CD critique événement : « FREUDVOLL UND LEIDVOLL » / JONAS KAUFMANN / LISZT : lieder (Helmut Deutsch (1 cd SONY classical, juin 2020)

CD-Jonas-Kaufmann- lieder Liszt classiquenews review critique cd classiquenewsCD critique Ă©vĂ©nement : « FREUDVOLL UND LEIDVOLL » / JONAS KAUFMANN / LISZT : lieder (Helmut Deutsch (1 cd SONY classical, juin 2020) – AprĂšs ses albums Verdi, Puccini, Jonas Kaufmann revient Ă  l’essence mĂȘme du dire, du chant, de la poĂ©sie ciselĂ©e, celle du lied ; mais avec la complicitĂ© d’un magicien hors pair, le pianiste Helmut Deutsch qui tout en lui instillant le goĂ»t de la phrase lisztĂ©enne, est l’acteur majeur de cette rĂ©ussite et aussi un expert visionnaire dont les doigts agiles, suggestifs, ressuscitent ce que nous ignorions jusque lĂ  : le gĂ©nie du Liszt diseur. L’inventeur du poĂšme symphonique, le virtuose du clavier sait aussi articuler et nuancer comme personne les poĂšmes de Heinrich Heine, Goethe (dont « Freudvoll und Leidvoll » donne le titre du programme) ; Nikolaus Lenau
 mais aussi Redwitz, Freiligrath, Rellstab, Herwegh
 L’art du chant se fait prosodie sur le souffle, oĂč le naturel, la prĂ©cision des accents, attaques, respiration
 doivent Ă©clairer le texte d’un sincĂ©ritĂ© aiguĂ«. Parmi cette gerbe poĂ©tique idĂ©alement incarnĂ©e, perce le triptyque de PĂ©trarque, ces 3 sonnets marquĂ© du sceau de l’emprise amoureuse (Ă  Laure) dont le style et toute l’architecture rĂ©capitulent l’opĂ©ra italien, du dĂ©chirement impuissant (Sonetto 47), Ă  la priĂšre extatique et aux hallucinations angĂ©liques du dernier Sonetto (123).
Certes l’articulation fĂ©line du tĂ©nor vedette peut sonner parfois Ăąpre et courte, et son legato, Ă  peine dĂ©ployĂ©. Mais la franchise des accents, et cette raucitĂ© du timbre, proche de l’animal blessĂ©, offrent une lecture et une couleur (parfois vĂ©riste), proprement troublantes. En outre, le piano de Helmut Deutsch Ă©blouit constamment pas son intelligence expressive, son intĂ©rioritĂ© souple et profonde ; le dialogue, et la fusion mĂȘme, qu’il sait insuffler Ă  ce rĂ©cital Ă  2 voix Ă©gales.
Ici la complicitĂ©, l’entente, la comprĂ©hension des deux artistes relĂšvent assurĂ©ment du prodige. D’autant qu’il s’agit d’une transmission artistique totalement assumĂ©e : le pianiste passionnĂ© et rĂ©vĂ©lateur des lieder de Liszt ayant transmis sa passion au chanteur, lui-mĂȘme transfigurĂ© par cette dĂ©couverte.
CLIC_macaron_20dec13Le rĂ©sultat est lĂ , Ă  la fois envoĂ»tant et dĂ©chirant, explorateur d’un continent lyrique Ă  rĂ©estimer. Liszt a composĂ© l’essentiel de ses 90 lieder entre 1840 et 1847, les 7 annĂ©es oĂč il s’affirme sur la scĂšne europĂ©enne comme un prodige du piano inĂ©galable. La gravitĂ© et la profondeur des lieder contrebalaçant alors les performances techniciennes du pianiste gĂ©nial et volontiers surdĂ©monstratif.
L’érudition, la sensibilitĂ©, les harmonies audacieuses, l’écriture littĂ©raire de Liszt s’écoutent ici sans limites. Le clavier exprime l’infini d’un art qui tend continĂ»ment vers l’audelĂ  des notes, l’invisible et l’éther. Tout ce que son gendre, Wagner, a su recueillir Ă  son contact : une sĂ©duction indĂ©finissable qui appartient Ă  la suprĂȘme Ă©lĂ©gance et la volontĂ© d’expĂ©rimentation. Magistral.

CD critique Ă©vĂ©nement : « FREUDVOLL UND LEIDVOLL » / JONAS KAUFMANN / LISZT : lieder / Helmut Deutsch, piano (1 cd SONY classical, juin 2020) – Plus d’infos sur le site de SONY CLASSICAL / Jonas Kaufmann :
https://www.sonyclassical.de/alben/releases-details/jonas-kaufmann-liszt-freudvoll-und-leidvoll

Programme LIEDER de FRANZ LISZT :

Vergiftet sind meine Lieder, S. 289
Freudvoll und leidvoll I, S. 280
Freudvoll und leidvoll II, S. 280
Der König von Thule, S. 278
Im Rhein, im schönen Strome, S. 272
Die Loreley, S. 273/2
Ihr Glocken von Marling, S. 328
Die drei Zigeuner, S. 320

3 Sonetti del Petrarca, S. 270 :
Benedetto sia ‘l giorno, S. 270a/2
Pace non trovo, S. 270a/1
I’ vidi in terra angelici costumi, S. 270a/3

Es muss ein Wunderbares sein, S. 314
O lieb, solang du lieben kannst, S. 298
Die stille Wasserrose, S.321
Ein Fichtenbaum steht einsam, S. 309
Es rauschen die Winde, S. 294
Ich möchte hingehn, S. 296
Der du von dem Himmel bist I, S. 279
Der du von dem Himmel bist II, S. 279
Über allen Gipfeln ist Ruh, S. 306

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. William Christie. Cultiver l’Ă©motion, Entretiens avec Emmanuel Resche-Caserta (Actes Sud)

CHRISTIE william Bill arts florissants cultiver emotion entretiens actes sud critique annonce classiquenews 9782330154332LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. William Christie. Cultiver l’Ă©motion : Entretiens avec Emmanuel Resche-Caserta (Actes Sud) – Fort d’une carriĂšre exceptionnelle, d’une longĂ©vitĂ© et d’une constance rares, le chef et claveciniste William Christie, “Bill” pour ceux qui ont le privilĂšge de le cĂŽtoyer et de travailler sous sa direction, se livre dans ce nouveaux cycles d’entretiens avec la pudeur, la sensibilitĂ©, la culture et l’intelligence qu’on lui connaĂźt. En cultivant l’Ă©motion comme les fleurs et les massifs de son jardin de ThirĂ© en VendĂ©e, Bill le magicien se raconte sans fard mais avec l’Ă©lĂ©gance des grands. Ayant pour interlocuteur le violon solo de son ensemble Les Arts Florissants, le chef Ă©voque surtout des souvenirs artistiques et plusieurs sĂ©quences qui ont trait avec le rĂ©pertoire et les Ɠuvres travaillĂ©s [souvent rĂ©vĂ©lĂ©s].
On y retrouve les traces d’un terreau sensible expliquant la vocation d’un jeune amĂ©ricain installĂ© en France dĂšs 1971, devenu passionnĂ© entre autres par le premier baroque français. L’influence de Ralph Kirkpatrick [et ses confĂ©rences en allemand, italien, français... selon les partitions expliquĂ©es] ; on y dĂ©tecte ce goĂ»t si particulier pour le verbe, le mot autant que la note… Une attention linguistique qui porte tout son projet artistique et musical servant autant l’intelligibilitĂ© du texte que l’Ă©loquence et la souplesse de la musique. Ainsi se prĂ©cise une intelligence fine devenue exemplaire dans l’articulation, la caractĂ©risation, l’incarnation… Autant de qualitĂ©s qui fondent l’excellence des Arts Florissants sous son contrĂŽle, depuis plus de 40 ans aujourd’hui.
À l’heure que certains disent de la retraite, Bill cultive certes l’émotion en partage ; surtout la transmission car il ne faudrait pas perdre l’acquis ni la pratique ainsi portĂ©s, cultivĂ©s, ciselĂ©s depuis des dĂ©cennies. Autant dire que l’interessĂ© a de l’Ă©nergie Ă  revendre et en un sourire final qui en dit long, la claire intention de poursuivre encore et toujours ; maintenir ce geste artistique dont il est le seul Ă  dĂ©tenir le secret. Et si l’on consulte les prochaines saisons des Arts Florissants, la diversitĂ© rayonne, la curiositĂ© et le dĂ©frichement se confirment, avec comme Ă©thique fĂ©dĂ©ratrice la discipline perfectionniste dans le plaisir du travail et de l’écoute collectifs. Longue vie Ă  l’immortel Bill !

William CHRISTIE / entretiens avec Emmanuel RESCHE-CASTERA
ACTES SUD – parution : septembre, 2021 – 10.00 x 19.00 cm – 144 pages – ISBN : 978-2-330-15433-2 – Prix indicatif : 19€
https://www.actes-sud.fr/catalogue/william-christie-cultiver-lemotion

RĂ©sidence. Teodor Currentzis et MusicaEterna Ă  Lucerne : 6-8 oct 2021

MUSICA-ETERNA-teodor-currentzis-annonce-critique-classiquenews-review-classiquenewsRÉSIDENCE. MUSICAETERNA, TEODOR CURRENTZIS Ă  LUCERNE, les 6 -8 octobre 2021. A Lucerne, chef et ensemble (sur instruments anciens) transforment le KKL concert Hall en laboratoire artistique d’un nouveau type, comprenant le temps de leur rĂ©sidence concerts, master classes, rencontres interactives, projection de films, expos de photographies
 FondĂ© depuis 2004 Ă  Novosibirsk par le maestro grec Teodor Currentzis, MusicaEterna explore les rĂ©pertoires avec une implication dĂ©poussiĂ©rante qui semble recueillir les prĂ©ceptes vivifiants de pionniers de l’approche historique, de Christie Ă  Harnoncourt. Mahler et Stravinsky, Rameau et Mozart
 tout semble inspirer le collectif sous la baguette nerveuse, ciselĂ©e, expressive du chef dĂ©fricheur.

 

 

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Etabli Ă  Saint-PĂ©tersbourg depuis 2019 (au centre culturel Dom Radio), MusicaEterna qui vient de dĂ©fendre une approche dĂ©tonnante de l’opĂ©ra Don Giovanni de Mozart au dernier festival de Salzbourg, entend dĂ©velopper Ă  Lucerne son premier festival artistique international. Les temps forts de cette RĂ©sidence hors normes sont entre autres, la l’opĂ©ra pour choeur Tristia de Philippe Hersant (6 oct), composĂ© en 2015 pour le chef et destinĂ© Ă  l’origine Ă  ĂȘtre rĂ©alisĂ© par des prisonniers. Une rencontre avec Currentzis et Hersant suivra la performance autour des thĂšmes de libertĂ©, de foi, d’espĂ©rance
 A l’appui de la proposition sera projetĂ© le film du rĂ©alisateur danois Carl Theodor Dreyer : The World (1955) ; et aussi Hidden Life de Terrance Malick qui traite de l’humanisme Ă  travers l’évocation de la 2Ăš Guerre mondiale (7 oct). Teodor Currentzis propose aussi une masterclass de direction d’orchestre autour de la 5Ăš Symphonie de Mahler, avant de diriger l’oeuvre dans son intĂ©gralitĂ© (le 8 oct), en Ă©cho avec la proposition de la chorĂ©graphe nĂ©erlandaise Nanine Linning qui interroge la notion de « Gesamtkunstwerk » / oeuvre d’art total. Le cycle musical de la rĂ©sidence Ă  Lucerne comprend aussi les 10 poĂšmes rĂ©volutionnaires de Chostakovitch (piĂšce pour choeur a cappella / direction Fedor Lednev) ; Prayers from St John Chrysostom’s Liturgy (du compositeur russe contemporain Dmitri Smirnov) ; une analyse spĂ©cifique de l’Adagietto de la 5Ăš Symphonie de Mahler Ă  travers la projection du film de Visconti : Mort Ă  Venise ; la prĂ©sentation des Ɠuvres rĂ©alisĂ©es spĂ©cifiquement pour l’occasion par le compositeur en rĂ©sidence Ă  Dom radio, Alexey Retinsky ; une exposition des photographies d’Alexandra Muravyeva, qui a fixĂ© plusieurs sessions et moments des tournĂ©es rĂ©alisĂ©es par Musicaeterna sur les 5 derniĂšres annĂ©es


 

 

PLUS D’INFOS sur les sites KKL,
https://www.kkl-luzern.ch/de/shop-tickets/performances

musicAterna.org
https://musicaeterna.org/visit/residency/lucerne/

 

 

 

 

CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. ARIANNA SAVAL : LE LABYRINTHE D’ARIANE (1 cd Alia Vox, 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS

AV9941LabyrinthePREPCRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. ARIANNA SAVAL : LE LABYRINTHE D’ARIANE (1 cd Alia Vox, 2018). Sublime rĂ©cital. C’est un tour europĂ©en que nous offre Arianna Savall, harpiste inspirĂ©e et chanteuse au charme Ă©vident. DĂšs le XIIIĂš, l’Italie, la France et l’Espagne savent cultiver un rĂ©pertoire unique pour la harpe, vĂ©hicule dĂ©signĂ©e pour la cĂ©lĂ©bration des passions humaines, sacrĂ©es et profanes. Arianna Savall s’en fait l’ambassadrice la mieux investie. La premiĂšre chanson de Gautier de Coinci au dĂ©but du XIIIĂšme rĂ©alise le rĂȘve et l’idĂ©al de tout croyant; en une priĂšre humble, il remercie le Fils et la MĂšre misĂ©ricordieuse dans une paix absolue et suspendue, puis aprĂšs un court intermĂšde instrumental, Arianna Savall chante une mĂȘme humilitĂ©, celle lĂ , aimante et alanguie, du chansonnier de Sant Joan de Los abadesses sur un regsitre plus aigu qui semble implorer tout en berçant.
Dans ce premier album comme chanteuse et harpiste, Arianna Savall enchante littĂ©ralement jouant des multiples ressources de sa riche collection de harpes historiques dont elle enchaĂźne aux cĂŽtĂ©s des piĂšces vocales plusieurs plages purement instrumentales oĂč brĂ»le une mĂȘme vocalita sincĂšre, active, portĂ©e par le fort caractĂšre sonore de chaque instrument.
SirĂšne, prophĂ©tesse inspirĂ©e, musicienne accomplie, la chanteuse fait parler ses harpes dans la tradition ancienne des conteurs et passeurs douĂ©s d’une trĂšs riche et gĂ©nĂ©reuse culture vivante. Les textes de ce « labyrinthe » conçu comme un cheminement personnel et hautement spirituel Ă©voquent les feux de l’amour, amour sacrĂ© ou profane comme tragique comme en tĂ©moigne la chanson de la jeune fillette amoureuse faite nonnette “outre son gré », manifeste contre l’enfermement, causant langueur et mĂ©lancolie Ă  celle qui fut ainsi martyrisĂ©e… La voix franche et le timbre cristallin d’Arianna Savall incarne cette chanson bouleversante du français Jean chardevoine [1576]. A plus d’un titre dans ce scintillement des (7) harpes anciennes diverses, choisies,- harpe gothique, romaine, rota, harpe double d’Aragon, arpa dopia Ă  3 registres pour les toccatas de Kapsberger et Trabaci,….- dans les thĂšmes tendres et graves qu’a favorisĂ©s et sĂ©lectionnĂ©s l’interprĂšte, du moyen-Ăąge au premier baroque, de Coinci Ă  Merula (chanson au verbe rĂ©aliste comme une leçon philosophique : « parle qui veut, parle qui sait »), voici l’un de ses programmes les plus cohĂ©rents et les plus accomplis, entre enchantement et sincĂ©ritĂ©, onirisme et humanisme, culture, sensibilitĂ©, poĂ©sie. L’accord maternel des cordes pincĂ©es et de la voix qui berce produit une collection de piĂšces mĂ©connues envoĂ»tantes, trĂšs habilement CLIC D'OR macaron 200enchaĂźnĂ©es (avec en guise de final dĂ©lirant, les rythmes ibĂ©riques frĂ©nĂ©tiques des baroques Ribayaz puis Sanz dont Les folies d’Espagne retentissent avec Ă©clat sur la Arpa cruzada de dos Ăłrdones / le tout prĂ©ludĂ© par la sublime ritornello per l’arpa de l’Orfeo de Monteverdi
 : superbe cheminement harmonique et mĂ©lodique). Du baume d’une dĂ©lectable justesse. Du nectar bienfaisant en ces temps d’inquiĂ©tude et d’incertitude. Merci Arianna !

CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. ARIANNA SAVAL : LE LABYRINTHE D’ARIANE (1 cd Alia Vox, 2018) – Enregistrement au ChĂąteau de Flawinne, Belgique les 23 et 24 mai et les 2 et 3 octobre 2018 – CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2021.

CRITIQUE, opéra. Kaija SAARIAHO : Innocence, création. Aix en Provence, le 10 juillet 2021.

CRITIQUE, opĂ©ra. Kaija SAARIAHO : Innocence, crĂ©ation. Aix en Provence, le 10 juillet 2021. Plainte lancinante, souffrance affleurante qui se rĂ©vĂšle peu Ă  peu Ă  mesure que la vĂ©ritĂ© surgit ; dĂ©couverte Ă©cƓurante de la barbarie humaine
 les noces auxquelles nous assistons virent au cauchemar lorsque l’identitĂ© du jeune mariĂ©, et le nom du clan familial qui est le sien est prĂ©cisĂ© par la vieille servante venue dĂ©panner. La famille bien sous tout rapport est en rĂ©alitĂ© liĂ©e Ă  une tuerie dans une Ă©cole, du fait de la vengeance d’écoliers contre un maĂźtre pĂ©dophile.
Les glissandos de l’orchestre, les couleurs scintillantes dans l’ombre, les cuivres comme hallucinĂ©s explorent Ă  la façon de Wozzek de Berg, la grisaille de l’inconscient, la tĂ©nacitĂ© de la culpabilitĂ© qui mĂȘme si elle n’est pas consciente ni vĂ©cue, poursuit les coupables ; les rattrape dans leur oubli crapuleux. La musique explore tous les champs ouverts, les blessures et les cicatrices.

 

 

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Innocence de Kaija Saariaho (DR)

 

Le chant est souvent tendu, aux aigus vertigineux, pour tous les rĂŽles (le mariĂ©, sa mĂšre), sauf pour la jeune Ă©pousĂ©e, au bord de la sidĂ©ration. En français, en allemand, en espagnol
 l’action revĂȘt la valeur d’un manifeste universel ; miroir de l’horreur et du sadisme en partage ; le livret prend acte de l’actualitĂ© d’une adolescence criminelle, avide de gros titres dans les medias, de sa minute de cĂ©lĂ©britĂ©, quitte Ă  commettre l’inexcusable et exercer la terreur sanguinaire.
Le tourment est d’autant plus actif sur scĂšne que la culpabilitĂ© dĂ©vore aussi le jeune Ă©poux (Tuomas) qui s’en veut de n’avoir pas dĂ©noncĂ© les crimes de son frĂšre, ni les avoir anticipĂ©s. « Seul l’amour peut te sauver : dis la vĂ©ritĂ© Ă  ta jeune Ă©pouse », dĂ©clare le prĂȘtre. On voudrait qu’il ait raison et que la fatalitĂ© n’existe pas. Simon Stone a bien soulignĂ© la nĂ©cessitĂ© d’ĂȘtre honnĂȘte pendant le processus de deuil et de reconstruction aprĂšs un traumatisme ; dans les confrontations inĂ©vitables, les aveux qui brĂ»lent ; l’horreur qui est revĂ©cue. Stone parle d’empathie tchĂ©kovienne, du pouvoir salvateur de l’amour et et de la compassion.

Sur le plateau tournant sur lui-mĂȘme, se succĂšdent les solistes Magdalena KoĆŸenĂĄ (la serveuse), Sandrine Piau (la belle-mĂšre), Tuomas Pursio (le beau-pĂšre), Lilian Farahani (la mariĂ©e), Markus NykĂ€nen (le mariĂ©) : chacun affine son profil avec une vĂ©ritĂ© souvent brĂ»lante. Le London Symphony Orchestra et l’Estonian Philharmonic Chamber Choir, dirigĂ©s par Lodewijk van der Ree, confirment la haute tenue artistique de l’expĂ©rience.

Plus que la mise en scĂšne qui ne contrarie pas la musique (Ă  la diffĂ©rence de ce qu’il a fait de Tristan und Isolde, en une dĂ©construction aussi mĂ©ticuleuse qu’agaçante), c’est surtout la musique de Kaariaho, aux leitmotivs « courageux », qui envoĂ»tent imperceptiblement. Ils tissent une trame Ă  la fois Ă©paisse et scintillante qui rĂ©vĂšlent les Ăąmes jusque dans leurs indicibles complexitĂ©s. Ici l’appel imminent Ă  la vĂ©ritĂ© sauve du dĂ©ni comme de l’oubli. Tout s’irradie en une Ă©piphanie sociale oĂč chacun peut (et doit) ĂȘtre sauvĂ©. Passionnant.

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 VOIR aussi l’entretien avec Simon Stone sur Innocence
https://www.youtube.com/watch?v=cTcepJr3Jms

 

 

REVOIR INNOCENCE de Kaija Saariaho, opĂ©ra en crĂ©ation Ă  Aix 2021 / EN REPLAY sur ARTEconcert jusqu’au 9 juillet 2024 :
https://www.youtube.com/watch?v=cTcepJr3Jms

 

 

CRITIQUE, opéra. Orange, Chorégies, le 10 juillet 2021. Saint-Saëns : Samson et Dalila. Alagna, Lemieux
 Abel / Grinda

CRITIQUE, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies, le 10 juillet 2021. Saint-SaĂ«ns : Samson et Dalila. Alagna, Lemieux
 Abel / Grinda. CrĂ©Ă©e Ă  Monte-Carlo en 2018, programmĂ©e Ă  Orange en 2020, puis reportĂ©e Ă  l’étĂ© 2021, covid oblige, et reportĂ©e en cet Ă©tĂ© 2021 du fait de la pandĂ©mie, la production de Samson et Dalila par Jean-Louis Grinda, souligne opportunĂ©ment le centenaire Saint-SaĂ«ns 2021.
La direction d’acteurs est claire et efficace, sans grille de lecture dĂ©calĂ©e, plaquĂ©e artificiellement sur l’action originelle. JL Grinda soigne la lisibilitĂ© des mouvements de foule (le chƓur est essentiel ici, exprimant attentes et priĂšres des HĂ©breus, rĂ©voltĂ©s, rĂ©duits en esclaves par les Philistins ; les philistins eux-mĂȘmes, dĂ©pravĂ©s au III, et punis car Ă©crasĂ©s sous les ruines du temple). Saluons le choeur, trĂšs impliquĂ©s en particulier dans le I et le III, il porte l’action Ă  l’identique des protagonistes.

 

 

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Samson (trĂšs convaincant Roberto Alagna, hĂ©ros humain et tristement naĂŻf) y paraĂźt guidĂ© par l’Ange de Jehova, investi par sa mission divine, bientĂŽt trahi / vaincu par Dalila, sirĂšne fatale, pilotĂ©e par le PrĂȘtre de Dagon. LibĂ©rateur malgrĂ© tout des hĂ©breux, Samson / Alagna dĂ©montre dans le III, une intensitĂ© qui convainc et Ă©meut, une grandeur vulnĂ©rable et pourtant surnaturelle. En sĂ©ductrice lascive, Marie-Nicole Lemieux, affirme peu Ă  peu son esprit de revanche, sa nature charnelle et dominatrice, sa ligne finement Ă©noncĂ©e; la beautĂ© voluptueuse envoĂ»te et captive Samson jusqu’à la mort ; son air hypersensuel, rendu cĂ©lĂšbre par Maria Callas, « Mon cƓur s’ouvre Ă  ta voix / ah verse moi l’ivresse !» (scĂšne III, Acte II) fait fondre toute rĂ©serve. Les deux chanteurs rĂ©ussissent le fameux duo du II, confrontation puis victoire de la femme coupeuse des cheveux de son amant dĂ©fait, rompant sec le nazirĂ©at de son amant vaincu (qui a dĂ©voilĂ© naĂŻvement le secret de sa force). Le secret du pouvoir de Dalila reste ici le trĂšs solide PrĂȘtre de Dagon, Nicolas Cavallier, qui impose sa tension virile, son emprise sur la courtisane Dalila, au point de la manipuler totalement. Tout aussi forts et bien caractĂ©risĂ©s les personnages du vieil hĂ©breux (Nicolas Courjal), du satrape AbimĂ©lech (Julien VĂ©ronĂšse), deux basses francophones, impeccables. A l’instar de leur comparse, FrĂ©dĂ©ric Caton, parfait en « deuxiĂšme Philistin ».

Belle direction d’Yves Abel, qui Ă©carte toute Ă©paisseur surexpressive, en particulier dans la bacchanale qui ouvre le III ; l’écriture d’une subtilitĂ© inouĂŻe d’une Saint-SaĂ«ns Ă  la fois orfĂšvre et peintre, y rayonne grĂące Ă  la prestation des instrumentistes du Philharmonique de Radio France.

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Diffusion sur France 5 le 16 juillet 2021, Ă  22h10.
Photos (© Philippe Gromelle)

CRITIQUE, LIVE STREAMING, concert. LEIPZIG, BACHFest, le 20 juin 2021. BWV 21; Magnificat BWV 243 / Thomasnerchor Leipzig

BACH FEST LEIPZIGCRITIQUE, LIVE STREAMING, concert. LEIPZIG, BACHFest, le 20 juin 2021. BWV 21; Magnificat BWV 243. Dernier concert du Festival BACH de Leipzig 2021, dans la ville mĂȘme et dans le lieu emblĂ©matique de l’activitĂ© de BACH comme directeur musical, l’église Saint-Thomas. Depuis le XVIIIĂš, la maĂźtrise de garçons (Thomanerchor Leipzig) perpĂ©tue l’activitĂ© chorale dont le Cantor Ă  son Ă©poque Ă©tait responsable : divisĂ©s en 3 chƓurs, les garçons encadrent le chef ; Ă  sa droite et Ă  sa gauche, les plus jeunes d’entre eux, se formant, se familiarisant avec l’expĂ©rience du jeu collectif en public ; engagĂ©s, vivants, leur tenue assure toute la valeur de l’approche, dirigĂ©e par l’actuel directeur musical Ă  Saint-Thomas : Gotthold Schwarz (et sa tignasse capillaire digne de 
 Liszt). C’est donc une cĂ©lĂ©bration qui met aussi la transmission et la continuitĂ© au devant de la scĂšne.
PortĂ©s par l’énergie pĂ©tulante de la BWV 21 « Ich hatte viel BekĂŒmmernis / Mon coeur Ă©tait plein d’affliction » composĂ©e le 17 juin 1714 (Weimar) soit pour le 3e dimanche aprĂšs la TrinitĂ©, les jeunes chanteurs dĂ©montrent un plaisir rafraĂźchissant, un chant direct et franc. C’est un temps de rĂ©jouissance oĂč le croyant fusionne avec JĂ©sus en un duo des plus polissĂ©s, davantage conversation Ă©perdue que confrontation compassĂ©e ; en rĂ©alitĂ©, dialogue lumineux et vivant, des plus intimes sur un continuo dansant et Ă©purĂ© (orgue, clavecin, 2 violes) : basse et soprano exaltent cette exaltation assumĂ©e. Bach compose une Ɠuvre festive, de cĂ©lĂ©bration heureuse comme le soulignent aussi les 2 airs du tĂ©nor dont la joie sĂ»re et sereine, rayonne ; comme le dernier choeur surtout l’affirme avec une plĂ©nitude conquĂ©rante presque fracassante.

Pause musicale et protocolaire ensuite, initiĂ©e avec le PrĂ©lude et Fugue BWV 547, grandiose portique qui tutoie les Ă©toiles, le Ciel, jusqu’à Dieu lui-mĂȘme, d’une passionnante Ă©nergie par Ton Koopman au grand orgue de Saint-Thomas. Puis remise de la mĂ©daille de la ville Ă  deux personnalitĂ©s mĂ©ritantes pour service rendus au sein de la Bach Archive (fondĂ©e en 1950) : Dr. Hans-Joachim Schulze et Prof. Dr. Dr. h. c. mult. Christoph Wolff.

 
 

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Annekathrin Laabs (alto), Patrick Grahl (ténor) / DR

 

 

Sur une sĂ©lection des textes de Saint-Luc, le Magnificat est en soi une totalitĂ© agissante, une cathĂ©drale sonore Ă  l’équilibre remarquable tant chacun de ses volets, comme les parties d’un retable idĂ©al, diffuse une diversitĂ© caractĂ©risĂ©e pour entre autres ses 5 solistes requis: airs pour soprano I et II, pour basse, pour tĂ©nor ; duo alto et tĂ©nor ; trio pour les 2 sopranos et l’alto (« Suscepit Israel » avec hautbois)
 Bach y cisĂšle chaque acte vocal comme une priĂšre individuelle, aux cĂŽtĂ©s de sa puissante Ă©criture contrapuntique dont la fugue finale Ă  5 parties (avant le Gloria Patri de conclusion) offre une ampleur Ă©poustouflante. ChantĂ© en latin (et non pas en allemand), le cycle diffuse une sĂ©rĂ©nitĂ© communicative, une joie rayonnante qui porte trompettes et choeurs angĂ©lique dĂšs le dĂ©but oĂč rient aussi la dĂ©licate touche des 2 hautbois et des 2 traversos. Typique de Johann Sebastian, la succession des airs des deux sopranos : le premier resplendit d’une joie inflexible ; le second (sop 1) est plus grave, sombre, exprimant les doutes du croyant (en conversation avec le hautbois). Deux faces de la dĂ©votion oĂč surgit le choeur survoltĂ© qui vient comme interrompre l’air 2, par une urgence gĂ©niale (« Omnes generationes »).
La gravitĂ© sort de l’ombre dans le sublime duo alto / tĂ©nor (« Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum » / Son amour s’étend d’ñge en Ăąge
) rĂ©vĂ©lant la source de misĂ©ricorde de JĂ©sus. Le choeur Ă©tincelant (avec trompettes) « Fecit potentiam » affirme la puissance divine avec un sens tonitruant ; dramatique, agitĂ©, l’air pour tĂ©nor dĂ©coche lui aussi ses flĂšches ardentes, celle d’un dieu juste et Ă©galitaire qui foudroie les injustices (« DepĂłsuit potĂ©ntes de sĂ©de, et exaltĂĄvit hĂșmiles » / Il renverse les puissants de leurs trĂŽnes, il Ă©lĂšve les humbles) ; rĂ©jouissante alto dans l’air qui suit « EsuriĂ©ntes implĂ©vit bĂłnis et dĂ­vites dimĂ­sit inĂĄnes » / Il comble de biens les affamĂ©s, renvoie les riches les mains vides-, qui sait articuler le texte avec d’autant plus de souple intelligibilitĂ© que les deux traversos qui l’accompagnent, dessinent le plus aimable des cheminement dans la certitude.
Le trio des 3 voix fĂ©minines (« SuscĂ©pit IsraĂ«l pĂșerum sĂșum, recordĂĄtus misericĂłrdiĂŠ sĂșÊ » / li relĂšve IsraĂ«l, son serviteur ; il se souvient de sa misĂ©ricorde) est un acte d’amour, dont la grandeur est restituĂ©e dans le choeur fuguĂ© Ă  5 voix (Sicut locutus ), puis transcendĂ© par le vertigineux Gloria final, parfaitement dansant et rĂ©jouissant dĂšs la section « Sicut Ă©rat in princĂ­pio  », qui est la reprise de l’introduction. Ce dernier concert s’inscrit dans la joie et l’engagement. Vite le rendez-vous est pris pour 2022 !

  

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CRITIQUE, LIVE STREAMING, concert. LEIPZIG, BACHFest, le 20 juin 2021. BWV 21; Magnificat BWV 243

J. S. Bach: Ich hatte viel BekĂŒmmernis, BWV 21 ‱
J. S. Bach: PrÀludium und Fuge C-Dur, BWV 547
J. S. Bach: Magnificat D-Dur, BWV 243
Thomasorganist : Ullrich Böhme, Catalina Bertucci (soprano), Susanne Krumbiegel (mezzo soprano), Annekathrin Laabs (alto), Patrick Grahl (tenor), Henryk Böhm (bass)
Thomanerchor Leipzig,
SĂ€chsisches Barockorchester
Thomaskantor : Gotthold Schwarz, direction.

 

 

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 Gotthold Schwarz et le Thomasnerchor (DR)

 

 

 

CRITIQUE, concert. LIVE STREAMING, LEIPZIG, en direct du BACHFEST Leipzig, le 11 juin 2021. JS BACH : Cantates BWV 61, 23, 1 et 10. Ton Koopman

koopman-bachfest-leipzigjuin2021-concert-critique-classiquenewsCRITIQUE, concert. LIVE STREAMING, LEIPZIG, en direct du BACHFEST Leipzig, le 11 juin 2021. JS BACH : Cantates BWV 61, 23, 1 et 10. Ton Koopman. Sous la nef rococo et ses palmes Ă©lĂ©gantissimes toutes d’un blanc nuptial, de l’église Saint Nicolas de Leipzig, sans masque et Ă  bonne distance, les musiciens rĂ©pondent au souci de tendresse et de lumiĂšre intĂ©rieure d’un Koopman d’une sĂ©rĂ©nitĂ© constante. A travers les 4 Cantates choisies qui composent ce premier programme, le chef au geste receuilli et prĂ©cis, sculpte la nuance comme le sens intime du texte. Les timbres instrumentaux sont mis en lumiĂšre Ă  Ă©galitĂ© avec le chant choral et le relief des solistes.
Se distinguent entre autres, la tendresse du duo sop / alto (contre tĂ©nor), avec deux hautbois obligĂ©s (dont le hautbois da caccia) d’une incomparable sensibilitĂ© entre inquiĂ©tude et compassion (BWV23). Puis la noblesse (attendrie elle aussi) du tĂ©nor – rĂ©citant, sous une une direction toute en souplesse rassĂ©rĂ©nĂ©e d’un Ton Koopman qui fait figure dĂ©sormais d’interprĂšte de rĂ©fĂ©rence, d’une constante attention Ă  l’humanitĂ© d’un Bach qui sait implorer et adoucir. Au demeurant le mĂȘme Ton Koopman est prĂ©sident du fonds Bach Archive / les archives Bach de Leipzig ; il connaĂźt son Bach jusqu’au bout des doigts, en fin connaisseur et d’une vitalitĂ© intacte. Le choeur rĂ©conforte et accompagne le fervent sur le chemin de la sĂ©rĂ©nitĂ© et de la confiance qu’affirme le duo tĂ©nor / baryton, plein de joie tranquille. L’inusable basse Klaus Mertens rassure et captive par la naturel de son chant articulĂ©. Moelleux et presque jusqu’à la mollesse, l’ñme bercĂ©e s’adoucit et s’abandonne car comme il est dit dans l’Evangile de Luc, – dont des extraits sont dits depuis la chaire par le comĂ©dien Ulrich Noethen, « Dieu est avec vous, Ă  vos cĂŽtĂ©s », comme il est prĂ©sent aux cĂŽtĂ©s de Joseph et de Marie. Rien ne vient atteindre la perfection bienheureuse et rĂ©confortante de cette certitude. En outre le rĂ©citant ainsi requis cite les textes dans la traduction de Luther et contextualise chaque cantate dans son contexte biblique.
BACH FEST LEIPZIGFamilier de Bach, passeur expĂ©rimentĂ©, Ton Koopman nous fait entendre chaque sĂ©quence dans sa portĂ©e pĂ©dagogique et spirituelle. Ainsi l’air solo du tĂ©nor de la BWV1, rayonne d’heureuse confiance. Comme on est Ă©pargnĂ© des doutes, des inquiĂ©tudes qui Ă©maillent ailleurs les pentes escarpĂ©es des autres Cantates d’un Bach qui semblent avoir tout pensĂ© de l’itinĂ©rance du pĂšlerin, tout mesurĂ© de l’expĂ©rience parfois contrariĂ©e, incertaine du croyant. Les chƓurs de la BWV1 disent aussi la riche expĂ©rience du fervent mĂȘme quand il doute : l’étonnant duo alto / tĂ©nor avec continuo et trompette (surtout) de la BWV 10 exprime la fragilitĂ© humaine sur des crĂȘtes incertaines : et le choeur final, court, presque lapidaire, se referme sur le mystĂšre total. L’orchestre dĂ©taillĂ©, vivant, bondissant, et dans le cas de Koopman caressant et tendre, se place du cĂŽtĂ© du croyant. Fraternel, compatissant ; pilier et socle pour la foi. Koopman a bien raison de rester presque une minute immobile aprĂšs le dernier accord et le silence qui suit la fin du choeur final. Instant suspendu qui rappelle combien la musique est un acte spirituel, profond, sincĂšre, en communion, portĂ© par le sens du texte. TrĂšs bon programme d’ouverture du BACH FEST 2021.

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CRITIQUE, concert. LIVE STREAMING, LEIPZIG, en direct du BACHFEST Leipzig, le 11 juin 2021. JS BACH : Cantates BWV 61, 23, 1 et 10. Ton Koopman

Nun komm, der Heiden Heiland, aus der gleichnamigen Kantate, BWV 61
Du wahrer Gott und Davids Sohn, BWV 23
Wie schön leuchtet der Morgenstern, BWV 1
Meine Seel erhebt den Herren, BWV 10
Ulrich Noethen (Sprecher), Ilse Eerens (Sopran), Maarten Engeltjes (Altus), Tilman Lichdi (Tenor), Klaus Mertens (Bass) – Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Ton Koopman, direction.

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Prochain streaming demain samedi 12 juin : Oratorio de Noël, 18h30.

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Bach_Messias_streaming BACHFEST leipzig 2021 annonce critique concert passion classiquenewsLes retransmissions en streaming du BACH FEST Leipzig, se poursuivent jusqu’au 20 juin prochain. LIRE ici notre prĂ©sentation du cycle des concerts du Festival Bach de Leipzig 2021 :
http://www.classiquenews.com/streamings-les-cantates-de-js-bach-depuis-le-bachfest-leipzig-11-20-juin-2021/

COMPTE-RENDU, live streaming concert. LILLE, le 12 mai 2021. Chostakovitch, Beethoven. Orchestre National de Lille. Anastasia Kobekina, violoncelle. Jean-Claude CASADESUS.

COMPTE-RENDU, live streaming concert. LILLE, le 12 mai 2021. Chostakovitch, Beethoven. Orchestre National de Lille. Anastasia Kobekina, violoncelle. Jean-Claude CASADESUS. Les climats ambivalents de Chostakovitch (Concerto pour violoncelle n°1, crĂ©Ă© en 1959 par son dĂ©dicataire Rostropovitch) ne laissent pas de fasciner dans une lecture particuliĂšrement vivante. Funambule Ă  pas de velours, Ă  la fois grotesque, plein de panache et aussi d’un dĂ©lire versant dans l’autodĂ©rision aigre, l’ironie cinglante, 
 le violoncelle de « La » Kobekina ne nĂ©gocie rien sur l’autel de l’expression musicale : dĂšs l’Allegretto, elle chante, elle murmure, fait parler son instrument avec une acuitĂ© sans artifice, une franchise sonore, une immĂ©diatetĂ© poĂ©tique qui saisissent l’écoute. L’interprĂšte russe fait du premier mouvement une errance hallucinĂ©e, une danse ivre, fusionnant avec l’orchestre capricieux, fanfaron, lunaire sous la baguette fluide et passionnĂ©ment chorĂ©graphique de maestro Casadesus : les pointes de la clarinette, du cor, 
 accordĂ©es Ă  la priĂšre gĂ©missante du violoncelle composent le paysage le plus hystĂ©rique et hypnotique entre marche funĂšbre et enivrement salvateur. A la fois cynique et tendre, Chosta se dĂ©voile ici, en pas feutrĂ©s, en cris dĂ©chirants. Le Moderato plonge dans des eaux plus Ă©nigmatiques et suspendues, un Ă©ther d’oĂč sont effacĂ©es (provisoirement) les tensions dĂ©chirantes du mouvement prĂ©cĂ©dent : le violoncelle solo peut y dĂ©rouler Ă  l’infini, son fil langoureux, d’une ineffable peine, cependant que JC Casadesus veille Ă  la direction gĂ©nĂ©rale, Ă  cette gravitas qui tord les cƓurs et essore l’ñme en une interrogation infinie proche de l’insupportable comme un aiguillon brĂ»lant.

 

 

Du chant funambule de Chosta

au jaillissement beethovénien

 

 

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La Cadenza a voce sola Ă©largit encore le spectre de cette solitude sans fard qui se dĂ©sespĂšre Ă  force d’ĂȘtre impuissante : Anastasia Kobekina en sculpte chaque accent Ă©perdu ; chaque nuance tĂ©nue comme une dĂ©flagration intime, un effondrement psychique qu’il faut mettre en relation avec l’expĂ©rience personnelle du compositeur. Elle est enchaĂźnĂ©e avec le Finale qui prĂ©cipite l’allure collective en une transe de plus en plus aigre et sarcastique dont les vagues mordantes surgissent et s’affirment plus nettement dans le chant d’un orchestre scintillant et hagard (clarinette / flĂ»te).

A 29’45, seconde partie du concert : jaillit la Symphonie n°5 d’un Beethoven combattant dont le chef, nerveux, dĂ©finitif, souligne l’enracinement Ăąpre, l’assise chtonienne ; la partition cĂ©lĂ©brissime s’affirme dĂšs ses notes rĂ©pĂ©tĂ©es du dĂ©but par sa tension; l’énergie, surtout la rage dĂ©ferlent comme une poussĂ©e de lave incandescente ; le tempo est allant, sans retenue, ciblant nette sa rĂ©solution ; du chaos se prĂ©cise peu Ă  peu l’éclosion de l’esprit ; de la matiĂšre rugissante primitive surgit la forme d’une pensĂ©e conquĂ©rante. L’Andante rĂ©tablit l’ordre et l’équilibre, mais avec une autoritĂ© triomphatrice qui se pare d’éclats guerriers comme de couleurs subtilement voluptueuses (caresse des bois dont l’articulation enivrante du hautbois et du basson
 grĂące Ă  la connivence des remarquables solistes), d’une souveraine assise (chant des violoncelles). La baguette large, prĂ©cise semble faire surgir la marche d’une armĂ©e qui dĂ©file avec la noblesse et l’aplomb recouvrĂ©s ; cette sensualitĂ© maĂźtrisĂ©e aussi qui convoque dĂ©jĂ  la 6Ăš « Pastorale ».
Le Scherzo, plus souterrain, s’impose Ă©galement par sa tension ultime, son urgence rayonnante ; il prĂ©lude et prĂ©pare le surgissement final de la lumiĂšre qui fait du tourbillon orchestral, une formidable machine ascensionnelle dont la grandeur nourrit le souffle collectif jusqu’à l’exclamation jubilatoire finale, chant de victoire, dĂ©filĂ© martial, apothĂ©ose instrumentale d’une irrĂ©sistible extase en ut majeur. Le chef souligne l’impĂ©tuositĂ© caressante, ardente, ivre de la conclusion, trĂšs proche dans l’esprit du finale de l’opĂ©ra unique de Beethoven, Fidelio.

 

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audito-2.0-Orchestre-National-de-lille-concerts-annonce-critique-classiquenewsREVOIR EN REPLAY le concert JEAN-CLAUDE CASADESUS dirige Chostakovitch et Beethoven (12 mai 2021) sur la chaüne Youtube de l’ON LILLE Orchestre National de Lille :
https://www.youtube.com/watch?v=1Wf4O6R-tXA

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ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE / ELIM CHAN joue Ravel et Beethoven

STREAMING concert. LILLE, sam 10 avril 2021, 20h. L’Orchestre National de Lille poursuit ses concerts 100% numĂ©riques en live streaming. Prochain direct depuis l’auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, samedi 10 avril 2021 : Concerto en sol de Ravel, Symphonie n°2 de Beethoven par la cheffe hong-kongaise ELIM CHAN (directrice musicale de l’Antwerp Symphony Orchestra) et la pianiste nippo-allemande Alice Sara Ott.

ELIM CHAN cheffe classiquenews ON LILLE steaming concert audito 2Ravel, de retour d’une tournĂ©e aux USA (1928), Ă©blouit par son Ă©criture virtuose, lĂ©gĂšre, nĂ©o mozartienne, Ă  la fois classique et swinguĂ©e dans l’esprit aussi de Saint-SaĂ«ns. La Symphonie n°2 de Beethoven affirme en 1803, le tempĂ©rament rĂ©formateur du compositeur venu de Bonn et dĂ©jĂ  Ă©tabli Ă  Vienne depuis 10 ans. Dans le sillons des gĂ©nies locaux, Haydn et Mozart, Beethoven offre une synthĂšse puissante et originale qui recycle le format de la sonate : Ludwig y fixe dĂ©finitivement le Scherzo ; surtout en rĂ©capitulant les tensions et contrastes, cultivĂ©s, canalisĂ©s dans les mouvements prĂ©cĂ©dents, le Finale jugĂ© « monstrueux » par les auditeurs et les interprĂštes, affirment une dimension jamais Ă©coutĂ©e jusque lĂ . L’énergie conquĂ©rante, la force insufflĂ©e par la seule volontĂ© musicale contredit pourtant l’une des pĂ©riodes les plus sombres de la vie de Beethoven, suicidaire et dĂ©sespĂ©rĂ© mĂȘme, ressentant les effets de sa surditĂ© et rĂ©dacteur d’un testament artistique bouleversant Ă  Heiligenstadt. Ni dĂ©faite ni dĂ©pression dans la Symphonie n°2
 mais la pleine conscience des vertus salvatrices de la musique.  Photo : Elim Chan (DR)

L’Orchestre National de Lille / ON LILLE retrouve pour la 3Ăšme fois la cheffe hong-kongaise Elim Chan (venue en 2015 et 2016 Ă  Lille et en rĂ©gion Hauts-de-France) – premiĂšre femme LaurĂ©ate du concours Donatella Flick Conducting Competition et pour la premiĂšre fois la pianiste nippo-allemande Alice Sara Ott.

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STREAMING CONCERTaudito-2.0-Orchestre-National-de-lille-concerts-annonce-critique-classiquenews
Samedi 10 avril 2021, 20h

En direct depuis l’Auditorium du Nouveau Siùcle à Lille
RAVEL et BEETHOVEN

PLUS D’INFOS sur le site de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_20-21/concert/ravel-et-beethoven/

 

RAVEL
Concerto pour piano et orchestre en Sol

BEETHOVEN
Symphonie n°2

 
Alice Sara Ott, piano
Orchestre National de Lille
Elim Chan, direction

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L’ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE poursuit son activitĂ© sur la toile grĂące Ă  son offre digitale intitulĂ©e « l’AUDITO 2.0 » :

La chaĂźne YouTube de l’Orchestre ? plus d’1 million de vues depuis sa crĂ©ation en 2009 : https://bit.ly/3ortO8b

Notes de programme à retrouver sur : www.onlille.com/saison_20-21/concert/ravel-et-beethoven/

Retrouvez en streaming gratuit les concerts de l’Orchestre dans L’Audito 2.0 : https://bit.ly/2INlAIg

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LIRE AUSSI nos critiques des concerts numériques précédents :

E-CONCERT, STREAMING, critique. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 3 avril 2021. « Enchantements », Wagner, Sibelius / I. Brimberg / Orchestre National de Lille, D. Stasevska, direction. AprĂšs le nerf impĂ©tueux, vif argent du chef nĂ©erlandais Jan Willem De Vriend (concert Beethoven du 13 mars dernier), voici un nouveau volet de l’offre digitale du National de Lille ; ce programme diffusĂ© sur internet du 3 avril 2021, dĂ©voile la sensibilitĂ© de la chef invitĂ©e Dalia Stasevska, tempĂ©rament intĂ©rieur en communion avec les instrumentistes lillois ; d’abord prĂ©cise aux Ă©clats intĂ©rieurs mi enivrĂ©s mi tragiques de la (lente) Valse triste de Sibelius ; c’est un prĂ©ambule tout en finesse suspendue pour le PrĂ©lude de Tristan : en kimono, la maestra ukrainienne recherche le sens derriĂšre le son ; la rĂ©sonance intime qui Ă©tire chaque accord, en sa tension irrĂ©solue ; l’incandescence du sentiment amoureux, celui des amants maudits Tristan et Yseult se consume ainsi dans la clartĂ© et la transparence ; une urgence intĂ©rieure qui creuse l’exaspĂ©ration de dĂ©sirs insatisfaits. La cheffe dĂ©ploie des sortilĂšges de langueur sensuelle, toujours trĂšs soucieuse du son comme de la balance sonore.

ON-LILLE-concert-streaming-dalia-stasevska-concert-sibelius-wagner-critique-concert-critique-opera

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roth-francois-xavier-concert-maestro-concert-classiquenews-critique-concert-classiquenewsCOMPTE-RENDU STREAMING, concert, critique. LILLE, le 13 fĂ©vrier 2021. BEETHOVEN, STRAVINSKY. ON LILLE. FX Roth, direction. C’est un Beethoven (Concerto pour piano n°1, 1800) Ă©tonnamment clair et comme Ă©purĂ©, nerveux et musclĂ© que François-Xavier Roth fait jaillir, grĂące Ă  l’implication de chaque instrumentistes du National de Lille. L’ouverture sonne nette, presque tranchante, avec des tutti prĂ©cis et accentuĂ©s ; une vision trĂšs architecturĂ©e et carrĂ©e Ă  laquelle le piano de l’Andalou Javier Perianes apporte une sonoritĂ© tranchĂ©e elle aussi, souvent plus expressive et percussive voire crĂ©pitante que douce et chantante. L’équilibre sonore que prĂ©serve le chef, fait chanter chaque instrumentiste en dialogue avec le clavier ; une acuitĂ© lumineuse qui est le produit de sa vaste expĂ©rience avec son orchestre sur instruments historiques, Le SiĂšcles. Photo : FX Roth (DR)

 

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Dossier 500 ans de la mort de JOSQUIN DESPREZ (1521 – 2021)

josquin desprez par leonardo dossier 500 ans josquin deprez classiquenews500 ANS de la mort de JOSQUIN DESPREZ (1521 – 2021). JOSQUIN, premier auteur vĂ©nĂ©rĂ©, cĂ©lĂ©brĂ© de son vivant tel une cĂ©lĂ©britĂ©, reconnu pour le gĂ©nie de ses mĂ©lodies profanes (vernaculaires) comme de ses piĂšces sacrĂ©es ? Homme du dĂ©but du XVIĂš, au temps de la premiĂšre Renaissance, le Français fait figure de premiĂšre « pop star », estimĂ© alors Ă  l’échelle europĂ©enne, tant pour ses chansons que ses motets : un phĂ©nix incontournable Ă  l’inspiration profane comme sacrĂ©e, publiĂ© donc diffusĂ© partout en Europe, recherchĂ© par les Grands et les princes
 Quel patrimoine musical et artistique nous laisse-t-il en hĂ©ritage ? Qui fut Josquin ? Dossier spĂ©cial 500 ans aprĂšs sa disparition.

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PORTRAITURÉ PAR LEONARDO ?
Josquin des PrĂ©s ou Desprez a laissĂ© une rĂ©putation scandaleuse : n’écrivant que lorsqu’il le souhaitait et non Ă  la demande selon certains contemporains (pas toujours trĂšs objectifs cependant) ; il pourrait bien ĂȘtre le modĂšle de ce cĂ©lĂšbre portait de Leonardo (photo ci dessus) : alors compositeur Ă  la Cour ducale de Milan, auteur majeur de l’école franco-flamande (comme Franchini Gaffurio qui fut aussi proposĂ© comme modĂšle du mĂȘme panneau) ; avant les Banchieri, Gesualdo, c’est le Nord de l’Europe qui donnait le la au continent europĂ©en, s’imposant dans toutes les cours dignes de ce nom
 Ă©criture contrapuntique, sĂ©duction mĂ©lodique
 la force de Josquin est d’inventer des airs immĂ©diatement sĂ©duisants comme il sait aussi tisser des architectures sonores, flamboyantes, ambitieuses, Ă©chos Ă  l’ùre des cathĂ©drales, au mysticisme foudroyant.

 

 

MORT le 27 aoĂ»t 1521
 OĂč est-il nĂ© et quand ? Aucune dates prĂ©cises quand Ă  sa naissance et son lieu de naissance est tout autant mystĂ©rieux ; originaire probablement du Hainaut, entre France et Belgique, Josquin voit le jour au milieu du XVĂš.
Le musicien sait sĂ©duire et se dĂ©placer : tĂ©moignages et citations attestent de son sĂ©jour Ă  Aix-en-Provence (chapelle du roi RenĂ©), Ă  Milan (le portrait de Leonardo fixe les traits d’un compositeur au service des Sforza), Ă  Rome (sous Innocent VIII et Alexandre VI, comme en tĂ©moigne une inscription dans le saint des saints, la Chapelle Sixtine), Ă  Ferrare (Hercule Ier) et aussi en France Ă  Blois, Paris et Saint-Quentin : il sert Ă  la Cour de Louis XI et Louis XII. Autant d’étapes dans une chronologie qui reste globalement lacunaire.
De toute Ă©vidence, Josquin sait sa valeur et entend ĂȘtre payĂ© en retour. Pour rappeler Ă  ses patrons ce qu’ils lui doivent, Desprez, serviteur insoumis, sait rĂ©clamer et recouvrer ses crĂ©ances : le duc Sforza comme Louis XII l’ont expĂ©rimentĂ©. Au premier, il compose sa messe / Missa « La sol fa remi / Laisse moi faire » (raillant la dĂ©sinvolture du mauvais payeur) ; au second, le motet Memor esto verbi tui servo tuo / « Souviens-toi de ta parole Ă  ton serviteur » est plus direct encore et cible le souverain devant toute la cour. Un point avĂ©rĂ© nĂ©anmoins, sa fin documentĂ©e : il expire Ă  CondĂ©-sur-l’Escaut, prĂšs de Valenciennes, le 27 aoĂ»t 1521, il y a 500 ans.

 

 

vidéo
De profundis clamavi Ă  5 voix
https://www.youtube.com/watch?v=voiBzAzQrGE
Pomerium / Alan Black

 

 

 

 

PRÉCURSEUR DE MONTEVERDI
 mais plus qu’aucun autre auteur au XVIĂš, Josquin est le premier Ă  rechercher et ciseler la caractĂ©risation Ă©motionnelle. Les sentiments et dĂ©jĂ  les passions humaines sont prĂ©sentes et traitĂ©es avec une acuitĂ© inĂ©dite, aux cĂŽtĂ©s des architectures abstraites et spirituelles. Le faste, la grandeur, l’esprit de prestige et de solennitĂ© se colorent aussi d’une sensibilitĂ© nouvelle, qui fait de Josquin le premier peintre du sentiment au cƓur de la Renaissance. Avec lui, la mathĂ©matique musicale devient aussi expressive qu’ample et complexe. Pour se faire, Josquin rĂ©concilie musique savante et musique populaire, assimilant l’abstraction des canons et du contrepoint de Guillaume de Machaut (mort au siĂšcle prĂ©cĂ©dent en 1377) en les combinant avec sa connaissance des airs populaires (monodies des mĂ©nestrels et des artistes de la rue).
DĂšs lors, artisan de cet humanisme rĂ©formateur, Josquin place l’homme au centre de l’univers, quand ses prĂ©dĂ©cesseurs cĂ©lĂ©brait la puissance unique, omnipotente et centrale de Dieu.
En Italie, Josquin prĂ©pare le terreau de la monodie profane et passionnelle que le baroque Monteverdi porte Ă  un degrĂ© de perfection expressive dans le genre du madrigal puis de l’opĂ©ra. Peu Ă  peu la musique s’humanise et s’incarne par des voix et des parties instrumentales de plus en plus caractĂ©risĂ©es.

 

 

MODERNE, JOSQUIN abolit les frontiĂšres entre sacrĂ© et profane : sa chanson de BAUDICHON, relatant les exploits d’un bon gaillard endurant est aussi le terreau mĂ©lodique de l’une de ses premiĂšres messes (Monteverdi fera de mĂȘme, recyclant le profane dans le sacrĂ© et vice versa) : la Missa L’Ami Baudichon est encore classĂ©e dans les archives de la Sixtine, depuis Jules II.

 

 

CARACTÉRISATION, INTELLIGIBILITÉ
 Avec le souci du sentiment, Josquin soigne particuliĂšrement la sculpture du verbe : ses textes sont choisis et traitĂ©s avec soin. La Missa Pangue Lingua est un modĂšle du genre : chaque mot et la façon de le prononcer semblent produire la mĂ©lodie. Cette intelligence textuel et mĂ©lodique prĂ©figure lĂ  encore Monteverdi. L’émergence des langues vernaculaires et l’essor du Français dĂ©sormais d’usage dans tout acte officiel (1539) souligne le goĂ»t linguistique de Josquin, dĂ©cidĂ©ment en phase avec son Ă©poque. La musique devient langage, expression de l’ñme humaine, aprĂšs avoir Ă©tĂ© cette architecture abstraite Ă  la gloire de Dieu.

 

 

L’HOMME DES REGRETZ
 Nouveau chantre des passions de l’ñme, Josquin peint dĂ©sormais la langueur et l’impuissance, la vanitĂ© et la mĂ©lancolie. Le mode de mi, introspectif, parfois grave marque une Ă©criture de la peine et de la tristesse, et jalonne rĂ©guliĂšrement une Ɠuvre riche en tĂ©moignage Ă©mu. « Mille regretz » est la chanson favorite de l’Empereur qui renonça au pouvoir, conscient de toute vanitĂ© terrestre : Charles Quint ; « Plus nulz regretz » est composĂ©e pour la tante et tutrice de ce dernier, Marguerite d’Autriche


 

 

PREMIERES PARTITIONS IMPRIMÉES
 Josquin est le tĂ©moin des premiĂšres Ă©ditions de Gutenberg : son Premier Livre de messes est publiĂ© Ă  l’aube du siĂšcle, Ă  Venise en 1502 chez Petrucci ; premier jalon d’une Ɠuvre dĂ©sormais fixĂ©e par l’impression et diffusĂ©e partout en Europe. C’est le gage d’une cĂ©lĂ©britĂ© immĂ©diate, cultivĂ©e avec intuition, de son vivant. Ainsi l’écrit et le publiĂ© permettent de mesurer dans le dĂ©tail, la « rĂ©volution Josquin » ; ils indiquent prĂ©cisĂ©ment Ă  quelle note correspond quelle syllabe : le chanteur ne peut plus improviser dĂ©sormais, choisissant alĂ©atoirement oĂč placer le texte sur les notes : Josquin stabilise et fixe les rĂšgles. autour de 350 partitions lui sont aujourd’hui attribuĂ©es ; un examen critique devrait bientĂŽt ĂȘtre rĂ©alisĂ© pour distinguer les attributions problĂ©matiques et les manuscrits autographes.

 

 

 

 

 

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Ensemble Clément Jannequin / Dominique Visse / 2021
(extrait du 7Ăšme Livre de chansons)
https://youtu.be/_Y6ir2JwUaI

La chanson Ă©voque la derniĂšre Ă©volution de l’écriture de Josquin : simplifiĂ©e, essentielle, immĂ©diatement mĂ©morisable
 Plus qu’aucun autre compositeur avant lui, Josquin Desprez a dĂ©mocratisĂ© la musique ; passant du contrepoint complexe et abstrait, Ă  l’expression sensible, franche et directe de l’ñme humaine


 

 

vidéo
« Ma bouche rit et mon cueur pleure »
Ensemble Clément Jannequin / Dominique Visse / 2021
https://www.youtube.com/watch?v=lOgOw7TElW8

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COMPTE-RENDU, streaming concert. ON LILLE, le 13 mars 2021. Orch National de Lille / Jan Willem De Vriend, direction. Beethoven : Symphonie n°3 « héroïque »

ORCHESTRE-NATIONAL-DE-LILLE-maestro-alexandre-Bloch-concert-classiquenews-critique-annonceCOMPTE-RENDU, streaming concert. ON LILLE, le 13 mars 2021. Orch National de Lille / Jan Willem De Vriend, direction. Beethoven : Symphonie n°3 « hĂ©roĂŻque ». A la fois exaltĂ©e, ivre de sa propre Ă©nergie, la direction prĂ©cise, claire du nĂ©erlandais Jan Willem De Vriend sait ĂȘtre Ă©quilibrĂ©e en ce qu’elle favorise le dĂ©tail et porte la tension. Dans l’Eroica de Beethoven pourtant surjouĂ©e ici et lĂ , en particulier depuis les cĂ©lĂ©brations Beethoven 2020 (certes avortĂ©es covid oblige),le premier mouvement, regorge de vitalitĂ© et de puissance sans jamais sacrifier la prĂ©cision des ornements ni la balance entre soliste et orchestre, pour chaque intervention caractĂ©risĂ©e. Le souffle du destin rayonne ; s’appuyant sur une vision ciselĂ©e de l’écriture instrumentale : en clair, le geste du chef flamand, habituĂ© des rĂ©pertoires prĂ©romantiques et romantiques, de surcroĂźt selon ce relief et cette intensitĂ© sculpturale propre aux instruments d’époque, nourrit ici une vision qui est fluide, caractĂ©risĂ©e, parfaitement architecturĂ©e. Comme partition du destin et conduite par une irrĂ©pressible Ă©nergie, la volontĂ© de Ludwig s’accomplit avec une dĂ©licatesse continument exaltante.

Le second mouvement plus grave et sombre ne perd pas la souplesse ni ce mordant parfois glaçant dans la caractérisation instrumentale.

Ample et lugubre, le geste du chef recherchant des sonoritĂ©s profondes et claires avait ouvert le programme avec caractĂšre et gravitas pour Cherubini dont la Marche funĂšbre saisissante par ses semonces dĂ©chirants (gong souterrain, crĂ©pusculaire ; bassons insidieux
), entre dĂ©sespoir tragique et esprit de grandeur, Ă©claire la connaissance de Gluck, celui ardent, gĂ©missant voire mystĂ©rieux d’OrphĂ©e.

Chez Beethoven, c’est encore un trĂšs beau travail opĂ©rĂ© sur les sonoritĂ©s et l’intĂ©rioritĂ© poĂ©tique des nuances de timbres. De Vriend sait exprimer la langueur Ă©lĂ©giaque du morceau que berce des cordes toujours suaves et rondes. L’hĂ©roĂŻsme qu’ouvrage le chef est d’une souveraine tragĂ©die qui ici se dĂ©ploie sans rĂ©serve, exprimant tous les sacrifices et la peine ressentis, vĂ©cus dans sa chair par un Beethoven qui d’exaltĂ© fut trahi (par Bonaparte devenu NapolĂ©on) et qui aussi ressent les premiers effets de sa surditĂ©. La lisibilitĂ© des violoncelles et des contrebasses produit une profondeur au chant inexorable, celui d’une blessure profonde mais toujours noble et digne. Une sĂ©quence qui tisse un Ă©cho pertinent Ă  la Marche funĂšbre de Cherubini qui a ouvert le programme, dans un mĂȘme souci d’intĂ©rioritĂ© recueillie. La violence dont est capable Beethoven n’écarte jamais une sourde dĂ©chirure qui en a permis l’éclosion.

 

 

JW De Vriend et le National de Lille

Un Beethoven éruptif, élégant, subtil


 

 

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Le Scherzo est pur jaillissement d’une Ă©nergie recouvrĂ©e qui s’électrise et trĂ©pigne, mais en une mise en place parfaitement dĂ©taillĂ©e, Ă  la mĂ©trique prĂ©cise et claire (rayonne en particulier le chant mordorĂ©, rauque et pourtant rond des cors parfaitement dialoguĂ©s avec les cordes).

Dans ce sens le dernier Allegro (molto) a la vivacitĂ© et mĂȘme l’élĂ©gance (Ă©quilibre et clartĂ© des pupitres) d’un souffle printanier, d’une danse de joie autour du feu de l’esprit et de l’espoir. Le hĂ©ros de cette odyssĂ©e orchestrale reste Beethoven lui-mĂȘme, nouveau hĂ©ros musicien, alchimiste de nouveaux sons, architecte d’un monde nouveau dont il a seul la conscience ; aux auditeurs d’en saisir les prĂ©monitions salvatrices, la possibilitĂ© de le rĂ©aliser Ă  partir de priĂšres fraternelles et humanistes dont Ludwig s’est fait le prophĂšte et le chantre.

De Vriend recueille ce formidable Ă©lan fraternel et solidaire en un bain orchestral (rĂ©capitulatif) dont chaque sĂ©quence magnifiquement timbrĂ©e et phrasĂ©e (cors, flĂ»te, clarinette
) est subtilement caractĂ©risĂ©e. C’est un travail d’orfĂšvre d’un rare fini et qui assoit aux cĂŽtĂ©s du Beethoven violent, Ă©ruptif voire furieux, la noblesse et le raffinement de son Ă©criture, le jaillissement primitif de son inspiration. Ivresse et subtilitĂ©. Le cocktail est irrĂ©sistible. Les instrumentistes du National de Lille rĂ©pondent au doigt et Ă  l’Ɠil du chef des plus expressifs. Ce travail de la nuance est passionnant.

 

 

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LIRE aussi notre présentation du concert ORCHESTRE NATIONLA DE LILLE / Cherubini, Beethoven / Jan Willem De Vriend, direction

http://www.classiquenews.com/live-streaming-concert-lon-lille-joue-cherubini-et-beethoven/

VOIR le concert

sur la chaine Youtube de l’ON LILLE Orchestre National de Lille ici :

https://www.youtube.com/watch?v=hW1o2yXeeRc

 

 

VOIR TOUS LES CONCERTS de l’ON LILLE ici :

https://www.youtube.com/channel/UCDXlku0a3rJm7SV9WuQtAdw

 

 
 

 

POINT D’ORGUE de THIERRY ESCAICH

point-d-orgue-voix-humaine-escaich-poulenc-petibon-opera-critique-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, sam 27 mars 2021, 20h. POULENC / ESCAICH. La soprano familiĂšre des grands dĂ©fis vocaux chante La Voix humaine du premier, Point d’orgue du second (crĂ©ation, prĂ©sentĂ©e en mars au TCE, sans public). Captation les 3 et 5 mars 2021 pour diffusion sur la toile ultĂ©rieure (avril 2021?).

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 FRANCE MUSIQUE, Samedi 27 mars 2021, 20h

Programme double :
La Voix Humaine de Poulenc / Point d’Orgue de Thierry Escaich (crĂ©ation mondiale).
Mise en scĂšne : O.Py,
avec P. Petibon (Elle), J.S Bou (Lui), C.Dubois (L’Autre) – Orchestre National de Bordeaux / J. Rhorer, direction.

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LA VOIX HUMAINE de Jean Cocteau – Francis Poulenc
Tragédie lyrique en un acte (1958)
Paroles : Jean COCTEAU
Musique : Francis POULENC
CREATION MONDIALE

POINT D’ORGUE de Thierry Escaich – Olivier Py
Opéra en un acte
Livret : Olivier PY
Musique : Thierry ESCAICH

En 1958, deux ans aprĂšs son opĂ©ra tragique et historique Dialogues des CarmĂ©lites, Francis Poulenc Ă©crit La Voix humaine, partition en un acte composĂ©e pour une seule voix de soprano, tragĂ©dienne moderne Ă©garĂ©e, abandonnĂ©e, impuissante face au dĂ©sarroi de la rupture amoureuse. Le TCE Ă  Paris commande au compositeur (et organiste, d’oĂč le titre de son Ɠuvre), une nouvelle partition lyrique qui serait comme le double de l’ouvrage de Poulenc. Escaich imagine ainsi la suite du monologue sous forme d’un dialogue renouĂ© entre Elle et Lui. « Lui » qui n’apparaĂźt jamais dans l’oeuvre de Poulenc / Cocteau. La parole, le dialogue sont le sujet principal des deux Ɠuvres ainsi prĂ©sentĂ©es en miroir.
Ainsi le « trio » Patricia Petibon, Olivier Py et JĂ©rĂ©mie Rhorer se recompose, aprĂšs leur prĂ©cĂ©dente coopĂ©ration pour Dialogues des CarmĂ©lites de Francis Poulenc, crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es en 2013. On se souvient aussi que JĂ©rĂ©mie Rhorer, formĂ© par Thierry Escaich dans ses annĂ©es d’apprentissage, dirigea la crĂ©ation de son opĂ©ra Claude (livret de Robert Badinter, adaptĂ© de Claude Gueux de Victor Hugo) Ă  l’OpĂ©ra de Lyon, une production mise en scĂšne par Olivier Py et oĂč Jean-SĂ©bastien Bou interprĂ©tait le rĂŽle-titre. Les retrouvailles scellent donc la nouvelle production du TCE autour du diptyque POULENC / ESCAICH 2021.

En 1920, le « moine et voyou » Poulenc rejoint le Groupe des Six, dont le porte-parole est Jean Cocteau : les Ɠuvres de cette pĂ©riode sont lĂ©gĂšres, virtuoses. Mais aprĂšs 1936 avec la mort de son ami le compositeur Pierre Octave Ferroud, l’inspiration de Poulenc se fait plus grave et sombre (Stabat Mater) tout en poursuivant cette impertinence proche de Satie (Les Mamelles de TirĂ©sias). En 1958, Poulenc s’empare du monologue Ă©ponyme de Jean Cocteau (1930) et en dĂ©duit un opĂ©ra en un acte crĂ©Ă© en 1959 salle Favart, par la soprano Denise Duval, son amie et sa complice.
AprĂšs Les Enfants terribles (1929) et avant son film La Belle et la BĂȘte (1945), Cocteau imagine en un huis clos Ă©touffant la dĂ©sespĂ©rance d’une femme amoureuse qui tente de renouer le fil avec son amant, au tĂ©lĂ©phone, dans sa chambre d’hĂŽtel.

POINT D’ORGUE… Une apothĂ©ose pour ELLE
L’organiste et compositeur, Thierry Escaich retrouve son ancien Ă©lĂšve JĂ©rĂ©mie Rhorer (classe de composition) pour la crĂ©ation de Point d’orgue dont le sujet offre une suite Ă  La Voix humaine de Poulenc / Cocteau. Escaich a longtemps jouĂ© le Concerto pour orgue et orchestre de Poulenc, au flux Ă©nergique, aux audaces harmoniques singuliĂšres. Pour son nouvel ouvrage conçu en « miroir », Escaich dĂ©veloppe en rĂ©sonance et par goĂ»t personnel, un univers harmonique, post-tonal, polytonal, qui vient plutĂŽt de Debussy, Ravel, Poulenc, Dutilleux, Honegger. La continuitĂ© de l’un Ă  l’autre ouvrage, vient du mĂȘme instrumentarium, dans l’esprit d’un orchestre Mozart.
A la descente aux enfers que dessine le mĂ©lodrame de Cocteau, Escaich, inspirĂ© par le livret de Py pour Point d’orgue, offre une sublime rĂ©surrection Ă  Elle, dans une conclusion qui frappe par sa sĂ©rĂ©nitĂ©. La force inĂ©dite de l’hĂ©roĂŻne si malmenĂ©e par Poulenc et Cocteau, submerge la scĂšne d’une force virile saisissante qui finit par emporter comem dans un thriller psychologique, les deux rĂŽles masculins : Lui et l’Autre, respectivement pour baryton et tĂ©nor. Le compositeur trouve Ă  chaque mots du livret, une nuance musicale propre Ă  ciseler et Ă©clairer les composantes d’un Ă©chiquier du sentiment et de la passion humaine.
L’écriture vocale de Point d’orgue est plus opĂ©ratique que l’ouvrage prĂ©cĂ©dent, Claude. Escaich utilisant la forme d’arias, qui rĂ©sonnent parfois comme des pastiches, « des sortes d’éclipses dans un esprit opĂ©ra bouffe bien que la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale du texte soit plutĂŽt sombre. » Thierry Escaich connaĂźt Ă  prĂ©sent idĂ©alement les performances artistiques de Jean-SĂ©bastien Bou et Patricia Petibon. Concernant le tĂ©nor Cyrille Dubois, son timbre correspond parfaitement Ă  l’idĂ©e du personnage telle qu’elle s’est affirmĂ©e peu Ă  peu au cours de la rĂ©daction du livret d’Olivier Py.

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STREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris

UnknownSTREAMING, opĂ©ra, CRITIQUE I Le 21 fĂ©vrier 2021. VERDI : Aida : TĂ©zier, Kaufmann, OpĂ©ra de Paris. A nouveau cette nouvelle production d’Aida prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris fait surgir la question d’un dĂ©calage malheureux entre l’unitĂ© et le sens originels de la partition quasi archĂ©ologique de Verdi (qui reçut les conseils de l’égyptologue français, Auguste Mariette) et les options de la mise en scĂšne signĂ©e de la confuse et non verdienne Lotte de Beer. Exit la grandeur exotique d el’Egypte ancienne et flamboyante du NOuvel Empire : voici une action traitĂ©e comme une comĂ©die de mƓurs dans un musĂ©e XIXĂš, avec marionnettes pierreuses Ă  l’avenant, sans que l’on sache vraiment ce que ses « doubles » des protagonistes ajoute Ă  la clarification du propos.
Peu inspirĂ©e par l’univers verdien, Lotte de Beer plaque des prĂ©conçus et des thĂ©matiques qui n’ont rien Ă  voir avec la dramaturgie verdienne, caractĂ©risĂ©e comme toujours par le conflit douloureux entre amour et devoir, solitude impuissante des individus et nĂ©cessitĂ© de la loi sociale et politique. Dans le sillon tracĂ© et fixĂ© par le grand opĂ©ra version Meyerbeer, Verdi oppose avec gĂ©nie, la question des conflits gĂ©opolitiques et le destin des individus dont l’amour contredit les plans et les intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs, d’autant que comme dans Don Carlo(s), l’église s’en mĂȘle et soumet tout un chacun Ă  la loi mystĂ©rieuse mais avide et vorace des dieux.

VOIX PUISSANTES et CHEF EXPRESSIF
Aida Ă  l’OpĂ©ra de Paris en fĂ©vrier 2021

MĂȘme gĂ©nĂ©ral victorieux, RadamĂšs a trahi son pays pour l’amour de la belle Ă©thiopienne Aida, rĂ©duite en esclave Ă  la Cour d’AmnĂ©ris, l’égyptienne trop jalouse, qui aime RadamĂšs mais sans retour.
Les costumes renvoient Ă  l’époque oĂč fut composĂ© l’opĂ©ra, fin XIXĂš, pour l’inauguration du Canal de Suez. Mais dans cette grille conteporaine, on n’identifie pas clairement les relations qui situent chaque personnage
 Ne parlons ni des dĂ©cors ni du mouvement des chƓurs comme de la directions d’acteurs : quand ils ne sont pas laids et dĂ©calĂ©s, il sont absents. Ce manque de vision, de cohĂ©rence
 interroge.

Unknown-1Heureusement la rĂ©alisation musicale est Ă  la hauteur de cet Ă©vĂ©nement parisien, affichĂ©, diffusĂ© en plain confinement de la culture et du spectacle vivant. Le chef Michele Mariotti dĂ©taille et insuffle de belles couleurs, des nuances expressives trĂšs convaincantes : il souligne sous chaque Ă©pisode la double lecture : politique / individuelle. Le plateau rĂ©unit des chanteurs Ă  dĂ©cibels, puissants naturellement et heureusement phrasĂ©s. Ainsi les femmes sont trĂšs incarnĂ©es, aux timbres magnifiquement opposĂ©s. La fauve, sombre et viscĂ©rale AmnĂ©ris, dĂ©vorĂ©e par la jalousie (Ksenia Dudnikova aux aigus qui dĂ©rapent parfois cependant) contredit le soprano clair et tout aussi sonore de Sondra Radvanovsky, Aida palpitante et sobre, riche en harmoniques sensibles. Le cast souligne ici combien la partition est aussi une affaire d’hommes (comme dans Don Carlo/s Ă©galement avec le duo Carlo et Posa) : Ludovic TĂ©zier affirme un Amonasro (pĂšre d’Aida), fĂ©lin, articulĂ©, noble de bout en bout (vrai baryton verdien sculptant avec finesse son profil psychologique), tandis que Jonas Kaufmann (RadamĂšs) colore sa voix sombre d’éclats crĂ©pusculaires qui brĂ»lent littĂ©ralement dans la scĂšne finale oĂč les deux amants sont rĂ©unis mais emmurĂ©s vivants. Evidemment les voix Ă  l’intonation si facile semble souvent ĂȘtre indiffĂ©rents aux mots et au texte en gĂ©nĂ©ral (Ă  l’exception de Kaufmann). Dommage.
Voici donc une production vocalement intense et caractĂ©risĂ©e, orchestralement passionnante, mais dĂ©naturĂ©e (encore) par une mise en scĂšne Ă  l’éclectisme dĂ©concertant. Photos : Aida / Mariotti © Vincent Pontet / OpĂ©ra national de Paris

 

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STREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris

 

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VOIR la captation d’Aida de Verdi par M Mariotti, J Kaufmann, S Radvanovsky, L TĂ©zier, K Dudnikova
 OpĂ©ra de Paris

https://www.arte.tv/fr/videos/100855-001-A/giuseppe-verdi-aida/

 

 

LIEN DIRECT vers la page ARTE CONCERT / Aida de VERDI
https://www.arte.tv/it/videos/100855-001-A/giuseppe-verdi-aida/
REPLAY jusqu’au 20 aoĂ»t 2021.

 

 

VOIR ici AIDA de VERDI / OpĂ©ra de Paris / Mariotti, Kaufmann, TĂ©zier… :

 

 

STREAMING, opéra, critique. GenÚve, le 19 fév 2021. MOZART : La Clémence de Titus. Rau, Emelyanychev.

titus rau emelyanychev titus opera mozart critique classiquenewsSTREAMING, opĂ©ra, critique. GenĂšve, le 19 fĂ©v 2021. MOZART : La ClĂ©mence de Titus. Rau, Emelyanychev. L’OpĂ©ra de GenĂšve prĂ©sentait en live streaming une lecture contemporaine du dernier seria mozartien, n’hĂ©sitant pas sous le regard militant et trĂšs politique de Milo Rau (directeur du NTGent / ThĂ©Ăątre de Gand) Ă  dĂ©naturer la tension et la continuitĂ© de la partition par des inserts parlĂ©s, des sĂ©quences purement thĂ©Ăątrales, des effets vidĂ©o, car comme c’est la rĂšgle Ă  prĂ©sent, ce qui se passe sur scĂšne ne suffit plus mais doit ĂȘtre nĂ©cessairement rĂ©alisĂ© en fonction de ce que donne sa projection en grand Ă©cran au dessus : triste rĂ©alitĂ© des mises en scĂšne actuelles. Ici Titus est un souverain solitaire, malmenĂ© par la pression de la rue (et des migrants), conscient ou non des revendications de la classe laborieuse dĂ©possĂ©dĂ©e ; comme il est indiquĂ© dĂšs la sĂ©quences du dĂ©but (chorale), « l’insurrection vient » (qui est en rĂ©alitĂ© la fin de l’opĂ©ra quand Titus sait pardonner Ă  ceux qui l’ont trahi, d’oĂč le titre).

TITUS, les migrants et la RĂ©volution

La confusion qui rĂšgne sur scĂšne est contredite par l’excellence des musiciens et du chef, le trĂ©pidant maestro Maxim Emelyanychev, toujours prĂȘt Ă  nuancer dans l’urgence et l’extrĂȘme tendresse la partition de Mozart. Rau amoncĂšle des idĂ©es, gadgets, situations humaines misĂ©rabilistes, dĂ©jĂ  vus ; rien de neuf sinon la dĂ©nonciation des laissers pour compte et des misĂ©reux (claire rĂ©fĂ©rence Ă  la jungle de Calais ou les camps de Lesbos) que l’élite bourgeoise et monarchique spolie toujours un peu plus. Ainsi la scĂšne trash voire gore de ce genevois, employĂ© par l’OpĂ©ra de GenĂšve qui se dĂ©nude sur scĂšne et est assassinĂ© sur les planches, son cƓur extirpĂ© palpitant comme un trophĂ©e dĂ©sormais emblĂ©matique de l’exploitation des classes prĂ©cĂ©demment dĂ©noncĂ©. Si l’art est pouvoir, pourquoi user d’aussi grosses ficelles, entre laideur et gros sabots ? Milo Rau suivrait les pas de Mozart qui tout en servant la forme dĂ©sormais archaĂŻque de l’opĂ©ra seria (certes de mise pour le couronnement de Leopold II) sait aussi la rĂ©former, voire la faire imploser. Mais ici l’humanisme et l’idĂ©al maçonnique de Wolfgang, clairement perceptible dans la scĂšne finale de la clĂ©mence du roi sont totalement voilĂ©s, trahis par la foire et le dĂ©ballage scĂ©nique.

Dans cette relecture thĂ©Ăątreuse, le metteur en scĂšne s’en donne Ă  cƓur joie quitte Ă  rajouter au livret (de MĂ©tastase repris par Mazzola) ainsi dĂ©cousu, dĂ©formĂ© : chaque chanteurs existaient avant d’ĂȘtre ici sur scĂšne, riche d’une vie personnelle souvent dense voire tragique, et qui explique ce qu’il chante dĂ©sormais ; Anna Goryachova (Sesto), Serena Farnocchia (Vitellia), Marie Lys (Servilia), Cecilia Molinari (Annio) ; dans cette arĂ©opage aux destins « foudroyĂ©s » et aux Ă©tats d’ñme Ă  l’avenant, Bernard Richter (Titus) a Ă©tĂ© tĂ©moin de la mort de son pĂšre lors d’un match de foot et la figure du sage, vĂ©ritable double de Titus, Publio, cultive une distanciation presque ennuyĂ©e et dĂ©tachĂ©e de facto : Justin Hopkins (Publio) pose la question du sens mĂȘme de l’Ɠuvre artistique : pourquoi jouer devant un parterre de rois et de notables sans appartenir Ă  leur classe ? Jouer c’est servir. S’avilir ? Rien de plus.
On imagine illico un lien avec le destin mĂȘme de Mozart, sa rĂ©bellion visionnaire contre son employeur, l’infect Colloredo. Une suite bouleversante d’interventions de migrants opprimĂ©s transforme l’opĂ©ra de Mozart en scĂšne humanitaire, dĂ©nonçant les oppressions, les crimes et les tortures infects perpĂ©trĂ©s partout sur la planĂšte
 pour autant est ce vraiment la vocation d’un opĂ©ra que d’ĂȘtre l’étendard de cet engagement certes louable ?
On en oublierait presque ce que l’on Ă©coute avec intĂ©rĂȘt. Car ici triomphe en un renversement bĂ©nĂ©fique in fine, l’art musical de Mozart, sa somptueuse connaissance des cƓurs. L’éclat sombre et articulĂ©, trĂšs juste de Serena Farnocchia fait une Vitellia, humaine, attachante alors qu’elle est la « mĂ©chante », manipulant Sesto pour tuer l’empereur Titus. Anna Goryachova, rossinienne avĂ©rĂ©e, incarne justement bien un Sesto sacrifiĂ© (Vitellia le malmĂšne sans scrupule) ; il ne peut tuer Titus car ce dernier a clairement dĂ©clarer vouloir Ă©pouser la sƓur de Sesto, Servilia (qui aime l’ami de Sesto, Annio). La tendresse des duos brille par sa vĂ©ritĂ© et sa chaleur Ă©motionnelle (Annio / Servillia, servi par Cecilia Molinari et Marie Lys, d’une constante finesse, entre sincĂ©ritĂ© et fragilitĂ©).
L’incendie du Capitole oĂč alors qu’ailleurs, le doute persiste quant Ă  l’assassinat de Titus, est magistralement exprimĂ©, plein de souffle et de d’éclairs
 Le chef Ă©claire ce Mozart de la fin, dĂ©jĂ  romantique par ses contrastes saisissants et un orchestre foudroyant (qui pourrait ĂȘtre en rĂ©alitĂ© le vĂ©ritable protagoniste du drame)
 VOIR l’opĂ©ra ici : https://www.gtg.ch/en/digital/

Direction musicale : Maxim Emelyanychev
Mise en scĂšne : Milo Rau

Tito, Bernard Richter
Vitellia, Serena Farnocchia
Sesto, Anna Goryachova
Servilia, Marie Lys
Annio, Cecilia Molinari
Publio, Justin Hopkins

ChƓur du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve
Orchestre de la Suisse Romande

STREAMING OPERA (chez soi) du 19 février 2021

EN DIRECT : GLI ANGELI interprĂšte JS BACH

LIVE BACH mc leod concert critique annonce opera classiquenews Gli-Angeli-Geneve© FoppeSchutSTREAMING BAROQUE, cantates de JS BACH. GLI ANGELI, ce soir, lundi 8 fĂ©v 2021, 20h. Superbe concert angĂ©lique, baroque et sacrĂ© grĂące au tempĂ©rament et Ă  l’implication artistique du jeune ensemble genevois sur instruments anciens, GLI ANGELI. En direct depuis le Temple de Saint-Gervais Ă  GenĂšve, l’ensemble Gli Angeli prĂ©sente 4 cantates sur mĂ©lodie de choral dont la sublime BWV 127 dont l’air « Die Seele ruht » est l’un des plus bouleversants de toute l’Ɠuvre du Cantor de Leipzig. GLI ANGELI s’Ă©tait distinguĂ© en mars 2020, il y a presque un an, en Ă©ditant leur propre lecture de la Passion selon Saint-Matthieu (LIRE ci aprĂšs notre critique)

 

DISTRIBUTION
Le violon de Leila Schayegh, le traverso de Marc HantaĂŻ, le hautbois d’Emmanuel Laporte dialogueront avec les voix d’Aleksandra Lewandowska, Alex Potter, Valerio Contaldo et Stephan MacLeod, tous les quatre dĂ©jĂ  rĂ©unis pour la passionnante version de la Passion selon Saint-Matthieu / MatthĂ€us Passion Ă©ditĂ©e par Gli ANgeli en mars 2020… Lire ci aprĂšs, critique du cd.

 

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VISIONNER LE CONCERT DE CE SOIR :

Lundi 8 février 2021 à 20h,
en direct depuis le Temple de Saint-Gervais Ă  GenĂšve,
JEAN SEBASTIEN BACH : 4 cantates sur mélodie de choral
dont l’extraordinaire BWV 127 et son air Die Seele ruht
A VIVRE EN DIRECT sur les sites :
www.gliangeligeneve.com, ainsi que YouTube et sur Facebook.
Présenté par Philippe AlbÚra

 

 

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MalgrĂ© la pandĂ©mie et l’état d’urgence sanitaire qui interdisent les concerts en public, certains ensembles dĂ©veloppent une rĂ©silience crĂ©ative rĂ©tablissant l’activitĂ© artistique et le lien avec le public. En tĂ©moigne cette initiative bienvenue qui souligne la pertinence d’un collectif rĂ©cemment constituĂ© et dont la proposition chez Bach s’avĂšre trĂšs intĂ©ressante.

De quoi revivre la musique en direct, en ces temps d’étouffement de la culture et du spectacle.

Prochain concert GLI ANGELI : suite des Cantates de Jean-SĂ©bastien BACH,
le 10 mai 2021 au Temple Saint-Gervais Ă  GenĂšve

 

 

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CD / GLI ANGELI : Passion selon Saint-Mathieu / MatthÀus Passion

 

bach js matthaus passion gli angeli stephan macleod cd critique review cd classiquenews 7619931301228_frontcover_grandeCD, critique. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu (Gli Angeli, McLeod – 1 cd CLAVES, avril 2019). Voyons d’abord les enjeux de la partition et ce qu’en souligne les interprĂštes
  Le nouvel ensemble genevois crĂ©Ă© par le baryton Stephen MacLeod, un habituĂ© du monde des cantates et des passions de JS BACH pour les avoir chantĂ© partout dans le monde sous la direction des chefs les plus aguerris dans ce rĂ©pertoire, aborde l’Everest du Baroque sacrĂ© (avec la messe en si). DonnĂ©e dĂšs le Vendredi Saint 1727 Ă  Saint-Thomas, avec ses orgues, chƓurs, continuos doubles, dans les deux tribunes du vaisseau Ă  Leipzig, la Passion selon saint-Matthieu est bien cette formidable machine fraternelle rayonnant de tendresse et de compassion. AprĂšs la Saint-Jean (1724), moins dĂ©taillĂ©e, plus abstraite, la Saint-Matthieu en deux parties, exprime les Ă©tapes de la Passion de JĂ©sus, mais sans emprunter Ă  l’opĂ©ra, selon le cadre strict des autoritĂ©s religieuses de Leipzig. Tandis que l’EvangĂ©liste (tĂ©nor) narre directement les faits, les textes additionnels de Picander, sollicitĂ© par Bach pour les arias, ariosos, choeurs (soit 12 chorals, repĂšres pour le fervent luthĂ©rien) explore les champs de la ferveur chez ceux qui reçoivent le message Ă©vangĂ©lique : la poĂ©sie implique l’auditeur en un acte de participation et de compassion Ă  chacune des situations du drame christique. JĂ©sus humain souffre dans sa chair (Mon Dieu pourquoi m’as tu abandonnĂ©?). Pourtant le traitement musical, s’il doit s’écarter des ficelles de l’opĂ©ra, souligne les points forts de la narration : foule haineuse contre solitude impuissante et doloriste de JĂ©sus. L’abandon, la souffrance, le dĂ©sespoir y sont particuliĂšrement aiguisĂ©s… EN LIRE PLUS

GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2021 : CAP sur LONDRES (14 juil – 4 sept 2021)

london londres gstaad menuhin festival 2021 christoph muller annonce programm festival classiquenewsGSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2021 : CAP sur LONDRES, locations ouvertes, billetterie disponible en ligne sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL ! Le premier festival estival en Suisse, rĂ©jouissant chaque Ă©tĂ© par la diversitĂ© virtuose de sa programmation, grĂące Ă  ses paysages Ă©blouissants, aux lieux des concerts, sous la tente de Gstaad ou dans les petites Ă©glises mĂ©diĂ©vales du Saanenland (lĂ  mĂȘme ou joua son fondateur le violoniste Yehudi Menuhin) aura lieu cet Ă©tĂ© du 16 juillet au 4 septembre 2021. Le Festival a ouvert ses locations, tous les concerts sont dĂ©sormais en vente sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/newsticker/lettre-christoph-mueller

 

 

ÉTÉ 2021 : CAP SUR LONDRES

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GSTAAD-MENUHIN-FESTIVAL-2021-LONDRES-LONDON-classiquenews-programme-billetterie-reservation-classiquenewsJOIE, ESPOIR, CONTACTS
 EN SÉCURITÉ. « Notre envie de retrouver des concerts vivants, le besoin du contact direct, physique, avec les artistes, sont immenses. Il est impĂ©ratif que ceux-ci puissent ĂȘtre Ă  nouveau comblĂ©s! C’est dĂšs lors avec une joie toute particuliĂšre et remplie d’espoir que nous vous prĂ©sentons aujourd’hui le programme de notre Festival 2021. Votre sĂ©curitĂ© nous tient Ă  cƓur et constitue notre prioritĂ© absolue. GrĂące Ă  la mise en place d’un plan de protection soigneusement pensĂ©, nous sommes persuadĂ©s d’avoir fait de notre mieux pour vous permettre de vivre des concerts en toute sĂ©curité », prĂ©cise enthousiaste le directeur du Festival, Christoph MĂŒller.

Dans le sillage d’Ă©ditions 2018 et 2019 gĂ©nĂ©reusement plĂ©biscitĂ©es (PARIS, puis VIENNE), le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL poursuit sa pĂ©rĂ©grination musicale au fil des capitales artistiques : en 2021, cap sur LONDRES / LONDON.

Éclectisme et excellence sont toujours au rendez-vous : outre les incontournables stars de la scĂšne classique et des musiciennes et musiciens devenus familiers (Sol Gabetta, Bertrand Chamayou, Yuja Wang
), la nouvelle Ă©tape londonienne marque les dĂ©buts fracassants et les retrouvailles pleines de promesses : ainsi la prĂ©sence de Chick Corea, des pianistes Maria JoĂŁo Pires, Alice Sara Ott ; de la diva coloratoure Lisette Oropesa sans omettre la fougue du tĂ©nor Javier Camarena, dĂ©couverte de la saison derniĂšre


 

 

 

ÉCLECTISME et EXCELLENCE dans le SAANENLAND

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DĂ©diĂ©es Ă  la relĂšve, les sĂ©ries trĂšs suivies Ă  prĂ©sent «Menuhin’s Heritage Artists» et «MatinĂ©e des Jeunes Etoiles» offrent des tremplins prometteurs au violoniste Bomsori Kim, aux pianistes français charismatiques Alexandre Kantorow ou Marie-Ange Nguci.

Dans le Saanenland, le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL propose une affiche unique au monde cet Ă©tĂ© ; une promesse incontournable qui pourrait marquer la fin du confinement comme cĂ©lĂ©brer la vie et le partage que favorise toujours l’expĂ©rience musicale d’un Festival. Concerts grands symphoniques et lyriques (sous la tente de Gstaad), plus intimes et chambristes comme dans l’église de Saanen oĂč joua Yehudi Menuhin, sans omettre les 7 classes des AcadĂ©mies dont la passionnante direction d’orchestre, le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL dĂ©montre un talent continu et tenace pour partager l’excellence et la diversitĂ© artistique. Rendez vous incontournable cet Ă©tĂ©, du 16 juillet au 4 septembre 2021.

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Toutes les infos, les concerts 2021, ici :

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/newsticker/lettre-christoph-mueller

 

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Coffret cd événement, annonce. MAHLER / BERLINER PHILHARMONIKER (10 cds)

Mahler symphonies Berliner Philharmoniker cd review critique cd classiquenewsCoffret cd Ă©vĂ©nement. MAHLER / BERLINER PHILHARMONIKER (10 cds). Le prestigieux orchestre berlinois se montre trĂšs inspirĂ© en Ă©ditant ce coffret somptueux qui regroupe une nouvelle intĂ©grale des Symphonies de Mahler soit les 9 symphonies et l’Adagio de la 10Ăš (laissĂ©e inachevĂ©e Ă  la mort de Mahler en 1911). 8 chefs se partagent l’affiche en un cycle divers ainsi rĂ©alisĂ© sur une dĂ©cade. C’est dĂ©sormais une mĂ©moire de la direction, exploitant toutes les ressources d’un collectif parmi les plus impliquĂ©s de la planĂšte classique qui se dĂ©voile, posant des jalons dans l’histoire du Philharmonique de Berlin. Le mĂ©lomane dĂ©couvre / retrouve tous les dĂ©lices de l’imaginaire mahlĂ©rien sous la conduite de ses 3 derniers directeurs musicaux, non des moindres depuis Karajan (Claudio Abbado dans l’Adagio de la Symph n°10, alors pour le centenaire de la mort du compositeur en 2011, Sir Simon Rattle et le plus rĂ©cent, l’actuel Kirill Petrenko). 5 autres candidats Ă  l’excellence complĂštent cet aĂ©ropage, chacun ayant travaillĂ© avec les instrumentistes, marquant Ă  leur façon, l’approche du Berliner Philharmoniker dans l’univers mahlĂ©rien : aux cĂŽtĂ©s d’un gĂ©ant rĂ©fĂ©rentiel, Bernard Haitink,, les plus rĂ©cents, diversement convaincants : Gustavo Dudamel, Daniel Harding, Andris Nelsons, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin. On y dĂ©tecte ce qui fortifie le jeu collectif et aussi les particularitĂ©s de chaque baguette. De quoi ravir et satisfaire tout appĂ©tit symphonique. Le grand bain orchestral est le vrai sujet de ce coffret Ă©vĂ©nement, qui paraĂźt fin janvier 2021, rĂ©confort en ces temps de disette musicale et de fermeture gĂ©nĂ©ralisĂ©e des salles de concerts.
L’édition (dessinĂ©e par l’artiste amĂ©ricain Robert Longo) comprend 10 cd, mais aussi 4 blu-ray – plusieurs documents vidĂ©o et une riche collection d’articles prĂ©sentant les enjeux de l’écriture mahlĂ©rienne comme une introduction Ă  chaque opus. Chaque volet s’inscrivant de façon spĂ©cifique dans l’histoire de la symphonie, comme Ă  un moment particulier de la vie de Gustav Mahler. Coffret Ă©vĂ©nement : CLIC de CLASSIQUENEWS janvier 2021.

The symphonies of Gustav Mahler : intégrale des symphonies de Mahler.
10 cd · 8 chefs / conductors · 10 years of the Berliner Philharmoniker

10 CD – 4 Blu-ray – Hardcover edition – prix indicatif : €109

Berliner Philharmoniker
Gustav Mahler Symphonies Nos. 1–10

Daniel Harding
Symphony No. 1

Andris Nelsons
Symphony No. 2

Gustavo Dudamel
Symphony No. 3

Yannick NĂ©zet-SĂ©guin
Symphony No. 4

Gustavo Dudamel
Symphony No. 5

Kirill Petrenko
Symphony No. 6

Sir Simon Rattle
Symphony No. 7

Sir Simon Rattle
Symphony No. 8

Bernard Haitink
Symphony No. 9

Claudio Abbado
Symphony No. 10 (Adagio)

Booklet: 128 pages (German/English)

ACHETER le coffret MAHLER / BERLINER PHILHARMONIKER
sur le site du BERLINER PHILHARMONIKER :

https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/mahler-symphonies.html

 

 

 

Avantages réservés aux acheteurs sur le site du Berliner Philharmoniker :

Download code: ‹For high-resolution audio files of the entire album (24-bit/48 kHz)

Digital Concert Hall: ‹7-day ticket to the video streaming platform of the Berliner Philharmoniker 

 

 

CD événement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, 2018)

Beethoven Symphony 5 teodor currentzis music aeterna cd review clic de classiquenews cd critique beethoven 2020CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, 2018) – VoilĂ  assurĂ©ment la version que nous attendions pour l’annĂ©e Beethoven, d’autant mieux ciselĂ© grĂące Ă  l’acuitĂ© nuancĂ©e des instruments d’époque. Truglion orfĂšvre, maĂźtre de ses troupes, Teodor Currentzis instille dĂšs les premiers coups du destin, conçus, polis tels des dĂ©flagrations colossales, une urgence qui place d’emblĂ©e Beethoven comme ce hĂ©ros moderne, jamais vu / Ă©coutĂ© avant lui, maĂźtre d’une conscience dĂ©cuplĂ©e ; nervositĂ©, accents tendus, vifs, sculptĂ©s au scalpel mais d’une rondeur hĂ©roĂŻque et tragique idĂ©ale : les cordes fouettent les cuivres, Ă©lectrisent les bois comme en un Ă©veil qui rugit ; Ăąpre autant q’un insatisfait. L’engagement des instrumentistes de MusicaAeterna est saisissante, d’une Ă©nergie impĂ©rieuse.
De quoi apprĂ©ciĂ© l’andante con moto qui suit tel une rĂ©conciliation d’une douceur apaisante dont le chef grec Ă©tire les respirations avec une onctuositĂ© au relief jubilatoire. LĂ  encore le geste est large, ample, profond. Qui creuse avec une intĂ©rioritĂ© contemplative chaque sĂ©quence plus tendre, en particulier le chant en second plan des violoncelles. L’apport des instruments d’époque cisĂšle les Ă©carts de nuances, la couleur de chaque pupitre, affirmant encore le gĂ©nie de Beethoven dans son orchestration. Le jeu des flĂ»tes et des bois, ponctuĂ© par la fanfare des cuivres rĂ©vĂšle ici mieux qu’ailleurs, le goĂ»t de Ludwig pour le timbre : un aspect trop nĂ©gligĂ© et qui singularise son Ă©criture : sa sonoritĂ©, ses alliages sont uniques et Currentzis se dĂ©lecte Ă  nous en partager le nectar instrumental. Tout en ciselant aussi la ferveur dansante, chorĂ©graphique de ce feu orchestral miroitant.

Entre la transe et la danse, le feu ardent, crépitant
de Currentzis chez Beethoven

Le second Allegro (pas encore clairement dĂ©nommĂ© Scherzo) en ut mineur exprime la force d’une nouvelle tension, Ă©noncĂ©e comme une fabuleuse interrogation, ici sublimĂ©e par la transe des contrebasses, racines d’une Ă©lĂ©vation croissante, vĂ©ritable furie orchestrale qui transcende les tensions en un chant Ă©perdu de plĂ©nitude sonore, nĂ© du magma primitif jusqu’à l’explosion enivrĂ©e, d’une couleur toute fraternelle. Ne serait-ce que pour ce crescendo jubilatoire de pure exaltation, le cd vaut la premiĂšre place. Et montre Ă  nouveau la valeur convaincante des instruments d’époque. Belle apport pour l’annĂ©e Beethoven 2020. Dans l’esprit du final de Fidelio, le dernier Allegro ainsi enchaĂźnĂ© fait Ă©clater la victoire de lumiĂšre ; chaque Ă©tincelle naĂźt ici de l’énergie bouillonnante de l’orchestre pour assĂ©ner encore et encore l’accord de rĂ©demption dĂ©finitive, comme une CLIC D'OR macaron 200libĂ©ration ultime, l’accord parfait d’ut majeur. Beethoven se montre alors le parent du Mozart de la Jupiter : conquĂ©rant, victorieux, olympien. Quel parcours ! Une lecture magistrale qui tombe Ă  pic pour l’annĂ©e Beethoven 2020. Et qui la referme pour nous de façon magistrale. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2021. LIRE aussi notre dossier BEETHOVEN 2021 : les 250 ans.

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CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, enregistrĂ© Ă  Vienne 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 202.

Compte-rendu critique, opéra (streaming). Berlin, le 14 déc 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher

Compte-rendu critique, opĂ©ra (streaming). Berlin, le 14 dĂ©c 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher – Roberto Alagna chante son premier Wagner en incarnant Lohengrin Ă  Berlin, en dĂ©cembre 2020. Comme un acte de rĂ©sistance contre l’asphyxie dont souffrent les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra en Europe, l’OpĂ©ra d’État de Berlin rĂ©ussit le dĂ©fi de monter sur scĂšne Lohengrin en dĂ©cembre 2020, sans public mais retransmis en huis clos, – respect des gestes barriĂšres appliquĂ©s sur les planches, sur internet afin que chacun depuis son salon ou tout Ă©cran connectĂ© (l’opĂ©ra chez soi) puisse apprĂ©cier les enjeux artistiques de cette nouvelle production wagnĂ©rienne berlinoise. Atout de taille, c’est la prise de rĂŽle de Roberto Alagna dans le rĂŽle-titre : cette prise de rĂŽle devait se concrĂ©tiser Ă  Bayreuth dĂšs 2018 mais pas assez prĂȘt, le tĂ©nor a reportĂ© pour cette annĂ©e, Ă©gayant une planĂšte lyrique mondiale en berne. Le Français incarne le chevalier descendu du ciel pour sauver l’honneur de la princesse Elsa von Brabant. Son jeune frĂšre a Ă©tĂ© noyĂ© et elle mĂȘme est l’objet des pires accusations par le couple d’intrigants Telramund et sa femme Ortrud, sorciĂšre manipulatrice qui saura dĂ©truire Elsa malgrĂ© l’aide providentiel de Lohengrin.

 

 

 

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Malade, la soprano bulgare Sonya Yoncheva a du renoncer pour chanter la partie Elsa ; remplacĂ©e donc ici par la soprano lituanienne Vida MiknevičiĆ«tė, voix plus fragile, aux aigus mal assurĂ©s / assumĂ©s, ce qui gĂȘne l’expression d’une Elsa angĂ©lique, bafouĂ©e, et aussi innocente, trop innocente. AprĂšs tout celle qui bĂ©nĂ©ficie d’une aide miraculeuse, s’en rend indigne, sottement manipulĂ©e par la perfide Ortrud.
Puissant, clair, tendu comme une lame d’acier, avec la maĂźtrise du vibrato requise et l’ardeur expressive qui sied Ă  l’image du chevalier sauveur, Roberto Alagna incarne avec grande allure et vraie intensitĂ©, la figure droite, irradiante du chevalier prophĂ©tique (d’autant que le medium est large, jamais forcĂ©). Le preux cĂ©leste rayonne de volontĂ© virile, prĂ©sence souvent impliquĂ©e, parfois incandescente. Soulignant ainsi tout ce qu’a d’italien, la partie d’un Lohengrin latinisĂ©e ; de fait, l’opĂ©ra mĂ©diĂ©val de Wagner est souvent prĂ©sentĂ© comme le plus italien de ses ouvrages 

AssurĂ© et harmoniquement riche, le Roi Henri L’oiseleur est idĂ©alement campĂ© par la droiture virile du baryton basse, RenĂ© Pape, familier de Wagner puisqu’il chante aussi Marke et Gurnemanz).
Le couple noir, celui de Telramund et Ortrud est ici dĂ©sĂ©quilibrĂ© hĂ©las ; le Telramund, prĂ©figuration de Klingsor chez Parsifal, manque de dĂ©monisme trouble (Martin Gantner est raide et brutal) ; quant Ă  Ortrud, la sorciĂšre brille a contrario de son Ă©poux, d’une chaleur corsĂ©e (Ekaterina Gubanova) dont on comprend qu’elle se montre efficace pour tromper la jeune Elsa, certes bĂ©casse trop naĂŻve.

 

 

 

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FROIDEUR CONVENUE ET CONFUSE… Visuellement et scĂ©niquement, le Lohengrin du catalan Calisto Bieito se perd dans ses visions acides, dĂ©calĂ©es, anti oniriques ; d’une barbarie dĂ©senchantĂ©e (nombreux tuyaux et barreaux d’acier froid ; nombreux nĂ©ons et dĂ©cors en boĂźte ; vĂȘtements contemporains sans aucun esthĂ©tisme
 avec comme toujours, Ă©lĂ©ments d’une farce grinçante, les masques de clowns, ici et lĂ  peints sur le visages comme pour mieux dĂ©noncer une humanitĂ© dĂ©chue et maudite, qui jouent et reprĂ©sentent plutĂŽt qu’ils ne vivent en vĂ©rité  ) ; les mouvements des personnages sont caricaturaux et tendus ; la direction d’acteurs
 comme Ă©bauchĂ©e. On nous dira : « la covid : distanciation ! », mais le protocole sanitaire aura bon dos. Le metteur en scĂšne manque d’imagination comme de suggestion. En Ă©cartant toutes rĂ©fĂ©rences au merveilleux mĂ©diĂ©val conçu par Wagner, la poĂ©sie originelle du drame est fortement atteinte. Evidemment on pense Ă  l’autre Wagner que Beito devait rĂ©aliser Ă  l’OpĂ©ra Bastille (ce Ring attendu dirigĂ© par Philippe Jordan, pour son dĂ©part, et finalement retransmis Ă  la radio dĂšs le 26 dĂ©cembre 2020) ; peut-ĂȘtre cette empĂȘchement se rĂ©vĂšle argument, car la mise en scĂšne ici dĂ©tone, déçoit, agace par sa cruditĂ© redondante. Et les vidĂ©os qu’on nous inflige, ici comme ailleurs, n’apporte rien de neuf ; tout cela, sans vĂ©ritable portĂ©e onirique, finit par embrouiller. Imposer le dĂ©tail au dĂ©triment d’une vision forte et puissante.

Musicalement, la direction de Matthias Pintscher dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e dans ce rĂ©pertoire, relĂšve le dĂ©fi de ce huis clos par temps de pandĂ©mie. Le geste est solide et fluide Ă  la fois ; la Staatskapelle Berlin offrant des sonoritĂ©s souvent Ă©perdues, Ă  l’image du « rĂȘve » d’Elsa dont on ne comprend toujours pas pourquoi elle fabrique sa propre mort amoureuse, alors que le ciel lui envoie un hĂ©ros idĂ©al. Au final, une production bienvenue dont on ne gardera pas le souvenir de la mise en scĂšne plutĂŽt convenue, confuse, souvent indigeste.

 

 

 

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Compte-rendu critique, opéra (streaming). Berlin, le 14 déc 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher

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VOIR Lohengrin par Roberto Alagna
sur ARTEconcert / REPLAY jusq’12 janvier 2021 :
https://www.arte.tv/fr/videos/101256-001-A/roberto-alagna-garder-la-foi/

 

 

  

 

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano : SILVER AGE / l’Âge d’argent. Scriabine, Prokofiev, Stravinsky (Gergiev, 2 cd DG Deutsche Grammophon 2019)

Silver-Age daniil trifonov scriabine straninsky prokofiev 2 cd deutsche Grammophon critique cd review CLIC de classiquenews decembre 2020CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano : SILVER AGE / l’Âge d’argent. Scriabine, Prokofiev, Stravinsky (Gergiev, 2 cd DG Deutsche Grammophon 2019). De tous les albums du jeune Daniil Trifonov, Ă©ditĂ©s par DG, voici assurĂ©ment le plus dense, le plus personnel, portĂ© par une volontĂ© interprĂ©tative qui fait feu de tout bois. La digitalitĂ© manifeste, d’une facilitĂ© dĂ©concertante sert un plan poĂ©tique, un calibrage sonore qui rĂ©ussit Ă  concilier intensitĂ© et profondeur (en cela ses Prokofiev sont d’une maturitĂ© ahurissante). Dans chaque partition choisie, le pianiste semble rĂ©vĂ©ler l’ineffable, il ouvre des portes et envisage des perspectives jamais Ă©coutĂ©es avant lui ; c’est un alchimiste lunaire, Ă  la fois facĂ©tieux et prodigieusement musical ; son acuitĂ© sonore s’exprime dans une Ă©lĂ©gance technicienne qui s’efface au profit du sens. Sublime maturitĂ© qui s’expose ici sans artifice et interroge les possibilitĂ©s du clavier invitĂ© Ă  Ă©galer voire surpasser les mille Ă©clats de l’orchestre. Dans la splendeur d’une sensibilitĂ© sincĂšre et directe qui touche par son intĂ©rioritĂ© calibrĂ©e, nuancĂ©e, naturellement subtile, le pianiste s’interroge sur la signification des Ɠuvres, semble y tisser des rĂ©sonances naturelles avec le contexte social et politique. Son style est nourri d’une conscience inĂ©dite, assumĂ©e, revendiquĂ©e mĂȘme (cf le texte du livret). Scriabine, Stravinsky, Prokofiev composent sous ses doigts magiciens, une sainte trinitĂ©, celle de l’avant-garde russe, Ă  l’époque des premiĂšres annĂ©es de l’Union SoviĂ©tique, quand Sergei Diaghilev sĂ©lectionnait et encourageait les « prodiges » russes.
La SĂ©ranade et l’Oiseau de feu de Stravinsky, la Sonate n°8 opus 84 de Prokofiev soulignent combien l’interprĂšte illumine par sa clairvoyance expressive, son sens de l’unitĂ©, cette modernitĂ© musicale Ă  l’Ɠuvre.
On ne s’étonne pas qu’il fasse ainsi du Concerto n°2 de Prokofiev une errance fantomatique aux Ă©clairs diffus, Ă©noncĂ©e Ă  reculons comme une lecture rembobinĂ©e aux allures de rĂȘve ressuscitĂ©. C’est une marche hallucinĂ©e au bord du prĂ©cipice Ă  laquelle rĂ©pond cette radicalitĂ© rythmique franche et autodĂ©terminĂ©e : toujours avec une digitalitĂ© Ă©tonnante, aux nuances de toucher d’une irrĂ©sistible justesse. Ce qui distingue Trifonov de ses confrĂšres et consoeurs chez DG (tel Yuja Wang elle aussi adepte de Prokofiev, mais avec une finesse expressive moindre et une technicitĂ© plus « tapageuse »), c’est sa propre sonoritĂ© toujours ronde et introspective, nuancĂ©e, colorĂ©e, Ă©nigmatique tant elle est riche de questionnements. D’autant que Gergiev sait lui aussi diffuser entre Ă©nergie et exubĂ©rance, des Ă©clats scintillants d’une grande portĂ©e suggestive.
CrĂ©Ă© Ă  Saint-Petersbourg en nov 1898, le seul Concerto pour piano opus 20 de Scriabine est une raretĂ© dont le manque de structure et de caractĂšre explique qu’il soit peu jouĂ©. CLIC_macaron_2014ƒuvre de jeunesse, le fa diĂšse mineur est une succession d’épisodes romantiques oĂč le fil s’égare entre ivresse et Ă©clairs crĂ©pusculaires. Cependant Trifonov en offre une lecture ardente, somptueusement soyeuse, qui cherche et trouve l’activitĂ© crĂ©pitante de champs souterrains. Le pianiste semble mĂȘme y dĂ©voiler une cohĂ©rence organique insoupçonnĂ©e.
DouĂ© d’une imagination narrative illimitĂ©e, Daniil Trifonov Ă©claire les 3 mouvements de Petrouchka entre expressivitĂ© et fulgurance. Le jeu pianistique exprime toutes les pĂ©ripĂ©ties de la marionnette suractive, hĂ©ros dĂ©risoire d’une fable qui n’est qu’une machinerie propre Ă  tuer toute ambition hĂ©roĂŻque. Pourtant un feu poĂ©tique et pĂ©taradant porte la poupĂ©e sublime, ici d’une prĂ©sence incandescente. Double coffret magistral. Daniil Trifonov affirme un talent exceptionnel qui en fait le pianiste russe le plus captivant de sa gĂ©nĂ©ration.

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano : SILVER AGE / l’Âge d’argent. Scriabine, Prokofiev, Stravinsky (Gergiev, 2 cd DG Deutsche Grammophon) – EnregistrĂ© en janvier et octobre 2019. CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020.

Livre événement, critique. Michel Fano : Lulu et aprÚs ? (AEDAM)

LULU et apres michel Fano 2020 aout critique livre classiquenews opera critique classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, critique. Michel Fano : Lulu et aprĂšs ? (AEDAM). Wagner a fait Ă©voluer la forme de l’opĂ©ra romantique, vers une totalitĂ© continue, fusionnant chant orchestral et voix. Berg au dĂ©but du XXĂš va plus loin encore avec Wozzeck puis, Lulu : le compositeur radicalise l’opposition du tonal Ă  l’atonal, soulignant combien l’affirmation de la dissonance est aussi un marqueur dans l’évolution du drame. La pensĂ©e musicale et les intentions qui structurent le parcours et les choix formels fondent la modernitĂ© de l’opĂ©ra chez Berg. A cette conception unique de l’unitĂ© et de la cohĂ©rence, rĂ©pondent les Ă©lĂ©ments qui l’enrichissent encore : « le rĂ©alisme du sujet, son message social ou son Ă©criture dodĂ©caphonique (parfois mise Ă  mal !) » et aussi « les quelques envolĂ©es malherienne ou puccinienne chĂšres Ă  l’auteur..
In fine, Michel Fano dĂ©montre par de nombreux exemples comment le drame repensĂ© par Berg, prolonge encore la rĂ©volution lyrique wagnĂ©rienne, usant mĂȘme de formes cinĂ©matographiques, jusqu’à songer Ă  un film dont il avait prĂ©cisĂ© le scĂ©nario. Ici, dans le flux visuel et musical qui s’écoule, s’unissent son, mot et image. A partir d’une nouvelle gamme de 12 sons prĂ©dĂ©finis, Berg imagine tout au millimĂštre ; il « dĂ©crit non seulement ses dĂ©cors, mais aussi ses mises en scĂšne et jusqu’aux gestes demandĂ©s aux interprĂštes sur un instant musical prĂ©cis. » Le compositeur Ă©coute et voit tout ce qui fait sens. Analyse complĂšte et d’une rare pertinence.

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Livre Ă©vĂ©nement, critique. Michel Fano : Lulu et aprĂšs ? – Ă©diteur : AEDAM / Coll. Musiques XX-XXIe siĂšcles – 184 pages. Parution : aoĂ»t 2020. Cotage : AEM-230 – ISBN : 978-2-919046-78-2 – Prix : 27 euros.
https://www.musicae.fr/livre-Lulu-et-apres–de-Michel-Fano-230-214.html

1001 NOTES : Simon Ghraichy & friends (1er e-concert 2020)

E-CONCERT, SIMON GHRAICHY & FRIENDS, ven 27 nov 2020, 21h. E-concert proposĂ© par le festival 1001 NOTES. AprĂšs ses concerts en direct, les premiers du genre, pour rĂ©sister aux effets asphyxiants du premier confinement (cycle « AUx Notes citoyens »), voici la nouvelle offre du festival 1001 NOTES : les e-concerts avec rĂ©munĂ©ration au chapeau ; en accĂšs libre, chaque programme est aussi un appel au don pour soutenir l’organisation et le maintien de concerts pour le plus grand nombre.

PrĂ©curseur depuis le dĂ©but de la crise, le Festival 1001 Notes s’est toujours donnĂ© pour mot d’ordre de combattre la morositĂ© et de rĂ©sister autant que possible.
Les concerts « évasion » ainsi diffusĂ©s en streaming qualitĂ© HD, ont Ă©tĂ© captĂ©s cet Ă©tĂ© en plein air, depuis les hauts lieux patrimoniaux du Limousin. La programmation digitale permet donc de communiquer l’attractivitĂ© touristique du territoire limousin, Ă©crin de Nature exceptionnel en RĂ©gion Nouvelle-Aquitaine, qui fait aussi le charme irrĂ©sistible du festival 1001 chaque Ă©tĂ©.

 

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concerts-1001-NOTES-simon-ghraichy-e-concert-au-chapeau-annonce-critique-concert-classiquenews-concerts-sur-internet-annonce

 

PREMIER CONCERT1001-NOTES-festival-concerts-annonce-critique-sur-classiquenews
Vendredi 27 novembre 2020
« Simon Ghraichy & Friends »
De 21h Ă  22h
Simon Ghraichy (piano), ClaraYsé (chant), Rana Gorgani (Danse Derviche), DJ Louis Lacoste (percussions).
Concert enregistré en août 2020 sur Lac de VassiviÚre
https://festival1001notes.com/agenda/evenement/e-concert-simon-ghraichy-2020?fbclid=IwAR22lbrqRdFA5mVUaG6OQ7Tqnjs2w-eaiZVHAeqx9l2-pS12ydGsC6ojc8s

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22h15 : « questions / réponses » avec Simon Ghraichy
​Le concert est suivi d’un moment d’échanges en direct avec les artistes, prĂ©sents pour l’occasion sur la pĂ©niche de 1001 Notes. Ils rĂ©pondront aux questions posĂ©es par les internautes en amont et pendant le concert.

 

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PARTICIPATION LIBRE / CAGNOTTE
https://festival1001notes.com/agenda/evenement/e-concert-simon-ghraichy-2020?fbclid=IwAR22lbrqRdFA5mVUaG6OQ7Tqnjs2w-eaiZVHAeqx9l2-pS12ydGsC6ojc8s

 

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TEASER vidéo
Simon Ghraichy & friends sur l’Île de VassiviĂšre (Ă©tĂ© 2020)
https://www.youtube.com/watch?v=s_EjuPfOiGk

 

 

 

 

AUDITO 2.0 : concert Beethoven en direct en ligne par l’ON LILLE Orchestre National de Lille

ORCHETSRE-NATIONAL-DE-LILLE-AUDITO-2.00-concert-digital-en-direct-depuis-l-auditorium-du-nouveau-siecle-lille-annonce-critique-concert-classiquenewsLILLE : sam 14 nov 2020, 20h, en direct sur YOUTUBE. L’Orchestre National de Lille poursuit ses concerts digitaux, retransmis sur sa chaĂźne youtube (youtube/ONLILLE). Samedi, 2Ăš session, en direct depuis l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle de Lille : dans le cadre de sa thĂ©matique du HÉROS, le National de Lille cĂ©lĂšbre la force et l’engagement d’un hĂ©ros romantique par excellence, combattant devant l’adversitĂ©, courageux, inspirĂ©, dĂ©fiant la fatalitĂ© qui le rongeait de l’intĂ©rieur Ă  cause d’une surditĂ© croissante, un comble pour un compositeur.

 

 

VOIR le concert en direct : https://www.youtube.com/user/ONLille

emotions-beethoven-concert-critique-classiquenews

 

 

Beethoven 2020Pour cĂ©lĂ©brer le 250Ăš anniversaire de Beethoven en 2020, voici un programme vivifiant affirmant le gĂ©nie rĂ©formateur de l’écriture beethovĂ©nienne : ouverture de Leonore III (troisiĂšme et derniĂšre mouture pour son opĂ©ra Fidelio, l’opĂ©ra manifeste, hymne pour la libertĂ© et la fraternitĂ© contre toutes les tyrannies du monde connu) ; puis la sublime symphonie n°4, tout entiĂšre portĂ©e par un irrĂ©pressible dĂ©sir, une envahissante ambition
 l’envie martialle et tendre Ă  la fois d’en finir pour l’avĂšnement d’une Ăšre nouvelle. Plus subtile et introspective que la 3 « HĂ©roique », la 4Ăš regorge d’un feu intĂ©rieure d’une sensibilitĂ© intacte : l’Adagio s’il ne fallait citer qu’un Ă©pisode parmi les 4 mouvements, dĂ©borde de voluptĂ© et de rĂȘverie tendre ainsi que le souligne avec pertinence Berlioz, admirateur zĂ©lĂ©. IntitulĂ© « émotions beethovĂ©niennes », le concert a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© dans le cadre de la nouvelle saison 2020 2021 de l’ON LILLE.

Écrite Ă  l’étĂ© 1806, la Symphonie n°4 prĂ©sente un visage lĂ©ger et souriant de Beethoven. Alors amoureux de la Comtesse van Brunswick, le compositeur conçoit en miroir, une Ɠuvre joyeuse, rapide, ardente. Premier chef invitĂ© de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille, Jan Willem de Vriend, dirige l’étonnante partition que Schumann comparait Ă  « une svelte jeune fille ».

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Programme BEETHOVEN 2020
Pour le 250Ăš anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven

 

 

BEETHOVEN
Leonore III, ouverture

BEETHOVEN
Symphonie n°4

 

 

Orchestre National de Lille
Jan Willem de Vriend, direction

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Informations programme « émotions beethovĂ©niennes » sur le site de l’ONL Orchestre National de Lille :
https://www.onlille.com/saison_20-21/concert/emotions-beethoveniennes/

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CD Ă©vĂ©nement. REYNALDO HAHN : L’üle du rĂȘve (Dubois, Sargsyan
 Niquet, 2020) 1 cd OpĂ©ra français Pal Bru Zane

ile-du-reve-hahn-cd-niquet-dubois-cd-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-octobre-2020-BZ-1042-PHYSICAL-front-OK-654x1024-cd-classiquenews-opera-critiqueCD Ă©vĂ©nement. REYNALDO HAHN : L’üle du rĂȘve (Dubois, Sargsyan
 Niquet, 2020) 1 cd OpĂ©ra français Pal Bru Zane. L’üle du rĂȘve (« idylle polynĂ©sienne crĂ©Ă© en 1898), c’est assurĂ©ment l’extase amoureuse qui lie dĂšs le premier acte, MahĂ©nu et Loti, la jeune polynĂ©sienne de 
 16 ans, et l’officier français plus mĂ»r, excitĂ© Ă©videmment de s’offrir ainsi les charmes d’une adolescente indigĂšne. Il y a du Massenet dans cette Ă©criture tendre et envoĂ»tĂ©e ; le second acte commence comme une ouverture nĂ©obaroque, oĂč rĂšgnent surtout la voluptĂ© capiteuse des cordes : la direction trĂšs kitsch du chef soigne de fait le lyrisme sucrĂ© et la sĂ©duction chantante des mĂ©lodies, moins le raffinement millimĂ©trĂ© du style du jeune Hahn, trĂšs français dans son sens des couleurs Ă  la fois suaves, et tendres et d’un lyrisme Ă©perdu.
CĂŽtĂ© chanteurs, on dĂ©plore les timbres usĂ©s, lisses et ternes de H Guilmette (MahĂ©nu) comme Thomas DoliĂ© (TaĂŻrapa) Ă  peine reconnaissables ; peu de texte, un chant sombre et bas pour lui ; un vibrato et un timbre voilĂ© pour la soprano que l’on a connu plus claire et mordante. Sa MahĂ©nu paraĂźt bien mĂ»re et dĂ©jĂ  fatiguĂ©e malgrĂ© son jeune Ăąge
 Dommage. On se prend Ă  rĂȘver Ă  ce qu’aurait pu apporter ici Jodie Devos dans un rĂŽle qui lui correspond
 Ă©trange choix de distribution.
TrĂšs bavard, volubile et bien timbrĂ© au chant naturel (mais Ă  l’articulation en peine), le Tsen-Lee de Artavazd Sargsyan tire son Ă©pingle du jeu (surtout en II), car il maĂźtrise la caractĂšre du personnage, Ă©bloui, sincĂšrement Ă©pris de la jeune MahĂ©nu, comme l’est Loti. Ce dernier, Cyrille Dubois affirme une mĂȘme incarnation parfaite, ardente et tendue Ă  la fois, toujours dans le texte : intelligible. Une leçon de clartĂ© chantante. Autre Ă©toile fĂ©minine, elle aussi ardente, la TĂ©ria, plus tragique que sa cadette MahĂ©nu, de la mezzo Ludivine Gombert qui sait approfondir et enrichir la couleur de son personnage : sombre, grave, dĂ©sespĂ©rĂ© car elle ne se remet pas de la mort de son aimĂ© (RouĂ©ri). Hahn a Ă©crit pour les deux jeunes femmes, deux portraits hyperfĂ©minins qui concentrent tous les fantasmes fin de siĂšcle pour le sexe faible, adolescent et exotique : comment ne pas penser en lisant ce livret de Pierre Loti, Ă  l’attraction contemporaine qu’éprouve alors le peintre Gauguin pour les belles polynĂ©siennes ? VoilĂ  que Hahn se perd et s’égare avec dĂ©lices (sensuels) dans le jardin des filles fleurs de Parsifal
 en une Ăźle musicalement il est vrai enchantĂ©e.
D’ailleurs le prĂ©lude du IIIĂš acte, cite expressĂ©ment Wagner, chant choral enamourĂ©, et en langue tahitienne
 Chez la princesse Orena qui donne un bal, Hahn y prĂ©cise davantage son Ă©vocation polynĂ©sienne et donne Ă  la coloratoure de MahĂ©nu les accents de LakmĂ© de Delibes, ou de LeĂŻla des PĂȘcheurs de perles de Bizet. Il y a aussi en filigrane les effets du tourisme sexuel auquel s’adonne les soldats et officiers Ă©trangers dans les Ăźles, sĂ©ducteurs inconstant et oublieux, bourreaux des coeurs : Puccini traite tout cela dans Madama Butterfly, jouant des contrastes Ă©motionnels entre la sincĂ©ritĂ© des serments inconstants trop volages et l’amertume des jeunes filles Ă©prises Ă  jamais trahies, perdues de s’ĂȘtre prises Ă  ce jeu d’amour et de dupes.
CLIC_macaron_2014Du reste le Français Loti amant de MahĂ©nu a cette lĂąchetĂ© bien tendre de ne pas avouer Ă  celle qu’il dit aimer, qu’il part rejoindre la France. Que fera en rĂ©alitĂ© la belle polynĂ©sienne ? Suivre son amant français hors de son Ăźle ? Ou demeurer sur l’üle d’extase qui lui a rĂ©vĂ©lĂ© la voluptĂ© et dont elle ne peut quitter la chaleur florale, le doux terroir qui la fait vivre ? Hahn mĂ©nage le suspens et cette interrogation centrale, cultivant la rĂ©ussite dramatique de cet opĂ©ra miniature, aussi raffinĂ© et mesurĂ© que court et fugace (comme les amours qui y sont Ă©voquĂ©es). « A demain, Ă  demain  » les amants suivront-ils leur serment d’un dĂ©part Ă  deux, pour construire cette ocĂ©anie amoureuse idyllique ? La partition ici en premiĂšre mondiale, mĂ©ritait absolument d’ĂȘtre enregistrĂ©e : c’est un CLIC pour la dĂ©couverte et la rĂ©vĂ©lation qui en dĂ©coule, malgrĂ© les faiblesses de la rĂ©alisation. Au cĂŽtĂ©s des chanteurs, l’orchestre munichois n’a pas la sĂ©duction des timbres d’un orchestre romantique sur instruments historiques qui aurait Ă©tĂ© autrement plus sĂ©ducteur et convaincant. Dans cet Ăźle du rĂȘve, Reynaldo Hahn a transmis son gĂ©nie musical (Ă  17 ans), extatique, onirique, tendre. D’une dĂ©licatesse et d’un raffinement
 miraculeux.

REYNALDO HAHN : L’üle du rĂȘve, 1898. 1 LIVRE DISQUE, 1 cd, 127 pages. Enregistrement rĂ©alisĂ© au Prinzregententheater, Munich, les 24 et 26 janvier 2020.

Cd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd Alpha

Symphonie 7 MAHLER, Alexandre BLOCH, Orchestre National de LilleCd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd Alpha. Dans le prolongement de leur « épopĂ©e » symphonique dĂ©diĂ©e au Symphonies de Mahler et qui occupait une grande partie de leur annĂ©e 2019, les musiciens de l’Orchestre National de Lille, et leur directeur musical (depuis 2016) Alexandre Bloch proposent ici la moins enregistrĂ©e des symphonies mahlĂ©riennes, l’une des plus personnelles aussi, et qui repousse toujours plus loin les limites expressives de l’orchestre, dans un format inĂ©dit (5 mouvements oĂč le Scherzo « axial / central » est entourĂ© de deux mouvements lents « Nachtmusik).

MystĂ©rieux, et presque Ă©nigmatique, le premier mouvement de plus de 20 mn se dĂ©veloppe avec une expertise rare des Ă©tagements et des atmosphĂšres. Cette sĂ©quence initiale pourrait tourner indĂ©pendamment des autres qui suivent tant son dĂ©veloppement repose sur un plan architectural Ă  la fois ample et fermĂ©. L’Orchestre joue heureusement des timbres des cuivres, cordes, bois et vents, dans un Ă©quilibre sonore constant, oĂč brillent aussi des accents parfaitement maĂźtrisĂ©s.
La Nachtmusik 1 affirme son caractĂšre d’enivrement Ă©toilĂ©, abandon dans une opulence sonore qui berce et enchante ; le chef cisĂšle et caresse cette ambiance de harpe cĂ©leste et nocturne (inspirĂ©e de la Ronde de Nuit de Rembrandt) ; il est sculpte le rythme de marche Ă©nigmatique et hallucinĂ©e, vĂ©ritable « chant de la nuit » qui donne son titre Ă  la symphonie.
Le Scherzo mord et dĂ©chire la toile tissĂ©e jusque lĂ  avec une Ă©tonnante prĂ©cision expressive, des accents exacerbĂ©s et lascifs inĂ©dits (aux cordes principalement, violons, violoncelles et contrebasses). Comme un prĂ©figuration de la Valse ravĂ©lienne, au dĂ©veloppement orgiaque, ce sont des pointes plus sarcastiques que fantomatiques, un crĂ©pitement continu de timbres sculptĂ©s avec une acuitĂ© renouvelĂ© qui dĂ©coule d’une superbe cohĂ©sion collective : danse avec la mort, plutĂŽt convulsions et hoquets (bassons) face au rĂ©alisme mortifĂšre qui s’impose Ă  l’esprit d’un Mahler, habitĂ© par de fulgurantes et fantastiques visions.
La Nachtmusik 2 sĂ©duit et enchante elle aussi comme l’ultime sĂ©rĂ©nade romantique ciselĂ©e en un lyrisme enivrĂ© parfois comme parodiĂ© car Mahler ne manque jamais d’autodĂ©rision ni d’ironie sur lui-mĂȘme : lĂ  encore la voluptĂ© des bois, l’acuitĂ© plus Ăąpre des cordes captivent par leur sens du relief et de la vie. Le chef saisit son caractĂšre « amoroso » alliant Ă  l’ironie affleurante, la sincĂ©ritĂ© amoureuse la plus tendre. De ce point de vue, la maĂźtrise des registres captive.
Le dernier mouvement (rondo en ut majeur) dĂ©voile le niveau d’éloquence et de puissance, d’expressivitĂ©, d’activitĂ© poĂ©tique acquise par le National de Lille : une fĂ©erie fusionnĂ©e Ă  la grandiloquence d’un thĂ©Ăątre dĂ©bridĂ©, dĂ©lirant, volontiers Ă©clectique (cf. les maintes citations musicales anciennes, baroques et classiques). La verve crĂ©ative de Mahler s’y dĂ©ploie sans limites, avec cette prĂ©science du zapping musical, versatilitĂ© flexible, richesse jaillissante du gĂ©nie crĂ©ateur (sublimĂ© dans la 8Ăš Ă  venir) : n’a t il pas dirigĂ© l’OpĂ©ra de Vienne, connaisseur expert de tant d’opĂ©ras ?  Falstaffien, Alexandre Bloch semble nous rĂ©vĂ©ler la jouissance dyonisiaque d’un Mahler enivrĂ© par sa propre invention : le rire, la joie et au delĂ , le bonheur de composer. S’y affirme ce goĂ»t de la construction et de l’architecture thĂ©Ăątrale qui s’affirmeront dĂ©finitivement dans la scĂšne colossale de la 8Ăš (sa seconde partie CLIC_macaron_2014d’aprĂšs le Faust de Goethe, vĂ©ritable opĂ©ra symphonique que l’Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch ont Ă©galement marquĂ© par leur interprĂ©tation engagĂ©e : voir notre reportage vidĂ©o de la Symphonie n°8 des mille de Mahler par Alexandre Bloch). Ici triomphe la joie assumĂ©e, l’humour le plus libre, exception parmi toutes les conclusions mahlĂ©riennes. Sublime et cohĂ©rente approche. Le directeur musical du National de Lille depuis 2016 a eu bien raison de choisir cette 7Ăš, si peu enregistrĂ©e et encore mĂ©sestimĂ©e : la lecture est indiscutable, convaincante, d’une irrĂ©sistible intelligence. CLIC de CLASSIQUENEWS octobre 2020.

 

 

 

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Cd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd Alpha, enregistrĂ© en 2019 Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. DurĂ©e: 1h14mn.

ChorĂ©gies d’Orange 2020 : tout sur le NET

ORANGE-2020-operas-critique-classiquenews-annonce-juillet-2020CHORÉGIES D’ORANGE 2020. A l’heure de la covid19, la circulation internationale des artistes Ă©tant rĂ©duite (probablement jusqu’à la fin de l’annĂ©e 2020), les ChorĂ©gies d’Orange se mettent au diapason de la mĂ©moire et propose une maniĂšre de rĂ©trospective, avec focus sur quelques unes des plus belles rĂ©alisations passĂ©es. Un retour sur
 en quelque sorte. Histoire des ChorĂ©gies sur le site et la page facebook (exposition photographique jusqu’au 23 juillet 2020 / 1979 – 2009 : 40 ans de photos rĂ©alisĂ©es par Philippe Gromelle : Quarante ans de photos aux ChorĂ©gies d’Orange retracĂ©s grĂące Ă  huit courtes vidĂ©os d’environ 5 minutes. Huit Ă©pisodes, qui traiteront chacun d’un thĂšme emblĂ©matique du festival lyrique:  «Musiques en fĂȘte», «MĂ©tamorphoses d’un opĂ©ra : de la maquette au spectacle», «Les voix lĂ©gendaires», «Les chefs d’orchestre  et les metteurs en scĂšne», «Les artistes prĂ©sents en 2020», «L’opĂ©ra le plus joué», «Les plus beaux  souvenirs de Philippe Gromelle» et «Le public des ChorĂ©gies») ; retransmisions sur France TĂ©lĂ©visions et culturebox de 3 productions emblĂ©matiques :

 

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OPERAS EN REPLAY  jusqu’au 19 dĂ©cembre 2020

VERDI : Il Trovatore (2015)
PUCCINI : Madama Butterfly (dĂšs le 4 juillet, Orange 2016)
VERDI : Requiem (dĂšs le 18 juillet 2020, Orange 2016)

et sur France Musique, programmes spĂ©cial ChorĂ©gies d’Orange, les 5 juillet, 12 juillet puis 1er aoĂ»t 2020.

Ă  venir
Ce n’est plus un secret, les ChorĂ©gies d’Orange 2021 prĂ©senteront SAMSON ET DALILA  de SAINT-SAËNS avec Roberto Alagna et Marie-Nicole Lemieux, Samedi 10 juillet 2021

 
 

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NOTRE AVIS

VERDI : Il Trovatore (Orange, 2015). Rien de confus ou alambiquĂ© dans l’opĂ©ra de Verdi : une lĂ©gende virile et fantastique qui narre la vengeance de la gitane mi sorciĂšre mi haineuse Azucena, laquelle recueille et Ă©lĂšve son « fils » Manrico ; celui ci aime Leonora, elle-mĂȘme adorĂ©e par le sombre et cynique Comte Luna. Manrico et Luna s’opposent, se haĂŻssent : Luna fait condamner Manrico par jalousie, avant d’apprendre de la bouche d’Azucena qu’il Ă©tait son frĂšre ; ainsi se venge la sorciĂšre dont le vĂ©ritable enfant a Ă©tĂ© tuĂ©, brĂ»lĂ© vif par le premier comte de Luna
 Ainsi se rĂ©alisent les haines de clans, sacrifiant les enfants pour venger l’honneur des parents.
Verdi exploite les ressorts dramatiques d’une sombre histoire familiale oĂč les enfants perpĂ©tuent la barbarie des parents. Transmission de l’esprit du soupçon, des manipulations et du mensonge, l’action est celle de la vengeance sourde mais inĂ©luctable
 DĂšs la premiĂšre scĂšne, l’histoire de l’enfant brĂ»lĂ© est contĂ©e par une basse chantante, hallucinĂ©e, pĂ©nĂ©trĂ©e par l’horreur qu’il professe

Azucena-manrico-Lemieux-Alagna-ORANGE-2015-critique-opera-VERDI-il-trovatore-classiquenewsLa production d’Orange 2015 rĂ©unit une distribution convaincante ; la Leonora de la chinoise Hui He est plus mezzo dramatique (d’une belle rondeur cuivrĂ©e quoique souvent imprĂ©cise dans ses vocalises) ; son ampleur renforce l’autoritĂ© d’un personnage, Ă©carte l’angĂ©lisme du rĂŽle ; sa Leonora a des accents plus maternels que rĂ©ellement juvĂ©niles, et mĂȘme de plus en plus sombres Ă  la fin ; le Manrico de Roberto Alagna a fiĂšre allure, ardent et enivrĂ© mĂȘme, incarnant la virilitĂ© tendre du jeune amoureux, comme l’ardeur loyal du fils, prĂ©sent Ă  sa mĂšre (air du feu, nerveux et tendu), pris dans les rets d’une haine familiale qui le dĂ©passe. Luna, sombre, jaloux, Ă  la rancƓur aigre, braise inquiĂšte dans l’ombre de la lumiĂšre des deux amants permet au baryton roumain Georges Petean d’épaissir son personnage, mais l’interprĂ©tation reste parfois trop sage ; heureusement Ă  mesure que l’action se dĂ©roule, ce jaloux frustrĂ© gagne une sincĂ©ritĂ© croissante. Tandis que la sorciĂšre de Lemieux atteint des Ă©clats tĂ©nĂ©bristes et graves dans le rĂ©cit de la mort de son fils croisĂ© avec le visage de sa mĂšre brĂ»lĂ©e vive
. Une trĂšs belle interprĂ©tation. La direction de de Billy est active, mais lourde et brutale ; et la mise en scĂšne de Charles Roubaud, routiniĂšre mais lisible, jusqu’à l’épure oratorienne Ă  la fin. DurĂ©e : 2h20mn.
Culturebox. En replay jusqu’au 27 dĂ©cembre 2020
https://www.france.tv/france-3/tous-a-l-opera-2018/966403-il-trovatore-de-verdi-aux-choregies-d-orange-2015.html

Roberto Alagna, Manrico
Hui He, Leonora
Marie Nicle Lemieux
George Petean, Comte de Luna
Orchestre National de France
Bertrand de Billy, direction
Charles Roubaud, mise en scĂšne

CD, Ă©vĂ©nement, critique. CHAUSSON le littĂ©raire / Musica Nigella : Chanson perpĂ©tuelle, La TempĂȘte, Concert opus 21 (1 cd Klarthe records)

klarthe-records-CHAUSSON-la-tempete-cd-critique-classiquenews_takenori-nemoto-ensemble-musica-nigella-chausson-le-litteraire-2020CD, Ă©vĂ©nement, critique. CHAUSSON le littĂ©raire / Musica Nigella : Chanson perpĂ©tuelle, La TempĂȘte, Concert opus 21 (1 cd Klarthe records)   –   On ne soulignera jamais assez le gĂ©nie d’Ernest Chausson, Ă©toile du romantisme français, fauchĂ© trop tĂŽt (Ă  44 ans). Ses Ɠuvres, certes peu nombreuses tĂ©moignent aux cĂŽtĂ©s des germaniques Liszt, Schumann, Brahms
, d’une aisance singuliĂšre Ă  l’époque du wagnĂ©risme gĂ©nĂ©ral, d’un tempĂ©rament unique et inclassable que le programme du disque Ă©ditĂ© par Klarthe Ă©claire avec raison. Comme Schumann entre autres, Chausson est grand lecteur et amateur de poĂ©sie (d’oĂč le titre « Chausson littĂ©raire »). Il frĂ©quente auteurs et Ă©crivains, dont Maurice Bouchor qui fournit le livret des PoĂšmes de l’amour et de la mer, cycle emblĂ©matique dĂ©sormais de la mĂ©lodie française.

Au menu de ce recueil opportun, 3 partitions, non des moindres : Chanson perpĂ©tuelle opus 37, ultime piĂšce de Chausson inspirĂ© par le texte de Charles Cros ; les musiques de scĂšne pour La TempĂȘte (d’aprĂšs Shakespeare) et le Concert pour violon, piano et quatuor Ă  cordes opus 21, composĂ© simultanĂ©ment Ă  son opĂ©ra Le Roi Arthus, et dont le prĂ©texte rĂ©alise une nouvelle de Tourgueniev. En petit effectif, l’ensemble Musica Nigella perpĂ©tue un certain art du chambrisme Ă  la française : dans les Ă©quilibres des plans sonores, le relief caractĂ©risĂ© des timbres instrumentaux auxquels se joint les deux voix (dans la TempĂȘte, associĂ©es dans le duo de Junon et CĂ©rĂšs), se dĂ©finit avec franchise, la forte sensibilitĂ© d’un Chausson, wagnĂ©rien proclamĂ© qui cependant reste un tempĂ©rament hexagonal, rĂ©solument tournĂ© vers la clartĂ© et la transparence. La prise live ajoute Ă  l’excellente caractĂ©risation du geste collectif, ce dans chaque sĂ©quence.

D’emblĂ©e la riche texture des cordes imprime Ă  Chanson PerpĂ©tuelle sa densitĂ© expressive, son ampleur orchestrale (Chauson n’a pas reçu pour rien l’enseignement de Massenet puis surtout la rĂ©vĂ©lation de la spiritualitĂ© Franckiste) ; et dans le sillon wagnĂ©rien, la lyre des cordes diffuse son caractĂšre de malĂ©diction tenace, de poison Ă©vanescent, comme en Ă©cho Ă  la douleur tragique de l’hĂ©roĂŻne du poĂšme de Cros. C’est la langueur perpĂ©tuelle et infinie d’une blessure Ă  jamais ouverte, tel Amfortas alangui, figĂ© dans son extase meurtrie. Le timbre sombre et cuivrĂ© de la soliste (ElĂ©onore Pancrazi), Ă  la fois sombre et relativement intelligible Ă©claire idĂ©alement cette lumiĂšre des tĂ©nĂšbres qui rayonne d’un bout Ă  l’autre.

La TempĂȘte impose immĂ©diatement son flux dramatique et une narrativitĂ© Ă©loquente en lien avec le texte passionnĂ© et naturaliste de Shakespeare. Musica Nigella en offre la restitution de la version de chambre que Chausson avait Ă©crite lui-mĂȘme (pour voix et 6 instruments : flĂ»te, violon, alto, violoncelle, harpe, cĂ©lesta) aux cĂŽtĂ©s de la version orchestrale mieux connue. Celle ci a bĂ©nĂ©ficiĂ© de ce premier Ă©tat dont la prĂ©sente lecture accuse la prodigieuse imagination du texte poĂ©tique ; y souffle le vent sur les flots, une mer bouillonnante, celle qui isole l’üle magique fantastique de la piĂšce shakespearienne, avec en gĂ©nie insaisissable et spirituel, le facĂ©tieux Ariel, esclave (asservi Ă  Prospero) et pourtant dĂ©itĂ© aĂ©rienne


Les instrumentistes savent articuler et caractĂ©riser chaque sĂ©quence de La TempĂȘte qui gagne ainsi un relief capiteux ; Ă©videmment d’abord par la voix d’Ariel (aĂ©rienne, invocatrice, suave) qui ouvre et conclut le cycle des 6 Ă©pisodes. La restitution pour instruments dont le cĂ©lesta apporte des couleurs infiniment poĂ©tiques Ă©clairant le personnage d’un esprit contraint Ă  servir le tyran de l’üle dans sa folie ; douĂ© d’une imagination sans limites, Ariel enchante et captive, comme le pur esprit Puck, complice des enchantements Ă©quivoques dans le Songe d’une nuit d’étĂ© du mĂȘme Shakespeare.  D’une partition fidĂšle au drame, les instrumentistes expriment le caractĂšre fantastique et profondĂ©ment langoureux qui plonge dans le mystĂšre ; le portrait d’Ariel atteint une Ă©paisseur rĂ©jouissante. L’équilibre et la voluptĂ© du son tout en complicitĂ© ressuscite la verve shakespearienne de Chausson.

 

 

Dirigé par Takénori Némoto, Musica Nigella
dévoile avec passion et vivacité

Ernest Chausson, littéraire et ténébriste


 

 

chaussonDense et dramatique, le Concert pour violon, piano et quatuor Ă  cordes opus 21 Ă©claire le travail spĂ©cifique de Chausson sur la forme concertante, dans l’esprit des Baroques français. La plasticitĂ© formelle qui met en scĂšne les divers instruments, en particulier le violon (la piĂšce crĂ©Ă©e en 1892 est dĂ©diĂ©e au lĂ©gendaire violoniste belge EugĂšne YsaĂże) jouant sur les combinaisons possibles dĂ©voile tout ce qui intĂ©resse alors le compositeur wagnĂ©rien, trĂšs fidĂšle Ă  l’esthĂ©tique cyclique de Franck : opposition, confrontation, dialogue virtuose et fulgurant des voix solistes ainsi entremĂȘlĂ©es. Libre et fantaisiste, l’opus 21 en quatre parties offre une maniĂšre d’alternative spĂ©cifiquement française au plan quadripartite de forme sonate lĂ©guĂ©e par les classiques viennois.

Le premier mouvement « dĂ©cidé » ouvre large et puissant le champs expressif entre gravitĂ© et tension mĂ©lancolique et aussi une ĂąpretĂ© mordante qu’enrichit une sonoritĂ© d’une suavitĂ© profonde comme envoĂ»tĂ©e. Le chant du violon, comme portĂ© par le piano d’une souplesse enivrĂ©e, libĂšre la tension ; il chante sans entrave en un jeu dialoguĂ© Ă  deux voix d’une ivresse Ă©perdue.
La Sicilienne, brĂšve voire fugace adoucit la tension du premier mouvement en une lĂ©gĂšretĂ© 
 trop fragile pour durer. Car le mouvement qui suit a occupĂ©, semble-t-il toutes les ressources du compositeur : c’est le sommet Ă©vident de la partition. S’y dĂ©ploie, tenace, en vagues lancinantes, amĂšres, toute la langueur Ă©tirĂ©e Ă  l’extrĂȘme d’un dĂ©nuement viscĂ©ral, Ă©noncĂ© en un glas lugubre ; ainsi ce 3Ăš mouvement ou « Grave » distingue dĂ©finitivement le mode introspectif quasiment hallucinĂ©, hagard que chĂ©rit tant Chausson soit plus de 10 mn d’un climat suspendu, noir presque inquiĂ©tant 
 il faut bien cette soie des tĂ©nĂšbres, au recul vertigineux qui semble traverser le miroir pour que jaillisse comme insouciante la progression palpitante du Finale « trĂšs animé » (mais ici parfaitement articulĂ©) oĂč rayonne enfin, dans la lumiĂšre, l’admirable double chant, violon / piano.

CLIC D'OR macaron 200L’intĂ©rĂȘt du disque relĂšve de la philosophie mĂȘme du label Klarthe ; favoriser l’émergence des nouvelles gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes français (Musica Nigella est nĂ© dans le Pas de Calais en 2010) tout en assurant l’exploration d’oeuvres encore mĂ©connues et pourtant passionnantes, comme c’est le cas des 3 partitions ainsi dĂ©voilĂ©es. On connaĂźt mieux aujourd’hui, la symphonie en si bĂ©mol opus 20 (sommet orchestral de 1891, contemporaine ici du Concert opus 21), Soir de FĂȘte opus 32, le PoĂšme pour violon et orchestre opus 25
 Musica Nigella a eu le nez fin de s’investir dans la restitution de chacune des Ɠuvres ici abordĂ©es. L’apport est majeur. La rĂ©alisation fine et engagĂ©e, d’une permanente intelligence expressive et poĂ©tique. Autant de caractĂšres d’un ensemble superbement mĂ»r, rĂ©jouissant par sa complicitĂ© active.

 

 

 

 

 

 

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. CHAUSSON le littĂ©raire / Musica Nigella : Chanson perpĂ©tuelle, La TempĂȘte, Concert opus 27 – (1 cd Klarthe records)
Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019 (Pas de Calais) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2020.

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/chausson-le-litteraire-detail

 

 

Musica Nigella
Takénori Némoto, direction musicale & reconstitution
Eléonore Pancrazi, mezzo-soprano (Chanson perpétuelle)
Louise Pingeot, soprano
Pablo Schatzman, violon
Jean-Michel Dayez, piano

Ernest Chausson
Chanson perpétuelle Op. 37 (1898)
La TempĂȘte Op. 18* (1888)
Concert Op. 21 (1891)

 

 

 

Approfondir

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Musica Nigella sur CLASSIQUENEWS, précédent cd édité par Klarthe (mai 2019) :

 

RAVEL exotique musica nigella critique cd annonce concerts classiquenews klarthe records critique classiquenews KLA083couv_lowCD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – Belles transcriptions (signĂ©es TakĂ©nori NĂ©moto, leader de l’ensemble) dĂ©fendues par le collectif Musica Nigella : d’abord le triptyque ShĂ©hĂ©razade (1903) affirment ses couleurs exotiques fantasmĂ©es, tissĂ©es, articulĂ©es, soutenant, enveloppant le chant suave et corsĂ© de la soprano Marie Lenormand (que l’on a quittĂ©e en mai dans la nouvelle production des 7 pĂ©chĂ©s de Weill Ă  l’OpĂ©ra de Tours). En dĂ©pit d’une prise mate, chaque timbre se dessine et se distingue dans un espace contenu, intime, rĂ©vĂ©lant la splendeur de l’orchestration ravĂ©lienne ; dĂ©sir d’Asie ; onirisme de La FlĂ»te enchantĂ©e ; sensualitĂ© frustrĂ©e de L’indiffĂ©rent. La soliste convainc par son intelligibilitĂ© et la souplesse onctueuse de son instrument. LIRE la critique complĂšte Ravel l’exotique / Musica Nigella

CD, critique. BEETHOVEN : Symph. 5 et 6 – Orchester Wiener Akademie, Martin Haselböck (1 cd Alpha 2018 – 2019)

beethoven-symphonie-5-et-6-re-sound-beethoven-14492ce1-ed79-4467-a54d-69a23c4d3802-wiener-akademie-haselbock-cd-critique-concert-classiquenews-300-finalCD, critique. BEETHOVEN : Symph. 5 et 6 – Orchester Wiener Akademie, Martin Haselböck (1 cd Alpha 2018 – 2019) – Comme une certaine version de Tosca dont chaque acte Ă©tait rĂ©alisĂ© dans les lieux fixĂ©s par l’action, ici l’Orchestre de l’AcadĂ©mie de Vienne / Orchester Wiener Akademie poursuit Ă  travers son cycle « Resound Beethoven » l’intĂ©grale des Concertos pour piano et des Symphonies enregistrĂ©s dans les lieux de leur crĂ©ation. Les 5Ăš et 6Ăš symphonies dont il est question ici concluent cette traversĂ©e patrimonialement authentique : les deux symphonies sont donc enregistrĂ©es dans le lieu de leur crĂ©ation le palais Niederösterreich Vienne ayant Ă©tĂ© un formidable tremplin pour la carriĂšre du jeune Ludwig qui avait quittĂ© Bonn sa ville natale pour Ă©tudier avec Haydn dans la capitale Habsbourg. Les qualitĂ©s de ce dernier enregistrement symphonique sont les mĂȘmes que celles dĂ©jĂ  constatĂ©es : Ă©panouissement sonore, ampleur et souffle de la spatialisation qui rĂ©tablit dans leur Ă©crin viennois, la formidable vitalitĂ© et l’esprit d’autodĂ©termination des opus. ‹L’abstraite et rien qu’énergique 5Ăš ou symphonie du destin, puis la plus narrative mais pas que descriptive 6Ăš « pastorale » : les deux partitions rendent compte idĂ©alement du gĂ©nie orchestral beethovĂ©nien. Formidable machine rythmique et pulsionnelle de la 5Ăš (dont tout le flux prĂ©pare Ă  l’éruption jubilatoire de l’Allegro final) ; captivante agrĂ©gation cellulaire qui dans la 6Ăš, au fur et Ă  mesure de son plan dramatique et organique, organise et structure le plan climatique de la symphonie.
haselbock-martin-resound-beethoven-orchester-wiener-akademie-cd-review-critique-cd-classiquenews-beethoven-2020Le chef viennois Martin Haselböck, organiste de formation, n’hĂ©site pas Ă  faire rugir les timbres, s’appuyant Ă©videmment sur la trĂšs forte identitĂ© naturelle des instruments historiques ; Ă  forcer le trait et la caractĂ©risation de chaque pupitre, dont surtout les vents et les bois, parfois de façon outrĂ©e, au dĂ©triment des nuances. avec certains tutti nettement et curieusement Ă©pais. Mais cela ne manque ni de nervositĂ© ni de tempĂ©rament. L’intensitĂ© et la volontĂ© y sont extraverties, parfois furieusement mise en avant. C’est servir franchement l’impĂ©tuositĂ© d’un Beethoven rĂ©volutionnaire. Pour autant le poĂšte si dĂ©licat dans l’expression de la magie pastorale de la 6Ăš est-il Ă©galement dĂ©fendu et audible ici ? Saluons la prise de son, idĂ©alement spatialisĂ©e qui confĂšre au IIĂš tableau de la Pastorale par exemple (Szene am bach / scĂšne au ruisseau – andante molto moto) sa fluiditĂ© continue dans une ambiance rĂ©ellement enveloppante. Tout n’est donc pas Ă  rejeter ici, loin de lĂ .

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CD, critique. BEETHOVEN : Symph. 5 et 6 – Orchester Wiener Akademie, Martin Haselböck / «  resound Beethoven », vol. 8 (1 cd Alpha 2018 – 2019)

CD, critique. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu (Gli Angeli, McLeod – 1 cd CLAVES, avril 2019)

bach js matthaus passion gli angeli stephan macleod cd critique review cd classiquenews 7619931301228_frontcover_grandeCD, critique. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu (Gli Angeli, McLeod – 1 cd CLAVES, avril 2019). Voyons d’abord les enjeux de la partition et ce qu’en souligne les interprĂštes…  Le nouvel ensemble genevois crĂ©Ă© par le baryton Stephen MacLeod, un habituĂ© du monde des cantates et des passions de JS BACH pour les avoir chantĂ© partout dans le monde sous la direction des chefs les plus aguerris dans ce rĂ©pertoire, aborde l’Everest du Baroque sacrĂ© (avec la messe en si). DonnĂ©e dĂšs le Vendredi Saint 1727 Ă  Saint-Thomas, avec ses orgues, chƓurs, continuos doubles, dans les deux tribunes du vaisseau Ă  Leipzig, la Passion selon saint-Matthieu est bien cette formidable machine fraternelle rayonnant de tendresse et de compassion. AprĂšs la Saint-Jean (1724), moins dĂ©taillĂ©e, plus abstraite, la Saint-Matthieu en deux parties, exprime les Ă©tapes de la Passion de JĂ©sus, mais sans emprunter Ă  l’opĂ©ra, selon le cadre strict des autoritĂ©s religieuses de Leipzig. Tandis que l’EvangĂ©liste (tĂ©nor) narre directement les faits, les textes additionnels de Picander, sollicitĂ© par Bach pour les arias, ariosos, choeurs (soit 12 chorals, repĂšres pour le fervent luthĂ©rien) explore les champs de la ferveur chez ceux qui reçoivent le message Ă©vangĂ©lique : la poĂ©sie implique l’auditeur en un acte de participation et de compassion Ă  chacune des situations du drame christique. JĂ©sus humain souffre dans sa chair (Mon Dieu pourquoi m’as tu abandonnĂ©?). Pourtant le traitement musical, s’il doit s’écarter des ficelles de l’opĂ©ra, souligne les points forts de la narration : foule haineuse contre solitude impuissante et doloriste de JĂ©sus. L’abandon, la souffrance, le dĂ©sespoir y sont particuliĂšrement aiguisĂ©s
La vision est trĂšs fouillĂ©e, abordant sans complexe la riche symbolique des deux choeurs d’ouverture et de conclusion par exemple: au dĂ©but, opposition dialectique entre l’Agneau de Dieu, innocent mais sacrifiĂ© ; et l’humanitĂ© errante, coupable, aveugle, en perdition ; dans le dernier chƓur, dĂ©ploration sur la mort de JĂ©sus porteur du salut, quand est refermĂ© son tombeau (dissonance Ă  peine audible)

Tout cela se lit dans la conception collective et trĂšs humaine de MacLeod ; le chef baryton confirme connaĂźtre la partition, ses enjeux, son sens profond. Surtout sa fonction cathartique qui implique les fervents : musiciens et public. Luther ajoute la nĂ©cessitĂ© de vĂ©ritĂ© pour toucher l’audience rassemblĂ©e dans l’écoute de la Passion : chaque scĂšne christique doit ĂȘtre vĂ©cue (Ă  la façon des mystĂšres mĂ©diĂ©vaux). La fonction de la Passion de Bach est celle d’une immense et irrĂ©pressible compassion collective : l’auditeur doit souffrir et vivre chaque sentiment aux cĂŽtĂ©s / avec JĂ©sus. Son premier serviteur, Bach lui-mĂȘme, pĂȘcheur, humble et modeste.
Stephen MacLeod emporte ainsi sa fine Ă©quipe degli Angeli, il enregistre la partition, dans le prolongement d’une tournĂ©e de 5 concerts en Suisse, et privilĂ©giant surtout la continuitĂ© du drame (en des prises parfois de plus de 10 mn au studio afin de prĂ©server la tension flexible et continue d’un seul tenant). Le texte est bien mis en avant.

Alors que penser de cette version qui s’inscrit dans plĂ©thore de lectures baroqueuses dĂ©jĂ  trĂšs impliquĂ©e et convaincante ? L’ÉvangĂ©liste de Werner GĂŒra n’est pas stylistiquement le plus prĂ©cis mais le rĂ©citant narrateur ne manque ni d’engagement ni de mordant. Il invective, prend Ă  tĂ©moin, vivife le fil narratif.
Parmi les solistes de ce drame trĂšs incarnĂ© – le propre de la musique instrumentale de Bach et des textes ajoutĂ©s, rĂ©alisĂ©s par Picander Ă  la demande du compositeur : l’alto Alex Poter, droit, ardent, intense, brillant comme un mĂ©tal poli exprime les pleurs de JĂ©sus trahi par Pierre (CD2,plage 9). ; la soprano incandescente et si naturelle Dorothee Mields (plage 22) qui rayonne, elle aussi feu ardent, claire articulation, sans maniĂ©risme d’une Ăąme terrassĂ©e par l’amour de JĂ©sus, sa dĂ©termination Ă  mourir pour sauver. Poter / Mields sont les meilleurs arguments de la version genevoise. CĂŽtĂ©s voix basses, Stephan MacLeod entraĂźne son Ă©quipe dans la caractĂ©risation toujours sobre du texte ; mais on aimerait que la basse BenoĂźt Arnould (JĂ©sus) exprime plus d’émotion (plage 57) : l’air ardent, implorant mĂȘme par la douceur rĂ©confortante de la croix y dĂ©ploie une voix certes ronde, noble, moelleuse mais bien peu inscrite dans le drame et les tiraillements du texte. Comme dĂ©simpliquĂ©e, dĂ©jĂ  transcendĂ©e par la RĂ©surrection finale?).

La lecture soigne le relief des instruments solistes (flĂ»tes, hautbois, 
) et favorise la rĂ©alisation inĂ©dite de certains airs : comme celui pour alto fĂ©minin (plage 52) dont le texte dit la souffrance dont le coeur est un calice, pour la dignitĂ© des victimes. L’appui expressif des instruments, les accents renouvellent notre connaissance de l’air.

TrĂšs fouillĂ©e et offrant des Ă©quilibres instrumentaux inĂ©dits, la lecture s’avĂšre intĂ©ressante mĂȘme ; parfois trop de prĂ©cision et de dĂ©tails restituĂ©s, dans un geste droit, le drame peine Ă  insuffler les arĂȘtes majeures de l’architecture, le souffle de la passion mystique. Mais le chƓur est tendu, expressif, recueilli ou dĂ©chainĂ© selon qu’il incarne le chƓur des fidĂšles ou la foule hystĂ©rique et haineuse
 Ce juste milieu entre une lisibilitĂ© continue, une expressivitĂ© globalement partagĂ©e par tous et un continuo plein, rond, trĂšs allant, font la valeur de cette lecture. Gli Angeli ? Un nom bien choisi pour la caresse chorale finale – angĂ©lique et sereine, qui referme le formidable livre de la Passion, dans l’espĂ©rance et la mort apaisĂ©e.

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CD critique. JOHANN SEBASTIAN BACH : MATTHÄUS-PASSION BWV 244. Gli Angeli (2 cd Claves records)

Werner GĂŒra, EvangĂ©liste
Benoit Arnould, JĂ©sus
Dorothee Mields, soprano I (Ancilla I)
Aleksandra Lewandowska, soprano II (Uxor Pilati)
Sarah Van Mol (Ancilla II)
Alex Potter, alto I | Marine Fribourg, alto II (Testis I)
Thomas Hobbs, ténor I | Valerio Contaldo, ténor II (Testis II)
Stephan MacLeod, basse I (Judas, Pontifex II, Pilatus) | Matthew Brook, basse II (Petrus, Pontifex I)

GLI ANGELI / Solistes instrumentaux
Alexis Kossenko, Sarah van Cornewal et Jan Van den Borre, flûtes
Emmanuel Laporte et Katharina Andres, hautboisLeila Schayegh et Eva Saladin, violons
Romina Lischka, viole de gambe

/ Continuo
Tomasz WesoƂowski, basson
Ageet Zweistra et Dorine Lepeltier, violoncelles
Michaël Chanu et Cléna Stein, contrebasses
Francis Jacob et Maude Gratton, orgues
Bertrand Cuiller, clavecin

Maßtrise du Conservatoire Populaire de Musique, Danse et Théùtre de GenÚve, Petits Chanteurs de la Schola de Sion, Maßtrise Musique Ecole du Conservatoire de Lausanne

Stephan MacLeod, direction

https://www.claves.ch/collections/all-albums/products/bach-matthaus-passion

CD événement, annonce. OTELLO par JONAS KAUFMANN (1 cd SONY classical)

otello jonas kaufmann pappano cd dvd critique classiquenews operaCD Ă©vĂ©nement, annonce. OTELLO par JONAS KAUFMANN (1 cd SONY classical). Sony classical reporte la date de sortie du nouvel enregistrement d’OTELLO de Verdi, avec Jonas Kaufmann : date Ă  venir. AprĂšs un prĂ©cĂ©dent dvd Ă©galement dirigĂ© par Antonio Pappano. C’était Ă  l’étĂ© 2017 quand la Royal Opera House produisait une nouvelle production d’Otello dans la mise en scĂšne de Keith Warner et avec la prise de rĂŽle la plus attendue alors de la planĂšte lyrique, cette nouvelle lecture de l’opĂ©ra verdien demeure l’Ă©vĂ©nement lyrique 2020 attendu dans les bacs. Pour nous, le dvd pointait la faiblesse des partenaires du tĂ©nor devenu lĂ©gende vivante (les Desdemona et Iago insuffisants de respectivement Maria Agresta et Marco Vratogna). A contrario l’Otello fauve, crĂ©pusculaire, Ă  la raucitĂ© poĂ©tique de fĂ©lin condamnĂ© tissĂ© par l’excellent Kaufmann tire la couverture vers lui


 

 

CLIC D'OR macaron 200Pour autant, toute production lyrique est le fruit d’un collectif. Qu’en sera-t-il dans cette version pour le disque ? Le chef Antonio Pappano aura-t-il rĂ©uni autour de lui un cast plus cohĂ©rent et unifiĂ© autour de l’implication viscĂ©rale, presque animale qu’en offre l’impeccable verdien Jonas Kaufmann ? LIRE notre critique complĂšte d’OTELLO par JONAS KAUFMANN (2 cd Sony classical) / CLIC de  CLASSIQUENEWS, Ă©tĂ© 2020 :

 

 

otello jonas kaufmann pappano cd dvd critique classiquenews operaCD Ă©vĂ©nement, critique. VERDI : OTELLO. Kaufmann, Lombardi; Pappano (2 cd SONY classical, 2019). D’emblĂ©e c’est le sens du dĂ©tail et le souffle cinĂ©matographique instillĂ©s par la direction d’Antonio Pappano qui s’avĂšrent prenants d’un bout Ă  l’autre. Le chef, directeur musical de la ROH Ă  Londres et aussi des troupes romaines de Santa Cecilia, emporte toute l’équipe, dĂšs l’amorce de la tempĂȘte initiale, dĂšs les premiers dialogues viriles : Otello, Cassio, Iago, comprenant aussi l’excellent choeur dont « Fuoco di gioà » souligne le mordant dramatique, le sens du verbe, l’énergie collective. Avant Pappano, Rome avait dĂ©jĂ  accueilli une somptueuse version, Ă  juste titre lĂ©gendaire, rĂ©unissant il y a 60 ans, Jon Vickers, Leonie Rysanek, Tito Gobbi, sous la baguette Ă©ruptive, expressionniste de Tullio Serafin. La complicitĂ© des interprĂštes de 2019 explose dans cette arĂšne vive oĂč Verdi Ă©voque la folie shakespearienne dont Otello est la victime le plus effrayante et bouleversante. Celui pour lequel la culpabilitĂ© de DesdĂ©mone ne fait aucun doute…

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otello-dvd-jonas-kaufmann-verdi-critique-DVD-opera-par-classiquenews-antonio-pappano-ROyal-opera-house-londres-la-critique-opera-par-classiquenewsLIRE aussi notre critique du DVD OTELLO par Jonas Kaufmann / Pappano, juin 2017 / Jonas Kaufmann (Otello), Marco Vratogna (Iago), Maria Agresta (Desdemona), FrĂ©dĂ©ric Antoun (Cassio), Kai RĂŒĂŒtel (Emilia), Thomas Atkins (Roderigo), Simon Shibambu (Montagno), In Sung Sim (Lodovico), ChƓur et Orchestre du ROH Covent Garden, dir. Antonio Pappano, mise en scĂšne : Keith Warner (Londres, 28 juin 2017).
http://www.classiquenews.com/dvd-evenement-verdi-otello-jonas-kaufmann-londres-roh-juil-2017-1-dvd-sony-classical/

 

   

 

TOURCOING. La Cambiale di Matrimonio de ROSSINI Ă  L’Atelier Lyrique

TOURCOING, ROSSINI : La Cambiale di Matrimonio, 20 – 24 mars 2020. FidĂšle Ă  LA COMMEDIA DELL’ARTE, l’opera buffa de Rossini met en musique le fameux trio loufoque, tragicomique du barbon Ă©pais, rustre auquel sont opposĂ©s un couple de jeunes amoureux

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigDe fait, l’histoire met en scĂšne un riche nĂ©gociant anglais qui vend par correspondance sa fille unique (amoureuse d’un pauvre) Ă  un riche propriĂ©taire canadien
 ce dernier au dĂ©but de l’opĂ©ra, dĂ©barque du nouveau monde, dans l’ancien pour prendre possession de son « bien ». D’une situation assez choquante, surgissent maints effets de thĂ©Ăątre, ceux que Rossini adore : quiproquos, menace de mort, coups de thĂ©Ăątre, duel aux pistolets, en un dĂ©lire effrĂ©nĂ© et jubilatoire. La farce mĂȘme si elle se termine bien, produit plusieurs situations tendues voire touchante, qui rĂ©vĂšlent le cƓur et l’ñme de certains personnages.
Rossini aime les renversements salvateurs : ainsi le jeune et pauvre amoureux deviendra riche et épousera la belle ; tandis que permanence des positions sociales ùprement défendues, depuis des lustres, « les vieux riches » (le négociant et le Canadien) seront certes déçus, mais toujours riches ! précise Laurent Serrano, metteur en scÚne.

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ROSSINI : La Cambiale di Matrimonio
reprise du spectacle présenté en 2016
Vendredi 20 mars 2020 / 20 h
Dimanche 22 mars 2020 / 15 h 30
Mardi 24 mars 2020 / 20 h
Tourcoing, Théùtre Municipal R. Devos

RÉSERVEZ VOS PLACESboutonreservation
directement sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/la-cambiale-di-matrimonio/

 

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Gioacchino Rossini (1792-1868)
La Cambiale di matrimonio
Le Mariage par lettre de change
Farce créée au Théùtre San MoisÚ à Venise en 1810
Livret de Gaetano Rossi
Création Atelier Lyrique de Tourcoing  2016

Direction musicale : Emmanuel Olivier
Mise en scĂšne : Laurent Serrano

Tobia Mill, un commerçant anglais : Sergio Gallardo
Fanny, fille de Mill : Clémence Tilquin
Edoardo, amant de Fanny : Jérémy Duffau
Slook, agent de Mill au Canada : Nicolas Rivenq
Norton, caissier de Mill : Ugo Guagliardo
Clarina, secrétaire : Pauline Sabatier

La Grande Écurie et la Chambre du Roy
(Fondateur Jean Claude Malgoire)

CD événement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 (1 cd HÀnssler)

muller-jean-piano-hanssler-sonatas-mozart-review-annonce-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 (1 cd HĂ€nssler – 2016) – Les 4 Sonates de ce vol 2, Ă©clairent la prodigieuse vitalitĂ© inventive de Wolfgang, alors adolescent, souvent touchĂ© par la grĂące, Ă  Munich puis Mannheim
 Ainsi se prĂ©cise l’idĂ©al des LumiĂšres, celui prĂ©classique et galant des annĂ©es 1770 qui confirme le style europĂ©en de Mozart. C’est une Ă©criture dont la perfection formelle souvent aimable et virtuose n’écarte ni profondeur ni sincĂšre tendresse. Jean Muller, pianiste remarquablement articulĂ©, d’une volubilitĂ© rĂ©jouissante, Ă  l’acrobatie Ă©lastique aux milles nuances, poursuit ce qui s’annonce comme un intĂ©grale des Sonates mozartiennes, aprĂšs un vol 1 Ă©galement Ă©ditĂ© chez HĂ€nssler.

Respectons la chronologie mozartienne. Les Sonates munichoises du cd constituent un corpus de 6, celle Ă©crites Ă  Munich oĂč Mozart sĂ©journe avant Mannheim, vers 1774-1775. A 19 ans, alors sur le mĂ©tier de La Finta Giardiniera, Wolfgang Ă©blouit par la richesse de son inspiration qui explore et expĂ©rimente autant Ă  l’opĂ©ra que dans le genre sonate.
La K 282 est l’une des plus facĂ©tieuses et enjouĂ©es, riche en surprises, et aussi en suspense (dĂ©but du Menuetto). Mozart s’y rĂ©vĂšle un frĂšre artistique proche de l’humour de Haydn son ainĂ©. Mais le dĂ©but de l’Adagio placĂ© en premier mouvement, surprend tout autant pas sa dĂ©licatesse pudique Ă  laquelle la digitalitĂ© de Jean Muller apporte une fluiditĂ© bondissante et rafraĂźchissante qui donne l’impression d’une section scherzando comme improvisĂ©e.

 

 

 

 

Finesse, humour, virtuosité  les Sonates de Mozart rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es

Jean Muller, superbe mozartien

 

 

La K 279 trahit une conception encore baroque tardive dans l’écriture qui rappelle Ă©videmment le clavecin et ses effets d’un flux non continu mais dĂ©roulĂ© par sĂ©quences. Jean Muller rĂ©ussit Ă  Ă©quilibrer sĂ©duction digitale et subtilitĂ© expressive. Le charme et l’élĂ©gance qu’y dĂ©ploient Mozart, restent emblĂ©matique de son raffinement naturel comme de sa prodigieuse versatilitĂ© (Ă©clats de rire dans le premier Allegro ; plis et replis d’une pudeur prĂ©servĂ©e dans le chant lumineux et presque secret de l’Andante).

La K 284 couronne le cycle des 6 Sonates munichoises. C’est la plus longue et la plus redoutable techniquement. Son premier mouvement dĂ©ploie une architecture et un souffle orchestral. Le mouvement lent est un Rondeau en polonaise, subtil et intĂ©rieur (le jeu dĂ©ploie un veloutĂ© suggestif).
La volubilitĂ© et la versatilitĂ© de Mozart redoublent d’intensitĂ©, en particulier dans le mouvement final et ses 12 variations, miroir d’une inspiration virtuose et sans limites qui sur le rythme d’une gavotte faussement badine, enchaĂźne les acrobaties les plus audacieuses. L’imagination de Mozart va plus loin encore qu’auparavant ; le pianiste libĂšre toutes les facettes d’une prodigieuse inventivitĂ© (finesse Ă©thĂ©rĂ©e, voire cĂ©leste de la variation 11, Adagio cantabile). Toutes les ressources de la technique et de l’écriture visent la sincĂ©ritĂ© et atteignent Ă  une justesse de ton, jamais artificielle.

Mozart_1780Comme un concentrĂ© d’équilibre, Jean Muller place en ouverture de son programme la trĂšs aimable Sonate K 311. En 1777, Mozart apprend et assimile les caractĂšres de l’école de Mannheim : nervositĂ©, expressivitĂ©, Ă©lĂ©gance et flexibilitĂ©, surtout intense dramatisme qui explique combien l’écriture orchestrale et aussi comme ici pianistique, s’y trouve proche de 
 l’opĂ©ra. Dans sa vie personnelle, Mozart trouve Ă  Mannheim, l’amour, au contact de la famille Weber, d’abord Ă©pris de Aloysia, puis de sa sƓur Constanze, sa future Ă©pouse. Energie, exaltation, profondeur et tendresse s’entendent dans la K 311: souffle orchestral du premier mouvement ; duetto amoureux de l’Andante con espressione ; ivresse dansante du Finale. Jean Muller cisĂšle en particulier l’articulation des climats du Rondeau final (Allegro) dont il exprime avec une prĂ©cision quasi Ă©lectrique la diversitĂ© des sĂ©quences ; la palette expressive s’embrase mais toujours avec une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure rĂ©jouissante. L’agilitĂ© mozartienne, sa volubilitĂ© virtuose se manifestent clairement de l’un Ă  l’autre mouvement. Et l’interprĂšte grĂące Ă  une articulation qui soigne les phrasĂ©s (admirable suspension millimĂ©trĂ©e des reprises et des fins de phrases), insuffle un idĂ©al d’élĂ©gance tout au long d’un jeu pourtant expressif et trĂšs contrastĂ©. PĂ©tillant et flexible.
CLIC D'OR macaron 200Ce recueil est une grande rĂ©ussite. Jean Muller se montre un orfĂšvre du style et de la nuance. GoĂ»t maĂźtrisĂ© du risque ; comme nous l’avons soulignĂ© beautĂ© des phrasĂ©s souverains ; flexibilitĂ© ronde et facĂ©tieuse, prĂ©servent ici l’urgence, la profondeur, la passion. Ce Mozart est aussi tendre, intense que mĂ»r et ambitieux. Passionnant. On attend la suite avec impatience. Parution : fĂ©vrier 2020.

 

 

 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 : K 311, K 282, K 279, K 284 (1 cd HĂ€nssler – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Luxembourg, aoĂ»t 2016) – CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2020.

 
 

LIRE AUSSI notre dĂ©pĂȘche annonce du cd MOZART VOL 2 par Jean MULLER (HĂ€nssler)

 

 
 

 

LIRE AUSSI notre ENTRETIEN avec JEAN MULLER

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Les noces de l’humour et de l’Ă©lĂ©gance

 

 

ENTRETIEN avec JEAN MULLER, piano. A l’occasion de son 2Ăš volume des Sonates de Mozart Ă©ditĂ© par HĂ€nssler (fĂ©vrier 2020), le pianiste luxembourgeois Jean Muller rĂ©pond aux questions de CLASSIQUENEWS. L’intĂ©grale en cours et qui comprendra Ă  l’horizon 2022 (printemps) 5 volumes, s’annonce dĂ©jĂ  comme une version de rĂ©fĂ©rence, tant par la justesse des intentions poĂ©tiques, que l’éloquence articulĂ©e que sait y dĂ©ployer l’interprĂšte. Jean Muller a raison de souligner combien le classicisme de Mozart Ă  Vienne incarne un Ăąge d’or esthĂ©tique, oĂč la forme fusionne avec le sens. Rien n’est donc purement dĂ©coratif ici. Et malgrĂ© son jeune Ăąge, Wolfgang bouleverse Ă  bien des Ă©gards. C’est bien le propre du pianiste que d’éclairer ici, sur son propre Steinway D, la sincĂ©ritĂ© et la profondeur sous le masque de l’invention et aussi de la facĂ©tie. Entretien pour classiquenews.

 

 

 
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Illustrations : portrait de JEAN MULLER © Kaupo Kikkas
 
 

 

 

Judith et Holopherne du Caravage, le tableau redĂ©couvert (L’affaire Caravage : 2016 – 2019)

judith-et-holopherne-version-toulouse-2014-analyse-decouverte-film-classiquenews-2014-Giuditta_e_Oloferne_-_TolosaARTE, Dim 23 fĂ©v 2020, 17h30. C’est la redĂ©couverte d’un Caravage la plus spectaculaire, survenue Ă  Toulouse en 2014. Les Ɠuvres du peintre italien qui marque l’histoire de la peinture par son fort rĂ©alisme, son clair obscur dramatique et la violence pourtant poĂ©tique de ses sujets demeure l’un des gĂ©nies les plus saisissants de la peinture. Caravage a inventĂ© le langage baroque.

Grande toile, « Judith dĂ©capitant Holopherne », est la plus rĂ©cente Ɠuvre redĂ©couverte, attribuĂ© au maĂźtre du baroque Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1571-1610). Les spĂ©cialistes internationaux discutent encore de son attribution : Caravage ou pas ? Dans le docu diffusĂ© par Arte, l’expert parisien Éric Turquin affirme sn authenticitĂ©. RĂ©alisé en 1607, le tableau, fascinant par son rĂ©alisme cru et son jeu de lumiĂšre, est alors estimĂ© entre 120 et 150 millions d’euros. N’hĂ©sitant pas Ă  crĂ©er un Ă©vĂ©nement retentissant pour faire monter les enchĂšres, la stratĂ©gie de l’expert Éric Turquin vise alors Ă  organiser une vente spectaculaire.
Caravage judith comparaison toile critique analyse caravage classiquenewsPourtant l’Ɠuvre, suscite encore des interrogations et divisent les experts et collectionneurs. Certes le visage de Judith, fiĂšre, dĂ©terminĂ©e marque les esprits ; mais le cou de la vieille qui porte entre ses mains, le drap sombre prĂȘt Ă  recueillir la tĂȘte dĂ©capitĂ©e, pose problĂšme
 Le vrai sujet du film reste la force poĂ©tique des oeuvres du Caravage dont la vie tumultueuse voire scandaleuse est Ă©voquĂ©. Homme des sujets passionnĂ©s et crus (ici une dĂ©capitation reprĂ©sentĂ© avec les filets de sang), Caravage suscite des rĂ©actions exacerbĂ©es de la part des collectionneurs et spĂ©cialistes qui l’admirent. Documentaire de FrĂ©dĂ©ric Biamonti (France, 2018, 1h27mn)

 

 

 

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En un Ă©pisode romanesque imprĂ©vu,  la toile finalement ne passera pas en salle des ventes Ă  Toulouse (enchĂšres annoncĂ©es en juin 2019) mais sera vendue de la main Ă  la main au profit d’un collectionneur privĂ© qui s’est proposĂ© ensuite de la dĂ©poser dans un grand musĂ©e .. lequel et quand ? A suivre.

  

  

 

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VOIR le TEASER sur ARTE :

https://www.arte.tv/fr/videos/082229-000-A/l-affaire-caravage/

 

 

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Illustrations : Judith décapitant Holopherne (toile découverte en 2014 dans un grenier de Toulouse)

 

 

 

 

 

 

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Sur le mĂȘme thĂšme, LIRE notre prĂ©sentation de l’oratorio vĂ©nitien Judith Triomphans de VIVALDI
http://www.classiquenews.com/judith-triumphans-de-vivaldi/
Illustrée par une autre version de Judith par Caravage (Rome, Palazzo Barberini)

 

 

 

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Judith dĂ©capitant Holopherne (version originale / 1598. Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica, Palazzo Barberini)
 

 
Caravage authentique ou copie d’époque ?

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La Judith de Toulouse, exposĂ©e un temps Ă  Milan, a Ă©tĂ© comparĂ©e avec une version originale jusque lĂ  connue, copie d’époque, propriĂ©tĂ© de la Banque Intesa Sanpaolo Ă  Naples. Le commissaire priseur enthousiaste estime quant Ă  lui que la toile de Toulouse est un original qui provient de l’atelier de Caravage Ă  Rome ou Ă  Naples : en 2017, Ă  l’occasion d’une confĂ©rence donnĂ©e au musĂ©e des Augustins devant 225 experts judiciaires, Marc Labarbe, commissaire-priseur Ă  Toulouse prĂ©cisait : « Claudio Falcucci et Rossella Vodret ont procĂ©dĂ© Ă  un examen scientifique du tableau, leurs dĂ©couvertes font pencher les experts vers un consensus en faveur de l’authenticité ». VoilĂ  qui est clair. La technique est la mĂȘme que les toiles rĂ©alisĂ©es Ă  Naples vers 1607, diagnostic Ă©tabli par Rossella Vodret qui a auscultĂ© plus de 22 toiles du maĂźtre. D’autant que la radiographie a rĂ©vĂ©lĂ© des repeints sous jacents, du mĂȘme type que ceux de la toile de Milan.

 

 

 

 

 

VOIR LE TEASER VIDEO

 

La dĂ©couverte d’un tableau du Caravage dans un grenier Toulousain – par MaĂźtre Labarbe et Eric Turquin (avril 2016)

 

 

 

 

 

Ce Caravage est un authentique :

 

 

Eric Turquin explique la dĂ©couverte de la toile
 et pourquoi il penche vers un original car les repeints encore visibles attestent d’une peinture qui a gardĂ© les marques d’une conception originale en cours d’affinage par le peintre lui-mĂȘme


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Livre événement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (éditeur BLEU NUIT, déc 2019)

brosse jeanpatrice livre critique review classiquenews clic de classiquenews bleu nuit editeur 9782358840927-475x500-1Livre Ă©vĂ©nement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (Ă©diteur BLEU NUIT, dĂ©c 2019)  -  Dans ce dernier tome de son histoire du clavecin, l’auteur met en lumiĂšre le destin du clavier baroque dĂšs la fin du XVIIIĂš, avec l’essor des nouveaux modĂšles ou pianoforte fortement concurrentiels ; l’instrument emblĂ©matique de l’Ancien rĂ©gime sous la RĂ©volution française, certes a Ă©tĂ© dĂ©truit, dĂ©testĂ© en raison de ce qu’il reprĂ©sentait ; mais l’auteur montre combien le clavecin s’est maintenu tout au long du XIXĂš, rĂ©vĂ©lant l’action de producteurs de concerts Ă  Paris (FĂ©tis, Prince de la Moskova, AmĂ©dĂ©e MĂ©reaux
) qui continuent de programmer les oeuvres de Rameau ou Couperin, suscitant mĂȘme l’enthousiasme des grands pianistes romantiques passionnĂ©s eux aussi par l’instrument et le rĂ©pertoire baroque ; le cas le plus emblĂ©matique reste Chopin, comme on le sait, passionnĂ© par JS Bach et aussi, ce qui est moins connu, François Couperin. Cette filiation avĂ©rĂ©e, passionnante n’est toujours pas abordĂ©e au concert : on s’en Ă©tonne toujours. Certains virtuoses du clavier romantique, jouent le clavecin comme Ignaz Moscheles (sur un Shudi) chez FĂ©tis d’ailleurs.

Ailleurs, ce sont les grands virtuoses du  piano qui cultivent une saine curiositĂ© pour les Baroques, jouant leurs piĂšces conçues pour le clavecin : Louis Farrenc et son Ă©lĂšve Marie Mongin (Rameau, Couperin, Bach), 
 tout cela conforte le goĂ»t de Berlioz qui n’a jamais goĂ»tĂ© rĂ©ellement le timbre ni les dĂ©lices de la mĂ©canique du clavecin. Pour lui quand un piano sonnait mal, il sonnait comme un clavecin qui « clapote »  voilĂ  qui est dit.

En dĂ©finitive, le goĂ»t du Baroque n’a jamais faibli tout au long du XIXĂš romantique ; saluons FĂ©tis et ses concerts parisiens qui dans les annĂ©es 1830 et jusqu’au milieu des annĂ©es 1850, programme encore les compositeurs baroques et aussi de la Renaissance dont Jannequin ! Pionnier et visionnaire FĂ©tis rĂ©vĂšle une sensibilitĂ© inouĂŻe aux timbres et Ă  l’aptitude des instruments Ă  jouer « leur » rĂ©pertoire ; il n’hĂ©site pas Ă  mesurer exactement en le discrĂ©ditant la pertinence d’un Erard s’agissant des partitions du Fitzwilliam virginal Book (qui regroupe une collection d’Ɠuvres anglaises signĂ©es Byrd, Bull, Gibbons, Morley
).

 

Des Ă©lĂ©ments mĂȘlĂ©s
 A contrario d’une histoire de l’art et de la musique oĂč tout s’enchaĂźne distinctement ; oĂč de nouveaux Ă©lĂ©ments prennent la place des anciens, l’auteur montre en rĂ©alitĂ© que tout se mĂȘle, se chevauche et souvent fusionne
. ainsi le clavecin, instrument royal Ă  l’époque des LumiĂšres perdure quand les premiers pianoforte affirment leur voix spĂ©cifique : incroyable rĂ©vĂ©lation que cet instrument double Ă  la fois clavecin et pianoforte, comportant deux claviers avec sautereaux et becs de plume, et un clavier dont les cordes sont frappĂ©es avec des marteaux ; les 2 esthĂ©tiques se mĂȘlent et peuvent ĂȘtre jouĂ©es par le mĂȘme musicien ; un tel « monstre fascinant » est prĂ©sent chez les Mozart ; il est aussi louĂ© par Diderot et D’Alembert dans leur EncyclopĂ©die mĂ©thodique (1785).

 

Les sociĂ©tĂ©s de musique ancienne Ă  Paris, comme les mĂ©cĂšnes ayant favorisĂ© ce goĂ»t de l’AntiquitĂ© sont Ă©voquĂ©es avec justesse. Les concertos de Poulenc ou de Falla n’émergent pas d’un contexte nouveau ; ils participent et prolongent d’une tradition qui n’a en rĂ©alitĂ© jamais cessĂ© de se maintenir. Dans ce regard qui efface bien des classements et compartimentations rĂ©ducteurs, l’auteur souligne l’apport de certaines Ɠuvres trĂšs riches en enseignement dans ce rapport continu au XVIIIĂš : ainsi Manon l’opĂ©ra de Massenet qui en 1884 cristallise la passion de l’époque pour un certain XVIIIĂš : l’ouvrage lyrique est nourri de danses baroques et de rĂ©fĂ©rences Ă©videntes, assumĂ©es.

CLIC D'OR macaron 200Erudit mais accessible, voire souvent passionnant, l’auteur Jean-Patrice Brosse, claveciniste et organiste, tort le cou Ă  nombre de prĂ©jugĂ©s et d’idĂ©es reçues. C’est toute une perspective de la connaissance et de la recherche qui s’en trouve modifiĂ©e ; l’apport est majeur et le livre, captivant. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2020.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014Livre Ă©vĂ©nement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (Ă©diteur BLEU NUIT, dĂ©c 2019) – RĂ©f: 9782358840927 (176 pages) – 20 x 14 cm – collection « Horizons », 2Ăš Ă©dition – CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2020.

http://www.bne.fr/page77.html

CD, DVD, BLU RAY. STRAUSS, New Year concert, Concert du Nouvel AN 2020, Andris Nelsons, Vienna Philharmonic (Sony classicla)


ANDRIS NELSONS vienna philharmonic neujahrskonzert new year concert 2020 cd reviex dvd blu ray classiquenewsCD, DVD, Blu ray, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS
 Wiener Phil. Andris Nelsons
, direction (SONY CLASSICAL). Le concert du NOUVEL AN Ă  VIENNE, ce 1er janvier 2020 marque les dĂ©buts dans cet exercice du chef letton Andris Nelsons (41 ans), musicien dĂ©jĂ  familier des instrumentistes viennois, avec lesquels il a enregistrĂ© l’intĂ©grale des Symphonies de Beethoven pour DG Deutsche Grammophon. C’est aussi un concert de gala qui ouvre les festivitĂ©s des 150 ans de la crĂ©ation du Musikverein, salle mythique, dite la boĂźte Ă  chaussure magique, dans laquelle tous les concerts du Nouvel An se sont dĂ©roulĂ©s.

Polka rapide composĂ©e par Edouard Strauss (le dernier de la fratrie Strauss, aux cĂŽtĂ©s de Johann II et Josef ; celui qui a brĂ»lĂ© partitions et matĂ©riel d’orchestre sous un coup de folie) :

Le caractĂšre gĂ©nĂ©ral de cette annĂ©e est dĂ©voilĂ© dĂšs la premiĂšre Ɠuvre choisie par le chef pour son premier Concert du Nouvel An : de Carl Michael Ziehrer, Die Landstreicher / Les Vagabonds (Ouverture). Le chef letton affirme d’emblĂ©e sans prĂ©ambule une joie militaire, galop Ă  la Offenbach, un rien pĂ©taradant (avec coups de piccolos) ; musique un peu trop dĂ©corative et narrative pour un dĂ©but : la sonoritĂ© est un rien tendue qui manque de dĂ©tente, de souplesse. Heureusement, ce raffinement viennois qui nous manquait tant, surgit Ă  l’éclosion de la valse finale : mais Ziehrer ne maĂźtrise pas l’orchestration comme Johann II et ses frĂšres ; cela sonne un peu raide et sec.

Dans Message d’amour (LiebesgrĂŒĂŸe), valse opus 56 de Josef Strauss, la direction est dure et Ă©paisse ; le maestro a choisi surtout des piĂšces d’inspiration et de caractĂšre nettement militaire comme l’atteste la piĂšce qui suit du mĂȘme Josef S : « Liechtenstein-Marsch » op. 36, exclamation militaire Ă©noncĂ©e comme un quadrille enlevĂ© qui semble Ă©voquer la superbe des armĂ©es, en leurs parades de rangs serrĂ©s, parfaitement alignĂ©s. Le geste pourtant clairs et prĂ©cis confine Ă  la mĂ©canique.

La Blumenfest-Polka (Flower Festival Polka) op. 111 de Johann Strauss II, est enfin la premiĂšre oeuvre du programme, de vrai grand raffinement aux Ă©quilibres instrumentaux plus subtils qui forcent le chef Ă  mieux polir la cadence et colorer davantage en piani plus ciselĂ©s. Mais le geste demeure gĂ©nĂ©reux et avare en gradations infimes, en phrasĂ©s pourtant inscrits et si dĂ©lectable dans le cas de Johann II. Puis du mĂȘme Johann, seigneur et souverain de la valse viennoise, c’est « Wo die Zitronen blĂŒh’n », Waltz, op. 364 (Where the Lemon Trees Blossom) : Grande valse au pays des citronniers en fleurs. le dĂ©but a la flamboyance d’un dĂ©but wagnĂ©rien : cor et flĂ»te enchantĂ©s ; c’est un lever de rideau, comme dans un rĂȘve qui dure encore au moment du rĂ©veil. Visiblement, maestro Nelsons allĂšge le trait, change son allure militaire et carrĂ©e, pour une souplesse quasi naturelle. MĂȘme geste fluide et trĂ©pidant dans la derniĂšre piĂšces, courte et enlevĂ©e qui conclut la partie 1 du concert viennois : Knall und Fall, Polka rapide, op. 132 d’Eduard Strauss, celui qui a brĂ»lĂ© partitions et matĂ©riel d’orchestre sous un coup de folie, comme pour se venger de ses ainĂ©s trop Ă©crasants
 Enfin la pĂ©tillance du champagne emmenĂ©e en une frĂ©nĂ©sie certes un peu clinquante se livre Ă  nous par un orchestre en incandescence.

La deuxiĂšme partie dĂ©bute par une ouverture fameuse pour son rythme trĂ©pidant et ses couleurs frĂ©nĂ©tiques dont la cadence et l’orchestration rappellent 
 Rossini (celui du Guillaume Tell, Ă  l’ouverture elle aussi, trĂ©pidante et trĂšs suggestive). L’ouverture de Leichte Kavallerie de Franz von SuppĂ© confirme une Ă©criture taillĂ©e pour le drame et le thĂ©Ăątre ; les cors sont Ă  la fĂȘte, d’une effervescence exacerbĂ©e ; on y retrouve l’entrain de l’ouverture de Guillaume Tell, sa facĂ©tie, sa franchise, sa fougue martiale. La carrure du chef va bien Ă  la frĂ©nĂ©sie conquĂ©rante de la musique de SuppĂ©.

 

 

 

 

 

 

Andris Nelsons dirige les Wiener Philharmoniker
Grisant mais pas Ă©blouissant

 

 

CONCERT DU NOUVEL AN Ă  VIENNE 2020

 

 

 

Dans Cupido, Polka française op. 81 de Josef Strauss, l’orchestre retrouve son aplomb naturel en un rythme modĂ©rĂ© (pas trop rapide selon la tradition de la polka française) oĂč souveraines, les cordes sont aguicheuses, d’une suavitĂ© Ă©lĂ©gantissime. Le point d’orgue du programme qui sait jouer aussi la carte touristique avec le concours du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne, est la trĂšs belle valse de Johann II :
« Seid umschlungen, Millionen! » / Be Embraced, You Millions! / Embrassez-vous par millier, Waltz op. 443, oĂč l’orchestre joue la partition d’une sĂ©quence filmĂ©e (le concert est comme chaque annĂ©e retransmis en direct dans le monde entier) : dans l’enfilade des salons de la rĂ©sidence d’hiver du prince EugĂšne de Savoie, danseurs et musiciens racontent le rĂȘve Ă©veillĂ© d’une jeune femme qui revĂȘt une robe de dentelles rouges, au bras d’un prince d’un soir : le couple se forme, se cherche, s’évalue (chorĂ©graphie de Carlos Martinez), au rythme de la subtilitĂ© d’une musique entĂȘtante Ă  souhait ; la voici notre Ă©quation rĂ©ussie du kitsch Ă  la viennoise ; temps suspendu que permet la fĂ©erie de la valse de Johann II.
Sur ce rythme enlevé, les piÚces se succÚdent : Fleur de glace, mazurka de Josef Strauss (Polka mazurka op. 55, arrangement: Wolfgang Dörner) dont on retient le chien et le tempérament ;
La gavotte de Josef Hellmesberger Jr. dont les pizzicati maĂźtrisĂ©s rĂ©activent la dĂ©licatesse et la rondeur des Wiener Philharmoniker, ambassadeurs inspirĂ©s de cette danse hĂ©ritĂ©e du XVIIIĂš ; le galop du Postillon (op. 16/2, Arrangement: Wolfgang Dörner) du Strauss danois, Hans Christian Lumbye et qui permet au chef amusĂ©, de jouer du clairon car il a commencĂ© sa carriĂšre de musicien en jouant cette partie
 LĂ  encore, signature du programme dans son ensemble, c’est la verve militaire et le rythme rien que conquĂ©rant jusqu’à la transe qui marquent les esprits.

Clin d’oeil Ă  l’anniversaire Beethoven en 2020 (250Ăš anniversaire de la naissance en 1770 Ă  Bonn), l’orchestre joue quelques unes des contredanses de Ludwig van B., soit les piĂšces 1, 2, 3, 7, 10 & 8 des 12 ContretĂ€nze WoO 14. C’est un festival de courtes piĂšces d’une rare frĂ©nĂ©sie chorĂ©graphiques en effet et qui se prĂȘtent idĂ©alement Ă  leur mise en danse par trois couples du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne dont l’une des danseuse en look Dior, chapeau / jupe au dessin parisien. Mais les danses elles sont trĂšs mozartiennes ; dont certaine ont une mĂ©lodie qui sera repris dans le ballet « Les CrĂ©atures de PromothĂ©e » ; avec cette trĂ©pidation rythmique, si emblĂ©matique de la symphonie n°8 (entre autres) : tout le gĂ©nie de Ludwig est concentrĂ©, avec ce goĂ»t de la variation, cette nervositĂ© virile d’un Beethoven traversĂ© par une fougue primitive.
Le concert se dĂ©roule ensuite en soulignant le raffinement et l’invention mĂ©lodique des ainĂ©s de la fratrie, aussi inspirĂ©s l’un que l’autre : surtout Johann Strauss Jr. : « Freuet euch des Lebens » (Joies de la vie : valse opus 340 Ă©crite et jouĂ©e ici mĂȘme pour inaugurer le Musikverein (janvier 1870) ; puis l’inusable Tritsch-Tratsch Polka,
Polka rapide op. 214 qui reste le grand classique de la trĂ©pidation viennoise avec la caisse claire, rythmiquement nerveux et enjouĂ©, d’une sĂ©duction irrĂ©sistible.

Tout concert du Nouvel An Ă  Vienne ne peut se terminer sans ses deux volets de conclusion, signĂ©s des deux Johann, le fils et le pĂšre : Le beau Danube bleu (Johann II) dont le dĂ©but est Ă  peine esquissĂ© pour permettre au chef et aux musiciens de dire leurs voeux ; puis cette autre poncif : La Marche de Radetski (du pĂšre, Johann I), qui permet au public, conquis Ă  ce stade du concert, d’interagir avec le chef, en claquant des mains 
 le rituel est rodĂ© ; il est devenu parfaitement huilĂ©. Au risque d’une certaine routine. Dans sa continuitĂ©, ce concert du Nouvel An Ă  Vienne ne dĂ©pare pas de la perspective dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e. On y relĂšve cependant pas la finesse d’élocution comme la subtilitĂ© dont ont Ă©tĂ© capables en leur occasion, les maestros prĂ©cĂ©dents tels Dudamel, Jansons, Welser-Möst
 Avec Nelsons, et avant lui en 2018, Muti, comme avant Thielemann, la finesse et la grĂące ont laissĂ© la place Ă  l’intensitĂ© et la fougue. Question de style.
Grisant mais pas éblouissant. A chacun sa préférence. SONY édite le cd et le dvd du concert du Nouvel An 2020 (comme chaque année).

 

 

 

 

 

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CD, DVD, BLU RAY, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS
 Wiener Phil. Andris Nelsons, direction.

 

 

En savoir plus, visitez le site de SONY CLASSICAL :
mariss-jansons-vienna-wiener-philharmonic-new-year-concert-2020-critique-cd-dvd-blu-ray-critic-review-classiquenews

 

 

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LIRE nos précédents critiques et comptes rendus du CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE :

1er janvier 2018 : Riccardo MUTI dirige le concert du NOUVEL AN Ă  VIENNECompte rendu, critique, concert. Vienne, Musikverein, le 1er janvier 2018. CONCERT DU NOUVEL AN 2018. Wiener Philharmoniker / Riccardo Muti, direction. Pour le concert du Nouvel An Ă  Vienne ce 1er janvier 2018, revoici les instrumentistes du Philharmonique de Vienne sous la direction du chef familier pour eux, Riccardo Muti. Nous les avions quittĂ©s ici mĂȘme le 1er janvier 2017 sous la direction de Gustavo Dudamel : jeune et trĂšs prĂ©cis maestro : le plus jeune alors depuis des dĂ©cennies Ă  diriger les prestigieux instrumentistes autrichiens. Les ors et les fleurs en surabondance, selon le goĂ»t spĂ©cifique des Viennois pour l’ultra kitsch (Sissi n’est pas loin, sans omettre les fastes sirupeux de Schönbrun), soulignent l’importance musical, surtout mĂ©diatique de l’évĂ©nement.

 

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker. Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les tĂ©lĂ©visions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilĂ  assurĂ©ment Ă  un moment important de cĂ©lĂ©bration collective, le moment musical et symphonique le plus mĂ©diatisĂ© au monde. En plus des talents dĂ©jĂ  avĂ©rĂ©s des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est Ă©videmment le nouvel invitĂ©, pilote de la sĂ©quence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques).

 

 

et aussi :

LIRE AUSSI nos prĂ©cĂ©dents comptes rendus du Concert du NOUVEL AN Ă  VIENNE 2016, 2015, 2014, 2012, 2010… :

Mariss Jansons / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2016
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-concert-du-nouvel-an-2016-a-vienne-neujahrskonzert-new-years-concert-2016-vienna-philharmonic-wiener-philharmoniker-orchestre-philharmonique-de-vienne-mariss-jansons-directio/
Zubin Mehta / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2015
L’hommage au gĂ©nie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/
Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/
Mariss Jansons / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/
Georges PrĂȘtre / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2010

 

 

CD, Ă©vĂ©nement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil (1 cd Klarthe)

modernisme bastien still nemtanu chostakovitch tchesnokov cd critique classiquenews KLA087couv2_lowCD, Ă©vĂ©nement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil  (1 cd Klarthe)  -  A la pointe des projets originaux et participatifs, l’éditeur Klarthe Ă©dite un programme magistralement investi, fruit d’un appel aux dons passĂ©s sur les plateformes dĂ©diĂ©es ; la promesse est exaucĂ©e : la rĂ©alisation est indiscutable et nous plonge dans cette modernitĂ© propre aux annĂ©es 1920 quand l’URSS s’ouvre Ă  la modernitĂ© europĂ©enne (d’oĂč le titre « Modernisme »), grĂące Ă  de forts tempĂ©raments : Chostakovitch (Symphonie n°1, 1926), le moins cĂ©lĂšbre Boris Liatochinski (Ballade pour piano op. 24 en 1929); les deux partitions sont mises en perspective avec le compositeur contemporain ukrainien, Dimitri Tchesnokov dont la violoniste Sarah Nemtanu crĂ©e ici le trĂšs dense et Ă©clectique, Concerto pour violon opus 87.

Dans sa Ballade, Boris Liatochinski (1895-1968) Ă©crit une magistrale synthĂšse du post romantisme surexpressif entre Scriabine, Stravinsky, Bartok. En une boucle qui ouvre et se referme sur un mĂȘme ostinato grave voire lugubre, la piĂšce regorge d’accents (danse fiĂ©vreuse et impĂ©rieuse dans la seconde sĂ©quence), fruits d’un Ă©clectisme expĂ©rimental ; exaltĂ©e par une orchestration raffinĂ©e, elle scintille mĂȘme dans le noir, finement transcrite ici par Dimitri Tchesnokov, en une Fantaisie dĂ©moniaque aux rĂ©sonances tĂ©nĂ©breuses. L’Ɠuvre diffuse peu Ă  peu une inquiĂ©tude permanente, Ă©trangetĂ© libre, hypnotique d’un monde perdu ou condamnĂ©. VoilĂ  qui installe une rĂ©sonance Ă©vidente avec la Symphonie de Chostakovitch, jouĂ©e en derniĂšre partie.

NĂ© en 1982, l’ukrainien Dimitri Tchesnokov assume les influences occidentales de Liatochinski, Schnittke, Pekka-Salonen et John Adams ! Il a aussi travaillĂ© en France auprĂšs de Guillaume Connesson. Le Concerto, commande du chef Bastien Stil, est certainement emblĂ©matique de son Ă©clectisme pourtant puissant et personnel, trĂšs narratif ; l’oeuvre enchaĂźne 3 mouvements plutĂŽt caractĂ©risĂ©s : Largo oĂč la ligne soliste de l’alto se dĂ©tache en libertĂ©, en une cheminement libre, tendu (somptueuses lignes dans l’aigu), ivre, ponctuĂ© par des clusters orchestraux longs, Ă©tirĂ©s, au souffle dramatique ; enchaĂźnant danse lĂ©gĂšre et nerveuse, puis marche finale.
Le volet central  (Intermezzo) ressuscite les enchantements nocturnes comme la rĂȘverie d’un promeneur solitaire : s’y affirme le goĂ»t du compositeur pour une orchestration fine et raffinĂ©e (bois bavards et saillants) et aussi des changements de climats rapides car le soliste emporte bientĂŽt tout l’orchestre dans un cheminement plus fanfaronnant, enivrĂ©, exaltĂ©, interrompu, dont la verve annonce le dernier mouvement : Finale « la Ronde », le plus court des 3 mouvements, c’est un scherzo nerveux et agile conduit par l’éloquence quasi Ă©lectrisĂ©e du violon dont le discours s’intensifie, s’embrase ; vivifiĂ© par une ligne quasi rhapsodique, c’est Ă  dire libre, aux traits virtuoses acĂ©rĂ©s puis aux longues phrases Ă©tirĂ©es qui convoquent un ultime repli, pudique …qui conclut la piĂšce dans le murmure.
Il y faut toute la dĂ©mesure intĂ©rieure de Sarah Nemtanu, sa trĂšs riche palette de nuances, dans les pianos tĂ©nus, les acoups exacerbĂ©s pour en comprendre la versatilitĂ© dramatique et jamais superficielle, pour en faire jaillir le sens d’une virtuositĂ© tournĂ©e vers l’urgence intĂ©rieure.
La diversitĂ© des Ă©pisodes, le soin dans la caractĂ©risation instrumentale en particulier dans le tissu orchestral pourraient envisager une perte de l’équilibre et de la cohĂ©rence globale ; rien de tel car jaillit du dĂ©but Ă  la fin, un allant tragique, parfois menaçant et sourd qui apporte l’assise et l’architecture.

cd klarthe records modernisme chostakovitch liatochinski Tchesnokov cd campagne dons presentation annonce relais par classiquenews nouveau cd Klarthe records  ulule-page001.U8ozYYjSWN0ALe chef Bastien Stil souligne dans la Symphonie n°1 d’un Chostakovitch (1906-1975) ĂągĂ© de 
 19 ans, ce qui compose sa profonde unitĂ© et sa cohĂ©rence Ă  travers les quatre mouvements enchaĂźnĂ©s. DĂ©jĂ  l’auteur maĂźtrise son langage, l’un des plus ambivalents, Ă  la fois enivrĂ© (la valse dĂšs le premier mouvement) et sarcastique, tendre et ironique. Au rire dĂ©jĂ  trouble, interrogatif de l’Allegretto, faussement amusĂ© voire facĂ©tieux, rĂ©pond l’Allegro de forme scherzo, grinçant voire parodique. La densitĂ© et l’épaisseur se renforcent encore dans le Lento, pesant et mystĂ©rieux (hautbois puis flĂ»te tendus, lointains mais « inquiets ») oĂč se colore la ligne parfois imperceptible mais durable de la trompette : s’y dĂ©ploie l’étoffe tragique qui enveloppe toutes les partitions du compositeur. Saisi entre un calme de façade et une angoisse plus tĂ©nue. Chef et orchestre donnent la mesure de cet Ă©tat intermĂ©diaire, qui pourrait ĂȘtre inconfortable, mais qui installe un souffle puissant, Ă©quivoque et Ă©trangement grandiose. VoilĂ  le vrai et le plus authentique Chostakovitch qui s’affirme ici avec une maĂźtrise sonore, un sens de la construction, 
 remarquables.
Comme chez Ravel, l’énergie heurtĂ©e, versatile du Finale s’emporte en une ultime liesse dĂ©bridĂ©e (piano dĂ©lurĂ©, et tous les pupitres comme exaltĂ©s, ivres
), elle aussi ambivalente, qui tient de l’exaltation et de la libĂ©ration, de la violence surtout, Ă  la fois animale, instinctive, terrifiante ; la texture, l’architecture, l’épaisseur de ce Finale, d’une ahurissante maturitĂ© au regard de la jeunesse de l’auteur, sont dĂ©taillĂ©es et incarnĂ©es avec une sincĂ©ritĂ© et une comprĂ©hension, passionnantes. Le chef et les instrumentistes de l’Orchestre Symphonique National d’Ukraine en dĂ©livrent toute l’intensitĂ© jusqu’aux limites des timbres (bois et cordes), dans le tutti final, lui aussi, au sommet de l’ambivalence (apothĂ©ose et fin, ou syncope et interruption ?). Tout est lĂ  dans ce mystĂšre non Ă©lucidĂ© d’une fin en pointillĂ©s.

 
 

  
 

 

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CLIC_macaron_2014CD, Ă©vĂ©nement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil – 1 CD Klarthe : K 087 (Distribution : PIAS) – DurĂ©e : 1h07min

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VOIR le TEASER VIDEO 
https://www.youtube.com/watch?v=-Fh4hy-enlc

L’album « Modernisme », sous la baguette du chef d’orchestre Bastien Stil avec la violoniste Sarah Nemtanu, plonge au cƓur de la musique soviĂ©tique entre 1917 et 1932…
The album “Modernism”, under the baton of the talented conductor Bastien Stil and featuring the brilliant violinist Sarah Nemtanu, takes you into the heart of Soviet music from 1917 to 1932 …
Listen to the emblematic 1st Symphony by Shostakovich in a remarkable performance of the National Symphony Orchestra of Ukraine. Discover Liatochinski’s “Balade” Op.24 and finally the world’s first recording of Dimitri Tchesnokov’s Violin Concerto composed in 2015 in resonance of the great masters of the past.

  

Programme :

Boris Liatochinski (1895-1968), orchestration Dimitri Tchesnokov
Ballade op. 24

Dimitri Tchesnokov (1982)
Concerto pour violon et orchestre op. 87
(création)

Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Symphonie n°1 op. 10

 
 
 

Achetez  :
https://smarturl.it/modernisme?IQid=www.klarthe.com

 
 
 

CD, critique. ELSA DREISIG, sop. MORGEN. STRAUSS (1 cd ERATO, 2019)

DREISIG elsa cd morgen strauss critique cd classiquenewsCD, critique. ELSA DREISIG, sop. STRAUSS (1 cd ERATO, 2019). Le cheminement de ce rĂ©cital est contrariĂ© ; il dĂ©bute pour le dire simplement, instable et timide ; puis Ă  partir du second Rachmaninov, pose plus franchement les options de l’interprĂšte, et dans les Strauss, une maĂźtrise texte et legato, plus affirmĂ©e dans le 4Ăš lied. Ainsi la voix sonne petite, serrĂ©e, aigus tendus, sans cette chair onctueuse qui doit faire les dĂ©lices des Rachmaninov ; son Duparc (L’invitation au voyage) reste Ă©triquĂ© aussi, avec une articulation parfois inintelligible ; mĂȘme constat pour PhidylĂ© bien que l’intonation et la ligne soient mieux maĂźtrisĂ©es.
Les Strauss sont les plus attendus dont les quatre (faux) derniers lieder ; ici on prĂ©fĂšre l’entente intimiste, personnelle, diaphane et filigranĂ©e chant / piano, aux Ă©quilibres tĂ©nus qui expose tout autant la voix : FrĂŒhling manque de respiration Ă©perdue, de souffle, de grandeur dans ses Ă©vocations climatiques ; voilĂ  qui nous rappelle une autre diva, Anna Netrebko qui se risquait elle aussi dans les Quatre derniers lieder sous la direction de Barenboim, rĂ©cital et cd vite oubliĂ©s qui montraient cependant une force dramatique correspondant exactement aux ressources rĂ©elles de la diva austro-russe. Concernant Elsa Dreisig, il est Ă©vident que le choix vient d’une affection personnelle pour le rĂ©pertoire, mais la tessiture de la soprano française est-elle rĂ©ellement celle pour les lieder straussiens ?

Duparc, Rachmaninov, Strauss

ELSA DREISIG, le goût du risque


Par contre saluons la tendresse allusive du piano de Jonathan Ware (PhidylĂ©). Quelque chose se produit, articulation plus percutante, plus de texte et d’accents, de prĂ©cision et d’éclat dans le second Rachmaninov, vraie petite scĂšne opĂ©ratique par ses humeurs contrastĂ©s, volubiles (Krysolov)
 on espĂšre que la soliste poursuive ainsi sur cette lancĂ©e, dans cette justesse expressive.
September et ses harmonies miroitantes doit enivrer, mais ici reste terre Ă  terre en lignes frĂȘles et fragiles presqu’incertaines. Les tempos sont adaptĂ©s, ralentis pour mieux enchĂąsser la voix dans les notes du piano. Et justement, la partie pour piano, Ă  dĂ©faut des ors orchestraux, captive elle vĂ©ritablement (confirmation dans le piano solo : « Aux Ă©toiles » oĂč le pianiste fait chanter son instrument en se souciant de tous les plans sonores, distinguant la ligne mĂ©lodique principale, des colorations sonores qui l’enveloppent).
On se demande s’il Ă©tait bien justifiĂ© de morceler ainsi les Quatre Vier lieder, au risque d’en disperser l’unitĂ© organique.

Les Rachmaninov qui exigent moins de legato et de souffle infini, jouant plus sur les couleurs et la rupture de la ligne, vont mieux à la voix, curieusement plus à son aise (trÚs textuelle Romance n°1, opus 38 : fugace, mieux réussie).
Meilleure houle maĂźtrisĂ©e (et crĂ©pusculaire) dans Chanson triste, mais les aigus sont courts et durs, Ă  peine tenus ; Extase est un pur instant poĂ©tique et mordorĂ©, fusion indiscutable entre le clavier souverain et le chant comme enseveli (mais qui perd l’acuitĂ© du texte).

On reste surpris par le tempo Ă©tirĂ©, diluĂ©, – suspendu extatique de « Beim Schlafengehen » / En s’endormant – nouveau jalon des Strauss, de loin celui qui affirme le parti de lenteur des interprĂštes : le renoncement, la volontĂ© d’anĂ©antissement et de disparition, dans la mort et aussi le rĂȘve justifient des sĂ©ries de sĂ©quences ralenties, morcelĂ©es au risque de la perte de l’unitĂ© : la palette des couleurs, et les intervalles requis par la partition forcent la diva Ă  sortir du bois et affirmer cette fois une caractĂ©risation vocale dĂ©terminĂ©e, tranchante, indiscutable. Dans la mort et l’oubli, le chant s’affine : affĂ»tĂ©, percutant, il frappe directement. Bravo Elsa.

Le rĂ©cital se referme avec le dernier des Quatre Lieder de Strauss : « Im Abdendrot » ; puis « Morgen » (qui donne aussi son titre au cd). PĂąle et lugubre, aux couleurs d’une tendresse triste, le chant rayonne dans le premier, posĂ© comme une interrogation sans rĂ©ponse et dans un tempi trĂšs Ă©tirĂ© (trop ?) ; mais les couleurs du piano sont superbes. Il est emblĂ©matique de terminer le rĂ©cital avec « Morgen » / Demain (Et demain le soleil brillera encore) : hymne Ă©perdu lui aussi au miracle d’une Nature toujours sublimĂ©e, renouvelĂ©e grĂące Ă  la caresse du soleil : chant de langueur, legato maĂźtrisĂ©, aux nuances Ă©panouies, Elsa Dreisig finit ce rĂ©cital dans l’extase suave la plus convaincante. VoilĂ  qui se termine mieux qu’au dĂ©but. Ouf. Quoiqu’il en soit, et malgrĂ© les petites rĂ©serves Ă©mises, le courage et ce goĂ»t du risque doivent ĂȘtre encouragĂ©s. A suivre.

D’une façon gĂ©nĂ©rale, son prĂ©cĂ©dent cd MIROIRS, « CLIC de Classiquenews » nous a paru mieux convenir Ă  la voix, Ă  sa tessiture (1 cd Erato, sept 2018).
https://www.classiquenews.com/cd-critique-miroirs-elsa-dreisig-soprano-1-cd-erato/

On attend et suivra la diva sur scĂšne au fur et Ă  mesure de ses prochains engagements, surtout au Staatsoper de Berlin (Musetta, janv 2020 ; DircĂ© dans MĂ©dĂ©e de Cherubini Ă  Berlin fev 2020 ; puis Fiordiligi et Pamina en avril 2020 ; avant Paris oĂč Bastille l’annonce en Gilda (juin 2020)

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CD, critique. ELSA DREISIG, sop. MORGEN : STRAUSS, DUPARC, RACHMANINOV (1 cd ERATO, 2019)  -  Enregistré en juillet 2019, Paris.

 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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Découvrir la version originale pour orchestre, des Vier Letzte Lieder de Richard Strauss par Jessye Norman et Kurt Masur. La voix de Jessye Norman qui nous a quitté en septembre 2019, perce, embrase, saisit littéralement
. par sa puissance naturelle, ses couleurs, ses nuances :

https://www.youtube.com/watch?v=SDoqnjB7Um4

MORGEN de STRAUSS par Jessye Norman :
https://www.youtube.com/watch?v=z3r9ifssLZQ

SEPTEMBER de STRAUSS par Jessye Norman
https://www.youtube.com/watch?v=qtmEjXZx340
(1991, Salisbury Festival)

 

 

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AGENDA

Le programme du cd MORGEN tourne en Europe

PARIS, mardi 28 janvier 2020, 20h.
TCE, cycle Grandes Voix

BORDEAUX, Gd Théùtre, le 30 janvier 2020

LONDON, le 2 fév 2020
Wigmore Hall

COLOGNE, le 4 fév 2020
Deutschlandfunk, Kammermusiksaal

BERLIN, le 10 fév 2020
Staatsoper, Apollosaal

TOULOUSE, le 27 avril 2020
Capitole

Voir toutes les dates de la tournĂ©e sur le site d’Elsa Dreisig
https://www.elsadreisig.fr

SAUL version KOSKY au ChĂątelet

SAUL-DAVIS-oratorio-opera-handel-critique-opera-classiquenewsPARIS, ChĂątelet : 21 – 31 janv 2020. SAUL, Kosky. La mise en scĂšne du luxuriant metteur en scĂšne australien Barrie Kosky, dans cette production crĂ©Ă©e initialement pour Glyndebourne Ă  l’étĂ© 2015, fusionne non sans rĂ©ussite la musique baroque Ă  une chorĂ©graphie contemporaine, avec costumes somptueux revisitĂ©s dans l’esprit XVIIIĂš style Monty Python. Il en rĂ©sulte une maniĂšre de fĂ©erie flamboyante mais jamais outrĂ©e, dont les effets et accents collectifs (qui laisse une belle place au choeur 
 acteur primordial comme toujours chez Haendel) amplifient rythmes et saillies d’une musique certes d’oratorio, mais souvent plus expressive voire exacerbĂ©e qu’à l’opĂ©ra. La signature de Barrie Kosk, directeur de la Komische Oper de Berlin, rĂ©gĂ©nĂšre le genre et lui insuffle une vitalitĂ© inexistante avant lui.
Le livret est signĂ© Charles Jennens : il met en lumiĂšre l’esprit sombre, jaloux, Ăąpre de Saul, qui bascule bientĂŽt dans la folie.
L’oratorio style entertainment, dĂ©lurĂ©, mais poĂ©tique, comme une revue de cabaret, a ainsi voyagĂ© au Festival d’AdelaĂŻde en 2017 et Ă  Houston en 2019, aprĂšs un deuxiĂšme passage au Festival de Glyndebourne en 2018. Kosky a commencĂ© sa carriĂšre Ă  l’opĂ©ra avec l’Orfeo de Monteverdi que dirige RenĂ© Jacobs en 2003 au Festival d’Innsbruck.

 

 

 

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6 représentations au Chùtelet
21 > 31 janvier 2020, 20h
RESERVEZ directement sur le site du ChĂątelet
https://www.chatelet.com/programmation/saison-19-20/saul/

Production du Glyndebourne Festival 2015
En anglais surtitré

 

 

Laurence Cummings, direction
Barrie Kosky, mise en scĂšne

SaĂŒl / Apparition Samuel : Christopher Purves
Merab : Karna Gauvin
Michal : Anna Devin
Jonathan : Benjamin Hulett
David : Christopher Ainslie
Le Grand PrĂȘtre / Doeg / Abner / un amalĂ©cite : Stuart Jackson
La sorciùre d’Endor : John Graham-Hall

Danseurs
Robin Gladwin, Ellyn Hebron, Merry Holden, Edd Mitton, Yasset Roldan, Gareth Mole , Damian Czarnecki (Doublure danseur)

Les Talens lyriques

 

 

 

 

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VIDEO avec le contreténor britannique Iestyn DAVIES qui chantait à Glynebourne le rÎle de David

https://www.glyndebourne.com/festival/video-iestyn-davies-live-at-glyndebourne/

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS
 Wiener Phil. Andris Nelsons, direction.


musikverein saal concert du nouvel an 2016njk14_TRY_0497COMPTE-RENDU, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS
 Wiener Phil. Andris Nelsons
, direction. Le concert du NOUVEL AN Ă  VIENNE, ce 1er janvier 2020 marque les dĂ©buts dans cet exercice du chef letton Andris Nelsons (41 ans), musicien dĂ©jĂ  familier des instrumentistes viennois, avec lesquels il a enregistrĂ© l’intĂ©grale des Symphonies de Beethoven pour DG Deutsche Grammophon. C’est aussi un concert de gala qui ouvre les festivitĂ©s des 150 ans de la crĂ©ation du Musikverein, salle mythique, dite la boĂźte Ă  chaussure magique, dans laquelle tous les concerts du Nouvel An se sont dĂ©roulĂ©s.

Polka rapide composĂ©e par Edouard Strauss (le dernier de la fratrie Strauss, aux cĂŽtĂ©s de Johann II et Josef ; celui qui a brĂ»lĂ© partitions et matĂ©riel d’orchestre sous un coup de folie) :

Le caractĂšre gĂ©nĂ©ral de cette annĂ©e est dĂ©voilĂ© dĂšs la premiĂšre Ɠuvre choisie par le chef pour son premier Concert du Nouvel An : de Carl Michael Ziehrer, Die Landstreicher / Les Vagabonds (Ouverture). Le chef letton affirme d’emblĂ©e sans prĂ©ambule une joie militaire, galop Ă  la Offenbach, un rien pĂ©taradant (avec coups de piccolos) ; musique un peu trop dĂ©corative et narrative pour un dĂ©but : la sonoritĂ© est un rien tendue qui manque de dĂ©tente, de souplesse. Heureusement, ce raffinement viennois qui nous manquait tant, surgit Ă  l’éclosion de la valse finale : mais Ziehrer ne maĂźtrise pas l’orchestration comme Johann II et ses frĂšres ; cela sonne un peu raide et sec.

Dans Message d’amour (LiebesgrĂŒĂŸe), valse opus 56 de Josef Strauss, la direction est dure et Ă©paisse ; le maestro a choisi surtout des piĂšces d’inspiration et de caractĂšre nettement militaire comme l’atteste la piĂšce qui suit du mĂȘme Josef S : « Liechtenstein-Marsch » op. 36, exclamation militaire Ă©noncĂ©e comme un quadrille enlevĂ© qui semble Ă©voquer la superbe des armĂ©es, en leurs parades de rangs serrĂ©s, parfaitement alignĂ©s. Le geste pourtant clairs et prĂ©cis confine Ă  la mĂ©canique.

La Blumenfest-Polka (Flower Festival Polka) op. 111 de Johann Strauss II, est enfin la premiĂšre oeuvre du programme, de vrai grand raffinement aux Ă©quilibres instrumentaux plus subtils qui forcent le chef Ă  mieux polir la cadence et colorer davantage en piani plus ciselĂ©s. Mais le geste demeure gĂ©nĂ©reux et avare en gradations infimes, en phrasĂ©s pourtant inscrits et si dĂ©lectable dans le cas de Johann II. Puis du mĂȘme Johann, seigneur et souverain de la valse viennoise, c’est « Wo die Zitronen blĂŒh’n », Waltz, op. 364 (Where the Lemon Trees Blossom) : Grande valse au pays des citronniers en fleurs. le dĂ©but a la flamboyance d’un dĂ©but wagnĂ©rien : cor et flĂ»te enchantĂ©s ; c’est un lever de rideau, comme dans un rĂȘve qui dure encore au moment du rĂ©veil. Visiblement, maestro Nelsons allĂšge le trait, change son allure militaire et carrĂ©e, pour une souplesse quasi naturelle. MĂȘme geste fluide et trĂ©pidant dans la derniĂšre piĂšces, courte et enlevĂ©e qui conclut la partie 1 du concert viennois : Knall und Fall, Polka rapide, op. 132 d’Eduard Strauss, celui qui a brĂ»lĂ© partitions et matĂ©riel d’orchestre sous un coup de folie, comme pour se venger de ses ainĂ©s trop Ă©crasants
 Enfin la pĂ©tillance du champagne emmenĂ©e en une frĂ©nĂ©sie certes un peu clinquante se livre Ă  nous par un orchestre en incandescence.

La deuxiĂšme partie dĂ©bute par une ouverture fameuse pour son rythme trĂ©pidant et ses couleurs frĂ©nĂ©tiques dont la cadence et l’orchestration rappellent 
 Rossini (celui du Guillaume Tell, Ă  l’ouverture elle aussi, trĂ©pidante et trĂšs suggestive). L’ouverture de Leichte Kavallerie de Franz von SuppĂ© confirme une Ă©criture taillĂ©e pour le drame et le thĂ©Ăątre ; les cors sont Ă  la fĂȘte, d’une effervescence exacerbĂ©e ; on y retrouve l’entrain de l’ouverture de Guillaume Tell, sa facĂ©tie, sa franchise, sa fougue martiale. La carrure du chef va bien Ă  la frĂ©nĂ©sie conquĂ©rante de la musique de SuppĂ©.

 

 

 

 

 

 

Andris Nelsons dirige les Wiener Philharmoniker
Grisant mais pas Ă©blouissant

 

 

CONCERT DU NOUVEL AN Ă  VIENNE 2020

 

 

 

Dans Cupido, Polka française op. 81 de Josef Strauss, l’orchestre retrouve son aplomb naturel en un rythme modĂ©rĂ© (pas trop rapide selon la tradition de la polka française) oĂč souveraines, les cordes sont aguicheuses, d’une suavitĂ© Ă©lĂ©gantissime. Le point d’orgue du programme qui sait jouer aussi la carte touristique avec le concours du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne, est la trĂšs belle valse de Johann II :
« Seid umschlungen, Millionen! » / Be Embraced, You Millions! / Embrassez-vous par millier, Waltz op. 443, oĂč l’orchestre joue la partition d’une sĂ©quence filmĂ©e (le concert est comme chaque annĂ©e retransmis en direct dans le monde entier) : dans l’enfilade des salons de la rĂ©sidence d’hiver du prince EugĂšne de Savoie, danseurs et musiciens racontent le rĂȘve Ă©veillĂ© d’une jeune femme qui revĂȘt une robe de dentelles rouges, au bras d’un prince d’un soir : le couple se forme, se cherche, s’évalue (chorĂ©graphie de Carlos Martinez), au rythme de la subtilitĂ© d’une musique entĂȘtante Ă  souhait ; la voici notre Ă©quation rĂ©ussie du kitsch Ă  la viennoise ; temps suspendu que permet la fĂ©erie de la valse de Johann II.
Sur ce rythme enlevé, les piÚces se succÚdent : Fleur de glace, mazurka de Josef Strauss (Polka mazurka op. 55, arrangement: Wolfgang Dörner) dont on retient le chien et le tempérament ;
La gavotte de Josef Hellmesberger Jr. dont les pizzicati maĂźtrisĂ©s rĂ©activent la dĂ©licatesse et la rondeur des Wiener Philharmoniker, ambassadeurs inspirĂ©s de cette danse hĂ©ritĂ©e du XVIIIĂš ; le galop du Postillon (op. 16/2, Arrangement: Wolfgang Dörner) du Strauss danois, Hans Christian Lumbye et qui permet au chef amusĂ©, de jouer du clairon car il a commencĂ© sa carriĂšre de musicien en jouant cette partie
 LĂ  encore, signature du programme dans son ensemble, c’est la verve militaire et le rythme rien que conquĂ©rant jusqu’à la transe qui marquent les esprits.

Clin d’oeil Ă  l’anniversaire Beethoven en 2020 (250Ăš anniversaire de la naissance en 1770 Ă  Bonn), l’orchestre joue quelques unes des contredanses de Ludwig van B., soit les piĂšces 1, 2, 3, 7, 10 & 8 des 12 ContretĂ€nze WoO 14. C’est un festival de courtes piĂšces d’une rare frĂ©nĂ©sie chorĂ©graphiques en effet et qui se prĂȘtent idĂ©alement Ă  leur mise en danse par trois couples du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne dont l’une des danseuse en look Dior, chapeau / jupe au dessin parisien. Mais les danses elles sont trĂšs mozartiennes ; dont certaine ont une mĂ©lodie qui sera repris dans le ballet « Les CrĂ©atures de PromothĂ©e » ; avec cette trĂ©pidation rythmique, si emblĂ©matique de la symphonie n°8 (entre autres) : tout le gĂ©nie de Ludwig est concentrĂ©, avec ce goĂ»t de la variation, cette nervositĂ© virile d’un Beethoven traversĂ© par une fougue primitive.
Le concert se dĂ©roule ensuite en soulignant le raffinement et l’invention mĂ©lodique des ainĂ©s de la fratrie, aussi inspirĂ©s l’un que l’autre : surtout Johann Strauss Jr. : « Freuet euch des Lebens » (Joies de la vie : valse opus 340 Ă©crite et jouĂ©e ici mĂȘme pour inaugurer le Musikverein (janvier 1870) ; puis l’inusable Tritsch-Tratsch Polka,
Polka rapide op. 214 qui reste le grand classique de la trĂ©pidation viennoise avec la caisse claire, rythmiquement nerveux et enjouĂ©, d’une sĂ©duction irrĂ©sistible.

Tout concert du Nouvel An Ă  Vienne ne peut se terminer sans ses deux volets de conclusion, signĂ©s des deux Johann, le fils et le pĂšre : Le beau Danube bleu (Johann II) dont le dĂ©but est Ă  peine esquissĂ© pour permettre au chef et aux musiciens de dire leurs voeux ; puis cette autre poncif : La Marche de Radetski (du pĂšre, Johann I), qui permet au public, conquis Ă  ce stade du concert, d’interagir avec le chef, en claquant des mains 
 le rituel est rodĂ© ; il est devenu parfaitement huilĂ©. Au risque d’une certaine routine. Dans sa continuitĂ©, ce concert du Nouvel An Ă  Vienne ne dĂ©pare pas de la perspective dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e. On y relĂšve cependant pas la finesse d’élocution comme la subtilitĂ© dont ont Ă©tĂ© capables en leur occasion, les maestros prĂ©cĂ©dents tels Dudamel, Jansons, Welser-Möst
 Avec Nelsons, et avant lui en 2018, Muti, comme avant Thielemann, la finesse et la grĂące ont laissĂ© la place Ă  l’intensitĂ© et la fougue. Question de style.
Grisant mais pas éblouissant. A chacun sa préférence. SONY édite le cd et le dvd du concert du Nouvel An 2020 (comme chaque année).

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS
 Wiener Phil. Andris Nelsons, direction.

 

 

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LIRE nos précédents critiques et comptes rendus du CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE :

1er janvier 2018 : Riccardo MUTI dirige le concert du NOUVEL AN Ă  VIENNECompte rendu, critique, concert. Vienne, Musikverein, le 1er janvier 2018. CONCERT DU NOUVEL AN 2018. Wiener Philharmoniker / Riccardo Muti, direction. Pour le concert du Nouvel An Ă  Vienne ce 1er janvier 2018, revoici les instrumentistes du Philharmonique de Vienne sous la direction du chef familier pour eux, Riccardo Muti. Nous les avions quittĂ©s ici mĂȘme le 1er janvier 2017 sous la direction de Gustavo Dudamel : jeune et trĂšs prĂ©cis maestro : le plus jeune alors depuis des dĂ©cennies Ă  diriger les prestigieux instrumentistes autrichiens. Les ors et les fleurs en surabondance, selon le goĂ»t spĂ©cifique des Viennois pour l’ultra kitsch (Sissi n’est pas loin, sans omettre les fastes sirupeux de Schönbrun), soulignent l’importance musical, surtout mĂ©diatique de l’évĂ©nement.

 

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker.  Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les tĂ©lĂ©visions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilĂ  assurĂ©ment Ă  un moment important de cĂ©lĂ©bration collective, le moment musical et symphonique le plus mĂ©diatisĂ© au monde. En plus des talents dĂ©jĂ  avĂ©rĂ©s des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est Ă©videmment le nouvel invitĂ©, pilote de la sĂ©quence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques).

 

 

et aussi :

LIRE AUSSI nos prĂ©cĂ©dents comptes rendus du Concert du NOUVEL AN Ă  VIENNE 2016, 2015, 2014, 2012, 2010… :

Mariss Jansons / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2016
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-concert-du-nouvel-an-2016-a-vienne-neujahrskonzert-new-years-concert-2016-vienna-philharmonic-wiener-philharmoniker-orchestre-philharmonique-de-vienne-mariss-jansons-directio/
Zubin Mehta / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2015
L’hommage au gĂ©nie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/
Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/
Mariss Jansons / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/
Georges PrĂȘtre / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2010