ORLÉANS. Concert COR A CORPS (FaurĂ©, R. Strauss…)

orchestre-symphonique-orleans-janvier-concerts-2020-11-12-janvier-COR-A-CORPS-STRAUSS-BEETHOVEN-classiquenews-critique-concert-et-operaORLÉANS, Concert COR A CORPS, les 11 et 12 janvier 2020. L’ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS fĂȘte l’annĂ©e 2020 par un concert Ă©vĂ©nement qui met l’accent sur le cor, instrument au timbre somptueux autant que majestĂ©, pilier du pupitre des cuivres. Pour se faire, l’Orchestre orĂ©lanais marque aussi une premiĂšre dans sa riche et longue histoire, il est dirigĂ© pour la premiĂšre fois par une cheffe d’orchestre, Claire Levacher. Marius Stieghorst, chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans, l’a choisie car Claire Levacher a collaborĂ© avec lui sur diffĂ©rents projets et production Ă  l’OpĂ©ra de Paris, dĂ©montrant une acuitĂ© remarquable et une sensibilitĂ© des plus efficaces. Autant de qualitĂ©s essentielles pour la rĂ©ussite d’un orchestre.
Les 11 et 12 janvier 2020, place donc au cor (et Ă  la virtuositĂ© chantante du jeune soliste FĂ©lix Dervaux) et aussi Ă  Beethoven dont 2020 marque les 250 ans de la naissance. Le programme rend Ă©galement un hommage au regrettĂ© chef de l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans, Jean-Marc Cochereau, dĂ©cĂ©dĂ© en dirigeant la Symphonie n°3 lors d’une rĂ©pĂ©tition de l’orchestre le 10 janvier 2011.

 

 
 

 

 
 

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« COR À CORPS »
ORLÉANS, ThĂ©Ăątre, Salle Touchard

Samedi 11 janvier 2020 Ă  20h30
Dimanche 12 janvier 2020 Ă  16h
ThĂ©Ăątre d’OrlĂ©ans – Salle Touchard
RÉSERVEZ VOTRE PLACE ici :
http://www.orchestre-orleans.com/concert/cor-a-corps/

ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS
Direction : Claire LEVACHER
Cor solo : FĂ©lix DERVAUX

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Présentation des oeuvres

 

 

 

Gabriel FAURÉ : Pavane, op.50
La Pavane est une Ɠuvre pour petit orchestre symphonique avec chƓur, Ă©crite en 1887 ; elle est dĂ©dicacĂ©e Ă  la Comtesse Elisabeth Greffuhle. FaurĂ© ajoute Ă  la demande de cette derniĂšre la partie chorale sur un texte de son cousin, Robert de Montesquiou-Fezensac. La Comtesse a servi de modĂšle pour le personnage d’Oriane de Guermantes dans A la recherche du temps perdu de Proust (Un amour de Swann).

 

 

Richard STRAUSS
Concerto n° 2 pour cor en mi bémol majeur, op. 132 (soliste Félix Dervaux)
Felix delvaux cor concert critique classiquenews-videoRichard Strauss compose ce Concerto pour cor en 1942 Ă  l’ñge de 78 ans. Le cor occupe une place privilĂ©giĂ© dans l’écriture et l’orchestration de Strauss : le pupitre des cors rĂšgne sans partage dans sa fabuleuse et spectaculaire Symphonie alpestre. C’est aussi une lointaine histoire familiale car son pĂšre, Franz Strauss, Ă©tait premier cor solo Ă  l’orchestre du ThĂ©Ăątre de la cour de Munich et l’un des plus brillants cornistes allemands de son temps. Reconnaissant, Strauss fils rĂ©serve au cor dans ce concerto, une place de choix, virtuose et raffinĂ©e, construisant un vĂ©ritable dialogue entre le soliste et l’orchestre. Strauss y rend hommage aussi Ă  l’esprit de Mozart. (Soliste : FĂ©lix Dervaux, DR)

 

 

Ludwig van BEETHOVEN
La Symphonie n°3, dite « Symphonie hĂ©roĂŻque » / Eroica est monumentale par sa durĂ©e (format et ampleur inĂ©dits jusqu’alors), novatrice par son style, et marque un vĂ©ritable tournant dans l’histoire de la musique. Entre 1803 et 1804, Beethoven accomplit un prodige, malgrĂ© la gravitĂ© (et le traumatisme) de sa surditĂ© croissante. Comme un dragon qui bouillonne, le lion nĂ© Ă  Bonn accouche de ses idĂ©es et rĂ©forme dĂšs lors la sonoritĂ© mĂȘme de l’orchestre symphonique. D’abord admiratif de la RĂ©volution française, et de Bonaparte, Beethoven dĂ©die au gĂ©nĂ©ral français sa nouvelle partition, vĂ©ritable manifeste pour un nouveau monde et un nouvel ordre. Mais avec l’avĂšnement de NapolĂ©on, Beethoven efface la dĂ©dicace initiale : la partition plus rĂ©volutionnaire que jamais, tout en portant la marque de cette trahison, demeure l’affirmation sans rĂ©serve de libertĂ© et de fraternitĂ© entre les peuples, un brĂ»lot visionnaire contre toute forme de tyrannie. A bon entendeur


BEETHOVEN-portrait-dossier-beethoven-2020-classiquenews-concerts-festivals-2020-Ludwig-Van-Beethoven-1ComposĂ©e dans un registre Ă©pique, la partition Ă©tonne encore par la clartĂ© de son architecture Ă  travers ses 4 mouvements, chacun idĂ©alement caractĂ©risĂ© : le premier mouvement cĂ©lĂšbre la bravoure du hĂ©ros ; le second, plus tourmentĂ©, Ă©voque la mort (deuil des idĂ©es sacrifiĂ©es, trahies par NapolĂ©on ?) – les deux derniers mouvements rĂ©activent l’espoir. A la crĂ©ation, les spectateurs restent dĂ©concertĂ©s. Beethoven la considĂšre comme sa prĂ©fĂ©rĂ©e. L’HĂ©roĂŻque inaugure la symphonie romantique par excellence. Un coup de gĂ©nie jamais plus dĂ©menti ensuite et toujours acclamĂ©.

 
   

 

 

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FĂ©lix DERVAUX, cor
LaurĂ©at de plusieurs concours internationaux de musique, tels que le Concours ARD de Munich 2016 et le Concours TchaĂŻkovski 2019, FĂ©lix DERVAUX a jouĂ© comme soliste avec des plus grands orchestres du monde : l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, l’Orchestre royal du Concertgebouw (premier cor solo), le Marinsky Orchestra.

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INFOS & RÉSERVATIONS :

Lieu : Salle Touchard – ThĂ©Ăątre d’OrlĂ©ans
Tarifs : Cat.1 : 30 € ; Cat. 2 : 27/24/19/13 €
Dates et horaires des concerts : Samedi 11 janvier Ă  20h30 – Dimanche 12 janvier Ă  16h00
RĂ©servations :
‱ ThĂ©Ăątre d’OrlĂ©ans : du mardi au samedi de 13h Ă  19h, TĂ©l. 02 38 62 75 30 Ă  partir de 14h
‱ Billetterie en ligne : www.helloasso.com/associations/orleans-concerts
Site internet : www.orchestre-orleans.com
 

 

 
 

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Approfondir

 

LIRE aussi nos contenus et articles sur la symphonie EROICA de Beethoven
http://www.classiquenews.com/?s=eroica&submit=rechercher

LIRE aussi notre grand dossier BEETHOVEN 2020
http://www.classiquenews.com/beethoven-2020-volet-3-ludwig-epique-1802-1812/

 

 

 

 

 

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COMPTE RENDU, critique, opéra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. J RHORER / J GRAY

Mozart-portrait-chevalier-clemence-de-titus-idomeneo-mozartCOMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. J RHORER / J GRAY. On l’attendait comme le loup blanc, mieux : comme le nouveau messie venu (enfin) renouveler le genre lyrique passablement Ă©reintĂ© par de faux metteurs en scĂšne. Qu’allions nous alors (re)dĂ©couvrir dans ces Nozze miraculeuses oĂč brĂ»le le dĂ©sir et se consume l’amour en une transe collective, Ă  la fois nostalgique et facĂ©tieuse ? Qu’apporte rĂ©ellement Ă  l’opĂ©ra, le cinĂ©aste James Gray, lui qui Ă  50 ans, trĂšs marquĂ© par le style intello esthĂšte de l’Actor studio, a marquĂ© le cinĂ©ma amĂ©ricain depuis une dĂ©cennie, grĂące Ă  des cadrages et une photographie qui citent souvent 
 la modernitĂ© inusable d’un Degas ? En rĂ©alité  une (trop) sage mise en mouvement d’un incomparable chef d’Ɠuvre. Et si la musique trop divine de Wolfgang rendait le dĂ©fi de la reprĂ©sentation, dĂ©finitivement stĂ©rile ? La proposition de James Gray nous paraĂźt objectivement moins pertinente qu’au cinĂ©ma. Mais cela aurait pu ĂȘtre pire et tourner au dĂ©tournement spatial de la part du rĂ©cent rĂ©alisateur d’Ad Astra. Pourtant ayant encore vu rĂ©cemment The city of Z, dont l’action inscrite de la forĂȘt amazonienne (bolivienne) fait paraĂźtre comme d’un songe, une reprĂ©sentation de Cosi fan tutte, nous espĂ©rions ĂȘtre surpris, tout au moins touchĂ©s par le spectacle annoncĂ© comme majeur par le TCE


 
 

 
 

GRAY UN PEU GRIS…

  

 

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SAINE MAIS SAGE FIDELITÉ AUX TEXTES
 Architecture mĂ©ridionale vaguement sĂ©villane au I ; costumes outrageusement espagnols (Lacroix) ; situations dramatiques respectueuses du livret assez sage de da Ponte, du moins plus bourgeoises que rĂ©volutionnaires de la source Beaumarchais. On est parfois mĂȘme dans un pastiche kitch d’un XVIIIĂš exacerbĂ©, un rien pĂ©taradant. La vogue Marie-Antoinette, vomissant ses mouches, ses rubans et ses macarons
, sĂ©vit toujours. La lecture politique du conflit entre le Comte Almaviva qui fait valoir son droit de cuissage / jambage, et son valet Figaro, fiancĂ© dĂ©fenseur de sa future Ă©pouse Suzanne, reste une affaire strictement domestique. Observateur de la rĂ©alitĂ©, voire analyste sans l’avouer, Gray prolonge du cinĂ©ma Ă  l’opĂ©ra, son perfectionnisme visuel presque maladif. Il agrĂ©mente la vĂ©ritĂ© des sĂ©quences grĂące Ă  quelques objets / accessoires qui disent tout, clairement, synthĂ©tiquement: miroir, guitare
 qui passant de mains en mains dĂ©terminent l’idĂ©e des rĂ©seaux et des conspirations (fĂ©minines) contre le despote Almaviva. MĂȘme dans les replis de cette action fermĂ©e, entre maĂźtres et serviteurs, l’amĂ©ricain apporte une lecture pointilliste et plutĂŽt classique qui s’intĂ©resse de prĂšs Ă  chaque mouvement des corps, chaque geste, toujours trĂšs signifiants. Un travail d’acteurs
 de cinĂ©ma.

PLATEAU UN PEU TIEDE
 Gorge serrĂ©e et naturel en berne, le Comte Almaviva de StĂ©phane Degout a l’intelligence d’enrichir son personnage en Ă©vitant la caricature. Le despote est moins brutal et grossier qu’ailleurs. Ouf. Profonde voix suave, la Comtesse de la soprano Vannina Santoni apporte la touche de fĂ©minitĂ© complĂ©mentaire, habitĂ©e quoique parfois trop languissante, que transforme enfin, une tenue vocale trĂšs claire et lumineuse. La voix exprime le sentiment et c’est tant mieux : en l’occurrence, l’ennui et la nostalgie d’une Ă©pouse dĂ©laissĂ©e (et trompĂ©e) quoiqu’encore jeune.
Le Figaro de Robert Gleadow occupe tous les espaces et potentialitĂ©s du personnage : comĂ©dien autant que chanteur, la technique a quand mĂȘme du mal Ă  canaliser un trop plein de puissance et de vibrato. Bref un acteur dĂ©voilĂ©, mais un chanteur trĂšs peu mozartien. MĂȘme le jeune talent attendu ici, la soprano ElĂ©onore Pancrazi fait un Cherubin peu fluide, qui se cherche encore

BientĂŽt PlatĂ©e chez Rameau, le tĂ©nor percutant comme une trompette mais nuancĂ© comme le diseur baroque qu’il est, et magnifiquement, Ă©blouit par contre en Basilio : sorte de lĂąche insolent, canaille frustrĂ©e mais persiflante Ă  souhait. Le chanteur français, lui, manifeste un plaisir Ă©vident dans le jeu thĂ©Ăątral, d’autant qu’ici moyens et intentions sont idĂ©alement justes.

 

 

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Chef aux mouvements carrĂ©s mais vifs, et orchestre (sur instruments d’époque) rĂ©alisent un Mozart nuancĂ© mais comme fonctionnarisĂ© ; qui manque de respiration comme de souffle ; sans guĂšre de surprise. A croire qu’une certaine ĂąpretĂ© ciselĂ©e par Harnoncourt n’a jamais existĂ© ? Classique, mĂ©ticuleusement respectueuse des didascalies et indications de da Ponte, cette production cinĂ©matographique de James Gray fonctionne de toute Ă©vidence. Elle ne marque pas non plus les esprits. C’est un peu tiĂšde et trop sage.

 

 
 
 

 
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COMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. Opera biffa en quatre actes K. 492. Livret de Lorenzo Da Ponte, d’aprĂšs La Folle journĂ©e ou Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Direction musicale : Jérémie Rhorer.
Mise en scĂšne : James Gray.

Scénographie : Santo Loquasto. Costumes : Christian Lacroix. LumiÚre : Bertrand Couderc.

Avec Anna Aglatova (Suzanne),
Robert Gleadow (Figaro),
Stéphane Degout (le comte Almaviva),
Vannina Santoni (la comtesse Almaviva),
ÉlĂ©onore Pancrazi (ChĂ©rubin).

 

 

 

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Photos / illustrations © Vincent Pontet / TCE service de presse

CD événement, critique. RAVEL, ATTAHIR. ONL, Alexandre Bloch (1 cd Alpha, 2018)

CD-RAVEL-ATTAHIR-valse-rapsodie-espagnole-RAVEL-cd-ORCH-NAT-DE-LILLE-classiquenews-cd-critique-review-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. RAVEL, ATTAHIR. ONL, Alexandre Bloch (1 cd Alpha, 2018). AprĂšs un remarquable double coffret dĂ©voilant l’opĂ©ra de jeunesse de Bizet (Les PĂȘcheurs de perles oĂč s’affirment les affinitĂ©s lyriques de l’Orchestre National de Lille), aprĂšs un rĂ©cent album Chausson, tout autant passionnant, et orchestralement ciselĂ©,… l’orientation du nouveau programme confirme ici l’excellence symphonique de la phalange lilloise, apte Ă  relever tous les dĂ©fis donc, prĂ©cisĂ©ment ravĂ©liens, comme en terme de crĂ©ation contemporaine (Attahir)
 DĂšs le dĂ©but, La Valse tourbillonne dĂšs les premiers Ă  coups aux contrebasses auxquels rĂ©pondent la pĂ©tillance sombre des bassons puis tout l’orchestre qui scintille de mille nuances instrumentales, sur le rythme souple, en bascule de cette valse de plus en plus endiablĂ©e. La suavitĂ© rayonnante des clarinettes redoublent de voluptĂ© face Ă  l’ivresse envoĂ»tante des cordes ; mais trĂšs vite l’implosion menace l’équilibre dans la vĂ©hĂ©mence chaloupĂ©e ; la toupie se transforme en sirĂšne hurlante, faisant de la piĂšce de Ravel, un sommet de construction qui se dĂ©construit progressivement sous l’effet de l’urgence de son rythme. On pense d’un bout Ă  l’autre du pomĂše prĂ©cĂ©dent de cet autre orchestrateur miraculeux, Paul Dukas, et son Apprenti Sorcier oĂč le chant orchestral affirme une narrativitĂ© incandescente puis dit une mĂȘme explosion formelle, dans la surenchĂšre incontrĂŽlable des textures sonores.

 

 

 

L’Orchestre Nationel de Lille et Alexandre Bloch
expriment la richesse poétique de La Valse et de la Rapsodie


Magies ravéliennes

 

 

La Rapsodie espagnole (1907-1908) est le premier accomplissement orchestral de Ravel. celui qui saisit le milieu musical français (parisien) et qui allait dĂ©boucher ensuite sur l’apothĂ©ose de Daphnis et ChloĂ© (1912). Le raffinement scintillant de l’écriture, l’intelligence de la conception dramatique et architecturale, la sensibilitĂ© des couleurs et l’instinct des timbres disent le gĂ©nie de Ravel. Sous le geste Ă  la fois ample, oxygĂ©nĂ© mais prĂ©cis et ciselĂ© d’Alexandre Bloch, Ravel sonne non pas impressionniste comme on ne cesse de le dĂ©clarer, mais fauve. Une apprĂ©ciation plus juste car l’auteur de Miroirs ou de Gaspard de la nuit et bientĂŽt de Daphnis, y affirme un goĂ»t de la couleur, une vision juste et fulgurante qui le rapproche des sensuels et poĂ©tiques Vlaminck, Van Dongen, Matisse, Derain


Le PrĂ©lude Ă  la nuit et ses 4 notes descendantes enivrantes est Ă©noncĂ© comme un songe lointain, dans une morne voluptĂ© fatiguĂ©e mais toujours opalescente ; dans  Malaguena, danse codifiĂ©e de Malaga, mĂȘme suprĂȘme retenue, distanciĂ©e mais caressante et trĂšs finement Ă©lucidĂ©e, oĂč les deux amants certainement, se calculent, s’envisagent avec cette pudeur Ă©lĂ©gantissime, caractĂšres propres Ă  Ravel (tact du hautbois), que Alexandre Bloch exprime avec une souplesse jubilatoire. La plus difficile des quatre piĂšces demeure le climat nocturne lui aussi, de cette Habanera qui atteint au sublime dans le panthĂ©on poĂ©tique ravĂ©lien, : il s’agit de rĂ©activer un souvenir personnel, provenant de la mĂšre ; Ravel s’y montre plus andalou que les espagnols ; plus Ă©vanescents, fugitif et racĂ© que les plus fiers des hidalgos (mĂȘme Falla reconnut l’hispanitĂ© viscĂ©rale d’un Ravel touchĂ© par la grĂące dans son premier essai orchestral) ; fĂ©lin et sensuel en diable, Alexandre Bloch dirige comme un peintre
 par touches qui s’enlacent naturellement, dans la voluptĂ© jusqu’à l’évaporation finale.
CLIC D'OR macaron 200Enfin Feria dĂ©ploie la magie de son dĂ©filĂ© de timbres Ă  la furieuse et impĂ©rieuse exaltation, entre solennitĂ© et joie mĂ©diterranĂ©enne ; entre pudeur rentrĂ©e et poĂ©tique, et dĂ©claration lascive, le chef du National de Lille dĂ©ploie des trĂ©sors d’Ɠillades suggestives, d’une infinie et irrĂ©sistible sĂ©duction. Laquelle s’exprime dans un fracas sonore des plus exaltĂ©s, mais ĂŽ combien caractĂ©risĂ© grĂące Ă  la gĂ©nĂ©reuse prĂ©cision du chef. Alexandre Bloch dĂ©clare sa flamme au gĂ©nie ravĂ©lien dont on soupçonne qu’il stimule continument la maĂźtrise du maestro.

Aux cĂŽtĂ©s de cette rĂ©vĂ©lation ravĂ©lienne, le cd fixe la crĂ©ation par l’orchestre et le chef du Concerto pour serpent et orchestre de Benjamin Attahir, alors en janvier 2018, compositeur en rĂ©sidence au sein de l’Orchestre National de Lille. Nous renvoyons le lecteur Ă  la critique de la crĂ©ation Ă  laquelle assistait classiquenews :
« Le Concerto est en rĂ©alitĂ© la 2Ăš piĂšce d’un cycle en cours de 5 sections, rĂ©capitulant les 5 appels Ă  la priĂšre de l’ordinaire musulman. Cette 2Ăš Ă©tape correspond Ă  la priĂšre du midi. Si au cours de la passionnante rencontre prĂ©liminaire au concert oĂč le compositeur et son interprĂšte / crĂ©ateur (Patrick Wibart) dialoguent et prĂ©sentent leur travail, Benjamin Attahir s’est dit trĂšs intĂ©ressĂ© par le timbre (proche du cor et du trombone) et par la vocalitĂ© naturelle du Serpent, il s’est surtout montrĂ© soucieux de la structure et de l’architecture dramatique d’une piĂšce de plus de 20 mn qui nous aura sĂ©duit par son plan ambitieux, son souci des contrastes, des ruptures de caractĂšres, sa recherche constante de couleurs. A cela s’ajoute aussi une dĂ©marche particuliĂšre pour la spatialisation : 2 cors Ă©tant placĂ©s au niveau du balcon principal, permettant dans la derniĂšre partie de l’oeuvre – la plus convaincante, des effets d’échos et de rĂ©ponses entre le chant puissant et feutrĂ© du serpent soliste situĂ© sur la scĂšne, et les deux cuivres placĂ©s de part et d’autres de la galerie ; leurs rĂ©sonances mĂȘlĂ©es, dĂ©calĂ©es, dialoguĂ©es recrĂ©ent l’impression de vagues sonores enveloppantes quand les appels Ă  la priĂšre se multiplient dans l’espace urbain. »

LIRE l’intĂ©gralitĂ© du compte rendu critique du 26 janvier 2018 :
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-lille-auditorium-du-nouveau-siecle-le-26-janvier-2018-haydn-attahir-beethoven-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch/

 
 

Approfondir

LIRE notre annonce du Concerto pour serpent de B Attahir par l’Orchestre national de Lille :
https://www.classiquenews.com/a-lille-le-concerto-pour-serpent-de-benjamin-attahir/

LIRE notre compte rendu critique du concert de la création Concerto pour serpent de Benjamin Attahir, le 26 janvier 2018
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-lille-auditorium-du-nouveau-siecle-le-26-janvier-2018-haydn-attahir-beethoven-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch/

 

 

 

PrĂ©cĂ©dents articles critiques dĂ©diĂ©s Ă  l’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH :

 

 

 

chausson poeme amour et mer alexandre bloch gens orchestre national de lille cd annonce critique cd review cd classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha 2018). Comme une houle puissante et transparente Ă  la fois, l’orchestre pilotĂ© par Alexandre Bloch sculpte dans la matiĂšre musicale ; en fait surgir la profonde langueur, parfois mortifĂšre et lugubre, toujours proche du texte (dans les 2 volets prosodiĂ©s, chantĂ©s du « PoĂšme de l’amour et de la mer » opus 19) : on y sent et le poison introspectif wagnĂ©rien et la subtile texture debussyste et mĂȘme ravĂ©lienne dans un raffinement inouĂŻ de l’orchestration. D’une couleur plus sombre, d’un medium plus large, la soprano VĂ©ronique Gens a le caractĂšre idoine, l’articulation naturelle et sĂ©pulcrale (« La mort de l’amour » : dĂ©tachĂ©e, prĂ©cise, l’articulation flotte et dessine des images bercĂ©es par une voluptĂ© brumeuse et cotonneuse, mais dont le dessin et les images demeurent toujours prĂ©sent dans l’orchestre, grĂące Ă  sa diction exemplaire : quel rĂ©gal).

cd-pentatone-les-pecheurs-de-perles-bizet-orch-national-de-lille-alexandre-bloc-fuchs-dubois-sempey-les-cris-de-paris-annonce-cd-evenement-par-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles / ONL, Alexandre Bloch (2 cd Pentatone). En mai 2017, l’Orchestre national de Lille dirigĂ© par Alexandre Bloch son directeur musical, choisissait de ressusciter l’opĂ©ra de jeunesse de Bizet, les PĂȘcheurs de perles (1863). Un sommet lyrique plus abouti et cohĂ©rent qu’on ne le dit, le maillon essentiel avant Carmen (crĂ©e 12 ans plus tard), pour comprendre ce goĂ»t de la caractĂ©risation individuelle, des atmosphĂšres (orientalisantes, proches de LakmĂ© de LĂ©o Delibes plus tardif, crĂ©Ă© en 1883), ce gĂ©nie du drame qui sans emphase et tout en subtilitĂ© dĂ©peint des ĂȘtres d’exception comme les deux amoureux Nadir et Leila, finalement sauvĂ© par le rival du premier, Zurga
 Pour l’orchestre, c’est un dĂ©fi dans l’expression des nombreux paysages sonores ; pour les chanteurs, – tous de la nouvelle gĂ©nĂ©ration du chant français dont surtout les indiscutables Cyrille Dubois et Julie Fuchs (Nadir et Leila), un dĂ©fi sur le plan de la diction romantique française ; pour le chef, mĂȘme travail de ciselure dĂ©taillĂ©e comme de cohĂ©rence du plateau

 

METZ, Ciné-concert. Alexandre Nevski : Prokofiev / Eisenstein

sergei-prokofievMETZ, Arsenal. PROKOFIEV Alexandre Nevski, sam 16 nov 2019. Pour insuffler au rĂ©gime soviĂ©tique, un supplĂ©ment d’ñme et de souffle qu’il n’a pas, Prokofiev puisse dans l’histoire des hĂ©ros russe et livre un superbe oratorio symphonique qui exalte les vertus des grands hommes, patriotes, libĂ©rateurs
 Le courage exemplaire, l’abnĂ©gation jusqu’à la victoire. Prokofiev met en musique le film Ă©pique d’Eisenstein.

 

 

Symphonique, ciné-concert à METZ
Grande fresque cinĂ©matographique de la pĂ©riode soviĂ©tique relatant la victoire d’un hĂ©ros russe du XIIIe siĂšcle, vainqueur des armĂ©es teutoniques, Alexandre Nevski a souvent Ă©tĂ© qualifiĂ© de « symphonie d’images et de sons ». L’oeuvre cinĂ©matographique, rĂ©alisĂ©e par Eisenstein, est insĂ©parable de la partition de Prokofiev.
Sous la direction de Jacques Mercier, choeurs grandioses, orchestre de « glace et de feu » et mezzo-soprano bouleversante – notamment dans la complainte funĂšbre de l’épisode du Champ des Morts –, sont mobilisĂ©s in vivo, intensifiant encore la formidable puissance Ă©pique, autant que l’incroyable beautĂ© plastique du film d’Eisenstein.

Le concert fait Ă©cho Ă   l’exposition « L’ƒil extatique. SergueĂŻ Eisenstein, un cinĂ©aste Ă  la croisĂ©e des arts » au Centre Pompidou-Metz (28.09.19 — 24.02.20).

 

 

 

 

PROKOFIEV : Alexandre Nevskboutonreservationi
METZ Arsenal, Grande Salle
Orchestre National de Metz
Jacques Mercier, direction
Samedi 16 nov 2019, 20h

https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/alexandre-nevski–eisenstein

 

 

 

 

 

 

Approfondir

Alexandre NEVSKI
Serge Prokofiev (1891-1953)
Alexandre Nevski, 1939

DĂ©buts fulgurants
Le jeune barbare, gorgĂ© d’inspiration tonitruante voire explosive, ne tarde pas Ă  imposer son tempĂ©rament irrĂ©sistible qui en fait un phĂ©nomĂšne musical sans prĂ©cĂ©dent: Prokofiev est un compositeur reconnu aussitĂŽt pour sa trempe, son autoritĂ©, robuste et sportive. DĂšs 1918, il avait quittĂ© la Russie pour se tailler une premiĂšre notoriĂ©tĂ© aux USA oĂč son opĂ©ra, L’amour des Trois Oranges crĂ©Ă© en 1921 Ă©tait applaudi Ă  Chicago. A Paris, il ne tarde pas Ă  participer au succĂšs des Ballets Russes, travaillant avec Serge de Diaguilev pour la musique de nombreux ballets (Chout, 1921; Pas d’acier, 1928; Le Fils prodigue en 1929). Comme pianiste concertiste, il remporte le prix Rubinstein en 1924 avec son Concerto pour piano opus 1.
Evidemment une telle renommĂ©e ne manque pas d’intĂ©resser les instances soviĂ©tiques. Prokofiev rentre donc en 1932 en Russie, occupe plusieurs fonctions officielles. SergueĂŻ Eisenstein lui demande de travailler avec lui pour son film Alexandre Nevski, Ă  partir de 1938.

CANTATE A PART ENTIERE
La partition sert de bande originale, contrepoint musical au film mais devient aussi une cantate Ă  part entiĂšre. Le travail du musicien semble idĂ©alement correspondre Ă  l’esthĂ©tisme officiel puisque Prokofiev est nommĂ© en 1947, “artiste du peuple de la rĂ©publique socialiste fĂ©dĂ©rative SoviĂ©tique de Russie“. Mais ses rapports avec le pouvoir allaient sĂ©rieusement se gĂąter, au moment des purges staliniennes: il est comme Chostakovitch et Khatchaturian, dĂ©clarĂ© “ennemi du peuple” et mis Ă  l’écart, voire inquiĂ©tĂ©. Son “formalisme” bourgeois est jugĂ© sans appel. Trop d’influences venues de l’ouest.

PATRIOTISME ANTI NAZI
La cantate Alexandre Nevski, Ă©crite en 1939, Ă  48 ans, suit l’intrigue souhaitĂ©e par Eisenstein. Le cinĂ©aste est enthousiaste et leur collaboration se poursuivra avec Ivan le Terrible. En dramaturge nĂ©, Prokofiev excelle Ă  inventer des rythmes et des Ă©pisodes puissamment colorĂ©s, denses, robustes comme sa personnalitĂ©, qui sait aussi ĂȘtre tendre et lyrique. Eisenstein louait la musique d’Alexandre Nevski parce qu’elle n’était jamais “illustration” / strictement illustrative. A l’époque oĂč le nazisme menace, l’épopĂ©e menĂ©e brillamment par le prince Alexandre contre les chevaliers teutons au XIII Ăšme siĂšcle, prend valeur d’idĂ©al patriotique. A la violence des images d’Eisenstein rĂ©pond l’acier de la musique de Prokofiev, suggestive, souple, Ă©ruptive.
Le drame musical est plein de cette force virulente et colorĂ©e qui emporte l’énergie et la tension de l’action. En maĂźtre de l’orchestration, le compositeur brosse un tableau Ă©pique qui culmine dans la Bataille sur le lac gelĂ©: en plus de la voix soliste, le choeur sollicitĂ© y prĂ©figure ce que le musicien Ă©crira ensuite dans Guerre et Paix.

 

 

CD coffret, Ă©vĂ©nement, annonce. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN : Complete symphonies / intĂ©grale des 9 symphoniess : Wiener Philharm (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon)

BEETHOVEN andris nelsons 9 symphonies wiener philharmoniker 5 cd blu ray DG Deutsche GrammophonCD coffret, Ă©vĂ©nement, critique. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN : Complete symphonies / intĂ©grale des 9 symphonies : Wiener Philharmoniker (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon). La direction trĂšs carrĂ©e du chef letton Andris Nelsons (nĂ© Ă  Riga en 1978) brillante certes chez Bruckner et Chostakovitch, efficace et expressive, finit par dessiner un Beethoven assez rĂ©ducteur, parfois caricatural (Symphonies n°7 et 8). De la vigueur, de la force, des Ă©clairs et tutti martiaux, guerriers
 mais pour autant est-ce suffisant dans ce grand laboratoire du chaudron BeethovĂ©nien qui exige aussi de la profondeur et une palette de couleurs des plus nuancĂ©es ? A notre avis, le maestro n’exploite pas assez toutes les ressources des instrumentistes viennois pourtant rĂ©putĂ©s pour leur finesse naturelle. A 40 ans, Nelsons (devenu chef permanent du Gewandhaus de Leipzig depuis 2017), dirige de façon d’emblĂ©e berlinoise ou teutonne un orchestre qui demanderait Ă  articuler, Ă  nuancer davantage. Disciple de Mariss Jansons, Andris Nelsons semble n’avoir compris que la force et la tension du premier, en minimisant le travail sur les couleurs et les nuances. Donc voici la version claironnante d’un Beethoven Ă  poigne.

Tous ceux qui savent tout l’hĂ©ritage viennois (haydnien et mozartien) chez Ludwig, et donc recherchent sous l’architecture du visionnaire prophĂ©tique, l’intelligence des timbres et la sensibilitĂ© du peintre (dans l’art du paysage par exemple, en particulier dans la Pastorale)
 passeront leur chemin.

De mĂȘme, la 1Ăšre symphonie patine sur des tempi trop ralentis, mais grĂące Ă  la vĂ©locitĂ© des cordes et leurs somptueux unissons (exceptionnellement aĂ©rĂ©s ; donc uniques au monde : tout ce qui fait l’excellence des Wiener Philharmoniker), les mouvements plus rythmiques regorgent d’une saine vitalitĂ©. Les uns regretteront que Nelsons pontifie, solennise, classicise Ă  outrance avec des gestes pompiers
 Oui mais c’est compter sans l’orchestre qui respire et contraste avec un souffle unique et singulier.

La 7Ăš est de ce point de vue emblĂ©matique : elle rĂ©vĂšle les aspĂ©ritĂ©s et les arguments d’une lecture brillante mais par moments trop charpentĂ©e. Quelle majestĂ© qui trĂ©pigne comme un dragon rugissant peu Ă  peu, nous faisant entendre le son d’un nouveau monde ; Beethoven est capable de provoquer, saturer, claquer et faire rĂ©agir en une frĂ©nĂ©sie unique et inouĂŻe avant lui (premier mouvement : Poco sostenuto puis Vivace, d’une tension quasi effrayante) ; puis Ă  l’opposĂ©, le second mouvement Allegretto exprime une immense nostalgie, pas une marche funĂšbre comme beaucoup la traite et la rigidifie, mais un chant qui pleure et qui coule, regrette et tourne la page ; musique des regrets et des soupirs vite transcendĂ©s dans l’appel des cimes. Nelsons Ă©claircit la pĂąte, prĂ©cise et clarifie le contrepoint, prĂ©cise chaque entrĂ©e des cordes pour mieux assĂ©ner l’implacable rythme du temps, la force et la violence du destin. La douceur voluptueuse de bois (si onctueuse dans la narration Ă©vocatrice de la Pastorale : hautbois, clarinettes, bassons
) adoucit les griffes de cette conscience qui tutoie l’histoire. Le Presto est un nerf Ă©lectrique qui se dĂ©roule et aimante tout sur son passage ; prĂ©alable frĂ©nĂ©tique avant l’Allegro con brio ou Finale qui sonne l’appel de toutes les forces martiales en prĂ©sence (trompettes incandescentes), en un tourbillon qui tourne sur lui-mĂȘme et appelle une nouvelle direction dans cette saturation rythmique de tutti rĂ©pĂ©titifs. Aucun doute ici, Beethoven est bien le compositeur du chaos qui hurle puis s’organise.

 

 

 

Le Beethoven d’Andris Nelsons
Chef de la vigueur et de la fermeté 

 

 

 

nelsons-andris-beethoven-wiener-phil-critique-cd-classiquenews-orchestre-symphonies-critique-classiquenews-concerts-maestro-dg-deutsche-grammophonLa 8Ăš dĂ©veloppe illico l’énergie de la forge, ce grand bain en fusion qui Ă©treint la matiĂšre, la malaxe et la compresse en Ă©clats rythmiques incandescents ; jamais la sensation du volcan orchestral et sa chambre contenant le magma n’avait autant Ă©merger dans une symphonie : brillant et vivace cet allegro rĂ©capitule toute l’énergie dont est capable le promothĂ©en Beethoven. Quel contraste lĂ  encore avec la lĂ©gĂšretĂ© caquettante, badine et facĂ©tieuse de l’Allegretto (justement annotĂ© « scherzando ») qui semble faire rĂ©vĂ©rence Ă  l’humour et la dĂ©licatesse dansante de Haydn et Mozart. Mais avouons qu’avec un tel orchestre, Nelsons manque de finesse et force le trait. Inutile surlignage.
Le Menuetto est le moins rĂ©ussi car grossiĂšrement battu, sans lĂ©gĂšretĂ©. Des acoups guĂšre sforzando assĂ©ner sans mĂ©nagement au risque de perdre le fil et la pulsion du Menuetto de base. Dommage. LĂ  se rĂ©vĂšle  Ă  notre avis les limites de la version Nelsons : trop Ă©paisse, la pĂąte des viennois qui pourtant respire et palpite naturellement, sonne brucknĂ©rienne et brahmsienne. Un Beethoven enflĂ©, grossi, qui aurait pris du poids : on est loin de l’élĂ©gance viennoise. dans les faits, Beethoven fit crĂ©er toutes ses symphonies majeures Ă  Vienne. Sur un tempo trĂšs allant, le dernier Allegro vivace manque de nuance. Mais cela trĂ©pigne et caquĂšte Ă  souhaits.

Ailleurs, cela fonctionne trĂšs bien dans la force tellurique et rythmique de la 5Ăš ; mais qu’en est-il dans ce vaste poĂšme de la Pastorale (Symphonie n°6), fresque organiquement unifiĂ©e Ă  travers ses 5 mouvements ? Hymne inouĂŻ Ă  la Nature, expression d’un sentiment de compassion dĂ©jĂ  Ă©cologique, et panthĂ©iste qui rĂ©capitule l’ambition lumineuse de Haydn (celui de la CrĂ©ation, oratorio clĂ© de 1799) ?
La sonoritĂ© comme chauffĂ©e Ă  blanc des cordes donne la clĂ© d’une lecture plus intense et contrastĂ©e que vraiment articulĂ©e. Tout est Ă©noncĂ© avec une vigueur permanente. Des contrastes tranchants, une matiĂšre en constante fusion, crĂ©pitante, d’une sauvagerie ardente et vindicative ; Ă  croire que le chef ne connaĂźt (ou plus exactement Ă©carte) toute nuance piano, tout galbe amoureux
 la voluptĂ© dans le regret n’existe plus.
Le second mouvement (Andante molto moto) manque de flexibilitĂ© caressante : tout est exĂ©cutĂ©, dĂ©taillĂ©, prĂ©cisĂ© et par sĂ©quences.  Il y manque la patine tendre, la distance poĂ©tique, ce flux qui s’écoule, organique et viscĂ©ral qui colore les meilleures versions (Karajan, Harnoncourt, Bernstein
) dans la scĂšne au ruisseau. Ici tout brille, en permanence, de façon univoque.

MĂȘme Ă©clatante voire fracassante Ă©nergie dans la 9Ăš, Ă  laquelle il ne manque ni dĂ©flagration ni dĂ©charges en tous genres ; du souffle aussi dĂšs le portique d’ouverture qui creuse une distanciation historicisante,  – sorte d’appel gĂ©nĂ©ral Ă  toutes les Ă©nergies disponibles. Et qui inscrit le massif orchestral en un souffle Ă©pique, Ă  l’échelle de l’histoire. Le chef veille en permanence Ă  faire vrombir le son collectif, creusant les contrastes avec un geste parfois sec, rĂ©sumant le dĂ©veloppement et ses variations en une sĂ©rie de blocs sonores plus puissants que clairs et transparents quoiqu’il sculpte dans l’évidence le relief des bois (Allegro ma non troppo, un poco maestoso). Roulements de timbales, appels des trompettes convoquent une urgence pĂ©taradante qui sonne dur voire Ă©paisse. Le fin contrepoint du Molto vivace qui est vite rattrapĂ©e par l’euphorie et mĂȘme la transe collective avance comme une machine de guerre, enrayĂ©e cependant sur le mode forte voire fortissimo et mĂ©gaforte (coups de timbales). Le chef pilote l’orchestre dans la trĂ©pidation, une urgence continue faisant table rase de tout, y compris de toute recherche de nuances et de dĂ©tails instrumentaux, sauf le contre chant des violoncelles, contrebasses et cors, quoique enchaĂźnĂ©s rapidement, presque prĂ©cipitĂ©s.
L’Adagio doit effacer toute tension, rĂ©parer les blessures, rĂ©conforter par son voile instrumental oĂč rĂšgnent l’unisson des cordes, la couleur flottante des cors, bassons, clarinettes, hautbois
 Nelsons extirpe de l’orchestre un appel au renoncement, l’expression d’un adieu Ă©ternel. Mais il manque cette nuance de magie, de phrasĂ©s piano dont le chef se montre avare depuis le dĂ©but de son intĂ©grale. De telle sorte que son Beethoven sonne (comme nous l’avons dit) comme du Brahms.

Evidemment la dĂ©flagration qui ouvre le Presto – fanfare puis chant des contrebasses, rĂ©sonne comme une prise Ă  tĂ©moin, et la claire volontĂ© de Beethoven d’inscrire sa symphonie dans l’Histoire.
La sĂ©quence est charniĂšre ; elle doit ĂȘtre entendue comme ultime rĂ©capitulation aussi, Ă  la fois complĂšte et dĂ©finitive comme une reprogrammation, une mise en orbite pour un monde nouveau, juste avant la prise de parole et de chant de l’humanitĂ© fraternelle rĂ©conciliĂ©e dans le dernier mouvement sur les vers de Goethe.
Plus inspirĂ©, capable de contrastes ciselĂ©s, le chef dĂ©taille alors sĂ©quence par sĂ©quence, produit de superbes climats qui rĂ©capitulent ce qui a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©. L’Allegro assai, c’est Ă  dire l’énoncĂ© initial de l’Ode Ă  la joie aux contrebasses (5) est inscrit comme un motif sinueux, pianissimo, souterrain qui innerve tout le paysage orchestral, en un large et progressif crescendo, alors dĂ©taillĂ© par les bois.. VoilĂ  une sĂ©quence parfaitement rĂ©ussie, nuancĂ©e, murmurĂ©e, riante dans la joie et l’espĂ©rance (superbe chant des clarinettes).

Dans l’esprit d’un opĂ©ra, et l’on pense Ă  la clameur finale de Fidelio et son hymne conclusif, fraternel, la basse Georg Zeppenfeld (ailleurs trĂšs bon wagnĂ©rien, comme Ă  Bayreuth) entonne avec une noblesse communicative l’ode humaniste rĂ©digĂ© par Goethe et que Beethoven sublime jusqu’à l’explosion, en mĂ©nageant plusieurs jalons par le quatuor vocal.
AprĂšs l’appel de tout le chƓur, Ă  3’33, l’armĂ©e orchestrale reprend le flambeau, Ă©lectrisĂ©e davantage par le tĂ©nor (Klaus Florian Vogt un rien tendu) et le chƓur des hommes. Chef et instrumentistes assĂšnent une montĂ©e en puissance qui ne mĂ©nage aucun effet tonitruant pour faire triomphant l’éclat de l’hymne vers la transe rituelle, vers l’ivresse contagieuse explosive
 quitte Ă  Ă©luder le mystĂšre de la sĂ©quence plus introspective (Andante maestoso, plage 8, 1’34) qui reste plat et manque curieusement de respiration
 Une intĂ©grale en demi teintes donc. Plus teutonne et berlinoise que viennoise et autrichienne. A Ă©couter Nelsons, tout l’apport rĂ©cent, depuis Harnoncourt, des instruments d’époque, est Ă©cartĂ© ici. Question d’esthĂ©tique certes. Mais Ă  force de rugir et vrombir, le moteur beethovĂ©nien sature dans la puissance et l’épaisseur du trait.

 

 

 

 

 

 

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Approfondir
 

 

 

Autres cycles symphoniques d’Andris Nelsons chez Deutsche Grammophon :

 
 

 

 

BRUCKNER
les Symphonies de Bruckner par Andris Nelsons (2016, 2017, 2018) avec le Gewandhausorchester Leipzig

Symphonie n°7 – CLIC de CLASSIQUENEWS
http://www.classiquenews.com/cd-critique-bruckner-7e-symphonie-gewandhausorchester-leipzig-andris-nelsons-2018-1-cd-dg/

Liens vers Symphonie n°3 et Symphonie n°4
http://www.classiquenews.com/cd-critique-bruckner-7e-symphonie-gewandhausorchester-leipzig-andris-nelsons-2018-1-cd-dg/

 

 

 

CHOSTAKOVITCH / SHOSTAKOVICH

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3Ăš et dernier volume attestent des qualitĂ©s identiques observĂ©es dans les opus prĂ©cĂ©dents : puissance et richesse du son. CrĂ©Ă©e Ă  Leningrad en 1939 par le lĂ©gendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractĂšre endeuillĂ© du Largo prĂ©liminaire, dĂ©taillant les solos instrumentaux pour flĂ»te piccolo, cor anglais, basson afin de dĂ©ployer la matiĂšre nocturne, Ă©touffante de cette longue sĂ©quence grave et intranquille. Les deux mouvements plutĂŽt courts qui suivent Allegro et Presto assĂšne une motricitĂ© aiguĂ« et incisive qui fait dialoguer cuivres ironiques, gorgĂ©s de moquerie acerbe, et bois vifs argents. Le final est abordĂ© comme un feu d’artifice cravachĂ©, narguant le mystĂšre du premier mouvement dont il dĂ©ment le calme profond par une sĂ©rie ultime de surenchĂšre dĂ©monstrative et vindicative, au bord de la folie
 LIRE ici la critique complĂšte

 

 

 

 

 

 

Philippe Herreweghe joue Brahms et Bruckner

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxPOITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂč il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, trĂšs architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1Ăšre symphonie qu’il s’agissait de la 10Ăš du grand Ludwig ?) 

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsLe Double Concerto est l’Ɠuvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux de perfection formelle (il venait de crĂ©er sa parfaite 4Ăšme symphonie). Le double Concerto fut d’abord Ă©crit pour violoncelle mais le compositeur y adjoint une partie de violon pour son ami, le cĂ©lĂšbre violoniste Joseph Joachim, dĂ©dicataire ; il s’agissait alors d’une “partition de rĂ©conciliation” comme l’a Ă©crit trĂšs justement la seule femme qui ait vraiment comptĂ© dans sa vie: la virtuose au piano et la compositrice Clara Schumann. L’oeuvre interrompt une brouille avec Joachim qui aura durĂ© 3 annĂ©es. L’écriture des 3 mouvements rĂ©capitule les Ă©pisodes de leur relation en dents de scie.

C’est en compagnie de la violoniste Isabelle Faust venue le jouer Ă  Poitiers en 2012, mais aussi du violoncelliste Christian PoltĂ©ra, que Philippe Herreweghe dirige pour la premiĂšre fois cette Ɠuvre, Ă  la tĂȘte de son Orchestre des Champs ElysĂ©es.

bruckner anton-499823De Bruckner toujours mĂ©sestimĂ© ou malcompris en France, quand il n’est pas caricaturĂ©-, Philippe Herreweghe s’est fait une quasi spĂ©cialitĂ©, rĂ©vĂ©lant a contrario de la tradition des chefs romantiques allemands sur instruments modernes, souvent Ă©pais et grandiloquents, la transparence et la sensibilitĂ© instrumentale d’un Bruckner soucieux de timbres et de couleurs comme aussi vigilant quant aux plans parfaitement architecturĂ©s. Telle nouvelle approche est permise aujourd’hui par les instruments d’Ă©poque aux timbres mieux caractĂ©risĂ©s.

La 2Ăšme symphonie, aux magnifiques proportions, Ă©tait la premiĂšre Ă  exposer la texture inimitable du compositeur autrichien et allait devenir le modĂšle de ses sept autres symphonies. C’est donc un fabuleux concert symphonique auquel nous convient le chef et ses instrumentistes, immergeant le spectateur au centre de la grande forge orchestrale oĂč se dĂ©ploient et dialoguent la soie lyrique des cordes, les couleurs des bois, les appels plus vĂ©hĂ©ments des pupitres de cuivres organisĂ©s en fabuleuses et majestueuses fanfares. C’est moins une puissante confrontation de blocs instrumentaux singularisĂ©s que la conjonction alternĂ©e de pupitres Ă©loquents, complĂ©mentaires qui se rĂ©pondent
 Ce qui prime alors chez Bruckner, c’est l’espace et le mysticisme d’un croyant sincĂšre, wagnĂ©rien de cƓur.

 

 

 

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Durée : 1h45 avec entracte

BRAHMS : Symphonie n°2
BRUCKNER : double concerto pour violon et violoncelle
avec

Isabelle Faust, violon
Christian Poltéra, violoncelle

POITIERS, TAPboutonreservation
Dimanche 10 novembre 2019, 15h

Orchestre des Champs Elysées
Philippe Herreweghe, direction

RÉSERVATIONS ici
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/brahms-bruckner/

 

 

 

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Approfondir : cd

Brahms par Philippe Herreweghe et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees dĂ©fend les vertus sonores, esthĂ©tiques, pĂ©dagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la prĂ©cision et la caractĂ©risation des timbres plutĂŽt que le volume ; dans l’acuitĂ© renforcĂ©e du geste expressif aussi car bien sĂ»r il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut Ă©videmment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc
), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensitĂ© poĂ©tique dĂ©cuplĂ©e, l’exigence de prĂ©cision et d’articulation compensent la nettetĂ© souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bĂ©nĂ©fices qui replacent le jeu et l’interprĂ©tation au cƓur de la dĂ©marche
 De ce point de vu, 25 ans aprĂšs sa crĂ©ation, l’OCE portĂ© par la direction affĂ»tĂ©e, prĂ©cise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santĂ© rĂ©gĂ©nĂ©ratrice absolument captivante, dĂ©poussiĂ©rant des Ɠuvres que l’on pensait connaĂźtre.

philippe herreweghe a conversation with camille de rijck alpha livre 5 cd critique compte rendu alpha par classiquenews annonce reviewCD LIVRE, Ă©vĂ©nement. Annonce et critique. A conversation with 
Philippe Herreweghe (Livre, entretien, 5 cd / ALPHA / Phi). La pensĂ©e est libre, sans entrave, d’une prĂ©cision peu commune et surtout, avec le temps qui passe, et « qui reste », comme portĂ©e, sublimĂ©e par l’obligation viscĂ©rale de rĂ©aliser ce qui doit encore l’ĂȘtre. C’est un musicien qui a pensĂ© la musique, la façon de la vivre, d’en faire, de la servir. A ce titre, l’excellence a toujours inspirĂ© Philippe Herreweghe, tout au long de son parcours artistique, qui pour ses 70 ans en 2017, et aussi les 25 ans de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, – « son » orchestre sur instruments anciens, se dĂ©voile ici, sans mots couverts. A la libertĂ© perfectionniste du geste quelque soit les rĂ©pertoires (et pas seulement baroque et luthĂ©rien : puisque son champs d’exploration va de JS Bach Ă  Stravinsky, en passant par Beethoven, Berlioz, Gesualdo, Dvorak, Mahler, Bruckner et Brahms / superbe et rĂ©cente Symphonie n°4 – CLIC de CLASSIQUENEWS), rĂ©pond ici la libertĂ© de la parole, parfois incisive sur la rĂ©alitĂ© humaine, sociale, artistique des musiciens en France, et en Europe, des orchestres routiniers abonnĂ©s au moindre et Ă  la paresse,
 pour entretenir le feu sacrĂ©, l’excellence donc musicale, mais aussi la cohĂ©sion dynamique du groupe, qu’il s’agisse surtout des choeurs dirigĂ©s (comme le Collegium vocale gent), ou l’OCE / Orchestre des champs-Ă©lysĂ©es), rien ne compte plus que 
 l’absolue perfection. Un but, une vocation qui ne sont jamais nĂ©gociable.

LIVRE Ă©vĂ©nement annonce. En un acte – Les actes de ballet de Jean-Philippe Rameau (Éditions Aedam Musicae).

rameau en un acte anacreon les actes de ballet 1745 1757 opera baroque francais editions aedam musicae annonce livre187LIVRE Ă©vĂ©nement annonce. En un acte – Les actes de ballet de Jean-Philippe Rameau. Ouvrage collectif sous la direction de RaphaĂ«lle Legrand, RĂ©my-Michel Trotier (Éditions Aedam Musicae). LABORATOIRE BAROQUE
 le format court stimule la crĂ©ativitĂ© du plus grand gĂ©nie baroque français au XVIIIĂš : aux cĂŽtĂ©s de ses tragĂ©die en musique, Rameau a dĂ©veloppĂ© toute sa vie, les ballets en un acte : plus qu’esquisse, Ă©crin fougueux, audacieux, condensĂ© d’invention musicales et d’idĂ©es dramatiques
 Voici donc un Ă©tat analytique de l’Ɠuvre de Rameau “en un acte”, soit 11 ouvrages ici prĂ©sentĂ©s, de 1745 Ă  1757, pĂ©riode de sa maturitĂ©, et qui dĂ©voile l’une des facettes de son diamant poĂ©tique et musical (celui dont parle Francis Ponge, in SociĂ©tĂ© du gĂ©nie, 1961). En couverture, le salon en treillis d’AnacrĂ©on (1754 ; rĂ©visĂ© en 1757 dans la Suite Les Surprises de l’Amour), pastorale hĂ©roĂŻque d’un onirisme amoureux enivrĂ©, unique et singulier Ă  son Ă©poque… oĂč le vieux sage AnacrĂ©on finit par sceller le voeu qui unit Batyle Ă  la charmante ClhoĂ©.

Dans ces 11 ouvrages remarquablement commentĂ©s, se prĂ©cise la fabrique poĂ©tique et musicale du grand Rameau. En tĂ©moignent, pourtant mĂ©connus, le ballet en un acte NĂ©lĂ©e et Mirthis, celui des FĂȘtes de Ramire ou encore la pastorale de Lisis et DĂ©lie 
 Les bijoux miniatures ne manquent pas ; mais ont passĂ© inaperçus Ă  cĂŽtĂ© des longues tragĂ©dies et des ballets composĂ©s de plusieurs entrĂ©es qui ont fait la renommĂ©e du musicien. Le travail des chercheurs a tentĂ© ici d’identifier le catalogue, rĂ©tablir la chronologie des partitions, recomposer l’histoire des versions successives
 Bien documentĂ©s au disque, Pigmalion, La Guirlande ou ZĂ©phire sont toujours absents des salles, ; quels apports l’AnacrĂ©on de 1754, sur un livret de Louis de Cahusac, contenait-il vis Ă  vis de celui Ă©crit en 1757 avec Pierre-Joseph Bernard.
Contrairement aux idĂ©es reçues (et encore abondamment diffusĂ©es), Rameau inventeur musicien de gĂ©nie, s’est souciĂ© de la cohĂ©rence et du fini poĂ©tique de ses livrets. Ce sont moins ses poĂšmes choisis pour ĂȘtre mis en musique qui sont « mĂ©diocres » (jugement improbable au regard de l’indigence de notre Ă©poque) que l’esthĂ©tique poĂ©tique du XVIIIĂš qui devrait ĂȘtre alors reconsidĂ©rĂ©e. Ainsi Voltaire qui avait le projet d’un Samson avec Rameau, mais aussi Rousseau, Marmontel ou encore CollĂ© qui coopĂšrent avec le gĂ©nie musical de leur temps, livrant Ă  la cour de Franc, les divertissements des saisons trĂšs privĂ©es du chĂąteau de Fontainebleau.
EmblĂ©matiques d’une Ă©poque glorieuse pour le divertissement de cour en France, certains illustrent ainsi la quintessence du style Louis XV, comme La Naissance d’Osiris, Les Sibarites, la subtile pastorale de Daphnis et Églé 

En prĂ©alable Ă  la premiĂšre Ă©dition critique complĂšte de leurs livrets, chaque opĂ©ra (acte de ballet) est analysĂ©, Ă  la lumiĂšre des contextes d’élaboration et des modalitĂ©s de composition. Leur ancrage dans l’esthĂ©tique du milieu du XVIIIĂš, dans l’évolution sensible de la pratique thĂ©Ăątrale Ă  l’époque de Rameau (machineries, chorĂ©graphies, dispositif des dĂ©cors, scĂšnes et lieux de reprĂ©sentation
) est scrupuleusement documentĂ©.
CLIC D'OR macaron 200Dans la partie III, celle dĂ©diĂ©e aux approches formelles, l’analyse collective tend Ă  redĂ©finir chaque acte de ballet comme autant de « miniatures » supportant une rĂ©Ă©valuation en « macrostructures », c’est Ă  dire des univers complets par eux-mĂȘmes, oĂč transpire partout « le soin extrĂȘme que Rameau mit Ă  leur composition ». On est donc loin d’une contribution anecdotique : c’est tout un pan de l’Ɠuvre de Rameau qui nous est enfin restituĂ©e. Grande critique Ă  venir d’ici le 20 octobre 2019, dans notre magazine cd dvd livres sur CLASSIQUENEWS. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2019.

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LIVRE Ă©vĂ©nement annonce. En un acte – Les actes de ballet de Jean-Philippe Rameau
Ouvrage collectif sous la direction de Raphaëlle Legrand, Rémy-Michel Trotier
Date de parution : Septembre 2019 – (AEM-187 – Ă©ditions AEDAM MUSICAE).
Études rĂ©unies et prĂ©sentĂ©es par RaphaĂ«lle Legrand et RĂ©my-Michel Trotier
Avec la collaboration de Laura Naudeix et Thomas Soury
Et les contributions de Philippe Cathé, Vincent Dorothée, Julien Dubruque, Matthieu Franchin, Jean-Philippe Grosperrin, Rebecca Harris-Warrick, Hubert Hazebroucq, Sarah Nancy, Benjamin Pintiaux, Bertrand Porot, Théodora Psychoyou, Graham Sadler, Ana Stefanovic.

Avec la premiĂšre Ă©dition critique complĂšte des livrets des douze actes de ballet de Rameau.

CD Ă©vĂ©nement, annonce. DANIIL TRIFONOV – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3

trifonov daniil cd destination rachmaninov arrival piano concertos 1 3 nezet-seguin cd deutsche grammophon cd critique review classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. DANIIL TRIFONOV – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. Et s’il Ă©tait avec notre favori britannique, Benjamin Grosvenor, le jeune pianiste actuel le plus convaincant de l’heure ? Le lutin russe, Daniil TRIFONOV, douĂ© d’une Ă©loquence souple et intĂ©rieure capable de faire jaillir des crĂ©pitements intimes, en particulier chez Rachmaninov, achĂšve ainsi son pĂ©riple dĂ©diĂ© au grand Serge Rachmaninov, lui-mĂȘme pianiste virtuose. Rachmaninov joua lors d’une tournĂ©e amĂ©ricaine avec le Philadephia Orchestra ces deux mĂȘmes Concertos lĂ©gendaires (n°1 et n°3).
VĂ©loce et versatile, pĂ©tillant et aĂ©rien, son jeu Ă©blouit littĂ©ralement dans le volet le plus redoutable de ce double album « arrival », dans le pĂ©rilleux Concerto n°3 (ce mĂȘme sommet qui avait conclu le dernier Festival Menuhin Ă  GSTAAD, le 6 sept 2019). Pudique et puissant, surtout son jeu se montre irrĂ©sistible dans une partition dont il distingue chaque nuance, en la rĂ©tablissant dans le parcours intime du compositeur. Funambule ou galopant Ă  toute bride, poĂ©tique ou Ă©pique, Daniil Trifonov montre une maturitĂ© saisissante dans ce dernier jalon, en complicitĂ© avec le chef quĂ©bĂ©cois, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin Ă  la tĂȘte du Philadelphia Orchestra. Le jeune homme il y a quelques annĂ©es imberbe (cd LISZT 2015), a gagnĂ© une profondeur lumineuse, une tendresse d’une rare subtilitĂ©, en tĂ©moigne cette barbe nouvelle qu’il arbore Ă  prĂ©sent. La sortie du double coffret DESTINATION RACHMANINOV : ARRIVAL est annoncĂ©e le 11 octobre 2019 chez DG Deutsche Grammophon. Probable CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2019.

 

 

 

 

LIRE aussi notre annonce dĂ©diĂ©e au premier volet DEPARTURE du pĂ©riple “DESTINATION RACHMANINOV”

 

 

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COMPTE-RENDU critique, opĂ©ra. BAYREUTH, le 21 aoĂ»t 2019. WAGNER : TANNHÄUSER. Gould, Davidsen, GERGIEV / KRATZER

COMPTE-RENDU critique, opĂ©ra. BAYREUTH, le 21 aoĂ»t 2019. WAGNER : TANNHÄUSER. Gould, Davidsen, GERGIEV / KRATZER. – C’est la nouvelle production la plus attendue de cette Ă©dition BAYREUTH 2019 : le TannhĂ€user (version de Dresde) mis en scĂšne par TOBIAS KRATZER, nouveau champion de la dramaturgie visuelle Ă  l’opĂ©ra, sous la direction artistique de Valery Gergiev qui fait ses dĂ©buts ainsi sur la colline verte. A travers la figure du poĂšte hĂ©ros, Wagner prĂ©cise sa propre vocation et son destin d’artiste, tout en soulignant les sacrifices auxquels tout crĂ©ateur digne de ce nom doit se confronter : le plaisir sensuel qui est une perte, un gouffre et un ennui : la nĂ©gation Ă©loquente de sa capacitĂ© crĂ©atrice (opposĂ© au monde passif et lascif du Venusberg par lequel s’ouvre l’action) ou Ă©lĂ©vation morale voire spirituelle Ă  laquelle le hisse l’amour d’Elisabeth, ĂȘtre de lumiĂšre et de dĂ©passement

Entre conscience morale et jouissance irresponsable, TannhĂ€user hĂ©site dans une mise en scĂšne qui bascule de l’un Ă  l’autre monde. Tout d’abord VĂ©nus conduit une camionnette citroĂ«n (trĂšs sixties) oĂč Ă  bord sont montĂ©s des effigies elles aussi trĂšs annĂ©es 60 (le Nain Oskar, le Drag-queen ou GĂąteau Chocolat ..) et donc en clown dĂ©sabusĂ© : TannhĂ€user. Pour l’acte I, Kratzer cite la colline verte et le Festspielhaus, lieu de perdition d’un personnage en quĂȘte de lui-mĂȘme.

 

 

Premier TannhÀuser de Gergiev à Bayreuth
CLOWN désenchanté

 

bayreuth gergiev 2019 voiture critique classiquenews

 

 

Pour mieux inscrire la rĂ©alitĂ© des personnages, durant l’entracte, les spectateurs retrouvent dans les jardins du ThĂ©Ăątre, les 2 acteurs, Oskar et Gateau chocolat, lesquels rĂ©alisent la parodie de TannhĂ€user
 Evidemment, Ăšre de l’image vidĂ©o oblige, l’acte II est occupĂ© pour sa moitiĂ© par un Ă©cran gĂ©ant qui est une fenĂȘtre sur les coulisses ; lĂ , le spectateur peut suivre les faits et gestes de VĂ©nus, soutien du poĂšte pour le Concours oĂč il dĂ©fend les plaisirs et la passion devant l’assemblĂ©e des petits bourgeois. TannhĂ€user c’est Wagner qui prophĂ©tise et proclame sa devise : « frei im wollen, frei im thun, frei im geniessen » (« libre de vouloir, libre d’agir, libre de jouir ». La libertĂ© du poĂšte contre l’hypocrisie gĂ©nĂ©rale de la sociĂ©tĂ©.
Pourtant au III, c’est bien l’ordre social et sa loi sinistre qui finissent par triompher : aucune place en ce monde pour la poĂ©sie du poĂšte libre
 le nain finit seul ; Elisabeth Ă©puisĂ©e d’attendre TannhĂ€user accepte les avances de Wolfram (!), puis guĂšre convaincue, 
 se tue ; TannhĂ€user, dĂ©truit par l’incomprĂ©hension et l’anathĂšme, se suicide de mĂȘme. Digne de notre Ă©poque sauvage, barbare, l’action et ses protagonistes sont expĂ©diĂ©s, jetĂ©s comme des consommables sous la pression de la grande machine humaine infernale. Il n’y a guĂšre d’espoir dans ce tableau dĂ©vastĂ©, sans enchantement.

Les huĂ©es qui accompagnent les saluts quand le chef Valery Gergiev paraĂźt nous semblent hors sujet : rien Ă  dire Ă  sa direction qui ne laisse jamais indiffĂ©rent ; engagĂ©e, intense et fiĂ©vreuse, parfois brouillonne (avec dĂ©calages) ; mais le lyrisme Ă  tous les pupitres, les cuivres rutilants, les cordes d’une motricitĂ© soyeuse, sans omettre le profil psychologique et l’ñme dĂ©sirante d’Elisabeth dessinĂ©e aux bois
 Ce vent contestataire ne serait-il pas plutĂŽt orchestrĂ© par certains jaloux qui comprennent mal comment le maestro par ailleurs trĂšs sollicitĂ©, toujours entre deux productions, entre deux avions, « ose » diriger dans ce contexte, c’est Ă  dire « bĂącler » sa premiĂšre direction dans le saint des Saints de Bayreuth ?
D’autant que cĂŽtĂ© solistes, le plateau- malgrĂ© quand mĂȘme la laideur indigente de la mise en scĂšne, qui pourtant fonctionne trĂšs bien, convainc de bout en bout : le TannhĂ€user de Stephen GOULD met du temps Ă  se chauffer et Ă  trouver la profondeur du rĂŽle ; heureusement au II, son rĂ©cit au retour de Rome (« Inbrunst im Herzen ») exprime l’ñme dĂ©truite d’un pĂȘcheur auquel le pape a refusĂ© tout salut
 DĂ©vastĂ©, profond, troublant. Quel contraste avec le Wolfram enchantĂ©, fraternel car amoureux d’Elisabeth de Markus Eiche (sa romance Ă  l’étoile : « Wie Todesahnung », hymne enchanteur pour tout baryton qui se respecte 
 est dĂ©lectable comme un rĂȘve qui passe). Provocante, sĂ©ductrice, voluptueuse, la soprano russe Elena Zhidkova fait une VĂ©nus ardente, irrĂ©sistible ;
Enfin triomphe par son intonation, sa justesse Ă©motionnelle, l’Elisabeth de la soprano norvĂ©gienne Lise Davidsen (Prix du Public operalia 2015) qu’un rĂ©cent (et premier) cd chez DECCA a rĂ©cemment mis en lumiĂšre (LIRE ici notre prĂ©sentation du CD LISE DAVIDSEN, soprano (Wagner, R. Strauss – 1 cd Decca) : son Elisabeth Ă©tire une ligne souple et charnue qui donne de la chair Ă  l’hĂ©roĂŻne souvent confinĂ©e Ă  une naĂŻve sans consistance. « Une Ă©mission franche, Ă  peine vibrĂ©e, brillante et ardente rĂ©ussit en particulier sa priĂšre : celle d’une amoureuse digne, blessĂ©e, fragile mais puissante dans la frustration amoureuse.

Crédit photographique : © E. Nawrat

 

 

 

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Richard Wagner (1813-1883)
TannhĂ€user und der SĂ€ngerkrieg auf Wartburg (1845)‹  -  Grand OpĂ©ra romantique en trois actes
VISITER le site du Festival de BAYREUTH / BAYREUTH Festspiele https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/tannhaeuser/

Direction musicale: Valery Gergiev / ‹Mise en scùne: Tobias Kratzer

DĂ©cors: Rainer Sellmaier
Costumes: Rainer Sellmaier
LumiÚres: Reinhard Traub
Vidéo: Manuel Braun
Dramaturgie: Konrad Kuhn
ChƓurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Chef des choeurs: Eberhard Friedrich

Landgrave Hermann: Stephen Milling‹TannhĂ€user: Stephen Gould
Elisabeth, niĂšce du Landgrave: Lise Davidsen
Venus: Elena Zhidkova
Un jeune pĂątre: Katharina Konradi
Wolfram von Eschenbach: Markus Eiche
Walther von der Wogelweide: Daniel Behle
Biterolf: Kay Stiefermann
Heinrich der Schreiber: Jorge Rodriguez-Norton
Reinmar von Zweter: Wilhelm Schwinghammer

Comédiens, performeurs :
Le Gateau Chocolat: Le Gateau Chocolat
Oskar: Manni Laudenbach

 

 

VIDEO TANNHÄUSER BAYREUTH 2019 : Gergiev / Davidsen, Gould
Video disponible sur BR Klassik: https://www.br-klassik.de/concert/ausstrahlung-1816820.html
int(79)

CD – PrĂ©sentation du CD LISE DAVIDSEN, soprano (Wagner, R. Strauss – 1 cd Decca
http://www.classiquenews.com/cd-annonce-lise-davidsen-soprano-wagner-r-strauss-1-cd-decca/

DVD, Ă©vĂ©nement, critique. GHOSTS / Cina ESPEJORD (Osolo, 2017 – 1 dvd BelAirclassiques)

GHOSTS-IBSEN-norwegian-national-ballet-cina-espejord-dvd-bel-air-classiques-critique-dvd-opera-concert-danse-classiquenews-critique-par-classiquenews-DVDDVD, Ă©vĂ©nement, critique. GHOSTS / Cina ESPEJORD (Osolo, 2017 – 1 dvd BelAirclassiques). Le Ballet National NorvĂ©gien adapte les Revenants d’Henrik Ibsen (livret de la metteure en scĂšne Marit Moum Aune). Fresque familiale complexe (publiĂ© en 1881) portĂ©e par la relation centrale d’une mĂšre et de son fils, traversĂ©e de spectres bien vivants dont la figure non moins obsessionnelle du pĂšre. Ibsen Ă  la fois noir et dĂ©nonciateur y aborde sans fard les thĂšmes du viol, de l’inceste, et mĂȘme de l’euthanasie, sans omettre, mal qui ronge les relations sexuelles au XIXĂš, la syphilis. Ibsen fait voler en Ă©clat l’hypocrisie sociale et fait resurgir des vĂ©ritĂ©s que l’on tenait cachĂ©es. L’arĂšne en est la table et les diners qui offrent des confrontations plutĂŽt tendues. Les cuivres (en particulier la trompette de Nils Petter MolvĂŠr, jazzman qui a composĂ© la partition) ajoutent Ă  la stridence manifeste des rapports familiaux ; la danse empoigne les nƓuds des non dits et des mensonges Ă  peine couverts : les corps se heurtent, se convulsent, opĂ©rant une mise en lumiĂšre d’un passĂ© infect comme d’une rĂ©alitĂ© qui devient trop Ă©touffante Ă  mesure qu’elle est dĂ©masquĂ©e et rĂ©vĂ©lĂ©e. De retour chez lui, Oswald retrouve sa mĂšre, « Mme Alving » : immĂ©diatement dans le noyau familial, le fils prend conscience des crimes commis sous le masque de la dĂ©cence : la danse permet de rompre la loi du silence et des illusions ; elle libĂšre la tension psychologique qui dĂ©vore chaque ĂȘtre. La prĂ©sence de Jan Bang, figure phare du free jazz et de l’électro-acoustique, aux cĂŽtĂ©s du trompettiste et compositeur Nils Petter MolvĂŠr, enrichit un spectacle aux harmonies souterraines, riches en ombres ainsi dĂ©masquĂ©es.
A sa publication en 1881, la piĂšce avait choquer l’audience. Aujourd’hui, plus de 100 ans ont passĂ© et l’on s’étonne Ă  peine de la barbarie sauvage qui se dĂ©ploie du dĂ©but Ă  la fin. Le spectacle ici captĂ© remonte Ă  2017 lors de la reprise du ballet crĂ©Ă© en 2014 Ă  Oslo.

 

 

 

 

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IBSEN : GHOSTS [DVD & BLU-RAY]
Ballet d’aprùs Les Revenants d’Henrik Ibsen
Création et mise en scÚne: Marit Moum Aune
Chorégraphie: Cina Espejord
Compositeur: Nils Petter MolvĂŠr
Oswald / Capitaine Alving: Andreas Heise
Oswald enfant: Kristoffer Ask Haglund
Mme Alving: Camilla SpidsĂže
Mme Alving jeune: Sonia Vinograd
Pasteur Manders: Ole Willy Falkhaugen
Pastor Manders jeune: Philip Currell
Regine: Grete Sofie Borud Nybakken
Regine enfant: Erle Østraat
Engstrand: Yoshifumi Inao
Musicien: Nils Petter MolvĂŠr

Ballet national de NorvĂšge
École du Ballet national de Norvùge
DĂ©cors: Even BĂžrsum
Costumes: Ingrid Nylander
LumiĂšres: Kristin Bredal
Vidéo: Odd Reinhart Nicolaysen
Voix off: HĂ„kon Ramstad

 

 

 

 

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FICHE TECHNIQUE
Enregistrement HD : OpĂ©ra et Ballet national de NorvĂšge, Oslo (Main House) | 02/2017‹RĂ©alisation : Tommy Pascal
Date de parution : 24 mai 2019
Distribution : Outhere Distribution France

1 DVD‹RĂ©fĂ©rence : BAC166
Code-barre : 3760115301665
Durée : 74 min.
Image : Couleur, 16/9, NTSC
Son : PCM 2.0, Dolby Digital 5.1
Code région : 0

1 BLU-RAY‹RĂ©fĂ©rence : BAC566
Code-barre :3760115305663
Durée : 74 min.
Image : Couleur, 16/9, Full HD
Son : PCM 2.0, DTS HD Master audio 5.1
Code région : A, B, C

Crédits photographiques © Erik Berg ; Vidéo © Den Norske Opera & Ballett

 

 

 

 

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Approfondir :

TEASER Ghosts de Cina Espejord (Oslo, 2014, Norwegian national Ballet)

 

 

 

 

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VISITEZ le site de BelAir classiques / page GHOSTS :
https://belairclassiques.com/film/ibsen-ghosts-ballet-national-norvege-marit-moum-aune-cina-espejord-nils-petter-molvaer-dvd-blu-ray

GSTAAD / SAANEN, ven 30 août, 19h30 : LOZAKOVICH / Sonates, « Capriccioso »

LOZAKOVICH Daniel violon gstaad concert critique classiquenewsGSTAAD / SAANEN, ven 30 aoĂ»t, 19h30 : LOZAKOVICH / Sonates, « Capriccioso » ; concert du jeune violoniste suĂ©dois DANIEL LOZAKOVITCH (18 ans, Ă  peine / dans l’église mythique de Saanen) – certains l’appellent dĂ©jĂ  le « Menuhin du XXIÚ » , ce qui n’est pas anodin s’agissant du Festival qui porte haut et fort les valeurs du violoniste lĂ©gendaire : le jeune Lozakovitch a mĂȘme enregistrĂ© son premier disque chez DG Deutsche Grammophon (paru en mai 2018 – dĂ©diĂ© Ă  JS BACH dont il sait faire chanter l’éloquence spirituelle, et sans effet ni maniĂ©risme)
 certes il est douĂ© d’une grande virtuositĂ©, mais il a encore du temps devant lui pour atteindre Ă  cet humanisme et cet engagement sociĂ©tal qui caractĂ©rise la vie de Yehudi Menuhin, violoniste citoyen du monde, fondateur du Festival il y a plus de 60 ans Ă  prĂ©sent (premiers concerts Ă  l’étĂ© 1957)
 Beaucoup savent bien jouer, Ă©blouir par la performance ; peu savent toucher.. au cƓur. Qu’en sera-t-il ce 30 aoĂ»t 2019 dans l’église et sous la voĂ»te qui avait abritĂ© les premiers concerts de Menuhin dĂšs l’étĂ© 1957 ? De toute Ă©vidence, le violon a une place spĂ©cifique Ă  Gstaad. Le festival dirigĂ© par Christoph MĂŒller sait favoriser l’éclosion des grands violonistes actuels, confirmĂ©s et jeunes talents Ă  suivre : y sont prĂ©sents cette annĂ©e : Hilary Hahn (le 29 aoĂ»t, JS BACH; 19h30 Ă©glise de Saanen), Vilde Frang, Christel Lee (Ă©lue Menuhin’s heritage artists
 aux cĂŽtĂ©s du clarinettiste Andreas Ottensamer)

LIRE ici notre critique du cd JS BACH par Daniel Lozakovich :
LOZAKOVICH : le MENUHIN du XXIĂšme siĂšcle ?Extrait de la critique par Camille de Joyeuse : «  Tout dĂ©coule d’une conscience ample, et d’une comprĂ©hension parfaite de l’architecture des oeuvres. En signature exclusive pour 3 albums chez DG (contrat signĂ© en juin 2016), voici donc le premier album de la sĂ©rie : jouer JS BACH en ouverture est un pari fou Ă  son Ăąge mais totalement rĂ©ussi, si l’on en juge par les idĂ©es que le jeune interprĂšte nous transmet. La maĂźtrise et la retenue distante que le jeune inteprĂšte sait maintenir dans son jeu lui Ă©vite minauderie, dĂ©tails, maniĂ©risme et dĂ©monstration de toute sorte
. »
https://www.classiquenews.com/cd-critique-js-bach-daniel-lozakovich-violon-concertos-bwv-1042-1041-partita-n2-bwv-1004-dg-deutsche-grammophon-4799372/

 

 

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Vendredi 30 août, 19h30
SAANEN, Ă©glise
GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019
Concert du jeune violoniste sudéois DANIEL LOZAKOVITCH (église de Saanen)
RESERVEZ VOTRE PLACE

 

 

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Programme « Capriccioso » :

Wolfgang Amadeus Mozart (1756–1791)
Violinsonate Nr. 32 B-Dur KV 454
Largo – Allegro – Andante – Rondo. Allegretto

Robert Schumann (1810–1856)‹Violinsonate Nr. 1 a-Moll op. 105 20’
Mit leidenschaftlichem Ausdruck – Allegretto – Lebhaft

Johannes Brahms (1833–1897)‹Violinsonate Nr. 2 A-Dur op. 110‚«Thuner Sonate» 20’
Allegro amabile – Andante tranquillo –
Vivace di qui andante – Allegretto grazioso (quasi andante)

DANIEL LOZAKOVICH, Violine / violon
SERGEI BABAYAN, Klavier / piano

 

 LOZAKOVICH Daniel violon gstaad concert critique classiquenews

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MEILLEURS SPECTACLES, opĂ©ra et danse 2018 – 2019

Kantorow alexandre piano classiquenews festival WURTH critique classiquenewsDISTINCTIONS. Prix du Syndicat de la critique, PalmarĂšs 2019. Le 21 juin dernier, Salle Favart / OpĂ©ra Comique de Paris, le Syndicat Professionnel de la critique de thĂ©Ăątre, musique et danse (SPCTMD, crĂ©Ă© en 1877) a dĂ©clarĂ© son palmarĂšs des meilleurs spectacles vus pendant l’annĂ©e Ă©coulĂ©e (2018 – 2019), dans les catĂ©gories thĂ©Ăątre, musique et danse. Son palmarĂšs 2019 distingue les « meilleures » productions dont Ă©videmment la danse et l’opĂ©ra qui retiennent particuliĂšrement notre attention. Certains spectacles ont-ils Ă©tĂ© au moment de leurs reprĂ©sentations remarquĂ©s par la RĂ©daction de Classiquenews, dĂ©crochant le fameux CLIC de Classiquenews ? Lire ci aprĂšs la sĂ©lection des productions primĂ©es par le Syndicat, et s’il y a lieu, le compte rendu et l’avis de Classiquenews sur le spectacle et les artistes concernĂ©s. Illustration : le jeune pianiste Alexandre Kantorow, rĂ©vĂ©lation de l’annĂ©e 2018 / 2019 (DR).

 

 

 

 

MUSIQUE / OPÉRA
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GRAND PRIX (meilleur spectacle lyrique de l’annĂ©e) :
Beatrix Cenci d’Alberto Ginastera,
création française / Opéra National du Rhin.
Prix remis en hommage Ă  Eva Kleinitz, directrice de l’institution alsacienne, dĂ©cĂ©dĂ©e le 30 mai 2019, trĂšs engagĂ©e par la rĂ©alisation de cette production.

VIDEO, teaser :
https://www.operanationaldurhin.eu/fr/spectacles/saison-2018-2019/opera/beatrix-cenci

LIRE notre critique complĂšte CLASSIQUENEWS:
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-strasbourg-opera-le-17-mars-2019-ginastera-beatrix-cenci-m-letonja-m-pensotti/

 

 

PRIX CLAUDE ROSTAND (meilleur spectacle lyrique créé en province) :
Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas,
nouvelle production / Théùtre du Capitole de Toulouse

VIDEO, teaser :
https://www.youtube.com/watch?v=4h8kjEfXYts

LIRE notre critique complĂšte CLASSIQUENEWS:
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-toulouse-capitole-le-7-avril-2019-dukas-ariane-et-barbe-bleue-koch-le-texier-rophe/

 

 

 

MEILLEURE COPRODUCTION LYRIQUE EUROPÉENNE
AVEC UN THÉÂTRE FRANÇAIS:
Les Boréades de Jean-Philippe Rameau
Barrie Kosky / E HaĂŻm
OpĂ©ra de Dijon en coproduction avec l’OpĂ©ra Comique de Berlin

Approfondir
http://operaback.opera-dijon.fr/spectacles/les-boreades/

LIRE notre critique complĂšte CLASSIQUENEWS:
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-critiqueopera-dijon-le-20-mars-2019-rameau-les-boreades-vidal-haim-kosky/

 

 

 

MEILLEURE CRÉATION MUSICALE :
Trois Contes de GĂ©rard Pesson,
crĂ©ation mondiale Ă  l’OpĂ©ra de Lille
en coproduction avec les opéras de Rouen, Rennes et Angers / Nantes Opéra

Approfondir
https://www.opera-lille.fr/fr/saison-18-19/bdd/sid/99807_trois-contes

LIRE notre critique complĂšte CLASSIQUENEWS:
http://www.classiquenews.com/tag/gerard-pesson/

 

 

MEILLEUR CRÉATEUR D’ÉLÉMENTS SCÉNIQUES :
MaƂgorzata Szczęƛniak, pour les dĂ©cors de Lady Macbeth de Mzensk
de Dmitri Chostakovitch / Opéra National de Paris / Bastille

VIDEO, teaser :

DĂ©tail de la distribution et de l’équipe artistique sur le site de l’OpĂ©ra bastille / national de Paris :
https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/lady-macbeth-de-mzensk

LIRE notre critique CLASSIQUENEWS du spectacle « scandaleux » :
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-bastille-le-7-avril-2019-chostakovitch-lady-macbeth-de-mzensk-metzmacher-warlikowski/

 

 

 

PERSONNALITÉ MUSICALE DE L’ANNÉE :
Michael Spyres, ténor

LIRE nos critiques et comptes rendus des spectacles de Michael Spyres :
https://www.classiquenews.com/?s=Michael+spyres&submit=rechercher

 

 

RÉVÉLATION MUSICALE DE L’ANNÉE :
Alexandre Kantorow, pianiste

LIRE notre critique du concert Tchaikovsky, Sibelius par Alexandre Kantorow, piano (Toulouse, février 2019) :
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-toulouse-le-15-fev-2019-tchaikovsky-sibelius-alexandre-kantorow-john-storgards/

 

 

 

MEILLEURE INITIATIVE POUR LE RAYONNEMENT MUSICAL :
Opéra Junior de Montpellier
JĂ©rĂŽme Pillement (direction)
au sein de l’OpĂ©ra Orchestre National de Montpellier Occitanie

 

 

 

 

 

 

MEILLEURS LIVRES SUR LA MUSIQUE : 

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CLIC_macaron_2014Essai : Maurice Ravel intégrale de la correspondance (1895/1937)
écrits, lettres, entretiens réunis par Manuel Cornejo (éditions Le Passeur)

LIRE notre article et présentation critique CLASSIQUENEWS :
https://www.classiquenews.com/livre-evenement-annonce-manuel-cornejo-maurice-ravel-lintegrale-editions-le-passeur/

 

 

 

Monographie : Alfred Cortot
par François Anselmini et Rémi Jacobs (éditions Fayard)

LIRE notre annonce et présentation critique CLASSIQUENEWS :
https://www.classiquenews.com/livre-evenement-alfred-cortot-par-francois-anselmini-et-remi-jacobs-fayard/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DANSE
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GRAND PRIX :
Venezuela, chorégraphie de Ohad Naharin (Chaillot-Théùtre National de la Danse)

VIDEO, teaser :
https://www.theatre-chaillot.fr/fr/saison-2018-2019/venezuela

 

 

 

MEILLEUR INTERPRÈTE :
Alu_francois-premier danseurFrançois Alu, Premier danseur du Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris – Amateur de la dĂ©structure, inspirĂ© par le hip-hop et Eminem, le danseur berrichon au physique de rugby et au franc parler (Ă©lu aussi danseur le plus sexy 2018 par le magazine TĂ©tu), sait enrichir hors danse classique, sa propre offrande pyrotechnique sur la scĂšne chorĂ©graphique souvent compassĂ©e de l’OpĂ©ra national de Paris
 Un Ă©lectron libre et irrĂ©sistiblement inspirĂ© qui renouvelle l’art chorĂ©graphique made in Paris…

VIDEO / François Alu, danseur rockstar de l’OpĂ©ra de Paris
https://www.youtube.com/watch?v=Yj6FqrnSdZE

https://www.youtube.com/watch?v=5jcecy0IO4U

 

 

PERSONNALITÉ CHORÉGRAPHIQUE DE L’ANNÉE :
William Forsythe

VIDEO, teaser : Rameau / A quiet evening of Dance
Festival d’Automne 2019
https://www.youtube.com/watch?v=R2HzM9t1y1I

 

MEILLEURS FILMS SUR LA DANSE :
Maguy Marin, L’urgence d’agir, de David Mambouch, Ocean Films Distributions
http://www.ocean-films.com/film/maguy-marin-lurgence-dagir/

MEILLEURE COMPAGNIE :
São Paulo Companhia de Dança (BRESIL)
http://www.spcd.com.br

 

 

MEILLEURS LIVRES SUR LA DANSE :
Danser Pina de Rosita Boisseau et Laurent Philippe, Ed. Textuel 2018
https://www.editionstextuel.com/livre/danser-pina

 

 

 

 

THEATRE
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GRAND PRIX (meilleur spectacle thĂ©Ăątral de l’annĂ©e) : Les Idoles de Christophe HonorĂ©
(ThĂ©Ăątre Vidy-Lausanne, OdĂ©on-ThĂ©Ăątre de l’Europe)

PRIX GEORGES-LERMINIER (meilleur spectacle thĂ©Ăątral crĂ©Ă© en province) : Insoutenables longues Ă©treintes d’Iran Viripaev, mise en scĂšne de Galin Stoev (ThĂ©Ăątre de la CitĂ© de Toulouse)

MEILLEURE CRÉATION D’UNE PIÈCE EN LANGUE FRANÇAISE : Au-delĂ  des tĂ©nĂšbres de Simon Abkarian (ThĂ©Ăątre du Soleil)

MEILLEUR SPECTACLE ÉTRANGER : La Reprise (Histoire(s) du thĂ©Ăątre (1)), de Milo Rau (Festival d’Avignon, ThĂ©Ăątre Nanterre-Amandiers)

PRIX LAURENT-TERZIEFF (meilleur spectacle présenté dans un théùtre privé) : Girls and boys, de Dennis Kelly, mise en scÚne de Mélanie Leray (Théùtre du Petit-Saint-Martin)
La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams, mise en scÚne de Charlotte Rondelez (Théùtre de Poche-Montparnasse)

MEILLEURE COMÉDIENNE : MarlĂšne Saldana, dans Les Idoles, de Christophe HonorĂ© (ThĂ©Ăątre Vidy-Lausanne, OdĂ©on-ThĂ©Ăątre de l’Europe)

MEILLEUR COMÉDIEN : Nicolas Bouchaud, dans DĂ©mons, de FĂ©dor DostoĂŻevski, mise en scĂšne de Sylvain Crezevault et dans Un Ennemi du peuple, d’Henrik Ibsen, mise en scĂšne de Jean-François Sivadier (OdĂ©on-ThĂ©Ăątre de l’Europe)

PRIX JEAN-JACQUES-LERRANT (rĂ©vĂ©lation thĂ©Ăątrale de l’annĂ©e) : Suzanne Aubert, dans L’École des femmes, de MoliĂšre, mise en scĂšne de StĂ©phane Braunschweig (OdĂ©on- ThĂ©Ăątre de L’Europe)

MEILLEURE CRÉATION D’ÉLÉMENTS SCÉNIQUES : Christian Tirole/Jean-François Sivadier (scĂ©nographie) pour Un Ennemi du peuple, d’Henrik Ibsen, mise en scĂšne de Jean-François Sivadier (OdĂ©on-ThĂ©Ăątre de l’Europe)

MEILLEUR COMPOSITEUR DE MUSIQUE DE SCÈNE : Éric Sleichim pour Electre/Oreste, d’Euripide, mis en scĂšne d’Ivo van Hove (ComĂ©die-Française)

MEILLEUR LIVRE SUR LE THÉÂTRE : Avec JoĂ«l Pommerat (tome II), l’écriture de Ça ira fin de Louis, de Marion Boudier, Éditions Actes-Sud Papiers 2018

 

 

 

 

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Pour infos
PalmarÚs 2019 pour le théùtre :
Plus d’infos sur le site du Prix de la critique

http://associationcritiquetmd.com/prix-de-la-critique-2018-2019/

LA ROCHE POSAY. Les Vacances de Monsieur HAYDN : 19 – 22 sept 2019

vent_les-vacances-de-monsieur-haydn_297_909488Les Vacances de Monsieur HAYDN : 19 – 22 sept 2019. Chaque automne Ă  la Roche Posay, la musique de chambre est Ă  l’honneur. C’est un Ă©vĂ©nement qui met l’accent sur l’accessibilitĂ© de la musique, destinĂ©e Ă  sĂ©duire le plus grand nombre d’auditeurs, de tous Ăąges, quelque soit sa culture musicale (pour certains concerts, c’est le spectateur qui fixe le prix selon ses possibilitĂ©s : concerts « COMVOULVOUL »).
Des mots mĂȘmes de JĂ©rĂŽme Pernoo, directeur artistique, la dĂ©jĂ  15Ăš Ă©dition des Vacances de Mr Haydn Ă  La Roche Posay outre le plaisir d’un moment musical « inĂ©dit, informel, convivial, inventif », sait aussi ĂȘtre trĂšs Ă©quilibrĂ©e dĂ©fendant sur un plan d’égalitĂ© partitions du rĂ©pertoire (Haydn Ă©videmment, Beethoven, Mozart, Schubert, Brahms) et Ă©critures contemporaines.

 

 

 

La musique de chambre se démocratise

OUVERTURE, CRÉATION et THRILLER à la Roche Posay

 

 

vignette-festival-2019-vacances-monsieur-haydn-jerome-pernoo-festival-2019-classiquenews-BANNER----copieLa programmation de cette annĂ©e est celle d’un « savant dosage de grands classiques et de dĂ©couvertes » qui suit aussi « un fil rouge Ă©nigmatique ». Le festival offre ainsi Ă  chaque festivalier l’occasion de rĂ©soudre sur chaque lieu de concert, une Ă©nigme policiĂšre.
DĂšs le concert d’ouverture, quand sera jouĂ© le Quatuor opus 77 n°1 de Haydn (partition d’ailleurs jouĂ©e pour le festival 2005), un meurtre sera commis. Le soir, la programmation verra plus grand, signe d’un dĂ©veloppement nouveau puisque l’orchestre du Festival, qui comprend plusieurs instrumentistes du Festival OFF, jouera le Triple Concerto de Beethoven et le double Concerto de Ducros. Au sein d’une colonie de compositeurs « trĂšs suspects » : Lucas Debargue, JĂ©rĂŽme Ducros, Jean-Baptiste Doulcet, StĂ©phane Delplace ou Tomer Kviatek, qui « aurait plus d’intĂ©rĂȘt Ă  supprimer un collĂšgue ? ». A vous de le dĂ©couvrir

En un week end de 4 jours, atypiques, surprenants, les Vacances de Mr Haydn tout en renouvelant l’expĂ©rience du concert savent stimuler l’attention des spectateurs, et toucher un public de plus en plus large
 JĂ©rĂŽme Pernoo offre aussi Ă  de jeunes musiciens de vivre les dĂ©fis des concerts publics, une opportunitĂ© qui favorise la professionalisation des jeunes musiciens

Le Festival investit toute le cƓur de ville, en particulier 3 lieux dĂ©sormais emblĂ©matiques : le gymnase, le cinĂ©ma et l’église.
SoirĂ©e de lancement, le 19 septembre 2019. Au total : 8 concerts (Festival IN), 60 concerts gratuits de 20 mn (Festival OFF), 13 musiciens professionnels renommĂ©s (dont bien sĂ»r JĂ©rĂŽme Pernoo au violoncelle, le pianiste NathanaĂ«l Gouin, la violoniste Eva Zavaro, ou les instrumentistes du Quatuor Mona
), 60 jeunes instrumentistes « professionnels, Ă©tudiants ou amateurs de haut niveau ». Sans omettre les 5 compositeurs contemporains prĂ©cĂ©demment citĂ©s dont Lucas Debargue et JĂ©rĂŽme Ducros qui interviennent aussi comme pianistes. A La Roche Posay, l’esprit de Haydn se dĂ©ploie naturellement : le Festival crĂ©Ă© par JĂ©rĂŽme Pernoo perpĂ©tue la libertĂ© inventive et le sens de l’écoute et du partage
 la musique de chambre y a trouvĂ© son foyer et sa rĂ©sidence.

L’orchestre de Mr HAYDN avec Appassionato

PremiĂšre en 2019 : la Haydn AcadĂ©mie, encadrĂ©e par l’orchestre Appasionato, sous la direction de Mathieu Herzog, donne naissance Ă  un orchestre symphonique composĂ© de 60 jeunes musiciens venus du monde entier. Cet orchestre du festival interprĂšte ainsi le vendredi 20 septembre au soir, un concert unique. Au programme : l’Ouverture de L’Incontro improviso de  Joseph Haydn, le Triple Concerto en do majeur, Opus 56 de Ludwig Van Beethoven  et le Double Concerto pour piano, violoncelle et orchestre de JĂ©rĂŽme Ducros. Plus que prĂ©cĂ©demment la musique chambriste et ici orchestrale est un plaisir qui se partage


 

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Les Vacances de Mr HAYDN 2019
15Ăšme Ă©dition : 19, 20, 21, 22 sept 2019
TEMPS FORTS des 4 jours

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JEUDI 19 SEPTEMBRE 2019

19h Place du village / kiosque
Soirée du OFF
Sur la place du “village de Monsieur HAYDN”.
Présentation des différents groupes du OFF

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VENDREDI 20 SEPTEMBRE 2019

19h Cinéma
Concert d’ouverture

Joseph Haydn (1732-1809)
Quatuor à cordes op. 77 n°1
Quatuor Mona

Tomer Kviatek (2001)
Trio avec piano
Ryo Kojima, Jean-Baptiste MaiziÚres, Nathanaël Gouin

 

 

21h Gymnase‹ : Concert avec orchestre

Joseph Haydn (1732-1809)
Ouverture de L’Incontro improviso

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Triple concerto en do majeur op. 56
Eva Zavaro, Caroline Sypniewski, Lucas Debargue, Orchestre de la Monsieur Haydn Academy, encadrĂ© par l’Ensemble Appasionnato, direction JĂ©rĂŽme Pernoo

JĂ©rĂŽme Ducros (1974)
Double Concerto pour piano, violoncelle et orchestre
JĂ©rĂŽme Pernoo, JĂ©rĂŽme Ducros, Orchestre de la Monsieur Haydn Academy, encadrĂ© par l’Ensemble Appasionnato, direction Mathieu Herzog

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SAMEDI 21 SEPTEMBRE 2019

21h Gymnase

Johannes Haydn (1732-1809)
Fantaisie en fa mineur pour piano
Nathanaël Gouin

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Trio “Les Quilles” pour clarinette, alto et piano
François Tissot, Arianna Smith, Nathanaël Gouin

Lucas Debargue (1990)
Quatuor symphonique pour violon, alto, violoncelle et piano
Eva Zavaro, Arianna Smith, JĂ©rĂŽme Pernoo, Lucas Debargue

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DIMANCHE 22 SEPTEMBRE

14h30 Cinéma
(ComVoulVoul)

Stéphane Delplace (1953)
Sonate pour violoncelle et piano
JĂ©rĂŽme Pernoo, JĂ©rĂŽme Ducros

Johannes Brahms (1833-1897)
Trio pour violon, cor et piano
Eva Zavaro, Nathanaël Gouin

 

 

18h30 Gymnase

Domenico Scarlatti (1685-1757)
Sonate pour piano K 208 & K 24
Lucas Debargue

JĂ©rĂŽme Ducros (1974)
Trio avec piano
Ryo Kojima, JĂ©rĂŽme Pernoo, JĂ©rĂŽme Ducros

Franz Schubert (1787-1828)
Octuor D803 pour clarinette, basson, cor, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse
François Tissot, Lomic Lamouroux, Quatuor Mona, Jean-Edouard Carlier

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INFORMATIONS & RESERVATIONS
RESERVEZ ici :
https://www.lesvacancesdemonsieurhaydn.com/programme

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Livre, événement. Isabelle Duquesnoy : La redoutable veuve Mozart par Duquesnoy (La MartiniÚre)

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 engagĂ©e Ă  rĂ©tablir dans sa ville natale, Salzbourg, la postĂ©ritĂ© et l’honneur de Mozart. Lui l’humiliĂ©, lui le musicien dĂ©nigrĂ©, rĂ©duit en esclavage, eut le culot de dire « non » et de claquer la porte de son employeur, l’infect Coloredo (prince-archevĂšque de la ville). De son vivant, les relations entre Wolfgang et Salzbourg ont plutĂŽt Ă©tĂ© maudites.

 

 

 

Portrait de Constanze von Nissen, veuve Mozart
Forcer le conservatisme de Salzbourg et de Vienne,
réhabiliter le génie de son mari, Wolfgang


 

 

 

MOZART-redoutable-veuve-nissen-critique-isabelle-duquesnoy-classiquenews-clic-de-classiquenews-critique-livre-Constanze_Mozart-630x390L’auteure de ce texte complet et documentĂ© rĂ©tablit d’abord le profil d’une Ă©pouse illuminĂ©e par le gĂ©nie de son Ă©poux, fauchĂ© trop tĂŽt, qui n’a rien Ă  voir avec la silhouette Ă©purĂ©e, coquette superficielle telle qu’elle s’affiche dans le film pourtant inspirĂ© de Milos Forman (Amadeus). La tĂȘte sur les Ă©paules, dĂ©terminĂ©e et inflexible, c’est en rĂ©alitĂ© Constanze qui rĂ©alisa monument et statut (place Mozart), surtout centre d’étude et de recherche dĂ©diĂ© Ă  l’Ɠuvre de Wolfgang, l’actuel Mozarteum, sans omettre un festival de musique consacrĂ© au gĂ©nie de son premier mari
 N’ayant au final rien inventer au sujet de Mozart, la ville qui aujourd’hui lui doit tout (son prestige international), eut pour sa part l’idiotie de l’indiffĂ©rence et une bonne dose de stupiditĂ© Ă  l’égard de son enfant unique, bĂ©ni des dieux. C’était compter sans sa veuve, infatigable militante pour la rĂ©habilitation de Wolfgang dans sa ville. Aucune Ă©pouse n’eut plus de combativitĂ© pour inflĂ©chir et forcer l’esprit Ă©troit et conservateur des notables salzbourgeois ; comme ceux Viennois plus enclins Ă  financer Beethoven, le « casseur de pianos ». Que serait Salzbourg aujourd’hui sans la prĂ©sence et l’esprit rĂ©habilitĂ© de Mozart ? La municipalitĂ© devrait plutĂŽt aujourd’hui Ă©difier une statue Ă  Constanze pour sa redoutable opiniĂątretĂ© en effet Ă  honorer son gĂ©nie natif.

Le livre d’Isabelle Duquesnoy Ă©difie un formidable hommage Ă  l’ambition et la volontĂ© de cette femme, Ă©pouse exemplaire, premiĂšre mozartienne militante, douĂ©e d’une force de conviction apparemment irrĂ©sistible. VoilĂ  ce que raconte ce livre majeur, certes dans un style plus concret et direct que rĂ©ellement littĂ©raire, mais qui a le mĂ©rite de ressusciter la force morale d’une veuve aussi combattive que convaincue. Pour mieux transmettre le tĂ©moignage et les mĂ©moires de la veuve exemplaire, l’auteure utilise le truchement de la confession, celle d’une mĂšre qui soucieuse de vĂ©ritĂ© s’adresse Ă  son fils Carl (le paresseux) quand son autre fils, Franz Xavier dit Wowi (l’instable mĂ©lancolique), peine Ă  se faire un nom et une rĂ©putation de compositeur malgrĂ© l’entĂȘtement de sa mĂšre : pas facile de reproduire le miracle paternel.
CLIC D'OR macaron 200Le texte est truffĂ© d’anecdotes (Constanze avait un contentieux aigu avec sa belle sƓur Nannerl, sƓur ainĂ©e de Wolfgang, qui le lui rendait bien)
et de sĂ©quences souvent drĂŽles comme l’établissement passager de Constanze Mozart Ă  Copenhague, ville de son nouveau mari, Georg von Nissen, conseiller Ă  la cour, qui l’encourage dans ses dĂ©marches de rĂ©habilitation car il est lui aussi farouche admirateur de l’Ɠuvre mozartien. De concert, les deux rĂ©digeront la premiĂšre biographie « vĂ©ridique », et fiable de Wolfgang Amadeus Mozart car elle s’appuie sur le tĂ©moignage direct de son Ă©pouse
 Ce qui nous paraĂźt Ă©vident et naturel aujourdh’ui : la gloire indiscutable de Mozart et sa cĂ©lĂ©bration permamente Ă  Salzbourg, fut en rĂ©alitĂ© obtenu Ă  force de tĂ©mĂ©ritĂ© et d’obstination surhumaines, qu’incarne avec le recul sa veuve, non pas la « redoutable » mais l’exemplaire Constanze. TrĂšs profitable lecture.

 

 

 

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Livre Ă©vĂ©nement, critique : La redoutable veuve Mozart par Isabelle Duquesnoy – ISBN : 2732491659 – Editions de la MartiniĂšre (parution annoncĂ©e le 5 sept 2019) – CLIC de classiquenews de l’automne 2019.

 

 

 

PrĂ©sentation de l’éditeur La MartiniĂšre :
« 1791, Wolfgang Mozart meurt. AccablĂ©e de tristesse mais surtout de dettes, Constance Mozart ne se laisse pas abattre et dĂ©cide de travailler Ă  la postĂ©ritĂ© de l’Ɠuvre de l’artiste. Elle se rĂ©vĂšle alors une femme de poigne et, dans cette quĂȘte de reconnaissance et d’argent, rien ne semble l’arrĂȘter.
Pour rembourser les crĂ©anciers, elle commence par vendre, Ă  la hĂąte, les compositions de Mozart. Elle rĂ©quisitionne un de ses anciens Ă©lĂšves pour terminer le Requiem inachevĂ©. Elle rebaptise son plus jeune fils Wolfgang Mozart II et le force Ă  monter sur scĂšne. L’enfant n’est pas douĂ© en musique, mais qu’importe ! Il se ridiculise, vit mal l’entĂȘtement de sa mĂšre

Enfin, pour s’assurer une situation, elle se remarie avec un diplomate danois qui ne partage jamais son lit et risque la peine de mort pour ses mƓurs sexuelles

Elle vĂ©cut ainsi cinquante-et-un ans aprĂšs la mort du compositeur, pendant lesquels elle inventa le systĂšme de propriĂ©tĂ© intellectuelle, crĂ©a un festival dĂ©diĂ© Ă  Mozart, Ă©rigea des monuments et remit la musique de son dĂ©funt mari au goĂ»t du jour. Un portrait de femme romanesque, d’une grande modernitĂ©.

Wolfgang Amadeus Mozart Ă©tait un gĂ©nie. Mort ruinĂ©, enterrĂ© sans grande pompe, il aurait pourtant pu sombrer dans l’oubli… Si Constanze Mozart ne l’avait pas adorĂ© au point de sacrifier leurs propres enfants Ă  la gloire de son dĂ©funt mari. Si elle ne lui avait pas survĂ©cu pendant cinquante-et-un ans, bataillant jour et nuit pour la postĂ©ritĂ© de son Ɠuvre. Si elle n’avait pas grattĂ© la terre Ă  mains nues pour retrouver son squelette, ni rebaptisĂ© son jeune fils « Wolfgang Mozart II » pour le produire dans toutes les cours d’Europe
 Le deuil de Constanze rĂ©vĂ©la une femme d’affaires intransigeante, un caractĂšre hors norme : une veuve redoutable. Voici le destin extraordinaire et romanesque d’une femme d’une grande modernitĂ©. AprĂšs la publication du trĂšs remarquĂ© L’Embaumeur, laurĂ©at de deux prix, Isabelle Duquesnoy revient avec un nouveau roman Ă©rudit et jubilatoire. FascinĂ©e par la figure de Constanze Mozart, elle y a travaillĂ© vingt ans. »  Editions de la MartiniĂšre.

 

 

 
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GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & ACADEMY 2019 : LIVESTREAM Ă  15h aujourd’hui : masterclass d’ANDRAS SCHIFF

GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & ACADEMY 2019 : LIVESTREAM Ă  15h aujourd’hui : masterclass d’ANDRAS SCHIFF. LIVESTREAM ! Le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL dĂ©veloppe ses contenus digitaux et dĂ©voile des sessions inĂ©dites en exclusivitĂ© sur la toile
 Visionnez aujourd’hui en direct la masterclass de Sir Andras Schiff depuis la plateforme Gstaad Digital Festival Ă  partir de 15h. Cette masterclass fait partie des nombreux ateliers pĂ©dagogiques que propose le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL (7 acadĂ©mies au total dont une exceptionnel acadĂ©mie de direction d’orchestre, – session unique en Europe chaque Ă©tĂ©).

 

 

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CONNECTEZ-VOUS pour la Master class d’Andras Schiff au GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019 :
https://www.gstaaddigitalfestival.ch/fr/video/masterclass-live/

 

 

 

 

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CONCERTS FILMES et DIFFUSÉS en 2019 :
Concerts filmés en 2019 et rentransmis sur le site du GSTAAD MENUHIN Festival :
Programme indicatif à confirmer sur le site du Festival d’ici là

 

21.7 : Masterclass d’Andras Schiff  puis concert crĂ©ation Parfum et musique (Sol Gabetta)

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2.8 : Clair de lune (Fazil Say)
3.8 : La Truite (Sol Gabetta & Bertrand Chamayou)
3.8 : Nocturne aux chandelles (Jean Rondeau)
10.8 : Cabaret & Chansons (Ute Lemper)

 

 

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L’édition 2019 met Paris en plein coeur du Saanenland avec plus de 75 concerts et des artistes d’exception !


UN PEU D’HISTOIRE

Yehudi Menuhin, “violon du siĂšcle”, avait eu le coup de foudre pour le Saanenland et fonde le festival en 1957. Le public rĂ©pond chaque annĂ©e plus nombreux, sĂ©duit par l’extrĂȘme variĂ©tĂ© des affiches proposĂ©es mais Ă©galement par le charme des lieux de concerts – en particulier les Ă©glises pittoresques, au charme rustique montagnard, propices Ă  un partage musical en toute intimitĂ© – et par un cadre naturel Ă  couper le souffle, entre le vert chaleureux des pĂąturages, le bleu profond des lacs de montagne et le gris majestueux des cimes alpines
 un panaroma qui aura inspirĂ© nombre de compositeurs de Brahms, Mahler Ă  Richard Strauss.

GSTAAD-MENUHIN-FESTIVAL-2019-festival-&-academy-annonce-teaser-programme-annonce-critique-par-CLASSIQUENEWS-MUSIQUE-CLASSIQUE-OPERA-CONCERTS-ETE-2019AprĂšs un voyage passionnant dans les Alpes (Ă©dition de l’annĂ©e derniĂšre), le Gstaad Menuhin Festival met le cap sur la ville LumiĂšre, la citĂ© qui est une fĂȘte permanente. Et pas n’importe quelle ville : Paris, la “Ville LumiĂšre”, capitale la plus visitĂ©e de la planĂšte. Une citĂ© de goĂ»t et de culture, fer de lance de la musique française, Ă©voquĂ©e par les chefs-d’oeuvre qui ont vu le jour sur son sol Ă  travers les siĂšcles – de l’Ecole de Notre-Dame jusqu’Ă  Tristan Murail, Ă  qui le festival a passĂ© commande -, mais aussi par les artistes qui font aujourd’hui briller les couleurs de la France de par le monde, Ă  l’image du pianiste Bertrand Chamayou, “Artiste en rĂ©sidence 2019″, de l’organiste de Notre-Dame Olivier Latry, de Patricia Petibon ou de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France avec Mikko Franck et de l’Orchestre National de Lyon, animateurs de deux grandes soirĂ©es sous la tente de Gstaad.

 

 

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LIRE aussi notre présentation « PARIS, 63Ú GSTAAD MENUHIN FESTIVAL »

VOIR notre TEASER VIDEO « PARIS, 63Ú GSTAAD MENUHIN FESTIVAL »

GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & ACADEMY 2019
18 juillet – 6 septembre 2019
“PARIS”

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gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582Entretien avec Christoph Muller, intendant et directeur artistique du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL, premier festival de musique classique chaque Ă©tĂ© en Suisse. Le festival est devenu depuis la direction de Christoph Muller, une “grosse machine”, un Ă©vĂ©nement incontournable dans le paysage musical alpin, qui pourtant a su garder sa dimension humaine comme maintenir trĂšs haute son exigence artistique.  PARIS est Ă  l’honneur cet Ă©tĂ© Ă  GSTAAD en 2019. Avec plus de 60 concerts, des programmes prometteurs dont plusieurs inĂ©dits et des crĂ©ations, la prĂ©sence d’artistes parmi les plus passionnants de la scĂšne musicale actuelle, GSTAAD, chaque Ă©tĂ©, rĂ©alise une affiche incontournable, du 18 juillet au 6 sept 2019. Voici les points forts d’une Ă©dition dĂ©sormais trĂšs attendue et Ă  trĂšs fort potentiel, au regard de la diversitĂ© et de l’équilibre de ses choix artistiques. Christoph Muller nous prĂ©sente la nouvelle Ă©dition 2019 du GSTAAD MENUHIN festival & academy


 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. LASSAUZET Benjamin : L’Humour de Claude Debussy (Editions L’Harmattan, parution juillet 2019)

debussy claude humour de claude debussy benjamin lassauzet classiquenews critique livre classiquenews opera concert festival critique annnonce actualite classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. LASSAUZET Benjamin : L’Humour de Claude Debussy (Editions L’Harmattan, parution juillet 2019). Le titre ne manque d’interroger tant l’écriture de Debussy ne semble pas soluble dans l’humour, la facĂ©tie, le dĂ©lire comique revendiquĂ©s comme tels
 De la Mer Ă  PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune
 c’est plutĂŽt la sensibilitĂ© atmosphĂ©rique et la sensualitĂ© mystĂ©rieuse qui marquent l’Ɠuvre entier de Claude
 et pourtant : «  Qu’on le positionne sur le terrain, impressionniste, du flou, de l’indĂ©terminĂ© et de la couleur, ou sur celui, symboliste, des correspondances, du mystĂšre et de l’imaginaire, Debussy se voit toujours irrĂ©mĂ©diablement sĂ©parĂ© de sa muse comique. Pourtant, sa production musicale humoristique est trĂšs loin d’ĂȘtre insignifiante puisqu’elle reprĂ©sente plusieurs dizaines d’Ɠuvres ayant jalonnĂ© toute les Ă©tapes de sa vie crĂ©atrice.   » ainsi l’éditeur remet-il les pendules Ă  l’heure s’agissant d’un portrait complet de Debussy.
Mais le texte de Benjamin Lassauzet Ă©largit son sujet et son spectre d’analyse car ici outre son humour, c’est aussi l’homme, l’épistolier, le critique, le dramaturge et l’interprĂšte qui se dĂ©voilent page aprĂšs page. Y-a-t-il une vis comica chez Debussy : oui, trois fois oui ! semble nous dire l’auteur. Comme Mozart ou Haydn, Debussy fut aussi capable d’autodĂ©rision et d’un imaginaire comique
 Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. LASSAUZET Benjamin : L’Humour de Claude Debussy (Editions L’Harmattan, parution juillet 2019) – 17 x 24 cm, 452 pages – 8 illustrations

Le TrouvĂšre de Verdi avec Anna Netrebko Ă  VĂ©rone sur FRANCE 5

LIEGE. JĂ©rusalem de Giuseppe Verdi FRANCE 5, sam 20 juillet 2019, VERDI : LE TROUVERE, 22h20. Un couple d’amants Ă©prouvĂ©s, martyrisĂ©s ; un comte (di Luna), jaloux, haineux, sans scrupules
 Verdi n’épargne rien ni personne pour que brĂ»le le drame. Le choix du livret Cammarano d’aprĂšs le roman de GuttiĂ©rrez (El Trovador, 1836) s’avĂšre trĂšs efficace 
 au diapason de la musique : prenante, passionnĂ©e, oĂč dominent les grands airs solistes et le chƓur quasiment permanent. L’opĂ©ra est crĂ©Ă© Ă  Rome (Teatro Apollo, janvier 1953), puis reprĂ©sentĂ© Ă  Paris (ThĂ©Ăątre Italien, dĂ©cembre 1854). Dans ce fantastique Ă©pique, pas de place pour la langueur car les hĂ©ros ont Ă  peine le temps d’exprimer leur passion avant de mourir


Le point culminant de ce lyrique spectaculaire et saisissant Ă©tant portĂ© par le personnage de la sorciĂšre, Azucena – rĂŽle inouĂŻ pour contralto dramatique (elle annonce Amneris dans Aida) : voix des tĂ©nĂšbres qui fait surgir le grand frisson lugubre de la mort et de la vengeance implacable
 sans le savoir ici, les deux rivaux affrontĂ©s jusqu’à la mort, sont 
 deux frĂšres auxquels on a cachĂ© leur rĂ©elle filiation.

Les ArĂšnes de VĂ©rone sont l’équivalent des ChorĂ©gies d’Orange en France : un lieu dĂ©volu au genre lyrique qui couronne les stars lyriques.
Aucun doute que la soprano austro russe Anna Netrebko triomphe encore dans le rĂŽle angĂ©lique ardent qu’elle a chantĂ© Ă  Salzbourg, Berlin entre autres. Sa Leonora brĂ»le d’amour, se consume littĂ©ralement sur les planches.
A l’affiche de l’édition VĂ©rone 2019, et pour 5 dates, dans la mise en scĂšne de Franco Zeffirelli.
On reste moins convaincu par le Manrico (le TrouvÚre) du ténor Yusiv Eyvazov au chant beaucoup moins intense et fin de « La Netrebko » (son épouse à la ville).

 

 verone-trovatore-trouvere-netrebko-arte-france-musique-opera-critique-par-classiquenews-diffusion-juillet-2019

 

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PLUS d’infos sur la production vĂ©ronaise sur le site du Festival d’opĂ©ra de VĂ©rone
https://www.arena.it/arena/en/shows/trovatore-2019.html

Distribution
Autres chanteurs : Luca Salsi (Luna), Dolora Zajick (Asucena) 
 Arena di Verona Orchestra, Chorus, Corps de Ballet and Technical team / Pier Giorgio Morandi, direction. Mise en scùne : Franco Zeffirelli.
Durée : circa 2h40 / entracte aprÚs les acte I et II


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LIRE aussi nos articles et dossiers ANNA NETREBKO chante Leonora dans Le TrouvÚre / Il Trovatore de Verdi : http://www.classiquenews.com/tag/leonora/

Paris, OpĂ©ra Bastille. Anna Netrebko chante LeonoraARTE. Vendredi 15 aoĂ»t 2014, 20h50. Verdi : Le TrouvĂšre. Anna Netrebko.  Salzbourg, aoĂ»t 2014 : voici assurĂ©ment l’un des Ă©vĂ©nements lyriques du festival autrichien crĂ©Ă© en 1922 par le trio lĂ©gendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux cĂŽtĂ©s des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si frĂ©quents. CrĂ©Ă© Ă  Rome en 1853, d’aprĂšs El Trovador de GutiĂ©rrez, 1836), Le TrouvĂšre de Verdi saisit par sa fiĂšvre dramatique, une cohĂ©rence et une caractĂ©risation musicale indiscutable malgrĂ© la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se dĂ©roule en Espagne, dans la Saragosse du XVĂšme, oĂč le conte de Luna est Ă©conduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est Ă©perdument amoureux : la jeune femme lui prĂ©fĂšre le troubadour Manrico.  Dans le camps gitan, Azucena, la mĂšre de Manrico, est obsĂ©dĂ©e par l’image de sa mĂšre jetĂ©e dans les flammes d’un bĂ»cher, et de son jeune frĂšre, Ă©galement consommĂ© par le feu. Manrico dĂ©cide de fuir avec Leonora. Mais il revient dĂ©fier Luna car sa mĂšre est condamnĂ©e Ă  pĂ©rir sur le bĂ»cher elle aussi.  EmprisonnĂ© par Luna avec sa mĂšre, Manrico maudit Leonora qui semble s’ĂȘtre finalement donnĂ©e au Conte : elle a feint et s’est versĂ©e le poison pour faire libĂ©rer son aimĂ©. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (Ă  prĂ©sent morte), ordonne l’exĂ©cution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frĂšre : leur mĂšre avait Ă©changer les enfants sur le bĂ»cher. De sorte que l’opĂ©ra s’achĂšve sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengĂ© la mort de sa mĂšre par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment dĂ©munie a manipulĂ©e le baryton jaloux, vengeur
 aveuglĂ© par sa haine jalouse pour son cadet qui s’avĂšre ĂȘtre son propre frĂšre… EN LIRE PLUS
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KARAJAN 2019 : Les 30 ans de la mort (1989 – 2019) Symphonies de BRUCKNER et TCHAIKOVSKY / Berliner Philharmoniker (DG)

BRUCKNER symphonies 1 - 9 Berliner Philharmoniker coffret set box 9 cd DG Deutsche Grammophon review cd critique par classiquenews KARAJAN 2019 71-ssYNLWdL._SL1200_ETE 2019. Deux coffrets opportuns viennent rappeler l’hĂ©ritage d’un grand chef du XXĂš, Herbert Van Karajan (nĂ© en 1908, mort en 1989) dont les 30 ans de la disparition seront ainsi cĂ©lĂ©brĂ©s par DG Deutsche Grammophon ce 16 juillet 2019. Autant dire que le label de Hambourg, le plus prestigieux au monde, fort d’un catalogue inĂ©galĂ©, rend hommage Ă  l’un des piliers de sa gloire et de sa pertinence artistique, toujours bien vivaces aujourd’hui. Avec ses chers Philharmoniker de Berlin, le chef septuagĂ©naire Ă  la stature d’empereur, enregistre l’intĂ©grale des symphonies de Bruckner (1 Ă  9, Ă  Berlin de janvier 1975 Ă  janvier 1981), et de Tchaikovsky (6 Symphonies, entre octobre 1975 et fĂ©vrier 1979)
 le geste est carrĂ©, parfois dĂ©clamatoire mais jamais court, parfois emphatique mais habitĂ© ; jouant sur une spatialisation nouvelle du son, plus concentrĂ© que rayonnant, pourtant souvent dĂ©taillĂ© (Tchaikovski), Karajan affirme une esthĂ©tique de l’enregistrement particuliĂšrement fouillĂ©e, Ă  laquelle il a participĂ© au premier rang.

CLIC_macaron_2014Le souffle impĂ©rial de ses Bruckner auxquels il garantit aussi une introspection majestueuse en liaison avec la foi sincĂšre du compositeur de Linz ; la tendresse et cette prĂ©sence obsessionnelle du Fatum chez Piotr Illiytch fondent la valeur des 2 coffrets, remarquablement remixĂ©s pour l’occasion (cd et Blu-ray audio HD 96khz / 24 bit. Soit dans un format master des plus optimisĂ©. 2 coffrets incontournables.

 

 

 

CD, coffret événement. KARAJAN : 9 symphonies de Bruckner (Berliner Phil. Herbert von Karajan, 9 cd DG Deutsche Grammophon)

CD, coffret événement. KARAJAN : 6 Symphonies de Tchaikovski (Berliner Phil. Herbert von Karajan, 4 cd DG Deutsche Grammophon)

 

 

 

BRUCKNER symphonies 1 - 9 Berliner Philharmoniker coffret set box 9 cd DG Deutsche Grammophon review cd critique par classiquenews KARAJAN 2019 71-ssYNLWdL._SL1200_

 

 

TCHAIKOVSKY-symphonies-1---6-30th-anniversary-1989-2019-Berliner-Philharmoniker-coffret-set-box-9-cd-DG-Deutsche-Grammophon-review-cd-critique-par-classiquenews-KARAJAN-2019

 

 

 
 

 

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LIRE aussi nos articles et dossiers HERBERT VON KARAJAN, dont le bilan des coffrets édités pour les 25 ans de la mort de Karajan en 2014 :

Karajan20025 ans aprĂšs sa mort (1989), le chef autrichien Herbert von Karajanlaisse un hĂ©ritage musical et esthĂ©tique qui s’incarne par le disque : titan douĂ© d’une hypersensibilitĂ© fructueuse chez Beethoven, Schumann, Tchaikovski, Richard Strauss, Brahms entre autres 
, Karajan s’est forgĂ© aussi une notoriĂ©tĂ© lĂ©gitime grĂące Ă  son souci de la qualitĂ© des enregistrements qu’il a pilotĂ©s et rĂ©alisĂ©s pour Deutsche Grammophon. Outre la virtuositĂ© habitĂ©e, un sens innĂ© pour la ciselure comme le souffle Ă©pique de la fresque, Karajan a marquĂ© l’histoire de l’enregistrement par son exigence absolue. Une acuitĂ© inĂ©dite pour d’infimes nuances rĂ©vĂ©lant l’opulence arachnĂ©enne des timbres
 tout cela s’entend dans le geste musical comme dans la prise de son
 dans son intĂ©grale de 1961-1962 des Symphonies de Beethoven, magistralement captĂ©es dans le respect de la vie et de la palpitation
 Pour ses 25 ans, le prestigieux label jaune rĂ©Ă©dite une sĂ©rie de coffrets absolument incontournables. Voici notre sĂ©lection d’incontournables. LIRE notre sommaire articles et dossiers HERBERT VAN KARAJAN

 

CD, critique. LYMBURGIA : Le Miroir de Musique, Baptiste Romain (1 cd Ricercar)

LYMBURGIA ricercar le miroir de musique baptiste romain cd critique classiquenews la critique cd par classiquenews CLIC de classiquenews gaude-felix-paduaCD, critique. LYMBURGIA : Le Miroir de Musique, Baptiste Romain (1 cd Ricercar). Un compositeur du nord, entre pays liĂ©geois et Italie septentrionale se prĂ©cise ici, grĂące Ă  ce programme enchanteur, aussi original que dĂ©cisif. Johannes de Lymburgia, ou Giovanni di Francia cantore est actif dans la premiĂšre moitiĂ© du XVe siĂšcle Ă  LiĂšge, surtout en Italie du Nord (Vicenza) : d’oĂč la variation italianisĂ©e de son patronyme Limbourg. Principal initiateur de sa rĂ©surrection par le disque (et le concert), Baptiste Romain prenant appui sur le manuscrit Q15 de Bologne rĂ©vĂšle la puissance d’une Ă©criture personnelle et poĂ©tique qui mĂ©ritait absolument d’ĂȘtre enfin dĂ©voilĂ©e. Son ensemble « Le Miroir de Musique » convainc indiscutablement par la sĂ»retĂ© du trait, l’équilibre et la transparence sonores, la justesse des intentions, le souci de fusion et de caractĂ©risation aussi dans chaque piĂšce.
En stile ancien, traditionnel (grĂ©gorien) ou moderne (complexitĂ© rayonnante du contrepoint), Limbourg / Lymburgia : mĂȘme dans la priĂšre ou la cĂ©lĂ©bration (mariale) les plus intenses, les chanteurs du Miroir n’oublient pas la couleur quasi souriante de leur geste ; de sorte que l’on a l’impression saisissante de piĂšces miraculeusement investies, porteuses d’une foi sincĂšre, partagĂ©e, collective (Recordare frater pie), voire humaine et tendrement incarnĂ©e (Magnificat). Les solistes sont de ce point de vue remarquable, entre dĂ©votion humble et priĂšre individuelle. L’esthĂ©tique du XVĂš musical tend Ă  l’abstraction collective propre Ă  la construction polyphonique. Mais dĂ©jĂ  perce ici une couleur individuelle, un sentiment fervent qui assoit idĂ©alement chaque acte de dĂ©votion, dans l’ñme et le corps. Superbe Ă©quilibre et inoubliable restitution en faveur de Lymburgia / Limbourg.

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CD, critique. LYMBURGIA : Le Miroir de Musique, Baptiste Romain (1 cd Ricercar)

Programme :

Tota pulcra es
Gaude Felix Padua
Recordare Virgo Mater
Descendi in ortum meum
Magne Dies Leticie
Recordare Freter Pie
Virginis Paroles
Gaude Felix Padua
Kyrie qui de stirpe Regia
Kyrie
Sanctus Admirabilis Splendor
Agnus Dei
Christe Redemptor Omnium
Magnificat Octavi Toni
Salve Virgo Regia

Le Miroir de Musique
Baptiste Romain, direction

1 CD Ricercar 1h05 – RIC402

DVD événement, critique. RIHM : Jakob Lenz. Georg Nigl (1 dvd Alpha, Bruxelles 2015)

RIHM jakob lenz opĂ©ra bruxelles critique opĂ©ra comte rendu opĂ©ra classiquenews Bruxelles dvd critique opĂ©ra classiquenewsDVD Ă©vĂ©nement, critique. RIHM : Jakob Lenz. Georg Nigl (1 dvd Alpha, Bruxelles 2015). Ce pourrait ĂȘtre l’évĂ©nement du 1er festival d’Aix conçu par Pierre Audi en ce mois de juillet 2019: ce Jakob LENZ de Wolfgang Rihm est un pur chef d’oeuvre contemporain, ici filmĂ© dĂšs 2015 Ă  Bruxelles. Produit Ă  Stuttgart en 2014, l’opĂ©ra a Ă©tĂ© repris Ă  Berlin en 2017 et fait escale donc cet Ă©tĂ© Ă  Aix. La crĂ©ation Ă  Hambourg en 1979 dĂ©voilait la maĂźtrise du jeune Wolfgang Rihm, pas encore trentenaire alors, qui a le sens de la passion, de l’efficacitĂ©, de l’intimisme aussi : l’opĂ©ra dure juste un peu plus d’1 heure. 3 hommes et un petit chƓur (6 chanteurs) expriment la lente mais progressive dĂ©chĂ©ance du hĂ©ros, sa plongĂ©e irrĂ©versible dans la folie.
CLIC D'OR macaron 200Le librettiste Michael Fröhling adapte le texte originel de BĂŒchner : en 13 tableaux, chacun en pleine nature et dans des lieux diffĂ©rents, jalonne la descente aux enfers d’un homme condamnĂ©. La production referme l’horizon cependant, en un huis clos, Ă©touffant, d’oĂč jaillit des nĂ©ons incisifs, avec sur le sol un filet d’eau qui attire toujours plus prĂšs Jakob. Comme dans les toiles du Caravage, on ne sait au juste si l’on est Ă  l’intĂ©rieur ou Ă  l’extĂ©rieur, probablement sur le site d’une cellule de soins psychiatriques : s’affairent autour du corps suppliciĂ© en souffrance de Jakob Lenz, Oberlin, le pasteur devenu responsable du centre, et aussi Kaufmann, converti en mĂ©decin plutĂŽt cynique voire sadique. Le chef murmure, cisĂšle les vagues orchestrales en ondes complices et mordantes, dĂ©voilant peu Ă  peu la folie humaine, le dĂ©rĂšglement de la raison. Chaque protagoniste tient son rĂŽle, dĂ©fend sa partie dans un jeu entre ombre et lumiĂšre, mais c’est le gouffre saisissant de la fatalitĂ© qui s’abat sur Jakob dont le baryton Georg Nigl fait un hĂ©ros inoubliable tant chant et jeu dramatique sont sublimĂ©s Ă  Ă©galitĂ©. ThĂ©Ăątre total. L’intensitĂ© du sujet est servi par des maĂźtres interprĂštes. Il Ă©tait juste de fixer la trace de cette trĂšs convaincante rĂ©ussite scĂ©nique et musicale.

Mise en scĂšne : Andrea Breth
DĂ©cors : Martin Zehetgruber
Costumes : Eva Dessecker
LumiĂšres : Alexander Koppelmann
Dramaturgie : Sergio Morabito

Jakob Lenz : Georg Nigl
Oberlin : Henry Waddington
Kaufmann : John Graham-Hall

Les 6 voix du ChƓur :
Irma Mihelič, Olga HeikkilĂ€, Maria Fiselier, Stine Marie Fischer, Dominic Große, Eric Ander

Orchestre symphonique de La Monnaie
Franck Ollu, direction
Enregistré à Bruxelles en mars 2015

1 DVD Alpha 717 – 1h13’28

L’Ă©tĂ© 2019 du Concert de l’HOSTEL DIEU : Musicales, en Auxois, Saint-Dont, Cencic, Folia, Duel…

logo-chd-or-e1493796881107ETE 2019. Le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU – Franck-Emmanuel COMTE : concerts, tournĂ©es, festivals, cd
 Reprise en tournĂ©e du spectacle baroque chorĂ©graphique FOLIA !, Festivals Les Musicales en Auxois et le Festival BACH de Saint-Donat ; nouveau programme Orlando conçu pour Max-Emanuel Cencic
 Tels sont les temps forts entre autres, de l’ensemble sur instruments anciens crĂ©Ă© par Franck-Emmanuel COMTE : le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU. Un cycle d’évĂ©nements majeurs, Ă  suivre cet Ă©tĂ© 2019.

 

 

 

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FOLIA EN TOURNÉE

folia-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-concert-festival-opera-annonce-critique-par-classiquenews-juillet-2019Fusionner musique baroque et danse contemporaine en tableaux oniriques
 c’est le pari rĂ©ussi de cette production particuliĂšrement convaincante que CLASSIQUENEWS avait distinguĂ© par un CLIC (meilleur spectacle 2018). Le cd qui est paru dans la foulĂ©e a confirmĂ© la force poĂ©tique et expressive de la « bande-son » d’un spectacle total, grĂące Ă  l’engagement des instrumentistes sur instruments historiques du Concert de l’Hostel Dieu, et aussi de la soprano Heather Newhouse.  Le projet fou de Mourad Merzouki et Franck-Emmanuel part en tournĂ©e pendant six mois
 CrĂ©Ă© lors du Festival des Nuits de FourviĂšre, c’est la rencontre surprenante et inattendue entre le rĂ©pertoire des folias baroques du Concert de l’Hostel Dieu et le hip hop de Merzouki. Stuttgart, Limoges, PĂ©rigueux, Caluire et Paris : au total, 57 reprĂ©sentations pour plus de 60 000 spectateurs attendus ! A ne pas manquer entre autres, le 20 juillet 2019 au ZĂ©nith de Limoges

LIRE ici critique du cd FOLIA et annonce du spectacle en tournée : http://www.classiquenews.com/cd-critique-folia-le-concert-de-lhostel-dieu-franck-emmanuel-comte-direction-1-cd-1001-notes-2018/

LIRE aussi notre critique du spectacle FOLIA présenté aux Nuits de FourviÚre et retransmis sur ARTE

 

 

 

 

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FRANCK-EMMANUEL ET SES FESTIVALS

comte-franck-emmanuel-concert-hostel-dieu-portrait-classiquenews-baguette-marco-polo-classiquenews-582Franck-Emmanuel COMTE, directeur de l’ensemble Le Concert de l’Hostel Dieu reste trĂšs attachĂ© Ă  deux festivals qu’il accompagne fidĂšlement depuis de nombreuses annĂ©es en proposant une programmation originale. Sur sa terre natale de Bourgogne, il est le crĂ©ateur et le directeur artistique des Musicales en Auxois depuis 25 ans. Les collines verdoyantes de l’Auxois accueillent ainsi un festival dense et atypique. Plus au sud, dans la DrĂŽme, c’est J.-S. Bach qui est mis Ă  l’honneur dans l’écrin patrimonial du Palais Delphinal et de la CollĂ©giale de Saint-Donat. « Bach et l’esprit fĂ©minin » est le thĂšme de la 57e Ă©dition 2019.

 

 

MUSICALES EN AUXOIS : les 25 ans

En 2019, le Festival Musicales en Auxois fĂȘte ses 25 ans !! Le terme de la Folie sera Ă  l’honneur pour ce festival anniversaire. Non pas au sens psychiatrique du terme, mais au sens de la fĂȘte, de l’énergie, de la joie.
 de la transe collective et de l’exultation libĂ©ratrice, telles qu’elles s’expriment aussi dans le spectacle baroque et chorĂ©graphique crĂ©Ă© par  Mourad Merzouki et Franck-Emmanuel en 2018 et qui est aussi Ă  l’honneur d’une tournĂ©e en 2019. Une folie crĂ©atrice, synonyme d’inventivitĂ© et d’originalitĂ© parcourt ainsi les diffĂ©rents rendez-vous musicaux proposĂ©s par le Festival.

Sans oublier la convivialitĂ©, laquelle fait partie intĂ©grante de l’ADN du festival, et ce depuis sa crĂ©ation en 1994. Les concerts seront ainsi accompagnĂ©s de moments de dĂ©couvertes et d’échanges entre artistes et publics, permettant Ă  chacun de prolonger l’expĂ©rience artistique et humaine des concerts. Au regard du thĂšme du festival, comment Ă©viter ce thĂšme si connu aux siĂšcles baroques ? D’origine portugaise, elle enflamme bientĂŽt toute l’Europe : de l’Espagne Ă  la France, en passant par l’Italie. La Follia permet de nourrir un fil rouge, tout au long de la programmation. Nous la retrouverons au cƓur de la soirĂ©e d’ouverture avec le programme « Dolce Follia » prĂ©sentĂ© par le CHD, jusqu’au concert de clĂŽture « balkanique » proposĂ©e par le quintette Bumbac !

Entre musiques anciennes et traditionnelles, classiques revisitĂ©es et musiques du monde, les Musicales en Auxois restent fidĂšles Ă  leur esprit : faire dĂ©couvrir de nouvelles musiques ou de nouvelles façons d’interprĂ©ter les musiques anciennes, le tout valorisĂ© par l’exceptionnel patrimoine architectural de l’Auxois. Vivement l’étĂ© !

MUSICALES EN AUXOIS 2019 – 25 juil – 8 aoĂ»t 2019

 

 

https://musicalesenauxois.wixsite.com/musicalesenauxois

 

Festival BACh de Saint DONAT classiquenewsLe C.M.I J.-S. Bach / Centre Musical International JS BACH anime de nouveau, depuis 2018, le Festival Bach de Saint-Donat. Le thĂšme de l’édition 2019 « Bach et l’esprit fĂ©minin » est illustrĂ© par plusieurs musiciens talentueux, familiers de Bach et de la musique baroque (Benjamin Alard, Le Concert de l’Hostel Dieu,
) et par une programmation originale et diversifiĂ©e. Solistes invitĂ©s : Magalie LĂ©ger, Giuseppina Bridelli, Myriam Arbouz, Paulin BĂŒndgen, BenoĂźt Haller
 et des ensembles musicaux se produisant Ă  Saint-Donat pour la premiĂšre fois : l’Orchestre Baroque de Montauban, La Chapelle RhĂ©nane, Consort de flĂ»tes Brouillamini, Unidos da Batida.

FESTIVAL BACH DE SAINT-DONAT 2019 – 2 – 11 aoĂ»t 2019

http://cmi-bach.fr/

 

 

 

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MAX EMANUEL CENCIC et le CHD

cencic-emanuel-porpora-arias-decca-cd-presentation-and-review-cd-critique-par-classiquenewsLe Concert de l’Hostel Dieu annonce aussi sa premiĂšre collaboration avec Max Emanuel Cencic dans un programme conçu « sur mesure » pour le contre-tĂ©nor croate : « Orlando », un portrait en trois dimensions mis en musique par Handel, Vivaldi, Porpora, soit les plus grands maĂźtres de l’opera seria italien, Ă  la fois virtuose et expressionniste. Le titre rappelle le livre Ă  la fois futuriste et fantastique de Virginia Woolf dont le hĂ©ros change de sexe Ă  travers les Ăąges
 couleur trouble qui renvoie surtout au timbre si particulier du contre-tĂ©nor qui joue souvent Ă  revĂȘtir travestissements et figures de l’ambivalence
  Concerts au festival de Froville et au trĂšs select Wigmore Hall Ă  Londres.

> Pour en savoir plus cliquez ICI

http://www.concert-hosteldieu.com/diffusion/baroque-et-18eme/orlando-recital-cencic/

7 juillet 2019

Festival de Froville (54)

11 juillet 2019

Wigmore Hall (UK)

 

 

PROGRAMME & PRÉSENTATION

Extraits d’opĂ©ra d’Antonio Vivaldi (Orlando furioso), Georg Friedrich HĂ€ndel (Orlando furioso, Rinaldo) et Nicola Porpora (Angelica e Medoro). Orlando furioso est considĂ©rĂ© comme le rĂ©sumĂ© et le joyau de toute la littĂ©rature Ă©pique. L’action de ce roman de chevalerie met en scĂšne le hĂ©ros Roland qui accomplit mille exploits. ImaginĂ© par le poĂšte de la Renaissance Ludovico Ariosto, dit l’Arioste, Orlando furioso a Ă©tĂ© Ă©crit dans le dialecte de Ferrare puis adaptĂ© en toscan. L’action a pour toile de fond la guerre que mĂšne Charlemagne contre les Sarrasins.

Deux siĂšcles plus tard, le poĂšme Ă©pique devient le point commun et une source d’inspiration majeure des trois « gĂ©ants » du style baroque : Handel, Vivaldi et Porpora. Chacun compose un opĂ©ra sur le sujet. AgencĂ© sur mesure pour les caractĂ©ristiques vocales et le charisme de Max Emanuel Cencic, le nouveau programme du Concert de l’Hostel Dieu a pour fil conducteur le personnage d’Orlando, ses actions romanesques, sa rencontre avec la guerriĂšre Bradamante et la magicienne Alcina, ses Ă©lans amoureux, mais aussi sa folie
 Un rĂ©cital brillant et expressif Ă  la hauteur du souffle Ă©pique du poĂšme de l’Arioste et du talent du contre-tĂ©nor. Ici la passion amoureuse vainc le hĂ©ros guerrier : sur l’échiquier sentimental ce dernier perd la raison


 

 

 

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DERNIR CD : « DUEL »

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsL’enregistrement paru chez Arcana/Outhere et qui gagne son relief musical de la confrontation entre les Ă©critures lyriques de Porpora et de handel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, bĂ©nĂ©ficie de la complicitĂ© entre le somptueux et ardent mezzo de la jeune Giuseppina Bridelli et de Franck-Emmanuel Comte, et ses instrumentistes du Concert de L’Hostel Dieu. Le cd DUEL paru en avril 2019 a reçu le CLIC de CLASSIQUENEWS. Le programme Duel poursuit sa tournĂ©e aprĂšs un concert au HĂ€ndel-Festpiel de Halle il est aussi Ă  Saint-Donat le 11 aoĂ»t pour la clĂŽture du Festival Bach.

https://www.youtube.com/watch?v=5RWzXj5y6Nw

Duel: Porpora and Handel in London by Giuseppina Bridelli, Le Concert de l’Hostel Dieu & F-E Comte

 

 

LIRE notre critique du cd DUEL : Porpora versus Handel par Giuseppina Bridelli et Franck-Emanuel COMTE : Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 

 

 

 
 

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TOUTES LES INFOS, LES DATES DES CONCERTS sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL-DIEU

 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 

   

 

ENTRETIEN avec Pascal VIGNERON, organiste et directeur artistique du Festival JS BACH de TOUL

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsENTRETIEN avec Pascal VIGNERON, organiste et directeur artistique du Festival JS BACH de TOUL. 10Ăšme Ă©dition en 2019. Autour du grand orgue Curt Schwenkedel 1963 s’est dĂ©veloppĂ©e une large et riche programmation de concerts qui compose aujourd’hui, entre Ă©clectisme et qualitĂ©, l’un des festivals europĂ©ens les plus originaux dĂ©diĂ©s Ă  l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien Bach. Tour d’horizon du Festival JS BACH de TOUL


 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : VoilĂ  10 ans d’existence pour le Festival BACH de TOUL. Qu’est ce qui rend ce festival BACH lĂ©gitime Ă  TOUL ? Les mĂ©lomanes prĂ©sents, l’orgue, le patrimoine toulois
 ?

vigneron-pascal-organiste-festival-BACH-TOULPASCAL VIGNERON : La lĂ©gitimitĂ© du festival s’est imposĂ©e petit Ă  petit, grĂące notamment Ă  la prĂ©sence du Grand Orgue Curt Schwenkedel construit en 1963. C’est un instrument nĂ©o-baroque, dĂ©diĂ© Ă  la musique ancienne, avec une ouverture contemporaine sur le troisiĂšme clavier. C’est le plus grand opus de Curt Schwenkedel, et lorsqu’il fut construit, c’Ă©tait un vĂ©ritable pari sur l’avenir. Nous l’avons entiĂšrement remis Ă  jour, grĂące au concerts de Maitre Yves Koenig, qui a compris d’emblĂ©e l’intĂ©rĂȘt d’un instrument de cette taille pour l’interprĂ©tation de l’oeuvre d’orgue de Johann Sebastian Bach. Michel Giroud, qui fut apprenti de Curt Schwenkedel apporta un concours inestimable par ses conseils. En 2009, l’inauguration de la cathĂ©drale restaurĂ©e, fut le point de dĂ©part de cette aventure. En compagnie de Marie-Christine Barrault, j’ai eu le plaisir de graver un cd sur les paraphrases de l’Apocalypse. Ensuite vint, l’enregistrement de ma premiĂšre version des Variations Goldberg. Au fil du temps, les mĂ©lomanes furent de plus en plus nombreux, et l’accessibilitĂ© des programmes a Ă©tĂ© un des chemins de travail pour la rĂ©ussite du festival. Le patrimoine Toulois est extrĂȘmement riche, et il Ă©tait Ă©vident que pour faire venir un public exigeant, il fallait Ă  la fois ouvrir la programmation afin que tous les publics puissent y trouver attrait.

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Comment avez vous conçu le fonctionnement du Festival (lieux, type de concerts, profil des artistes, offre aux publics, 
) ?

PASCAL VIGNERON : ImmĂ©diatement, le fonctionnement a Ă©tĂ© programmĂ© en deux pĂ©riodes : juin, juillet puis septembre. En effet, le bassin du Toulois ne correspond pas Ă  un lieu de villĂ©giature estival comme on peut le trouver dans le sud ou l’ouest de notre pays. Les lieux de concerts Ă  Toul sont principalement la cathĂ©drale, la collĂ©giale, le musĂ©e d’art et d’histoire, la chapelle de l’hĂŽpital, et pour le piano : CitĂ©a. Les artistes sĂ©lectionnĂ©s sont soit de grands noms de l’orgue, du piano, ou d’instruments divers, mais aussi des Ă©lĂšves sortant des grandes Ă©coles europĂ©ennes tel le Conservatoire national SupĂ©rieur de Musique de Paris, la Musikhochsucle de Stuttgart, L’Ă©cole Normale de Musique de Paris et dorĂ©navant le conservatoire SupĂ©rieur National de Lyon et d’autres grandes Ă©coles qui petit Ă  petit s’associeront au projet. Ainsi l’offre musicale pour le public est riche et complĂšte : grands Ă©lĂšves des classes d’orgue, de piano, ensembles et choeurs internationaux, grands noms de la musique comme Rhoda Scott ou cette annĂ©e Richard Galliano 
 Eclectisme et qualitĂ© sont les maĂźtres mots de notre festival.

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Sur le plan artistique, qu’est ce qui assure au festival 2019, sa cohĂ©rence ?

PASCAL VIGNERON : La cohĂ©rence d’un projet, quel qu’il soit, est dĂ©terminĂ©e par sa logique. AprĂšs toutes ces annĂ©es, un retour aux sources Ă©tait impĂ©ratif. C’est pour cela que nous pourrons entendre cette saison, l’intĂ©grale du clavier bien tempĂ©rĂ© en deux concerts avec Dimitri Vassilakis, piano solo de l’Ensemble Intercontemporain et Pieter Jan Belder, claveciniste mondialement reconnu pour son interprĂ©tation de l’Ɠuvre de Bach. Nous avions donnĂ© le Clavier bien tempĂ©rĂ© il y a 10 ans , dans les deux premiĂšres saisons. Avec les deux mĂȘme artistes,  nous entendrons Ă©galement les Variations Goldberg, que nous avions Ă©galement donnĂ©es au dĂ©but de nos programmations. Ensuite, pour qu’il y ait cohĂ©rence dans la continuitĂ© du festival, nous avons eu le 15 et 16 juin deux motets, et deux cantates avec choeur et orchestre, de grands solos des Passions de Bach. Je dois dire que le Choeur Musica Vera dirigĂ© pas Nicolas Jean-Baptiste a Ă©tĂ© tout Ă  fait remarquable. Les solistes lyriques (Matthieu Heim, Christophe Einhorn, Johanne Cassar, Christophe Gautier) ont Ă©tĂ© extrĂȘmement brillants. Tous ces choix donnent une personnalitĂ© au Festival, et d’annĂ©e en annĂ©e, j’essaye de tenir cette cohĂ©rence. Eclectisme et ouverture sont les guides de cette cohĂ©rence.

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Vous ĂȘtes organiste. Quelle vision dĂ©fendez vous de JS BACH ? Comment avez vous choisi les oeuvres ainsi prĂ©sentĂ©es, selon quels critĂšres ? Si l’on parle des oeuvres que vous jouez, il y a entre autres les Goldberg. Pouvez vous nous livrer quelques clĂ©s de comprĂ©hension pour mieux les savourer ?

PASCAL VIGNERON : Tout d’abord, j’ai menĂ© une carriĂšre de soliste en tant que trompettiste. AprĂšs les annĂ©es Maurice AndrĂ©, nous sommes passĂ©s dans un autre monde oĂč la recherche musicologique est devenue plus importante que la musique dite ” instinctive “. Mais que serait la musique si l’instinct n’existait plus ? De grands chanteurs comme Mario Del Monaco Ă©taient avant tout des musiciens d’Instinct. Etaient-ils de mauvais musiciens ? Non, bien au contraire ! Mais si la musicologie a fait faire d’incontestables progrĂšs, elle ne peut survivre qu’en Ă©tant elle-mĂȘme Ă  l’Ă©coute de la musique de son temps et de ses Ă©volutions. Je favorise une vision globale et Ă©quilibrĂ©e de l’interprĂ©tation de l’Ɠuvre de Johann Sebastian Bach. Le dogmatisme et l’intolĂ©rance ne peuvent ĂȘtre mes choix. Je suis tout autant admiratif des enregistrements de Karl Richter que ceux d’Herrewegue ou d’Harnoncourt. En musique, comme le disait Pierre Boulez, il n’y a pas de progrĂšs, il n’y a que des diffĂ©rences. C’est pourquoi, si je ne prĂ©conise pas l’interprĂ©tation sur instruments d’Ă©poque (il faudrait dĂ©jĂ  savoir de quelle Ă©poque) ou anciens (et savoir jusqu’oĂč l’historicitĂ© est objective et musicale), je suis favorable Ă  ce que la musique soit d’abord de la musique avant d’ĂȘtre une auto-satisfaction intellectuelle et puritaine. Keit Jarrett, Jacques Loussier, Glenn Gould, sont les tĂ©moins historiques de l’Ă©volution humaine dans la musique, et non le contraire. Dans la vision des Goldberg, que je viens de graver, tous ces points sont mis en balance, pour trouver Ă©quilibre, beautĂ©, rigueur, et Ă  la fin,
 logique. Bach nous parle Ă  travers un systĂšme complexe de gĂ©omĂ©trie et de musique. Il est Ă©vident que sa pensĂ©e ne peut ĂȘtre dĂ©cryptĂ©e que lorsque que l’on examine tous ces faits. La beautĂ© des timbres, la rigueur de la pulsation sont les fondements d’un Ă©quilibre musical approfondi.

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Pour le futur, que rĂȘveriez-vous de rĂ©aliser au sein du Festival BACH de TOUL ?

PASCAL VIGNERON : Ayant dĂ©jĂ  dirigĂ© la Messe en si Ă  plusieurs reprises, de nombreuses cantates, aprĂšs avoir invitĂ© les grands noms de l’orgue, du piano, avoir mis en place une politique de concerts scolaires Ă  destination des jeunes enfants, et enfin ayant conduit la restauration du Grand-Orgue de la CathĂ©drale Saint-Etienne de Toul, il est Ă©vident que le Festival BACH de Toul est au milieu du guĂ©. Les passions, les oratorios, les cantates, et d’autres grands projets en compagnie des compositeurs qui ont tant citĂ© comme exemple Bach, font partie de mes dĂ©sirs. Une ouverture vers des mondes moins connus Ă  destination du grand public, est Ă©galement une de mes prioritĂ©s. Une intĂ©grale Messiaen, que le Grand Orgue de la CathĂ©drale sert si bien, pourrait voir le jour. GrĂące Ă  une municipalitĂ© et un premier magistrat absolument persuadĂ© du bien fondĂ© d’une telle entreprise, nous avons gravi en dix ans des Ă©chelons dĂ©jĂ  Ă©normes. Il nous reste donc Ă  persuader dans le Grand-Est (y compris dans les pays voisins oĂč je pense Ă©laborer des partenariats ) des Ă©lus, des personnalitĂ©s, des artistes, et Ă©videmment le public dĂ©jĂ  trĂšs nombreux afin de rendre ce moment de partage encore plus vaste et plus intense.
Pour partager l’immense Ɠuvre de Johann Sebastian Bach, afin que tous puissent l’entendre, quelque soit sa condition, son parcours, sa source, ses racines, je ne pourrai terminer qu’avec la citation de Ciceron qui s’applique si bien au message philosophique du Cantor :  « La philosophie n’est rien d’autre que l’amour de la sagesse ».

Propos recueillis en juin 2019

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation, temps forts de la 10Ăš Ă©dition du FESTIVAL BACH DE TOUL 2019, jusqu’au 12 octobre 2019

 

 

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenews

 

 

CD, critique. OFFENBACH : La PĂ©richole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018).

perichole offenbach cd bru zane bordeaux minkowski extremo critique opera classiquenewsCD, critique. OFFENBACH : La PĂ©richole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018). La production prĂ©sentĂ©e Ă  Bordeaux en oct 2018 avait suscitĂ© Ă©moi et fureur : l’orchestre maison associĂ© ordinairement aux productions lyriques de l’OpĂ©ra de Bordeaux ayant Ă©tĂ© remerciĂ© alors au profit de l’ensemble fondĂ© par le chef et directeur en place : Les Musiciens du Louvre
 triste action aux tristes effets, affrontant des musiciens les uns contre les autres en raison d’une mauvaise dĂ©cision. Comment les spectateurs bordelais allaient-ils accueillir un collectif qui n’était pas leur cher ONBA – Orch National Bordeaux Aquitaine ?

PlutĂŽt bien malgrĂ© une lecture tonitruante et en verve, plus sonore que raffinĂ©e, faisant en 2018, sonner un Offenbach rien que
 divertissant. Et ce n’était pas la mise en scĂšne, vulgaire et premier degrĂ© qui allĂ©geait ce parti de projection musicale parfois caricaturale. Mais ne prenons en compte ici que le registre audio puisqu’il s’agit d’une captation sur le vif.
BientĂŽt Carmen Ă  Lille (juillet 2019 sous la direction d’Alexandre Bloch), la mezzo Aude ExtrĂ©mo qui nous avions apprĂ©ciĂ©e dans L’Heure Espagnole de Ravel Ă  l’OpĂ©ra de Tours, joue dans le rĂŽle-titre, de son timbre rond et grave, dotĂ© d’une articulation qui rend son chant d’une parfaite intelligibilitĂ©, quelle que soit la situation et le caractĂšre. Disons que la cantatrice montre davantage de nuances et d’allusives connotations que l’orchestre plutĂŽt mĂ©canique
 lequel reste Ă©nergique certes mais efficace, sans plus. Extremo captive par son timbre grave, toujours finement caractĂ©risĂ©, surtout comprĂ©hensible : sa « chienne crĂ©ole » a effectivement de quoi troubler et sĂ©duire. Une prise de rĂŽle rĂ©ussie qui place la chanteuse dans le sillon de Hortense Schneider, crĂ©atrice du rĂŽle (et certainement davantage dans le cƓur d’Offenbach).

Les hommes sont aussi convaincants : Alexandre Duhamel fait un Vice-roi (Ribeira) Ă©patant, moins grossier superficiel comme souvent, que rĂ©flĂ©chi et interrogatif : intelligible lui aussi, qualitĂ© de plus en plus rare chez les voix françaises. Mais la version retenue Ă©courte beaucoup sa prestation qui en appelle davantage : de toute Ă©vidence, l’inteprĂšte aurait aimer dĂ©velopper son personnage auquel il donne, fait rare, de la
profondeur. De mĂȘme on savoure le charme raffinĂ© et le jeu juste du tĂ©nor Stanislas de Barbeyrac qui en Piquillo fringuant, maĂźtrise l’humour d’un Offenbach, capable d’élĂ©gance et de sincĂ©ritĂ© (tendresse naturelle malgrĂ© ses aigus parfois peu assurĂ©s). Piliers de la distribution qui Ă©tincelle par le choix heureux des rĂŽles secondaires (si essentiels en rĂ©alitĂ©) : les chanteurs français Ă  la gouaille nationale des mieux finies, Marc Mauillon et Eric Huchet (Hinoyosa et Panatellas), comme les deux notaires Enguerrand de Hys et François PardailhĂ©. Le Choeur maison reste convaincant lui aussi jusqu’à la fin de l’action.

Sur le plan scientifique, le choix de la version retenue ici pose problĂšme. La PĂ©richole version 1874 (la plus rĂ©cente, versus celle de 1868) est donc privilĂ©giĂ©e mais avec des amĂ©nagements pour le moins contestables : ici sont retirĂ©s (pourquoi au juste ?) de nombreux airs du dernier tableau (2Ăš trio de la prison, chƓur des patrouilles, air des trois couronnes
). Ouf, quoique
, on gagne au change, quelques musiques d’entracte (trĂšs peu conservĂ©es ailleurs : c’est dĂ©jĂ  ça). Centre de musique Romantique Française, le Palazzo Bru Zane aurait gagnĂ© Ă  proposer une version idĂ©ale, mĂȘlant Ă©lĂ©ments de 1868 et de 1874 : Ă  chaque auditeur, la libertĂ© de choisir ses morceaux prĂ©fĂ©rĂ©s, tout en disposant de toute la musique d’Offenbach. Bizarre, bizarre
 En bref malgrĂ© l’excellence des chanteurs, on reste sur une note de frustration. Dans ce mi servi, mi recomposĂ©, Offenbach ne sort pas totalement valorisĂ©. Dommage. D’autant plus que ce volume sort au moment de l’annĂ©e OFFENBACH 2019.

 

 

 

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CD, critique. OFFENBACH : La PĂ©richole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon – OpĂ©ra de Bordeaux / M Minkowski (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018)

La Périchole : Aude Extrémo
Piquillo : Stanislas de Barbeyrac
Don AndrĂšs de Ribeira : Alexandre Duhamel
Le comte de Panatellas : Eric Huchet
Don Pedro de Hinoyosa : Marc Mauillon
Premiùre cousine / Premiùre dame d’honneur : Olivia Doray
Deuxiùme cousine / Deuxiùme dame d’honneur : Julie Pasturaud
TroisiĂšme cousine / TroisiĂšme dame d’honneur : MĂ©lodie Ruvio
Quatriùme dame d’honneur : Adriana Bignagni Lesca
Premier notaire / Le marquis de Tarapote : Enguerrand de Hys
DeuxiÚme notaire : François Pardailhé

Choeur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux
Les Musiciens du Louvre / M Minkowski, direction.

EnregistrĂ© Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux, en octobre 2018

2 CD Palazzetto Bru Zane BZ 1036 – 51mn + 51mn
Collection OpĂ©ra Français – volume 21

 

 

 

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LIVRE événement, annonce. Hector Berlioz. 1869-2019. 150 ans de passions (Editions Aedam Musicae)

BERLIOZ 150 ans de passions livre evenement critique livre review livre par classiquenews compte rendu livre 215LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. HECTOR BERLIOZ 1869-2019 (150 ans de passions), Emmanuel Reibel, Alban Ramaut (Aedam Musicae, mai 2019). Berlioz, bouillonnant auteur de la Symphonie fantastique et de La Damnation de Faust, sommets si originaux du romantisme français, n’a cessĂ© de susciter les passions. Mort en 1869, peu de temps avant la chute du Second Empire, sans avoir rĂ©ussi Ă  imposer son art, laisse un sentiment d’insatisfaction profonde. Pourtant le Romantique sublime s’est toujours prĂ©sentĂ© comme un classique, fidĂšle aux principe de Gluck.

PrĂ©facĂ© par Gardiner, – digne successeur du Britannique Colin Davis, dans l’exhumation berliozienne, le texte analyse comment Berlioz l’incompris est devenu bon grĂ© mal grĂ© un incontournable du patrimoine musical français. Et ce dĂšs la IIIĂš RĂ©publique.
Les éditions Aedam Musicae apportent leur offrande aux célébrations BERLIOZ 2019, à travers ce livre anniversaire qui interroge la réception de Berlioz, son héritage parmi les compositeurs du XXÚ 


Voici donc une exploration libre et argumenté sur les diverses façons dont on a  interprété, entendu, enregistré, commenté, aimé ou détesté Berlioz, au cours du siÚcle et demi qui nous sépare de sa mort. Livre événement.

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LIVRE événement, annonce. HECTOR BERLIOZ 1869-2019 (150 ans de passions) / Coll. Musiques-XIX-XXe siÚcles par Emmanuel Reibel, Alban Ramaut / 356 pages
Format : 17.5 x 24 cm (Ă©p. 2.6 cm) (690 gr) – DĂ©pot lĂ©gal : Avril 2019 – Cotage : AEM-215 – ISBN : 978-2-919046-68-3 – CLIC de CLASSIQUENEWS 2019

Cd, critique. Si j’ai aimé  Sandrine Piau, soprano : Massenet, Vierne, Guilmant, Saint-SaĂ«ns (1 cd Alpha classics)

PIAU-classiquenews-cd-critique-piau-si-j-ai-aime-concert-loge-critique-concert-critique-cd-par-classiquenews-mai-2019-critique-opera-classiquenewsCd, critique. Si j’ai aimé  Sandrine Piau, soprano (1 cd Alpha classics / mars 2018). Ce programme rĂ©jouissant exhume plusieurs mĂ©lodies françaises avec orchestre dont celles intactes et graves de Camille Saint-SaĂ«ns, dĂ©cidĂ©ment touchĂ© par la grĂące quand il s’agit d’exprimer le sentiment amoureux, porteur lui-mĂȘme de souvenirs et de langueur, entre nostalgie et dĂ©sir. ‹On ne peut en dire de mĂȘme des mĂ©lodies de ThĂ©odore Dubois, trĂšs datĂ©es et rien qu’acadĂ©miques, c’est Ă  dire dĂ©coratives et sucrĂ©es. Pourtant l’une d’entre elles, a donnĂ© son titre au recueil, lĂ  oĂč une piĂšce de Saint-SaĂ«ns eut Ă©tĂ© mieux rĂ©habilitĂ©e
 (Si j’ai parlé  si j’ai aimé  sonne un rien miĂšvre : trop frĂȘle offrande pour une rĂ©Ă©valuation de la mĂ©lodie française orchestrĂ©e, fin de siĂšcle). Quelques impressions prĂ©alables, signes d’une apprĂ©ciation en demi teintes quant Ă  la sĂ©lection des piĂšces retenues ici : « Aux Ă©toiles » de Duparc, instrumental capable de douceur tendre et de gravitĂ© ; Dubois rien que bavard (« Chanson de Marjolie ») ; mais la sensibilitĂ© d’Alexandre Guilmant (« Ce que dit le silence ») et L’empressement et dĂ©sir de « l’EnlĂšvement » de Saint-SaĂ«ns, trĂšs au dessus de ses confrĂšres
.

 

Perles oubliées de la mélodie française

 

 

Que n’a-t-on choisi, profitant d’une telle interprĂšte soliste, deux mĂ©lodies parmi les plus bouleversantes du rĂ©pertoire s’agissant de la mĂ©lodie française : L’EnamourĂ©e / Ma colombe de Reynaldo Hahn (superbement rĂ©exhumĂ©e par Anna Netrebko et dont le thĂšme colle pile poil au thĂšme de ce cd ; et La mort d’OphĂ©lie de Berlioz ? Invraisemblable oubli qui se fait avec le recul, faute impardonnable en vĂ©ritĂ© (cf notre playlist en fin d ‘article de l’EnamourĂ©e de HAHN).
Rare coloratoure encore suractive, mais voix mĂ»re, Sandrine Piau affiche crĂąnement l’expĂ©rience et les annĂ©es, Ă©tincelant par son style suprĂȘme, une distinction du timbre, et un sens de la couleur comme de la ligne qui suscitent l’admiration. Pourtant, la seule ombre Ă  notre avis reste l’articulation et l’intelligibilitĂ© : on perd souvent 70% du texte. Dommage qui paraĂźt vĂ©tille avec le recul tant la justesse et l’intelligence du chant, ailleurs, se rĂ©vĂšle superlatif. C’est que la soprano maĂźtrise sa voix comme un instrument : usant de toutes les nuances de l’émission comme de l’intonation, avec une subtilitĂ© qui avait dĂ©jĂ  fait la valeur de ses incarnations baroques, ou romantiques françaises.
Pourtant les poĂšmes ici de Hugo, Verlaine, Gautier, Banville, rĂ©gnier, BarthĂ©lĂ©my ou Courmont mĂ©ritent le meilleur soin : on jugera sur piĂšces ainsi, les deux extraits des Nuits d’étĂ© de Berlioz, en comparaison avec ce que rĂ©alise sa consƓur VĂ©ronique Gens
 dans Villanelle ou Au cimetiĂšre, d’emblĂ©e le caractĂšre est lĂ , caractĂ©risĂ©, superbement incarné  aussi profond voire bouleversant que le texte est inintelligible pour partie.
On se dit quand mĂȘme que le programme eut Ă©tĂ© idĂ©al si la chanteuse soignait davantage la dĂ©clamation et l’articulation dans les aigus. Nonobstant cette mince rĂ©serve, le programme est superbe.
Le genre de la mĂ©lodie renaĂźt ainsi grĂące Ă  un travail de recherche rĂ©cent sur l’activitĂ© de la SociĂ©tĂ© nationale de musique Ă  la fin du XIXĂš qui favorise les compositeurs hexagonaux Ă©videmment ; d’autant que les teintes et Ă©quilibres affinĂ©s de l’orchestre sur instruments d’époque, ainsi requis, ajoute Ă  la qualitĂ© allusive de l’approche. La mĂ©lodie gagne ses lettres de noblesse et de subtilitĂ© ainsi dĂ©fendue ; parmi plusieurs pĂ©pites, dĂ©sormais Ă  Ă©couter et rĂ©estimer, citons surtout les Ɠuvres de Camille Saint-SaĂ«ns : Extase, Papillons, Aimons-nous, L’enlĂšvement
 Curieux choix d’avoir intercalĂ© un extrait de la Symphonie gothique de Godard, qui tombe un peu comme un chevaux dans la soupe. Mais on s’incline avec bienveillance et gratitude devant Le poĂšte et le fantĂŽme de Massenet comme les subtils Papillons blancs de Louis Vierne (lui aussi bien oubliĂ©). TrĂšs beau programme.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200Cd, critique. Si j’ai aimé  Sandrine Piau, soprano (1 cd Alpha classics) – enregistrĂ© en mars 2018 Ă  Metz. MĂ©lodies avec orchestre de Saint-SaĂ«ns, Massenet, Dubois, Vierne
 Le Concert de la loge / J. Chauvin, direction.

Approfondir

Le prĂ©sent recueil souffre d’une absence de taille : la mĂ©lodie de Reynaldo HAHN, L’EnamourĂ©e / perle / joyau sur le thĂšme de l’amour / en total connexion avec la thĂ©matique de ce recueil frustrant donc :

VIDEO CLIP audio L’EnamourĂ©e de Reynaldo HAHN par Anna Netrebko :

https://www.youtube.com/watch?v=kUZPljVpWak

 

VIDEO CLIP L’EnamourĂ©e de HAHN par Anna Caterina Antonacci
https://www.youtube.com/watch?v=NAyeGq4qUM0

 

VIDEO CLIP L’EnamourĂ©e de Reynaldo HAHN par l’excellent baryton Bruno Laplante :

https://www.youtube.com/watch?v=vSXhPH_HGtQ 

 

VIDEO CLIP (2014) L’enamourĂ©e de Reynaldo HAHN par Solene Le Van

https://www.youtube.com/watch?v=JiiF6pvYXw4

 

VIDEO : 6 mélodies de Reynaldo HAHN par Solen Le Van, Young Musicians Foundation, Los Angeles 2014

CD Ă©vĂ©nement. The FELLINI Album – Musiques de NINO ROTA : The film music by Noni Rota (Chailly, Filarmonica della Scala, juin 2017 – 1 cd DECCA)

fellini nino rota riccardo chailly filarmonica della scala cd decca critique cd review cd classiquenews mai 2019 1540-1CD Ă©vĂ©nement. The FELLINI Album – Musiques de NINO ROTA : The film music by Noni Rota (Chailly, Filarmonica della Scala, juin 2017 – 1 cd DECCA). Curieux choix typographique en couverture qui met l’accent sur FELLINI plutĂŽt que ROTA. Pourtant c’est bien la rĂ©estimation de l’écriture symphonique de Rota Ă  laquelle nous invite le prĂ©sent cycle. Superbe programme qui rĂ©tablit la valeur de l’hĂ©ritage symphonique de Nino Rota, dont le style ne se rĂ©duit pas Ă  un accompagnement poli des images de Fellini. C’est peu dire que la musique participe de l’impact des films de ce derniers, produisant un nimbe poĂ©tique auquel il est difficile de rĂ©sister. La verve, le dĂ©lire imaginatif (il en faut pour Ă©galer la crĂ©ation visuelle de Fellini) impose des climats et une Ă©criture qui savent sĂ©duire, captiver, surprendre, enchanter souvent.

Le ton de Nino Rota exprime exactement cette nostalgie romaine et italienne, ce thĂ©Ăątre Ă  la fois tendre, poĂ©tique et essentiellement Ă©lĂ©gant qui ne manque ni de pointe ironique ni de profondeur plus Ă©nigmatique. En jouant sur la ressource des timbres des cuivres (saxos) et des bois (clarinettes, hautbois), – mĂȘme dans la trĂšs belle suite de La Dolce Vita (Plage 16 : rĂȘverie suspendue), ou dans l’épisode final de Casanova (plage 24 : surgissement d’un mystĂšre suspendu, presque inquiĂ©tude qui appelle une catastrophe
), c’est l’irruption d’un songe encore chaud et capiteux qui contraste avec le dĂ©lire enivrĂ© et souvent parodique qui prĂ©cĂšde. L’esprit du cirque, cette grimace drĂŽlatique et amĂšre qui singe le monde et la vanitĂ© de la sociĂ©tĂ© des hommes (I clowns) est propre Ă  l’inspiration d’un Rota trĂšs proche du cinĂ©ma de Fellini : l’élĂ©gance voisine le mordant sarcastique qu’adoucit la tentation rĂ©currente de l’oubli tendre. Ces deux, dans leur rĂ©alisme parfois incisif, n’oublient pas comme Ravel, leur part d’enfance, leur quĂȘte d’une innocence recouvrĂ©e.

CLIC D'OR macaron 200Riccardo Chailly, maĂźtre inspirateur des instrumentistes de la Filarmonica della Scala, semble faire sien ce dialecte Ă©motionnel d’une rare intensitĂ©. Curieusement sur le thĂšme de Casanova, – film ĂŽ combien Ăąpre et obessessionnel, lĂ  on l’attendait de la sensualitĂ© nĂ©omozartienne, Rota cultive les spasmes et la syncope un rien acides, dans un style nĂ©o stravinskyen (qui cite souvent le Sacre, en timbres comme en pulsion rythmique). Pour porter encore plus haut, l’ivresse de mĂ©lodies Ă  jamais inoubliable, le programme de la Scala s’achĂšve avec une reprise du thĂšme principal – Ă©lĂ©gantissime-, d’Amarcord, dans l’arrangement pour orchestre de William Ross : un rĂ©gal. Magistral Rota servi par un chef et l’orchestre scaligĂšne en grande forme. Parution : le 7 juin 2019 pour les 40 ans de la mort de Nino Rota (1979).

CD, critique. FERNANDO SOR : Études, Grand solo, Le Calme, Andante largo
 Philippe MOURATOGLOU, guitare solo (1 cd Vision Fugitive)

fernando-SOR-philippe-Mouratoglou-guitare-cd-critique-classiquenews-musique-classique-guitare-classique-critique-cd-classiquenews-cd-vision-fugitive-Visuel-FERNANDO-SOR-HD---copieCD, critique. FERNANDO SOR : Études, Grand solo, Le Calme, Andante largo
 Philippe MOURATOGLOU, guitare solo (1 cd Vision Fugitive). InterprĂšte sensible, Philippe Mouratoglou Ă©claire tout ce que nous attendions chez Sor : sa profondeur onirique, sa briĂšvetĂ© dramatique
 en un mot : son gĂ©nie. D’une Ă©loquence intime, oĂč chaque nuance compte, chaque couleur brille, chaque accent rythme le sens de la respiration, le jeu de Philippe Mouratoglou captive ; son intĂ©rioritĂ©, son chant volubile de fait, dĂšs les  Variations sur « O cara Armonia », affirmĂ©es / articulĂ©es, telle une splendide ouverture mozartienne, approchent l’articulation et l’intonation des grands pianistes, capables de phrasĂ©s comme de teintes miroitantes, Ă  la fois murmurĂ©es, mĂ©lancoliques, en un geste lumineux et volontaire.

L’attention portĂ©e Ă  chaque Étude rĂ©tablit la place d’un SOR, proche de Chopin, comme lui inspirĂ© par le bel canto, capable de formats courts, enlevĂ©s et resserrĂ©s comme de subtiles pochades. L’agilitĂ© du guitariste, technicien de haut vol, – de surcroĂźt en une prise de son trĂšs rapprochĂ©e qui expose et met Ă  nu, affirme un superbe sens des nuances, Ă©vite toute enflure virtuose
 pour une intĂ©rioritĂ© chantante qui parle au cƓur (dĂ©but de la n°21). On goĂ»te tout autant la rondeur souple de la sonoritĂ© de la n°9, oĂč l’ardeur le dispute Ă  la confession. MĂ©lodique et presque Ă©nivrĂ©e, la n°7 sĂ©duit par sa motricitĂ© hispanisante, en panache et caractĂšre comme chorĂ©graphiĂ©s. Quasiment au milieu du programme, « le Calme » affirme un climat de sĂ©rĂ©nitĂ© onirique, en une intonation fluide et toujours passionnĂ©ment chantante (claire influence du bel canto).
Presque plus dramatique et mĂȘme d’une couleur sombre voire tragique, le Grand solo opus 14 (comme les Variations et Le Calme, de plus de 10 mn) rappelle que Fernado Sor sait gĂ©rer le dĂ©veloppement narratif, qu’il Ă©crivit aussi des opĂ©ras et que pour lui, la guitare en est un transmetteur majeur : Philippe Mouratoglou cisĂšle les nuances sans rompre la ligne vocale de la guitare, Ă©clairant ce qui relĂšve de l’introspection, ou ce qui appelle une dĂ©clamation plus franche.
MOURATOGLOU-philippe-guitare-fernando-sor-cd-evenemnt-critique-annonce-cd-classiquenews-musique-classique-newsLa n°16 dĂ©voile tout un travail sur la rĂ©sonance, et la vibration harmonqiue qui fait de Sor ce grand contemplatif raffinĂ©. Fugace, fouettĂ© mais pas tendu, et souple comme les pas d’un premier danseur, chaque accord dĂ©tachĂ© de l’Étude n°20, l’une des plus courtes (moins d’une minute) hante l’esprit par sa carrure parfaite, sa gradation idĂ©alement gĂ©rĂ©e, son mouvement brossĂ© comme une esquisse, nerveuse et rapide.
La couleur de l’instrument moderne ajoute Ă  la forte sĂ©duction de l’interprĂ©tation : rondeur, profondeur, et pourtant grande prĂ©cision polyphonique. Le style et l’élĂ©gance intĂ©rieure s’affirment Ă  mesure de l’écoute. L’andante largo opus 5, d’une ampleur impressionnante, achĂšve ce cycle dans le songe lĂ  encore, en une rĂȘverie finement Ă©noncĂ©e. Ce que nous dit la guitare de Philippe Mouratoglou : les rĂȘves et les espoirs d’une riche vie intĂ©rieure, celle de l’immense Fernand Sor, dĂ©sormais pleinement rĂ©habilitĂ©. RĂ©cital magistral. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

 

 

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, critique. FERNANDO SOR : Études opus 6, opus 21 (sĂ©lection) – Variations sur O cara Armonia de Mozart – Le Calme opus 50 – Andante largo opus 5. Philippe Mouratoglou, guitare solo  - 1 cd Vision Fugitive – enregistrement rĂ©alisĂ© en 2017 et 2018 – Parution : le 26 avril 2019 - CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2019

 

 

 FERNANDO SOR sublimé par le guitariste PHILIPPE MOURATOGLOU

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LIRE aussi notre annonce du cd Fernando SOR de Philippe Mouratoglou :
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-fernando-sor-par-philippe-mouratoglou-guitare-solo-1-cd-vision-fugitive/

LIRE aussi notre entretien avec Philippe MOURATOGLOU à propos de Fernando SOR : http://www.classiquenews.com/entretien-avec-philippe-mouratoglou-jouer-fernando-sor/ 

TEASER vidéo (30 secondes)

 

 

 

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EN CONCERT

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Jeudi 16 mai 2019 Ă  L’AthĂ©nĂ©e ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet (PARIS)
FERNANDO SORPhilippe Mouratoglou : guitare classique

BILLETTERIE
https://bit.ly/2HEnCZe
01 53 05 19 19
Tarifs : PLEIN 20€ / RÉDUIT 12€

INFOS PRATIQUES
16 MAI 20h
Athénée Théùtre Louis-Jouvet
Sq. de l’OpĂ©ra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau – 75009 Paris
MĂ©tro : Bonne Nouvelle ou ChĂąteau d’eau
www.athenee-theatre.com

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Teaser
Sur Youtube : Philippe Mouratoglou – FERNANDO SOR [Teaser]

Vidéo longue (clip)
Sur Youtube : Philippe Mouratoglou (Guitare Solo) – FERNANDO SOR
Extrait audio : Egalement un morceau de l’album (Etude opus 6 n°9)  dĂ©jĂ  disponible sur Soundcloud : juste ici

CLIP vidéo (3mn31) :

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En direct de Lyon, 2Ăš Concerto pour piano de BRAHMS

BRAHMS HD pour GSTAAD reportage2018FRANCE MUSIQUE. Vend. 17 mai 2019, 20h. PĂ©pin, Brahms, Sltakin, en direct de Lyon. ComposĂ© vingt ans aprĂšs le Premier Concerto et créé par Brahms lui-mĂȘme 51859), Ă  Budapest, le Second Concerto (1878) poursuit la rĂ©ussite du Premier, dans la chatoyance et l’introspection, c’est l’un des plus magistraux de l’histoire de la musique ; en quatre mouvements, son dĂ©veloppement beethovĂ©nien lui assure la carrure et le souffle d’une symphonie. Premier mouvement majestueux ; un scherzo contrastĂ©, rythmĂ© ; mouvement lent poĂ©tique et mĂ©lancolique avec intro pour violoncelle solo (le chant de l’ñme), enfin, finale lumineux, majestueux lĂ  encore, aux accents hongrois (avec aussi une touche d’humour). Pour en rĂ©ussir les vertiges et les Ă©lans, le soliste russe NikolaĂŻ Luganski, parfois dur et tendu, rarement Ă©nigmatique et tendre (comme peut l’ĂȘtre a contrario un Nelson Freire ou le français rĂ©cent, Adam Laloum, trĂšs convaincant interprĂšte des deux Concertos pour piano)


En complĂ©ment du massif brahmsien, l’élĂ©gance viennoise du classique Haydn, pĂšre de la symphonie (Symphonie « roulement de timbales » ; et crĂ©ation mondiale pour une Ɠuvre signĂ©e Camille PĂ©pin qui a choisi comme point de dĂ©part de sa nouvelle piĂšce le roulement de timbales de la Symphonie n° 103 de Haydn, justement. RĂ©ponse, Ă©chos, filiation et rĂ©vĂ©rence, ou rĂ©invention impertinente ?

Concert donnĂ© en direct Ă  l’Auditorium de Lyon

Camille PĂ©pin
Laniakea (CM)
Commande de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon

Joseph Haydn
Symphonie en Mi bémol Majeur HOB I : 103, Roulement de timbales

Johannes Brahms
Concerto n°2 en Si bémol Majeur Op.83

NikolaĂŻ Lugansky, piano
Orchestre National de Lyon
Leonard Slatkin, direction

L’Enchanteresse de Tchaikovski, ou la Carmen russe

FRANCE MUSIQUE, Dim 14 avril 2019, 20h. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Les dĂ©couvertes d’Ɠuvres rares de compositeurs pourtant archiconnus sont elles aussi exceptionnelles et cette Enchanteresse de l’auteur de Casse Noisette, EugĂšne OnĂ©guine (1879), La Dame de pique (1890), demeure une rĂ©vĂ©lation majeure de ces derniĂšres semaines. ReprĂ©sentĂ© en mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon, l’opĂ©ra de Piotr Illiytch en 4 actes, est inspirĂ© de la piĂšce Ă©ponyme de Ippolit Chpajinski

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1L’exceptionnel ouvrage L’Enchanteresse (1887) reste Ă©trangement mĂ©connu ; c’est le 9Ăš opĂ©ra de TchaĂŻkovski, composĂ© juste avant sa CinquiĂšme Symphonie. n’est plus jouĂ© aujourd’hui. A torts. Anvers l’avait rĂ©cemment mis Ă  l’honneur (2011). C’est le tour de Lyon qui souligne combien la durĂ©e de la partition (3h) est proportionnelle Ă  sa qualitĂ© : le plus long opĂ©ra de Tchaikovsky exige des chanteurs de qualitĂ© (trop nombreux ?) et des effets scĂ©niques Ă  l’envi (danses et chasse au IV) : d’oĂč la difficultĂ© pour le monter. Car en sorcier de l’orchestration et d’un raffinement de timbres inouĂŻ, Tchaikovski ne cesse d’envoĂ»ter. C’est Ă  cette source fantastique et dramatique passionnante que s’abreuve le jeune Rachmaninov, auteur lui aussi d’opĂ©ras (de jeunesse : tels Francesca da RImini, Le Chevalier Ladre
), actuellement totalement oubliĂ©s.
Le sujet cible l’amour et sa force irrĂ©sistible agissant comme un aimant. Tchaikovski souhaitait concevoir dans le sillon de Bizet, une Carmen russe, dĂ©nommĂ©e Nastassia, ou « Kouma ». TenanciĂšre, elle revĂȘt bien des aspects qui enchantent et fascinent tous les hommes prĂȘts Ă  la suivre, dont le Prince Nikita Kourliatev qui en paiera le prix fort lui aussi


Dans cette production lyonnaise, les spectateurs avaient pu constater le parti du metteur en scĂšne russe Andriy Zholdak soucieux de mettre en avant le personnage ailleurs secondaire du clerc Mamyrov qui dirige les Ă©pisodes de l’action, de France en Russie
 L’espace est rĂ©guliĂšrement divisĂ© en 3 parties comme un retable sacrĂ©, permettant l’interaction de situations simultanĂ©es, mais parfois confuses. L’hypocrisie sociale est de mise, permettant sous les masques, la rĂ©alisation des turpitudes et des fantasmes (sexuels : les guerriĂšres nippones provenant directement d’un manga Ă©rotique
) les plus scabreux.
Pour autant, Zholdak montre rapidement quelques limites avec une propension Ă  en faire trop, signifiant et sur-signifiant la moindre intention musicale, y compris dans certaines scĂšnes oĂč le livret tient la route (tel l’affrontement dĂ©jĂ  citĂ© entre les Ă©poux au II). Il n’évite pas, aussi, certaines redondances fatigantes Ă  la longue et pas toujours trĂšs lisibles – notamment la prĂ©sence des guerriĂšres japonaises sexy façon manga, trop souvent sollicitĂ©e. Plus grave, avec des lieux peu pertinents par rapport Ă  l’action, il semble peu inspirĂ© lors des deux derniers actes, donnant une furieuse impression de tourner en rond par rapport Ă  la premiĂšre partie de soirĂ©e.

La Carmen russe

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enchanteresse tchaĂŻkovski opera de lyon critique classiquenewsLa distribution elle est sans dĂ©faut, y compris les « seconds rĂŽles » / comprimari : la Nastassia d’Elena Guseva (Nastassia) dĂ©ploie chaleur de timbre, expressivitĂ© mordante, sens dramatique insolent. En princesse Romanovna, Ksenia Vyaznikova s’impose elle aussi par sa prĂ©sence et son acuitĂ© musicale. Les hommes sont un peu moins convaincants hĂ©las
 mais sans dĂ©mĂ©riter cependant. Question de justesse et d’autoritĂ© scĂ©nique. C’est le cas du chant tendu mais racĂ© d’Evez Abdulla (le prince Kourliatev) ; de Migran Agadzhanyan qui dĂ©fend le rĂŽle de Youri (fils du prince) honnĂȘtement sans plus. En fosse, Daniele Rustioni pilote l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon avec Ă©nergie, Ă  dĂ©faut de rĂ©elles nuances. La fiĂšvre « fantastique » de l’opĂ©ra de Tchaikovski y gagne un magnĂ©tisme Ă©vident. Enfin on salue avec insistance le nez et l’audace de l’OpĂ©ra de Lyon d’élargir le rĂ©pertoire lyrique par la conquĂȘte de piĂšces mĂ©connues qui se rĂ©vĂšlent captivantes aprĂšs leur (re)crĂ©ation en France : en 2018 furent produites les crĂ©ations du Cercle de Craie (Zemlinsky) et de Germania d’Alexander Raskatov
 / Illustration : L’enchanteresse Ă  Lyon en mars 2019 / (© Bertrand Stofleth)

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TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse, opĂ©ra.
Piotr Ilyitch TchaĂŻkovski : TcharadieĂŻka

Evez Abdulla, baryton : Gouverneur de Nijni Novgorod
Ksenia Vyaznikova, mezzo-soprano : Princesse Eupraxie Romanovna, sa femme
Migran Agadzhanyan, ténor : Youri, leur fils
Piotr Micinski,basse : Mamyrov, vieux clerc
Mayram Sokolova, mezzo-soprano : Nenila, sa soeur, suivante de la princesse
Oleg Budaratsky, basse : Ivan Jouran, maßtre de chasse du prince
Elena Guseva, soprano : Nastassia (surnommée Kouma), aubergiste
Simon Mechlinski, baryton : Foka, son oncle
Clémence Poussin, mezzo-soprano : Polia, amie de Kouma
Daniel Kluge, ténor : Balakine, marchand de Nijni-Novgorod
Roman Hoza, baryton : Potap, fils de marchand
Christophe Poncet de Solages, ténor : Loukach, fils de marchand
Evgeny Solodovnikov : basse, Kitchiga, lutteur
Vasily Efimov, tĂ©nor : PaĂŻssi, errant sous l’apparence d’un moine
Sergey Kaydalov, baryton : Koudma, sorcier
Tigran Guiragosyan, ténor, invité
Choeur de l’OpĂ©ra de Lyon dirigĂ© par Christoph Heil
Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon
Direction : Daniele Rustioni
Andriy Zholdak (mise en scÚne, décors, lumiÚres)

COMPTE-RENDU, opéra. MARSEILLE, Opéra, le 19 février 2019. GOUNOD : Faust. BORRAS, COURJAL. L FOSTER / N DUFFAUT.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. MARSEILLE, OpĂ©ra, le 19 fĂ©vrier 2019. GOUNOD : Faust. BORRAS, COURJAL. L FOSTER / N DUFFAUT. À reprise d’une production, reprise d’une introduction sur une Ɠuvre qui ne bouge pas, mĂȘme remuĂ©e des remous qui accueillirent Ă  Avignon cette mise en scĂšne de Nadine Duffaut, certes, dĂ©rangeante, hĂ©sitant entre symbolisme et rĂ©alisme, mais jamais indiffĂ©rente. À Marseille, au rĂŽle de Wagner prĂšs, c’est la distribution qui est renouvelĂ©e.

 
 
 

L’OEUVRE : Diables d’hommes

 

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Sur l’homme vendant son Ăąme au diable contre l’amour d’une jeune femme, l’Espagne connaissait dĂ©jĂ  quelques piĂšces de thĂ©Ăątre,El esclavo del demonio (1612), ‘L’esclave du dĂ©mon’, de Mira de Amescua et, entre autres plus tardives, El mĂĄgico prodigioso, ‘La magicien prodigieux’ (1637) [1] de Pedro CalderĂłn de la Barca, inspirĂ©e de la lĂ©gende des saints Cyprien et Justine, martyrs d’Antioche, IIIe siĂšcle : pour l’amour de la jeune chrĂ©tienne, le jeune savant paĂŻen, qui s’interrogeait sur le pouvoir absolu d’un Dieu unique contre la pluralitĂ© dissolue du panthĂ©on des dieux antiques, signe un pacte avec le Diable. C’est aux Ă©crivains allemands du Sturm und Drang, dont Herder, Schiller et Goethe, fĂ©rus de culture espagnole antidote au classicisme français, que l’on doit le renouveau de l’intĂ©rĂȘt pour la poĂ©sie du SiĂšcle d’Or espagnol (GƓthe en adaptera des poĂšmes) et son thĂ©Ăątre, dont s’abreuvera aussi Hugo.

Il est probable que GƓthe y ait puisĂ©, pour sa fameuse tragĂ©die, l’enjeu de la femme dans le pacte avec le diable, Ă©tant absente dans le livre source, Historia von Dr. Johann Fausten dem weitbeschreyten Zauberer und SchwarzkĂŒnstler
,couramment appelĂ© Faustbuch, ‘le Livre de Faust’, paru Ă  Francfort en 1587.Ce recueil populaire s’inspirait des lĂ©gendes tĂ©nĂ©breuses entourant le rĂ©el Docteur Johann Georg Faust (1480-1540), alchimiste allemand, astrologue, astrologue, nĂ©croman, c’est-Ă -dire magicien. Un MusĂ©e lui est consacrĂ© Ă  Knittlingen, sa ville natale.

La science rationnelle moderne, n’était pas encore sortie de la gangue des sciences occultes dans lesquelles, astrologue et astronome confondus, dans les secrets encore incomprĂ©hensibles, on voit souvent, par crainte et superstition, la main, la griffe du diable. Ainsi, la mort du savant Docteur Faust en 1540, dans une explosion due sans doute Ă  ses recherches chimiques ou alchimiques, passera pour le rĂ©sultat de ses expĂ©riences diaboliques, du pacte qu’il aurait passĂ© avec le Diable, signĂ© de son sang, pour retrouver la jeunesse sinon l’amour. [2]

Ce livre, qui sera aussi traduit avec succĂšs en français en 1598, sera adaptĂ©, d’aprĂšs la traduction anglaise, par Christopher Marlowe dans sa piĂšce La Tragique Histoire du Docteur Faust (1604) et, donc, deux siĂšcle aprĂšs, pa Johann Wolfgang von GƓthe dans son premier Faust(1808), qui fixera dans l’imagerie romantique, la touchante figure de Marguerite au rouet : sĂ©duite, enceinte, abandonnĂ©e, matricide, infanticide enfin : condamnĂ©e Ă  mort, et refusant d’ĂȘtre sauvĂ©e avec la complicitĂ© de MĂ©phistophĂ©lĂšs, pour le salut de son Ăąme.Son contemporain, Gotthold Ephaim,avait aussi commencĂ©, sans l’achever, une piĂšce sur Faust en 1759.

Berlioz avait reprĂ©sentĂ© Ă  Paris, sans guĂšre de succĂšs, en 1846, La Damnation de Faust [3] d’aprĂšs la cĂ©lĂšbre piĂšce de Goethe traduite en 1828 par GĂ©rard de Nerval: « Pour la ‘Chanson du rat’,il n’y avait pas un chat dans la salle », constatera cruellement Rossini. RuinĂ©, Berlioz s’exile. Gounod sera plus heureux. HantĂ© par le thĂšme, gratifiĂ© du bon livret que lui Ă©crivit Jules Barbier, la contribution de Michel CarrĂ©, auteur d’un drame intitulĂ© Faust et Marguerite, se limitant Ă  l’air du Roi de ThulĂ© et Ă  la ronde du veau d’or, deux beaux textes, il est vrai. AprĂšs des remaniements, l’opĂ©ra triompha en 1859, et rivalise en popularitĂ© dans le monde avec la Carmen de Bizet.

 
 
 
 
 
 

REALISATION

 
 
 

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Vaste demeure dĂ©vastĂ©e de l’hiver d’une vie Ă  vau-l’eau : vanitĂ© des vƓux, des rĂȘves du savoir, des souvenirs Ă©vanouis Ă  l’heure des bilans, des faillites, quand les regrets remplacent les projets. VautrĂ©, avachi sur un immense prie-Dieu, un lit, dont la traverse est une croix, qui se multiplie en ombres, le vieux Docteur Faust se lamente avant d’ĂȘtre relayĂ© par le jeune, vivifiĂ© par le pacte de sang ou transfusion sanguine, salvateur Ă©lixir de jouvence, dont le garrot Ă©lastique devient, comme un crachat, lance-pierre offensif d’un chenapan MĂ©phisto contre une effigie christique.

Efficace scĂ©nographie unique d’Emmanuelle Favre dans des clair-obscur, au sens prĂ©cis du terme, mĂ©lange de lumiĂšre et d’ombre Ă  la Rembrandt, virant parfois aux contrastes rasants caravagesques (lumiĂšres de Philippe Grosperrin), qui arracheront Ă  la pĂ©nombre les tĂȘtes d’une foule de spectres goyesques, cauchemar plein de choses inconnues, funĂšbre carnaval Ă©mergeant, surgissant des trappes, sinon des enfers, des arriĂšre-fonds, des bas-fonds de l’ñme sans doute, comme un retour du refoulĂ©. Surplombant la scĂšne, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, une autre scĂšne ou tableau : un Christ de profil au regard douloureux sur ce monde, tĂ©moin apparemment aussi impuissant que le vieux Faust omniprĂ©sent rĂȘvant ou revoyant sa vie au moment de sa mort, apparaissant ponctuellement dans le cadre, ainsi que divers personnages, dont le thĂ©Ăątral MĂ©phistophĂ©lĂšs. RĂȘve ou mirage, Marguerite est projetĂ©e en immense portrait.

Plafond effondrĂ©, tout est terreux, ruineux, grisĂątre, brunĂątre, ainsi que les costumes (GĂ©rard Audier) ; le seul Ă©clat sera celui de Marguerite, toute fraĂźche en robe vichy bleu Ă  la Brigitte Bardot des annĂ©es 60, apparemment seule vivante dans ce monde fantomatique, escortĂ©e de Dame Marthe, plus rieuse que pieuse, impĂ©rieuse, en austĂšre tailleur noir. Une marionnette gĂ©ante descendant des cintres de la manipulation diabolique symbolise la jeune fille. Le Faust jeune, aura l’éclat d’une chemise blanche sur ses jeans et MĂ©phisto, en blouson de cuir, arbore des souliers rouges et non des pieds de bouc comme signe de son origine, comme le coffre et non coffret des bijoux, dont on s’étonne que Gretchen, Margot, ne l’ait pas vu du premier coup d’Ɠil tant il accapare abusivement l’espace et la vue. Pas de rouet mais un nĂ©cessaire de couture de jeune fille de ce temps, pliĂ©e aux travaux de mĂ©nage et d’aiguille. Jolie trouvaille, le bracelet dont se pare la jeune fille est vraiment « une main qui sur [son] bras se pose », surgie magiquement de la marionnette diabolique. C’est la poupĂ©e mĂ©canique, menaçante, de l’univers fantastique des Contes romantiques d’Hoffmann par la manipulation du Diable.

Sur les murs lĂ©preux, des projections de vagues fleurs —pas forcĂ©ment heureuses dĂ©jĂ  Ă  Avignon, et encore moins dans le vaste plateau marseillais qui les dilue—figurent un invraisemblable jardin et l’invisible bouquet d’un jeune Siebel masculin Ă©clopĂ©, expliquant sans doute sa rĂ©forme, il ne part pas Ă  l’armĂ©e ; plus dramatiquement parlantes, celles d’actualitĂ©s cinĂ©matographiques de nĂ©buleux soldats coloniaux du retour des troupes qui (dĂ©)chanteront une gloire discutable des aĂŻeux dont la mise en scĂšne de Nadine Duffaut, loin de donner dans le clichĂ© de la guerre jolie, montre la vĂ©ritĂ©, les blessĂ©s, les estropiĂ©s, les gueules cassĂ©es, les morts : sous le regard du Christ semblant regarder de biais et non de front le monde, sous l’écrasante croix, on se pose inĂ©vitablement la question de ce « Dieu bon » que priera Marguerite Ă  la fin qui permet cet enfer sur terre, autorise finalement ce DĂ©mon tout puissant, encore que terrassĂ© parfois comme un vampire par l’ombre ou la lumiĂšre de la croix qui le crucifie. Sous le dĂ©tail, dĂ©coratif en apparence, on retrouve l’humanitĂ© inquiĂšte, militante et non militaire, de Nadine Duffaut.

En somme, refusant le faste facile, nĂ©faste souvent au drame, la mise en scĂšne propose une lecture nouvelle de cette tragĂ©die, parlant plus Ă  l’esprit que sĂ©duisant les yeux.

 
 
 

INTERPRETATION

 
 
 

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D’emblĂ©e, on est captĂ© par le rythme, sans concession aux « numĂ©ros » que le public attend pour applaudir, qu’impose Lawrence Foster Ă  la partition. On a la sensation de redĂ©couvrir cette Ɠuvre usĂ©e de trop d’usage et d’habitudes paresseuses : une rigueur diabolique qui gomme les Ă©mollients clichĂ©s romantiques et, malgrĂ© les parenthĂšses obligĂ©es d’amour et de rĂȘve du jardin, depuis le dĂ©but, tout semble courir, concourir, dans la fiĂšvre, Ă  la course finale Ă  l’abĂźme au galop haletant mĂ©phistophĂ©lique. Une conception globale perceptible malgrĂ© la longueur de l’Ɠuvre. Et tout cela sans rien sacrifier au dĂ©tail. Dans la « SĂ©rĂ©nade » de MĂ©phistophĂ©lĂšs, on croit entendre les rires, les railleries des instruments qui nous font soupçonner que Gounod n’ignorait pas le persiflage instrumental du « Catalogue » de Leporello dans le Don Giovanni de Mozart dont son amie Pauline Viardot avait sans doute pu lui passer la partition qu’elle avait achetĂ©e. En tous les cas, on sent, dans cette interprĂ©tation magistrale toute la finesse mozartienne loin des pesanteurs orchestrales Ă  la mode romanticoĂŻde. La scĂšne de l’église est angoissante avec cet orgue lointain et menaçant (FrĂ©dĂ©ric Isoletta) dont les vagues ondes semblent avancer pour engloutir Marguerite.

Les chƓurs (Emmanuel Trenque), peut-ĂȘtre dĂ©shumanisĂ©s par les masques, trouvent alors leur pleine humanitĂ© par la musique et ils sont saisissants : les reproches Ă  leur hĂ©ros Valentin incapable de pardonner en mourant Ă  sa sƓur sont bouleversants d’une vĂ©ritĂ© morale, humaine et religieuse, qui dĂ©passe leur apparence spectrale.

À certains moments de liesse populaire ou sensuelle, entre ciel et terre, trois acrobates semblent dĂ©fier la pesanteur d’ici-bas.

Le baryton Philippe Ermelier qui figurait dans la production d’Avignon, confirme avec bonheur ce que j’en disais : c’est un solide Wagner de taverne digne compagnon sinon d’embauche guerriĂšre, de bamboche, de dĂ©bauche de biĂšre ou vin qui hĂ©sitera moins entre les deux boissons qu’il ne les alternera. OriginalitĂ© de cette mise en scĂšne, le pĂ©nible aujourd’hui rĂŽle travesti de SiĂ©bel, dĂ©volu Ă  un mezzo lĂ©ger, est rendu Ă  sa vĂ©ritĂ© thĂ©Ăątrale de jeune homme amoureux : KĂ©vin Amiel bien qu’affublĂ© d’une prothĂšse d’éclopĂ© —sans doute blessure de quelque aventure militaire qui montre que la guerre est bien contre toute Ă©thique et esthĂ©tique, contre la morale, la bontĂ©, la beautĂ©. Il est jeune, touchant, voix ronde de tĂ©nor de toutes les tendresses et dĂ©licatesses du cƓur et il incarne, dans une vĂ©ritĂ© immĂ©diate et sensible, l’amour dĂ©sintĂ©ressĂ©, la comprĂ©hension, la compassion humaine et chrĂ©tienne envers la Marguerite rejetĂ©e par la communautĂ©.

ÉlĂ©ment de comĂ©die, d’opĂ©ra-bouffe, Dame Marthe, savoureuse, voluptueuse, veuve vite joyeuse, sous l’uniforme trop Ă©troit de la duĂšgne austĂšre, vite maquerelle, faisant couple, sinon accouplĂ©e au fuyant MĂ©phisto qui ne succombe pas Ă  la tentation, tentĂ© sans doute par d’autres types d’amours comme semble le suggĂ©rer le pluri-sexe Walpurgis, est campĂ©e avec une vivacitĂ© aiguĂ« par la piquante mezzo Jeanne-Marie LĂ©vy.

Le baryton Étienne Dupuis, a tout l’hĂ©roĂŻsme de Valentin, voix aussi large et gĂ©nĂ©reuse qu’il le sera peu pour sa sƓur, par ailleurs trĂšs expressif, effrayant et sans compassion en maudissant Marguerite comme le fera MĂ©phisto.

Celui-ci, c’est Nicolas Courjal (photo ci dessus): il mĂšne le bal, et danse, se dandine mĂȘme au son de ce transistor dont il tente, par la magie rĂ©volutionnaire de l’appareil, de tenter le vieux Faust dont les Ă©lucubrations de toute une vie n’auront pas suffi Ă  crĂ©er ou imaginer cette merveille, ce miracle technologique. Il est un sacrĂ© diable facĂ©tieux, espiĂšgle, qui Ă©pingle les ridicules de certains, diablement sĂ»r de lui, sauf des faiblesses Ă  la Croix, jouant des mains et des doigts comme on aspergerait les dĂ©vots d’une eau bĂ©nite, maudite plutĂŽt, infernale. La tessiture est tendue, surtout dans le « Veau d’or » mais il s’en tire avec aisance, retrouvant des creux de graves infernaux Ă  sa mesure. En moine blanc, dans la remarquable scĂšne de l’église contre Marguerite, plus de plaisanterie : c’est le DĂ©mon dans une atroce volontĂ© de destruction de la frĂȘle jeune femme.

Celle-ci est incarnĂ©e par Nicole Car : elle a une saine vitalitĂ©, un sourire rayonnant, un regard solaire, qu’on imagine mal en gĂ©nĂ©ral pour la fragile hĂ©roĂŻne romantique des froideurs nordiques mĂȘmes rĂ©chauffĂ©es par un Diable mutin. Ses exclamations de joie « Ah, je ris
 », elle ne les donne pas en fines notes piquĂ©es de la glotte, toujours dangereuses pour l’organe, mais d’une voix large moins de jeune fille que de femme prĂȘte, sinon Ă  croquer les diamants, Ă  dĂ©vorer la vie qu’elle dĂ©couvre avec enthousiasme. Cette soliditĂ© prend un sens tragique dans la scĂšne grandiose de l’église oĂč elle affronte le dĂ©mon dans l’ombre, opposant la force de sa foi Ă  la puissance infernale et sa priĂšre qui clĂŽt l’épisode est dĂ©jĂ  la victoire qui annonce celle de son hymne final : « Anges pures, anges radieux
 »

Marguerite accouche

Autre signe de l’humanisme rĂ©aliste de Nadine Duffaut, on voit Marguerite enceinte, ce qui est dissimulĂ© toujours, Ă  peine dit par de plus pudiques que pieuses allusions : mais c’est la rĂ©alitĂ© de son drame. Des spectateurs se sont offusquĂ©s de la voir accoucher, aidĂ©e par la compassionnelle Marthe, aprĂšs la malĂ©diction du frĂšre. Mais cet enfant qu’elle noiera, qui lui vaudra sa condamnation Ă  mort, occultĂ©e ici celle de sa mĂšre, semble ĂȘtre parti avec l’eau du bain de la pudibonderie qui, pour oraison funĂšbre, ne lui concĂšde qu’une rapide phrase de Faust, alors que c’est le cƓur de la banale et triviale tragĂ©die de la fille sĂ©duite et abandonnĂ©e.

Deux Faust

L’un des problĂšmes du thĂ©Ăątre, c’est sans doute la prĂ©sentation d’un personnage Ă  deux Ăąges de sa vie, doublĂ© ici par la difficultĂ© que la mĂ©tamorphose se fait Ă  vue. Loin de grimer et de dĂ©grimer ostensiblement le vieil hĂ©ros prĂȘt Ă  se faire une injection mortelle de drogue et piquĂ© sans doute Ă  l’élixir de vie par MĂ©phisto de ce mĂȘme sang de la signature du pacte infernal, Nadine Duffaut a optĂ© pour deux Faust, le vieux,c’est Jean-Pierre Furlan, dont la voix toujours juvĂ©nile anticipe sur sa nouvelle jeunesse infernale. Il est Ă©mouvant dans ses regrets et adieu Ă  la vie, Faust encore sans faute, qui restera sur scĂšne en tĂ©moin accablĂ© de son pacte fautif sous le regard d’un Christ douloureux, sous l’ombre portĂ©e de la croix, poids de son pĂ©chĂ©, Ă©ternel stigmate de sa damnation, ou rĂ©demption par ce regard qui semble le hanter dans ce thĂ©Ăątre des ombres du monde. C’est sĂ»rement l’une des rĂ©ussites de cette audacieuse mise en scĂšne : ce regard rĂ©trospectif Ă  la fin de la vie, Ă  l’heure cruellement lucide des bilans. Et soudain, sans solution de continuitĂ©, c’est le jeune Faust qui surgit, insolent et insultant de jeunesse moins physique que vocale, encore qu’un peu empĂȘtrĂ© dans sa corpulence mal fagotĂ©e dans un blouson de teenager d’un joyeux luron avide de rattraper le temps perdu, Ă  corps perdu. Dans ce sens, on comprend, en contrepoint physique maillĂ©e, Ă©maillĂ©e de ces acrobates du plus bel effet graphique, perchĂ©s sur la croix du prie-Dieu devenu lit de dĂ©bauche multi-libertine pour un heureux Faust repu plus qu’en repos.

La voix de Jean-François Borras est ronde, onctueuse, souple, d’une Ă©gale qualitĂ© dans tous ses registres, suavement triomphante dans l’aigu dĂšs l’effet mĂ©phistophĂ©lique non mĂ©phitique mais bĂ©nĂ©fique de MĂ©phisto. Et voilĂ  notre vieillard savant, oublieux des grands mystĂšres du monde qui faisaient sa sublime ambition, qui chante, tout guilleret, un couplet digne d’un Ă©picurien et contemporain bourgeois d’Offenbach, BrĂ©silien ou Baron, qui borne, ou au contraire chante une insatiable ambition trĂšs Second Empire, « s’en fourrer jusque-lĂ  », avide de plaisirs terrestres et non plus spirituels ou intellectuels :

À moi, les plaisirs,

Les jeunes maĂźtresses,

À moi leurs caresses [
]

Et la folle orgie

Du cƓur et des sens.

Un Faust bourgeois plus physique que métaphysique.

 
 
 

[1] J’ai adaptĂ© cette piĂšce sous le titre de Faust vainqueur ou le procĂšs de Dieu Ă  la demande du metteur en scĂšne AdĂĄn Sandoval.

[2] Sur les divers Faust, je renvoie Ă  mon livre Figurations de l’infini. L’ñge baroque europĂ©en, Prix de la prose et de l’essai 2000, le Seuil, 1999, « De Dieu le PĂšre au PĂšre-Dieu », « La fin des thaumaturges », p.389-399.

[3] Berlioz ne devait pas ignorer la piĂšce de CalderĂłn, si admirĂ© par Wagner qui dit, dans une lettre Ă  Liszt, qu’il le lit pour maintenir l’inspiration de son Tristan. En tous les cas, l’invocation Ă  la nature de son Faust est trĂšs proche de la tirade lyrique de Cyprien dĂ©couvrant sa puissance diabolique dans Le Magicien prodigieux. Cf mon livre, Figurations de l’infini, op. cit. , p. 398.

 
 
 
 
 
 

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Faust de Gounod Ă  l’OpĂ©ra de Marseille
Coproduction Opéra Grand Avignon / Opéra de Marseille / Opéra de Massy / Opéra Théùtre Metz Métropole / Opéra de Nice / Opéra de Reims
A l’affiche les 10, 13, 16, 19, 21 fĂ©vrier 2019

Direction musicale: Lawrence FOSTER
Mise en scĂšne: Nadine DUFFAUT
DĂ©cors: Emmanuelle FAVRE
Costumes: GĂ©rard AUDIER
LumiĂšres: Philippe GROSPERRIN

Marguerite: Nicole CAR
Marthe: Jeanne-Marie LEVY

Faust: Jean-François BORRAS
Vieux Faust: Jean-Pierre FURLAN
MéphistophélÚs: Nicolas COURJAL
Valentin: Étienne DUPUIS
Wagner: Philippe ERMELIER
Siebel: KĂ©vin AMIEL

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille

Photos : Christian Dresse
Les deux Faust ;
MĂ©phisto ;
Combat e Marguerite contre le DĂ©mon.

 
 
 
 
 
 

CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017)

conti-cd-missa-sancti-pauli-gyorgyi-vashegyi-purcell-choir-orfeo-orchestra-cd-critique-cd-review-critique-cd-par-clasiquenews-CLIC-de-classiquenewsCD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017). La Messe MISSA SANCTI PAULI en sol mineur de 1715, – contemporaine de la mort de Louis XIV, Ă©tonne par son sens de la grandeur, son dramatisme continu. A 34 ans, le florentin Conti, thĂ©orbiste avĂ©rĂ©, dĂ©montre une science Ă©vidente, un art de la diversitĂ© dĂ©jĂ  prĂ©classique, dont la verve comme l’esprit de construction et d’équilibre Ă©difient une architecture sacrĂ©e qui annonce les grandes Ɠuvres de la fin du XVIIIĂš, Ă  Vienne, celle de Haydn et de Mozart (superbe construction du coeur fuguĂ© « Et vitam venturi », oĂč brillent la volontĂ© de clartĂ© du chef et la soliditĂ© du chƓur). Son goĂ»t reste Ă©minemment italien, adepte des arabesques et vocalises quitte Ă  rompre la ligne du texte, et pourtant sans jamais dĂ©vier du grand plan architectural global. A Vienne dĂšs 1701, Conti devient aussi membre de la Filarmonia de Bologne (1708). NommĂ© compositeur de la cour impĂ©riale des Habsbourg, Conti affirme un talent thĂ©Ăątral indiscutable. Son seconde Ă©pouse fortunĂ©e, Maria Landini, Ă©tait la diva la plus adulĂ©e de la Cour viennoise.
DĂ©cĂ©dĂ© en 1732, il fut Ă©lĂšve de Fux Ă  Vienne, rejoint trĂšs vite la cour de Dresde, Cour extrĂȘmement mĂ©lomane (autant que les Habsbourg viennois)
 Le raffinement et la culture de Conti, la complexitĂ© et l’ambition de son Ă©criture (25 opĂ©ras, 10 oratorios au moins) ont inspirĂ© directement JS Bach et aussi Haendel (dont le pasticcio Ormisda reprend partie de l’opĂ©ra de Conti : Clotilda rĂ©prĂ©sentĂ© Ă  Londres en 1707).
VoilĂ  une autoritĂ© musicale qui est jouĂ©e partout en Europe de Hambourg Ă  Brunswick, Brno et Breslau sans omettre Dresde). La MISSA SANCTI PAULI a Ă©tĂ© copiĂ©e Ă  Vienne, au convent de l’Abbaye de Lambach (Autriche), Ă©videmment Ă  Dresde oĂč le manuscrit paraĂźt dans la collection personnelle de Zelenka (qui sĂ©journe Ă  Vienne de 1717 Ă  1719) auquel la Messe a Ă©tĂ© un temps attribuĂ©e. Zelenka rapporte le manuscrit Ă  Dresde et enrichit encore la texture instrumentale (ajout de hautbois dans les tutti, enrichissement du continuo), et modifie le rythme du  Miserere (Gloria).

Le chef Györgyi VASHEGY s’entend Ă  merveille dans la direction de la masse chorale, jamais Ă©paisse, toujours trĂšs active et articulĂ©e ; on a pu depuis quelques annĂ©es Ă©valuer sa maĂźtrise dans le baroque français, en particulier Rameau
 (voir notre discographie rĂ©cente du chef Györgi Vasegyi en fin d’article). Ici, chez Conti, l’effectif est plutĂŽt important ; il s’avĂšre idĂ©al pour porter la charge trĂšs dramatique de cette Ɠuvre qui sonne solennelle et mĂȘme colossale. Mais au mĂ©rite de Conti revient un style ample et dramatique qui n’ennuie jamais car elle reste servante des affetti humaines.

Ainsi dans l’élucidation du GLORIA, entre autres, le Miserere nobis (9) plus dissonant, et grave exprime parfaitement la terreur Ă  peine masquĂ©e face Ă  la mort, oĂč le quatuor vocal et le choeur entament une prise de conscience saisissante, – sĂ©quence trĂšs prenante de l’ensemble. MĂȘme sentiment d’effroi sidĂ©rĂ© dans le sublime Crucifixus, Ă©conome, court, intense (plage 18). Que contrepointe l’exaltation de la RĂ©surrection (19) qui suit immĂ©diatement. Plus dĂ©veloppĂ© musicalement, et presque syncopĂ©. Languissant comme une priĂšre aussi inquiĂšte que fragile, l’implorant « Et in Spiritum » affirme une mĂȘme maturitĂ© oĂč soprano et alto masculin tissent leurs nƓuds (les voix sont parfois instables)
Conti paraĂźt tel un vĂ©ritable dramaturge dans la coupe et les accents harmoniques de cette large section, rĂ©ellement impressionnante : accents justes et expressivement saisissants mĂȘme qui montrent combien cette MISSA est la premiĂšre illustration des « messes du Credo », partition dont l’expressivitĂ© de fait, se concentre dans l’articulation du texte de cette partie, il est vrai la plus spectaculaire, Ă©voquant la Passion du Christ. On y remarque immĂ©diatement la caractĂ©risation permanente du texte ; la forte, puissante et riche dĂ©clamation exigeant de chacun des solistes du quatuor vocal. Nous sommes alors Ă  l’opĂ©ra.

La Missa atteste de la grande culture musicale de Francesco Conti en 1715 : stile antico (fuguĂ©), audaces concertantes, figuralismes articulant le texte, dramatisme et harmonies « rares » selon la force du verbe
 autant d’élĂ©ments qui annoncent le classicisme de la fin XVIIIĂš. C’est dire ainsi la prĂ©cocitĂ© de Conti (mort en 1732, avant l’avĂšnement du Rameau d’Hippolyte et Aricie en 1733).

FidĂšle aux recherches de Anna Scholz, le chef toujours trĂšs pertinent dans son approche musicologique, intercale le Motet « Fastos caeli audite », prĂ©sent dans le manuscrit de Conti, ainsi qu’il achĂšve toute l’arche sacrĂ©e par un motet pour voix seule : Pie jesu.
Le Motet « Fastos  », trĂšs articulĂ© et linguistiquement acrobatique exige beaucoup du soliste (ici un alto masculin parfois court) pourtant les cordes captivent par leur agilitĂ© et leur noblesse.
CLIC D'OR macaron 200Ce sentiment de majestĂ© grave se dĂ©ploie surtout dans le dernier Ă©pisode complĂ©tant la Missa proprement dite : l’aria « Pie Jesu » qui touche essentiellement par son souffle grandiose, aux harmonies surprenantes exprimant la prĂ©sence du mystĂšre. C’est trĂšs pertinent de terminer par cette priĂšre intimiste et grave qui convoque l’étrange, imprĂ©visible harmoniquement, dont la ligne vocale recommande souplesse et intensitĂ© et un souffle spectaculaire. VoilĂ  qui dans les arĂȘtes rondes et graves des cordes, le legato implorant du tĂ©nor (lui aussi pas toujours juste ni idĂ©alement galbĂ©) rĂ©tablit cette part d’humanitĂ© et de profonde impuissance humaine dans un programme oĂč l’imaginaire majestueux de « l’orchestre » (si l’on peut employer ce terme : mais l’ambition instrumentale de Conti est indiscutable) indique clairement la vision impressionnante de Conti, prĂ©curseur au dĂ©but du XVIIIĂš, de bien des fresques sacrĂ©es grandioses plutĂŽt mieux documentĂ©es dans le dernier trimestre du XVIIIĂš (compris le Requiem de Mozart). Entre dĂ©votion fervente et arche instrumentale spectaculaire, ondoyante et sensuelle, Conti affirme un gĂ©nie Ă  part au XVIIIĂš. VoilĂ  qui dĂ©voile sa singularitĂ© visionnaire au tout dĂ©but du XVIIIĂš.

 
 
 

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CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (1 cd Glossa, Budapest janvier 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS « dĂ©couverte », fĂ©vrier 2019.

 
 
 

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Autres CD récents du chef György Vashegyi, et de ses troupes hongroises (Purcell Choir et Orfeo Orchestra) :

vashegyi_gyorgy1222 classiquenewsCD, critique. RAMEAU : NAÏS (1749). György Vashegyi / Orfeo orchestra. DolliĂ©, Martin
 2 cd Glossa, MUPA, Budapest, mars 2017). Dans ce nouvel album de musique baroque française plein XVIIIĂš, – NaĂŻs appartient Ă  la colonie d’oeuvres ramĂ©liennes propres aux annĂ©es 1740 (1749 prĂ©cisĂ©ment s’agissant de la partition crĂ©Ă©e Ă  Paris), oĂč le Dijonais au sommet de ses possibilitĂ©s et de son imagination, favorisĂ© par la Cour de Louis XV dont il est compositeur officiel, sait renouveler un genre naturellement enclin Ă  s’asphyxier, l’opĂ©ra de cour, versaillais. Dans le geste majestueux, souple, dramatique de Gyögy Vashegy, se dĂ©voile le pur tempĂ©rament atmosphĂ©rique, spatial d’un Rameau tout Ă  fait inclassable Ă  son Ă©poque…

rameau-nais-vashegy-critique-cd-review-cd-par-classiquenews-opera-baroque-critique

 

 

  
 
 

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mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

  
 
 

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rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie 
 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte


  
 
 

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COMPTE RENDU, opéra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : LES TROYENS. Jordan / Tcherniakov.

troyens berlioz opera bastille janvier 2019 critique opera classiquenews actus infos musique classique operaCOMPTE RENDU, opĂ©ra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : LES TROYENS. Jordan / Tcherniakov. DĂ©naturĂ©s ou rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s ? Telle est la question face Ă  ce spectacle qui dĂ©montre moins l’opĂ©ra de Berlioz que la vision d’un homme de thĂ©Ăątre. Mal scĂšne ou rĂ©Ă©criture positive ? L’AntiquitĂ© se fait intrigue domestique et thĂ©rapie collective dont les enjeux dĂ©voilent en rĂ©alitĂ© les traumas dont chacun souffre malgrĂ© lui. La grille de lecture rĂ©Ă©crit l’opĂ©ra. Pas sur que Berlioz sorte gagnant de cette affaire


Osons dire et Ă©crire ici que le travail de Dimitri Tcherniakov qui nous avait certes convaincu dans sa premiĂšre mise en scĂšne pour l’OpĂ©ra de Paris, EugĂšne OnĂ©guine, – une rĂ©alisation princeps qui restera cas unique-, finit par agacer dans ces Troyens brouillĂ©s ; la fresque Ă  la fois grandiose et poĂ©tique du grand Hector est passĂ©e Ă  la moulinette conceptuelle et rĂ©duite Ă  la grille thĂ©Ăątreuse de Tcherniakov qui veut bon an mal an faire rentrer l’ogre nĂ©oantique dans un petit carton familial. Qu’a Ă  faire le souffle de l’épopĂ©e virgilienne dans cette conception Ă©culĂ©e qui Ă©carte toute ivresse poĂ©tique, forçant plutĂŽt le jeu des ĂȘtres dĂ©calĂ©s, impuissants, opprimĂ©s ou tout simplement fous.

Dossier spĂ©cial BERLIOZ 2019 Illustration dans les articlesLes Troyens sont la grande oeuvre de Berlioz : un Ring Ă  la française, aux Ă©quilibres classiques : l’ampleur de l’orchestre, le souffle des tableaux que n’aurait pas reniĂ© Meyerbeer, ni le Rossini de Guillaume Tell, n’empĂȘchent pas l’intĂ©rioritĂ© ni le fantastique des Ă©pisodes hĂ©roĂŻques. AchevĂ© en 1858 Ă  54 ans, l’opĂ©ra de Berlioz ne sera jamais crĂ©Ă© intĂ©gralement de son vivant ; en 1863, une version tronquĂ©e qui ne sĂ©lectionne que les morceaux de la seconde partie (EnĂ©e Ă  Carthage) est portĂ©e Ă  la scĂšne ; puis en 1890, Ă  Karlsruhe, enfin une intĂ©grale est jouĂ©e mais en allemand. Comme pour Les FĂ©es du Rhin d’Offenbach, les allemands se montrent plus curieux de nouveautĂ©s ; lĂ  aussi, l’opĂ©ra d’Offenbach pourtant Ă©crit en français, est crĂ©Ă© intĂ©gralement en Allemagne donc en allemand.
A Paris, l’OpĂ©ra national affiche aprĂšs une premiĂšre intĂ©grale en 1921, une nouvelle production complĂšte qui inaugure alors le vaisseau Bastille, en 1989.

LA PRISE DE TROIE
 La force de la premiĂšre partie vient du portrait Ă©crit par Berlioz, de la prophĂ©tesse dĂ©sespĂ©rĂ©e Cassandre qui a compris la catastrophe annoncĂ©e, la dĂ©nonce aux troyens et Ă  leurs roi Priam, mais en pure perte : personne ne l’écoute. Son duo avec ChorĂšbe – qui aimerait tant l’épouser, est le volet le plus dĂ©chirant de cette premiĂšre sĂ©quence.

LES TROYENS -  LA PRISE DE TROIE -

Mais anecdotique et laide, la mise en scĂšne collectionne les idĂ©es gadgets et dĂ©jĂ  vues : Cassandre est interviewĂ©e par une Ă©quipe de tĂ©lĂ©vision (que c’est original) ; dans leur salon cossu qui contraste avec le dĂ©cor simultanĂ© et trivial oĂč se presse le peuple en panique, la cour de Priam a des allures d’opĂ©rette, – les futurs vaincus n’ont aucune grandeur antique. Cette obligation d’actualisation et de rĂ©alisme sonne faux. Sans pouvoir justifier sa prĂ©sence dans cette partie troyenne, une cĂ©lĂ©bration d’Hector mort se prĂ©cise mais de façon brouillonne et incohĂ©rente. Et le cheval des grecs est remplacĂ© par EnĂ©e lui-mĂȘme, traitre Ă  sa patrie. De toute Ă©vidence, les tableaux collectifs n’ont jamais inspirĂ© Tcherniakov dont le tempĂ©rament reste plutĂŽt introspectif, plus soucieux de l’itinĂ©raire des individus que du mouvement des foules. Ainsi la marche troyenne consterne par un
 statisme dĂ©solant.

DIDON Ă  CARTHAGE
 Las, le sentiment d’incongruitĂ© et d’actualisation coĂ»te que coĂ»te persiste et 
 s’enlise dans la seconde partie (Les Troyens Ă  Carthage, avec l’idylle entre EnĂ©e et Didon) : Tcherniakov nous sert des rĂ©fĂ©rences aux vagues migratoires d’aujourd’hui
 soit. Et donc le rapport ? Nous le cherchons encore.
Toujours Ă  hauteur humaine, Tcherniakov fait de l’action berliozienne une petite histoire de famille, un Ă©pisode domestique ordinaire qui dans ce contexte, devient mĂȘme ridicule : comment accepter que Didon se dĂ©chaine comme une hystĂ©rique contre celui qu’elle aime et qui ne veut pas rester : EnĂ©e ? VoilĂ  qui est dit et confirmĂ© : pour Tcherniakov, tout dignitĂ©, toute grandeur antique sont effacĂ©s. Pour la petite histoire. Celle qui Ă©maille sa vision d’une communautĂ© de petits-bourgeois dont on lit pour certains la pensĂ©e Ă  travers des projections vidĂ©o
 ce dispositif (dans la premiĂšre partie) serait un tantinet crĂ©dible si l’on en avait pas mesurĂ© les limites comme l’affligeante banalitĂ© dans ses productions antĂ©rieures. Tcherniakov ne sait pas se renouveler : il s’obstine mĂȘme et se rĂ©pĂšte. Au risque de dĂ©naturer la partition qu’il est censĂ© servir.

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L’apothĂ©ose de cette lecture rĂ©ductrice et dĂ©cevante, se rĂ©vĂšle dans toute sa fausse pertinence dans la seconde partie : EnĂ©e qui a vendu sa citĂ© aux grecs, fuit et se retrouve dans un hĂŽpital pour victimes de guerre dont la directrice est Didon, laquelle a troquĂ© sa couronne carthaginoise pour une nouvelle compĂ©tence en soins palliatifs. Au sommet de cette actualisation, la chasse royale qui prĂ©pare au duo amoureux, devient jeu de rĂŽle aux vertus thĂ©rapeutiques entre les patients hospitalisĂ©s dont EnĂ©e bien sĂ»r (habitĂ© par ces voix qui l’exhortent Ă  rejoindre l’Italie pour fonder un nouvel empire). On avait dĂ©jĂ  vu tout cela, dans sa Carmen au festival d’Aix 2017, oĂč Tcherniakov allait jusqu’à rĂ©Ă©crire la fin de l’histoire (mais bien sĂ»r, puisque Bizet avait laissĂ© un opĂ©ra « inabouti »).

Des Troyens bien triviaux

Les petits bourgeois traumatisés
en thérapie de groupe

Au spectacle affligeant de troyens et de carthaginois rĂ©duits Ă  des intrigues de bas Ă©tage, rĂ©pond heureusement une tenue vocale et orchestrale d’une toute autre valeur, justifiant qu’on s’intĂ©resse Ă  ces nouveaux Troyens. Mais les yeux fermĂ©s.
Rayonnante, profonde, et presque Ă©nigmatique, car elle semble habitĂ©e par ce don de voyance divine, la Cassandre de StĂ©phanie d’Oustrac intĂ©resse dans la premiĂšre partie : sa prĂ©sence cynique Ă  force d’ĂȘtre distancĂ©e, – presque froide et absente, surprend dans un ocĂ©an de mouvements confus et maladroits. Sa dĂ©clamation est courte parfois Ă  l’inverse de celle de son partenaire ChorĂšbe (impeccable et si noble StĂ©phane Degout). En rĂ©alitĂ©, Tcherniakov qui aime dĂ©celĂ© les travers et traumas dissimulĂ©s, a fouillĂ© le passĂ© tortueux de la voyante : en rĂ©alitĂ©, elle reste Ă©garĂ©e parce que son pĂšre (Priam) l’a violĂ©e
 vous suivez toujours ?

Tout cela altĂšre la force du premier couple imaginĂ© par Berlioz (Cassandre / ChorĂšbe). Leur duo trouve un bel Ă©cho dans celui de la seconde partie : rĂ©unissant, opposant, puis sĂ©parant EnĂ©e et Didon : respectivement Brandon Jovanovitch (sobre et percutant, souple et articulĂ© lui aussimalgrĂ© quelques aigus parfois tirĂ©s) et Ekaterina Semenchuk (sensuelle et impliquĂ©e, d’abord surdimensionnĂ©e Ă  notre avis au dĂ©but, puis mieux canalisĂ©e, trouvant le ton tragique juste dans son suicide final). Pourtant cela n’était pas gagnĂ© car Didon suicidaire se tue en avalant des cachets, sans aucune dignitĂ© ni grandeur.
Distinguons Ă©galement le beau mezzo grave et sombre, trĂšs onctueux et musical d’Aude Extremo en Anna, la sƓur funĂšbre de Didon ; mais son français manque de clartĂ©, ce qui est loin d’ĂȘtre le cas de MichĂšle Losier : son Ascagne est de bout en bout Ă©loquent, articulĂ©, juste. Saluons aussi le Narbal racĂ© de Christian Van Horn ; l’élĂ©gance du tĂ©nor Cyrille Dubois dans l’air de Iopas : «Ô blonde CĂ©rĂšs ». Par contre, au diapason d’une mise en scĂšne sans magie, oublions l’HĂ©cube frustrante et hors sujet, hiĂ©ratique figurante de VĂ©ronique Gens.

MalgrĂ© de nombreuses coupures (le duo des sentinelles si cher Ă  Berlioz, est absent !), Philippe Jordan qui rĂ©ussit certains passages symphoniquement wagnĂ©riens, parvient nĂ©anmoins Ă  sauver les meubles disparates d’une production confuse qui manque d’unitĂ© comme de direction. Difficile de rĂ©tablir l’équilibre entre la beautĂ© de la musique et l’effet de multitude comme l’action dĂ©construite que l’on voit sur scĂšne
 VoilĂ  une nouvelle production qui ne rĂ©tablit par Tcherniakov parmi les grands metteurs en scĂšne d’opĂ©ras. Entre confusion, dispositif bidon, lecture confuse, obsession d’un regard pseudo psychanalytique
 le spectateur et l’auditeur sont en droit d’applaudir autre chose
 Ă  commencer par une partition qui devient invisible sous le cumul d’oirpeaux qui la recouvre. Surtout sur la scĂšne de l’OpĂ©ra de Paris. Que l’on pense aux nouveaux spectateurs de l’opĂ©ra : reviendront-ils pour d’autres spectacles aprĂšs avoir Ă©prouver la confusion comme la laideur de celui-ci ? A l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille, le 31 janvier. Les 3, 6, 9 et 12 fĂ©vrier 2019.‹Pour vous faire une idĂ©e, et dans le confort de votre salon, Arte diffuse le 31 janvier la production de ces Troyens dĂ©concertants Ă  Bastille, en diffĂ©rĂ© Ă  22h30. Illustrations : © V. Pontet / OnP 2019

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COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : Les Troyens. Jordan / Tcherniakov

Distribution
Les Troyens – OpĂ©ra en 5 actes d’Hector Berlioz
OpĂ©ra en cinq actes, livret du compositeur d’aprĂšs l’EnĂ©ide
Créé à Paris, Théùtre-Lyrique, le 4 novembre 1863 (Les Troyens à Carthage)
et à Karlsruhe le 6 décembre 1890 (La Prise de Troie, en langue allemande)

Cassandre : StĂ©phanie d’Oustrac
Ascagne : MichĂšle Losier
HĂ©cube : VĂ©ronique Gens
ÉnĂ©e : Brandon Jovanovich
ChorÚbe : Stéphane Degout
Panthée : Christian Helmer
Le Fantîme d’Hector : Thomas Dear
Priam : Paata Burchuladze
Un Capitaine Grec : Jean-Luc Ballestra
Hellenus : Jean-François Marras
PolyxĂšne : Sophie Claisse
Didon : Ekaterina Semenchuk
Anna : Aude Extrémo
Iopas : Cyrille Dubois
Hylas : Bror Magnus TĂždenes
Narbal : Christian Van Horn
Deux Capitaines troyens : Jean-Luc Ballestra, Tomislav Lavoie
Mercure : Bernard Arrieta

ChƓurs et Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris
Direction : Philippe Jordan
Mise en scÚne et décors : Dmitri Tcherniakov

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CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018)

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018). VoilĂ  un vrai travail d’orfĂšvre tissant une tapisserie de timbres, Ă  la fois lyrique et rageuse. Si certains continuent d’estimer l’Ɠuvre comme la cĂ©lĂ©bration par Sibelius de sa Finlande chĂ©rie, alors menacĂ©e par l’Empire russe (crĂ©ation en avril 1899), inspirĂ© et plus universel, le chef finlandais Santtu-Matias ROUVALI sait traduire une dimension qui sait dĂ©passer l’occurrence politique : il insinue dans l’écriture cette Ă©nergie premiĂšre, gorgĂ©e d’éclairs naturels et de sursauts organiques. D’emblĂ©e, grĂące au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des Ă©lĂ©ments. Sur le motif.

Ainsi au dĂ©but de la Symphonie n°1, la clarinette, au tragique pastorale, d’une intense dignitĂ©, chante les souffrances et l’éternitĂ© inatteignable de la Nature. Le chef creuse tout ce qui rend Ă  cette partition princeps, sa profondeur et son introspection.
Cordes exaltĂ©es, bois parfois Ăąpre (bassons),tutti tendus, vitalitĂ© ardente et portĂ©s par une Ă©nergie Ă©perdue
 Rouvali prend Ă  bras le corps l’activitĂ© primitive des Ă©lĂ©ments qui semblent traverser les pupitres en Ă©lans faussement incontrĂŽlĂ©s.

Sibelius : le premier Ă©cologiste
Santtu-Matias ROUVALI, chantre de la priÚre sibélienne

L’écriture est une priĂšre exacerbĂ©e face Ă  la Nature dans toute sa sauvagerie ; Sibelius exprime son admiration parfois inquiĂšte, surtout animĂ© par un dĂ©sir supĂ©rieur, une exaltation qui se hisse au diapason de la tempĂȘte victorieuse. Sibelius observe et comprend de l’intĂ©rieur l’immensitĂ© de la Nature (cor et harpes, flĂ»te) : son mystĂšre, son essence miraculeuse. Une connivence s’inscrit et s’enfle au fur et Ă  mesure de l’avancĂ©e du premier mouvement qui passe d’Andante non troppo
 Ă  Allegro energico.
Ici rĂšgne la gravitĂ© du dernier Tchaikovski (derniĂšre mesure au contrebasses), avant l’émergence des cimes et des hauteurs plus mĂ©lancoliques du second mouvement.

Ainsi l’Andante (ma non troppo lento) est articulĂ© avec une rondeur mordante, une belle sincĂ©ritĂ© qui vient elle aussi des replis du cƓur, telle une chanson ancienne qui fait vibrer le sentiment d’une nature enchantĂ©e
 en une cantilĂšne instrumentalement dĂ©taillĂ©e qui montre tout ce que l’éloquence enivrĂ©e de Sibelius doit aux
 russes. Ce qui est prenant c’est le sentiment d’une tragĂ©die en cours, celle d’une nature sacrifiĂ©e et pourtant d’une ineffable beautĂ©. Cette vision, et tragique et Ă©pique, prend corps dans les fabuleux arpĂšges des cordes, bouillonnants, Ă©perdus.

Le Scherzo est abordĂ© pour ce qu’il est : une scansion et une frĂ©nĂ©sie superbement mĂ©canique, dont la verdeur ici captive. Enfin
le dernier mouvement plus agité, radical, dramatiquement trÚs marqué par Tchaikovski là encore, exprime une inquiétude presque angoissée (lugubre des bassons, romances éperdues des cordes graves
)
Il y met une touche d’humanitĂ©, un panthĂ©isme blessĂ© : Sibelius souffre avec la Nature en son sein, et non Ă  l’extĂ©rieur, comme en une distanciation assĂ©chante. Au contraire, nous sommes au cƓur des Ă©lĂ©ments. Dans le vortex oĂč se jouent les transformations irrĂ©versibles ; comment ne pas inscrire cette vibration et cette conscience affĂ»tĂ©e dans le chaos climatique qui est le nĂŽtre, causĂ© par la folie humaine ?

Sous la baguette intense mais nuancĂ©e et trĂšs dĂ©taillĂ©e de Rouvali, Sibelius semble rĂ©ussir lĂ  oĂč Tchaikovski nous avait laissĂ©s ; les lumiĂšres permises par le finnois font espĂ©rer une clartĂ© filigranĂ©e et trĂšs vacillante chez le Russe (PathĂ©tique, n°6) ; l’andante final de Sibelius autorise une issue difficile mais prĂ©sente. Mais dans la difficultĂ© et la souffrance. La fin est une rĂ©mission presque arrachĂ©e ; pas une victoire. Une vraie question laissĂ©e en suspens.

En saga : orchestration et couleurs se rapprochent plutĂŽt de Moussorgski mais mĂątinĂ© d’impressionnisme ravĂ©lien. LĂ  encore Sibelius exprime une activitĂ© invisible secrĂšte, au souffle prenant. La narration qu’en offre Rouvali saisit par sa prĂ©cision, et un vrai travail d’orfĂšvre sur le plan de la texture instrumentale, tout en soignant l’éclat et la vitalitĂ© des sĂ©quences plus rythmiques.
Moins lyrique que Bersntein peut-ĂȘtre, Rouvali n’oublie pas aux cĂŽtĂ©s de sa prĂ©cision, un souffle et une tension qui enflamment chaque tutti, rĂ©vĂ©lant aussi dans cette activitĂ© flamboyante, des accents wagnĂ©riens. Le chef exprime le mystĂšre sauvage et la force de la nature, la beautĂ© grandiose et fragile, c’est Ă  dire inexprimable de l’animal (un lynx sur un arbre dans le paysage de neige peint sur le mĂȘme titre par son beau-frĂšre Eero JĂ€rnefelt ?).
CLIC D'OR macaron 200En 1893, Sibelius est encore trĂšs narratif, mais dans cette trĂšs fine et scintillante Ă©criture, Ă  partir de 13’, il sait transmettre le cycle Ă©ternel, la transe primitive du miracle naturel. A l’homme de savoir en mesurer l’énergie rĂ©demptrice, matricielle. De toute Ă©vidence, dans ce crescendo final, d’une intensitĂ© irrĂ©pressible, Rouvali l’a bien compris. Le chef fait entendre cette vibration premiĂšre. Jusque dans le chant conclusif de la clarinette, extinction Ă©nigmatique. Superbe lecture et belle comprĂ©hension de l’univers symphonique de Sibelius. On souhaite une suite et on rĂȘve d’une intĂ©grale des Symphonies de Sibelius par ce chef et cet orchestre
 aux qualitĂ©s Ă©videntes. Leur sincĂ©ritĂ© nous touche. VoilĂ  qui prĂ©figure le meilleur ? A suivre


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Cd, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018 - Orchestre Symphonique de Gothenburg / Enregistrement réalisé à Gothenburg, en mai 2018.

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KIRILL PETRENKO, chef Ă©lectrique

petrenko-kirill-wagner-bayreuthFRANCE MUSIQUE. KIRILL PETRENKO, les 10 et 11 fĂ©v 2019. Otello, Strauss. Le chef russe Kirill Petrenko vient de prendre la direction musicale du Berliner Philharmoniker : une prise de fonction qui devrait compter dans l’histoire de la phalange berlinoise tant le tempĂ©rament « électrique » du chef devrait rĂ©aliser de nouveaux accomplissements convaincants. Il est nĂ© Ă  Omsk le 11 fĂ©v 1972 (SibĂ©rie). A presque 50 ans, la maestro est devenue l’une des baguettes les plus passionnantes, en particulier Ă  Bayreuth oĂč il a assurĂ© rĂ©cemment dans un Ring magistral, l’attrait vacillant d’un festival qui se cherche encore une identitĂ© solide. Sa nomination suscite l’interrogation en France oĂč il est peu connu finalement. Le chef lyrique qui entend la musique dramatique comme peu, est aussi un symphoniste inspirĂ© et son travail avec le Berliner devrait confirmer cette orientation.

KIRILL PETRENKO sous tension
un chef Ă©lectrique

Petrenko Kirill maestro chef orchestreL’adolescent Petrenko (18 ans) a suivi sa famille exilĂ©e en Autriche : Ă  Vienne, il approfondit ses Ă©tudes de piano. Ce musicien affĂ»tĂ©, sut plaire aux instrumentistes du Berliner qui en 2015, au moment de dĂ©signer un successeur Ă  Rattle, furent sĂ©duit par l’allure modeste, en rien dĂ©monstratif et autocratique de Christian Thielemann, l’autre candidat officiel. En juin 2015, la dĂ©cision tomba comme un Ă©clair, soulignant le choix de la probitĂ©, du travail, de l’humilitĂ© aussi, plutĂŽt que l’autocĂ©lĂ©bration parfois pompeuse du talent (fut-il rĂ©el et Ă©gal). Reste que Petrenko a depuis 2015 particuliĂšrement sĂ©duit et captivĂ© par son sens de l’intĂ©rioritĂ© et du dĂ©tail : un laborieux discret – qui rappelle d’ailleurs Ă  maints titres Carlos Kleiber, le lĂ©gendaire chef germano-argentin-, que les prochaines sessions en concerts, diffusĂ©es et enregistrĂ©es sous label du Philharmoniker devraient encore Ă©clairer et expliciter.
RĂ©pĂ©titions assidues, d’une rare intensitĂ©, Ă©coute, exigence, tĂ©nacitĂ© et absence de compromis
 sont les qualitĂ©s entre autres d’un chef Ă  suivre dĂ©sormais. Il a commencĂ© Ă  diriger les Berliner en 2006 ; sa saison officielle d’ouverture, officialisant sa prise de fonction, se rĂ©alisera Ă  l’étĂ© 2019. D’ici lĂ  chaque concert tĂ©moigne d’une rĂ©elle complicitĂ© entre le chef et les instrumentistes.

Pour se familiariser avec une direction Ă  la fois puissante et ciselĂ©e, – vraie gageure, que l’hĂ©doniste Karajan a longtemps incarnĂ©, avant Claudio Abbado, France Musique diffuse les 10 et 11 fĂ©vrier en premiĂšre partie de soirĂ©e, deux programmes phares, reprĂ©sentatifs de la sensibilitĂ© du maestro : soirĂ©e opĂ©ra d’abord avec Verdi (l’Otello de Jonas Kaufmann) puis Strauss et Beethoven (7Ăš) dans un volet purement orchestral. Sens de la tension, soucieux du relief et de l’acuitĂ© des accents, Petrenko est aussi un architecte qui soigne l’écoulement et le sens de la lecture (ce qui a fait de ses Wagner, d’authentiques rĂ©alisations dramatiques, d’une rare efficacitĂ©). La fermetĂ© et la poigne supportent la vitalitĂ© de l’orchestre qui paraĂźt souvent comme Ă©lectrisĂ© et chauffĂ© Ă  blanc.

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Dim 10 février 2019, 19h50.
VERDI : Jonas Kaufmann chante OTELLO. Munich, nov 2018.
ReprĂ©sentation donnĂ©e le 23 novembre 2018 Ă  19h au ThĂ©Ăątre National de Munich – OpĂ©ra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito d’aprĂšs “Othello ou le Maure de Venise” de William Shakespeare
Jonas Kaufmann, ténor, Otello
Gerald Finley, baryton, Iago
Evan LeRoy Johnson, ténor, Cassio
Gaelano Salas, ténor, Roderigo
Balint Szabo, basse, Lodovico
Milan Siljanov, baryton-basse, Montano
Markus Suihkonen, basse, un héraut
Anja Harteros, soprano, Desdemona
Rachael Wilson, mezzo-soprano, Emilia
Choeur de l’OpĂ©ra d’Etat de BaviĂšre
Orchestre de l’OpĂ©ra d’État de BaviĂšre
Kirill Petrenko, direction

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Lundi 11 février 2019, 20h
R STRAUSS, BEETHOVEN : 7Ăšme Symphonie
Concert donné le 24 août 2018 à la Philharmonie de Berlin

Richard Strauss
Don Juan, poĂšme symphonique op. 20 TrV 156
Tod und VerklÀrung (Mort et transfiguration), poÚme symphonique op. 24

Ludwig Van Beethoven
Symphonie n°7 en la Majeur op. 92
Poco sostenuto-Vivace
Allegretto
Presto – Assai meno presto (Trio)
Allegro con brio
Orchestre Philharmonique de Berlin
Kirill Petrenko, direction

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CD, critique. Offenbach colorature. Jodie Devos, soprano. Airs d’opĂ©ras (1 cd Alpha, 2018).

OFFENBACH coloratoure cd opera concert critique cd review cd classiquenewsCD, critique. Offenbach colorature. Jodie Devos, soprano. Airs d’opĂ©ras (1 cd Alpha, 2018). BOF… Le programme Ă©laborĂ© ne manque pas de diversitĂ© mais il pĂȘche par un manque de cohĂ©rence. Quel est au juste le fil thĂ©matique qui justifie la succession “hasardeuse” des piĂšces ainsi collectĂ©es ? Evidemment pour s’assurer un certain impact auprĂšs du consommateur landa, il fallait nĂ©cessairement afficher la Barcarolle des Contes d’Hoffmann
 Pour des surprises on repassera ; cependant Vert-Vert, Les Bergers, Les Bavards, Le Roi Carotte, et aussi Robinson CrusoĂ© et Fantasio (dont deux magnifiques sĂ©quences de la princesse Elsbeth), 
 pour ne citer que quelques Ɠuvres, mĂ©ritent le dĂ©tour et suscitent l’envie d’en Ă©couter davantage. Ce qui est mĂ©ritant quand mĂȘme. La coloratoure chez Offenbach promettait une face cachĂ©e du compositeur : Ă  torts rĂ©duit Ă  ses pantalonades burlesques et fantasques, le compositeur fĂȘtĂ© en 2019, s’est souciĂ© comme un rĂ©el auteur sĂ©rieux, des voix et du beau chant romantique français. En tĂ©moigne l’engagement de la soprano belge Jodie Devos – prĂ©cĂ©demment distinguĂ©e par CLASSIQUENEWS pour sa superbe et irradiante incarnation dans LakmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours (janvier 2017). Somptueuse production oĂč la jeune diva se montrait particuliĂšrement convaincante, donc troublante.
Dans cet album finalement Ă©parpillĂ©, la fĂ©erie dont il est question, servie par une voix souple et bien timbrĂ©e, agile et articulĂ©e (oui, oui : et c’est plutĂŽt un bon point) s’écoute ainsi avec plaisir, Ă  dĂ©faut d’une Ă©coute captivĂ©e. Pourtant quelques perles rares (l’air « Je suis nerveuse » du Voyage dans la lune), ou des poncifs hier bien dĂ©fendus (la Valse-Tyrolienne d’Un mari Ă  la porte prĂ©cĂ©demment portĂ©e par la soprano fĂ©tiche de Karajan Sumi Jo)… peinent Ă  maintenir l’Ă©coute.
Reine de la nuit chez Mozart, Jodie Devos Ă©blouit par la tenue ronde de ses aigus en cascades, toujours nets et prĂ©cis, sans sĂ©cheresse ni tension. Mais oĂč est la farce, la verve, cet esprit dĂ©jantĂ© mais toujours subtile et Ă©lĂ©gant propre au Mozart des Champs ElysĂ©es ? De coloratoure il est question certes, mais … trop sage.
Il y manque un zeste de dĂ©lire ou de fantaisie dĂ©lurĂ©e, jamais bien Ă©loignĂ©es chez Offenbach l’espiĂšgle, l’amuseur des boulevards, bien sĂ»r dans les emplois plus comiques oĂč le 3Ăš degrĂ© (quasi surrĂ©aliste, portĂ© par le sens du pastiche et de la parodie facĂ©tieuse) sont de mise.
PortĂ© par de trĂšs sĂ©rieuses institutions partenaires, pourtant spĂ©cialistes du rĂ©pertoire XIXĂš, de l’opĂ©ra romantique français en particulier, on s’étonne de l’imprĂ©cision voire des erreurs commises dans certaines liaisons linguistiques
 un coach rĂ©ellement exigeant aurait-il manquĂ© lors des rĂ©pĂ©titions et des sĂ©ances de prĂ©paration ? De grĂące messieurs les producteurs, respectez davantage notre français : langue dĂ©licate, langue espiĂšgle dont Offenbach avait de son vivant la maĂźtrise exemplaire (cf sa correspondance et son sens de la formule publicitaire)… En tout cas cela ajoute au comique des situations (la petite fruitiĂšre dans Mesdames de la Halle). Dommage d’autant que le chef, malgrĂ© un orchestre sirupeux et Ă©pais (oĂč sont les instruments d’époque, lĂ©gers, subtilement timbrĂ©s, sautillants, nuancĂ©s
?) dĂ©fend avec cƓur et nerf, la vitalitĂ© dĂ©licieuse, c’est Ă  dire, trĂšs raffinĂ©e d’un orchestre scolaire, qui heureusement dans l’ensemble, ne se limite Ă  l’accompagnement. Pour le premier cd dĂ©diĂ© au bicentenaire OFFENBACH 2019, ce recueil a un goĂ»t d’inachevĂ© et d’imprĂ©cis.

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Offenbach, rĂ©cital lyrique. JODIE DEVOS : Offenbach coloratoure – MĂŒnchner Rundfunkorchester – L. Campellone, direction (1 cd Alpha) / Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  MĂŒnich en juillet 2018 – 1 CD Alpha 437 – 1h

Programme / tracklisting :

« Je suis du pays vermeil » (Boule de Neige),
« Les plus beaux vers sont toujours fades
 J’ai parcouru toute la France »
(Vert-Vert),
« La mort m’apparaĂźt souriante » (OrphĂ©e aux enfers),
« J’entends, ma belle » (Un mari Ă  la porte),
« Cachons l’ennui de mon Ăąme
 Ah ! Dans son cƓur qui donc peut lire ? » (Fantasio),
« Ce sont d’étranges personnages » (Les Bavards),
« Quel bruit et quel tapage
 Je suis la petite fruitiĂšre » (Mesdames de la Halle),
« Le voilà
 Petites fleurs que j’ai vues naĂźtre » (Le Roi Carotte),
Ouverture (Les Bergers),
«  VoilĂ  toute la ville en fĂȘte » (Fantasio),
« Les oiseaux dans la charmille » (Les Contes d’Hoffmann),
« Conduisez-moi vers celui que j’adore » (Robinson CrusoĂ©),
« Souvenance de l’enfance », « Allons ! Couché » (Boule de Neige),
« Belle nuit, ĂŽ nuit d’amour » (Les Contes d’Hoffmann),
« Je suis nerveuse » (Le Voyage dans la lune)

 

 

LIRE aussi notre grand dossier OFFENBACH 2019, pour le bicentenaire de Jacques Offenbach né le 20 juin 1819

DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016 – 1 dvd DECCA).

puccini butterfly hermanis chailly scala dec 2016 critique review dvd critique dvd opera par classiquenews 0044007439821DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016 – 1 dvd DECCA). DĂ©cembre 2016 sur la scĂšne scaligĂšne (de la Scala Ă  Milan), le nouveau directeur musical poursuit son intĂ©grale Puccini, avec Butterfly, aprĂšs La Fanciulla del West
 Choisir la version originale critique de 1904 (crĂ©ation de l’Ɠuvre) est un argument prometteur. Evidemment Chailly fait du Chalilly : direction engagĂ©e, ardente, hautement dramatique, mais peu dĂ©monstrative et boursouflĂ©e : une qualitĂ© chez le compositeur. Les dĂ©tails, la couleur scintillent d’une façon cinĂ©matographique, mĂȘme si du coup, livret oriignal oblige, certaines scĂšnes ont perdu la force et l’efficacitĂ© expressive de ce qui a Ă©tĂ© affinĂ© par la suite. Le profil de la geisha y semble moins subtil, parfois caricatural, Ă  la maniĂšre d’une carte postale ou d’une schĂ©matisation creuse, un rien artificielle. La musique est juste mais perd en souffle. En partie Ă  cause de rĂ©citatifs trop dĂ©veloppĂ©s qui ralentissent l’action, et affadissent la caractĂ©risation des protagonistes. Le couple Butterfly / Pinkerton (Siri / Hymel) reste engagĂ©, mais vocalement limitĂ©, et Ă©motionnellement trop lisse et rĂ©pĂ©titif. Ce qui nuit Ă  la vraisemblance de l’histoire
 un rien minaudante et anecdotique dans sa version originelle ainsi dĂ©voilĂ©e. Alvarez se distingue en Sharpless ; mĂȘme adhĂ©sion au Goro, impeccable de Carlo Bosi ; et l’on regrette d’autant plus, le format rĂ©duit d’Annalisa Stroppa qui manque sa partie en Suzuki : double, confidente, mĂšre trop faible et presque timorĂ©e aux cĂŽtĂ©s de sa protĂ©gĂ©e Cio-Cio-San.

Il est vrai que visuellement et dramatiquement, la mise en scĂšne d’Hermanis manque elle aussi de cohĂ©rence comme de clartĂ©. Les thĂšmes que dĂ©noncent Puccini : l’esclavage sexuel institutionalisĂ©, la manipulation d’une fillette trop naĂŻve, l’hypocrisie de la prĂ©sence occidentale en Orient
 tout cela est totalement Ă©cartĂ© en une succession de tableaux sans profondeur mais bavards et dĂ©corativement (trop) aguicheurs. Production insatisfaisante, surtout pour la Scala.

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016) – 1 dvd DECCA.

Cio-Cio San : Maria José Siri
Suzuki : Annalisa Stroppa
Kate Pinkerton: Nicole Brandolino
Pinkerton : Bryan Hymel
Sharpless : Carlos Alvarez
Goro : Carlo Bosi
Il Bonzo : Abramo Rosalen
Il Principe Yamadori : Costantino Finucci
Il Commissario Imperiale : Gabriele Sagona

Orchestre et ChƓurs du Teatro alla Scala
Riccardo Chailly, direction

Milan, Teatro alla Scala, tournage réalisé en décembre 2016
Mise en scĂšne : Alvis Hermanis
Scénographie : Alvis Hermanis et Leila Fteita
Dramaturgie : Olivier Lexa

DVD, coffret MOZART, critique : The DA PONTE operas : OPUS ARTE (3 dvd Opus Arte).

da ponte mozart trilogy cosi nozze giovanni opus arte dvd review critique dvd par classiquenews 0809478012757DVD, coffret MOZART : The DA PONTE operas : OPUS ARTE (3 dvd Opus Arte). En un somptueux coffret intelligemment Ă©ditĂ©, OPUS ARTE ressemble le meilleur du chant mozartien rĂ©cemment remarquĂ© Ă  Covent Garden. L’homogĂ©nĂ©itĂ© des plateaux, le sens du thĂ©Ăątre, la direction souvent trĂšs affĂ»tĂ© concourent Ă  faire de cette trilogie filmĂ©e l’un des meilleurs coffret OPUS ARTE.

COSI FAN TUTTE (2016)
MalgrĂ© ses intentions pavĂ©es de sincĂšres motivations, le metteur en scĂšne Jan Philipp Gloger ne rĂ©ussit pas vraiment Ă  explorer et dĂ©monter la fine machinerie des cƓurs amoureux : cette Ă©cole des amants qui a inspirĂ© Mozart et Da Ponte. Le scĂ©nographe se parodie lui-mĂȘme en Alfonso, affĂ»blĂ© de son assistante, Despina : ainsi l’action se dĂ©roule dans divers lieux du thĂ©Ăątre (loge, rideau, parterre, bar
). C’est Ă  dire que l’on visite les lieux d’un thĂ©Ăątre oĂč la science de la reprĂ©sentation indique l’illusion de l’action qui se trame ici. Cependant l’effet tourne Ă  la foire aux idĂ©es, et dans cette grille de lecture qui aurait fonctionner avec plus d’économie et de synthĂšse, Gogler se noie Ă  force d’entassements gadgets et d’élucubrations qui s’écartent de la fine intelligence, dĂ©sespĂ©rĂ©e, du duo Mozart / Da Ponte. Sexe Ă  tous les Ă©tages, jusqu’au trop plein. Rayonne dans ce bain des dĂ©sirs lubriques : la gourgandine dĂ©lurĂ©e Despina.
Plus cohĂ©rent et d’une belle couleur juvĂ©nile dans son ensemble, le cast rehausse l’intĂ©rĂȘt de la nouvelle production de 2016 : Fiordiligi (Corinne Winter) tendue comme un roc (Come scoglio) ; Dorabella plus onctueuse (Angela Browers) mais moins percutante ; servante dĂ©jantĂ©e et initiatrice irrĂ©sistible, la Despina de Sabina PuĂ©rtolas ; Alfonso souverain et dramatiquement trĂšs juste de Johannes Martin KrĂ€nzle. Enfin les deux fiancĂ©s parieurs, pris Ă  leur propre piĂšge sont tout autant bien caractĂ©risĂ©s :
le baryton sĂ©ducteur Alessio Arduini fait un Gugliemo bien prĂ©sent parfois trop lisse et linĂ©iare ; rien Ă  voir et Ă  Ă©couter avec le Ferrando magistral de Daniel Behle, tout en nuances et finesse. C’est peut-ĂȘtre lui qui maĂźtrise le mieux et avec le plus de naturel le bel canto mozartien : son « Un’ aura amorosa » est bouleversant de suggestion pudique, de touchante sincĂ©ritĂ©. Rien Ă  dire Ă  la baguette ciselĂ©e de Semyon Bychkov, ex assistant de Karajan, et douĂ© de toutes les finesses lui aussi mozartiennes. Le legato de l’orchestre s’entend ici du dĂ©but Ă  la fin, amoureusement Ă©noncĂ©, puissant mais tendre.

DON GIOVANNI (2014)
DiffusĂ©e en direct au cinĂ©ma en fĂ©vrier 2014, ce nouveau Don Giovanni au Royal Opera House de Londres impose la vision labyrinthique de Kasper Holten pour lequel le plus grand sĂ©ducteur des LumiĂšres, Ă©volue symboliquement dans une maison unique dont piĂšces, escaliers, terrasse, balcons
 reprĂ©sentent autant de situations et de lieux qui lui permettent de piĂ©ger ses victimes, consentantes ou non. Le dispositif permet au thĂ©Ăątre de reprendre ses droits dans un ouvrage oĂč la musique risque toujours de dominer, et avec raison, car le gĂ©nie de Mozart s’y dĂ©ploie dans chaque situation.
Le duo Leporello / Giovanni est renforcĂ© et comme sublimĂ© par leur complicitĂ© Ă©gal Ă  Ă©gal grĂące Ă  l’excellent acteur qu’est Alex Esposito (Leporello) qui joue le double de son maĂźtre, plutĂŽt que son serviteur. Le jeu de miroir de l‘un Ă  l’autre, leur duplicitĂ© interchangeable, l’un apprenant de l’autre, quand l’autre est stimulĂ© et regaillardi par la tĂ©nacitĂ© de l’un
 Le duo fonctionne Ă  merveille et renforce la haute tenue de cette version londonienne. Humain tiraillĂ© (la prĂ©sence dĂ©multipliĂ©e du Commandeur assassinĂ© ensanglantĂ©), coupable et meurtrier Ă  la façon de Caravage, le Don Giovanni de Mariusz Kwiecien saisit par sa fĂ©rocitĂ© cynique, son intensitĂ© bestiale et animale, sa sauvagerie Ă  la fois blessĂ©e et lĂąche
 dont les nuances Ă©pousent lĂ  encore toutes les intentions d’un texte musical et dramatique, d’une sidĂ©rante vĂ©ritĂ©.
Digne et touchante par sa sincĂ©ritĂ© elle aussi, Donna Anna de Malin Byström ; tendue, presque criarde et peu Ă  l’aise, l’Elvira de la française VĂ©ronique Gens déçoit : manque de naturel et de fluiditĂ©, la diva ne maĂźtrise pas le legato mozartien, et cherche souvent le portrait admirable de cette amoureuse attendrie, Ă©ternelle compatissante Ă  l’égard d’un Don Giovanni qui l’a pourtant trahie et abandonnĂ©e. Autre tempĂ©rament Ă  en vouloir dĂ©coudre, la Zerlina autodĂ©terminĂ©e d’Elizabeth Watts : elle aussi veut sa part de plaisir et de jouissance. Aussi nuancĂ© et caractĂ©risĂ© demeure le Masetto du Sud-africain Dawid Kimberg, lui aussi bon acteur. Plus limitĂ© et en dessous du niveau de ses remarquables partenaires, l’Ottavio dĂ©passĂ© de Antonio Poli. Continuo allĂ©gĂ© expressif, ou orchestre rugissant, furieux ou murmurĂ©, la direction de Nicola Luisotti (au pianoforte) se distingue elle-aussi par sa finesse et son Ă©loquence.

LE NOZZE DI FIGARO
Autre rĂ©ussite pour ces Noces / Nozze Ă  la fois homogĂšnes et naturelles rĂ©unissant un plateau de chanteurs qui sont aussi de bons acteurs. Chant et thĂ©Ăątre se rĂ©alisent au diapason d’un orchestre lui aussi idĂ©alement articulĂ©, animĂ© par la progression dramatique. C’est donc un succĂšs global, un beau travail d’équipe canalisĂ© et façonnĂ© par Davd McVicar dont l’esthĂ©tisme et la clartĂ© de conception font merveille. Les deux Comte / Comtesse, Figaro / Susana sont trĂšs bien incarnĂ©s, ajoutant Ă  l’équilibre expressif et la caractĂ©risation de chacun. Les rĂ©citatifs sont vifs, nerveux, jamais Ă©pais : une leçon de piquante Ă©loquence. BientĂŽt Don Giovanni de poids et de charme, le Figaro alors de Erwin Schrott fait mouche par sa virilitĂ© souple et bien chantante, une force canalisĂ©e, parfaitement adaptĂ©e pour rĂ©sister et vaincre l’autoritĂ© du Comte. Belle ivresse et sĂ©duction sensuelle chez la Susanna de la suĂ©doise Miah Persson. Exemplaire depuis ses dĂ©buts baroques, Ă  la fois profonde, sincĂšre et Ă©conome, la bouleversante Comtesse de Dorotha Röschmann Ă©blouit par sa grĂące intĂ©rieure, sa noblesse d’ñme qui Ă©claire cette tendresse de Mozart pour les femmes. Subtil sans grossiĂšretĂ©, le Comte de Gerald Finley apporte au personnage ailleurs, rustre et caricatural, une finesse d’intention qui Ă©paissit considĂ©rablement le personnage. Le piĂšge et la bascule qui se retournent contre lui en fin d’action, gagnent une nouvelle profondeur. Saluons la tendresse juvĂ©nile trĂšs juste du ChĂ©rubino de Rinat Shahan, la Barbarina toute en sensualitĂ© piquante d’Ana James. MĂȘme maĂźtrise vocale et dramatique pour le trĂšs drĂŽle Basilio de Philippe Langridge : une classe mĂ©morable.
En fosse, pas moins que le directeur musical du Royal Opera House, Antonio Pappano, qui joue aussi du clavecin avec vivacité et entrain. La direction détaillée et nerveuse ajoute à cette remarquable approche de la Folle Journée mozartienne, frappée du sceau de la trépidante pulsation humaine, inconstante et douloureuse. Superbe production.

CLIC_macaron_2014LE NOZZE DI FIGARO : McVicar / Pappano
DON GIOVANNI : Holten / Luisotti
COSI FAN TUTTE : Gloger / Bychkov
Royal Opera Chorus and Orchestra – 3 dvd OPUS ARTE

Plus d’infos sur le site d’OPUS ARTE

FAUTEUIL D’ORCHESTRE n°5 : la Jeune GĂ©nĂ©ration

saint-clair-anne-fauteuil-dorchestre-france-television-juil-2018-annonce-critique-presentation-par-classiquenewsFRANCE 3, FAUTEUILS D’ORCHESTRE, Ven 25 janv 2019, 21h. Cure de jeunisme aprĂšs les fĂȘtes… En prime time sur France 3, voici donc la «  Jeune GĂ©nĂ©ration «  d’artistes interprĂštes destinĂ©s selon la chaĂźne publique Ă  marquer les scĂšnes françaises
 Souhaitons que ce nouvel Ă©pisode de « Fauteuils d’orchestre » (animĂ© par Anne Sinclair) trouve enfin sa carrure, son rythme, son naturel surtout
 car c’est pourtant le dĂ©jĂ  5Ăš Ă©pisode d’une sĂ©rie pas toujours convaincante
 le cĂŽtĂ© guindĂ© dans la prĂ©sentation fait naĂźtre une distance dont n’a pas besoin le classique Ă  une heure de grande Ă©coute cathodique
 Pour illustrer le thĂšme de ce soir, Ă  savoir la nouvelle gĂ©nĂ©ration de musiciens, voici donc un plateau qui accorde jeunesse et talents. Pour autant ne faut-il rĂ©ellement que de la technique et de la virtuositĂ© pour toucher et convaincre ? Il y a toujours ce supplĂ©ment d’ñme et de profondeur, de conscience et de sincĂ©ritĂ© qui manquent Ă  l’appel. Seuls les plus grands artistes ont cette vĂ©ritĂ© qui est simplicitĂ©. Et ce n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde.
Le tĂ©nor mexicain Rolando Villazon s’invite aux cĂŽtĂ©s de la prĂ©sentatrice pour animer une Ă©mission inĂ©dite dĂ©diĂ©e aux jeunes interprĂštes. Le musicien AndrĂ© Manoukian, l’acteur et humoriste Elie Semoun, les acteurs Michel Blanc et Charles Berling ou encore la journaliste Laurence Ferrrari, 
 tous viennent partager leur Ă©motion et faire dĂ©couvrir une gĂ©nĂ©ration de jeunes artistes.
 Sauront-ils nous Ă©mouvoir et nous toucher ? PrĂ©sents, 3 violoncellistes français. L’abondance de talent sur cet instrument est rare. Le phĂ©nomĂšne mĂ©ritait donc d’ĂȘtre soulignĂ© : Victor Julien-LaferriĂšre, Bruno Philippe, AurĂ©lien Pascal, 
 et vous ? Quel sera votre prĂ©fĂ©rĂ© ?

Chanteurs, violonistes, pianistes, et donc violoncellistes, ils consacrent leur vie à la musique classique, avec passion, générosité, simplicité.

Au programme : Mozart, Bach, Schumann, Gounod, Saint-Saëns, Verdi, Bernstein


InvitĂ©s de ce «  FAUTEUIL D’ORCHESTRE n°5 » :

- André Manoukian, piano
- Nemanja Radulovic, violon
- AĂŻda Garifulina, soprano
- Kévin Amiel, ténor
- Chloé Briot, soprano
- Simon Ghraichy, piano
- La MaĂźtrise Populaire de l’OpĂ©ra-Comique de Paris
- Victor Julien-LaferriĂšre, violoncelle
- Bruno Philippe, violoncelle
- Aurélien Pascal, violoncelle
- Catherine Trottmann, mezzo soprano
- Alexandre Pascal, violon
- Thomas Leleu, tuba
- Maroussia Gentet, piano
- Mia Mandineau, chanteuse et blogueuse

Avec l’Orchestre de Chambre de Paris dirigĂ© par Pierre Bleuse et ChloĂ© Van SoeterstĂšde

FRANCE 3, FAUTEUILS D’ORCHESTRE: LA JEUNE GÉNÉRATION, Vendredi 25 Janvier 2019 Ă  21h00 – PrĂ©sentĂ©e par Anne Sinclair

CD, critique. SCHOECK : «VOM FISCHER UN SYNER FRU» / Le pĂȘcheur et sa femme (1 cd Claves, Winterthur 2017).

schoeck othmar pecheur femme cd critique cd review vom fischer un syner frau 1930 cd review classiquenews iw39n8uy2fcxa_600CD, critique. OTHMAR SCHOECK (1886–1957) : «VOM FISCHER UN SYNER FRU» / Le pĂȘcheur et sa femme (1 cd Claves). Comme Stravinksy ou Paul Hindemith, le suisse Othmar Schoeck dĂšs 1916, bĂ©nĂ©ficie du soutien du mĂ©cĂšne richissime Werner Reinhart (1884 –1951), trĂšs impliquĂ© depuis Winterthur dans l’essor de la musique contemporaine. Ainsi le compositeur, figure majeure de la musique suisse au XXĂš est-il accueilli dans la maison sur le lac Morat pour achever sa nouvelle cantate dramatique qu’il fait Ă©couter en premiĂšre audition Ă  ses chers protecteurs, en juin 1930, Reinhart et son Ă©pouse. L’Ɠuvre est crĂ©Ă©e Ă  Dresde en octobre 1930 sous la direction de Fritz Busch.

 

 

 

Otmar SchƓck :  postwagnerisme suisse

 

 

 

InspirĂ© de Grimm, dans une version du PĂȘcheur rĂ©Ă©crite par Otto Runge, l’ouvrage lyrique de Schoeck affirme l’emprise wagnĂ©rienne que son Ă©criture cultive. Un style flamboyant comme le sont les voeux / souhaits / dĂ©sirs, de plus en plus ambitieux du pĂȘcheur et surtout de sa femme
 vanitĂ© humaine, orgueil confinant Ă  la folie, puis morale oĂč les deux ĂȘtres misĂ©rables rĂ©apprennent la valeur de l’essentiel, l’amour et l’humilitĂ©, dans le renoncement le plus extrĂȘme. Tout le drame est construit sur une arche de tension qui s’accentue, de variations qui se complexifient
 Ă  mesure que la femme demande et exige toujours plus, jusqu’au dĂ©nuement / dĂ©nouement final.  Schoek sait suggĂ©rer le monde flottant de l’ocĂ©an primordial, d’une calme grandeur, avant la rĂ©alisation de l’action (PrĂ©lude marin) ; chaque Ă©pisode orchestral suit la gradation du dĂ©sir de la femme, de son ambition dĂ©mesurĂ©e (au 4, majestĂ© de leur nature royale ; au 6, quand elle devient papesse !
 avant de devenir dĂ©esse).
Schoeck othmar chef maestro concert opera cantate pecheur et sa femme classiquenews cd critique review cd 8S’il assume pleinement l’hĂ©ritage de Wagner, Othmar SchƓck (1886–1957) se rĂ©fĂšre ostensiblement Ă  son maĂźtre, Max Reger (1873-1916) avec lequel il Ă©tudia scrupuleusement en 1907 / 1908 Ă  Leipzig. L’apprentissage d’une sĂ©vĂ©ritĂ©, d’une rigueur surtout dont SchƓck dĂ©duit la construction impeccable de sa « cantate dramatique ». Cet enregistrement de juin 2017 enregistrĂ© Ă  Winterthur en Suisse allemande (et rĂ©alisĂ© par les ressources locales de Winterthur), dĂ©fend avec beaucoup de prĂ©cision et de sobriĂ©tĂ© la partition de SchƓck, son essence chambriste qui en fait une cantate et non pas un acte d’opĂ©ra. Il en rĂ©sulte de la part de tous les interprĂštes (dont le plateau vocal, plutĂŽt convaincant dans la caractĂ©risation du pĂȘcheur et de sa femme), une concentration qui Ă©claire de l’intĂ©rieur la partition, l’une des plus passionnantes composĂ©es en Suisse, portant et la discipline d’une forme dramatique, trĂšs proche du texte, et la tension d’une Ă©poque appelĂ©e Ă  imploser. Au dĂ©but des annĂ©es 1930, SchƓck dĂ©montre sa maestriĂ  – Ă  la fois Ă©purĂ©e et expressive, dans le genre lyrique. Captivant.

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CD, critique. OTHMAR SCHOECK (1886–1957) : Vom Fischer un syner Fru, Dramatische Kantate, Op. 43 (1928-30) / Le PĂȘcheur et sa femme, cantate dramatique, Leipzig 1930. 1 cd CLAVES, Winterthur, 2017.

Othmar Schoeck (1886-1957)‹”Vom Fischer un syner Fru”‹Dramatische Kantate, op. 43 (1928/30)

Musikkollegium Winterthur
‹Direction : Mario Venzago‹ ‹

Die Frau : Rachel Harnisch (Soprano)
‹Der Mann : Jörg DĂŒrmĂŒller (TĂ©nor)‹
Der Butt : Jordan Shanahan (Basse)‹‹‹ ‹

Text von Philipp Otto Runge nach dem MĂ€rchen der BrĂŒder Grimm

 

 

 

CD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux CaractĂšres, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS ChĂąteau Versailles Spectacles)

campra europe galante cd herin les nouveaux caracteres cd critique review cd la critique cd par classiquenewsCD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux CaractĂšres, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS ChĂąteau Versailles Spectacles). Campra dut-il dĂ©camper ? Le 24 oc 1697, le compositeur employĂ© de l’ArchevĂšque de Paris, n’avait pas souhaitĂ© voir mentionnĂ© son nom sur les affiches et le livret car son patron n’aurait pas vu d’un bon Ɠil la conception d’un ouvrage Ă  la sensualitĂ© et aux rĂ©fĂ©rences Ă©rotiques scandaleuses
 Dans les faits, Campra revendiquera officiellement la paternitĂ© de l’Europe Galante, puis du Carnaval de Venise de 1699, aprĂšs s’ĂȘtre libĂ©rĂ© de ses engagements d’avec l’ArchevĂȘchĂ© de Paris en octobre 1700. Le Ballet selon la terminologie du XVIIĂš (et non pas « opĂ©ra-ballet » comme il est dit aujourd’hui par les musicologues), sĂ©duit immĂ©diatement par la sensualitĂ© sĂ©duisante de son Ă©criture, la fine caractĂ©risation des actes selon le lieu concernĂ© et le style « ethnographique » Ă©voquĂ©.

 
   
 
 
 

Campra amoureux et sensuel
Ă  l’époque oĂč le Turquie faisait l’Europe Galante


 
 
 

Campra marque l’histoire de la musique dramatique Ă  l’époque de la France Baroque car il renouvelle sensiblement le genre chorĂ©graphique, offrant une nouvelle dĂ©finition d’un spectacle chantĂ©, dansĂ©, jouĂ©, Ă  partir du genre hybride du divertissement, sĂ©quence constituante de l’opĂ©ra lĂ©guĂ© par Lully, et qui sollicite tous les acteurs sur la scĂšne : chanteurs, choeur, danseurs et Ă©videmment orchestre.  L’imagination trĂšs attractive et poĂ©tique de Campra se distingue nettement de celle de ses contemporains
 en dĂ©pit de son intrigue morcelĂ©e, L’Europe Galante traverse diverses contrĂ©es europĂ©ennes et prĂ©sente les divers visages de l’amour, en France, en Espagne, en Italie, et en 
 Turquie (!).
A notre Ă©poque oĂč l’intĂ©gration dans la communautĂ© europĂ©enne de nos amis turcs pose toujours problĂšme, voilĂ  qui ne suscitait aucune rĂ©serve de la part de Campra et de son librettiste et par extension de leurs contemporains en ce dĂ©but du XVIIIĂš.
La rĂ©ussite de Campra et de son librettiste La Motte est d’offrir et de ciseler ainsi 4 tableaux dont la finesse d’inspiration et la couleur Ă©galent le gĂ©nie d’un Watteau ; la force rĂ©aliste de l’opĂ©ra nouveau revenant au sujet proprement dit : plusieurs intrigues amoureuses dans le style contemporain (soit du Marivaux ou du Beaumarchais avant l’heure, mais sans aucun sentiment ironique ni parodique et cynique : le temps est Ă  l’abandon et Ă  la sensualitĂ©). Ainsi la sensibilitĂ© amoureuse et le tempĂ©rament sĂ©ducteur de chaque nation est Ă©pinglĂ©e, dans sa singularitĂ© contrastante : le Français, dans un intermĂšde pastoral et berger,  est « volage, indiscret et coquet » ; l’Espagnol, en une sĂ©rĂ©nade divertissante, « fidĂšle et romanesque », l’italien, inventeur du masque et du bal vĂ©nitien,  est « jaloux, fin et violent » (un vrai mĂ©diterranĂ©en en somme) ; enfin le Turc, en ses Ă©crins colorĂ©s et sensuels, Ă  la fois « souverain » et « emporté ».

La rĂ©alisation prĂ©sentĂ©e par le ChĂąteau de Versailles, est diversement convaincante. Distinguons quelques sĂ©quences emblĂ©matiques. Dans l’Italie : l’Olimpia de Caroline Mutel est trop courte et instable (vibrato envahissant et mĂ©canique, voire systĂ©matique, aigus pincĂ©s) : quel contraste avec le français parfait et naturel de l’Octavio si dĂ©lectable de Anders J Dahlin (au verbe ciselĂ©, languissant, tendre, d’une ivresse nostalgique).

La Turquie, s’ouvre en chaconne sombre et presque mĂ©lancolique sur le lamento qui montre l’impuissance de Zaide (somptueux mezzo intelligible d’Isabelle Druet). C’est l’un des Ă©pisodes les mieux incarnĂ©s : verbe clair et naturel, orchestre souple et onctueux mĂȘme. Du grand art.  Soulignons la cohĂ©rence expressive de l’air pour les Bostangis (plage 21, cd2) : truculence et dĂ©lire orientalisant, plein de panache et de verve parodique : somptueuse rĂ©alisation. Saluons l’édition de cette nouvelle collection discographique sous le pilotage du ChĂąteau de Versailles : Notice de prĂ©sentation documentĂ©e, publication du livret intĂ©gral
 VoilĂ  qui change des publications hasardeuses, Ă©ditorialement faibles. A suivre (car l’institution versaillaise annonce de nombreuses enregistrements Ă  venir, toute en liaison avec la riche histoire du ChĂąteau de Versailles).

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CD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE. D’hĂ©rin (2 cd, ChĂąteau de Versailles spectacles, 2017)

 
 
 
 
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Autre cd Chùteau de Versailles Spectacles, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.   EN LIRE PLUS