Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 20 décembre 2015. Concert de Noël. Rossini, Donizetti, Saint-Saëns, Chabrier, Bernstein, Lopez, Delibes, Offenbach, Verdi. Isabelle Philippe, soprano, Blaise Rantoanina, ténor, François Marie Drieux, violon, Jean Marie Trotereau, violoncelle. Orchestre Poitou Charentes. Adrien Perruchon, direction.

Pour clôturer cette semaine de l’avent, au cour de laquelle nous avons rencontré le chef d’orchestre Adrien Perruchon et la soprano Isabelle Philippe, nous avons assisté en ce 20 décembre au dernier des quatre concerts de Noël prévus entre jeudi dernier et dimanche. Après le bref raccord d’usage, le public venu nombreux, prend place, en famille ; il y a beaucoup d’enfants dont certains très jeunes, affichent des yeux déjà impatients.

Un très beau succès pour le concert de Noël du Théâtre Auditorium

rantoanina-blaise-tenor-chant-opera-bellini-concert-classiquenewsUne fois l’orchestre installé et le chef monté sur son podium, les musiciens entament avec entrain l’ouverture de La scala di seta, l’un des opéras en un acte de Gioacchino Rossini (1792-1868). Adrien Perruchon, dont c’est la première saison en tant que chef d’orchestre, déploie une maîtrise exemplaire et dirigeant son orchestre avec brio et souplesse. Digne élève d’Esa Pekka Salonen et de François-Xavier Roth, qu’il assiste à Cologne, le jeune maestro Perruchon n’imite jamais ses maîtres. Il met en place un style, rigoureux mais souple ; une gestuelle précise, claire, nette qui lui sont propres. Dans le Rossini qui suit, Isabelle Philippe, très en forme, chante «Una voce poco fa» du Il barbiere di Siviglia) dans sa version pour soprano ; Isabelle Philippe maîtrise parfaitement les redoutables vocalises rossiniennes et couvre aisément la large tessiture de Rosina, nous gratifiant, au passage, d’aigus superbes et bien projetés. Seul bémol : Adrien Perruchon a parfois du mal à contrôler ses musiciens ; l’orchestre couvre la chanteuse à une ou deux reprises. En ce qui concerne «Glitter and be gay», délire proche de l’hystérie extrait de Candide de Léonard Bernstein (1918-1990), la diva Philippe nous montre aussi ses talents de comédienne. Et si dans Lakmé de Delibes, elle ensorcelle son public, l’aigu final est quelque peu tendu et à peine tenu. Malgré ces imperfections, la diction est excellente quelque soit la langue dans laquelle elle chante.

La surprise vient du tout jeune ténor malgache Blaise Rantoanina. Encore étudiant au Conservatoire de Paris, il chante «Una furtiva lagrima» de l’Elisir d’amore de Gaetano Donizetti (1797-1848) avec une sensibilité et une maîtrise dignes des plus grands Nemorino passés et présents. Avec «Rossignol de mes amours», extrait du Chanteur de Mexico, le jeune chanteur montre une réelle capacité à changer de répertoire et à jouer la comédie. Dans le duo «Happy we» (Candide), Isabelle Philippe et Blaise Rantoanina ne peuvent qu’esquisser un début de comédie tant il est court (tout juste deux minutes de musique). C’est avec le «Duo de la mouche» extrait d’Orphée aux enfer de Jacques Offenbach (1819-1880) qu’ils se libèrent enfin, affirmant l’un comme l’autre, leur vis comica.

Si Adrien Perruchon accorde la priorité à la musique vocale (opéra, opérette, oratorio essentiellement), il n’oublie pas pour autant la musique instrumentale. Ainsi a-t-il programmé deux œuvres qui ont le mérite de montrer deux compositeurs plus connus, l’un et l’autre, comme compositeurs d’opéra. Pour la première pièce, il y a une courte interruption, pour préparer le plateau et, permettre aux solistes de s’installer à leur aise. Après ce bref interlude, le violoniste François-Marie Drieux, violon solo de l’Orchestre Poitou Charentes, et Jean-Marie Trotereau, son premier violoncelle, jouent brillamment «La muse et le poète» de Camille Saint Saëns (1835-1921). Adrien Perruchon accompagne ses deux solistes avec maestria, les laissant exprimer leur virtuosité et leur talent avec sensibilité et sobriété. Complices, les deux hommes dialoguent en toute simplicité. Avec «La fête polonaise» -Le Roi malgré lui d’Emmanuel Chabrier (1841-1894)-, l’orchestre se lance dans une fête endiablée, parfaitement maîtrisée par Perruchon, qui dirige avec une jubilation communicative.

Enchanté par ce qu’il vient d’entendre, le public réserve un accueil enthousiaste aux deux chanteurs, qui reviennent pour donner, en bis, le Brindisi de La traviata de Giuseppe Verdi (1813-1901). Ils sont accompagnés par le public et un orchestre très en forme parfaitement dirigé par Adrien Perruchon. Concert de Noël éclectique et intensément défendu, qui révèle aussi le talent prometteur du jeune ténor Blaise Rantoanina aux côtés des plus expérimentés, et convaincants, Isabelle Philippe, François Marie Drieux et Jean Marie Trotereau.

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 20 décembre 2015. Concert de Noël. Gioacchino Rossini (1792-1868) : La scala di seta (ouverture), Il barbiere di Siviglia (Una voce poco fa), Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’elisir d’amore (Una furtiva lagrima), Camille Saint Saëns ( 1835-1921) : La muse et le poète pour violon et violoncelle, Emmanuel Chabrier (1841-1894) : Le roi malgré lui (fête polonaise), Léonard Bernstein (1918-1990) : Candide (Glitter and be gay, Happy we), Francis Lopez (1916-1995) : Le chanteur de Mexico (Rossignol de mes amours), Léo Delibes : Lakmé (air des clochettes), Jacques Offenbach (1819-1880) : Orphée aux enfers (Duo de la mouche), Giuseppe Verdi (1813-1901) : La traviata (Brindisi, bis). Isabelle Philippe, soprano, Blaise Rantoanina, ténor, François Marie Drieux, violon, Jean Marie Trotereau, violoncelle. Orchestre Poitou Charentes. Adrien Perruchon, direction.

Compte rendu, opéra. Poitiers. CGR Castille en direct de Milan. Verdi : Giovanna d’Arco, opéra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’après le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’Orléans». Anna Netrebko, Anna, Francesco Meli, Carlo VII, Devid Cecconi, Giacomo … Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scène; Agostino Cavalca, costumes; Christophe Forey, lumières; Christian Fenouillat, décors; Leah Hausman, chorégraphies; Etienne Guiol, vidéos.

Avec l’abandon de sa collaboration avec le Royal Opera House de Londres, les cinémas CGR de la région-Poitou Charentes en général et de Poitiers en particulier n’ont plus de partenariat squ’avec les grandes scènes lyriques italiennes. C’est ainsi que nous avons pu voir hier en direct, l’ouverture de la saison lyrique de la plus prestigieuse d’entre elles : la Scala de Milan. Pour cette saison 2015 / 2016, La Scala présente un opéra très méconnu de Giuseppe Verdi (1813-1901) : Giovanna d’Arco. Pour cette œuvre, Verdi et son librettiste, Temistocle Solera, se sont inspirés du livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’Orléans». Absente de la scène milanaise depuis cent cinquante ans, Giovanna d’Arco y revient estampillée du label «nouvelle production». Dans le rôle-titre, la diva verdienne Anna Netrebko en très grande forme. Quant à la mise en scène, elle a été confiée à un duo français : Mosche Leiser et Patrice Caurier.

 

Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco

La Scala ressuscite Giovanna d’Arco des cartons après … 150 ans d’absence à Milan

 

La mise en scène, justement, est quelque peu étrange. Se basant sur la faiblesse, réelle cependant, du livret les deux metteurs en scène ont placé l’action au XIXe siècle dans ce qui ressemble étrangement à un hôpital psychiatrique version bourgeoise. Dans cette optique nous ne quittons jamais vraiment la chambre de la jeune fille qui se prend pour Jeanne d’Arc. De temps en temps, le mur de fond bouge pour permettre au choeur ou aux solistes d’aller et venir sauf dans le premier acte où il est totalement ouvert juste après la victoire de Jeanne et de Charles. Ce qui sauve l’ensemble, ce sont les lumières superbes de Christophe Foret et les chorégraphies de Leah Hausman : la danse des démons lors du duo Carlo/Giovanna est une réussite malgré la crudité de la scène. Les derniers épisodes de l’opéra sont hors sujet. Quelle drôle d’idée de laisser Giovanna sur la scène pendant que son père commente l’ultime bataille dans laquelle elle trouve la mort en sauvant le roi de France. Quant à la mort de Giovanna, elle est un peu bizarre, voire totalement hors sujet. Comme on ne sait plus vraiment si on est sur le champs de bataille du XVe siècle ou dans un hôpital psychiatrique du XIXe siècle, les metteurs en scène font mourir Giovanna, en une scène de la folie de la jeune fille qui se prenait pour la pucelle. Quant aux costumes à part ceux de Giacomo, qui reste résolument au XIXe siècle et de Carlo qui est un peu trop doré détonnant ainsi sur la scène de la Scala, ils vont plutôt bien aux personnages. Dans un tel mélange d’époques et de styles, seul le choeur est bien servi avec des costumes XVe superbes.

 

 

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Vocalement en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Anna Netrebko qui campe Giovanna est éclatante de santé. La voix est somptueuse et la soprano russe utilise son instrument avec une maîtrise quasi parfaite donnant à la jeune héroïne une puissance bienvenue. Si Netrebko a fait de grand progrès comme actrice, elle révèle cependant de sérieux soucis concernant la diction pas toujours très nette. Face à elle, Francesco Meli incarne un Carlo VII flamboyant. Si nous regrettons qu’il soit affublé d’un costume et d’un maquillage excessivement dorés, – trop de dorure tue la dorure-, la voix est chaleureuse, ronde, puissante ; la tessiture correspond parfaitement au rôle. Survolté le jeune ténor donne à Carlo un charisme très fort qui manquait cruellement au véritable Charles VII dans les premières années de son règne. Le cas de Devid Cecconi (Giacomo) est un peu particulier. Appelé par la Scala pour la pré-générale, la générale et l’ante-prima (réservée au jeune public) pour remplacer Carlos Alvarez souffrant qui se contentait de jouer, il a été rappelé en catastrophe pour remplacer son collègue atteint par une bronchite carabinée et interdit de scène juste avant la première par le médecin qui l’a ausculté. Dans ces circonstances, si particulières nous passerons rapidement sur une performance scénique très en-deça de celle de ses deux collègues survoltés par un public tout acquis à leur cause. Il faut quand même bien reconnaître que ce pauvre Giacomo n’est servi ni par la mise en scène ni par son costume XIXe. Vocalement en revanche, Cecconi n’a rien à envier à Alvarez, qu’il remplace très avantageusement, ni à ses partenaires. Et d’ailleurs le public a si bien compris la situation qu’il a acclamé le jeune baryton autant que les deux autres chanteurs. Saluons rapidement le Talbot très honorable de Dmitry Beloselskiy et la trop brève apparition de Michele Mauro (Delil). Dernier personnage de cette Giovanna d’Arco : le choeur de la Scala. Il a été parfaitement préparé par son chef que ce soit pour ses interventions hors scène, les plus difficiles, ou sur scène.

Dans la fosse c’est Riccardo Chailly qui prend en main l’orchestre de la Scala. Excellent musicien et fin connaisseur des opéras de Verdi, le chef, dont nous avions d’ailleurs salué le superbe concert d’ouverture du festival Verdi de Parme en 2013, prend ses musiciens en main avec une belle autorité. La direction de Chailly, qui inaugure ainsi ses prises de fonction comme nouveau directeur musicale de La Scala, est dynamique, juste, sans défaillance. Très attentif à ce qui se passe sur la scène, il veille à ne jamais couvrir ses chanteurs et les accompagne avec un soin tout particulier, ciselant chaque note, chaque phrase tel un magicien soignant ses tours.

Ainsi, nonobstant une mise en scène qui se trouve un peu entre la poire et le dessert, la nouvelle Giovanna d’Arco est musicalement superbe avec un trio complètement survolté. Le pari est d’autant plus grand que cet opéra de Verdi ne renait de ses cendres que depuis peu d’années. Notons aussi qu’il s’agit d’un retour important et très attendu étant donné que Giovanna d’Arco n’avait pas été donnée à la Scala de Milan depuis … 1865. Dans de telles conditions, nous aurions apprécié de voir une mise en scène plus sobre. Il y a néanmoins un vrai travail de réflexion, et nous aurions préféré qu’elle soit effectivement située à l’époque à laquelle se déroule l’histoire et non dans un obscur hôpital psychiatrique du XIXe siècle avec des allers-retours au XVe siècle qui ajoute de la confusion.

Compte rendu, l’opéra au cinéma. Poitiers, CGR Castille en direct de Milan. Giuseppe Verdi (1813-1901): Giovanna d’Arco, opéra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’après le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’Orléans». Anna Netrebko, Anna; Francesco Meli, Carlo VII; Devid Cecconi, Giacomo; Dmitry Beloselskiy, Talbo;, Michele Mauro, Delil. Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scène; Agostino Cavalca, costume; Christophe Forey, lumières; Christian Fenouillat, décors; Leah Hausman, chorégraphies; Etienne Guiol, vidéos.

Hervé Niquet : portrait & entretien. Défrichement et pédagogie

PORTRAIT et entretien. Hervé Niquet : La renaissance du Concert Spirituel, défrichement et pédagogie. A l’occasion de son passage à l’Abbaye aux Dames de Saintes où il dirige un concert du Jeune Orchestre de l’Abbaye, Hervé Niquet a accepté de nous recevoir pour évoquer son parcours avec le Concert Spirituel, l’orchestre qu’il a fondé en 1987, ses projets mais aussi son travail avec le JOA, cet orchestre constitué de jeunes instrumentistes fraîchement diplômés venus du monde entier afin de travailler avec des chefs de renommée internationale dans la maîtrise des instruments anciens.

Niquet herveLe Concert Spirituel. Le premier Concert Spirituel est né en 1725 et a disparu en 1793, pendant la Révolution française. Hervé Niquet qui nous reçoit à l’Abbaye aux Dames, alors qu’il s’apprête à diriger les jeunes instrumentistes du collectif local, le Jeune Orchestre de l’Abbaye, précise : «Je souhaitais fonder mon propre ensemble. Après de multiples recherches, le principe de cet orchestre, spécialisé dans la musique française, m’a interpellé.» Et d’ajouter : «La musique française, à commencer par les grands motets, est largement délaissée par de nombreux musiciens. Il est vrai aussi que monter les grands motets demande un important travail aussi exigeant que la préparation d’un opéra». Le chef conclut : «Il y a un grand nombre d’oeuvres, surtout dans le répertoire baroque français, à découvrir ou à redécouvrir». Depuis 1987, le Concert Spirituel est devenu un ensemble de premier plan défrichant, sous la direction de son chef et fondateur, le répertoire français du XVIIe siècle au XIXe siècle.

Les projets. Après la sortie du CD Herculanum, opéra oublié de Félicien David (1810-1876) et du Gloria d’Antonio Vivaldi (1678-1741) Hervé Niquet ajoute Don Quichotte chez la duchesse opéra bouffon sorti en DVD le 17 novembre; cela permettra de voir ou de revoir la mise en scène de Shirley et Dino». Il ajoute: «J’irai peut-être en Grande Bretagne pour diriger Herculanum; après l’important travail de recherche critique, musicologique et scientifique que cela représente, je suis ravi qu’il soit reconnu. Je regrette cependant que cela soit d’abord en Grande Bretagne et pas en France ». Et concernant le succès public et critique d’Herculanum : «Cela est gratifiant pour nous tous bien sûr» souligne-t-il, avec un bref sourire.

France Musique. Très actif, Hervé Niquet a aussi un chronique dans la Matinale de France Musique. «Je n’y suis que cinq minutes par semaine.». Il poursuit : «Cela demande un travail de réflexion et d’écriture; mais cela permet aussi de faire partager, même brièvement un peu de notre vie d’artistes; une vie difficile certes mais choisie».

Saintes : Le Jeune Orchestre de l'Abbaye se révèle en 2 concertsLe Jeune Orchestre de l’Abbaye. Pour Hervé Niquet ce n’est pas une première : «Je suis déjà venu il y a quatre ans. C’est une expérience que je renouvelle avec plaisir. Le JOA regroupe de jeunes professionnels encore malléables; pour eux travailler avec des chefs différents à chaque fois leur permet d’acquérir une expérience nécessaire pour plus tard, lorsqu’ils intégreront d’autres orchestres.». Et d’ajouter : «Cela me permet aussi de faire «mon marché» pour le Concert Spirituel». Hervé Niquet conclue : «J’attends un haut niveau professionnel et qualitatif de leur part». Et en effet, lors du raccord qui suit notre entretien, le chef travaille et retravaille les passages des trois œuvres au programme du concert (Gossec, Hérold, Mozart), en particulier les passages qui posent le plus de problèmes. Si Hervé Niquet reprend ses musiciens avec humour, il n’en reste pas moins intransigeant, remettant sur le métier, et jusqu’à la dernière minute, cette musique française qu’il aime tant ciseler, avec une implacable rigueur.

herold-ferdinand-louis-portrait-620Le programme du concert. Les trois compositeurs programmés sont tous emblématiques du XVIIIè, mais aussi du premier romantisme symphonique qui reste à redécouvrir en particulier en France. En ce qui concerne François-Joseph Gossec (1734-1829), Hervé Niquet explique : «Gossec est le plus âgé des trois compositeurs du concert de ce soir. D’origine belge, il s’est installé en France qui est rapidement devenue sa patrie. Sa musique, qui s’est intégrée facilement au répertoire français est certes complexe mais aussi très audacieuse.». A propos de Louis Ferdinand Hérold (1791-1833) : «Hérold est un concentré de tout ce qui a précédé. Il y a, dans sa musique, un mélange des techniques de composition héritées de Mozart, Beethoven, Haydn ou Gossec; mais, même s’il est à la croisée des chemins, il innove et sa musique, plaisante, apparemment simple, est complexe, variée, bouillonnant de thèmes et donc très difficile à jouer. A sa manière Hérold préfigure ce que sera Wagner quelques décennies plus tard.». En ce qui concerne Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) il ajoute : «Mozart, lui, il ne s’inspire de personne. Il écoute, rencontre du monde et ingurgite sans efforts. Il a rencontré Gossec lors de son séjour à Paris; ils sont devenus amis lors de ce séjour en France.».

Hervé Niquet, grand défricheur de chefs d’oeuvres oubliés devant l’Eternel contribue depuis de longues années à la renaissance de tout un pan de la musique française depuis la période baroque jusqu’au début du XXe siècle. L’excellent musicien se dévoile à Saintes, fin pédagogue et chef exigeant ; en pilote loquace, argumenté, perfectionniste, il pousse ses jeunes musiciens dans leurs ultimes retranchements pour les amener à s’épanouir et à hausser un peu plus haut leur niveau. A être réactifs, efficaces, concentrés, participatifs. Il le dit d’ailleurs très clairement : «Ce sont de jeunes professionnels qui auront à faire à des chefs exigeants quant à la qualité. Ils devront être au niveau tout de suite». L’excellence instrumentale et interprétative des jeunes musiciens passe par Saintes. Sous la direction d’Hervé Niquet, les jeunes élèves auront atteint une nouvelle marche dans le long apprentissage qui mène parfois à la perfection musicale.

CD : les derniers cd d’Hervé Niquet

LIRE notre compte rendu critique d’Herculanum (avec le Brussels Philhamronic, où brille le diamant vocal de l’excellent Nicolas Courjal)

LIRE notre compte rendu du Gloria de Vivaldi (CLIC de classiquenews de novembre 2015). Les chanteuses du Concert Spirituel renouvellent notre connaissance de la ferveur vénitienne vivaldienne avec un ton saisissant de sincérité collective…

Compte rendu, opéra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Mozart : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tiré de la pièce d’Auguste Caron de Beaumarchais : Le mariage de Figaro ou la folle journée. Yuri Kissin, Figaro ; Camille Poul, Susanna ; Thomas Dolié, il conte d’Almaviva ; Diana Axentii, la contessa d’Almaviva… Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?Ayant migré de l’hôtel Saint-Nicolas, où nous avons rencontré deux des chanteurs de la distribution, vers La Coursive, le théâtre de La Rochelle, nous avons pris place dans la grande salle où, à notre arrivée, les musiciens s’installaient dans la fosse l’un après l’autre pour accorder leurs instruments. La représentation de ce mercredi 18 novembre est la quatrième d’une tournée qui compte vingt quatre dates dont plusieurs à l’étranger. Pour ce début de tournée, Emmanuelle De Negri initialement invitée pour chanter le rôle de Susanna est remplacée par la jeune soprano Camille Poul.

Noces pétillantes à La Rochelle

La mise en scène de ces Noces de Figaro a été confiée au bulgare Galin Stoev. S’il transpose l’action dans une Séville qui se situe quelque part au XXe siècle, la direction d’acteurs et la scénographie sont décortiqués scène par scène. Ainsi le caractère et la personnalité de chaque personnage apparaît dans leurs gestes et attitudes. Ainsi les sentiments contradictoires du quatuor principal ne transparaissent pas seulement dans leur chant mais aussi sur leurs visages; Les personnages secondaires ne sont pas oubliés pour autant. La volonté d’ingérence de Basilio dans les affaires d’autrui est plus visible que de coutume, le bégaiement de Curzio est exagérément accentué. Quant au couple Marcellina/Bartolo, il est à la fois parfaitement retors et totalement humain; et si Chérubin est un incorrigible dragueur, il n’oublie pas de rester un adolescent ; il en est de même pour Barberine. Pour autant la scène du mariage a telle bien sa place dans une piscine, aussi factice soit elle ? Si certains costumes, comme le pantalon orange de Basilio ou l’ensemble détonnant de Marcellina, sont parfois un peu voyants, ils correspondent plutôt bien aux personnages (costume/cravate, robe et tablier de soubrette, ensemble bleu …).

Les décors sont assez réussis et les cabines en plexiglass amovibles qui permettent d’accentuer encore les situations en permettant aux personnages d’aller et venir à volonté : le comte qui court après tout ce qui a une jupe, Chérubin incorrigible garnement, Susanna rangeant le linge de sa patronne, la comtesse languissante et révoltée, secouée par le récit de sa servante se fondent bien dans l’ensemble… Pendant toute la soirée, on voit que l’intense travail de répétition avec les chanteurs de la distribution porte ses fruits. Quant aux vidéos qui jalonnent la production, elles ne sont pas toujours très heureuses : quelle étrange idée d’associer Chérubin à une gymnaste réalisant un exercice au ruban pendant le «Non so piu cosa son, cosa faccio». Un peu étonnante aussi l’idée de reprendre des images du mariage du prince Charles et de lady Diana lorsque la comtesse chante «Porgi Amor»; en effet, quitte à reprendre des images de grand mariage, il en existe sans doute de plus appropriées qu’un mariage royal.

Sur le plateau, la distribution réunie est jeune, dynamique, soudée. Dans le rôle de Figaro c’est le jeune Yuri Kissin qui a été invité par les responsables de la tournée; d’origine russe, Yuri Kissin possède une voix ronde, chaude, large, chaleureuse, à la tessiture large qui correspond parfaitement au rôle. Le jeune baryton assume crânement un rôle difficile comprenant trois grands airs chantés avec une assurance et une maîtrise remarquables. La Susanna de Camille Poul est une jeune femme de caractère; déterminée à ne pas se laisser mener par le bout du nez, que ce soit par Figaro ou par le comte, elle n’hésite pas à s’allier avec sa patronne puis avec Marcellina, après que cette dernière ait reconnu en Figaro, son fils enlevé quand il était bébé; Susanne est une femme de caractère qui agit pour obtenir ce qu’elle veut : épouser l’homme qu’elle aime. On ne peut que saluer la très belle performance de la jeune soprano qui remplaçant Emmanuelle de Negri au pied levé ; elle a appris le rôle et la mise en scène quasiment en une dizaine de jours. La voix de la jeune femme est ferme et parfaitement maîtrisée aussi bien dans l’air des pins que dans les ensembles. La découverte de la soirée est bien Diana Axentii dans le rôle de la Comtesse; l’artiste d’origine moldave qui avait jusqu’à tout récemment mené une belle carrière de mezzo (elle a déjà chanté le rôle de Chérubin dans d’autres productions), change de tessiture et de répertoire. Il s’agit donc pour elle d’une prise de rôle très importante, plutôt réussie dans l’ensemble même s’il y a quelques micro-coupures dans les airs et des aigus pas toujours très nets. Néanmoins la jeune femme affronte avec beaucoup d’aplomb un rôle qui lui correspond. Un jeune talent à suivre. Face à la comtesse d’Axentii se trouve un autre jeune baryton : Thomas Dolié; lui aussi montre une santé insolente et son comte est arrogant. Son désir fou pour la servante de son épouse et sa morgue en diable le conduisent cependant droit dans le piège que les deux femmes lui tendent pour se venger de son outrecuidance. Si dans les ensembles, il s’impose aisément, Dolié chante l’air qui lui est dévolu «Hai gia vinta la causa? … Vedro mentr’io sospiro» sans la moindre faiblesse, à l’égal des plus grands : finesse, puissance, nuances. Dans les rôles secondaires, saluons le Chérubin juvénile d’Ambroisine Bré (toujours étudiante au Conservatoire de Musique et de Danse de Paris). Salomé Haller et Frédéric Caton campent de très beaux Marcellina et Bartolo; quant à Eric Vignau, dont nous avons à plusieurs reprises salué le talent de comédien, il est inénarrable en Don Basilio et Don Curzio. Hélène Walter est une Barberine à la fois pétillante et émouvante; son «L’ho perduta» est joliment chanté.

Dans la fosse, l’orchestre Les Ambassadeurs avec son chef et fondateur Alexis Kossenko se distinguent. Excellent musicien, le chef a fait travailler ses chanteurs et son orchestre avec une précision et une rigueur inégalables; chaque mesure, chaque page de la partition est décortiquée, étudiée et reprise sans répit jusqu’à ce que le chef obtienne le résultat souhaité. En effet, ainsi que nous le disait Eric Vignau dans le courant de l’après midi, Alexis Kossenko est très attaché au respect de la partition et «nous faisait travailler et retravailler jusque dans les silences de nos personnages.». Le résultat dépasse les espérances du jeune chef dont les musiciens suivent la battue précise, claire, dynamique.

La réunion de tous ces talents autour des Noces de Figaro donne naissance à une production très réussie : de belles et jeunes voix prometteuses associées aux vétérans que sont Eric Vignau et Frédéric Caton, un chef exigeant et talentueux et une mise en scène menée tambour battant par Galin Stoev qui réalise là sa première approche d’un opéra.

Compte rendu, opéra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tiré de la pièce d’Auguste Caron de Beaumarchais Le mariage de Figaro ou la folle journée. Yuri Kissin, Figaro, Camille Poul, Susanna, Thomas Dolié, il conte d’Almaviva, Diana Axentii, la contessa d’Almaviva, Ambroisine Bré, Cherubino, Frédéric Caton, Bartolo/Antonio, Salomé Haller, Marcellina, Eric Vignau, Don Basilio/Don Curzio, Hélène Walter, Barbarina. Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. Galin Stoev, mise en scène, Alban Ho Van, scénographie, Dephine Brouard, costumes, Elsa Revel, lumières, Clément Debailleul, vidéo.

Compte rendu concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Hérold, Gossec, Mozart. Jeune Orchestre de l’Abbaye. Hervé Niquet, direction.

concert-joa saintes JOAEn ce début novembre 2015, le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) a présenté les fruits de sa première session de travail pour la saison 2015/2016. Dans ce concert, les responsables de la Cité musicale, Saintes ont invité le chef Hervé Niquet, directeur musical et fondateur du Concert Spirituel. Fin pédagogue, Niquet, qui a programmé deux symphonies de compositeurs français, – son répertoire de prédilection-, a fait travailler les jeunes instrumentistes jusqu’à la dernière minute. Et, lors du concert de jeudi soir, le résultat a dépassé ses espérances.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews concertHervé Niquet qui, de par son parcours avec Le Concert Spirituel, défend le répertoire français avec une constance bienvenue, a programmé les symphonies de deux compositeurs français du XVIIIe et du XIXe siècle. La soirée débute avec François Joseph Gossec (1734-1829) : sa Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur, composée en 1774. Protégé de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Gossec fait partie des pionniers de la musique symphonique suivant en cela l’exemple de Joseph Haydn (1732-1809), l’inventeur du genre; et c’est d’ailleurs Gossec qui a converti la France au genre symphonique. La Symphonie est allante, dynamique, clair foyer bouillonnant de thèmes et de rythmes dansants. Le chef, très inspiré dirige ses musiciens avec clarté et fermeté; cela ne l’empêche pas de faire preuve d’humour et d’arpenter la scène comme s’il s’agissait d’une promenade de santé. Cependant ne nous fions pas aux apparences, chef et musiciens n’oublient pas une seconde la musique ; ils cisèlent chaque note, chaque section de la partition de Gossec avec une précision millimétrée. Le public réserve aux instrumentistes félicités audiblement par le maestro à la fin de l’oeuvre, un accueil chaleureux très mérité. Pendant l’année, les sessions du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye ponctue un parcours d’approfondissement dans l’interprétation unique en Europe ; la pratique sur instruments anciens appliquée à la (re)découverte comme ce soir de partitions oubliées pourtant majeure, réserve à Saintes, des soirées d’accomplissements symphoniques mémorables. Voilà un volet qui renforce la forte activité de Saintes comme cité musicale, une activité qui rend légitime son intitulé.

Après une session de travail classique / romantique, le JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye offre un concert mémorable dédié à Gossec, Hérold, Mozart

Saintes, le geste symphonique

JOA 700La soirée se poursuit avec la symphonie n°2 en ré majeur (1812) de Louis Ferdinand Hérold (1791-1833). Né l’année même de la disparition de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Hérold se trouve à la croisée des chemins. Utilisant sans complexes les techniques de compositions héritées de Haydn, Gossec, Mozart ou Beethoven, entre autres, Hérold innove aussi composant une musique «apparemment simple, mais complexe et difficile à jouer» nous dit Hervé Niquet avant le concert. Sa Symphonie n°2 en ré majeur dans laquelle apparaissent des rythmes de valses est l’exemple même de cette complexité interprétative dont nous parlait le chef dans l’après midi. Cependant il dirige avec la rigueur et l’humour qui sont sa marque de fabrique, obtenant de l’orchestre des sons et des couleurs brillant de mille feux sous la voûte de l’Abbaye aux Dames. Les jeunes instrumentistes qui jouent en ce jeudi soir suivent leur chef avec une précision enflammée ; les cinq jours de travail intense qui ont précédé ce concert, ont porté leurs fruits et le résultat est, là aussi, à la hauteur des exigences et des attentes du chef.

Jeune orchestre de l abbaye saintes video_JOA_saintes_david_sternAprès une courte pause, le Jeune Orchestre de l’Abbaye et son chef d’un soir reviennent pour jouer l’ultime œuvre de la soirée : la Symphonie en mi bémol majeur KV 543 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Toujours aussi survolté, Hervé Niquet prend cette 39ème Symphonie a bras le corps; œuvre de la maturité du compositeur salzbourgeois (elle a été composée en 1788), elle complète à merveille un programme exigeant un niveau d’excellence et une concentration constante. Le chef qui ne manque pas d’idées pour surprendre ses musiciens cesse de diriger pendant une bonne minute donnant les départs d’un simple regard; cependant si Hervé Niquet ne manque pas d’humour poussant ses musiciens dans leurs retranchements, il garde la tête froide et sa battue reste claire et précise, limpide. Ce Mozart joués près les premiers romantiques, encore classiques (Gossec), sonne étonnamment « moderne », une source viennoise qui tout en marquant le genre symphonique alors en plein essor, prélude déjà à l’avènement du sentiment et de la passion à peine masquée. Entre classicisme et premier romantisme, le choix des instruments d’époque s’affirme dans une saveur délectable qui permet de suivre ce jeu de timbres, ces effets de réponses, le contraste entre les séquences, l’équilibre dialogué des pupitres. Pour les jeunes instrumentistes en perfectionnement, les défis sont multiples et permanents ; pour le public, l’expérience est passionnante.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-Sébastien-Laval-400x267Le Jeune Orchestre de l’Abbaye, survolté par un chef exigeant, fin pédagogue et ardent défenseur d’un répertoire qu’il aime éperdument, donne le meilleur de lui-même pendant une soirée d’anthologie. Le public conquis, leur réserve un accueil enthousiaste. Hervé Niquet, farceur et très en forme même après une heure dix de musique, annonce un bis tiré de l’oeuvre d’Hector Berlioz; ledit bis qui ne tient qu’en un seul accord prend tout le monde de court clôturant ainsi un concert d’une qualité exceptionnelle.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Louis Ferdinand Hérold (1791-1833) : Symphonie n°2 en ré majeur. François Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : 39ème Symphonie en mi bémol majeur KV 543. Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA). Hervé Niquet, direction.

Compte rendu concert. Niort. Le Moulin du roc, le 15 octobre 2015. Brahms; Rossini. Téodora Tchoukourska, soprano; Doris Lamprecht, mezzo soprano; Mathieu Muglioni, ténor; Plamen, Beykov, basse. Philharmonie de Roussé; Jean Yves Gaudin, direction.

Créé en 1982 le CoRéAm, COllectif REgional d’Activités Musicales n’a cessé, depuis, de se développer. Depuis une vingtaine d’années il gère deux festivals : le festival de Pâques qui fêtera en 2016 sa treizième édition et le festival d’automne, les Coréades, le plus ancien, qui a débuté début octobre avec de nombreux concerts symphoniques et vocaux. Pour l’édition 2015 des Coréades, ce sont deux compositeurs très différents, par leurs styles respectifs, mais contemporains qui sont mis à l’honneur à l’occasion des concerts vocaux: Johannes Brahms (1833-1897) et Gioacchino Rossini (1792-1868).

Le Moulin du roc accueille les coréades 2015

Si, pour ce concert consacré aux Beautés Romantiques, le choeur, uniquement composé d’amateurs, s’installe en toute discrétion, l’orchestre et son chef sont chaleureusement accueillis par un public venu nombreux.

gaudin jean yves rousse correades JYG4En première partie de soirée Jean-Yves Gaudin, et ses musiciens jouent trois courtes pièces pour choeur et orchestre ou pour choeur, solistes et orchestre de Johannes Brahms (1833-1897). L’Ave Maria, composé pour voix de femmes en 1858, est plutôt bien chanté même si la diction n’est pas toujours très nette et mériterait d’être améliorée. Avec la Rhapsodie pour alto et choeur d’hommes, nous découvrons la mezzo soprano Doris Lamprecht ; la voix est solide et la diction assez bonne. Nous regrettons cependant que la soliste et le choeur d’hommes soient parfois couverts par un orchestre (trop) enthousiaste mais bien préparé par son chef. La troisième pièce, Nänie, composée pour choeur mixte et orchestre est assez peu convaincante : des fausses notes du côté des soprani, une diction trop aléatoire aussi bien chez les hommes que chez les femmes, un orchestre qui couvre trop souvent les choristes. Au final, il y a beaucoup de bonnes intentions et des efforts méritoires pour cette pièce, heureusement assez courte.

Retour de l’entracte, place à Gioacchino Rossini (1792-1868) avec le Stabat Mater qu’il composa à partir de 1831 et en plusieurs étapes à cause des procédures judiciaires qui l’opposèrent au premier destinataire de l’oeuvre, un prêtre espagnol. Jean-Yves Gaudin revient sur le plateau avec le quatuor de solistes qu’il a invités (la soprano initialement invitée a d’ailleurs été avantageusement remplacée). Visiblement survolté par le défi que constitue le chef-d’oeuvre de Rossini, dont la difficulté redoutable n’est pas un mythe, le choeur se lance dans une belle interprétation de ce Stabat Mater. Si nous étions restés sur notre faim en fin de première partie, il semble que le choeur a mis la pause à profit pour s’imprégner de l’oeuvre et le résultat est là : plus de fausses notes, une diction correcte, un engagement total; les deux choeurs a cappella sont chantés juste et bien en place. En ce qui concerne les solistes, la soprano Téodora Tchoukourska dont la voix ample couvre parfaitement la tessiture de la partition, convainc ; des aigus superbes et un médium idéal nous font pleinement apprécier ses interventions et surtout l’Inflamatus chanté avec une maîtrise exceptionnelle. Doris Lamprecht, qui revient après une Rhapsodie mitigée, s’affirme tout aussi brillamment que sa partenaire; la voix peut enfin se développer et épouser la musique de Rossini sans complexes. En revanche le ténor Mathieu Muglioni déçoit ; la voix est peu adaptée au répertoire rossinien : médium épais, aigus peu sûrs, graves écrasés ; du coup le redoutable «Cujus Animam» apparait bien terne et le contre-ré est chanté en voix de tête sonnant étouffé, si peu audible. La basse Plamen Beykov, malgré une voix un peu courte pour la salle, nous fait entendre une performance honorable avec deux arie bien chantées (Pro Peccatis et Eja Mater fons amoris) dont l’un, le second, est a cappella. Nous regrettons néanmoins qu’il soit parfois couvert par l’orchestre.

A la tête de la Philharmonie Nationale de Roussé (Bulgarie), Jean-Yves Gaudin dirige avec clarté et précision même si les nuances ne sont pas toujours au rendez-vous. L’orchestre couvre parfois le choeur et les solistes que se soit en première partie de soirée (notamment dans la Rhapsodie de Brahms) ou, après la pause, pendant le Stabat Mater de Rossini. Cependant la performance de l’orchestre est d’un niveau très honorable, surtout en seconde partie.

Malgré les imperfections, somme toutes mineures du côté du choeur (diction aléatoire et fausses notes dans le Nänie de Brahms), le Coréam et la Philhamonie Nationale de Roussé (Bulgarie) nous ont offerts de beaux moments surtout dans le Stabat Mater de Rossini qui a visiblement surmotivé un choeur qui, rappelons le est uniquement composé d’amateurs. Il aura fallu passer le prélude encore bancal des trois pièces de Brahms données en début de soirée, pour goûter pleinement le jeu des interprètes dans le Rossini.

Illustration : Jean-Yves Gaudin le chef d’orchestre

LIRE aussi notre compte rendu de l’Orchestre Philh. de Roussé et Jean-Yves Gaudin (Haydn : Les Saisons) en octobre 2011 à Poitiers.

Compte rendu, concert. La Rochelle. La coursive, le 9 octobre 2015. Gluck, Rameau. Les musiciens du Louvre; Marc Minkowski, direction.

Habitué de la Région Poitou Charentes depuis la création en 2011 du festival Ré Majeure qui se déroule sur l’île de Ré pour l’Ascension ou la Pentecôte, Les Musiciens du Louvre et Marc Minkowski posent leurs valises à La Coursive le temps d’une soirée. Au programme de ce concert, Marc Minkowski a programmé un répertoire que l’orchestre connait parfaitement : des œuvres de Christoph Willibald Gluck (1714-1787) et de Jean Philippe Rameau (1683-1764).

 

Les musiciens du Louvre jouent Gluck et Rameau à La Rochelle

RAMEAU 2014 : sélection cdSi Don Juan ou le festin de pierre de Christoph Willibald Gluck (1714-1787) n’est pas son œuvre la plus connue, en effet le public connait mieux Orphée et Erurydice ou les deux Iphigénie (en Aulide et en Tauride), elle offre de très belles pages. Dès le début de la soirée, Marc Minkowski, visiblement survolté par le succès de Platée à l’Opéra de Paris (la dernière représentation en avait été donnée la veille), prend les rennes du concert. Très inspiré et théâtral, le public réagit d’ailleurs bien et des rires se font entendre de temps à autre, il conte Don Juan ou le festin de pierre avec moult détails. Par ailleurs, il dirige le chef d’oeuvre de Gluck d’une main ferme; et si la battue peut parfois paraître iconoclaste aux yeux des puristes, elle est efficace, dynamique ; les musiciens la suivent avec une précision millimétrée.

Après une courte pause, Marc Minkowski revient sur scène pour diriger «Une symphonie imaginaire» de Jean Philippe Rameau (1683-1764). Avant d’entamer la seconde partie, le chef prend le temps d’expliquer ce qu’est cette «symphonie imaginaire» à un public attentif et visiblement conquis : Il ne s’agit pas d’une œuvre symphonique en elle même mais d’un assemblage des plus belles pages instrumentales des opéras et œuvres instrumentales de Rameau. Ainsi s’offrent à la (re)découverte, plusieurs œuvres telles Zaïs, Platée, justement, Dardanus, Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Les Boréades, Les Indes galantes, Le temple de la gloire ou La naissance d’Osiris … ; on y trouve aussi, dans cette symphonie imaginaire, un Concert, écrit à l’origine pour sextuor, mais transcrit ici pour orchestre. Marc Minkowski dirige avec une allégresse et une joie de vivre si communicatives que ses musiciens font danser la musique avec gourmandise. Et d’ailleurs, emporté par la musique, le chef ne peut s’empêcher de danser sur son podium tout comme le timbalier lorsque l’orchestre entame l’entrée des Sauvages des Indes galantes.

Ravi, le public réserve un accueil très chaleureux aux Musiciens du Louvre et à leur chef qui concèdent deux bis en fin de concert : un menuet extrait de Platée puis, lancée par le timbalier, l’entrée des Sauvages. Minkowski dirige le second bis à demi tournée vers le public qui joue le jeu et frappe des mains en cadence. Les responsables de La Coursive lancent leur saison musicale sur une excellente note.

Compte rendu, concert. La Rochelle. La coursive, le 9 octobre 2015. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Don Juan ou le festin de pierre; Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Une symphonie imaginaire. Les musiciens du Louvre; Marc Minkowski, direction.

Illustration : Jean-Philippe Rameau (DR)

Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Château de Castelnau-Bretenoux, le 10 août 2015. Verdi : Falstaff, opéra en trois actes sur un livret d’Arrigo Boïto d’après la pièce Les joyeuses commères de Windsor de William Shakespeare. Christophe Lacassagne, Falstaff; Marc Labonnette, Ford; Valérie Maccarthy, Alice Ford … Choeur et Orchestre Opéra Éclaté; Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; Patrice Gouron, décors et costumes; Laure Bouju, costumes; Pascale Fau, maquillages; Damien Lefèvre, assistant mise en scène.

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Après Otello créé le 5 février 1887 à la Scala de Milan, Giuseppe Verdi (1813-1901) avait souhaité se retirer de la scène lyrique. C’est le librettiste et compositeur Arrigo Boïto (1842-1918) qui relança le vieux compositeur dès 1889. Après maintes hésitations et négociations (portant notamment sur l’écriture de deux livrets l’un en italien et l’autre en français), les deux hommes tombent d’accord : ils commencent à travailler sur Les joyeuses commères de Windsor, fameuse pièce de William Shakespeare (1564-1616); Falstaff est créé avec succès à la Scala de Milan le 9 février 1893 et à Paris l’année suivante. Pour cette nouvelle production, qui reprend largement celle de 2005, Olivier Desbordes réalise une mise en scène pétillante et totalement déjantée, mettant ses chanteurs dans un écrin. Les décors, certes dépouillés mais superbes, et les costumes sublimes contribuent grandement au succès de la soirée. La présence de comédiens chanteurs sur scène est également un atout majeur pour cette production donnée dans sa version française.

 

 

Fastaff français et désopilant à Castelnau-Bretenoux

 

olivier-desbordesOlivier Desbordes, visiblement très inspiré, signe de nouveau une mise en scène très réussie. Falstaff, comédie dramatique par excellence, permet de réaliser un travail intemporel mais Desbordes opte pour une mise en scène assez conventionnelle, ce qui peut surprendre quand on sait qu’il peut réussir de très belles transpositions (on se souvient de sa Traviata transposée dans les années 1920 plutôt très réussie). Il est aidé en cela par des costumes superbes, choisis dans l’immense réserve de la compagnie Opéra Éclaté et un décor certes minimaliste mais assez réaliste et plutôt réussi lui aussi. La grande table carrée, entourée de tabourets symbolise à la fois l’auberge de Falstaff, la maison des Ford, la forêt dans laquelle se déroule la farce finale; quelques éléments de décors permettant de se retrouver dans un lieu ou dans l’autre au fil de la soirée.

 

 

 

lacassagne christophe baryton falstaff verdi saint cere olivier desborde festival 2015 compte rendu classiquenews review presentationLa distribution convoquée est très largement francophone et réunit des artistes que, pour certains, nous avons vus dans d’autres programmes de l’édition 2015 du festival. A tout seigneur tout honneur, Christophe Lacassagne campe un Sir John hilarant; naïf et pas méchant pour deux sous, Falstaff fonce droit dans tous les pièges qui lui sont tendus tant par les joyeuses commères que par un Ford dévoré et mordu de jalousie. Lacassagne fait siens les sentiments contradictoires du pauvre chevalier dont il fait un homme à la fois attendrissant, “l’air” d’entrée du second acte (“Monde cruel, monde coupable”) montre un homme désabusé et écoeuré par son bain dans la Tamise, et incorrigiblement naïf (il lui suffit de lire la lettre d’Alice Ford au début du troisième acte pour retomber dans ses travers). La voix de Christophe Lacassagne couvre parfaitement la tessiture du rôle et, contrairement à l’édition précédente où il avait moyennement convaincu dans Lucia di Lammermoor (rôle de Raimondo), le chanteur se saisit de la partition avec une parfaite maîtrise, contrôlant sa belle voix de baryton avec maestria. Rejoignant les grands titulaires du rôle (Renato Bruson ou Bryn Terfel par exemple).

 

 

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Marc Labonnette, qui chantait Jésus samedi dernier dans la Passion selon Saint Jean de Jean Sébastien Bach (1685-1750), campe un Ford remarquable; comédien excellent, il fait preuve d’une gouaille et d’un dynamisme qui n’ont rien à envier aux meilleurs Ford. Loin des “soucis” du récital de mélodies juives hébraïques, Valérie Maccarthy est une Alice Ford aussi retorse que son mari (qui finit lui aussi par se faire piéger par sa femme et ses complices au dernier acte). Prête à tout pour se venger de son mari, qui veut marier Nanette sans son accord, et punir Falstaff qui la courtise en même temps que Meg Page, elle prend la tête des opérations sans complexes. Ici la rouerie et l’intelligence sont féminines. La voix de la soprano américaine est à son avantage et la jeune femme l’utilise sans jamais forcer. Sarah Laulan est une Mrs Quickly très honorable et Eva Gruber campe une Meg Page correcte, se montrant cependant nettement plus à son aise que dans la Passion selon Saint Jean. Anaïs Constans, qui chantait elle aussi dans la Passion selon Saint Jean, peut enfin diffuser plus longuement sa belle voix de soprano. Quant à Laurent Galabru, peu à son avantage samedi dernier dans une partition trop tendue pour lui, il ne fait qu’une bouchée de Fenton. Dans le rôle des comparses de Falstaff, Jacques Chardon (Bardolfo) et Josselin Michalon (Pistola) prennent un plaisir gourmand à chanter et à jouer la comédie. Pilier du festival, Éric Vignau semble infatigable, il chante dans La Périchole et dans le récital des mélodies juives hébraïques. Son Docteur Caius ne démérite absolument pas; excellent comédien, il en fait un personnage loufoque et quand même un peu naïf face à un Falstaff retors aux bons moments (la scène de l’auberge est d’ailleurs assez savoureuse) ou face à Alice Ford qui le ridiculise en poussant Ford à le marier à Bardolfo, le domestique de Falstaff. Pour cette production, l’orchestre est situé derrière la scène et est dirigé par Dominique Trottein. Pour que les chanteurs puissent suivre la battue du chef, deux écrans ont été placés de chaque côté de la tribune où est installé le public. Ainsi, le dispositif confirme l’enjeu de la soirée : d’abord le théâtre puis la musique. Autre pilier du festival, Dominique Trottein, qui a dirigé L’histoire du soldat d’Igor Stravinsky (1882-1971) la semaine précédente, passe avec bonheur d’un répertoire à l’autre. La battue du chef est claire, nette, précise et l’orchestre, comme les chanteurs suivent avec une précision millimétrée, les dindications du maestro. La musique de Verdi est ici mise en valeur, ciselée, sans fioritures inutiles : un bain de théâtralité naturelle et délirante.

Avec cette nouvelle production de Falstaff, Olivier Desbordes signe là l’une de ses plus belles mise en scène. Les décors et les costumes contribuent pour beaucoup au succès de Falstaff auprès du public. Et si l’on peut s’étonner du choix de Desbordes et de Trottein de présenter la version française, le choix s’avère excellent car l’ultime chef d’oeuvre de Verdi est défendu par une très belle distribution à la diction impeccable, au jeu délirant mais fin. Nul besoin en effet de suivre avec un livret ; le public peut se passer de sous-titres. Excellente production à suivre lors des tournées à venir, tant elle est enlevée et dynamique.

Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Château de Castelnau-Bretenoux, le 10 août 2015. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, opéra en trois actes sur un livret d’Arrigo Boïto (1842-1918) d’après la pièce Les joyeuses commères de Windsor de William Shakespeare (1564-1616). Christophe Lacassagne, Falstaff; Marc Labonnette, Ford; Valérie Maccarthy, Alice Ford; Anaïs Constans, Nanette; Laurent Galabru, Fenton; Sarah Laulan, Mrs Quickly; Eva Gruber, Meg Page; Jacques Chardon, Bardolfo; Josselin Michalon, Pistola; Éric Vignau, Docteur Caïus; Choeur et Orchestre Opéra Éclaté; Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; Patrice Gouron, décors et costumes; Laure Bouju, costumes; Pascale Fau, maquillages; Damien Lefèvre, assistant mise en scène.

Compte Compte rendu, concert. Cahors. Théâtre, le 9 août 2015. Weill/Brecht; Stravinsky/Ramuz. Éric Perez, récitant; orchestre Opéra Éclaté; Dominique Trottein, direction.

Stravinsky portrait faceEn ce quatrième jour de ballade lotoise, nous voici à Cahors. Le mauvais temps ayant décidé de nous accompagner une journée de plus, nouveau repli stratégique au théâtre de Cahors en lieu et place de la cour de l’archidiaconé (dure météo, songez qu’à Saint-Céré, Nicole Croisille et ses musiciens, qui jouaient le même soir qu’Éric Perez, ont dû donner leur concert à la Halle des sports). Pour cette quatrième soirée, c’est un programme très différent des précédents que nous proposent les artistes invités en ce dimanche soir mettant ainsi en avant l’éclectisme qui est la marque de fabrique du festival. Les complices Éric Perez et Dominique Trottein travaillent régulièrement ensemble ; ils ont eu, avec la tournée d’hiver, largement le temps de peaufiner leur vision d’un programme centré sur la musique moderne, avec des compositeurs et des librettistes contemporains les uns des autres, ce qui préfigure déjà ce que sera l’édition 2016 du festival.

Un soldat millimétré, sublimé par Eric Pérez

L’Histoire du soldat d’Igor Stravinsky (1882-1971) et Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) étant une oeuvre de courte durée (environ quarante cinq minutes), Éric Perez débute la soirée avec des oeuvres de Kurt Weill (1900-1950) conçues avec son complice Bertold Brecht (1898-1956). Après un début en fanfare dans une interprétation remarquable de la Complainte de Mackie, tirée du fameux Opéra de quat’sous (composé et créé en 1928), Perez, comédien et chanteur chevronné, enchaîne avec de charmantes mélodies de Weill dont un extrait de Marie Galante : Les filles de Bordeaux. Si la diction reste perfectible pour Und was bekam des soldaten weib?, la dernière des oeuvres de cette première partie, l’ensemble des mélodies profitent d’un panache et d’une maitrîse indiscutables, dignes de l’artiste accompli qu’est Éric Perez, lequel n’hésite pas à prendre gentiment à parti le chef et le violoniste pour lancer leur solo au piano et au violon.

Après une courte pause, -le temps d’enlever le piano-, l’orchestre, qui adopte une forme très jazzy (souhaitée par le compositeur qui voulait bousculer les codes établis), entame L’Histoire du soldat d’Igor Stravinsky (1882-1971) et Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947). Conçue pendant la première guerre mondiale, l’oeuvre est née de la rencontre de ces deux grands artistes tous deux installés en Suisse (Stravinsky y était même exilé à l’époque). Éric Perez qui a fait des études de théâtre avant de faire de la musique, alterne les deux disciplines sans efforts, fait ressortir avec talent les sentiments contradictoires du soldat Joseph et des habitants de son village. Stravinsky et Ramuz exploitent le contraste né de la succession des moments martiaux, et donc déclamés alla militaire, de manière carrée, concise avec des moments de “pauses” narrés de façon plus calme. Perez, excellent comédien, prend la voix de chaque personnage (le diable sous ses divers déguisements, Joseph, les gardes du château, le roi …) avec des intonations si justes qu’on se croirait véritablement en face d’un vieillard, d’une vieille femme, de jeunes gens. L’art du conteur diseur est total et captivant. Cette version revisitée du mythe de Faust (le pacte avec le diable, plus ou moins imposé ici) démontre qu’on ne peut pas tout avoir en même temps, fortune et amour par exemple, de même que nul ne saurait prétendre avoir été et être : on devient ce que notre passé fait de nous et nous ne saurions espérer redevenir tel que nous étions dans le passé. Et d’ailleurs Ramuz le dit fort joliment dans la morale finale du conte : “un bonheur est tout le bonheur, deux c’est comme s’ils n’existaient pas”. La direction de Dominique Trottein, aussi bien dans l’oeuvre de Weill que dans celle de Stravinsky, est dynamique, claire, nette, précise. Songeste suit les nuances affinées par l’acteur principal au jeu polymorphe. Le chef connait d’autant mieux le répertoire moderne qu’il le dirige régulièrement (Lost in the stars en 2011 puis en 2012 et pendant les tournées qui on suivi par exemple). La réussite de la soirée tient aussi à la complicité qu’il entretient avec ses musiciens et avec évidemment Éric Perez.

La performance des artistes (comédien, instrumentistes, chefs) est totale : elle sert idéalement le génie de compositeurs aussi hétéroclites et délirants que Kurt Weill et Igor Stravinsky.

Cahors. Théâtre, le 9 août 2015. Kurt Weill (1900-1950)/Bertold Brecht (1898-1956) : Le grand lustukru, Ballade de la bonne vie, Bilbao song, Je ne t’aime pas, la complainte de Mackie (extrait de l’Opéra de quat’sous), Les filles de Bordeaux (extrait de Marie Galante), Und was bekam des soldaten weib?; Igor Stravinsky (1882-1971)/Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) : L’histoire du soldat. Éric Perez, récitant; orchestre Opéra Éclaté; Dominique Trottein, direction.

Compte rendu, concert. Saint-Céré, le 8 août 2015. JS Bach : Passion selon Saint Jean. Anass Ismat, direction.

bach_js jean sebastianEn ce troisième jour de notre parcours à Saint-Céré, la pluie s’est invitée à la fête, obligeant ainsi les responsables du festival à replier vers la Halle des sports le concert prévu au château de Castelnau Bretenoux. Au programme de ce samedi soir, la Passion selon Saint Jean de Johann Sebastian Bach (1685-1750); l’oeuvre baroque marque le retour au festival de Saint Céré du grand oratorio. Créée en 1724, la Passion selon Saint-Jean est une oeuvre maintes fois reprise et adaptée par Bach. Pour “compenser” certaines faiblesses du texte de l’évangile selon St Jean, peu développé sur quelques points, notamment sur les pleurs de Pierre après qu’il ait par trois fois renié le Christ (“lorsque le coq chantera par trois fois, tu m’auras renié”) et la description du tremblement de terre, Bach a puisé selon ses besoins dramatiques dans l’Evangile selon Saint-Mathieu. Pour marquer l’occasion le chef Anass Ismat s’est adressé à l’évangéliste par excellence : Christophe Einhorn. Le ténor alsacien, bien qu’il ait un répertoire assez large, est un grand spécialiste de l’oeuvre de Bach et il l’a démontré une nouvelle fois ce samedi soir.

Amateurs encadrés et solistes défendent le drame sacré de Bach

La Passion selon Saint Jean : le retour du grand oratorio à Saint Céré

Anass Ismat maestro chef orchestre saint cere saint jean js bach compte rendu critique classiquenewsDepuis de longues années, le festival de Saint-Céré permet à des amateurs chevronnés de venir se perfectionner lors de sessions intensives de stage. En 2014, ils avaient chanté le Requiem de Mozart avec un certain bonheur ; pour l’édition 2015, ils ont abordé l’un des monuments de la musique baroque, cette Passion selon Saint-Jean de Bach, avec un certain panache. Le début de soirée est d’abord compliqué du côté des sopranos très tendues et parfois à peine audibles, surtout dans les aigus, mais en cours de performance, il nous faut bien admettre qu’ils ont donné de très belles choses à entendre. La diction est excellente, les voix bien préparées et globalement le travail avec le chef Anass Ismat et Jean-Blaise Roch, leur chef de choeur et professeur de chant, a donné un résultat remarquable. Côté solistes, grandes satisfactions et impressions plus mitigées se précisent. Ainsi le jeune ténor Laurent Galabru, que nous avions apprécié en 2014 dans Le voyage sur la lune, déçoit quelque peu; la diction est excellente, mais musicalement sa prestation est trop tendue et il est à la peine dans les aigus dans ses deux arias ayant même parfois du mal à aller au bout de ses phrases. De même la mezzo soprano, Eva Gruber a bien du mal à convaincre; ses deux arias sont assez monocordes et plutôt lisses. En revanche, les voix graves séduisent au delà de toute attente; Marc Labonette (Jésus) et Paul Henri Vila (Ponce Pilate) affirment une belle assurance; les voix sont rondes, chaleureuses, larges; elles couvrent sans peine la tessiture des arias qui leur sont dévolus (même si, malheureusement Vila n’en n’a eu qu’un seul à chanter). La soprano Anaïs Constans séduit également; sa diction est claire nette, précise et ses deux interventions sont sobres. Quant à Christophe Einhorn, il campe un évangéliste remarquable. Le charismatique ténor strasbourgeois impose un rythme dynamique, vif qui ne relâche jamais la tension. Il passe d’un moment de violence intense à un moment de tendresse (de Jésus mourant envers sa mère par exemple) ou de douleur sans que quiconque s’aperçoive de quoi que ce soit tant il y met de subtilité. Samedi soir, c’est le chef d’origine marocaine Anass Ismat qui dirige l’orchestre Opéra Éclaté. Les musiciens qui ont trois chefs différents (Dominique Trottein pour Falstaff et Jérôme Pillement pour La Périchole, complètent le “trio”) s’adaptent avec un professionnalisme rare à la battue du jeune maestro. Anass Ismat dirige d’une main ferme un orchestre curieux et disponible intégrant aussi l’organiste Marcello Gianini.

Le choeur des stagiaires du festival de Saint-Céré ont affronté crânement une partition particulièrement difficile. Dommage qu’aux côtés d’un telle investissement défendu par les « amateurs », certes encadrés, le quintette de solistes ne soit pas aussi cohérent que nous l’attendions, l’évangéliste étant un rôle à part. Malgré tout son talent, Laurent Galabru nous a semblé vraiment trop jeune pour chanter cette Passion vocalement redoutable; et une mezzo plus charismatique aurait également été bienvenue. Néanmoins le travail d’ensemble, artistique et pédagogique, est, globalement, très satisfaisant.

Compte rendu, concert. Saint-Céré. La Halle des sports, le 8 août 2015. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Jean. Christophe Einhorn, l’évangéliste; Marc Labonette, Jésus; Paul Henri Vila, Ponce Pilate; Benjamin Villain, Pierre; Anaïs Constans, soprano, Eva Gruber, mezzo soprano; Laurent Galabru, ténor; Marcello Gianini, orgue; Orchestre Opéra Éclaté; choeur du stage de chant choral; Anass Ismat, direction.

Compte rendu, opéra. Saint-Céré, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole. Opéra Eclaté, Jérôme Pillement

offenbach jacques Offenbach2Pour la seconde étape de notre périple musical, nous nous retrouvons, pour la dernière année (le futur théâtre de l’usine devant être livré début 2016), à la Halle des sports de Saint-Céré pour une représentation de La Périchole. Le petit bijou  lyrique de Jacques Offenbach (1819-1880) fut créé en 1868 puis re-créé en 1874 après que l’oeuvre ait été remise sur le métier et corrigée pour partie par le compositeur; et c’est d’ailleurs la version de 1874 qui nous était présentée en cet étouffant vendredi soir d’été. Cette nouvelle production est une coproduction du festival de Saint Céré, allié pour la circonstance avec Les Folies d’O de Montpellier. Pour l’occasion, la mise en scène est réalisée à quatre mains par Olivier Desbordes et Benjamin Moreau. Depuis 2013, Olivier Desbordes régale son public avec des mises en scène plutôt convaincantes dont nous avons déjà rendu compte dans nos colonnes (Lost in the stars, Le voyage dans la lune). Lors de cette édition 2015, il remet à l’honneur le fameux opéra bouffe de Jacques Offenbach : La Périchole. L’oeuvre avait déjà été donnée par le passé et revient sur le devant de la scène en faisant peau neuve en une nouvelle production.

olivier-desbordesAvec Benjamin Moreau, Olivier Desbordes signe une mise scène dynamique et très cocasse, mais d’une certaine bridée manquant de délire et de glissements déjantés qui auraient pu en faire une production idéale. Si les décors sont dépouillés, les costumes eux sont bien adaptés aux personnages; ainsi le Vice Roi, censé se promener incognito débarque sur scène grimé en rappeur (dont il adopte le langage) provoquant l’hilarité du peuple de Lima, qui a bien compris à qui il a affaire, et d’un public conquis. Il faut bien avouer aussi que voir Don Pedro de Hinoyosa et le comte Miguel de Panatellas arriver costumés en indiennes est tout aussi cocasse, voire franchement hilarant. Autant de costumes et d’accessoires qui remplacent avec bonheur les éléments de décors éliminés au profit du reste.

Héloïse-Mas-HDVocalement, la distribution convoquée séduit dès le début de la soirée. La jeune Héloïse Mas est une Périchole mutine, drôle, sans complexes mais avec les pieds sur terre; pauvre chanteuse des rues, crevant la faim, le coup de foudre de Don Andrès de Ribeira est une aubaine pour elle, aubaine qu’elle compte bien utiliser à son avantage. La voix est ferme, ronde, chaleureuse et dès la scène d’entrée, avec un Piquillo mordu de jalousie, elle s’impose comme une future grande titulaire du rôle; les quatre airs dévolus à Périchole sont chantés sans faiblesses. Marc Larcher est aussi déchainé que sa partenaire : il incarne un Piquillo amoureux transi, éprouvé par sa compagne dont la forte personnalité le fait souvent tourner en bourrique. Larcher possède lui aussi une voix prometteuse à la tessiture large qui donne au personnage de Piquillo, une assurance trempée, style beau ténébreux, dont il se sert avec talent. C’est Philippe Ermelier qui campe Don Andrès de Ribeira, vice roi du Pérou. En vieux briscard de la scène, Ermelier entre dans la peau de son personnage avec une aisance déconcertante. Comédien de talent, il joue les rappeurs (costume sous lequel il pense pouvoir se promener dans les rues de Lima sans être reconnu) avec délice. Cependant, c’est aussi un grand naïf et il tombe, tel un fruit trop mûr, dans le piège tendu par la Périchole qui veut à tout prix s’évader de la prison où il l’a mise avec son cher Piquillo. La voix grave et parfaitement maitrisée de l’artiste séduit et ensorcelle pendant toute la soirée.

 

Parmi les piliers du festivals, on retrouve l’excellent ténor Éric Vignau, lequel, comme lors de l’édition 2014, a assuré trois concerts d’affilé (Falstaff le 5 août dernier et dont nous rendrons compte après le représentation du 10, puis un récital de mélodies juives hébraïques le 6 août). L’artiste, familier du rôle de Don Pedro de Hinoyosa, en fait un personnage hilarant tant il a peur de perdre la faveur de ses supérieurs; comédien consommé, son Don Pedro reste une performance inclassable, convaincante et très personnelle. Saluons aussi les très belles performances de Yassine Benameur en comte de Panatellas et du trio de cousines constitué de Sarah Lazerges, Flore Boixel et Dalilah Kathir, une autre habituée du festival de Saint Céré. Ultime personnage de La Périchole, le choeur d’Opéra Éclaté joue et chante avec gourmandise un oeuvre pétillante. Dans la fosse, ou plutôt sur le côté de la scène, Jérôme Pillement dirige avec entrain l’orchestre d’Opéra Éclaté. Si la différence entre l’orchestre de Montpellier et la formation réduite du festival de Saint Céré peut surprendre quiconque ne connait pas ou mal la structure Opéra Éclaté, l’orchestre n’a pas à rougir de la prestation qu’il donne à entendre au public venu nombreux. Le geste dynamique, léger et aérien de Jérôme Pillement donne à cette Périchole la touche de folie indispensable pour parachever une production scénique plus mesurée mais globalement réussie.

 

Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Halle des sports, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Héloïse Mas, La Périchole; Marc Larcher, Piquillo; Philippe Ermelier, Don Andrès de Ribeira, vice-roi du Pérou … choeur et orchestre Opéra Éclaté; Jérôme Pillement, direction. Benjamin Moreau et Olivier Desbordes, mise en scène; Pascale Péladan, chorégraphie; Jean Michel Angays, costumes; Elsa Bélenguier, décors.

 

 

 

Compte rendu, récital vocal. Saint Céré. Eglise Sainte Spérie, le 6 août 2015. Chostakovitch; Aubert; Taube; Honegger; Ravel; Bernstein; Algazi; Ullmann. Valérie Maccarthy, soprano; Sarah Laulan, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor ; Manuel Peskine, piano.

De retour au festival de Saint-Céré, nous entamons notre séjour lotois par un récital assez particulier. Les artistes invités en ce chaud jeudi d’été ont orienté le concert avec accompagnement au piano, autour de Dmitri Chostakovitch (1906-1975) et de mélodies juives hébraïques. Un intéressant voyage qui part de Russie pour s’arrêter en Autriche, en France et aux États Unis, son terme. Pour cette soirée, placée sous le signe du voyage et, aussi, des souffrances endurées par les juifs au XXe siècle, Valérie Maccarthy, Sarah Laulan, Éric Vignau et leur accompagnateur le pianiste Manuel Peskine, défendent avec sincérité un programme mordant et troublant.

Musique juive hébraïque en récital

benjamin_briiten_chostakoviL’église choisie, placée sous le vocable de Sainte Spérie, est certes bien située, en plein centre de Saint-Céré, mais son acoustique, qui s’avère… catastrophique, n’aide pas les chanteurs ni le pianiste. Cependant, et malgré ce handicap sévère, les sons tournent sous les voutes arrivant parfois déformés aux oreilles du public, chacun fait au mieux et c’est d’autant plus appréciable que le défi est de taille. Les trois artistes chantent en quatre ou cinq langues : yiddish, araméen, russe, français et allemand; les deux premières sont plutôt rares, car ne concernant qu’un répertoires limité, et les efforts des chanteurs pour la diction, qu’ils ont particulièrement travaillé en amont, auraient été plus largement récompensés dans un autre lieu. Saluons la judicieuse répartition des différents cycles de mélodies, la beauté des voix, la complicité entre les chanteurs et leur pianiste dont on regrette parfois un jeu intempestif couvrant les voix des chanteurs qu’il accompagne. Dans les deux mélodies de Maurice Ravel (1889-1937), le ténor Éric Vignau fait montre d’une belle musicalité  et même s’il semble parfois peu à l’aise avec un répertoire dont il n’est pas vraiment familier, la solidité du métier, le style de l’artiste, pilier du festival, ne craint pas de se mettre en danger en abordant une musique aussi particulière, très belle, très expressive. Si la soprano Valérie Maccarthy possède une voix ferme et plutôt bien maitrisée, il lui manque le petit brin de folie qui ferait de sa performance une prestation idéale. En revanche la pétillante mezzo soprano Sarah Laulan fait montre d’un humour et d’une présence ébouriffante de bon augure pour Falstaff, production où elle chante Mrs Quickly. Les deux cycles de Viktor Ullmann (1898-1944), 3 Yiddische lieder et 6 sonnets de Louise Labbé (seuls trois d’entre eux ont été programmés) que Maccarthy et Laulan chantent en alternance sont tissés d’une juste émotion. C’est le cycle de poésies populaires juives opus 79 (onze mélodies) composé par Dmitri Chostakovitch (1906-1975) qui, étant le plus long de la soirée, retient l’attention; chantées en duo ou en solo, les pièces racontent chacune une histoire, approfondissant selon le texte, un sentiment particulier (amour, tristesse, désarroi, joie …). Et d’ailleurs les trois artistes se détendent quelque peu et les sentiments apparaissent plus nettement qu’en début de soirée. Le public les accueille d’ailleurs chaleureusement, qui reprennent en bis la dernière mélodie du cycle de Chostakovitch.

Saluons l’effort des responsables du festival et les artistes soucieux de varier les répertoires, d’ouvrir des portes pour entrainer leur public vers des musiques assez étonnantes, riches en mélodies et en tonalités diverses, parfois méconnues. Défi d’autant plus méritant que l’église Sainte Spérie, pour ce récital, offrait une acoustique aussi mauvaise. Malgré tout c’est un bel hommage qui a été rendu à Chostakovitch et, avec lui, aux compositeurs d’origine juive qui ont eu à subir l’antisémitisme et les persécutions sévissant au XXe siècle. Rappelons au passage que Victor Ullmann (1898-1944), d’abord interné au camps de Térézin, est mort gazé au camps d’Auschwitz (Pologne) pour avoir critiqué les nazis et leur régime de terreur dans son opéra L’Empereur d’Atlantis, et que Carlo Taube (1897-1944) est également mort en camps de concentration. Deux génies artistes dont la liberté fut durement éprouvée.

Compte rendu, récital vocal. Saint Céré. Eglise Sainte Spérie, le 6 août 2015. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : poésies populaires juives opus 79 (cycle de 11 mélodies); Louis François Marie Aubert (1877-1968) : trois chansons hébraïques; Carlo Taube (1897-1944) : Ein jüdisches kind; Arthur Honegger (1892-1955) : Mimaamaquim; Maurice Ravel (1889-1937) : deux mélodies hébraïques; Léonard Bernstein (1918-1990) : Silhouette; Léon Algazi (1890-1971) : berceuse en yiddish, Ysmah’hatan (chanson de mariage); Viktor Ullmann (1898-1944) : 3 Yiddische lieder, 6 sonnets de Louise Labbé. Valérie Maccarthy, soprano; Sarah Laulan, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor ; Manuel Peskine, piano.

Illustration : Dmitri Chostakovitch et Benjamin Britten (DR)

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 15 juillet 2015. Brahms; Schumann; Schubert. Wagner; Isaac. Emmanuel Ceysson, harpe; Anneke Scott, Joe Walters, Olivier Picon, Chris Larkin, cors. Ensemble Pygmalion; Raphaël Pichon, direction.

L’édition 2015 du festival de Saintes étant centrée sur les jeunes talents, de nombreux artistes prometteurs ou déjà reconnus se croisent dans l’église abbatiale de Saintes. Nous avons dit dans une autre chronique tout le bien que nous pensions de Jean Rondeau, claveciniste et pianiste de haut vol, de Bach au Jazz; le 15 juillet au soir, c’est Raphaël Pichon et l’ensemble Pygmalion, dont il est le directeur musical et fondateur, qui se sont installés à l’Abbaye aux Dames. Le jeune chef, il n’a que 31 ans, a, dès 2005, centré le répertoire de Pygmalion sur la musique de Johann Sebastian Bach (1685-1750) et Jean Philippe Rameau (1683-1764). Ceci ne l’empêche pas de visiter avec talent d’autres contrées musicales, du XVIIIe siècle à nos jours. Et le concert de ce mercredi soir démontre à quel point Pichon transforme en or tout ce qu’il touche, tant le répertoire visité, est radicalement aussi convaincant que différent de celui qu’il défend habituellement.

Pygmalion explore le canon romantique

raphael_pichonLe programme, consacré aux romantiques allemands, alterne musique instrumentale transcrite pour cors ou pour cors et harpe par le compositeur Vincent Manac’h, et musique vocale, a cappella ou en complicité avec un ou plusieurs des cinq musiciens présents. Le challenge est d’autant plus réussi que nombre d’oeuvres sont totalement méconnues du public : canons pour voix de femmes a cappella de Johannes Brahms (1833-1897), Robert Schumann (1810-1846) ou Franz Schubert (1797-1828). Le pari est risqué mais réussi au delà de toutes nos attentes : précision, rigueur, justesse, diction excellente et direction claire, nette, précise. Il n’y a aucune faiblesse dans les canons a cappella ni dans dans les oeuvres avec accompagnement instrumental comme le chant des filles du Rhin, tiré du Crépuscule des Dieux de Richard Wagner (1813-1883). Quant aux arrangements pour cors ou cors et harpes des oeuvres de Heinrich Isaac (1450-1517), de Schumann ou de Brahms par Vincent Manac’h, ils sont interprétés avec une maîtrise quasi parfaite de leurs instruments par les cinq musiciens invités. Notons également les déplacements du choeur, tant sur la scène que dans le choeur arrière, qui ajoute une petite touche scénographiée, sympathique et attachante à l’ensemble de la soirée. De la première à la dernière note, le public est subjugué au point que les applaudissements, plutôt timides et à rebours en cours de soirée fusent en fin de concert; l’accueil chaleureux qui est réservé aux artistes de ce mercredi soir est grandement mérité au vu de la superbe performance artistique réalisée.

C’est donc un concert quasi parfait que Raphaël Pichon et l’ensemble Pygmalion ont présenté mercredi soir à un public plutôt nombreux. D’autant plus idéal que le jeune chef ressort de l’ombre, un certain nombre d’oeuvres vocales, restées méconnues, de grands compositeurs romantiques allemands; et nous tenons à saluer l’audace payante de Pichon qui réussit un coup de maître digne des plus grands. En amont la préparation rigoureuse de l’ensemble vocal contribue aussi pour beaucoup au grand succès de la soirée. Espérons que ce coup de projecteur sera suivi d’une publication au CD.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 15 juillet 2015. Johannes Brahms (1833-1897) : Ich swing mein horn (pour cor), Göttlicher Morpheus, Wille, wille, will, der mann ist kommen, grausam erweiseit sich amor an mir, Einförmig ist der liebe gram, quatre chants pour voix de femmes, cors et harpe op 17 ; Robert Schumann (1810-1846) : Wiegenlied (arrangement Vincent Manac’h), In meeres Mitten; Meerfay, Die capelle, Sonnerie pour deux cors; Franz Schubert (1797-1828) : Psaume XXIII Gott ist mein hirt, Ständchen, Lacrimosa son io, Coronach; Richard Wagner (1813-1883) : Le crépuscule des Dieux (sonnerie des filles du Rhin, chant des filles du Rhin); Heinrich Isaac (1450-1517) : innsbruck ich muss dich (transcription Vincent Manac’h). Emmanuel Ceysson, harpe; Anneke Scott, Joe Walters, Olivier Picon, Chris Larkin, cors. Ensemble Pygmalion; Raphaël Pichon, direction.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Bach. Dorothée Mields, soprano; Margot Oetzinger, mezzo soprano, Damien Guillon, contre ténor; Thomas Hobbs, ténor; Peter Kooy, basse; Collegium Vocale Gent; Philippe Herreweghe, direction.

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue PromethéeUltime chef-d’oeuvre de Johann Sebastian Bach (1685-1750), la Messe en si mineur a connu une histoire chaotique. Si son oeuvre fut créée peu avant le décès du Cantor de Leipzig, sa composition s’étend sur une vingtaine d’années. En effet Bach réutilisa des parties de cantates ou de concertos composées pour certains entre 1724 et 1733, date à laquelle le kyrie et le gloria furent donnés à l’occasion de la prestation de serment du nouveau prince électeur de Saxe Frédéric Auguste II. Les trois dernières pièces de la Messe furent composées en 1748 et 1749. Tombée dans l’oubli dès la disparition de son compositeur, la Messe en si ne fut créée dans son intégralité, telle que nous la connaissons, qu’en 1859. C’est le Collegium Vocale Gent, placé sous la direction de Philippe Herreweghe, son chef historique et fondateur, qui interprète cette nouvelle version du chef-d’oeuvre de Bach.

La Messe en si de JS Bach

Philippe Herreweghe qui connait bien le chef d’oeuvre de Bach, il l’a déjà enregistré avec le Collegium Vocale Gent, dirige la Messe d’une main ferme et sûre. Les solistes qu’il a invités, sont intégrés au choeur : ils chantent intégralement la partition. Musicalement d’ailleurs c’est presque parfait ; l’orchestre qui travaille avec son chef depuis le début, le suit avec une rigueur et une précision millimétrique, notre seul bémol concerne l’intervention du cor; certes la maitrise du cor ancien est difficile et demande un gros travail de préparation, mais les fausses notes entendues en ce 14 juillet sont gênantes à un niveau aussi élevé. Est-ce dû au trac? à la jeunesse du corniste? Ce sont des possibilités qui ont quand même handicapé la basse Peter Kooy à peine audible dès le milieu de la nef. Vocalement le petit choeur du Collegium Vocale Gent est parfait et le renfort des solistes élève encore un niveau déjà très haut. Dans le quintette vocal, saluons les excellentes performances de la soprano Dorothée Mields, du ténor Thomas Hobbs et de l’alto Damien Guillon qui travaille régulièrement avec Philippe Herreweghe. Ces trois artistes, malgré la brièveté de leurs interventions, excellent tant dans les duos que les parties solistes. Plus à la peine, la mezzo soprano Margot Oetzinger; une grossesse déjà avancée pénalise la mezzo dont la voix, au demeurant plutôt belle, a bien du mal à passer par dessus l’orchestre. De même, elle est facilement couverte par Dorothée Mields lors de leur duo (Christe Eleison). Si la première intervention de Peter Kooy est en demi teinte, la seconde est remarquablement menée, et la voix claque dans l’église abbatiale avec une insolence irrésistible.

Malgré quelques accrocs, somme toute mineurs, c’est une Messe en si remarquablement interprétée et menée de main de maitre qu’offrent Philippe Herreweghe et le Collegium Vocale Gent. Cette ultime Messe du Cantor de Leipzig, monumentale et profonde, est le testament de Bach. Philippe Heerewghe en cisèle une lecture forte et parfaitement limpide.

Compte rendu, concert.  Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : messe en si mineur. Dorothée Mields, soprano; Margot Oetzinger, mezzo soprano, Damien Guillon, contre ténor; Thomas Hobbs, ténor; Peter Kooy, basse; Collegium Vocale Gent; Philippe Herreweghe, direction.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Bach, Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin.

Après une édition 2014 exceptionnelle, tant par la qualité des concerts proposés que par la fréquentation, le festival de Saintes revient en force pour son édition 2015 avec des artistes à fort tempérament, dans un style bien différent de l’année précédente. Parmi ces artistes, le jeune claveciniste Jean Rondeau récemment primé aux Victoires de la musique 2015 (révélation instrumentale). Le style du jeune homme démontre qu’il maitrise son instrument avec une maestria digne des plus grands clavecinistes actuellement en activité.


Jean Rondeau : génie du clavier au festival de Saintes

Le double jeu de Jean Rondeau, entre Bach et jazz

rondeau jean clavecin siantes 2015Pour ce concert, Jean Rondeau reprend le programme de son premier CD consacré à Johann Sebastian Bach (1685-1750) : « Imagine ». Si plusieurs des oeuvres du concert ont été composées pour clavier, tels les deux préludes et fugue en la mineur BWV 894 et BWV 895 ou le concerto dans le goût italien BWV 971, remarquable marathon pour clavecin, interprétés avec goût et sensibilité, d’autres ont été transcrites pour clavier. Ainsi, Jean Rondeau s’attaque avec brio à la Suite en do mineur BWV 997; d’abord composée pour luth, cette suite a ensuite été transcrite pour clavier. Également transcrite pour clavecin, la chaconne tirée de la partita pour violon seul n°2 en ré mineur BWV 1004; là encore, le jeune claveciniste comprend le caractère dansant de la pièce, il en dévoile l’énergie rythmique avec une flexibilité digitale enivrante. Pendant tout le concert, son professionnalisme (concentration et détente), sa maîtrise séduisent le public venu nombreux : l’attrait du phénomène actuel du clavier produit ses effets. Le public est ravi et lui réserve un accueil chaleureux. Jean Rondeau concède d’ailleurs deux bis ; le premier est tiré de l’oeuvre de Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Tendres plaisirs ; le second est une oeuvre de Pancrace Royer (vers 1705-1755) : Marche des scythes.

Si Jean Rondeau est un claveciniste hors pair, il est également excellent pianiste. Convié à donner un concert de jazz avec son groupe Note Forget, composé du saxo Virgile Lefebvre, du batteur Sébastien Grenat et du contrebassiste Erwan Ricordeau, le claviériste joue pendant plus d’une heure après le concert de 19h30, également consacré à Bach et dont nous rendons compte dans un autre article. Après avoir rendu hommage à deux des plus grands jazzmen du XXe siècle, Thélonious Monk et Herbie Hancock, le quatuor se lance dans un show jazzy en jouant les compositions de ses membres devant un public toujours aussi nombreux et séduit par l’éclectisme du claviériste, hors norme, polyvalent, d’une facilité étonnante d’un répertoire l’autre. Et d’ailleurs de nombreuses personnes sont allées saluer Jean Rondeau et ses musiciens pour le féliciter et le remercier de leur avoir donné un si bel échantillon de son talent.

Dans deux styles très différents, voire radicalement opposés, Jean Rondeau a séduit un public nombreux qui s’est littéralement arraché son CD Bach “Imagine”. Saluons l’Abbaye aux Dames d’avoir eu l’excellente idée d’accueillir le jeune claveciniste qui sera en résidence à compter de la saison 2015/2016. Souhaitons à l’artiste et à ses deux ensembles, Note forget (de tendance jazzy) et NeverMind (ensemble de musique baroque) la plus belle des carrières ; carrière qui s’annonce d’ailleurs sous les meilleurs auspices.

Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Prélude et fugue en la mineur BWV 895, Prélude et fugue en la mineur BWV 894, Fantaisie et fugue inachevée en do mineur BWV 906, Suite en do mineur BWV 997, Chaconne de la partita pour violon seul N°2 en ré mineur BWV 1004, concerto dans le goût italien BWV 971; Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Tendres Plaisirs (bis N°1); Pancrace Royer (vers 1705-1755) : Marche des scythes (bis N°2) . Jean Rondeau, clavecin.

Poitiers. Cinéma “le Castille”, le 5 juillet 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Rossini : Guillaume Tell, opéra en quatre actes d’après un livret de Étienne de Jouy et Hippolyte Bis. Gérald Finley, Guillaume Tell; John Osborn, Arnold Melcthal; Malin Byström, Mathilde; Alexander Vinogradov, Walter Furst; Sofia Fomina, Jemmy … Choeur du Royal Opera, Orchestre du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. Damiano Michieletto, mise en scène; Paolo Fantin, décors; Carla Teti, costumes; Alessandro Carletti, lumières.

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L’opéra au cinéma est depuis quelques années une pratique plébiscitée qui permet au plus grand nombre, souvent en fauteuils plus confortables que dans les salles habituelles, et à moindre coût, de suivre les saisons lyriques de part le monde. C’est pourquoi CLASSIQUENEWS a fait le choix de rendre compte  des retransmissions d’opéra au cinéma…  C’est le dernier opéra de la saison 2014/2015 qui a été présenté en direct de Londres dans le monde entier en ce dimanche après midi. Pour clore sa saison, le Royal Opera House propose à son public une nouvelle production l’ultime chef d’oeuvre de Gioachino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell. L’oeuvre est présentée dans sa version française, la version originale (créée en1829 à l’Opéra de Paris); celle en italien, la plus jouée pourtant, fut créée à Lucques en 1831. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a invité une distribution internationale avec quelques artistes de premier plan comme Gérald Finley, John Osborn, Nicolas Courjal; et c’est le metteur en scène Damiano Michieletto qui a été convoqué pour monter ce Guillaume Tell.

 

 

 

Chanteurs crédibles mais scène visuelle provocante, ce Guillaume Tell londonien marque les esprits

Guillaume Tell occupe le Royal Opera House

 

finley guillaume tell rossini royal opera house covent garden comptre rendu critique classiquenewsSi Damiano Michieletto fourmille d’idées, notamment pour marquer l’oppression de la Suisse par l’armée autrichienne, il n’était peut-être pas nécessaire de réaliser une mise en scène aussi brutale dont le summum est  atteint dans la scène de viol au troisième acte. D’ailleurs le scandale a été tel (des huées ont, semble-t-il ponctué ladite représentation et ont vilipendé le metteur en scène aux saluts finaux) que Michieletto a été contraint d’édulcorer sérieusement la scène en question (plus de scène de nudité, plus de cris de détresse). Inutile aussi le finale de l’acte deux au cours duquel Guillaume, Walter et le choeur se mettent torse nu pour s’asperger de sang de synthèse; Que Michieletto veuille centrer sa mise en scène autour de l’oppression autrichienne, soit, ce parti pris est acceptable et assez crédible, mais il pousse son concept trop loin : – l’allusion est mère de poésie et d’équilibre théâtral : en montrant trop et de façon aussi répétitive finit par agacer. Ce que nous regrettons aussi au milieu de décors, plutôt réussis (la présence de terre sur tout pour signifier la terre nourricière, l’amour de la terre, au sens amour de la patrie – s’avère être une idée excellente), et de lumières superbes, ce sont des costumes et des accessoires totalement hors sujet. Soit, au XIVe siècle le canon avait fait son apparition (il était arrivé en France vers 1313) mais les mitraillettes, mitrailleuses et autres revolvers étaient totalement inconnus en 1307, n’ayant fait leur apparition dans l’équipement militaire qu’au XXe siècle, et évoluant sans cesse entre les deux guerres (elles équipaient les armées américaines et européennes pendant la seconde guerre mondiale). Dommageable également l’idée de faire évoluer solistes et choeur dans un espace réduit alors que la scène du Royal Opera House permet de faire plus et mieux. (Photo ci avant : Gerald Finley)

Vocalement, en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Guillaume Tell étant présenté dans sa version originale, la version française, nous pouvions nous inquiéter pour la diction; contredisant nos craintes, elle était excellente, même si elle était parfois aléatoire dans quelques scènes de choeur. Pour le rôle titre, le Royal Opera House a invité le baryton canadien Gérald Finley; Il est dans une forme exceptionnelle et campe un Guillaume impérial d’un bout à l’autre de la représentation. Finley nous montre un Guillaume certes tiraillé par des sentiments contradictoires mais prenant les bonnes décisions quand il le faut, soutenu en cela par sa femme et son fils puis par Mathilde, soutien de toute la famille Tell à partir du troisième acte. Saluons également une diction quasi parfaite et l’ovation largement méritée qu’il reçoit tant pour son interprétation de la prière “Sois immobile” et aux saluts finaux. C’est John Osborn qui prête ses traits et sa voix à Arnold Melcthal; le ténor américain, qui connait bien le répertoire rossinien, et Guillaume Tell en particulier a évolué de façon surprenante et de façon très positive. La voix et ferme et les aigus balancés avec une assurance remarquable; et tout comme Finley la diction est excellente. Tiraillé entre son amour pour Mathilde et son amour pour son pays, c’est l’assassinat de son père par Gessler qui le pousse à rejeter l’ennemie de sa patrie, dut-il pour cela sacrifier l’amour qu’il lui porte; Osborn reçoit un accueil chaleureux très mérité pour son interprétation d’ “Asile héréditaire” projeté, incarné avec une sensibilité poignante. Côté femmes saluons la très belle Mathilde de Malin Byström et l’honorable Hedwige de Enkelejda Shkosa; Sofia Fomina campe certes un Jemmy juvénile et courageux mais elle est un cran en dessous de ses deux collègues. Complétant avec talent la distribution des rôles principaux, Nicolas Courjal incarne un Gessler cruel à souhait; et si la mise en scène dessert Mathilde et les Suisses, elle permet à Courjal de s’épanouir telle une fleur … mortellement venimeuse. Parmi les rôles secondaires, saluons les très belle performances de Eric Halfvarson (Melcthal), Alexander Vinogradov (Walter Furst) et Michael Colvin (Rodolphe). Si les solistes ont réalisé des prouesses remarquables, le choeur, personnage à part mais indispensable dans Guillaume Tell, a été lui aussi exceptionnel. Les effectifs ont été quasiment doublés pour l’occasion et ont été parfaitement préparés par leur chef de choeur, Renato Balsadonna. Musicalement et vocalement, la performance est idéale et la diction est presque parfaite car au cours de quelques scènes, notamment dans les ensembles, elle n’était pas toujours très nette.

 

 

 

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Dans la fosse, l’Orchestre du Royal Opera House, survolté, joue à la perfection. Antionio Pappano qui connait le chef d’oeuvre de Rossini par coeur, ses explications durant les reportages d’entractes sont d’ailleurs parfaitement claires et très concises, dirige son orchestre avec maestria, ciselant chaque,scène, chaque note, tel l’orfèvre travaillant un chef d’oeuvre; généreux en tempi vifs, Pappano parvient à trouver un juste milieu entre la fosse et le plateau. Une fois passés les aléas de la première avec sa dose de scandale, de huées et autres interpellations à son égard, Pappano peut enfin diriger une oeuvre qu’il aime tout particulièrement et pour laquelle il trouve toujours de nouveaux angles d’approche. L’ouverture, joyau instrumental est menée tambour battant donnant ainsi le ton de la soirée. Et les “bravo” qui fusent après entre la fin de l’ouverture et le début du premier acte saluent à juste titre une interprétation dynamique.

Musicalement et vocalement, cette nouvelle production de Guillaume Tell, -absent à Londres depuis 1992-, est remarquable par la réunion de multiples talents qui se transcendent pour sublimer l’ultime opéra de Rossini; en revanche scéniquement Damiano Michieletto donne un coup d’épée dans l’eau. Certes il y a beaucoup d’idées mais aucune n’est véritablement mise en valeur tant la mise en scène est brutale, lourde et souvent répétitive, inutilement sanguinolente, inutilement sauvage. La scène de viol au troisième acte, toute édulcorée qu’elle soit, n’était pas nécessaire – même si comme le précise Kasper Holten (le directeur général du Covent Garden) chaque occupation est oppressive et entraine forcément des exactions de ce type. Souhaitons tout de même que le succès soit au rendez-vous des dernières représentations de la série et donc de la fin de la saison 2014/2015 du Royal Opera House.

 

 

 

Poitiers. Cinéma “le Castille”, le 5 juillet 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Gioachino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell, opéra en quatre actes d’après un livret de Étienne de Jouy et Hippolyte Bis. Gérald Finley, Guillaume Tell; John Osborn, Arnold Melcthal; Malin Byström, Mathilde; Alexander Vinogradov, Walter Furst; Sofia Fomina, Jemmy ; Enkelejda Shkosa, Hedwige; Nicolas Courjal, Gessler; Eric Halfvarson, Melctal; Michael Colvin, Rodolphe; Samuel Dale Jonhson, Leuthold; Enea Scala, Ruodi. Choeur du Royal Opera, Orchestre du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. Damiano Michieletto, mise en scène; Paolo Fantin, décors; Carla Teti, costumes; Alessandro Carletti, lumières.

CD, compte-rendu critique. Marais, Destouches : Sémélé cantate à voix seule avec symphonie; Haendel : concerto grosso op3 N°4, oratorio Sweet bird ; cantate Tra le fiamme ; Sémélé; Théodora. Ensemble Les Ombres; Chantal Santon-Jeffery, soprano; Mélodie Ruvio, alto; Sylvain Sartre, Margaux Blanchard, direction. 1 CD mirare MIR 260

CD, compte rendu critique. Sémélé par Les Ombres (1cd Mirare). Si le mythe de Sémélé a inspiré nombre de compositeurs tant en France qu’en Angleterre, seul l’opéra éponyme de Georg Friedrich Haendel (1685-1759) est passé à la postérité. Défricheurs des oeuvres baroques qui dorment sur des fonds d’étagère depuis de longues années, voire de longs siècles, Sylvain Sartre et Margaux Blanchard, co directeurs des Ombres, se sont intéressés de près au mythe de Sémélé. Sont ainsi révélées, les Sémélé de Marin Marais (1656-1728) et d’André Cardinal Destouches (1672-1729). Il était par ailleurs difficile, voire quasi impossible, de ne pas adjoindre à ces deux oeuvres celle de Georg Friedrich Haendel (1685-1759); par ailleurs d’autres chefs d’oeuvre instrumentaux et vocaux de Haendel complètent agréablement le programme.

 

 

 

Sémélé sort de l’ombre…

 

semele les ombres chantal santon jefferyC’est la Sémélé de Marin Marais (1656-1728) qui ouvre l’enregistrement des Ombres. Dans cet opéra en un prologue et cinq actes, créé en 1709 et tombé dans l’oubli aussitôt, Sylvain Sartre et Margaux Blanchard ont sélectionné des extraits du prologue. Les ombres jouent les extraits instrumentaux avec entrain laissant transparaitre une musique vive, forte, dynamique. L’air “Quel bruit nouveau” est interprété avec sobriété par la soprano Chantal Santon-Jeffery. Dans ce premier opus de l’enregistrement, la jeune femme a néanmoins peu l’occasion de s’exprimer ; dommage, qu’il y ait si peu d’extraits vocaux de l’oeuvre de Marin Marais. Poursuivant leur exploration, Les Ombres nous emmènent ensuite dans l’univers d’André Cardinal Destouches (1672-1729) qui, lui, a préféré privilégier la forme cantate plutôt que l’opéra. Datant de 1719, le chef d’oeuvre du compositeur parisien est resté dans l’ombre de sa création à … 2009, date à laquelle elle a été re-créée par Les Ombres au festival d’Ambronay. Pour ce second, c’est l’alto Mélodie Ruvio qui interprète avec sensibilité le chef d’oeuvre de Destouches. La jeune artiste fait montre d’une autorité et d’une maitrise digne des plus grandes tant elle fait siens, texte et musique de Destouches. La troisième Sémélé du CD est celle de Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Avec “Oh sleep” et “Endless pleasure », Chantal Santon-Jeffrey peut incarner en toute liberté, laissant transparaitre une Sémélé amoureuse et déterminée. Face à elle, Sémélé juvénile et séduisante, Mélodie Ruvio affirme une Junon mordante, jalouse et retorse à souhait écartant sans remords la malheureuse Iris, sa messagère, venue la prévenir qu’il lui sera difficile d’approcher Sémélé à cause des protections renforcées installées par Zeus autour de sa nouvelle maitresse.

Pour compléter le présent CD, Sylvain Sartre et Margaux Blanchard insèrent d’autres oeuvres de Haendel dont le Concerto grosso opus 3 n°4. Les Ombres u cultivent un allant rafraichissant; les musiciens mettent leur sensibilité au service d’une oeuvre plus difficile à jouer qu’il n’y parait. De même L’allegro, il penseroso ed il moderato (« Sweet bird ») est fort bien interprété par un ensemble en grande forme et dirigé avec panache par ses deux chefs Sylvain Sartre et Margaux Blanchard. Dans la cantate “Tra le fiamme », ils accompagnent Chantal Santon-Jeffrey avec bonheur; la soprano chante le chef d’oeuvre de Handel avec un plaisir gourmand et plaisant. En conclusion, Chantal Santon-Jeffrey et Mélodie Ruvio chantent un extrait de Théodora : “To thee, thou glorious son of worth”; les voix des deux chanteuses se marient parfaitement accusant les sentiments contradictoires des deux personnages en situation.

Le présent CD donne un bel aperçu du mythe de Sémélé même si nous aurions aimé approfondir notre découverte de l’oeuvre de Marin Marais grâce à davantage d’extraits vocaux. Cependant Chantal Santon-Jeffrey et Mélodie Ruvio se font ambassadrices  d’oeuvres méconnues, voire oubliées. Les Sémélé de Marin Marais et d’André Cardinal Destouches s’imposent ici, avec finesse et caractérisation, avec d’autant plus de mérite que la musique des deux compositeurs est de grande valeur et bien écrite.

 

Marin Marais (1656-1728) : Sémélé : marche d’Aegipans, “quel bruit nouveau”, deuxième air des guerriers, chacone; André Cardinal Destouches (1672-1729) : Sémélé cantate à voix seule avec symphonie; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : concerto grosso op3 N°4, oratorio Sweet bird, cantate Tra le fiamme, Sémélé : Oh sleep, Endless pleasure, Hence Iris; Théodora : To thee, thou glorious son of worth. Ensemble Les Ombres; Chantal Santon-Jeffery, soprano; Mélodie Ruvio, alto; Sylvain Sartre, Margaux Blanchard, direction. Enregistrement réalisé en Juin 2013 à l’espace Bonnet de Jujurieux (Ain). 1 cd Mirare MIR 260

 

 

Compte rendu, opéra. Poitiers. Cinéma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Giordano : Andrea Chenier opra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’aprs la vie du poète André Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo Gérard…

Lorsqu’il compose Andrea Chenier en 1896, Umberto Giordano (1867-1948) ne pensait certainement pas que son opéra en quatre actes, inspiré de la vie du poète français guillotiné pendant la terreur, serait plus connu pour certains de ses arias plus que dans sa totalité. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a confié la mise en scène à  David McVicar, un habitué de la scène lyrique londonienne,  et le rôle titre au ténor allemand Jonas Kaufmann.

 

 

 

trop lisse esprit révolutionnaire au Royal Opera House mais

sidérant Chénier de Jonas Kaufmann

 

 

jonas kaufmann andrea chenier opera giordanoDavid McVicar qui nous a habitué  à des mises en scène hors-normes comme par exemple Rigoletto où il n’avait pas hésité à  introduire une courte scène sexuelle lors de la fête du duc de Mantoue ou Faust avec son cabaret L’Enfer, réalise là une mise en scène très, peut-tre trop, sage avec un premier acte terne étrangement à propice  l’endormissement. Les trois actes suivants  montrent une révolution française très édulcorée avec peu de mouvements de foules, aucun sans culottes et quasiment aucune chanson révolutionnaire sauf une carmagnole qui précède de peu le procès de Chénier. Bien sûr les costumes, les décors et les lumières sont superbes mais il manque dans la mise en scène le brin de vie, voire l’accent de folie qui caractérise habituellement le travail de McVicar. Sur le plateau, la distribution est totalement dominée par l’Andrea de Jonas Kaufmann. Le ténor allemand qui effectuait une prise de rôle s’est emparé du personnage avec panache et profondeur faisant siens les sentiments contradictoires du rôle titre. De sa voix particulière, rugueuse et ciselée à la fois, l’artiste souligne toutes les audaces et les nuances psychologiques de la partition redoutable de Giordano; l’improvviso (Colpito qui m’avete  Un di all’azzuro spazio) au premier acte et Un bel di di maggio au quatrième sont interprétés avec élégance et intelligence.

Fine comdienne Eva Maria Westbroek  campe une Maddalena de Coigny à la fois provocatrice et sensuelle, sensible et aussi apeurée; mais vocalement la performance est inégale. Très à  l’aise dans le médium, la soprano faillit cependant dans les extrémités de la tessiture haute: ses aigus sont parfois tendus comme si, tétanisée par le défi, Eva Maria Westbroek peinait à  se lâcher complètement; du coup l’aria de Maddalena “La mamma morta” manque de panache comme de souffle même s’il est interprété avec un engagement méritoire.

Le Carlo Gérard de Zeljko Lucic, esprit vilain-, est certes vocalement un peu monochrome mais scéniquement solide; si nous aurions apprécié d’écouter un peu plus de nuances, notamment dans “Nemico della patria” chanté de manière un peu brutale. Néanmoins Lucic brosse un portrait touchant de Carlo dont l’amour pour Maddalena le fait changer de camp avec un certaine noblesse. Notons aussi la jolie Bersi de Denyce Graves et des comprimari intelligemment distribués. Le choeur du Royal Opera House, bien préparé, comme d’habitude, fait une prestation très honorable ; il aurait certainement pu mieux faire si David McVicar avait seulement été plus inspiré.

Dans la fosse Antonio Pappano dirige l’orchestre du Royal Opera avec style. Il prend le chef d’oeuvre de Giordano à son compte travaillant en amont avec chacun, solistes, orchestre, choeur ciselant la partition avec la rigueur et la minutie qui le payent. Pendant toute la soirée,  Pappano, attentif à ce qui se passe sur le plateau,  tient son orchestre d’une main ferme.  La tenue est dramatique et la direction soigné l’impact expressif de chaque scène,  intimiste ou collective.

C’est, malgré une mise en scène trop sage, une production qui a le mérite de mettre en avant une oeuvre méconnue dont seuls quelques airs ont imprimé les mémoires grâce, notamment, à Maria Callas qui contribua à sortir nombre d’oeuvres de l’oubli. L’immense succès de la soirée est en grande partie du à un Jonas Kaufmann mouvant et rayonnant, vocalement très en forme; néanmoins les partenaires du ténor allemand ne déméritent absolument pas tant ils s’engagent  pour la défense d’une oeuvre qui gagne grandement  être davantage écoutée.

 

 

Jonas Kaufmann, le plus grand ténor du monde !Poitiers. Cinma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chenier opéra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’après la vie du poète André Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo Gérard; Denyce Graves, Bersi; Elena Zilio, Madelon; Rosalind Plowright, Contessa di Coigny; Roland Wood, Roucher; Peter Colman-Wright, Pietro Fleville; Eddie Wade, Fouquier-Tinville; Adrian Clarke, Mathieu; Carlo Bosi, L’incroyable; Peter Hoare, l’abbé; Jrmy White, Schmidt; John Cunningham, Major Domo; Yuriy Yurchuk, Dumas. Orchestre du Royal Opera House, choeur du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. David McVicar, mise en scène; Robert Jones, décors; Jenny Tiramani, costumes; Adam Silverman, lumières.

 

 

 

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 25 janvier 2015. Mozart; Schubert. Anaïs Constant, soprano; Pauline Leroy, mezzo soprano; Enguerrand de Hy, ténor; Virgile Ancely, baryton. Jeune choeur de Paris; Jeune Orchestre de l’Abbaye; Laurence Équilbey, direction.

Le Jeune Orchestre de l’Abbaye rend justice à Mozart et Schubert. Depuis sa création, le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) a accueilli nombre de jeunes musiciens professionnels ou en fin de parcours universitaire. Dirigé depuis ses débuts par de grands chefs français ou étrangers, le Jeune Orchestre de l’abbaye se nourrit ainsi d’expériences diverses, qui font des musiciens apprentis des artistes prêts à affronter toutes les situations. Avec Laurence Équilbey, la chef et fondatrice de l’ensemble Accentus et d’Insula orchestra, l’orchestre ne faillit pas à la tradition d’apprentissage et de partage, d’adaptabilité et de curiosité, qui fait depuis ses débuts, sa spécificité.

Equilbey laurence JOA SaintesAu programme du concert, deux compositeurs : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Franz Schubert (1797-1828). C’est l’ouverture de Die zauberflôte qui ouvre l’après midi; si quelques fausses notes s’entêtent du côté des cuivres Laurence Équilbey recadre rapidement les intéressés (c’est le lot du jeu sur instruments d’époque) ; la chef dirige avec élégance l’un des ultimes chef d’oeuvre de Mozart. La Messe du Couronnement qui suit, permet au jeune choeur de Paris, fondé par Laurence Équilbey dans le cadre du Département Supérieur pour Jeunes Chanteurs du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, de s’installer avec les jeunes solistes invités pour l’occasion. Très sollicité, le Jeune choeur de Paris se sort avec honneur d’une partition difficile propre au génie Mozartien; quant au quatuor de solistes, il chante alternativement seul et avec le choeur. Anaïs Constant, Pauline Leroy et Enguerrand de Hy ont des voix solides, quoique encore un peu vertes étant donné leur jeunesse ; Virgile Ancely, lui a bien du mal à passer le mur du son. Et de la tribune où nous étions installés, la voix du jeune baryton nous parvenait à peine. Le Jeune Orchestre de l’Abbaye accompagne le choeur et les solistes avec subtilité sous la direction vigilante et ferme de Laurence Équilbey. Le chef d’oeuvre de Mozart, composé à la demande du prince-archevêque de Salzbourg Hyeronimus Von Colloredo pour le couronnement de la Vierge, n’en est pas moins fort joliment interprété malgré les imperfections diluées ici et là.

Après l’entracte, le Jeune Orchestre de l’Abbaye interprète la symphonie n°4 en ut mineur de Franz Schubert (1797-1828). La baguette reste ferme et dynamique; les musiciens suivent d’ailleurs leur chef avec une précision remarquable comme si la musique de Schubert les inspirait plus que La Flûte Enchantée. La Symphonie n°4 de Schubert n’est pas particulièrement longue, à peine trente minutes, mais elle exige des interprètes; et Laurence Équilbey, en fine musicienne, relève le gant avec panache. Quant à l’orchestre bien préparé tant par ses formateurs que par sa chef, il donne au chef d’oeuvre de Schubert de  superbes intonations : mordantes, expressives, d’une intériorité parfois pénétrante. La profondeur n’attend pas l’âge des années ; et les jeunes musiciens ont, canalisés sous la tutelle de leur pilote, des richesses intérieures à revendre.

La venue de Laurence Équilbey à l’Abbaye aux dames est d’autant plus remarquable qu’elle est l’une des rares femmes chef d’orchestre à avoir percé dans un milieu majoritairement masculin. Elle a pris le Jeune Orchestre de l’abbaye en main avec maestria, lui permettant d’atteindre de très belles sonorités tant dans la Messe du couronnement de Mozart que dans la Symphonie de Schubert. Et le public, venu nombreux, a réservé à l’ensembles des artistes un accueil très chaleureux, légitime.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 25 janvier 2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die zauberflöte, ouverture; messe du couronnement K317 en UT majeur. Franz Schubert (1797-1828) : symphonie N°4 en UT mineur. Anaïs Constant, soprano; Pauline Leroy, mezzo soprano; Enguerrand de Hy, ténor; Virgile Ancely, baryton. Jeune choeur de Paris, Jeune Orchestre de l’Abbaye; Laurence Équilbey, direction.

Compte rendu, opéra. Cognac, L’avant scène, le 22 janvier 2015. Offenbach : Le voyage dans la lune opérette en quatre actes sur un livret tiré de “De la terre à la lune” de Jules Vernes. Sarah Lazerges, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos…. ; choeur et orchestre Opéra Éclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; David Belugou, décors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gouron et Guillaume Hébrard, lumières.

Lorsque nous avions vu Le voyage dans la lune lors de sa création au festival de Saint Céré 2014,  nous avions beaucoup ri. Le chef d’oeuvre burlesque intitulé “opéra-féérie” de Jacques Offenbach (1819-1880) encore très méconnu mérite pourtant d’être vu et écouté tant Offenbach est dans la veine de ses précédents chefs d’oeuvres que sont, par exemple La Périchole, La vie parisienne ou Orphée aux enfers. Partie en tournée avec sa nouvelle production après quelques semaines de repos bien mérité, la compagnie Opéra Éclaté s’est arrêtée le temps d’une soirée à …Cognac. Et pour les dates de janvier 2015 quelques changements ont eu lieu tant sur le plateau que dans la fosse; changements qui préservent une vie et une dynamique irrésistibles sans pour autant ôter tout mérite à ceux qui sont partis en cours de route pour assurer des engagements de longue date.

Cognac fête Le voyage dans la lune

L’été dernier nous avions salué l’excellente mise en scène d’Olivier Desbordes qui a permis à sa troupe de développer ses dons tant scéniquement, les artistes se lancent à qui mieux-mieux dans une série de gags aussi hilarants les uns que les autres, que vocalement tant les voix s’accordent les unes aux autres sans réelles anicroches. En revanche, l’étroitesse de la scène n’a permis d’installer que la moitié des décors mais l’ambiance burlesque et féérique de la production demeure intacte entraînant un public conquis dans un univers toujours aussi loufoque et déjanté qui va si bien à ce Voyage dans la lune.

offenbachSur le plateau, côté changements, saluons Sarah Lazerges qui remplace avec bonheur Marlène Assayag dans le rôle du prince Caprice. La jeune soprano franco-américaine entre parfaitement dans ce rôle travesti ; sous le costume de Caprice, elle se montre à la fois teigne avec son père et Microscope qu’elle martyrise à plaisir et, une fois arrivée sur la lune, très empressée auprès de Fantasia. Parmi les fidèles du festival de St Céré Christophe Lacassagne reprend le rôle du roi Vlan qu’il avait déjà endossé en août dernier; l’inénarrable roi terrien est plus déchainé que jamais et le show télévisuel dont il régale un public totalement hilare, est toujours aussi savoureux au détour duquel il rend un discret hommage aux victimes des hommages parisiens. Autre pilier de la compagnie Éric Vignau reprend lui aussi les habits du savant Microcospe; aussi déchainé que ses complices, il ressemble de plus en plus à un savant fou. Cécile Limal incarne la princesse Fantasia en lieu et place de Julie Mathevet. La nouvelle chanteuse que nous avions déjà vue au festival de St Céré en 2012 où elle chantait un rôle secondaire dans Die Zauberflöte, a l’opportunité de montrer son talent en tant que comédienne mais aussi comme cantatrice. Et elle y parvient fort bien; sa Fantasia est à la fois pétillante, drôle mais aussi capricieuse et aussi sûre d’elle que l’était Julie Mathevet l’été dernier. Toujours aussi savoureux le Cactus de Yassine Benameur et la Popotte d’Hermine Huguenel; quant à Juan Carlos Etcheverry, il remplace  Laurent Galabru avec élégance.

Dans la fosse, c’est le jeune chef Gaspard Brécourt qui dirige le chef d’oeuvre d’Offenbach en lieu et place de Dominique Trottein. Ce remplacement au pied levé a obligé chacun à des raccords supplémentaires afin de permettre à la troupe de se caler et de se souder davantage. Gaspard Brécourt, que nous avions apprécié lors de la présentation de Lucia di lamermmoor l’été dernier, dirige l’oeuvre d’Offenbach avec enthousiasme et professionnalisme même s’il y a quelques minimes hésitations plus dues à la découverte d’une oeuvre encore trop peu donnée et jamais enregistrée (il n’existe même pas d’enregistrements intégraux du Voyage dans la lune).

Ainsi les changements de distributions et de chef n’ont pas altéré la soirée à laquelle un public nombreux et hilare a assisté. Notons la présence de lycéens venus de Cognac et de ses environs visiblement ravis d’être venus à l’Avant Scène pour cette représentation. Reste à espérer qu’un CD ou un DVD suivront, pour fixer une si pétillante production.

Cognac. L’avant scène, le 22 janvier 2015. Jacques Offenbach (1819-1880) : Le voyage dans la lune opérette en quatre actes sur un livret tiré de “De la terre à la lune” de Jules Vernes. Sarah Lazerges, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos; Cécile Limal, Fantasia; Juan Carlos Etcheverry, le prince qui passe par la; Yassine Benameur, Cactus; Hermine Huguenel, la reine Popotte; choeur et orchestre Opéra Éclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; David Belugou, décors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gouron et Guillaume Hébrard, lumières.

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 14 décembre 2014. Bonis; Offenbach; Chaminade; Fauré; Donizetti; Godard; Duparc; Debussy; Dubois; Boulanger; Hahn. Isabelle Druet, mezzo soprano; Quatuor Giardini.

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concert2014 est une année particulière qui commémore le centenaire du début de la Grande guerre (1914-1918) et le soixante-dixième anniversaire des débarquements de Normandie (6 juin 1944) et de Provence (15 août 1944). Pour “célébrer” cette année si spéciale, le Théâtre Auditorium de Poitiers a invité la mezzo soprano Isabelle Druet et le Quatuor Giardini pour un récital certes un peu sombre mais très équilibré, alternant judicieusement musique de chambre, mélodies françaises, extraits d’opérettes et d’opéras. Ce programme, fort alléchant au demeurant, bénéficie du soutien de la fondation Palazetto Bru Zane qui en assure également la production.

Isabelle Druet au Théâtre Auditorium

Le Quatuor Giardini débute le programme avec un Quatuor avec piano de la compositrice Mel Bonis (1858-1937). Très active, mais peu connue aujourd’hui, Mel Bonis compose aussi bien de la musique instrumentale que de la musique vocale (religieuse ou profane) laissant à sa mort une oeuvre ompressionnante, plus de trois cents oeuvres, en cours de redécouverte. Le Quatuor avec piano N°1 (composé en 1915) dont seul le finale est donné en ce dimanche après midi est à la fois emprunt de nostalgie et, en pleine guerre, de tristesse. Les Giardini interprète le Concerto de Bonis avec une sobriété et un engagement total; il en est de même pour les deux Quatuors de Gabriel Fauré (1845-1924) qui datent de la fin des années 1870 pour l’un et de 1887 pour l’autre. Des Rêves d’enfants de Théodore Dubois (1837-1924), -nous n’écoutons que le premier d’entre eux-, et le Quatuor avec piano de Reynaldo Hahn (1874-1947) nagent dans des eaux allusives, de tristesse pour l’un, de sérénité pour le second; sentiments subtilement exprimés par le Quatuor Giardini.

druet isabelle duparc guerre 1870 1914Quant à la mezzo soprano Isabelle Druet, la régionale de la soirée puisqu’elle est d’origine niortaise, elle alterne judicieusement opérette, opéra et mélodies françaises. Elle entame son “show” avec La Grande duchesse de Gerolstein de Jacques Offenbach (1819-1880) : même si les graves sont parfois poitrinés, notamment dans le récitatif de “Ah que j’aime les militaires”, la jeune femme assume crânement une partition difficile. Comédienne accomplie, Isabelle Druet provoque des éclats de rires en cascade dans une salle pourtant bien vide ce que nous regrettons d’ailleurs tant le programme est riche, varié et très équilibré. Martiale, pleine de vie et d’ambition dans La Grande duchesse, la mezzo joue avec une moue charmante, les veuves éplorées dans La vie parisienne ; ou les grandes dames terrorisées dans La fille du régiment de Gaetano Donizetti (1797-1848). À coté des oeuvres du répertoire lyrique, Isabelle Druet interprète avec sobriété et sensibilité des mélodies de compositrices et compositeurs post-romantiques ou modernes. Ainsi, après la musique de chambre de Mel Bonis en ouverture de concert, ce sont Cécile Chaminade (1857-1944) et Nadia Boulanger (1887-1979),- soeur de la violoniste Lilli Boulanger, qui, trop rarement jouées, sont mises à l’honneur au travers de deux mélodies émouvantes : incarnées avec une justesse de ton confondante par une diseuse soudainement grave, sincère, profonde , très inspirée. C’est “Au pays où se fait la guerre”, une mélodie d’Henri Duparc (1848-1933), qui donne son titre au récital de l’artiste : la mélodie emblématique fait passer son public par toutes sortes de sentiments, soulignant aussi l’horreur de la guerre et les dégâts collatéraux qu’elle impose des deux côtés du front. Si le public connait Claude Debussy (1862-1918) plus pour son opéra Pélléas et Mélisande (créé en 1902) que pour ses mélodies, c’est pourtant l’une d’entre elles, «  Recueillement » tirée du recueil “cinq poèmes de Charles Baudelaire” qu’Isabelle Druet chante après avoir mis à l’honneur Benjamin Godard (1849-1895) lui aussi quasiment inconnu alors que sa musique gagne grandement à être connue.

Devant une salle aux trois-quart vide, Isabelle Druet offre un récital de haute volée. Son talent d’actrice, passant de la frivolité à la gravité s’associe en finesse avec l’excellent Quatuor Giardini ; suggestifs et convaincants, les interprètes proposent de la redécouverte de compositrices encore trop méconnues, Bonis, Chaminade, Boulanger, associées à part égale à des musiciens aussi connus qu’Offenbach, Donizetti, Fauré, Debussy ou Duparc. Peut-être pourrions nous espérer un CD rassemblant tant de compositeurs qui méritent largement d’être remis au gout du jour tant ils/elles ont produit des oeuvres de qualité. La diversité n’entame en rien l’intérêt du programme : elle nuance davantage la profonde cohérence du thème choisi. Avec pudeur et justesse. Réussite totale.

Compte rendu, concert. Poitiers. TAP, Auditorium le 14 décembre 2014. Mel Bonis (1858-1937) : quatuor avec piano N°1 opus 69; Jacques Offenbach (1819-1880) : La grande duchesse de Gérolstein (“Ah! que j’aime les militaires”, couplets du sabre), La vie parisienne (“Je suis veuve d’un colonel); Cécile Chaminade (1857-1944) : Exil; Gabriel Fauré (1845-1924) : quatuor avec piano opus 45, quatuor avec piano opus 15; Gaetano Donizetti (1797-1848) : La fille du régiment (“Pour une femme de mon rang”); Benjamin Godard (1849-1895) : Les larmes; Henri Duparc (1848-1933) : Au pays ou se fait la guerre; Élégie; Claude Debussy (1862-1918) : cinq poèmes de Charles Baudelaire (Recueillement); Théodore Dubois (1837-1924) : Petits rêves d’enfants : N°1, chansons de Marjolie (En paradis); Nadia Boulanger (1887-1979) : Élégie; Reynaldo Hahn (1874-1947) : quatuor avec piano; L’heure exquise (bis). Isabelle Druet, mezzo soprano; Quatuor Giardini.

Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 12 octobre 2014. Verdi, Boïto. Michele Pertusi, basse, Filarmonica Arturo Toscanini, choeur du Teatro Regio de Parme, choeur d’enfants de la chorale Giuseppe Verdi de Parme; Jader Bignamini, direction.

Pertusi-1Deux jours après la 1ère de La forza del destino (donnée le 10 octobre et dont nous avons rendu compte), la Filarmonica Arturo Toscanini et son chef Jader Bignamini quittent la fosse d’orchestre pour monter sur la scène du Teatro Regio de Parme. Le soliste de ce concert est un enfant du pays très aimé des mélomanes parmesans : Michele Pertusi. Après sa prise de rôle dans Forza, il chante en deuxième partie de concert une oeuvre d’Arrigo Boïto (1842-1918); plus connu comme librettiste , Boito a collaboré avec Verdi et Ponchielli, pour les plus connus, puis oeuvré comme compositeur d’opéras réalisant d’ailleurs ses propres livrets.

 

La Filarmonica Arturo Toscanini : un concert haut en couleurs

 

Chef maestro jader bignamini direttoreVisiblement électrisé par l’ambiance qui règne dans la salle et sur scène Jader Bignamini entame la soirée avec panache et un enthousiasme communicatif. Régulièrement donnés en concert, la sinfonia et le divertissement (ou ballet) de I vespri siciliani ont été déjà joués, avec brio lors du concert d’ouverture du festival 2013. Ainsi pour cette édition 2014, c’est Jader Bignamini et la Filarmonica Arturo Toscanini qui donnent le ton de la soirée. Ils donnent une lecture vive, dynamique, allante de ces deux extraits dont l’interprétation est d’ailleurs digne des meilleurs. Dès la Snfonia, Bignamini prend les choses en main et impulse une dynamique forte ; si la battue est toujours aussi inhabituelle, l’orchestre n’en donne pas moins le meilleur de lui-même dans ces pages intenses qui préfigurent déjà l’action à suivre. Et lorsque l’orchestre joue le divertissement, le chef ne peut s’empêcher d’esquisser des mouvements de danse tout en dirigeant avec gourmandise. Au retour de l’entracte, l’orchestre joue avec bonheur les préludes d’Attila et de Macbeth, mais c’est surtout le prologue du Mefistofele d’Arrigo Boïto (1842-1918) qui occupe l’attention du public. Collaborateur de Verdi pour plusieurs de ses chefs d’oeuvres (Simon Boccanegra, Falstaff …), il a aussi composé des opéras dont seul Mefistofele a été créé et est régulièrement représenté. Le choeur du Teatro Regio et le choeur d’enfants (Corale delle voici bianche) ont été sollicités pour l’occasion et on ne peut qu’apprécier de voir l’implication des enfants dont les plus jeunes ont à peine 7 ou 8 ans. Quant à Michele Pertusi, il nous montre un Mefistofele méchant, mordant, provocateur à souhait. Redevenu imberbe pour ce concert, le soliste interprète la musique de Boïto avec un plaisir évident. Le succès est tel qu’il doit concéder un bis et quand il se lance dans l’aria de Mefistofele : “Io son lo spirto che nega”,  c’est avec gourmandise.

Lors de ce concert, le jeune chef parmesan Jader Bignamini démontre avec éclat qu’il est aussi à l’aise dans la fosse pour diriger un opéra que sur scène pour un concert orchestral. Quant à la partie vocale, si Michele Pertusi est un Mefistofele remarquable et très en voix, c’est surtout la chorale d’enfants que nous tenons tout particulièrement à saluer tant pour sa préparation idéale (justesse et diction entre autres) que pour sa tenue parfaite sur scène.

Parme. Teatro Regio, le 12 octobre 2014. Giuseppe Verdi Verdi (1813-1901) : I vespri siciliani : sinfonia, divertissement “Le quattro stagioni” (hiver, printemps, été, automne); Attila : prologue; Macbeth : prologue; Arrigo Boïto (1842-1918) : Mefistofele : prologue; Io son lo spirto che nega (bis). Michele Pertusi, basse, filarmonica Arturo Toscanini, choeur du Teatro Regio de Parme, choeur d’enfants  de la chorale Giuseppe Verdi de Parme; Jader Bignamini, direction.

Compte rendu, récital lyrique. Parme. Teatro Regio, le 11 octobre 2014. Verdi. Mariella Devia, soprano; Giulio Zappa, piano.

parme festival teatro regioChaque année au mois d’octobre, les ligues contre le cancer du monde entier se mobilisent pour la lutte contre le cancer du sein. La ligue italienne ne fait pas exception et s’associe au Teatro Regio de Parme à l’occasion du récital de la célèbre soprano Mariella Devia. Si nous saluons cette heureuse et généreuse initiative nous regrettons que la salle ait été à peine à moitié pleine, ne fusse que pour profiter de la présence sur scène d’une artiste exceptionnelle qui, accompagnée par un excellent pianiste, alterne avec bonheur mélodies et extraits d’opéras.

Mariella Devia triomphe au Teatro Regio

Giuseppe Verdi (1813-1901) est d’abord connu pour ses opéras, il en a composé vingt-sept, c’est il a aussi composé nombre de mélodies charmantes qui sont régulièrement enregistrées mais peu données en récital. Mariella Devia a là une excellente idée en choisissant quelques unes d’entre elles dans les recueils “sei romanze” composés en 1838 et 1845 et qu’elle a gravé, pour celles de 1845, au CD. La soprano romaine surprend tant elle maîtrise encore parfaitement une voix toujours bien présente, puissante, ferme; la tessiture est large et les aigus sont toujours bien présents, bref la voix a peu bougé et l’artiste offre à un public survolté un grand moment de beau chant. Si, dans l’ensemble, les mélodies, notamment “E la vita un mar d’affanni” ou “Deh pietoso, oh adorata”, incitent à la méditation, les airs d’opéra lui permettent de vocaliser et de passer d’un registre à l’autre avec une aisance confondante. Qu’il s’agisse de Il Corsaro ou de I Vespri siciliani, Mariella Devia fait montre d’une redoutable agilité et le Bolero d’Elena dans I Vespri siciliani reçoit une ovation grandement méritée. D’ailleurs, l’ensemble de sa superbe performance reçoit une ovation telle que la chanteuse a du concéder trois bis à une salle en délire. Et sortant un peu de l’hommage à Verdi, elle chante un extrait de Norma de Vincenzo Bellini (1801-1835) : “Casta Diva” ; un autre tiré du Manon de Jules Massenet (1842-1912) : “Adieu notre petite table”, achevant le récital avec un extrait de La Traviata (Addio del passato). C’est le pianiste Giulo Zappa qui accompagnait Mariella Devia à l’occasion de ce concert exceptionnel. Excellent musicien, Zappa sublime les introductions et les moments purements musicaux; et lorsque la soprano chante le piano se fait tout doux, jamais tapageur et toujours très attentif à sa partenaire.

Mariella Devia reçoit en ce samedi après midi un triomphe grandement mérité; d’autant plus mérité que la voix n’a quasiment pas bougé avec une tessiture large des aigus superbes et des graves encore bien présents. D’autre part, soucieuse de faire découvrir les différentes facettes de Verdi, l’artiste romaine a judicieusement alterné mélodies et extraits d’opéras.

Parme. Teatro Regio, le 11 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Perduta ho la pace; il brigidino (E la vita un mar d’affanni), Deh pietoso, oh addolorata; La zingara, Lo spazzacamino; Stornello (Chi i bei di m’adduce ancora); Il corsaro : Egli non ride ancora … Non so le tetre immagini; I vespri siciliani : Cavatine “Arrigo ! Ah parli ad un core”, siciliana “Mercé dilette amiche”; Giovanna d’Arco : scène et cavatine “Oh ben s’addice … Sempre all’alba ed alla sera”, récitatif et romance “Qui! qui! O fatidica foresta”; I lombardi alla prima crocciata : scène et vision “Qual prodigio! … Non fu sogno”, La Traviata : “Addio del passato” (bis 3); Vincenzo Bellini : Norma : Casta Diva (bis 1); Jules Massenet : Manon : Adieu notre petite table (Bis 2). Mariella Devia soprano; Giulio Zappa, piano

Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 10 octobre 2014. Verdi : La forza del destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Antonio Ghislanzoni. Virginia Tola, Donna Leonora; Luca Salsi, Don Carlo di Vargas; Roberto Aronica, Don Alvaro… Filarmonica Arturo Toscanini, coro del Teatro Regio di Parma; Jader Begnamini. Stefano Poda, mise en scène, décors, costumes, chorégraphies et lumières

Vague verdienne en juin 2014Une fois passées les réjouissances du bicentenaire Giuseppe Verdi (1813-1901), l’année dernière, le festival consacré à l’enfant du pays revient à des « proportions » plus modestes. Ainsi l’édition 2014 commence le jour anniversaire de la naissance du compositeur, c’est-à-dire le 10 octobre; et c’est La forza del destino qui ouvre une série d’une trentaines de concerts dont dix représentations d’opéras (5 pour La forza del destino au Teatro Regio de Parme et 5 pour La Traviata au Teatro Verdi de Bussetto). Pour ce premier opéra, c’est une distribution presque exclusivement parmesane qui a été convoquée. Avec une distribution d’un niveau si élevé on peut regretter que Stefano Poda, en charge de la mise en scène ait décidé de prendre en charge aussi les costumes, les décors, les chorégraphies et même les lumières.

La Forza del destino ouvre le festival Verdi … en demi teintes

Au vu du nombre de morts qui s’alignent à mesure que la soirée avance, La forza del destino porte plutôt bien son nom. Dans un tel contexte, Stefano Poda aurait pu se contenter de transporter son public dans une Italie intemporelle. Que nenni, il assombrit son propos à l’excès (décors noirs ou gris antracite, costumes noirs (exceptées Preziosilla qui porte un manteau rouge et Leonora toute de blanc vêtue après son entrée au couvent d’Hornacuelos), lumières très (trop ?) tamisées saufs à quelques rares moments, notamment la scène de l’auberge et celle du campement militaire qui suit le duel. Ajoutons à cela des ballets sans âme aux mouvements mécaniques, des entrées et des sorties d’une lenteur exaspérante pendant toute la soirée et des mimes incompréhensibles; des choeurs arrivant et sortant en rang d’oignons … Du coup nous avons la désagréable impression de voir une mise en scène brouillonne et peu convaincante. Seul le quatrième acte, le dernier, laisse enfin entrer un peu de vie ( nous avons droit, enfin, à une très belle scène d’entrée lorsque Fra’ Melitone, remplaçant Don Alvaro devenu frère Raffaele après son duel avorté avec Don Carlo di Vargas, est censé faire acte de charité sous la surveillence de Guardiano à la fois critique et bienveillant) dans un maelström de fer et de sang.

Fort heureusement, le nombre de satisfactions du côté de la distribution ne manque pas ; il nous permet d’oublier une mise en scène brouillonne et trop sombre (chose dont les artistes eux mêmes parlaient prudemment). Virginia Tola effectue une très belle prise de rôle; sa Leonora est une jeune fille amoureuse et tourmentée, déjà pleine de remords vis à vis de son père. Et lorsque survient le drame, la malédiction de son père achève de la faire sombrer dans la honte et le regret. Roberto Aronica, que nous avions salué lors de l’édition 2013, revient en 2014 et campe un Alvaro de très belle tenue. La voix est ferme, ronde, chaleureuse, la tessiture large et les aigus percutants. Le ténor fait passer son personnage par des sentiments divers et contradictoires passant plusieurs fois de l’espoir le plus fou au désespoir le plus sombre en quelques secondes donnant ainsi un Alvaro touchant. Le Don Carlo de Luca Salsi est fou de rage et obnubilé par la vengeance qu’il compte tirer d’Alvaro et de Leonora. Si l’air d’entrée est laborieux, – souffrant il a été remplacé pour la générale-, il a quelques problèmes encore quelques scories d’un rhume tenace et a quelques défaillances de justesse lors de la première. Il se re-cadre cependant rapidement et donne au final une très belle interprétation d’un rôle intense et complexe. Pour incarner il Padre Guardiano, c’est Michele Pertusi qui s’y colle; la basse parmesane ajoute à l’occasion de cette série, une prise de rôle inattendue. Pertusi fait de Guardiano un prêtre attentif et plein de compassion d’autant, ainsi qu’il le dit lui même, le père supérieur est un “grand pêcheur et un homme tourmenté” et d’ajouter aussitôt : “comme nous le sommes tous un peu”. Excellent comédien, Pertusi fait montre d’une autorité naturelle qui colle parfaitement au personnage et même si les graves sont parfois peu audibles, Michele Pertusi prend le rôle à son compte, en le montrant sous un jour humain et attachant plutôt que comme un religieux inflexible. Le Fra’ Melitone de Roberto de Candia est virulent, peu enclin à la charité et d’une foi bornée; et les défauts du frère, décuplés par De Candia en deviennent comiques tant il tend le bâton pour se faire battre. Nous regrettons d’ailleurs que Poda ait oublié “de surfer” sur cette vague, ayant largement matière à travailler avec ce comique malgré lui; vocalement De Candia n’a rien à envier à ses partenaires tant il maitrise son instrument dont il use parfaitement. Chiara Amaru campe une Preziosilla flamboyante. La jeune mezzo soprano palermitaine s’empare du rôle de la bohémienne avec gourmandise et malgré une mise en scène peu accommodante, elle brûle les planches; vocalement Amaru monte dans les aigus et descend dans les graves avec facilité couvrant sans peine la large tessiture d’un rôle peu évident. Andrea Giovannini est un Trabucco roublard et sans scrupules face aux soldats mais prudent face à un Carlo inquisiteur recherchant obstinément sa soeur. Saluons les très belles performances des comprimari et du choeur, parfaitement préparé par son nouveau chef Salvo Sgro, – Martino Faggiani étant parti à Bruxelles.

Dans la fosse, la Filarmonica Arturo Toscanini est dirigée par Jader Begnamini. Nous avions eu, lors de l’édition 2013, l’occasion de saluer le talent du jeune chef; il réédite  cette année ses très belles performances en dirigeant d’une main ferme et avec une maîtrise digne des plus grands. Sa lecture du chef d’oeuvre de Verdi est vive, dynamique, sans temps mort; et si la battue est parfois très inhabituelle, elle reste précise et efficace puisque l’orchestre suit son jeune chef avec une précision millimétrée.

Nonobstant une mise en scène obscure, pas dynamique pour deux sous et quelque peu brouillonne,  saluons une distribution cohérente et efficace à commencer par Virginia Tola et Michele Pertusi qui réussissent parfaitement leurs prises de rôles respectives. A noter également la parfaite performance de la Filarmonica Arturo Toscanini et de Jader Bignamini qui impulse un dynamisme et une vitalité bienvenus.

Parme. Teatro Regio, le 10 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La forza del destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Antonio Ghislanzoni. Simon Lim, il marchese di Calatrava; Virginia Tola, Donna Leonora, sa fille; Luca Salsi, Don Carlo di Vargas, son fils; Roberto Aronica, Don Alvaro; Chiara Amaru, Préziosilla; Michele Pertusi, Padre Guardiano; Roberto de Candia, Fra’ Melitone; Andrea Giovannini, Trabucco; Raffaella Lupinacci, Curra, femme de chambre de Léonora; Daniele Cusari, un alcade; Gianluca Monti, un chirurgien. Filarmonica Arturo Toscanini, coro del Teatro Regio di Parma; Jader Begnamini. Stefano Poda, mise en scène, décors, costumes, chorégraphies et lumières.

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 25 septembre 2014. Wagner, Mahler, Brahms. Ann, Hallenberg, Orchestre des Champs Élysées. Philippe Herreweghe, direction.

Après un été bien rempli et quelques jours de congés, l’Orchestre des Champs Élysées revient au Théâtre Auditorium de Poitiers en cette fin septembre avec un programme romantique allemand; la partie vocale de ce premier concert de la saison 2014/2015 est assurée par la célèbre mezzo soprano suédoise Ann Hallenberg. La qualité du programme et des interprètes n’a cependant pas permis de remplir la salle seulement pleine aux trois quarts.

L’Orchestre des Champs Élysées démarre sa saison en fanfare

Hallenberg ann-hallenbergC’est avec Richard Wagner (1813-1873) que débute le concert. Die Meistersinger von Nürnberg (Les Maîtres chanteurs de Nuremberg) a été composé entre 1861 et 1867  (comme pour ses autres opéras Wagner a écrit lui même son livret et composé la musique) puis créé en 1868 à Munich. C’est le prélude du 3 ème acte que Philippe Herreweghe a programmé; moins flamboyant que celui du 1er acte, il n’en a pas moins, de par sa sobriété, un certain charme. C’est avec les Kindertotenlieder (Chants pour les enfants morts) que se poursuit la soirée. Ce recueil de cinq lieder a été composé par Gustav Mahler (1860-1911) entre 1901 et 1905 ; son épouse Alma devait plus tard lui reprocher d’avoir appelé le mauvais sort sur leur famille : en effet leur fille ainée Anna Maria devait mourir de la scarlatine deux ans après la publication des Kindertotenlieder. Invitée par Philippe Herreweghe, la mezzo Ann Hallenberg le cycle avec sobriété, la ligne de chant est impeccable, la diction parfaite. Le ton et l’intonation recueillis, économes, pudiques mais d’une envoûtante intensité.  Quant à l’Orchestre des Champs Élysées il accompagne la chanteuse avec efficacité et dans les moments purement instrumentaux, le chef cisèle chaque note tel l’orfèvre occupé à polir ses joyaux.

Au retour de l’entracte, l’Orchestre s’attaque à un monument de la musique symphonique : la symphonie N°4 opus 98 de Johannes Brahms (1833-1897). Brahms étant, pour cette dernière symphonie, revenu à un “modèle” plus classique, l’oeuvre a reçu un accueil mitigé à sa création. Les allusions aux grands maitres du passé sont très présentes dans les premier et troisième mouvements. Le chef interprète l’oeuvre de Brahms avec maestria; dès les premières notes Philippe Herreweghe nous entraine dans l’univers du compositeur autrichien : passion, âpreté, drammatisme intérieur, élans pudiques plus introspectifs.. La dernière de ses symphonies est à la croisée des chemins, savant amalgame d’un style si neuf … qu’il a dérangé un public peu habitué à la nouveauté.

Pour son début de saison, l’Orchestre des Champs Élysées a frappé très fort avec un programme exclusivement allemand parfaitement interprété tant par les musiciens que par Ann Hallenberg ; le mezzo a fait honneur à Mahler dont le recueil de lieder, méconnu depuis sa création en 1905, rend un émouvant hommage aux enfants disparus.

Poitiers. Auditorium, le 25 septembre 2014. Richard Wagner (1813-1873) : Les maitres chanteurs de Nuremberg, prélude de l’acte 3; Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie N°4 opus 98. Ann Hallenberg, mezzo. Orchestre des Champs Élysées. Philippe Herreweghe, direction.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Halle des sports, le 10 août 2014. Offenbach : Le Voyage dans la lune sur un livret tiré de “De la terre à la lune” de Jules Vernes. Marlène Assayag, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos…. ; choeur et orchestre Opéra Éclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; David Belugou, décors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gougron et Guillaume Hébrard, lumières.

offenbachPour la dernière soirée de notre périple lotois, nous retournons à la Halle des sports de Saint Céré pour assister à la représentation de l’opérette méconnue de Jacques Offenbach (1819-1880) : Le Voyage dans la lune; pour cet opéra-féérie, composé et créé en 1875, Offenbach s’est inspiré du livre “De la terre à la lune” écrit par Jules Verne en 1865. Ce Voyage dans la lune est une co-production d’Opéra Éclaté avec les opéras de Fribourg et  de Lausanne qui est présentée au public venu nombreux au festival de Saint Céré. Olivier Desbordes  en conçoit un spectacle complètement déjanté, totalement hilarant dans la lignée de Lost in the stars présenté en 2013 (et dont nous avions parlé sur classiquenews).

La mise en scène et la direction d’acteur d’Olivier Desbordes sont toniques, vivantes, sans aucune faiblesse. Les décors de David Bélugou et les costumes de Jean Michel Angays aident le spectateur à entrer dans l’univers loufoque de Desbordes qui réussit, avec ses chanteurs-comédiens, une action convaincante en des cimes d’un niveau rarement atteint. En 2013 nous disions au sujet de Lost in the stars que le metteur en scène lotois avait réalisé un travail proche de la perfection, il réitère sa superbe performance en 2014.

Saint-Céré 2014… Quand la fantaisie et le rire s’allient

Le voyage dans la lune envoie son public dans les étoiles

Fidèle à son projet artistique qui offre aux chanteurs invités, une multitude de prise de rôles, la distribution réunie pour ce Voyage dans la lune rassemble plusieurs chanteurs apparaissant dans d’autres productions du festival 2014 (Requiem de Mozart et Lucia di Lammermoor) ainsi qu’une toute jeune artiste invitée juste pour cette oeuvre. Il n’y a pas de rôle principal en particulier … plutôt une kyrielle de rôles aussi décapants les uns que les autres. Christophe Lacassagne (Roi Vlan) et Jean Claude Saragosse (Roi Cosmos) sont hilarants et se laissent aller à épancher leur vis comica sans scrupules; c’est ainsi que Lacassagne nous sert une scène télévisuelle d’anthologie ou il imite tour à tour nombre de présentateurs de télé-achat et Frédéric Mitterand provoquant des cascades de rires dans une salle qui se dilate la rate avec délectation tandis que Saragosse tape sans vergogne sur les pires défauts de notre société de consommation pour le plus grand plaisir du public. Si Marlène Assayag (Prince Caprice) est délicieusement retorse tant avec son père (Vlan) qu’avec le pauvre Microscope  qu’elle force à venir dans la lune elle joue avec plaisir au plus fin avec ses partenaires. C’est Julie Mathevet (Fantasia), découverte lors du requiem de Mozart, qui surprend de nouveau en improvisant dans son air d’entrée, et devant son père (Cosmos) médusé, une vocalise ou l’on retrouve des allusions à Die Zauberflöte et à Lucia di Lammermoor. Éric Vignau, infatigable, car c’est sa troisième apparition sur scène en trois jours, est un Microscope excellent, espèce de savant fou qui préfigure un peu ce que seront le professeur Tournesol dans Tintin ou le professeur Ménard dans Adèle Blanc Sec. Entrainé de force dans l’aventure il tombe des nues devant une société rétrograde et pétrie de certitudes : on achète et on vend les bébés, les femmes et toute sortes d’objets. Il n’y a d’ailleurs que deux sortes de femmes sur la lune : les femmes de luxe et les femmes utiles. Excellents aussi le Cactus de Yassine Benameur et la Reine Popotte d’Hermine Huguenel qui, à l’instar d’Éric Vignau fait sa troisième apparition sur scène en trois jours.

Dans la fosse, c’est Dominique Trottein qui dirige Le voyage dans la lune; habitué du festival de St Céré il avait dirigé magistralement Lost in the stars et Don Giovanni en 2013. Le chef lillois récidive cette année avec le chef d’oeuvre d’Offenbach; plein d’humour Trottein entre volontiers dans le jeu de Christophe Lacassagne lorsque celui ci fait son show télévisuel. Tout comme pour Lucia di Lammermoor vendredi soir et le requiem de Mozart samedi soir, l’orchestre est en effectif réduit ce qui ne l’empêche pas de faire résonner la musique d’Offenbach avec un bel entrain sous la main ferme et dynamique de son chef.

Présenter Le voyage dans la lune est une idée d’autant meilleure que cette opérette de Jacques Offenbach est fort injustement méconnue alors qu’elle est du même acabit que La grande Duchesse de Gerolstein, La Périchole ou La vie parisienne. Olivier Desbordes et ses artistes nous offrent une occasion unique de passer deux heures de rires continus. La production partira en tournée lors de la saison 2014/2015 et nous ne saurions trop vous recommander de bloquer une soirée pour passer un grand moment de théâtre et de musique.

Saint Céré. Halle des sports, le 10 août 2014. Jacques Offenbach (1819-1880) : Le voyage dans la lune opérette en quatre actes sur un livret tiré de “De la terre à la lune” de Jules Vernes. Marlène Assayag, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos; Julie Mathevet, Fantasia; Laurent Galabru, le prince qui passe par la; Yassine Benameur, Cactus; Hermine Huguenel, la reine Popotte; choeur et orchestre Opéra Éclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; David Belugou, décors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gougron et Guillaume Hébrard, lumières.

Compte rendu. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 9 août 2014. Requiem de Mozart; Saint Georges. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre Opéra Éclaté; Anass Ismat, direction.

mozart_portraitPoursuivant notre ballade Saint Céréenne, et le temps étant enfin favorable, nous retrouvons le château de Castelnau Bretenoux situé à quelques encablures de la petite ville lotoise. Pour ce concert, le plus court du festival ce sont deux compositeurs contemporains, l’un de l’autre qui sont à l’honneur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799). Si chacun connaissait les oeuvres de l’autre, ils ne se sont jamais rencontrés ; Mozart qui se trouvait à Paris en même temps que St Georges, ayant absolument refusé, au grand dam de son père qui a pourtant tout tenté, d’aller jouer une oeuvre de son confrère qu’il appelait le “nègre des lumières”.

Mozart et St-Georges, réunis par delà la mort

Le Laudate Dominum de Saint Georges ouvre le concert. Composé pour choeur et orchestre à cordes, le Laudate Dominum est une oeuvre charmante parfaitement introductive pour un tel concert. Nous apprécions d’ailleurs la volonté de sortir ce compositeur de l’oubli tant il a été éclipsé par son génial contemporain malgré une oeuvre attachante et personnelle qui mérite qu’on s’y arrête. Le Mozart noir du XVIIIe siècle est actuellement plus connu pour son oeuvre instrumentale, notamment son oeuvre pour violon (il était lui-même violoniste), et c’est bien dommage car son oeuvre vocale ne manque pas d’intérêt  : le Laudate Dominum est un bel exemple même s’il est un peu court. Le choeur, composé de stagiaires et de professionnels lui rend justice et fait honneur à Saint Georges, lui redonnant, le temps d’une soirée, la place majeure qu’il mérite. Le chef Anass Ismat invité pour diriger le stage et les deux soirées réalise un parcours quasi parfait.

figaro-julieAprès une courte pause, Anass Ismat revient avec le quatuor de solistes invités pour le Requiem de Mozart; l’ultime chef-d’oeuvre du jeune compositeur salzbourgeois était inachevé à son décès et a été complété entre autre par son disciple, Franz Süssmayer. Nous retrouvons sur la scène du château de Castelnau, la mezzo soprano Hermine Huguenel et le ténor Éric Vignau, deux des comprimari de Lucia di Lammermoor auxquels se joignent la jeune soprano Julie Mathevet et la basse Jean Claude Saragosse, un habitué du festival de St Céré (tout comme Éric Vignau d’ailleurs qui chante dans trois des oeuvres de l’édition 2014). Dès les premières notes, le jeune chef marocain annonce la couleur : le tempo ne sera ni trop rapide ni trop lent. Attentive au choeurcomme aux solistes, sa direction scrupuleuse est à la fois ferme et souple sans jamais couvrir ni les uns ni les autres. La révélation de cette seconde soirée St Céréenne reste Julie Mathevet dont la voix large, souple, puissante, résonne entre les murs du château avec une étonnante clarté. Hermine Huguenel donne la pleine mesure de son talent. Il en va de même pour le ténor Éric Vignau (qui dans Lucia est éliminé, alors qu’il vient de paraître sur scène). Ces deux chanteurs ont deux très belles voix, une ligne de chant impeccable, une technique irréprochable. Quand à Jean Claude Saragosse il ne démérite pas et assume la partition avec panache complétant parfaitement un quatuor de très haute volée.

Le cadre majestueux du château de Castelnau Bretenoux a accueilli un très beau concert, certes un peu court mais qui a permis d’assister à l’éclosion d’un jeune talent, Julie Mathevet, auquel répondent trois voix solides. Quant au jeune chef marocain Anass Ismat, il dirige parfaitement : et le Laudate Dominum de St Georges et le Requiem de Mozart. Souhaitons-lui une belle et grande carrière à venir. L’ensemble des artistes, qu’ils soient amateurs ou professionnels ont réalisé une soirée parfaite et nous aurions d’ailleurs apprécié d’écouter un peu plus d’oeuvres de ces deux compositeurs réunis par dela la mort en une même soirée sous les étoiles estivales.

Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 9 août 2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : requiem; Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799) : Laudate Dominum. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre Opéra Éclaté; Anass Ismat, direction.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Halle des sports, le 8 août 2014. Donizetti : Lucia di Lammermoor. Burcu Uyar, Lucia; Gabriele Nani, Enrico; Svetislav Stojanovic, Edgardo ….. Orchestre et choeur Opéra Éclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; Ruth Gross, décors et costumes; Patrice Gouron, lumières.

Mai et juin 2014 : printemps Donizetti !Parmi les dizaines d’opéra (- plus de soixante-dix en tout-) que Gaetano Donizetti (1797-1848) a composé, Lucia di Lammermoor est l’un des plus célèbres. Pour son livret, Salvatore Cammarano (NDLR : l’auteur du livret du Trouvère de Verdi en 1857) s’est inspiré du livre de l’écrivain écossais Walter Scott, lequel s’était inspiré d’un fait divers réel remontant du XVIIème siècle. A cause du mauvais temps annoncé, la seconde représentation de Lucia di Lammermoor s’est déroulée à la Halle des sports de Saint-Céré. Olivier Desbordes reprend le chef d’oeuvre de Donizetti dans une nouvelle production co-produite avec le Centre Lyrique de Clermont-Auvergne. Pour l’occasion une distribution et un chef d’orchestre jeunes ont été réunis pour donner vie aux personnages et à la musique du drame Donizettien.

Lucia de fureur et de sang, entre deux coups de tonnerre

Concernant la mise en scène, Olivier Desbordes place Lucia dans une Écosse intemporelle : ce qui s’avérerait être une excellente idée si les costumes féminins de Ruth Gross n’étaient aussi vilains, tristes, définitivement inesthétiques. Quel dommage en effet que les choristes et Alisa ne soient perçues que comme des paysannes et non comme des jeunes nobles; quant à la pauvre Lucia, qui est déjà une victime, exceptée la robe de mariée, elle est affublée d’ensembles assez ternes. Le module central sert à la fois de fontaine (dans laquelle Lucia devenue folle finira par rejoindre le fantôme qui l’effrayait tant), de forêt puis de salle de réception. Ce sont les très belles lumières de Patrice Gouron qui font passer la grande tristesse des costumes.

UYAR soprano Burcu UyarLe plateau vocal réuni est dans l’ensemble assez jeune, grandement dominé par la soprano franco-turque Burcu Uyar. La voix, certes claire, mais large et chaleureuse de la jeune femme colle parfaitement au rôle de Lucia; bonne comédienne, la cantatrice rend bien les sentiments d’une jeune fille sacrifiée sur l’autel de la politique ; elle souligne l’écrasante domination des hommes sur leurs filles ou leurs soeurs. Et d’ailleurs Olivier Desbordes a une excellente idée en faisant aller et venir Lucia sur une charrette telle la victime expiatoire de l’ambition démesurée et inhumaine d’Enrico. Gabriele Nani qui chante Enrico est retors et méchant à souhait prenant le dessus, accablant sa pauvre soeur avec d’autant moins de scrupules qu’il est obnubilé par son avenir politique sans se préoccuper d’autre chose. Un seul regret, que son entrée pendant la folie de Lucia ait été coupée : Olivier Desbordes ayant souhaité que Lucia reste seule dans son délire mortel. Face à Burcu Uyar et Gabriele Nani, le jeune ténor serbe Svetislav Stojanovic campe un bel Edgardo; la voix est chaleureuse et souple mais, est-ce dû au stress, parfois peu sûre dans les aigus notamment. Si Christophe Laccassagne assume crânement le rôle de Raimondo sur un plan strictement scénique, la voix du baryton français est solide mais nous semble cependant un peu légère pour la tessiture du personnage. Il est le seul dont on ne sache pas vraiment qui de Lucia ou d’Enrico, il soutient vraiment tant il va de l’un à l’autre sans réellement se dévoiler complètement. Saluons la belle Alisa d’Hermine Huguenel, le Normano aussi retors que son maître, de Laurent Galabru (parent éloigné du comédien Michel Galabru) et le solide Arturo d’Éric Vignaud. A noter que l’orage qui se déchainait dehors, accompagné d’éclairs et de coups de tonnerre réguliers accompagnait particulièrement bien la lente descente aux enfers de Lucia même si nous aurions préféré être au château de Castelnau plutôt qu’à l’intérieur de la salle du repli. Dans la fosse, l’orchestre, en effectif réduit, est tenu avec énergie par le jeune chef Gaspard Brécourt; attentif à ce qui se passe sur le plateau, Brécourt pilote parfaitement ses musiciens et ne couvre jamais les chanteurs. Ayant retenu les leçons de l’édition 2014 au cours de laquelle une partie des musiciens avaient failli se retrouver engloutis par des rideaux, les responsables avaient pris soin de mettre une séparation nette entre lesdits rideaux et l’orchestre. Souhaitons une belle carrière à ce jeune chef prometteur.

C’est une belle production de Lucia di Lammermoor que nous présente Olivier Desbordes; production qui aurait pu être superbe si la costumière avait pris autant soin des femmes que des hommes en donnant aux premières des costumes dignes de ce nom. Fort heureusement le plateau vocal et l’orchestre défendent la partition avec panache, voire excellemment : la Lucia de Burcu Uyar demeure l’argument le plus convaincant du spectacle de Saint-Céré 2014.

Saint Céré. Halle des sports, le 8 août 2014. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor opéra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano d’après l’oeuvre éponyme de Walter Scott. Burcu Uyar, Lucia; Gabriele Nani, Enrico; Svetislav Stojanovic, Edgardo; Christophe Lacassagne, Raimondo; Éric Vignau, Arturo; Laurent Galabru, Normano; Hermine Huguenel, Alisa; Orchestre et choeur Opéra Éclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; Ruth Gross, décors et costumes; Patrice Gouron, lumières.

Compte rendu critique, concert.Saintes. Abbaye aux dames, le 19 juillet 2014. Rameau; Armelle Khourdoïan, dessus (soprano); Andréa Soare, dessus (soprano); Élodie Hache bas-dessus (mezzo soprano); Joao Pedro Cabral, haute contre (ténor); Tiago Matos, basse-taille (baryton); Andriy Gnatiuk, basse. Les Folies Francoises; Patrick Cohën-Akenine, violon et direction.

Dans une chronique précédente,  nous avons rendu hommage au compositeur espagnol Juan Hidalgo, né il y a quatre cents ans. Mais 2014 est aussi l’année du deux cent cinquième anniversaire du décès de Jean Philippe Rameau (1683-1764). D’abord connu comme compositeur de musique religieuse (cantates, grands motets …) et instrumentale (musique pour orgue essentiellement) et comme théoricien (il est l’auteur d’un Traité d’harmonie qui fait alors autorité), Rameau a cinquante ans lorsqu’il compose son premier opéra : Hippolyte et Aricie (1733). Il faut moins de vingt-quatre heures pour que s’allume la querelle des Lullystes et des ramistes tant ce nouvel opéra est musicalement novateur. Pour ce concert, le dernier de la tournée entamée quelques semaines plus tôt, Patrick Cohën-Akenine, chef et fondateur des Folies Francoises, a programmé, outre Hippolyte et Aricie, Les surprises de l’amour (commande de madame de Pompadour) et Les Indes Galantes. Les Folies Francoises accompagnent six chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris.

Les Folies Françoises rendent hommage à Jean Philippe Rameau

Année Rameau 2014 : nos temps fort (opéras, concerts, ballets...)C’est avec Les surprises de l’amour, composées et créées en 1748 sur commande de madame de Pompadour qui cherchait constamment à amuser Louis XV, que débute le concert. La première entrée, La lyre enchantée ouvre le programme; les voix d’Armelle Khourdoïan (Uranie), Andrea Soare (Amour) et Tiago Matos (Linus) sont bien assorties et les trois jeunes gens utilisent judicieusement l’espace à leur disposition. La soprano Armelle Khourdoïan fait sien le grand air d’Uranie et ses hésitations, sa crainte de succomber à l’amour de Linus et à ses propres sentiments. Dans l’entrée des incas du Pérou tirée des Indes Galantes (1735), c’est la basse ukrainienne Andryi Gnatiuk (Huascar) qui est à l’honneur en compagnie d’Armelle Khourdoïan (Phani) et de Joao Pedro Cabra (Carlos). Le couple Cabra/Khourdoïan est juvénile et bien en voix mais c’est Andryi Gnatiuk qui séduit et étonne par une diction remarquable. Cependant la part belle est faite à Hippolyte et Aricie, premier opéra de Rameau, avec des extraits tirés de chacun des cinq actes de l’oeuvre; il est un peu regrettable cependant que les choeurs aient été supprimés, ôtant une part d’autorité à Phèdre notamment dans le premier acte lorsqu’elle tente de contraindre Aricie à devenir prêtresse de Diane. La mezzo soprano Élodie Hache est une Phèdre tourmentée à souhait; la voix est limpide, large, claire mais peut-être un peu puissante pour un rôle, certes court mais intense.

Les Folies Francoises et les six chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris donnent un fort beau concert, vivant, plein d’allégresse, très en voix. Saluons l’engagement de chacun des chanteurs dont la diction est excellente et la direction idéale de Patrick Cohën-Akenine qui aussi joue la partie de premier violon avec un plaisir évident.

Saintes. Abbaye aux dames, le 19 juillet 2014. Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Les surprises de l’amour, première entrée : La lyre enchantée; Les indes Galantes, deuxième entrée : Les incas du Pérou, troisième entrée : Le bon sauvage (bis : Danse des sauvages : forêts paisibles); Hippolyte et Aricie, extraits ; Armelle Khourdoïan, dessus (soprano); Andréa Soare, dessus (soprano); Élodie Hache bas-dessus (mezzo soprano); Joao Pedro Cabral, haute contre (ténor); Tiago Matos, basse-taille (baryton); Andriy Gnatiuk, basse. Les Folies Francoises; Patrick Cohën-Akenine, violon et direction.

Compte rendu, concert JOA. Saintes. Abbaye aux dames, le 12 juillet 2014. Haydn, Beethoven; Jeune Orchestre de l’Abbaye, Philippe Herreweghe, direction.

JOA 700Si depuis sa fondation le Jeune Orchestre de l’Abbaye travaille avec des chefs de renommée nationale et/ou internationale, il collabore régulièrement avec Philippe Herreweghe, le chef fondateur de la phalange saintoise. Pour son premier concert de l’édition 2014 du festival de Saintes, le JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye donne deux symphonies assez proches l’une de l’autre : la symphonie N°102 en si bémol majeur de Joseph Haydn (1732-1809) qu’il composa en 1796 lors de son second séjour à Londres et la symphonie N°4 en si bémol majeur de Ludwig Van Beethoven (1770-1827) qui date de 1807 alors que le compositeur allemand était devenu totalement sourd au début des années 1800.

Le Jeune Orchestre de l’Abbaye triomphe à l’abbaye aux Dames

Le Jeune Orchestre de l’Abbaye entame son premier concert estival avec la symphonie N°102 en si bémol majeur de Joseph Haydn. Dans l’imposant corpus symphonique de Haydn, la 102 est la dixième des douze symphonies londoniennes. Philippe Herreweghe très inspiré en ce samedi soir dirige les jeunes musiciens avec un plaisir évident, comme dopé par le dynamisme, l’enthousiasme et le professionnalisme des jeunes instrumentistes qui constituent la phalange pour le festival 2014. Passées les premières mesures de la symphonie N°102, l’oeuvre explose en un feu d’artifices de couleurs, de thèmes, de rythmes vifs et rapides. Herreweghe déroule chaque mouvement avec une précision diabolique faisant ressortir les thèmes musicaux avec un éclat rare et permettant à chaque pupitre de se mettre en valeur sans jamais prendre le pas sur les autres.

herreweghe philippeAprès une courte pause, le Jeune Orchestre Atlantique entame la symphonie N°4 en si bémol majeur de Ludwig Van Beethoven. Lorsqu’il compose cette symphonie, dans le même ton que celle de Haydn, Beethoven est déjà frappé par le mal qui le rend sourd inéluctable. Si Beethoven utilise les techniques de composition à sa disposition et reprend le schéma mis au point par son illustre ainé, il innove dans chacune de ses oeuvres en ajoutant des techniques de composition nouvelles qui ont parfois choqué le public de l’époque. Sa quatrième symphonie foisonne de thèmes vifs et joyeux alors que les premières mesures, tout comme dans la 102 de Haydn, sont de sombre couleur transcrivant le mal-être de Beethoven qui est, en 1807, lentement s’enfonce dans la surdité. Là encore l’orchestre et son chef se délectent à jouer le chef d’oeuvre du compositeur allemand qu’ils interprètent avec entrain.

La complicité qui lie le Jeune Orchestre Atlantique et Philippe Herreweghe, son chef fondateur est un moteur qui leur permet de maintenir un niveau élevé. En fin de concert, l’hommage du chef belge à ses musiciens est d’autant plus apprécié des musiciens et du public que la session estivale est d’un niveau exceptionnel; pour remercier le public l’orchestre rejoue un court passage de la symphonie de Haydn. Une très belle soirée qui ouvre un festival dont le cru promet par ailleurs d’être très élevé.

Saintes. Abbaye aux dames, le 12 juillet 2014. Joseph Haydn (1732-1809) : symphonie N°102 en si bémol majeur;  Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : symphonie N°4 en si bémol majeur; Jeune Orchestre de l’Abbaye, Philippe Herreweghe, direction.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2014. Hidalgo; La Grande Chapelle, Albert Recasens, direction.

Albert Recasens, directeur de La Grande ChapelleSi en cette année 2014 nous fêtons le deux cent cinquantième anniversaire de la mort de Jean Philippe Rameau (nous y reviendrons dans une autre chronique) nous oublions, comme de coutume, de célébrer la naissance de nombreux autres compositeurs, plus ou moins oubliés. Le compositeur espagnol Juan Hidalgo (1614-1685) est de ceux ci. Arrivé en France dans la suite de l’infante Marie Thérèse, venue épouser Louis XIV, il a composé nombres de partitions à l’occasion des noces royales célébrées en grande pompe à St Jean de Luz puis à Paris. Jamais rejouées depuis 1660, les oeuvres d’Hidalgo sont rapidement tombées dans l’oubli et il a fallu à Albert Recasens, chef et co-fondateur, avec son père, de La Grande Chapelle, un long et patient travail de recherches musicales et musicologiques pour parvenir à les retrouver et à les rassembler en un programme cohérent.

La Grande Chapelle fête royalement le quadricentenaire Hidalgo

Musicalement moins reconnue que l’Italie, la France et l’Allemagne, l’Espagne a pourtant donné le jour à nombre de compositeurs prolifiques dont fait partie Juan Hidalgo. Ses motets et les villancicos constituent une partie non négligeable de son oeuvre. Des copies ont été retrouvées tant en Europe (Espagne, France, Allemagne) qu’en Amérique du nord (États Unis) et en Amérique latine (Guatemala, Mexique …) démontrant ainsi la popularité de Juan Hidalgo de son vivant. Au programme de ce concert, ce sont des villancicos vocaux ou instrumentaux et des motets vifs et joyeux qui sont chantés alternativement en solo, en duo, à trois ou à quatre.

Les quatre chanteurs de La Grande Chapelle sont dotés de fort belles voix qui se complètent remarquablement; saluons par ailleurs l’excellente diction des quatre solistes qui sont soudés par une évidente complicité et des liens musicaux très forts. Albert Recasens dirige avec sobriété et talent les villancicos et motets à trois et quatre voix dont le ton est à la fois recueilli et allègre. Les deux solistes, respectivement soprano et ténor, brillent particulietement en solo ou en duo, ces deux formes occupant un grand tiers du concert. Pour donner un peu de répit aux chanteurs les musiciens jouent deux villancicos instrumentaux assez courts mais séduisants qui leur permettent de se mettre en valeur avec simplicité.

La Grande Chapelle et son chef reçoivent un accueil très chaleureux d’autant plus qu’avec un programme de musique baroque espagnole le pari était loin d’être gagné. Cependant le talent et la proximité d’Albert Recasens tant avec ses musiciens qu’avec le public lui permet de dévoiler avec aisance un programme de toute beauté composé d’oeuvres oubliées depuis trop longtemps. Saluons le long et patient travail de recherche musicologique, remarquable defendu par La Grande Chapelle car il permet d’exhumer des oeuvres injustement oubliées ; souhaitons que linkyiat8ve du chef donnera lieu à la parution d’un CD d’ici à quelques mois.

Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2014. Juan Hidalgo (1614-1685) : Venid querubines alados, Mas ay piedad, Oh admirable Sacamento, Rompa el aire en suspiros, Pajarillo que cantas alegre, Escuchad mi voz (instrumental), Anarda divina, Cuando el alba aplaude; Suprema deida que miro, Antorcha brillante; Ay corazon amante, Luceros y flores arded y lucid, Cielos que florece el ampo (instrumental), Aunque en el pan del cielo, Oigan en ecos y esdrujulos, Escuchad atended; La Grande Chapelle, Albert Recasens, direction.

Compte rendu, concert, oratorio. Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2014. Falvetti : Il diluvio universale. Mariana Flores, Rad; Fernando Guimaraes, No; Matteo Bellotto, Dio; Fabian Schoffrin, La Morte; Evelyn Ramirez Munoz, La Giustizia Divina; Magali Arnault Stanczak, L’acqua; Caroline Weynants, La Natura Humana; Keyvan Chemirani, percussion; choeur de chambre de Namur; Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcon, direction.

saintes diluvio universale Alarcon SaintesNombre de compositeurs connus et reconnus de leur vivant tombent ensuite dans l’oubli parfois pendant plusieurs décennies voire pendant plusieurs siècles. Tel est le cas de Michelangelo Falvetti (1642-1692) maître de chapelle de la cathédrale de Messine, ville où il s’était installé après y avoir fait ses études. C’est à  Messine, en 1682, qu’a été créé son oratorio Il diluvio universale. Falvetti qui connait l’histoire de la ville, punie par le roi d’Espagne après s’être révolté contre lui, s’est inspiré de ce tragique événement. Le compositeur messinois a fait appel au librettiste Vincenzo Giattini pour écrire un livret tiré d’un épisode de l’ancien testament : le déluge qui dura quarante jours et quarante nuits. Dieu ayant décidé de punir le genre humain qui était tombé dans une débauche, une négation de l’existence de Dieu, et une arrogance telles que le châtiment fut exemplaire. Seuls Noé, sa famille et un couple de chaque espèce animale vivant sur terre qui s’étaient, selon le commandement Divin, réfugiés sur une arche pouvant les accueillir tous, furent sauvés du châtiment divin.

 

 

Falvetti : Il Diluvio Universale à Saintes

La Capella Mediterranea offre un concert de première classe

 

Tombé dans l’oubli peu après sa création, ce n’est que trois siècles plus tard que I’oratorio il diluvio Universale renait de ses cendres. Leonardo Garcia Alarcon a brillamment ressuscité le chef d’oeuvre de Falvetti qu’il a défendu avec fougue et brio au cours d’une tournée débutée à  Ambronay et qui s’achève à  Saintes en ce jour de fête nationale 2014. Pour  défendre le chef d’oeuvre de Falvetti Leonardo Garcia Alarcon a invité des artistes jeunes, talentueux et prometteurs. Par ailleurs le chef et ses musiciens, liés par une complicité et une amitié solides qui se sont renforcées pendant la tournée, investissent l’abbatiale avec entrain et gourmandise entrant qui par les nefs latérales, qui par le choeur, qui par la nef centrale.

Parmi les solistes, les courtes interventions de Evelyn Ramirez Munoz (La Giustizia Divina) et de Magali Arnault Stanczak (L’Acqua) sont marquantes; les deux jeunes femmes ont des voix rondes, larges, chaleureuses et lancent un feu d’artifices éblouissant.

Alarcon_portrait_oblique_250Le couple Mariana Flores (Rad) et Fernando Guimaraes (No) est totalement assorti tant par sa jeunesse fougueuse que par deux voix fraîches et complémentaires qui font des récitatifs et des duos de purs joyaux dramatiques. C’est cependant le contre-ténor argentin Fabian Schoffrin (La Morte) qui se taille la part du lion en faisant une entrée très remarquée grimé et maquillé en “grande faucheuse” déterminée  tout rafler sur son passage; si son dialogue avec Caroline Weynants (La Natura Humana) est l’un des grands moments de l’oratorio, c’est sa seconde entrée, un tambourin  à la main qui se révèle être un moment d’anthologie. Shoffrin prend un malin plaisir à chanter et  danser tout en maniant son instrument avec délice. Si les interventions de Matteo Bellotto (Dio) sont légèrement moins convaincantes elles marquent avec force le mécontentement Divin face  la débauche des hommes, leur impiété, leur arrogance. Défauts et péchés majeurs qui leur valent une punition exemplaire à  laquelle, malgré tous leurs efforts, ils n’échappent pas. Et d’ailleurs le choeur de chambre de Namur fait des merveilles dans l’oratorio jouant parfaitement la terreur, la tristesse  la joie du pardon final.

La brillante interprétation de Il diluvio universale par La Capella Méditerranea lui vaut la seule ovation debout du festival tant le public a été séduit. L’enthousiasme est tel que Leonardo Garcia Alarcon concéde trois bis, rejoignant  ses chanteuses avec une spontanéité plaisante lors du second bis. Totalement déchaîné, Fabian Schoffrin entraîne le public pour l’accompagner dans un bis endiablé. Il diluvio universale a trouvé en La Capella Mditerranea le meilleur des avocats; espérons que ce très bel oratorio continuera encore sa carrière avortée en 1682. Tel est bien le palmarès déjà méritant d’une partition parmi les plus convaincantes récemment reexhumée.

 

 

Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2014. Michelangelo Falvetti (1642-1692) : Il diluvio universale. Mariana Flores, Rad; Fernando Guimaraes, No; Matteo Bellotto, Dio; Fabian Schoffrin, La Morte; Evelyn Ramirez Munoz, La Giustizia Divina; Magali Arnault Stanczak, L’acqua; Caroline Weynants, La Natura Humana; Keyvan Chemirani, percussion; choeur de chambre de Namur; Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcon, direction.

 

 

Compte-rendu : Parme. Teatro Regio, le 30 septembre 2013. Verdi, Filarmonica della Scala di Milano; Riccardo Chailly, direction.

Riccardo Chailly dirigeantPour la ville de Parme et sa région, 2013 est une année particulière puisqu’elle célèbre le bicentenaire d’un enfant du pays : Giuseppe Verdi (1813- 1901). Outre trois opéras (dont un, Falstaff, sera donné au Teatro Verdi de Busseto, village natal du compositeur), plusieurs concerts sont prévus (dont un consacré à Wagner, également né en 1813, pour une confrontation prometteuse). Le concert d’ouverture du 30 septembre dernier a été confié à la Filarmonica della Scala de Milan placée, pour l’occasion, sous la direction de Riccardo Chailly.

 

 

A Parme, le festival du Bicentenaire 2013 débute tambour battant
Chailly fait exploser le drame verdien

 

Visiblement très en forme et survolté par le défi que constitue le concert d’ouverture du festival du bicentenaire Verdi,  Riccardo Chailly dirige ses musiciens avec une maestria inégalable. Dès la sinfonia d’Oberto, qui ouvre le concert, le célèbre chef italien prend la musique du jeune Verdi à son compte insufflant à la toute première œuvre du cygne de Busseto, une vitalité et une force très engageante. Si la sinfonia d’Oberto est une « mise en bouche » de luxe, celle de Un giorno di regno o il finto Stanislao est tout aussi entrainante. Le maestro reprend partie du programme de son disque Verdi chez Decca, collection de joyaux méconnus en provenance souvent des opéras de jeunesse …

C’est cependant avec Jérusalem, le pendant français de I lombardi alla prima crociata, que Chailly donne la pleine mesure de son talent et de sa parfaite maitrise du répertoire verdien en dirigeant, outre le preludio, les ballets insérés par Verdi pour l’Opéra de Paris. Le chef et son orchestre, à l’unisson depuis le début de la soirée, prennent un réel plaisir à jouer une musique qui  recèle des pages de toute beauté. La sinfonia et les divertissements « Les quatre saisons », il est ici assez difficile de ne pas penser aux célèbres concertos d’Antonio Vivaldi, tirés de I vespri siciliani terminent la partie officielle du  concert tel le bouquet final d’un feu d’artifices aux mille couleurs. Riccardo Chailly est accueilli par une ovation qui soulève une salle si enthousiaste que nous entendons, crier depuis une loge un sonore « Viva Verdi » auquel le chef répond avec humour « Bravo » . C’est avec l’ouverture de La forza del destino, tout aussi inspirée que les autres œuvres, que le chef et la Filarmonica della Scala terminent définitivement un concert qui restera dans les anales du festival comme l’un des meilleurs, sinon comme le meilleur, qui aient été donnés au Teatro Regio de Parme.

En confiant le concert d’ouverture à la Filarmonica della Scala et à Riccardo Chailly, les responsables du Teatro regio de Parme n’ont pas hésité à frapper fort. Si le public a répondu présent, Riccardo Chailly a fortement marqué les esprits et placé la barre très haut avec un concert d’une exceptionnelle intensité. Du pain béni pour les spectateurs réunis, un régal symphonique qui vient à point nommé souligner le génie dramatique du compositeur d’opéras.

Parme. Teatro Regio, le 30 septembre 2013. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Oberto, conte di San Bonifaccio : sinfonia; Un giorno di regno (il finto Stanislao)  : sinfonia; Jérusalem : preludio, ballets; I vespri siciliani : sinfonia, divertissement “le quattro stagioni”; La forza del destino : sinfonia.

Compte-rendu : Saintes. Abbatiale, le 12 juillet 2013. Musiques traditionnelles séfarades et arméniennes, Hespérion XXI; Jordi Savall, vièle et direction.

Hesperion XXI photo de groupeOn ne présente plus l’ensemble Hésperion XXI placé depuis ses débuts, en 1974, sous la direction avisée de Jordi Savall. Depuis le décès de la soprano espagnole Montserrat Figueras en 2012, Savall privilégie les programmes de musique ancienne tant occidentale qu’orientale. 

Festival de Saintes : une ouverture en fanfare avec Jordi Savall

 

Pour le concert d’ouverture du festival 2013 Jordi Savall a programmé des oeuvres du bassin méditerranéen qui est aussi celui du dernier cd d’Hespérion XXI. Le chef et vieliste catalan s’est beaucoup appuyé sur l’oeuvre de Dimitrie Cantemir (1673-1723). Luthiste, compositeur et écrivain reconnu de son vivant, il a entre autres laissé un livre intitulé “Istanbul : le livre de la science de la musique” sur lequel Jordi Savall s’est appuyé et qui a donné son titre au programme du cd paru et du concert de Saintes 2013.

Dès le début de la soirée, nous voyageons entre la Grèce, l’Arménie, la Turquie et le bassin méditerranéen où se rejoignent et se côtoient les trois grandes religions du livre,  dont le savant mélange des cultures laisse entrevoir la richesse exceptionnelle des musiques et des arts de ces pays. Jordi Savall et ses musiciens alternent avec talent les musiques de chaque pays, de chaque religion. A plusieurs reprises les musiciens jouent seuls, parfois accompagnés par la vièle de Jordi Savall. La richesse culturelle et artistique du bassin méditerranéen est à ce point inépuisable que le programme du concert d’ouverture n’en donne qu’un bref aperçu.

Cependant, Jordi Savall dose savamment  les mélodies jouées, chantées et/ou dansées par chacune des trois grandes religions du livre permettant au public d’en découvrir ou de redécouvrir de nouveaux horizons.

Le programme “découpé” en quatre parties égales et alternant musiques entrainantes et “tristes”  accoste ainsi  en Grèce, en Arménie, en Turquie …  cela permet aussi de se plonger dans un univers vivant et en constante évolution. D’autre part, la complicité entre Jordi Savall et ses musiciens, qui se connaissent depuis quarante ans, leur permet de jouer sans complexes, au signe d’un regard furtif qui lance le collectif… et d’ailleurs, un seul coup dœil, discret et à peine visible suffit maintenant à lancer une mélodie.

C’est un public conquis qui ovationne Jordi Savall et Hespérion XXI; les musiciens,  ravis par l’accueil reparaissent sans se faire prier. C’est Jordi Savall qui annonce lui même le premier bis qu’il dédie, après lui avoir rendu un hommage émouvant, à son épouse disparue.

L’ensemble joue une chanson médiévale que Montserrat Figueras chantait régulièrement en concert dans ses trois versions (arabe, juive et chrétienne). C’est aussi Jordi Savall qui présente ses musiciens et les instruments sur lesquels ils jouent; ce qui leur permet aussi de se livrer à une courte improvisation afin que le public, venu nombreux, puisse apprécier les sonorités propres à chacun. Pour clore le concert, Hesperion XXI joue une chanson arménienne présentée non par son chef mais par le jeune joueur de Duduk (flûte arménienne) dont le titre est assez éloquent (Nous sommes un peuple courageux). Fraternité, musique, paix…

Voici la source savallienne des concerts humanistes que tant de musiciens et leur ensemble propre reprennent ici et là, portés par un même espoir de partage et de compréhension mutuelle. A Jordi Savall revient le mérite d’en entretenir la flamme pionnière.

Saintes. Abbatiale, le 12 juillet 2013. Musiques traditionnelles séfarades et arméniennes, Hespérion XXI; Jordi Savall, vièle et direction

Illustration : Jordi Saval et ses partenaires musiciens à Saintes 2013 © photo Hélène Biard pour classiquenews.com

Compte-rendu : Poitiers. Cinéma “Le Castille”, le 27 mai 2013. En direct du Royal Opera House de Londres. Rossini : La donna del lago. Juan Diego Florez, Joyce DiDonato … Michele Mariotti, direction.

Joyce Didonato portraitLorsqu’il compose La donna del lago en 1819, Gioachino Rossini (1792-1868) hérite d’un livret initialement destiné à Gaspare Spontini (1774-1851) qui venait de quitter la France pour la Prusse, laissant tout autre projet en plan. Rossini est le premier compositeur à recevoir un livret tiré d’une oeuvre de Walter Scott; vingt ans plus tard en effet Gaetano Donizetti se basera sur La fiancée de Lamermoor pour son opéra Lucia di Lamermoor. La donna del lago est certes moins donnée ou enregistrée que d’autres opéras de Rossini mais l’oeuvre n’en contient pas moins de très belles pages, notamment l’air d’entrée de Malcom, et le rondo final (Tanti affeti in tal momento) dévolu à Elena (ce rondo sera repris plus tard dans Bianca e Falliero, revenant à Bianca).

Pour cette nouvelle production, le Royal Opera House de Londres réunit un plateau vocal exceptionnel largement dominé par Juan Diego Florez et Joyce DiDonato en grande forme. Le couple rossinien s’était déjà retrouvé dans la même oeuvre donc dans les mêmes rôles il y a 3 ans sur les planches du Palais Garnier à Paris.

Quant à la mise en scène,c’est John Fulljames qui en est chargé et … on ne  peut que le regretter.

Si la volonté de bien faire est évidente, on peut se demander pourquoi il commet autant d’erreurs. La transposition au XIXe siècle n’a rien de choquant, il y en a déjà eu : Les Troyens, par exemple, autre production du Covent Garden, ou Lucia di Lamermoor au Metropolitan Opera de New York. En revanche le fil rouge du duo Scott/Rossini tombe à l’eau; en effet si chacun connaissait la réputation de l’autre, les deux hommes ne se sont jamais rencontrés.
D’autre part situer l’action dans l’une des innombrables sociétés historiques qui existaient au début du XIXe siècle, Walter Scott était d’ailleurs le président de l’une d’entre elles, est assez incompréhensible. John Fulljames a-t-il souhaité par là se souvenir du temps ou l’Écosse était un pays à part entière? Faut il rappeler que l’Écosse n’a été intégrée au Royaume Uni qu’en 1603 sous le règne de Jacques VI. Il faut aussi se remémorer que Jacques V, Uberto pour tous jusqu’aux deux ou trois dernières scènes, était l’un des derniers rois de l’Écosse indépendante. Si le recours au flash-back peut être une bonne idée, quelle bizarrerie de mettre Elena dans une vitrine en verre : souvenir ou prison?
Enfin l’entrée de Rodrigo et de ses hommes, accompagnée d’une série de viols pendant qu’ils chantent les vertus de l’amour est assez peu convaincante et plutôt mal venue. Si les costumes sont seulement corrects et les chorégraphies tout à fait honorables, seules les lumières de Bruno Poet ont un intérêt particulier car elles soulignent avec justesse les moments les plus dramatiques.

Vocalement, le Royal Opera House a réuni une distribution prestigieuse et quasi idéale au vue de la grande difficulté de la partition. A tout seigneur, tout honneur : Joyce DiDonato est une Elena irréprochable tant scéniquement que vocalement; l’artiste américaine affronte avec une facilité impressionnante les redoutables vocalises rossiniennes. Quant au rondo final, si on peut regretter qu’il soit pris sur un tempo si lent, DiDonato l’aborde crânement d’autant que la mise en scène ne l’aide vraiment pas. Face à la mezzo américaine, Juan Diego Florez campe un Uberto (Giacomo V) ébouriffant; le ténor péruvien qui connait parfaitement le répertoire rossinien plie sa voix à sa volonté et il relève le défi avec brio. En revanche, la mezzo soprano italienne Daniela Barcellona est un Malcom inégal; tendue pendant tout son air d’entrée la jeune femme a du mal à vocaliser correctement. La voix, est pourtant belle et correspond bien à la tessiture terrible du rôle; elle se reprend cependant avec aisance et chante impeccablement dans le second acte. A sa décharge, le vilain costume dont elle a été affublée ne l’aide vraiment pas à faire sien un rôle travesti qui, même s’il n’est pas forcément très long est dense et redoutable pour la voix. Colin Lee est un excellent Rodrigo; la vocalise est aisée quoique parfois hachée et les aigus sont faciles mais à la décharge du ténor américain, la mise en scène ratée de l’entrée de Rodrigo ne l’aide vraiment pas à se mettre en valeur. Notons par ailleurs que la voix de Colin Lee est assez similaire à celle de Juan Diego Florez mais le ténor péruvien est plus aérien et plus facile que son collègue ce qui lui donne un avantage certain pendant toute la soirée.

Le choeur du Royal Opera House remarquablement préparé par son chef se montre à la hauteur de la distribution exceptionnelle qui évolue sur le plateau et ce malgré une mise en scène peu convaincante.

Dans la fosse, Michele Mariotti dirige le prestigieux orchestre du Royal Opera House avec efficacité insufflant à ses musiciens et aux chanteurs une énergie et un dynamisme bienvenus. Il est cependant dommage que son enthousiasme, pour communicatif qu’il soit, le pousse à couvrir Daniela Barcellona ici et la pendant son air d’entrée; mais dans l’ensemble le chef italien dirige le chef d’oeuvre de Rossini avec une justesse et une intelligence qui sont pour beaucoup dans le succès globales de la soirée.

On peut regretter la mise en scène truffée d’erreurs, peu engageante, handicapante pour les chanteurs avec des décors et des costumes au mieux corrects mais sans véritables liens avec l’histoire. En revanche, le plateau vocal est de rêve largement dominé par Joyce DiDonato et Juan Diego Florez éblouissants.

Poitiers. Cinéma CGR “Le Castille”, le 27 mai 2013. En direct du Royal Opera House de Londres. Gioachino Rossini (1792-1868) : La donna del lago opéra en deux actes sur un livret de Andrea Leone Tottola tiré du roman éponyme de Walter Scott The lady of the lake. Juan Diego Florez, Urbeto (Giacomo V); Joyce DiDonato, Elena; Colin Lee, Rodrigo; Daniela Barcellona, Malcolm; Justine Gringyte, Albina; Robin Leggate, Serano; Simon Orfila, Douglas; Pablo Bemsch, Bertram; Christoph Lackner, un barde. Orchestre et choeur du Royal Opera House, Michele Mariotti, direction. John Fulljames, mise en scène; Dick Bird, décors; Yannis Thavis, costumes; Bruno Poet, lumières; Arthur Pita, chorégraphies.

Compte-rendu : Ars en Ré. Salle de la Prée, le 19 mai 2013. Wagner : Der Fliegende holländer … Marc Minkowski, direction (version de concert).

Wagner portraitPoursuivant leur tour de l’île de Ré, les Musiciens du Louvre s’arrêtent de nouveau à Ars, dont Marc Minkowski parle comme le point central du festival, pour un nouveau concert à la Salle de la Prée. Le chef aborde Richard Wagner (1813-1883) et profite du bicentenaire de sa naissance pour programmer l’un de ses opéras les plus joués : Le Vaisseau fantôme. Pour Der fliegende Hollander, Wagner, auteur de son propre livret, s’est basé sur “Les mémoires de monsieur de Schnabelewopski”. Si l’ensemble a été écrit et composé entre 1840 et 1841, l’oeuvre n’a été créée que le 2 janvier 1843 à Dresde sous la direction du compositeur. Wagner réécrira encore quelques corrections en 1860 pour l’étoffer. Dans la première version, dont l’argument a été vendu à l’Opéra de Paris (l’opéra qui en découle signé Dietsch vient d’être recréé), Érik s’appelle Georg, Daland se nomme Donald et l’action se passe en Écosse et non en Norvège. Marc Minkowski a réuni en version de concert, une distribution internationale et globalement assez jeune. A part Vincent Le Texier dans le rôle titre, la plupart des chanteurs effectuent une prise de rôle.

 

 

Le Vaisseau Fantôme à Ars en Ré

 

En maudit des mers, Vincent Le Texier entame la complainte du hollandais “Die frist irstum, und abermals verstrichen sind sieben jahr” sans faiblesses. Si le timbre peut parfois paraître un peu gris, la voix est ferme et couvre bien la tessiture du rôle. Mais la jeune soprano suédoise Ingela Brimberg nous surprend davantage. Elle chante Senta pour la première fois à l’occasion de Ré Majeure et elle s’empare du personnage avec une autorité confondante. Sa ballade de Senta confirme un talent naissant à suivre désormais. Le ténor américain Éric Cutler est un Georg (Érick) honorable et la basse Mika Kares, le seul à chanter par coeur, n’est pas en reste. Bernard Richter (le pilote) et Marie Ange Todorovitch complètent avec bonheur la distribution de ce Vaisseau fantôme.

Déjà sur le pont avec la récréation des Fées (Die Feen), opéra de jeunesse méconnu mis en avant par le Châtelet, Marc Minkowski retrouve Wagner … Le vaisseau fantôme est un opéra d’un autre acabit et le résultat est, dans l’ensemble excellent. La direction du chef est dynamique ; le résultat est assez peu conventionnel, sur instruments d’époque, les sonorités surprennent parfois mais le résultat est globalement assez convaincant. Le finale est joué avec une intensité très forte qui fait ressortir toute la fureur des flots et le drame qui se noue en est encore plus terrible.

Ce Fliegende holländer part en tournée en France et en Autriche, on peut regretter que la salle n’ait été qu’aux deux tiers pleine. Le déplacement vaut cependant la peine, ne fusse que pour la très belle Senta de la prometteuse soprano Ingela Brimberg.

Ars en Ré. Salle de la Prée, le 19 mai 2013. Richard Wagner (1813-1883) : Der fliegende holländer, opéra en trois actes sur un livret du compositeur tiré du livre “Les mémoires de monsieur de Schnabelewopski”. Vincent Le Texier, Le Hollandais; Ingela Brimberg, Senta; Mika Kares, Donald/Daland; Éric Cutler, Georg/Erik; Bernard Richter, Le pilote de Daland; Marie Ange Todorovitch, Mary. Estonian Philarmonic Chamber Choir; les musiciens du Louvre-Grenoble; Marc Minkowski, direction.

Compte-rendu : Saintes. Abbaye aux dames, le 21 mai 2013. Bach, Haydn, Mozart. La Symphonie des Lumières. Nicolas Simon, direction.

Nicolas Simon chefPour clore une saison riche en évènements et découvertes, l’Abbaye aux dames invite le jeune orchestre ” La Symphonie des Lumières ” dirigé par Nicolas Simon, jeune chef prometteur, élève entre autres de Philippe Herreweghe, ex membre des Siecles pour lesquels il fut et violoniste et assistant de Francois-Xavier Roth. Le nouvel orchestre est composé à 80% de musiciens issus du Jeune Orchestre Atlantique (JOA) dont la vocation est de former sur instruments d’époque, de jeunes professionnels tout juste diplômés en les faisant jouer, au cours de sessions de travail d’une semaine (programme classique et romantique en alternance) sous la direction de chefs aguerris.
Nicolas Simon a lui aussi suivi la formation sur instruments anciens : il y a cultivé sa passion pour une approche plus précise et surtout magistralement vivante, selon la connaissance des styles et des pratiques d’époque.   Les jeunes gens prennent ainsi l’habitude de travailler avec des hommes et des femmes dont les techniques différentes sont au final autant d’atouts majeurs, de nouveaux défis propices à l’approfondissement et la compréhension de plus en plus fine des oeuvres.

Pour ce concert, les trois compositeurs du programme sont contemporains les uns des autres : Carl Philippe Emmanuel Bach (1714-1788), Joseph Haydn (1732-1809), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Les trois hommes se sont rencontrés et se sont mutuellement influencés au cours de leur carrière.

Chaque style incarnent à sa façon l’esthétique Sturm und Drang (Tempête et Passion), c’est l’inflexion du goût qui annonce l’essor d’un nouveau dramatisme sentimental, le romantisme … Le mouvement a inspiré nombre de compositeurs en Europe en général et dans les pays de langue allemande en particulier.

Le Concerto n°9 composé en 1777 par Wolfgang Amadeus Mozart
(1756-1791) qui l’a dédié à une jeune virtuose française : mademoiselle Jeunehomme d’ou le surnom du chef d’ouvre du jeune compositeur. La pianiste Vanessa Wagner s’installe au piano. La jeune femme, artiste à l’activité débordante, reconnue depuis plusieurs années au niveau international, connait parfaitement le répertoire Mozartien qu’elle aborde régulièrement depuis ses débuts de concertiste. Elle aborde le concerto  tout en simplicité, faisant chanter les touches de l’instrument avec une grâce  incomparable. L’accompagnement de l’orchestre et de son chef souligne agréablement les harmonies que Mozart a savamment distillé dans les pages composées pour le piano. C’est essentiellement le format sonore plus chambriste qui favorisant les équilibres entre les instruments rétabli la profondeur poétique de l’oeuvre : pleine de charme, de sensibilité, de gravité sous la caresse mélodique.

La direction ferme et souple de Nicolas Simon est agréable et la musique de Mozart, si complexe et pleine de pièges malgré son apparente facilité aussi bien pour l’orchestre que pour la soliste, est sublimée ; le geste sûr et millimétré fait résonner la tendresse mozartienne, entre subtilité et finesse, sous les voutes de l’abbatiale.

Au retour de l’entracte, Nicolas Simon prend la parole pour présenter brièvement le mouvement Sturm und Drang qui a inspiré Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) et  Joseph Haydn (1732-1809). Le jeune chef parle d’ailleurs des deux compositeurs avec passion ; il en distingue les particularités et les obstacles : tout ce qui fonde leur manière spécifique; il donne une interprétation dynamique et vivante de la symphonie hambourgeoise du fils du kantor de Leipzig (qui reunit le seul pupitre des cordes). L’oeuvre, sombre et tourmentée, comme nombre de pièces musicales, théâtrales ou picturales de cette période, est bien pensé mais l’ensemble. Nicolas Simon réussit pourtant, grâce à une direction limpide, à livrer une lecture de l’oeuvre de Bach vivante, dynamique, s’appuyant sur des accents imprévisibles mais justes.

C’est surtout dans la symphonie n°49 de Joseph Haydn (1732-1809) que le chef donne la pleine mesure de son talent de maestro; Haydn qui, lui aussi, compose son oeuvre en plein Sturm und Drang n’en propose pas moins une symphonie plus allante et dynamique que celle du fils Bach : un concentré d’élégance et de retenue, pourtant nuancée par l’humour et la facétie (trait spécifique au Viennois). Et Nicolas Simon, pourtant très bon dans l’ouvre précédente, est excellent pour diriger une symphonie qui l’inspire visiblement beaucoup.

Jeune formation en devenir et déjà convaincante par sa fermeté stylistique et son tempérament sonore, la Symphonie des Lumières réunit des anciens du Jeune Orchestre Atlantique; ils y ont la possibilité de s’accomplir dans un collectif marqué par la complicité et le souci de la précision comme de l’expression. Formé dans la même école, Nicolas Simon promet demain de figurer parmi les directions les plus inventives et les plus défricheuses qui soient. L’approche sur instruments anciens a non seulement de beaux jours devant elle mais peut compter grâce à un tempérament aussi captivant, de prochaines découvertes à venir.  Que Saintes accueille le premier concert de La Symphonie des Lumières en Charente-Maritime est logique : ici de jeunes musiciens sur instruments d’époque ont appris leur métier ; ce soir, ils jouent ensemble au sein de l’orchestre que l’un d’entre eux a eu le courage et la ténacité de fonder. C’est un beau symbole de continuité et d’accomplissement. Formation à suivre.

Saintes. Abbaye aux dames, le 21 mai 2013. Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) : symphonie hambourgeoise en si bémol majeur; Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie N°49 en fa mineur; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : concerto pour piano N°9 “jeunehomme”. La Symphonie des Lumières; Vanessa Wagner, pianoforte. Nicolas Simon, direction.

Compte-rendu : Ars en Ré. Salle de la Prée, le 18 mai 2013. Gluck, Mozart : Grande Messe en ut mineur. Les musiciens du Louvre-Grenoble; Marc Minkowski, direction.

Mozart portraitXPour la troisième année consécutive, le festival Ré Majeure revient sur l’île de Ré. Pour le concert d’ouverture donné salle de la Prée à Ars en Ré, Marc Minkowski programme la Grande Messe en ut mineur de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Composée en 1782 suite à un voeu de Mozart, la Messe est cependant restée inachevée sans qu’on sache vraiment pour quelles raisons ; il s’est arrêté en cours de composition. Fidèle au principe qu’il avait initié pour les  deux Passions et la Messe en si mineur de Johann Sebastian Bach, Marc Minkowski a réuni dix solistes qui chantent seuls l’intégralité de la partition. C’est aussi Marc Minkowski lui même qui annonce le remplacement d’Anna Quintans et de Mélodie Ruvio souffrantes.

Les Musiciens du Louvre ouvrent la soirée en jouant l’ouverture d’Iphigénie en Aulide, opéra que Christoph Wilibald Gluck (1714-1787) composa en 1773 à la demande de Francois-Louis Gand Le Blanc du Roullet qui en avait par ailleurs écrit le livret. Plus chanceuse que l’autre Iphigénie (Iphigénie en Tauride), l’oeuvre fut régulièrement jouée jusque vers le milieu du XIXe siècle avant de tomber dans l’oubli et de renaitre de ses cendres. Marc Minkowski, très à l’aise dans le répertoire du XVIIIe siècle, connait parfaitement son sujet et dirige Les Musiciens du Louvre avec fermeté. Le chef choisit des nuances et des tempos assez justes dans l’ensemble. Il livre d’ailleurs une interprétation dynamique et agréable de cette ouverture que d’aucun pourraient juger trop courte. Mais comme le dit Marc Minkowski lui même : “l’action s’enchaîne directement avec l’ouverture, c’est pourquoi elle est courte”.

En ce qui concerne la Grande Messe en ut mineur de Mozart, elle est en général donnée avec un choeur et quatre solistes. Marc Minkowski applique une nouvelle fois le principe qu’il avait déjà adopté pour la Passion selon Saint Mathieu qu’il avait donné lors de l’édition 2012 de Ré Majeure : dix solistes qui chantent la totalité de l’oeuvre et un orchestre réduit. Si pour ce chef d’oeuvre inachevé de Mozart, l’orchestre est de “taille” normale,  les dix chanteurs assument les défis d’une partition belle et dépouillée. Au sein de l’ensemble vocal réuni par le chef, notons les très belles performances de la jeune mezzo soprano Marianne Crebassa (qui chante sans la moindre faiblesse le Laudamus te), de Ditte Andersen (éblouissante dans le Et incarnatus qu’elle chante avec grâce et simplicité) et de Pauline Sabatier qui, encore en début de carrière, sublime le Benedictus. Du côté des remplaçantes Yolanta Kovalska est très à son aise dans le Dominus Deus où elle retrouve Ditte Andersen; les deux voix s’accordent parfaitement et le duo est d’un niveau très élevé. En ce qui concerne les voix masculines, le quintette convoqué par Marc Minkowski n’a rien à envier à son pendant féminin; notons la très belle performance du ténor flamand Reinut Van Mechelen dans le Quoniam qu’il chante avec Marianne Crebassa et Ditte Andersen. L’alto Yann Rolland et la basse Charles Dekeyser ne sont pas en reste dans les ensembles qui leur sont dévolus même si nous aurions souhaité un alto avec un peu plus de coffre.

L’orchestre survolté et remarquablement dirigé par son chef et fondateur joue le chef d’oeuvre de Mozart avec précision. En programmant deux compositeurs contemporains qu’il connait parfaitement, Marc Minkowski a donné le ton du festival qui se déroule sur trois jours sur un rythme effréné.

Ars en Ré. Salle de la Prée, le 18 mai 2013. Gluck; Mozart. Ditte Andersen; Yolanta Kovalska; Pauline Sabatier, sopranos; Marianne Crebassa, mezzo-soprano; Violaine Lucas; Yann Rolland, altos; Jan Petryka, Reinut Van Mechelen, ténors; Charles Dekeyser; Norman Patzke, basses. Les musiciens du Louvre-Grenoble; Marc Minkowski, direction.

Poitiers. Théâtre, le 30 avril 2013. Janacek : Katia Kabanova. Kelly Hodson, Katia; Paul Gaugler, Boris … André Engel, scénographie. Martin Surot, piano.

Lorsqu’il compose Katia Kabanova juste après la première guerre mondiale, Leos Janacek (1854-1928) est arrivé à la maturité de son art. L’oeuvre est créée avec succès en novembre 1921 et fait rapidement le tour des grandes scènes lyriques européennes et internationales. Le metteur en scène André Engel, qui créé cette version de Katia Kabanova à l’Opéra de Vienne (Autriche) en 2011, part en tournée avec la jeune troupe qu’il a monté pour l’occasion et s’arrête à Poitiers en ce dernier jour d’avril 2013. Le public séduit réserve un accueil chaleureux aux jeunes artistes qui donnent vie aux personnages de l’oeuvre de Janacek.


Katia Kabanova au TAP de Poitiers

La mise en scène d’André Engel est épurée mais efficace. Montée en touches plus ou moins colorées montrant la vie telle qu’elle était dans les confins de l’ancienne Tchécoslovaquie (qui appartenait alors à l’empire austro-hongrois) : une jeune fille mariée sans amour sous la coupe d’une belle-mère intolérante et qui, profitant du voyage de son mari, cède à la tentation de l’adultère avant de subir les avanies des villageois qui la poussent finalement à préférer le suicide plutôt que la fuite. La scène de l’orage et plus ou moins de la folie de Katia, qui est pleine de remords après sa liaison coupable avec Boris, est d’ailleurs particulièrement réussie. Le décor unique colle parfaitement à l’impression d’étouffement que peut ressentir Katia avant et après sa faute; quant aux costumes, plutôt marqués années 1950 que fin XIXe, ils ne déparent pas une lecture certes traditionnelle mais séduisante.

Sur le plateau, la jeune soprano canadienne Kelly Hodson fait sien le rôle de Katia. Le travail réalisé en amont porte ses fruits : la diction est tout à fait correcte et scéniquement elle éclaire chez la jeune femme tous les sentiments contradictoires qui l’animent tout le long de l’opéra. L’attitude intolérante et jalouse de sa belle-mère qui l’étouffe et l’empêche de vivre sa vie conjugale en toute sérénité contribue aussi à pousser lentement mais surement Katia au … suicide. Le jeune ténor alsacien Paul Gaugler campe un Boris séduisant tant scéniquement que vocalement; le jeune homme, que nous avions déjà salué à l’occasion du concours international Bellini, a une voix chaleureuse, ronde et parfaitement maitrisée. Jérôme Billy est un Koudriach honorable donnant une image émouvante de l’amoureux sincère en poussant Varvara à fuir avec lui. Les autres chanteurs sont aussi convaincants que le trio principal. Et la jeune troupe qui n’est accompagnée que par un piano et non par un orchestre, se montre engagée grâce à un vrai travail d’acteurs. Une vigilance constante est donc d’autant plus nécessaire que les jeunes gens n’ont pas le soutien discret mais si confortable d’un chef d’orchestre pour leur donner les départs. Et le pianiste Martin Surot a, lui aussi bien du mérite, car si les chanteurs doivent faire montre de vigilance, il doit être attentif à son jeu et donne une prestation d’autant plus exceptionnelle que la musique de Janacek est peu évidente à interpréter sous son apparente simplicité.

Surprenante sur le papier, la version chambriste et sans orchestre de Katia Kabanova n’en est pas moins excellente. Les chanteurs tous jeunes, enthousiastes et dynamiques s’impliquent avec passion. Ils défendent avec talent une vision épurée et conventionnelle même si l’oeuvre est transposée de la fin du XIXe siècle aux années 1950. Le résultat est remarquable et les rappels du public séduit sont parfaitement justifiés ; chacun y a donné le meilleur de soi pendant toute la soirée. Souhaitons bonne route et autant de réussite à cette production millimétrée et à ses interprètes au jeu d’une grande cohérence.

Poitiers. Théâtre, le 30 avril 2013. Leos Janacek (1854-1928) : Katia Kabanova, opéra en trois actes chanté en tchèque sur un livret de Vincence Cervinkave d’après la pièce L’orage de Alexandre Ostrovski. Kelly Hodson, Katia; Paul Gaugler, Boris; Jérôme Billy, Koudriach; José Canales,Tikhon; Mathilde Cardon, Glasa, Elena Gabouri, Kabanicha; Douglas Anderson, Kouligine; Michel Hermon, Dikoj, Céline Laly, Varvara. Martin Surot, piano. André Engel, mise en scène; Irène Kudela, direction musicale; Ruth Orthmann, collaboration artistique, Dominique Müller, dramaturgie; Nicky Rieti, scénographie; Chantal De la Coste-Messelière, costumes; André Diot, lumières.

Illustration: Kelly Hodson (DR)

La Rochelle. La Coursive, le 9 avril 2013. Bach : cantate BWV 111, cantate BWV 93, cantate BWV 72, Cantate BWV 178. Katharine Fuge, soprano; Damien Guillon, contre-ténor; Hans Jörg Mamerl, ténor; Matthias Vieweg, basse. Le concer

Située en plein coeur de La Rochelle, la salle de la Coursive accueille régulièrement des concerts de haut niveau. Après l’Orchestre National de Lille en novembre dernier, c’est le Concert Français, placé depuis ses débuts sous la direction de Pierre Hantaï, qui monte sur la scène de la grande salle. Spécialistes du répertoire baroque Pierre Hantaï et ses musiciens défendent un programme consacré à l’un des plus grands compositeurs allemands de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle : Johann Sebastian Bach (1685-1750).


Le Concert Français à La Rochelle

Au cours de sa longue carrière Johann Sebastian Bach a composé autour de quatre cent cantates religieuses et profanes. Seulement un peu plus de la moitié de cet imposant corpus nous est parvenu. Pierre Hantaï a sélectionné quatre cantates sur plus de deux cent oeuvres encore existantes du Cantor de Leipzig. Les cantates permettent aux solistes de s’exprimer chacun leur tour entre deux ensembles. La soprano anglaise Katarine Fuge a certes une jolie voix mais, même s’il est irréprochable, le chant est lisse, propre, sans réelle émotion. En revanche le contre-ténor français Damien Guillon, que nous avons déjà salué dans nos pages, est nettement plus convaincant, chantant avec grâce malgré la situation peu confortable des quatre solistes. Si on peut regretter qu’il n’ait que des récitatifs dans les deux premières cantates, celles qui sont données en seconde partie, lui sont plus favorables. La voix chaleureuse du ténor Hans Jörg Mammerl résonne dans la grande salle de la Coursive, se mêlant avec aisance aux voix de ses collègues. La basse Matthias Wieveg livre aussi une lecture épurée des cantates du Cantor de Leipzig.

Pierre Hantaï a convoqué quatre solistes de haute volée, tout en précisant que Katarine Luge reste légèrement en deça de ses collègues; le plus gênant cependant tient à la place donnée aux chanteurs : en fond de scène, derrière l’orchestre. Les interprètes donnent une lecture fluide, vivante, forte. Pourtant de par leur situation, ils ne sont guère mis en valeur. N’aurait il pas été plus judicieux de les placer tous les quatre aux côtés du chef, devant les musiciens, afin de mieux profiter et de la musique et du texte ?

Le Concert Français qui a intégré pour l’occasion, la jeune et brillante claveciniste et organiste Maude Gratton, est dirigé par son chef et fondateur Pierre Hantaï. La lecture est dynamique, claire, précise mais curieusement tétanisé. Ainsi pour les deux premières cantates la direction apparait crispée, laborieuse comme si le pari était insurmontable alors que le chef connait parfaitement le répertoire baroque en général et la musique de Bach en particulier. En revanche la seconde partie du concert est plus libérée, plus aérienne et globalement nettement plus satisfaisante sur un plan strictement musical.

Dans l’ensemble, et malgré les réserves que nous avons émises, nous avons assisté à une très belle soirée. La musique de Johann Sebastian Bach est ici défendue avec talent tant par les chanteurs que par les musiciens. Le Concert Français et son chef ont offert au public rochelais venu nombreux un grand moment de musique. Souhaitons maintenant que pour un prochain concert, Hantaï convoque des chanteurs plus convaincants que Katarine Luge dont le chant au final bien terne nous laisse un peu sur notre faim.

La Rochelle. La Coursive, le 9 avril 2013. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantate BWV 111, cantate BWV 93, cantate BWV 72, Cantate BWV 178. Katharine Fuge ,soprano; Damien Guillon, contre-ténor; Hans Jörg Mamerl, ténor; Matthias Vieweg, basse. Le concert français; Pierre Hantaï, direction.