venise, près du campo San Stin, la Sérénissime tourne le dos aux concerts folkloriques, écumant jusqu’à les user, les tubes de Vivaldi et de Verdi dans les églises destinées aux touristes. Le programme du Nouvel An présente les traditionnels tubes lyriques italiens (le brindisi de La Traviata, joué en dernier épisode avant la proclamation des voeux de bonne année par le chef, au nom des musiciens et du Théâtre); mais il sait aussi diffuser un climat de fin d’année et de début d’une nouvelle ère grâce aux morceaux choisis en rapport avec le sujet, ainsi le ballet des 12 heures extrait de la Gioconda de Ponchielli… (dont l’action se passe d’ailleurs à … Venise).


Un jeune supermaestro pour la Fenice

Avec le jeune Vénézuélien, La Fenice se refait une santé musicale qui promet de probables prochains triomphes, lyriques et symphoniques. Si l’on retrouve la participation de quelques danseurs évoluant dans les salons du Théâtre où fut créé La Traviata de Verdi, le concert dirigé par Diego Matheuz favorise le chant a contrario de son équivalent à Vienne, évidemment le bel canto romantique mais pas seulement… On passe rapidement les prestations discutables des solistes (le point faible du programme): soit surjouées (le ténor guère convaincant et décevant par son absence de phrasés ou de simplicité stylistique) ou imprécise (aigus instables) comme la soprano invitée à chanter pourtant deux sommets de l’opéra italien: Amina de La Somnambula de Bellini ou Linda de Chamonix de Donizetti. Le baryton Alex Esposito incarne un Leporello (Don Giovanni de Mozart) plus naturellement chantant, sans affèteries d’aucune sorte (air du catalogue au I).
La vraie vedette de la soirée reste Diego Matheuz: sa direction musclée, nerveuse, fougueuse (dès le départ avec l’ouverture d’Un jour de Règne de Verdi) mais aussi limpide, fluide et transparente (Valse du Guépard de Nino Rota jouée pour le centenaire du compositeur en décembre 2011) capte l’attention; d’autant que la caméra de face, offre un regard direct sur sa concentration immédiate, sa battue vive et précise, carrée et affûtée, à la manière de Muti, à ses débuts (lorsqu’il était moins avare de gestes… comme maintenant). Yeux fermés, tension palpable mais flexibilité prête à s’épanouir, le jeune chef semble très prometteur. Son Mozart n’est pas forcé ou dur; même Bellini reste souple et dans les airs avec choeur, comme le va pensiero du Nabucco de Verdi, le chef sait tenir ses troupes, ciseler les contrastes dynamiques, polir les couleurs des instruments (trompette en avant)… De l’ouvrage soigneusement préparé, structuré, millimétré. Avec le temps, Diego Matheuz devrait encore enrichir et nuancer son jeu: de quoi promettre de belles soirées lyriques et symphoniques pour La Fenice.

Venise. La Fenice, le 1er janvier 2012. Concert du Nouvel à La Fenice, Venise. Concerto di Capodanno 2012, Concert du Nouvel An 2012. Solistes, choeur et orchestre de La Fenice. Diego Matheuz, direction

Amadis de GauleEditions Mardaga

Amadis de Gaule de Johann Chrétien Bach est le grand événement de la scène baroque et classique en France; créé en 1779, l’ouvrage vient à poings nommés renouveler le genre tragique en France, offrant une belle synthèse entre baroque et préromantisme… à l’Opéra de Versailles, il conclue la saison 2011 dédiée à Dauvergne; à l’Opéra Comique en janvier 2012, il s’imposera de la même façon au public parisien.


Amadis par Johann Christian (1779)

Réunis par Jean Duron, les 9 principaux textes analysent la partition sous tous ses aspects (livret, orchestre, ballets, action, machineries…). Il s’agit aussi de brosser le portrait de l’auteur: Johann Christian Bach (1735-1782), personnalité européenne, comme Gluck, faiseur d’opéras italien à Londres (à la suite de Haendel), grand connaisseur du style de Mannheim, dramaturge Sturm und Drang (style qu’il apporte en France), enfin invité de prestige à Paris et à Versailles, où la direction de l’Académie royale entend résoudre et désarmorcer la querelle des Gluckistes et des Piccinistes.
Alors Amadis est-il ce “pari perdu”? ou plutôt “une rêverie anachronique”? Comme Gluck ou Piccini ou Sachini, Johann Christian Bach reprend un livret de Quinault et Lully, histoire de redéfinir le grand genre tragique à la française: quelle est cette “audace de corriger Quinault”? et quelle est cette “double contrainte du versificateur de tragédie lyrique”? Toutes les réponses sont dans cet ouvrage complet et exhaustif.



Amadis de Gaule de Johann Christian Bach. Ouvrage collectif sous la direction de Jean Duron. Editions Mardaga / Centre de musique Baroque de Versailles. Collection “Regards sur la musique”. 333 pages. ISBN: 9782804 700836. Parution: décembre 2011.

Johann Strauss II: La Chauve Souris, 1874. Acte IIArte, samedi 31 décembre 2011 à 20h15 (Vienne, 2011)

Johann Strauss fils (1825-1899)

La Chauve souris, 1874
Acte II
Opéra de Vienne, 2011
1h10 de pur bonheur où la musique, spirituelle et pétillante coule à flot comme du champagne… La Chauve Souris doit sa séduction jamais émoussée à la subtilité de ses mélodies, le raffinement d’une orchestration lumineuse qui porte allusivement toute l’élégance et la nostalgie de la Vienne impériale. Johann Strauss II est le roi de la Valse et sa Chauve Souris, dans ce sens, une synthèse des danses que le compositeur a su magistralement sublimer: polkas, valses et même czardas (voir l’air de la fausse comtesse hongroise au II). Il fallait égaler voire dépasser la franche inventivité des opérettes d’Offenbach et donc inventer un nouveau genre, l’opérette viennoise. Il en résulte un théâtre enivré donc enivrant où le délire des situations comiques et cocasses, propices aux imbroglios, quiproquos, travestissements et tutti quanti dialogue sur un rythme effréné avec la finesse des mélodies, un bel canto réinventé, du pur théâtre comique et drôlatique accordé à un orchestre étincelant… Incontournable. Champagne et bonne année !

La Chauve Souris, Acte II. Rosalinde écoute la sérénade de son ancien soupirant Alfred, chanteur d’opéra, tandis que son mari, Eisenstein, va être jeté en prison pour avoir insulté le percepteur. Son ami Falke suggère à ce dernier de ne se constituer prisonnier que le lendemain matin et de l’accompagner au bal masqué donné par le prince Orlofsky. Les deux amis ainsi que Rosalinde et sa servante Adèle, tous vont s’y retrouver…

Kurt STREIT / Gabriel von Eisenstein
Michaela KAUNE / Rosalinde
Zoryana KUSHPLER / le prince Orlofsky
Rainer TROST / Alfred
Daniela FALLY / Adèle
Markus EICHE / Falke
Peter SIMONISCHEK / Frosch
Franz WELSER-MöST, direction
Otto SCHENK, mise en scène
Opéra de Vienne, 2011.

L’oeuvre la plus célèbre de la scène viennoise de la fin du XIX ème
siècle
fut écrite par un libéral, convaincu par les idéaux
révolutionnaires. Johann Strauss fils fut un être sanguin, passionné par
la musique, violoniste virtuose (comme son père qui tenta d’empêcher
toujours mais vainement sa carrière), travailleur acharné, célèbre de
Vienne à Saint-Pétersbourg. Sa vie affective est digne d’un roman
fleuve. sa première opérette immédiatement applaudie dans toute
l’Europe, La Chauve Souris resplendit et s’envole de nouveau, cycle
habituel au moment des fêtes: il y est question d’une société plus
éprises de divertissements et de champagne que de sacrifice et de
tragédie héroïque. Deutsche Grammophon réédite une production légendaire de La Chauve Souris, dirigée par Karl Böhm (1972)
filmée en studio guère surpassée depuis (avec cette patine audio-vidéo
propre aux productions réalisées en playback, mais ici réussie), quand
l’oeuvre investit la scène de l’opéra de Metz…

Arte, samedi 31 décembre 2011 à 20h15. Production de l’Opéra de Vienne, décembre 2011. Johann Strauss II: Die fledermaus, La Chauve Souris, 1874.

Melba: un label australien s’engage pour la musique française

un label australien d’exception
Melba s’engage pour le romantisme français

Melba: un nom légendaire qui évoque immédiatement l’une des divas les plus charismatiques de la scène lyrique: Nelly Melba. C’est aussi un label discographique, Melba recordings, né à l’initiative de la Melba Foundation (fondée en 2001 par la soprano australienne Dame Joan Sutherland et son époux le chef d’orchestre Richard Bonynge), qui s’engage comme peu pour la musique romantique française. Le catalogue des titres édités depuis ses débuts témoignent d’un goût particulier et constant pour les Romantiques Français, connus tels Massenet ou Fauré; oubliés (surtout en France) et si mésestimés (à torts) tel Chausson ou Vierne… Mais aussi les plus méconnus, premiers romantiques de l’heure, tel Louis Ferdinand Hérold, le Schubert Français, dont un premier album, pionnier et si visionnaire (enregistré en juillet 2004), dédié à sa musique de Ballet La Somnambule (qui devance en 1827, l’opéra éponyme de Bellini de 1831, et pourrait même en avoir inspiré l’orchestration et certains thèmes) atteste du génie musicien et dramatique… Il est étonnant qu’aucun théâtre français actuel n’affiche La Somnambule d’Hérold, partition fondatrice du ballet romantique français (avant Giselle ou Coppélia)… la subtilité de l’orchestration et la finesse de l’écriture (dévoilé par Melba ainsi dès 2004) militent pourtant pour un ballet exceptionnel. Même instinct défricheur et pionnier pour un dvd consacré à la vie de Jules Massenet dont la version française devrait sortir en 2012, l’année du bicentenaire Massenet. Tous les titres cd sont enregistrés en SACD (Hybrid surround sound).

Pour ses 10 ans d’activité éditrice (en 2011), le label Melba réédite ses premiers jalons dédiés à la musique française, tout en poursuivant la réalisation de nouveautés: aux côtés de La Somnambule d’Hérold (Richard Bonynge, direction), citons parmi ses autres meilleures publications au disque, de surcroît au profit d’oeuvres oubliées, Hélène de Camille Saint-Saëns; Coeur tourmenté (Turbulent Heart): superbe dyptique consacré au romantisme flamboyant de Chausson et Vierne; et le plus récent album, paru en décembre 2011, s’intitule “Elan”, en hommage à la danse, il dévoile plusieurs musiques de ballets de Camille Saint-Saëns… Il s’agit souvent de premières mondiales d’un apport extrêmement bénéfique.

musique en ligne

La marque australienne a récemment repensé son site internet: www.melbarecordings.com.au ; historique de la firme, présentation du catalogue des cd édités à ce jour… Il est possible d’acheter et de télécharger en ligne tous les titres à l’unité en format audio optimisé (dont ALE Studio master quality et Flac Studio master, 96 bis; mais aussi MP3 high quality 320 kb/s)… Outre la valeur des oeuvres dévoilées, souvent de nouveaux joyaux du romantisme français, l’éditeur développe en ligne une offre numérique parmi les plus qualitatives.

Toutes les informations sur le lancement du label, l’ensemble du catalogue discographique (plus de 50 titres à ce jour), la Melba Foundation et le projet des fondateurs, Dame Joan Sutherland, Richard Bonynge et Dame Elisabeth Murdoch sont accessibles sur le site :www.melbarecordings.com.au


notre sélection de cd Melba de musique française


Elan. Saint-Saëns: musiques des ballets: Ascanio, Henry VIII ( Tourniaire, 2010)


Tourniaire connaît son Saint-Saëns… Etonnante
Danse de la gipsy, aux accents d’une sensualité envoûtante et
orientaliste (dans le style de Samson), extraite d’Henry VIII: et
toujours quelque soit le climat et le sujet, cette élégance suave d’un
Saint-Saëns, prodigue en mélodies caressantes…


Volupté: Koechlin, Jongen (Roger Benedict, 2008)


Comme dans le précédent album Turbulent Heart, ce
récital “Volupté”, à 2 et 3 voix instrumentales, chante
l’hypersensibilité de deux contemporains, Koechlin et Jongen: la palette
des nuances et l’engagement des interprètes font tout le prix de ce
programme captivant…


Vierne, Chausson: Turbulent Heart (Tourniaire, 2009)


Guillaume Tourniaire a bien raison de nous rappeler
avec son orchestre australien, la qualité d’écriture des symphonistes
-aujourd’hui mésestimés-, Vierne et Chausson: voici délices et pépites
de deux sensibilités au coeur tourmenté (“turbulent heart” cf. le titre
de l’album) et combien fraternel. La réalisation inscrit d’emblée Melba
après l’excellente Hélène de Saint-Saëns, parmi les labels défendant
avec ô combien de pertinence, les compositeurs français. Magistrale
audace de répertoire.


Camille Saint-Saëns: Hélène (Tourniaire, 2007)


Hélène, sous la direction vive du jeune Tourniaire,
méritait assurément cette résurrection discographique. La justesse de la
direction, soutenue par un plateau engagé, donne raison à Melba d’avoir
enregistré le poème lyrique de 1904.


Jules Massenet: Airs (Bonynge, 1998)


Sous les lustres de l’Eugene Goosens Hall de Sydney,
le timbre harmonieux de la soprano lyrique Rosamund Illing se montre
étonnamment cohérent dans les registres, fluide, parfaitement placé,
d’une musicalité intérieure et juste, jamais appuyée ni maniérée, dont
la diction perfectible certes, emporte l’adhésion.

DVD Massenet


Jules Massenet, sa vie, sa musique. Enfance du fils d’un industriel fixé près de Saint-Etienne;
élève au Conservatoire de Paris dans les classes de Laurent, Savard,
Bazin, Reber; puis lauréat avec le soutien d’Ambroise Thomas du fameux
Prix de Rome en 1863 (à 21 ans avec sa cantate David Rizzio)… le
documentaire édité par Melba dès 2000 n’omet pas les étapes décisives
qui expliquent le génie musical de Jules Massenet (né en 1842) dont 2012
(le 13 août précisément) marquera le centenaire de la mort. En lire +
Hérold: La Somnambule (ballet, 1827). Hérold bénéficie ici d’une réévaluation majeure:
c’est bien le pionnier du ballet romantique, préfigurant Delibes
(Coppelia)… Elegance somptueuse, mêlant facétie rossinienne et clarté
et goût du timbre typiquement français, voire même bellinien (tant l’orchestration s’y déploie de façon somptueuse). Richard Bonynge signe ici dès
2004, l’un des fleurons du catalogue Melba dédié à la redécouverte des
trésors du romantisme français. L’aisance d’Hérold se déploie en particulier sur le pan chorégraphique:
Astolphe et Joconde (1827), Lydie , et la même année La Fille mal gardée
(1828), puis La Somnambule enfin La noce de village (1830) jalonnent
une inspiration dramatique qui sait épouser avec naturel toutes les
particularités d’une action dansée. Le choix de La Somnambule n’est pas
neutre: la partition éblouit littéralement par sa haute tenue musicale … En lire +

Brahms: Oeuvres pour choeur et orchestre (Philippe Herreweghe, 7/2011) 1 cd Phi

Difficile de rester insensible à la puissante clarté du premier lied choral Schiksalslied, chant du destin, composé en 1871, sur un fragment d’Hyperion d’Hölderlin: la transparence et l’effort de flexibilité qui émanent de tous les pupitres, d’un orchestre recueilli, à la précision arachénéenne, d’un choeur de solistes au verbe expressif jamais épais, éclairent le climat plein de tendre compassion développé par un Brahms, plus fraternel et attendri pour le genre humain, genre écarté de la perfection divine, de la sérénité ultime dont elle est garante… Bois et cuivres superbement ciselés, équilibre et juste proportion d’un orchestre en accord idéal avec la projection (humaine, presque murmurée) d’un choeur à la fois noble et humble… le geste fédérateur de Philippe Herreweghe montre tout ce que l’approche historique sur instruments anciens et avec des voix de solistes, à l’élocution chambriste, apporte s’agissant de Brahms. La révolution baroqueuse a eu lieu, généreuse en dévoilements et révélations. Voici un apport majeur dans ce sens: aux côtés des Siècles, l’Orchestre des Champs Elysées (si bien nommé pour ce programme aux promesses supraterrestres…) offre un regard sur Brahms d’une pertinence sidérante: la palette expressive et poétique, aérienne et si intensément dramatique, en cela proche du texte qui convoque l’armée des affligés, écartés de tout salut, s’avère convaincante; tout à coup, c’est l’architecture et la couleur du massif choral brahmsien qui surgit devant nous, dans sa force lumineuse, sa couleur compassionnelle, sa grandeur tragique… Bahms se situe du côté des réprouvés, maudits, interdits de bienheureuse sérénité. La lecture est d’emblée bouleversante par sa justesse.

Brahms lumineux, transparent, sublime…

Le poison d’amour qui étreint le fugitif traversant le bois se distille avec une sauvagerie tout aussi mesurée, contrôlée et millimétrée dans la Rhapsodie opus 53: les couleurs, le climat, l’onde tragique et noire s’accomplissent grâce à un orchestre dominant son sujet, d’une sincérité et d’une justesse hagogique irrésistible; au venin tristanesque, Brahms répond par cette Rhapsodie qui semble recueillir et transmuter toute la peine du monde; Ann Hallenberg, au point crucial du poème de Goethe, quand le narrateur prend parti pour le salut de l’assoiffé du désert, “Ach, wer heilet die Schmerzen… Ah! qui apaisera les souffrances… la musique de houle amère et empoisonnée, laisse enfin s’écouler une prière pour l’amour humain: le timbre est somptueux, l’articulation du verbe soliste, intense et sans affectation, malgré quelques aigus tirés… mais quel superbe tissu linguistique, accordé à l’activité des instrumentistes. Le baume qui se répand dans le dernier épisode, amour pacificateur, laisse enfin s’écarter les nuages pour une clarté de plus en plus présente. Magistrale réalisation du chef et des ses troupes.
Le Begräbnisgesang opus 13 met en lumière en 1858, l’oeuvre première de Brahms, alors chef de choeur à la Cour de Detmold, premier essai magistral dans sa solennité progressive. Là encore le verbe articulé, les sons filigranés composent une fresque à la fois dense et légère, toujours illuminée qui de l’intérieur nous éblouit par sa sincérité.

Avec une acuité de sclapel, qui fouette et transperce le coeur et l’esprit, l’activité ténébriste et tragique du Chant des Parques, dernière oeuvre pour choeur et orchestre de Brahms (1882) s’impose là encore: l’articulation du texte (pas moins que le destin tragique d’Iphigéne en Tauride revu par Goethe, et derrière lui, l’arbitraire cynique et barbare des dieux contre les hommes) est magistrale, idéalement coulée dans le tissu orchestral aux déchaînements puissants mais jamais lourds… L’intensité expressive de l’orchestre éclaire l’architecture vertigineuse de cette montagne brahmsienne, à la fois bouleversante et éperdue, et aussi fracassante et vertigineuse; sans jamais se diluer ni épaissir l’impact des effectifs, Philippe Herreweghe rétablit de justes proportions à un monstre choral et orchestral, privilégiant toujours et avec quelle finesse, et l’intelligibilité du texte, et les couleurs d’une orchestration si subtile. Bouleversant. La collaboration du Collegium Vocale Gent (40 ans en 2010), des musiciens de l’Orchestre des Champs Elysées (20 ans en 2011) ne pouvait produire plus bel accomplissement. Coup de coeur de la rédaction cd de classiquenews.com.

Brahms: Lieder avec orchestre. Chant Du Destin Op.54. Rhapsodie Pour Alto Op.53 Motet Op.74/1. Ch. Funebre Op.1. Ann Hallenberg, alto. Collegium Vocale Gent & Accademie Chigiana Siena. Orchestre des Champs-Élysées. Philippe Herreweghe, direction. 56 mn. 1 cd Phi

Henri Christiné: Dédé, 1921. TrotteinTours, Opéra. Les 29, 30 et 31 décembre 2011


Henri Christiné

Dédé, 1921

Opéra de Tours
Les 29, 30 et 31 décembre 2011

Dominique Trottein, direction
Jacques Duparc, mise en scène

Fêtez le nouvel an à Tours ! L’Opéra de Tours propose une affiche prometteuse. Mort à Nice en 1941, le suisse Henri Marius Christiné fait ses premières armes dans la chanson (pour Yvonne Printemps) comme chef d’orchestre également au Concert Européen, le music hall de la Place de Clichy. Au lendemain de l’Armistice, son opérette Phi-Phi est un triomphe faisant salle comble pendant 3 années aux Bouffes Parisiens. Ce premier succès est suivi de Dédé, en 1921, avec Maurice Chevalier, lequel créera en 1925, la chanson au succès planétaire, Valentine…

Sur le texte d’Albert Willemetz, l’opérette Dédé vaut son succès à plusieurs chansons d’une exceptionnelle séduction dont Dans la vie faut pas s’en faire ou Pour bien réussir dans la chaussure…

Dédé (André) épris de la belle Odette achète la magasin de chaussures de Mr Chausson. Mais il ignore qu’Odette est la femme de ce dernier : elle a souhaité ce rachat pour sauver les finances de son époux… Comment réagira Dédé ainsi trompé?

La Belle Epoque de MassenetCatalogue de l’exposition. Editions Gourcuff Gradenigo

livres, critique
La Belle Epoque de Massenet

En couverture, le visuel créé pour la création de l’opéra de tous les défis pour Massenet: Esclarmonde (voir page 101 du présent ouvrage), présenté triomphalement en 1889 à l’Opéra-Comique, avec la nouvelle muse du compositeur, la soprano américaine Sibyl Sanderson qui en chantant le rôle de la magicienne Esclarmonde inaugure une galerie d’héroïnes lyriques d’un nouveau type, si spécifique à l’écriture de Massenet, et qui s’enrichit après Esclarmonde, de figures telles Thaïs puis Manon. Rien que cela. On l’aura compris: le catalogue de l’actuelle exposition présentée sous le même titre au Palais Garnier: “La belle époque de Massenet” éclaire bien des pans d’une carrière qui souffre encore de préjugés, d’images abusives ou réductrices… Massenet, sucré et minaudant, parfait “salonard”, c’est à dire en rien un génie… gagne après lecture de la publication une image nouvelle qui vient à propos pour le centenaire de sa naissance en 2012.
En liaison avec le choix des objets et documents exposés, une riche iconographie (photographies des chanteurs créateurs, accessoires de scène, documents d’archives…) restitue par l’image ce contexte humain, social, artistique qui attestent tous à leur mesure du phénomène Massenet de son vivant: un géant de la scène lyrique, particulièrement joué à Paris, à l’Opéra et à l’Opéra-Comique. C’est aussi un travailleur acharné, mondain quand il faut, jouant de son réseau pour faire créer ses ouvrages et maintenir toujours son nom sur les affiches des théâtres d’opéra, de Paris à Monte Carlo… entre autres.
De leurs côtés, les textes reprécisent la carrière de Massenet dans son époque, son apprentissage musical, ses admirations (Thomas, Reyer), surtout, un par un, présentent chacun des opéras du compositeur; même son incursion fugitive dans le genre purement instrumental est évoqué. C’est surtout la conception théâtrale et l’intelligence dramatique de Massenet qui est magistralement dévoilée, comme l’exploration de l’idéal féminin qui parcourt tout l’oeuvre; à ce titre les nombreuses photographies des chanteuses créatrices des grandes héroïnes de Massenet retiennent l’attention: Mary Garden (Thaïs), Marie Heilbronn (Manon), Sibyl Sanderson (Esclarmonde), Marie Delma (Charlotte), Emma Calvé (La Navarraise), Jeanne Campredon (Junia dans Roma, Opéra de Paris, 1912)… Les auteurs identifient également, et de façon passionnante, les traces du compositeur jusque dans la littérature contemporaine en particulier chez Marcel Proust… résonances et correspondances riches là encore en découvertes majeures sur une époque où les auteurs de tous genres entretenaient des rapports féconds. C’est aussi le Massenet scénographe qui n’hésite pas à annoter la mise en scène de Werther (Opéra Comique, 1893) en musicien soucieux de vraisemblance dans le jeu des chanteurs acteurs…
Ainsi vous l’aurez compris, en couverture, c’est l’une des plus délirantes inventions de Massenet, Esclarmonde (emblème d’un wagnérisme à la française) qui scrute l’éternité et attend avec raison, ce qu’apporte le présent catalogue, complété par l’exposition à voir absolument, la réhabilitation/réestimation tant attendue du génial Jules Massenet. Lecture incontournable.

La Belle Epoque de Massenet. Catalogue de l’exposition présentée au Palais Garnier à Paris, Bibliothèque Musée de l’Opéra, du 14 décembre au 13 mai 2011. Editions Gourcuff Gradenigo, 240 pages. 39 euros. ISBN: 9 782353 401185

Diego Matheuz dirige le Concert du Nouvel An à VeniseArte, dimanche 1er janvier 2012 à 12h25, 18h40


Diego Matheuz


dirige le


Concert du Nouvel An


à Venise

Arte
Dimanche 1er janvier 2012
à 12h25
(en direct)
puis 18h40
Venise, La Fenice
Diego Matheuz
, direction

Serait-ce la nouvelle coqueluche des scènes lyriques et des salles symphoniques? A 27 ans, le violoniste vénézuélien Diego Matheuz (né en 1984 à Barquisimento), compatriote du fulgurant Gustavo Dudamel, est le nouveau directeur musical de La Fenice de Venise ; le chef d’orchestre dirige le concert du Nouvel An dans la Cité des Doges; un rendez vous hier mondain et assez poussiéreux, aujourd’hui, tremplin régénéré grâce à la participation de nouveaux jeunes tempéraments dont évidemment celui du jeune maestro vénézuélien. Diego Matheuz s’est distingué entre autres en dirigeant la session de travail de l’orchestre Mozart sous la tutelle de Claudio Abbado (Bologne, 2008).


Diego Matheuz, jeune supermaestro ?

Lui aussi comme Dudamel, est l’enfant du Sistema, programme éducatif et musical unique au monde (inventé par Josè Antonio Abreu), destiné aux enfants des milieux défavorisés… Le Vénézuéla a montré la voix à tous les pays du monde en instituant la culture, en particulier la pratique de la musique classique, comme un facteur de réalisation personnelle et de réussite sociétale. Le nouveau monde a bien des choses à nous (ré)apprendre: de toute évidence, il se passe quelque chose en Amérique Latine et Gustavo Dudamel comme Diego Matheuz sont les fleurons d’une nouvelle ère culturelle et musicale…
Le direct sur Arte offre une fenêtre médiatique au maestro prometteur: saura-t-il nous convaincre?

Direct. Concert du Nouvel à La Fenice, Venise.
Concerto di Capodanno 2012
Concert du Nouvel An 2012

Diego Matheuz, direction
Orchestre de La Fenice

Première partie purement orchestrale. Deuxième partie avec la participation du choeur de la Fenice, de solistes chanteurs invités… et en conclusion festive, le choeur Va piensero de Nabucco de Verdi, suivi par le brindisi “Libiam ne’lieti calici” de La Traviata du même Verdi (La Traviata a été créée à La Fenice)…

Dossier cadeaux dvd de NoëlNos 10 dvd à acheter et offrir pour les fêtes


Noël approche à grands pas:
qu’offrir? Que partager au moment des fêtes de fin d’année et pour
célébrer l’an neuf? La Rédaction cd de classiquenews s’est concertée et
vous dévoile les 10 meilleurs dvd de l’année écoulée à
offrir absolument…

Top DVD Noël 2011
1. Lully: Atys. Reprise légendaire…
Dans la scénographie de Villégier, le théâtre que Lully souhaitait
supplanter en faveur de la divine musique et du chant, reprend ses
droits: sobriété, épure voire ascétisme des mouvements d’acteurs;
absence des machineries féeriques et enchanteresses originelles… Atys déploie une langueur tragique irrépressible qui va son cours sanglant et sacrificiel sans faiblir,
s’affirmant telle la tragédie en musique la plus noire du règne de
Louis XIV, et curieusement la plus aimée du souverain. Lully et Quinault
s’y dépassent il est vrai: le premier dans une musique sans dilution
aucune, âpre, expressive, mordante; le second, plus inspiré que jamais
écrivant une poésie faite musique, à la fois grandiose par sa
déclamation et si juste dans sa sincérité émotionnelle. Préférant
Sangaride à la déesse Cybèle, le beau berger Atys connaîtra l’horreur du
délire criminel puis le suicide. Il n’y a pas d’ouvrage comparable à
cette exacerbation des passions emportant dieux et mortels.

2. Les Chaussons Rouges (Powell, Pressburger, 1948), version restaurée. La réalisation,
l’imaginaire qui déborde et porte le rêve chorégraphique de Vicky, le
ballet-lui-même qui est le point d’orgue dramatique de l’action
enrichissent ce chef d’oeuvre visuel qui malgré son sujet tragique,
grâce à la beauté et l’intelligence de sa forme, reste un hymne
atemporel donc légendaire à la danse. Magistral.

En 1948,
ce film en Technicolor heureusement restauré (voir en préambule la
présentation par Martin Scorcese soi même sur le process de restauration
des 3 bandes de négatifs à traiter) se distingue par sa maitrise
dramaturgique à 100 lieues de l’outrance caricaturale de Black swan,
récent blocbuster sur le même sujet: la lente et sûre ascension d’une
danseuse classique, avant sa chute mortelle…

3. Donizetti: Anna Bolena, Anna Netrebko, Elina Garança… Autour des deux divas,
véritables icônes médiatiques, les autres chanteurs et le choeur se
montrent globalement convaincants. Et l’orchestre sous la direction
d’Evelino Pido se distingue lui aussi par sa finesse constante. En
somme, une production d’Anna Bolena mémorable voire… historique. En 1830, Donizetti écrit Anna Bolena:
opéra romantique italien, contemporain des oeuvres dernières de
Bellini; le bel canto donizettien n’a pas la subtilité mélodique des
ouvrages belliniens mais avouons que la constrution d’Anna Bolena
bénéficie du livret de Felice Romani, un maître en matière
dramaturgique: pas de diluation ni de tunnel mais une action serrée qui
renforce le relief des caractères en particulier s’il s’agit de
rehausser l’intensité psychologique des confrontations; de ce point de
vue, les duos Anna Bolena et Jane Seymour constituent la clé de voûte du
spectacle: deux divas contemporaines font toute la séduction du
spectacle viennois. Si le marketing investit à fond sur l’image
cinématographique des deux chanteuses (la couverture du dvd fait
immanquablement penser à une affiche d’un film technicolor de capes et
d’épée des années 1960), l’écoute de la production fait toute la lumière
sur … leur indiscutable mérite musical. Autour des deux divas,
véritables icônes médiatiques, les autres chanteurs et le choeur se
montrent globalement convaincants. Et l’orchestre sous la direction
d’Evelino Pido se distingue lui aussi par sa finesse constante. En
somme, une production d’Anna Bolena mémorable voire… historique.

4. Carlos Kleiber: Traces to nowhere (sur les traces d’un chef de légende)…

Documentaire exhaustif
sur une personnalité d’exception. Carlos Kleiber, sur les traces d’un
chef de légende. Réalisation : Eric Schulz … Magistral et
incontournable. Portrait documentaire majeur. La direction de Carlos Kleiber
reste l’une des plus captivantes du XXè siècle: au-dessus de Karajan,
Kleiber le fils, né en 1930 et mort le 1″ juillet 2004 est bien
l’hériter de son père, le légendaire (et guère tendre) Erich Kleiber.
De son père qu’il admire toute sa vie (au point de ne diriger une
partition que dans la connaissance parfaite et précise de
l’enregistrement qu’a réalisé son père de l’oeuvre concernée: c’est le
cas des Noces de Figaro, du Chevalier à la Rose, de Wozzek dont Erich
assure la création en 1935…), Carlos Kleiber défend une valeur devant
toute autre chose: l’excellence. Le garçon hypersensible (trop fragile
dit sa soeur), sait pourtant imposer dans la famille, sa vocation d’être
maestro. A 20 ans, il est dans le contexte de l’après guerre, à Zürich
où il fait ses débuts. Son premier coup d’éclat reste à Stuttgart, un
Freischütz d’anthologie dans le mise en scène de Walter Felsenstein…
Rien de moins
5. La petite danseuse de Degas… Le ballet écrit par Martine Kahane évoque le parcours d’une adolescente
vendue sur l’autel du commerce artistique propre à la fin du XIXè: les
scènes et les tableaux s’enchaînent et le profil de la petite danseuse
se précise avec une cruauté réaliste des plus touchantes. A l’origine, Martine Kahane étudie le tutu de la fameuse sculpture en bronze patiné de Degas, conservée au Musée d’Orsay à Paris: la petite danseuse:
oeuvre majeure et pourtant atypique du peintre génial datée entre 1921
et 1931, quand la jeune fille alors âgée de 14 ans aurait bien été
modèle entre 1865 et 1881… Quel type de tutu lui allouer? Ce
chef-d’oeuvre sculpté fixe les traits et la pose d’une adolescente,
entre tension et douleur, dignité et élégance. Car tout est là: sous les
doigts de Degas, l’effigie se fait allégorie d’un monde et d’un milieu
artistique ambivalent; elle est aussi le portrait de Marie Van Goethen,
élève inscrite par sa mère (Elisabeth Maurin), comme ses deux soeurs, à
l’école de danse de l’Opéra. Or, la mère manipulatrice et avide,
surtout peu scrupuleuse ne tarde pas à monnayer le corps de sa fille
pour l’exposer dans les ateliers d’artistes (dont celui de Degas), ou,
esclavage et exploitation à peine masqués, à l’adresse des abonnés de
l’opéra, ses hauts de forme toujours amateurs des petits rats de
l’Opéra… pour des motifs bien peu dignes du foyer de l’Opéra où ont
lieu les tractations honteuses.


6. Puccini: Madama Butterfly… Patricia Racette
éblouit et captive par son charisme d’une finesse déchirante…
L’orchestre du Met et les choeurs très présents sous la direction de
Patrick Summers ajoutent à la pleine réussite de cette production
éblouissante, grâce au charisme tragique mais toujours humain de la
diva, grâce à l’intelligence de la réalisation scénique réalisée par le
britannique Minghella… En ouverture de sa saison 2006, le Met demande au cinéaste surdoué Anthony Minghella de remettre en scène la tragédie japonaise, Madama Butterfly de Puccini. La lecture du réalisateur britannique (décédé en 2008), auteur du Patient anglais (1996), du Talentueux mr Ripley (1999), de Retour à Cold Mountain (2003)
avait été conçue à l’origine pour l’English National Opera en 2005…
C’est l’une des plus brillantes incursions d’un cinéaste à l’opéra, loin
des applications un peu tièdes observées sur les scènes lyriques
internationales depuis plusieurs années… En voici la reprise sur la
scène new yorkaise, captation live du 7 mars 2009.
7. Verdi: Simon Boccanegra avec Placido Domingo… A Londres, sur la scène
du Covent Garden, en juillet 2010, Placido Domingo éblouit dans un rôle
scénique qui lui va comme un gant: profondeur émue et engagée d’un
timbre à nul autre pareil, style irréprochable même en dépit des limites
d’une voix mûre et qui n’a plus la vaillance ancienne: le ténor chante
le rôle du baryton verdien avec un tact, une humanité, un souffle…
exemplaires… Verdi donne aux barytons, un rôle idéal dans Simone Boccanegra:
c’est un personnage qui force l’admiration par sa profondeur et sa
progression émotionnelle durant l’opéra. Héros roturier, Simon, connu
comme corsaire défendant les intérêts génois en Méditerranée, devient le
premier doge d’origine populaire, élu par le peuple de Gênes. Un destin marqué par la noblesse d’un homme qui porte chevillé au corps, les idéaux du Risorgimento,
- cet idéal à la fois politique et humaniste, contre l’oppression des
faibles, pour la liberté et la paix d’une société juste et égalitaire.

8. Tribute to Jerome Robbins… Le programme présenté à
Paris en septembre 2008 permet de revoir la subtilité stylistique des
étoiles parisiennes: Marie-Agnès Gillot (En Sol, Triade); Laetitia Pujol
(Triade); surtout Claire-Marie Osta et Agnès Letestu comme Benjamin
Pech et Nicolas Le Riche dans In the night (1970): variations nocturnes
où Robbins relit l’attraction-aimantation du pas de deux… Quelques mois après sa mort, l’Opéra de Paris rend un hommage développé au chorégraphe new yorkais Jerome Robbins;
en passant l’Atlantique, le regard des Français retient en particulier
cette élégance faussement insouciante mêlée d’humour et de culture qui
revisite ici de 1956 à 1975, l’histoire de l’art chorégraphique, non
sans auto dérision. La scène parisienne ajoute une création signé
Benjamin Millepied qui malgré son titre, “Triade” met en scène 2 couples
(il y a bien 4 danseurs) et répétitif, brouillon, se voulait un écho au
maître dont il fut assistant, n’atteint jamais l’inventivité ni la
grâce d’un Robbins résolument inclassable.
9. Puccini: Tosca… Zurich 2009: Pour
Tosca, Carsen, fait du Carsen, chic et parfois toc. Mais les hommes
Kaufmann et Hampson embrasent littéralement le plateau… Dans cette mise en scène zurichoise d’avril 2009,
ce n’est ni la direction certes fluide mais un rien trop lisse et
décorative du chef Paolo Carignani (qui gomme les aspérités dramatiques
de la partition: où est cette anxiété mordante si envoûtante à Orange en 2010 sous la baguette d’un magicien autrement plus inspiré, Mikko Franck?), ni le chant honnête de la soprano Emily Magee qui frappent directement l’esprit. Les hommes en revanche sont à leur sommet vocal… et scénique. Jonas Kaufmann
souffle le feu et la braise dans un rôle expressif qu’il sert avec la
passion et le mesure nuancée qui le caractérise. Qu’il ait le physique
du beau Mario artiste et bonapartiste ajoute évidemment à l’aplomb
indiscutable de sa performance.
10. Rameau: Platée avec Paul Agnew… Paris, Palais Garnier, 2002. Production à juste titre
mémorable, cette Platée déjantée et délirante rend pleinement justice au
plus bouillonnant des compositeurs français du plein XVIIIè: il invente
la comédie musicale tant l’action mêlée de divertissements et de
ballets, d’intermèdes et de registres à 2 voire 3 degrés… réinvente
grâce à la souveraine musique, le genre lyrique hérité de Lully.
Le
comique irrévérencieux, l’action théâtrale et surtout l’orchestre
revendiquent la première place: Platée est ce formidable miracle
théâtral où certes, il s’agit bien d’un jeu de dupe, amer et tragique,
développé au détriment de la trop naïve grenouille, reine des marais…
Les déités supérieures se moquent du batracien ridicule: comment Platée,
si laide et si fade, si fleur bleue, a-t-elle pu croire susciter la
passion de … Jupiter? Rameau prend prétexte de cette intrigue assez
mince pour délirer lui-même: jamais il n’a mis autant de musique,
d’idées, de formes mêlées, de registres poétiques contrastés.

Notre sélection Noël 2011
ne rend pas compte de la grande richesse des superbes parutions éditées tout au long de l’année 2011. Pour connaître tous nos
coups de coeur 2011, visitez notre sommaire dvd 2011

Anna Nicole (Turnage & Thomas). Eva Maria Westbroek. Antonio Pappano 1 dvd Opus Arte

dvd, critique
Anna Nicole
(Pappano, Westbroeck, 2011)

Miss “pneumatique”, fille texane devenue stripteaseuse et icône de Playboy, puis épouse d’un milliardaire, Anna Nicole Smith (de son vrai nom Vickie Lynn Hogan, décédée en 2007) incarne le rêve de toutes les américaines aspirant à la beauté mais “perdue d”avance”; c’est l’éternelle carrière pathétique et cynique des lolitas qui se rêvent Marylin… Le Royal Opera House crée en février 2011 ce spectacle qui tient plus de la comédie musicale que de l’opéra. Il y a incontestablement du rythme dans l’enchaînement des tableaux, une bonne dose de tragicomédie, avec pointes satiriques sur ce qu’est en réalité le rêve américain…


Broadway à Covent Garden

D’emplois divers en époux contrastés, la jeune diva blonde s’use, perd toute innocence, se brûle les ailes. La réussite du spectacle tient essentiellement au tempérament de la soprano, engagée en diable, Eva-Maria Westbroek, wagnérienne saluée et déjà opulente et sensuelle sirène, femme généreuse et maternelle dans une Minnie (La Fanciulla del West de Puccini, Amsterdam 2009), également enregistrée chez Opus Arte. Elle incarne avec sincérité l’ascension puis la lente descente aux enfers de la playmate devenue accroc aux médocs que la mort de son fils Daniel atteint définitivement. La bimbo siliconée se révèle d’une fragilité maladive…
Dans la fosse, dommage qu’Antonio Pappano force constamment le trait : la sonorité de l’orchestre est tendue, plus démonstrative que réellement nuancée; en manque de subtilité, la tenue musicale fait définitivement basculer le spectacle en métaphore aguicheuse; seule l’interprétation d’Eva-Maria Westbroeck sauve la mise par sa justesse et sa finesse; Anna Nicole c’est elle, exclusivement.

Anna Nicole de Mark-Anthony Turnage et Richard Thomas. Eva-Maria Westbroek, Gerald Finley, Alan Oke, Susan Bickley. Royal Opera House chorus and orchestra Covent Garden. Antonio Pappano, direction. Richard Jones, mise en scène. 1 dvd Opus Arte. 2h. 8 09478 01054 8.

Rossini: La Cenerentola. En direct du Palais GarnierKarine Desayes… France Musique, le 17 décembre 2011 à 19h


Rossini


La Cenerentola


En direct de l’Opéra national de Paris
France Musique

Samedi 17 décembre 2011 à partir de 19h


Reprise nostalgique et… émerveillée au Palais Garnier avec cette Cenerentola imaginée en 1967 déjà (pour Munich), par Jean-Pierre Ponnelle présentée donc à Paris en décembre 2011 selon la volonté de son ancien assistant, Nicolas Joel, actuel directeur de l’Opéra national de Paris. Décors (toiles peintes), direction d’acteurs comme dans la production d’origine à quelques détails près: la simplicité des tableaux rappellent cet enchantement né de nos théâtres d’enfants miniaturisés… dans lequel l’esprit libre anime des figurines pour exprimer l’action du conte.

Côté voix, la piquante et excellente mezzo française, Karine Deshayes, si délicate, fine, intelligente éblouit littéralement dans le rôle d’Angelina – Cendrillon, taillé pour le velours stylé de son timbre radieux… féminin, angélique, subtil. La diseuse remarquée dans un récent disque Fauré (La bonne chanson) sait aussi colorer, caractériser son personnage avec un naturel exquis.

Ses partenaires masculins partagent la même séduction dramatique, alliant aisance expressive et finesse du jeu vocal: José Camarena, Carlos Chausson (comique et burlesque don Magnifico); Alex Esposito (Alidoro), Riccardo Navarro (Dandini); voici une distribution d’une magnifique cohérence … Même les deux sœurs Clorinda (Jeannette Fischer) et Tisbé (Anna Wall) ont un délire juste (a contrario de tant de dérapages bouffes ailleurs pas toujours très légers)… Dans la fosse, le chef rossinien jusqu’au bout des doigts, Bruno Campanella sait cueillir toutes les perles instrumentales au sein d’un orchestre qui ne demande qu’à le contenter.


Rossini: La Cenerentola. Palais Garnier, Opéra national de Paris, du 26 novembre au 17 décembre

Fable morale

Dramma giocoso en deux actes sur un le livret de Jacopo Ferretti, d’après Cendrillon de Charles Perrault, La Cenerentola
est l’ultime ouvrage comique, écrit par Rossini pour le public italien.
Créé le 25 janvier 1817 au Teatro Valle de Rome, l’action lyrique
respecte les codes de bienséances de l’époque: la pantoufle de vair est
remplacée par un bracelet: à l’opéra, les actrices ne doivent pas
exhiber leurs chevilles ni leurs pieds, sur les planches d’un théâtre
respectable. De même, Rossini écarte la figure de la bonne fée, qui est
remplacée par le philosophe Alidoro, mentor du Prince Don Ramiro dont
Angelina (Cendrillon) est amoureuse. Idem pour la marâtre qui accable
chez Perrault, la belle enfant: l’opéra met en scène un père omnipotent,
voire brutal et violent, Don Magnifico, tuteur finalement dépassé par
le tempérament de ses deux filles expansives, Clorinda et Tisbe; surtout
vil et vénal solitaire qui ne s’affaire que pour s’enrichir.

Mais le compositeur et son librettiste se plaisent à réviser la trame
initiale de Perrault, en privilégiant surtout les situations comiques,
délirantes, à répétition… tout est prétexte au travestissement (entre
le Prince Ramiro et son valet Dandini), rien n’est trop éloquent pour
démonter les fonctionnements hypocrites, intéressés, bassement
calculateurs de l’activité humaine. La fable musicale est hautement
moralisatrice: devenue reine, Cendrillon sait pardonner à ses bourreaux
d’hier… Le rôle-titre exige une voix agile et timbrée, celle d’un
mezzo coloratoure, comme le personnage de Rosina dans Le Barbier de
Séville, composé l’année précédente (1816). Le prince Ramiro est chanté
par un ténor, “encadré” par deux barytons, son valet Dandini et son
tuteur et philosophe, Alidoro (en fait baryton-basse).

Acte I

Angelina dite Cendrillon, servante au service de Don Magnifico chante sa
romance pendant que les deux filles de son beau-père, coquettes
apprêtées et ridicules, Clorinda et Tisbe, rêvent d’un beau parti. Car
leur père craint pour le maintien de leur train: ils ne sont pas aussi
riches qu’ils aimeraient. Le mendiant Alidoro, en fait conseiller du
Prince Ramiro qui cherche une épouse, se présente à la porte et éprouve
la brutalité des habitants: à l’inverse, l’accueil d’Angelina le frappe
immédiatement. Des courtisans paraissent invitant les 2 coquettes à un
Bal où le prince Ramiro désignera sa future épouse. Don Magnifico paraît
à son tour, qui se plaint du tumulte matinal: il s’est réveillé d’un
rêve qui lui prédisait fortune et richesse.

Le valet du Prince fait son entrée: il s’agit du Prince lui-même: à
la vue d’Angelina, le jeune homme ne peut cacher son attirance. Dandini,
serviteur du Prince déguisé en Prince paraît enfin. Il réalise une cour
enjouée aux deux soeurs tyranniques. Angelina prie son beau-père
Magnifico d’aller elle aussi au bal, mais son tuteur la rabroue
violemment, choquant Le Prince et Dandini, témoins ulcérés de ce tyran
domestique. Alidoro qui se montre sous sa vraie identité, demande à
Magnifico où se trouve sa troisième fille: Angelina est prête à se
désigner mais son beau-père, feignant la tristesse, avoue qu’elle est
morte. Tous s’en vont au bal. Restée seule, Angelina s’effondre mais
Alidoro paraît lui révèle la vérité, l’amour du Prince pour elle: il la
prépare pour le bal et la conduit en carrosse au château.

Acte II

Au Château, Dandini déguisé en prince courtise assidûment les deux
mégères, tandis que Magnifico, nommé sommelier officiel, doit goûter les
vins de la cave royale.

Ne parvenant pas à se décider entre les deux épousables, Dandini
propose d’offrir à la seconde son valet, en vérité le vrai prince,
Ramiro: les soeurs s’en offusquent, traitant le serviteur d’indigne, de
vaurien et de vulgaire. C’est alors sque Angelina en habits de princesse
donc méconnaissable, fait son entrée: les coquettes qui ne la
reconnaissent pas, la jalousent. Elle retire son voile, et tous saisis
de surprise ou d’admiration, ne cesse jaser. Dandini annonce qu’il
choisira son épouse après le souper faisant suite au bal.

Dandini invite alors tous les convives à prendre place au banquet qui
commence et promet de choisir une épouse durant le bal après souper.
Quand Dandini s’approche de Cenerentola, celle ci décline son invitation
car elle aime son “valet”, qui est en fait le Prince Ramiro lui-même.
Celui-ci se présente à elle, et croyant toujours qu’il s’agit du valet
du Prince, Angelina lui offre l’un de ses bracelets: s’il eut la
conquérir, il faudra qu’il la retrouve grâce au bijou. Angelina quitte
le château: la quête du Prince peut commencer… Dandini dévoile à
Magnifico qu’il n’est que valet: le beau-père ulcéré jure de se venger.

Chez Magnifico, les convives de retour du bal agressent Cendrillon,
qui a réapparu en… haillons. Elle chante sa romance et rêve du valet
du prince. Mais celui ci paraît, reconnaît celle qu’il aime grâce au
bracelet qu’elle porte: ils se jurent un amour éternel. La constance et
la vertu ont été récompensées. Au château, alors que les noces se
préparent, Magnifico et ses filles demandent pardon à celle qu’ils ont
martyrisée: clémente, Angelina sait leur pardonner. La bienveillance est
la vertu des rois à l’opéra.

Orch. Symphonique Région Centre Tours: Bartok, Mozart…Tours: les 3 et 4 décembre 2011


Orchestre Symphonique
Région Centre Tours

saison 2011-2012

concert
Rossini
Mozart
Honegger

François Chaslin, piano
Jean-Yves Ossonce, direction

Samedi 3 décembre 2011 à 20h
Dimanche 4 décembre 2011 à 17h

Nouveau programme événement à Tours, les 3 et 4 décembre 2011: l’Orchestre Symphonique Région Centre Tours sous
la baguette de son directeur musical Jean-Yves Ossonce poursuit sa
nouvelle offre musicale, après un premier volet dédié aux compositeurs
russes et une Thaïs de Massenet flamboyante, voici un programme dont l’éclectisme (Rossini, Mozart, Honegger et Bartok) s’annonce comme nouveau défi…

Pacific 231 (mouvement symphonique)

Le Mouvement symphonique n° 1 intitulé aussi “Pacific 231″ est créé sous la direction du chef Serge Koussevitzky en 1924 et dédié à Ernest Ansermet. Au départ, Arthur Honegger souhaitait composer une pièce inspirée du film La Roue d’Abel Gance. Il s’agit d’évoquer la mise en oeuvre puis la course du cheval à vapeur: percussions, glissandi aux cordes, tutti effrénés, cellules rythmiques cycliques… sont autant d’effets purement musicaux pour exprimer la machine en transe, accélérant, décélérant.
Ecriture atonale et répétitive, plus rythmique que mélodique, Pacific 231 d’Honegger annonce en bien des aspects Differents trains de Steve Reich qui partage avec le compositeur français cette fascination pour la locomotive, emblème d’un urbanisme effréné; la machine et la vitesse, sont des voies nouvelles pour expérimenter de nouvelles pistes d’expression. Prokofiev se souvient lui aussi de Pacific 231 d’Honegger dans sa Symphonie n°2 intitulée “de fer et d’acier”.
K 488 de Mozart

Le K488, superbe la majeur, est un chef d’oeuvre mozartien qui comprend précisément l’extraordinaire adagio (et sa tonalité si unique dans l’histoire de la musique de fa dièse mineure): adieu et renoncement, acte de foi d’une gravité jamais théâtrale. Respiration, compréhension naturelle, dynamiques diversifiées, et même cohésion et richesse hagogique… sont autant de défis à l’adresse des interprètes.
Le Mandarin merveilleux

Créé en novembre 1926, le ballet pantomime Le Mandarin merveilleux de Bartok constitue l’entrée en matière de l’opéra en un acte, le Château de Barbe Bleue: il s’agit de l’une à l’autre partition, du thème de la rencontre entre deux âmes. Ici, la prostituée qui sert d’appât aux riches passants, lesquels sont ensuite dépouillés par 3 complices à l’affût; la putain lascive et provocante, éprouve contre toute attente un pur sentiment de compassion pour son ultime victime: un riche marchand chinois, merveilleux mandarin, qui blessé et torturé par ses complices, l’émeut plus que tout autre: elle s’abandonne à lui avant qu’il ne meurt de ses blessures… La danse, étreinte fusionnelle entre les deux protagonistes, se fait choc des corps, rite érotique, puis mise à mort. Autant d’éléments propres à susciter lors de la création un beau scandale. La Suite pour orchestre est créée en octobre 1928.
Guillaume Tell

D’après Schiller, Rossini met en musique l’histoire de Guillaume Tell: l’opéra est créé sur la scène de l’Opéra de Paris, le 3 août 1829: c’est un jalon essentiel dans l’élaboration du grand opéra romantique français. Si l’ouvrage, exigeant des chanteurs de premier plan, l’ouverture est souvent jouée comme une pièce symphonique autonome. C’est avec celles de La Pie voleuse, du Barbier de Séville, ou de Sémiramide, l’une des meilleures de Rossini qui y développe tout son génie orchestrateur. Le début évoque la douceur enchanteresse de l’alpage (quintette de violoncelles… un instrument dont était expert et praticien le compositeur). Puis c’est l’orage (annonciateur de son développement au III quand les éléments se déchaînent sur le navire de Guillaume Tell). La 3è section est un andantino qui fixe l’accalmie retrouvée grâce au solo du cor anglais dont le timbre éminemment pastoral évoque un ranz de vache (et aussi, la Pastorale de Beethoven). Mais la rêverie du cor est interrompu par un brusque appel des trompettes: c’est la révolte des Suisses contre les Autrichiens (charge des cavaliers). La victoire des Suisses et l’apothéose de Guillaume Tell sont consommées dans un crescendo trépidant, emblématique de Rossini, où toutes les forces de l’orchestre sont sollicitées jusqu’au vertige et à l’ivresse la plus échevelée.
Rossini
Ouverture de Guillaume Tell

Mozart
Concerto pour piano n°23 K 488

Honegger
Pacific 231

Bartok
Le mandarin Merveilleux
version suite pour orchestre

Samedi 3 décembre 2011 à 20h
Dimanche 4 décembre 2011 à 17h

Orchestre des Champs Elyséessaison 2011 – 2012. Temps forts (Beethoven, Mozart)

Orchestre
des Champs Elysées
saison 2011 – 2012
Les 20 ans

Pour la nouvelle saison de ses 20 ans d’exécution continument transcendante, l’Orchestre des Champs-Elysées, fleuron exemplaire des orchestres sur instruments d’époque, nous réserve bien des surprises mais aussi quelques temps forts revisitant plusieurs monuments de la musique vocale et instrumentale.
Depuis 20 ans, Philippe Herreweghe nous régale grâce à ses programmes défricheurs, pourtant serviteurs des oeuvres du répertoire: servir Haydn, Mozart et Beethoven… puis Schumann, Mendelssohn… Bruckner jusqu’à Mahler et de façon nouvelle, était-ce possible alors? Est ce toujours possible aujourd’hui? Oui, en prenant le soin d’ajuster les moyens selon une vue idiomatique. Prioritairement inspiré par les germaniques, classiques et romantiques (Berlioz et sa Fantastique, fut un temps évidemment très apprécié… et de nouveau abordé avec Episode de la vie d’un artiste: Lélio ou le retour à la vie, il n’y a pas si longtemps au TAP en avril 2009), Philippe Herreweghe et ses musiciens ont gravi immédiatement, dès le début de leur aventure en 1991, les échelons de la reconnaissance, grâce à une visibilité optimale concédée par Alain Durel, alors directeur du Théâtre des Champs-Elysées. Naissance en forme de révélation qui a trouvé tout de suite son public tant la justesse musicale était déjà admirable… Depuis, la phalange a conservé le nom du lieu, aux promesses et perspectives si délectables.


20 ans d’excellence

Des Champs Elysées, les musiciens nous rapportent une sonorité unique à ce jour (peut-être partagée aujourd’hui avec l’Orchestre Les Siècles de François-Xavier Roth qui défend comme son aîné Philippe Herreweghe ce même souci scrupuleux et philologique des oeuvres choisies). Les 50 instrumentistes de l’Orchestre des Champs-Elysées composent par leur diversité et leur exigence cette identité singulière d’un orchestre sans égal. Précision du geste, clarté de l’architecture, transparence et couleur, intensité dramatique et finesse dynamique… tout concourt aujourd’hui à placer chaque lecture de l’Orchestre des Champs-Elysées, parmi les plus approfondies et les plus engagées au service de la musique. Aucun programme présenté n’est purement “divertissant” car il répond à une nécessité intérieure, philosophique, à tout le moins, humaine dans laquelle se retrouve tout le collectif, comme électrisé par la direction de leur chef. La nouvelle résidence de l’Orchestre, à présent fixé au TAP Théâtre Auditorium de Poitiers (Poitou Charentes), lui permet de bénéficier d’un outil de diffusion exceptionnel par sa qualité acoustique; encore une étape pour apprécier davantage ce travail inouï sur les oeuvres. Avec l’Orchestre des Champs Elysées, la musique classique devient surtout musique vivante, destinée à toucher et émouvoir tous les publics. C’est là depuis 20 ans, sa plus grande conquête.

Beethoven occupe le début de la nouvelle saison 2011 – 2012. Après une première tournée dédiée aux Symphonies 5 et 7, l’Orchestre des Champs Elysées interprète la Missa Solemnis, en novembre 2011 (le 12 à Ljubljana, Gallus Hall; le 13 à Grenoble, MC2; le 14 à Paris, TCE; le 15 à Bruxelles, Beaux-Arts; le 16 à Bruges, concertgebouw). C’est un programme prometteur où le chef d’orchestre démontre aussi sa maestrià peu commune comme chef de choeur… Architecte autant que poète pour relever les défis multiples d’une oeuvre à la fois grandiose et intime, colossale et surtout, exclusivement humaine.

En janvier 2012, Alesandro Mocia, premier violon depuis les origines, dirige l’Orchestre pour une nouvelle tournée Haydn (Symphonie n°44 “funèbre”, et le concerto pour violon en la majeur) et Mozart (Concerto pour violon n°4 et Symphonie n°36 “Linz”) avec le violoniste Giuliano Carmignola. Janvier 2012: le 19 à Regensburg, le 20 à Baden Baden, le 21 à Erlangen, le 22 à Düsseldorf (Tonhalle).

En février 2012, Philippe Herrewghe poursuit son exploration du romantisme symphonique allemand avec la 4ème de Schumann (après la 2è Symphonie, jouée la saison passée. cf notre reportage vidéo ci après), couplée avec le Concerto pour violoncelle de Dvorak (soliste: Steven Isserlis, violoncelle). Février 2012: le 16 à La Rochelle (La Coursive), le 17 à Niort (Le moulin du Roc); le 18 à Parthenay (Palais des Congrès), et le 20 à Zagreb (Lisinski Hall, HR).

Enfin le dernier grand cycle symphonique est en clôture de la saison des 20 ans, un nouveau temps fort dédié au trois dernières symphonies de Mozart: Symphonies n°39, n°40 et n°41 “Jupiter”, chant du cygne et synthèse de toute la conscience des Lumières dont Mozart fut le plus illustre ambassadeur, doué d’éclairs déjà préromantiques… Cycle événement en avril 2012: les 10 à Poitiers (2 concerts), le 11 à l’Opéra Royal de Versailles.

Plus d’infos, tous les renseignements pratiques, la présentation de toute la saison symphonique, de l’Orchestre et du chef sur le site www.orchestredeschampselysees.com

l’orchestre des Champs Elysées en vidéo
Travail d’orchestre: l’Orchestre des Champs Elysées et Philippe Herreweghe interprètent Robert Schumann.
Le chef commente son approche de l’écriture symphonique de Schumann et
rétablit le compositeur romantique dans la généalogie des grands
symphonistes germaniques de Beethoven à Mahler. Tournée de l’Orchestre
des Champs-Elysées Mendelssohn et Schumann, du 9 au 14 avril 2011

Orchestre des Champs
Elysées, Philippe Herreweghe: Symphonie n°4 de Gustav Mahler
. En mars 2010,
l’Orchestre des Champs Elysées et Philippe Herreweghe poursuivent leur
exploration des champs malhériens. Plus légère sur le plan de son
instrumentation que les autres opus, la Symphonie n°4 est une partition
décisive qui
associe aux instruments, la voix d’une soprano (dans le dernier
mouvement)… Reportage vidéo sur le travail de l’orchestre et du chef

Episode de la vie d’un artiste de Berlioz à Poitiers (TAP, avril 2009). Présentation de la résidence de l’Orchestre des Champs Elysées par
Denis Garnier, directeur du TAP Poitiers, entretien avec les metteurs
en scène Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil… Choix d’un
spectacle pluridisciplinaire.


Philippe Herreweghe
(Bruckner, Mahler, Debussy)
A l’affiche de la Salle Pleyel à Paris (le 17 février 2008) puis au
Bozar de Bruxelles (le 18 février 2008), Philippe Herreweghe, à
la tête de l’Orchestre des Champs Elysées (qu’il a fondé en 1991),
précise son approche des Symphonies d’Anton Bruckner, en particulier de
la Cinquième, un nouveau volet abordé au concert, qui s’inscrit dans
le sillon de ses enregistrements brucknériens (Symphonies n°4 et n°7), déjà parus chez Harmonia Mundi. “Jeu de miroir”, partition complexe, “jeu d’échec”…, l’oeuvre dévoile
le génie combinatoire d’Anton Bruckner (1824-1896), maître incontesté
du contrepoint, avec Josquin des Prés et Bach. Cycle de 7 entretiens vidéo. Voir les vidéos Philippe Herreweghe

Beethoven: Missa Solemnis, Philippe HerrewegheParis, TCE, lundi 14 novembre 2011 à 20h

Ludwig van Beethoven


Missa Solemnis
, 1824


Lundi 14 novembre 2011 à 20h


Paris, TCE


Marlis Petersen soprano


Gerhild Romberger alto

Benjamin Hulett ténor

Simon Kirkbride basse


Collegium Vocale Gent

Accademia Chigiana Siena
Philippe Herreweghe, direction
Orchestre des Champs Elysées

Beethoven dont on connaît le désir d’édifier une arche musicale pour
le genre humain, saisissant par son ivresse fraternelle, porté par un
idéal humaniste qui s’impose toujours aujourd’hui avec évidence et
justesse, tenait sa Missa Solemnis comme son oeuvre majeure. Mais pour
atteindre à la forme parfaite et vraie, le chemin est long et la genèse
de la Solemnis s’étend sur près de 5 années…

Pour l’ami Rodolphe

Vienne, été 1818. Le protecteur de Beethoven, l’archiduc Rodolphe de Habsbourg,
frère de l’empereur François Ier, est nommé cardinal. Son intronisation
a lieu le 24 avril 1819. Beethoven, qui règne incontestablement sur la
vie musicale viennoise depuis 1817, inspiré par l’événement, compose
Kyrie, Gloria et Credo pendant l’été 1819. La période est l’une des plus
intenses: elle accouche aussi de la sublime sonate n°29,
“Hammerklavier” (terminée fin 1818). Les cérémonies officielles en
l’honneur de Rodolphe sont passées (depuis mars 1820)… et Beethoven
poursuit l’écriture de la Messe promise. Jusqu’à juillet 1821, il écrit
les parties complémentaires. En 1822, la partition autographe est finie:
elle est contemporaine de sa Symphonie n°9 et de ses deux ultimes
Sonates.
Avec le recul, la genèse de l’ouvrage s’étend sur plus de cinq années:
gestation reportée et difficile car en plus des partitions simultanées,
Beethoven, entre ivresse exaltée et sentiment de dénuement, a du cesser
de nourrir tout espoir pour “l’immortelle bien-aîmée” (probablement
Antonia Brentano), fut contraint de négocier avec sa belle soeur, la
garde de son neveu Karl…

Ce vieux loup solitaire et génial

Beethoven,
marqué par la vie, défait intimement, capable de sautes d’humeurs
imprévisibles, marque les rues viennoises par son air de lion sauvage,
caractériel, emporté mais… génial. Dans les cabarets, il invective les
clients, proclamant des injures contre les aristocrates et même les
membres de la famille impériale… Mais cet écorché vif a des
circonstances atténuantes: il est sourd, donc coupé de son milieu
ordinaire, et ne communique, sauf ses percées orales souvent
injurieuses, que par ses “carnets de conversation”. Ce repli exacerbe
une inspiration rageuse, inédite, que ses proches dont Schindler (son
secrétaire), l’éditeur Diabelli (pour lequel il reprend en 1822, les
Variations “Diabelli” qu’il avait laissées inachevées en 1820), ou
Czerny (son élève) admirent totalement. De surcroît, si les princes
d’hier sont partis ou décédés tels Kinsky, Lichnowsky, Lobkowitz,
surtout Rassoumowsky (qui a rejoint la Russie après l’incendie
dévastateur de son palais et de ses collections en 1814), le compositeur
bénéficie toujours d’un soutien puissant en la personne de l’Archiduc
Rodolphe, fait donc cardinal, et aussi archevêque d’Olmütz en Moravie.

Vaincre la fatalité

A
l’origine liturgique, la Missa Solemnis prend une ampleur qui dépasse
le simple cadre d’un service ordinaire. Messe pour le genre humain,
d’une bouleversante piété collective et individuelle, l’oeuvre porte
sang, sueur et ferveur d’un compositeur qui s’est engagé totalement dans
sa conception. Fidèle au credo de Beethoven, l’oeuvre Michel-Angélesque
(choeur, orgue, orchestre important), exprime le chant passionné d’un
homme désirant ardemment vaincre la fatalité.
Exigeant quant à l’articulation du texte et l’explicitation des vers
sacrés, Beethoven choisit avec minutie chaque forme et développement
musical. A la vérité et à l’exactitude des options poétiques, le
compositeur souhaite toucher au coeur : “venu du coeur, qu’il aille au coeur“,
écrit-il en exergue du Kyrie. Théâtralié révolutionnaire du Credo,
véritable acte de foi musical, mais aussi cri déchirant et tragique du
Crucifixus, méditation du Sanctus, intensité fervente du Benedictus
(introduit par un solo de violon) puis de l’Agnus Dei, l’architecture
touche par ses forces colossales, la vérité désarmante de son propos:
l’inquiétude de l’homme face à son destin, son espérance en un Dieu
miséricordieux et compatissant.

Sûr de la qualité de sa nouvelle partition qui extrapole et transcende
le genre de la Messe musicale, Beethoven voit grand pour la création de
sa Solemnis. Il propose l’oeuvre aux Cours européennes: Roi de Naples,
Louis XVIII par l’entremise de Cherubini, même au Duc de Weimar, grâce à
une lettre destinée à Goethe (qui ne daigne pas lui répondre!)…
En définitive, la Missa Solemnis est créée à Saint-Pétersbourg le 7
avril 1824 grâce à l’initiative du Prince Galitzine, soucieux de faire
créer les dernières oeuvres du loup viennois, avec l’appui de quelques
autres aristocrates influents. Beethoven assure ensuite une reprise à
Vienne, le 7 mai, de quelques épisodes de la Messe (Kyrie, Agnus
Dei…), couplés avec la première de sa Symphonie n°9. Le triomphe est
sans précédent: Vienne acclame alors son plus grand compositeur vivant,
lequel totalement sourd, n’avait pas mesuré immédiatement le délire et
l’enthousiasme des auditeurs, réunis dans la salle du Théâtre de la
Porte de Carinthie.

Beethoven: Missa Solemnis
Œuvre composée entre 1818 et 1822


Marlis Petersen soprano

Gerhild Romberger alto

Benjamin Hulett ténor

Simon Kirkbride basse

Orchestre des Champs-Elysées

Collegium Vocale Gent
Accademia Chigiana Siena
Philippe Herreweghe, direction

Illustrations: portraits de Beethoven. Beethoven composant la Missa
Solemnis dont il tient la partition. Beethoven marchant dans les rue de
Vienne (DR)

Sylvie Mamy: Antonio Vivaldi Editions Fayard

La redécouverte des opéras de Vivaldi demeure le fait le plus marquant de la recherche musicale appliquée au Baroque Italien. Aux côtés de ses concertos innombrables, le Prete Rosso (le Prêtre roux) investit aussi la scène lyrique, se taillant une réputation majeure dans le concert européen, ce malgré la concurrence des compositeurs napolitains ou saxons (dont Hasse)…


Tout Vivaldi, surtout les opéras

Antonio Vivaldi (1678-1741) renaît grâce à ce texte personnel et exhaustif que porte le regard d’une Vénitienne de coeur, passionnée par la figure du compositeur hyperactif en dépit de sa faible constitution, dont l’activité le mène dès ses débuts lyriques hors de la lagune (Florence, Milan, Rome…) et pour contrer la concurrence des Napolitains, jusqu’à Vienne… où il meurt de bien triste manière.

L’auteure resitue chaque épisode de la carrière si tumultueuse de Vivaldi dans le contexte social, historique, politique et musical; les réseaux, les institutions, les amitiés et les ennemis, les admirateurs et les princes de l’Europe baroque se précisent enfin, dévoilant nombre de contrevérités sur le musicien, l’un des plus doués de sa génération. Musique vocale, religieuse (motets, oratorios…) et profanes (lyriques: opéras, sérénades…), musiques instrumentales si applaudies à l’Ospedale della Pietà où il exerce… tout le catalogue riche et diversifié de Vivaldi est ici présenté, analysé, documenté.
Les près de 50 opéras de Vivaldi sont ainsi parfaitement argumentés; les livrets et les sujets sont reprécisés; le réemploi des airs lyriques, élucidé; le compositeur d’opéras gagne en stature et en ambitieuse aventure.
L’érudition vivante et accessible de Sylvie Mamy permet une réévaluation de l’oeuvre et de la carrière de Vivaldi dans sa ville, Venise; celle qui a écrit un Que sais-je? sur les castrats (1998), s’appuie en particulier sur les découvertes vivaldiennes de Reinhardt Strohm, surtout de Michel Talbot dont la biographie de 1978 n’a jamais été traduite en français.
On regrette de nombreuses fautes de frappe et des coquilles trop nombreuses au fil des pages. Précieux apports: la bibliographie, le catalogue complet des oeuvres, l’index des noms et oeuvres cités dans le texte biographique. Donc une somme incontournable pour tout amateur ou connaisseur vivaldien.

Sylvie Mamy: Antonio Vivaldi. 864 pages. Editions Fayard. 35 euros. Code ISBN / EAN : 9782213637617. Parution: juin 2011.

Alice Sara Ott, piano. Beethoven: SonatesWaldstein (1 cd Deutsche Grammophon)

Pour son premier album Beethoven, la jeune et très talentueuse pianiste Alice Sara Ott (23 ans) sélectionne les deux grandes Sonates en ut majeur de Beetoven, profitant des ressources expressives et de l’exigence technique redoutable pour jouer des contrastes et colorer la trépidation rythmique des oeuvres par une intériorité remarquablement articulée. Sous ses airs de jeune lolita enchantée, la pianiste germano-japonaise affirme dans ce programme réfléchi et étonnamment profond, une étape majeur dans son parcours. Qu’il s’agisse de la Sonate N°3 opus 2 N°3 qui ouvre le programme, ou la “centrale” Sonate Waldstein (n°21 opus 53), le feu à la fois juvénile et magnifiquement structuré de l’interprète démontre depuis son précédent album Chopin, une maturité somptueuse qui tout en soignant la sonorité comme la courbe musicale et dramatique des oeuvres, maîtrise la suggestion et le finesse d’un toucher précis et délicat. C’est un Beethoven tumultueux, brillant, surtout humain et intime que son toucher nuancé convoque irrésistiblement.

Dédiée à Haydn, la Sonate n°3 introductive affirme et la puissante pensée d’un Beethoven de 25 ans et le jeu tout en finesse démonstrative et méditative d’Alice Sara Ott: sa sensibilité s’exprime librement dans le superbe adagio, plongée en eau souterraine dont le tissu crépusculaire contraste étonnamment avec la fougue des autres mouvements; d’un bout à l’autre, l’interprétation frappe par sa cohérence et sa fluidité atteignant une formulation logique, souple, naturelle.

Au coeur de cet album décisif dans la maturation de l’interprète, la Waldstein sait ici renouer avec ses racines profondes, graves voire déterminantes qui la rapprochent du testament d’Heiligenstadt, écrit en octobre 1802, un avant la Sonate: très inspirée, Alice Sara Ott en souligne comme des teintes filigranées, la tentation du suicide, les visions et éclairs de conscience aux révélations fracassantes; Beethoven frappé par les progrès de sa surdité songe à la mort, se désespère de ne jamais connaître paix et reconnaissance. L’Allegro con brio s’écarte des sentiers remâchés: il en sort différent, plus trouble, plus grave, d’une pensée violente et désespérée à la fois. Le très fugace adagio molto traverse des mondes sereins et flottants où la nuit s’épaissit… Puis, c’est comme une course viscérale… cette fois vers la lumière, dès la première note du 3ème mouvement (Rondo): instant suspendu et plein d’une énergie retrouvée que la pianiste sait dévoiler avec une finesse superlative.

Ce regain de forces, confirmant la retour de Beethoven à la vie et surtout à l’art, se confirme encore dans le choix des morceaux complémentaires aux deux Sonates; Alice Sara Ott joue en bonus l’Andante favori (initialement placé par le compositeur comme le second mouvement de la Waldstein et finalement écarté; choix pertinent au regard de son souffle démesuré comparé aux deux autres mouvements).
La très grande sensibilité de la pianiste éclaire le parcours du jeune Beethoven, depuis la vitalité ardente de l’Opus 2 à la prise de conscience et la gravité nouvelle de la Waldstein: en 8 ans seulement, tout un monde sonore bascule vers une intériorité inédite. Superbe programme.

Agenda
Alice Sara Ott est en concert à Paris, au Théâtre de la Ville le 19 novembre 2011. Au programme: Mozart (Variations Duport K 455), Beethoven (3ème Sonate en ut majeur opus 2 n°3), Chopin (Valses), Liszt (Harmonies du soir, Paraphrase sur Rigoletto de Verdi)…

Beethoven (1770-1827): Sonates pour piano N°3 opus 2 N°3; N°21 opus 53 “Waldstein”, Andante favori, Rondo capriccio en sol majeur opus 129 (colère à propos d’un sou perdu). Alice Sara Ott, piano. 1h05mn 028947 79291 8 (1 cd Deutsche Grammophon)

Fritz Lang: Les Nibelungen, 1924. Version coloriséeArte, lundi 3 octobre 2011 à 20h40


Fritz Lang


Les Nibelungen
, 1924

De la beauté atemporelle de l’homme armé, du combattant sans peur ni scrupule… 3 ans avant son chef d’oeuvre Métropolis (1927), également impressionnant par les moyens et personnels requis pour sa réalisation, Fritz Lang (aidé de son épouse Thea von Harbou) s’engage sur le thème des Nibelungen… trucages saisissants et souvent inédits, lumières millimétrées aux clairs obscurs photographiques (Carl Hoffmann, directeur de la photo)…: les performances techniques montrent l’efficacité des studios de l’Ufa à Babelsberg.

En deux parties (la mort de Siegfried, puis la revanche de Kriemhild), la fresque cinématographique de Fritz Lang achevée en 1924, Les Nibelungen entend rivaliser par son souffle et son ampleur visuelle au Ring wagnérien. Les 5 heures de film revisitent selon la vision du cinéaste, légendes et épopées germaniques et scandinaves afin de produire la geste du peuple allemand. Le cinéaste propose une vision qui n’a rien à voir avec la Tétralogie de Wagner.

La mort de Siegfried (2h25) après son prologue dans la forêt met surtout en avant le riche et spectaculaire palais des Burgondes, lieu d’une froideur inhumaine qui contraste avec la figure plus énergique du héros Siegfried. Une forêt avec des arbres de 8 m de haut a été reconstituée: le monstre à lui seul mesure 21 mètres et ses mouvements ont été conçus de manière aussi réaliste et fluide que possible. Au final, le dragon, le champs de brume quand Albérich invisible attaque Siegfried, l’aurore boréale, la mer de feu en Islande, les nains changés en pierre, l’arbre en fleurs qui se transforment en crânes terrifiants… sont autant d’effets spécieux et spectaculaires à l’époque qui aujourd’hui conservent leur puissant effet d’enchantement et de merveilleux. C’est la partie qui de loin eut le plus de succès.

Dans la seconde partie (2h), plus ambivalente, plus étrange, plus échevelée aussi donc moins immédiatement accessible, La revanche de Kriemhild, Fritz Lang évoque la vie des Huns, peuple apparemment sauvage voire barbare mais dont les pulsions souterraines sont proches de celles des Burgondes. L’ensemble des tableaux et scènes ont été tournés en studio et répondent à l’esthétique distanciée voire cynique de Fritz Lang, où l’homme dérisoire figure dans l’immensité des sites, est comme dans les paysages de Poussin, un frêle avorton, occupé à combattre… pour mieux accélérer sa fin. Les scènes de foules aux mouvements mesurés, les vues en perspective de la ville de Babelsberg où vivent les Huns… sont des réussites mémorables. Toute l’action de la seconde partie met en branle la machinerie de la vengeance: et la version 2011 des Nibelungen souhaite compléter le volet jusque là incomplet, selon le scénario originel de Lang. Après que Kriemhild tue Hagen, une série d’images extraites d’archives jamais remontée, la montre foudroyée elle-même par l’épée car Fritz Lang avait écrit la mort de Kriemhild par Hildebrand.

Les nazis y décèlent immédiatement une arme de propagande efficace pour glorifier l’idéal aryen : une version nouvelle, sonorisée en particulier de la première partie dédiée à Siegfried, voit le jour en 1933 sans la validation de Lang qui auparavant avait rejoint la France puis les Etats Unis.

Arte, Lundi 3 octobre 2011 à 20h40. Les Nibelungen de Fritz Lang. Version révisée et complétée 2010, 4h30mn. Restauration réalisée par la fondation Murnau à partir des 18 copies d’époque, version finale 35 mn recolorisée. Musique originale de Gottfried Huppertz (Orchestre symphonique du Hessischer Rundfunk. Franck Strobel, direction).

La diffusion sur Arte de la nouvelle version des Nibelungen de Fritz Lang accompagne la projection du film à la Cinémathèque française, avec accompagnement de piano (Olav Lervik, compositeur et Christian Schumann, pianiste), le 26 octobre 2011 à 19h (5 rue de Bercy 75012 Paris).

Saison lyrique 2011-2012: Angers Nantes, Tours, Lyon, Paris…Sélection des meilleures saisons lyriques en France

Saison lyrique

2011-2012
Voici notre sélection des théâtres et cycles
lyriques les plus intéressants en France au cours de la saison
2011-2012. Ne manquez pas les événements lyriques, reprises, nouvelles
productions, créations… à Paris et en Province

Angers Nantes Opéra. Château de Barbe Bleue
de Bartok, Béjart!, création française de L’Enfant et la nuit de
Villard, nouvelle production de Orphée et Eurydice de Gluck (version
Berlioz, en français, de 1859), La Bohème de Puccini… même en version
“light”, la
nouvelle saison d’Angers Nantes Opéra poursuit ce souci d’excellence, de
découverte, surtout de passion, défendu depuis ses débuts par le
directeur Jean-Paul Davois…
Atelier lyrique de Tourcoing:
saison des 30 ans. L’Atelier Lyrique de Tourcoing fête ses 30
printemps:
30 ans de défrichement, d’expérience musicale défendue dans l’esprit
d’une troupe, mieux d’une famille. Portée par l’infatigable autant
qu’exigeant Jean-Claude Malgoire, l’aventure poursuit ses escales
stimulantes pour sa nouvelle saison 2011-2012:
Bellini, duo pétillant Molière/Lully (Monsieur de Pourceaugnac),
Festival Rossini (Petite Messe solennelle, reprise de Tancrède…)

Si l’Opéra de Lyon est désormais un acteur incontournable de la
scène lyrique européenne c’est grâce au choix d’artistes audacieux, au
parti-pris assumé de programmer des ouvrages peu joués et au concept de
«mini-festival» dont le directeur Serge Dorny a fait la griffe de la
Maison lyonnaise.

Opéra de Tours.
Thaïs pour fêter dès octobre 2011, le centenaire Massenet, Red waters,
Dédé, L’opéra de Quatre sous, surtout Idoménée de Mozart (nouvelle
production) puis La Bohème de Puccini et Macbeth de Verdi composent une
nouvelle saison lyrique à Tours riche en découvertes et accomplissement.
D’autant que le directeur et chef, Jean-Yves Ossonce défend avec un
engagement rare, la vérité dramatique des oeuvres programmées…
Opéra national de Paris. Mercredi 9 mars 2011, l’Opéra national de Paris a communiqué sa nouvelle saison lyrique 2011-2012: une programmation éclectique, faisant la part belle à l’opéra français, aux nouvelles productions dont 1 création (La Cerisaie,
3è opéra de Philippe Fénelon présenté sur les planches parisiennes)
avec un axe fort sur le répertoire romantique et postromantique : Verdi,
Tchaïkovsky, Wagner, et surtout Richard Strauss. Plus que jamais, forte
de ses 800.000 spectateurs annuels – un chiffre admirable qui montre
combien le public répond présent pour l’opéra-, la Maison parisienne
confirme son éloquente réussite. Son activité et la justesse des choix
artistiques démontrent malgré la crise, l’attraction réelle de l’opéra
aujourd’hui, en particulier des spectacles à Bastille et à Garnier,
auprès des publics, … de tous les publics. Formidable machine à rêver,
l’Opéra national de Paris maintient son rang enviable dans le monde, de
temple de l’art noble et … démocratique. Quels autres théâtres
peuvent-ils en dire autant?
Saison Lyrique 2011-2012. Sélection opérée par la Rédaction Opéra de classiquenews.com. Illustration: “les corps embrasés” d’Olivier Valsecchi, série Dust, dont Angers Nantes Opéra reprend quelques clichés pour illustrer sa saison lyrique 2011-2012

Joseph Calleja, ténor. Récital lyriqueParis, salle Pleyel, lundi 7 novembre 2011 à 20h


Joseph Calleja

ténor
chante Giuseppe Verdi

avec
Ludovic Tézier
baryton
Orchestre National d’Île-de-France
Frédéric Chaslin
, direction


Lundi 7 novembre 2011 à 20h
Paris, Salle Pleyel


Programme
Airs et duos d’opéras de Giuseppe Verdi
(Les Vêpres siciliennes, Simon Boccanegra, La Traviata).
Récital lyrique événement où sont réunis deux tempéraments timbrés d’un raffinement unique. Ludovic Tézier a pour lui ce chant noble et puissant, “droit” à l’élocution idéale. Joseph Calleja, son cadet né Maltais, star montante du label Decca, a récemment ébloui la scène mondiale grâce à la perfection de sa musicalité, un timbre unique, à la fois solaire et très coloré qui rappelle ses grands modèles Pavarotti, Caruso, Björling ou Lauri-Volpi. Le Maltais se distingue aujourd’hui par la subtilité de sa ligne vocale, l’une des plus nettement originales, doublée par ce souci exemplaire du texte qu’il partage avec peu de ténors aujourd’hui. A Paris, les deux solistes chantent en français et en italien les opéras de Verdi.

Le programme souligne combien la “grande boutique”, (l’Opéra de Paris), fut la scène finale de nombreux ouvrage de Giuseppe Verdi, des Vêpres Siciliennes à Don Carlos. Ecouter le dramatisme verdien en français, selon la version originale -, reste une expérience majeure pour les amateurs de lyrique, curieusement absente des scènes européennes.

Joseph Calleja sort son nouvel album chez Decca le 10 octobre 2011: The Maltese tenor: air d’opéras de Puccini, Offenbach, Verdi, Bizet… Marco Armiliato, direction. 1 cd Decca.

Illustration: Joseph Calleja © M.Jonkins pour Decca

dernier cd de Joseph Calleja chez Decca

The Golden Voice. Joseph Calleja (2006). Timbre
caractérisé, aisance donizettienne, le jeune ténor Joseph Calleja signe
dans ce nouvel album, son récital le plus abouti et donc le plus
convaincant. Sa prestance suscite de grands espoirs sur le devenir de sa
carrière.
Rares et
souvent exceptionnels les chanteurs dont le timbre, sitôt quelques notes
entamées, révèle l’identité. Le grain patiné, tendre, d’une langueur
triste et solaire, du jeune Joseph Calleja, a déjà le mérite de sa singularité
flûtée.
Certes quelques failles dans la technique et quelque
instabilité passagère, vocalises savonnées, en perte de clarté, marquent
le tableau de quelques ombres… Lire notre critique complète

David Kadouch, piano. Récital Meldelssohn, Schumann France Musique, dimanche 25 septembre 2011 à 19h30

David Kadouch
piano

Remarqué lors des masterclasses de Daniel Barenboim, le jeune pianiste français (né à Nice en 1985), David Kadouch fait une percée médiatique légitime lors des Victoires de la musique classique 2010: où il remportait la distinction de la révélation instrumentale de l’année. Palmes méritées pour l’un des tempéraments les plus captivants, conciliant finesse de jeu, intériorité planante, surtout versatilité digitale capable de nouvelles prouesses agogiques particulièrement délectables. Le label Decca ne s’est pas trompé en acceptant de faire paraître sa lecture du Concert sans orchestre (Sonate n°3) de Robert Schumann (parution du cd: le 19 septembre 2011), à propos duquel notre collaborateur, Carter Chris Humphray, écrit:

Piano majeur

“David Kadouch souligne sans appui et avec une aisance aérienne parfois littéralement claironnante, le jaillissement juvénile du drame Schumanien (phantasieren: ce travail des fantasme au seuil freudien qui nourrit toute l’activité intérieure d’une musique qui est nerf et vitalité). Sa fougue, son jeune âge, sa vaillance restructure chaque mouvement avec une clarté printanière, porteuse d’un engagement et d’une passion admirable. Sous ses doigts, il semble qe la forme est dissoute et se confond dans l’expresison pure de la passion et des humeurs. Le pianiste nous offre ce crépitement hypnotique qui aura tant saisi (et influencé les Français): Alkan, Chausson, Hahn… ceux quis ont le plus proche du coeur”.


France Musique
Dimanche 25 septembre 2011 à 19h30

Concert donné le 15 mai 2011, Jagdsall, Schwetzingen

Mendelssohn: 5 Romances sans paroles
Schumann: Sonate pour piano n°3
Chopin: Valses et Ballade
Debussy: Les fées sont d’exquises danseuses,

Ce qu’a vue le vent d’ouest

Dans ce récital de mai 2011, le jeune pianiste David Kadouch devrait à nouveau éblouir par sa flexibilité digitale, ce tempérament spécifique où la subtilité du chant laisse s’épanouir avec suggestion, les réminiscences de l’enfance, une douceur d’intonation qui le caractérise (avec la clarté de son toucher contrapuntique), en particulier dans les Romances sans paroles de Félix Mendelssohn… où pudeur, hypersensibilité et écoulement naturel sont de mises.

Festival de Clairvaux: Ombres & LumièresClairvaux, les 23, 24 et 25 septembre 2011

Au seul plaisir du concert, le festival de Clairvaux comme inspiré par le lieu minéral qu’il investit chaque année le temps d’un week-end, ajoute depuis sa création in loco, un questionnement fécond: celui que fait naître l’enfermement, nouvelle réalité frappante depuis que l’Abbaye fondée au XIIè par Bernard de Clairvaux, est devenue prison sur ordre de Napoléon.
Le site, l’un des plus saisissants parmi les abbayes d’esthétique cistercienne, – qui mériterait absolument d’être labellisée Centre Culturel de rencontre (à l’instar de ses soeurs, Noirlac ou Ambronay…), suscite au moment de chaque festival, cette interrogation profonde sur l’homme, entre ombres & lumières.

Ombres & lumières à Clairvaux

En 2011, retour du compositeur Thierry Machuel pour un nouvel oratorio donné en création (et en clôture) dimanche 25 septembre à 17h30: la musique découle comme chaque année des textes écrits par les détenus de la maison centrale, sur le thème, cette année, des “parloirs”.
La présence actuelle des détenus n’efface pas celle des moines, premiers occupants de l’abbaye. La programmation évoque aussi cet espace où la quête spirituelle prend aussi son essor et illumine ombres et ténèbres: dans ce sens, Il Seminario musicale et Gérard Lesne interprètent les Leçons des Ténèbres de Marc Antoine Charpentier (concert ouverture, vendredi 23 septembre, réfectoire des moines à 20h30). Tango versus Piazzola par les instrumentistes invités en 2011 dont Régis Pasquier, François-René Duchable… le 24 septembre à 14h30; soirée narration et piano (Alain Carré et François René Duchable) à 17h30 pour le spectacle “Les Pierres sauvages”, évocation de la fondation de l’Abbaye du Thoronet en 1161 par un moine cistercien venant de l’Abbaye de Cîteaux… musiques de Bach, Liszt, Debussy, Franck, Schumann et Chopin. Enfin, avant la création de l’oratorio des Parloirs de Thierry Machuel (Ensemble vocal Aedes; Mathieu Romano, direction), récital le 25 septembre à 14h30 de la pianiste Lidija Bizjack: Fauré, Chopin, Liszt, Paganini (chapelle Sainte-Anne).


Réservations par téléphone: 03 25 27 52 55

Bruno Procopio, clavecin et direction: les fils BachManaus (Brésil), dimanche 23 octobre 2011 à 20h30

Bruno Procopio
Dimanche 23 octobre 2011 à 20h30


Théâtre Amazonas, Manaus (Brésil)

Série de concerts Guaraná
Orchestre de l’Opéra de Manaus (OCA)
Bruno Procopio, clavecin et direction

Les Bach à la Cour de Frédéric II
La Famille Bach au service du Roi de Prusse, Frédéric II.

Symphonies & Concertos de CPE Bach et W.F.Bach

Voici un nouveau concert incontournable qui prolonge le travail amorcé
par Bruno Procopio ambassadeur inspiré de l’éloquence baroque, et qui fait du musicien, l’un des
tempéraments les plus intéressants du moment. Mais au Brésil, sa terre natale, le jeune musicien exerce sa double activité de chef et de claveciniste: un tempérament à deux visages qui augure le meilleur pour ce nouveau chapitre d’une carrière en pleine essor, dédié aux symphonies et concertos des fils de Bach.
En octobre 2011, le programme est conçu pour l’Orchestre de l’Opéra de Manaus, joyau architectural inauguré en 1896; c’est une
première pour les musiciens du Théâtre brésilien qui comme leurs
confrères vénézuéliens du Simon Bolivar Youth orchestra découvreurs en avril 2011 de
Rameau, sont confrontés grâce à la fougue défricheuse du jeune chef et
claveciniste franco-brésilien, à l’exubérante vitalité du style baroque,
en particulier à Manaus, au caractère si attachant des Symphonies de
Carl Philipp Emanuel Bach.

Outre la nouveauté assumée des oeuvres jouées, il s’agit aussi pour les
musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Manaus, de relever les défis
multiples qu’exige le jeu baroque (inégalité, tenue d’archer,
intonation, équilibre entre les pupitres…).
Révélateur des tempéraments à suivre, le Théâtre Amazonas a donné carte
Blanche à Bruno Procopio pour cette première invitation. Pour le maestro
invité, c’est une opportunité exceptionnelle de diriger dans un endroit
mythique comme l’Opéra de Manaus, somptueux Théâtre à l’italienne ancré
dans la forêt amazonienne: “Ce n’est pas une invitation qu’on traite à
la légère. Le programme a été élaboré avec beaucoup de soin, et la
musique virtuose et peu connue des fils Bach est idéale pour
l’acoustique parfaite de l’Opéra; d’autant que l’Orchestre regroupe
aujourd’hui parmi les meilleurs musiciens du Brésil
“, précise Bruno
Procopio.

Le répertoire choisi devrait révéler le très haut niveau interprétatif
des musiciens portés par le dynamisme analytique du jeune chef
d’orchestre: on connaît l’édifice construit durant la Belle Époque grâce
aux fortunes des riches propriétaires de plantation de l’arbre au
caoutchouc ; la célèbre coupole a été entre autres réalisée par les
français Adhémar Lulubre et Belonic Candeller en tuiles d’Alsace
imbriquées et peintes aux couleurs du drapeau brésilien. On sait moins
que l’Orchestre de l’Opéra est constitué à plus de 70% par des
musiciens venus de l’Europe de l’Est et de la Russie, pour la plupart
détenteurs d’une très grande expérience perfectionnée pour chacun dans
leurs théâtres nationaux respectifs. Rareté des oeuvres présentées,
excellence des interprètes sous la baguette du maestro franco-brésilien,
le concert à Manaus est un nouveau jalon décisif dans le parcours du
jeune chef à suivre, Bruno Procopio.

Programme:

Carl Philip Emanuel Bach
Sinfonia en mi mineur Wq 177

Wilhelm Friedemann Bach
Sinfonia en fa majeur BR-WFB C 2/ FK 67

Wilhelm Friedemann Bach
Concerto pour clavecin en re majeur (FK, 41)

Carl Philip Emanuel Bach
Sinfonia, Wq 182; No. 1 en sol majeur
Sinfonia, Wq 182; No. 3 en do majeur

Bruno Procopio, clavecin. Storace, Picchi, Galuppi…Venise, Punta della Dogana, le 15 septembre 2011

Récital de Clavecin
Bruno Procopio
Punta de la dogana, Fondation Pinault

Venise, jeudi 15 septembre 2011 à 20h

Compositeurs vénitiens baroques

Méconnus les compositeurs baroques vénitiens qui orchestrent à leur mesure l’essor exceptionnel de la musique pure dans la Cité dès le début du XVIIè. Le claveciniste défricheur Bruno Procopio s’intéresse particulièrement à dévoiler styles et manières des compositeurs baroques des Seicento et Settecento: de Storace, Picchi à Vivaldi, Galuppi et Peroti… Venise, capitale de l’opéra certes; la Cité des doges est aussi un foyer propice à une abondante littérature pour clavier… en témoigne ce concert événement qui ne pouvait se dérouler qu’à Venise… à la Punta della Dogana, chez François Pinault.





La littérature vénitienne pour clavecin est rare ou peu connue d’où la
pertinence de votre programme. Quels sont les compositeurs vénitiens mis
en avant dans ce récital à la Punta de la Dogana?

Je dirai que la littérature pour clavecin à Venise est plutôt peu
connue, mais extrêmement prolifique. Depuis le XVI siècle de nombreux
maîtres de musique ont travaillé à Venise, qui offrait également aux
récents éditeurs de musique, un asile favorable. La musique pour clavier
à cette période est fondée sur quelques structures de base comme les
pièces à danser, tels le Ballo, Pass’e mezzo et Saltarello ainsi que la
musique polyphonique, directement inspirée de la musique vocale en
vigueur, comme les Capriccio. Une nouvelle structure musicale voit le
jour dans cette période, c’est la forma Toccata qui est constituée d’une
structure libre qui navigue entre musique virtuose, laquelle explore la
dextérité du claviériste, et le style polyphonique.

Pour la première partie du programme je vais aborder la musique à danser
et les polyphonies, les compositeurs choisis sont : Giovanni Picchi,
Girolamo Frescobaldi, Bernardo Storace.

Cette musique italienne, a été la référence durant les deux siècles qui
suivent; quand JS Bach a composé ses Toccatas pour clavecin, il utilise
le même procédé, qui tient à mélanger des épisodes polyphoniques et des
parties libres, afin de mettre en évidence la virtuosité du
claveciniste. À la fin de sa vie Bach a composé l’Art de la Fugue, très
inspiré par la musique italienne du XVIè et XVIIè siècle. C’est en
quelque sorte un retour aux sources, qui affirme cette envie de
s’insérer dans un archaïsme voulu, créé à Venise.

La deuxième partie du programme est dédié aux compositeurs du XVIIIè
siècle qui ont vécu et édité à Venise; le plus connu d’entre eux,
demeure Baldassare Galuppi: sa musique est vraiment nouvelle, avec
beaucoup de nonchalance où l’objectif principal est de séduire grâce aux
mélodies accrocheuses. J’aurai le plaisir de jouer d’autres
compositeurs encore peu connus comme Fulgencio Peroti, excellent maître
de chapelle dont l’oeuvre est toujours accessible grâce aux éditions de
Nuremberg.

A la lueur de votre programme et des oeuvres retenues, pouvons nous
parler d’une école vénitienne pour le clavecin spécifique? Quels en
seraient les caractères? L’opéra, le chant, le théâtre est-il présent?


La musique pour clavier dans toute l’Italie au XVIè et XVIIè siècles
précise un goût qui reste très uniforme; on distingue déjà une musique
écrite pour le clavecin, destinée aux salons et à l’intimité, cette
musique se détache de la musique polyphonique pouvant être aussi jouée à
l’orgue, qui assure une réduction en quelque sorte de la musique vocale
à plusieurs parties. Je ne parlerai pas d’école de clavecin à Venise,
comme on évoque une école française; mais à Venise on remarque pour la
première fois une musique de clavier nouvelle, et véritablement au goût
du jour, avec ces innombrables livres de musique intitulés Intavolatura
di balli, véritables mignardises et d’une très grande difficulté
technique comme les Pass’e Mezzo de Giovanni Picchi.

Le clavier à Venise,
Capricci, Danses & Toccata

Bruno Procopio, clavecin

Bernardo Storace

Di varie composizioni d’intavolatura per cimbalo, Venezia 1664
Ciaccona

Giovanni Picchi
Intavolatura di balli d’arpicordo, Venezia 1618/1619
Pass’e Mezo, Saltarello, Ballo, Toccata

Girolamo Frescobaldi
Il primo libro di Capricci fatti sopra diversi soggetti e arie, Venezia 1624

Antonio Vivaldi
Concerto pour violon en sol majeur, RV 310, transcription de J.S.Bach en fa majeur BWV 978
Allegro – Largo – Allegro

Antonio Vivaldi
Concerto pour violon si bémol majeur RV 381, transcription de J.S.Bach en sol majeur BWV 980
Allegro – Largo – Allegro

Fulgencio Peroti
Sonate en si bémol majeur

Baldassare Galuppi
Sonate en fa majeur

Récital de Bruno Procopio, clavecin. Venise, Punta della Dogana, Fondation Pinault. 15 septembre 2011 à 21h.

Bruno Procopio, clavecin et direction. Venise baroque, CPE BachVenise, le 15 septembre. Manaus, le 23 octobre 2011

Jeunes talents à suivre
Bruno Procopio
claveciniste
& chef d’orchestre

Le chef d’orchestre et claveciniste Bruno Procopio poursuit une carrière de soliste de plus en plus apprécié dans le monde. Infatigable défricheur autant qu’interprète exigeant dans le choix des programmes présentés, Bruno Procopio s’affirme aussi comme maestro par l’audace et l’approfondissement de chacun de ses récitals: un geste précis qui sait aussi apporter souffle et intériorité. Le jeune chef défend avec son ensemble si bien nommé Le Sans Pareil, le répertoire du Brésil classique et romantique (Marcos Portugal entre autres dont il a récemment porté la recréation de la Missa Grande, 1784, en février 2011; voir la vidéo); il vient aussi de diriger le Simon Bolivar Youth orchestra à Caracas au Vénézuela dans un concert Rameau (première incursion de la formation en terre baroque française). A la rentrée 2011, Bruno Procopio offre à Venise puis Manaus, deux programmes rares, sources de découvertes et de magie sonore: vénitiens baroques en septembre comme claveciniste; symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach en octobre à Manaus, comme claveciniste… et chef d’orchestre.


Venise

Récital de Clavecin
Bruno Procopio
Punta de la dogana, Fondation Pinault
Venise, jeudi 15 septembre 2011 à 21h

Compositeurs vénitiens baroques: le clavier à Venise

Méconnus les compositeurs baroques vénitiens qui orchestrent à leur
mesure l’essor exceptionnel de la musique pure dans la Cité des Doges, dès le
début du XVIIè. Le claveciniste défricheur Bruno Procopio s’intéresse particulièrement à dévoiler styles et manières des compositeurs baroques des Seicento et Settecento. Entretien avec l’artiste sur son programme: La littérature vénitienne pour clavecin est rare ou peu connue d’où la pertinence de votre programme. Quels sont les compositeurs vénitiens mis en avant dans ce récital à la Punta de la Dogana?


Je dirai que la littérature pour clavecin à Venise est plutôt peu connue, mais extrêmement prolifique. Depuis le XVI sièclede nombreux maîtres de musique ont travaillé à Venise, qui offrait également aux récents éditeurs de musique, un asile favorable. La musique pour clavier à cette période est fondée sur quelques structures de base comme les pièces à danser, tels le Ballo, Pass’e mezzo et Saltarello ainsi que la musique polyphonique, directement inspirée de la musique vocale en vigueur, comme les Capriccio…
Pour la première partie du programme je vais aborder la musique à danser et les polyphonies, les compositeurs choisis sont : Giovanni Picchi, Girolamo Frescobaldi, Bernardo Storace…
En lire +, entretien avec Bruno Procopio sur les enjeux de son programme Le clavier à Venise, Capricci, danses et toccatas…
Récital de Bruno Procopio, clavecin. Venise, Punta della Dogana, Fondation Pinault. 15 septembre 2011 à 21h.


Manaus

Dimanche 23 octobre 2011 à 20h30
Théâtre Amazonas, Manaus (Brésil)

Série de concerts Guaraná
Orchestre de l’Opéra de Manaus (OCA)
Bruno Procopio, clavecin et direction

Les Bach à la Cour de Frédéric II
La Famille Bach au service du Roi de Prusse, Frédéric II. Symphonies & Concertos de CPE Bach et W.F.Bach

Voici un nouveau concert incontournable qui prolonge le travail amorcé par Bruno Procopio fervent serviteur de l’éloquence baroque (mais pas seulement), et qui fait du musicien, l’un des tempéraments les plus intéressants du moment, de Rameau à … Marcos Portugal, compositeur méconnu du Brésil indépendant.
Le programme est conçu pour l’Orchestre de l’Opéra de Manaus; c’est une première pour les musiciens du Théâtre brésilien qui, comme leurs confrères vénézuéliens du Simon Bolivar Youth orchestra -découvreurs récents de Rameau (voir la vidéo “Jouer Rameau à Caracas”, par Bruno Procopio et le Simon Bolivar Youth orchestra, – avril 2011) sont confrontés grâce à la fougue défricheuse du jeune chef et claveciniste franco-brésilien, à l’exubérante vitalité du style baroque, en particulier à Manaus, au caractère si attachant des Symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach.
Outre la nouveauté assumée des oeuvres jouées, il s’agit aussi pour les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Manaus, de relever les défis multiples qu’exige le jeu baroque (inégalité, tenue d’archer, intonation, équilibre entre les pupitres…)… En lire +, présentation du programme complet présenté à l’Opéra de Manaus…


Bayreuth. Direct Arte, le 14 août 2011. Wagner: Lohengrin. Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Georg Zeppenfeld… Choeurs et orchestre du Festival de Bayreuth. Andris Nelsons, direction. Hans Neuenfels, mise en scène.

Plateau froid comme un glaçon (où plutôt un
laboratoire aseptisé) où pullulent des rats numérotés, noirs ou blancs
selon qu’ils se rangent du côté de l’un des partis opposés, l’angélique
Elsa von Brabant dont le pouvoir et les prétentions au trône sont
disputés par l’odieux et insinueux Telramund… Voici un exemple
éloquent de vraie fausse mise en scène, où le délire du metteur en scène
(Hans Neunfels lequel signe ici son premier Wagner quand il avait
plutôt l’habitude de l’opéra italien) atteint un non-sens absolu,
dénaturant la féerie originelle du drame lyrique… On aura noté par
exemple ce contresens emblématique où quand c’est la descente du
chevalier miraculeux qui devrait occuper la scène, les fourrures noires
et blanches des petites bêtes, toutes costumées à présent d’un costume
jaune bouton d’or, s’élèvent dans les cintres du plafond… Pire peut-être, ce tableau final qui met en avant un bambin gris noirâtre qui réapparaît démontrant le désenvoûtement et la fin de la malédiction opérés par l’infâme Ortrud contre la famille légitime du Brabant: qui aura compris in fine que ce foetus livide et fantomatique est bien Gottfried, le frère d’Elsa, que l’odieuse magicienne avait transformé en… cygne? On aimerait
comprendre ces options visuelles, certes surréalistes et n’en
doutons pas, hautement conceptuelles, mais dont la cohérence et la
relation profonde avec la tragédie de l’opéra restent pour nous, des
plus opaques. De l’aveu même de Neuenfels, il s’agit de démystifier Wagner, de restituer à la musique sa profonde sensualité… ok, message compris: force est de constater pourtant l’indigence dépoétisée du résultat scénique. Où est la magie de la musique et de l’opéra? Combien de téléspectateurs auront préféré interrompre leur visionnage en cours de soirée, éprouvés ou déconcertés par tant d’absurdités?

Lohengrin dénaturé

Dans Lohengrin (créé à Dresde en 1848), Wagner traite de la
rencontre improbable mais fantasmatique: celle de l’humain faillible et
vulnérable, et du divin, exceptionnellement incarné. Or qu’avons nous
sur la scène de Bayreuth? une foire aux gadgets, des mouvements de
choeurs inexistants et sans précisions, un jeu d’acteurs convenu, d’une
frontalité statique si ennuyeuse… Et ces rats qui envahissent la scène
affichant enfin leurs visages humains en présence du héros providentiel
que doivent-ils réellement apporter à la révélation de l’oeuvre? L’animalité barbare est dans le coeur de chacun de nous: on le sait depuis longtemps. Avait-on besoin dans le temple du wagnérisme de voir cette réalisation manichéenne assez naïve voire anecdotique? Quel manque de souffle et de mystère pour un opéra qui est avec Tannhäuser et le Vaisseau Fantôme, l’un des chefs d’oeuvre romantiques de Wagner.
Si le direct sur Arte est en soi un événement, qui peut dire si
l’opération gratuite et pleinement accessible au public le plus vaste,
aura conquis grâce à cette captation démocratique, de nouveaux adeptes?
Car enfin faire découvrir la magie de Bayreuth par cette production
indigne et prétentieuse, finalement très laide pourrait en rebuter plus
d’un. Mélomanes comme néophytes. Au regard du prix des places et de la difficulté persistante pour obtenir un fauteuil sur la colline verte, n’étant pas évidemment un nanti ou l’un de ces vip, est-il décent d’accueillir de telles productions décalées au seul prétexte qu’il s’agit de renouveler l’image de l’opéra bayreuhtien?

Si l’on se place sur le plan vocal et musical que vaut cette
production si attendue et qui déçoit tant visuellement et scéniquement?
Le roi Henri (Georg Zeppenfeld) et son héraut (Samuel Youn) sont très
engagés vocalement, voire impeccables; passons le Telramund souvent outré et sans guère de subtilité de Tómas
Tómasson
; la déception
vient évidemment de l’Elsa d’Annette Dasch: petite voix serrée, justesse
vacillante, aucune lumière ni magnétisme: on comprend hélas que cette
âme romantique soit dépassée par l’ampleur du héros venu la sauver…
Car, pendant et strict opposé de Jonas Kaufmann qui pourtant a marqué le
rôle ici même, Klaus Florian Vogt irradie par la pureté
angélique de son timbre: le ténor allemand est un Lohengrin fin et
captivant, dans lequel le divin et l’humain fusionnent. Saluons la force démoniaque, vraie entité du mal et rivale manupulatrice d’Elsa qu’incarne avec style Petra Lang dans le rôle si captivant d’Ortrud (la sorcière qui est l’origine de tout le drame)… Les choeurs sont
à la hauteur du festival comme l’orchestre d’ailleurs, grâce à la
direction très enflammée d’Andris Nelssons.

Wagner: Lohengrin. Avec : Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Georg
Zeppenfeld (Henri l’Oiseleur), Annette Dasch (Elsa von Brabant), Tómas
Tómasson (Friedrich von Telramund), Petra Lang (Ortrud), Samuel Youn (Le
héraut d’armes du roi). Choeurs et orchestre du Festival de Bayreuth.
Direction musicale : Andris Nelsons. Mise en scène : Hans Neuenfels. En
direct sur Arte. Le 14 août 2011. Diffusion sur France Musique, le 16
août 2011 à 18h.

Festival Virtuosités. Palazzetto Bru Zane Venise, du 8 octobre au 19 novembre 2011

Venise à l’heure romantique française

Festival
Virtuosités

Du 8 octobre au 19 novembre 2011

Venise, Palazzetto Bru Zane


Centre de musique romantique française

Les Romantiques français donnent à la virtuosité, ses lettres de noblesse. Au spectaculaire et à la performance à tout prix, ils ajoutent cette nuance délectable de l’intériorité et de la profondeur… Le festival présenté à Venise à partir du 8 octobre par le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française en donne une première juste mesure… C’est le festival événement de cette rentrée et l’occasion pour tous les mélomanes de séjourner à Venise, lieu enchanteur désormais au diapason du romantisme français. Quelles sont les “virtuosités” mises en avant par le festival d’automne proposé à Venise par le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française?



Présentation


Virtuosité vocale d’abord. L’offre du festival est large et comme toujours passionnément exploratrice. Excès mais vertiges vocales grâce au “chant de force” ainsi révélé (lequel puise ses racines chez Gluck et Meyerbeer); sommet spectaculaire du chant qui éprouve les chanteurs au risque de brûler leur voix (ainsi Cornélie Falcon, aussi fulgurante que rayonnante)… désormais le “contre ut poitriné” est l’aboutissement d’une carrière lyrique, d’autant plus méritante que le diapason s’étant élevé (pour la clarté d’un nouveau son “romantique”), beaucoup de solistes ne parviennent pas à relever le défi. Les opéras d’Auber risquent la virtuosité, comme expression éclatante de la profondeur: de nouveaux personnages paraissent dont les “roulades” si prisées, expriment engagement et apothéose émotionnels. Au chant de force, la mode est désormais à la chanteuse à “roulades”: une spécificité romantique française.
Et virtuosité instrumentale tout autant. Le programme s’annonce prometteur en mettant l’accent sur les avancées de l’organologie, sur les progrès de la performance mécanique (voyez les instruments à vent dont la facture s’améliore nettement). Tous les compositeurs d’envergure, de Czerny, Liszt, Chopin et Thalberg, se passionnent tous sans compter dans l’écriture d’études pédagogiques destinées à préserver le niveau musical de leurs élèves et aussi des performances en concert.
Les formes purement instrumentales se développent avec une nouvelle liberté: devant des salles combles et vastes, le Concerto avec orchestre triomphe : il marque l’apothéose tant recherchée par les auteurs. Tandis qu’au Salon, l’esprit mélomane rêve et s’évade grâce à la Paraphrase.


Temps forts du festival “Virtuosités” à Venise

Nous reprenons ici la chronologie des concerts à l’affiche tout en respectant les 4 sous thématiques proposées sous la titre générique de Virtuosités: “l’épopée du Concerto romantique”, “pianos, pianistes et painismes”; “l’émancipation des instruments à vents”; “fortes chanteuses et chanteuses à roulades”...


Le Concerto romantique


La programmation du Festival s’appuie sur une solide période de recherche scientifique préalable à chaque édition. A l’automne 2011, le festival met en perspective de nouveaux programmes qui prolongent les concerts des éditions précédentes. Le festivalier comprend ainsi comment le Concerto avec orchestre né dès 1780, s’épanouit véritablement dans la seconde moitié du XIXè avec Saint-Saëns, Lalo, Franck, Godard… les modèles viennois (Haydn, Mozat, Beethoven) ont été compris et assimilé (Onslow, Hérold), comme plus tard, l’exemple de Schumann, Mendelssohn et Wagner féconde l’originalité d’un Gouvy ou d’un… Joncières (grande révélation du festival 2010). Depuis ses premières explorations au concert, le Palazzetto Bru Zane rééclaire l’évolution d’une exceptionnelle école symphonique française dont le souci du timbre, et la délicate relation instrument solo et tissu orchestral, sont les foyers d’une expérimentation marquante. Concertos pour cordes, bois et piano bien sûr, mais aussi formes audacieuses, entre concerto classique et pièce libre d’essence symphonique… dont le développement et le cadre renouvelé suscitent les sommets spetaculaires et surprenants dont raffole les publics des concerts et salles de musique.


Pianos, pianistes et pianismes


Réécouter Hérold et Alkan. Impossible de ne pas traiter la figure héroïque du pianiste vers lequel converge à l’âge romantique tous les regards et toutes les attentes. Virtuose et intérieur, seul et fédérateur, le pianiste incarne idéal, démonisme, condition de tous et de chacun. Comme pour les chanteurs, les pianistes inventent à la suite du violoniste Paganini, le vedettariat. Thalberg, Liszt rivalisent de virtuoisité spectaculaires mais aussi méditatives et profondes; c’est toute la contradiction d’une activité musicale, humaine, sociale et spirituelle qui ne cesse de fasciner jusqu’à nos jours; liberté imprévisible dans le Concerto symphonique, mais aussi pièces intimistes pour le Salon… le piano demeure l’instrument romantique roi: jusqu’à l’opéra. Transcripteur, arrangeur, véhicule direct des passions de l’âme, le piano profite évidemment des avancées mécaniques développées par Erard et Pleyel dès l’Empire, pour un son clair, subtil, riche… Dans le siècle qui voit le duo Liszt et Chopin à Paris, défendre chacun plus d’une écriture différente et propre: une esthétique et une poétique du son pianistique (totalement opposée mais là encore complémentaire: Liszt éblouit au concert quand Chopin subjugue dans l’intimisme des salons réduits), surgissent de nouvelles étoiles tour à tour inspirées par la totalité instrumentale (piano orchestre) ou par le chant des méditations évanescentes en lévitation… Voyez ainsi Hérold et Alkan, deux créateurs que le festival dévoile dans leur contexte, en dignes rivaux des grands Germaniques, de Beethoven à Brahms.




Des instruments à vent… émancipés


Au Concert Spirituel, aux Théâtres Feydeau, Favart, les publics venus de toute l’Europe applaudissent les avancées des vents (flûte, cor, clarinette, basson…), mis en avant dans les nouvelles partitions concertantes. Depuis Grétry, au regard visionnaire, les Français prennent acte des progrès réalisés par les facteurs germaniques: mais le public romantique n’a plus soif que de virtuoisité: il recherche désormais l’expression. A l’Academie Impériale de musique, à l’Opéra Comique et même à la Chapelle des Tuileries, les spectateurs écoutent la performance des nouveaux interprètes issus du Conservatoire: Tulou, Duvernoy, Lefebvre, Ozi… Chacun s’y produit dans des oeuvres nouvelles regroupant jusqu’à 10 solistes soucieux de faire sonner leurs prodigieux instruments: la comparaison expressive qui en découle nourit davantage cette passion française pour le timbre et les combinaisons produites.


La voix souveraine: “fortes chanteuses et chanteuses à roulades”



Aucun siècle ne fut aussi pasionément lyrique que le XIXè: l’âge romantique a adulé les divas et les rois du chant; la virtuosité si brillamment représentée aux siècles précédents en Italie, s’affirme plus nettement encore en France et Paris devient le centre européen de l’art lyrique. Dès l’arrivée à Paris de Gluck (1774), favorisé par Marie-Antoinette, l’école de chant française se transforme, plus spectaculaire et surtout plus puissant (d’où certains témoignages d’époque parlant pour Paris, “d’urlo francese”). Le festival indique clairement que Paris prélude plus que l’on ne le croit à la vague des chanteurs puissants wagnériens: mais le spectaculaire ne signifie pas uniquement bruit et saturation; il s’agit aussi de réussir la fusion de l’agilité et de la subtilité (Bellini fournit à Paris, avant de mourir à Puteaux en 1835, ses divins Puritani… La couleur sombre et grave n’empêche pas de solides aigus et avant notre passion contemporaine pour les sopranos, divas inégalables depuis une certaine Callas, rétablissons grâce au Festival, la place tout autant inégalée des mezzos légendaires, tempérament inauguré par Melle Maillard, à laquelle succèdent bientôt les Pasta, Colbran, Grisi et surtout Malibran (qu’inspire aujourd’hui une certaine… Cecilia Bartoli). Dès 1801, de la même façon, les auditeurs français découvrent avec fracas et passion, la voix si agiles des contraltos italiens, héritières des divas vénitiennes si prisées par Vivaldi au XVIIIème.

Dans le sillon de Rossini, si essentiel dans l’évolution de l’opéra français officiel à Paris, depuis son Guillaume Tell de 1831, les spectateurs se détournent peu à peu des chanteurs à roulades (aux pyrotechnies spectaculaires); le goût s’oriente nettement après 1850 pour des rôles de caractères où la composition dramatique prime sur l’éloquence strictement virtuose; désormais la virtuosité change de registre: elle n’est plus seulement technicienne et impressionnante: elle s’inscrit dans un registre poétique plus subtile, celui de la profondeur et de la psychologie envoûtante: voyez Mignon d’Ambroise Thomas, Carmen de Bizet, Manon de Massenet et bientôt, la plus mystérieuse d’entre toutes Mélisande conçue par Debussy.

Comme à son habitude, depuis ses deux précédentes saisons musicales, le Palazzetto Bru Zane Centre de Musique romantique Française explore la diversité des écritures, le filiation des esthétiques, la cohérence et l’originalité des productions… Ce nouveau festival de musique romantique française à Venise en s’intitulant “virtuosités” (notez bien le “s” final), souligne la richesse des romantismes dont la France est l’une des patries les plus fécondes.


entretien exclusif: chantiers et enjeux du festival

Venise. Festival “Virtuosités”, présenté par le Palazzetto Bru Zane Centre de Musique romantique française, du 8 octobre au 19 novembre 2011. Lire aussi notre grand entretien avec Alexandre Dratwicki, directeur scientifique du Palazzeto Bru Zane sur les enjeux et les temps forts du festival Virtuosités présenté par le Palazzetto Bru Zane à Venise


Réservez vos concerts !

Tous les
programmes, les lieux et les offres spéciales abonnements (package
avantageux comprenant 3, 6, 12 concerts au choix sur l’ensemble de la
saison) sur le site du Palazzetto Bru Zane à Venise.
Informations et réservations au + 39 0415211005; par e-mail:
billetterie@bru-zane.com. Par fax: + 39 0415242049 (noter le concert, le
nombre de places, la catégorie, le numéro de votre carte de crédit, sa
date d’expiration et le code CVV : 3 derniers chiffres au dos de votre
carte).

La brochure saison 2011-2012 en ligne. Vous pouvez consulter et feuilleter l’intégralité de la brochure concernant l’ensemble des concerts présentés par le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française, en cliquant sur le visuel ci-contre.


Orchestrez votre séjour à Venise
pendant le festival “Virtuosités”

Les formules associées: voici notre sélection des concerts programmés
dont les dates proches, tout en composant un menu équilibré entre les
diverses thématiques et volets dévoilés, peuvent structurer votre
prochain séjour à Venise, de 2 à 3 jours
, combinant concerts et
découverte de la ville historique à l’inépuisable attractivité. L’offre
ci après suit la chronologie du festival et ses temps forts. Ouverture
lyrique avec les programmes des sopranos Julie Fuchs et Véronique Gens
(8 octobre); chambrisme instrumental les 22 et 23 octobre (programmes:
“saxophone romantique” et “1800-1900″), mis en perspective avec un
superbe concert orchestral à Mestre le 23 octobre (l’expérience
paganinienne avec le Concerto Köln); nouvelle étape instrumentale les 29
puis 30 octobre où sont mis à l’honneur la clarinette et le hautbois;
enfin récital de piano par Geoffroy Couteau: “études romantiques”
(Saint-Saëns, Alkan, Boëly, Liszt…), le 19 novembre 2011 à 20h au
Palazzetto Bru Zane, dernier concert du festival.

Au total les 14 concerts du festival Virtuosités à Venise peuvent
composer la destination de votre prochaine visite à Venise, du 8 octobre
au 19 novembre 2011. Voici par exemples 3 idées de week-ends vénitiens mêlant
concerts au Palazzetto Bru Zane, et découverte des sites de la Cità:


Séjour 1:
week-end des 8 et 9 octobre 2011

Samedi 8 octobre 2011, week end d’ouverture. 17h: Récital Vocalises par Julie Fuchs, soprano. Palazzetto Bru Zane. 20h: Tragédiennes avec Véronique Gens, soprano. Les Talens Lyriques (Christophe Rousset, direction). Scuola Grande di San Rocco. Concert repris à Toulouse (le 13 octobre), Metz (le 15 octobre) puis Paris (Opéra Comique, le 10 avril 2012).
Dimanche 9 octobre 2011: Récital de piano: David Violi. “Paraphrases”, Palazzetto Bru Zane

Séjour 2:
week end des 22 et 23 octobre 2011

Samedi 22 octobre 2011. A 17h: Duo Atyopsis. Le Saxophone romantique, Palazzetto Bru Zane, Venise
A 20h: Quintette à vent de Paris. 1800-1900. Onslow, Reicha, Taffanel, Bizet. Conservatoire Benedetto Marcello de Venise.
Dimanche 23 octobre 2011. 21h: Cocnerto Köln. L’expérience Paganinienne. Mehul, Reber: symphonie n°3 (recréation), Paganini.
Teatro Toniolo, Mestre

Séjour 3:
week end des 29 et 30 octobre 2011

Samedi 29 octobre 2011
20h: Un siècle pour le hautbois. Patrick Beaugirard, hautbois. Widerkehr, Jadin, Saint-Saëns, Vierne, Koechlin
Palazzetto Bru Zane, Venise
Dimanche 30 octobre 2011. 17h: La Sinfonie Bohémienne. Gilles Thomé, clarinette… Quatuors de Catel, Blasius, Duvernoy.

Palazzetto Bru Zane, Venise

Wagner: Klaus Florian Vogt chante Lohengrin France Musique, le 16 août 2011 à 18h (Bayreuth, 2011)


Wagner


Lohengrin


France, le 16 août 2011 à 18h


En direct de Bayreuth


C’est
la production événement de ce cru Bayreuth 2011: le plus grand ténor
pour le rôle wagnérien assure la réussite vocale de l’ouvrage. Chanteur
lumineux et angélique, au timbre clair et tendre, c’est à dire le
contraire de son confrère Jonas Kaufmann, plus sombre et plus âpre (voir
notre critique du DVD Lohengrin par Jonas Kaufmann chez Decca):
aujourd’hui, l’incarnation qu’apporte le ténor Klaus Florian Vogt est
sans équivalent à ce jour. Il est cet élu, héros inespéré descendu des
cieux pour sauver les hommes… et pourtant, l’échec est inévitable dans
la réalisation de son parcours terrestre. La princesse Elsa von Brabant
impétrée dans un complot qui vise à la destituer (elle aurait tuer son
jeune frère) peut compter sur l’aide miraculeuse du Chevalier Lohengrin.
Mais manipulée par la haineuse Ortrud (avec la complicité de son époux
Telramund) qui instille le poison du doute et du soupçon, Elsa se montre
indigne de l’amour que lui offrait l’ange céleste!

Le chevalier céleste

L’oeuvre est contemporaine de Genoveva de Schumann et comme ce denier
opéra de Liszt, créé après sa composition, après la fin des révolutions
européennes, en 1850. C’est d’ailleurs l’ami de toujours (avant Louis II
de Bavière) , Franz Liszt, premier wagnérien, qui assure à Weimar la
création de Lohengrin, quand l’auteur était interdit dans les états
germanique, exilé en Suisse, en raison de ses idées révolutionnaires.
Wagner y fixe le modèle et la forme de l’opéra romantique allemand.
Point d’aboutissement qui remonte aux opéras de Mozart et de Weber.

Pour Hans Neuenfels, Lohengrin est la démonstration que l’humanité n’est
pas prête à la réalisation d’un changement ou de toute utopie. Le mal,
le calcul, les intrigues dominent le monde et mènent inéluctablement
l’homme à sa perte… Comme à Bayreuth en 2010 où a été créée la
présente production, un laboratoire, des rats pressent l’imagination du
Chevalier céleste dont la vision joue des contrastes: d’un côté, la
femme angélique Elsa (un rien trop naïve et manipulable comme…
Siegfried) en cygne blanc, de l’autre, la créature démoniaque en noir,
Ortrud. Les partisans d’une lecture classique (casques et costumes
style film de capes et d’épée) seront fâchés; les autres, curieux
d’écouter la prestation scénique et vocale d’un Lohengrin prometteur,
successeur de Jonas Kaufmann à Bayreuth, pourront y trouver leur
plaisir.


Richard Wagner
Lohengrin

Klaus-Florian Vogt, Ténor, Lohengrin
Georg Zeppenfeld, basse, Le Roi Henry
Annette Dasch, soprano, Elsa
Tómas Tómasson, baryton, Telramund
Petra Lang, soprano, Ortrud
Samuel Youn, basse, Le Héraut du Roi
Stefan Heibach, ténor, 1er Seigneur
Willem van der Heyden, baryton, 2ème Seigneur
Rainer Zaun, basse, 3ème Seigneur
Christian Tschelebiew, basse, 4ème Seigneur
Bayreuth Festival Chorus :
Dirigé par Eberhard Friedrich
Bayreuth Festival Orchestra
Direction : Andris Nelsons

Liszt: The CollectionCoffret de 34 cd Deutsche Grammophon

Liszt: The Collection
Liszt: le coffret du bicentenaire 2011

On en rêvait: DG (Deutsche Grammophon) l’a fait ! Pour le bicentenaire Liszt 2011, le 22 octobre précisément, voici un coffret miraculeux qui offre une excellente vision des dons polymorphes du plus grand romantique européen au XIXè: pianiste prodigieux, compositeur méditatif et expérimental, voici Franz Liszt le grand (1811-1886), l’unique: le rêveur angélique et spirituel, le narrateur démoniaque, l’inventeur des formes modernes.” Liszt The collection” réunit pour le bicentenaire de la naissance (1811), à peu près toutes les formes musicales abordées par le Maître: à sa source, dans son inventivité mélodique et son audace harmonique, se nourrissent tous les génies après lui, dont évidemment Wagner soi-même qui devint son gendre… 34 cd c’est à la fois beaucoup et… peu s’agissant d’une oeuvre aussi prolifique: l’inventeur du poème symphonique méritait bien cet éclairage discographique de première valeur.

La sélection DG est organisé en 6 catégories: les oeuvres pour piano et orchestre, les partitions strictement orchestrales, les oeuvres pour piano seul, celles pour orgue, les lieder, enfin les oeuvres vocales sacrées.
Parmi les joyaux de cette quasi presque intégrale: soulignons les concertos pour piano 1 et 2 par Krystian Zimerman et Seiji Ozawa à la tête du Boston Symphony; le concerto pour piano et cordes “Malédiction” par Jorge Bolet, le LSO sous le direction d’Ivan Fischer; inclassable et toujours stimulante, l’approche de Giuseppe Sinopoli (et la Staatskapelle de Dresde) pour une Faust Symphonie, Une Symphonie pour la Divine Comédie de Dante; les poèmes symphoniques (Prometheus, Les Préludes, Jour de Fête, Tasso, Mephisto Walz) par Solti; Mazeppa par Karajan; Héroïde funèbre, Hungaria, Hamlet, La Bataille des Huns, Ce que l’on entend sur la montagne par Haitink… Au registre des oeuvres pour piano seul: les Années de Pèlerinage par Lazar Berman, s’imposent tout autant; saluons la Sonate en si mineur, Nuages gris, la lugubre gondola II, Funérailles… par le même inclassable et si stylé Krystian Zimerman. Les transcriptions d’après Schubert par Jorge Bolet, comme celles d’après les opéras de Wagner par un Barenboim enflammé et articulé convainquent davantage que les Paraphrases d’après les opéras de Verdi par Claudio Arrau (trop narratif pas assez visionnaires comme ses confères).

Pas de diseur plus inspiré et incarné que le grand Dietrich Fischer-Dieskau pour des lieders
enivrés/enivrants (même en français: Oh quand je dors… ou les Tre Sonetti de Patrarca, avec le piano climatique de Barenboim). La révélation reste, au registre des oeuvres vocales sacrées, la légende de Sainte Elisabeth où rayonne le timbre blessé et digne de l’excellente Maria Szechowska dans le tôle-titre: flamme et dramatisme y dévoilent le Liszt architecte du spirituel… dans un style qui atteint l’échelle de la Fresque grandiose et jamais saint-sulpicienne (orchestre de la Radio symphonique de Varsovie. Siegfried Heinrich, direction).

Liszt: The Collection. Coffret du Bicentenaire 2011. 34 cd Deutsche Grammophon (00289 477 9525). Publication: rentrée 2011. Coup de coeur de la Rédaction 2011. Critique plus développée de ce coffret événement à venir dans le mag cd de classiquenews

Debussy: La mer, 1905.France Musique, les 13 puis 23 juillet 2011 à 20h

Claude Debussy

La Mer
, 1905

France Musique

Le 13 juillet 2011 à 20h
Orch Symphonique de la Radio Bavaroise
Yannick Nézet Séguin, direction
(couplé avec La Valse de Ravel)

France Musique

Le 23 juillet 2011 à 20h
London Symphony Orchestra
Valery Gergiev, direction
(couplé avec la 8è de Chostakovitch)


Le 150è anniversaire de la naissance de Debussy (le 22 août 2012)
s’annonce comme le grand événement à venir. Déjà à l’été 2011, deux concerts diffusés par France Musique soulignent combien une partition symphonique a compté dans la maturation du style de Claude de France, et aussi dans l’acquisition de ce miroitement de couleurs et de cellules simultanées à la fois diffuses et agissantes, désormais propre au symphonisme français du XXè siècle. L’élève de Franck, Massenet et Guiraud, pianiste pour la protectrice de Tchaïkovski, la baronne von Meck, qui a obtenu le Prix de Rome 1884 (22 ans), produit une oeuvre personnelle et puissante qui recycle ses découvertes majeures, vécues à Paris, auprès de Mallarmé, Proust, Huysmans, Villiers de l’Isle-Adam, Wagner surtout dont il a le choc de Bayreuth, en 1888 et 1889 (découverte médusée de Parsifal et de Tristan).


Danse du vent et de la mer

Après son grand oeuvre, l’opéra Pelléas créé en 1902, Debussy s’attèle à son autre accomplissement majeur, sur le mode strictement instrumental et orchestral, La Mer, esquisse symphonique en 3 parties; il y travaille en Bourgogne, d’après des souvenirs, puis approche le littoral et le massif océanique, à Jersey et Dieppe en 1904. Le cycle est achevé en 1905 et créé le 15 octobre à Paris. Les premiers auditeurs rechignent et accueillent froidement la partition qui sera davantage comprise et acceptée lors de la reprise le 19 janvier 1908 sous la direction du compositeur.
Le cycle est une symphonie en 22-25 minutes. De l’aube à midi ouvre le développement, en une série de visions mouvantes jusqu’à l’éblouissement du plein midi; puis Jeux de vagues constitue le scherzo où culmine ce balancement continu qui fait éclater toute sensation du temps musical: éparpillement, fluidité… le divisionisme de la touche musicale renforce la notion de miroitement incessant, propice au jeu des couleurs et de la transparence…, tandis que le dernier morceau Dialogue du vent et de la mer respecte la forme rondo (trois refrains, deux couplets): son dramatisme oppose le fracas du vent (dont le coup sec de timbale affirme la victoire finale) et la houle de l’océan: fulgurance, immatérialité… toute l’esthétique de Debussy est là, dans ce jeu permanent d’entité mobiles et mouvantes.

Catel: Sémiramis, 1802. Hervé NiquetFrance Musique, lundi 25 juillet 2011 à 20h. Direct


Charles Simon Catel

(1773-1830)
Semiramis

Lundi 25 juillet 2011 à 20h
Direct depuis Montpellier, création
(version de concert)


Le genre tragédie lyrique sort directement de la grande tradition monarchiste et officielle, créé au XVIIè pour Louis XIV par Lully, sublimé au XVIIIè par Rameau, illustré encore à la fin du siècle des Lumières par Gluck et aussi Grétry (dont une sublime Andromaque a été également avec le soutien du Palazzetto Bru Zane Centre de Musique Romantique Française, exhumée il y a peu de temps). Au début du XIXè, la forme n’a pas disparu, elle a comme à son habitude évolué: créée en 1802 à l’Opéra de Paris, Sémiramis de Charles-Simon Catel un regain du genre. Catel avant Berlioz se passionne en particulier pour la tragédie révisée par Gluck.

Catel avant Rossini

Fidèle au genre noble, la partition en 5 actes sait mêler les effets et favoriser la machinerie propice au spectaculaire et au merveilleux: l’Orientalisme y convole avec le pathétique solitaire des héros; et l’intimisme des protagonistes contraste avec l’ampleur des finales d’acte. Marquant la rupture avec l’ancien régime, Catel réactive ce néoclassicisme héroïque et moral dont la nouvelle peinture des passions annonce évidemment le souffle du plein romantisme.
Au sommet de la pyramide des sentiments, règne la reine Sémiramis bâtisseuse et dominatrice à Babylone: Catel offre l’un des premiers grands rôles pour mezo soprano, lyrique et dramatique. Les décors somptueux à l’Opéra de Paris sont façonnés par le grand favori de Napoléon, Percier, lui aussi passionné de colonnes antiques et d’ordre mesuré.
Mais à paris, rien ne se fait sans une instrumentalisation politique: Catel, produit du nouveau Conservatoire, a de nombreux détracteurs qui depuis le parterre saborde la création de Sémiramis: l’ouvrage s’effondre et ne réapparaîtra plus… jusqu’en 2011. D’où l’intérêt de cette résurrection qui fait revivre à nos oreilles le génie harmonique de Catel, servi dans le genre lyrique, par un souci de la prosodie. Dans le goût de Gluck et de Cherubini, Catel sacrifie dès l’ouverture au style monumentaliste. Voilà qui nuance notre connaissance du style musical Empire.
Le livret suit la pièce de Voltaire (1748) et l’ouvrage de Catel précède Rossini (Semiramide, 1823). Voici le portrait édifiant d’une Reine de poigne, doublée d’une âme amoureuse et solitaire. Coktail toujours inspirant à l’opéra…


Tragédie lyrique en trois actes (1802)

Livret de Philippe Desriaux d’après Voltaire

Création : 4 mai 1802, Opéra, Salle Montansier, Paris

Maria-Riccarda Wesseling, mezzo-soprano, Sémiramis

José Ferrero, ténor, Arzace

Sarah Pagin, soprano, Azéma

Nicolas Courjal, basse, Assur

Andrew Foster Williams, basse, Oroès

Nicolas Maire, ténor, Cédar



Le Concert Spirituel

Hervé Niquet
, direction

Mozart: La Clémence de Titus, 1791.France Musique, mardi 19 juillet 2011 à 20h

Wolfgang Amadeus Mozart
La Clémence de Titus, 1791

France Musique
Mardi 19 juillet 2011 à 20h

Avec John Mark Ainsley… London Symphony Orchestra. Sir Colin Davis, direction

Volet primordial et encore mésestimé du dernier Mozart, La Clemenza di Tito
porte à un degré inégalé la forme de l’opera seria, vieille machine
circonstancielle que le génie du compositeur revivifie. En parfait
scénographe, alchimiste des situations et des portraits psychologiques,
Mozart réinvente ici un genre noble et palpitant. S’il convoque après
Cinna, la figure de l’Empereur, c’est pour mieux dévoiler l’exercice
cruel et solitaire, voire amer du pouvoir. Mais en homme généreux, Mozart adoucit le
portrait en soulignant in fine, l’éclat d’un coeur vertueux qui sait
renoncer pardonner et aimer. Titus, composé simultanément à La flûte enchantée,
exprime les valeurs maçonniques: pardon, clémence, amour. Après le
bannissement de Bérénice, l’empereur Titus fait l’expérience de la
solitude, d’autant que tout semble conspirer contre lui, en particulier
son fidèle confident, Sesto, pris dans les rets d’une manipulatrice
prête à tout, Vitellia… C’est elle, entité maléfique et jalouse qui éprouve l’amour et la compassion en une déchirante transformation psychique… L’ouvrage a connu en 2006, une résurrection
exemplaire, sur les scènes lyriques de Paris à Salzbourg et aussi par le
disque qui nous offre désormais plusieurs versions recommandables.

Lire notre dossier La Clémence de Titus de Mozart

Orchestre Symphonique Région Centre-ToursJean-Yves Ossonce. Saison 2011-2012


Orchestre Symphonique Région Centre Tours


Saison 2011-2012


5 programmes exceptionnels à Tours
Poursuite des concerts “pour la 1ère fois à Tours”, diversité des répertoires dont la musique française, l‘Orchestre Symphonique Région Centre Tours qui a fêté ses 50 ans au cours de la saison dernière 2010-2011 poursuit ses explorations musicales avec la même exigence artistique en 2011-2012. Au total 5 programmes d’éclectisme musical aliant concertos et symphonisme pur. Tous les concerts sont dirigés par Jean-Yves Ossonce sauf les 24 et 25 mars 2012 où le directeur musical de l’Orchestre cède la baguette à Claude Schnitlzer. Au cours de la saison 2011-2012, au premier semestre 2012 probablement, le second disque de la formation est annoncé chez Timpani (Symphonie n°3 avec solistes, choeurs et orchestre de Guy Ropartz, enregistrement live des concerts de clôture du 21 et 22 mai 2011).

1.
Les concerts d’ouverture des 5 et 6 novembre 2011 mettent à l’honneur les compositeurs russes: Moussorgski (version originale d’Une nuit sur le mont chauve), Chostakovitch (Concerto pour violoncelle n°1 opus 107, soliste : Yan Levionnois, violoncelle) et Stravinsky (L’Oiseau de feu, suite de 1945).

2.
Concert festif, au rythmes trépidants les 3 puis 4 décembre 2011: Rossini (ouverture de l’opéra Guillaume Tell), Honegger (Pacific 231), Bartok (Le Mandarin Merveilleux), avec pause atemporelle entre tendresse et nostalgie, le Concerto pour piano n°23 en la majeur K488 de Mozart (soliste: François Chaplin, piano).

3.
Second programme russe les 14 puis 15 janvier 2012 avec Tchaïkovsky (Symphonie n°4 en fa mineur opus 36) et Chostakovitch (Concerto pour violon n°1 en la mineur opus 99, soliste: Fanny Clamagirand, violon).

4.
Messe des morts, éloge funèbre les 18 et 19 février 2012 dans un programme non moins exceptionnel comprenant Requies de Berio (composé à la mémoire de sa compagne, la cantatrice Cathy Berberian) puis Ein Deutsches Requiem de Johannes Brahms (dédié à la mémoire de Robert Schumann et de la mère de Brahms, décédés dans la même période)… Comme pour le concert de clôture de la saison précédente, dédié à la Symphonie n°3 avec orchestre de Guy Ropartz, l’Orchestre et son chef, sollicitent pour Un Requiem Allemand de Brahms, outre les quatre solistes, le concours de plusieurs choeurs dont les ensembles vocaux Jacques Ibert et Opus 37…

5.
Pour son 5è programme, l’OSRC-T présente tout un cycle de musique française sous la direction de Claude Schnitzler avec le soliste Pascal Moraguès, flûte (pour le Concerto de Jacques Ibert), au programme également : Fauré (Masques et Bergamasques), Ravel (Ma Mère L’Oye, ballet intégral). Deux dates incontournables: les 24 et 25 mars 2012.

6.
Enfin, en clôture de ce nouveau cycle musical 2011-2012, le dernier programme défendu par Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre tourangeau est particulièrement ambitieux, comprenant le Concerto pour piano n°3 en ré mineur opus 30 de Rachmaninov (avec la collaboration du pianiste Eugen Indjic, partenaire familier), et surtout l’ample et monumental poème symphonique de Richard Strauss: Ainsi parlait Zarathoustra opus 30, fresque fulgurante aux déflagrations et vagues lyriques irrésistibles… vrai défi pour tous les musiciens de l’Orchestre. Les 19 et 20 mai 2012.

Ouverture des abonnements dès le 27 mai 2011

Grétry: un musicien dans la tourmenteArte, lundi 18 avril 2011 à 22h30. Musica


Grétry


un musicien dans la tourmente

Arte
Lundi 18 avril 2011 à 22h30

André-Modeste Grétry, du règne de Louis XVI à Napoléon, traversant les régimes et les événements de l’Histoire Française, fut le maître incontesté de l’art lyrique de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

Né à Liège en 1741, mort à Montmorency en 1813, Grétry évolue dans une époque unique qui voit tout un monde disparaître à jamais et un nouveau se bâtir dans la violence, avec toutes les évolutions politiques, sociales et artistiques que cela implique. Arrivé à Paris sous le règne de Louis XIV, Grétry fut successivement le compositeur favori de Marie-Antoinette, le musicien de la Révolution et le protégé de Napoléon. Pourtant sa musique, qui fut la plus jouée à cette époque, devant Lully et Rameau (!), disparut complètement au XIXe siècle, et il fallut attendre 2010 pour que sa musique résonne à nouveau à Versailles.
Musicalement, la carrière de Grétry le conduit de la toute fin de l’ère baroque, à travers l’époque dite classique jusqu’aux portes du Romantisme qu’il pousse et ouvre avec audace, de façon étonnante et résolument novatrice. Héritier de la tradition lulliste de la tragédie en musique, dont il accompagne les derniers feux en maîtrisant l’art si difficile de la déclamation, il se fait le héraut et porte aux sommets un genre nouveau, l’opéra-comique, dont nous entendons ici des airs de l’Amant jaloux et de Guillaume Tell.
Mais il ne faut pas omettre l’événement musical que demeure la résurrection en avril 2010 de l’enregistrement de la tragédie en musique Andromaque (1780) dernière du genre.

Le film évoque le destin d’une carrière singulière, nourrie par une riche iconographie, les explications des spécialistes Benoît Dratwicki et Patrick Taïeb et des musiciens Guy Van Waas et Jérémie Rohrer, et de nombreux extraits musicaux…

Grétry, un musicien dans la tourmente… documentaire. Réalisateur : Olivier Simonnet. Coproduction : ARTE France, Camera Lucida Productions, CMBV, Etablissement public du musée et du domaine national de Versailles, les Talens Lyriques (2010, 56mn)