CRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE, le 20 avril 2022. LĂ©os JANACEK : Jenufa. N. JOËL, M.A. HENRY, C.HUNOLD, F. KRUMPÖCK.

CRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE, le 20 avril 2022. LĂ©os JANACEK : Jenufa. N. JOËL, M.A. HENRY, C.HUNOLD, F. KRUMPÖCK – FĂ©licitons Christophe Ghristi pour sa persĂ©vĂ©rance Ă  vouloir remonter cette somptueuse production malgrĂ© les alĂ©as sanitaires. Datant de 2004, c’est l’une des plus parfaites productions de l’équipe de Nicolas JoĂ«l. Car il faut bien reconnaĂźtre que le quatuor de Nicolas JoĂ«l Ă  la mise en scĂšne, avec les dĂ©cors d’Ezio Frigerio, les costumes de Franca Squarciapino, les lumiĂšres de Vinicio Cheli forment un tout parfaitement cohĂ©rent. Christian Carsten avec une fidĂ©litĂ© religieuse a rendu toute sa splendeur Ă  ce travail d’équipe bouleversant.

 
 

Une Jenufa Ă  couper le souffle

 

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 Jenufa agenouillĂ©e face Ă  l’inflexible Sacristine (DR)

 

 

 

Rarement un dĂ©cor a Ă©tĂ© aussi puissant, des costumes aussi beaux que discrets et les lumiĂšres qui amplifient l’action et magnifient le tout. Cette grande roue du moulin, est Ă©galement la roue du destin, elle a une prĂ©sence, inexorable voire menaçante ; mĂȘme immobile durant le dĂ©but de l’acte 1, elle se remet en mouvement colorĂ©e en rouge-sang lors de l’infanticide. L’immense pierre qui surplombe l’acte 2, est la matĂ©rialisation du poids Ă©crasant de la sociĂ©tĂ©. Puis lorsqu’elle se fissure et descend sur la Sacristine au retour de l’infanticide, elle matĂ©rialise les remords et la culpabilitĂ© mortelle qui la terrasse. Enfin la passerelle au troisiĂšme acte est comme un chemin de croix. La finition des costumes est incroyable avec des dĂ©tails de costumes rĂ©gionaux, tout en leur gardant une sorte d’universalitĂ© ; en cela ils offrent une dimension d’éternitĂ© Ă  l’histoire. Et chaque personnage est dĂ©fini par ses costumes et s’y dĂ©place avec une totale aisance. La fulgurance des Ă©clairages est encore plus spectaculaire avec les moyens modernisĂ©s. Cette production ne devait pas rester dans les entrepĂŽts pour y ĂȘtre oubliĂ©e. Quelle splendeur !

La grandeur d’un directeur d’opĂ©ra est sa capacitĂ© Ă  trouver des distributions superlatives. Christophe Ghristi a ce goĂ»t et ce don. Peut-on imaginer distribution plus adĂ©quate et parfaite ? Et d’un niveau international ? Je ne le crois pas. DĂ©jouant le report, les dĂ©sistements et autres alĂ©as, les voix, le chef et l’orchestre ont Ă©tĂ© au diapason de cette production afin de crĂ©er pour les amateurs d’opĂ©ras les plus exigeants un souvenir inoubliable.
Les deux rĂŽles principaux sont Ă©crasants. Jenufa est sur scĂšne presque en continu et la puissance des scĂšnes de la Sacristine est redoutable. L’équilibre entre ces deux rĂŽles est fondamental. Ce soir, Ă  n’en pas croire nos oreilles, deux volcans se sont affrontĂ©s. Marie-Adeline Henry EST Jenufa. Entre douceur et puissance ravageuse, la voix ne connaĂźt aucune faiblesse. L’émission est fantastique, cela coule et irradie. Le timbre est somptueux. Nous nous Ă©tions promis de suivre cette artiste aprĂšs son extraordinaire Fiordiligi in loco en 2011. La transformation est sidĂ©rante. Comment la dĂ©licate jeune femme trouve-t-elle une voix si puissante ? Le jeu est sidĂ©rant de justesse comme d’émotions contrastĂ©es. La Jenufa de Marie-Adeline Henry restera une incarnation totale et idĂ©ale pour plus d’un.
La Sacristine de Catherine Hunold, rĂŽle appris en un temps record, est tout aussi inoubliable. La largeur de la voix est connue du public du Capitole, comment oublier son Ariane Ă  Naxos ? Mais la puissance est Ă©galement celle de l’actrice tant ce personnage hors normes trouve en la cantatrice française, une interprĂšte hallucinante. Ce n’est pas faire injure que de dire qu’à cotĂ© de tels monstres scĂ©niques et vocaux les autres interprĂštes sont un peu plus pĂąles ; mais c’est ainsi que cet opĂ©ra est construit. Tout repose sur ces deux rĂŽles principaux.
Les deux tĂ©nors ont des rĂŽles bien moins intĂ©ressants. Marius Brenciu en Laca et Mario Rojas en Steva sont parfaits. Le premier arrive Ă  incarner le jaloux aussi malheureux que mĂ©chant et rendre crĂ©dible son Ă©volution amoureuse. La voix est claire, le chant subtil. Quant au rĂŽle de tĂ©nor de charme, tant par son allure Ă©lĂ©gante que sa voix solaire, Mario Rojas est un Steva aussi sĂ©duisant que veule. Mario Rojas et Marius Brenciu sont des chanteurs-acteurs accomplis. CĂ©cile Gallois est une Grand-MĂšre toute de tendresse et de compassion. JĂ©rĂŽme Boutillier s’impose sans difficultĂ©s tant vocalement que scĂ©niquement dans ses deux rĂŽles d’autoritĂ©. La prĂ©sence de Mireille Delunsch en femme du Maire apporte une belle Ă©lĂ©gance Ă  la Noce.
Le ChƓur du Capitole joue et chante Ă  merveille et participe activement au drame. L’orchestre du Capitole est en grande forme et la musique de Janacek sonne magnifiquement. La direction de Florian Krumpöck permet une Ă©coute analytique ; elle habite le drame avec une puissance dĂ©vastatrice. Quelle splendide direction dramatique ! On sort laminĂ© de la fureur de cet opĂ©ra. C’est somptueusement beau et anĂ©antissant
 Le public sonnĂ© met un peu de temps Ă  rĂ©agir mais il fait un vrai triomphe aux interprĂštes.
Un nouveau trĂšs GRAND moment d’opĂ©ra nous a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  Toulouse. ScĂšne nationale assurĂ©ment !

 

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du capitole, le 20 avril 2022. LĂ©os Janacek (1854-1928) : Jenufa, opĂ©ra en trois actes d’aprĂšs Grabriela Preissova. CrĂ©Ă© le 21 janvier 1904 au thĂ©Ăątre de Brno. Production du ThĂ©Ăątre du Capitole de 2004. Mise en scĂšne, Nicolas JoĂ«l ; Reprise de la mise en scĂšne, Christian Carsten ; DĂ©cors : Ezio Frigerio ; Costumes, Franca Squarciapino ; LumiĂšre, Vinicio Cheli ; Avec : Marie-Adeline Henry, Jenufa ; Catherine Hunold, La Sacristine ; Marius Brenciu, Laca ; Mario Rojas, Steva ; CĂ©cile Gallois, Grand-MĂšre Buryjovka ; JĂ©rĂŽme Boutillier, le ContremaĂźtre, le Maire ; Mireille Delunsch, La Femme du Maire ; Victoire Bunel, Karolka ; Svetlana Lifar, Une BergĂšre ; ElĂ©onore Pancrazi, Barena ; Sara Gouzy, Jano ; Orchestre National du Capitole, ChƓurs du Capitole ( chef de chƓur : Gabriel Bourgoin) ; Direction musicale : Florian Krumpöck. / photos : © M Magliocca / Capitole de Toulouse.

 

 

 

 

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 19 avril 2022. Fazil SAY, W.A. MOZART. CAMERATA SALZBURG, G. AHSS, F.SAY.

SAY_fazil_pianoCRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 19 avril 2022. Fazil SAY, W.A. MOZART. CAMERATA SALZBURG, G. AHSS, F.SAY – En ce soir pluvieux, derniĂšre semaine avant une Ă©lection angoissante, ce concert a ouvert un ciel serein au public toulousain conviĂ© par la sagacitĂ© des Grands InterprĂštes. Fazil Say sait mettre en place une communication particuliĂšre avec son public et la magie ce soir a opĂ©rĂ©. Ce n’est pas la technique du pianiste qui impressionne, ni la finesse de son interprĂ©tation ou le gĂ©nie de ses compositions mais un engagement inhabituel, un dialogue avec le piano, l’orchestre et le public totalement fusionnel. Le programme est parfaitement Ă©quilibrĂ© avec deux Ɠuvres de jeunesse de Mozart, toutes de fraĂźcheur et de pure beautĂ© et deux Ɠuvres de Fazil Say aux rythmes fascinants et Ă  l’inclassabilitĂ© assumĂ©e. La Camerata Salzburg est un orchestre qui joue sous la direction de son premier violon, Gregory Ahss. L’entente avec Fazil Say semble naturelle et Ă©vidente. Le petit effectif permet une concentration idĂ©ale des instrumentistes. Beaucoup de regards complices et de sourires disent la communion des musiciens.

Mozart et Fazil Say : la belle Ă©nergie !

La Chamber Symphonie de Fazil Say permet de dĂ©couvrir la perfection des cordes, tant en pizzicati, coups sur les instruments, que phrasĂ©s larges. La soliditĂ© impressionne ainsi que la division des familles de cordes allant presque jusqu’au jeu soliste. La partition est foisonnante, joue de toutes sortes de rĂ©fĂ©rences et d’hommages avec une incroyable richesse rythmique. Puis le concerto n°12 de Mozart nous permet de dĂ©couvrir Fazil Say au piano aprĂšs avoir entendu le compositeur. Fazil Say semble dĂ©guster les qualitĂ©s de l’orchestre durant l’introduction, jouĂ©e avec une belle ampleur. Le pianiste instaure de suite un dialogue fĂ©cond avec les musiciens de l’orchestre. Tout avance avec facilitĂ© rien ne rĂ©siste Ă  des interprĂštes si engagĂ©s. Les rythmes sont prĂ©cis, les nuances richement offertes. Ce Concerto est facile d’écoute ; il est riche d’élĂ©gantes beautĂ©s. La lumiĂšre est belle, aucune ombre ne vient assombrir le propos.
AprĂšs l’entracte, la piĂšce d’orchestre avec piano, YĂŒrĂŒyen Kösk de Fazil Say lie avec art, Orient et Occident. Le piano et l’orchestre trouvent des moments d’accords ou de complĂ©mentaritĂ©, originaux et surprenants. Cette courte piĂšce est d’une fraĂźcheur assez mozartienne. La situation est semblable, Mozart Ă©galement jouait ses Ɠuvres composĂ©es pour lui-mĂȘme avec orchestre comme Fazil Say ce soir. Le concert s’est terminĂ© avec une puissante interprĂ©tation de la 29Ăšme Symphonie de Mozart. L’orchestre soigne les rythmes et les nuances, il magnifie les couleurs. Voici une belle interprĂ©tation qui ajoute Ă  la soirĂ©e une bonne dose de bonheur en musique. Nous avons vĂ©cu le concert idĂ©al en cette pĂ©riode inquiĂ©tante qui permet au public d’affronter le retour chez soi avec lĂ©geretĂ©. Mozart et Fazil Say mĂȘme musique du bonheur !

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE. Halle-aux-grains, le 19 avril 2022. Fazil Say (nĂ© en 1970) : Chamber Symphony pour orchestre Ă  cordes, op.62 ; YĂŒrĂŒyen Kösk, Hommage Ă  AtatĂŒrk pour piano et orchestre, op.72 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-791) : Concerton°12 pour piano et orchestre en la mineur, K.414 ; Symphonie n°29 en la majeur, K 201. Camerata Salzburg ; Gregory Ahss, violon et direction ; Fazil Say, Piano .

CRITIQUE, opéra. TOULOUSE, le 22 mars 2022. RAMEAU: Platée. Vidal, Perbost. Niquet / C. et G. Benizio

rameau platee opera toulouse shirley dino opera classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE, le 22 mars 2022. RAMEAU: PlatĂ©e. Vidal, Perbost. Niquet / C. et G. Benizio – Étrange opĂ©ra que cette PlatĂ©e. Chez un musicien trĂšs conventionnel dans ses autres choix, ce sujet auquel Rameau tenait beaucoup, continue de nous intriguer. Chaque metteur en scĂšne devant affronter une Ɠuvre inclassable et dĂ©rangeante doit faire des choix. L’entente avec le chef d’orchestre et le chorĂ©graphe est Ă©galement une nĂ©cessitĂ© tant le moindre faux pas peut faire chavirer ce navire ingouvernable. La cruautĂ© et la mĂ©chancetĂ© de l’histoire sont bien connues : les dieux puissants se moquent d’un ĂȘtre disgracieux dans une machination diabolique. Shirley et Dino, Ă  la ville Corinne et Gilles Benizio, sont des ĂȘtres charmants et sympathiques (il n’y a qu’à voir leur numĂ©ro de marcheurs Ă©trangers passant par le village), ils mettent en scĂšne cet ouvrage avec bontĂ© et drĂŽlerie lĂ©gĂšre. En y gommant toute la noirceur, ils trouvent une vraie complicitĂ© avec HervĂ© Niquet Ă  la baguette et Kader Belarbi en maĂźtre de la danse.

 

 

ÉlĂ©gante et lĂ©gĂšre, PlatĂ©e sĂ©duit le public

 

 

platee mathias vidal toulouse classiquenews critique operaL’union fait la force et l’humour d’HervĂ© Niquet trĂšs actif dans la mise en scĂšne (il ira jusqu’à dĂ©ranger des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors) alliĂ© Ă  la dĂ©contraction et la simplicitĂ© des danses imaginĂ©es par Kader Belarbi, conviennent parfaitement au couple metteur en scĂšne. Ajoutons que le dĂ©cor d’Herman Penuela et les costumes vont vers cette mĂȘme simplicitĂ© et cette bonhommie gĂ©nĂ©rale. Il n’y a donc rien de dĂ©rangeant dans cette production mĂȘme l’escamotage du prologue ou le changement de la profonde mare en une ville du sud de l’Italie toute en hauteur ; l’habiletĂ© de chacun nous convainc de ces choix. Le spectacle passe donc avec facilitĂ©, le public rit souvent et l’ennui ne s’installe pas.
Les chanteurs sont habiles comĂ©diens et les voix sont impeccablement homogĂšnes. Personne ne dĂ©mĂ©rite ni personne ne domine. Il y a un vrai Ă©quilibre scĂ©nique et vocal. La prosodie est fluide, le jeu semble facile, tout est d’une parfaite lisibilitĂ©. La PlatĂ©e de Mathias Vidal est vocalement Ă©lĂ©gante avec un Ă©quilibre parfait sans abuser de la voix de tĂȘte pour donner un caractĂšre burlesque. Le jeu Ă©tant juste et sans excĂšs, la Nymphe retrouve une part de divinitĂ©. La Folie de Marie Perbost a une prĂ©sence Ă©clatante et s’est avant tout son Ă©nergie qui domine. La direction d’HervĂ© Niquet est tout aussi Ă©lĂ©gante et fluide, sans effets, ni faiblesse. Son orchestre et son chƓur du Concert Spirituel sont de vieux complices, c’est limpide. Le Ballet du Capitole s’intĂšgre Ă  merveille Ă  la production, plein de vie et les danses de Kader Belarbi sont d’un comique toujours Ă©quilibrĂ©.
Il est bon en cette pĂ©riode compliquĂ©e, pleine de difficultĂ©s et d’angoisse, d’assister Ă  ce spectacle facile, surtout qu’il avait Ă©tĂ© rĂ©pĂ©tĂ© avant le premier confinement. Comme le dit le chef en introduction « nous sommes au taquet » c’est vrai, je confirme le travail d’équipe est remarquablement efficace, c’est rĂ©confortant. Bravo ! Une belle tournĂ©e Ă  cette production !

 

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 22 mars 2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : PlatĂ©e ballet bouffon (ComĂ©die lyrique) en trois actes. Livret d’Adrien-Joseph Le Vallois d’Orville d’aprĂšs Jacques Autreau. CrĂ©e le 31 mars 1745 au Grand ManĂšge de Versailles. Coproduction ThĂ©Ăątre du Capitole, OpĂ©ra Royal/ChĂąteau de Versailles Spectacles, le Concert Spirituel. Corinne et Gilles Benizio (Shirley et Dino) : mise en scĂšne, costumes, comĂ©diens ; Kader Belarbi : ChorĂ©graphie Herman Penuela : dĂ©cors ; Patrick MĂ©etis : LumiĂšres ; avec : Mathias Vidal, PlatĂ©e ; Marie Perbost, La Folie ; Pierre Derhet, Mercure ; Jean-Christophe LaniĂšce, Momus ; Jean-Vincent Blot, Jupiter ; Marie-Laure Garnier, Junon ; Marc Labonnette, CithĂ©ron ; Lila Dufy, Clarine ; ChƓur et Orchestre du Concert Spirituel ; Ballet du Capitole ; HervĂ© Niquet : direction. Photo : M. Magliocca (la PlatĂ©e de Mathias Vidal).

 

 

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. HALLE-AUX-GRAINS, le 21 janvier 2022. V.SILVESTROV. C. DEBUSSY. E. SATIE. F. CHOPIN. R. SCHUMANN. H. GRIMAUD, piano.

water-cd-helene-grimaud-cd-deutsche-grammophon-annonceCRITIQUE, concert. TOULOUSE. HALLE-AUX-GRAINS, le 21 janvier 2022. V.SILVESTROV. C. DEBUSSY. E. SATIE. F. CHOPIN. R. SCHUMANN. H. GRIMAUD, piano. – Dans la sĂ©rĂ©nitĂ© d’une jeunesse quasi Ă©ternelle, HĂ©lĂšne Grimaud entre en scĂšne, radieuse, aurĂ©olĂ©e d’une douce lumiĂšre dorĂ©e. Telle une fĂ©e, elle nous entraĂźne dans un monde magique. Celui de la poĂ©sie la plus dĂ©licate faite d’eau, de brumes, de fraicheur, de nature immaculĂ©e. Il paraĂźt trivial devant une telle magie de chercher Ă  la dĂ©crire. Les compositeurs se suivent en un dialogue aussi original que gĂ©nial. La dĂ©couverte pour beaucoup sera le nom du compositeur nĂ© Ă  Kiev, Valentin Silvestrov qu’HĂ©lĂšne Grimaud affectionne. Remarquable Ă©galement la redĂ©couverte des compositeurs mieux connus qui gagnent une autre dimension au contact de la musique si dĂ©licate de Silvestrov. Les nuances piano diaphanes, les tonalitĂ©s surprenantes, la fraĂźcheur des doigts comme immatĂ©riels, tout cela crĂ©e une ambiance inouĂŻe dans une salle de concert.

   

La prĂ©sence fĂ©erique d’HĂ©lĂšne Grimaud Ă  son piano

 

Comme si nous Ă©tions transportĂ©s en pleine nature au bord d’un lac, dans une forĂȘt aux diffĂ©rents moments de la journĂ©e. Un voyage avec une fĂ©e qui trouve une dĂ©licatesse de toucher magique. HĂ©lĂšne Grimaud a Ă©galement le don d’écriture (elle a Ă©crit trois livres) ainsi dĂ©crit-t-elle ce programme avec la beautĂ© et la prĂ©cision de son Ă©criture : « Une sĂ©quence de miniatures cristallines capturant le temps ». Certes, mais l’abolissant Ă©galement avec un dĂ©licieux sentiment d’abandon du prĂ©sent pour l’auditeur. Un moment de grĂące bienvenu dans notre Ă©poque si angoissante.

HĂ©lĂšne Grimaud est Ă©galement une personnalitĂ© trĂšs contrastĂ©e pleine d’énergie et de passions. Elle milite pour les droits humains et la reconnaissance des loups. La poĂ©sie qui l’habite sait laisser s’exprimer quand il le faut l’audace de son Ă©nergie crĂ©atrice et ses capacitĂ©s d’organisation efficaces.

La surprise vient d’une deuxiĂšme partie de programme inattendue qui contraste en tous points avec le dĂ©but du concert. Une seule Ɠuvre emblĂ©matique d’un compositeur : Les Kreisleriana de Robert Schumann. Son jeu est extraverti et conquĂ©rant, animĂ© par une Ă©nergie farouche. Des nuances opposĂ©es avec des forte puissants, une colĂšre exprimĂ©e avec rage, de la tendresse comme par surprise. Le cotĂ© presque rugueux de son interprĂ©tation peut surprendre. Il donne beaucoup du relief Ă  la partition protĂ©iforme de Schumann qui devient prophĂ©tique de la fin dramatique du musicien. Le jeu impeccable de la pianiste donne dans des tempi rapides, une impression d’envol mais sans atteindre la plĂ©nitude entrevue. Schumann se livre tout entier dans cette Ɠuvre comme HĂ©lĂšne Grimaud offre toute sa passion dans son interprĂ©tation. Un moment fulgurant aprĂšs cette si tendre introduction.

Le public est charmĂ© par la personnalitĂ© si riche de l’artiste qui souriante avec son regard pur et son sourire heureux offre trois bis avec gĂ©nĂ©rosité . 3 Ă©tudes-tableau de Rachmaninov, tout Ă  fait flamboyantes.

Une belle rencontre entre le public et une artiste trĂšs attachante que nous devons aux Grands InterprĂštes (les si bien nommĂ©s). Kissin (Halle aux grains le 18 janv 2022) et Grimaud la mĂȘme semaine ! Bravo ! !

   

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CRITIQUE, Concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 21 janvier 2022. Valentin Silvestrov (1937-1995) : Bagatelles 1 et 2 ; Claude Debussy (1862-1918) : PremiĂšre arabesque en mi majeur, La plus que lente, Claire de lune extrait de suite bergamasque, RĂȘverie ; FrĂ©dĂ©ric Chopin ( 1810-1849) : Nocturne n°19 en mi mineur Op.72n°1, Mazurka en la mineur Op.17 n°4, Grande valse brillante en la mineur Op.34 n°2 ; Erik Satie (1866-1925) : Gnossienne n° 1 et 4, Danse de travers n°1 et 2 ; Robert Schumann ( 1810-1856) : Kreisleriana, Op.16 ; HĂ©lĂšne Grimaud, piano. / photo : couverture du CD “WATER” par HĂ©lĂšne Grimaud, paru en 2015 (DR)

   

   

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 18 janv 2022. J.S. BACH. W.A. MOZART. L.V. BEETHOVEN. F. CHOPIN. Evgeny KISSIN, piano.

kissin-betthoven-deutsche-grammophon-2-cd-review-critique-par-classiquenews-kissin201707008a_1503389101_1503390254_1503390254.jpgCRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 18 janv 2022. J.S. BACH. W.A. MOZART. L.V. BEETHOVEN. F. CHOPIN. Evgeny KISSIN, piano. Les Grands InterprĂštes ont su avec gĂ©nie inviter l’immense pianiste d’origine Russe, Evgueny Kissin, entre ses concerts en Espagne, celui Ă  Paris puis en Autriche et en Allemagne avant les États Unis. Ce beau programme en tournĂ©e enchantera le public partout oĂč il est attendu. On ne prĂ©sente plus le phĂ©nomĂ©nal pianiste Ă  la carriĂšre internationale triomphante et Ă  la discographie gĂ©nĂ©reuse et encensĂ©e.  NĂ© en 1971, il a la plĂ©nitude de moyens inouĂŻs, de sa musicalitĂ© hors pair. Il se dĂ©gage de son jeu une concentration inimaginable tout du long de son rĂ©cital. Tout semble ĂȘtre pesĂ©, parfaitement maĂźtrisĂ© ; mais sans froideur tant son jeu est incandescent. Le programme est « classique », chronologique, parcourant ses compositeurs de prĂ©dilection, de Bach Ă  Chopin. DĂšs les premiers accords de la Toccata et fugue de Bach, un monde sonore d’une profondeur rare s’ouvre sous ses doigts :  des graves abyssaux, un medium d’une puissance incroyable, des aigus fuselĂ©s et planants. Un Grand orgue en somme !

Phénoménal Evgeny Kissin !

Et une ligne directrice qui nous entraĂźne dans cette immensitĂ© musicale sans possibilitĂ© de rĂ©sister. L’Adagio de Mozart en si mineur prend un ton trĂšs dramatique, le phrasĂ© est Ă©lĂ©gant, les doigts capables de la plus grande douceur. Et Ă  nouveau, ces notes graves incroyablement prĂ©sentes, nobles et belles. Cela nous rappelle combien le Mozart de Kissin, particuliĂšrement dans les concertos, est cĂ©lĂšbre et apprĂ©ciĂ© dans sa discographie.
Le monde si complexe de l’avant derniĂšre sonate de Beethoven, l’opus 110, va devenir lumineux sous les doigts incroyables de Kissin. C’est du trĂšs beau et du trĂšs grand piano, majestueux, profondĂ©ment phrasĂ© absolument magnifique. Le final avec son incroyable fugue tient du gĂ©nie interprĂ©tatif tant le discours est clair, tous les plans prĂ©cis et la direction incroyablement fĂ©dĂ©ratrice :  Kissin nous entraĂźne oĂč il veut. La beautĂ© de son piano envoĂ»te et la vigueur de ses phrasĂ©s nous emporte sans efforts. Et toujours cette maĂźtrise incroyable de l’interprĂšte, maĂźtrise supra humaine, que seules des syncinĂ©sies du visage rĂ©vĂšlent Ă  nos yeux.

Le public applaudit gĂ©nĂ©reusement avant le court entracte qui pour beaucoup est une simple parenthĂšse d’attente Ă©mue. Car la deuxiĂšme partie est consacrĂ©e au compositeur chĂ©ri de l’interprĂšte comme du public : FrĂ©dĂ©ric Chopin.  Largement enregistrĂ© et jouĂ© par Evgeny Kissin depuis le dĂ©but de sa carriĂšre, Chopin lui va comme une Ă©vidence. Car depuis son dĂ©but de carriĂšre, il est capable d’en offrir un parfait Ă©quilibre entre virtuositĂ© transcendantale et mĂ©lancolie.
Le choix de 7 mazurkas variĂ©es et de plusieurs Ă©poques propose un palmarĂšs de ce que Chopin a Ă©crit de plus personnel. La maniĂšre d’aborder les rythmes, parfois superposĂ©s donne une grande modernitĂ© Ă  cette musique intemporelle. La beautĂ© sonore rĂ©pond Ă  la beautĂ© des phrasĂ©s et aux audaces du rubato. Le tout avec un goĂ»t exquis car n’oublions pas que ces danses fort savantes, sont partagĂ©es par tous en Pologne au XIXĂšme siĂšcle tant dans les salons que dans les campagnes et les salles de bal. Chopin en a sublimĂ© les tempi mouvants, binaires et ternaires. Evgeny Kissin est un interprĂšte trĂšs inspirĂ© qui met en valeur toutes leurs richesses. L’Andante spianato et la Grande Polonaise permettent une montĂ©e en puissance de l’interprĂšte qui termine avec une virtuositĂ© triomphante.

Le public explose de joie et lui fait un triomphe proche de la standing ovation. La sĂ©paration avec le public tout autour de lui s’est faite doucement avec quatre magnifiques bis qui ont prolongĂ© la magie du concert. La tournĂ©e est dĂ©diĂ©e Ă  la grande pĂ©dagogue Anna Pavlovna Kantor (1923-2021) qui a Ă©tĂ© sa seule professeure et qui est restĂ©e proche de lui : « Tout ce que je peux faire au piano je le lui dois » avoue Evgeny Kissin. Bravo madame Kantor  !

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CRITIQUE, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 18 janv 2022. Jean -Sébastien Bach (1685-1750), transcription de Carl Tausig (1841-1871): Toccata et Fugue BWV 565 ; Wolfgang-Amadeus Mozart (1756-1791) : Adagio pour piano en si mineur K.540 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827 ) : Sonate pour piano n° 31 en la majeur Op.110 ; Fréderic Chopin (1810-1849) : 7 Mazurkas : Op.7 n°1, Op.24 N° 1 et 2, Op.30 N° 1 et 2, Op.33 N°3 et 4 ;  Andante spianato en mi bémol majeur et Grande Polonaise brillante en mi bémol majeur Op.22. Evgeny Kissin, piano.

CRITIQUE opéra. TOULOUSE. Théùtre du Capitole, le 19 Novembre 2021. A. BERG. WOZZECK. S. DEGOUT. S. KOCH. L. HUSSAIN / M.FAU.

CRITIQUE opĂ©ra. TOULOUSE. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 19 Novembre 2021. A. BERG. WOZZECK. S. DEGOUT. S. KOCH. L. HUSSAIN / M.FAU – Cette nouvelle production capitoline met en valeur toutes les qualitĂ©s maison. La qualitĂ© du travail en amont permet un approfondissement de la production qui accĂšde Ă  une cohĂ©rence et Ă  une perfection qui laissent le public sans voix entre les actes, pour exploser au final. Les maĂźtres d’Ɠuvre, Michel Fau et Leo Hussain, main dans la main guident les artistes de la production vers la lumiĂšre d’une interprĂ©tation particuliĂšrement aboutie. Le parti pris de Michel Fau est gĂ©nial. Il ose saisir le chef d’Ɠuvre de modernitĂ© de Berg pour l’ouvrir vers l’onirique. Toute l’histoire tragique du soldat Wozzeck est vĂ©cue par l’enfant qu’il a eu avec Marie. En insistant ainsi sur ses douleurs, le tragique un peu abstrait de cet opĂ©ra de la noirceur de l’ñme humaine, devient plus proche de nous et la plus grande compassion nous saisit souvent. Le dĂ©cor magnifique en sa fausse naĂŻvetĂ© est d’une intelligence remarquable. La misĂšre de la chambre de l’enfant est terrible, ses peurs d’enfants premiĂšres ne sont que bien menues Ă  cotĂ© de toutes les atrocitĂ©s auxquelles il va devoir assister de force.

 

 

 

Wozzeck au Capitole
SPLENDEURE VOCALE, MUSICALE ET SCÉNIQUE !

 

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 Le médecin et Wozzeck en figures diaboliques, hallucinées (DR)

 

 

 

 

En mettant ainsi le focus sur les effets sur un enfant innocent des persĂ©cutions dont son pĂšre est victime et des douleurs de sa mĂšre, tout nous est plus proche et plus insupportable encore. Comme dans les rĂȘves se sont les images qui prennent tant de place ; l’utilisation de costumes beaux et colorĂ©s permet des tableaux de grande Ă©motion. Les personnages sont comme des images d’Épinal avec des attitudes proches de marionnettes. Le jeu des acteurs est remarquable, trĂšs prĂ©cis, maĂźtrisĂ©. Le jeu de l’enfant, est particuliĂšrement touchant et entendre enfin sa dĂ©licate voix Ă  la toute fin de l’opĂ©ra nous rappelle qu’il a Ă©tĂ© muet tout du long et pourtant si expressif. Dimitri DorĂ© est un jeune acteur remarquable.

Le Wozzeck de StĂ©phane Degout est une prise de rĂŽle trĂšs aboutie. La cohĂ©rence vocale et physique est totale. La beautĂ© de la voix fait irradier l’humanitĂ© et la gestuelle si artificielle illustre la douleur interne de sa folie. Le jeu de l’acteur est si accompli qu’il arrive Ă  illustrer le fond de la pathologie schizophrĂ©nique dont souffre notre hĂ©ros. Il vit deux Ă©motions contradictoires en mĂȘme temps ; son sourire dĂ©sespĂ©rĂ© et heureux avant de tuer celle qu’il aime tant, est absolument renversant. Le rĂ©sultat est tout Ă  fait bouleversant. Quel artiste complet ! Marie, sa bien-aimĂ©e qui lui est ravie avec tant de perfidie, est sur le mĂȘme registre de perfection vocale. Sophie Koch Ă©galement fait une prise de rĂŽle tout Ă  fait remarquable. PoupĂ©e, femme enfant, mĂšre tendre, Ăąme trop confiante, Marie est vue par les yeux de son enfant : maman est la plus belle. La tragĂ©die de son destin n’en ressort qu’avec davantage de force. Son jeu met en Ă©vidence la force de vie qui anime le personnage. Tout en lui demandant ce jeu de marionnette qui la laisse dĂ©sarticulĂ©e lorsqu’elle est abandonnĂ©e sur le lit (de son fils) par la Tambour major aprĂšs son trivial exploit sexuel et par Wozzeck qui lui donne la mort dans un sourire. La voix de Sophie Koch est d’une splendeur totale.

 

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Les persĂ©cuteurs pervers qui dĂ©molissent ce couple sont traitĂ©s avec la mĂȘme fausse naĂŻvetĂ© d’image d’Épinal. Le tambour-Major est beau comme un soldat de plomb, ivre de sa puissance virile. Nikolai Schukofff donne Ă  ce rĂŽle bien court une puissance folle avec sa voix de stentor et son jeu brutal. Le Capitaine de Wolfgang Ablinger-Sperrhake est beau comme un sou neuf, vain comme une image de papier glacĂ© et personnifie la suffisance narcissique dĂ©vastatrice. Sa voix est admirablement conduite dans cette tessiture impossible. Il est un personnage dĂ©licatement odieux. Mais la violence et la perversion du mĂ©decin sont bien plus angoissantes encore avec un jeu qui rĂ©vĂšle sa folie irrĂ©cupĂ©rable. La composition de Falk Struckmann est un tout, absolument parfait et ce personnage est carrĂ©ment terrifiant. Thomas Bettinger en Andres a une belle voix qui convient bien Ă  sa vĂ©ritable sympathie pour Wozzeck. AnaĂŻk Morel en Margret est un vĂ©ritable luxe. Belle poupĂ©e avec une voix qui mĂ©rite un bien plus grand rĂŽle pour pouvoir l’apprĂ©cier vraiment.
Les costumes de David Belugou sont de toute beautĂ© et prennent bien la lumiĂšre, illuminant toute la scĂšne. Les lumiĂšres et tout particuliĂšrement les ombres dans leur dimension cauchemardesque si importante, sont magistrales de prĂ©cision et d’efficacitĂ©. JoĂ«l Fabing rĂ©alise un Ă©minent travail Ă  la prĂ©cision parfaite. Les chƓurs et la MaĂźtrise sont impeccables dans leurs courtes mais dĂ©cisives interventions dans des costumes somptueux. Le reste de la distribution tient bien ses parties on ne peut que fĂ©liciter l’engagement gĂ©nĂ©reux de Mathieu Toulouse et Guillaume Andrieux en ouvriers et Kristofer Lundin en idiot.

L’autre personnage principal de cet opĂ©ra est l’orchestre, un Orchestre du Capitole en forme somptueuse. On sait que Berg demande beaucoup de concentration, la grande complexitĂ© de la partition est bien connue. Avec les musiciens toulousains, la beautĂ© sonore de chaque instant illumine la partition. La direction de Leo Hussain semble Ă  la fois obtenir la plus grande prĂ©cision, toute en agrĂ©geant les Ă©lĂ©ments si composites de la partition dans une avancĂ©e terrible. Le drame avance inexorable, et chaque Ă©lĂ©ment est d’une prĂ©cision parfaite. Il est bien rare d’entendre Berg si clairement sur tous les plans. VoilĂ  un chef majeur dans un rĂ©pertoire difficile.

 

 

 

Au total cette production est d’une cohĂ©rence parfaite et permet d’ouvrir ce chef d’Ɠuvre noir sous une lumiĂšre tragique avec une audace enrichissante et une vocalitĂ© plus dĂ©veloppĂ©e que l’habitude qui privilĂ©gie le sprechgesang. Le parti pris de Michel Fau est magistral, il a su fĂ©dĂ©rer tout son plateau (de premier plan) et la fosse (musiciens suprĂȘmes). Si une partie du public a pu sembler inquiĂšte par la difficultĂ© de l’ouvrage, cette production dĂ©montre que Wozzeck est un vrai opĂ©ra.

 
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CRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 19 novembre 2021. Alban BERG (1885-1935) : Wozzeck. OpĂ©ra en trois actes sur un livret du compositeur d’aprĂšs la piĂšce de Georg BĂŒchner. Mise en scĂšne : Michel Fau ; DĂ©cors : Emmanuel Charles ; Costumes : David Belugou ; LumiĂšre : JoĂ«l Fabing ; Distribution : Wozzeck, StĂ©phane Degout ; Marie, Sophie Koch ; Le Tambour-Major, Nikolai Schukoff ; Andres, Thomas Bettinger ; Le Capitaine, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke ; Le MĂ©decin, Falk Struckmann ; Premier Ouvrier, Mathieu Toulouse ; DeuxiĂšme Ouvrier, Guillaume Andrieux ; Un idiot, Kristofer Lundin ; Margret, AnaĂŻk Morel ; L’Enfant de Marie, Dimitri DorĂ© ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur et Maitrise du Capitole (chef de chƓur, Gabriel Bourgoin) ; Direction musicale : Leo Hussain.

Crédit photo : Mirco Magliocca

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 15 oct 2021. Lio KUOKMAN… Q. CHEN, MENDELSSOHN, MOUSSORGSKI, RAVEL.

200x200_photo-kuok-man-lio-okCRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 15 oct 2021. Q. CHEN, MENDELSSOHN, MOUSSORGSKI, RAVEL. M. BAREMBOIM / Lio KUOKMAN. Je ne crois pas au hasard et pourtant. Il y a un an le concert du chef Lio Kuokman (laurĂ©at du Concours Svetlanov 2014 / NDLR), avait Ă©tĂ© le dernier avant la deuxiĂšme fermeture des salles de spectacles pour raisons d’épidĂ©mie. Pour moi le concert de ce soir est le retour Ă  la vie musicale aprĂšs des soucis de santĂ© dont le Coronavirus. Et quel concert ! Le chef Lio Kuok-man dĂ©gage dĂšs son entrĂ©e une Ă©nergie heureuse et communicative qui galvanise l’orchestre et subjugue le public. La courte partition de Qigang Chen crĂ©Ă©e en 1998 semble avoir Ă©tĂ© trĂšs apprĂ©ciĂ©e et a recueilli un grand succĂšs. Il faut dire que l’écriture est brillante et magnifique d’originalitĂ© de timbre, de rythme et de nuances subtiles.

 

 

KUOKMAN / M BARENBOIM : une association de musiciens
au sommet comme dans un rĂȘve

 

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Les trĂšs courts mouvements se complĂštent et se rĂ©pondent avec beaucoup de finesse, d’intelligence. Les solistes de l’Orchestre du Capitole sont superbement mis en valeur de mĂȘme que les subtilitĂ©s d’une orchestration aux limites de la tonalitĂ© avec beaucoup d’hĂ©donisme. La mise en place complexe est rĂ©alisĂ©e avec une simplicitĂ© dĂ©concertante par le chef dont les gestes sont limpides et souples. La difficultĂ© de la partition avec Lio Kuokman est comme un jeu et le public est subjuguĂ©. C’est bien davantage sur une piĂšce contemporaine qu’il est possible de dire combien Lio Kuokman est un fin musicien qui communique magnifiquement tant avec l’orchestre que le public.

AprĂšs ce beau succĂšs, l’entrĂ©e du violoniste Michael Barenboim est Ă©galement Ă©nergique et joyeuse. Le subtil 2Ăšme Concerto de Mendelssohn dĂ©bute comme un rĂȘve avec un legato du violon, un son plein et dĂ©licatement nuancĂ© qui est un vĂ©ritable ravissement. L’équilibre avec l’orchestre est parfait. Lio Kuokman est le tact mĂȘme permettant au violoniste de nuancer avec la plus grande dĂ©licatesse sans jamais risquer d’ĂȘtre couvert par l’orchestre (pourtant trĂšs prĂ©sent). Cette alchimie musicale si passionnante fonctionne Ă  merveille. Le deuxiĂšme mouvement plane haut et le final est une vĂ©ritable joie partagĂ©e. Dans le bis offert par le violoniste son humour se rĂ©vĂšle. Ce jeune musicien, fils de Daniel Barenboim et d’Elena Bashkirova, est nĂ© sous des Ă©toiles musicales Ă©blouissantes. Tout est musique en lui, tout lui est facile, Ă©vident et la plus grande virtuositĂ© n’est que pure Ă©motion musicale, sans jamais la moindre ostentation. Quelle relĂšve dans ces enfants de grands musiciens. Michael Barenboim n’a pas de difficultĂ© Ă  se faire un prĂ©nom et je rappelle cet Ă©tĂ© les immenses qualitĂ©s d’Alexandre Kantorow et de Paolo Rigutto Ă  la Roque d’ AnthĂ©ron, dignes fils musiciens de parents Ă©galement douĂ©s d’une gĂ©nĂ©ration Ă  l’autre.
AprĂšs une courte pause le jeune chef revient et dirige par cƓur les somptueux Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans la sensationnelle orchestration de Ravel. DĂšs l’introduction de la promenade par la trompette solo, le ton est donnĂ© : libertĂ© et beautĂ© sonore. Le chef lĂąche la bride et le trompettiste joue magnifiquement dans un phrasĂ© de rĂȘve. Puis le chef prend toute la main pour obtenir de l’orchestre en trĂšs grande forme une interprĂ©tation remarquable. Le mĂ©lange de souplesse, de prĂ©cision et de gourmandise dans la direction de Lio Kuokman est passionnant Ă  observer pour le public tant il semble annoncer ce que l’oreille va entendre. L’écoute et le regard se rencontrent comme rarement en assistant Ă  un concert dirigĂ© par ce jeune chef sĂ©duisant.
Que dire de cette fin de soirĂ©e si ce n’est que la jubilation Ă©tait partout. La construction de chaque « tableau », de chaque « promenade » s’inscrit dans la totalitĂ© de l’Ɠuvre avec ce magnifique crescendo final dans la « Grande porte de Kiev ». Mais avant, le « Veccio Castello » permet une fusion parfaite du rare saxophone dans les sonoritĂ©s confortables du basson puis les bois : la poĂ©sie irradie. « Le ballet des poussins » est une horlogerie suisse parfaitement rĂ©glĂ©e. La magnificence des gros cuivres dans « Catacombes » est terrible et impressionnante. La puissance et la prĂ©cision des contrebasses dans « La cabane sur des pattes de poules » provoquent un effet dĂ©licieusement effrayant. Vraiment une trĂšs belle interprĂ©tation signant une vraie fusion musicale entre les musiciens de l’orchestre et le chef. Si Lio Kuokman n’était pas dĂ©jĂ  si engagĂ© dans de nombreux projets, il serait possible de penser Ă  lui pour l’avenir de l’Orchestre du Capitole. Du moins nous l’espĂ©rons comme chef rĂ©guliĂšrement invité !

 

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 octobre 2021. Qigang Chen (nĂ© en 1951) : Wu Xing ; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847) : Concerto pour violon n°2 en mi mineur op.64 ; Modeste Moussorgski (1839-1881) / Maurice Ravel (1875-1937) : Les Tableaux d’une exposition ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Michael Barenboim, violon ; Lio Kuok-man, direction.

 

 

 

Approfondir :

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LIO KUOKMN est aussi chef principal du Hong-Kong Philharmonic, depuis déc 2020.
Photo : © TAT KENG TEY/ JAN REGAN

VOIR Lio Kuokman : https://www.youtube.com/watch?v=iLiDhqblAqs

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON, le 16 aoĂ»t 2021. MENDELSSOHN, VIARDOT, C. SCHUMANN, FARRENC. David KADOUCH, piano.

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON, le 16 aoĂ»t 2021. MENDELSSOHN, VIARDOT, C. SCHUMANN, FARRENC. David KADOUCH, piano. David Kadouch est un pianiste français que j’avais dĂ©couvert en 2011 au festival Piano aux Jacobins. Il Ă©tait Ă  l’époque encore obligĂ© de prouver sa virtuositĂ© et jouait trĂšs bien mais trĂšs fort. Le temps a fait son Ɠuvre et le virtuose a pu rĂ©vĂ©ler sa musicalitĂ© et ses sensibilitĂ©s multiples. En effet plusieurs programmes de ses rĂ©citals sont construits en lien avec des Ɠuvres littĂ©raires ou des thĂšmes complexes. Ainsi nature, rĂ©volution et aujourd’hui Madame Bovary. Le musicien se fait diseur entre des pĂ©riodes musicales prĂ©sentant son amour pour l’hĂ©roĂŻne de Flaubert, articulant les Ɠuvres avec la problĂ©matique du roman mais Ă©galement la place sacrifiĂ©e de la femme dans la sociĂ©tĂ© bourgeoise. EspĂ©rons qu’il enregistrera ce magnifique programme qui met en valeur l’extraordinaire richesse des compositions de femmes musiciennes.

Tout en délicatesse,
David Kadouch aurait sĂ©duit Emma Bovary elle-mĂȘme.

 

 

kadouch-david-piano-portrait-cd-concert-annonce-classiquenewsAinsi en filigrane, prenons nous parti pour Fanny la sƓur de Felix Mendelssohn, de Clara Ă©pouse de Robert Schumann, de Louise Farrenc qui a pu ouvrir sa classe de composition Ă  Paris mais dont les Ɠuvres sont restĂ©es confidentielles. Les compostions des hommes ici sont tolĂ©rĂ©s pour argumenter le propos. La qualitĂ© des compositions de Fanny Mendelssohn est grande, les mois tirĂ©s de son recueil « Das Jahr » sont trĂšs diffĂ©rents avec une Ă©criture trĂšs variĂ©e, extrĂȘmement sensible, ne cĂ©dant rien Ă  la virtuositĂ© et avec des audaces parfois plus grandes que son frĂšre. A dĂ©couvrir la qualitĂ© des quatre mois jouĂ©s par David Kadouch je ne doute pas un instant que le cycle complet doit ĂȘtre fascinant. De mĂȘme la qualitĂ© de la SĂ©rĂ©nade de Pauline Viardot n’a rien Ă  envier Ă  un quelconque musicien masculin contemporain. Clara Schumann est un peu moins inconnue et ses magnifiques variations sur un thĂšme de Robert, une nouvelle fois apparaissent comme mĂ©morables, Ă©gales Ă  celles de Robert sur son thĂšme. Les partitions masculines concernent les trois op. 9 de Chopin dĂ©diĂ©s Ă  mademoiselle Pleyel sans omettre la paraphrase de Liszt sur Lucia di Lammermoor, opĂ©ra qui a une part si importante dans le roman de Flaubert. Le bal de Leo Delibes extrait de Coppelia en ses ambiances variĂ©es semble ĂȘtre celui auquel Emma Bovary s’est rendue. (Photo D Kadouch, DR).
La maniĂšre dont David Kadouch touche son piano est admirablement respectueuse, dĂ©licate, belle. Il donne toutes leurs chances aux Ɠuvres qu’il dĂ©fend, car il s’agit bien de cela encore aujourd’hui : faire reconnaĂźtre la valeur de ces Ɠuvres Ă©crites par des femmes, Il en rĂ©vĂšle la grande qualitĂ© d’écriture mais Ă©galement la virtuositĂ© et l’originalitĂ©. La poĂ©sie qui se dĂ©gage de ce concert est trĂšs particuliĂšre par ce mĂ©lange de musique, de littĂ©rature, d’histoire et d’un peu de politique ; sa maniĂšre de s’adresser constamment au public est trĂšs agrĂ©able.  Le succĂšs du jeune pianiste est complet et l’originalitĂ© de son concept conquiert le public. Les applaudissements nourris obtiennent deux beaux bis : MĂ©lodie op.4 n°2 de Fanny Mendelssohn et la Valse op.64 en do diĂšse mineur de Chopin. TrĂšs beau concert.

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LIRE aussi notre critique du cd de David Kadouch : “rĂ©volution”, CLIC de CLASSIQUENEWS (aoĂ»t 2019)  par Hugo Papbst : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-revolution-david-kadouch-piano-1-cd-mirare-2018/

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du Parc, le 13 aoĂ»t 2021. SCHUBERT. Michel DALBERTO, piano.

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du Parc, le 13 aoĂ»t 2021. SCHUBERT. Michel DALBERTO, piano. Michel Dalberto possĂšde un bien vaste rĂ©pertoire et ce rĂ©cital tout Schubert nous rappelle son implication dans l’Ɠuvre du compositeur viennois. Son intĂ©grale Schubert (2009) mĂ©riterait une rĂ©Ă©dition. Cette immersion dans le Schubert de Michel Dalberto est trĂšs intĂ©ressante car le pianiste a Ă©voluĂ© depuis 2009 tout en gardant un fil particulier. L’écoute gagne en clartĂ© sur bien des plans. La surprise est mĂȘme possible avec des moments qui sonnent comme jamais nous les avions entendus. C’est une des constantes de son interprĂ©tation et que le temps semble avoir dĂ©veloppĂ© : la capacitĂ© Ă  Ă©tablir des relations de contrastes trĂšs fortes dans les Ɠuvres de Schubert ; une prĂ©cision rythmique implacable qui change l’écoute. Beaucoup de ruptures sont ainsi mises en valeur et les thĂšmes souvent rĂ©pĂ©tĂ©s et repris chez Schubert deviennent un peu agressifs par ce martĂšlement de rythmes trĂšs dĂ©tachĂ©s.

 

 

 

Magnifique Schubert de Dalberto

 

 

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Ainsi le moment le plus surprenant est le trio dans le troisiĂšme mouvement de la sonate D.960 (« Allegro vivace con delicattezza »). Michel Dalberto est capable de la plus subtile dĂ©licatesse nous le savions et le dĂ©but du mouvement est de pure grĂące. Subitement il accentue tellement les contrastes que le trio prend une allure inquiĂ©tante avec une main gauche qui « balance » des notes graves comme des cailloux qui troublent l’eau pure. C’est intrigant d’abord, puis percutant, au final extrĂȘmement convainquant.

Le dĂ©coupage des moments est ainsi Ă©galement plus lisible quand d’autres interprĂštes les gomment pour faire avancer dans une recherche d’unitĂ© leur interprĂ©tation. L’implication totale du pianiste le rend trĂšs proche du public. La chaleur de la soirĂ©e, sans air frais, semble l’éprouver comme une partie du public mais c’est au prix de cette tenue et de tels efforts que l’avancĂ©e du concert permet la confrontation salutaire Ă  Schubert.

VoilĂ  une grande soirĂ©e consacrĂ©e au gĂ©nie de Schubert par un artiste qui le connaĂźt bien et sait renouveler l’écoute du public. Deux trĂšs beaux bis ont Ă©tĂ© offerts par Michel Dalberto au public trĂšs heureux. Schumann (fĂ©Ă©rique Oiseau-prophĂšte des ScĂšnes de la forĂȘt op. 82 jouĂ© avec une dĂ©licatesse extrĂȘme) et ensuite le chant Ă©perdu dans un legato de rĂȘve de la transcription par Liszt du Lied de Schubert « Der Muller an der Bach ». Les talents de Michel Dalberto sont nombreux !

 

 

CRITIQUE, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium du parc Florans, le 13 aoĂ»t 2021. Frantz Schubert (1797-1828) : Moments musicaux D.780 n°1 ; 3 ; 5 ;6 ; MĂ©lodie Hongroise en si mineur D.017 ; Impromptu en si bĂ©mol majeur op342 n°3 ; Sonate n°23 en si bĂ©mol majeur D.960. Michel Dalberto, piano – Photo : © Valentine Chauvin 2021 / La Roque d’AnthĂ©ron 2021

 

 

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du Parc, le 14 aoĂ»t 2021. PURCELL, HAENDEL, JS. BACH. VARVARA.

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du Parc, le 14 aoĂ»t 2021. PURCELL, HAENDEL, JS. BACH. VARVARA. La jeune femme est belle, blonde, Ă©lancĂ©e et son jeu est Ă  l’unisson. La concentration avant chaque piĂšce tĂ©moigne du grand sĂ©rieux avec lequel la pianiste russe tient les anciens en estime. Puis la grĂące et la libertĂ© qu’elle met dans son jeu nous emportent vers la joie d’un piano qui peut tout jouer. Certes Purcell, Haendel et Bach ont Ă©crit pour le clavecin et l’orgue, Varvara le sait trĂšs bien et ne cherche pas Ă  imiter ces instruments. Elle assume franchement le jeu au piano et se sert des possibilitĂ©s du « piano moderne » afin de libĂ©rer la joie contenue dans ces suites de danse. Le Ground de Purcell est extraordinaire alors que la suite Ă©tait extrĂȘmement souple, limpide et vivante sous des doigts particuliĂšrement agiles. Haendel est si vivant, si Ă©lĂ©gant et si joueur sous les doigts de la pianiste russe que nous pourrions en Ă©couter longtemps sans aucune lassitude. C’est facile, clair joyeux. Un vrai bonheur (cf son irrĂ©sistible CD consacrĂ© aux suites de Haendel).

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VARVARA : LE CHARME DANS TOUS SES ÉTATS

 

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L’humour du caprice de Bach est magnifiĂ© par le jeu enjouĂ© de Varvara. Le prĂ©lude et fugue en si bĂ©mol mineur extrait du Clavier bien tempĂ©rĂ© montre combien le jeu est parfaitement organisĂ©, clairement structurĂ©, impeccablement rĂ©alisĂ©. Du grand art ! Pour prendre une mĂ©taphore dans l’art pictural, je dirais qu’aprĂšs la peinture Ă  l’huile des grands soirs romantiques et virtuoses ce travail Ă©vocateur d’estampes, gravures Ă  la pointe fine, donne Ă  la musique une puretĂ© bien sĂ©duisante.

Ce qui marquera c’est un charme sans Ă©gal. De mĂȘme que ce choix de se faire nommer pour la scĂšne par son joli prĂ©nom. Sa maniĂšre souriante au moment des saluts est un rĂ©gal. Les deux bis restent avec Bach le grand : un extrait planant de la cantate de la chasse et le thĂšme des variations Goldberg jouĂ©s tous deux 
 en un rĂȘve Ă©veillĂ©. VoilĂ  une artiste trĂšs attachante et fine musicienne. L’apparente simplicitĂ© des grands anciens trouve dans cette interprĂšte par ailleurs grande virtuose, une alliĂ©e de choix.

CRITIQUE, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium du parc Florans, le 14 aoĂ»t 2021. Henry Purcell (1659-1695) : Suite en ut majeur ; Ground en ut mineur ; George FrĂ©dĂ©ric Haendel (1685-1759) Chaconne en sol mineur HWV 435 ; Suite en sol majeur HWV 437 ; Suite en sol mineur HWV 432 ; Jean- SĂ©bastien Bach (1685-1750) : Caprice sur le dĂ©part de son frĂšre bien aimĂ© BWV 992 ; PrĂ©lude et fugue en si bĂ©mol mineur BWV 867 ; Varvara, piano – Photo : © Valentine Chauvin 2021 / La Roque d’AnthĂ©ron 2021

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du parc, le 11 aoĂ»t 2021. LISZT, GINASTERA, RAVEL. Benjamin GROSVENOR, piano

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du parc, le 11 aoĂ»t 2021. LISZT, GINASTERA, RAVEL. Benjamin GROSVENOR, piano. DĂ©couvert ici mĂȘme en 2019 Benjamin Grosvenor nous avait conquis. Cf Chronique. Sa discographie a toutes les faveurs de la rĂ©daction de Classique news. Ce rĂ©cital reprend pour moitiĂ© le dernier CD qu’il a enregistrĂ© pour Decca, sobrement intitulĂ© : Liszt (CLIC de classiquenews 2021).

DĂšs les premiĂšres notes des Sonnets de PĂ©trarque, le ton est donnĂ©, celui d’une lecture chĂątiĂ©e, Ă©lĂ©gante, d’une prĂ©cision incroyable. La virtuositĂ© intrinsĂšque chez Liszt trouve en Benjamin Grosvenor un interprĂšte idĂ©al qui rend musical tout trait, mĂȘme le plus virtuose. D’autres mettent davantage le chant en avant, car ces sonnets sont premiĂšrement des lieder. Ici le parti pris peut sembler plus intellectuel que sensuel et permet une mise en valeur de la grande complexitĂ© des partitions.

 

Un piano entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, absolument magique

Benjamin Grosvenor 
 une perfection digitale

 

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Puis la Sonate en si mineur si expĂ©rimentale prend sous les doigts de Benjamin Grosvenor une dimension quasi cosmique. Les tempi sont Ă©lastiques, les nuances hyper creusĂ©es, les couleurs infiniment chatoyantes ; cela permet de mettre en lumiĂšre des aspects incroyablement variĂ©s de cette partition tout Ă  fait inclassable. C’est bien cette dimension de totale libertĂ©, reposant sur une technique superlative faisant penser que « tout, absolument tout est possible » Ă  cet artiste qui fait de cette interprĂ©tation une rĂ©fĂ©rence qui fera date. La maturitĂ© acquise par le jeune homme de 29 ans laisse pantois.

Une courte pause, mais sans entracte (interdiction prĂ©fectorale) et voilĂ  notre artiste qui nous entraĂźne avec cette prĂ©cision diabolique dans l’univers peu contrĂŽlĂ© de Ginastera et ses « danzas argentinas ». Des doigts qui semblent se dĂ©multiplier, des bras qui semblent s’allonger, un piano qui semble dĂ©velopper des sonoritĂ©s nouvelles. Un incroyable mĂ©lange de brillant et de virtuositĂ© nous est offert dans ces partitions complexes sans aller jusqu’à la folie latine.

Ravel et son si difficile « Gaspard de la nuit » constitue l’apothĂ©ose de ce concert virtuose.
Gaspard de la nuit, spĂ©cialitĂ© de Martha Arguerich, semble trouver en Benjamin Grosvenor un digne hĂ©ritier de cette virtuositĂ© sidĂ©rante faite expression musicale totale. Chez Benjamin Grosvenor, Ondine est un piano fait en Ă©lĂ©ment liquide avec le brillant des rayons de lune dans l’eau. C’est incroyablement prĂ©cis et flou en mĂȘme temps afin de crĂ©er une dimension onirique. Un piano entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, absolument magique. Le Gibet avec des sonoritĂ©s d’un froid glacial change totalement le son du piano. Benjamin Grosvenor ose des effets de grande inquiĂ©tude. C’est Scarbo qui offre la plus grande virtuositĂ© et exige le plus de mise en scĂšne musicale. Grosvenor comme dans ses Liszt garde la tĂȘte froide et les doigts souverains. Rien ne lui Ă©chappe et la clartĂ© du jeu permet de tout entendre dans cette partition pourtant tout Ă  fait diabolique. Comment est-il possible d’obtenir cette prĂ©cision Ă  cette vitesse ? VoilĂ  un secret bien gardĂ© par le jeune homme si douĂ© et aussi appliquĂ© dans sa recherche de perfection. Avec peu de sorties de disques, des concerts reprenant un rĂ©pertoire bien travaillĂ© Benjamin Grosvenor est un sage parmi les jeunes pianistes plus frĂ©nĂ©tiques.

Le public trĂšs enthousiaste obtient deux bis. Liszt avec un diabolique Sherzo, Gnomenreigen, grand cousin de Scarbo. Ginastera avec une Danza de la moza donoza op.2 n°2, toute de dĂ©licatesse. VoilĂ  un grand musicien virtuose de l’avenir car sa toute jeune maturitĂ© ne peut que se dĂ©velopper.

 

 

 

CRITIQUE,concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium du Parc. Frantz Liszt (1811-1886) : Sonate en si mineur ; AnnĂ©es de pĂšlerinage, 2 iĂšme annĂ©e (Italie) Sonnets de PĂ©trarque 104 et 123 ; Alberto Ginastera ( 1916-1983) : Danzas argentinas op.2 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de la nuit ; Benjamin Grosvenor, piano. Photo © Valentine Chauvin / La Roque d’AnthĂ©ron 2021

 

 

 

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium, le 10 aoĂ»t 2021 Ă  21h. JS BACH, SCHUBERT, ALBENIZ. N. GOERNER, piano

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium, le 10 aoĂ»t 2021 Ă  21h. JS BACH, SCHUBERT, ALBENIZ. N. GOERNER, piano. Nelson Goerner est un artiste tout Ă  fait particulier, qui par des choix personnels dĂ©fendus bec et ongles, arrive Ă  renouveler totalement notre Ă©coute certains soirs au point de perdre notre connaissance intime d’une Ɠuvre. Il aura fallu arriver au terme du concert pour comprendre le parti pris incroyablement original de notre pianiste (en Ă©tat de transe). Rien n’aura Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© comme « de coutume ». Et le dernier bis (sur lequel je reviendrai) a couronnĂ© le tout avec un bonheur inouĂŻ.
Sur le papier le programme paraissait presque trop classique : Bach, Schubert puis AlbĂ©niz. Chronologie, variĂ©tĂ© de style, Ɠuvres connues.

NELSON GOERNER, interprÚte de génie
chante une ode Ă  l’improvisation toutes Ă©poques confondues

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DĂšs les premiĂšres notes de la Fantaisie de Bach, la surprise est de taille. Rien de grand, de puissant d’impressionnant. Tout en dĂ©licatesse, dans des nuances infinitĂ©simales, Nelson Goerner se lance dans une vĂ©ritable improvisation du « Stylus Phantasticus » si prisĂ© au XVIIĂš siĂšcle en Allemagne. La libertĂ© totale que s’autorise le pianiste argentin n’est en rien iconoclaste mais respecte l’esprit de ce Stylus Phantasticus si cher Ă  Bach. Rappelez-vous, il a fait le voyage Ă  pied jusqu’à Lubeck pour Ă©couter Dietrich Buxtehude et savoir de quoi il retournait exactement avant de s’approprier le procĂ©dĂ©. Cette fantaisie reprĂ©sente cette libertĂ© en couleurs, nuances, tempi, que Nelson utilise avec son piano sans complexe par rapport Ă  l’orgue. C’est complĂštement dĂ©stabilisant, ces nuances pianissimi, ces rythmes exagĂ©rĂ©s, ces tempi variĂ©s. Mais comme cela sonne bien et permet de s’évader ! La beautĂ© surnaturelle de certains moments Ă©tait totalement insoupçonnable. VoilĂ  un interprĂšte qui vous rĂ©vĂšle une Ɠuvre !

La mĂȘme mĂ©thode est appliquĂ©e Ă  Schubert dans les quatre Impromptus de l’opus 142. Schubert semble comme jamais un hĂ©ritier lĂ©gitime de Bach. Et ces Impromptus deviennent des moments de libertĂ© absolue. N’est-ce pas exactement ce que le titre promet ? Quelque chose d’inclassable de nouveau, de libre, comme l’était le Stylus Phantasticus des anciens. Rien ne ressemble au Schubert que j’aime et que je croyais connaĂźtre. Tout est surprise, rĂ©Ă©coute, redĂ©couverte. L’admiration se mĂȘle Ă  la reconnaissance et au bonheur d’entendre des choses nouvelles dans des musiques si Ă©coutĂ©es. Il n’est pas possible de dĂ©crire par le dĂ©tail cette somme d’intelligence, d’audace, d’originalitĂ©, de virtuositĂ© que Nelson Goerner rĂ©alise. C’est prodigieux. Ce qui peut ĂȘtre la spĂ©cificitĂ© la plus certainement sienne est cette absolue capacitĂ© Ă  maĂźtriser les nuances au-delĂ  du raisonnable. Le son juste avant le silence lui est possible ! Ces quatre Impromptus nous laissent anĂ©antis sans aucune possibilitĂ© de critiquer l’interprĂ©tation. C’est juste renversant !

Que va-t-il faire avec Isaac AlbĂ©niz cantonnĂ© dans son Espagne natale ? Il lui donne de l’air, de la grandeur, du dĂ©sordre, de la folie. Les mĂȘmes qualitĂ©s du Stylus Phantasticus … Et bousculant une partition « trop sage » il en fait une sorte d’improvisation folle, avec des nuances extrĂȘmes, des rythmes instables, des accords comme enrichis. Les moyens techniques sont phĂ©nomĂ©naux ; rien ne lui semble impossible. Il est inimaginable le nombre de touches sur le piano qu’il couvre de droite Ă  gauche et inversement dans des gestes sans tenue. Il ose tout, rĂ©ussit tout et termine en nage (et en transe). Le tout dans une dĂ©marche artistique on ne peut plus sĂ©rieuse et organisĂ©e. La musique est improvisation et doit le rester, loin d’interprĂ©tations « bien sĂ©antes » habituelles. Les bis vont aller dans ce sens et encore plus loin. « Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir » de Debussy deviennent de l’ivresse pure mise en musique
 « Si oiseau j’étais Ă  toi je volerais ! », l’étude d’Adolphe von Henselt devient une dĂ©licate dĂ©claration d’amour dans des nuances incroyablement subtiles. Et pour finir l’estocade qui nous met KO, le nocturne n°20 op. posthume en do diĂšse mineur de Chopin : au bord du silence, Ă©perdu de tendresse, beau Ă  vouloir mourir car rien ne sera plus pareil. Comment ose-t-il nous voler ainsi toutes les interprĂ©tations aimĂ©es de ce Nocturne ? C’était si beau et c’est dĂ©jĂ  fini
 Seule la beautĂ© de la nuit Ă©toilĂ©e pourra consoler le public. Tant d’intelligence, tant de beautĂ©. C’était merveilleux. Comme il est prĂ©cieux notre Nelson Goerner. Il reviendra, nous le retrouverons, si, si …

CRITIQUE, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium du parc, le 10 AoĂ»t 2021 Ă  21h. Jean-SĂ©bastien Bach (1685-1750) : Fantaisie chromatique et fugue en rĂ© mineur BWV 903 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Quatre Impromptus op.142 ; Isaac AlbĂ©niz (1860-1909) : IbĂ©ria, IVĂšme cahier. Nelson Goerner, piano. Photo : © Valentine Chauvin 2021 / La Roque d’AnthĂ©ron 2021

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Espace Florans, le 10 aoĂ»t 2021 Ă  17h. F.MENDELSSOHN . J. BRAHMS. TRIO ARNOLD. et S. MAZARI

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Espace Florans, le 10 aoĂ»t 2021 Ă  17h. F.MENDELSSOHN . J. BRAHMS. TRIO ARNOLD. et S. MAZARI, piano. L’Espace Florans dĂ©couvert l’an dernier en raison du confinement, est un coin de parc face Ă  une allĂ©e de platanes pluri centenaires. Cette vue derriĂšre l’estrade participe Ă  un bonheur indicible, Ă  l’ombre quand il fait chaud. La beautĂ© des arbres rencontre celle de la musique pour des instants prĂ©cieux. Une trĂšs habile sonorisation amplifie lĂ©gĂšrement le son pour les derniers rangs. Ce concert de musique de chambre nous fait redĂ©couvrir Mendelssohn (le trop mal connu) et retrouver Brahms.

 
 

La musique de chambre : une quĂȘte sans fin

 
 

TRIO ARNOLD. S. MAZARI concert roque antheron 2021 aout 21 critique concert classiquenews

 

 

Le Quatuor avec piano est toujours une composition un peu particuliĂšre car les Ă©quilibres ne sont pas Ă©vidents. C’est cette question des Ă©quilibres qui va nous intĂ©resser cette aprĂšs-midi. Les 3 jeunes hommes du trio Arnold sont de brillants solistes qui cherchent un son commun d’une totale plĂ©nitude. Ce son large, trĂšs compact fait merveille et souvent cette puissance de beautĂ© un peu extravertie colore d’une nouvelle maniĂšre certains moments. Dans le Quatuor de Mendelssohn l’équilibre avec le piano dĂ©licatement mozartien de Selim Mazari fait merveille. L’Ɠuvre s’y rĂ©vĂšle trĂšs belle, avec des moments de grande Ă©lĂ©gance et de lĂ©gĂšretĂ©. Les musiciens en sont conscients car c’est l’adorable Andante de ce quatuor qu’ils bisseront. Les accords entre les musiciens sont de toute beautĂ©, violon et alto, alto et violoncelle, violoncelle et piano permettent de grands moments et un Ă©quilibre parfait s’y trouve souvent. La beautĂ© de ce quatuor et l’habiletĂ© des interprĂštes seront une belle dĂ©couverte pour une partie du public.

Pour le quatuor de Brahms la recherche de cet Ă©quilibre est plus difficile et au final ne sera pas vraiment trouvĂ©e. Trop hĂ©donistes, les cordes en grande recherche de sons puissants Ă  la beautĂ© ravageuse n’écoutent pas suffisamment le piano plus dĂ©licat de Selim Mazari. La sonorisation ne compense pas ce lĂ©ger dĂ©sĂ©quilibre, au contraire elle semble l’accentuer. La recherche en musique de chambre est longue et relĂšve de la quĂȘte du Graal. Ces sympathiques artistes ont cherchĂ© devant nous, ils trouveront c’est certain. Car il est nĂ©cessaire de trouver le rĂ©pertoire qui convient Ă  chacun et Ă  tous. Sans hĂ©sitation Mendelssohn oui, vraiment oui ! Le bis de l‘ andante, encore plus beau que la premiĂšre fois, le dĂ©montre. Brahms probablement pas encore.

 
 

CRITIQUE, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Espace Florans, le 10 AoĂ»t 2021 Ă  17h. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuor pour piano, violon, alto, violoncelle en si mineur op.3 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuor pour piano et cordes en ut mineur op.60 ; Trio Arnold : Shuichi Okada, violon ; Manuel Vioque-Judde, alto ; Bumjun Kim, violoncelle ; Selim Mazari, piano. Photo : SĂ©lim Mazari et le Trio Arnold 10 © Valentine Chauvin 2021

 
 

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTERON. Auditorium du parc, le 10 aoĂ»t 2021. W.A. MOZART. R. SCHUMANN. F. CHOPIN. M.RAVEL. B. RIGUTTO. P. RIGUTTO

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTERON. Auditorium du parc, le 10 aoĂ»t 2021. W.A. MOZART. R. SCHUMANN. F. CHOPIN. M.RAVEL. B. RIGUTTO. P. RIGUTTO. Bruno Rigutto est le grand artiste que le festival connaĂźt bien, admire. Ici l’an dernier son intĂ©grale des Nocturnes de Chopin demeure un souvenir prĂ©cieux pour beaucoup. Au matin du 10 aoĂ»t (9h45),l’auditorium se rĂ©veille avec le soleil naissant et son cortĂšge de chapeaux de paille (offerts par le festival) l’habille. Ces rĂ©citals du petit matin sont pĂ©rilleux et ne peuvent ĂȘtre comparĂ©s Ă  ceux du soir ici mĂȘme. Nous prenant par la main en grande douceur et en Ă©lĂ©gance dĂ©licate, Bruno Rigutto nous offre la sonate pour deux pianos de Mozart. Cette Ɠuvre solaire, enthousiaste et joyeuse est une excellente entrĂ©e en musique au petit matin. Le duo qu’il forme avec son fils Paolo Rigutto, est enthousiasmant. La simplicitĂ© des thĂšmes et leur enchevĂȘtrement subtil construisent une musique envoĂ»tante. Les deux interprĂštes dans une complicitĂ© de chaque instant s’écoutent, se rĂ©pondent, proposent, surenchĂ©rissent avec un bonheur visible. Paolo le jeune pianiste Ă  la belle carriĂšre est bien plus expressif corporellement que son pĂšre qui garde dans tout ce qu’il joue cette retenue de port qui donne toute place Ă  sa sensibilitĂ©.

 

 

Bruno et Paolo : les Rigutto en concert
La Roque sous le soleil de matin

Belle matinée musicale en famille

 

 
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Paolo n’est pas Ă©lĂšve de son pĂšre mais a Ă©tĂ© Ă©lĂšve de Brigitte Engerer, belle mozartienne s’il en est. Cette sonate du bonheur partagĂ© met le public dans la confidence sans rien de calculĂ©, en toute Ă©vidence et simplicitĂ©. Le bonheur de jouer ensemble une si belle musique lie le pĂšre et le fils et tout le public. Notons qu’à cet horaire le public accueille bien des enfants.
Ceci est bienvenu puisque la suite du rĂ©cital est consacrĂ©e par Bruno Rigutto aux ScĂšnes d’enfants de Schumann. Sa lecture est marquĂ©e par une sorte d’évidence qui permet au kalĂ©idoscope schumanien de virevolter d’une Ă©motion Ă  l’autre. L’ interprĂ©tation nous relie Ă  ce que chacun a de plus cher en lui, un peu d’enfance encore vivante. Le Scherzo de Chopin Ă©claire dans le jeu ample du pianiste, des sonoritĂ©s plus larges et des phrasĂ©s plus amples. Un Chopin bien charpentĂ© qui chante et Ă©meut comme il en a le secret.

Pour finir avec le soleil haut dans le ciel, le choix d’Alborada del gracioso de Ravel est superbe. Tout y est soleil, ardeur, brillant, danses et un petit peu de piment car ce bouffon du tableau est un peu inquiĂ©tant. Bruno Rigutto sait faire sonner Ravel comme peu : il suggĂšre l’Espagne complexe mise en musique par le compositeur français.

Un concert trĂšs applaudi. Le premier bis est un air italien composĂ© par Bruno Rigutto. Le charme de l’Italie avec un peu de Chopin ? Le public un peu frustrĂ© de ne pas avoir davantage entendu de piano Ă  quatre mains se voit rĂ©confortĂ© par le pĂšre et le fils dans un allegro gracioso de Dvorak plein de joie. Un rĂ©cital Ă  quatre mains est Ă  prĂ©sent attendu car la complicitĂ© de ces deux artistes est jubilatoire, c’est le public qui le fait savoir !

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CRITIQUE, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium du Parc Florans, le 10 AoĂ»t 2021. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour deux pianos en rĂ© majeur K.448 ; Robert Schumann (1810-1856) : ScĂšne d’enfants op.15 ; FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Scherzo n°2 en si bĂ©mol mineur op..31 ; Maurice Ravel ( 1875-1937) : Alborada del gracioso, extrait de Miroirs ; Paolo Rigutto ( Mozart) et Bruno Rigutto, piano. Photo : © Valentine Chauvin

 

 
 

 

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON, le 8 aoĂ»t 2021. MOZART. SINFONIA VARSOVIA. A. V. BEEK. A. QUEFFELEC.

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON, le 8 aoĂ»t 2021. MOZART. SINFONIA VARSOVIA. A. V. BEEK. A. QUEFFELEC. Anne QueffĂ©lec pianiste cĂ©lĂ©brĂ©e dans le monde entier peut jouer tous les rĂ©pertoires mais semble prĂ©destinĂ©e Ă  rester pour les mĂ©lomanes une mozartienne hors pair. Ce soir avec le magnifique Sinfonia Varsovia, elle ne cache pas son immense plaisir Ă  jouer deux concertos de Mozart sous les platanes de La Roque d’AnthĂ©ron. Ce soir, la tempĂ©rature est idĂ©ale. L’orchestre s’installe tranquillement, le public scannĂ© et masquĂ© attend patiemment l’arrivĂ©e de la grande dame. Le rendez-vous annoncĂ© avec Mozart a lieu et la soirĂ©e peut revĂȘtir le caractĂšre de magie tant la beautĂ© enveloppe l’air du soir tout du long.

queffelec-piano-roque-antheron-aout-2021-critique-concert-classiquenewsAnne Queffelec a la dĂ©licatesse requise pour offrir toute la poĂ©sie, la beautĂ© de l’ñme mozartienne tant on sait combien Mozart se livrait dans les concertos qu’il jouait lui-mĂȘme. Le n°12 en la majeur est encore de premiĂšre facture. Le dialogue piano-orchestre est trĂšs pondĂ©rĂ© et les ritournelles mettent en valeur des couleurs d’orchestre encore dominĂ©es par les cordes avec juste un lĂ©ger appui des bois et des cors. Le piano est un soliste virtuose qui dialogue avec l’orchestre assez sagement. La poĂ©sie de ces Ă©changes sans vraies surprises, toujours agrĂ©ables permet un dĂ©but de concert tout en douceur. La dĂ©licatesse de toucher et de phrasĂ© d’Anna QueffĂ©lec trouve dans la direction du chef Arie van Beek un partenaire attentif. Ses gestes assez originaux, sans baguette, magnifient les larges phrasĂ©s et recherchent des nuances bien marquĂ©es. L’orchestre est magnifique, engagĂ©, rĂ©actif.

La grùce de Mozart dans le parc Florans : un vrai bonheur partagé

 

Le n°24 en ut mineur permet aux interprĂštes de montrer un engagement assez extraordinaire. Anne QueffĂ©lec dĂ©veloppe un jeu magnifique, prĂ©cis et souple Ă  la fois. La tonalitĂ© mineure douloureuse permet des moments de grande tendresse triste, qui sont trĂšs rĂ©ussis. Le sentiment qui se dĂ©gage mĂȘle les Ă©motions de plusieurs plans ; la conscience d’abord de bĂ©nĂ©ficier d’un lieu magique, puis la prĂ©sence d’une pianiste parfaitement mozartienne, et d’un orchestre et d’un chef en parfaite osmose. Ce concerto est trĂšs intense Ă©motionnellement en raison d’une Ă©criture plus originale permettant au piano des moments de grande libertĂ© d’improvisation, offrant Ă  l’orchestre des passages virtuoses chambriste, au bois de toute beautĂ© et surtout une construction musicale entre le piano et l’orchestre qui annonce dĂ©jĂ  la complexitĂ© des concertos Ă  venir. Le « Sturm und Drang » est Ă  son apogĂ©e, ou plus exactement le « Dramma Giocoso ». Jamais rien de vĂ©ritablement tragique, toujours cette biensĂ©ance du cƓur qui reste au bord des larmes et de la plainte sans jamais s’y engouffrer. Les artistes de ce soir savent exactement doser ces Ă©lĂ©ments ambivalents. La maniĂšre dont Anne QueffĂ©lec apprĂ©cie par ses mouvements de tĂȘte les interventions de l’orchestre, la façon dont elle communique visuellement avec les bois illustrent bien cette osmose nĂ©cessaire Ă  la musique d’ensemble.

Le public est ravi et le manifeste par des applaudissements nourris. Anne QueffĂ©lec offre de bonne grĂące un bis magique de Bach. Cet extrait de son album Bach « Contemplation » Ă©lĂšve et apaise. Je ne peux que recommander ce CD pour sa beautĂ© inouĂŻe. Je l’ai dĂ©couvert Ă  la sortie du concert et Ă©coutĂ© avec beaucoup d’émotions j’y ai retrouvĂ© toutes les qualitĂ©s musicales, poĂ©tiques et humaines de cette grande dame du piano.

Puis proposant un « vrai bis », la pianiste obtient du chef de rejouer le final du concerto en ut mineur. La beautĂ© des entremĂȘlements des bois avec le chant du piano reste le moment de grĂące absolu de la soirĂ©e. Le rĂ©entendre en bis, encore plus beau, est un bonheur cĂ©leste. Les Ă©toiles brillent Ă  La Roque, la musique de Mozart y est chez elle. Merci !

CRITIQUE, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium du Parc, le 8 AoĂ»t 2001. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°12 en la majeur K.414 ; Concerto pour piano et orchestre n°24 en ut mineur K.491. Sinfonia Varsovia. Anne QueffĂ©lec, piano ; Arie van Beek, direction. Photo : © V Chauvin / La Roque d’AnthĂ©ron 2021

CRITIQUE, concert. La ROQUE D’ANTHERON, le 7 aoĂ»t 2021. Alex., JJ Kantorow. CHOSTAKOVITCH, SAINT-SAENS. SINFONIA VARSOVIA.

CRITIQUE, concert. La ROQUE D’ANTHERON, le 7 aoĂ»t 2021. Alex., JJ Kantorow. CHOSTAKOVITCH, SAINT-SAENS. SINFONIA VARSOVIA. Concert attendu dans la peur de l’orage qui a su rester Ă  distance fort heureusement. Le ciel est favorable Ă  la musique et le parc aprĂšs l’orage a vu quelques Ă©toiles briller en fin de soirĂ©e. Le gĂ©nie musical de Jean-Jacques Kantorow, violoniste et chef d’orchestre Ă  la renommĂ©e planĂ©taire reprenait ce soir la baguette d’un orchestre qu’il a dirigĂ© souvent et qu’il connaĂźt bien. Un enregistrement des concertos de Camille Saint-SaĂ«ns avec Alexandre Kantorow il y a quelques annĂ©es est une vĂ©ritable pĂ©pite qui prouve le lien qui unit pĂšre et fils.

 

 

Kantorow pĂšre et fils sont toute musique !

 

 
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Le Sinfonia Varsovia en formation rĂ©duite joue deux adaptations de Daniel Walter. Le Quatuor Ă  cordes n°3 de Dimitri Chostakovitch dans sa transcription pour quintette Ă  vent et quintette Ă  cordes est rĂ©alisĂ© dans une formation type orchestre Mozart. Jean-Jacques Kantorow garde une allure dynamique ; il semble retrouver toute sa jeunesse. La grande bienveillance qui se dĂ©gage de sa direction ne laisse rien passer et obtient une prĂ©cision parfaite de la part de chaque instrumentiste. L’orchestration particuliĂšrement rĂ©ussie donne aux vents et au cor toutes les particularitĂ©s que Chostakovitch leur rĂ©serve. La direction est prĂ©cise, claire, trĂšs efficace. La partition se dĂ©veloppe avec clartĂ© et l’énergie est constamment renouvelĂ©e par le chef. L’osmose entre chef et orchestre est magnifique et la partition de Chostakovitch devient limpide. Un grand moment de musicalitĂ©, lumineux, Ă©mouvant, dĂ©coule de l’écoute de ce quatuor transformĂ© si intelligemment et si habilement jouĂ©. Les qualitĂ©s instrumentales du Sinfonia Varsovia sont tout Ă  fait excellentes avec des bois particuliĂšrement beaux et des solistes de chaque famille de cordes magnifiques. Insistons sur la qualitĂ© du chef et celle de cet excellent orchestre car lorsque le concerto se dĂ©roulera le soliste va par son jeu intense prendre la premiĂšre place au risque de les Ă©clipser. Il ne faudrait pas penser que l’orchestre va juste accompagner le gĂ©nie pianistique d’Alexandre Kantorow, bien au contraire le Sinfonia Varsovia est, mĂȘme dans cette dimension rĂ©duite, de tout premier plan et Jean-Jacques Kantorow est un chef extrĂȘmement vigilant Ă  tout ce qui se passe ; sans autoritarisme, il arrive Ă  obtenir ce qu’il veut de chacun.

 

 

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 L’entrĂ©e du jeune Alexandre Kantorow (23 ans) est trĂšs Ă©mouvante; l’orchestre le regarde avec une bienveillance rare et le chef, son pĂšre, l’accompagne sur scĂšne avec une joie non dissimulĂ©e. DĂ©tendu en apparence mais dĂ©jĂ  trĂšs concentrĂ©, Alexandre se jette dans le dĂ©but trĂšs rhapsodique du terrible 2Ăš concerto de Camille Saint-SaĂ«ns avec une autoritĂ© sidĂ©rante. Le geste large, des sonoritĂ©s d’orgue, une maĂźtrise rythmique toute en souplesse font de cette « prise en main » un moment sidĂ©rant. La rĂ©ponse de l’orchestre dans la mĂȘme maniĂšre donne le frisson. Nous sommes bien devant une rencontre entre gĂ©nies qui va faire date. Tout ce qui suit reste difficilement analysable tant les interprĂštes touchent Ă  la perfection sur tous les plans. Alexandre Kantorow a acquis une autoritĂ© sidĂ©rante, la puissance digitale s’est encore affirmĂ©e donnant plus de prĂ©sence Ă  son jeu avec une recherche de sonoritĂ©s amples et majestueuses admirablement adaptĂ©es Ă  ce premier mouvement. L’orchestre participe avec la mĂȘme ampleur puis le dialogue plus mĂ©lancolique se dĂ©ploie et l’osmose entre tous devient d’une rare Ă©vidence. La partition de Saint-SaĂ«ns s’en trouve magnifiĂ©e. Jean-Jacques Kantorow couve le pianiste du regard et semble avoir l’Ɠil sur chaque musicien de l’orchestre, il est partout et entretient des liens avec chacun. Le rĂ©sultat est une parfaite connivence musicale qui magnifie le jeu du pianiste comme les solos de l’orchestre.

 

 

La magie des Kantorow, pùre et fils

Féérique, ciselé,
le 2Ú Concerto de Saint-Saëns dans les étoiles

 

 

Dans le 2Ăš mouvement, sorte de scherzo, Alexandre Kantorow allĂšge son jeu avec une prĂ©cision incroyable, il invente des notes perlĂ©es comme rebondies. La prĂ©cision est partout dans le moindre trait du pianiste et chaque intervention de l’orchestre. C’est une vĂ©ritable orfĂšvrerie suisse. La mĂ©canique est absolument impeccable avec un vĂ©ritable sens de l’humour partagĂ©. La dĂ©licatesse du toucher d’Alexandre Kantorow a quelque chose de fĂ©Ă©rique. AprĂšs le deuxiĂšme mouvement le regard du pĂšre Ă  son fils semble dire c’était magnifique es-tu vraiment prĂȘt pour le final ? Tous vont s’engager dans la virevoltante tarentelle finale qui caracole Ă  toute vitesse. C’est vertigineux, magnifique, sublime et l’humour des syncopes, rythmes dĂ©calĂ©s, enchantent les musiciens. Tout tombe Ă  la perfection, cela avance sans prendre de repos, en entrainant le public avec lui dans la joie la plus grande. Ce mouvement final devient absolument jubilatoire avec des interprĂštes si douĂ©s.

Alexandre Kantorow trouve une ressource incroyable donnant toute son Ă©nergie dans ses traits virtuoses incroyables. Ses doigts volent, ses mains s’allongent, rien ne semble pouvoir limiter le jeu du pianiste. La joie explose de toute part sur scĂšne comme dans la salle. Nous venons de vivre un moment exceptionnel et chacun en est bien conscient. Le public en transe obtient d’Alexandre Kantorow trĂšs Ă©panoui et heureux, trois extraordinaires bis d’une belle gĂ©nĂ©rositĂ©.

Le mouvement lent de la troisiĂšme sonate de Brahms est d’une beautĂ© Ă  faire fondre les cƓurs de pierre les plus durs. La danse finale de l’oiseau de feu atteint sous ses doigts Ă  une puissance orchestrale. La dĂ©licatesse et la mĂ©lancolie d’une ballade de Brahms permettent de laisser le public partir sur des sentiments plus apaisĂ©s. Chacun sait qu’il a vĂ©cu un instant magique. Le ChĂąteau de Florans, dont le parc est un oasis de bonheur, a Ă©tĂ© bĂ©ni des dieux une fois de plus.

 

  

 

CRITIQUE, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium du Parc. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) /Daniel Walter (nĂ© en 1958) : Quatuor Ă  cordes n° » en fa majeur op.73, transcription pour quintette Ă  vents et quintette Ă  cordes ; Camille Saint-SaĂ«ns (1835-1921) / Daniel Walter (nĂ© en 1958) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur op.22, transcription pour piano et petit orchestre ; Sinfonia Varsovia ; Alexandre Kantorow, piano ; Jean-Jacques Kantorow, direction.

Photos : © Valentine Chauvin / La Roque d’AnthĂ©ron 2021

 

  

 

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON, le 4 aoĂ»t 2021. RĂ©cital de N LUGANSKY, piano. BEETHOVEN, J.S. BACH / RACHMANINOV
      

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON, le 4 aoĂ»t 2021. RĂ©cital de N LUGANSKY, piano. BEETHOVEN, J.S. BACH / RACHMANINOV
 Le succĂšs planĂ©taire du pianiste russe NikolaĂŻ Lugansky en fait un des artistes les plus aimĂ©s du public. La Roque d’AnthĂ©ron n’y fait pas exception qui lui a dĂ©jĂ  consacrĂ© une nuit carte blanche et l’invite trĂšs rĂ©guliĂšrement. En athlĂšte sĂ»r de lui et confiant dans l’amour de son public, NikolaĂŻ Lugansky est entrĂ© sur scĂšne souverain et s’est lancĂ© dans une interprĂ©tation trĂšs personnelle de la Clair de lune du grand Ludwig que tant d’amateurs essayent de s’approprier. Dans un tempo trĂšs retenu, il a donnĂ© une leçon de legato et de phrasĂ© suspendu. La lenteur contenue avec une forme de densitĂ© a dĂ©ployĂ© la structure harmonique plus complexe qu’il n’y paraĂźt du cĂ©lĂ©brissime adagio initial. La lenteur du tempo peut irriter, voir passer pour laborieuse mais ce dĂ©ploiement de legato abolit le temps avec un art consommĂ©. L’allegretto passe sans que rien ne retienne l’attention et le final serait exagĂ©rĂ©ment rapide sous d’autres doigts. Seul un Lugansky avec cette puissance digitale peut oser sans exagĂ©ration un tempo pareil.

 

 

Lenteur et puissance du Tsar Lugansky

VENI, VEDI, VICI

 

Nikolaï Lugansky 12 © Valentine Chauvin 2021

 

 

La Sonate n° 32 est la plus expĂ©rimentale de Beethoven. Lugansky ose en montrer toute la modernitĂ© par ses tempi trĂšs variĂ©s, alanguis, pressĂ©s, vertigineux, suspendus. Sa leçon sur l’abolition du temps se poursuit et entraĂźne l’auditeur trĂšs loin.
L’adaptation de Rachmaninov de la troisiĂšme Partita pour violon de Bach est un exercice de virtuositĂ© sidĂ©rant. Puis la poursuite avec Rachmaninov, le compositeur favori de Lugansky, se poursuit avec une suite d’études-tableaux incroyablement virtuoses, prise dans des tempi sidĂ©rants. Les doigts d’acier du pianiste russe sont trĂšs, trĂšs impressionnants ! Le public est ravi devant tant de virtuositĂ© et de puissance assumĂ©es. Trois bis scellent l’accord entre Lugansky et son public.  Un Chopin et deux Rachmaninov tout en inaltĂ©rable puissance digitale. La musicalitĂ© et l’émotion ont Ă©tĂ© plus discrĂštes ce soir dans le beau parc.
Accord conclu. Veni, vici, ivi : Lugansky s’en est allĂ© vers d’autres lieux oĂč il sera Ă©galement fĂȘtĂ©, laissant dans le parc une saveur de puissance pianistique russe indĂ©modable.

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CRITIQUE, concert. 41Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium, le 4 aoĂ»t 2021. Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Sonates pour piano N)14 en ut diĂšse mineur op.27 « Clair de lune » et N°32 en ut mineur op.111 ; Jean-SĂ©bastien Bach (1685-1750)/Serge Rachmaninov (1873-1943) : Partita n°3 pour violon en mi mineur BWV 1006, transcription pour piano (Ext) ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Études-tableaux op.33, n°2 et n°5 ; Études-tableaux op.39, n° 4,5,6,7,8,9. NikolaĂŻ Lugansky, piano – photos : © Valentine Chauvin 2021

CRITIQUE, Concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du parc, le 28 Juillet 2021. F. CHOPIN. W.A. MOZART. P. KOLESNIKOV, piano

CRITIQUE, Concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du parc, le 28 Juillet 2021. F. CHOPIN. W.A. MOZART. P. KOLESNIKOV, piano. Retrouver les frondaisons magiques du Parc du ChĂąteau de Florans, cet extraordinaire sentiment de libertĂ©, en plein air, cette acoustique parfaite partagĂ©e avec les seules cigales reste un moment exceptionnel de l’étĂ©. Cette annĂ©e plus qu’aucune autre annĂ©e. L’an dernier nous avait rĂ©servĂ© de grands moments pour les quarante ans du Festival. Nous en avions rendu compte avec le souvenir Ă©mu des sonates de Beethoven en particulier, de l’intĂ©grale des Nocturnes de Chopin, mais la situation Ă©tait si particuliĂšre que la jauge de l’auditorium laissait presque plus de places vides qu’occupĂ©es. De plus sous le choc de la terreur du vide, le public n’était pas vraiment normalement prĂ©sent. Organiser ce 41Ăšme festival aura certainement Ă©tĂ© encore plus compliquĂ© pour les organisateurs. Rendons hommage Ă  toute l’équipe pour sa gentillesse y compris dans la vĂ©rification du « passe sanitaire » si chronophage.

 

 

 

Kolesnikov est un OVNI irrésistible

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Ce soir Ă©tait une grande soirĂ©e avec deux concerts en mĂȘme temps. SOKOLOV au Grand thĂ©Ăątre de Provence et KOLESNIKOV dans le parc. Notre choix fut celui de la libertĂ© du plein air si parfaitement accordĂ©e avec ce que nous offre le jeune pianiste. L’immense Sokolov nous le retrouverons plus tard Ă  Toulouse.
Nous avions dĂ©couvert Pavel Kolesnikov en sept 2019 et avions Ă©tĂ© subjuguĂ©s / Lire notre critique ici : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-toulouse-jacobins-le-12-sept-2019-pavel-kolnenikov-piano-beethoven-debussy/ – COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 12 septembre 2019. F. CHOPIN. L.V. BEETHOVEN. C. DEBUSSY. P. KOLESNIKOV

Il n’y a pas eu le mĂȘme choc cette fois-ci, toutefois la beautĂ© du jeune homme a encore Ă©tĂ© plus Ă©poustouflante. Sa dĂ©marche sereine, son allure Ă©lĂ©gante et souple, l’originalitĂ© de sa mise en noir et blanc mais modernisĂ©e, tout nous fait deviner un grand moment Ă  venir. Car une fois installĂ© au piano, l’interprĂšte s’engage dans la musique, le temps s’arrĂȘte, comme suspendu, devant tant de beautĂ©. L’élĂ©gance du geste qui souvent fait s’envoler la main en fin de phrase, la souplesse des phrasĂ©s, la lĂ©gĂšretĂ© du toucher, l’équilibre parfait entre toutes les voix et tous les plans font que la musique coule des doigts du musicien en un acte de paix qui diffuse au cƓur du spectateur. Les cinq piĂšces de Chopin, mazurkas, valse, ballade, nocturne sont choisies avec un art trĂšs subtil. Rien d’exclusivement virtuose, tout semble couler sans la moindre difficultĂ© ni rĂ©sistance. La maniĂšre dont Pavel Kolesnikov soigne le lien entre les piĂšces est un vĂ©ritable tour de magie. Il arrive Ă  obtenir du public qu’il n‘ applaudisse pas aprĂšs le dernier Chopin ; ainsi il aborde la huitiĂšme sonate de Mozart avec une grĂące infinie sans rupture de continuitĂ©.  Par contre aprĂšs un premier mouvement si rĂ©ussi en tous points le public applaudit
 A nouveau comme Ă  Toulouse il y a deux ans, le public le plus Ă©duquĂ© qui soit se laisse lui-mĂȘme surprendre par sa spontanĂ©itĂ© retrouvĂ©e. Le Mozart de Kolesnikov est d’une grĂące infinie, d’une prĂ©cision incroyable et d’une musicalitĂ© sidĂ©rante. L’étirement sublime du mouvement lent est miraculeux, il fait siennes les indications de Mozart Ă  la lettre : « Andante cantabile con espressione ». Quant au final presto, il est ce soir prestissimo.
Le retour Ă  Chopin se fait sans heurt avec le Nocturne n°18 en mi majeur. Un phrasĂ© si profond et si Ă©lĂ©gant n’est vraiment pas frĂ©quent. La gravitĂ© douce de l’interprĂ©tation nous ferait chavirer. Ce Nocturne entre les deux sonates de Mozart prend une dimension mĂ©taphysique d’ode Ă  la beautĂ©. Car c’est avec beaucoup de prĂ©caution que Kolesnikov nous entraine dans la sonate n°11 de Mozart. L’andante grazioso est la grĂące mĂȘme, le minuetto, l’esprit de la libertĂ© et la marche Alla turca finale, la joie d’ĂȘtre au monde avec un humour ravissant.
Le retour Ă  Chopin avec la Polonaise-fantaisie est de la mĂȘme eau. Joie, bonheur d’ĂȘtre un voyageur dans le vaste monde avec une Ă©lĂ©gance de chaque instant, y compris les passages les plus virtuoses, avec une maniĂšre tout Ă  fait spĂ©ciale d’habiter les silences. Pavel Kolesnikov dĂ©gage par sa maniĂšre de jouer et d’ĂȘtre prĂ©sent un sentiment de sĂ©curitĂ© absolu qui nous permet d’en dĂ©guster la grande originalitĂ© trĂšs loin d’un certain consensus. La musique rĂšgne en maĂźtresse choyĂ©e sous les doigts de Pavel Kolesnikov qui est un musicien tout Ă  fait spĂ©cial. Artiste multiple, poĂšte des cinq sens : photographe, dessinateur, nez de parfumeur, un peu danseur et tellement musicien ! Il donne en concert une Ă©nergie incroyable qui semble le rĂ©sultat d’un Ă©quilibre extraordinaire :  un OVNI chez les pianistes.
Deux bis sont offerts au public enthousiaste, avec une grĂące presque nonchalante et des sourires de bonheur. Chopin naturellement avec le prĂ©lude Ă  la « goutte d’eau » en toute simplicitĂ© et sans pathos, puis la valse n°17 comme en apesanteur.
Et tout cela sous les frondaisons magiques du Parc du ChĂąteau de Florans, dans une soirĂ©e idĂ©ale dont la Provence a le secret
  Le bonheur est Ă  la Roque d’AnthĂ©ron n’en doutez pas un instant ! Et jusqu’au 18 aoĂ»t prochain. Prochaines critiques Ă  suivre.

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CRITIQUE, concert. 41Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Auditorium du Parc, le 29 juillet 2021. Chopin : Mazurka op.63, n°3 et op.17, n°4 ; Nocturne op 27, n°1 et op.62, n°2 ; Grande Valse op.42 ; Ballade n°3, op.47 ; W A Mozart : Sonate n°8, K.310 et n°11, K.331 ; Pavel Kolesnikov, piano. Photo : DR / La Roque d’AnthĂ©ron 2021

CRITIQUE concert. TOULOUSE. CHAPELLE DES CARMELITES, le 18 juil 2021. Le bestiaire baroque de La Fontaine. ENSEMBLE FAENZA. M. HORVAT.

lafontaine muses en dialogue concert toulouse critique classiquenewsCRITIQUE concert. TOULOUSE. CHAPELLE DES CARMELITES, le 18 juil 2021. Le bestiaire baroque de La Fontaine. ENSEMBLE FAENZA. M. HORVAT. Nous fĂȘtons cette annĂ©e le 400Ăšme anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine. Musique en dialogue aux CarmĂ©lites consacre sa saison Ă  cet Ă©vĂ©nement avec cinq concerts. L’Ensemble Faeza dirigĂ© par Marco Horvat est Ă  gĂ©omĂ©trie variable et se rĂ©clame du chant auto accompagnĂ©. Seule la claveciniste reste sur son unique instrument. Ce concert d’un Ă©tonnant Bestiaire Baroque fait la part belle aux textes des fables de La Fontaine. Les musiciens des XVII et XVIII Ăšmes siĂšcles n’ont pas tari de rĂ©fĂ©rences Ă  la nature. Les plus cĂ©lĂšbres compositeurs François Couperin et Marin Marais, les plus rares : Jacques-Martin de Hautteterre, François Campion, Jean-Baptiste Drouart de Bousset partagent beaucoup d’esprit et une fantaisie dĂ©bridĂ©e pour illustrer le thĂšme. L’agencement du concert est habile et les artistes rivalisent de bonne humeur et de fantaisie. Il permet aux cinq musiciens des effets trĂšs variĂ©s : chant seul a capella, chant accompagnĂ©, polyphonies, piĂšces pour clavecin seul, piĂšces instrumentales, piĂšces pour voix et instruments, 
 tout se complĂšte avec art en un voyage trĂšs instructif dans ce bestiaire baroque. Les fables de La Fontaine parfois trĂšs rares portent toujours aussi haut qu’à leur crĂ©ation leurs prĂ©cieux messages. Celle qui ouvre le concert des « grenouilles qui demandent un roi » peut avoir une allure trĂšs contemporaine.

L’esprit est donc l’élĂ©ment marquant de ce concert. Chaque musicien se distingue par sa finesse, sa virtuositĂ© et son partage gĂ©nĂ©reux. Les deux sopranos Olga Pitarch et Sarah Lefeuvre sont des diseuses dĂ©licates avec des voix trĂšs musicales et trĂšs pures. Marco Horvat a une voix de baryton naturelle avec une diction admirable. Les flĂ»tes et la cornemuse Ă©voquent un cotĂ© champĂȘtre trĂšs bien venu. Le clavecin donne la couleur aristocratique qui revient Ă  La Fontaine, homme de cours. La Chapelle des CarmĂ©lites demeure un Ă©crin idĂ©al pour des concerts si subtils entre mots et notes.

D’autres concerts seront consacrĂ©s par Musique en Dialogue au grand La Fontaine dont on ne peut se lasser de la sagesse aujourd’hui comme de tous temps. Que n’avons nous un La Fontaine pour nous parler, grĂące Ă  nos amis les animaux, de nos rĂ©actions parfois si insensĂ©es face Ă  un certain virus venu de Chine ?

Prochains concerts Musique en Dialogue aux Carmélites :
https://musiquendialogue.org/

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 18 juil 2021. Chapelle des Carmélites. Musique en dialogue aux Carmélites. Le Bestaire Baroque de Jean de Lafontaine. Musiques diverses des XVII et XVIIIe siÚcles.

Ensemble Faenza, direction Marco Horvat ; Sarah Lefeuvre, chant et flûtes ; Hermine Martin, flûtes et musette ; Olga Pitarch, chant, danse et ottavio ; Ayumi Nakagawa, clavecin ; Marco Horvat, chant, archiluth et guitare.

CRITIQUE, OpĂ©ra. ORANGE, le 10 juillet 2021. SAINT-SAËNS: Samson et Dalila. Alagna / Lemieux. ABEL / GRINDA.

CRITIQUE, OpĂ©ra. ORANGE, le 10 juillet 2021. SAINT-SAËNS: Samson et Dalila. Alagna / Lemieux. ABEL / GRINDA. Centenaire de la mort de Saint-SaĂ«ns, distribution superlative, production magique et spectateurs en nombre, tous les ingrĂ©dients Ă©taient rĂ©unis pour que cette soirĂ©e reste dans les annales des ChorĂ©gies d’Orange. Le plus vieux festival lyrique dĂ©butant au XIXĂšme siĂšcle avait dĂ» pourtant se taire l’étĂ© dernier face au virus venu de Chine. La production prĂ©vue a heureusement pu ĂȘtre dĂ©calĂ©e d’un an. Le public a pu venir finalement en nombre, scannĂ© mais libre de s’asseoir sur les gradins antiques sous la voĂ»te Ă©toilĂ©e 
 pour jouir de la plus belle musique qui soit. Car ce qui frappe Ă  l’écoute de ce chef d’Ɠuvre c’est la qualitĂ© constante de la partition. Les airs et duos trĂšs aimĂ©s et connus ne doivent pas occulter les chƓurs qui sont tous splendides ; l’orchestration trĂšs subtile et efficace, et la musique de ballet, la plus belle qui soit Ă  l’opĂ©ra. Une belle production de Samson doit donc compter sur un orchestre et des chƓurs superlatifs. Ce soir l’Orchestre Philharmonique de Radio France et les chƓurs des opĂ©ras Grand Avignon et de Monte-Carlo sont excellents. La direction du chef canadien Yves Abel mĂ©rite tous les honneurs. En chantre de la musique française celui qui la dĂ©fend aux AmĂ©riques, dirige comme un dieu ce soir sous le ciel de Provence qui semble l’inspirer particuliĂšrement.

Un Samson parfait Ă  Orange

samson-dalila-saint-saens-orange-2021-alagna-lemieux-critique-operaCe n’est pas qu’un jeu de mots car ne l’oublions pas, Saint-SaĂ«ns avait prĂ©vu d’abord d’écrire un oratorio et quelque chose de ce projet premier est prĂ©sent dans cette noble partition surtout aux actes extrĂȘmes. Et c‘est peut-ĂȘtre la qualitĂ© la plus rare que possĂšde Yves Abel, celle de garder toute la noblesse et la hauteur de la musique tout en donnant un Ă©lan dramatique progressif. Ainsi le premier acte est comme retenu pour, petit Ă  petit, Ă©largir le drame avec la passion du deuxiĂšme acte et le tragique mystique du dernier acte. L’orchestre est superbe de bout en bout. La parfaite acoustique du thĂ©Ăątre antique, nous le remarquons chaque annĂ©e, permet une Ă©coute de chaque instrument. Les solistes sont magiques, les bois en particulier, et par exemple, le pupitre de contrebasses est saisissant de prĂ©sence. Les ChƓurs tant au lointain que face au public ont la prĂ©sence biblique attendue, conforme Ă  ce supplĂ©ment qui Ă©voque l’Oratorio. Cet opĂ©ra français dont le texte de grande qualitĂ© de Ferdinand Lemaire mĂ©rite le meilleur en termes de diction. Les chƓurs sont parfaits et le texte est limpide.  DĂ©licatesse des chants fĂ©minins, vaillance des hommes et ampleur des vastes pages chorales, plaintes dĂ©chirantes
 tout ravit l’amateur de chƓurs.

La distribution voulue francophone par Jean-Louis Grinda afin de faire honneur au texte sera-t-elle Ă  ce niveau de limpiditĂ© attendu ? C’est effectivement le cas ce soir et cela mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ© car ce n’est que rarement possible. Roberto Alagna n’a pas toujours Ă©tĂ© si bien entourĂ© dans l’opĂ©ra français mĂȘme Ă  Orange. Les astres ont Ă©tĂ© en phase et rien, rien ne peut ĂȘtre critiquĂ©. Alagna est tout simplement royal en termes de diction. C’est beau, tellement beau que le français semble la voix mĂȘme du chant. Ce naturel, ces R non roulĂ©s, est un vĂ©ritable rĂ©gal dans chaque rĂŽle abordĂ© par Roberto Alagna. Dans Samson la qualitĂ© du livret rend tout cela encore plus impressionnant. Le chant de Roberto Alagna n’est peut-ĂȘtre plus aussi solaire ; il gagne dans l’homogĂ©nĂ©itĂ© du timbre avec des graves devenus magnifiques et un medium parfaitement Ă©quilibrĂ©. Ce rĂŽle trĂšs ample, long et exigeant avec des passages inconfortables, semble aujourd’hui parfaitement lui convenir. Roberto Alagna a la voix du rĂŽle, il est un Samson crĂ©dible et nous rend son combat proche. Il construit son interprĂ©tation de maniĂšre limpide, le personnage prenant conscience de son destin religieux petit Ă  petit, tout en essayant de brider la forte sensualitĂ© de sa passion pour Dalila. La mise en scĂšne lui rĂ©serve de beaux moments tout en lui permettant une Ă©volution progressive trĂšs intĂ©ressante. Roberto Alagna est un trĂšs, trĂšs grand Samson ! Ils ne sont pas nombreux ceux qui ont Ă©tĂ© un RomĂ©o aussi parfait puis endossent aussi bien le large costume du hĂ©ros biblique avec cette aisance. Marie-Nicole Lemieux est une Dalila aussi bien chantante que son Samson. Le timbre est somptueux, le vibrato contrĂŽlĂ©, la tessiture grave splendidement assumĂ©e et les aigus lumineux. Le chant est somptueusement sĂ©duisant, vraiment !  La diction (sans les « r » roulĂ©s habituels lĂ  encore) permet de dĂ©guster chaque mot. C’est scĂ©niquement que la sĂ©duction est en deça outre ses deux costumes qui ne la servent pas.  Nicolas Cavalier, basse française, est un Grand PrĂȘtre Ă©patant. Puissant, mĂ©chant, intransigeant avec une voix noire bien conduite et une diction parfaite. Le duo avec Dalila Ă  l’acte deux est effrayant Ă  souhait. Et quelle tension y distille l’orchestre sous la direction dramatique d’Yves Abel ! Le duo avec Samson est vocalement torride ! LĂ  aussi l’orchestre ainsi dirigĂ© est envoĂ»tant. Les autres petits rĂŽles sont parfaitement tenus, ainsi le toulousain Julien VeronĂšse est Ă  prĂ©sent Ă  son aise dans la cour des grands : son AbimĂ©lech est trĂšs impressionnant !  Et quel costume ! Nicolas Courjal est un vieillard hĂ©breu Ă©mouvant. RĂŽle court mais au combien important ! Marc Larcher, FrĂ©dĂ©ric Caton, Christophe Berry tiennent leur rang en si belle compagnie tant en diction qu’en voix sonores. Bravo !

Tout est musicalement Ă  la place attendue sans aucune faiblesse. La mise en scĂšne de Jean-Louis Grinda venue de Monte-Carlo devant Auguste et le mur tient plus de la mise en espace ; rien ne vient perturber la plĂ©nitude du chant. Le petit ange aux ailes lumineuses qui guide Samson vers son destin est une idĂ©e trĂšs heureuse qui poĂ©tise la parabole biblique un peu austĂšre. Aucune hystĂ©risation de la passion n’a lieu dans l’acte deux. Les dĂ©cors sont trĂšs rĂ©ussis. Ils respectent le sublime mur qui reste nu et ce sont les admirables lumiĂšres de Laurent Castaingt et les vidĂ©os d’Étienne Guiol et d’Arnaud Pottier, qui construisent les divers espaces. Des images sont fortes et belles (la nuit Ă©toilĂ©e du duo d’amour), parfois trĂšs Ă©mouvantes (la course du peuple) ou spectaculaires (la roue et les chaĂźnes de Samson, la destruction du temple). Le ballet est un moment tout Ă  fait superbe. Les danseurs des ballets du Grand Avignon et de Metz sont magnifiques et la chorĂ©graphie d’EugĂ©nie Andrin trouve les accents d’une sensualitĂ© barbare trĂšs subtile en parfait accord avec la musique. Ils ont Ă©tĂ© Ă  juste titre trĂšs applaudis ! Les costumes de Agostino Arrivabene sont magnifiques avec la petite rĂ©serve Ă©noncĂ©e pour ceux de Dalila. Les plus spectaculaires sont ceux du Satrape de Gaza, AbimĂ©lech et ses terribles guerriers.

ReportĂ©e d’un an, cette soirĂ©e magique a fait oublier au public venu nombreux la partager (5000 personnes), la triste Ă©poque virale que nous traversons. Et c’est peut-ĂȘtre cela le message de Samson et Dalila qui nous est nĂ©cessaire : ce sont les Ă©preuves qui fortifient les peuples en dĂ©passant la jouissance individuelle.

Merci aux ChorĂ©gies d’Orange d’avoir montĂ© Ă  la perfection un opĂ©ra français rare. Distribution, musique, chƓurs, scĂšne, tout a Ă©tĂ© Ă  la hauteur de ce chef d’Ɠuvre. La vie reprend vraiment si Orange renait sous les Ă©toiles de Provence. La rĂ©ussite de ce Samson 2021 en tĂ©moigne.

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CRITIQUE, OpĂ©ra. ORANGE, ThĂ©Ăątre antique, le 10 Juillet 2021. Camille Saint-SaĂ«ns (1835-1921) : Samson et Dalila, opĂ©ra en 3 actes et quatre tableaux sur un livret de Ferdinand Lemaire. Mise en scĂšne : Jean-Louis Grinda. Costumes : Agostino Arrivabene. LumiĂšres : Laurent Castaingt. ChorĂ©graphie : EugĂ©nie Andrin. VidĂ©o : Étienne Guiol et Arnaud Pottier. Avec : Marie-Nicole Lemieux, Dalila ; Roberto Alagna, Samson ; Nicolas Cavallier, Le Grand PrĂȘtre ; Julien VĂ©ronĂšse, AbimĂ©lech ; Christophe Berry, Le messager philistin ; Nicolas Courjal, Le Vieillard HĂ©breu ; Marc Larcher, premier philistin ; FrĂ©dĂ©ric Caton, deuxiĂšme philistin. ChƓur des OpĂ©ras Grand Avignon et Monte Carlo. Ballets des OpĂ©ras Gand Avignon et Metz. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Yves Abel.

CRITIQUE, opéra. TOULOUSE. Capitole le 2 juillet 2021. R. STRAUSS : ELEKTRA.  R.MERBETH ; V.URMANA ; N.GOERNE ; F. BEERMANN / M.FAU

CRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE. Capitole le 2 juillet 2021. R. STRAUSS : ELEKTRA.  R.MERBETH ; V.URMANA ; N.GOERNE ; F. BEERMANN / M.FAU. Il nous a fallu assister deux fois Ă  ce fabuleux spectacle (2 puis 4 juillet) pour en percevoir la richesse et en rendre compte. Le choc attendu avec cet opĂ©ra hors normes a Ă©tĂ© au rendez-vous. Une saison capitoline sacrifiĂ©e (comme partout) porte sa revanche avec une production superlative. Le dispositif scĂ©nique est insolite et 
gĂ©nial. La fosse du Capitole ne permet pas d’entasser les musiciens nĂ©cessaires Ă  cette partition sans risques sanitaires. L’orchestre a donc Ă©tĂ© plus confortablement installĂ© en fond de scĂšne, l’occupant plus de la moitiĂ©. Un trĂšs beau rideau de tulle peint fait sĂ©paration. La fosse recouverte permet sur le proscĂ©nium des mouvements d’acteurs rĂ©duits mais percutants. La scĂšne est encombrĂ©e d’une gigantesque statue d’Agamemnon abattue au-dessous du genou. Un souterrain s’ouvrant permet d’évoquer le terrier d’Elektra. A cour et Ă  ardin, les entrĂ©es et sorties suggĂšrent l’extĂ©rieur et le palais sans vraie rigueur.  La statue d’Agamemnon envahit l’espace scĂ©nique comme le pĂšre envahit l’espace mental et affectif d’Elektra.

ELEKTRA Tutta Forza au Capitole !

elektra michel fau apitole merbeth gornerLa fusion musicale et scĂ©nique voulue par le tandem si intime Hofmannsthal / Strauss se retrouve parfaitement dans cette production inouĂŻe. La grandeur et la richesse de la scĂšne sont enchĂąssĂ©es dans une direction musicale Ă  la fois retenue au niveau du tempo et trĂšs analytique, permettant de dĂ©guster toutes les finesses orchestrales de Strauss. Le drame se tend lentement mais avec une puissance orchestrale extraordinaire que le chef allemand arrive Ă  tenir afin de ne pas couvrir les chanteurs. L’Orchestre du Capitole est absolument flamboyant. PlacĂ©e si habilement, la dimension symphonique est enthousiasmante.
La direction de Franck Beermann retrouve les belles qualitĂ©s de son Parsifal la saison derniĂšre. Direction dramatique tenue tout du long, grands arcs construits, dĂ©tails subtils sculptĂ©s et un Ă©quilibre parfait avec le plateau. La riche orfĂšvrerie orchestrale de Richard Strauss est scintillante tout du long. Le mĂȘme scintillement se retrouve sur scĂšne. Je crois peu Ă©lĂ©gant de dĂ©tailler les Ă©lĂ©ments vus sur scĂšne, il le faut pourtant pour rendre Ă  chacun la part de son travail inestimable mais le travail d’ensemble est remarquable pour la cohĂ©rence de la vision, car tout se complĂšte.

Rendons Ă  Christian Lacroix, la palme de la brillance. Son goĂ»t pour les couleurs est bien connu. Il a dessinĂ© des costumes de toute beautĂ©, si trop beau est possible nous n’en sommes pas loin ! Quelle subtilitĂ© dans l’outrance et quel goĂ»t dans le choix des matiĂšres. Le dĂ©cor repose sur les crĂ©ations de Phil Meyer avec cette extraordinaire statue d’Agamemnon et son trĂšs beau rideau de fond de scĂšne. Les lumiĂšres de Joel Fabing sont magiques et permettent une variĂ©tĂ© presque infinie de lieux. Jouant sur la transparence du rideau et la franchise des couleurs des costumes, il crĂ©e des espaces infinis. La dominante rouge pour Clytemnestre, l’or pour ChrysothĂ©mis, le vert pour Oreste, le blanc aprĂšs les deux meurtres : cela a aussi pour effet de changer les visages trĂšs maquillĂ©s et qui « prennent » la lumiĂšre trĂšs fortement. Le jeu des acteurs est emphatique sans ĂȘtre grandiloquent. La noblesse des personnages principaux nous rappelle que nous sommes chez les Atrides tout de mĂȘme ! Les servantes sont plus caricaturales avec un jeu outrĂ© comme si chacune Ă©tait l’un des membres d’une pieuvre. Groupe mouvant tentaculaire.

Vocalement les servantes ont toutes de fortes voix mais sans unitĂ© vocale ni recherche d’harmonie, c’est l’opposĂ© de ce que l’on voit. Elektra sort de terre comme d’une tombe en Ă©voquant Agamemnon. L’effet est puissant. Son costume ne tient pas compte de la tradition, entorse qui est en fait trĂšs signifiante. Sa robe pourrait ĂȘtre une robe de mariĂ©e avec couronne de fleurs. Cela nous suggĂšre que la vie mentale d’Elektra la domine complĂštement.  Ce mariage avec son pĂšre n’est donc pas interdit mais « raté ». Toute la nĂ©vrose hystĂ©rique est contenue en ce costume
  Cette Elektra ne renonce pas totalement Ă  plaire et n’est pas une souillon.
L’interprĂ©tation de Riccarda Merbeth est totalement convaincante : elle est Elektra sur le plan vocal et scĂ©nique. La voix est somptueuse, admirablement conduite afin de ne jamais la mettre en danger. Elle terminera la sĂ©rie de cinq reprĂ©sentations avec une voix en totale santĂ©. Et pourtant elle donne gĂ©nĂ©reusement sa voix sur toute la vaste tessiture. Les graves sont magnifiquement timbrĂ©s sans effets de poitrinage et les aigus se dĂ©veloppent en rayons de soleil progressifs que le geste large du chef encourage. Cette maniĂšre magistrale de placer le son puis le dĂ©velopper est remarquable et permet de comprendre l’extraordinaire carriĂšre qui lui permet d’enchainer les rĂŽles les plus terrifiants (Isolde, les trois Brunnhilde et Turandot entre autres). Ce rĂŽle d’Elektra, elle l’a beaucoup chantĂ©, et je ne sais pas si elle dira la mĂȘme chose mais je trouve qu’entre le confort des arcs tendus par la direction du chef et une certaine Ă©lĂ©gance du personnage autorisĂ©e par la mise en scĂšne, la noblesse du personnage de cette production sied particuliĂšrement Ă  la cantatrice allemande, dont la tenue vocale a tant d’élĂ©gance. Dans la mise en scĂšne de Michel Fau, le personnage gagne en complexitĂ©. Le travail d’acteur est efficace et renouvelle le rĂŽle. Du coup les relations avec les autres personnages sont Ă©galement enrichies. Le combat avec sa terrible mĂšre est tout en subtilitĂ©s. Violetta Urmana est une Clytemnestre pleine de sĂ©duction. Vocalement elle est trĂšs Ă  l’aise et scĂ©niquement rien que par le costume somptueux, elle est une reine indĂ©trĂŽnable. Le face Ă  face est monstrueux Ă  souhait entre la mĂšre et la fille. ChrysotĂ©mis est un personnage qui gagne Ă©galement en complexitĂ©. J’ai regrettĂ© que vocalement il ait manquĂ© une lumiĂšre dans le timbre de Johanna Rusanen  et une petite fragilitĂ© qui permettrait d’en faire une sƓur seconde par rapport Ă  Elektra. Mais cette maniĂšre de se tenir Ă  Ă©galitĂ© face Ă  Elektra y compris vocalement donne de la profondeur au drame. Il m’est arrivĂ© de penser qu’il n’est pas frĂ©quent d’avoir sur scĂšne trois Elektra, une titulaire, une qui aurait pu l’ĂȘtre (Violetta Urmana) et une en devenir (Johanna Rusanen ). Car la puissance vocale sur tous les registres des trois cantatrices est Ă©quivalente.
L’autre grand rĂŽle, plus attendu qu’entendu mais fondamental pour le drame est Oreste. Pour une prise de rĂŽle Nelson Goerne est royal d’allure et de voix. Le timbre somptueux, le texte est si bien dit qu’il est un Oreste mĂ©morable. Le jeu est retenu, le costume de velours griffĂ© vert est peut-ĂȘtre plus sobre mais au combien Ă©lĂ©gant. Les gestes sont rares, le personnage attend, et se concentre. La tendresse vis Ă  vis d’Elektra est vraie ainsi esquissĂ©e d’un simple geste. Le matricide est sobre avec un beau geste de la mĂšre vers son fils en son dernier instant. LĂ  aussi la maniĂšre de traiter le personnage convainc Ă  la noblesse de l’interprĂšte. Valentin Thill  en jeune serviteur est remarquable de clartĂ© de timbre et d’émission agrĂ©able. Barnaby Rea en serviteur d’Oreste est d’une belle prĂ©sence face pourtant Ă  de terribles monstres vocaux. L’Egisthe de Frank van Aken tient son rang en tout et sa mise Ă  mort ressemble Ă  un film qu’Elektra regarde. Comme si cette piĂšce indispensable mais de deuxiĂšme importance dans le dĂ©lire hystĂ©rique d’Elektra ne mĂ©ritait plus d’importance.

C’est donc avec un spectacle total et sur une rĂ©ussite exceptionnelle et sans faiblesse que le Capitole gĂąte son public in fine. Cette Elektra intelligemment revisitĂ©e par Michel Fau restera dans les mĂ©moires.

CRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole,  les 2  et 4 Juillet 2021 ; Richard STRAUSS :( 1864-1949) : Elektra ; tragĂ©die  en un acte ; Livret  de Hugo von Hofmannsthal ; CrĂ©ation  le 25 janvier 1909 au Semperoper de Dresde ; Michel Fau,  mise en scĂšne ; HernĂĄn Peñuela,  scĂ©nographie ; Phil Meyer,  sculpture et peinture ; Christian Lacroix,  costumes ; Joel Fabing,  lumiĂšres ; Ricarda Merbeth : Elektra ; Johanna Rusanen : ChrysothĂ©mis ; Violeta Urmana : Clytemnestre ; Matthias Goerne :  Oreste ; Frank van Aken : Égisthe ; Sarah Kuffner : La Confidente, la Surveillante ; Svetlana Lifar,  PremiĂšre Servante ; Grace Durham,  DeuxiĂšme Servante ; Yael Raanan-Vandor :  TroisiĂšme Servante, La Porteuse de TraĂźne ; Axelle Fanyo : QuatriĂšme Servante ; Marie-Laure Garnier : CinquiĂšme Servante ; Valentin Thill : Un Jeune Serviteur ; Barnaby Rea,  Le prĂ©cepteur d’Oreste ; Thierry Vincent : Un vieux Serviteur ; Zena Baker, Mireille Bertrand, Catherine Alcoverro, Judith Paimblanc, Biljana Kova, StĂ©phanie Barreau : Six servantes ; Orchestre National du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani  direction; Frank Beermann,  direction musicale – Photo : © Mirco Magliocca

VOIR le TEASER VIDEO ici :
https://www.youtube.com/watch?v=cgrQPWujEOY&t=13s

COMPTE-RENDU, critique concert. TOULOUSE. le 6 mars 2020. WAGNER, BRUCH : J. SPACEK. Orch. Nat. CAPITOLE /C. MEISTER

COMPTE-RENDU, critique concert. TOULOUSE. le 6 mars 2020. WAGNER, BRUCH : J. SPACEK. Orch. Nat. CAPITOLE /C. MEISTER. Cette annĂ©e anniversaire (250 ans de sa naissance) nous permettra d’entendre symphonies et concertos de Ludwig Van Beethoven encore plus souvent qu’à l’accoutumĂ©e. A Toulouse une sĂ©rie de concerts nommĂ©e « Ludwig » ouvre le bal ce soir. Notre Ă©coute sera donc teintĂ©e de cette conscience : l’interprĂ©tation se cale au sein de cet hommage gĂ©nĂ©ral. La question est donc de savoir ce que le chef va apporter de particulier Ă  notre orchestre qui, nous le savons,  excelle dans Beethoven au fil des annĂ©es sans dĂ©mĂ©riter jamais et notamment sous la baguette inspirĂ©e de Tugan Sokhiev.

Splendeur et efficacité teutonique à Toulouse
lourdeur de Cornelius Meister,
virtuosité séduisante de Josef Spacek

Cornelius Meister, jeune chef allemand, nĂ© dans une famille de musiciens, est un boulimique trĂšs douĂ©. Pianiste soliste et chef d’orchestre, il dirige des opĂ©ras, des concerts symphoniques ; le soliste et le chambriste est sur tous les fronts. Ce soir, allure fringante, trĂšs souriant, il empoigne sa baguette pour diriger les premiĂšres mesures de l’extraordinaire ouverture de TannhĂ€user de Wagner. Recherche de beau son, efficacitĂ© et plĂ©nitude sonore se dĂ©gagent de cette interprĂ©tation. Grandeur et puissance plus mises en avant que recueillement et drame. Le thĂ©Ăątre ne s’invite pas, la version est avant tout symphonique. Les dĂ©tails ne sont pas trĂšs finement mis en exergue et la tension fluctue. Une certaine lourdeur se fait sentir dans des Ă -coups clouĂ©s au sol. Mais l’efficacitĂ© de la superposition des thĂšmes wagnĂ©riens fait son effet et l’enthousiasme naĂźt avec des applaudissements nourris. Il est difficile de rĂ©sister Ă  cette fin si puissante


josef spacek violonist copyright radovan subin concert classiquenewsEnsuite le soliste du concerto pour violon de Max Bruch entre en scĂšne avec beaucoup de naturel. Jouant par coeur comme le chef dirige d’ailleurs, il se lance dans une interprĂ©tation romantique et flamboyante de cette oeuvre si aimĂ©e des violonistes comme du public. Le jeu de Josef Ć paček est noble et Ă©lĂ©gant. La sonoritĂ© est soignĂ©e, nuancĂ©e ; et l’émotion est distillĂ©e avec art. Un sorte de facilitĂ© olympienne habite ce jeu. La lourdeur de la direction de CornĂ©lius Meister se confirme. Accords Ă©crasants, nuances forte abruptes. Le public fait fĂȘte au jeune prodige tchĂšque. En bis il se lance dans une  danse rustique extraite de la sonate n° 5 d’ EugĂšne YsaĂże  oĂč la virtuositĂ© diabolique rencontre la musicalitĂ© la plus dĂ©licate. Avec un art consommĂ© des nuances et des phrasĂ©s, Josef Ć paček envoĂ»te le public comme les musiciens de l’orchestre tous visiblement sous le charme d’un jeu Ă  la facilitĂ© dĂ©concertante.

‹En derniĂšre partie de concert nous arrivons Ă  l’hommage Ă  Beethoven. Une certaine idĂ©e de la musique du maĂźtre de Bonn est dĂ©fendue par la direction de CornĂ©lius Meister. Un Beethoven de poids, se profile dans cette Symphonie n°7 Ă  l’énergie rythmique dĂ©bordante. L’efficacitĂ© teutonique du jeune chef est consĂ©quente et la symphonie se dĂ©ploie avec puissance. Toutefois sans grandes nuances, sans phrasĂ©s ciselĂ©s mais avec une implacable dĂ©termination. De la musique pure sans recherche de sens ni de sentiments. C’est terriblement efficace. Cette tradition hĂ©ritĂ©e du XXĂšme siĂšcle a ses adeptes. Il est possible de rĂȘver autrement cette symphonie en intĂ©grant les apports des versions « informĂ©es » avec des cordes moins Ă©toffĂ©es, des bois plus dĂ©licats  et des cuivres plus nuancĂ©s, des phrasĂ©s plus travaillĂ©s et des nuances plus creusĂ©es.

Nous aurons l’occasion de reparler de ces choix  avec d’autres symphonies et concertos de Beethoven tout au long de cette annĂ©e en forme d’hommage au gĂ©ant Beethoven. L’efficacitĂ© toute teutonique de CornĂ©lius Meister ne nous a pas vraiment convaincus ; la virtuositĂ© toute de musicalitĂ© de Josef Ć paček totalement !
 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 mars 2020. Richard Wagner (1813-1883) : Ouverture de TannhĂ€user ; Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon n°1 en sol mineur Op.26 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 7  en la majeur op.92 ; Josef Ć paček, violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; CornĂ©lius Meister, direction. Photo : © Radovan-Subin

COMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. TOULOUSE, le 4 mars 2020. DONIZETTI : L’Elixir d’amore. Amiel, Quatrini


COMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. TOULOUSE, le 4 mars 2020. DONIZETTI : L’Elixir d’amore. Amiel, Quatrini
 Nous avons dĂ©jĂ  dit tout le bien que nous pensons de cette admirable production de 2001 vue et revue avec un immense plaisir. Tout y est suprĂȘme Ă©lĂ©gance, respectant didascalies et toujours musicalement juste. La mise en abĂźme de la scĂšne comme un immense appareil photo est captivante, la beautĂ© des camaĂŻeux de couleurs, des dĂ©cors et des costumes, est subtile.

 

 

 

 

Reprise Ă  Toulouse de l’Elixir de 2001…

Le Sacre de Kevin Amiel

 

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L’humour est de bon ton et la scĂšne vit. Nous avons choisi de venir entendre la seconde distribution car elle comporte un tĂ©nor marquant dĂ©couvert il y a peu : Kevin Amiel, ĂągĂ© de 31 ans. Il joue aussi bien qu’il chante et nous offre un Nemorino tout de fragilitĂ©, de grĂące simple et d’humour dĂ©licat. La voix est belle, sonore et conduite d’une maniĂšre exquise. L’émotion est vraie et l’émotion partagĂ©e avec la salle met la larme Ă  l’Ɠil de plus d’un (e) 
.
Et ce, pas seulement parce qu’il est toulousain ; ce nom est Ă  retenir il va gravir les plus hautes marches des maisons d’opĂ©ras dans le monde. Dans la Traviata, il avait Ă©tĂ© un Alfredo admirable ; un rĂŽle comme Nemorino met en valeur ses qualitĂ©s d’acteurs, son jeu comique discret et de bon goĂ»t.
Le reste de la distribution ne dĂ©mĂ©rite pas. Son Adina, Gabrielle Philiponet, est bien chantante, aimable garce qui gagne en profondeur quand elle accepte le piĂšge de l’amour. Le Belcore de Ilya Silchukov est bien campĂ© avec toute la suffisance nĂ©cessaire et une voix sonore. La faconde dont fait preuve Julien VeronĂšse en Dulcamara est hilarante. Ce grand bonhomme suffisant, hĂąbleur et prĂ©tentieux qui va se transformer en un clown Auguste devient presque attachant. Le personnage est bien prĂ©sent Ă  la fois menteur et organisateur du bonheur d’autrui. La large voix, qui avait fait merveille dans Titurel il y a peu (Parsifal en fĂ©vrier 2020),  se plie aux exigences de la vocalitĂ© dĂ©licate de Donizetti avec art. Un vrai potentiel comique est lĂ  pour bien des rĂŽle italiens.

Les choeurs comme toujours sont trĂšs bien prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, avec une vraie aisance scĂ©nique, qui ont Ă©tĂ© parfaits.  L’Orchestre du Capitole est merveilleux, avec des solos de toute beautĂ©. La direction de Sesto Quatrini est efficace ; elle Ă©quilibre parfaitement le comique et le presque drame. Cela avance avec naturel, les Ă©quilibres sont favorables aux chanteurs, tout est agrĂ©ablement mis en valeur. Car cette partition contient de vrais grands moments d’opĂ©ra tout en mĂ©nageant un comique dĂ©licat. Cette belle production mĂ©ritait une reprise et le succĂšs a Ă©tĂ© au rendez vous. Kevin Amiel qui irradie en Nemorino va conquĂ©rir la planĂšte de l’OpĂ©ra : prĂ©parez vous Ă  le suivre. A moins d’un mois de  l’ HENAURME   PARSIFAL  dans cette salle, ce petit bijoux a lui avec Ă©clat. Excellente idĂ©e de Christophe Gristi : du pur bonheur. Illustration : © P Nin

 

 

 

 

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole le 4 mars 2020. Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’ Elixir d’ Amour ; OpĂ©ra comique  en deux actes ; Livret  de Felice Romani; CrĂ©ation  le 12 mai 1832 au Teatro della Canobbiana de Milan.
Production ThĂ©Ăątre du Capitole (2001) ; Arnaud Bernard  : mise en scĂšne ; William Orlandi  : dĂ©cors et costumes ; Patrick MĂ©eĂŒs : lumiĂšres ; Distribution : KĂ©vin Amiel,   Nemorino ; Gabrielle Philiponet, Adina ; Ilya Silchukov, Belcore ; Julien VĂ©ronĂšse, Dulcamara ; CĂ©line Laborie,  Giannetta ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole – Alfonso Caiani, direction ;  Sesto Quatrini,  direction musicale.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, Concert. PARIS, TCE, le 5 fĂ©v. 2020. RĂ©cital SCHUBERT. A LALOUM, piano. ‹

laloum adam pinao concertos brahms cd sony review cd cd critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, Concert. PARIS, TCE, le 5 fĂ©v. 2020. RĂ©cital SCHUBERT. A LALOUM, piano. Adam Laloum, longue silhouette fragile avec son allure de statue de Giacometti, se glisse vers le piano sur la large scĂšne du ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es dans une lumiĂšre tamisĂ©e avec derriĂšre lui l’or chaud du rideau de scĂšne. Il ne faut pas se fier Ă  la vue car la puissance du pianiste n’est pas un vain mot quand on pense au programme titanesque qui attend le jeune musicien trentenaire. En effet les trois derniĂšres sonates de Schubert dans un programme de plus de deux heures mettent Ă  nue l’interprĂšte. D’autres pianistes s’y sont risquĂ©s, techniquement impeccables mais malhabiles à tenir sur toute la longueur, la richesse des images de Schubert, son besoin d’émotions perpĂ©tuellement changeantes et une capacitĂ© Ă  tenir en haleine le public sur un temps si long.

Adam Laloum : immense schubertien

Adam Laloum ce soir a gravi plusieurs marches, non seulement celle de la qualitĂ© pianistique d’un jeu rĂ©sistant mais surtout celle d’un interprĂšte d’une poĂ©sie rare et d’une profondeur insondable. La sonate D. 958, je l’avais dĂ©jĂ  entendue sous ses doigts Ă  La Roque d’ AnthĂ©ron en 2017. L’évolution de son interprĂ©tation dans ce vaste cycle va vers davantage de contrastes et des nuances plus subtiles encore. Les grands emportements sont maĂźtrisĂ©s et la fantasmagorie par moment inquiĂ©tante n’est pas tragique ; l’humour pointe son nez dans le scherzo et surtout dans le final qui malgrĂ© sa longueur passe trop vite dans un Ă©tourdissement dĂ©licieux. Ainsi la sonate en do mineur ouvre dĂ©jĂ  un pan entier de romantisme, passant de la violence Ă  la tendresse la plus Ă©mue.
Mais c’est dans la D.959 que le musicien avance encore vers davantage d’émotions. Cette extraordinaire capacitĂ© Ă  habiter les silences, Ă©meut ; il ose varier des tempi mouvants comme la vie. À Piano aux Jacobins 2019, le pianiste avait dĂ©jĂ  jouĂ© cette sonate avec des qualitĂ©s rares, l’évolution est pourtant lĂ  et il se rapproche encore davantage de Schubert. Un Schubert qui, Ă  deux mois de sa mort ose une partition de prĂšs d’une heure, y dit tout son amour de la vie comme ses angoisses face Ă  la faucheuse. Mais d’une maniĂšre que seule Mozart savait, avec une Ă©lĂ©gance et une politesse d’ñme d’enfant. La lĂ©gĂšretĂ© des doigts de la main droite d’Adam Laloum Ă©voque des papillons pour la grĂące et un colibri pour la prĂ©cision. Les contrastes sont saisissants et les phrasĂ©s, amples, plein de profondeur. Le voyage musical est amical, gĂ©nĂ©reux, enthousiasmant. Le deuxiĂšme mouvement si extraordinaire devient une ode Ă  la joie de vivre consciente de sa fragilitĂ© et menacĂ©e par la sauvagerie du moment central. La reprise en est encore plus Ă©mouvante dans des nuances toujours plus subtiles. J’avais Ă©voquĂ© le chant pianissimo ineffable de la regrettĂ©e Montserrat CaballĂ© avec son extraordinaire plĂ©nitude de timbre et c’est Ă  nouveau ce qui m’a ravi. Un chant Ă©plorĂ© mais toujours Ă©lĂ©gant dans une concentration de timbre rare.
Par rapport au CloĂźtre des Jacobins, il ose dans l’acoustique plus vaste du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, des nuances piano encore plus tĂ©nues, provoquant chez le public une Ă©coute totale, un silence rare et probablement beaucoup de souffles retenus. L’avancĂ©e Ă  travers les paysages de Schubert semble d’une ouverture constante vers des horizons nouveaux et une variĂ©tĂ© d’états d’ñme infinis. On retrouve les qualitĂ©s des plus grands interprĂštes de Schubert.

RemĂ©moration consciente du temps de l’enfance


La troisiĂšme sonate, la D.960 encore plus longue, demande un renouvellement du propos qu’Adam Laloum organise avec une grande intelligence. Le voyage ouvre d’autres espaces, les couleurs sont plus riches ; l’harmonie va vers les contrĂ©es du futur. La puissance du jeu d’Adam Laloum est de tenir ainsi la public en haleine, de lui rĂ©vĂ©ler Schubert avec un sentiment de proximitĂ© rarissime. La puissance pianistique n’étant qu’un moyen, pas un but. Cette Ă©motion au bord des larmes, cet amour de la vie et cette remĂ©moration consciente du temps  de l’enfance si caractĂ©ristique des grands poĂštes sont de la pure magie. Le pari fou de jouer ainsi les trois derniĂšres sonates de Schubert est gagnĂ© haut la main par Adam Laloum, Primus inter pares au firmament des interprĂštes de Schubert. Un Grand concert dans un cadre prestigieux a rĂ©vĂ©lĂ© de maniĂšre incontestable la maturitĂ© artistique d’Adam Laloum.  Son dernier CD est dĂ©diĂ© Ă  Schubert. Il est de toute beautĂ© avec la D.894 et la D. 958. Toutes ses qualitĂ©s sont lĂ  mais l’émotion du concert, cette capacitĂ© Ă  capter l’attention du public, rajoute Ă  la beautĂ© de l’interprĂ©tation. EspĂ©rons qu’il enregistrera les deux derniĂšres sonates de Schubert avec son nouveau Label car vraiment, il s’agit d’un immense interprĂšte de Schubert que le monde entier doit saluer.

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‹COMPTE-RENDU, critique concert. Paris ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, le 5 fĂ©vrier 2020. RĂ©cital Frantz Schubert (1797-1828) : Sonates pour piano n° 21 en ut mineur D.958, n° 22 en la majeur D.959, n° 23 en si bĂ©mol majeur D. 960. Adam Laloum, piano.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 2 fév 2020. WAGNER : Parsifal. BORY, BEERMANN, KOCH, SCHUKOFF.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 2 fĂ©v 2020. WAGNER : Parsifal. BORY / BEERMANN, KOCH, SCHUKOFF. Peut-on rĂȘver plus extraordinaire production de l’oeuvre si «hors normes» de Richard Wagner ? Les comparaisons avec Strasbourg qui monte sa production au mĂȘme moment seront certainement intĂ©ressantes tant tout semble les diffĂ©rencier. Je dois pourtant reconnaitre que je resterai Ă  Toulouse afin d’assister Ă  plusieurs reprĂ©sentations de ce Parsifal si rĂ©ussi. Il sera difficile de dĂ©velopper tout ce que j’ai Ă  dire sur ce spectacle total tant il est riche. Je serai moins long sur les voix car ailleurs elles ont Ă©tĂ© bien analysĂ©es. C’est tout simplement le quatuor vocal le plus abouti actuel qui puisse se s’écouter aujourd’hui, pour une version parfaitement cohĂ©rente. Voix sublimes de jeunesse, de puissance, de timbres rares et de phrasĂ©s somptueux. Chanteurs-acteurs beaux et convaincants. La prise de rĂŽle de Sophie Koch en Kundry est magistrale, de voix, de timbre, de jeux et de style. Tout y est : de la quasi animalitĂ© Ă  la plus Ă©lĂ©gante sĂ©duction , en particulier la souffrance contenue dans ce rĂŽle complexe. Sophie Koch est une Kundry qui va conquĂ©rir le monde tant elle est dĂ©jĂ  accomplie.

 

 

 

PARSIFAL EN MAJESTÉ

 

 

9c - Parsifal - Nikolai Schukoff (Parsifal) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

 

La rĂ©ussite est totale d’autant que son Parsifal, Nikolai Schukoff, est un des plus grands spĂ©cialistes actuels du rĂŽle. Je l’avais vu et entendu Ă  Lyon en 2011 dĂ©jĂ  magnifique dans ce rĂŽle et nous le connaissons bien Ă  Toulouse dans divers opĂ©ras. A prĂ©sent pour lui, il n’est plus seulement question de rĂŽle, de voix parfaite ou de chant souverain : Nikolai Schukoff EST Parsifal. Il assume la jeunesse du rĂŽle et met en lumiĂšre son charisme naissant sous nos yeux dans un jeu fin et Ă©mouvant. Et quelle parfaite voix de helden-tĂ©nor est la sienne ! IdĂ©alement assortie Ă  celle de Sophie Koch ; ainsi leur duo est vocalement parfaitement Ă©quilibrĂ©. L’Amfortas de Matthias Goerne est mondialement cĂ©lĂšbre ; dans l’extraordinaire mise en scĂšne d’AurĂ©lien Bory, il atteint des sommets de spiritualitĂ© toujours avec une voix somptueuse. Peter Rose en Gurnemanz est puits d’humanitĂ© dans une voix de toute beautĂ©. Il est peut ĂȘtre possible actuellement de trouver d’autres chanteurs de ce rang pour ces quatre rĂŽles, mais pas un quatuor plus assorti. Tous les autres artiste sont d’un extraordinaire niveau.
L’ Ă©lĂ©gant Klingsor de Pierre-Yves Pruvot donne beaucoup d’ampleur au rĂŽle. Le Titurel de Julien VĂ©ronĂšse est trĂšs impressionnant. Les filles fleurs sont dĂ©licieuses et les Ă©cuyers bien prĂ©sents. Les chƓurs associĂ©s entre Toulouse et Montpellier font honneur Ă  la partition si extraordinaire de Wagner. La spacialisation des chƓurs si fondamentale est totalement rĂ©ussie. Un beau travail d’harmonisation des voix a Ă©tĂ© fait ; cela sonne puissant avec de belles couleurs et de formidables nuances. Nous savons combien l’Orchestre du Capitole excelle dans la vaste rĂ©pertoire symphonique comme dans la fosse de l’opĂ©ra ; ce soir il est symphonique dans la fosse et absolument incroyable de beautĂ©. MĂȘme au disque, il est exceptionnel d’entendre de si belles choses. Il faut reconnaitre que l’alchimie avec le chef Franck Beermann est totale. La perfection instrumentale est mise au service du drame. Franck Beermann tend des arcs musicaux envoĂ»tants. Le tempo semble naturel tout du long, ni rapide ni lent, juste exact. Cela devient le personnage central. Un torrent de beautĂ© et d’intelligence dramatique.

Il est certain que la diffusion sur France Musique le 29 fĂ©vrier 2020 permettra d’approfondir la somptuositĂ© musicale et vocale de ce Parsifal. Mais ce qui est le plus extraordinaire dans cette production est la mise en scĂšne d’ AurĂ©lien Bory qui magnifie la dimension symbolique et dramatique du Festival ScĂ©nique SacrĂ© wagnĂ©rien. Car ce n’est pas un opĂ©ra comme les autres, le sens philosophique est partout prĂ©sent et les personnages sont presque des problĂ©matiques humaines incarnĂ©es. AurĂ©lien Bory travaille sur l’espace depuis longtemps ; il comprend la dimension fondamentale dans cet ouvrage comme personne. Et il lie cela au temps d’une maniĂšre si magistrale que les cinq heures de l’ouvrage passent bien trop vite. L’intelligence du spectateur est rĂ©veillĂ©e autant que son sens esthĂ©tique. La beautĂ© offerte aux yeux, la richesse des symboles et la somptuosiĂ© de ce que les oreilles recueillent s’associent dans un tout mĂ©taphysique.

Je devine que le travail entre le chef et le metteur en scĂšne a Ă©tĂ© fait en profondeur. DĂšs le prĂ©lude, les Ă©critures lumineuses sont en phase avec la musique comme un ballet parfaitement rĂ©glĂ©.Tout sera ensuite dans ce respect mutuel permettant Ă  la mise en scĂšne d’épouser la partition et inversement. Quand tant de metteurs en scĂšne rajoutent en lui nuisant, des « idĂ©es » Ă  la partition, AurĂ©lien Bory Ă©pouse les idĂ©es wagnĂ©riennes en utilisant son propre vocabulaire. La rigueur des dĂ©placements des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors est fantastique. La subtilitĂ© des ombres tient du gĂ©nie. La mise en scĂšne dĂ©veloppe Ă  l’infini la notion de dichotomie qui construit le monde et l’homme. Les couples d’opposĂ©s fonctionnent Ă  merveille, blanc/noir, ombre/lumiĂšre, nature/culture, orient/occident, horizontal/vertical, lignes droites/lignes courbes, etc
. Cette mise en scĂšne parfaitement huilĂ©e faisant un tout avec les dĂ©cors et les lumiĂšres, ainsi que de trĂšs beaux costumes, offre des images de grande beautĂ© et riches de sens qui resteront dans les mĂ©moires.

 

 

 

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Ainsi les branches de feuillages enveloppant les hommes, les protĂ©geant ou les gĂȘnant reprĂ©sente notre ambivalence par rapport Ă  la nature. L’image d’ Amfortas infirme qui doit mettre toute l’intensitĂ© dans sa plainte rend son chant dĂ©chirant. Le quadrillage qui de ligne va se projeter en courbes reprĂ©sente Ă  la fois l’enfermement et la libĂ©ration. Le triangle noir qui interdit Ă  Kundry et Pasifal de se toucher renforce l’érotisme de leur chant puis lorsque la lumiĂšre portĂ©e par Kundry envoĂ»te Parsifal la rĂ©vĂ©lation maturante rĂ©sulte d’un choc terrible entre les corps par le baiser. Toute la retenue du duo, toute la sĂ©duction centrĂ©e dans le chant, toute cette tension explosent avec une puissance magistrale lors de la pĂ©nĂ©tration dans le triangle interdit. Au dernier acte le retour Ă  Montsalvat  de Parsifal en costume japonais et la lenteur de ses gestes tient de la magie pure. Les lumiĂšres en forme de sabre sont tellement intelligentes et belles qu’elle renouvellent l’effet des tubes nĂ©ons ! Et le Graal dĂ©voilĂ© sous forme de volutes de lumiĂšres et d’ombres qui s’épousent est tellement musical en fin de premier acte !
AurĂ©lien Bory a fait un travail d’orfĂšvre sur scĂšne comme Franck Beermann dans la fosse. Tous les artistes sont engagĂ©s totalement dans ce spectacle parfait. Le rĂ©sultat est tout saisissant et cette production aussi somptueuse musicalement que scĂ©niquement deviendra inoubliable, tant le respect et l’intelligence s’y rencontrent.

 

 

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Compte-rendu opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 2 fĂ©vrier 2020. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal ; Festival scĂ©nique sacrĂ©  en trois actes ; Livret  de Richard Wagner ; CrĂ©ation  le 26 juillet 1882 au Festival de Bayreuth; Nouvelle production ;   AurĂ©lien Bory :  mise en scĂšne ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Manuela Agnesini :  costumes ; Arno Veyrat  : lumiĂšres ; Nikolai Schukoff  : Parsifal ; Sophie Koch :  Kundry ; Peter Rose  : Gurnemanz ; Matthias Goerne :  Amfortas ; Pierre-Yves Pruvot  : Klingsor ; Julien VĂ©ronĂšse :  Titurel ; Andreea Soare  : PremiĂšre Fille-Fleur; Marion Tassou  : DeuxiĂšme Fille-Fleur / Premier Écuyer; AdĂšle Charvet  : TroisiĂšme Fille-Fleur; Elena Poesina  : QuatriĂšme Fille-Fleur; CĂ©line Laborie  : CinquiĂšme Fille-Fleur ; Juliette Mars : SixiĂšme Fille-Fleur / DeuxiĂšme Écuyer / Voix d’en Haut ; Kristofer Lundin  : Premier Chevalier du Graal; Yuri Kissin  : DeuxiĂšme Chevalier du Graal; Enguerrand de Hys  : TroisiĂšme Écuyer; François Almuzara  : QuatriĂšme Écuyer;  Choeur et MaĂźtrise du Capitole ; Choeur de l’OpĂ©ra national de Montpellier-Occitanie ; Alfonso Caiani : chef de choeur ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale : Franck Beermann. Photos :  © Cosimo Mirco Magliocca – Retransmission sur France Musique le 29 fĂ©v 2020, 19h.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 16 dĂ©c. 2019. MOZART et l’OPERA ! LIBERTA. Pygmalion. R. Pichon.

Mozart-portrait-chevalier-clemence-de-titus-idomeneo-mozartCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 16 dĂ©c. 2019. MOZART et l’OPERA ! LIBERTA. Pygmalion. R. Pichon. RaphaĂ«l Pichon poursuit son exploration des coulisses des grands compositeurs comme il aime Ă  le raconter. AprĂšs Bach et Rameau le voici habitĂ© par la fougue mozartienne. Nous avions admirĂ© son extraordinaire interprĂ©tation du Requiem de Mozart au sein d’un spectacle complet associant d’autres partitions vocales ou instrumentales en un spectacle porteur d’une immense Ă©motion.  Lire notre chronique : Compte-rendu. Concert. Toulouse, le 14 mars 2018. MOZART:Requiem. Pygmalion / Pichon. Ce soir l’intelligence de la construction du programme subjugue. L’énergie musicale partagĂ©e est rare ; l’allĂ©gresse qui gagne le public, un diamant. DĂ©butant le concert sans cĂ©rĂ©monie mais en faisant passer les artistes du statut pose lors d’une rĂ©pĂ©tition Ă  celui du cĂ©rĂ©monial du concert petit Ă  petit. Le canon dĂ©butĂ© par une soprano, puis l’autre puis par la mezzo prĂ©pare l’oreille Ă  la plus grande beautĂ©. Car ce qui est frappant est la qualitĂ© musicale, instrumentale comme vocale de chaque piĂšce du programme. RaphaĂ«l Pichon donne une impulsion dramatique d’une terrible efficacitĂ©.

 

 

 

Viva MOZART ! Viva Pichon !

 

 

 

L’orchestre est le personnage principal du thĂ©Ăątre mozartien et quel orchestre ! L’ensemble Pygmalion sur instruments anciens a des couleurs d’une grande beautĂ© ; il est capable de nuances trĂšs dĂ©licates et surtout sous la direction inspirĂ©e de RaphaĂ«l Pichon, il a des phrasĂ©s toujours d’une absolue Ă©lĂ©gance. Les chanteurs ont tous des voix saines, jeunes,  bien projetĂ©es et un style Ă©lĂ©gant qui convient bien Ă  Mozart. Car le divin Mozart adorait les voix, nous le savons et dans cette pĂ©riode qui prĂ©cĂšde la trilogie Da Ponte, il Ă©crit pour les voix qu’il admire et qu’il aime des airs d’une beautĂ© totale. Peut ĂȘtre bien ses plus beaux airs de concerts.
Les extraits d’opĂ©ras peu connus sont merveilleux, les Canons enrichis par les bassons et les clarinettes sont des moments de grĂące totale. Le public est saisi par le charme de cette organisation musicale. Quelques rĂ©citatifs des oeuvres tardives font lien dans une dramaturgie qu’il est tout Ă  fait facile de suivre.

D’abord il est question des Noces de Figaro, puis de Cosi et enfin de Don Juan. Il est ainsi flagrant de constater combien Mozart portait en lui sa propre idĂ©e des Ă©motions humaines mises en musique depuis longtemps avant de trouver dans les trois livrets de Da Ponte,

le miracle qu’il attendait avec des personnages de chair et de sang qu’il a habillĂ©s de la plus belle musique. Il serait ingrat de dĂ©tailler les chanteurs tous admirables, capables de nuances d’une infinie douceur, et tous acteurs trĂšs engagĂ©s. L’émotion est bien souvent prĂ©sente, la joie, la peine, la nostalgie ou 
 la reconnaissance. Tous beaux, douĂ©s et heureux, les chanteurs diffusent un sentiment de plĂ©nitude, de dĂ©licatesse et d’efficacitĂ© dramatique tout Ă  fait rare mĂȘme sur une scĂšne d’opĂ©ra. Nous sommes trĂšs  intĂ©ressĂ©s par le projet de RaphaĂ«l Pichon qui entend interprĂ©ter les opĂ©ras de la trilogie Da Ponte. Il peaufine ses distributions, dans un vivier  de voix jeunes qui ne peut que faire merveille le temps venu.  Ce programme LIBERTA a Ă©tĂ© enregistrĂ© en deux CD et la distribution est presque Ă  l’identique. Le programme a un peu bougĂ© mais reste trĂšs proche.
RaphaĂ«l Pichon est un immense musicien qui sait s’entourer de grands talents. Il me fait penser Ă  un certain John Eliot Gardiner qui dĂšs ses dĂ©buts, a fait une carriĂšre magnifique et qui n’a jamais dĂ©mĂ©ritĂ© dans quelque rĂ©pertoire que ce soit. Ce concert a Ă©tĂ© un grand moment de musique tout Ă  fait digne des Grands InterprĂštes. La valeur n’attend point le nombre des annĂ©es, nous le savons depuis longtemps
. Le public fait fĂȘte Ă  une telle Ă©quipe soudĂ©e, le succĂšs a Ă©tĂ© retentissant.

 

 

  

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 dĂ©cembre 2019. Wofgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Extraits d’opĂ©ra, airs de concerts, Canons. Mari Eriksmoen, Siobhan Stagg :Sopranos ; AdĂšle Charte : mezzo-soprano ; Linard Vrielink : tĂ©nor ; John Chest : baryton ; Nahuel Di Pierro : Basse ; Pygmalion, choeur et orchestre ; RaphaĂ«l Pichon:  direction. 

 

 
 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 13 déc 2019. J.WILLIAMS. J.HORNER H.ZIMMER. L.SCHIRFIN. ONCT. T.SOKHIEV.

‹SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerCOMPTE-RENDU, critique, concert. TOULOUSE, le 13 dĂ©c 2019. WILLIAMS, ZIMMER, SCHIRFIN. ONCT. Tugan SOKHIEV. Lors de ces deux concerts salle comble, dĂ©clarĂ©s complets depuis des lustres, un complexe est tombĂ©. Il est permis d’aimer la musique symphonique la plus complexe et de trouver le mĂȘme plaisir musical dans la dĂ©contraction et le bonheur de l’enfance en plus avec la musique hollywoodienne. Contrairement Ă  l’an dernier oĂč les deux concerts Ă©taient thĂ©matiques avec uniquement la musique de Star Wars associant des tubes et des pages plus rares, cette fois Tugan Sokhiev a choisi le plaisir pur de faire entendre les musiques des films les plus connus. Le concert n’a pas Ă©tĂ© trĂšs long mais quel voyage il nous a fait faire et quelle richesse ! Avec la mĂȘme science de la construction du programme, avec des humeurs variĂ©es et une sorte d’apothĂ©ose pour le final, s’est construite un festival d’émotions. Ainsi enchaĂźnĂ©s : Jurassik Park, Mission Impossible, Titanic, Star Wars Les Sept mercenaires, Retour vers le futur, Hook, E.T. et Indian Jones pour finir en apothĂ©ose le dĂ©part pour le voyage en haute mer de Pirates des CaraĂŻbes. Photo Tugan Sokhiev (service de presse Capitole Toulouse DR)  

 

   

 

 

Le PĂšre NoĂ«l Ă  Toulouse :‹
quand Tugan Sokhiev fait son cinéma

 

 

 

Avec le mĂȘme soin du dĂ©tails, comme de la dramaturgie de la partition, c’est comme si ces musiques tant aimĂ©es et bien connues sortaient d’une sorte de brouillard, d’une boite un peu oxydĂ©e, pour vivre Ă  l’air libre leurs splendeurs sonores, en irradiant de bonheur. FidĂšles Ă  eux-mĂȘmes, les musiciens de l’orchestre ont brillĂ©. Ils ont Ă©tĂ© enthousiastes, soignant chaque instant et sachant devenir dans les moments solistes, et ils sont nombreux, de vĂ©ritables 
divas. Les cuivres ont caracolĂ© sans complexes ; les cors ont soufflĂ© la grandeur ou exprimĂ© des sentiments intimes ; les trompettes ont fouettĂ© le sang et les violons ont ouvert le ciel de plages laiteuses, de volutes sublimes ou de thĂšmes piquants. Les violoncelles ont su faire pleurer de beautĂ©, comme les bois, tous magiques. Les percussions ont Ă©tĂ© mises a rude Ă©preuve et le brio a Ă©tĂ© permanent. Le piano, la batterie et la guitare Ă©lectrique (Mission Impossible) ont tenu le public en haleine avec un swing incroyable.

Tugan Sokhiev a fait l’enfant, heureux d’avoir Ă  sa main un super orchestre sachant tout jouer de la plus belle maniĂšre. Ils semblait s’émerveiller lui-mĂȘme du pouvoir d’évocation de la musique sous ses doigts, qui suggĂ©rait histoires et images. Ces compositeurs de musiques de films amĂ©ricains, avec en maĂźtre tutĂ©laire John Williams, ont tous un vĂ©ritable don. La richesse des partitions n’est pas en comparaison du rĂ©pertoire « dit symphonique classique ». Il se dĂ©gage de tels concerts un bonheur et une Ă©nergie incroyable. Et le rajeunissent du public est Ă©galement un Ă©lĂ©ment important. Sentir le plaisir de ses voisins quand arrive son thĂšme prĂ©fĂ©rĂ©, procure le frisson Ă  la salle entiĂšre. Pour ma part je reste un inconditionnel de Star Wars de John Williams mais cette annĂ©e Pirates des CaraĂŻbes de Hans Zimmer et Mission Impossible de Lalo Schifrin l’ont rejoint au Walhalla. ‹Vivement au autre cinĂ©ma de Tugan Sokhiev l’an prochain !  Pour nous, il a carte blanche. Car cela ferait croire au pĂšre NoĂ«l !  

 

   

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, les 12 et 13 décembre 2019. John Williams : Jurassik Park, Star Wars, Hook, E.T. , Indiana Jones ; Lalo Schifrin : Mission Impossible ; James Horner : Titanic ; Elmer Bernstein : Les Sept Mercenaires ;  Alan Silvestri : Retour vers le futur ; Hans Zimmer : Pirates des Caraïbes. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev direction.

 

 

   

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 déc 2019. F. LISZT. D. CHOSTAKOVITCH. L. DEBARGUE, ONCT. T. SOKHIEV.

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 dĂ©c 2019. F. LISZT. D. CHOSTAKOVITCH. L. DEBARGUE, ONCT. T. SOKHIEV. Le concert a permis de constater combien le jeune pianiste Lucas Debargue a tenu les promesses que son jeu virtuose avait fait deviner. En effet nous l’avions entendu en 2016 Ă  Piano aux Jacobins puis en 2018 Ă  La Roque d’AnthĂ©ron. Nous disions notre admiration et l’attente de la maturitĂ© pour gagner en musicalitĂ©. Nous y sommes et pouvons affirmer que Lucas Debargue a atteint un bel Ă©quilibre aujourd’hui. Ce premier concerto de Liszt, compositeur-virtuose cĂ©lĂšbrissime est reprĂ©sentatif de ses excĂšs de virtuositĂ© comme de son gĂ©nie rhapsodique. Les moyens pianistiques et la musicalitĂ© au sommet sont nĂ©cessaires pour soutenir l’intĂ©rĂȘt tout du long. En effet souvent la virtuositĂ© seule sert le propos et la musique s’évanouit. Il faut Ă©galement tenir compte de la personnalitĂ© de Tugan Sokhiev Ă  la tĂȘte de son orchestre. Le chef OssĂšte est un fin musicien et un grand admirateur des solistes invitĂ©s, lui qui toujours est attentif Ă  les mettre en valeur. Il a admirablement dirigĂ© ce concerto. Lucas Debargue souriant, a dominĂ© avec naturel l’écriture si complexe de sa partie de piano, tandis que le chef Ă©quilibrait Ă  la perfection les plans de l’orchestre, tenant dans une main de velours des tempi mĂ©dians mais capables d’un rubato Ă©lĂ©gant. Les moments chambristes nombreux ont Ă©tĂ© magnifiquement interprĂ©tĂ©s par un soliste attentif et des musiciens survoltĂ©s. Ce concerto proteĂŻforme a gagnĂ© en cohĂ©rence et en musicalitĂ© dans la belle interprĂ©tation de ce soir. La dĂ©licatesse du toucher et les fines nuances de Lucas Debargue ont Ă©tĂ© une merveille. Son jeu de la main gauche a semblĂ© particuliĂšrement puissant dans les passages trĂšs exposĂ©s. L’aisance digitale de Lucas Debargue, la beautĂ© de ses mains, sont un spectacle fascinant. Il a Ă©tĂ© ovationnĂ© par le public, a tenu Ă  saluer avec le chef comme pour dire combien leur entente Ă©tait rĂ©ussie et il a offert deux bis : un peu de Scarlatti et, nous a-t-il semblĂ©, une partition de son cru car ce jeune homme fort douĂ© est Ă©galement compositeur.

chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresdenLa deuxiĂšme partie du concert a Ă©tĂ© trĂšs Ă©prouvante, car la tension douloureuse dĂ©ployĂ©e par Tugan Sokhiev dans son interprĂ©tation de la 8 Ăšme symphonie de Chostakovitch a Ă©tĂ© vertigineuse. Le long lamento des cordes, dans un Ă -plat froid et dĂ©solĂ© tient du cinĂ©matographique. Le dĂ©sert de glace autour des goulags Ă©tait prĂ©sent. Le train fou qui avance dans la neige vers la mort un peu plus tard. Le ricanement de militaires fantomatiques aussi. Les moments de fureur n’ont Ă©tĂ© que des moments permettant d’extĂ©rioriser le mĂȘme dĂ©sespoir et la dĂ©rision des musiques militaires, une autre variation de la dĂ©sespĂ©rance humaine. Le largo en forme de marche Ă  la mort sur une allure de passacaille tient du gĂ©nie noir, le plus noir. Comme une marche dont personne ne reviendra plus. Le final cherche Ă  se rĂ©volter mais finit dans une dĂ©solation particuliĂšrement insupportable que Tugan Sokhiev lie au silence qui suit avec une autoritĂ© sidĂ©rante. Les solistes de l’orchestre ont Ă©tĂ© trĂšs exposĂ©s, chaque famille dans un ou plusieurs soli, parmi les plus exigeants. Distinguons la trompette solo Ă  la prĂ©sence inoubliable de RenĂ©-Gilles Rousselot et le cor anglais si mĂ©lancolique de Gabrielle Zaneboni ; pourtant chaque instrumentiste a Ă©tĂ© merveilleux : le cor, la flĂ»te, le piccolo, la clarinette, le hautbois, le violon, l’alto ou le violoncelle. Et les sept percussionnistes ont Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sents. Sans oublier les contrebasses si expressives . Sous cette splendeur sonore de chaque instant, vraiment s’est dissimulĂ© le dĂ©sespoir le plus tragique. Ce n’est vraiment pas la symphonie la plus facile de Chostakovitch, c’est un long rĂ©quisitoire, le plus terrifiant peut ĂȘtre, contre les abjections du rĂ©gime communiste, en raison du peu de moments de rĂ©volte, comparĂ©s Ă  l’ampleur de la dĂ©solation contenue dans ces pages.
Un Grand moment que les micros, nous a t-on-dit, vont immortaliser pour Warner.
Ces symphonies de Chostakovitch Ă  Toulouse sont chaque fois un moment trĂšs apprĂ©ciĂ©, c’est une bonne idĂ©e de les enregistrer sur le vif au fur et Ă  mesure.

Compte-rendu concert. Toulouse.Halle-aux-grains, le 7 décembre 2019. Frantz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi bémol majeur S.124 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°8 en ut mineur op.65 ; Lucas Debargue, piano ; Orchestre National du Capitole. Tugan Sokhiev, direction.

LIRE aussi notre critique compte rendu du concert de Lucas Debargue aux Jacobins :
www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-a-edition-de-piano-aux-jacobins-toulouse-cloitre-des-jacobins-le-13-septembre-2016-mozart-ravel-chopin-liszt-lucas-debargue-piano/

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. TOULOUSE, le 5 dĂ©c 2019. MONTEVERDI : Orfeo. Gonzales Toro, I Gemelli.‹‹‹

COMPTE-RENDU. OPERA. TOULOUSE. Le 5 dĂ©c 2019 C. MONTEVERDI : ORFEO. E. GONZALES TORRO. I . GEMELLI. T. DUNFORD. Pour seulement deux soirĂ©es, Emiliano Gonzales Torro et ses amis ont vĂ©ritablement enchantĂ© le ThĂ©Ăątre du Capitole. En une incarnation totale, le tĂ©nor a su faire revivre la magie de cet opĂ©ra des origines. Oui il est commode de dire que l’opĂ©ra est nĂ© en 1607 avec cet Orfeo mĂȘme si l’Eurydice de Caccini en un joli hors d’Ɠuvre prĂ©pare en 1600 la naissance de ce genre si prolixe. Nous avons donc pu dĂ©guster une reprĂ©sentation absolument idĂ©ale de beautĂ© et d’émotion mĂȘlĂ©es du premier chef d’Ɠuvre lyrique. Un voyage dans le temps, l’espace et la profondeur des sentiments humains. La scĂ©nographie toute de grĂące et d’élĂ©gance permet aux Ă©motions musicales de se dĂ©velopper en une continuitĂ© bouleversante. L’orchestre, socle de vie comme d’intelligence, est disposĂ© de part et d’autre de la scĂšne dans les angles comme cela Ă©tait le cas lors de la crĂ©ation. L’effet visuel est admirable mais surtout les musiciens se regardent Ă  travers la scĂšne et peuvent en mĂȘme temps suivre les chanteurs et leurs collĂšgues musiciens en un seul coup d’Ɠil. L’effet est sidĂ©rant d’évidence et de naturel ; certes on devine bien que le luthiste Thomas Dunford est un moteur puissant mais en fait c’est tout le continuo qui dans un tactus parfait fait avancer le drame. Ce tactus souple et dĂ©terminĂ© donne Ă  l’enchaĂźnement de tous les Ă©lĂ©ments : madrigaux, airs, rĂ©citatifs, parlar-cantando, leur naturelle force de vie, s’appuyant sur une rhĂ©torique toujours renouvelĂ©e.

 

 

 

A Toulouse, un thĂ©Ăątre du naturel
 oĂč rĂšgne
l’idĂ©al ORFEO d’Emiliano Gonzales Torro

 

 

 

 orfeo monteverdi toulouse critique opera dunford

 

 

 

VoilĂ  donc un « orchestre » organique, rĂ©actif et d’une superbe beautĂ© de pĂąte sonore qui rĂ©gale l’auditeur comme rarement. Musicalement cela rĂ©alise une sorte de synthĂšse des versions connues au disque allant vers toutes les subtilitĂ©s relevĂ©es par le regrettĂ© Philippe Beaussant dans son superbe essai : « Le chant d’OrphĂ©e selon Monteverdi ». Le naturel qui se dĂ©gage de ce spectacle est bien l’idĂ©al qui a prĂ©sidĂ© Ă  la naissance de l’OpĂ©ra, art total. Les chanteurs Ă©voluent avec le mĂȘme naturel, la mĂȘme Ă©lĂ©gance devant nous. Ils portent des costumes dans lesquelles ils se meuvent avec facilitĂ©. Le blanc, le noir et l’or sont les couleurs principales et la superbe robe verte de l’espĂ©rance qui Ă©claire un moment les tĂ©nĂšbres des enfers est une idĂ©e gĂ©niale. La mise en espace est plus aboutie que bien des prĂ©tendues mises en scĂšne d’opĂ©ra. Les personnages vivent, s’expriment et nous paraissent proches. Les Ă©clairages sont Ă  la fois sobres et suggĂšrent le fabuleux voyage d’OrphĂ©e, entre lumiĂšre et ombre.

Onze chanteurs se partagent les rĂŽles, les madrigaux et les chƓurs. LĂ  aussi le choix est idĂ©al, tous artistes aussi habiles acteurs que chanteurs Ă©panouis. Les voix sont toutes fraĂźches et belles, sonores et bien timbrĂ©es ; les voix de sopranos sont chaudes et lumineuses sans aciditĂ©, les basses abyssales et terribles, les tĂ©nors Ă©lĂ©gants et sensibles. Impossible de dĂ©tailler : chacun et chacune mĂ©rite une tresse de lauriers. Emiliano Gonzales Torro a la voix d’OrphĂ©e, l’aisance scĂ©nique et le port noble du demi-dieu. Dans ce dispositif si intelligent le drame se dĂ©ploie et les Ă©motions sont portĂ©es Ă  leur sommet. Ne serait-ce que la douloureuse sympathie du premier berger qui arrache des larmes aprĂšs la terrible annonce de la mort d’Eurydice.
Premier nƓud du drame, la messagĂšre trĂšs impliquĂ©e d’Anthea Pichanick, la sidĂ©ration d’Emiliano Gonzales Torro en Orfeo et ce dĂ©sespoir amical de Zachary Wilder. DeuxiĂšme nƓud, la priĂšre si expressive de Mathilde Etienne en Proserpine aprĂšs la scĂšne si impressionnante avec le Caronte de JĂ©rĂŽme Varnier. Et pour finir ce terrible renoncement d’OrphĂ©e Ă  tout bonheur humain avant son dĂ©part vers le sĂ©jour de fĂ©licitĂ© des dieux. Tout s’enchaĂźne avec une Ă©vidence prĂ©cieuse. La beautĂ© est partout, les yeux, les oreilles et l’ñme elle-mĂȘme s’en trouvent transportĂ©s hors du monde. Un vĂ©ritable moment fĂ©Ă©rique.

Certainement la version la plus complĂšte d’Orfeo Ă  ce jour rĂ©alisĂ©e.  La tournĂ©e de cette production le confirmera par son succĂšs et l’enregistrement annoncĂ© en 2020 sera certainement une rĂ©fĂ©rence incontournable. Bravo Ă  une Ă©quipe si soudĂ©e et au gĂ©nie d’Emiliano Gonzalez Toro qui semble ĂȘtre une incarnation orphique inĂ©galĂ©e.

 

 

 
 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 5 XII 2019 ; Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’ Orfeo, OpĂ©ra (Fable en musique) en cinq actes avec prologue ;  Livret d’Alessandro Striggio ; CrĂ©ation le 24 fĂ©vrier 1607 au Palais ducal de Mantoue ; OpĂ©ra mis en espace ; Mathilde Étienne :  mise en espace ;  SĂ©bastien Blondin et Karine Godier , costumes ; Boris Bourdet, mise en lumiĂšres ; Avec : Emiliano Gonzalez Toro , Orfeo ; Emöke BarĂĄth, Euridice et La Musica ; JĂ©rĂŽme Varnier, Caronte ; Anthea Pichanick,  Messaggiera ; Alix Le Saux,  Speranza ; Fulvio Bettini , Apollo ; Zachary Wilder, Pastore ; Baltazar Zuniga, Pastore ; Mathilde Étienne, Proserpina ; Nicolas Brooymans, Plutone ; Maud Gnidzaz, Ninfa ; Ensemble I Gemelli ; Thomas Dunford luth et direction ; Violaine Cochard assistante direction musicale ; Emiliano Gonzalez Toro : direction musicale. Photo : © P NIN

 

 

 
 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 26 nov 2019. POULENC : Dialogues des Carmélites. O Py / JF Verdier.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 26 Novembre 2019. F. POULENC. DIALOGUES DES CARMELITES. O. PY. A. CONSTANS. A. MOREL. J DEVOS. J.F. LAPOINTE. J.F. VERDIER. Cette belle production d’Olivier Py avait dĂ©jĂ  eu bien du succĂšs au ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es Ă  Paris, et au ThĂ©Ăątre de la Monnaie Ă  Bruxelles en 2013. La grande Ă©lĂ©gance stylisĂ©e des dĂ©cors et des costumes y est pour beaucoup. La force Ă©galement qui se dĂ©gage des Ă©clairages et des mouvements puissants des dĂ©cors Ă  vue marquent durablement les esprits. Le jeu des chanteurs-acteurs est toujours sobre. Il y a comme une certaine distanciation en permanence qui Ă©vite toute Ă©motion trop forte. L’intelligence,  les symboles sont lisibles et le contexte historique de la RĂ©volution Française est prĂ©sent.

 

 

Au Capitole, de beaux Dialogues

mais un peu froids

 
 
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Mais il y une distanciation trĂšs contemporaine avec le tragique des faits historiques qui nuit Ă  l’émotion forte de certaines scĂšnes. Les faits historiques sont exposĂ©s et compris mais non vĂ©cus. Il faut dire que la prĂ©sence du ChƓur dans les loges de part et d’autre de la scĂšne ou dans le cĂŽtĂ© du thĂ©Ăątre avec une prĂ©sence trĂšs forte en habits contemporains, a minorĂ© l’impact Ă©motionnel de la sublime scĂšne finale. En effet le bourdon trop prĂ©sent a couvert le dĂ©nuement qui gagne le chant des moniales au fur et Ă  mesure que la guillotine s’active. MĂȘme la scĂšne de la mort de la prieure dans un habile dispositif, a gardĂ© comme une distance avec l’ Ă©motion.

Pourtant l’engagement des chanteurs a Ă©tĂ© notable. En particulier la jeune AnaĂŻs Constans qui est une Blanche de la Force impressionnante de prĂ©sence tant vocale que scĂ©nique. En MĂšre, Marie, AnaĂŻk Morel a su trouver la duretĂ© du personnage avec une voix comme minĂ©rale. Janina Baechle est une premiĂšre prieure plus humaine que certaines avec une mort presque trop polie. Catherine Hunold en nouvelle prieure sait de sa voix homogĂšne mettre le moelleux nĂ©cessaire Ă  la dimension maternelle du rĂŽle. Jodie Devos incarne tant vocalement que scĂ©niquement la force de vie du rĂŽle de Constance avec beaucoup de naturel et de charme. C’est elle qui dĂ©livre le chant le plus porteur d’émotion, surtout durant le final.
Les hommes n’ont pas dĂ©mĂ©ritĂ© sans s‘imposer particuliĂšrement. Les petits rĂŽles sortis du ChƓur ont tous Ă©tĂ© excellents, tout particuliĂšrement Catherine Alcoverro trĂšs Ă©mouvante en Jeanne.
L’orchestre du Capitole a Ă©tĂ© parfait.  Les nuances ont Ă©tĂ© parfois un peu trop prĂ©sentes sans mettre en danger les chanteurs. Jean-François Verdier dĂ©veloppe la dimension symphonique de la partition. Lui aussi en accord avec la mise en scĂšne appuie la clartĂ© du discours, la perfection formelle des Ă©quilibres sonores. Mais cette Ă©lĂ©gance, comme celle de la mise en scĂšne nous a semblĂ© manquer d’émotion.
Ces dialogues ont donc Ă©tĂ© bien accueillis par le public, mais sans beaucoup d’yeux humides


 
  
 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole , le 26 Novembre 2019. Françis Poulenc (1899-1963) : Dialogue des CarmĂ©lites. OpĂ©ra en trois actes et douze tableaux ; Texte de la piĂšce de Georges Bernanos, adaptĂ© avec l’autorisation d’Emmet Lavery ; D’aprĂšs une nouvelle de Gertrud von Le Fort (La DerniĂšre Ă  l’échafaud) et un scĂ©nario du RĂ©v. Raymond Leopold Bruckberger et de Philippe Agostini ; ÉditĂ© par CASA RICORDI MILANO ; CrĂ©ation le 26 janvier 1957 au Teatro alla Scala de Milan. Coproduction ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es et du  ThĂ©Ăątre Royal de la Monnaie de Bruxelles. Olivier Py : mise en scĂšne ; Pierre-AndrĂ© Weitz : dĂ©cors et costumes ; Bertrand Killy : lumiĂšres Avec : AnaĂŻs Constans, Blanche de la Force ; AnaĂŻk Morel, MĂšre Marie de l’Incarnation ; Janina Baechle, Madame de Croissy, premiĂšre Prieure ; Catherine Hunold, Madame Lidoine, nouvelle Prieure ; Jodie Devos,  Constance de Saint-Denis ; Jean-François Lapointe, Le Marquis de la Force ; Thomas Bettinger, Le Chevalier de la Force ; Vincent Ordonneau, L’AumĂŽnier ; JĂ©rĂŽme Boutillier, Le GeĂŽlier / Thierry / Monsieur Javelinot ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ;  Orchestre national du Capitole ; Jean-François Verdier direction. Photo © Patrice Nin

 
 
 

COMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse, le 22 nov 2019. CLYNE, CHOSTAKOVITCH, ELGAR. S. GABETTA. Orch Nat du Capitole. B. GERNON.

ben-gernon-maestro-chef-dorchestre-maestro-critique-review-concert-classiquenews-opera-critique-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 22 Novembre 2019. A. CLYNE. D. CHOSTAKOVITCH. E. ELGAR. S. GABETTA. ORCH. NAT. CAPITOLE / B. GERNON. En dĂ©but de concert le jeune chef britannique Ben Gernon a choisi une composition de la jeune et talentueuse compositrice britannique Anna Clyne. La beautĂ© de cette partition est un hommage passionnĂ© au poĂšme de Baudelaire “Harmonie du soir”. BeautĂ© sulfureuse au charme prenant, l’Orchestre du Capitole au grand complet participe Ă  cet envoĂ»tement paisible. Une trĂšs belle partition abordĂ©e avec clartĂ© et prĂ©cision par le jeune chef. Elle mĂ©rite vraiment d’entrer au rĂ©pertoire des orchestres symphoniques car une telle plĂ©nitude, un tel charme qui est bien trop rare dans les premiĂšres piĂšces des programmes, permet d’entrer avec voluptĂ© dans toutes les beautĂ©s du monde sonore de la musique symphonique.

 

 

Le pur plaisir de la musique partagée

 

   

 

‹Puis, la violoncelliste Sol Gabetta dĂšs ses premiers pas sur scĂšne, irradie d’une prĂ©sence lumineuse et chaleureuse. Le Concerto de Chostakovitch est une partition complexe dĂ©diĂ©e Ă  Mtislav Rostropovitch, grand ami du compositeur. ComposĂ© dans un environnement dangereux et en proie Ă  une hostilitĂ© politique pouvant ĂȘtre fatale, cette composition en demi teinte suggĂšre plus qu’elle n’affirme. Ainsi le thĂšme introduit d’emblĂ©e par le violoncelle est sous les doigts lĂ©gers de Sol Gabetta, plus goguenard que vĂ©ritablement moqueur. Toute l’interprĂ©tation sera donc placĂ©e dans cette dĂ©licatesse et cette prĂ©cision de phrasĂ©. A la pointe de l’archet, pour ne pas dire Ă  la pointe de l’épĂ©e, afin de faire mouche Ă  chaque coup. On sort comme hypnotisĂ© du Concerto. La dĂ©licate violoncelliste, avec un art consommĂ© des couleurs et des nuances trĂšs affirmĂ©es, ne cherche jamais l’affrontement ou la provocation, elle nous ensorcĂšle. En ce sens une toute autre interprĂ©tation que celle de Rostropovitch plus directe et sensible aux dangers imminents. Comme Ă  distance, l’intelligence du jeux de Sol Gabetta trouve une autre voie et elle trouve dans le jeune chef Ben Gernon un partenaire attentif, prĂ©cis et lui aussi, inventif. L’Orchestre avec une immĂ©diatetĂ© gĂ©nĂ©reuse suit dans cette recrĂ©ation du chef d’oeuvre avec d’autres propositions. La magie du final avec le cĂ©lesta est pure magie irrĂ©elle. Ces grands musiciens nous offrent un trĂšs grand moment de fine musicalitĂ© partagĂ©e. En bis, comme pour rendre Ă©vidente cette osmose musicale peu commune, la soliste trĂšs applaudie revient avec le chef. Ils interprĂštent un arrangement particuliĂšrement Ă©mouvant du sublime air mĂ©lancolique de Lenski, avant son duel avec OnĂ©guine dans l’opĂ©ra EugĂšne OnĂ©guine de TchaĂŻkovski. Il est habituel de dire que le violoncelle est l’instrument le plus proche de la voix humaine. Ce soir Sol Gabetta est encore plus Ă©mouvante que le tĂ©nor le plus douĂ©. Il a Ă©tĂ© difficile de ne pas pleurer Ă  l’écoute de cette osmose totale entre le chef, l’orchestre et la soliste qui chante Ă  perdre l’ñme. ‹La deuxiĂšme partie du concert est dĂ©diĂ©e aux Variations Enigma du compositeur anglais Edward Elgar. Cette riche et belle partition permet Ă  l’orchestre de briller ; de nombreux moments solistes sont tout Ă  fait dĂ©lectables. L’écriture trĂšs nuancĂ©e avec de longues phrases sublimes permet au chef de proposer une vision personnelle car il faut doser entre romantisme, hĂ©donisme, et musique de film. Ben Gernon avec des gestes sans baguette et d’une grande Ă©lĂ©gance obtient de l’orchestre un son moelleux et une pĂąte qu’il malaxe avec gĂ©nie. Le rubato est assumĂ©, les nuances trĂšs affirmĂ©es, le caractĂšre trĂšs diffĂ©rent de chaque variation est indĂ©niable, pourtant il se dĂ©gage de la direction du chef, tout du long, une clartĂ© des plans, une beautĂ© des phrasĂ©s, une libertĂ© de jeu qui sont la marque d’un grand chef. Les musiciens jouent avec plaisir et les solo sont magiques : cor, alto, bois en particulier. Un trĂšs agrĂ©able concert dans lequel le plaisir de la musique partagĂ©e a Ă©tĂ© total. Le public a su applaudir avec vivacitĂ© ces trĂšs beaux moments.
 
 

 

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Ben Gernon (DR) 

 

   

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 22 novembre 2019. Anna Clyne (née en 1980) : this midnight hour ; Dimitri Chostakovitch ( 1906-1075) : Concerto pour violoncelle n° 1 en mi bémol majeur Op. 107 ; Edward Elgar (1857-1934) : Variations Enigma Op. 36 ; Sol Gabetta, violoncelle ; Orchestre National du Capitole ; Ben Gernon, direction.

 
   

 

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 19 nov 2019. MOZART, BRAHMS. G. SOKOLOV, piano.

sokolov grigory recital salzburg piano 2008 deutsche grammophon clic de classiquenews fevrier mars 2015COMPTE-RENDU. Concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 19 Novembre 2019. W.A. MOZART. J.BRAHMS. G. SOKOLOV. Chaque concert de Gregory Sokolov est Ă  la fois inouĂŻ et 
 prĂ©visible. Allure d’automate lorsqu’il marche, jeu pĂ©nĂ©trant et d’une subtilitĂ© rare lorsqu’il se met au clavier, troisiĂšme partie offerte en bis aussi longue que les deux prĂ©cĂ©dentes. Et avant tout cette vĂ©ritable originalitĂ© de jeu dans un monde du piano classique
 aux goĂ»ts souvent trop implicites. Sokolov va lĂ  oĂč sa sensibilitĂ© le porte et cela ne peut laisser indiffĂ©rent. Il m’est arrivĂ© de ne pas aimer : une fois pour son concert Bach. Ce soir la majoritĂ© du public a Ă©tĂ© comblĂ©e surtout par la deuxiĂšme partie rĂ©servĂ©e Ă  Brahms.

 

 

 

RĂ©cital Mozart et Brahms

Sokolov : tout simplement magnifique

 

 

 

Il faut reconnaĂźtre qu’un Brahms aussi lumineux est prĂ©cieux. Sokolov dans ces deux piĂšces Op. 118 et 119, souvent dĂ©crites comme crĂ©pusculaires, y dĂ©ploie une prĂ©cision rare et une Ă©nergie intemporelle. Les plans sont tous clairement jouĂ©s, les nuances sont poussĂ©es au bout, la palette de couleur et la variĂ©tĂ© des phrasĂ©s lui permettent de brosser un tableau d’une grande richesse. Les harmonies si particuliĂšres du « vieux Brahms » sont portĂ©es Ă  leur grande modernitĂ© avec simplicitĂ© et Ă©vidence. Le voyage proposĂ© par Gregory Sokolov semble Ă©ternel et nous aimerions l’écouter en boucle afin de se rĂ©galer de cette richesse d’interprĂ©tation habillĂ©e en forme d’évidence mais qui recĂšle un art du piano absolument souverain.
Son Mozart est lui aussi en tous points remarquable et encore plus personnel. Il a choisi des oeuvres trĂšs variĂ©es qu’il aborde avec des doigts souples et vifs, comme caressants le clavier. Le prĂ©lude et la Fugue en ut majeur semblent Ă  la fois d’une grande modernitĂ© et un vĂ©ritable hommage Ă  Bach. Le clavier devient un moyen de convaincre avec une Ă©loquence noble et ayant la simplicitĂ© de l’évidence. Quand Ă  la sonate n° 11, elle coule librement, dans un guĂ© bien entretenu. MĂȘme la conclusion « alla turca » a de la tenue. Sous les doigts de Sokolov Mozart est un grand musicien, un grand claviĂ©riste ; le pianiste russe nous convainc qu’avec ce jeu prĂ©cis et simple, sans affĂ©teries, sans charme aimable, la musique se dĂ©ploie avec un naturel d’une grande libertĂ©. C’est cela, oui : le piano de Sokolov est totalement libre.

La troisiĂšme partie contiendra six piĂšces que le pianiste joue chaque fois aprĂšs un salut rituel sans Ă©motion sur son visage. Une telle gĂ©nĂ©rositĂ© aussi simplement concĂ©dĂ©e au public est la marque du gĂ©nie de Sokolov. Ainsi Schubert, Chopin et Rachmaninov ont apportĂ© leurs saveurs belcantistes Ă  la nuit. Un concert qu’une partie du public aurait pu Ă©couter sans fin. Tant de musique avec cette libertĂ© du don reste inoubliable. Merci aux Grands InterprĂštes qui avec fidĂ©litĂ© ont invitĂ© l’un des plus grands musiciens du clavier.

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Compte-rendu ,concert.Toulouse. Halle-aux-grains, le 19 novembre 2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : PrĂ©lude (Fantaisie) et Fugue en ut majeur, K.394 ; Sonate n°11 en la majeur, K.331 op.6 n°2 ; Rondo n°3 en la mineur K. 511 ; Johannes Brahms (1833-1897) : KlavierstĂŒcke Op.118 et Op.119. Grigory Sokolov, piano.

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PrĂ©cĂ©dent compte rendu critique d’un concert rĂ©cital de Grigory Sokolov :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-recital-de-piano-toulouse-halle-aux-grains-le-26-mai-2014-recital-frederic-chopin-grigory-sokolov-piano/

COMPTE-RENDU, critique CONCERT. PARIS. Eglise St-Sulpice, le 13 nov 2019. VERDI: REQUIEM. Euromusic Symph Orch. H. Reiner

Vague verdienne en juin 2014COMPTE-RENDU, CONCERT. PARIS. Eglise Saint Sulpice, le 13 Novembre 2019. G.VERDI. REQUIEM. Euromusic Symphonic Orchestra. Choeur International Hugues Reiner. H.REINER. Il est moments musicaux qui sont inclassables et ce Requiem de Verdi, donnĂ© Ă  Saint-Sulpice le 13 novembre 2019, est l’un de ceux qui resteront dans les mĂ©moires. Ainsi le trĂšs long silence qui a terminĂ© le Requiem reprĂ©sente le plus bel hommage et les plus belles minutes de silence possibles. Et le public incrĂ©dule d’abord, puis silencieux, a finalement applaudi gĂ©nĂ©reusement un tel moment de grĂące. Car comment parler d’un concert si porteur d’émotions sans le dĂ©naturer ? Hugues Reiner a portĂ© ce projet avec toute sa gĂ©nĂ©rositĂ©, invitant l’association Live for Paris Ă  l’évĂ©nement commĂ©moratif des tueries du 13 novembre 2015. Il y a eu beaucoup d’émotions dans la vaste Ă©glise malgrĂ© le froid et l’acoustique difficile. Il faut dire que dĂšs le concerto de trompette de Marcello qui ouvrait le concert, Guy Touvron aprĂšs son vibrant hommage Ă  son collĂšgue et ami avait donnĂ© le ton : la musique vivante console de la mort comme rien d’autre. Le vaste Requiem de Verdi est composĂ© Ă  l’envers.

Un Requiem pour ne pas oublier
et pour que vive la liberté !

Car la fin : le Libera Me de la soprano, est la piĂšce composĂ©e en premier pour un Requiem d’hommage Ă  Rossini qui n’a jamais vu le jour. Verdi chantre de l’opĂ©ra ne pouvait dĂ©cevoir et a composĂ© avec ce Requiem une grande fresque opĂ©ratique donnant un relief particulier Ă  la Doxa chrĂ©tienne ; car s’il suit le texte latin il est peu de dire qu’il lui donne une vigueur incroyable avec des accents terribles ou touchants et de vastes phrases en gestes vocaux quasi surnaturels.
Le quatuor de solistes est utilisĂ© comme dans un opĂ©ra. C’est la soprano qui est la plus exposĂ©e mais personne n’est secondaire. La soprano Blerta Zhegu est remarquable de suretĂ© d’émission et de beautĂ© de ligne vocale. L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la voix lui donne de l’autoritĂ© comme une grande tendresse. Elle a remplacĂ© au pied levĂ© Isabelle Ange malade et a appris sa partie en moins de six jours ! Guillemette Laurens faisait lĂ  une prise de rĂŽle attendue. En effet la diva sombre du baroque pour fĂȘter ses 47 ans de carriĂšre osait une entrĂ©e dans le rĂ©pertoire romantique qu’elle affectionne tant. Son timbre prenant, sa diction faite drame et ses phrases ciselĂ©es, avec de grands contrastes, ont fait merveille. Dans toute sa partie, que se soit en solo, en duo, trio ou quatuor, elle apporte une diction vivifiante et un sens de la fusion des timbres dignes de l’extraordinaire madrigaliste qu’elle est. Le tĂ©nor Joachim Bresson avec un engagement trĂšs Ă©mouvant a chantĂ© sa partie avec une grande musicalitĂ© ; quand d’aucuns ne sont que voix large, lui nuance et phrase dĂ©licatement sa partie. La voix au grain noble permet de porter loin une Ă©motion non feinte. Il est bien rare de voir un artiste vivre si intensĂ©ment ce qu’il chante. La basse Robert Jezierski apporte beaucoup de force et de stabilitĂ© avec un art du chant verdien bien maĂźtrisĂ©. L’accord entre les voix des quatre chanteurs a Ă©tĂ© remarquable avec la constante recherche d’un bel Ă©quilibre. Il faut dire que le travail sur les parties solistes avec Hugues Reiner, semble particuliĂšrement abouti.
Bien souvent des choses trĂšs fines ont Ă©tĂ© perceptibles qui sont souvent noyĂ©es dans les dĂ©cibels et qui ce soir ont livrĂ© la quintessence de l’art vocal de Giuseppe Verdi. L’orchestre et le chƓur, tous trĂšs engagĂ©s, ont parfaitement Ă©tĂ© Ă  la hauteur de l’évĂ©nement. Et la direction souple et digne d’Hugues Reiner a magistralement fait avancer le drame sans jamais rien lĂącher. Tempi Ă©lĂ©gants, articulations fines des choeurs, belles couleurs orchestrales, excellent dosage des nuances entre tous, son Requiem de Verdi est un grand opĂ©ra construit dans une dramaturgie assumĂ©e. Le dĂ©but pianissimo fantomatique, les fresques chorales, les trompettes spacialisĂ©es de la terreur du Dies Irae, comme le tendresse du duo de l’Agnus Dei ont emportĂ© le public dans les Ă©motions contrastĂ©es attendues.
Et ces minutes finales de silence, en hommages au morts de novembre 2015 resteront comme un moment de magie de la vie. Voila un magnifique Requiem porté par des musiciens, engagés totalement dans la dramaturgie sublime de Verdi. Cela méritait bien le voyage à Paris !

Compte-rendu Concert. Paris. Eglise Saint-Sulpice, le 13 Novembre 2019. Benedetto Giacomo Marcello ( 1686-1739) : concerto pour trompette en ré mineur ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Requiem. Blerta Zhegu, soprano ; Guillemette Laurens, mezzo-soprano ; Joachim Bresson, ténor ; Robert Jezierski, basse ; Guy Touvron, trompette ; Euromusic Symphonic Orchestra. Choeur International Hugues Reiner. Hugues Reiner, direction.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 nov 2019. DUTILLEUX, HOLST.. Orch National Capitole, JULIEN-LAFFERIERE / SOKHIEV

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 8 novembre 2019. H DUTILLEUX. G. HOLST. V. JULIEN-LAFFERIERE. Orfeon Donostaria. Orchestre National du Capitole. T.SOKHIEV, Direction.

LAFERRIERE violoncelleVictor Julien-Laferriere © Lyodoh KanekoVictor Julien-LafferiĂšre est un jeune musicien d’exception dont la carriĂšre a pris un Ă©lan incroyable depuis son prix du concours Reine Elisabeth de Belgique en 2017. Une grande tournĂ©e de concerts avec Valery Gergiev a Ă©tĂ© triomphale. Il est un soliste recherchĂ© et un chambriste accompli aurĂ©olĂ© de succĂšs publics et critiques en compagnie d’Adam Laloum et dans son trio « Des Esprits ». Ce soir dirigĂ© par Tugan Sokhiev, chef attentif et partenaire protecteur, le jeune soliste a Ă©tĂ© d’une extraordinaire dĂ©licatesse dans le Concerto pour violoncelle de Dutilleux. Cette oeuvre dĂ©diĂ©e Ă  Mtislav Rostropovich est inspirĂ©e d’un poĂšme de Baudelaire. TrĂšs intellectuelle, la partition reste distante de l’émotion et de toute forme de passion, recherchant une allure française basĂ©e sur l’originalitĂ© des sonoritĂ© (Ă  la Debussy), tout en rĂ©servant une grande place aux percussions. Le violoncelliste doit tenir sa sonoritĂ© dans les limites d’une parfaite maitrise de chaque instant. Victor Julien-LafferiĂšre a toutes les qualitĂ© pour offrir une interprĂ©tation magistrale de ce concerto. La finesse du jeu, rencontre la beautĂ© de la sonoritĂ© et la fluiditĂ© des lignes. L’Orchestre du Capitole offre une puretĂ© de sonoritĂ© et une prĂ©cision rythmique parfaite. La direction de Tugan Sokhiev est admirable de prĂ©cision et de finesse. Les grandes difficultĂ©s de la partition sont maitrisĂ©es par tous afin de proposer une interprĂ©tation toute en apparente facilitĂ©. Tout va vers le rĂȘve et l’ailleurs comme le suggĂšre le poĂšme de Baudelaire. L’écoute de l’oeuvre en est facilitĂ©e et le public fait un triomphe au jeune violoncelliste. Il revient saluer plusieurs fois et propose en bis une dĂ©licate allemande d’une suite pour violoncelle de Bach (la troisiĂšme). SonoritĂ© soyeuse et legato subtil sont comme un enchantement prolongeant le voyage onirique prĂ©cĂ©dent.

En deuxiĂšme partie de concert, Tugan Sokhiev retrouve son orchestre Ă©largi pour un voyage interplanĂ©taire grĂące aux PlanĂštes de Holst. Cette oeuvre du compositeur anglais reste le parangon de toute oeuvre symphonique hollywoodienne. Les effets trĂšs efficaces de l’orchestration de Gustave Holst font toujours recette chez bien des compositeurs de musiques de films. Tugan Sokhiev prend les rennes avec Ă©lĂ©gance et ne lĂąche plus ses musiciens jusqu’à la derniĂšre note. L’orchestre est rutilant ; chaque soliste est prodigieux de splendeur sonore. Ainsi des cuivres bien ordonnĂ©s sur deux rangs au fond juste devant les nombreuses percussions sauront-ils nuancer habilement toutes leurs interventions. Le chef les laisse jouer sans vulgaritĂ© dans les moments pompiers. Les forte Ă©clatent de santĂ© et de gĂ©nĂ©rositĂ©. Nous soulignerons tout particuliĂšrement la beautĂ© du son mais surtout l’élĂ©gance du phrasĂ© et la longueur de souffle de Jacques Deleplancques au cor. Mais comment de pas citer le splendide solo du violoncelle de Sarah Iancu ou la flĂ»te de François Laurent, le hautbois de Louis Seguin et la clarinette de David Minetti ?; qui sont les chambristes et solistes accomplis de cette superbe saga galactique.

Tugan Sokhiev joue Ă  plein les diffĂ©rences de chaque partition dĂ©diĂ©e Ă  une planĂšte mais garde une unitĂ© stylistique magnifique Ă  cet ensemble. Le long silence par lequel il clĂŽt son interprĂ©tation a pu paraitre un peu emphatique pour certains spectateurs mais qu’il est bon qu’ un vĂ©ritable chef charismatique arrive a retarder les applaudissements afin de respecter le silence qui suit la musique et en fait partie quoi qu’en pensent les spectateurs trop zĂ©lĂ©s a frapper des mains et des pieds parfois en mĂȘme temps que la derniĂšre note du concert. Ce soir le concert a Ă©tĂ© placĂ© sous le signe de la plĂ©nitude et de la dĂ©licatesse. Il n’y a a pas eu besoin d’un bis aprĂšs tant de splendeur musicale. LĂ  aussi le chef a su rĂ©sister Ă  cette habitude du « jamais assez » que le public insatiable voudrait prendre.

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 8 novembre 2019. Henri Dutilleux (1916-3013) : Tout un monde lointain, concerto pour violoncelle ; Gustav Holst (1874- 1934) : Les PlanÚtes ;   Victor Julien-LaffariÚre, violoncelle. Orfeon Donostaria, chef de choeur : José Antonio Sainz-Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, Direction. Illustration : Julien-Lafferiere (DR)

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 18 oct  2019. SIBELIUS. CHOI. Orch. Capitole / J. SWENSEN.

sibelius-jeune-portrait-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 18 octobre  2019. J. SIBELIUS. Y.E. CHOI. Orch.Nat.TOULOUSE. J. SWENSEN. Il est des idĂ©es convenues qui peuvent se dissiper en un concert. Tous ceux qui Ă©taient ce soir prĂ©sents, sont capables de se faire une idĂ©e personnelle de la valeur des partitions de Sibelius. Il fait bon genre de mĂ©priser le compositeur finlandais, gloire nationale reconnue prĂ©cocement. Certes il a bĂ©nĂ©ficiĂ© dĂšs ses 37 ans d’une pension Ă  vie de son pays mais ce n’est pas une raison pour brocarder son oeuvre. Le Concerto de violon est rĂ©guliĂšrement jouĂ© mais ne bĂ©nĂ©ficie pas du succĂšs de ceux de Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Tchaikovski ou Bruch.

Enfin un concert tout Sibelius Ă  Toulouse !

Il s’agit pourtant d’une partition originale et puissamment expressive. Ce soir dĂšs les premiĂšres mesures dans un son mystĂ©rieux, pianissimo et lointain, le chef et la soliste ont trouvĂ© un parfait accord qui s’est amplifiĂ© tout au long de leur majestueuse interprĂ©tation. Joseph Swensen connait bien les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole, l’acoustique de la Halle-aux-grains et il est violoniste. Il avait tous les ingrĂ©dients pour oser une interprĂ©tation qui restera dans les mĂ©moires. Il fait tonner l’orchestre, obtient Ă©galement des nuances d’une grande subtilitĂ©, laisse les solistes instrumentaux s’exprimer et toujours met en valeur le jeu de la violoniste corĂ©enne. La modernitĂ© de ce concerto et la puissance qu’il recĂšle ont Ă©tĂ© admirablement mis en valeur par Joseph Swensen. La soliste (Y.E. CHOI) avec une grande dĂ©licatesse participe Ă  cette fĂȘte. Sa sonoritĂ© personnelle est pleine, pure et dĂ©licatement nuancĂ©e, les phrasĂ©s sont amples et la virtuositĂ© crĂąnement maĂźtrisĂ©e. Les pianissimo planent haut comme dans le plus pur belcanto, mais les accents peuvent se vivifier et monter en puissance comme par exemple dans certaines doubles cordes.
Le premier mouvement tempĂ©tueux et grandiose offre des moments puissants, la cantilĂšne du second mouvement est pleine de paix et de beautĂ©. Mais c’est le dansant troisiĂšme mouvement qui gagne en expressivitĂ© et en originalitĂ© sous la baguette audacieuse de Joseph Swensen. Il est rare d’entrer un telle modernitĂ© dans ce final et un tel accord entre la soliste, le chef et les musiciens. La dĂ©licate violoniste va revenir plusieurs fois saluer en rĂ©ponse aux acclamations du public et offre un dĂ©licat bis de Bach abordĂ© avec une grande puretĂ©, un peu dĂ©sincarnĂ©e. AprĂšs sa volcanique interprĂ©tation du concerto, ce retour vers plus de sĂ©rĂ©nitĂ© Ă©tait bienvenu.

Pour la deuxiĂšme partie du concert la premiĂšre symphonie de Sibelius semble avoir Ă©tĂ© composĂ©e pour cet orchestre tant les musiciens ont pu mettre en lumiĂšre leurs belles qualitĂ©s. DĂšs les premiĂšres notes du clarinettiste David Minetti, une magie mĂ©lancolique bouleversante a Ă©mu le public. Tant de beautĂ© dans ce solo : ce phrasĂ© ample et si finement nuancĂ© est d’une magie rare. La suite n’a Ă©tĂ© que splendeur orchestrale de chaque instant avec un Joseph Swensen trĂšs inspirĂ© qui ira jusqu’à chanter certains thĂšmes. L’orchestre en osmose donne Ă  cette partition toute sa modernitĂ© et ses audaces, sa puissance tellurique, maritime et cĂ©leste. Les couleurs fusent, les nuances explosent, les phrasĂ©s sont creusĂ©s profondĂ©ment ; l’ampleur du geste embrasse la grandeur de la partition. Un grand moment symphonique que le public a semblĂ© beaucoup apprĂ©cier.
Lorsque le chef est ainsi inspirĂ© et inspire les musiciens du Capitole, le public applaudit et dit son dĂ©sir d’apprendre Ă  aimer d’autres symphonies de Sibelius avec de tels interprĂštes. Une intĂ©grale des symphonies de Sibelius par Swensen Ă  Toulouse, Ă  la maniĂšre de ce qu’il a fait dans Mahler, serait une riche idĂ©e. Le public semble prĂȘt. A suivre.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le  18 Octobre 2019. Jean Sibelius (1865-1857) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur,Op.47; Symphonie n°1 en mi mineur,Op.39 ; Ye-Eun Choi, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Joseph Swensen, direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, les 29 sept * et 8 oct 2019. BELLINI : NORMA. REBEKA, KOLONITS, DEHAYES, BISANTI.

7 - Norma - Airam Hernandez (Pollione), Klara Kolonits (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco MaglioccaCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 29 septembre * et le 8 octobre. V. BELLINI. NORMA. A. DELBE. M. REBEKA. K. KOLONITS. K. DEHAYES. A. HERNADEZ. G. BISANTI. Ouvrir la saison nouvelle 2019 2020 du Capitole avec Norma relĂšve du gĂ©nie. Salles combles, public subjuguĂ©, succĂšs total. Une sainte trilogie que tout directeur de salle rĂȘve un jour de vivre. Christophe Gristi a rĂ©ussi son pari. Car il en faut du courage pour monter Norma et trouver deux cantatrices capables de faire honneur au rĂŽle. Nous avons eu la chance d‘avoir pu admirer les deux distributions. En dĂ©butant par Klara Kolonits, nous avons pu dĂ©guster la douceur du timbre, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la longueur de souffle de sa Norma. Sa blondeur donne beaucoup de lumiĂšre dans le duo final lorsque la bontĂ© et le sacrifice de Norma trouvent des accents sublimes. Norma, la dĂ©esse cĂ©leste, trouve dans l’incarnation de Kolonits, une beautĂ© douce et lumineuse d’une grande Ă©motion. Mais c’est sa consƓur, Marina Rebeka qui est une vĂ©ritable incarnation de Norma, dans toutes ses dimensions de cruautĂ©, de violence, de grande noblesse et de puretĂ© recherchĂ©e dans le sacrifice. (Photo ci dessus : Klara Kolonits et Airam Hernandez).

Au Capitole deux sensationnelles Norma et une sublime Adalgise :
c’est Bellini qui ressuscite.

9.1 - Norma - Marina Rebeka (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

La voix est d’une puissance colossale. La noirceur dont elle sait colorer un timbre trĂšs particulier rappelle d’une certaine maniĂšre La Callas dans son rĂŽle mythique. La voix large et sonore sur toute la tessiture sait trouver des couleurs de camĂ©lĂ©ons, ose des nuances affolantes ; les phrasĂ©s sont absolument divins. L’art scĂ©nique est tout Ă  fait convainquant et sa Norma sait inspirer la terreur, l’amour ou la pitiĂ©. Marina Rebeka est une Norma historique semblant rĂ©vĂ©ler absolument toutes les facettes vocales et scĂ©niques de ce personnage inoubliable.

En face de ces deux Norma, la blonde et la brune, la douceur et l’engagement amical de l’Adalgise de Karine Deshayes, sa constance sont un vĂ©ritable miracle. La voix est d’une beautĂ© Ă  couper le souffle sur toute la tessiture. Les phrasĂ©s belcantistes sont d’une infinie dĂ©licatesse. Les nuances, les couleurs sont en constante Ă©volution. Le chant de Karine Deshayes est d’une perfection totale. Le jeu d’une vĂ©ritĂ© trĂšs Ă©mouvante. Les duos avec Norma ont Ă©tĂ© les vĂ©ritables moments de grĂące attendus. Le « mira o Norma » arracherait des larmes Ă  des rocs.

 

 

9 - Norma - Karine Deshayes (Adalgisa), Marina Rebeka (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

En Pollione , Airam HernĂĄndez s’affiche avec superbe. La voix puissante est celle du hĂ©ros attendu et le jeu de l’acteur assez habile dans le final donne de l’épaisseur au Consul ; ce qui le rend Ă©mouvant. Le timbre est splendide. MĂȘme si le chant parait plus robuste que subtil, l’effet est rĂ©ussi. En Oroveso, BĂĄlint SzabĂł remporte la palme du charisme, vĂ©ritable druide autoritaire dont le retournement final fait grand effet. L’autre titulaire du rĂŽle, Julien VĂ©ronĂšse ne dĂ©mĂ©rite pas mais est plus modeste de voix comme de prĂ©sence, plus jĂ©suite que druide. La Clotilde d’Andrea Soare a un jeu remarquable et une voix claire et sonore qui tient face aux deux Norma si puissantes vocalement. L’orchestre du Capitole mĂ©rite des Ă©loges tant pour la beautĂ© des solos que pour son engagement total tout au long du drame.

Il faut dire que la direction de Giampaolo Bisanti est absolument remarquable. Il vit cette partition totalement et la dirige avec amour. Il en rĂ©vĂšle le drame poignant dans des gestes d’une beautĂ© rare. Il a une prĂ©cision d’orfĂšvre et une finesse dans le rubato tout Ă  fait fĂ©line. Il ose des forte terribles et des pianissimi lunaires.

Dans les duos des dames, il atteint au gĂ©nie sachant magnifier le chant sublime des deux divas. Le rĂȘve romantique a repris vie ce soir et Bellini a Ă©tĂ© magnifiĂ© par l’harmonie entre les musiciens, le chef et les solistes. Les chƓurs ont Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sents dans un chant gĂ©nĂ©reux et engagĂ©.

TRISTE MISE EN SCENE… La tristesse de la mise en scĂšne n’est pas arrivĂ©e Ă  cacher le plaisir des spectateurs. Pourtant quelle pauvretĂ©, quelle ineptie de faire dire un texte oiseux en français sur la musique avec la voix du pĂšre Fouras
 Pas la moindre poĂ©sie dans les dĂ©cors, du mĂ©tal froid, des pendrillons fragiles, des costumes d’une banalitĂ© regrettable. Qu’importe la ratage de l’entrĂ©e de Norma trop prĂ©coce, le final sans grandeur, ces chƓurs et ces personnages visibles sans raisons, la musique a tout rattrapĂ©.  Cela aurait pu me donner envie de prendre un permis de chasse pour certaine bĂȘte cornue ridicule et peut ĂȘtre pour le possesseur du tĂ©lĂ©phone coupable de sonner et pourquoi pas pour celles qui ne savent pas laisser Ă  la maison, semainiers et autres bracelets. Ce n’est jamais trĂšs agrĂ©able ces sons mĂ©talliques mais dans cette Norma musicalement si subtile, ce fĂ»t un vĂ©ritable crime.
Qu’importe ces vilains vĂ©niels, le succĂšs de cette ouverture de saison capitoline va rester dans les mĂ©moires !

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 29 septembre* et le 8 octobre 2019. Vincenzo Bellini (1801-1835) ; Norma ;  OpĂ©ra  en deux actes ; Livret  de Felice Romani ; CrĂ©ation  le 26 dĂ©cembre 1831 au Teatro alla Scala de Milan ; Nouvelle production ; Anne DelbĂ©e,  mise en scĂšne ; Émilie DelbĂ©e,  collaboratrice artistique ; Abel Orain  dĂ©cors ; Mine Vergez,  costumes ; Vinicio Cheli, lumiĂšres ; Avec : Marina Rebeka / KlĂĄra Kolonits*,  Norma ; Karine Deshayes,  Adalgisa ; Airam HernĂĄndez,  Pollione ; BĂĄlint SzabĂł / Julien VĂ©ronĂšse*,  Oroveso ; Andreea Soare,  Clotilde ; François Almuzara,  Flavio ; ChƓur du Capitole – Alfonso Caiani  direction ; Orchestre national du Capitole ; Giampaolo Bisanti, direction musicale / Photos : © Cosimo Mirco Magliocca / ThĂ©Ăątre du Capitole de Toulouse 2019

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 25 sept 2019. RĂ©cital E. LEONSKAJA, piano. Beethoven.

leonkaja-elisabeth-piano-jacobins-recital-concert-classiquenews-critique-pianoCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 25 septembre 2019. BEETHOVEN. E. LEONSKAJA. Nous avons eu la chance cette annĂ©e de pouvoir Ă©couter plusieurs grands pianistes capables de se lancer dans une intĂ©grale des sonates de Beethoven au concert, en plus d’admirables versions isolĂ©es bien entendu. Mais ce soir ce qui vient Ă  l’esprit de plus d’un, est de savoir comment la grande Elisabeth Leonskaja va s’y prendre pour jouer en un concert les trois derniĂšres sonates de Beethoven. Les banalitĂ©s fusent dans le milieu du piano classique comme celle de dire qu’à cet Himalaya du piano est dĂ» un respect admiratif qui frise la dĂ©votion. Disons le tout de go : la Leonskaja se transforme en Lionne-Sakja et ne fait qu’une bouchĂ©e de cet Himalaya. Daniel Barenboim a une tout autre attitude lui qui, Ă  la Philharmonie de Paris, nous a rĂ©galĂ©s dans d’autres sonates par un patient travail sur le style, les couleurs, le toucher exact entre classicisme et romantisme. François FrĂ©dĂ©ric Guy Ă  La Roque d’AnthĂ©ron est tout entier au service du message beethovĂ©nien, si humain et Ă©mouvant par la lutte qu’il a menĂ© pour vivre en sa dignitĂ© de gĂ©nie mutilĂ©. Elisabeth Leonskaja arrive en majestĂ© sur la scĂšne du cloĂźtre des Jacobins.

LA LIONNE-SKAJA FACE À BEETHOVEN EN SON HIMALAYA

Elle demandera au public une concentration extrĂȘme en jouant d’affilĂ©e les trois derniĂšres sonates sans entracte. Le choc a Ă©tĂ© atomique. En Lionne affamĂ©e, elle se jette sur les sonates et avec voracitĂ©, ose les malmener pour en extraire une musique cosmique. Comme une lionne qui le soir aprĂšs la chasse, aprĂšs s’ĂȘtre repue et s’ĂȘtre dĂ©saltĂ©rĂ©e au fleuve, regarde le ciel et tutoie les Ă©toiles dans un geste de dĂ©fi inouĂŻ. La grandeur de la vie avec sa finitude qui exulte face Ă  l’immanence ! De ce combat, il n’est pas possible de dire grand chose comme d’habitude ; dĂ©crire des mouvements, des thĂšmes, des dĂ©tails d’interprĂ©tation en terme de nuances, couleurs, touchĂ©s, phrasĂ©s.
 Si une intĂ©grale en disques se fait dans cette condition d’urgence, il sera possible d’analyser Ă  loisir. Pour moi ce soir est un dĂ©fit lancĂ© par la Grande Musicienne au public et Ă  la critique : osez seulement dire quelque chose aprĂšs ça ! Oui Madame j’ose dire que votre grande carriĂšre est couronnĂ©e par cette audace interprĂ©tative. Nous avons beaucoup aimĂ© vos concertos de Beethoven avec Tugan Sokhiev les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes ; nous attendons l’intĂ©grale promise en CD.
Nous savons que vous enregistrez beaucoup et en mĂȘme temps pas assez pour vos nombreux admirateurs. Nous avions eu la chance de nous entretenir avec vous et vous nous aviez dit que pour vous la plus grande qualitĂ© de l’interprĂšte est de savoir donner sans compter tout au long de sa carriĂšre. Ce soir, vous avez donnĂ© sans retenue, sans prudence, sans le garde-fou de la recherche d’exactitude stylistique.

Ce concert a Ă©tĂ© hors normes. Vous avez prouvĂ© une nouvelle fois que Sviatoslav Richter, qui vous a admirĂ©e dĂšs vos dĂ©buts, avait vu juste. Il savait que vous aviez cette indomptabilitĂ© totale tout comme lui. Le tempo, les nuances, la pĂąte sonore, la texture harmonique ; vous avez tout bousculĂ©, tout agrandi, tout magnifiĂ© et Beethoven en sort titanesque et non plus simplement humain. Une musique des sphĂšres, d’au-delĂ  de notre systĂšme d’entendement et pourtant jouĂ©e par deux mains de femme et composĂ©e par les deux mains d’un simple mortel. Ce fĂ»t un choc pour le public, un choc salvateur pour sortir d’une Ă©coute Ă©lĂ©gante, polie et qui endort les angoisses de l’ñme. Ce soir, de cette salvatrice bousculade Ă©motionnelle vous pouvez ĂȘtre fiĂšre. Vous avez tutoyĂ© le cosmos et nous avons essayĂ© de vous suivre. Bravo ; SacrĂ©e LIONNE-SKAJA.

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Compte-rendu concert. Toulouse. 40 Ăšme Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 25 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 30 en mi majeur, Op.109 ; Sonate pour piano n° 31 en la bĂ©mol majeur, Op.110 ; Sonate pour piano n° 32 en ut mineur Op.111 ; Elisabeth Leonskaja, piano. Photo d’ Elisabeth-Leonskaja-©Marco-Borggreve

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 24 sept 2019. RĂ©cital P. BIANCONI, piano. BRAHMS. DEBUSSY


COMPTE-RENDU, concert. Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 24 septembre 2019. BRAHMS. DEBUSSY. SCHUMANN. P. BIANCONI. Le pianiste français Philippe Bianconi a une extraordinaire carriĂšre internationale mais reste fidĂšle Ă  son public toulousain. Il ne cesse de dĂ©velopper son jeu et assume avec une grande musicalitĂ© bien des pans du rĂ©pertoire. Ses derniers enregistrements chez Dolce Volta de Debussy et Schumann sont absolument magnifiques. Ce soir Ă  ces deux compositeurs d’élection, il a ajoutĂ© les Fantaisies du vieux Brahms. Avec des moyens considĂ©rables Philippe Bianconi a offert toute la dimension symphonique et intimiste que les pages brahmsiennes peuvent contenir. La texture noble et les harmonies complexes ont Ă©tĂ© magnifiĂ©es par ce jeu souverain.

Philippe Bianconi, la délicate musicalité du poÚte

BIANCONI concert piano critique classiquenews Philippe-Bianconi-©William-BeaucardetEnsuite les Etudes de Debussy reprĂ©sentent Ă  la fois un hommage Ă  Chopin et une recherche d’expression puissante qui rappelle que ces pages ont Ă©tĂ© Ă©crites durant la premiĂšre guerre mondiale par un Debussy abattu par la tournure des Ă©vĂ©nements. La clartĂ© du toucher de Philippe Bianconi est bien connue. Son jeu permet de percevoir tous les plans, toutes les couleurs et toutes les nuances avec une prĂ©cision de chaque instant. Les difficultĂ©s techniques parfois redoutables sont assumĂ©es avec une impression de grande facilitĂ©. La modernitĂ© de la partition en est magnifiĂ©e. AprĂšs l’entracte Philippe Bianconi va sur les terres oĂč il excelle : celles de Schumann. Les cinq variations posthumes sont des pages injustement retranchĂ©es par Schumann Ă  ces variations symphoniques tant leur beautĂ© est grande. IsolĂ©es ainsi, elles sont trĂšs dĂ©monstratives de la variĂ©tĂ© de styles de Robert Schumann. Philippe Bianconi en rĂ©vĂšle toute la poĂ©sie et tout particuliĂšrement lorsqu’il fait chanter son piano de la plus belle maniĂšre, dans des nuances d’une grande subtilitĂ©. C’est lĂ  que la dimension poĂ©tique rare de son jeu exulte. Les deux derniĂšres variations sont Ă  ce titre les plus extraordinaires en leur simplicitĂ© belcantiste pleine de poĂ©sie. Puis la Fantaisie en ces trois mouvements nous entraĂźne plus avant dans la beautĂ© totale du jeu de Philippe Bianconi. Les respirations qu’il y met en jouant nous donnent l’impression d’une grande libertĂ© et d’une belle facilitĂ©.
Le souffle romantique qui habite la partition trouve dans l’interprĂ©tation de ce soir toute la flamme que Schumann essayait de contraindre lorsque le pĂšre de Clara interdisait aux amoureux toute forme de contact. Cette fantaisie est l’exemple le plus rĂ©ussi de la tentative d’union de tous les penchants opposĂ©s de l’ñme de Schumann entre contemplation et action, rĂ©volte et abattement, amour fou et dĂ©sespoir total, amour-fusion et sentiment d’abandon.
La grande beautĂ© de ce monde si complexe trouve Ă  s’épanouir dans une souplesse et une Ă©lĂ©gance de chaque instant. Philippe Bianconi livre la dimension poĂ©tique de cette partition Ă  travers le filtre de son Ăąme de poĂšte. Le public enthousiasmĂ© par ce jeu si Ă©vident fait une triomphe Ă  Philippe Bianconi qui gĂ©nĂ©reusement offre deux bis sublimes ; d’abord une Ile joyeuse de Debussy d’une totale libertĂ© et dans une clartĂ© radieuse ; et un peu de Chopin pour nous rappeler quel extraordinaire interprĂšte il est Ă©galement du compositeur polonais. Un concert marquĂ© par une poĂ©sie particuliĂšre surtout celle de Schumann mais Ă©galement la force et la rĂ©volte de Debussy en pleine guerre. Une autre  forme d’excellence ce soir Ă  Piano aux Jacobins avec Philippe Bianconi en poĂšte inspirĂ©.

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‹Compte-rendu concert. Toulouse. 40 Ăšme Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 24 septembre 2019.  Johannes Brahms (1833-1897) : Fantaisies Op. 116 ; Claude Debussy (1862-1918) : Etudes-Livre II ; Robert Schumann (1810-1856) : Cinq variations posthumes Op.13 ; Fantaisie en ut majeur Op.17/ Philippe Bianconi, piano. Photo : Philippe-Bianconi © William-Beaucardet

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM.

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM. Pour ce 40Ăšme festival de Piano aux Jacobins les grands pianistes se succĂšdent Ă  un rythme soutenu et mĂȘme en choisissant avec soin, la splendeur continuellement renouvelĂ©e, ( cf. nos quatre compte rendus JACOBINS 2019 prĂ©cĂ©dents), semble un miracle de stabilitĂ© dans notre monde en folie : une diffĂ©rente sorte d’excellence chaque soir !  De telles soirĂ©es aident Ă  supporter les journĂ©es 
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Adam Laloum aux Jacobins

poÚte sensible habité par la musique.

laloum piano harald hoffmann concert critique classiquenewsAdam Laloum est peut-ĂȘtre parmi ces immenses pianistes celui qui se tient Ă  une place Ă  part, celle du coeur. Du moins pour moi ce concert l’aura Ă©tĂ©. Je connais bien la musicalitĂ© fine de ce pianiste depuis bientĂŽt dix ans et je sais comment chaque fois j’en suis Ă©merveillĂ©. Que ce soit en soliste, en chambriste, en concertiste. Le rĂ©cent festival de Lagrasse le montre en dĂ©licat chambriste, son rĂ©cent concert de concertos de Mozart Ă  la Roque d’AnthĂ©ron en a Ă©bloui plus d’un par sa musicalitĂ© mozartienne Ă©panouie, (concert Ă  la rĂ©Ă©coute sur France Musique). Ce soir dans l’auguste CloĂźtre des Jacobins aprĂšs tant de somptueux artistes, Adam Laloum a offert un concert parfaitement construit, dans un rĂ©pertoire qui lui convient Ă  la perfection. Ce concert est frĂšre de celui de Silvacane en 2017, (voir notre compte rendu) entre Beethoven et Schubert.
La Sonate n° 28 de Beethoven est une grande sonate, une Ɠuvre de la maturitĂ© de toute beautĂ©. Le grand final en forme de fugue est une vĂ©ritable apothĂ©ose. Adam Laloum en domine parfaitement toutes les fulgurances en rajoutant une qualitĂ© de nuances et de couleurs d’une infinie variĂ©tĂ©. Le Beethoven de Laloum a toujours la primautĂ© du sens sans rien lĂącher sur la forme. Il cisĂšle chaque phrase et l’enchĂąsse dans le mouvement puis dans la sonate entiĂšre. Cette conscience de la structure sur tous ces niveaux, la lisibilitĂ© qu’il apporte au public, sont des qualitĂ©s bien rares. À prĂ©sent la pĂąte sonore d’Adam  Laloum a gagnĂ© en richesse. La beautĂ© des sons surtout l’ambitus sont proprement incroyables. La rondeur des graves, leur puissance sans aucune violence font penser Ă  l’orgue.

AprĂšs cet hommage au vĂ©ritable pĂšre de la Sonate pour piano, la Grande Humoresque de Schumann ouvre un pan entier au romantisme le plus sublime. Le dĂ©but dans une nuance piano aĂ©rienne nous fait entrer dans la magnifique vie imaginaire de Schumann. Le bonheur, la paix puis la fougue, la passion malheureuse. PiĂšce rarement jouĂ©e en concert, elle met en valeur les extraordinaires qualitĂ©s d’Adam Laloum. Il en avait dĂ©jĂ  offert une belle version au disque mais ce soir l’évolution de l’interprĂ©tation est majeure. Capable de nous livrer et la structure quadripartite de l’oeuvre et sa fantaisie dĂ©bridĂ©e nĂ©cessitant beaucoup d’invention dans le jeu pianistique. Les partis pris du jeune musicien tombent chaque fois Ă  propos avec une beautĂ© Ă  couper le souffle. Un vrai engagement d’interprĂšte et une virtuositĂ© totalement maitrisĂ©e rendent l’instant sublime.

Mais ce qui va vĂ©ritablement faire chavirer le public est son interprĂ©tation unique de l’avant derniĂšre sonate de Schubert. La D.959 est jouĂ©e avec une fougue et une tendresse incroyables. Schubert, qui dans le deuxiĂšme mouvement chante le bonheur Ă  portĂ©e de main mais qui s’enfuit, trouve dans le jeu d’Adam Laloum 
 une deuxiĂšme vie. Les nuances sont subtilement dosĂ©es et le cantabile se dĂ©ploie comme le faisait Montserrat Caballe avec ses phrases de pianissimi sublimes dans Bellini et Donizetti. Car les pianissimi sont d’une couleur suave certes mais surtout d’une plĂ©nitude incroyable. Jamais de duretĂ© ni d’aciditĂ©. Toujours une onctuositĂ© belcantiste. Ce deuxiĂšme mouvement Andantino, l’un des plus beaux de Schubert, avec sa terrible tempĂȘte centrale, est un pur moment de magie sous les mains si expertes d’Adam Laloum. Le Scherzo nous entraĂźne dans quelques danses qui deviennent vĂ©ritablement fougueuses et heureuses Ă  force de tournoyer sur elles mĂȘme dans des variations que l’on aimerait perpĂ©tuelles tant elles sont belles. Le long rondo final n’est que tourbillon de gaietĂ© et d’envie de vivre. Tout coule, avance ; les nuances pleinement assumĂ©es, les phrasĂ©s variĂ©s Ă  l’envie en font une vraie musique du bonheur que quelques modulations assombrissent un court instant. Le bonheur de Schubert est aussi vaste que sa mĂ©lancolie. Aujourd’hui, Adam Laloum est probablement le plus Ă©mouvant interprĂšte de Schubert. Un vrai compagnon d’ñme du Frantz Schubert que ses amis aimaient tant lors des schubertiades. Dans les rappels du public qui se terminent en standing ovation il revient Ă  Schubert. Un vrai bonheur partagĂ© !

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Compte-rendu concert. Toulouse. 40Úme Festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°28 en la bémol majeur,Op.101 ; Robert Schumann (1810-1856) : Grande Humoresque en si bémol majeur ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur, D.959 ; Adam Laloum, piano. Photo : © Harald-Hoffmann

LIRE aussi

Compte rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 14 aoĂ»t 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum

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COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. W.A.MOZART. F.SCHUBERT, D.FRAY.

COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. W.A. MOZART. F. SCHUBERT, D.FRAY. Quelle diffĂ©rence de prĂ©sentation du jeune pianiste Ă  son public toulousain entre son dernier concert Ă  la Halle aux Grains en novembre 2018, dans les concertos de Bach pour plusieurs claviers et ce soir 
 dans ce rĂ©cital solo aux Jacobins. Si la joie et l’enthousiasme dominaient sa derniĂšre apparition, ce soir dans le CloĂźtre des Jacobins, c’est un homme sombre et tendu qui se met au clavier. Le choix du programme a dĂ» avoir son importance car les trois partitions de Mozart qui ouvrent le programme sont trĂšs particuliĂšres. Toutes trois font partie des derniĂšres piĂšces Ă©crites par Mozart pour son cher piano et si il est acquis que Mozart n’est pas vu comme un compositeur rĂ©volutionnaire, ce rondo en la mineur et surtout cette fantaisie en do mineur dans leur isolement sont des oeuvres Ă©minemment personnelles dĂ©jĂ  par leurs tonalitĂ©s mineures mais aussi dans leur forme.

Piano romantique aux Jacobins


David Fray chantre du  Sturm und Drang

David-Fray-©Paolo-RoversiEt la Sonate n°14 contemporaine de la Fantaisie n’est pas si classique tant elle est traversĂ©e par une mĂ©lancolie profonde. David Fray en musicien sensible semble gagnĂ© par une inquiĂ©tude que son jeu magnifie. La Fantaisie est plus ombreuse que lumineuse et la Sonate se garde bien de paraĂźtre aimable. Le tragique est tapis dans l’ombre mĂȘme lorsque la lumiĂšre luit. Les graves sont nobles et profonds et le chant se fait trĂšs sensible et douloureux par moments. Un peu de duretĂ© se perçoit dans certains accords surtout dans le final de la sonate, tant le tragique domine cette interprĂ©tation. En DeuxiĂšme partie de programme le Rondo de Mozart est Ă©galement rempli de drame mais devient plus aimable. Le Mozart de David Fray, celui de ces Ɠuvres lĂ , est donc grave, inquiet et trĂšs mĂ©lancolique. Comme si le Sturm und Drang avait pris une place centrale. Bien que ce mouvement littĂ©raire n’ai pas durĂ© bien longtemps, la musique si profonde de Mozart en est l’exemple musical le plus probant. D’autres diraient que cette musique est prĂ©-beethovĂ©nienne…  Je trouve cela trop rĂ©ducteur pour chacun des deux gĂ©nies.  La Sonate n°16 de Schubert est plus Ă©quilibrĂ©e entre joie et peines. Elle permet davantage de surprises au dĂ©tours des changements de tonalitĂ©s. David Fray qui aime tant Schubert, sait le jouer avec cette libertĂ© du promeneur qui se laisse sĂ©duire par le paysage, oubliant sa solitude humaine fondamentale. Voici donc un dĂ©but de concert trĂšs sombre qui Ă©volue vers davantage de lumiĂšre. Le public trĂšs aimant lui fait un vrai triomphe et dans les 3 bis David Fray se (et nous) rĂ©conforte avec du Bach qui semble lui apporter paix et joie. Trois Ɠuvres sublimes apportant la sĂ©rĂ©nitĂ© et rendant le sourire au pianiste.

Compte-rendu concert. Toulouse. 40Úme Festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en do mineur KV.475 ; Sonate pour piano n°14 en do mineur KV.457 ; Rondo en la mineur K.511 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n°16 en la mineur D.845. David Fray, piano. Photo : David Fray © Paolo-Roversi