COMPTE-RENDU, opéra. GenÚve, le 11 sept 2019. GLASS : Einstein on the beach. Daniele Finzi Pasca / Titus Engel

glass philip coffret box cd review cd critique classiquenews homepage_large.9078cd9bCompte-rendu, OpĂ©ra. GenĂšve, Grand-ThĂ©Ăątre, le 11 septembre 2019. Einstein on the beach de Philip Glass. ChƓur et Orchestre de la Haute Ecole de Musique de GenĂšve. Daniele Finzi Pasca (mise en scĂšne). Titus Engel (direction). Quasiment personne (on compte seulement une ou deux tentatives
) n’avait osĂ© s’affronter au mythe que constitue « Einstein on the Beach », Ɠuvre-monstre du duo Philipp Glass / Robert Wilson crĂ©Ă©e au Palais des Papes Ă  l’étĂ© 1976. Pour marquer d’un grand coup son premier mandat Ă  la tĂȘte du Grand-ThĂ©Ăątre de GenĂšve (aprĂšs dix annĂ©es passĂ©es Ă  celle de l’OpĂ©ra des Flandres), le suisse Aviel Cahn a choisi ce titre, et a proposĂ© au Suisse Daniele Finzi Pasca (Ă  qui l’on doit les CĂ©rĂ©monies des jeux olympiques de Sotchi ou, plus rĂ©cemment, la fameuse FĂȘte des vignerons de la voisine Vevey) de mettre en images ce vĂ©ritable OLNI (Objet Lyrique Non-IdentifiĂ©). Las, avouons d’emblĂ©e que le nouveau « jet » est loin du choc qu’avait constituĂ© pour nous la mouture originale (par quatre fois, lors de la reprise du spectacle de Wilson au Corum de Montpellier, puis au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet, il y a bientĂŽt dix ans).

 

 

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Pour commencer, et c’est la plus grosse dĂ©ception, il faut faire le deuil des sublimes chorĂ©graphies de Lucinda Childs, remplacĂ©es ici par de plates scĂ©nettes illustratives, dont la premiĂšre nous montre Einstein s’affairant autour de son bureau, entourĂ©s de multiple assistants, et l’on s’ennuie ferme lĂ  oĂč l’on tressaillait de plaisir avec Childs. Il faudra attendre une bonne heure avant qu’une image vienne enfin nous tirer de notre torpeur, celle de roues tournoyant – en roue libre – dans un ciel orageux et rougeoyant Ă  la fois.
D’autres suivront, plus ou moins oniriques, tel cette naĂŻade vĂȘtue de tulles oranges se livrant Ă  un mystĂ©rieux ballet aquatique dans une grande cuve cylindrique emplie d’eau. L’humour est Ă©galement prĂ©sent dans le spectacle, notamment lors de la scĂšne la plus rĂ©ussie (Ă  nos yeux) de la soirĂ©e, oĂč les acteurs circassiens de la Compagnia Finzi Pasca – filmĂ©s en temps rĂ©el – essaient d’escalader la bibliothĂšque d’Einstein, selon les images vidĂ©os que le public voit, mais sont en fait allongĂ©s au sol, ce qui s’avĂšre Ă  la fois une rĂ©flexion sur la pesanteur, mais qui est surtout prĂ©texte ici Ă  d’improbables et drolatiques figures acrobatiques ! Mais pour deux ou trois moments rĂ©ussis esthĂ©tiquement ou intellectuellement, combien de scĂšnes vides, qui ne sont rien d’autres que du pur remplissage. OĂč est donc passĂ© la vraie rĂ©flexion mĂ©taphysique qui innervait les 4h30 du spectacle de Wilson (ici rĂ©duit Ă  3h40), car on ne retrouve ici que des scĂšnes sans grande logique ni lien entre elles, si ce n’est qu’elles font appel aux Ă©lĂ©ments de langage de Finzi Pasca (rĂ©fĂ©rences circassiennes, nĂ©ons, jeux d’ombres et de miroirs). Bref, la copie apparaĂźt comme bien pĂąle auprĂšs de l’original


 

 

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Par bonheur, la force de la musique et du chant, quant Ă  eux, restĂ©s intacts, et constituent le principal intĂ©rĂȘt de la soirĂ©e. Les structures rĂ©pĂ©titives de la musique de Philip Glass, son arithmĂ©tique et son solfĂšge chantĂ©s par un ChƓur – composĂ© d’étudiant(e)s de la Haute Ecole de Musique de GenĂšve (Ă  l’instar des instrumentistes de l’Einstein Ensemble) – d’une tenue et d’une prĂ©cision impressionnantes, ses progressions, ses ruptures rythmiques, libĂšrent les effets hypnotiques qui nous avaient clouĂ© Ă  notre siĂšge la premiĂšre fois, sous la direction d’un Titus Engel qui en maĂźtrise parfaitement la syntaxe. MĂȘme si la sonorisation semble perfectible, orgues synthĂ©tiques et bois orchestrent une liturgie captivante, prĂ©sidĂ©e par un Einstein au violon aĂ©rien digne d’une Partita de Bach (Madoka Sakitsu, remarquable d’endurance et de musicalitĂ©).

Si l’essai demande nĂ©anmoins Ă  ĂȘtre transformĂ©, bravo Ă  Aviel Cahn d’avoir eu le courage de remonter un tel ouvrage, et vivement la suite d’une saison qui – sur le papier – s’avĂšre des plus palpitantes !

 

 
 

 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. GenĂšve, Grand-ThĂ©Ăątre, le 11 septembre 2019. Einstein on the beach de Philip Glass. ChƓur et Orchestre de la Haute Ecole de Musique de GenĂšve. Daniele Finzi Pasca (mise en scĂšne). Titus Engel (direction).

Illustrations : © C Parodi / Opéra Grand Théùtre de GenÚve © 2019

COMPTE-RENDU, concert. BESANCON, le 9 sept 2019. Russian National Orchestra, NikolaĂŻ Lugansky, MikhaĂŻl Pletnev

sergei-rachmaninov-russian-composer1Compte-rendu, concert. Festival de Besançon, ThĂ©Ăątre Ledoux, le 9 septembre 2019. Russian National Orchestra, NikolaĂŻ Lugansky (piano), MikhaĂŻl Pletnev (direction). C’est Ă  une soirĂ©e 100% russe que la 72Ăšme Ă©dition du Festival International de Besançon (couplĂ©e avec la 56Ăšme Ă©dition du fameux Concours International de jeunes chefs d’orchestre) convie un public venu en masse entendre NikolaĂŻ Lugansky dans le cĂ©lĂšbre 3Ăšme Concerto pour piano de SergueĂŻ Rachmaninov (illustration ci-contre). De fait, le grand pianiste russe ne déçoit pas les attentes et dialogue avec brio, dĂšs les premiers accord, avec le Russian National Orchestra, phalange fondĂ©e et dirigĂ©e depuis 1990 par MikhaĂŻl Pletnev, qui s’était fait connaĂźtre en remportant le cĂ©lĂšbre Concours TchaĂŻkovski en 1978.

Le ton est donc donnĂ© dĂšs l’attaque du thĂšme initial, et ce sera magistral, avec un tempo maĂźtrisĂ© et un piano omniprĂ©sent. L’ampleur du souffle semble infinie, le discours est d’une brillance et d’une fluiditĂ© Ă©tonnantes, mĂȘme dans le legato, et toutes les notes sont trĂšs distinctement dĂ©tachĂ©es, ce qui est un rĂ©gal pour l’oreille.

AprĂšs l’entracte, place Ă  la Symphonie n°9 de Dimitri Chostakovitch, une Ɠuvre lĂ©gĂšre et facĂ©tieuse, courte et enjouĂ©e. CrĂ©Ă©e en 1945, elle est la troisiĂšme et derniĂšre symphonie composĂ©e durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, alors que les SeptiĂšme et HuitiĂšme durent plus d’une heure et nĂ©cessitent un effectif imposant, la NeuviĂšme requiert une masse orchestrale classique et dure Ă  peine moitiĂ© moins. Mais surtout, elle dĂ©laisse l’hĂ©roĂŻsme patriotique des deux prĂ©cĂ©dentes pour faire place Ă  des airs enjouĂ©s, inspirĂ©s de danses rustiques. On sait qu’elle provoqua l’ire de Staline – au point que le compositeur dut craindre pour sa vie – qui s’attendait Ă  une Ɠuvre apothĂ©otique, composĂ©e expressĂ©ment pour sa propre gloire ainsi que pour celle des troupes soviĂ©tiques victorieuses du nazisme. Soutenus par les solistes souvent splendides d’un des meilleurs orchestres russes, Pletnev dĂ©veloppe une approche emplie d’un humanisme chaleureux, mais sans gommer l’aspect grinçant et sarcastique de cette superbe partition. Il faut souligner l’extraordinaire prĂ©sence de la petite harmonie, notamment les premiers flĂ»te, clarinette et basson, qui ont prodiguĂ© des sonoritĂ©s prodigieuses. Dans ce trio de solistes, on savoure la spĂ©cificitĂ© sonore de chaque registre ainsi qu’un remarquable sens du legato. On admire enfin leur remarquable cohĂ©rence, qui emmĂšne la symphonie vers sa juste conclusion dans le crescendo final.

diotima-bartok-6-quatuors-a-beziers-theatre-sortieouest-presentation-sur-classiquenews-582La veille (8 sept 2019), nous avons pu assister Ă  une soirĂ©e de musique de chambre, au trĂšs beau Kursaal de la ville, qui rĂ©unissait, pour l’occasion, le Quatuor Arod et le Quatuor Diotima. Le premier interprĂšte le Quatuor N°4 D. 46 en do majeur de Schubert ; il parvient en quelques mesures de pure grĂące Ă  nous emporter : il faut dire que le Quatuor Arod est ici dans son rĂ©pertoire de prĂ©dilection, faisant valoir une pulsation rythmique lĂ©gĂšre et aĂ©rienne, en un Ă©lan stimulant. L’acoustique trĂšs dĂ©taillĂ©e de la salle bisontine sert cette conception qui manque peut-ĂȘtre parfois de puissance au premier violon, mais qui emporte l’adhĂ©sion par son sens des nuances et des couleurs. C’est au cĂ©lĂ©brissime Quatuor de Ravel que s’est ensuite confrontĂ© leurs collĂšgues du Quatuor Diotima :  ils le dĂ©fendent de maniĂšre tout aussi vivante et instinctive, en prĂȘtant attention Ă  la dynamique, parfaitement assurĂ©e, et aux tempi, judicieusement choisis.
Les huit artistes se sont Ă©galement retrouvĂ©s dans deux octuors : d’abord dans les Deux PiĂšces pour octuor Ă  cordes, op. 11 de Dimitri Chostakovitch, une Ɠuvre qui est un tĂ©moignage Ă©loquent d’un temps Ă  la fois marquĂ© par le retour Ă  Bach et par un volontĂ© de provocation aussi sain que rĂ©jouissant, puis Ă  l’occasion d’une crĂ©ation mondiale, commande expresse du festival au compositeur français Eric Tanguy, en rĂ©sidence pour cette 72Ăšme Ă©dition. Le titre de la piĂšce est « The desperate man », en rĂ©fĂ©rence au cĂ©lĂšbre autoportrait (« Le dĂ©sespĂ©ré ») de Gustave Courbet, l’enfant du pays dont on fĂȘte cette annĂ©e le bicentenaire de la naissance. La piĂšce est trĂšs agrĂ©able Ă  Ă©couter, trĂšs bien Ă©crite, et Ă  son Ă©coute, l’on se rend compte qu’au fil des annĂ©es, le propos du compositeur se fait moins Ăąpre et spontanĂ©, plus consonnant et acadĂ©mique, sans que cela ne doive ĂȘtre pris pĂ©jorativement… Illustration : Quatuor Diotima (DR)

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Compte-rendu, concert. Festival de Besançon, Théùtre Ledoux, le 9 septembre 2019. Russian National Orchestra, Nikolaï Lugansky (piano), Mikhaïl Pletnev (direction).

COMPTE-RENDU, concert. Variations Classiques d’Annecy, ThĂ©Ăątre Bonlieu, le 31 aoĂ»t 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction).

VariationsClassiques-visuels-1080x1600-1_8_frCompte-Rendu, Concert. Variations Classiques d’Annecy, ThĂ©Ăątre Bonlieu, le 31 aoĂ»t 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction). Sur les cendres du prestigieux Annecy Classic Festival sont nĂ©es, il y a trois ans, Les Variations Classiques d’Annecy, que chapeaute – artistiquement parlant – Marianne Gaussiat. Mais, idĂ©e originale, cette derniĂšre ne dĂ©cide pas seule de la programmation, et elle s’entoure chaque annĂ©e d’une personnalitĂ© issue du monde culturel Ă  qui elle offre une « carte blanche ». AprĂšs Catherine Frot en 2017 et Gaspard Proust en 2018, c’est Ă  Laurence Ferrari qu’est revenu cet honneur cette annĂ©e. Sur quatre jours, entre les 28 et 31 aoĂ»t, la perle des Alpes françaises a certes accueilli des artistes de renommĂ©e internationale, mais la programmation 2019 Ă©tait surtout basĂ©e – selon le vƓu de Laurence Ferrarri – sur « la fĂ©minitĂ© et la jeunesse ». La jeunesse, on la retrouve ce soir avec l’Orchestre Français des Jeunes, et la fĂ©minitĂ© – doublĂ©e de la jeunesse – en la personne de Lise de La Salle, puisque c’est Ă  ces artistes que revient de clĂŽturer la 3Ăšme Ă©dition du festival, sous la fĂ©rule de Fabien Gabel (Ă  la tĂȘte de la juvĂ©nile formation depuis 2017).

Les choses dĂ©butent trĂšs bien avec une Ouverture de BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict oĂč le jeune chef quĂ©bĂ©cois donne la bonne mesure, en offrant une battue soucieuse des multiples dĂ©tails entrelacĂ©s de l’orchestration de Berlioz. Le temps d’installer le piano, et Lise de la Salle se jette (Ă  corps perdu) dans le trĂšs romantique Concerto en La mineur op.54 de Robert Schumann, dont elle offre une version que l’on qualifiera d’une captivante inventivitĂ©. Le premier mouvement est un modĂšle d’entente entre chef et soliste, avec des tempi plutĂŽt lents qui offrent Ă  la jeune pianiste un bel espace pour son travail sur l’expression et sur l’articulation. A certains moments, grĂące au parti pris de Gabel de retenir la masse orchestrale, ces recherches sont mĂȘme Ă  la limite de l’audible et, le reste du temps, c’est tout simplement envoĂ»tant, avec une virtuositĂ© consommĂ©e, mais toujours dominĂ©e par la fluiditĂ© du discours musical (et un son d’une richesse Ă©tourdissante !). En bis, un Nocturne de Chopin viendra suspendre le temps pendant quelques minutes, et lui vaudra un triomphe de la part du public annĂ©cien. AprĂšs l’entracte, place au finalement assez rare ballet Petrouchka de Stravinsky (en comparaison de L’Oiseau de feu et du Sacre du printemps, bien plus souvent mis Ă  l’affiche
). CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet Ă  Paris en juin 1911, sous la direction de Pierre Monteux pour les Ballets russes, cette piĂšce symphonique appartient au meilleur du catalogue du maĂźtre russe. Le court thĂšme principal qui reviendra tout au long de la partition, prĂ©cis et facilement mĂ©morisable, assez lancinant, opĂšre toujours un impact massif sur l’auditeur. Disons tout net que la jeune formation française y apparaĂźt au sommet de ses capacitĂ©s, et nous propose ce soir une superbe version tant elle rĂ©pond idĂ©alement aux exigences de Stravinsky : ce haut degrĂ© de rĂ©alisation doit beaucoup Ă  l’engagement plein d’ardeur des musiciens, tout autant qu’à l’énergie farouche de Fabien Gabel. Devant l’enthousiasme du public, ils offrent en bis l’une des Valses nobles et sentimentales de Maurice Ravel, d’un tourbillonnant vertige !

Compte-Rendu, Concert. Variations Classiques d’Annecy, ThĂ©Ăątre Bonlieu, le 31 aoĂ»t 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction).

COMPTE-RENDU, concert. PRADES, Festival P Casals, les 12 et 13 août 2019. Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals


Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, Abbaye Saint-Michel de Cuxa, les 12 et 13 aoĂ»t 2019. ƒuvres de Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals
 « RĂȘves en liberté », c’est le thĂšme choisi cette annĂ©e par Michel Lethiec pour cette 69Ăšme Ă©dition du Festival Pablo Casals. FondĂ© en 1950 par l’illustre violoncelliste catalan, la manifestation occitane fĂȘtera donc son 70Ăšme anniversaire l’étĂ© prochain, ce qui devrait nous valoir une belle affiche, mĂȘme si l’excellence musicale est au rendez-vous Ă  chaque nouvelle Ă©dition. Comme Ă  sa bonne habitude, l’heureux et fantasque directeur dĂ©bute chacune des soirĂ©es par un avant-propos dont il a le secret, mĂȘlant Ă©rudition, didactisme et franche rigolade, en vĂ©ritable boute-en-train qu’il est. Les deux concerts de clĂŽture des 12 et 13 aoĂ»t, sis dans l’Abbaye St Michel de Cuxa, ne font pas exception, et les deux invitĂ©s de marque que sont Mathieu ChĂ©did (le 12) et BenoĂźt Hamon (le 13) semblent avoir Ă©galement apprĂ©ciĂ© la faconde joyeuse de Michel Lethiec.

Le premier concert, annonce ce dernier, est intitulĂ© « Jeux d’eau », et de fait, tous les morceaux exĂ©cutĂ©s ce soir seront liĂ© Ă  l’élĂ©ment vital. Il dĂ©bute ainsi avec le quatriĂšme mouvement du Quintette avec piano du brestois Jean Cras, le cĂ©lĂšbre marin-compositeur, dĂ©fendu ici par le non moins fameux ShanghaĂŻ Quartet et le pianiste français Yves Henry : ensemble, ils obtiennent un mĂ©lange idĂ©al de moelleux et de finesse, un rien surannĂ©, comme dans un songe, qui fait tout le prix de cette piĂšce attachante. C’est seul que le pianiste aborde ensuite le morceau « Reflets dans l’eau » (extrait du livre 1 d’Images) de Claude Debussy, qu’il excelle Ă  restituer dans un dĂ©cor naturel, et l’on se laisse ainsi porter par un souffle, qu’inspirent des phrasĂ©s Ă  la fois soignĂ©s et spontanĂ©s. Il poursuit avec la cĂ©lĂšbre « Barque sur l’ocĂ©an » (extrait de Miroirs) du rival Maurice Ravel, et frappe par la puissance de ses lignes de basses, comme si l’embarcation Ă©tait ballotĂ©e dans une houle tumultueuse et dĂ©vastatrice. C’est par une version rare du « PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune » (de Debussy) que se termine la premiĂšre partie, une mouture rĂ©alisĂ©e pour onze instruments par Benno Sachs, un Ă©lĂšve d’Arnold SchƓnberg qui rĂ©pondait lĂ  Ă  la demande de la sociĂ©tĂ© d’exĂ©cutions musicales privĂ©es fondĂ©e en 1918 par le mĂȘme SchƓnberg. Si la flĂ»te ondoyante de Patrick Gallois ne manque ni de charme ni de sensualitĂ©, l’habillage instrumental – avec un piano, un alto, deux violons, une contrebasse et quelques vents – ne restitue cependant, Ă  nos yeux, qu’imparfaitement toute la complexitĂ© et la richesse de l’Ɠuvre originale. AprĂšs l’entracte, le roboratif Quintette pour piano et cordes en La majeur op. 114 D.667 (dit « La truite ») de Franz Schubert rĂ©unit Florian Uhlig au piano, Boris Garlitsky au violon, Yuval Gotlivovich Ă  l’alto, Emil Rovner au violoncelle et ThĂ©otime Voisin Ă  la contrebasse (un jeune instrumentiste français qui vient d’ĂȘtre nommĂ© contrebasse solo au mythique Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam !). Ce Quintette pour piano et cordes est certainement l’Ɠuvre la plus populaire de Schubert : elle lui a Ă©tĂ© commandĂ©e par le violoncelliste Sylvestre Paumgartner qui suggĂ©ra au compositeur d’y insĂ©rer la musique du lied La Truite écrit quelques annĂ©es plus tĂŽt. C’est un ouvrage gai, vivant et mĂ©lodieux qui reflĂšte une Ă©poque qui paraĂźt ĂȘtre la plus heureuse vĂ©cue par le compositeur, et on y sent en effet une joie de vivre et un optimisme plein d’allant. La lecture qu’en offre ici les compĂšres rĂ©unis par Lethiec est Ă  la fois brillante, enjouĂ©e, et gĂ©nĂ©reuse, les cinq interprĂštes se complĂ©tant magnifiquement dans une unitĂ© exemplaire. Chaque mouvement, chaque motif, chaque thĂšme est restituĂ© avec efficience, Ă©motion, esprit et tendresse. Le bonheur et la joie de faire de la musique ensemble se lit sur les visages des cinq complices et amis qui n’ont pas de mal Ă  faire vibrer une audience captivĂ©e, qui leur fait une ovation amplement mĂ©ritĂ©e aprĂšs le dernier accord.

 

 

 

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Le lendemain, toujours dans le formidable Ă©crin que constitue l’Abbaye Saint Michel de Cuxa, c’est Ă  nouveau le ShanghaĂŻ Quartett qui a l’honneur de dĂ©buter la soirĂ©e (intitulĂ©e « RĂȘves »), avec cette fois le quatuor Ă  cordes N°8 en mi mineur op. 59 n°2 (1806) de Ludwig van Beethoven. A l’image de la veille, la formation chinoise renouvelle ce mĂ©lange de sensibilitĂ© et de tranchant qui est sa marque de fabrique, osant une fougue bienvenue en maints endroits de la partition, surtout incarnĂ©e par l’excellent premier violon qu’est Weigang Li. Remarquables de prĂ©cision, les quatre interprĂštes soignent aussi fortement les transitions, relançant sans cesse leurs discours. Place ensuite Ă  la jeunesse, et il revenait au LaurĂ©at (en l’occurrence une LaurĂ©ate
) de l’AcadĂ©mie (lors d’une audition qui s’est tenue le 10 aoĂ»t) de montrer tout son talent. La jeune violoncelliste californienne Sarah Gandhour s’attaque ainsi au fameux Kol Nidrei de Max Bruch, cette imploration Ă  Dieu qui est une douce et solennelle mĂ©lodie, souvent entendue lors de l’office de Yom Kippour (Grand Pardon). SĂ©duit par ce thĂšme, bien que de confession protestante, Bruch s’inspira de cette supplication afin d’écrire une magnifique piĂšce concertante plus proche du style de Brahms que de l’esprit religieux original. Sous l’archet de l’amĂ©ricaine, elle devient un vĂ©ritable baume pour les oreilles de l’assistance, et l’on est fortement et durablement surpris par la maturitĂ© tant technique qu’émotionnelle dont est dĂ©jĂ  capable cette toute jeune instrumentiste. En seconde partie, ce sont des airs cĂ©lĂšbres d’opĂ©ras arrangĂ©s pour musique de chambre qui sont donnĂ©s Ă  entendre, tels que des extraits de West Side Story (« Maria », « Tonight », « America ») et le gĂ©nial Divertissement sur des thĂšmes de La Somnambule de Bellini pour piano et sextuor Ă  cordes qu’a composĂ© le russe Mikhail Glinka. Ce morceau est servi ici par un de ces ensembles dont Prades a le secret, oĂč s’illustrent notamment le piano de Yves Henry et le violoncelle de Torleif ThĂ©deeen. Pour clĂŽturer la soirĂ©e en mĂȘme temps que le festival, c’est le traditionnel « Chant des oiseaux » (1941) de Pablo Casals qui a Ă©tĂ© retenu, et qui est interprĂ©tĂ© ici par l’Ensemble de violoncelle de l’AcadĂ©mie de Musique du Festival. Le français Romain Cazal les dirige et le violoncelle solo est le jeune catalan Joan Rochet Pinol, Ă  qui a Ă©tĂ© confiĂ© le fameux Archet pour la paix dont nous avions parlĂ© dans ces mĂȘmes colonnes lors de la derniĂšre Ă©dition du festival (lire notre compte rendu PRADES, concert Verdi, Olivero des 6 et 7 aoĂ»t 2018). Ce Cant dels ocells (en version originale) est, comme on le sait, l’adaptation d’une mĂ©lodie populaire catalane qui symbolise l’aspiration d’un peuple Ă  la libertĂ©. Avec toute l’intensitĂ© requise, le jeune homme fait fi des redoutables harmoniques, et s’approprie avec naturel et un grand talent cette piĂšce, qui est un incontournable Ă  Prades
 oĂč elle a acquis comme valeur de symbole !

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, Abbaye Saint-Michel de Cuxa, les 12 & 13 aoĂ»t 2019. ƒuvres de Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals
 Illustrations : © photos Michel Sebert.

 

 

 

COMPTE-RENDU, danse. BIARRITZ, le 8 août 2019. Marie-Antoinette / Malandain Ballet Biarritz

COMPTE-RENDU, danse. BIARRITZ, Gare du Midi, le 8 aoĂ»t 2019. Marie-Antoinette par le Malandain Ballet Biarritz. AprĂšs avoir signĂ© des ballets somme toute plutĂŽt abstraits avec Nocturnes ou La mort du Cygne, Thierry Malandain revient Ă  une piĂšce « avec histoire » (Ă  l’image de Cendrillon ou de La Belle et la BĂȘte) avec sa derniĂšre crĂ©ation : Marie-Antoinette. CommandĂ© par Laurent Brunner pour l’OpĂ©ra Royal de Versailles oĂč la spectacle a Ă©tĂ© donnĂ© en mars dernier, il revient pour la troisiĂšme fois (en ce mois d’aoĂ»t) Ă  la fameuse Gare du midi de Biarritz (base du Malandain Ballet Biarritz), aprĂšs y avoir dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă© in loco en novembre 2018, puis repris en juin dernier.

 

 

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La piĂšce retrace – en quatorze tableaux – la vie de l’infortunĂ©e Reine de France depuis le jour de son mariage avec le Dauphin en 1770… jusqu’en octobre 1789, oĂč des parisien.ne.s vinrent crier « A mort l’Autrichienne ! » sous les fenĂȘtres du ChĂąteau de Versailles. Entre ses deux dates, et de maniĂšre chronologique, Malandain Ă©voque les grands Ă©pisodes de sa vie, tels que celui douloureux des sept annĂ©es de mariage « non consommé » entre les deux royaux Ă©poux, et celui autrement heureux de la naissance d’un fils, qui laisse place Ă  une touchante scĂšne de maternitĂ© avec une poupĂ©e articulĂ©e incarnant le Dauphin. Il y a bien sĂ»r Ă©galement la rencontre avec le beau Fersen, parenthĂšse enchantĂ©e dans la vie de Marie-Antoinette, avant des jours plus sombres qui se terminent par la derniĂšre scĂšne du spectacle prĂ©citĂ©e, dont l’aboutissement sera sa dĂ©capitation en 1793. Une scĂšne emblĂ©matique est Ă©galement annonciatrice de ce funeste Ă©vĂ©nement, celle oĂč un divertissement royal montre PersĂ©e (superbe Hugo Layer !) parvenant Ă  terrasser la terrible Gorgone en lui tranchant la gorge


Pour le reste, on retrouve le langage gestuel propre et cher Ă  Thierry Malandain, entremĂȘlĂ© de gestes plus baroques (poignets cassĂ©s, bustes torsadĂ©s
) que n’aurait pas reniĂ© Noverre, le grand maĂźtre de ballet d’alors. On retrouve Ă©galement les toujours somptueux (et pleins de fantaisie) costumes du fidĂšle Jorge Gallado, qui signe Ă©galement une scĂ©nographie épurĂ©e : une simple dĂ©clinaison de cadres sur fons de cieux orageux. Parmi les excellents danseurs et danseuses du Malandain Ballet Biarritz se dĂ©marque la gracieuse et Ă©lĂ©gante Claire Lonchampt, tandis que le Louis XVI de MickaĂ«l Conte reste quelque peu effacĂ©, mais Ă  l’image du personnage historique qu’il incarne finalement
 Il faut leur adjoindre Frederik Deberdt (Louis XV) et Patricia VelĂ zquez (Mme du Barry) qui se font remarquer lors d’un fougueux duo amoureux.

Petit regret de la soirĂ©e, c’est dĂ©lestĂ© de l’Orchestre symphonique d’Euskadi (en fosse lors de sa crĂ©ation) que nous assistons au spectacle, et nous devrons nous contenter d’une bande sonore (qui n’est pas un enregistrement de l’orchestre basque). Haydn y est le compositeur le plus reprĂ©sentĂ©, notamment Ă  travers sa cĂ©lĂšbre triple symphonies illustrant le cycle d’une journĂ©e (Matin, Midi et Soir), mais aussi la non moins fameuse Symphonie N° 73 dite « La Chasse », une Ɠuvre tout en mouvements rapides et syncopĂ©s, que vient tempĂ©rer par la suite la dĂ©licate « Danse des ombres heureuses », tirĂ©e de l’OprhĂ©e et Eurydice de Gluck, lors de la scĂšne de maternitĂ©.

La joie de danser et l’étonnante fluiditĂ© qui rĂšgnent pendant les quatre-vingt minutes du spectacle – en plus de la parfaite lisibilitĂ© de la trajectoire de cette figure complexe de l’histoire de France – emporte l’adhĂ©sion d’un public venu en masse
 et qui ne boude pas son plaisir en multipliant les rappels Ă  la fin de la reprĂ©sentation !

 

 

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Compte-Rendu, Danse. Biarritz, Gare du Midi, le 8 aoĂ»t 2019. Marie-Antoinette par le Malandain Ballet Biarritz – Illustrations : © Malandain Ballet Biarritz 2018 / 2019

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. BIARRITZ Piano Festival, les 6, 7 août 2019. N Mukami (le 6) & A Volodos (le 7).  

COMPTE-RENDU, concert. BIARRITZ Piano Festival, HĂŽtel du Palais et Espace Bellevue, les 6&7 aoĂ»t 2019. Nuron Mukami (le 6) & Arcadi Volodos (le 7). Avant d’ĂȘtre totalement paralysĂ©e par le G7 qui s’y installera dans quelques jours, la ville de Biarritz bruissait de son dĂ©sormais (trĂšs) couru Piano Biarritz Festival, qui fĂȘtait sa 10Ăšme Ă©dition entre les 29 juillet et 7 aoĂ»t derniers. Toujours ardemment dĂ©fendu par son fondateur-directeur Thomas Valverde, le pianiste français continue avec talent de mettre Ă  l’affiche autant la gĂ©nĂ©ration montante du piano international que les gloires reconnues, ce que prouvent les deux derniĂšres soirĂ©es du festival avec les venues du jeune pianiste ouzbĂšque Nuron Mukumi (23 ans) et la star du clavier russe, Arcadi Volodos.

C’est dans l’un des magnifiques salons du cĂ©lĂšbrissime HĂŽtel du Palais, construit sur les restes de la villa de l’ImpĂ©ratrice EugĂ©nie, que se produit le premier artiste, dĂ©jĂ  prĂ©sent lors de la derniĂšre manifestation basque. Dans une salle surchauffĂ©e oĂč l’on avait omis de mettre la climatisation en route, c’est autant l’instrumentiste que le public qui en souffre, au point de le verbaliser lui-mĂȘme. Est-ce ce petit alĂ©a qui rend son toucher peu musical (bien que techniquement parfait
) dans les premiĂšres piĂšces qu’il interprĂšte : Le Carnaval de Vienne de Schumann et Venezia e Napoli de Liszt (extrait des AnnĂ©es de PĂšlerinage) ? Il faut le croire puisqu’il livre, en deuxiĂšme partie, une enthousiasmante exĂ©cution de la Sonate n°1 (en do majeur) de Johannes Brahms. Elle rĂ©vĂšle, de la part de ce tout jeune artiste, une prĂ©coce et totale maĂźtrise de la forme et du son. Cette forme est pourtant particuliĂšrement complexe, avec ses quatre mouvements trĂšs habilement structurĂ©s, ses emportements et ses Ă©panchements d’un romantisme exaltĂ© ou rassĂ©rĂ©nĂ©. Mukumi parvient ici Ă  une remarquable unitĂ©, Ă  un Ă©quilibre absolu, dĂ©chaĂźnant des tempĂȘtes dans l’Allegro con fuoco, ou au contraire suspendant le temps dans l’Andante. De mĂȘme, la sonoritĂ© est parfaitement sculptĂ©e, marmorĂ©enne, d’une puissance exempte de toute duretĂ©, ou tendrement pĂ©trie, d’une rondeur presque charnelle, avec un camaĂŻeu de couleurs et de nuances qui est une chose rare chez un si jeune pianiste. Devant l’enthousiasme du public, il offrira trois bis, dont un dĂ©licat Nocturne de TchaĂŻkovski et la cĂ©lĂšbre « Tartine de beurre » du divin Amadeus


 

 

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La lendemain soir (7 aoĂ»t), place au maĂźtre, le gĂ©ant Arcadi Volodos, cette fois dans la Rotonde de l’Espace Bellevue, de l’autre cĂŽtĂ© de la baie. Un rĂ©cital du pianiste russe est toujours un Ă©vĂ©nement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Espace Bellevue – plein Ă  craquer ce soir – ne fait pas exception. Toujours aussi gĂ©nĂ©reux, le pianiste pĂ©tersbourgeois dĂ©bute mĂȘme son rĂ©cital par une piĂšce non prĂ©vue dans le programme, une sonate de jeunesse de Schubert restĂ©e inachevĂ©e (la D. 157 en mi majeur), qu’il enchaĂźnera avec les 6 Moments musicaux op 94. ImmĂ©diatement, le miracle opĂšre. En quelques secondes, il envoĂ»te, il captive, il subjugue son auditoire, d’autant qu’il est – avec le compositeur allemand – en terrain conquis. Pas Ă  pas, le public happĂ© et fascinĂ©, ne peut que suivre le pianiste dans son parcours, et, comme Ă  son habitude, il donne Ă  entendre son incroyable force en la contrastant avec des caresses impalpables du clavier. Ce sentiment s’impose tout autant dans les PrĂ©ludes de Rachmaninov qu’il interprĂšte ensuite, aux cĂŽtĂ©s de la SĂ©rĂ©nade op 3 n°5 et de l’Etude-Tableaux en Do mineur op 33 n°3, du mĂȘme compositeur. Que dire au sujet de ces pages de Rachmaninov, si ce n’est que Volodos y fait preuve d’une admirable transparence et justesse de ton, et qu’elles s’avĂšrent bouleversantes de vĂ©ritĂ©. Il Ă©grĂšne ces morceaux succincts sans le moindre effort, en un jaillissement de son Ăąme qui ne se relĂąche pas une seule seconde. L’enchantement perdure avec les cinq piĂšces de Scriabine qui conclut la soirĂ©e, dont l’extraordinaire Vers la flamme op 72, lascif et venimeux poĂšme qui happe littĂ©ralement l’auditoire : en permanente recherche de couleurs inĂ©dites, Volodos y creuse toujours plus avant la rĂ©sonance et, au climax de cet Ă©trange et mystique voyage, l’instrument-roi enflamme tous les possibles poĂ©tiques au bout d’un crescendo aussi Ă©chevelĂ© qu’hypnotique ! En bis, il dĂ©livre deux Menuets de Schubert et la gĂ©niale Sicilienne retranscrit par Bach d’aprĂšs un Concerto de Vivaldi. Le public, mĂ©dusĂ©, rĂ©serve Ă  cet immense artiste aussi attachant qu’essentiel, un ultime tonnerre d’applaudissements mĂ©ritĂ©s. Vivement l’édition 2020 qui ne manque dĂ©jĂ  pas d’attraits, et que nous ne manquerons sous aucun prĂ©texte !

 

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Biarritz Piano Festival, HÎtel du Palais et Espace Bellevue, les 6&7 août 2019. Nuron Mukami (le 6) & Arcadi Volodos (le 7). Illustration : A Volodos © Polina Jourdain-Kobycheva

 

 

 

 

CRITIQUE, concert. SAINTES, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-Elysées/Philippe Herreweghe.  

Saintes cite musicale, abaye aux dames annonce concert classiquenews abbatiale-facade-724x521CRITIQUE, concert. SAINTES, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-ElysĂ©es / Philippe Herreweghe. Depuis maintenant quarante-huit ans, le festival de Saintes est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de musique ancienne, mais il s’étend aussi – sous l’impulsion de son fondateur Philippe Herreweghe – Ă  la musique romantique : c’est ainsi Ă  une soirĂ©e consacrĂ©e Ă  Johannes Brahms (avec son Double Concerto) et Antonin Dvorak (et sa 8Ăšme Symphonie) que le chef gantois nous convie, en guise de concert de clĂŽture de la 48Ăšme Ă©dition du festival charentais.

Souffrante, la violoncelliste Marie-Elizabeth Hecker laisse la place au plus mĂ©diatisĂ© Pieter Wispelwey, amenĂ© Ă  dialoguer avec la violoniste allemande Caroline Widmann. DĂšs les premiĂšres notes, on est Ă©tonnĂ© par le souffle rĂ©ellement brahmsien qui se dĂ©gage des tutti de l’orchestre des Champs-ElysĂ©es. Le violoncelliste nĂ©erlandais fait son entrĂ©e paisiblement, instaurant un vĂ©ritable dialogue avec sa consƓur. Cependant, dans le premier mouvement, les Ă©quilibres entre les pupitres pĂątissent un peu, avec des cors lĂ©gĂšrement trop forts, certainement Ă  cause de l’acoustique un peu sĂšche de l’abbatiale. Mais trĂšs vite, le chef et les musiciens de l’orchestre corrigent le tir pour faire entendre deux derniers mouvements stylistiquement et techniquement achevĂ©s. Les deux solistes offrent un Brahms clair mais trĂšs travaillĂ©, particuliĂšrement captivant par son refus de tout pathos dĂ©mesurĂ©.

thumbnail_30-OCE-Philippe-Herreweghe-par-Sebastien-Laval-710x478AprĂšs l’entracte, Herreweghe offre une Ă©poustouflante HuitiĂšme Symphonie de DvorĂĄk. PortĂ© par une rĂ©elle ferveur et une exultation communicative de la part des musiciens, il dĂ©livre une lecture toute de lĂ©gĂšretĂ© et de luminositĂ©. Comment rĂ©sister au naturel, Ă  l’énergie et Ă  la chaleur qui se dĂ©gagent de cette interprĂ©tation majestueuse ? L’exaltation de la fin de l’Allegro ma non troppo – parfaitement maĂźtrisĂ© par un orchestre capable ici de la plus grande dĂ©licatesse comme des plus assourdissants fortissimi – produit un effet absolument irrĂ©sistible de puissance souple subitement dĂ©chaĂźnĂ©e, et provoque un vĂ©ritable enthousiasme parmi le public. Bien qu’il dĂ©clare lui-mĂȘme ne pas spĂ©cialement apprĂ©cier les bis, le chef ne satisfait pas moins Ă  la demande du public, et reprend le sublime troisiĂšme mouvement.

En attendant que le festival annonce le programme du prochain festival, le lecteur peut dĂ©jĂ  noter dans son calendrier les dates de l’Ă©dition 2020 qui se tiendra du 18 au 25 juillet !

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-ElysĂ©es / Philippe Herreweghe. Illustration : Ph. Herreweghe et l’orchestre des Champs-ElysĂ©es (DR)

COMPTE-RENDU, concert. Festival musique à la Ferme. LANCON DE PROVENCE, ChÚvrerie Honnoré, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba)

COMPTE-RENDU, concert. Festival musique Ă  la Ferme. LANCON DE PROVENCE, ChĂšvrerie HonnorĂ©, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba). Depuis douze ans maintenant, le festival Musique Ă  la Ferme permet aux mĂ©lomanes provençaux (et d’ailleurs) d’assister Ă  des concerts (essentiellement de musique de chambre) de grande qualitĂ©, et ceci dans le cadre unique et champĂȘtre d’une chĂšvrerie, dont l’acoustique n’a pourtant rien Ă  envier Ă  certaines salles de concert institutionnelles


 

 

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Pour le concert de clĂŽture – aprĂšs 10 jours bien remplis, avecdes artistes de renom (Emmanuelle Bertrand, Trio Helios, Quatuor Arod, ElĂšves de l’AcadĂ©mie Jaroussky
) -, l’infatigable directeur artistique de la manifestation provençale (JĂ©rĂ©mie HonnorĂ©) a eu la bonne idĂ©e d’inviter le fabuleux duo constituĂ© par le pianiste français Thomas Enhco et la percussionniste bulgare Vassilena Serafimova (marimba), pour un concert sortant des sentiers battus


Ces deux-lĂ  revisitent des chefs-d’Ɠuvre de la musique classique, Ă  commencer par des Ɠuvres cĂ©lĂšbres de J. S. Bach (Vivace de la Sonate en trio pour orgue N°3, Fugue de la Sonate pour violon seul N°1…) et c’est d’une beautĂ© stupĂ©fiante, l’alliance des deux instruments s’avĂ©rant plus que concluante ! Le Double de la Partita pour violon seul N°1 -avec des sons prĂ©parĂ©s et des « bruitages » sur les deux instruments Ă  base de scotch – est un moment particuliĂšrement drĂŽle et ingĂ©nieux, qui permet aux artistes de faire entendre un son qui s’apparente Ă  celui de l’électro ! Mais ils interprĂštent Ă©galement leurs propres compositions : Variations sur des chants traditionnels bulgares de Serafimova avec, au dĂ©but et Ă  la fin, des chants Ă  la mĂ©lodie Ă©nigmatique et mĂȘme mystique, tandis que Thomas Enhco fait entendre sa piĂšce « Sur la route », composĂ©e Ă  partir du nom de Bach et de son analogie avec les notes, un morceau jazzy et plein de vie, que vient bientĂŽt rejoindre les marimbas extatiques de Serafimova.

TrĂšs dĂ©contractĂ©s et concentrĂ©s Ă  la fois, les deux artistes font preuve d’un Ă©tonnant didactisme en prĂ©sentant chacun Ă  leur tour l’histoire et les particularitĂ©s de chaque piĂšce, et ils transmettent Ă  la salle une incroyable Ă©nergie qui atteint son point culminant avec une danse macĂ©donienne dĂ©chaĂźnĂ©e, d’une force vitale qui manque souvent dans les concerts classiques
 En tout cas, les nombreux spectateurs rĂ©unis sous le toit de la chĂšvrerie ne boudent pas leur plaisir et adressent une longue ovation debout (et mĂ©ritĂ©e) Ă  ces deux artistes lunaires
 On languit dĂ©jĂ  la 13Ăšme Ă©dition qui se tiendra du 19 au 31 mai 2020 !

 

   

 

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Compte-rendu, concert. Festival musique à la Ferme. Lançon-de-Provence, ChÚvrerie Honnoré, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba).

 

   

 

Compte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. ƒuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (tĂ©nor).

rameau jean philippe dossier classiquenews 582 822 dossierCompte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. ƒuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (tĂ©nor). DĂ©sormais bien ancrĂ©e dans le paysage de la citĂ© des Papes, l’Association Musique Baroque en Avignon, infatigablement dirigĂ©e par son fondateur Robert Dewulf, ne propose pas moins de huit concerts de prestige, lors de cette 19e Ă©dition, dans les lieux les plus emblĂ©matiques de la ville : en ce dimanche 28 avril, ce fĂ»t sous les voĂ»tes du trĂšs beau Temple Saint-Martial, pour un concert entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă  l’Ɠuvre de Jean-Philippe Rameau, par l’Ensemble Amarillis et le haute-contre français Mathias Vidal.

TENOR EN OR : Mathias Vidal Ă©blouit chez MondonvilleChantant au mĂȘme moment le rĂŽle de Monostatos dans La FlĂ»te enchantĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Bastille, Mathias Vidal (photo ci-contre) n’a pu proposer que deux cantates, afin de mĂ©nager sa voix pour les reprĂ©sentations parisiennes. Il ne s’est en revanche pas mĂ©nager dans l’exĂ©cution des deux piĂšces, Le Berger fidĂšle puis OrphĂ©e, dans lesquelles il a su distiller tout son art, tĂ©moignant d’une indĂ©niable intelligence du texte, d’une grande distinction et d’une impeccable dĂ©clamation. Le reste du concert a Ă©tĂ© assurĂ© par l’Ensemble Amarillis qui l’accompagnait. Les quatre artistes ont rĂ©galĂ© l’auditoire avec les DeuxiĂšme et CinquiĂšme PiĂšces de clavecin en concert de Rameau. PubliĂ©es par Rameau lui-mĂȘme en 1741, Ă  l’ñge de 58 ans, les PiĂšces de clavecin en concert sont l’unique Ɠuvre de musique de chambre du compositeur dijonnais, qui offre lĂ  une part de modernitĂ© manifeste dans l’écriture et dans l’instrumentation. MĂȘme si « le quatuor y rĂšgne le plus souvent » – selon les propos de Rameau lui-mĂȘme dans son « Avis aux concertants » -, le clavecin (tenu ici par Violaine Cochard) se taille nĂ©anmoins la part belle, laissant son rĂŽle de basse continue pour concerter avec ses acolytes. Les parties de violon assurĂ©es par Alice Pierlot alliĂ©es au hautbois baroque de HĂ©loĂŻse Gaillard sonnent de maniĂšre homogĂšne et sensible, soutenue par la viole de gambe leste de Marianne Muller. DiffĂ©rents caractĂšres animent ces piĂšces, tour Ă  tour sensibles voire nostalgiques, autant de sentiments et atmosphĂšres parfaitement rendus par le quatuor complice, suscitant chez les auditeurs une impression de bien-ĂȘtre, grĂące Ă  leur interprĂ©tation vivifiantes et dĂ©licates Ă  la fois. En bis, ils interprĂštent d’abord la fameuse Ritournelle pour l’entrĂ©e des Incas tirĂ©e des Indes galantes, puis Mathias Vidal les rejoint pour livrer le non moins magnifique air de Michel Lambert « Vos mĂ©pris chaque jour », une piĂšce qui cĂ©lĂšbre le bonheur qu’il y a Ă  souffrir par amour


Lecteurs, Ă  vos agendas, le prochain et dernier concert de la saison rĂ©unira trois fabuleux artistes : la soprano EugĂ©nie De Mey, le flĂ»tiste Julien Lahaye et le percussionniste Pierre Hamon dans un programme de chansons du Moyen-Ăąge des 12e et 13e siĂšcles, dont le cĂ©lĂšbre « L’on dit qu’Amors est dolce chose… ». Il se tiendra dans un autre lieu d’exception, la cour du Petit Palais, le dimanche 26 mai (Ă  18h30) !

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Compte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. ƒuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (tĂ©nor).

Approfondir

VIDEO. Amaryllis et Mathias VIDAL au Festival de Saintes / Programme Rameau (juillet 2015) in reportage exclusif Saintes : “La 3Ăšme gĂ©nĂ©ration d’artistes au Festival de Saintes 2015″

Compte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. RĂ©cital Rachmaninov par MikhaĂŻl Pletnev.

PletnevCompte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. RĂ©cital Rachmaninov par MikhaĂŻl Pletnev. La saison de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, ce n’est pas seulement des concerts assurĂ©s par la prestigieuse phalange monĂ©gasque, c’est aussi de la musique de chambre ou des rĂ©citals assurĂ©s par les plus grands solistes instrumentaux, comme Grigori Sokolov en mars, ou encore le grand chef et pianiste russe MikhaĂŻl Pletnev (cf illustration ci-contre DR). Le vendredi 26 avril, il se livrait Ă  un rĂ©cital solo entiĂšrement consacrĂ© Ă  l’Ɠuvre de SergueĂŻ Rachmaninov, Ă  la Salle Garnier de Monte-Carlo, autrement intime et belle que l’Auditorium Rainier III oĂč se produit majoritairement l’orchestre.

Dernier des grands compositeurs romantiques, encore liĂ© au systĂšme tonal et Ă  un style pianistique alla Chopin (pour son aspect incandescent et passionnĂ©), Rachmaninov peint des impressions fugitives et passagĂšres avec une grĂące et un sens de la plaisanterie assez inĂ©dits. Son Ɠuvre fait preuve d’un grand esthĂ©tisme, associĂ© Ă  une inspiration profondĂ©ment spirituelle, parfois mĂȘme dramatique. En hommage Ă  ce mĂȘme Chopin, et dans un genre oĂč s’illustrĂšrent bien sĂ»r Jean-SĂ©bastien Bach ou encore Mendelssohn, Rachmaninov Ă©crivit vingt-quatre prĂ©ludes pour piano dont la composition s’étale entre 1892 et 1910, le style d’écriture diffĂ©rant beaucoup selon les piĂšces, mĂȘme si le climat reste souvent sombre et mĂ©lancolique. Pletnev a retenu huit d’entre eux, en commençant par le cĂ©lĂšbre opus 3 n°2. On ne peut que louer ici l’aisance technique et le contrĂŽle dans ces PrĂ©ludes – notamment dans ceux particuliĂšrement virtuoses comme ceux de l’opus 23 n°2, 7 ou 8 ou ceux de l’opus 32 n°8 ou 12 – qui ne s’exĂ©cutent jamais au dĂ©triment de la musique. Avec des tempi plutĂŽt amples, un savant dosage dans l’utilisation de la pĂ©dale, et une variĂ©tĂ© de couleurs dans le touchĂ©, le pianiste fait magnifiquement ressortir les mĂ©lodies sans tomber dans la sentimentalitĂ© ou le mauvais goĂ»t. Il entrecoupe les PrĂ©ludes citĂ©s avec d’autres Ɠuvres telles que l’Etude-Tableau opus 39 n°7, dont la section centrale se rĂ©vĂšle ĂȘtre une sorte de marche funĂšbre lugubre avec effets de pluie (selon les volontĂ©s de l’auteur), et qui progresse du gris le plus morne au son chatoyant d’immatĂ©rielles cloches. On citera Ă©galement la Barcarolle et l’Humoresque extraits de ses Morceaux de Salon opus 10, la premiĂšre piĂšce Ă©tant connue pour son dĂ©licat accompagnement arpĂ©gĂ©, et la seconde pour son caractĂšre entraĂźnant et plein d’allant. Notons que les diffĂ©rents morceaux sont jouĂ©s sans que l’artiste ne fasse la moindre pause entre eux, et qu’aprĂšs de brefs saluts, il entonne un seul et unique bis : le cĂ©lĂ©brissime RĂȘve d’amour (Liebestraum) de Franz Liszt, dĂ©livrĂ© avec une incroyable sensualité 

La saison de l’OPMC se poursuit, mais avec du rĂ©pertoire symphonique, et des chefs de la trempe de Kazuki Yamada le 3 mai, Leonard Slatkin le 31 mai ou encore Domingo Hindoyan le 7 juin !

Compte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. RĂ©cital Rachmaninov par MikhaĂŻl Pletnev.

Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. STRASBOURG, le 25 avril 2019. BERLIOZ : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato
 Orch Phil Strasbourg, J Nelson. On Ă©tait sorti Ă©bloui du Palais de la Musique de Strasbourg – il y a deux ans- aprĂšs l’exĂ©cution des Troyens de Berlioz donnĂ©s en version de concert dans le cadre d’un enregistrement effectuĂ© pour le label Erato. Deux ans plus tard, aprĂšs l’incroyable succĂšs de l’entreprise (le coffret a obtenu une avalanche de rĂ©compenses discographiques Ă  sa sortie), c’est au tour de La Damnation de Faust d’ĂȘtre gravĂ© en public, dans la mĂȘme salle, avec le mĂȘme chef (John Nelson), le mĂȘme orchestre (le Philharmonique de Strasbourg), et les deux hĂ©ros de la premiĂšre captation : Michael Spyres en Faust et Joyce Di Donato en Marguerite.

 

 

 

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A peine sorti des reprĂ©sentations du Postillon de Lonjumeau Ă  l’OpĂ©ra-Comique (nous y Ă©tions / 30 mars 2019) oĂč il vient de triompher dans le rĂŽle-titre, l’extraordinaire tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres subjugue Ă  nouveau ce soir, en dĂ©pit d’une fatigue perceptible en fin de soirĂ©e, qui l’empĂȘche de dĂ©livrer le redoutable air « Nature immense » avec le mĂȘme incroyable aplomb que tout le reste. On admire nĂ©anmoins chez lui l’homogĂ©nĂ©itĂ© de la tessiture, un timbre de toute beautĂ©, la perfection de la diction, la suavitĂ© des accents et sa capacitĂ© Ă  passer de la douceur Ă  l’Ă©clat. Il est et reste – Ă  n’en pas douter – LE tĂ©nor berliozien de sa gĂ©nĂ©ration. Apparaissant sur scĂšne dans une magnifique robe en soie bleue nuit, la grande Joyce Di Donato offre une Marguerite comme on l’attendait : sensuelle, ardente, d’une superbe ampleur, graduant avec soin son abandon dans sa romance du IV. Ses « hĂ©las ! » qui concluent le sublime « D’amour l’ardente flamme » donnent le frisson (et font mĂȘme monter les larmes de certains…), et c’est un triomphe aussi incroyable que mĂ©ritĂ© qu’elle rĂ©colte au moment des saluts. Quant Ă  la formidable basse française Nicolas Courjal, il se hisse au mĂȘme niveau que ses partenaires, en composant un magistral MĂ©phisto. Outre le fait de coller admirablement Ă  la vocalitĂ© grandiose requise par le rĂŽle, l’artiste ravit Ă©galement par sa voix somptueusement et puissamment timbrĂ©e, son phrasĂ© incisif et sa musicalitĂ© impeccable, Ă  la ligne scrupuleusement contrĂŽlĂ©e. Diable extraverti, insinuant, sardonique, inquiĂ©tant, menaçant, Nicolas Courjal possĂšde beaucoup de charisme, comme il vient Ă©galement de le prouver dans sa magnifique incarnation de Bertram dans Robert le Diable de Meyerbeer au Bozar de Bruxelles le mois dernier. Dans la partie de Brander, l’excellent baryton français Alexandre Duhamel n’est pas en reste qui, en vrai chanteur et vrai comĂ©dien qu’il est, renouvelle entiĂšrement ce rĂŽle bref, souvent saccagĂ©es par des voix Ă©puisĂ©es.

 

 

 

SPYRES, DI DONATO, COURJAL
Grand trio berliozien Ă  Strasbourg

 

 

 

BERLIOZ damnation de faust marguerite di donato joyce la diva berliozienne strasbourg nelson critique opera critique concert par classiquenews 362x536Grand chef berliozien devant l’Eternel, l’amĂ©ricain John Nelson dispose avec l’Orchestre Philharmonique se Strasbourg une phalange d’une ductilitĂ© parfaite, avec notamment des cordes d’un incroyable raffinement, des cuivres acĂ©rĂ©s et des harpes Ă©thĂ©rĂ©es, mais surtout un alto et un cor solo capables d’une infinie tendresse lors des interventions de Marguerite, devenant ainsi de vrais protagonistes du drame. De leur cĂŽtĂ©, le ChƓur Gulbenkian (dirigĂ© par Jorge Matta) ainsi que Les Petits chanteurs de Strasbourg et la MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin (dirigĂ©s par Luciano Bibiloni) mĂ©ritent eux aussi des Ă©loges sans rĂ©serves. On retiendra l’humour dont le premier fait preuve dans la fameuse fugue des Ă©tudiants, dĂ©livrant l’ « Amen » avec des sons nasillards et moqueurs, tandis que les seconds, spatialisĂ©s dans la salle pour les derniers accords, font preuve d’une douceur proprement angĂ©lique dans l’envolĂ©e finale.

Comme pour Les Troyens, le dĂ©lire gagne la salle aprĂšs de longues secondes d’un silence absolu qui est une plus belle rĂ©compense encore, et les rappels se multiplieront avant que l’audience ne se dĂ©cide Ă  enfin quitter les lieux
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Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

 

 

 

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APPROFONDIR

LIRE aussi :

CRITIQUE, CD : Les Troyens de Berlioz par John Nelson (ERATO) - enregistrement live avril 2017

Compte rendu, opĂ©ra. NANTES, le 23 septembre 2017. BERLIOZ : LA DAMNATION DE FAUST. Spyres, Hunold, Alvaro, Bontoux
 RochĂ© – une autre incarnation de Faust par Michale Spyres en sept 2017 Ă  NANTES

 

 

 

 

 

 

Compte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de BardonnÚche (violon), Louise Pierrard (viole de gambe).

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertCompte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), ThĂ©otime Langlois de Swarte (violon), Sophie de BardonnĂšche (violon), Louise Pierrard (viole de gamme). Nous avions quittĂ© le jeune et talentueux claveciniste français Justin Taylor aprĂšs un rĂ©cital en solo Ă  Avignon il y a tout juste un an (LIEN), et c’est Ă  la CitĂ© Musicale de Metz que nous le retrouvons, mais cette fois accompagnĂ© de son ensemble Le Consort, qu’il a fondĂ© il y a quatre ans.

Mais avant de retrouver ses trois camarades pour des Sonates en Trio, il dĂ©lecte l’auditoire avec des sonates de Domenico Scarlatti, cheval de bataille de tout claveciniste qui se respecte. RedoutĂ©es des claviĂ©ristes pour leur difficultĂ© inouĂŻe, les 555 Sonates du compositeur italiens surprennent par l’audace de leur Ă©criture et leur insolente virtuositĂ©, et Justin Taylor en a retenu quatre : les Sonates K 32, K 18, K 208 et K 27, qu’il joue entiĂšrement par cƓur, d’un jeu souple et parfaitement ciselĂ©. Les changements de registres sont toujours judicieux, et chacune des notes trouve sa place dans un discours maĂźtrisĂ©, mais dont l’artiste sait souligner l’inventivitĂ©. Il poursuit sa partie solo avec Continuum (1968), de Gyorgy Ligeti, une piĂšce Ă©poustouflante qui joue sur l’impression de prolongation du son grĂące Ă  des notes rĂ©itĂ©rĂ©es Ă  trĂšs vive allure. Justin Taylor en rĂ©ussit les effets, faisant entrer l’auditeur dans une sorte de sidĂ©ration qui va bien au-delĂ  de l’exaltation que fait naĂźtre chez les spectateurs la virtuositĂ© dĂ©ployĂ©e.

C’est aprĂšs cette Ă©tonnante piĂšce qu’arrivent les trois compĂšres de Taylor : ThĂ©otime Langlois de Swarte (violon), Sophie de BardonnĂšche (violon) et Louise Pierrard (viole de gambe). Didactiques, les jeunes instrumentistes ont chacun un mot (explicatif) pour les Sonates en trio de Corelli, Vivaldi et Dandrieu qu’ils interprĂštent tour Ă  tour, en soulignant qu’ils ont tous un faible pour le mĂ©connu et malaimĂ© Dandrieu. Mais c’est avec la Sonate en Si mineur op2 n°8 d’Arcangelo Corelli qu’ils commencent, et Ă  laquelle il confĂšrent de belles sonoritĂ©s chaudes : les Ă©lans rythmiques y sont une palpitante source de vie, une vie qui jaillit aussi de la Sonate en Sol mineur op1 N°1 d’Antonio Vivaldi qui suit. Les compositions musicales de Jean-François Dandrieu (1682-1738) sont dans la tradition de celles de Couperin et de Rameau, mais Ă  laquelle le français incorpore une certaine italianitĂ©. Forts concentrĂ©s et attentifs, les intentions et places d’archet des deux violonistes se montent prĂ©cis et plein de verve – dans les trois Sonates Sonate en trio en mi mineur op.1 n°6, en la Majeur op.1 n°4, et en sol mineur op.1 n°3 – tandis que le clavecin et la viole de gambe servent de basse continue (ils sont considĂ©rĂ©s comme « un seul » instrument, d’oĂč le terme de Trio alors qu’il sont quatre instrumentistes
). LibĂ©rĂ©s de toute partition (ils jouent tout le concert par cƓur), les quatre jeune musiciens s’échangent des regards complices, ou jouent les yeux fermĂ©s, donnant l’impression qu’ils partagent un moment de musique intime. En bis, ils dĂ©livrent une variation sur La Folia, cette suite mĂ©lodique harmonique aussi cĂ©lĂšbre que simple qui serait arrivĂ©e en Espagne Ă  la fin du 15Ăšme siĂšcle (mais seulement publiĂ©e en 1672 par Lully). Ravi de leur prestation, le public leur fait une fĂȘte Ă  tout rompre.

Compte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de BardonnÚche (violon), Louise Pierrard (viole de gambe).

Compte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 av 2019. Quintettes de Brahms. Capuçon, La Marca, Moreau
  

paques festival aix 2019 capucon moreau la marca chilemme concert critique classiquenews annonce critique concertCompte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 avril 2019. Quintettes de Brahms. Renaud Capuçon, Adrien La Marca, Edgar Moreau, Guillaume Chilemme, RaphaĂ«lle Moreau, GĂ©rard CaussĂ©, Gautier Capuçon, Nicholas Angelich. Du 13 au 28 avril 2019, la 7Ăšme Ă©dition du Festival de PĂąques d’Aix-en-Provence continue de s’affirmer haut et fort dans le paysage culturel français : forts de ses 25000 spectateurs l’an passĂ© (contre 14000 spectateurs en 2014, soit prĂšs du double en seulement quatre ans !), les heureux directeurs Dominique Bluzet et Renaud Capuçon espĂšrent battre encore un record de frĂ©quentation lors du cru 2019. Comme pour les prĂ©cĂ©dentes Ă©ditions, le festival affiche grands noms et formations prestigieuses (Wiener Symphoniker, Camerata Salzburg, Staastkapelle Dresden
), mais aussi jeunes et futurs talents (Daniel Lozakovitch, George Li, Andreas Ottensamer) aux cĂŽtĂ©s de gloires consacrĂ©es comme Marek Janowski, Arcadi Volodos, Teodor Currentzis ou encore Michel Corboz


La soirĂ©e du 18 avril, sise dans l’Auditorium du Conservatoire Darius Milhaud, Ă©tait entiĂšrement consacrĂ©e Ă  des Quintettes de Brahms, et rĂ©unissait autour de Renaud Capuçon (et Ă  l’image du festival) jeunes artistes et les deux « MaĂźtres » que sont GĂ©rard CaussĂ© et Nicholas Angelich. Pour les Quintettes Ă  cordes n°1 et n°2 exĂ©cutĂ©s en premiĂšre partie, Renaud Capuçon avait conviĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s ces partenaires privilĂ©giĂ©s que sont pour lui Guillaume Chilemme, GĂ©rard CaussĂ©, Adrien La Marca et Edgar Moreau. Les deux Quintettes Ă  cordes ont Ă©tĂ© composĂ©s Ă  Bad Ischl (oĂč Brahms aimait Ă  venir en villĂ©giature l’étĂ©), et sont assez atypiques dans leur effectif : deux violons, deux altos et un violoncelle), le deuxiĂšme étant sensiblement plus tardif et mĂȘme quasi ultime dans la production brahmsienne. Ces deux Ɠuvres complexes sont jouĂ©es par la bande d’amis avec un parfait Ă©quilibre et une musicalitĂ© digne des plus grands ensembles constituĂ©s. Monument de la musique de chambre, le Quintette avec piano op. 34 - donnĂ© en seconde partie du concert – fut plusieurs fois remaniĂ© par son auteur, qui en avait d’abord fait un quintette avec deux violoncelles, puis une sonate pour deux pianos, avant de lui donner la forme que nous lui connaissons. ExtrĂȘmement rĂ©flĂ©chie et travaillĂ©e, cette partition dĂ©veloppe une pluralitĂ© de thĂšmes et de figures qui la rend parfois difficile d’accĂšs, mais il apparaĂźt dĂšs les premiĂšres mesures que les cinq interprĂštes rĂ©unis ici (Renaud Capuçon, son frĂšre Gautier, RaphaĂ«lle Moreau, GĂ©rard CaussĂ© et Nicholas Angelich) possĂšdent cette capacitĂ© de mise en image, trouvant pour chaque motif le ton juste, tout en marquant les diffĂ©rences avec nettetĂ©, et l’on ne pourra Ă©galement que louer la lĂ©gĂšretĂ© de leur jeu, particuliĂšrement bienvenue dans une Ɠuvre d’une telle densité !

Alors
 Aimez-vous Brahms ? JouĂ© ainsi
 Oui, oui et encore oui ! 

 

 

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Compte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 avril 2019. Quintettes de Brahms. Renaud Capuçon, Adrien La Marca, Edgar Moreau, Guillaume Chilemme, Raphaëlle Moreau, Gérard Caussé, Gautier Capuçon, Nicholas Angelich.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, le 30 mars 2019. ADAM : Le Postillon de Lonjumeau. Spyres / Fau / Rouland.

ADAM critiqie opera critique concert critique festival _postillon_de_lonjumeau_3_dr_stefan_brionCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra-Comique, le 30 mars 2019. Adolphe Adam : Le Postillon de Lonjumeau. Michael Spyres / Michel Fau / SĂ©bastien Rouland. Le 13 octobre 1836 fut une grande date dans l’histoire de l’OpĂ©ra-Comique avec la crĂ©ation du Postillon de Lonjumeau (sans g) d’Adolphe Adam ; l’ouvrage fut accueilli triomphalement pour sa musique enjouĂ© et le talent de ses deux interprĂštes principaux. Il connut plus de 500 reprĂ©sentations pendant le XIXe siĂšcle avant de disparaĂźtre de l’affiche en 1894
 pour rĂ©apparaĂźtre enfin ces jours-ci dans l’institution qui l’a vu naĂźtre. Le Postillon d’Adam, alias Chapalou, c’est d’abord un tĂ©nor qui se doit d’affronter, avec une vocalitĂ  typiquement rossinienne, l’une des tessitures les plus pĂ©rilleuses du rĂ©pertoire. Tout est basĂ© sur sa performance : c’est en chantant son air « Mes amis, Ă©coutez l’histoire », au premier acte – dont Donizetti se souviendra peut-ĂȘtre dans sa Fille du rĂ©giment, quatre ans plus tard -, et en poussant un retentissent contre-RĂ© qu’il est engagĂ© dans la troupe de l’opĂ©ra Royal. Devenu cĂ©lĂšbre, Chapelou apparaĂźt au II sous les traits de Saint-Phar, le plus adulĂ© des tĂ©nors, qui joue les Divos en se produisant devant Louis le quinziĂšme.

 

  

 

Retour réussi du Postillon de Lonjumeau au Comique

De sauts d’octaves en contre-rĂ©,
Michael Spyres rayonne en Postillon

 

 

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Pour rendre crĂ©dible un tel livret et donner Ă  sa musique sa vĂ©ritable identitĂ©, il fallait le plus expert des interprĂštes, notamment sur le plan vocal. Le nom de Michael Spyres, qui a dĂ©jĂ  connu d’immenses succĂšs sur cette mĂȘme scĂšne et dans rĂ©pertoire proche, s’est imposĂ© Ă  Olivier Mantei, et le moins que l’on puisse dire est que le tĂ©nor amĂ©ricain n’a pas déçu les attentes. Avec sa diction française impeccable (mais un petit accent charmant dans les dialogues parlĂ©s), son style parfait, il impressionne surtout par ses sauts d’octaves et ses contre-RĂ© Ă©mis sans effort, qui ont fait dĂ©lirer le public. A ses cĂŽtĂ©s, la jeune soprano quĂ©bĂ©coise Florie Valiquette, avec sa voix fraĂźche et bien timbrĂ©e, trouve des accents d’un beau pathĂ©tisme, surtout Ă  la fin du I oĂč cet opĂ©ra-comique (qui annonce dĂ©jĂ  l’opĂ©rette de demain
) bascule dans le drame semi-serio, Ă  l’image du meilleur Rossini. Au II, elle a le piquant et l’espiĂšglerie de Madeleine, l’épouse dĂ©laissĂ©e par Chapelou, transformĂ©e, grĂące Ă  un riche hĂ©ritage, en Ă©lĂ©gante Madame de Latour, dont elle possĂšde la tierce aiguĂ« et l’abattage. De son cĂŽtĂ©, l’inĂ©narrable Frank LeguĂ©rinel campe le plus crĂ©dible des Marquis de Corcy, mĂ©prisant et cruel Ă  souhait, et vocalement d’une diction exemplaire. Enfin, le baryton wallon Laurent Kubla, Ă  l’émission franche et sonore, est Ă  la fois le jaloux Biju, rival en amour du Postillon, puis Alcindor, le cocasse compagnon de route de Saint-Phar. (Illustration ci dessus : Frank LeguĂ©rinel et Michael Spyres)

 

 

ADAM le postillon_de_lonjumeau_2_dr_stefan_brion critique classiquenews critique opera critique concertsAprĂšs ses succĂšs dans l’univers lyriques – Ciboulette de Hahn ici-mĂȘme / avril 2015 ; ou Ariadne auf naxos tout derniĂšrement au ThĂ©Ăątre du Capitole / mars 2019 -, Michel Fau signe une production qui respecte Ă  la fois certaines rĂšgles propres Ă  l’opĂ©ra-comique, mais en les revoyant par le prisme de son propre univers, kitsch et fellinien Ă  la fois. Les dĂ©cors colorĂ©s et acidulĂ© d’Emmanuel Charles, la plupart sous formes d’immenses toiles peintes, font penser Ă  l’univers des cĂ©lĂšbres photographes Pierre et Gilles, tandis que les costumes baroques de Christian Lacroix sont un rĂ©gal pour les yeux. Travesti en Rose, la suivante de Madame de Latour, Michel Fau nous fait son habituel numĂ©ro, mais avec moins de gĂ©nie que de coutume ici, l’hilaritĂ© qu’il suscite Ă©tant plus souvent forcĂ©e que naturelle.

 

 


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A la tĂȘte d’un Orchestre de l’OpĂ©ra de Rouen chatoyant, le jeune chef français SĂ©bastien Rouland n’a pas peur de s’engager corps et Ăąme dans une Ɠuvre aux visages multiples, et accompagne avec amour ses chanteurs, tout en restituant la verve des pages les plus savoureuses et pĂ©tillantes.

Une heureuse rĂ©surrection qu’il ne faut surtout pas manquer à Paris
 ou Ă  Rouen oĂč le spectacle sera repris pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©es 2019 ! 

  

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra Comique, le 30 mars 2019. ADAM : Le Postillon de Lonjumeau. Michael Spyres / Michel Fau / SĂ©bastien Rouland. Illustrations : © S Brion 2019 - A l’affiche de l’OpĂ©ra-Comique Ă  PARIS, jusqu’au 9 avril 2019 – Diffusion sur France Musique, le 28 avril 2019, 20h 

  

  

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. Milan, Scala, le 6 mars 2019. Moussorgski : La Khovanchina. Gergiev / Martone

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, OpĂ©ra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone. Depuis sa crĂ©ation in loco, en 1926, La Khovanchina de Moussorgski n’a pas Ă©tĂ© beaucoup reprĂ©sentĂ© Ă  La Scala, et toujours, jusqu’en 1973 (annĂ©e de la visite du BolchoĂŻ de Moscou Ă  Milan), dans une traduction italienne. En 1981, Milan fait un nouveau grand pas en renonçant Ă  la version (fortement coupĂ©e) de Rimski-Korsakov, Russlan Raichev dirigeant la partition orchestrĂ©e par Chostakovitch, dans un spectacle de Yuri Liubimov. En 1997, c’est une production trĂšs traditionnelle (signĂ©e par Leonid Baratov) que vient diriger Valery Gergiev Ă  la tĂȘte des forces du Mariinsky, spectacle que nous avions pu voir Ă  l’OpĂ©ra de Montpellier trois ans plus tĂŽt, lors d’une tournĂ©e de la phalange pĂ©tersbourgeoise en France. Vingt-un ans plus tard, le maestro ossĂšte revient diriger l’ouvrage dans la maison scaligĂšre, mais cette fois avec la phalange scaligĂšre en fosse. Sa baguette intelligente et vigoureuse sait alterner Ă  merveille brutalitĂ© et intimisme, violence et poĂ©sie, quand le ChƓur maison, qui a fort a faire ici, se couvre de gloire dans chacune de ses interventions.

 
 
 

Gergiev dirige une KHOVANTCHINA captivante Ă  la Scala

 
 
 

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De son cĂŽtĂ©, la distribution se montre d’un haut niveau, la plupart des interprĂštes rĂ©ussissant des incarnations d’une intensitĂ© indĂ©niable. Le chant un peu rude de MikhaĂŻl Petrenko ne l’empĂȘche pas de camper un Ivan Khovanski fier et inĂ©branlable. Le tempĂ©rament et la prĂ©sence de SergeĂŻ Skorokhodov lui permettent de faire face aux contradictions qui dĂ©chirent AndreĂŻ Khovanski jusqu’au sacrifice final. Evgeny Akimov, Ă  la voix claire et percutante, est un Golitsine vibrant, et Alexey Markov un Chaklovity agressif et menaçant. Le magnifique basse Stanislav Trofimov a la stature physique et l’ampleur vocale de Dossifeï ; il possĂšde par ailleurs ce qui fait d’un homme un chef religieux et un guide spirituel que ses fidĂšles suivent dans la mort : le charisme, l’autoritĂ©, l’intĂ©rioritĂ©. Enfin, la superbe mezzo Ekaterina Semenchuck campe une Marfa digne d’admiration, voix longue, pleine, chaleureuse, aussi prenante dans la douceur que dans la vĂ©hĂ©mence, la plus attachante, sans doute, de toute cette galerie de personnages poignants.

ConfiĂ©e Ă  Mario Martone, la production situe l’action dans une Russie post-apocalyptique, la scĂ©nographie (signĂ©e par Margherita Palli) laissant entrevoir une raffinerie de pĂ©trole bombardĂ©e, oĂč s’amassent voitures calcinĂ©es et des monceaux de tĂŽles rouillĂ©es. On ne peut s’empĂȘcher de penser Ă  Mad Max ou Ă  Blade Runner en contemplant cette atmosphĂšre dĂ©solĂ©e particuliĂšrement rĂ©ussie. A l’exception de Marfa et DossifeĂŻ, chaque protagoniste ne paraĂźt soucieux que de rabaisser et brutaliser son interlocuteur, chaque groupe populaire semble perpĂ©tuellement en quĂȘte d’un souffre-douleur Ă  importuner ou tabasser
 Une impression de glauque qui ne disparaĂźtra, si contradictoire que cela puisse paraĂźtre, qu’avec la scĂšne finale d’immolation collective : les croyants s’avancent vers une immense boule de feu qui grandit peu Ă  peu et finit par engloutir tout le monde


 
 
 

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Mais pourquoi n’entend-on pas plus souvent cette partition marquĂ©e du sceau du gĂ©nie ?

 
 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, Opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone.

 
 
 
 
 
 

COMPTE-RENDU, Opéra. TOURS, le 12 mars 2019. Mozart : La Flûte enchantée. Bérénice Collet / Benjamin Pionnier.

TOURSopera-flute-enchantee-sandra-daveau-critique-opera-annonce-classiquenews-le-feuCOMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOURS, le 12 mars 2019. Mozart : La FlĂ»te enchantĂ©e. BĂ©rĂ©nice Collet / Benjamin Pionnier. Mais quelle mouche a donc bien pu piquer la metteuse en scĂšne française BĂ©rĂ©nice Collet, Ă  qui Benjamin Pionnier a confiĂ© la nouvelle production de La FlĂ»te enchantĂ©e au Grand-ThĂ©Ăątre de Tours ? FĂ©ministe dans l’ñme, il faut croire qu’un des propos quelque peu misogynes du livret (signĂ© par Lorenzo Da Ponte) – comme « Les femmes parlent beaucoup, mais agissent peu  » – lui sera restĂ© en travers de la gorge. DĂ©s lors, elle prend le livret Ă -rebours et la Reine de la Nuit n’est plus du tout mĂ©chante ici, alors que Sarastro n’est qu’un homme vil, hypocrite et violent. Quand elles ne sont pas rebelles, les femmes sont asservies (chƓur fĂ©minin aux cheveux coupĂ©s ras, toujours la tĂȘte basse, habillĂ©es de robes de bure), voire violĂ©es (Monostatos qui se jette sur Pamina
). Mais les femmes reprennent finalement le dessus – et se vengent – notamment en poignardant Ă  mort Monostatos ! TrĂšs bien, mais les intentions de Mozart dans tout ça ?…

Avec Florian Laconi, le rĂŽle de Tamino se voit confiĂ© – ce qui renoue avec une tradition que l’on croyait perdue – Ă  un tĂ©nor aux moyens quasi « hĂ©roĂŻques » (son rĂ©pertoire habituel est celui de Don JosĂ© et de Hoffmann
). Le chanteur messin y dĂ©ploie une ardeur communicative Ă  laquelle on aurait cependant prĂ©fĂ©rĂ©, Ă  maints moments sublimes, une authentique ferveur. Face Ă  lui, l’exquise soprano française Marie Perbost est une Pamina d’une grande puretĂ© vocale, cristalline, dont la ligne de chant impeccable suscite une grande Ă©motion dans le cĂ©lĂšbre air « Ach, ich fĂŒhl’s ». Refusant les effets faciles, RĂ©gis Mengus mise pour son Papageno sur le charme de la jeunesse et de la santĂ© vocale ; l’air qu’il chante au moment oĂč il veut se pendre est tout simplement humain et Ă©mouvant. Dans le rĂŽle de Sarastro, JĂ©rĂŽme Varnier campe un personnage plus jeune que de coutume dans cet emploi, et malgrĂ© le rĂŽle de mĂ©chant de l’histoire qu’on veut nous faire croire ici, c’est Ă©galement l’humanitĂ© qui ressort avant tout dans sa voix, aux cĂŽtĂ©s de graves puissamment nourris. De son cĂŽtĂ©, Marie-BĂ©nĂ©dicte Souquet campe une flamboyante Reine de la Nuit : le chant est solide, l’aigu sĂ»r et la nature de feu. La Papagena de Marion Tassou est pleine de gouaille, de santĂ©, de mordant, comme le veut la tradition, tandis qu’Olivier Trommenschlager met Ă©galement tous ses talents de comĂ©dien au service d’un Monostatos plein de vitalitĂ©. MĂȘme satisfecit pour les comprimari, avec Trois GĂ©nies et Trois Dames (ClĂ©mence Garcia, Yumiko Tanimura, Delphine Haidan) sans histoire ; un Orateur impressionnant d’autoritĂ© (François Bazola) ; un Premier PrĂȘtre plein de promesses (le jeune tĂ©nor Camille Tresmontant).

Directeur gĂ©nĂ©ral et musical de l’institution tourangelle, Benjamin Pionnier dirige le chef d’Ɠuvre de Mozart dans un esprit de simplicitĂ© et de naturel aux antipodes de tout pathos : un ton que l’on serait tentĂ© de qualifier de « laĂŻque », qui coupe court aux vellĂ©itĂ©s mystiques ou simplement Ă©sotĂ©riques (en accord avec la proposition scĂ©nique, donc, puisqu’elle ne s’embarrasse pas de toutes ces questions
).

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COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOURS, Grand-ThĂ©Ăątre, le 12 mars 2019. W. A. Mozart : La FlĂ»te enchantĂ©e. BĂ©rĂ©nice Collet / Benjamin Pionnier. A VENIR Ă  l’OpĂ©ra de TOURS, 26, 27, 28 avril 2019, Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux de Kurt Weill, en lire + : http://www.classiquenews.com/tours-opera-de-tours-saison-lyrique-2018-2019/

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 2 févv 2019. Mahler : Symphonie N°1 « Titan ». Orch National de Lille / A. Bloch.

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 2 fĂ©vrier 2019. Mahler : Symphonie N°1 dite Titan. Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch. C’est dans un projet passionnant – qui est toujours aussi un dĂ©fi un peu fou
 – qu’Alexandre Bloch vient de jeter ses forces (et bien Ă©videmment celles de l’Orchestre National de Lille que le chef français dirige depuis septembre 2016) : offrir au public lillois une intĂ©grale des Symphonies de Mahler – d’ici Ă  janvier 2020 – dans leur ordre chronologique. C’est ainsi l’occasion « de suivre le parcours crĂ©atif d’un gĂ©nie musical unique, qui rĂ©volutionna l’écriture symphonique par sa dĂ©mesure visionnaire », comme l’indique si bien le programme de salle.
Autre particularitĂ© de ce coup d’envoi, avec la PremiĂšre Symphonie (dite « Titan »), on assiste ce soir Ă  un concert « connecté ». En effet, aprĂšs une premiĂšre expĂ©rience rĂ©ussie (en janvier 2018) autour du Sacre du printemps de Stravinski, Alexandre Bloch renouvelle sa proposition de concert connectĂ©.

 
 

 
 

GUSTAV en smartphony

DĂ©mesure visionnaire de Mahler
et concert connecté

 

 

©smartphony2_328px_18-19L’ONL a en effet fait dĂ©velopper une application smartphone unique au monde (intitulĂ© Smartphony) qui permet au public (mais aussi aux internautes, derriĂšre leurs ordinateurs, grĂące au site Youtube, en particulier la chaine de l’ONL Orchestre National de Lille) d’interagir avec l’orchestre. La premiĂšre partie du concert est animĂ©e par le vrai chauffeur de salle qu’est Alexandre Bloch, par ailleurs excellent pĂ©dagogue, qui livre une mine d’informations sur Mahler et son Ɠuvre, mais tout en testant les connaissances du public via l’application


 

 

SMARTPHONY. A LILLE, Alexandre BLOCH réécrit l'expérience symphonique

 
 

 
 

La seconde partie de soirĂ©e se montre plus « sĂ©rieuse », et si – dans la premiĂšre – l’audience a pu dĂ©cider elle-mĂȘme du tempo que le chef devait prendre dans tel ou tel mouvement, Alexandre Bloch reprend ici totalement les commandes pour livrer une interprĂ©tation vibrante du chef d’Ɠuvre mahlĂ©rien.  De fait, aprĂšs cette premiĂšre partie rĂ©crĂ©ative et ludique, Ă  laquelle l’orchestre s’est d’ailleurs prĂȘtĂ© avec un plaisir communicatif, l’auditeur peut enfin goĂ»ter Ă  la qualitĂ© exceptionnelle, Ă  l’homogĂ©nĂ©itĂ© sans faille, ainsi qu’à la perfection technique dont la phalange des Hauts de France est capable. Sous la battue du maestro Bloch, rien ne dĂ©passe, tout est jouĂ© au cordeau, sans le moindre accroc. IrrĂ©prochable, donc, et superbement investi, l’ONL impose d’entrĂ©e de jeu une vraie concentration de l’écoute, en faisant rayonner les « bruits de nature ».
Amoureux du son, Alexandre Bloch dirige sans partition, avec une prĂ©cision trĂšs dĂ©taillĂ©e, mais jamais sĂ©vĂšre, qui laisse le public goĂ»ter toutes les subtilitĂ©s de timbre et les audaces de l’orchestration mahlĂ©rienne ; l’orchestre est tout simplement somptueux, opulent dans la texture des cordes, tendre dans ses soli respectifs – la contrebasse de Mathieu Petit, la harpe de Anne Leroy-Petit… -, magistral par la cohĂ©sion de ses pupitres. Et lorsque le chef lĂąche la bride – dans le dernier mouvement («Dall’inferno», comme prĂ©cisĂ© par Mahler) -, les pupitres se mettent Ă  vrombir dans un Ă©panouissement sonore qui ne se fait jamais au dĂ©triment des composantes de l’écriture orchestrale. Saluons la rĂ©sistance et l’infaillibilitĂ© des cuivres, et notamment les huit cors qui – selon les recommandations d’un Mahler toujours soucieux de projection dans l’espace – achĂšvent debout cette « titanesque » symphonie, dans une robustesse et une ivresse du son que l’on est pas prĂȘt d’oublier
 Alors bravo !

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 2 février 2019. Mahler : Symphonie N°1 dite Titan. Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch.

 

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LIRE aussi notre entretien avec Alexandre BLOCH Ă  propos de l’intĂ©grale des symphonies de Mahler Ă  Lille
http://www.classiquenews.com/entretien-avec-alexandre-bloch-lintegrale-mahler-en-2019/

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation du cycle des symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch – 5 premiĂšres symphonies jusqu’à juin 2019
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

Prochain rv du cycle Mahler au Nouveau SiÚcle à Lille : jeudi 28 février 2019, 20h / MAHLER : Symphonie n°2 « Résurrection », nouveau volet incontournable
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/resurrection/
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
DIRECTION : ALEXANDRE BLOCH‹SOPRANO : LISA LARSSON‹ / MEZZO-SOPRANO : CHRISTIANNE STOTIJN / ‹CHƒUR PHILHARMONIA CHORUS‹ / CHEF DE CHƒUR :  GAVIN CARR / ‹CHEF ASSISTANT : JONAS EHRLER

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. LIMOGES, Opéra, le 27 janv 2019. KORNGOLD : Die tote Stadt (La Ville morte). Baleff / Anglade.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. LIMOGES, OpĂ©ra, le 27 janv 2019. KORNGOLD : Die tote Stadt (La Ville morte). Baleff / Anglade. Enfant  prodige, nĂ© Ă  Bratislava en 1897, Erich Wolfgang Korngold devait disparaĂźtre en 1957 Ă  Hollywood, Ă  peine ĂągĂ© de soixante ans. Fuyant les persĂ©cutions nazies, il s’était installĂ© dans la capitale du cinĂ©ma en 1934, y gagnant une solide rĂ©putation de compositeur de musiques de films – Captain Blood avec Errol Flynn reste l’une de ses compositions les plus cĂ©lĂšbres -, dĂ©crochant mĂȘme un oscar. Cette deuxiĂšme partie de carriĂšre ne saurait pourtant faire oublier la premiĂšre, de musicien « sĂ©rieux », couronnĂ©e par la crĂ©ation, le 4 dĂ©cembre 1920, le mĂȘme soir Ă  Hambourg et Ă  Cologne, de Die tote Stadt (La Ville morte), son plus grand succĂšs dans l’univers lyrique.

 

 

 

La nouvelle production
enthousiasmante de Sandrine Anglade

 

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SignĂ© Paul Schott, mais en rĂ©alitĂ© de la main de Korngold lui-mĂȘme, aidĂ© de son pĂšre, le livret s’inspire du bref roman de l’écrivain belge Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte, oĂč l’on retrouve le climat morbide d’Edgar Poe et de Maurice Maeterlinck. Comme Venise ou Leipzig, Bruges devient le symbole du style gothico-mĂ©dieval dĂ©cadent, qui fera la fortune de l’Art Nouveau : le long de ses lugubres canaux, de ses ruelles encombrĂ©es de masques et de processions religieuses, Paul, le hĂ©ros de l’histoire, vit un vĂ©ritable cauchemar qui le conduit Ă  imaginer, sous les traits de la ballerine Marietta, ceux de Marie, son Ă©pouse rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©e. Dans son rĂȘve, il finira d’ailleurs par Ă©trangler la danseuse avec la tresse de cheveux de la dĂ©funte !
Tandis que le ThĂ©Ăątre du Capitole de Toulouse a remontĂ© une production de l’OpĂ©ra national de Lorraine, en dĂ©but de saison, l’OpĂ©ra de Limoges vient de faire le pari presque fou d’en proposer une nouvelle production, confiĂ©e aux soins de la talentueuse femme de thĂ©Ăątre française Sandrine Anglade. Disons-le d’emblĂ©e, la rĂ©ussite est totale, et ce dans toutes les composantes du spectacle ! Pour la partie scĂ©nique, Sandrine Anglade a eu l’idĂ©e de mĂȘler thĂ©Ăątre et musique en immergeant les chanteurs au milieu de l’orchestre, placĂ© ici sur scĂšne, dans les ramifications d’une structure en bois laquĂ© noir qui vient figurer les fameux canaux de Bruges. Tout Ă  la fois structurĂ©e et onirique, la scĂ©nographie parvient ainsi Ă  rendre palpables les divagations psychiques du hĂ©ros, Ă  l’instar d’une figurante (CĂ©cile Fargues) qui donne chair Ă  ses hallucinations en incarnant de maniĂšre omniprĂ©sente la dĂ©funte.

Sous la direction exemplaire du chef bulgare Pavel Baleff, directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Baden-Baden (depuis 2007), l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Limoges – en constants progrĂšs depuis l’arrivĂ©e du non moins excellent Robert Tuohy Ă  sa tĂȘte – offre une lecture vibrante et musicale d’une partition au romantisme influencĂ© par Gustav Mahler et Richard Strauss.
CĂŽtĂ© voix, le tĂ©nor canadien David Pomeroy (Paul) et la soprano sud-africaine Johanni Van Oostrum (Marietta) s’avĂšrent sensationnels, d’engagement dramatique autant que de facilitĂ© vocale, jusque dans les extrĂ©mismes vocaux requis par la redoutable partition de Korngold. Elle, le Lied au luth, elle l’allĂšge, le caresse (Si bĂ©mol compris), avec, dans le timbre, une troublante nostalgie Ă©vocatrice ; MĂȘme l’Ut impossible de son arioso du III ne lui pose aucune difficultĂ©. Lui a quelque chose de plus sombre et de plus fatal encore dans le timbre, ses Ă©lans sont inĂ©puisables, et une trĂšs touchante mĂ©lancolie colore de vulnĂ©rabilitĂ© tout ce qui est intĂ©rieur. Il parvient par ailleurs Ă  chanter piano toute la fin de l’ouvrage, et l’on ne peut que rendre les armes devant son exemplaire performance ! De son cĂŽtĂ©, le baryton autrichien Daniel Schmutzhard est saisissant d’élĂ©gance, en silhouette comme en phrase. Mention Ă  la Brigitta de la jeune mezzo française Aline Martin, mais aussi Ă  la Juliette de la pĂ©tulante Jennifer Michel, sans oublier ses impeccables partenaires : Romie EstĂšves (Lucienne), LoĂŻx FĂ©lix (Victorin) et Pierre-Antoine Chaumine (Le Comte Albert).
Bref, un dĂ©fi d’envergure, relevĂ© avec brio, et Ă  mettre au crĂ©dit de l’audacieux OpĂ©ra de Limoges !

 

 

 

 

 

 

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Compte-Rendu, Opéra. LIMOGES, Opéra, le 27 janvier 2019. Erich Wolfgang Korngold : Die tote Stadt (La Ville morte). Pavel Baleff / Sandrine Anglade.

Compte-rendu, opéra. LILLE, Opéra, le 16 janv 2019. RAMEAU : Pygmalion / MONDONVILLE : Amour et Psyché. Haïm / Orlin.

Compte-rendu, OpĂ©ra. OpĂ©ra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplĂ© avec Amour et PsychĂ© de Mondonville. Emmanuelle HaĂŻm / Robyn Orlin. Spectacle coproduit entre l’OpĂ©ra de Lille, le ThĂ©Ăątre de Caen, l’OpĂ©ra de Dijon et les ThĂ©Ăątres de la ville de Luxembourg, c’est une bonne idĂ©e qu’ont eu les quatre institutions lyriques de coupler Pygmalion de Rameau (1748) et L’Amour et PsychĂ© (1758) de Mondonville, qui traite tous deux de l’éternel thĂšme de l’amour.

 
 

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La premiĂšre piĂšce est un des huit ballets en un acte qu’écrivit le compositeur dijonnais entre 1748 et 1754. TirĂ© du dixiĂšme livre des MĂ©tamorphoses d’Ovide, le livret reprend la lĂ©gende de Pygmalion, amoureux de la statue d’ivoire qu’il a lui-mĂȘme sculptĂ©e. L’Amour anime la statue et le chƓur chante les louanges du dieu qui rĂšgne sur les cƓurs. La deuxiĂšme piĂšce est la troisiĂšme entrĂ©e du ballet hĂ©roĂŻque intitulĂ© Les FĂȘtes de Paphos qui est formĂ© en fait de trois ballets autonomes (VĂ©nus et Adonis, Bacchus et Erigon, et L’Amour et PsychĂ©), composĂ©s entre 1747 et 1758, et reliĂ©s a posteriori sous le titre de FĂȘtes de Paphos. Si les deux ouvrages ont une mĂȘme thĂ©matique amoureuse, ils diffĂšrent en ceci que le second est un pur divertissement, qui ne vise qu’à donner du plaisir, tandis que le second cherche Ă  Ă©mouvoir (au sens baroque du terme).
Heureusement, les deux compositeurs français sont merveilleusement servi par la direction d’orchestre : attaques prĂ©cises, clartĂ© des pupitres, osmose avec un plateau quasi idĂ©al
 Emmanuelle HaĂŻm, Ă  le tĂȘte de son Concert d’AstrĂ©e, fait des merveilles !
Las, la mise en scĂšne/chorĂ©graphie de Robyn Orlin ne restera pas dans les annales. On a trop de fois vu ce procĂ©dĂ© qui est de rĂ©aliser des vidĂ©os en live pour les projeter au mĂȘme moment sur des Ă©crans. Les incessants allers et venues de sa troupe et la surabondances d’images diverses et variĂ©es parasitent l’écoute, n’éclaire en rien les histoires qui sont contĂ©es dans les livrets, et surtout ne font jamais jaillir l’émotion. La sĂ©rie de clichĂ©s sur le monde de l’art qui illustre le ballet de Mondonville est tout simplement hors propos et parfaitement gratuite. Bref, nous nous sommes ennuyĂ©s pour ce qui est de la partie visuelle

La partie vocale sauve heureusement la mise (et la soirĂ©e !), avec d’abord un hommage appuyĂ© pour le tĂ©nor flamand Reinoud van Mechelen (Pygmalion) : belle voix claire, pure et sans vibrato, tour Ă  tour fine et puissante, Ă©lĂ©gance du style et diction parfaite du français. Statue puis PsychĂ©, la jeune soprano colorature française Magali LĂ©ger vit les Ă©mois du sentiment amoureux sans affĂ©terie, et nous gratifie de son beau timbre dĂ©licat. Avec une voix beaucoup plus corsĂ©e, parfois rauque, la chanteuse franco-canadienne Samantha Louis-Jean a du tempĂ©rament Ă  revendre en CĂ©phise puis VĂ©nus. Dans le rĂŽle d’Amour, commun aux deux ouvrages, Armelle KhourdoĂŻan fait preuve autant de sĂ©duction que d’autoritĂ©, avec des aigus aisĂ©s et un medium charnu.  Enfin, dans l’hilarant rĂŽle de Tisiphone, le baryton rochelais Victor Sicard explose en dĂ©esse (transgenre) infernale, avec une voix aussi solide que parfaitement articulĂ©e.
Grùce aux voix et à la musique, on passe au final un bonne soirée !

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin.

 
 
 

Compte-rendu, Opéra. GenÚve, le 13 janv 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong / Opéra de Pékin

Compte-rendu, OpĂ©ra. GenĂšve, le 13 janv 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong / OpĂ©ra de PĂ©kin. AprĂšs deux ans de bons et loyaux services (durant la durĂ©e des travaux du Grand-ThĂ©Ăątre qui rĂ©ouvrira le mois prochain avec le Ring de Wagner), la structure en bois de l’OpĂ©ra des Nations de GenĂšve est sur le point de partir pour la chine, afin de continuer sa vie, aprĂšs avoir Ă©galement servi Ă  la ComĂ©die-Française pendant le temps de rĂ©novation qu’elle avait Ă©galement subie. Bon enfant et spirituel, Tobias Richter a eu l’idĂ©e d’inviter la cĂ©lĂšbre compagnie de l’OpĂ©ra de PĂ©kin pour des adieux en forme de clin d’Ɠil, et la troupe est venue avec un des titres parmi les plus connus dans l’Empire du Milieu : Le Voyage fantastique de Sun Wukong.

  
 
 

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Sun Wukong, alias le Roi des Singes, est l’un des personnages fictifs du monument de la littĂ©rature chinoise qu’est « Le Voyage vers l’Occident » de Wu Cheng’en, sorte de roman initiatique reflĂ©tant « le souhait de la chine ancienne d’ĂȘtre dĂ©mocratisĂ©e, ainsi que son esprit optimiste, entreprenant et vaillant dans la lutte contre le fĂ©odalisme ». Sun Wukong, dotĂ© de nombreux pouvoirs prodigieux et d’un dĂ©sir d’insoumission totale, est Ă©galement un grand maĂźtre des arts martiaux. Dans la montagne aux fleurs et aux fruits, il dĂ©cide de rĂ©unir ses congĂ©nĂšres simiesques afin de se soulever contre l’Empire CĂ©leste qui cherche Ă  le soumettre. Mais toutes les tentatives de l’Empereur de Jade dans ce sens, Ă©choueront les unes aprĂšs les autres, et finira mĂȘme par ĂȘtre vaincu par lui.
Genre traditionnel nĂ© en 1790 (et inscrit au patrimoine immatĂ©riel de l’humanitĂ© en 2010), l’OpĂ©ra de PĂ©kin connaĂźt son apogĂ©e au 19e siĂšcle dans la cour de la dynastie des Qing (1644-1912). MĂȘlant musique, chant, dĂ©clamation, thĂ©Ăątre, acrobatie et arts martiaux, il Ă©blouit les yeux avec des costumes et maquillages aux couleurs vives jusqu’à l’excĂšs. Leurs couleurs et formes obĂ©issent Ă  un code prĂ©cis pour mettre en avant diverses significations (idĂ©es, caractĂšres, rangs
). Tout est ici codifié : le blanc utilisĂ© comme fond de teint implique un manque de loyautĂ©, la mĂ©disance ou l’hypocrisie. Le noir s’applique aux hommes francs et audacieux, tandis que le bleu foncĂ© prĂ©figure un ĂȘtre orgueilleux et brutal. Le gris est l’apanage des vieillards quand la couleur argentĂ©e l’est aux Dieux. De mĂȘme, la couleur ou l’étoffe d’un costume fait sens : le rouge indique le bonheur, un habit en soie blanche indique la puretĂ© et la simplicitĂ©, etc.
Au cours de la soirĂ©e, nous relevons de nombreuses rapprochements avec l’opĂ©ra baroque occidental. La voix trĂšs aiguĂ« des personnages jeunes ou/et nobles se rapproche de l’esthĂ©tique du castrat, mĂȘme si la technique est totalement diffĂ©rente, d’autant que les personnages ĂągĂ©s ou religieux chantent et dĂ©clament avec des voix plus graves. Le mĂ©lange de personnages de la sphĂšre divine et du monde humain est un sujet frĂ©quemment utilisĂ© dans des piĂšces de thĂ©Ăątres et des opĂ©ras occidentaux empruntĂ©s Ă  la mythologie. Les mĂ©lodies sont toujours Ă  l’unisson entre voix et cordes, oĂč l’accompagnement d’un ensemble instrumental – placĂ© ce soir Ă  cour – donne diffĂ©rents degrĂ©s d’épaisseur Ă  la musique. Mais les percussions, constituĂ© essentiellement de cymbales de diverses tailles ainsi que des morceaux de bois entrechoquĂ©s, jouĂ©es selon des formules rythmiques codĂ©s, ont des sons extrĂȘmement stridents et « bruyants », notamment dans les scĂšnes de combat, trĂšs nombreuses ici. La soirĂ©e est en tout point une rĂ©ussite, et le succĂšs public est au rendez-vous, mais il aurait peut-ĂȘtre mieux valu ne pas sonoriser le spectacle, tant pour l’orchestre que pour ces voix aiguĂ«s Ă  projection particuliĂšre, qui sont dĂ©jĂ  bien assez sonores sans besoin d’amplification supplĂ©mentaire


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Compte-rendu, OpĂ©ra. GenĂšve, OpĂ©ra des Nations, le 13 janvier 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong par la compagnie de l’OpĂ©ra de PĂ©kin.

Illustration : DR

  
 
 

Compte-rendu, opéra. Fribourg, le 6 janv 2018. Mozart : Die Zauberflöte. Mompart / Gendre.

Compte-rendu, OpĂ©ra. Fribourg, ThĂ©Ăątre de l’Equilibre, le 6 janvier 2018. W. A. Mozart : Die Zauberflöte. Joan Mompart / Laurent Gendre. NĂ© de la rĂ©cente fusion de l’OpĂ©ra de Fribourg et de la compagnie lyrique OpĂ©ra Louise, le Nouvel OpĂ©ra Fribourg (NOF) s’est donnĂ© comme mission d’ « enjamber les barriĂšres isolant le lyrique de la crĂ©ation scĂ©nique contemporaine ». C’est ainsi que Julien Chavaz – directeur de l’institution romande – a eu l’idĂ©e de proposer au metteur en scĂšne (de thĂ©Ăątre) suisse Joan Mompart, de mettre en images La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart. Le rĂ©sultat est prodigieux de beautĂ© visuelle et d’intelligence formelle. Le plateau vidĂ© de tout dĂ©cor restera vide de tout dĂ©cor tout au long de la reprĂ©sentation, laissant aux images vidĂ©os – signĂ©es par Brian Torney et projetĂ©es sur de grands rideaux de tulle – le soin de porter l’imagination des spectateurs vers de lointaines contrĂ©es tant physiques que psychiques.

 
 
 

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L’essentiel des vidĂ©os montre des forĂȘts mystĂ©rieuses, une nature grandiose et protectrice, en contre-bas desquelles les personnages font vibrer les sentiments qui les animent.
La soprano suisse BĂ©nĂ©dicte Tauran est un exquise Pamina, au timbre soyeux et au phrasĂ© raffinĂ© et musical. La voix rĂ©vĂšle dĂ©jĂ  une certaine ampleur, et il y a fort Ă  parier qu’elle Ă©voluera rapidement vers des emplois plus lyriques. A ses cĂŽtĂ©s, la française MarlĂšne Assayag fait preuve d’un bel aplomb dans la Reine de la Nuit, en alliant l’agilitĂ© Ă  une rĂ©elle puissance dramatique. De son cĂŽtĂ©, le tĂ©nor hollandais Peter Gijbertsen offre une voix plus corsĂ©e que de coutume pour le personnage de Tamino, ce qui n’obĂšre pas l’élĂ©gance d’un phrasĂ© presque rĂȘveur. Le baryton suisse BenoĂźt Capt campe un Papageno dĂ©bordant d’abattage, qui sĂ©duit immĂ©diatement le public. La basse nĂ©erlandaise Bart Driessen impose un Sarastro impressionnant de grandeur, tant par la beautĂ© du timbre que par la noblesse de la ligne. Du Monostatos de Roman Mamontov (annoncĂ© souffrant), on retient surtout la veine caricaturale tandis que SalomĂ© Zangerl prĂ©sente sans peine une attachante Papagena. Enfin, les Trois Dames ne manquent pas d’allant, ni les Trois GĂ©nies de justesse.
A la tĂȘte de l’Orchestre de Chambre Fribourgeois (qu’il dirige et qu’il a lui-mĂȘme fondĂ©), Laurent Gendre dĂ©fend une lecture vivante et transparente du chef d’Ɠuvre mozartien. Ce spectacle, triomphalement accueilli par un public ne boudant pas son plaisir (les 6 dates au ThĂ©Ăątre de l’Equilibre de Fribourg, qui abrite le spectacle, affichent complets), laisse bien augurer de l’avenir du Nouvel OpĂ©ra Fribourg ! A suivre.

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Fribourg, ThĂ©Ăątre de l’Equilibre, le 6 janvier 2018. W. A. Mozart : Die Zauberflöte. Joan Mompart / Laurent Gendre.  
 
   
 
   
 
 

COMPTE-RENDUS, concerts. GSTAAD, New Year Music Festival, les 4 & 5 janv 2019. JS BACH: N Stutzmann, A Kapelis.

Compte-rendu, concerts. New Year Gstaad Festival, Eglises de Rougemont et Lauenen, les 4 & 5 janvier 2019. Nathalie Stutzmann, Leon Kosavic et l’Ensemble Orfeo 55 (Rougemont), puis Aleksandros Kapelis et les Barock Solisten du Berliner Philharmoniker (Lauenen) dans des Ɠuvres de J. S. Bach. La musique classique Ă  Gstaad, ce n’est pas seulement le cĂ©lĂšbre Menuhin Festival en pĂ©riode estivale et les Sommets Musicaux fin janvier, c’est aussi le Gstaad New Year Music Festival, manifestation fondĂ©e et inlassablement dĂ©fendue par la Princesse Caroline Murat, une des arriĂšre-petites-niĂšces de NapolĂ©on 1er, installĂ©e dans la cĂ©lĂšbre station alpine, pianiste renommĂ©e, mais Ă©galement co-fondatrice des non moins fameux Festival de Verbier et Sommets Musicaux susnommĂ©s. Chaque annĂ©e, depuis treize ans maintenant, la Princesse mĂ©lomane invite les grands noms de la musique classique et du chant lyrique, cette nouvelle Ă©dition n’Ă©chappant pas Ă  la rĂšgle avec des artistes de grande renommĂ©e tels que Paul Gulda, Nino Machaidze, Michel Dalberto, Edwin Crossley-Mercer, ou encore la cĂ©lĂšbre alto française Nathalie Stutzmann que nous avons pu entendre, ce 4 janvier 2019, – aux cĂŽtĂ©s du magnifique baryton-basse croate Leon Kosavic et dans un programme d’arias extraites de Cantates du Cantor de Leipzig – dans la ravissante Ă©glise de Rougemont (Ă  l’instar du Festival Menuhin et des Sommets Musicaux, les concerts ont lieu essentiellement dans les diverses petites Ă©glises du Saanenland).

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480NommĂ©e “ Chevalier de l’Ordre de la LĂ©gion d’Honneur “ quelques jours plus tĂŽt, Nathalie Stutzmann est venue avec l’ensemble (baroque) qu’elle a fondĂ© il y a maintenant 10 ans, l’excellent Orfeo 55, et l’on devra d’abord saluer la cohĂ©rence et la pertinence d’un programme tout en nuances, qui permet de faire goĂ»ter Ă  l’audience les diffĂ©rentes facettes du gĂ©nie de Bach. Pour mettre en valeur sa phalange, et faire apprĂ©cier au public trĂšs chic et international de Gstaad sa grande qualitĂ© artistique, c’est par la Sinfonia de la Cantate BWV 42 que dĂ©bute la soirĂ©e. Et si l’intĂ©rioritĂ© et la spiritualitĂ© de Bach sont bien entendu au rendez-vous, la sensualitĂ© de sa musique est Ă©galement mise ici en avant. Ainsi, aprĂšs le touchant et mĂ©lancolique « VergnĂŒte ruh » (BWV 170), c’est l’air « Getrost ! » – extrait de la Cantate BWV 133 – qu’elle dĂ©livre, avec des vocalises aussi ardues Ă  exĂ©cuter que jubilatoires Ă  Ă©couter.
KOSAVIC LEON BARYTON portrait concert par classiquenews gstaad 2019 3.jpg__300x300_q90_crop_subsampling-2_upscaleSon collĂšgue masculin, -Leon Kosavic, prend ensuite le relais avec les arie « Ich will den Kreuzstab gerne tragen » (BWV 56) et « Jesus ist ein Schild » (BWV 56). Le jeune chanteur, que nous avions dĂ©couvert dans Les Noces de Figaro Ă  LiĂšge, la saison derniĂšre, possĂšde toutes les qualitĂ©s requises pour rendre justice Ă  cette page. Son baryton souple et flexible le destine tout naturellement aux airs de bravoure dont les redoutables vocalises ne lui posent aucune difficultĂ©, ni en prĂ©cision ni en justesse. Le velours du timbre en fait Ă©galement l’interprĂšte idĂ©al des pages plus contemplatives, soutenues par un legato de miel. S’il n’existe pas de duo Ă©crit par Bach pour leur typologie de voix respective, les compĂšres ont contournĂ© le problĂšme grĂące Ă  l’air extrait du fameux Actus Tragicus « In deine HĂ€nde » (BWV 106) dans lequel un alto et un baryton interviennent bel et bien, mais chacun Ă  leur tour.
La soirĂ©e se termine par le cĂ©lĂ©brissime « Ich habe genug » (BWV 82), que se rĂ©serve Nathalie Stutzmann, et dont elle fait un moment hautement spirituel. L’alto incarne au plus profond le personnage de SimĂ©on qui peut mourir en paix aprĂšs avoir rencontrĂ© un Messie qu’il avait attendu sa vie durant. Avec la dĂ©licatesse et la douceur du hautbois solo de l’ensemble, telle une prĂ©sence sĂ©raphique au cĂŽtĂ© du prophĂšte, la cantilĂšne de l’un vient poursuivre les contemplations de l’autre. A ce moment prĂ©cis, nous sommes alors bien loin d’une apprĂ©ciation de performance vocale, mais bien dans l’entendement du MystĂšre de la Purification tel que le gĂ©nial compositeur allemand l’avait dĂ©crit


Le lendemain soir, – 5 janvier 2019, c’est Ă  nouveau avec Bach que nous avions rendez-vous, mais cette fois dans la non moins charmante (et voisine) Ă©glise de Lauenen, pour un programme entiĂšrement instrumental cette fois, avec rien moins que les Barock Solisten du Berliner Philharmoniker (et le pianiste grec Alexandros Kapelis) pour une intĂ©grale des concerti pour clavier et cordes. Bach a composĂ© les Cinq Concerti BWV 1052 Ă  1056 pendant son sĂ©jour Ă  Leipzig, une pĂ©riode pendant laquelle il s’Ă©tait vu confier la direction des concerts du Collegium Musicum.

 

 

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Il se devait de fournir un rĂ©pertoire sans cesse renouvelĂ© et, s’agissant de la musique pour clavier, de rĂ©pondre aux besoins de ses propres fils – pianistes Ă©mĂ©rites – lorsque ces derniers se produisaient dans ces mĂȘmes concerts. Il fallait donc fournir, et, Ă  cette fin, le musicien eut recours Ă  une mĂ©thode qui lui Ă©tait familiĂšre, consistant Ă  reprendre et adapter quelques-unes de ses compositions antĂ©rieures, dans ce cas prĂ©cis principalement des concertos pour violon. Face Ă  un accompagnement aussi dynamique que luxueux, Kapelis souffle le chaud et le froid, selon qu’il s’attaque aux mouvements lents ou rapides. Avec un touchĂ© rond, un phrasĂ© lumineux, Ă©tirĂ©, soutenu (Larghetto du la majeur BWV 1055) et un lyrisme sans affectation (Adagio du fa mineur BWV 1056), il parvient Ă  donner le ton et donner la vie Ă  ces moments de douceur, qui sont autant de moments suspendus. Mais dĂšs que la virtuositĂ© est de mise, dans les parties rapides, le pianiste « accroche » (frĂŽle les touches d’à cĂŽtĂ©), voire esquive certaines notes pour suivre le diabolique tempo imposĂ© par un orchestre dont la virtuositĂ© (de son cĂŽtĂ©) est sans faille. Le public ne semble cependant pas lui en tenir rigueur et lui fait une fĂȘte Ă  l’issue du marathon pianistique dont relevait la soirĂ©e !

 
  

 

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Compte-rendu, concerts. New Year Gstaad Festival, Eglises de Rougemont et Lauenen, les 4 & 5 janvier 2019. Nathalie Stutzmann, Leon Kosavic et l’Ensemble Orfeo 55 (Rougemont), puis Aleksandros Kapelis et les Barock Solisten du Berliner Philharmoniker (Lauenen) dans des Ɠuvres de J. S. Bach.

 

  

 

COMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, le 21 déc 2018. Dauberval / Hérold : La Fille mal gardée.

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsCOMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, Grand-ThĂ©Ăątre, le 21 dĂ©cembre 2018. Jean Dauberval / Ferdinand HĂ©rold : La Fille mal gardĂ©e (+ concert de NoĂ«l le 20 dĂ©cembre Ă  l’Auditorium). Tandis que la plupart des thĂ©Ăątres lyriques hexagonaux mettent Ă  l’affiche une opĂ©rette pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e, l’OpĂ©ra national de Bordeaux a pris l’habitude de proposer un ballet Ă  son public, Ă  l’instar de l’annĂ©e derniĂšre oĂč nous avions pu assister Ă  une reprĂ©sentation du Don Quichotte de Leon Minkus. Cette annĂ©e, c’est un titre cher Ă  la citĂ© Girondine qui est mis Ă  l’honneur, puisque La Fille mal gardĂ©e (dont la premiĂšre mouture portait le nom de « Ballet de la paille ou il n’est qu’un pas du mal au bien ») a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e dans ces mĂȘme murs du Grand-ThĂ©Ăątre de Bordeaux, le 1er juillet 1789, ce qui en fait le plus ancien ballet français inscrit au rĂ©pertoire. L’ouvrage est prĂ©sentĂ© ici dans une chorĂ©graphie imaginĂ©e par Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres dans les annĂ©es 60. Il est coproduit avec l’OpĂ©ra de Paris qui a participĂ© Ă  la confection des dĂ©cors et des costumes
 et a « prĂȘtĂ© » Ă  l’institution bordelaise une de ses danseuses Etoiles LĂ©onore Baulac) et un de ses Premiers danseurs (Paul Marque) pour les deux rĂŽles principaux ! Originellement dansĂ© sur un pot-pourri d’airs populaires, l’Ɠuvre se dota – en 1828 – d’une vĂ©ritable partition musicale, grĂące au compositeur Ferdinand HĂ©rold (la partition est cependant adaptĂ©e ici par John Lanchbery). Ce ballet se caractĂ©rise d’abord par sa facilitĂ© de comprĂ©hension, et de fait, il capte toutes les sympathies par sa fraĂźcheur et surtout son humour ravageur. Les pans illustrĂ©s du dĂ©cor d’Osbert Lancaster, peintes Ă  la maniĂšre des images d’Epinal, contribuent eux aussi Ă  nous plonger dans le ton facĂ©tieux des personnages de fables passĂ©es.

 

 

 

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Dans le rĂŽle de Lise, LĂ©onore Baulac fait preuve de sa dĂ©licatesse coutumiĂšre, tout en faisant montre d’une technique peaufinĂ©e qui ne laisse apparaĂźtre aucune scorie. Son art de la pantomime fait oublier les situations parfois un peu « simplettes », et l’on se prend Ă  s’attendrir sur le sort d’abord malheureux – puis au final favorable – de Lise. La prestation de Paul Marque n’appelle pas plus de rĂ©serve : la technique est trĂšs aguerrie, sa jeunesse sied parfaitement au rĂŽle, et sa prise de risques est rĂ©compensĂ©e par de nombreux vivats au cours de la reprĂ©sentation.

De son cĂŽtĂ©, Alexandre Goncharouk dessine le benĂȘt Alain de maniĂšre trĂšs honorable, raisonnablement drĂŽle et raisonnablement touchant. Enfin, Roman Mikhalev se montre absolument dĂ©lirant et dĂ©sopilant en MĂšre Simone ; comment ne pas ĂȘtre admiratif devant tant d’ingĂ©niositĂ© et de trouvailles dans la composition de ce personnage travesti et acariĂątre ? La fameuse « Danse des Sabots » est d’une prĂ©cision implacable, et si le couple principal touche par leur grĂące, leur juvĂ©nilitĂ© et leur insouciance, c’est bien Mikhalev qui enlĂšve le morceau, rendant indispensable chacune de ses apparitions !

SecondĂ©s par le corps de ballet (impeccable aussi), tous se livrent Ă  cƓur joie dans cette cĂ©lĂ©bration de la vie champĂȘtre. Et l’euphorie est contagieuse, qui gagne facilement le public
 qui ne demande qu’à rire de bon cƓur ! Bref, une rĂȘveuse jubilation par laquelle nous nous sommes laissĂ©s volontiers bercer


La veille, nous avons eu la chance d’assister au Concert de NoĂ«l, prĂ©sentĂ© par Christian Maurin et en direct sur Radio Classique, dans le superbe Auditorium dont s’est dotĂ© la ville il y a trois ans maintenant. LĂ  aussi, Bordeaux a fait preuve d’originalitĂ© et – loin des sempiternelles Valses de Johann Strauss ou autres pot-pourri offenbachien -, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dirigĂ© par son chef Paul Daniel, a donnĂ© Ă  entendre un programme aussi Ă©clectique que rĂ©jouissant. On en retiendra notamment la voix d’alto chaude et capiteuse de la chanteuse gabonaise Adriana Bignani Lesca, que l’on a pu apprĂ©cier dans le fameux « Sing, sing, sing ! » de Louis Prima ou dans le « White Christmas » d’Irving Berlin. L’orchestre peut Ă©galement faire Ă©talage de sa virtuositĂ©, mettant en exergue la palette orchestrale d’Offenbach dans une « GaitĂ© parisienne » ciselĂ©e, et plus encore dans une « Cuban overture » de George Gershwin d’une alacritĂ© toute diabolique ! Le ChƓur de l’OpĂ©ra national de Bordeaux se distingue, quant Ă  lui, dans un « Allelujah » (tirĂ© du Messie de Haendel) d’une poignante Ă©motion, dĂ©livrĂ© tout en souplesse et en lĂ©gĂšretĂ©. Et chapeau au chef Paul Daniel qui sort ce soir de sa rĂ©serve toute britannique, et donne de sa personne Ă  plusieurs moments de la soirĂ©e
 en faisant le pitre, en donnant la rĂ©plique, voire en poussant la chansonnette !

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, Grand-ThĂ©Ăątre, le 21 dĂ©cembre 2018. Jean Dauberval / Ferdinand HĂ©rold : La Fille mal gardĂ©e (+ concert de NoĂ«l le 20 dĂ©cembre Ă  l’Auditorium). LA FILLE MAL GARDÉE, à l’affiche de l’OpĂ©ra de Bordeaux, jusqu’au 31 dĂ©cembre 2018.

 

 

 

Compte-rendu, concert. AVIGNON, le 14 déc 2018.  Bruch, Penard, Brahms. Orch Avignon-Provence / S Wieder-Atherton

piquion alex chef maestro concert critique classiquenewsCompte-rendu, concert. Avignon, OpĂ©ra Confluence, le 14 dĂ©cembre 2018.  M. Bruch, O. Penard, J. Brahms. Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence / Sonia Wieder-Atherton / Alexandre Piquion. InaugurĂ©e il y a tout juste un an, la salle de l’OpĂ©ra Confluence d’Avignon a maintenant atteint son rythme de croisiĂšre, et accueille la riche saison symphonique de l’Orchestre RĂ©gional Avignon- Provence. Pour le concert du 14 dĂ©cembre, Philippe Grison (son directeur artistique) a invitĂ© la talentueuse violoncelliste française Sonia Wieder-Atherton pour dĂ©fendre une crĂ©ation contemporaine (dont on la sait fĂ©rue) : le Concerto pour violoncelle et orchestre d’Olivier Penard (1974), une co-commande avec l’Orchestre de Tours et celui de Cannes, oĂč l’ouvrage a Ă©tĂ© crĂ©Ă© au printemps dernier. Mais avant cela, Sonia Wieder-Atherton s’attaque au fameux « Kol Nidrei » (1881) de Max Bruch.
Imploration Ă  Dieu, la priĂšre Kol Nidrei est une douce et majestueuse mĂ©lodie qui rĂ©sonne souvent lors de l’Office de Yom Kippour (Grand Pardon). SĂ©duit par ce thĂšme, le compositeur allemand, pourtant de confession protestante, s’inspira de cette oraison pour Ă©crire une superbe piĂšce concertante plus proche cependant du style de Brahms que de l’esprit religieux original. D’une belle musicalitĂ©, l’interprĂ©tation qu’en donne l’artiste est aussi emplie d’une certaine grandeur, et d’une intensitĂ© qu’on n’entend pas Ă  chaque exĂ©cution de ce superbe morceau.
L’Ɠuvre (prĂ©citĂ©e) qui suit permet encore plus d’apprĂ©cier la virtuositĂ© et l’éclectisme de son jeu, car la piĂšce se veut avant tout une joute verbale, pleine d’une fantaisie aux accents « jazzy », entre l’instrument et l’orchestre. Le mouvement mĂ©dian vient cependant confĂ©rer plus de calme Ă  l’Ɠuvre, et se mue en une douce rĂȘverie nimbĂ©e de mĂ©lancolie. Elle sĂ©duit pleinement le public qui fait une fĂȘte au jeune compositeur au moment de rejoindre le chef Alexandre Piquion et Sonia Wieder-Atherton sur la scĂšne pour les saluts.

En seconde partie, Alexandre Piquion (professeur au CNSMDP depuis 2013) et la phalange provençale jouent la DeuxiĂšme Symphonie de Johannes Brahms. Chef rompu Ă  tous les rĂ©pertoires – il est Ă©galement directeur musical de la Musique de la Police Nationale (depuis 2016) aprĂšs avoir longtemps Ă©tĂ© chef de chƓurs aux ThĂ©Ăątres des Champs-ElysĂ©es et du ChĂątelet – Piquion dirige un Brahms classieux et trĂšs maĂźtrisĂ©. Refusant les effets de mode interprĂ©tatifs, son Brahms avance avec beaucoup de naturel et un authentique sens de la construction. Les dĂ©veloppements thĂ©matiques de l’« Allegro non troppo » initial sont ici conduits avec haute compĂ©tence et intelligence artistique. On retrouve cette Ă©lĂ©gance du geste dans l’« Allegretto grazioso », portĂ©e par une maĂźtrise Ă©vidente du discours musical. Cette hauteur de vue se prolonge dans le finale « Allegro con spirito », dĂ©livrĂ© avec une maĂźtrise totale de tous les ingrĂ©dients (puissance, timbres, Ă©quilibre entre les pupitres), la volontĂ© de ne rien laisser au hasard et surtout l’organisation d’un discours nettement structurĂ©. Bref, Brahms jouĂ© comme cela, on en redemande, et le chef ne se fait d’ailleurs pas prier en reprenant illico un des thĂšmes du dernier mouvement !

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Compte-rendu, concert. Avignon, Opéra Confluence, le 14 décembre 2018.  M. Bruch, O. Penard, J. Brahms. Orchestre Régional Avignon-Provence / Sonia Wieder-Atherton / Alexandre Piquion. Illustration : Alexandre Piquion (DR)

COMPTE-RENDU, concert. Metz, le 6 décembre 2018. Récital Brahms, Geoffroy Couteau, piano (1/4).

couteau geoffroy portrait piano concert critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Metz, Salle de l’esplanade de l’Arsenal, le 6 dĂ©cembre 2018. RĂ©cital Brahms par Geoffroy Couteau (1/4). Artiste associĂ© Ă  la CitĂ© musicale de Metz, le jeune pianiste français Geoffroy Couteau se lance un joli dĂ©fi en s’attaquant – Ă  la faveur de quatre concert rĂ©partis sur deux saisons – Ă  l’intĂ©grale pour piano seul de Johannes Brahms – qu’il a cependant dĂ©jĂ  enregistrĂ©e pour le label Dolce Vita il y a deux ans de cela. Il l’a fait de maniĂšre chronologique, parcourant ainsi une pĂ©riode courant de 1851 Ă  1893, annĂ©es pendant lesquelles Brahms confie Ă  son instrument prĂ©fĂ©rĂ© ses aspirations et ses confidences. Mais rappelons que l’histoire d’amour entre le compositeur allemand et Geoffroy Couteau ne date pas de ce disque, puisqu’à l’issue de ses Ă©tudes au CNSM de Paris, il avait remportĂ©, en 2005, le premier prix du prestigieux Concours international Brahms de Pörtschach.

SonoritĂ©s transparentes, lignes mĂ©lodiques harmonieuses, Ă©nergie rythmique prĂ©gnante, densitĂ© sonore : voici quelques-unes des lignes de force de l’Ɠuvre pour piano de Brahms. C’est ce qui fait de chacune de ses Ɠuvres un bijou de puissance et de finesse mĂȘlĂ©es, mais c’est aussi ce qui rend leur interprĂ©tation si risquĂ©e : au-delĂ  de la difficultĂ© technique, le vĂ©ritable enjeu est de rester fidĂšle Ă  cette Ă©criture si riche et subtile. C’est avec les Quatre Ballades op.10 (1854) que l’artiste dĂ©bute son rĂ©cital. L’énergie rythmique, les contrastes dynamiques, les plans sonores, tout cela est parfaitement maĂźtrisĂ© ici. Il rĂ©sulte de son toucher un sentiment de lĂ©gĂšretĂ© et de plĂ©nitude qui, mĂȘme dans les parties plus Ă©nergiques, plus harmoniques, et plus brutales, semble mis au service d’une atmosphĂšre extatique.

Couteau poursuit avec la Sonate N°2 op.2 (mais en fait, chronologiquement, la premiĂšre qu’il ait composĂ©e…). Dans cette Ɠuvre en quatre mouvements, Brahms passe constamment d’un univers sonore Ă  l’autre. Grandiose, majestueux, puis lĂ©ger, fragile, martelant d’imposants accords puis effleurant quelques dĂ©licates notes, laissant s’épanouir quelques mĂ©lodies lumineuses, puis faisant surgir des rythmes lancinants, il exige du pianiste une sensibilitĂ© et une virtuositĂ© Ă©clatantes. Sous les doigts de Couteau, les thĂšmes surgissent, se modifient, pĂ©rissent et ressuscitent naturellement : l’épanouissement sonore subjugue avant de cĂ©der la place Ă  une finesse transparente


En deuxiĂšme partie de soirĂ©e, les Trois Intermezzi op.117 (1892) sont en revanche un opus que Brahms composa vers la fin de sa vie, ouvrage d’un grand lyrisme, teintĂ© de nostalgie, ce qui le diffĂ©rencie de la fraicheur intĂ©riorisĂ©e des Ballades entendues en premiĂšre partie. Le premier Intermezzo, tout spĂ©cialement, nous laissera un souvenir profond : Couteau le pare de couleurs nocturnes et crĂ©pusculaires, car c’est bien le serein adieu d’un compositeur au soir de sa vie que cette piĂšce Ă©voque. Il clĂŽture son programme avec les Variations sur un thĂšme de Paganini op.35, qui exploite le thĂšme du 24e Caprice du cĂ©lĂšbre violoniste italien (que Liszt et Schumann avaient dĂ©jĂ  rĂ©utilisĂ© pour des contrepoints pianistiques). LĂ  encore, l’agilitĂ© formidable de Couteau se double d’une extrĂȘme dĂ©licatesse, donnant Ă  chacune de ces variations une empreinte particuliĂšre, tantĂŽt espiĂšgle, tantĂŽt hargneuse, tantĂŽt timide. Le pianiste fait dĂ©filer avec maestria une abondante imagerie de sentiments et d’affects, qui lui vaut de chaleureux vivats de la part d’un public messin venu nombreux entendre le jeune prodige.

Bref, Ă  vos calendriers pour la seconde journĂ©e de son cycle Brahms
 elle aura lieu le 30 avril au mĂȘme endroit !

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Metz, Salle de l’esplanade de l’Arsenal, le 6 dĂ©cembre 2018. RĂ©cital Brahms par Geoffroy Couteau (1/4).

Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. Récital de Grigory Sokolov.  

SOKOLOV thumbnail_Grigori-Sokolov_scale_762_366Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. RĂ©cital de Grigory Sokolov. Un rĂ©cital de Grigory Sokolov est toujours un Ă©vĂ©nement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Auditorium de Lyon – plein Ă  craquer ce soir – ne pas fait exception. Avec le pianiste russe, le rituel est immuable : Ă  pas courts et rapides, la masse imposante de ce gĂ©ant du piano apparaĂźt abruptement derriĂšre une porte entrebĂąillĂ©e, et glisse droit vers son piano. Une courte rĂ©vĂ©rence vers le public, la mine invariablement impassible, il s’assied alors promptement Ă  son piano, et sans attendre, frappe le clavier.

ImmĂ©diatement, le miracle opĂšre. En quelques secondes, il envoĂ»te, il captive, il subjugue son auditoire ; d’autant qu’avec Ludwig van Beethoven, et la Sonate N°3 en ut majeur qu’il interprĂšte en premier, il est en terrain conquis. Pas Ă  pas, le public ne peut que suivre, happĂ© et fascinĂ©, le pianiste dans son parcours. Sokolov donne Ă  entendre son incroyable force en la contrastant avec des caresses impalpables du clavier. La symphonie, l’éclat rythmiques des Ɠuvres orchestrales de Beethoven ne sont pourtant jamais bien loin. Dans l’Adagio, Sokolov nous plonge dans un mystĂšre, que mĂȘme son toucher cĂ©leste du clavier ne parvient pas Ă  dĂ©voiler. Puis Ă©clate l’Allegro final, oĂč, dans des fulgurances inouĂŻes, Sokolov multiplie les sonoritĂ©s brillantes. Et ces notes, qui soudain se mettent Ă  galoper vertigineusement, semblent ne jamais vouloir suspendre le discours. Il enchaĂźne aussitĂŽt avec les Onze Bagatelles op 119, dont le russe nous donne une interprĂ©tation qui se caractĂ©rise avant tout par l’évidence du style et le naturel des phrasĂ©s. A aucun moment nous pouvons nous dire qu’on pourrait faire ça mieux ou autrement, non, cela s’impose toujours comme Ă©tant « évident » : fausse Ă©vidence, bien sĂ»r, puisque d’autres choix sont forcĂ©ment possibles, mais c’est bien lĂ  la qualitĂ© intrinsĂšque d’une interprĂ©tation que de s’imposer Ă  l’instant T comme Ă©tant la bonne, celle qui coule de source. Rien ne manque donc Ă  l’appel, ni la douceur du toucher, ni la « force de frappe » ; les tempi retenus, toujours excellents, permettent Ă  chaque Bagatelle de s’épanouir tout en variant l’expression entre chacune d’elles, avec une couleur de piano toujours fascinante. Et Ă  la surprise du dernier accord, suit le silence encore plein de sa formidable interprĂ©tation. Alors fusent les applaudissements que l’artiste, se pressant vers les coulisses, semble vouloir ne pas remarquer, comme indiffĂ©rent Ă  ce jugement


En seconde partie, le talent et la profondeur de Sokolov sont tout aussi parfaitement en situation dans les fameux Quatre Impromptus op 142 de Franz Schubert. Le texte se dĂ©roule avec intelligence, et surtout il n’y ici aucune fausse sentimentalité : le pianiste adopte un tempo rĂ©gulier sans alanguir les variations de tonalitĂ©s. Le piano est superbement colorĂ© et Sokolov varie les parties comme s’il s’agissait d’un quatuor Ă  cordes. Mais bien Ă©videmment, c’est l’incontournable et populaire 3Ăšme Impromptu qui emporte tous les suffrages, d’autant plus que l’artiste l’aborde avec la lĂ©gĂšretĂ© d’un touchĂ© perlĂ© qui dĂ©montre, une fois encore, l’art qui s’épanouit au bout de ses doigts. Des doigts magiques conduits par le reste de son corps, capable d’imprimer aussi une puissance phĂ©nomĂ©nale Ă  son jeu.

Le contrat rempli, l’artiste laisse enfin retomber les bras, sans que toutefois son visage marque le moindre relĂąchement ; sous les applaudissements et bravos enthousiastes, toujours pas l’ombre d’un sourire
. Il reviendra cependant
 six fois (!), pour six bis servis comme un dessert Ă  ce public conquis (on le serait Ă  moins) et gourmand, notamment pour dĂ©livrer une « EntrĂ©e des Sauvages » de Rameau pris avec vĂ©locitĂ© toute dĂ©moniaque !

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Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. RĂ©cital de Grigory Sokolov. Illustration (DR)

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 19 oct 2018. BELLINI : I Puritani. Camarena, Yende, Miksimmon / Franklin.

Compte-rendu, OpĂ©ra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica
 Miksimmon / Franklin. En rĂ©unissant Pretty Yende et Javier Camarena en tĂȘtes d’affiche, I Puritani au Gran Teatre del Liceu de Barcelone Ă©tait sans aucun doute l’un des spectacles les plus attendus de la saison europĂ©enne. Pour ce qui est de la partie vocale, les attentes n’ont pas Ă©tĂ© déçues


 
 
 

Grande soirée belcantiste au Liceu !

 
 
 

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Pour le reste, on sait que I Puritani est un opĂ©ra extrĂȘmement difficile Ă  mettre en scĂšne, son livret accusant d’évidents dĂ©sĂ©quilibres, et ce n’est pas la mise en scĂšne confiĂ©e Ă  l’irlandaise Annilese Miskimmon qui viendra rĂ©soudre la difficile Ă©quation, puisqu’elle complexifie un peu plus une histoire dĂ©jĂ  passablement alambiquĂ©e. Car elle voir un parallĂšle entre l’époque de Cromwell Ă  laquelle se passe l’histoire et la guerre de religion qui ensanglanta Belfast au milieu des annĂ©es 70. Mais Ă  la simple transposition, Miksimmon prĂ©fĂšre juxtaposer les deux Ă©poques, et dans le (misĂ©rable et affreux) dĂ©cor d’une salle des fĂȘtes de la banlieue de Belfast, ce sont des personnages habillĂ©s en costumes du XVIIe qui y Ă©voluent
 L’intrigue apparaĂźt encore plus opaque qu’elle ne l’est dĂ©jĂ , et l’on pardonnera encore moins cette nouvelle habitude de modifier les « happy ends » en drame : ici Arturo ne convole pas vers un juste bonheur mais est assassinĂ© par les protestants, Elvira n’ayant d’autre choix que de sombrer Ă  nouveau dans la folie


De son cĂŽtĂ©, la direction musicale de Christopher Franklin alterne hauts et bas, commençant sous le signe de l’épure avant de basculer dans un ouragan sonore de proportions presque wagnĂ©riennes. On portera nĂ©anmoins Ă  son crĂ©dit sa maniĂšre d’accompagner les chanteurs et de prĂ©server la continuitĂ© musicale de la partition, ce qui n’est pas une tĂąche facile dans I Puritani


Par bonheur, la distribution vocale rachĂšte tout. L’Arturo de Javier Camarena Ă©tait, bien entendu, la principale attraction de la soirĂ©e, et le tĂ©nor mexicain s’est jouĂ© de cette tessiture suraigĂŒe avec son aisance coutumiĂšre, y ajoutant une puretĂ© dans le legato, une lumiĂšre dans le timbre, une suavitĂ© dans les accents, et une intensitĂ© dans le phrasĂ© sans rivales aujourd’hui dans ce rĂ©pertoire. Tour Ă  tour tendre et ardent, le personnage convainc de bout en bout, mĂȘme s’il « se contente » d’un contre-RĂ© en lieu et place du contre-Fa attendu dans le fameux « Credeasi misera ». PropulsĂ©e vers les sommets depuis qu’elle a remportĂ© le prestigieux Concours Operalia, la soprano sud-africaine Pretty Yende ne dĂ©mĂ©rite pas en Elvira, dĂ©livrant un chant techniquement irrĂ©prochable, et faisant preuve d’une capacitĂ© Ă  contrĂŽler superbement l’émission de ses notes aigĂŒes, claires et timbrĂ©es sans jamais ĂȘtre criĂ©es, mais l’actrice peine en revanche Ă  convaincre dans les moments les plus dramatiques de la partition. Devant l’enthousiasme gĂ©nĂ©rĂ© par leur duo du III, Camarena et Yende bissent le cĂ©lĂšbre « Vieni fra queste braccia », qui rĂ©colte bien 5mn d’applaudissements… Le baryton polonais Mariusz Kwicein offre un magnifique portrait de Riccardo, en ajoutant Ă  la noblesse du phrasĂ© bellinien une incroyable souplesse dans les ornements. Quant Ă  la basse croate Marko Mimica, il possĂšde tous les atouts pour ĂȘtre un Giorgio d’exception : splendeur du timbre, puissance vocale, legato racĂ© et prestance scĂ©nique. Les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour l’Enrichetta de Lidia Vinyes-Curtis, tandis que le ChƓur du Gran Teatre del Liceu s’avĂšrent Ă©galement d’une trĂšs belle tenue.

 
 
 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica
 Miksimmon / Franklin. Illustration © A. Bofill

 
 
 

Compte-rendu, concert. Monte-Carlo, le 12 oct 2018. PĂ€rt, Prokofiev, Repin / Orch Philh de Monte-Carlo,Yamada.

repin_vadim violon russe par classiquenewsCompte-rendu, concert. Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, le 12 octobre 2018. PĂ€rt, Prokovief, TchaĂŻkovsky. Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Yazuki Yamada. Un an aprĂšs avoir subjuguĂ© le public monĂ©gasque dans le Premier Concerto pour violon de SergueĂŻ Prokofiev, le grand violoniste russe Vadim Repin (nĂ© en 1971) Ă©tait de retour en PrincipautĂ© pour interprĂ©ter, cette fois, le DeuxiĂšme Concerto du cĂ©lĂšbre compositeur russe. Mais comme Ă  peu prĂšs dans toutes les salles de concert aujourd’hui, c’est par une piĂšce plus contemporaine que s’est ouverte la soirĂ©e, avec une exĂ©cution du superbe Fratres pour violon solo, orchestre Ă  cordes et percussion d’Arvo PĂ€rt, ici dans sa version remaniĂ©e de 1992. Fratres est un ouvrage de trĂšs belle facture polyphonique dont l’inspiration des Ɠuvres de Benjamin Britten n’est pas dissimulĂ©e et le propos trĂšs religieux. Typique du caractĂšre trĂšs rĂ©pĂ©titif de la musique balte, cette partition d’une dizaine de minutes fait ici appel Ă  un orchestre Ă  cordes dont la progression inĂ©branlable est rĂ©guliĂšrement parcourue par de calmes interventions de la grosse caisse et des claves.

Dans le concerto de Prokovief qui vient juste aprĂšs, Vadim Repin – tout autant que l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigĂ© par son chef titulaire Kazuki Yamada – sĂ©duisent. MalgrĂ© une premiĂšre partie un peu moins bien conduite, mais que sa longueur rend de fait plus ardue d’exĂ©cution, la romance centrale est particuliĂšrement rĂ©ussie : en face d’un violon Ă  l’expressivitĂ© parfaite, l’accompagnement en pizzicati des cordes apparaĂźt comme lĂ©gĂšrement railleur. Quant au Finale, une sorte d’« espagnolade » rythmĂ©e par les castagnettes, il est livrĂ© avec une densitĂ© et une impĂ©tuositĂ© incroyables, qui dĂ©montrent que Repin possĂšde un art de la virtuositĂ© Ă  l’image de sa sensibilitĂ© musicale. MalgrĂ© l’insistance du public, il ne sacrifiera pas Ă  la tradition du bis…

kazuki-yamada-jc-vinaj-opmc-11AprĂšs l’entracte, la QuatriĂšme Symphonie de TchaĂŻkovski enthousiasme Ă©galement : si le thĂšme du fatum paraĂźt au premier abord peu terrifiant – l’inquiĂ©tude ne s’immisce pas moins de maniĂšre graduelle et subtile dans l’Ɠuvre, plus souvent Ă  travers le tempo (implacable dans la valse, ou qui se dĂ©chaĂźne subitement au dĂ©tour d’une phrase) que par celui des timbres, en tous points magnifiques. Le deuxiĂšme mouvement esquisse une immense arche mĂ©lodique, qui respire avec naturel grĂące Ă  la gradation des dynamiques et des articulations des voix intermĂ©diaires. C’est avec le scherzo que s’établit vĂ©ritablement un dĂ©but de frĂ©nĂ©sie rythmique qui ne s’interrompra plus : les pizzicati sont incroyablement dansants et volubiles, mettant en avant les touches folkloriques de la partition.

Que ce soit dans le concerto de Prokovief ou la symphonie de TchaĂŻkovsky – l’incisivitĂ© des attaques, les timbres magnifiquement opulents, la perfection formelle renforcĂ©e par une certaine dĂ©contraction -, tout laisse Ă  penser que le courant passe formidablement bien entre les musiciens et le chef japonais ! Illustrations : Vadim Repin / Kazuki Yamada (DR)

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Compte-rendu, concert. Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, le 12 octobre 2018. PĂ€rt, Prokovief, TchaĂŻkovsky. Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada.

Compte-rendu, récital. Bordeaux, le 18 sept 2018. Récital Jonas Kaufmann, ténor / Liszt, Wolf, Mahler.

thumbnail_kaufmannCompte-rendu, rĂ©cital. Bordeaux Grand-ThĂ©Ăątre, le 18 septembre 2018. Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch dans un programme Liszt, Wolf et Mahler. AprĂšs l’avoir accueilli une premiĂšre fois en 2007 (dans une salle bien clairsemĂ©e, il n’était pas encore la star qu’il est devenu
), le Grand-ThĂ©Ăątre de Bordeaux a ouvert sa saison avec un rĂ©cital de Jonas Kaufmann, le chanteur lyrique le plus couru de la planĂšte. Tellement couru que les places se sont tout bonnement arrachĂ©es, et que tout Ă©tait » sold out » quelques minutes aprĂšs l’ouverture de la location sur internet
 Ce n’était pourtant pas un programme facile qu’il proposait lĂ , aux cĂŽtĂ©s de son partenaire et ami de toujours le pianiste Helmut Deutsch : des Lieder de Liszt, Wolf et Mahler, bien moins faciles d’accĂšs que les tubes du rĂ©pertoire lyrique qu’il avait par exemple proposĂ©, quatre jours auparavant, Ă  son public moscovite


Premier des quatre cycles au programme ce soir, 6 Lieder de Franz Liszt, dans lesquels il apparaĂźt tout de suite Ă©vident qu’Ă  la diffĂ©rence du piano, l’Ă©criture pour la voix prend chez le cĂ©lĂšbre compositeur allemand une tournure autrement plus concentrĂ©e, loin des concessions virtuoses et Ă©phĂ©mĂšres qu’avec « l’instrument roi ». Cette assertion, Jonas Kaufmann la fait sienne : le ton est impĂ©rieux autant que la phrase est impĂ©rative. DĂšs le « Vergiftet sind meine Lieder » (« EmpoisonnĂ©s sont mes chants »), la voix se joue des difficultĂ©s et sĂ©duit irrĂ©sistiblement. Suit le trĂšs beau « Im Rhein, im schönen Strome » (« Dans le Rhin, dans ce beau fleuve »), oĂč son impressionnant registre grave est mis Ă  contribution, en mĂȘme temps que des fĂȘlures dans le dĂ©ploiement de la ligne apparaissent, qui se transforment en une somptueuse plus-value expressive dans le Lied « Ihr Glocken von Marling », sommet absolu de ce premier bouquet de Lieder, traversĂ© d’un bout Ă  l’autre par la sensation d’un aboutissement phĂ©nomĂ©nal. Le second cycle offre Ă  entendre les fameux 5 RĂŒckert Lieder de Gustav Mahler, Ă  l’origine Ă©crits pour voix de baryton et orchestre. Ici, seulement accompagnĂ© au piano, et donc dĂ©pouillĂ©e de la splendeur des couleurs orchestrales, la voix du tĂ©nor allemand semble dĂ©lestĂ©e du poids du monde extĂ©rieur, des distractions pesantes et inutiles, comme le dit si bien le Lied « Ich bin der Welt abhanden gekommen ». Et dans le poignant « Um Mitternacht » conclusif, il semble chanter comme pour lui-mĂȘme, en Ă©tablissant un calme intĂ©rieur pour amener l’auditeur vers l’ineffable


 

 

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AprĂšs une pause bienvenue pour se remettre de ce dernier Lied, c’est le recueil des Liederstrauss de Hugo Wolf d’aprĂšs des poĂšmes de Heinrich Heine auquel le duo s’attaque. Tout le talent de Wolf pour les clairs-obscurs et toute la complexitĂ© de son Ă©criture sont remarquablement interprĂ©tĂ©s par les deux acolytes, mais nous nous attarderons cette fois sur le piano de Helmut Deutsch, un instrument qui n’accompagne, ici, pas le chant, mais qui, sous les doigts de ce grand artiste, se fait le double de la voix, Ă©pousant la courbe et le poids de chaque note, avec des sonoritĂ©s incroyablement lumineuses et dĂ©licates qui sculptent littĂ©ralement l’espace. Et c’est par les sublimes 4 derniers Lieder de Richard Strauss que se clĂŽt la soirĂ©e, un cycle expressĂ©ment Ă©crit pour une voix fĂ©minine, et dont les intentions techniques et expressives de l’Ă©criture ne « tombent » donc pas vraiment dans le format naturel de la voix de Jonas Kaufmann
 mais c’est sans compter sur le pouvoir d’expression d’un romantisme intĂ©rieur qu’il sait parfaitement vĂ©hiculer. GrĂące Ă  la force de sa sensibilitĂ© toute en finesse et en profondeur, on ne peut ainsi que rendre les armes Ă  l’issue du sublime « Im Abendrot », dans lequel le timbre et la concentration extrĂȘme du chanteur, ainsi que son incomparable capacitĂ© Ă  crĂ©er l’intimitĂ©, subjuguent les spectateurs bordelais. A ce moment de la soirĂ©e, la douceur de sa voix – devenue simple murmure – touche jusqu’à l’extase, rejoignant d’un coup, dans la confidence, la part la plus secrĂšte du moi de l’auditeur
 et il ne faudra pas moins de cinq bis (quatre de Strauss et un de Liszt) pour Ă©tancher et calmer le trop plein d’émotion d’un public en vĂ©nĂ©ration devant son idole !

 

  

 

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Compte-rendu, récital. Bordeaux Grand-Théùtre, le 18 septembre 2018. Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch dans un programme Liszt, Wolf et Mahler.

 

 

 

 

Compte-rendu, concerts. 73Ăšme Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et ChĂąteau de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit.

Compte-rendu, concerts. 73Ăšme Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et ChĂąteau de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit. Le concert de clĂŽture de la 73Ăšme Ă©dition du Septembre musical de Montreux-Vevey avait une saveur particuliĂšre car il marquait aussi les adieux de Tobias Richter Ă  une manifestation qu’il dirigeait depuis pas moins de quatorze annĂ©es ! Et ce sont deux piliers du festival qui ont rĂ©pondu prĂ©sents, l’ancien couple Ă  la ville que sont la grande pianiste argentine Martha Argerich et le chef d’orchestre suisse Charles Dutoit, placĂ© ce soir Ă  la tĂȘte de l’European Philharmonic of Switzerland, une jeune formation dont beaucoup de membres sont issus du fameux Orchestre des Jeunes Gustav Mahler.

 

 
 

argerich montreux festival 2018 critique concert concert review par classiquenews

 

 
 

9 SEPT 2018. La soirĂ©e dĂ©bute avec le (rare) ballet « Jeu de cartes » d’Igor Stravinsky. CrĂ©Ă© en 1937 pour Balanchine Ă  New York, sous la baguette du compositeur russe, ce ballet est pourtant un petit bijou jouant de la forme classique plutĂŽt que s’y assujettissant, utilisant l’art de la citation avec notamment un thĂšme de l’ouverture du Barbier (dans la « troisiĂšme donne »), changeant sans cesse de rythme, et d’une ardeur dĂ©bordante toujours contenue dans une stricte gĂ©omĂ©trie anguleuse. La jeune phalange y fait preuve d’une impeccable mise en place et d’une grande virtuositĂ©. Puis arrive la lionne, qui prend alors son instrument Ă  bras le corps comme elle nous en a donnĂ© l’habitude : d’emblĂ©e les premiers accords du Premier Concerto pour Piano de Liszt rĂ©sonnent avec grandeur, et quelques mesures suffisent pour que Marta Argerich parvienne Ă  la densitĂ© de jeu voulue, mais c’est bien un vĂ©ritable dialogue qui s’instaure avec un orchestre qui brille par la qualitĂ© de ses soli instrumentaux, notamment ceux des bois. Le concerto s’achĂšve dans un climax parfaitement maĂźtrisĂ© par Charles Dutoit. Commence alors une valse d’hĂ©sitation, bis ou pas bis, mais devant la frĂ©nĂ©sie du public, Argerich s’exĂ©cutera finalement trois fois ! Elle interprĂšte tour Ă  tour la piĂšce Widmund du duo Schumann/Liszt, la premiĂšre piĂšce des ScĂšnes d’enfants du mĂȘme Schumann, mais surtout l’incroyable Rondo de la Sonate K 141 de Domenico Scarlatti, dĂ©butĂ©e comme une Ɠuvre romantique et conclue sublimement avec une agilitĂ© tout simplement diabolique !

 

 
 

ARGERICH & MASLEEV Ă  MONTREUX

 

 
 

AprĂšs l’entracte, place Ă  la grandiose Symphonie n°3 (avec orgue) de Camille Saint-Saens, dans laquelle Dutoit laisse parfaitement respirer son orchestre pour en dĂ©gager une sonoritĂ© d’une remarquable ampleur. L’Allegro initial dĂ©bute par un beau crescendo rĂ©unissant petit Ă  petit toutes les forces instrumentales dans une dynamique souple, superbe par son Ă©quilibre, ses nuances dĂ©licates et son Ă©lĂ©gance, jusqu’à un Finale qui fait lui rĂ©sonner avec Ă©clat les cuivres dans une coda majestueuse rythmĂ©e par les timbales omniprĂ©sentes. Mais la soirĂ©e ne se termine pas par cette effervescence sonore mais par un bis choisi par Tobias Richter Ă  la demande de son ami Charles Dutoit : c’est ainsi par les accords de la cĂ©lĂšbre Valse triste de Sibelius que s’achĂšve la soirĂ©e, une piĂšce qui prend une teinte plus nostalgique que jamais au regard du contexte


 

 
 

Dmitry MASLEEV 7 SEPT 2018. Deux jours plus tĂŽt, dans la grande salle du magnifique chĂąteau de Chillon, Ă  la pointe extrĂȘme du LĂ©man, nous avons pu assister Ă  un rĂ©cital du jeune prodige russe Dmitry Masleev, laurĂ©at du prestigieux Concours international TchaĂŻkovsky en 2015. Il dĂ©bute son rĂ©cital avec sept morceaux issus du cycle des 18 PiĂšces pour piano op. 72 de TchaĂŻkovski, composĂ©es en 1893, et donc une des toutes derniĂšres rĂ©alisations du compositeur russe, puisqu’il devait disparaĂźtre au cours de cette mĂȘme annĂ©e. Ces piĂšces dont chacune dure Ă  peine cinq minutes, prĂ©sentent des climats divers qui rendent parfois hommage Ă  Schumann ou Ă  Chopin. Le jeune pianiste parvient Ă  donner une vraie unitĂ© Ă  ce cycle hĂ©tĂ©roclite, et rĂ©ussit l’exploit de se fondre dans l’esprit de chaque piĂšce ; grĂące Ă  une technique brillante et virtuose, il se joue par ailleurs des nombreuses difficultĂ©s de la partition. Il enchaĂźne avec une Ɠuvre non inscrite au programme, la magnifique transcription de l’Adagio du Concerto pour hautbois de Marcello par Bach, ici dĂ©livrĂ©e avec une incroyable tendresse qui restera le moment le plus Ă©mouvant de la soirĂ©e.
Le programme reprend avec la DeuxiĂšme Sonate op. 14 de SergueĂŻ Prokovief, et l’on ne peut qu’ĂȘtre admiratif devant la technique du soliste, dont la robustesse du jeu n’a d’égale que la richesse de la palette sonore. De plus, le phrasĂ© est toujours juste, et l’expression va ici Ă  l’essentiel. Mais l’apothĂ©ose vient avec la Rhapsodie espagnole de Franz Liszt, longue piĂšce d’une difficultĂ© affolante, mĂȘlant de nombreux motifs plus au moins hispaniques, que le russe va maĂźtriser avec une Ă©conomie et une rigueur extrĂȘmes. Pas d’effets inutiles dans cette interprĂ©tation fiĂšre et rude, mais un toucher puissant et torrentiel, d’une grande intensitĂ© sonore et d’une virtuositĂ© sans faille ! Un grand rĂ©cital, trĂšs chaleureusement accueilli par un public remarquablement attentif, auquel Masleev offrira trois bis : deux piĂšces de Scarlatti ; plus le curieux « Football » de Chostakovich, sport dont le cĂ©lĂšbre compositeur russe raffolait
.

 

 
 

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MISCHA DAMEV nouveau directeur
 En guise de conclusion, signalons qu’au lendemain de la soirĂ©e de clĂŽture, on apprenait la nomination de Mischa Damev Ă  la tĂȘte du festival, un ancien pianiste et chef d’orchestre d’origine bulgare qui dirige depuis 10 ans la division des Affaires culturelles et sociales de la FĂ©dĂ©ration des coopĂ©ratives Migros (dont 1% du chiffre d’affaire est affectĂ© Ă  du mĂ©cĂ©nat en faveur de la musique classique). Sous son impulsion, le festival sera rebaptisĂ© « Septembre musical – une fenĂȘtre sur le monde », et sera dĂ©diĂ© chaque annĂ©e Ă  un pays. Souhaitons-lui bonne chance dans ses nouvelles fonctions
 et vivement la 74Ăšme édition qui sera consacrĂ©e – on le sait dĂ©jà
 – Ă  la Russie !

 

 
  

 
 

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Compte-rendu, concerts. 73Ăšme Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et ChĂąteau de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit.

 

 
  

 
 

Compte-rendu, concert. 30ùme Jeudi Musicaux de Royan.Seudre, le jeudi 6 sept 2018. Quatuor Danel : Ɠuvres de Beethoven, Weingberg,Chostakovich.

Compte-rendu, concert. 30ùme Jeudi Musicaux de Royan (et de son agglo). Eglise de l’Eguille sur Seudre, le jeudi 6 septembre 2018. Quatuor Danel : Ɠuvres de Beethoven, Weingberg et Chostakovich.

chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresdenInaugurĂ©s en 1989, les Jeudis Musicaux de Royan (et de son agglomĂ©ration) fĂȘtent cette annĂ©e leurs 30 ans, et ce ne sont pas moins de 33 concerts dans les 33 communes de l’agglomĂ©ration royannaise qui sont proposĂ©s Ă  un public mĂȘlant gens d’ici et touristes. L’affiche est particuliĂšrement allĂ©chante cet Ă©tĂ© (concerts entre le 7 juin et le 20 septembre) et, de fait, le festival n’a rien Ă  envier Ă  certaines manifestations plus prestigieuses et mĂ©diatisĂ©es. Yann Le CalvĂ©, le directeur artistique de la manifestation charentaise, a ainsi pu rĂ©unir – entre autres – des artistes ou formations tels que Philippe Jaroussky, le Quatuor Modigliani, Thomas Dunford, Adam Laloum, le Quatuor EbĂšne, BĂ©atrice Uria-Monzon, Vanessa Wagner, Jordi Savall, ou encore le Quatuor Danel que nous somme venus entendre dans un programme rĂ©unissant des Ɠuvres de Beethoven, Weinberg et Chostakovitch.

 

Le 30Ăšme concert se dĂ©roule Ă  l’église (Saint-Martin) de l’Eguille sur Seudre qui, si elle n’a pas le charme de certaines Ă©glises romanes dont est parsemĂ©e la rĂ©gion, offre en revanche une acoustique idĂ©ale avec son plafond en bois et sa nef unique. De quoi mettre en tout cas en valeur l’excellent Quatuor Danel, un ensemble fondĂ© en 1991, connu pour avoir reçu l’enseignement du prestigieux Quatuor Borodine. Avant leurs deux chevaux de bataille que sont justement les Ɠuvres de Weinberg et de Chostakovitch, c’est le Quatuor N°2 opus 18 que les quatre instrumentistes (Marc Danel, Gilles Millet, Vlad Bogdanas, Yovan Markovitch) abordent, une Ɠuvre dans laquelle ils frappent par la perfection de la mise en place, l’intelligence des tempi et la justesse stylistique : soulignant les accents et les contrastes, ils privilĂ©gient une approche incisive, voire drue et rugueuse, toujours vivante et engagĂ©e de l’opus beethovĂ©nien.

 

Proche de Chostakovitch, le compositeur russe d’origine polonaise Mieczyslaw Weinberg a composĂ© pas moins de 17 quatuors, dont les Danel ont gravĂ© une IntĂ©grale (chez CPO), et qu’ils ont Ă©galement interprĂ©tĂ© lors d’un concert marathon Ă  Manchester en 2007. Ce sont donc des spĂ©cialistes de ce rĂ©pertoire, et le CinquiĂšme quatuor (1945) qu’ils joue ce soir en fait la preuve. Cette Ɠuvre angoissante, accablante mĂȘme – Ă©crite peu aprĂšs l’extermination de la sƓur et de la mĂšre de l’artiste dans les camps d’extermination nazis – implique un engagement important des interprĂštes, les premier et second violons ayant ainsi la curieuse habitude de jouer les pieds levĂ©s, surtout dans les moments de grande intensitĂ©. Le Quatuor N°3 de Chostakovitch qui suit a Ă©tĂ© composĂ© un an aprĂšs le prĂ©cĂ©dent, en 1946, mais se montre beaucoup plus sage, presque « classique », au grand dam de la censure soviĂ©tique : les cinq mouvements qui le constituent joue ainsi au jeu du chat et de la souris avec elle. LĂ  aussi le quatuor Danel offre une lecture tout en probitĂ©, sans la moindre faute de goĂ»t, et le public ne boude pas son plaisir Ă  l’issue des derniĂšres notes du concert.

 

Il reste trois concerts pour ceux qui ont la chance d’habiter le pays royannais ou d’y prendre des vacances en septembre : un concert Ă  l’Eglise de Saint Palais sur Mer rĂ©unissant Jean-François Heisser, Didier Sandre et BĂ©atrice Uria-Monzon le jeudi 13/9, un autre le mĂȘme soir Ă  l’Abbaye de Sablonceaux avec l’Ensemble Perspectives et un dernier, le 20/9, Ă  l’Eglise de Meschers sur Gironde, prĂ©sentĂ© par l’inĂ©narrable FrĂ©dĂ©ric LodĂ©onn, et rĂ©unissant Victor Julien-LaferriĂšre au violoncelle, ThĂ©o Fouchenneret au piano et Florian Pujuila Ă  la clarinette. Et comme aprĂšs chaque concert, un moment de convivialitĂ© autour d’un verre de cidre et d’une part de galette charentaise sera organisĂ© pour Ă©changer avec les artistes
 ce qui est une  initiative trĂšs apprĂ©ciĂ©e par le public !

 

 

Compte-rendu, concert. 30ùme Jeudi Musicaux de Royan (et de son agglo). Eglise de l’Eguille sur Seudre, le jeudi 6 septembre 2018. Quatuor Danel : Ɠuvres de Beethoven, Weingberg et Chostakovich.

Compte-rendu, concert. La CHAISE-DIEU, les 23 et 24 août 2018. La Création, Via Crucis

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Compte-rendu, concert. La Chaise-Dieu & Ambert, les 23 & 24 aoĂ»t 2018. La CrĂ©ation de Haydn / ChƓur Accentus / Insula Orchestra / Laurence Equilbey. Via Crucis de Liszt / Jean-Michel Pennetier / Vox Clamantis./ Jaan-Eik Tulve. FondĂ© en 1966 par Georges Cziffra, le Festival de La Chaise-Dieu prĂ©sente cette annĂ©e sa 52Ăšme Ă©dition : trente-deux concerts traduisent l’ampleur prise depuis le milieu des annĂ©es 1970, sous l’impulsion de Guy Ramona puis de Jean-Michel MathĂ©, par cette manifestation auvergnate qui laisse comme toujours une grande place Ă  la musique sacrĂ©e (comme c’est le cas ce soir avec « La CrĂ©ation » de Josef Haydn donnĂ©e dans l’Abbatiale Saint-Robert), mais aussi le souci de mettre en avant des partitions oubliĂ©es, Ă  l’instar du rarissime « Via Crucis » de Franz Liszt que nous avons pu entendre le lendemain, cette fois dans la magnifique Ă©glise (gothique) d’Ambert, Ă  une trentaine de kilomĂštres au nord de La Chaise-Dieu.

 
 
 

HAYDN : La CrĂ©ation. Sur un livret anglais tirĂ© du Paradis perdu de John Milton, adaptĂ© en allemand par le baron van Swieten, l’oratorio « Die Schopfung », crĂ©Ă© en avril 1798, raconte la crĂ©ation successive, sous l’impulsion de la main divine, des Ă©lĂ©ments, des animaux puis de l’homme. D’emblĂ©e, la reprĂ©sentation du Chaos dans un tutti Ă©clatant Ă©tonne et donne vĂ©ritablement le ton. A la tĂȘte de son chƓur Accentus et de son orchestre Insula, Laurence Equilbey imprime Ă  sa phalange une respiration ample et profonde, avant de lui imposer un tempo trĂšs lent, empli de mystĂšre. L’entrĂ©e de RaphaĂ«l, quasi murmurĂ©e, poursuit de maniĂšre trĂšs Ă©mouvante ce climat intimiste. Par la suite, l’orchestre soulĂšve de bout en bout l’enthousiasme, au travers notamment d’effets finement mĂ©nagĂ©s et de climats parfaitement contrastĂ©s. Le chƓur possĂšde la mĂȘme teneur : on ne se lasse pas de savourer sa justesse, l’attention portĂ©e aux nuances, son art du phrasĂ©, ses Ă©clats autant que ses superbes pianissimi. Equilbey s’est par ailleurs entourĂ© d’un trio de solistes parfaitement en situation. GorgĂ©e de lumiĂšre et de douceur, la voix de la jeune soprano française Chiara Skerath enchante, notamment grĂące au soin particulier qu’elle apporte Ă  sa ligne de chant (splendide « Auf starkem Fittiche schwingen sich » !). Superbes musiciens, le baryton autrichien Rafael Fingerlos impressionne par son aplomb et sa puissance expressive (ardent « Rollend in schaĂŒmenden » !), tandis que son compatriote Martin Mitterrrutzner, au tĂ©nor clair mais bien projetĂ©, complĂšte magistralement l‘affiche (remarquable « Mit leisem Gang und sanftem Schimmert » !). Un triomphe mĂ©ritĂ© leur est adressĂ© au moment des saluts.

 
 
 

LISZT nadar 1886 Franz_Liszt_by_Nadar,_March_1886VIA CRUCIS de LISZT. Le lendemain, c’est Ă  un concert bien plus ascĂ©tique, voire aride (sans connotation pĂ©jorative), que l’on est conviĂ©, avec le Via Crucis de Liszt. Ce chef d’Ɠuvre singulier et mĂ©connu de la musique religieuse retrace les quatorze stations du chemin de croix du Christ en mĂȘlant hymnes latins, Chorals en allemand et soli pour orgue, mais ici exĂ©cutĂ©s au piano, dans lesquels le toucher incisif et nuancĂ© du pianiste français Jean-Claude Pennetier offre une subtilitĂ© et une prĂ©sence auxquelles pourraient difficilement prĂ©tendre le son plus uniforme d’un orgue. Mais surtout, l’instrument profane, Ă  force de brio magnifiĂ©, devient ici le personnage principal de cette mĂ©ditation sur la Passion, ce qui n’enlĂšve rien Ă  l’excellence du chƓur Vox Clamantis : ce dernier parvient sans peine Ă  rendre la force de cette musique, notamment l’extase retenue et poignante de la rencontre avec Marie, ou encore la mise au tombeau, oĂč le temps semble aboli, jusqu’à une vision finale particuliĂšrement sereine. Dans d’autres passages, comme le terrible portement de croix ou l’extraordinaire derniĂšre parole du Christ, il n’en fait pas moins preuve de toute l’intensitĂ© que ces passages requiĂšrent. MalgrĂ© l’ascĂ©tisme de l’Ɠuvre, le public ne rĂ©pond pas moins prĂ©sent que celui de la veille, et rĂ©serve aux artistes les plus chaleureux applaudissements…

   

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Compte-rendu, concert. La Chaise-Dieu & Ambert, les 23 & 24 aoĂ»t 2018. La CrĂ©ation de Haydn / ChƓur Accentus / Insula Orchestra / Laurence Equilbey. Via Crucis de Liszt / Jean-Michel Pennetier / Vox Clamantis./ Jaan-Eik Tulve.

 
  

Compte-rendu, concert. Prades, les 6 et 7 aoĂ»t 2018. Verdi, Olivero,…

Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, les 6 & 7 aoĂ»t 2018. Verdi, Olivero, Granados, Albeniz, Theodorakis, Saint-SaĂ«ns, Brahms, Debussy, Mahler
 Chacune des nouvelles Ă©ditions du Festival Pablo Casals est placĂ©e sous une thĂ©matique ou un fil conducteur : celle de la 66e annĂ©e est ainsi intitulĂ©e « Un archet pour la paix », en rĂ©fĂ©rence Ă  un magnifique archet qui a mis Ă  contribution pas moins de cinq luthiers (qui en ont fait cadeau au festival), et qui sera gracieusement prĂȘtĂ© ensuite (pour une durĂ©e encore Ă  dĂ©terminer) Ă  un des brillants membres de l’AcadĂ©mie de la cĂ©lĂšbre manifestation catalane. Nous avons justement assistĂ© Ă  cette soirĂ©e de « passation » qui encadrait, en l’Abbaye de St Michel de Cuxa, un concert intitulĂ© « Mare Nostrum », en rĂ©fĂ©rence aux compositeurs Ă  l’honneur en cette soirĂ©e du 6 aoĂ»t, tous issus de pays bordant la MĂ©diterranĂ©e


 

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C’est avec le rare quatuor en Mi mineur de Giuseppe Verdi que dĂ©bute la soirĂ©e, avec rien moins que le fameux Talich Quartet sur scĂšne. On doit son existence au fait que la crĂ©ation italienne d’Aida au San Carlo de Naples ayant Ă©tĂ© retardĂ©e du fait de l’indisposition du rĂŽle-titre, Verdi consacra son temps Ă  l’Ă©criture de sa premiĂšre Ɠuvre de musique de chambre, qui sera crĂ©Ă© deux jours aprĂšs la premiĂšre de l’opĂ©ra, au cours d’une audition privĂ©e organisĂ©e Ă  son hĂŽtel. DĂšs l’amorce l’Allegro initial, on comprend que style et humanitĂ© feront bon mĂ©nage dans cette piĂšce servie ici par un souffle gĂ©nĂ©reux et des coloris raffinĂ©s : on ne saurait rĂ©sister Ă  tant de simplicitĂ© souriante. On ne sourit plus du tout avec la piĂšce qui suit, l’« Aria pour clarinette, violon, violoncelle et piano » de la compositrice israĂ©lienne Betty Olivero, notamment Ă  cause de la brutalitĂ© que la partition exige du piano (confiĂ© Ă  Itamar Golan) dont on se demandait s’il allait sortir indemne du martyr qui lui Ă©tĂ© imposĂ©. Aux cĂŽtĂ©s de piĂšces courtes Ă©crites par AlbĂ©niz et Granados (interprĂ©tĂ©es par Mihalea Martin au violon et Oliver Triendel au piano), le concert s’achĂšve par le non moins rare Sextuor pour flĂ»tes et quatuor Ă  cordes avec piano (1947) de Mikis Theodorakis (interprĂ©tĂ© par l’Artis Quartet et le flĂ»tiste Patrick Gallois), Ɠuvre dans laquelle la flĂ»te se taille la part belle et parvient tout au long des trois sections de l’Ɠuvre Ă  s’imposer magistralement, tout en tendresse, en rondeur ou en engagement.

Le concert du lendemain, toujours dans la nef de la magnifique abbaye romane de St Michel de Cuxa, est lui intitulĂ© « Entre deux guerres » (les deux paix de Versailles en 1871 et 1918), et met en miroir des compositeurs français et germaniques. La seconde partie de la soirĂ©e offre ainsi Ă  entendre, aprĂšs le court Allegro Appassionato op 43 de Saint-SaĂ«ns, le Quatuor Ă  cordes n° 1 en Ut mineur op. 51/1 de Johannes Brahms, dont le compositeur allemand a eu du mal Ă  accoucher tant l’ombre du grand Ludwig van Beethoven restait intimidante dans ce domaine, comme dans celui de la symphonie. Il ne lui fallut ainsi pas moins d’une vingtaine d’annĂ©es pour finir cette composition marquĂ©e par le doute, mais si Brahms reste un peu sur son quant-Ă -soi dans les deux premiers mouvements, de facture trĂšs classique, le troisiĂšme, Allegro molto moderato e comodo, est portĂ© par un lyrisme et une ardeur mĂ©lodique irrĂ©sistibles que le brillant Quatuor Artis parvient ce soir Ă  transmettre avec chaleur et retenue Ă  la fois. Telle est bien la qualitĂ© de ces superbes instrumentistes toujours Ă  la recherche de la couleur adĂ©quate et de l’expression juste, dĂ©nuĂ© de tout dĂ©bordement excessif. AprĂšs l’entracte, le violoniste Boris Galitsky et le pianiste Itamar Golan s’attaque Ă  la Sonate en Sol mineur de Claude Debussy, composĂ©e un an avant sa mort, dans laquelle on admire surtout les glissandi dĂ©licieux du violoniste, et, si le deuxiĂšme mouvement manque un peu de fantaisie, le final est lui parfaitement menĂ©. Enfin, le baryton JĂ©rĂŽme Boutillier (cf photo ci dessous)

termine le concert avec le cycle des Chants d’un Compagnon errant (Lieder eines fahrenden Gesellen) de Mahler dans sa version orchestrale rĂ©duite par Arnold Schoenberg. Hormis le premier poĂšme extrait du recueil Le Cor merveilleux de l’enfant (Des Knaben wunderhorn) sorti de la plume d’Arnim et Brentano, tous les autres textes sont de Mahler lui-mĂȘme, qui offrira un destin particulier au deuxiĂšme lied en l’utilisant comme tissu mĂ©lodique du premier mouvement de sa Symphonie n°1. En plus d’un timbre de toute beautĂ©, d’un phrasĂ© impeccable et d’une diction parfaite de la langue de Goethe, avouons que le jeune chanteur sait particuliĂšrement bien mĂ©nager cet instant d’émotion poignante qui saisit les derniers vers du quatriĂšme Lied (Die zwei blauen Augen), qui prĂ©figure le sublime « Adieu Ă  la vie » (Abschied) qui terminera – quelque 20 ans plus tard – le cycle mahlĂ©rien du Chant de la terre


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Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, les 6 & 7 août 2018. Verdi, Olivero, Granados, Albeniz, Theodorakis, Saint-Saëns, Brahms, Debussy, Mahler


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Compte-rendu, concert. Saintes, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. OCE / Kelly God / Philippe Herreweghe.

Compte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. Kelly God/ Philippe Herreweghe. C’est un franc succĂšs qu’a rencontrĂ© la 47e Ă©dition du Festival de Saintes, avec un taux de remplissage de 75 %, qui cette annĂ©e a traversĂ© la Manche « pour donner voix aux ensembles ou compositeurs britanniques » : on y a ainsi pu entendre des Songs du XVIIe siĂšcle anglais, interprĂ©tĂ©es par Lucile Richardot et l’Ensemble Correspondances, mais aussi des cantates de jeunesse de Haendel magnifiĂ©es par la jeune Deborah Cachet, ou encore un bouquet de mĂ©lodies anglaises offert par la soprano Carolyn Sampson et l’Ensemble VOCES8. Mais c’est cependant par un programme germanique que s’est clĂŽturĂ© le festival, avec un concert mĂ©langeant Wagner et Bruckner, Philippe Herreweghe dirigeant son Orchestre des Champs-ElysĂ©es.

Par Ă©gards aux lieux, c’est une lecture toute chambriste des sublimes Wesendonck Lieder de Richard Wagner que livre le vĂ©nĂ©rable chef français, une option Ă  laquelle rĂ©pond idĂ©alement l’expressivitĂ© contenue de la magnifique soprano amĂ©ricaine Kelly God, dont la voix s’avĂšre idĂ©ale pour les Ɠuvres de l’Echanson de Bayreuth. Dans le premier lied Der Engel, l’intelligence du texte comme l’élĂ©gance de ses aigus, emportent complĂštement l’adhĂ©sion. Herreweghe engage ensuite un Stehe still sur lequel la soprano laisse s’exprimer toute la richesse de son timbre de miel, la radiance irisĂ©e de sa voix et une impressionnante longueur de souffle. Comment ne pas admirer, enfin, la prĂ©cision de la diction, qui – dans le dernier des cinq Lieder, le sublime TrĂ€ume – lui permet une Ă©vocation poĂ©tique admirable, renforcĂ©e par une subtilitĂ© des phrasĂ©s et des nuances tout simplement ensorcelantes.

 

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AprĂšs une pause salutaire pour se remettre de l’émotion suscitĂ©e par le chant de la divine God (la bien nomĂ©e
), c’est Ă  la monumentale Symphonie N°4 d’Anton Bruckner que s’attaque la formation parisienne, avec une interprĂ©tation fort intĂ©ressante de la part de Herreweghe. Le premier mouvement paraĂźt assez sec et froid, en carence de la dĂ©mesure et du souffle des grands espaces, mais nĂ©anmoins bien menĂ©, d’une façon naturelle et fluide, et si les appels du cor peuvent sembler un rien prosaĂŻques, ils sont d’une maĂźtrise sans faille. L’Adagio est encore plus intĂ©ressant : le thĂšme est exposĂ© assez crĂ»ment, sans fard, mais Herreweghe approfondit progressivement le discours, faisant surgir enfin chaleur et expressivitĂ© chez les cordes. L’atmosphĂšre est celle d’une triste parade, un convoi funĂšbre peut-ĂȘtre, mais dans un ton lĂ©ger, presque en apesanteur, et dans un tempo relativement preste. Le scherzo est lui aussi pris rapidement, majestueux, d’une puissance communicative, il s’interrompt brusquement pour un trio trĂšs Ă©lĂ©gant, tout en finesse et en transparence. Grande rĂ©ussite Ă©galement, un dernier mouvement imposant mais pas pesant, dont la structure complexe est superbement mise en valeur, sans que la tension ne se relĂąche, et dans lequel le thĂšme du premier mouvement est rĂ©exposĂ© dans tout sa puissance
 avant une magistrale Coda ! Un tonnerre d’applaudissements vient couronner la soirĂ©e, qui se termine par le retour de la soprano, venue chanter Ă  nouveau le dernier des Wesendonck Lieder, pour le plus grand plaisir des mĂ©lomanes rĂ©unis sous les voutes de la magnifique Abbaye aux Dames de Saintes
 Vivement la prochaine Ă©dition qui se tiendra du 12 au 20 juillet 2019 !

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Compte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. Kelly God/ Philippe Herreweghe.Illustrations : © Séb. Laval / Fest. de Saintes 2018

 

Compte-rendu, concert. Evian, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. TchaĂŻkovski. J-J Kantarow, Orch de Chambre de Lausanne. Salonen, Lozakovich.

lozakovich daniel violon adolescent violoniste par classiquenewsCompte-rendu, concert. Evian, La Grange au Lac, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. TchaĂŻkovski. Jean-Jacques Kantarow, Orchestre de Chambre de Lausanne. Esa-Pekka Salonen, Sinfonia La Grange au Lac, Daniel Lozakovich. C’est un franc succĂšs qu’a rencontrĂ© l’édition 2018 des Rencontres musicales d’Evian, 25 ans aprĂšs la premiĂšre, avec pas moins de 16 concerts rĂ©unissant des stars du monde classique tels que James Ehnes, Nicolas Lugansky, Daniel Lozakovich ou encore Frank Peter Zimmermann. PlacĂ©e depuis 2014 sous la houlette du fameux Quatuor Modigliani, la manifestation lĂ©manique – sise dans la magnifique salle en bois de La Grange au lac, construite Ă  l’intention de Mstilav Rostropovitch – a pris un nouvel essor cette annĂ©e avec la crĂ©ation de son propre orchestre, le Sinfonia Grange au Lac, composĂ© d’instrumentistes issus des plus grandes phalanges europĂ©ennes (Amsterdam, Berlin, Francfort, Leipzig, Londres, Munich, Paris, ou encore Vienne), et placĂ© sous la baguette d’un des meilleurs chefs au monde, le finlandais Esa-Pekka Salonen. Comme une cerise sur la gĂąteau, la nouvelle formation a eu l’honneur de clĂŽturer le festival, avec deux Ɠuvres qui ont enthousiasmĂ© une salle pleine Ă  craquer : les sublimes MĂ©tamorphoses de Richard Strauss et la Symphonie « HĂ©roĂŻque » de Beethoven.

Écrites pour vingt-trois cordes solistes, les MĂ©tamorphoses sont dirigĂ©es sans partition par Salonen, sans qu’aucune erreur de mise en place n’apparaisse en prĂšs de trente minutes d’un malheur contenu, ramenĂ© ici Ă  une songeuse rĂ©flexion. Le chef dĂ©veloppe dans cette Ɠuvre une longue ligne sans jamais jouer complĂštement la carte de la dĂ©ploration, ni sans s’appesantir trop sur la rĂ©pĂ©titivitĂ© de l’accord tirĂ© de la CinquiĂšme Symphonie de Beethoven, ni sur le pathĂ©tisme issu de la Marche FunĂšbre de la TroisiĂšme qui sera donnĂ© en seconde partie de soirĂ©e. Les musiciens de la Sinfonia Grange au Lac, avec tous les premiers chefs de pupitres de cette fantastique formation, offrent des variations de nuances et de couleurs absolument magnifiques, Ă  commencer par celles portĂ©es par le premier violon de Gregory Ahss (Premier violon de l’Orchestre du Festival de Lucerne), mais aussi de l’alto de GrĂ©goire Vecchioni, (membre de l’Orchestre National de l’OpĂ©ra de Paris) ou encore du violoncelle de Christophe Morin (violoncelle solo du Mahler Chamber Orchestra), excusez du peu !

AprĂšs l’entracte, la jeune phalange dĂ©ploie toutes ses potentialitĂ©s dans une Symphonie « hĂ©roĂŻque » rĂ©solument magistrale. Salonen semble ici parfaitement dans son Ă©lĂ©ment, et sa direction prĂ©cise et Ă©nergique s’avĂšre en parfaite symbiose avec la puissance du chef d’Ɠuvre beethovĂ©nien. DĂšs le premier accord, son objectif apparaĂźt de façon limpide : dĂ©poussiĂ©rer le compositeur allemand et offrir une relecture moderne de l’ouvrage en mettant en lumiĂšre les aspects tellement visionnaires de cette musique. Une mission qu’il rĂ©ussit avec maestria, et qui nous permet Ă  nouveau d’admirer l’extraordinaire homogĂ©nĂ©itĂ© des diffĂ©rents pupitres. Vivement la prochaine Ă©dition qui sera diriger par un autre des meilleurs chefs au monde, mais c’est un secret que le festival devrait rĂ©vĂ©ler rapidement


LOZAKOVICH : le MENUHIN du XXIĂšme siĂšcle ?Un mot sur le concert de la veille qui rĂ©unissait l’Orchestre de Chambre de Lausanne, le chef français Jean-Jacques Kantorow mais surtout le prodige du violon qu’est le jeune suĂ©dois Daniel Lozakovich (17 ans !). AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre fulgurant en 2015, sous la fĂ©rule de Valery Gergiev, il a signĂ© un contrat d’exclusivitĂ© avec Deutsche Grammophon, et son premier opus discographique consacrĂ© Ă  J. S. Bach vient de paraĂźtre en juin dernier. C’est de façon trĂšs extravertie et engagĂ©e qu’il aborde le cĂ©lĂšbre Concerto pour violon de TchaĂŻkovski, avec beaucoup de relief, et un romantisme que l’on qualifiera d’incandescent. Il dĂ©roule une lecture profonde, nerveuse et virtuose, centrĂ©e sur la prĂ©cision du phrasĂ©. L’Allegro initial endiablĂ©, l’ample cadence, la Canzonetta centrale, d’un poignant lyrisme et le chaloupĂ© Allegro vivacissimo final, aux accents tziganes, tĂ©moignent du panache sans faille de Lozakovich
 comme de la qualitĂ© exceptionnelle de la phalange vaudoise, et notamment de la petite harmonie


A noter que la Grange au Lac abrite dĂ©sormais quatre festivals annuels, un consacrĂ© au piano au printemps, le festival d’étĂ© des Rencontres Musicales, Les Voix d’automne dĂ©diĂ© Ă  l’art lyrique et un dernier dĂ©diĂ© au jazz durant l’hiver. A Evian, il y en a pour tous les goĂ»ts, et nous serons de retour in loco en octobre (le 30) pour entendre le sublime mezzo amĂ©ricaine Joyce DiDonato dans un rĂ©cital consacrĂ© Ă  Ravel, Granados et Rossini 
 Vivement !

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Compte-rendu, concert. Evian, La Grange au Lac, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. TchaĂŻkovski. Jean-Jacques Kantarow, Orchestre de Chambre de Lausanne. Esa-Pekka Salonen, Sinfonia La Grange au Lac, Daniel Lozakovich

Compte-rendu, opéra. Paris, TCE, le 15 juin 2018. Saint-Saëns : Samson et Dalila. Alagna / Lemieux. Orch National de France / Tatarnikov

thumbnail_samsonCompte-rendu, opĂ©ra. Paris, TCE, le 15 juin 2018. Camille Saint-SaĂ«ns : Samson et Dalila. Alagna / Lemieux. Orchestre National de France. Mikhael Tatarnikov (direction). Quelques semaines aprĂšs avoir triomphĂ© dans le rĂŽle Ă  la Staatsoper de Vienne (aux cĂŽtĂ©s d’Elina Garanca), Roberto Alagna est venu dĂ©fendre le rĂŽle de Samson dans sa patrie, au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, avec comme partenaire la contralto quĂ©bĂ©coise Marie-Nicole Lemieux en Dalila. Comme on pouvait s’y attendre, Roberto Alagna illustre tĂ©nor français campe un Samson Ă  tout Ă©preuve, capable de maĂźtriser l’éprouvante tessiture du rĂŽle. Les sonoritĂ©s s’avĂšrent saines, gĂ©nĂ©reuses, insolentes ; la diction, d’une perfection totale. Il convainc pleinement dans le cĂ©lĂšbre « Air de la meule », un phrasĂ© avec beaucoup de nuances et des accents qui expriment toute la souffrance intĂ©rieure du hĂ©ros. On ne doute pas qu’il sortira vainqueur de son prochain dĂ©fi, qui est de chanter Lohengrin au Festival de Bayreuth cet Ă©tĂ©.

 

 

 

Dans un Samson et Dalila superlatif,

Nicole Lemieux surclasse Alagna

En Dalila, Lemieux ne lui cĂšde en rien, et se rĂ©vĂšle mĂȘme supĂ©rieure Ă  lui en termes de prĂ©sence scĂ©nique : c’est merveille de la voir donner vie Ă  son personnage, en multipliant poses, gestes et autres regards, brossant ainsi un portrait crĂ©dible – pour ne pas dire saisissant ! – de cette hĂ©roĂŻne dangereuse et sĂ©ductrice. L’air cĂ©lĂšbre « Mon cƓur s’ouvre Ă  ta voix » nous enchante par la sensualitĂ© qui s’en dĂ©gage, le timbre, dĂ©jĂ  chaud et rond, se faisant alors de velours. Sa diction est Ă©galement parfaite et sa ligne de chant mĂ©rite les plus vives louanges. Elle rĂ©colte un immense succĂšs personnel au moment des saluts, qui lui fait couler quelques larmes….

De son cĂŽtĂ©, Laurent Naouri est un Grand prĂȘtre de Dagon impressionnant d’autoritĂ© et de projection vocale, exemplaire de diction comme ses deux partenaires. C’est un vieil hĂ©breu de haut vol qu’incarne Ă©galement Renaud Delaigue, confĂ©rant Ă  sa partie une vraie noblesse, alliĂ©e Ă  une voix ample et chaleureuse. Enfin, la basse russe Alexander Tsymbalyuk (qui chante en ce moment le rĂŽle-titre de Boris Godounov Ă  l’OpĂ©ra Bastille) est un AbimĂ©lech de luxe, tandis que LoĂŻc FĂ©lix, JĂ©rĂ©my Duffau et Yuri Kissin sont tout simplement parfaits dans leurs rĂŽles de Philistins.

En fosse, le fougueux chef russe Mikhail Tatarnikov – directeur musical du fameux ThĂ©Ăątre Mikhailovsky de Saint-PĂ©tersbourg – obtient de l’Orchestre National de France de superbes sonoritĂ©s et une mĂ©ritoire caractĂ©risation des diffĂ©rents climats ; surtout, un formidable impact dramatique. Les deux « tubes » orchestraux que sont « La Danse des prĂȘtresses » et la « Bacchanale » bĂ©nĂ©ficient de tout le raffinement, la sensualitĂ© et l’exotisme orientalisant qu’on en attend, et il ne faudra pas oublier de saluer le ChƓur de Radio France, sensationnel de cohĂ©sion et d’intensitĂ©.

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Compte-rendu, opéra. Paris, TCE, le 15 juin 2018. Camille Saint-Saëns : Samson et Dalila. Alagna / Lemieux. Orchestre National de France. Mikhael Tatarnikov (direction)

Compte-rendu, concert. LYON, Audit. M Ravel, les 7 & 16 juin 2018.« Amadeus » / Britten/Beethoven /Alan Gilbert.  

New York PhilharmonicCompte-rendu, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, les 7 & 16 juin 2018. Film « Amadeus » de Milos Forman et concert Britten/Beethoven dirigĂ© par Alan Gilbert. La fin de saison s’approche Ă  grands pas et l’Orchestre National de Lyon a tenu Ă  proposer un concert s’inscrivant dans le cadre des cĂ©lĂ©brations du Centenaire de la Paix organisĂ©es par l’ancienne Capitale des Gaules. L’Auditorium Maurice Ravel vient ainsi de mettre Ă  son affiche deux ouvrages qui sont deux vibrants appels Ă  la paix : les rares Chichester Psalms de Leonard Bernstein (dont on fĂȘte le centenaire de la naissance) et la grandiose 9Ăšme Symphonie de Ludwig van Beethoven. Souffrant, Leonard Slatkin a dĂ» laisser la baguette au chef amĂ©ricain Alan Gilbert, qui avait dĂ©jĂ  dirigĂ© l’ONL in loco en janvier dernier (LIRE ici notre compte rendu de ce concert prĂ©cĂ©dent Ă  Lyon)

« Oh, qu’il est agrĂ©able, qu’il est doux pour des frĂšres de demeurer ensemble ! » : ainsi finit, dans un ultime pianissimo, le dernier des trois psaumes que comporte la partition. CĂŽtĂ© musique, on perçoit dĂ©jĂ , dans les Chichester Psalms, Ă  la fois les futurs accents de West Side Story mais aussi l’influence de Mahler. Chants sacrĂ©s sur une expression profane, Ă  sept ou cinq temps, les trois mouvements peuvent se dĂ©ployer dans la vastitude de l’Auditorium Maurice Ravel, profitant surtout aux percussions qui donnent ici leur pleine couleur
Ils se font nĂ©anmoins voler la vedette par la jeune Tanina Souagen, issue de la MaĂźtrise de l’OpĂ©ra de Lyon, qui tient en haleine l’auditoire par sa voix d’un pur angĂ©lisme


AprĂšs l’entracte, les diffĂ©rents intervenants du concert nous offrent une soirĂ©e en tout point exceptionnelle. Alan Gilbert d’abord, tendu et concentrĂ©, connaissant par cƓur sa partition et comme la vivant de l’intĂ©rieur, l’ONL ensuite, bien Ă©videmment trĂšs Ă  l’aise dans cette salle Ă  l’excellente acoustique, les solistes vocaux (la soprano irlandaise Claudia Boyle, le tĂ©nor gĂ©orgien Otar Jorjikia, la mezzo lyonnaise AnaĂŻk Morel et la basse britannique Will Thomas), tous remarquables, et enfin les masses chorales conjuguĂ©es de l’Ensemble Spirito, du Jeune ChƓur symphonique et du ChƓur d’oratorio de Lyon (tous trois dirigĂ©s par Nicole Corti), qui imposent leur enthousiasme, leur prĂ©cision et leur exultation. Tous Ɠuvrent en harmonie pour caractĂ©riser chacun des quatre mouvements. On retrouve la substantifique moelle des trois premiers mouvements, brillamment rĂ©sumĂ©s au dĂ©but du Presto conclusif, c’est Ă  dire l’universel Hymne Ă  la joie (« O Freunde ! ») d’aprĂšs Schiller. Qu’il s’agisse de l’Allegro initial, d’une richesse nostalgique inextinguible, du Molto vivace, magnifique de rythme et de fluiditĂ©, ou le profond et rĂ©pĂ©titif mouvement notĂ© Adagio molto e cantabile-Andante moderato, qui servira de modĂšle au postromantisme Ă  venir, la phalange RhĂŽne-alpine enchante nos oreilles, et celles d’un public venu en masse (Ă  guichets fermĂ©s comme on dit) entendre cette extraordinaire partition. Il leur est rĂ©servĂ©, ainsi qu’aux choristes et solistes, les vivats les plus nourris au moment des saluts !

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 Quelques jours plus tĂŽt, c’est Ă  un concert plus « original » auquel nous avions assistĂ©, un « CinĂ©-concert » en l’occurrence, mettant en rĂ©sonance la fameux film Amadeus de Milos Forman avec la phalange lyonnaise (ainsi que le chƓur Spirito dĂ©jĂ  citĂ©). Avouons que l’expĂ©rience – aussi inĂ©dite que spectaculaire ! – vaut la peine d’ĂȘtre vĂ©cue : tandis que le film se dĂ©roule sur Ă©cran gĂ©ant, l’Orchestre National de Lyon (et le chƓur Spirito pour les parties avec chƓur) joue en direct la bande-son ! Un exercice qui peut cependant paraĂźtre parfois frustrant pour le public – comme pour le chef suisse Ludwig Wicki -, car les extraits musicaux du film sont gĂ©nĂ©ralement assez courts
 On assiste par ailleurs Ă  une belle mise en abime quand on voit parallĂšlement ce dernier diriger sur la scĂšne, et au mĂȘme moment Mozart dirigeant son propre orchestre dans le film
Un seul regret, mais apriori trop difficile techniquement parlant, l’absence de solistes vocaux pour les parties chantĂ©es, tel pour l’air de la Reine de la Nuit, mais on s’en console devant le dĂ©fi brillamment relevĂ© (avec quasi aucun dĂ©calage entre l’image et le son) par l’ONL, l’excellent chƓur Spirito et le chef Ludwig Wicki !

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Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, les 7 & 16 juin 2018. Film « Amadeus » de Milos Forman et concert Britten/Beethoven dirigé par Alan Gilbert.

Compte-rendu critique, Opéra. Bolshoï de Minsk, le 15 mai 2018. Tchaïkovski : EugÚne Onéguine. Valery Shishov / Oleg Lesun

Compte-rendu critique, OpĂ©ra. BolshoĂŻ de Minsk, le 15 mai 2018. TchaĂŻkovski : EugĂšne OnĂ©guine. Valery Shishov / Oleg Lesun. C’est au BolshoĂŻ de Minsk, capitale de la mĂ©connue BiĂ©lorussie, que nos pas de baroudeur lyrique nous ont cette fois menĂ©s, et pas pour n’importe quel opĂ©ra, mais pour l’un des fleurons de l’opĂ©ra russe : EugĂšne OnĂ©guine. Las, cette production – signĂ©e par Valery Shishov et qui accuse ses trente annĂ©es d’existence (1986) – nous laissera sur notre faim Ă  plus d’un titre : du thĂ©Ăątre sans thĂ©Ăątre, oĂč rĂšgnent les toiles peintes poussiĂ©reuses, les dĂ©cors de carton-pĂąte… ou de lourdes tentures qui en font office.

 

 

 

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Tout est par ailleurs littĂ©ral et sans imagination, et tout se passe dans le lieu et dans le temps prĂ©vu par le livret. Reprise ici par Alexander Prokhorenko, la production paraĂźt oublier ce que « direction d’acteurs » veut dire, et aucun des personnages n’est pourvu de la moindre caractĂ©risation, chacun d’entre eux ne faisant qu’ĂȘtre prĂ©sent en scĂšne au moment de chanter, avec le strict minimum de dĂ©placement et d’expressions.
Les chanteurs rĂ©unis pour cet OnĂ©guine font tous partie de la troupe de la maison biĂ©lorusse, certains depuis longtemps, trop peut-ĂȘtre
 Il en est ainsi de la Madame Larina de Natalia Akinina et de la Filipievna de Marina Aksentseva, dont l’heure de gloire semble passĂ©e, avec des voix dĂ©sormais entachĂ©es par un trop large vibrato. La Tatiana de Elena Bundeleva ne soulĂšve guĂšre plus d’enthousiasme Ă  cause d’une voix serrĂ©e, et d’aigus assez acides. Une magnifique gamme de nuances Ă©clate, en revanche, chez Denis Yantsevich, un OnĂ©guine Ă  la voix royale, large et Ă©gale, qui tempĂšre son ennui de vivre par une humanitĂ© trĂšs touchante dans sa premiĂšre relation avec Tatiana. Le Lenski de Alexander Mikhnuyk est digne des meilleurs : sa voix de tĂ©nor, typiquement russe dans son timbre et son mordant, et brillante dans les aigus, vous arrache des larmes dans le fameux air du duel « Kuda, kuda  ». Oleg Melnikov confĂšre sa haute stature et ses graves insondables au Prince GrĂ©mine, tandis que Criscentia Stasenko chante Olga avec les moyens adĂ©quats. Enfin, Ă  rebours du livret qui veut que Monsieur Triquet chante sa chanson en français, c’est en russe que Yanosh Nelepa la dĂ©livre ici, avec une voix malheureuseument nasillarde et fatiguĂ©e.
A la tĂȘte de l’Orchestre du BolshoĂŻ de Minsk, dont la bonne tenue n’est pas  Ă  mettre en cause, le chef Oleg Lesun dissĂšque la partition de TchaĂŻkovski avec une retenue excessive, et au mĂ©pris d’une flamboyance romantique qui en est pourtant l’ñme. On espĂšre revenir pour donner une seconde chance Ă  ce thĂ©Ăątre par ailleurs attachant


 

 

 

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Compte-rendu critique, Opéra. Bolshoï de Minsk, le 15 mai 2018. Piotr Illitch Tchaïkovski : EugÚne Onéguine. Valery Shishov, direction. Oleg Lesun, mise en scÚne.

Compte-rendu, concert. Avignon, Chapelle Oratoire, le 15 avril 2018. RĂ©cital Justin Taylor, Clavecin.

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertCompte-rendu, concert. Avignon, Chapelle de l’Oratoire, le 15 avril 2018. RĂ©cital de Justin Taylor, Clavecin. DĂ©sormais bien ancrĂ©e dans le paysage de la citĂ© des Papes, l’Association Musique Baroque en Avignon, infatigablement dirigĂ©e par Robert Dewulf, ne propose pas moins de 9 concerts de prestige – pour sa 18e Ă©dition – dans les lieux les plus emblĂ©matiques de la ville : en ce dimanche 15 avril, un rĂ©cital de clavecin du jeune Justin Taylor dans la superbe Chapelle de l’Oratoire (en co-rĂ©alisation avec l’OpĂ©ra Grand Avignon).

A 25 ans, Justin Taylor est des jeunes talents parmi les plus prometteurs de sa gĂ©nĂ©ration : aprĂšs avoir remportĂ© le Concours international de clavecin de Bruges en 2015, il est Ă©lu « RĂ©vĂ©lation artiste instrumental de l’annĂ©e » aux Victoires de la Musique en 2017. Il a dĂ©jĂ  dĂ©butĂ© une brillante carriĂšre internationale, et a gravĂ© deux disques, un consacrĂ© Ă  La famille Forqueray et un autre Ă  Mozart (accompagnĂ© par Julien Chauvin et le concert de la Loge).

A Avignon, Justin Taylor a choisi de jouer un programme qu’il a baptisĂ© « Chromatismes », consacrĂ© largement Ă  Bach et Ă  Rameau. Didactique, aprĂšs un hommage rendu par Mr Dewulf Ă  la mĂ©moire du grand chef baroque Jean-Claude Malgoire (un enfant du pays !) disparu la veille – le jeune claveciniste prend soin d’expliquer, avec beaucoup de chaleur, la nature de chacune des piĂšces qu’il interprĂšte ensuite, et c’est avec la Toccata en mi mineur BWV 914 qu’il initie le concert, et qu’il dĂ©livre de maniĂšre aussi souple que rythmĂ©e, entre fantaisie baroque et rigueur classique. La Fantaisie chromatique BWV 903 est d’emblĂ©e saisie par des doigts sĂ»rs, mais au-delĂ  de l’agilitĂ© impeccable des traits, c’est le plaisir que le jeune homme prend et sa façon de le partager avec l’auditoire qui sĂ©duit ici. Avec les deux Suites de Rameau qu’il a mis Ă  son programme, notamment celle en La mineur, il fait la dĂ©monstration de toute sa sensibilitĂ© et de tout son brio, avec d’abord une grĂące et une Ă©lĂ©gance remarquablement rendues dans l’Allemande et la Courante initiales, avant une Trois Mains et une Gavotte avec Doubles Ă©poustouflants de virtuositĂ©. On le suit avec la mĂȘme jubilation dans les mĂ©andres de la plus rare Fantasia chromatica de Sweelinck , avant une Sonate K18 de Scarlatti dont il absorbe avec une dĂ©contenançante facilitĂ© toutes les difficultĂ©s techniques : il dĂ©livre avec autant de  grĂące que de fermetĂ© cette littĂ©rature du clavecin d’une richesse et d’une inventivitĂ© inouĂŻes. Il termine son rĂ©cital par le cĂ©lĂšbre Fandango de Padre Soler (« Le diable dĂ©guisĂ© en moine » disait-on de lui !), une basse obstinĂ©e qui ne cesse d’aller crescendo dans la folie, et qui sous ses doigts donne le vertige et lui vaut des vivats mĂ©ritĂ©s. En bis, il donne la trĂšs belle Jupiter de Forqueray et les envoĂ»tantes Barricades mystĂ©rieuses de Couperin, deux piĂšces qui sont comme un condensĂ© de son immense talent : poĂ©sie, naturel et Ă©motion !

A vos agendas, le prochain et dernier concert de la saison rĂ©unira deux fabuleux artistes : la mezzo LĂ©a Desandre et le thĂ©orbiste Thomas Dunford dans un programme du baroque italien (Monteverdi, Strozzi, Cavalli, Kaspberger
). Il se tiendra dans un autre lieu d’exception, le jardin d’honneur du MusĂ©e Calvet, le dimanche 13 mai (Ă  18h30) !

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Compte-rendu, concert. Avignon, Chapelle de l’Oratoire, le 15 avril 2018. RĂ©cital de Justin Taylor, clavecin

Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, GTP, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Pygmalion, Raphaël Pichon.

concert critique par classiquenews_pichoncopie-2-aa5d1Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, Grand-ThĂ©Ăątre de Provence, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Ensemble Pygmalion, RaphaĂ«l Pichon (direction). Avec plus de 20.000 spectateurs pour le cru 2018, le Festival de PĂąques d’Aix en Provence affiche ses ambitions et draine de plus en plus un public international, Ă  l’image de son grand frĂšre estival. Parmi les temps forts de la sixiĂšme Ă©dition, le public festivalier aura pu entendre des artistes de la trempe d’Andras Schiff, Yefim Bronfman, Khatia Buniatishvili, Emmanuel Pahud, Vladimir Spivakov, et des formations de prestige telles que le London Symphony Orchestra, l’Orchestre National de France, l’Orchestre National de Russie, et mĂȘme l’Orchestre de la Wiener Staatsoper, pour une version de concert des Noces de Figaro dirigĂ© par Alain Altinoglu !

Magistrale Saint-Jean de JS BACH, par Pygmalion

En ce qui nous concerne, nous avons pu assister Ă  une magistrale exĂ©cution de la sublime Passion selon St Jean de J. S. Bach, dirigĂ© par le jeune et talentueux RaphaĂ«l Pichon Ă  la tĂȘte de son Ensemble Pygmalion (qu’il a formĂ© il y a douze ans dĂ©jà !). Six solistes se rĂ©partissent ici les rĂ©citatifs (personnages de l’EvangĂ©liste, de JĂ©sus, de Pilate…), certaines arias Ă©tant Ă©galement dĂ©clamĂ©es en mĂȘme temps que certains Chorals. Les chanteurs sont ici surĂ©levĂ©s sur des petits podiums et placĂ©s devant l’orchestre, en formation rĂ©duite (une vingtaine d’instrumentistes). Cette approche induit beaucoup de thĂ©ĂątralitĂ© – notamment avec le fameux chƓur « Herr, unser Herrscher » -, qui plonge l’auditoire de facto dans le drame, avec une tension tangible.
Personnage Ă  part entiĂšre de l‘ouvrage, le chƓur fait preuve d’une magnifique homogĂ©nĂ©itĂ© et l’on applaudira Ă  deux mains au superbe travail sur la prĂ©cision du texte et de la diction.
La soirĂ©e recĂšle beaucoup d’instants riches en Ă©motion. En premier lieu, Ă  travers le rĂ©cit de l’EvangĂ©liste interprĂ©tĂ© par le formidable tĂ©nor allemand Julian PrĂ©gardien. DotĂ© d’un timbre clair, il se montre particuliĂšrement expressif pour Ă©voquer les derniers jours de JĂ©sus, 
 de la trahison de Judas jusqu’à la mise au tombeau. Avec sa belle voix grave, le baryton tchĂšque Tomas Kral campe un impressionnant JĂ©sus. L’autre voix grave, le baryton-basse allemand Christian Immler s’avĂšre un Pilate non moins crĂ©dible, qui livre un trĂšs beau « Betrachte, mein Seel », quasi murmurĂ©. Autre bonheur, la soprano ukrainienne Kateryna Kasper qui Ă©merveille par la luminositĂ© de son timbre et par son ineffable musicalitĂ©, notamment dans l’un des plus beaux airs de la partition : « Zerfliesse, mein Herze, in FlĂŒten der ZĂ€hen ».

Le plus grand bonheur vocal de la soirĂ©e reste cependant, Ă  notre avis, le « Es ist Vollbracht », dĂ©volu Ă  l‘alto française Lucile Richardot. En plus de chanter avec une grande dĂ©licatesse, la voix est par ailleurs pourvue de puissance et de projection, et parvient surtout Ă  faire passer l’émotion escomptĂ©e.
L’orchestre n’est pas en reste et se montre d’une constante efficacitĂ© sous la baguette attentive et sensible de RaphaĂ«l Pichon. Les subtilitĂ©s harmoniques gĂ©nĂ©rĂ©es, la remarquable cohĂ©sion des pupitres, les tempi rapides et contrastĂ©s enchantent les oreilles du public et il nous faut absolument citer quatre des solistes : le somptueux violoncelle d’Emilia Gliozzi, la dĂ©licate viole de gambe de Julien Leonard ou encore les flĂ»tes Ă©thĂ©rĂ©es de Giorgia Browne et Anne Thivierge. Les vivats qui ont couronnĂ©s la soirĂ©e ne semblaient plus vouloir finir !

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Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, Grand-Théùtre de Provence, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon (direction). Julian Prégardien (ténor), Tomåƥ Krål (baryton), Kateryna Kasper (soprano), Lucile Richardot (alto), Christian Immler (baryton-basse).