QUEBEC, Festival Classica : De Beethoven à Bowie en rappel, 12-20 déc 2020.

beethoven-32-sonates-boutique750-c1bef66090505b09QUEBEC, Festival Classica : De Beethoven Ă  Bowie en rappel, 12-20 dĂ©c 2020. Le Festival CLASSICA ayant annulĂ© son Ă©dition de printemps 2020 Ă  cause de l’épidĂ©mie de la covid 19, propose un nouveau cycle de concerts « De Beethoven Ă  Bowie », du 12 au 20 dĂ©cembre 2020. 15 concerts en salle, certains cĂ©lĂ©brant le 250e de Beethoven et plusieurs premiĂšres canadiennes, seront prĂ©sentĂ©s dans le cadre de cette Ă©dition en rappel. Artistes invitĂ©s : Marianne Lambert, Lila Dufy, Florence Bourget, Nadia Labrie, Élise Poulin, Corine ChartrĂ©-Lefebvre, Laurence Neill-Poirier, GabriĂšle Dostie-Poirier, Krystina Marcoux, Juan Sebastian Delgado, Hugo Laporte, Emmanuel Hasler, François Zeitouni, Julien LeBlanc, Lysandre MĂ©nard, StĂ©phane TĂ©treault, Mathieu Lussier, Jean-Philippe Sylvestre, Jonathan Crow, Elvira Misbakhova, HĂ©lĂšne Brunet, Russel Braun, Julia Wedman, MĂ©lisande Corriveau, Eric Milnes, Serhiy Salov, Marika Bournaki, Élisabeth Pion et la cheffe d’orchestre VĂ©ronique Lussier.

Le Festival Classica programme aussi une version digitale de cette Ă©dition en diffusant les concerts sur la nouvelle plateforme, leconcertbleu.com.

PROGRAMME COMPLET ici
https://www.festivalclassica.com/programme

 

 

 

 

CONCERTS VIVANTS ET CONCERTS NUMÉRIQUES

Marc-BOUCHER baryton festival classica-200x300MARC BOUCHER, directeur gĂ©nĂ©ral et artistique du Festival CLASSICA, prĂ©cise les enjeux de ce cycle Ă©vĂ©nement au QuĂ©bec : « Depuis ses dĂ©buts en 2011, le Festival Classica a connu une progression soutenue. En seulement 9 annĂ©es, il s’est taillĂ© une place de choix dans les Ă©vĂ©nements majeurs en musique classique. C’est avec beaucoup d’optimisme que le Festival Classica entame un nouveau chapitre avec la prĂ©sentation de cette Ă©dition hors-sĂ©rie qui comportera un volet virtuel. En effet, le concert numĂ©rique accompagnera et complĂštera dĂ©sormais le concert vivant, non seulement en temps de pandĂ©mie mais aussi en temps normal ».

 

 

 

 

JARDIN MUSICAL les 28 et 29 novembre 2020
Saint Andrew’s Presbyterian Church – Saint-Lambert

Quelques jours avant l’édition en rappel, dans le cadre du concert Jardin musical, les festivaliers pourront Ă©couter quatre siĂšcles de musique avec Telemann, Mozart, Chopin et Maute

Sam 28 nov 2020, 19h30 – Saint Andrew’s Presbyterian Church – Saint-Lambert – 1h
Ensemble Caprice, Julie Triquet (violon), Matthias Maute (flûte à bec) et Jean-Philippe Sylvestre (piano).
https://www.festivalclassica.com/jardin-musical

Dimanche 29 novembre 2020, 19h30 : Manuscrits inĂ©dits de la musique de chambre d’AndrĂ© Mathieu ; concert « À la conquĂȘte d’AndrĂ© Mathieu » : Caroline ChĂ©hadĂ© (violon), ChloĂ© Dominguez (violoncelle), Elvira Misbakhova (alto), Jean-Philippe Sylvestre (piano) et Marc Djokic (violon). 1h.
https://www.festivalclassica.com/a-la-conquete-d-andre-mathieu

 

 

 

 

À propos du Festival CLASSICA

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaFondĂ© en 2011, le Festival Classica souhaite promouvoir un espace public qui provoque la rencontre entre la musique classique au sens large, les artistes, la relĂšve musicale et la population, tout en favorisant l’embauche prĂ©pondĂ©rante d’artistes quĂ©bĂ©cois et canadiens. Sa vision est de dĂ©ployer un Ă©vĂ©nement international, reconnu et incontournable, qui procure une expĂ©rience unique en musique classique par le biais du concert vivant et numĂ©rique. L’ouverture, la mixitĂ© des rĂ©pertoires, le mĂ©tissages des genres font de CLASSICA chaque printemps, une cĂ©lĂ©bration populaire qui rĂ©concilie le classique avec le plus large public. Festival labellisĂ© « CLIC de CLASSIQUENEWS » / Coup de coeur de la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS depuis 2018.

 

Billets en vente, programme complet au
www.festivalclassica.com ou au 450 912-0868.
https://www.festivalclassica.com/

 

 

 

 

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 VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif dĂ©diĂ© au FESTIVAL CLASSICA, premier festival de musique classique au QuĂ©bec – Ă©dition 2019

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019QUÉBEC, Festival CLASSICA 2018 – 25 mai au 16 juin 2018. De Schubert aux Rolling Stones / Le premier festival quĂ©bĂ©cois, CLASSICA sait sĂ©duire, attirant une foule d’amateurs, de connaisseurs, de nĂ©ophytes
 au cƓur du centre ville de Saint-Lambert (au sud de MontrĂ©al). L’épicentre du Festival en MontĂ©rĂ©gie est devenu comme pour les Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes, un village musical Ă  multiples facettes. Un lieu, une multitude d’offres
 telle a Ă©tĂ© l’équation gagnante des derniers Ă©vĂ©nements CLASSICA. Jusqu’au 16 juin prochain, le Festival CLASSICA poursuit son cours, affirmant une superbe offre artistique Ă  Saint-Lambert et dans plusieurs autres villes de la MontĂ©rĂ©gie avec toujours Ă  l’honneur, entre autres le relĂšve avec les nouveaux talents, les grands solistes et les ensembles confirmĂ©s. CLASSICA, c’est l’esprit du partage pour tous (grandes soirĂ©es symphoniques sous les Ă©toiles, concerts en salles fermĂ©es, tremplins sur de larges scĂšnes ouvertes sur la rue
 la seconde Ă©dition 2018 rĂ©alise et rĂ©ussit tous ces dĂ©fis). TEXTE et VIDEO © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM

 

 

 

LIRE aussi notre présentation de la nouvelle offre digitale du Festival CLASSICA au Québec, LE CONCERT BLEU

 

classica-le-concert-bleu-quebec-annonce-festival-classica-classiquenews-annonce-critique-concert-operaQUÉBEC : Le Concert Bleu, la rĂ©ponse numĂ©rique exemplaire du Festival CLASSICA Ă  la crise sanitaire. leconcertbleu.com est une nouvelle plateforme numĂ©rique immersive destinĂ©e au milieu de la musique classique du QuĂ©bec, pour maintenir le lien entre les musiciens et leurs public. C’est une rĂ©ponse Ă  la crise sanitaire et aux contraintes du confinement gĂ©nĂ©ral imposĂ© qui a mis sous cloche tous les programmes artistiques destinĂ©s au public. Visionnaires et rĂ©actifs, les artistes quĂ©bĂ©cois Ă  travers l’initiative du Festival CLASSICA, premier festival de musique classique au QuĂ©bec (direction : Marc Boucher) peuvent dĂ©sormais poursuivent leur travail, et le public, suivre leurs musiciens prĂ©fĂ©rĂ©s. C’est ainsi une rĂ©ponse concrĂšte Ă  la situation asphyxiante qui s’est dĂ©veloppĂ©e depuis la mi mars 2020 en Europe puis en avril au Canada
 Ayant annulĂ© son Ă©dition 2020 (initialement annoncĂ©e du 29 mai au 21 juin 2020), le Festival CLASSICA propose sa plateforme comme une « expĂ©rience immersive et multisensorielle, en haute dĂ©finition, aux amateurs de musique classique : lieux rĂ©els, concerts virtuels  ; c’est une vĂ©ritable « vitrine de la musique classique » , dĂ©veloppĂ©e avec la firme quĂ©bĂ©coise de transformation numĂ©rique ellicom/LCI-LX.

MONETISATION et ACCES. Son accĂšs est Ă  des coĂ»ts raisonnables, voire nuls pour le simple dĂ©pĂŽt des contenus, aux artistes et aux organismes quĂ©bĂ©cois. C’est un outil de monĂ©tisation Ă©quitable pour gĂ©nĂ©rer de nouvelles sources de revenus pour les musiciens et les organismes de musique classique du QuĂ©bec, non seulement en temps de pandĂ©mie mais aussi en temps normal.

A l’initiative du Festival CLASSICA,

Le Concert Bleu,
la nouvelle vitrine culturelle et musicale du Québec

 

 

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BICENTENAIRE FLAUBERT 1821 – 2021 : Flaubert Ă  l’opĂ©ra

BICENTENAIRE FLAUBERT : 1821 – 2021. Le 12 dĂ©cembre 2021 marquera le bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert. Une annĂ©e souhaitons le riche en initiatives, Ă©vĂ©nements et cĂ©lĂ©brations. CLASSIQUENEWS s’interroge sur les Ɠuvres de l’écrivain portĂ©es sur la scĂšne lyrique.

FLAUBERT 2021 : l'opĂ©ra, le goĂ»t musical de GustaveLe solitaire de Croisset, Gustave Flaubert (1821 – 1880), dans sa Normandie prĂ©servĂ©e sut se retirer au vert pour ne s’adonner qu’à sa seule passion terrestre : l’écriture. Pour lui seul importe la vĂ©ritĂ© servie par une forme esthĂ©tique qui se rĂ©vĂšle dans la beautĂ© du style. La haine de la platitude, il la doit Ă  son admiration pour Chateaubriand dont il admire les Ă©lans de l’extravagance et les vertiges lyriques de la pensĂ©e critique. Bien que de contexture fragile – il n’a que 22 ans, en octobre 1843, lorsque la maladie nerveuse le terrasse, Gustave sait nĂ©anmoins se conserver et mĂȘme voyager. Au retour d’un sĂ©jour en Egypte, il se consacre corps et Ăąme pendant 53 mois, Ă  la conception d’un roman rĂ©aliste, Madame Bovary, inspirĂ© d’un fait rĂ©el – comme Berg et son Wozzek ; le texte publiĂ© en 1857, aprĂšs un procĂšs retentissant dont il sort vainqueur, le rend brusquement cĂ©lĂšbre. Le bal chez le marquis de la Vaubyessard concentre alors tous les Ă©garements fantasques d’une petite provinciale, Ă©levĂ©e Ă  la ferme, qui se rĂȘve princesse et vit comme une Ă©lue mĂ©connue qui attend son chevalier servant
 Le bovarysme est nĂ© : dĂ©nonçant les ravages des illusions inconscientes dans l’esprit des ĂȘtres trop fantasques.

EMMA Ă  l’opĂ©ra… Flaubert aime l’opĂ©ra, du moins en a t-il mesurĂ© tous les enjeux sociaux et littĂ©raires, puisant dans ce spectacle humain, salle et scĂšne, – comme avant lui Balzac, les ressources utiles pour Ă©voquer ce thĂ©Ăątre des passions rĂ©aliste qui l’intĂ©resse. Ainsi, pour approfondir encore le portrait de son hĂ©roĂŻne romantique et fantasque, Flaubert dĂ©crit Emma Bovary Ă  l’OpĂ©ra de Rouen pour une reprĂ©sentation de Lucia di Lammermoor. Deux figures fĂ©minines romantiques et tragiques
 qui finissent par mourir : le parallĂšle est Ă©videmment Ă©loquent et la frontiĂšre illusion thĂ©Ăątrale et vie rĂ©elle, tĂ©nue.

Puis le voyage en Tunisie (1858) prĂ©pare Ă  la composition de SalammbĂŽ, fresque colorĂ©e voire saturĂ©e, au rĂ©alisme archĂ©ologique; dĂ©diĂ©e Ă  un Ă©pisode guerrier et mystique de l’AntiquitĂ© carthaginoise. Dans les jardins d’Hamilcar Barca, les mercenaires qui attendent leur solde, voit, sidĂ©rĂ©s, la belle prĂȘtresse SalammbĂŽ, corps Ă©rotique pourtant dĂ©volue au culte de Tanit / AstartĂ©, l’Aphrodite orientale
 C’est l’un d’entre eux qui sĂ©duira la belle vierge dont l’esprit ainsi rĂ©vĂ©lĂ© ne se remettra pas aprĂšs l’éxĂ©cution de son aimĂ© : elle meurt Ă©vanouie Ă  la fin du drame. Le roman Ă©ditĂ© en 1862 n’a pas le succĂšs escomptĂ©, certes somptueusement Ă©crit, fouillĂ© dans ses Ă©vocations antiques mais trop lourd et statique.
A l’inverse, un autre sommet de la littĂ©rature française Trois contes (1877) dont fait partie Un cƓur simple et surtout Herodias, nouvelle Ă©vocation d’un Orient saturĂ©e de couleurs Ă©rotiques, marque les esprits et la critique pour la beautĂ© et le travail du style. Dans la lignĂ©e d’un Balzac, analyste de la nature humaine, avant Zola et les naturalistes qui le considĂšrent comme un modĂšle, Flaubert a cette obsession de l’exactitude documentaire, scintillement de dĂ©tails saisissants d’acuitĂ© poĂ©tique, qui Ă©maillent son rĂ©cit et lui apportent le relief et le mordant de la vie elle-mĂȘme. Mais nature sceptique voire fataliste sur la nature humaine et sa vanitĂ© essentielle, Flaubert aime Ă  dĂ©crire les illusions et fantasmes de ses hĂ©ros pour mieux les railler. Tel est le pessimisme fondamental de l’ermite de Croisset. Pour autant, son Ă©criture a ouvert les portes d’un imaginaire littĂ©raire inĂ©dit dont la puissance Ă©vocatrice, jusqu’à la musicalitĂ© propre, suscite l’admiration.

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Les textes de Flaubert mis en musique Ă  l’opĂ©ra. Deux figures orientales traitĂ©es par l’écrivain (HĂ©rodias, SalammbĂŽ) ont inspirĂ© les compositeurs Ă  l’opĂ©ra : Massenet, Reyer, Strauss


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HERODIAS

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salome_titien_tiziano_salome_5-Salome-1512-Tiziano-TitianHĂ©rodias : devenue HĂ©rodiade chez Jules Massenet (1881). Le compositeur brosse le portrait d’HĂ©rodiade, Ă©pouse ambitieuse du TĂ©trarque HĂ©rode qu’elle manipule en sacrifiant sa propre fille SalomĂ© ; la danse Ă©rotique de la jeune fille envoĂ»te le pervers qui consent Ă  exĂ©cuter celui que SalomĂ© a dĂ©noncĂ© : le prophĂšte Jokanaan. Ainsi se venge la mĂšre HĂ©rodiade, furieuse que ce mĂȘme Jokanaan l’ait critiquĂ© ouvertement, invectivant ses turpitudes et son esprit malĂ©fique
 (Jean la traite de « Jezabel » , l’étrangĂšre vicieuse et malfaisante). Contrairement Ă  la SalomĂ© de Strauss / Wilde qui s’intĂ©ressent surtout au profil sensuel de la jeune femme, Ă  son corps provoquant, l’ouvrage de Massenet prĂ©fĂšre le profil plus mĂ»r et rĂ©flĂ©chi d’une amoureuse, Ă©prise de Jean / Jokanaan : pour le prophĂšte, elle donne sa vie, implore sa mĂšre de gracier son aimĂ© ; puis dĂ©jouant les manipulations d’HĂ©rodiade, SalomĂ© est prĂȘte Ă  tuer sa propre mĂšre. En rĂ©alitĂ© elle se suicide en fin d’ouvrage, pour rejoindre Jokanaan.

Du mĂȘme texte de Flaubert, Oscar Wilde fait une piĂšce de thĂ©Ăątre (1891), intitulĂ©e SalomĂ© que Richard Strauss en 1905 adapte pour la scĂšne lyrique avec l’immense rĂ©ussite que l’on sait. La danse des 7 voiles, point d’orgue symphonique du drame (oĂč se concentre le dĂ©sir du tĂ©trarque et la lascivitĂ© innocente du corps pubĂšre et dansant), de mĂȘme que la scĂšne finale oĂč SalomĂ© baise la bouche de Jokanaan dĂ©capitĂ© avant d’ĂȘtre elle-mĂȘme Ă©touffĂ©e par les boucliers des soldats horrifiĂ©s
 restent deux Ă©pisodes parmi les plus marquants de toute expĂ©rience lyrique.

Production de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, 2018 : Pichon / Ossonce
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-saint-etienne-le-18-nov-2018-massenet-herodiade-elodie-hache-ossonce-pichon/

Production de l’OpĂ©ra de Marseille, mars 2018 : Pichon / Vanoosten
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-marseille-opera-le-23-mars-2018-massenet-herodiade-1881-v-vanoosten-j-l-pichon/

LIRE aussi HĂ©rodiade de Massenet
https://www.classiquenews.com/confinement-opera-chez-soi-ballets-a-la-maison-concerts-en-direct/

 

 

 

 

 

SALAMMBÔ

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rosa-caron-salambo-bonnat-1896-dossier-opera-classiquenews-opera-concert-classiquenewsErnest Reyer (marseillais nĂ© en 1823) adapte en 1890, SalammbĂŽ de Flaubert. L’opĂ©ra est un ouvrage riche et spectaculaire, proche de sa Sigurd (1885), autre Ă©vocation lĂ©gendaire, elle nĂ©owagnĂ©rienne, mais inspirĂ©e des lĂ©gendes scandinaves que vĂ©nĂ©rera dĂšs sa crĂ©ation le peintre Degas, familier du Palais Garnier Ă  Paris. C’est Camille du Locle, librettiste chevronnĂ© de Don carlos puis d’Aida de Verdi, qui adapte Flaubert pour Reyer. SalammbĂŽ est ainsi crĂ©Ă© Ă  Bruxelles en 1890. Le musicien formĂ© entre autres par sa tante, -l’excellente pianiste et compositrice, Louise Farrenc-, s’illustre d’abord en mettant en musique plusieurs textes de ThĂ©ophile Gautier (dont la Symphonie Le SĂ©lam ou le ballet SacountalĂą de 1858
). Avec SalammbĂŽ, Reyer retrouve et rĂ©alise ses aspirations musicales pour le rĂȘve et l’exotisme: un orientalisme de plus en plus prononcĂ© (Sacountala est d’inspiration hindoue, et son premier succĂšs lyrique, La statue de 1861, prend prĂ©texte des Mille et une nuits) qui porte son inspiration la plus rĂ©ussie. Illustration : Rose Caron dans le rĂŽle de SalammbĂŽ de Reyer, portrait de Bonnat, 1896 (DR).

Le chantier
Du reste, tous les commentaires louent la science des mĂ©lodies originales, un refus de toute complaisance et lieux communs, des harmonies “fraĂźches”, l’orchestration Ă  la fois savante et personnelle. A l’origine de SalammbĂŽ, auquel Reyer pense dĂšs 1864, Flaubert accepte une mise en musique, mais il songe d’abord Ă  Verdi, dans une adaptation de ThĂ©ophile Gautier
 Ce dernier meurt en 1872,
 sans avoir rien Ă©crit. Flaubert se tourne alors vers Catulle MendĂšs. Heureusement, Reyer reprend la main et suggĂšre Ă  Flaubert, Camille du Locle : l’auteur de SalammbĂŽ accepte. Le chantier peut donc commencer. Il sera encore interrompu quand meurt Flaubert en 1880, laissant un temps, Reyer, comme dĂ©muni. Mais les Ă©lĂ©ments du drame lyrique se prĂ©cisent. Ils modifient par exemple la mort de SalammbĂŽ, laquelle se poignarde (alors que dans l’ouvrage originel, la jeune femme meurt Ă©vanouie, Ă  la vue du coeur arrachĂ© de son amant, MathĂŽ).
Au final la partition laisse toute la place Ă  l’hĂ©roĂŻne, offrant Ă  la crĂ©atrice du rĂŽle, Ă  Bruxelles, Rose Caron, une incarnation spectaculaire, mĂȘme si Reyer fusionne solos et rĂ©citatifs en un flux continu: pas d’airs isolĂ©s, ni de scĂšne fermĂ©es. Grand admirateur de Berlioz et aussi de Gluck, Reyer soigne la lisibilitĂ© du chant dĂ©clamĂ© auquel il associe un orchestre somptueux, d’un dramatisme efficace. C’est un tissu Ă  la couleur permanente qui produit ce que les critiques de l’époque n’ont pas manquĂ© de relever: mysticisme, rĂȘverie, climat d’extase et de ravissement
 Au centre de la partition, point culminant de l’orientalisme rĂȘvĂ© par Reyer, les rituels lunaires de l’acte II, oĂč la prĂȘtresse plus langoureuse que jamais, cĂ©lĂšbre Tanit, oĂč paraĂźt MathĂŽ (venu dĂ©robĂ© le ZaĂŻmph, voile sacrĂ© de la dĂ©esse) que SalammbĂŽ, saisie, comme envoĂ»tĂ©e, prend pour un dieu soudainement rĂ©vĂ©lé  En lire plus : dossier SalammbĂŽ de Reyer
https://www.classiquenews.com/ernest-reyer-1823-1909-salammb-1890marseille-opra-du-27-septembre-au-5-octobre-2008/

LIRE aussi notre compte rendu de SalammbĂŽ de Reyer Ă  l’OpĂ©ra de Marseille, octobre 2008 :
https://www.classiquenews.com/marseille-opra-le-5-octobre-2008-ernest-reyer-salammb/

PARIS : récital de Sumi JO

JO-SUMI-recital-concert-critique-classiquenewsPARIS, TCE. Sumi JO, le 8 dĂ©c 2020. Sumi Jo est l’ancienne Ă©lĂšve en Italie de Carlo Bergonzi (au dĂ©but des annĂ©es 1980), le tĂ©nor lĂ©gendaire qui chanta avec le style et l’élĂ©gance que l’on sait le poĂšte Rodolfo de La BohĂšme de Puccini. AprĂšs avoir chantĂ© Gilda de Rigoletto de Verdi (1986), Karajan, touchĂ© par la fragilitĂ© ineffable de son timbre Ă©lĂ©giaque, ne tarde pas Ă  inviter la soprano dĂšs 1988 pour Mozart et aussi Oscar dans Un Bal MasquĂ© de Verdi. LancĂ©e sur la scĂšne lyrique, la soprano coloratoure incarne Lucia, Zerbinette, Fiorilla, Amina, Elvira
 reine du bel canto de Bellini Ă  Verdi, de Strauss Ă  Mozart. De ce dernier, Sumi Jo a chantĂ© la reine de la nuit dans tous les thĂ©Ăątres du monde. Pour nous Sumi Jo aura marquĂ© le personnage d’Olympia sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, ce chant Ă©perdu, ivre de la poupĂ©e mĂ©canique au timbre de diamant…

Le concert au TCE Ă  Paris organisĂ©e par l’association Echos de la CorĂ©e (fondĂ©e en 2003) souhaite souligner et encourager les relations culturelles entre CorĂ©e et France. C’est le 13Ăš concert favorisant ainsi l’amitiĂ© franco-corĂ©enne. Perles de ce rĂ©cital lyrique, Sumi Jo chante plusieurs joyaux de l’opĂ©ra français romantique (de Juliette de Gounod Ă  Thais de Massenet) et profite de la prĂ©sence du bayrton rossinien Florian Sempey (qui s’est imposĂ© sur la scĂšne lyrique dans le rĂŽle de Figaro) ; les deux solistes chantent ensemble entre autres, dans le duo ciselĂ© par Offenbach : « Belle nuit, o nuit d’amour »  du miel pour les amateurs d’opĂ©ra et tous les mĂ©lomanes


 

 

 

 

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PARIS, TCE
RĂ©cital Sumi Jo, soprano
Avec Florian Sempey, baryton
Jeff Cohen, piano
Mardi 8 décembre 2020, 20h
RESERVEZ VOTRE PLACE

RĂ©servation: theatrechampselysees.fr
Par téléphone: 01 49 52 50 50
Tarif : de 75€ à 5€
Contactez aussi : echosdelacoree2018@gmail.com
TĂ©l : 0679975845 (Mia LEE DERVOUT)

 

 

 

 

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Programme

 

 

1Ăšre partie
Sumi Jo + Sempey / Rossini / Pronta Io son ( Il barbiere di Siviglia)
Sempey / Rossini / Largo al factotum ( Il barbiere di Siviglia)
Sumi Jo / Dell’Acqua / Villanelle
Sumi Jo / Gounod / Je veux vivre (Romeo et Juliette)
Sempey / Gounod / Mab, la reine des mensonges (Romeo et Juliette)
Cohen / Massenet Saint-Saëns / La mort de Thais
Sumi Jo + Sempey / Massenet / C’est toi mon pĂšre ( Thais)

 

 

 

2 Ăšme partie

Donizetti / Ah, mes amis ( La Fille du régiment)
Sumi Jo / Donizetti / Il faut partir (La Fille du Regiment )
Sumi Jo + Lee / Korean folksong / Arirang
Sempey / Donizetti / Bella siccome un angelo (Don Pasquale)
Sumi Jo + Sempey / Offenbach / Belle Nuit o Nuit d’amour (Les Contes d’Hoffmann)
Sumi Jo / Lecocq / O Paris, gai séjour de plaisir ( Le cent vierges)
Lehar / Heure exquise (La Veuve Joyeuse)

 

 

 

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CD événement, critique. VICTORIA : Officium defunctorum (La Grande Chapelle, Albert Recasens, 2 cd Lauda)

VICTORIA requiem defunctorum la grande chapelle alber recasens critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews hiver 2020CD Ă©vĂ©nement, critique. VICTORIA : Officium defunctorum (La Grande Chapelle, Albert Recasens, 2 cd Lauda). L’Officium defunctorum de TomĂĄs Luis de Victoria est le chant du cygne d’un auteur profondĂ©ment original qui Ă  l’opposĂ© d’un Palestrina et ses perfections classiques romaines, atteint par son Ă©criture ascensionnelle et imprĂ©visible, Ă  ce premier romantisme, sublimĂ© alors Ă  la fin de la Renaissance et en ce dĂ©but du XVIIĂš oĂč se construisent les compositions baroque d’un Rubens, aprĂšs le rĂ©alisme mystique du Caravage (d’ailleurs le visuel de couverture de ce double coffret est d’un peintre caravagesque : fine et opportune rĂ©fĂ©rence). ApĂŽtre de visions mystiques inclassables en rĂ©alitĂ©, TomĂĄs Luis de Victoria (1548 – 1611), tĂ©moin mĂ»r de l’humanisme caravagesque, interroge les limites de la foi confrontĂ©e aux vanitĂ©s du monde qu’incarne la matiĂšre pĂ©rissable des souverains espagnols. Ce regard Ă  la fois lucide et poĂ©tique sur la fragilitĂ© de la condition terrestre concentre la question d’une Ă©poque traversĂ©e d’épreuves et de menaces (les turcs aux portes de l’Europe provoquent la ChrĂ©tientĂ© occidentale). Outre la justesse du geste interprĂ©tatif, la rĂ©alisation est Ă©ditorialement exemplaire et apporte une nouvel Ă©clairage sur ce decorum funĂšbre, Ă  la fois spectaculaire et introspectif propre au dĂ©but du XVIIĂš en Espagne.

 

 

LumiĂšre funĂšbre

La Grande Chapelle dévoile la ferveur inclassable de Victoria

 

 

victoria tomas luis polyphonie 1603 Officium defunctorum critique dossier concert classiquenewsEntre Rome et Madrid, le compositeur d’Avila signe une partition particuliĂšrement prenante qui est liĂ©e Ă  la dynastie des Habsbourg d’Espagne, flamboyants et misĂ©rables, expressifs et austĂšres, Philippe II et Philippe III, successeurs de Charles Quint qui pourtant maĂźtre de l’Univers, sut renoncer Ă  toutes les gloires terrestres. Grandeur et dĂ©cadence, arrogance et vanité  PubliĂ©e en 1605, la partition est composĂ©e Ă  Madrid en 1603 et dĂ©diĂ©e aux rites funĂ©raires honorant la dĂ©pouille de l’épouse de Maximilien II et sƓur de Philippe II, Marie d’Autriche. FidĂšle Ă  son travail de restauration philologique, les chanteurs de La Grande Chapelle et leur directeur musical Albert Recasens rĂ©tablissent les justes proportions d’une Ɠuvre Ă  l’image de la dĂ©votion madrilĂšne impĂ©riale : fastueuse, solennelle, fervente, dĂ©chirante
 La mise en contexte liturgique et le respect des effectifs originaux bĂ©nĂ©ficient  du concours additionnel de Schola Antiqua / Juan Carlos Asensio.  Le portique choral est ainsi inscrit dans le dĂ©roulement des deux journĂ©es de dĂ©ploration ritualisĂ©e : la veillĂ©e de la dĂ©funte (Vigiliae defunctorum, en premiĂšre mondiale), puis la messe proprement dite qui conclut la sĂ©quence avec le rite de l’absolution. Le chant lacrymal du Requiem s’accompagne du plain chant rĂ©tabli dans le style d’époque et des responsories et psaumes Ă©crits par Victoria lui-mĂȘme.
Nous avions en 2019 au Festival Musique et MĂ©moire put mesurer la qualitĂ© de l’écriture victorienne grĂące au chant tout en nuances et clartĂ© de Vox Luminis, interprĂštes tout aussi calibrĂ© pour exprimer les Ă©lans et les vertiges du Requiem de Victoria : LIRE notre compte rendu du Requiem de Victoria par Vox Luminis, Festival Musique et MĂ©moire, Vosges du Sud, juillet 2019.
«   Mais c’est davantage qu’une reprĂ©sentation abstraite et plus qu’une opĂ©ration de lĂ©vitation, car Vox Luminis par la rondeur de la sonoritĂ© collective, la maĂźtrise des nuances, expriment aussi la tendresse d’un Ă©tat de bien-ĂȘtre inouĂŻ. L’ensemble Ă  l’articulation enveloppante et pourtant aussi dĂ©taillĂ©e, plus intelligible que certains anglais, rĂ©vĂšlent la force poĂ©tique des textes, entre imploration et tendresse, comme l’impressionnante architecture de la partition, de l’ombre et son mystĂšre, Ă  la lumiĂšre des hauteurs rĂ©vĂ©lĂ©es  » Ă©crivait alors Alexandre Pham.

http://www.classiquenews.com/critique-concert-grandvillars-eglise-saint-martin-le-20-juillet-2019-tomas-luis-de-victoria-1548-1611-requiem-officium-defunctorum-vox-luminis/

CLIC_macaron_2014MĂȘme sublime expĂ©rience avec les chanteurs de La Grande Chapelle. La mort est un passage, une Ă©lĂ©vation puis comme en lĂ©vitation, l’enveloppe qui porte l’ñme, s’absout dans l’éternitĂ© d’un Ă©ther idĂ©al que tisse la musique elle mĂȘme. Tout cela s’entend dans la piĂ©tĂ© recueillie et les aspĂ©ritĂ©s expressives de la musique victorienne. GrĂące Ă  l’inspiration des musiciens, la mort accomplit la mĂ©tamorphose ultime ; la musique opĂšre cette sublimation immatĂ©rielle qui laisse entrevoir la lumiĂšre du paradis. Telle est l’offrande de Victoria sur cette terre : nous permettre d’écouter et de visionner cet audelĂ  tissĂ© de mystĂšre, d’inconnu, et d’accomplissement. Gravure majeure. CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020.

 

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. VICTORIA : Officium defunctorum (La Grande Chapelle, Albert Recasens, 2 cd Lauda) – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

LIVRE événement, critique. François Porcile : BRITTEN (Bleu Nuit éditeur)

BRITTEN Benjamin Francois PORCILE Bleu nuit Ă©diteur critique livre classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. François Porcile : BRITTEN (Bleu Nuit Ă©diteur). La biographie de François Porcile rĂ©capitule les Ă©vĂ©nements marquants de la vie du compositeur britannique Benjamin Britten (1913 – 1976), nĂ© devant la mer du Nord, soit « la mer d’Allemagne », un milieu qui s’avĂšre fĂ©cond pour lui, comme en tĂ©moignent les opĂ©ras marins, Peter Grimes qui le rĂ©vĂ©la, ou Billy Budd, d’abord boudĂ© par un public refroidi mais depuis quelques annĂ©es, rĂ©estimĂ©, Ă  juste titre. Le collĂ©gien se montre particuliĂšrement inspirĂ© (dĂ©jĂ  une centaine d’oeuvres Ă  14 ans !) ; puis l’apprentissage chez Frank bridge (1928-1930) ; 
 tout indique trĂšs vite une pensĂ©e musicale qui s’interroge sur le sens de la forme, l’efficacitĂ© et la synthĂšse, loin des effluves « boursouflĂ©es et soporifiques » du victorien Elgar
 Britten apprend ce souci du dĂ©veloppement musical Ă  l’école du cinĂ©ma et du documentaire, quand il travaille pour le GPO Film Unit de 1935 Ă  1939, Ă©pisode souvent nĂ©gligĂ©.
En couple avec le tĂ©nor Peter Pears, rencontrĂ© en 1937 et dont le timbre lui rappelait Ă©trangement celui de sa mĂšre, Britten collectionne les Ă©preuves et les expĂ©riences dont l’exil aux USA de 1939 Ă  1942 ; Ă  son retour en Grande-Bretagne, le compositeur n’est plus le mĂȘme : il se consacre presque exclusivement Ă  l’opĂ©ra.

 

 

« Great Britten »
Benjamin Britten : le plus important compositeur britannique depuis Purcell

 

 

benjamin_britten_vieuxA partir de Peter Grimes (crĂ©Ă© en juin 1945 au Sadler’s Wells), triomphe unanime et rĂ©vĂ©lation de son gĂ©nie lyrique, il enchaĂźne les ouvrages dramatiques avec plus ou moins de succĂšs : The Rape of Lucretia / Le viol de LucrĂšce qui exprime un essai rĂ©ussi dans une forme renouvelĂ©e et chambriste ; ce questionnement profond, viscĂ©ral sur la forme lyrique est Ă©troitement liĂ© Ă  la crĂ©ation de l’EOG English Opera Group (automne 1946), source d’expĂ©rimentation et de rĂ©alisation dirigĂ©e par Britten et ses « fidĂšles », Eric Crozier (dont l’épouse, Nancy Evans chanta Lucretia) et John Piper. En dĂ©coule, l’opĂ©ra toujours mĂ©sestimĂ© Albert Herring, puis Billy Budd (four retentissant) auquel succĂšde l’opĂ©ra commande officiel pour le couronnement d’Elisabeth II, Gloriana (1953) , froidement accueilli; enfin s’accomplit un nouveau miracle : Le Tour d’écrou (La Fenice, 1954) d’aprĂšs Henry James (adaptation du roman en 16 scĂšnes par Myfanwy Piper), nouveau triomphe absolu, un ouvrage de « rĂ©paration » (auquel le chapitre XI est dĂ©diĂ©) ; les derniĂšres annĂ©es occupent le compositeur Ă  son testament musical, sorte d’autobiographie : Mort Ă  Venise d’aprĂšs Thomas Mann, « l’opĂ©ra malĂ©fique » selon le mot de Peter Pears, de fait, une partition qui est marquĂ©e par l’affaiblissement singulier de l’auteur, hospitalisĂ© pendant la composition (dĂ©but 1973). Le texte dresse un portrait Ă©difiant et plutĂŽt lumineux de Britten, compositeur pour le moins aussi essentiel que Purcell dont il a arrangĂ© avec un gĂ©nie rare CLIC_macaron_2014Didon et EnĂ©e. Ouvert sur son Ă©poque, gĂ©nĂ©reux vis Ă  vis des musiciens populaires Ă  son Ă©poque (de Menuhin Ă  Rostropovitch
), de ses confrĂšres aussi dont certains le lui rendirent si peu, par jalousie, Britten est bien cette Ă©toile incontournable de l’histoire britannique, estimĂ© de son vivant (« Great Britten ») qui sut aussi au sein de son festival maritime d’Aldeburgh, encourager les opĂ©ras d’autres auteurs (Benett, Walton, Birtwistle
). Pianiste, chef d’orchestre, le compositeur mĂ©ritait assurĂ©ment ce texte biographique dĂ©sormais capital.

 

 

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. François Porcile : Benjamin Britten (Bleu Nuit Ă©diteur) – Collection horizons n°76 – 176 pages ; 20 x 14 cm ; brochĂ© – ISBN 978-2-35884-097-2. Parution : octobre 2020  -  CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020.

 

 

 

 

CD, critique. MONTECLAIR : JephtĂ© (Orfeo Orchestra, György Vashegyi – Budapest, mars 2019 – 2 cd Glossa)

jephte-monteclair-vashegyi-cd-glossa-clic-de-classiquenews-cd-critique-baroque-classiquenewsCD, critique. MONTECLAIR : JephtĂ© (Orfeo Orchestra, György Vashegyi – Budapest, mars 2019 – 2 cd Glossa). AprĂšs la gravure visionnaire de Christie, voici une nouvelle approche globalement trĂšs convaincante en provenance de Hongrie. La caractĂ©risation que sait rĂ©aliser l’excellent baryton Tassis Christoynnis dans le rĂŽle titre de JephtĂ© accrĂ©dite la haute valeur de cette lecture dont la direction du chef Gyorgy Vashegyi assure la grande rĂ©ussite orchestrale : architecturĂ©e mais aussi subtilement colorĂ©e, aux accents idĂ©alement maĂźtrisĂ©s. La riche parure instrumentale, les danses, les intermĂšdes, la puissance martiale et l’onirisme pastoral sont remarquablement restituĂ©s : structurĂ©s, d’une solide articulation (le chƓur n’est pas en reste, Ă  la fois dĂ©terminĂ© et prĂ©cis), mais aussi dĂ©taillĂ©s dans le sens d’une langueur nouvelle nostalgique.

 

 

 

György Vashegyi ressuscite le souffle et la majesté
d’un MontĂ©clair symphonique, prĂ©curseur de Rameau


 

 

 

Le chef d’Ɠuvre de MontĂ©clair, contemporain de Campra, et prĂ©curseur de Rameau, s’accomplit ici avec une aisance et une sĂ»retĂ© dĂ©lectable. CrĂ©Ă© en 1732, soit un avant le gĂ©nial et scandaleux Hippolyte de Rameau, JephtĂ© semble synthĂ©tiser toutes les possibilitĂ©s poĂ©tiques et expressives du genre tragĂ©die lyrique. JephtĂ© est un superbe emploi pour baryton, comme ce que Rameau Ă©crira pour le rĂŽle pilier de ThĂ©sĂ©e dans Hippolyte.
En rĂ©alitĂ© le manuscrit remonte aux annĂ©es 1720 et la valeur de cette lecture s’appuie sur la version de 1737, l’une des rĂ©centes reprises Ă  l’AcadĂ©mie, car comme les tragĂ©dies de Rameau, JephtĂ© ne cessa d’ĂȘtre jouĂ© tout au long du XVIIIĂš : il y a autant de majestĂ© solennelle propre au souffle versaillais de Louis XIV, de la dĂ©termination guerriĂšre, que de la suavitĂ© d’esprit pastoral, annonçant les heureux bocages ramĂ©liens (heureuse musette accompagnant Iphise au IV)
 L’écriture de MontĂ©clair est d’un grand Ă©quilibre, rĂ©pondant Ă  chaque accent et registre du genre. Ici Iphise, la fille sacrifiĂ©e de JephtĂ© est incarnĂ©e par la soprano Chantal Santon, certes la voix est assurĂ©e, le caractĂšre angĂ©lique et tendre, prĂ©sent. Mais la voix est trop vibrĂ©e et l’intelligibilitĂ©, absente. Idem pour l’Almasie de Judith V Wanroij, ailleurs princesse altiĂšre et hautaine, ici elle aussi inintelligible, au timbre acide, Ă  l’intonation lisse, sans guĂšre de nuances, dont le style ampoulĂ© et artificiel finit par agacer
 Thomas DoliĂ© reste engorgĂ©, serrĂ©, vibrĂ©, terne en PhinĂ©e : autre dĂ©ception d’une distribution globalement dĂ©sĂ©quilibrĂ©e.
Saluons en revanche l’excellent Zachary Wilder (Ammon) et la frĂȘle et sensible Katia Velletaz dont le timbre dĂ©licat exprime la tendresse irrĂ©sistible des bocages. Par son relief orchestral, pour le rĂŽle de JephtĂ© magnifiquement incarnĂ© dont T Christoyannis fait un ĂȘtre qui souffre, l’enregistrement de 2019 retient notre attention et mĂ©rite le meilleur accueil.

 

 

 

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CD, critique. MONTECLAIR : JephtĂ© (Orfeo Orchestra, György Vashegyi – EnregistrĂ© Ă  Budapest (Mupa, mars 2019 – Hongrie) – 2 cd Glossa.

 

 
 

 

CD critique. GUERRE et PAIX : WAR AND PEACE : 1614 – 1714 (2 cd Alia Vox)

war peace guerre et paix jordi savall alia vox 2015 cd critique classiquenewsCD critique. GUERRE et PAIX : WAR AND PEACE : 1614 – 1714 (2 cd Alia Vox) – Dans ce coffret de 2 cd enregistrĂ© en 2014 (pour le plus rĂ©centes sessions), Jordi Savall pointait du doigt un flĂ©au malheureusement et honteusement emblĂ©matique de l’histoire humaine : l’essor des guerres produisant atrocitĂ©s, barbaries, traumatismes chez les peuples qui en sont les victimes, des deux cĂŽtĂ©s, vainqueurs et vaincus. La Guerre de Trente Ans, jusqu’en 1648, marque la premiĂšre moitiĂ© du XVIIĂš, siĂšcle des guerres de religions (catholiques / protestants) auxquelles politiques en opportunistes cyniques apportent leur soutien selon leur intĂ©rĂȘt et leur volontĂ© de puissance. Les musiques de ce siĂšcle martyrisĂ©, et du suivant (XVIIIĂš) illustrent Ă  la fois la majestĂ© dĂ©risoire des grandes nations belliqueuses (dont la France Ă©videmment, puis les Habsbourg autrichiens comme espagnols) mais aussi la vanitĂ© et les misĂšres terrestres. Y rayonnent solennitĂ© et puissance de Biber (Missa Bruxellensis, Requiem) et Lully, musiques autant fastueuses que ferventes, auxquelles Marc Antoine Charpentier offre sa profondeur non moins Ă©clatante. Pourtant serviteur de la solennitĂ© française, Lully compose un remarquable Motet (concerto) pour la Paix ; une espĂ©rance prolongĂ©e par le Te Deum de Charpentier) et le Jubilate Deo de Handel ; ils sont les formes usuelles pour cĂ©lĂ©brer la fin d’une guerre en une action de grĂące collective et ouverte.
L’époque est celle des instruments, comme en tĂ©moigne le passage de la viole de gambe Ă  la famille des violons (Jenkins) ; la sĂ©lection des partitions ainsi opĂ©rĂ©e met en avant l’essor de la suite de danses, cycle purement musical oĂč les instruments ne suivent pas les accents et images d’un texte, uniquement les ressorts du rythme produisant architecture (superbe Chaconne de Muffat). Ainsi les nombreuses batailles signĂ©es Schiedt, Biber, surtout Kerll) : hymnes percutants en contrastes et surprises. Le col legno de Biber revĂȘt une coloration expressive inĂ©dite (Die Schlacht) qui saisit par son usage mesurĂ© et gĂ©nialement expressif.
Jordi Savall rappelle combien Louis XIII, digne pĂšre de son fils le Roi-Soleil et protecteur des artistes, sut dĂ©jĂ  en 1626, en instituant les fameux 24 violons du Roi (comme il fixera tout autant les 12 grands hautbois du Roi), impose un nouveau standard orchestral d’une densitĂ© inouĂŻe jusque lĂ  (Ă  4 et 5 parties).
Lully reprend le flambeau et rĂ©alise le passage du ballet de cour vers la tragĂ©die en musique : emblĂšme d’une France omnipotente, aussi martiale que raffinĂ©e, supplantant dĂ©sormais les prodiges de l’Italie. Le stile concertato est la rĂ©ponse italienne Ă  cette recherche permanente du contraste, adulĂ© par les luthĂ©riens heureux d’articuler ainsi avec accents la ferveur protestante (Siehe an die Werke Gottes de RosenmĂŒller).
CLIC D'OR macaron 200Racines et origines obligent, Jordi Savall Ă©voque le temps « bĂ©ni » oĂč Barcelone confirmait dĂ©jĂ  sa primautĂ© comme capitale artistique de la Catalogne, alors rĂ©sidence de la cour de l’Archiduc Charles (dĂšs 1705) et dont la crĂ©ation de l’opĂ©ra de Caldara « Il piu bel nome » tĂ©moigne en 1708, en pleine guerre de Succession d’Espagne
 l’ouvrage est d’autant plus significatif qu’il est premier opĂ©ra italien, de style napolitain, produit en Espagne. Du reste, l’éloquente et patriote fiertĂ© catalane s’exprime aussi dans plusieurs chansons restituĂ©es ici : El Cant dels Aucells, mĂ©lodie ancestrale adaptĂ©e alors pour l’arrivĂ©e de Charles justement en 1705 ; puis Catalunya, et Catalunya en altre temps ella sola es governava au titre sans ambiguĂŻtĂ© qui tĂ©moigne aussi d’un sentiment indĂ©pendantiste fort et nostalgique. Qu’il s’agisse de mĂ©lodies populaires ou de formes savantes, l’idĂ©al martial s’exprime entre noblesse, raffinement, dĂ©termination. L’engagement de Jordi Savall et ses musiciens est indiscutable. La grandeur comme le dĂ©nuement se cĂŽtoient et proche de l’ñme catalane ibĂ©rique, une certaine gravitĂ© fraternelle se prĂ©cise encore quand Savall exprime les tourments et aspirations de sa terre natale. Livre disque incontournable.

CD critique. GUERRE et PAIX : WAR AND PEACE : 1614 – 1714 (2 cd Alia Vox AVSA9908)
Jordi Savall, la Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations, HespĂšrion XXI
https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/guerre-paix-1614-1714/

CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)

deux-mezzos-sinon-rien-cd-concert-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-compte-rendu-annonce-KLARTHE-recordsCLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records) – Il revient ainsi Ă  Klarthe de fixer l’entente et la douce complicitĂ© de deux mezzos françaises particuliĂšrement bien associĂ©es. Le programme est Ă  la hauteur de la promesse : habilement Ă©quilibrĂ©, lieder de Brahms et de Mendelssohn auxquels rĂ©pondent plusieurs mĂ©lodies Ă©galement en duo, de Gounod, Saint-SaĂ«ns, FaurĂ©, Massenet
 parmi les moins connues et les plus Ă©vocatrices. Le jeu du compositeur et chef Johan Farjot apporte un tapis pianistique des plus articulĂ©s, opĂ©rant dans le registre que les deux voix dĂ©ploient sans peine : l’écoute complice, la complĂ©mentaritĂ© poĂ©tique.
En ouverture, les Quatre mĂ©lodies de Brahms sont abordĂ©es avec lĂ©gĂšretĂ©, un allant sans affectation dĂšs la premiĂšre (« Die Schwestern » / les sƓurs, titre bien choisi) une attention partagĂ©e dans l’écoute Ă  l’autre ; les deux voix de mezzos, proches et pourtant caractĂ©risĂ©es, interchangeables et distinctes, semblent exprimer la double face d’une mĂȘme intention : insouciance, introspection plus secrĂšte et intime pour le second lied – achevĂ© comme une interrogation (KlosterfrĂ€ulein) ; souple et presque sensuelle, « Phenomen » s’énonce comme une douce priĂšre, celle adressĂ©e Ă  un cƓur chenu qui peut encore aimer

Les amateurs de mĂ©lodies françaises seront ravis Ă  l’écoute des perles et joyaux qui suivent. Karine Deshayes dĂ©ploie sa soie flexible d’abord dans la premiĂšre sĂ©quence « D’un cƓur qui t’aime », timbre clair, aigus naturels et rayonnants auquel rĂ©pond le chant plus sombre de sa consƓur Delphine Haidan. Les deux fils vocaux tissant ensuite une tresse souple et Ă©quilibrĂ©e oĂč les deux timbres se rĂ©pondent et dialoguent sur le texte de Racine.
Les 3 oiseaux de Delibes se distingue par sa coupe prĂ©cise et sobre, son intensitĂ© tragique progressive, jusqu’à la derniĂšre strophe qui fixe une situation 
 perdue.
RĂ©vĂ©lateur d’un gĂ©nie opĂ©ratique et d’un raffinement supĂ©rieur, le cycle des deux mĂ©lodies de Saint-SaĂ«ns captivent tout autant : sur un rythme mi habanera / bolĂ©ro pour la premiĂšre (El Desdichado, – texte du librettiste Jules Barbier) et sur le sujet d’un cƓur pris dans les rĂȘts de l’amour cruel ; plus insouciante et presque fleurie, La Pastorale d’aprĂšs le texte de Destouches est d’un dĂ©licieux parfum nĂ©o baroque.
La premiĂšre des 3 mĂ©lodies de Massenet  « RĂȘvons c’est l’heure » (d’aprĂšs Paul Verlaine) charme comme un nocturne enivrĂ© et suspendu; la tendresse rayonne dans « Marine » cultivant un climat Ă©thĂ©rĂ©, murmurĂ©; enfin « Joie » s’électrise grĂące aux deux voix admirablement accordĂ©es.
L’une des plus longues mĂ©lodies : « Bienheureux le cƓur sincĂšre » de Gounod,  est une priĂšre ardente qui cĂ©lĂšbre Ă  la façon d’un cantique la justice divine et la bonheur des Justes
 Chausson diffuse son romantisme subtil et sombre d’une enivrante intĂ©rioritĂ© (sublime « La nuit ») ; quand FaurĂ© (« Puisqu’ici bas  ») sait exploiter toutes les nuances suaves des deux lignes vocales comme enlacĂ©es / torsadĂ©es. Le poids des mots, la nuance et l’équilibre des timbres, la caresse du piano font toute la valeur de ce programme dĂ©doublĂ© mais unitaire, original et cohĂ©rent. Un album qui est aussi dĂ©claration musicale car le duo « Deux mezzos sinon rien » entend Ă  prĂ©sent conquĂ©rir Ă  deux voix, scĂšnes et thĂ©Ăątres. On s’en rĂ©jouit. Prochain concert le 28 octobre au Bal Blomet (Paris)


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CD Ă©vĂ©nement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)  enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019  —  CLIC de classiquenews, automne 2020.

Johannes BRAHMS | 4 duos, opus 61
Charles GOUNOD | D’un coeur qui t’aime
LĂ©o DELIBES | Les 3 oiseaux
Camille SAINT-SAËNS | El Desdichado
Camille SAINT-SAËNS | Pastorale
Jules MASSENET | RĂȘvons, c’est l’heure
FĂ©lix MENDELSSOHN | 4 duos, opus 63
Jules MASSENET | 2 Duos, op 2
Charles GOUNOD | Bienheureux le coeur sincĂšre
Ernest CHAUSSON | La nuit – op 11, n°1
Gabriel FAURÉ | Pleurs d’or – op 72
Gabriel FAURÉ | Puisqu’ici bas toute Ăąme – op 10
Johannes BRAHMS | Die Meere – op 20, n°3

Karine Deshayes | Delphine Haidan
Johan Farjot, piano

VOIR toutes les infos sur le site du label KLARTHE records
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/deux-mezzos-sinon-rien-detail

 

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CONCERT
Karine Deshayes | Delphine Haidan
Quatuor Ardeo
le 28 octobre 2020 – 20h30
au Bal Blomet Ă  Paris

RĂ©servations
http://www.balblomet.fr/events/ardeo/

CD, critique. MOZART : Betulia LIberata (Talens Lyriques, 2 cd Aparte 2019)

Betulia-Liberata-mozart-talens-lyriquesCD, critique. MOZART : Betulia LIberata (Talens Lyriques, 2 cd Aparte 2019). Betulia liberata, K. 118 (1771), azione sacra ou drame sacrĂ©, est l’oeuvre d’un compositeur de 
 15 ans. Etonnante prĂ©cocitĂ© et maturitĂ© de Wolfgang, qui y approfondit dĂ©jĂ  une hypersensibilitĂ© Ă©motionnelle ; la langue est traversĂ© d’éclairs sturm und drang et de formules europĂ©ennes apprises dans l’esprit de Mannheim (arias fermĂ©s da capo empruntĂ©s Ă  l’opĂ©ra seria). La Betulia est Ă©crite pour le Prince d’Aragon Ă  Padoue, mais n’y fut probablement jamais donnĂ©e. Vivaldi avait dĂ©jĂ  traitĂ© le sujet de la juive Judith, dĂ©capitant le gĂ©nĂ©ral assyrien Holopherne afin de libĂ©rer BĂ©thulie. Les Talens Lyriques sculptent la matiĂšre dramatique de l’oratorio avec toute l’expressivitĂ© requise, et les solistes savent caractĂ©riser chaque profil du Livre de Judith (Ancien Testament) : le gouverneur Ozias, la noble Amital, et la voluptueuse Judith (convaincante Teresa Iervolino), visage exaltĂ©, passionnĂ© et bras armĂ©, victorieux des IsraĂ©lites contre l’Assyrien. Les instrumentistes Ă©clairent cette Ă©volution majeure dans l’écriture mozartienne qui propre aux annĂ©es 1770 « prĂ©classiques », rĂ©alisent les premiers opĂ©ras ciselĂ©s, menant d’ Ascanio in Alba (Milan, oct 1771) au dĂ©jĂ  romantique et trĂšs goĂ©thĂ©en Lucio Silla (mars 1774, contemporain des Souffrances du jeune Werther). A travers les types bibliques, Wolfgang devient Mozart, peintre unique du cƓur humain, vertiges et passions, mais ici fortement individualisĂ©s selon la capacitĂ© spĂ©cifique de chaque chanteur avec lequel il travaille et sait s’accorder. Lecture prenante qui s’appuie sur une distribution trĂšs homogĂšne et crĂ©dible. + d’infos sur le site des Talens Lyriques : https://www.lestalenslyriques.com/discographie/betulia-liberata/ – parution : 25 sept 2020.

Compte rendu, critique, opéra. SALZBOURG, le 1er août 2020. Strauss : Elektra. Welser- Möst / Warlikowski

Compte rendu, critique, opĂ©ra. SALZBOURG, le 1er aoĂ»t 2020. Strauss : Elektra. Welser- Möst / Warlikowski. Toute l’action se dĂ©roule au bord d’une piscine ; d’un saunatorium, Ă  l’écart du palais des Atrides. L’eau glacĂ©e de la vengeance : Pour Warlikowski, Elektra demeure la proie dĂ©passĂ©e, dĂ©bordĂ©e d’un trop plein de haine vengeresse : comment laver la souillure propagĂ©e par l’assassinat de son pĂšre Agamemnon ; crime commis par sa mĂšre Clytemnestre, aidĂ©e de son amant Egiste. Quand Elektra plonge sa main dans l’eau du bassin royal, le dĂ©sir de puretĂ© doit s’accomplir. QuĂȘte radicale, irrĂ©pressible, 


 
 

 
 

Volcan orchestral et lave vocale

Pour son centenaire, Salzbourg rĂ©ussit sa nouvelle production d’Elektra

 

 

Salzbourg 2020 : Somptueuse Elektra pour le centenaire

 

 

Eau pure contre sang versĂ©. L’idĂ©e est juste, mais pourquoi encore et toujours nous infliger un monologue parlĂ©, rĂ©citĂ© de Clytemnestre avant l’action lyrique ? Le metteur en scĂšne polonais dĂ©livre sans pudeur ses propres tourments obsessionnels quitte Ă  rompre le fil musical et tuer l’impact du chant lyrique. Strauss et Hofmannsthal (2 cofondateurs du Festival de Salzbourg en 1922) n’auraient certes pas apprĂ©ciĂ© cette incursion du thĂ©Ăątre parlĂ© (et surtout hurlĂ©) dans l’opĂ©ra, genre total qui se suffit Ă  lui-mĂȘme. D’autant que le thĂ©Ăątreux ajoute encore et toujours ses images vidĂ©os, censĂ©es expliciter les relations (incestueuses ou sadomaso) entre les personnages. Mais la vraie folle ici est bien la mĂšre (Clytemnestre) plutĂŽt que la fille
 De mĂȘme, Ă  la quasi fin de l’action, Warlikowski rĂ©pĂšte encore, insiste toujours, assĂšne jusqu’à l’écƓurement visuel (l’immense giclĂ©e de sang quand sont tuĂ©s Clytemnestre et Egiste puis la nuĂ©e de mouches volantes). Il est comme cela : trivial ; et volontiers redondant plagiant la musique qui elle est un volcan d’une force inouĂŻe.

Dans le premier quart d’heure, Elektra est raillĂ©e et diabolisĂ©e par les suivantes de la cour mycĂ©nienne. Sa haine affichĂ©e suscite l’ironie cynique des unes, la dĂ©testation d’une mĂšre aigre, quand seule sa soeur ChrysotĂ©mis admire sa loyautĂ© au pĂšre
 Puis seule Elektra exprime sa profonde solitude impuissante, l’impossibilitĂ© pourtant de laisser le meurtre de son pĂšre Agamemnon, impuni. « Agamemnon, pĂšre oĂč es-tu? ». La vision du sang versĂ© l’obsĂšde jusqu’à la folie : Ausrine Stundyte habite le personnage avec une clartĂ© qui foudroie, un chant hallucinĂ©, Ăąpre et tendu qui prend appui sur les vertiges et crispations d’un orchestre complice qui danse et trĂ©pigne, quand la fille enfin victorieuse s’imagine aprĂšs avoir tuĂ© la mĂšre vicieuse et sanguinaire, danser sur la tombe de son pĂšre vengĂ© (somptueuse plasticitĂ© des Wierner Philharmoniker et direction contrastĂ©e, dĂ©taillĂ©e, ardente de Franz Welser-Möst, lequel confirme ses affinitĂ©s straussiennes). Plus lĂ©gĂšre, ChrysotĂ©mis (parfaite Asmik Grigorian, plus insouciante, plus lĂ©gĂšre) parvient Ă  peine Ă  contenir la rage furieuse de sa soeur Electre : elle n’a pas sa force morale ni son courage. Car leur frĂšre Oreste, exilĂ©, se fait attendre
 Celui ci trouve dans le baryton Derek Welton, un chant aussi profond et pĂ©nĂ©trant, actif et vengeur que sa sƓur. C’est lui l’étranger (et pourtant de la maison) qui vengera le crime


La Clytemnestre, maladive insomniaque, supersitieuse mĂ©dicalisĂ©e, qui cauchemarde (Warlikowski montre tout cela avec un cynisme minutieux) affecte d’ĂȘtre victime
 de sa propre fille dont elle fait cette « ortie »rebutante, ingrate et barbare (honnĂȘte Tanja A. Baumgartner Ă  la vocalitĂ© fauve de louve qui se tortille). La mĂšre, adepte aux rites et aux magies sanglantes, est une charogne qui sait trop la force divine qui habite la juste Electre.
Tissu psychĂ©dĂ©lique, en tensions et convulsions psychologiques, l’Orchestre fait jaillir la sauvagerie des pulsions de chaque protagoniste, toutes les Ă©nergies qui les submergent ; il exprime les obsessions de la fille (le regard du pĂšre assassinĂ©) ; son dessein surtout : tuer sa mĂšre ; puis les obsessions de la mĂšre (son rĂȘve / cauchemar en charogne dont la moelle s’épuise : « je ne veux plus rĂȘver »)
 son besoin de faire saigner une nouvelle victime pour retrouver le sommeil. Ainsi dans cette version s’affirme comme un roc la claire dĂ©termination d’Elektra : elle rĂ©fute ce qu’on lui dit (quand ChysotĂ©mis annonce la mort d’Oreste, « Ă©crasĂ© par ses propres chevaux ») ; face Ă  sa mĂšre dont elle ne souhaite qu’une chose : sa mort. Et celle de son amant Egiste. Plus radicale face Ă  ChrysotĂ©mis qui lui rĂ©siste : Elektra n’accepte pas que sa sƓur refuse de tuer avec elle, les assassins de leur pĂšre : elle maudit ChrysotĂ©mis. A travers l’orchestre, l’écriture de Strauss offre l’étendard sonore et sanguinaire de la tragĂ©die grec antique. A coups d’archets nets et prĂ©cis, d’éclats mordants, le corps instrumental sculpte la matiĂšre incandescente

Quand paraĂźt Oreste
 surgit la sĂ©quence la plus bouleversante : le frĂšre et la soeur se reconnaissent ; deux dĂ©calĂ©s, solitaires qui s’ignorent d’abord puis comprennent que leur sort est lié  pour venger leur pĂšre. L’Orchestre dit alors toute la souffrance qui les submerge et les aimante ( Ă  1h20) : « Oreste, Oreste, Oreste ! Tout est calme »  fugace accalmie dans un torrent de barbarie familiale. Elektra exprime ce renoncement Ă  sa libertĂ© de femme car le destin de la vengeance doit consumer son ĂȘtre. TrĂšs juste et naturel, Derek Welton parfait, dans le texte, submergĂ© par son destin et la tragĂ©die qui le frappe comme sa sƓur.

Il y a dĂ©jĂ  dans les convulsions voluptueuses de l’Orchestre d’Elektra toute la charge vĂ©nĂ©neuse et chaotique de la danse de SalomĂ© Ă  venir. La fin pour Electre est sans ambiguĂŻtĂ© : elle est danse de mort et Oreste porte lui aussi le poids de son crime : apeurĂ© et fuyant Ă  la fin du drame, il erre comme un lion solitaire dans la nuit de la salle salzbourgeoise. Vocalement et orchestralement, la production est superbe. Le trio de la fratrie : Elektra, ChrysothĂ©mis, Oreste, trĂšs convaincant. VoilĂ  qui marque le centenaire du Festival autrichien, sa tĂ©nacitĂ© estivale malgrĂ© la crise sanitaire.

 

  

 
 

 
Photo © SF / Bernd Uhlig / Salzburg Festspiele 2020

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OPERA INTEGRAL EN REPLAY  jusqu’au 30 octobre 2020 sur Arte tv :
https://www.arte.tv/fr/videos/098928-000-A/elektra-de-richard-strauss/

TEASER ELEKTRA Salzbourg 2020
https://www.salzburgerfestspiele.at/en/p/elektra#&gid=1&pid=1

 

  

 
 

 

Livre événement, critique. ALEXANDRE BORODINE par André Lischke (Bleu Nuit éditeur)

BORODINE-andre-lischke-bio-bleu-nuit-editeur-critique-analyse-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement : BORODINE par AndrĂ© Lischke (Bleu Nuit Ă©diteur). Excellente bio dĂ©diĂ©e Ă  l’un des plus importants membres du « Groupe des Cinq », fondateur (avec ses pairs) de la musique symphonique russe, sans omettre la musique de chambre : Alexandre Borodine (1833 – 1887) a su mĂȘler en un Ă©quilibre puissant et solaire les trois influences majeures en Russie : l’identitĂ© slave, l’orientalisme, la musique occidentale, celle des germaniques Schumann et surtout dans son cas, Mendelssohn (comme l’atteste sa PremiĂšre Symphonie). Mort jeune, auteur lent et finalement rare, Borodine fut surtout un
 chimiste, reconnu dont l’activitĂ© comme compositeur devait s’accommoder d’une vie scientifique dĂ©jĂ  bien remplie et plutĂŽt prenante. Une partition symbolisme ce travail rĂ©alisĂ© par sĂ©quences : l’opĂ©ra Prince Igor dont une juste « reconstitution » attend toujours d’ĂȘtre produite sur scĂšne : allĂ©gĂ©e au plus juste dans les orchestrations de Rimsky et de Glazounov ; complĂ©tĂ©e aussi en rĂ©alisant enfin les volontĂ©s et les idĂ©es de l’auteur, mort en laissant un ouvrage inachevĂ© et qui souvent est reprĂ©sentĂ© sans respecter l’ordre originel des actes, tel que le souhaitait Borodine; l’homme est portraiturĂ© avec dĂ©tails : gĂ©nĂ©reux, attentif aux autres, pondĂ©rĂ©s ; mais un faux colosse en vĂ©ritĂ©, Ă  la santĂ© fragile dont cependant l’écriture cinĂ©matographique et structurellement bien charpentĂ©e (comme Sibelius) laisse un catalogue rĂ©duit mais dĂ©cisif. L’auteur comble bien des lacunes : la relation de Borodine et de Liszt (alors maĂźtre Ă  Weimar et particuliĂšrement admiratif de sa maniĂšre originale), sa conception de l’opĂ©ra et de l’écriture lyrique (des tableaux et des numĂ©ros plutĂŽt que le flux continu wagnĂ©rien), la protection de la comtesse Mercy-CLIC D'OR macaron 200Argenteau, la jalousie de son Ă©pouse Ekaterina (pianiste tuberculeuse Ă  la santĂ© tout aussi fragile), la place premiĂšre de son mentor Balakirev, l’appui du riche industriel Beliaev qui fonde le groupe Beliaev (dĂ©but des annĂ©es 1880), prolongeant d’une certaine façon la riche Ă©mulation du groupe des 5 en son temps
 Dans l’attente de la traduction en français du texte biographique majeur Ă©ditĂ© par Serge Dianin (mais en russe et traduit en anglais, 1963), la bio complĂšte Ă©ditĂ©e par Bleu Nuit Ă©diteur est un incontournable.

Livre Ă©vĂ©nement, critique. ALEXANDRE BORODINE par AndrĂ© Lischke (Bleu Nuit Ă©diteur, collection Horizons, Ă©dition rĂ©visĂ©e) – ISBN : 978 2 35884 095 8. Parution : mai 2020.

 

CD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017)

MILLER-luisa-marina-rebeka-opera-review-critique-classiquenews-luisa-millerCD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017) – Luisa Miller, opĂ©ra noir, opĂ©ra nocturne emporte les Ăąmes les plus pures dans la soie de la mort dont le tragique les sublime, tels RomĂ©o et Juliette. Pourtant l’ouvrage crĂ©Ă© Ă  Naples en dĂ©c 1849, n’a pas Ă©tĂ© inspirĂ© par Shakespeare mais par le tĂ©nĂ©breux Schiller (et son drame Ă  l’encre noir « Kabale und Liebe », de 1784) : Salvatore Cammarano dĂ©jĂ  employĂ© pour Alzira et La Bataille de Legnano, adapte pour Verdi, la tragĂ©die de Schiller. Rodolfo et Luisa incarnent deux ĂȘtres de lumiĂšre dans la fosse noire des manipulations et calculs les plus ineptes, ceux des 3 voix viriles : Miller, Walter, Wurm). DĂ©jĂ  dans le caractĂšre pur, angĂ©lique mais ardent presque incandescent de Luisa, brillent ce que seront aprĂšs elle les Leonora du TrouvĂšre, Gilda de Rigoletto et surtout Violetta de La Traviata : le superbe duo pĂšre / fille, Miller / Luisa de l’acte III (« Pallida, mesta sei! ») annonce ce que seront bientĂŽt les sublimes confrontations / effusions du pĂšre pour sa fille


MalgrĂ© des tempi par toujours trĂšs heureux, souvent trop ralentis, le chef caractĂ©rise la partition orchestrale des couleurs, bois et vents, d’une ivresse suave rĂ©jouissante (le MĂŒnchner Rundfunkorchester est un bon orchestre en fosse). Dans le cast, brille le tempĂ©rament Ă©perdu, lumineux de la Luisa de Marina Rebeka, gemme rayonnant, Ă  la fois intense et d’une finesse d’intonation trĂšs touchante : son medium corsĂ© donne une chair vĂ©ritablement tragique au personnage que ses consoeurs fragilisent sans nuances : on comprend bien que cette apparente « dureté » de la voix agaceront les plus pointilleux ; mais cette Luisa ne manque ni de fiĂšvre ni de passion. Ses partenaires n’ont guĂšre de dĂ©fauts, Ă  commencer par le pĂšre George Petean (baryton verdien proche de l’idĂ©al : tendre, sobre, phrasĂ©), et dans une moindre mesure l’amant fidĂšle Ivan MagrĂ­ (Rodolfo, Ă  la ligne souvent instable et parfois forcĂ©e), tandis que Ante Jerkunica trouve la couleur diabolique de l’infect Wurm. Voici qui confirme la justesse dramatique de la diva Marina Rebeka, voix puissante et ciselĂ©e, vrai tempĂ©rament expressif et tragique, d’une idĂ©ale vibration dans les opĂ©ras verdiens.

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CD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017)   –   Marina Rebeka (Luisa), Georg Petean (Miller), Corinna Scheurle (Laura), Judit Kutasi (Federica), Ivan Magri (Rodolfo), Bernhardt Schneider (Un paysan), Marko Mimica (Walter), Ante Jerkunica (Wurm), MĂŒnchner Rundfunkorchester, ChƓur de la Radio bavaroise / Ivan Repusic, direction (live, 2017).CD BR Klassic 900323.

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RADIO. SĂ©lection de la rentrĂ©e 2020 – sĂ©lection jusqu’au 10 janvier 2021

CONFINEMENT : quels spectacles et concerts ne pas manquer ?RADIO. Sélection de la rentrée 2020
 Classiquenews sélectionne ici les programmes à ne pas manquer sur les ondes. Opéras, concerts symphoniques, plateaux éclectiques, retrouvez ci dessous les programmes incontournables à écouter dÚs la rentrée 2020 et bien aprÚs
 Y figurent plusieurs concerts enregistrés en huis clos, dans un dispositif adapté au nouveau confinement imposé depuis le 29 octobre 2020.

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décembre 2020

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Dimanche 6 décembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : Orchestre national en rĂ©gion Hauts-de-France – Arie van Beek, direction.
Melody Louledjian, soprano
MAHLER, Symphonie n°4 en sol majeur

 

 

Samedi 5 décembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : Orchestre National Montpellier Occitanie
Karen Kamenseh, dir
Elza van den Heever, soprano
PEPIN Camille, Laniakea
WAGNER R, Wesendonck Lieder
STRAUSS R, Intermezzo-4 interludes symphoniques
WAGNER R, Tristan et Isolde -Prélude et Liebestod pour orchestre

 

 

 

novembre 2020

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Dimanche 29 novembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : Concert OphĂ©lie Gaillard, violoncelle / Un violoncelle Ă  l’opĂ©ra

 

p style=”text-align: right;”> Samedi 28 novembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : Concert de l’Orchestre de Paris
Enregistrement en huis clos. STRAUSS : Quatre derniers lieder / Vier Lietzer lieder
BRAHMS : Symphonie n°4
Orchestre de Paris / Simone Young, direction

 

p style=”text-align: right;”> Dimanche 22 novembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : BRUCKNER, Symphonie n°4 “Romantique” – Philharmonique de Munich, Valery Gergiev, direction.
Arhives de l’Orchestre Philharmonique de Munich,dir. Z.Mehta, S.Celibidache (Concerto piano n° 2 de Brahms avec D.Barenboim), J.Levine, E.Jochum (Lied de Reger, avec C.Ludwig)

 

p style=”text-align: right;”> Samedi 21 novembre 2020 / RADIO CLASSIQUE
21h : W.A. Mozart, Sonate K 304 – R. Strauss Sonate op. 18
WE Korngold : garden scene de la suite “much do about nothing”

 

 

 

 

septembre 2020

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 Dim 27 sept 2020, 16h – FRANCE MUSIQUE
Tribune des critiques de disques : STABAT MATER de POULENC
Quelle est la meilleure version enregistrĂ©e ? Ecoute comparative…

 

Ven 11 sept 2020, 21h.
Musiques en FĂȘte ! en direct d’Orange sur France Musique et France 3

MalgrĂ© le contexte sanitaire, voici une soirĂ©e musicale inĂ©dite avec des artistes en live destinĂ©e au plus grand nombre. PrĂ©sentĂ©e par Cyril FĂ©raud (entre autres), cette 10e Ă©dition de « Musiques en fĂȘte » rĂ©unit un plateau de chanteurs pour un mixte de genres mĂȘlĂ©s : airs d’opĂ©ra, d’opĂ©rette, de comĂ©dies musicales, ainsi que des musiques traditionnelles et des chansons françaises

Les mĂ©lodies de Verdi, Donizetti, Bellini s’associent aux airs cultes : “Oh happy day !”, “Calling you”, “La MĂ©lodie du bonheur”, interprĂ©tĂ©s en direct sur France 3 et sur France Musique, depuis la scĂšne du thĂ©Ăątre antique d’Orange.
Se succĂ©dent ainsi sur scĂšne Florian Sempey, Thomas Bettinger, Claudio Capeo, Sara Blanch Freixes, JĂ©rĂŽme Boutillier, Alexandre Duhamel, Julien Dran, Julie Fuchs, Thomas Bettinger, MĂ©lodie Louledjian, Patrizia Ciofi, Fabienne Conrad, Marina Viotti, Florian Laconi, AmĂ©lie Robins, BĂ©atrice Uria-Monzon, Marc Laho, Jeanne GĂ©rard, Anandha Seethaneen, Jean Teitgen. Avec l’Orchestre national de Montpellier Occitanie. Le ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte Carlo, Chef de chƓur : Stefano Visconti. La MaĂźtrise des Bouches-du-RhĂŽne. Les Ă©lĂšves des classes CHAM du collĂšge de Vaison la Romaine. ChorĂ©graphies de StĂ©phane Jarny.
Puis les jeunes talents de Pop the Opera, rĂ©unissant une centaine de collĂ©giens et de lycĂ©ens issus d’établissements scolaires de la rĂ©gion Provence-Alpes-CĂŽte d’Azur, interprĂštent plusieurs chansons cultes.

 

 

PROGRAMME

Georges Bizet : Carmen
Giacomo Puccini : Nessun dorma, ext. de Turandot (Act.III)

Charles Trenet
Paul Misraki
Je chante

Charles Gounod
Je veux vivre – Ariette, ext. de RomĂ©o et Juliette

Giuseppe Verdi
Di geloso amor sprezzato, ext. de Le TrouvĂšre (Act.I, Sc.15)

Michel Polnareff
On ira tous au paradis
Hommage Ă  Jean-Loup Dabadie, auteur

Gaetano Donizetti
Io son ricco e tu sei bella (Barcaruola), ext. de L’ Elisir d’amore (Act.II, Sc.3)
Una furtiva lagrima, ext. de L’ Elisir d’amore (Act.II, Sc.12)

Jules Massenet
Profitons bien de la jeunesse, ext. de Manon (Act.III, Sc.10)

Abba : Björn Ulvaeus, Benny Andersson, Stig Anderson Dancing Queen

Bella ciao (Hymne des Partisans italiens)

Anonyme
Paul Misraki

Qu’est-ce qu’on attend pour ĂȘtre heureux ?
ext. de la BO du film Feux de joie de Jacques Houssin

Pop the Opera : collĂ©giens et lycĂ©ens de la rĂ©gion acadĂ©mique Provence-Alpes-CĂŽte-d’azur

Giacomo Puccini
E lucevan le stelle, romance – ext. de Tosca (Act.III, Sc.3)

Giuseppe Verdi
Carlo vive ? , ext. de I masnadieri (“Les Brigands”)
MĂ©lody Louledjian, soprano, Amalia

Di provenza il mar il suol, ext. de La Traviata (Act.II, Sc.13)
JĂ©rĂŽme Boutillier, baryton

Lucio Battisti
E penso a te
Claudio Capeo, chant

Giuseppe Verdi
O Carlo ascolta, ext. de Don Carlo (Act.III, Sc.9)
Pace pace mio Dio, ext. de La forza del destino (“La force du Destin”) – Act.IV Sc.5

Richard Rodgers
Do-Re-Mi (Do le do), ext. de La MĂ©lodie du bonheur
ElĂšves des classes CHAM du collĂšge de Vaison la Romaine

Traditionnel Tsigane de Russie
Medley “Les trois tĂ©nors” : Les Yeux noirs (“Otchi tchornye”), Cielito lindo, O sole mio (“mon soleil »)

Gaetano Donizetti
Deh! tu di un umile preghiera, ext. de Maria Stuarda (Act.III, Sc.14)
Cruda funesta smania, ext. de Lucia di Lammermoor (Act.I, Sc.4)

John Kander
Cabaret
Isabelle Georges, chant

Gioacchino Rossini
La calunnia e un venticello, ext de Le barbier de SĂ©ville (” Il Barbiere di Siviglia”) – Act.I Sc.16 Non piu mesta, ext. de La Cenerentola
Marina Viotti, mezzo-soprano, Angelina dite La Cenerentola

The Edwin Hawkins Singers
Oh Happy Day
Choeur de Gospel

Pablo SorozĂĄbal
No puede se, ext. de la zarzuela “La tabernera del puerto »

Vincenzo Bellini
La tremenda ultrice spada, ext. de
Les Capulets et les Montaigus (“I Capuleti e i Montecchi”) – Act.I
HĂ©loĂŻse Mas, mezzo-soprano

Gaetano Donizetti
O luce di quest’anima, ext. de Linda di Chamounix (Act.I, Sc.10)

Louis Ganne
C’est l’amour, ext. de Les Saltimbanques
Julie Fuchs, soprano, Suzanne
Florian Sempey, baryton, Grand-Pingouin

Bob Telson
Calling You
Ext. de la BO du film américano-allemand réalisé par Percy Adlon
Anandha Seethaneen, chant, membre du gospel “Oh happy day »

Vincenzo Bellini
Ah! non giunge uman pensiero, ext. de La Sonnambula (Act.II, Sc.14)
Amélie Robins, soprano, Amina

Deh! non volerli vittime, ext. de Norma (Act.II, Sc.18)
Fabienne Conrad, soprano, Norma
Marc Laho, ténor, Pollione

Franz Schubert
Ave Maria (Ellens Gesang III, Hymne an die Jungfrau D 839 op. 52 n°6)
Sara Blanch Freixes, soprano

MaĂźtrise des Bouches-du-Rhone
Ivan Petrovitch Larionov
Kalinka (“Petite baie”)
Florian Laconi, ténor
Direction : Didier Benetti

Giuseppe Verdi
Schiudi inferno inghiotti, ext. de Macbeth (Act.I, Sc.11)
Alexandre Duhamel, baryton
BĂ©atrice Uria-Monzon, mezzo-soprano
Jean Teitgen, baryton
Thomas Bettinger, ténor
Jeanne GĂ©rard, soprano

Libiamo nĂš lieti calici, ext. de La Traviata (Act.I, Sc.3)
Patrizia Ciofi, soprano, Violetta
Julien Dran, ténor, Alfredo Germont

Choeur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo dirigĂ© par Stefano Visconti
Orchestre National de Montpellier Occitanie
Direction : Luciano Acocella

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Mardi 8 sept 2020, 20h. HAENDEL : Le Messie.
Concert donnĂ© le 10 juin 2019 en l’Abbaye de Melk dans le cadre du Festival International de JournĂ©es de musique baroque de Melk
Georg Friedrich Haendel
Le Messie HWV 56
Oratorio pour solistes, choeur et orchestre en trois parties sur un livret de Charles Jennens d’aprĂšs des textes bibliques
Charles Jennens, librettiste
Giulia Semenzato, soprano
Terry Wey, contre-ténor
Michael Schade, ténor
Christopher Maltman, basse
Wiener Singakademie
Concentus Musicus de Vienne
Direction : Daniel Harding

 

 

 

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Dim 6 sept 2020, 16h. PUCCINI : TURANDOT.
Tribune des critiques de disques.Quelle meilleure version au disque de l’ultime opĂ©ra de Giacomo Puccini ? Quelle chanteuse a le mieux incarnĂ© la princesse frigide aux 3 Ă©nigmes ?…

 

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Sam 5 sept 2020, 20h. HAENDEL : Agrippina
20h – 23h Samedi Ă  l’opĂ©ra / opĂ©ra donnĂ© le 11 octobre 2019 au Royal Opera House de Londres.

Georg Friedrich Haendel
Agrippina HWV 6
Opera seria en trois actes sur un livret de Vincenzo Grimani, crée le 26 décembre 1709 au Teatro San Giovanni Grisostomo de Venise.
Vincenzo Grimani, librettiste
Joyce Di Donato, mezzo-soprano, Agrippina
Franco Fagioli, contre-tĂ©nor, NĂ©ron, fils d’Agrippina
Lucy Crowe,soprano, Poppea
Iestyn Davies, contre-ténor, Ottone
Gianluca Buratto, basse, Claudio, Empereur romain
Andrea Mastroni, basse, Pallante
Eric Jurenas, contre-ténor, Narciso
José Coca Loza, basse, Lesbo
Orchestre du SiĂšcle des LumiĂšres
Direction : Maxim Emelyanychev
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opera-garnier-apollon-lyreLe 14 juillet 2020, 19h30 en direct : gala spĂ©cial. DUKAS, FAURE, SAINT-SAENS, R STRAUSS, MOZART. En hommage au dĂ©vouement et au courage du personnel soignant et de tous ceux qui ont ƓuvrĂ© en faveur de la collectivitĂ© au cours des derniers mois, l’OpĂ©ra national de Paris organise deux concerts exceptionnels au Palais Garnier, les 13 et 14 juillet 2020. France Musique diffuse en direct le programme du 14 juillet, fĂȘte nationale. Fanfares prĂ©liminaires, sĂ©quence chorale, enfin scĂšne d’opĂ©ra (Mozart), puis conclusion symphonique (la Jupiter et sa rayonnante vitalitĂ©)
 En direct les 13 et 14 juillet sur la page facebook et Youtube de l’OpĂ©ra national de Paris. 1h30 sans entracte

Paul Dukas : Fanfare
pour prĂ©cĂ©der “La PĂ©ri »

Richard Strauss : Feierlicher Einzug
(Einzug der Ritter des Jo-hanniterordens), TrV 224

Gabriel Fauré : Madrigal op. 35
Camille Saint-Saëns: Calme des nuits op. 68 n° 1

MOZART : Le Nozze di Figaro
Ouverture
Hai già vinta la causa »
“”Deh vieni non tardar »
Crudel ! Perché finora farmi languir cosÏ ?
Symphonie n° 41, “Jupiter” en ut majeur (K 551)

Avec Julie Fuchs, StĂ©phane Degout, aux cĂŽtĂ©s de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris sous la direction de Philippe Jordan et des ChƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris sous la direction de JosĂ© Luis Basso. Le 14 juillet en direct du Palais Garnier Ă  PARIS.

CHAINE YOUTUBE de l’OpĂ©ra national de Paris
https://www.youtube.com/user/operanationaldeparis
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Cd, critique.. MOSZOWSKI / Etsuko Hirose, piano (1 cd dana cord, 2019)

hirose-etsuko-piano-moszkowski-piano-cd-review-critique-classiquenews-280-finalCd, critique.. MOSZOWSKI / Etsuko Hirose, piano (1 cd dana cord, 2019) – Martha Argerich ne s’est pas trompĂ©e en lui remettant le premier prix de sa compĂ©tition en 1999 : Ă©lĂ©gance, style, musicalitĂ©, et surtout, qualitĂ© rare, mesure et nuances : la japonaise nĂ©e Ă  Nagoya, Etsuko Hirose rĂ©alise dans ce rĂ©cital Moszkowski un somptueux parcours romantique et post romantique oĂč ensorcĂšlent sa science allusive, son toucher de velours, sa technique magistrale, une intelligence expressive superlative 
capables de faire surgir de l’ombre, l’essence enivrĂ©e, extatique des piĂšces choisies (vertigineux « Caprice espagnol » ; Isoldens Tod / Mort d’Isolde, publiĂ©e en 1924, dĂ©dicace Ă  Busoni, ici idĂ©alement exprimĂ©e, vraie esquisse de l’ombre dans l’ombre).

 

 

Sur les pas du magicien Moszkowski
Etsuko HIROSE captive et ensorcùle


 

 

Soucieuse du dĂ©tail, des infimes nuances, Hirose suit les pas de son prĂ©dĂ©cesseur polonais Moritz Moszkowski (1854 – 1925), pianiste virtuose dĂšs ses 19 ans Ă  Berlin, cĂ©lĂ©brĂ© pour sa pudeur et son esprit suggestif Ă  la Chopin, mais aussi violoniste et chef d’orchestre. A Paris, il Ă©pouse la sƓur de CĂ©cile Cheminade, Henriette (1884) : l’union ne durera pas plus de 8 ans, soldĂ©e par un divorce en 1892.

moszkowski-moritz-piano-etsuko-irose-cd-review-cd-critique-classiquenews-clic-de-classiquenews-cd-critique-pianoComme compositeur, le plus parisien des Polonais (comme Chopin), Moszkowski dĂ©ploie une sensibilitĂ© qui revivifie la grande leçon de Liszt (avec lequel il joua et qui l’admirait) mais avec un surcroĂźt d’ñme et d’intĂ©rioritĂ© (Valse opus 34 d’ouverture ; la somptueuse Etude opus 72-13
). En acrobate et poĂ©tesse, Ă  l’imagination ciselĂ©e, Etsuko Hirose sait faire scintiller chaque accent, l’inscrivant dans une architecture mĂ©lodique et harmonique idĂ©alement structurĂ©e ; aucun effet dĂ©monstratif ici, mais l’éclosion et l’essor d’une virtuositĂ© naturelle qui chante et parle (Ă©coutez enchaĂźnĂ©s : les caprices de « Guitare » opus 45-2 ; la cadence frĂ©nĂ©tique et souple du dĂ©jĂ  citĂ© « Caprice espagnol » opus 37), sertie de couleurs intimes Ă©noncĂ©es prĂ©cisĂ©ment et sans heurts (flexibilitĂ© jaillissante et ocĂ©ane de « En automne »), sachant caractĂ©riser sans Ă©paisseur (marche noble de la Polonaise opus 17-1).
CLIC D'OR macaron 200La pianiste a bien raison d’inscrire les Ɠuvres du Polonais mort Ă  Paris, qu’il s’agisse de transcriptions ou d’oeuvres originelles : elle en cristallise la passion romantique et aussi dans un jeu articulĂ© et sobre, l’éloquence intĂ©rieure. Serguei Rachmaninoff ou Vladimir Horowitz choisissaient eux aussi Moszkowski pour complĂ©ter leur rĂ©cital ; de sorte qu’à travers ses choix et filiations, Etsuko Hirose s’inscrit elle-mĂȘme dans une tradition prestigieuse du clavier, une certaine conception sonore et esthĂ©tique qui est celle des plus grands pianistes poĂštes (transcription de Carmen de Bizet, riche d’arriĂšres plans et contre chants superbement agencĂ©s dans un sentiment d’urgence et de finesse). Magistral, donc CLIC de classiquenews du printemps 2020.

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Cd, critique.. MOSZOWSKI / Etsuko Hirose, piano (1 cd dana cord, – enregistrĂ© Ă  PARIS, oct et nov 2019 – piano grand concert Bechstein) – CLIC de CLASSIQUENEWS – prise de son dĂ©taillĂ©e avec relief et profondeur.

 

 

CORONAVIRUS : le secteur du spectacle classique trÚs durement frappé

virus-covid-coronavirus-2020CORONAVIRUS : annulations, reports… le secteur des spectacles classiques durement touchĂ©. Dans son communiquĂ© datĂ© du 11 mars, le collectif Forces musicales (syndicat professionnel des thĂ©Ăątres d’opĂ©ras et des orchestres) exprime ses grandes inquiĂ©tudes aprĂšs les mesures de restriction visant la jauge des salles, dĂ©plorant dĂ©jĂ  100 000 billets Ă  rembourser ; et l’OpĂ©ra National de Paris annonce l’annulation de ses productions lyriques et chorĂ©graphiques de mars et avril
 Des informations bien peu rassurantes au moment oĂč le PrĂ©sident de la RĂ©publique s’adresse ce soir Ă  la Nation


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Communiqué de Forces Musicales :

« Les maisons d’opĂ©ra et orchestres permanents subissent trĂšs directement l’interdiction annoncĂ©e en dĂ©but de semaine des rassemblements de plus de 1000 personnes

Impliquant de nombreuses annulations ou des rĂ©ductions de jauge drastiques, les mesures prises gĂ©nĂšrent des pertes considĂ©rables Ă  un moment stratĂ©gique de notre activitĂ© (cƓur de saison et annonce de la prochaine), sans compter les pertes de rĂ©servations pour les spectacles Ă  venir.
À ce jour, alors que les premiĂšres mesures sont prises pour se conformer Ă  ces restrictions, nous pouvons dĂ©jĂ  constater que plus de 100 000 billets sont Ă  rembourser !

La continuité de notre activité est également menacée par les restrictions touchant à la mobilité internationale des artistes, essentielle aux activités lyrique et symphonique.
De nombreuses annulations risquent de s’imposer Ă  nos maisons avec des consĂ©quences pouvant conduire trĂšs rapidement vers des situations d’activitĂ© partielle et de chĂŽmage technique.

Déjà en forte tension du fait de la stagnation des financements publics et des crises antérieures, nos budgets ne sont pas en mesure de supporter les pertes immédiates, ni les manques à gagner à venir.

Au moment de mobiliser des moyens exceptionnels, nous appelons le gouvernement Ă  prendre en considĂ©ration notre secteur. Il en va de la pĂ©rennitĂ© de nos activitĂ©s et de l’emploi des artistes et des personnels qui travaillent dans nos structures ».

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CommuniquĂ© de l’OpĂ©ra de Paris :

Pour faire suite Ă  l’arrĂȘtĂ© du 9 mars 2020 portant diverses mesures relatives Ă  la lutte contre la propagation du virus Covid-19, dont l’interdiction jusqu’au 15 avril des rassemblements publics de plus de 1 000 personnes, l’OpĂ©ra National de Paris adresse ce communiquĂ© de presse datĂ© du 11 mars :

« En application de l’arrĂȘtĂ© du 9 mars 2020 portant diverses mesures relatives Ă  la lutte contre la propagation du virus Covid-19, dont l’interdiction jusqu’au 15 avril des rassemblements publics de plus de 1 000 personnes, l’OpĂ©ra national de Paris a pris la dĂ©cision d’annuler toutes les reprĂ©sentations des productions suivantes :

Manon, du 13 mars au 10 avril Ă  l’OpĂ©ra Bastille
George Balanchine, du 12 mars au 1er avril Ă  l’OpĂ©ra Bastille
Le spectacle de l’Ecole de Danse, du 25 au 30 mars au Palais Garnier
Don Giovanni, du 21 mars au 24 avril au Palais Garnier

Les spectateurs ayant des places pour ces spectacles seront remboursés.

Les reprĂ©sentations prĂ©vues Ă  l’AmphithĂ©Ăątre (500 places) et au Studio (230 places) de l’OpĂ©ra Bastille sont maintenues, de mĂȘme que les visites des espaces publics du Palais Garnier.

L’OpĂ©ra national de Paris espĂšre avoir la possibilitĂ© de prĂ©senter au public les nouvelles productions, actuellement en rĂ©pĂ©tition, de L’Or du Rhin, de La Walkyrie et des spectacles de ballet d’Alan Lucien Oyen et de Mayerling.
La direction de l’OpĂ©ra national de Paris communiquera Ă  ce sujet au vu de l’évolution de la situation. »

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Toutes les infos sur le CORONAVIRUS : https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus

 

A SAANEN, Hilary HAHN joue les Concertos de JS BACH

hahn-hilary-violon-concert-classiquenews-GSTAAD-saanen-2019-classiquenews-critique-concert-review-concertARTE. Dim 15 mars 2020, 19h. Hilary HAHN joue JS BACH. En complicitĂ© avec la Deutsche Kammerphilharmonie de BrĂȘme, la violoniste amĂ©ricaine Hilary Hahn joue les Concertos pour violon en la mineur et en mi majeur de J-S Bach. Les deux partitions accompagnent la violoniste depuis ses dĂ©buts. La soliste relĂšve le dĂ©fi sous la voĂ»te de l’église rustique de Saanen : un haut lieu de musique et de partage depuis qu’en 1957, l’illustre et lĂ©gendaire Yehudi Menuhin y offrait les premiers concerts qui allaient devenir le noyau du GSTAAD MENUHIN Festival, Ă  prĂ©sent 1er festival de musique classique en Suisse. La voĂ»te en bois offre une acoustique exceptionnelle qui se prĂȘte aux concerts de musique de chambre comme de musique concertante
 Au programme : «Concerto pour violon», en la mineur, BWV 1041, de Bach ; «Concerto pour violon», en mi majeur, BWV 1042, de Bach. DurĂ©e : 45 mn.

 

Programme

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Choral «Kyrie, Gott Vater in Ewigkeit» / «Nun lob, mein Seel, den Herren» (sung by the orchestra).
Violin Concerto in A Minor, BWV 1041.
Choral «Es ist genug» / «Verleih uns Frieden gnÀdiglich» / «Christ lag in Todesbanden».
Violin Concerto in E Major, BWV 1042 (15â€Č).

Hilary Hahn, violon
Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
Omer Meir Wellber, Harpsichord & direction

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VIDÉO
sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL oĂč a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© ce programme rĂ©jouissant (Ă©tĂ© 2019), visionner l’entretien Ă  deux de Hilary Hahn et Omer Meir Ă  propos de BACH
https://www.gstaaddigitalfestival.ch/video/hilary-hahn-and-omer-meir-wellber-talk-about-bach/

CD, événement, critique. SCHUBERT : Symphonies 4 et 6 D 417, D 589. Kammerorchester Basel, Heinz Holliger (1 cd SONY classical, 2018)

SCHUBERT HOLLIGER 4 et 6 D417 et D589 SONY classical critique cd review classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement, critique. SCHUBERT : Symphonies 4 et 6 D 417, D 589. Kammerorchester Basel, Heinz Holliger (1 cd SONY classical, 2018)  -  Quand Schubert (20 ans) tente de percer sur la scĂšne viennoise, Rossini (30 ans) rĂšgne sans partage : les Viennois ayant toujours, depuis le XVIIĂš marquĂ© leur prĂ©fĂ©rence pour les Italiens : ils applaudissent Tancredi (1816-1818). Le Viennois emprunte ainsi Ă  son ainĂ©, une sĂ©duction mĂ©lodique, des accents rythmiques, un entrain qui façonne l’Ouverture, dans le style italien, D 590. Heinz Holliger, musicien Ă©mĂ©rite, instrumentiste ciselĂ© tĂ©moigne ici d’un rĂ©el sens instrumental, confĂ©rant Ă  l’Ouverture rossinienne et aussi Ă  la Symphonie n°6 (Ă©crite Ă  21 ans en 1818), leur allant jovial, brillant et vivace, exprimant aussi cette dĂ©termination beethovĂ©nienne, mais toujours dans un sens dansant. La D 589 est dite Grande Symphonie, et annonce directement la somptueuse D 944, aux dimensions prĂ©brucknĂ©riennes. La 6Ăš exprime un bouillonnement d’idĂ©es, Ă  peine dĂ©veloppĂ©es, oĂč rayonne le tapis scintillant des cordes, et surtout le caquetage virtuose, vif argent des bois, d’une exceptionnelle pĂ©tulance.

La Symphonie n°4 dite « tragique », D417, restituĂ©e ici dans son urgence et sa vitalitĂ© premiĂšre, est plus intĂ©ressante encore car son premier mouvement intĂšgre un nouvel Ă©lĂ©ment, plus vif et nerveux, voire frĂ©nĂ©tique avec des Ă©clairs rythmiques mordants qui indiquent clairement une intranquillitĂ© angoissĂ©e (Allegro vivace), et une trĂ©pidation rythmique (tutti secs scandĂ©s au dĂ©but du 3Ăš mouvement Menuetto) dans l’esprit de la 5Ăš de Beethoven. Cette fougue nouvelle qui semble unir le comique et le tragique, comme la danse d’un Arlequin insatisfait, marque la spĂ©cificitĂ© d’un Schubert remarquablement juste. La permanence du changement et de la mĂ©tamorphose est au centre de cette esthĂ©tique, probable influence des Ă©crits de MatthĂ€us von Collin, proche de Schubert. L’ultime Allegro exprime au plus haut point cette Ă©nergie devenue incandescence, sur un tempo des plus enlevĂ© et oxygĂ©nĂ©.

CLIC_macaron_2014Les instrumentistes du Kammerorchester Basel savent dĂ©tailler les timbres, assurer une tension permanente, avec un sens dramatique digne d’un opĂ©ra, sans omettre la pulsion Ă©nergique souveraine. L’équilibre du chef entre prĂ©cision, clartĂ©, tension expressive assure Ă  cette lecture une incontestable rĂ©ussite. D’autant que la sonoritĂ© et le format sonore Ă©cartent toute Ă©paisseur. VoilĂ  qui Ă©claire dans la suite d’un Claudio Abaddo (remarquable lecture des symphonies ultimes, 8 et 9 chez DG), la singularitĂ© profonde de Schubert sur la scĂšne orchestrale, pourtant ainsi Ă©crasĂ© entre Rossini et Beethoven. D’ailleurs, lui-mĂȘme ne put jamais Ă©couter ses Ɠuvres symphoniques car le premier concert jouant ses Ɠuvres remonte Ă  dĂ©c 1828 (Redoutensaal), soit un mois aprĂšs sa mort
 Est ce une intĂ©grale du Schubert symphoniste ? On le souhaite vivement. Holliger s’y affirme des plus affĂ»tĂ©s et inspirĂ©s. A suivre.

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. SCHUBERT : Symphonies 4 et 6 D 417, D 589. Kammerorchester Basel, Heinz Holliger (1 cd SONY classical – enregistrement rĂ©alisĂ© en oct 2018). CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

CD, coffret Ă©vĂ©nement. KARAJAN: The complete DECCA recordings (33 cd, DECCA / 1957 – 1978)

karajan-the-complete-decca-recordings-wiener-philh-review-cd-critique-opera-concert-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement. KARAJAN: The complete DECCA recordings (33 cd, DECCA / 1957 – 1978) – Voici un coffret miraculeux qui tĂ©moigne du travail de Herbert Von Karajan (HVK) de la fin des annĂ©es 1950 (1959 quand il devient directeur de l’OpĂ©ra de Vienne) jusqu’à 1978 (enregistrement des Nozze di Figaro en mai 1978 avec un plateau rĂ©jouissant : Krause, Cotrubas, Van Dam, Von Stade
 on reste plus rĂ©servĂ© sur la Comtesse de Tomowa-Sintov). Ainsi est rĂ©capitulĂ©e deux dĂ©cennies de direction artistique oĂč Karajan peaufine la sonoritĂ© orchestrale idĂ©ale, entre tension et dĂ©tail, architecture et Ă©loquence expressive. Toutes les rĂ©alisations orchestrales concernent ici les Wiener Philharmoniker, idoines, si naturels chez Strauss (Richard et Johann dont la version de Die Fledermaus de 1960, est avec celle de Kleiber, anthologique, jubilatoire, vrai joyau comique et thĂ©Ăątral, avec cerise sur le gĂąteau, le fameux gala oĂč vĂ©ritable rĂ©cital lyrique dans l’opĂ©ra, les invitĂ©s du prince Orlowsky / Resnik, en son salon, se succĂšdent, offrant une synthĂšse des belles voix des sixties : Tebaldi, un rien fatiguĂ©e ; Corena en français ; Nilsson ; del Monaco ; Berganza, Sutherland, Björling, Price, Simionato
 excusez du peu, autant de solistes que l’on retrouve par ailleurs dans les productions lyriques intĂ©grales qui composent aussi le coffrer). Il est vrai que Karajan autour de la cinquantaine, est le chef Ă©mergeant, surtout avec le dĂ©cĂšs des maestros Klemperer, Böhm, Fricsay
 en trĂšs peu de temps, le chef salzbourgeois impose sa pĂąte Ă  la fois hĂ©doniste quand aux Ă©quilibres sonores, et toujours en quĂȘte de profondeur, ce supplĂ©ment d’ñme dont a parlĂ© Pavarotti (dans La BohĂšme avec la Mimi lĂ©gendaire de Mirella Freni, seul enregistrement du coffret rĂ©alisĂ© avec les « autres » instrumentistes choisis par HVK : les Berliner Philharmoniker, en 1972).

CLIC D'OR macaron 200Il est vrai que l’époque est celle des enregistrements mythiques de Decca en studio, spatialisĂ©, avec un nombre suffisant de micros pour crĂ©er l’illusion des dĂ©placements et des situations (une conception poussĂ©e encore plus loin, pour les enregistrements simultanĂ©s de Solti en particulier chez Wagner : premier Ring stĂ©rĂ©o, rĂ©alisĂ© aussi Ă  Vienne dĂšs 1958 et jusqu’en 1964)
 Pour se faire Karajan a trouvĂ© son producteur / ingĂ©nieur idĂ©al en la personne de John Culshaw, partenaire d’une sensibilitĂ© musicale au moins Ă©gale Ă  celle du chef : le duo produira des chefs d’oeuvres studio aussi bien lyriques que symphoniques
 dont tĂ©moignent le prĂ©sent coffret : Aida de 1959 avec Tebaldi, Bergonzi, Simoniato
 Les PlanĂštes de Holst, Peer Gynt de Grieg (1961, cd7) ; remarquable KARAJAN-1960Bundesarchiv_Bild_183-S47421,_Herbert_von_Karajan-classiquenews-critique-cd-concerts-opera-classiquenewsd’articulation et de vitalitĂ© aĂ©rĂ©e, Giselle d’Adam (sept 1961, 10) ; Otello de Verdi (Tebadlo, Del Monaco
 mai 1961) ; Tosca (Price, Di Stefano, Taddei (sept 1962) ; enfin Carmen (Price, Corelli, Freni, Merrill
, nov 1963) ; les derniĂšres productions Ă  partir des annĂ©es 1970 ne concernent plus Culshaw (Boris, 1970 ; La BohĂšme dĂ©jĂ  citĂ©e de 1972 ; Butterfly avec Freni, Pavarotti, Ludwig Kerns, 1974 ; enfin les Nozze de 1978). L’apport est majeur, et dĂ©jĂ  connu car il a Ă©tĂ© intĂ©grĂ© dans de prĂ©cĂ©dentes intĂ©grales Karajan (Ă©ditĂ©es par DG). La quintessence du son Karajan se dĂ©voile ici dans son sens du dĂ©tail, de l’intĂ©rioritĂ© ; dans la caractĂ©risation psychologique de sa conception des rĂŽles Ă  l’opĂ©ra ; dans la plĂ©nitude sonore, ronde et ciselĂ©e que seul les Wiener Philharmoniker ont su lui proposer. Coffret Ă©vĂ©nement. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

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LIRE aussi le RING de WAGNER par Solti et John Culshaw (1958-1964)
https://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-wagner-der-ring-des-nibelungen-georg-solti-1958-1964-cd-decca/

POITIERS. GRISEY, MICHAUD, LEDOUX au TAP

tap-poitiers-classiquenews-grisey-michaud-ledoux-la-voie-ars-nova-niente-critique-annoncePOITIERS, TAP. Jeudi 26 mars 2020. SPECTRE(S) : Grisey, Michaud, Ledoux. Immersions modernes, contemporaines pilotĂ©es par le collectif en rĂ©sidence au TAP de Poitiers : Ars Nova. GĂ©rard Grisey (1946-1998), compositeur majeur du 20Ăšme siĂšcle interroge le spectre du son, le grain du timbre
 longueur, hauteur, profondeur, horizon spectrale inĂ©dit. L’approche fut inĂ©dite et vraie porte au pur onirisme. PĂ©riodes (1974) et Partiels (1975) sont deux chefs-d’Ɠuvre du rĂ©pertoire contemporain instrumental. En leur donnant un nouveau dĂ©but, 
niente
 de Pierre Michaud, et une nouvelle suite, Le vide parfait de Gabriel Ledoux, deux commandes de l’Ensemble Ars Nova, Jean-MichaĂ«l Lavoie et les musiciens de l’ensemble français rĂ©tablissent un lien organique entre 3 partitions distinctes mais fraternelles. Exemple parfait de la mutation permanente des choses, la soie sonore s’étire, hors du temps, Ă  travers les 3 Ɠuvres jouĂ©es / reçues comme un triptyque ininterrompu. L’impression sonore est celle d’un vortex planant d’oĂč Ă©mergent et scintillent des vibrations caractĂ©risĂ©es permises par le jeu des archets, comme des rĂąles rauques, viscĂ©raux, qui Ă©vaporent la matiĂšre et dissolvent le temps. L’auditeur spectateur flotte entre deux silences, deux murmures, hors temps, comme il est dit dans la prĂ©sentation de la piĂšce 
 Niente
 de Pierre Michaud (crĂ©Ă©e en oct 2018 au TAP par Ars Nova dĂ©jĂ ), « construction et destruction
 la nuit et le jour 
le changement des saisons
 inspiration et expiration ». La vie s’écoule jamais la mĂȘme et pourtant cyclique. Fascinant.

 

 

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POITIERS, TAPboutonreservation
Jeudi 26 mars 2020,
Jean-Michaël Lavoie direction
Ensemble Ars Nova 18 musiciens

> Pierre Michaud : 
niente
 pour quatuor à cordes et dispositif audiovisuel (2018)
> Gérard Grisey : Périodes pour ensemble, Partiels pour ensemble
> Gabriel Ledoux : Le vide parfait (création)

RÉSERVEZ DIRECTEMENT VOS PLACES sur le site du TAP POITIERS
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/spectres/
Durée : 1h20

Rencontre avec Jean-MichaĂ«l Lavoie, directeur artistique d’Ars Nova,
Ă  l’issue de la reprĂ©sentation le 26 mars 2020

 

 

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VIDÉO

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=IhNmCTWqemY&feature=emb_logo

 

 

CD événement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018)

gervais-hypermestre-opera-1717-cd-review-critique-cd-classiquenews-vashgyi-critique-opera-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018). Avant l’immense Rameau qui clĂŽt de façon spectaculaire et visionnaire, le XVIIIĂš, figure en bonne place des faiseurs d’opĂ©ras aux cĂŽtĂ©s de Campra, Destouches
Charles-Hubert Gervais (1671-1744), ami du rĂ©gent Philippe d’OrlĂ©ans, devint dĂšs 1723, sous-maĂźtre de la chapelle de Louis XV. Son ouvrage Hypermnestre (1716), marquant la fin du grand rĂšgne (Louis XIV, mort en 1714) reste le plus fameux de ses 4 opĂ©ras. Il est mĂȘme jouĂ© aprĂšs la mort de Rameau jusqu’en 1766, preuve qu’il s’agissait alors d’une valeur sĂ»re du rĂ©pertoire (le Prologue revĂȘt des accents puissants qui annoncent Rameau). Le chef hongrois, Gyorgy VASHEGYI, dĂ©fenseur du Baroque français, restitue ici la version rĂ©visĂ©e de 1717, mais avec en bonus, la fin originelle (de 1716) ; Ă  chacun de choisir sa prĂ©fĂ©rĂ©e. L’histoire est d’une noirceur tragique mettant en scĂšne un assassinat collectif, celui des 49 fiancĂ©s des 49 sƓurs d’Hypermestre, loyales au pĂšre qui appelle Ă  la vengeance de leur clan. Salieri mettra bientĂŽt en musique le sujet (Les DanaĂŻdes, 1784), mais avec ce caractĂšre de grandeur ampoulĂ©e pas toujours vraisemblable. Gervais garde une dimension humaine et expressive plus naturelle. TroublĂ©e, Hypermestre hĂ©site entre devoir et amour : obĂ©ir au pĂšre DanaĂŒs, aimer son fiancĂ© LyncĂ©e. En plus d’ĂȘtre sanglant et terrifique, l’opĂ©ra de Gervais, est aussi fantastique et surnaturel : au I, il imagine le fantĂŽme d’Argos, dĂ©tronĂ© par DanaĂŒs en un tableau spectral assez rĂ©ussi. Le compositeur demeure fidĂšle Ă  l’esprit et au style de Lully, introduisant plusieurs danses, dont l’une serait de la main du RĂ©gent, et comme Rameau, indique un goĂ»t manifeste pour l’Italie.

Le maestro Vashegyi confirme son appĂ©tence et sa comprĂ©hension de la musique française avec cette implication gĂ©nĂ©reuse, ce sens du drame et de l’articulation, dĂ©lectables. Offrant de somptueux Ă©pisodes orchestraux (Ouverture, intermĂšdes et danses du IV).

LyncĂ©e de luxe, Mathias Vidal Ă©tincelle vocalement, douĂ© d’un relief dramatique qui ne laisse pas neutre ; face Ă  lui, l’Hypermestre de la soprano Katherine Watson, par laquelle vient le « miracle de l’amour », semble Ă©trangĂšre aux enjeux qu’elle est sensĂ©e provoquer et mesurer ; manque de souffle, manque de passion. Thomas DoliĂ© reste lui aussi rĂ©servĂ© et incarne un DanaĂŒ pas assez terrible et noir. La rĂ©vĂ©lation est totale et justifie totalement cette gravure souhaitons le salutaire pour la partition.

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018) – Katherine Watson (Hypermnestre), Mathias Vidal (LyncĂ©e), Thomas DoliĂ© (DanaĂŒs), Chantal Santon-Jeffery (une Égyptienne), Manuel Nuñez Camelino (un Égyptien), Juliette Mars (Isis), Philippe-Nicolas Martin (le Nil, l’Ombre de GĂ©lanor), Purcell Choir, Orfeo Orchestra, dir. György Vashegyi (sept 2018). 2h25.

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LIRE aussi notre annonce de la recrĂ©ation d’Hypermestre de Gervais par Gyorgy VASHEGYI, direct live depuis le MUPA de Budapest le 18 sept 2018.
http://www.classiquenews.com/hypermnestre-de-gervais-1716-recreation-baroque-a-budapest/

Fille du roi Danaos, Hypermnestre (l’aĂźnĂ©e de toutes) est la seule parmi ses sƓurs sanguinaires (50 au total), a Ă©pargnĂ© son Ă©poux, LyncĂ©e (car le soir de leurs noces, il a su Ă©pargner sa virginitĂ©). LyncĂ©e vengea le meurtre de ses frĂšres en assassinant toutes les DanaĂŻdes qui en furent les criminelles, ainsi que l’ordonnateur du massacre, le roi Danaos (qui Ă©tait pourtant le protĂ©gĂ© d’AthĂ©na). LyncĂ©e devint roi d’Argos

QUATUOR MANFRED : BERLIN Paradise

manfred-quatuor-concert-critique-classiquenews-berlin-paradise-low-defPARIS, Mer 26 fĂ©v 2020 : QUATUOR MANFRED, “Berlin Paradise”. PortĂ© par les membres du Quatuor MANFRED, jamais en reste d’un risque nouveau, « Berlin Paradise » est un voyage musical Ă  Berlin pendant les annĂ©es folles, convoquant le tourbillon artistique et utopique dont l’issue irrĂ©pressible sera l’auto destruction et la folie hitlĂ©rienne. Des espoirs portĂ©s par une insouciance collective y sont avortĂ©s et accouchent de la fin de la civilisation. C’est ainsi que le meilleur de l’humanitĂ© peut si l’on n’y prend pas garde, prĂ©luder au pire
 ImaginĂ© par le Quatuor Manfred et la chanteuse Marion Rampal, avec le saxophoniste Thomas Savy, le programme interroge le rĂ©pertoire berlinois des annĂ©es 20 aux annĂ©es 40, de Kurt Weill Ă  Hollaender ; y paraissent des lĂ©gendes iconiques dĂ©sormais, allĂ©gorie d’un art de vivre aussi impertinent que fragile, Marlene Dietrich et Lotte Lenya.

Tout commence dans le Berlin mythique de la rĂ©publique de Weimar qui aura durĂ© 15 ans (1918 – 1933). La jeunesse s’émancipe contre l’ordre moral bourgeois : « les jeunes filles coupent leurs cheveux Ă  la garçonne, l’androgynie devient un critĂšre de mode, l’homosexualitĂ© est reconnue et dĂ©fendue, les utopies politiques s’affirment. Les artistes survoltĂ©s s’empressent de casser les codes, quittent le chemin tracĂ© du classicisme, investissent les cabarets, partent Ă  la dĂ©couverte du jazz, se jettent avec frĂ©nĂ©sie sur le cinĂ©ma, exaltent la liberté de pensĂ©e
. ».

Mais ce nouveau monde, telle une chimĂšre s’écroule sous le coup de la crise financiĂšre (krach de 1929) et de la grande dĂ©pression de 1930 qui s’en suit ; Berlin, trop frĂȘle rempart artistique et culturel contre l’inexorable montĂ©e du nazisme, n’est-il qu’un leurre ?
 « Comment rĂ©sister ? Pourquoi devoir cesser de croire Ă  la possibilitĂ© du bonheur ? » / NouveautĂ© discographique du Quatuor MANFRED : Bye Bye Berlin! Marion Rampal &Quatuor Manfred (Harmonia Mundi)

QUATUOR MANFRED
PARIS, Bal Blomet
26 février 2020, 20h30
RÉSERVEZ
Jazz & Music Hall
http://www.balblomet.fr/events/berlinparadise/

Marion RAMPAL (chant)
Thomas SAVY (saxophone)

Roméo et Juliette de Tchaikovsky

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1France Musique, dim 23 fĂ©v 2020, 16h. RomĂ©o et Juliette de Tchaikovski. La tribune des critiques de disques. Quelle est la meilleure version enregistrĂ©e de la partition du compositeur russe romantique ? Ce n’est qu’en 1886, que Tchaikovski valide la version dĂ©finitive de son ouverture, d’aprĂšs Shakespeare, RomĂ©o et Juliette, les amants maudits mais sublimes de VĂ©rone. Ayant prĂ©sentĂ© la premiĂšre version dĂšs 1870 (crĂ©Ă©e cette annĂ©e lĂ  en mars Ă  Moscou), Piotr Illiytch rĂ©pond Ă  la demande pressante du fondateur du Groupe des Cinq, Balakirev ; lui-mĂȘme avait composĂ© un remarquable Roi Lear. Tchaikovski lui emboĂźte le pas et exprime sa passion shakespearienne.
logo_france_musique_DETOURELa partition rĂ©alise alors le dessein du groupe des Cinq : Ă©lever l’écriture musicale russe Ă  l’égal de la musique occidentale symphonique. Pari rĂ©ussi par Piotr Illiytch qui fusionne les deux tendances, dĂšs le dĂ©but avec l’exposition prĂ©alable du thĂšme de frĂšre Laurent, complice et marieur des amants, qui s’inspire d’un choral russe.

CD, critique. BEETHOVEN : Complete Fortepiano Concertos. Arthur Schoonderwoerd, Cristofori ( 3 cd Alpha « Black Box »)

cd alpha beethoven complete fortepiano concertos arthur schoonderwoaerd cristofori cd classiquenews dossier beethoven 2020 review critique cd classiquenewsCD, critique. BEETHOVEN : Complete Fortepiano Concertos. Arthur Schoonderwoerd, Cristofori ( 3 cd Alpha « Black Box »). L’option est rĂ©vĂ©latrice et rĂ©pond aux promesses exprimĂ©es : qu’avons nous Ă  gagner des instruments historiques si l’on perd la puissance et la suavitĂ© du son ? 
 « Tout ! » 
semblent nous rappeler les interprĂštes de cette version dĂ©poussiĂ©rante
 Sur un pianoforte d’aprĂšs Walter (vers 1800), Arthur Schoonderwoerd restitue un Beethoven rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e dans le sens du relief incisif, en couleurs intensifiĂ©es mais moins puissantes certes, mais d’autant plus caractĂ©risĂ©es grĂące au timbre de chaque instrument, un par partie. L’articulation s’en ressent et avec elle, la prĂ©cision de l’éloquence, la fluiditĂ© du discours musical, et aussi la complicitĂ© versatile entre les instrumentistes. Le rĂ©sultat est chambriste moins symphonique, et le contrepoint gagne en acuitĂ© ce que le souffle perd en puissance. Parfaitement dessinĂ©, troublant par les magie des timbres mĂȘlĂ©s et rehaussĂ©s, ce Beethoven prend tout son sens au XXIĂš, au moment de son 250Ăš anniversaire ; l’apport des instruments anciens ne pouvait ĂȘtre mieux explicitĂ©, ni plus convaincant. Dans cette arĂšne picturale oĂč chaque note compte par sa singularitĂ© propre, Beethoven devient gĂ©nie de l’éloquence autant cĂ©rĂ©bral que viscĂ©ral. Un son nouveau, revivifiant. Un vrai coup de nettoyage. Tout ce que l’on espĂ©rait vivre grĂące aux instruments anciens et aux gestes inspirĂ©s qui les animent.

COMPTE-RENDU, opéra. NEW YORK, Met, le 1er fév 2020. GERSHWIN : Porgy and Bess.David Robertson / James Robinson


COMPTE-RENDU, opéra. NEW YORK, Met, le 1er fév 2020. GERSHWIN : Porgy and Bess.David Robertson / James Robinson
. Avec Wozzeck, dirigĂ© par Yannck NĂ©zet-SĂ©guin, voici l’autre production Ă©vĂ©nement qui atteste de l’excellente santĂ© artistique du Met
 Porgy and Bess (1935) fait un retour remarquĂ© et rĂ©ussi sur la scĂšne du Met aprĂšs plus de 30 annĂ©es d’absence, avec retransmission en direct en bonus, – trĂšs apprĂ©ciĂ©. L’opĂ©ra black que Georg Gershwin Ă©crit avec son frĂšre Ira (pour le livret) doit ĂȘtre chantĂ© par une distribution uniquement black : clause respectĂ©e ici Ă  la lettre
 La mise en scĂšne de James Robinson ressuscite ainsi le village de Catfish Row et ses habitants si attachants. Pour dĂ©cor unique, une vaste rĂ©sidence d’un Ă©tat du sud amĂ©ricain, oĂč l’action prend place dans chaque piĂšce ; sa mobilitĂ© puisque le dispositif tourne sur lui-mĂȘme dynamise tous les ensembles, en particulier les danses et les chƓurs dont le souffle collectif si essentiel au sujet est assurĂ© par le chƓur du Met trĂšs bien chauffĂ© (trĂšs rĂ©ussi, solide et prenant, choeur « Gone, gone, gone »). La ferveur en Dieu relĂšve toujours cette humanitĂ© tant de fois mise Ă  terre


 

 

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Dans la fosse, le chef David Robertson rend grĂące Ă  une partition qui Ă©lĂšve le jazz au genre opĂ©ra, soulignant l’éclat de l’orchestration qui fait la part belle aux cuivres. C’est carrĂ©, solide, percutant, incisif car certains protagonistes ne font rien dans la dentelle
 s’ils ne tirent un profit concret et immĂ©diat. Rien Ă  dire Ă  l’ensemble des chanteurs dont l’égal investissement renforce les dĂ©tails de cette fresque humaine trĂšs prenante.

Voir le plateau général :

https://www.youtube.com/watch?v=NghjBMn6ZJM&feature=emb_logo

 

 

Le couple Jake / Clara (Donovan Singletary et Golda Schultz) offrent des profils puissants et sensuels de leur personnage (convaincant Summertime du dĂ©but par Golda Schultz). Belle Ă©nergie aussi pour Denyce Grave aux graves sirupeux et assurĂ©s (Maria), capables de faire face aux manipulations du dealer sans scrupules et venimeux Sportin’life (trĂšs juste et mĂȘme mordant comme un serpent, Frederik Ballentine, au trĂšs sensuel lui aussi It ain’t necessarily so). Troublante et touchante, saluons la Serena trĂšs humaine de Latonia Moore dans son air de femme trahie, abandonnĂ©e (My man’s gone now) ; comme le presque mystĂ©rieux et fin Crown de Alfred Walker (acte II surtout) : on comprend que Bess un temps se soit entichĂ©e de lui, pour revenir vers Porgy. D’autant que le Porgy de Eric Owens s’inscrit lui aussi dans une humanitĂ© sobre et caractĂ©risĂ©e, voire naĂŻve et candide, dont la vĂ©ritĂ© fait relief (beau duo avec la Bess d’Angel Blue).

 
porgy-and-bess-metropolitan-opera-new-york-critique-annonce-opera-classiquenews

 

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VIDEO, extrait, duo Porgy / Bess :

Eric Owens et Angel Blue dans le duo de Porgy and Bess’s (Acte I) – avec citation du motif de Summertime
 FilmĂ© lors de la gĂ©nĂ©rale – Production: James Robinson. Conductor: David Robertson. 2019–20 season.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=dQb3FxyKw-c&feature=emb_logo

 

 

 

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A l’affiche du METROPOLITAN OPERA NEW YORK : Porgy and Bess
Direction : David Robertson. Mise en scĂšne : James Robinson. Angel Blue (Bess), Eric Owens (Porgy), Golda Schultz (Clara), Latonia Moore (Serena), Denyce Graves (Maria), Frederick Ballentine (Sportin’ Life), Alfred Walker (Crown), Donovan Singletary (Jake)
 Le 1er fĂ©vrier 2020. Reprise : 28 mars, 30 mars, 1er et 5 avril 2020. Illustration : © K Howard / Metropolitan Opera NY

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CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019)

diana-damrau-strauss-lieder-cd-critique-opera-critique-classiquenews-richard-strauss-vier-letzte-liederCD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). D’abord, analysons la lecture des lieder avec orchestre : Diana Damrau, soprano allemande, mozartienne et verdienne, au sommet de son chant charnel et clair, parfois angĂ©lique, se saisit du testament spirituel et musical du Strauss octogĂ©naire, le plus inspirĂ©, qui aspire alors Ă  cette fusion heureuse, poĂ©tique, du verbe et de la musique en un parlĂ© chantĂ©, « sprechgesang » d’une absolue plasticitĂ©. Une lecture extrĂȘmement tendre Ă  laquelle le chef Mariss Jansons (l’une de ses derniĂšres gravures rĂ©alisĂ©es en janvier 2019 avant sa disparition survenue en nov 2019) sait apporter des couleurs fines et dĂ©taillĂ©es ; une profondeur toute en pudeur.

NĂ©e en BaviĂšre comme Strauss, Diana Damrau rĂ©alise et concrĂ©tise une sorte de rĂȘve, d’évidence mĂȘme en chantant le poĂšte compositeur de sa propre terre. Strauss Ă©tait mariĂ© Ă  une soprano, Ă©crivant pour elle, ses meilleures partitions. Celle qui a chantĂ© Zerbinette, figure fĂ©minine aussi insouciante que sage, Sophie, autre visage d’un angĂ©lisme loyal, Aithra du moins connu de ses ouvrages HĂ©lĂšne d’Egypte / Die Ägyptische Helena, se donne totalement Ă  une sorte d’enivrement vocal qui bouleverse par sa sincĂ©ritĂ© et son intensitĂ© tendre comme on a dit.

Des Quatre derniers lieders / Ver Letzte Lieder, examinons premiĂšrement « FrĂŒhling » : Ă©perdu, rayonnant voire incandescent grĂące Ă  l’intensitĂ© ardente et pourtant trĂšs claire des aigus, portĂ©s par un souffle ivre. Cependant, la ligne manque parfois d’assise, comme si la chanteuse manquait justement de soutien. Puis, « September » s’enivre dans un autre extase, celle d’une tendresse infinie dont le caractĂšre contemplatif se fond avec son sujet, un crĂ©puscule chaud, celui enveloppant d’une fin d’étĂ© ; la caresse symphonique y atteint, en ses vagues ocĂ©anes gorgĂ©es de voluptĂ©, des sommets de chatoyance melliflue, – cor rayonnant obligĂ©, pour conclure, oĂč chez la chanteuse s’affirme cette fois, la beautĂ© du timbre au legato souverain.

« Beim Schlafengehen » d’aprĂšs Hermann Hesse, plonge dans le lugubre profond d’une immense lassitude, celle du poĂšte Ă©prouvĂ© par le choc de la premiĂšre guerre et le dĂ©clin de son Ă©pouse : impuissance et douleur ; la sincĂ©ritĂ© et cet angĂ©lisme engagĂ© qu’exprime sans affect la diva, bouleversent totalement. En particulier dans sa rĂ©ponse au solo de violon qui est l’appel Ă  l’insouciance dans la candeur magique de la nuit. Cette implication totale rappelle l’investissement que nous avons pu constater dans certains de ses rĂŽles Ă  l’opĂ©ra : sa Gilda, sa Traviata
 consumĂ©es, ardentes, brĂ»lantes. Presque wagnĂ©rienne, mais prĂ©cise et mesurĂ©e, la soprano au timbre ample et charnel reste, -intelligence suprĂȘme, trĂšs proche du texte, faisant de cette fin, un dĂ©chirement troublant.

« Im Abendrot » : malgrĂ© l’émission premiĂšre de l’orchestre, trop brutale, Ă©paisse et dure, le soprano de Damru sait s’élever au dessus de la cime des cors et des cordes. La qualitĂ© majeure de Diana Damrau reste la couleur spĂ©cifique, mozartienne que son timbre apporte Ă  l’articulation et l’harmonisation des Lieder orchestraux : irradiĂ©, embrasĂ©, et pourtant sincĂšre et tendre, transcendĂ© et humain, le chant de Diana Damrau convainc totalement : il s’inscrit parmi les lectures les plus personnelles et abouties du cycle lyrique et symphonique.

La flexibilitĂ© des registres aigus, l’accroche directe des aigus, la prĂ©sence du texte, rendent justice Ă  l’écriture de Richard Strauss qui signe ici son testament musical et spirituel, un accomplissement musical autant qu’un adieu Ă  toute vie.
Le reste du programme enchaĂźne les lieder avec la complicitĂ© toute en fluiditĂ© et dĂ©licatesse du pianiste Helmut Deutsch, Ă  partir de Malven
 qui serait donc le 5Ăš dernier lieder d’un Strauss saisi par l’inspiration et d’un sublime remontant Ă  nov 1948, « derniĂšre rose » pour sa chĂšre diva Maria Jeritza
 laquelle, comme soucieuse et trop personnelle, rĂ©vĂ©la l’air en 1982 ! Le soprano de Damrau articule, vivifie les 4 MĂ€dchenblumen dont la coupe et le verbe malicieux, enjouĂ© rappelle constamment le caractĂšre de Zerbinette. Ce caractĂšre de tendresse voluptueuse quasi extatique appelant Ă  un monde pacifiĂ©, idyllique qui n’existera jamais, semble dans le pĂ©nultiĂšme Befreit, chef d’oeuvre Ă  l’énoncĂ© schubertien, traversĂ© par la mort et la perte, le deuil d’une ineffable souffrance bientĂŽt changĂ©e en bonheur final, que la diva incarne embrasĂ©e dans le moelleux d’aigus irrisĂ©s et calibrĂ©s, son timbre Ă©prouvĂ©, attendri.

CLIC D'OR macaron 200Morgen l’ultime lied orchestrĂ©, d’aprĂšs le poĂšme de Mackay, se cristalise en une ivresse Ă©perdue qui aspire au renoncement immatĂ©riel, Ă  l’évanouissement, Ă  la perte de toute chose : legato, flexibilitĂ©, beautĂ© du timbre, associĂ© Ă  l’élĂ©gie du violon solo font un miracle musical pour ce programme d’une Ă©vidente musicalitĂ©. Splendide rĂ©cital, Ă©lĂ©gant, tendre, musical. Bravo Diana.

 

 

 

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CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks / Mariss Jansons. L’heure n’est pas aux comparaisons dĂ©raisonnables tant leurs timbres et moyens respectifs sont trĂšs diffĂ©rents mais le hasard des parutions fait que ERATO publie en janvier le mĂȘme programme des Quatre derniers lieder, par Diana Damrau donc (orchestre) et par la franco-danoise Elsa Dreisig (piano), cette derniĂšre interprĂšte hĂ©las moins convaincante et naturelle que sa consƓur allemande
 d’autant que la chanteuse française intercale diverses mĂ©lodies françaises et russes entre chaque lied de Strauss, au risque d’opĂ©rer une cĂ©sure dommageable


 

 

 

VIDEO : Diama DAMRAU chante September de Richard Strauss

 

 

 

 LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche MORT DU CHEF MARISS JANSONS, nov 2019

DVD, critique. JANACEK : De la maison des morts / From the house of the dead. Young, Castorf (1 dvd Bel Air classiques, 2018)

JANACEK de maison des morts critique classiquenews critique dvd opera bac173-cover-fromthehouseofthedead-recto-siteok-500x712DVD, critique. JANACEK : De la maison des morts / From the house of the dead. Young, Castorf (1 dvd Bel Air classiques, 2018). Avant de mourir Janacek (en 1928) nous laisse son opĂ©ra inspirĂ© de Dostoievski : De La Maison des morts, crĂ©Ă© Ă  Brno, Ă  titre posthume en 1930. L’OpĂ©ra de BaviĂšre Ă  Munich a prĂ©sentĂ© en 2018 la mise en scĂšne de Frank Castorf dont le goĂ»t pour les symboles gĂ©ants et en plastic avait dĂ©routĂ© les bayreutiens, dans sa vision plutĂŽt laide du Ring. Pour illustrer plutĂŽt qu’exprimer la dĂ©faite de notre sociĂ©tĂ© de consommation, il imagine un lieu perdu, aux marques publicitaires Ă©culĂ©es et bien lisibles (ont-elles versĂ© leur financement ?) formant un fatras prĂ©fabriquĂ© qui tient du mirador et de l’abri de ZAD
 ChĂ©reau avait marquĂ© la mise en scĂšne de l’ouvrage Ă  Aix en 2007, mai dans une tout autre rĂ©flexion sur l’ensevelissement progressif des humanitĂ©s. Castorf semble rĂ©pĂ©ter les tics visuels du Ring de Bayreuth pour les imposer chez Janacek. MĂȘme dĂ©ception pour la fosse dont le son toujours tendu, certes opulent et prĂ©sent d’un bout Ă  l’autre, est comme poussĂ© ; il semble indiquer dans la direction de Simone Young, l’absence de vision intĂ©rieure plus tĂ©nue, la perte des nuances. Evidemment, cette pĂąte orchestrale qui dĂ©ferle, finit par couvrir les voix, Ă©cartant lĂ  aussi tout travail filigranĂ© sur le texte. Or la langue est primordiale chez Janacek, lui qui a tant rĂ©formĂ© le langage musical Ă  partir de ses propres recherches sur la notion de musique parlĂ©e, n’hĂ©sitant pas Ă  intĂ©grer dans son Ă©critures les motifs et formules dĂ©couvertes tout au long d’un vrai travail de collecte ethnomusicologique. Cette notion de prĂ©cision linguistique et d’intelligibilitĂ© musicale produit ce rĂ©alisme poĂ©tique si particulier chez le compositeur morave. D’autant qu’aprĂšs Jenufa, Katia Kabanova, La Petite Renarde rusĂ©e, L’Affaire Makropoulos
 De la Maison des morts s’affirme bien comme le prolongement et l’aboutissement de cette esthĂ©tique personnelle et puissante. De ce point de vue, la direction de Simone Young, linĂ©aire, illustrative, en rien trouble ni ambivalente, tombe Ă  plat.

janacekLa poĂ©sie philosophique de Janacek rappelle combien l’homme est reliĂ© et dĂ©pendant d’un cycle qui le dĂ©passe et dont il doit respecter l’équilibre des Ă©nergies s’il veut survivre. Cette immersion (autobiographique dans le cas de Dostoievski) dans les profondeurs des bagnes dĂ©veloppe tout une perspective noire et lugubre, oĂč l’homme perd pied, et se laisse dĂ©truire dans la folie, la violence, la haine, une brutalitĂ© spĂ©cifiquement humaine.
L’Aljeja d’Evgeniya Sotnikova, comme le Morozov d’Ales Briscein sont parfois inaudibles. Mais plus puissants naturellement que leurs partenaires, Bo Skovhus (Siskov) et Charles Workman (Skuratov) tirent leur voix de ce jeu sonore et diluĂ©, car ils sont leurs personnages ; Ăąmes de souffrance, figures d’une humanitĂ© au bout du bout. Le premier a dĂ©jĂ  passĂ© le guĂ© et est enseveli ; le second, est comme enivrĂ© et anesthĂ©siĂ© par le dĂ©nuement et la misĂšre : pour toute rĂ©ponse, Workman tisse une vocalitĂ© intĂ©rieure, pourtant lumineuse dans ce monde des tĂ©nĂšbres. Le chanteur touche juste du dĂ©but Ă  la fin, dans un numĂ©ro d’équilibriste et de funambule heureux, lunaire et finalement dans l’espĂ©rance. Rien que pour cette incarnation, le spectacle mĂ©rite absolument d’ĂȘtre vu et connu.

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DVD, critique. LeoĆĄ JANACEK (1854-1928) : De la maison des morts. MUNICH, OpĂ©ra de BaviĂšre, / Nationaltheater. OpĂ©ra en 3 actes, livret du compositeur, d’aprĂšs DostoĂŻevski. Mise en scĂšne : Frank Castorf. Peter Rose (Alexander Petrovitch Goriantschikov) ; Bo Skovhus (Chichkow) ; Evgeniya Sotnikova (Alieia) ; AleĆĄ Briscein (Filka Morozov) ; Christian Rieger (Le commandant) ; Charles Workman (Skuratov). BAYERISCHES STAATS Orchester / Chorus / ChƓur de l’OpĂ©ra national de BaviĂšre ; Orchestre National de BaviĂšre ; direction : Simone Young. EnregistrĂ© Ă  Munich, printemps 2018. 1 dvd Bel Air classiques. CrĂ©dits photographiques : © Wilfried Hösl – Parution : 14 fĂ©vrier 2020. PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur BelAir classiques

TEASER VIDEO
https://www.youtube.com/watch?v=r7Bt9k_NPwU&feature=emb_logo

LIVRE, Ă©vĂ©nement. Beethoven et aprĂšs par Élisabeth Brisson, Bernard Fournier, François-Gildas Tual (Fayard / Mirare)

Beethoven, et aprĂšs livre fayard mirare folle journee beethoven 2020 annonce critique livre concert classiquenews 9782213716589-001-TLIVRE, Ă©vĂ©nement. Beethoven et aprĂšs par Élisabeth Brisson, Bernard Fournier, François-Gildas Tual (Fayard / Mirare). ImmĂ©diatement, le gĂ©nie beethovĂ©nien a Ă©tĂ© reconnu, mesurĂ©, analysĂ© Ă  sa juste valeur, crĂ©ant une onde de choc et d’influence, persistante et durable. Tous ses contemporains (exceptĂ© Goethe qui rencontre le musicien sans suite) ont cĂ©lĂ©brĂ© la grandeur de l’artiste, la dimension messianique de son Ă©criture, sa fougue rĂ©volutionnaire, en particulier dans ses Ɠuvres symphoniques. A l’époque qui suit la RĂ©volution française dont les valeurs suscitent l’adhĂ©sion du compositeur nĂ© Ă  Bonn (fraternitĂ©, Ă©galitĂ©, libertĂ©), quand Bonaparte prend le pouvoir et devient Empereur, Beethoven crĂ©e la musique de cette dĂ©flagration qui sculpte l’Europe politique. MĂȘme Ă  l’époque du CongrĂšs de Vienne (1815), Beethoven est le compositeur majeur reconnu par tous. Transcriptions, partitions conçues dans son influence directe
 attestent de cette aura saisissante qui occupent des gĂ©nĂ©rations d’auteurs aprĂšs lui.
Le livre est un complément idéal à la Folle Journée de Nantes 2020, qui célÚbre à juste titre les 250 ans de Beethoven.
Les 3 auteurs dont certains sont spĂ©cialistes de l’Ɠuvre de Ludwig, interroge la fortune critique de Beethoven, dĂšs son vivant. A la lueur des Ă©vĂ©nements de sa vie, beaucoup de biographes ont tentĂ© de rĂ©cupĂ©rer l’image de Beethoven Ă  des fins autres que celles strictement musicales : beaucoup d’auteurs n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  rĂ©Ă©crire le mythe Beethoven (tout en l’enrichissant ainsi) selon des motivations « affectives, esthĂ©tiques, nationalistes, idĂ©ologiques » (Élisabeth Brisson, auteure du Guide de la musique de Beethoven) ; le propre du gĂ©nie BeethovĂ©nien reste son audace expĂ©rimentale qui repousse toujours plus loin les possibilitĂ©s des formes musicales alors fixĂ©es par Haydn et Mozart, ses prĂ©dĂ©cesseurs Ă  Vienne : ainsi sonate, symphonie, quatuor sont de fond en comble rĂ©gĂ©nĂ©rer et porter « à un apogĂ©e » (Bernard Fournier, auteur de l’Histoire du quatuor Ă  cordes dont le tome 1 accorde une large place aux quatuors de Beethoven). Enfin l’hommage immĂ©diat Ă  Beethoven se mesure Ă  l’aulne des transcriptions de ses Ɠuvres, permettant « une diffusion large ». Les auteurs soucieux de cĂ©lĂ©brer la force et la puissance du gĂ©nie beethovĂ©nien sont innombrables : leurs partitions en Ă©cho constituent aujourd’hui comme un monument musical qui prolonge le monument de Beethoven Ă  Bonn (François-Gildas Tual). Lecture indispensable.

IVRE, Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN et aprĂšs
 Ă©ditions FAYARD / Mirare - parution : 22 janv 2020. Prix TTC indicatif : 15 € – EAN : 9782213716589 – Code hachette : 2822525 – Prix NumĂ©rique : 10.99 € – EAN numĂ©rique : 9782213718576 – 240 pages – format : 12 x 18, 6 cm.

CD, critique. SHEKU : ELGAR : Concerto pour violoncelle (LSO, Rattle – 1 cd DECCA 2019)

sheku-violoncelle-review-critique-cd-classiquenews-decca-clic-de-classiquenews-ELGAR-london-symph-orchestraCD, critique. SHEKU : ELGAR : Concerto pour violoncelle (LSO, Rattle – 1 cd DECCA 2019). DECCA a bien raison de dĂ©velopper un marketing de personnalitĂ©, s’agissant du violoncelliste Sheku (Kanneh-Mason, de son nom en dĂ©veloppĂ©), le concept est direct et immĂ©diatement porteur : SHEKU, cinq lettres qui composent une trĂšs forte individualitĂ© dont on apprĂ©cie le sens de la mesure comme de la finesse. Rattle parle mĂȘme d’un « poĂšte »  on aimerait bue le chef suive ici le soliste sur les ailes nuancĂ©es de la musique
 Car le violoncelliste britannique est bien une sensibilitĂ© affirmĂ©e, au chant intĂ©rieur indiscutable. Cela s’entend d’emblĂ©e Ă  travers les 10 piĂšces de ce programme plutĂŽt variĂ© et consistant, et parfois singuliĂšrement intimes. Le Concerto d’Elgar (opus 85) est dense, entiĂšrement dĂ©volu au chant solo du violoncelle, ce dĂšs l’Adagio d’ouverture. L’écriture est serrĂ©e, faire valoir de l’expressivitĂ© parfois Ăąpre de l’orchestre ; un peu trop Ă©pais dans la lecture de Rattle avec le LSO (London Symph Orchestra). L’agilitĂ© et la prĂ©cision du soliste exprime son jeu Ă©loquent et habitĂ©, qui contraste souvent avec le bloc, dur et « pompier » de l’orchestre ; distinguons de fait, l’agilitĂ© aĂ©rienne et pleine de subtilitĂ© qui rĂ©vĂšle chez Sheku, un talent pour une volubilitĂ© arachnĂ©enne.

Ayant jouĂ© par le royal wedding en 2018 (le mariage de Harry et Meghan), Sheku a gagnĂ© en peu de temps un surcroĂźt de cĂ©lĂ©britĂ©, comme en son temps une certaine soprano australienne Kiri te Kanawa pour le mariage de Lady Diana. Le jeune violoncelliste britannique nĂ© en avril 1999, Ă  peine ĂągĂ© de 20 ans donc, fait montre d’une troublante maturitĂ© qui s’affirme dans la profondeur d’un jeu discret, direct, volubile et trĂšs articulĂ©, sans fard ni effets. Cet Ă©quilibre et cet esprit de la mesure intĂ©riorisĂ©e, ce son enfin, souverain par sa sincĂ©ritĂ©, se dĂ©ploient vĂ©ritablement dans l’Adagio d’Elgar, dont les qualitĂ©s sont mĂ©lodiques et introspectives. Le tact, la pudeur Ă©cartent – trĂšs heureusement -, tout affĂšterie, ailleurs souvent automatique, soulignant chez Elgar sa solennitĂ© plutĂŽt que ses brĂ»lures mĂ©ditatives (dĂ©veloppĂ©es jusqu’à la fin du dernier mouvement Allegro, presque bavard oĂč l’on sent chez le violoncelle l’envie d’en dĂ©coudre sans conclure vraiment). Sheku se montre souple, fin, et presque racĂ©, d’une sonoritĂ© de fait filigranĂ©e, Ă©largie qui semble Ă©tendre et dĂ©tendre le temps avec une clartĂ© dans le geste, captivante.

CLIC D'OR macaron 200L’interprĂšte sait varier son jeu : tout en souplesse, rondeur, vibration, introspection dans la Romance de ce volet majeur Elgar. MĂȘme souplesse et finesse de son vibrato, douĂ© de phrasĂ©s intĂ©rieurs dans Nimrod des Enigma varations d’ELGAR : la pudeur du geste, l’éloquence rentrĂ©e et pourtant trĂšs intense font mouche. Sheku convainc, car Elgar lui va comme un gant sur une main preste.

 

 

 

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VIDEO PEOPLE / SHEKU joue au mariage royal de 2018 (Harry & Meghan) :

 

 

 

Commentaire : The footage was taken from St George’s Chapel, Windsor for the wedding of the Duke and Duchess of Sussex. Sheku Kanneh-Mason performs von Paradis’ ‘Sicilienne in E Flat Major’, FaurĂ©’s ‘AprĂšs Un RĂȘve’ and Schubert’s ‘Ave Maria’.

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VIDEO

 

 

 

Music video by Sheku Kanneh-Mason performing Traditional: Blow The Wind Southerly (Arr. Kanneh-Mason). © 2020 Decca Music Group Limited

 

 

 

 

CD, critique. HAYDN : Quatuors. Quatuor Hanson (2018 / 2019, 2 cd Aparté)

quatuor hanson cd aparte 2 cd critique HANSON classiquenewsCD, critique. HAYDN : Quatuors Hanson (2018, 2 cd ApartĂ©). CrĂ©Ă© seulement il y a 6 ans (2003), le Quatuor français HANSON (du nom du premier violon, primarius : le percutant et subtil Anton Hanson) frappe un grand coup dans la planĂšte chambriste avec ce double cd dĂ©diĂ© aux Quatuor de Haydn (au total 6 quatuors – opus 20, 33, 50 : « la grenouille », 54, 76 et 77-, enregistrĂ©s en nov 2018, Ă©ditĂ© chez ApartĂ© en dĂ©c 2019). L’éloquence du son collectif, le dĂ©tail de chaque partie (violons, alto, violoncelle) magnifiquement caractĂ©risĂ©e, rĂ©activent ici l’esprit de la conversation en musique avec un relief souple, une acuitĂ© expressive qui souligne l’inventivitĂ© faite facĂ©tie et modernitĂ© (architecture des contrastes, des tonalitĂ©s, des chromatisme et des vagues harmoniques), du gĂ©nial Joseph Haydn.
Le titre du coffret « All shall not die / rien ne mourra » indique clairement l’apport dĂ©cisif du Viennois au genre du quatuor Ă  cordes : une leçon que prolongent aprĂšs lui, Mozart et surtout Beethoven, autre maĂźtre de la forme et de la construction. Les Hanson nous parlent avant tout d’intelligence musicale par laquelle Joseph Haydn, le musicien le plus vĂ©nĂ©rĂ© de son temps, est Ă  la fois classique et romantique.

CLIC_macaron_2014Dans ce jeu lumineux d’un contrepoint dĂ©taillĂ© et fusionnel, les 4 instrumentistes du Quatuor Hanson se dĂ©lectent Ă  articuler la fine rhĂ©torique d’un Haydn, aussi facĂ©tieux que sincĂšre ; ils incarnent aujourd’hui clairement un trĂšs haut niveau sonore et artistique, dans un noyau d’Ɠuvres qui forment dĂ©sormais leur territoire de prĂ©dilection, les quatuors de Joseph Haydn. A la fois naturel et juste, intĂ©rieur et libre. Magistral accomplissement dans un rĂ©pertoire pourtant abondamment traitĂ© et enregistrĂ©. La rĂ©ussite n’en est que plus mĂ©ritante.

 

 

 

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Joseph Haydn : 6 quatuors
Quatuors Op. 20 n°5, Quatuor Op. 33 n° 5
Quatuor Op. 50 n°6, Quatuor Op. 54 n°2
Quatuor Op. 76 n°2, Quatuor Op. 77 n°2

Quatuor Hanson
Anton HANSON, Jules DUSSAP, violons
Gabrielle LAFAIT, alto
Simon DECHAMBRE, violoncelle

2 cd ApartĂ© – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Arras en nov 2018, avril 2019. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2020

 

 

 

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VISITEZ le site du Quatuor HANSON
https://www.quatuorhanson.com

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. BRUXELLES, La Monnaie, le 22 dĂ©c 2019. OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann : Altinoglu / Warlikowski.

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. BRUXELLES, La Monnaie, le 22 dĂ©c 2019. OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann : Altinoglu / Warlikowski. On goĂ»te (peu) mais tolĂšre avec curiositĂ© chaque nouvelle production du polonais irrĂ©vĂ©rencieux Krzysztof Warlikowski dont la laideur et la sĂ©cheresse de l’imaginaire dĂ©naturent souvent les opĂ©ras qu’il met en scĂšne. On se souvient de son roi Roger de Zymanowski Ă  Bastille, tout sauf lisible, et rien que confus, grand bazar et barnum sur la scĂšne (avec citation de Mickey et guirlandes Ă©lectriques).

A Bruxelles, il a traitĂ© pareillement MĂ©dĂ©e (2008), puis Lulu et Don Giovanni 
 Ici, le curseur rĂ©fĂ©rentiel se fixe sur la nĂ©buleuse cinĂ©matographique, car les citations au 7Ăš art sont continues en particulier Ă  Cukor (A Star is born). Stella / Rita Hayworth y reçoit bien sa statuette en or au grand dam du poĂšte Hoffmann, dĂ©sabusĂ©, aigri
 Warlikowski de s’obstiner ainsi Ă  faire rentrer la partition d’Offenbach dans cette grille de lecture et de rĂ©fĂ©rence, aux forceps, quitte comme d’habitude Ă  dĂ©naturer la partition originelle.

 

 

Offenbach dénaturé, sauce Warlikowski

 

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La « trouvaille » est de portraiturer le poĂšte malheureux en amour en ex star alcoolique face aux diverses figures d’une lolita exposĂ©e, crĂ©dule, vorace de gloire
 chaque incarnation Olympia, Antonia
 sont les prises de rĂŽles de la jeune vedette dĂ©clarĂ©e, sous les projecteurs hollywoodiens. Exit le fantastique noir, le dĂ©lire poĂ©tique d’Hoffenbach (disparue l’identitĂ© fusionnĂ©e de Nicklausse / la Muse). Bonjour l’artifice d’une adaptation dĂ©routante et forcĂ©e. Chaque tableau devient gadget. Un comble pour le metteur en scĂšne dont le regard doit clarifier l’intrigue, unifier et prendre de la hauteur sur son sujet.

Donc au pays de l’anecdocte et de la trouvaille (facile), – le spectateur reconnaĂźt ici Shining ou Pulp Fiction ; lĂ , Twin Peaks, le Jocker
 il est confrontĂ© Ă  une performance foraine comme Ă  un jeu des 7 erreurs : toujours en quĂȘte du dĂ©tail qui tue. Pire pour l’attention du spectateur, la rĂ©pĂ©tition Ă  outrance d’un dispositif sensĂ© trancher : chaque air est rĂ©alisĂ© par le/la soliste devant un micro, comme au Music Hall. EreintĂ© par tant de kitcherie qui tourne en rond, oĂč l’on s’agace des noces obsessionnelles de l’opĂ©ra et de la variĂ©tĂ©, l’auditeur ferme les yeux pour retrouver non sans gĂȘne, la musique d’Offenbach.

Quel dommage car le poÚte Hofmann campé par Enea Scala est impeccable : regard ivre et halluciné, profondeur du héros désabusé et progressivement amer : la voix suit les nuances de cette prise de rÎle particuliÚrement aboutie.
Respectant le vƓu du compositeur, Nicole Chevalier incarne les 4 visages fĂ©minins, objets qui plongent le poĂšte maudit dans la frustration absolue : Olympia agile, Antonia touchante, voluptueuse Giuletta (grimĂ©e ici en pornostar) ; enfin Stella ardente, prĂ©sente, crĂ©dible. Rien Ă  redire aussi sur les 4 visages dĂ©moniaques dĂ©fendus par Gabor Bretz, dont la basse claire mord dans chaque personnage. Beau Niklausse de MichĂšle Losier ; et mĂšre dĂ©chirante dans l’acte d’Antonia, grĂące Ă  Sylvie Brunet-Grupposo, au grave juste et sincĂšre, sans appui. Les seconds rĂŽles sont dans la mĂȘme veine, naturelle et crĂ©dible : François Piolino (Spalanzanin, NathanaĂ«l) et LoĂŻc Felix (percutant Frantz).
Dans la fosse, le chef assure le bon fonctionnement de la machine orchestrale qui manque cependant de vertiges, de souffle, de noirceur poétique.

 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. BRUXELLES, La Monnaie, le 22 dĂ©c 2019. OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann : Altinoglu / Warlikowski.

Hoffmann : Enea Scala
Olympia, Antonia, Giulietta, Stella : Nicole Chevalier
Nicklausse, La Muse : MichĂšle Losier
Mùre d’Antonia : Sylvie Brunet-Grupposo
Lindorf, Coppélius, Miracle, Dapertutto : Gåbor Bretz
Spalanzani, Nathanaël, Luther, Crespel : François Piolino
Luther, Crespel : Sir Willard White
Frantz, AndrĂšs, Cochenille, Pitichinaccio : LoĂŻc Felix
Schlémil, Herrmann : Yoann Dubuque

Orchestre symphonique et ChƓurs de La Monnaie
Alain Altinoglu, direction

Mise en scÚne : Krzysztof Warlikowski / Photos : © Bernd Uhlig

 

 

 

 

 

POITIERS : SONGS au TAP

POITIERS, TAP. SONGS, 8 janv 2020, 20h30. A partir d’airs lyriques anglais du 17Ăš, les interprĂštes de l’ensemble Correspondances Ă©chafaudent un nouveau type de spectacle, mĂ©lo, dĂ©lirant, poĂ©tique oĂč chaque musicien tient son rĂŽle, accordant dĂ©sormais thĂ©Ăątre et musique, chant et action
 COMMENT RENOUVELER LES FORMES DU CONCERT MUSICAL ? Sortir du rĂ©cital classique – frontal, narratif, traditionnel
 sublimer certaines songs les plus enivrantes du XVIIĂš et dont les sujets touchent toujours : langueur et pleurs d’amour, vanitĂ© humaine, le temps qui passe et court
 Tels sont les objectifs de ce programme hors normes qui fait de la musique la matiĂšre dramatique et l’action qui s’incarne ainsi Ă  travers la chanteuse vedette, Lucile Richardot.

 

 

L’Ensemble baroque Correspondances revisite la forme du spectacle


DĂ©lirante obsession
d’une mariĂ©e mĂ©lancolique

 

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Les instrumentistes deviennent acteurs, et pas seulement « simples producteurs du son ».  Ecrit Ă  plusieurs mains, impliquant tous les interprĂštes, le spectacle tente de repenser l’action musicale, la notion mĂȘme de thĂ©Ăątre et d’action, d’expression et de chant, de prĂ©sence et d’action instrumentale en convergence
 comment jouer le drame ? Comment chanter et raccorder les piĂšces ainsi agencĂ©es et unifiĂ©es qui sont parmi les plus modernes de leur Ă©poque : Ă  l’époque du drame avant l’opĂ©ra
 premiers rĂ©citatifs,  grands airs de « masks », scĂšnes dramatiques, autant d’élĂ©ments qui prĂ©parent et permettent l’opĂ©ra Ă  venir. Peu Ă  peu s’est prĂ©cisĂ©e, au fur et Ă  mesure des piĂšces de musique retenues, l’histoire de cette femme Ă  l’humeur dĂ©calĂ©e, incapable de vivre le monde si elle ne peut se bercer de ses propres illusions et lĂ©gendes
 Le spectacle dĂ©bute le jour de son mariage. Elle refuse de rejoindre les invitĂ©s, hantĂ©e par les histoires de sa mĂ©moire, qui la fascinent et la fatiguent. Ses dĂ©sirs, son imaginaire, sa frustration la mĂšnent Ă  une mĂ©lancolie de plus en plus envahissante, extatique
 dĂ©lirante. Entre passĂ© et prĂ©sent, fiction et rĂ©alitĂ©. Un drame psychologique qui brouille les frontiĂšres. Et relĂšve de Cocteau au pays des Baroques.

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Mer 8 janv 2020, 20h30boutonreservation
TAP Poitiers, Théùtre
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/songs/
Chants surtitrés en français
Durée : 1h40
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/songs/

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Mise en scĂšne : Samuel Achache
Direction musicale : Sébastien Daucé
Scénographie : Lisa Navarro
Dramaturgie : Sarah Le Picard
Costumes : Pauline Kieffer
LumiĂšres : CĂ©sar Godefroy
Assistante Ă  la mise en scĂšne : Carla Bouis
Régie générale : Vincent Ribes
RĂ©gie plateau : Marion Lefebvre

Avec Lucile Richardot (alto), Margot Alexandre (comĂ©dienne), Sarah Le Picard (comĂ©dienne), SĂ©bastien DaucĂ© (orgue et virginal), RenĂ© Ramos-Premier (baryton basse), Lucile Perret (flĂ»tes), AngĂ©lique Mauillon (harpe), Mathilde Vialle (viole), Louise Bouedo (viole), Étienne Floutier (viole), Thibault Roussel (thĂ©orbe, guitare), Arnaud de Pasquale (virginal)

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Présentation par le TAP, Poitiers

« Il faut imaginer une femme, le jour de son mariage. Alors que tout le monde est rĂ©uni pour cĂ©lĂ©brer ses noces, elle s’enferme dans les toilettes et ne veut plus en sortir : elle n’ira pas. Sa sƓur tente de divertir ses lamentations tandis que sa mĂšre n’est capable que de chanter. Un rĂ©pertoire, entre John Dowland et Henry Purcell, qui a inspirĂ© l’album primĂ© Perpetual Night (2018, Harmonia Mundi) conçu par SĂ©bastien DaucĂ© pour l’ensemble Correspondances et la fascinante voix d’alto de Lucile Richardot – au TAP en 2019 pour un concert-sandwich d’anthologie. Samuel Achache crĂ©e une trame thĂ©Ăątrale Ă  ces chants, intĂšgre des musiciens, acteurs et chanteurs Ă  l’histoire, qu’il situe dans un fantastique dĂ©cor de cire. À la fois concert, opĂ©ra de chambre et comĂ©die burlesque, ce thĂ©Ăątre musical inclassable remporte tous les suffrages.
description

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COMPTE-RENDU, critique. PARIS, le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano).

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critiqueCOMPTE-RENDU, critique. PARIS, le 15 dĂ©c 2019. RĂ©cital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano). A Paris, la mezzo romaine Cecilia Bartoli incarne le lĂ©gendaire Farinelli, accompagnĂ©e de ses « Musiciens du Prince » sous la baguette du chef baroque, Gianluca Capuano (lequel avait rĂ©alisĂ© avec le duo Caurier / Leiser, un Couronnement de PoppĂ©e / Incoronazione du Poppea de Monteverdi, mĂ©morable Ă  l’OpĂ©ra de Nantes oct 2019).

La diva ne paraĂźt pas grimĂ©e en homme barbu, – testostĂ©ronĂ©e telle qu’elle pose en couverture de son cd FARINELLI Ă©ditĂ© dĂ©but novembre 2019 chez Decca
 Dommage. Mais pour mieux exprimer la charge hautement dramatique de chaque rĂŽle, la diva comĂ©dienne, sait changer de costumes selon les airs sĂ©lectionnĂ©s, profitant des « pauses » purement instrumentales, qui rythment aussi le rĂ©cital parisien.

La majoritĂ© des Ă©pisodes lyriques sont extraits du cd Farinelli : ils ont tous Ă©tĂ© chantĂ© par le divo au XVIIIĂš signĂ©s des compositeurs les plus importants dans l’histoire des castrats : Haendel, Porpora, Caldara Vinci, Hasse, les moins connus Caldara et Giacomelli. Castrat oblige, la maniĂšre napolitaine triomphe : toujours plus haut, toujours plus rapide ; la virtuositĂ© bataille avec l’agilitĂ© ; la versatilitĂ© des sentiments, avec la souplesse parfois contorsionnĂ©e de la ligne vocale.

 

 

 

PARIS, BARTOLI, FARINELLI

 

 

 

Bartoli engage un rĂ©cital passionnant avec ses moyens actuels : moins agiles, moins naturellement brillants, mais plus rauques parfois, avec une couleur sombre gĂ©nĂ©rale qui enrichit son mĂ©dium et rend ses aigus d’autant plus intenses, voire tendus, toujours d’une fragilitĂ© maĂźtrisĂ©e, comme sont ses phrasĂ©s, et sa comprĂ©hension du legato, souverains. Travestie (Imeneo de Porpora), la chanteuse trouble par ce grain vocal d’une mĂąle et souple expressivitĂ© qui exprime l’enivrement amoureux.
Elle joue avec sa voix, mais jamais ne perd le fil dramatique ni le sens et le caractĂšre de chaque personnage comme de chaque situation ; elle est, tragique et noble, ClĂ©opĂątre (Hasse et Haendel) ; tendre et d’une douceur caressante et pastorale (« Augeletti », Rinaldo de Haendel) ; saisissante et frissonnante dans l’ample priĂšre sombre de « Sposa, non mi conosci » (Merope de Giacomelli, vraie rĂ©vĂ©lation entre autres).‹La future directrice de l’OpĂ©ra de Monaco (Ă  partir de 2023) dĂ©montre l’intelligence vocale et dramatique, l’attention au texte, le souci de la cohĂ©rence et du sens de l’intonation que peu de divas actuelles maĂźtrisent avec autant de nuances. Aujourd’hui, l’évolution de la voix de la diva correspond au choix des airs de ce programme : Farinelli castrat soprano Ă©tait connu pour sa couleur Ă©tonnamment sombre, riche et percutante dans les airs de langueurs funĂšbres, les priĂšres tragiques et intĂ©rieures, supposant souffle et perfection de la ligne. MĂȘme constat et diagnostic pour Cecilia Bartoli dont l’intelligence du chant subjugue toujours. Jusqu’au jeu des instrumentistes dont la tenue (Concertos et Sinfonie) est impeccable, en fluiditĂ© comme en rebonds.
La caresse enveloppante « vivaldienne » de Merope de Broschi (Riccardo, frĂšre de Farinelli qui s’appelait aussi Carlo Broschi) s’avĂšre ici des plus bouleversantes, Ă  la fois implorante et d’une tendresse dĂ©terminĂ©e.
Les interprĂštes sont riches en bis, Ă  la mesure de leur complicitĂ© et de leur talent vers le public : tous communient enfin avec Haendel (Ode for St. Cecilia’s Day et surtout,  « Dopo notte » de l’opĂ©ra Ariodante), et l’époustouflante et trĂ©pidante aria de Porpora (Adelaide). Avec ses consƓurs Vivica Genaux et rĂ©cemment Ann Hallenberg, Cecilia Bartoli s’impose comme l’une des meilleures voix farinelliennes de l’heure. Un nouveau succĂšs pour son dernier disque.

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COMPTE-RENDU, critique. PARIS, Philharmonie (Salle Boulez), le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano)

LIRE aussi nos premiĂšres impressions critiques du cd FARINELLI / Cecilia BARTOLI (Decca)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-premieres-impressions-farinelli-cecilia-bartoli-1-cd-decca/

 

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VIDEO Farinelli Cecilia Bartoli

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CD, coffret Ă©vĂ©nement. BERLIOZ : La Damnation de Faust : Spyres, Courjal, NELSON (2 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019)

BERLIOZ-DAMNATION-FAUST-NELSON-DIDONATO-SPYRES-COURJAL-critique-opera-classiquenews-annonce-critique-dossierCD, coffret Ă©vĂ©nement. BERLIOZ : La Damnation de Faust : Spyres, Courjal, NELSON (3 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019). EnregistrĂ©e sur le vif Ă  Strasbourg en avril 2019, la production rĂ©unie sous la baguette Ă©lĂ©gante, exaltĂ©e sans pesanteur de l’amĂ©ricain John Nelson, rĂ©ussit un tour de force et certainement le meilleur accomplissement discographique et artistique pour l’annĂ©e BERLIOZ 2019. Du tact, de la pudeur aussi (subtilitĂ© caressante de l’air de Faust : « Merci doux crĂ©puscule » qui ouvre la 3Ăš partie), l’approche est dramatique et d’une finesse superlative. Elle sait aussi caractĂ©riser avec mordant comme le profil des Ă©tudiants et des buveurs Ă  la taverne de Leipzig, vraie scĂšne de genre, populaire Ă  la Brueghel, entre ripailles et grivoiseries sous un lyrisme libre. Il est vrai que la distribution atteint la perfection, en particulier parmi les hommes : sublime Faust de Michael Spyres, articulĂ©, nuancĂ© (aristocratique et poĂ©tique dans la lignĂ©e de Nicolas Gedda en son temps, et qui donc renouvelle le miracle de son EnĂ©e dans Les Troyens prĂ©cĂ©dents) auquel rĂ©pond en dialogues hallucinĂ©s, contrastĂ©s, fantastiques, le MĂ©phisto mordant et subtil de l’excellent Nicolas Courjal (dont on comprend toutes les phrases, chaque mot) ; leur naturel ferait presque passer l’ardeur de la non moins sublime Joyce DiDonato, un rien affectĂ© : il est vrai que son français sonne affectĂ© (et pas toujours exact). Manque de prĂ©paration certainement ; dommage lorsque l’on sait le perfectionnisme de la diva amĂ©ricaine, soucieuse du texte et de chaque intonation.

 

 

 

et de deux !, aprĂšs Les Troyens en 2017,
John Nelson réussit son Faust
pour l’annĂ©e BERLIOZ 2019

 

 

 

Son air du roi de ThulĂ©, musicalement rayonne, mais souffre d’un français pas toujours intelligible. Mais la soie troublĂ©e, ardente que la cantatrice creuse et cisĂšle pour le personnage, fait de sa Marguerite, un tempĂ©rament romantique passionnĂ©, possĂ©dĂ©, qui vibre et s’embrase littĂ©ralement. Quel chant ! VoilĂ  qui nous rappelle une autre incarnation fabuleuse et lĂ©gendaire celle de Cecilia Bartoli dans la mĂ©lodie de la Mort d’OphĂ©lie

Le chƓur portugais (Gulbenkian) reste impeccable : prĂ©cis, articulĂ© lui aussi. L’Orchestre strasbourgeois resplendit lui aussi, comme il l’avait fait dans le coffret prĂ©cĂ©dent Les Troyens (il y a 2 ans, 2017). Il n’est en rien ce collectif de province et rien que rĂ©gional ici et lĂ  prĂ©sentĂ© (!) : FrĂ©missements, Ă©clairs, hululements
 les instrumentistes, sous une direction prĂ©cise et qui respire, prend de la distance, confirme dans l’écriture berliozienne, cette conscience Ă©largie qui pense la scĂšne comme un thĂ©Ăątre universel, souvent Ă  l’échelle du cosmos (avant Mahler). Version superlative nous l’avons dit et qui rend hommage Ă  Berlioz pour son annĂ©e 2019.
CLIC_macaron_2014Les plus puristes regretteront ce français amĂ©ricanisĂ© aux faiblesses linguistiques si pardonnables quand on met dans la balance la justesse de l’intonation et du style des deux protagonistes (Spyres / DiDonato). L’attention au texte, le souci de prĂ©cision dans l’émission et l’articulation restent louables. La conception chambriste prime avant toute chose, restituant la jubilation linguistique du trio Faust / Marguerite / MĂ©phisto qui conclut la 3Ăš partie… Ailleurs expĂ©diĂ©e et vocifĂ©rĂ©e sans prĂ©cision. A Ă©couter de toute urgence et Ă  voir aussi puisque le coffret comprend aussi en 3Ăš galette, le dvd de la performance d’avril 2019 Ă  Strasbourg. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’hiver 2019.

 

 

  

 

 

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CD, coffret Ă©vĂ©nement. BERLIOZ : La Damnation de Faust (3 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019).

LĂ©gende dramatique en quatre parties,
livret du compositeur d’aprùs Goethe
CrĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique le 6 dĂ©cembre 1846

Joyce DiDonato : Marguerite
Michael Spyres : Faust
Nicolas Courjal : MéphistophélÚs
Alexandre Duhamel : Brander

ChƓur de la Fondation Gulbenkian
Les petits chanteurs de Strasbourg

Orchestre philharmonique de Strasbourg
John Nelson, direction

 

 

 

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Enregistré à Strasbourg en novembre 2018
2 cd + 1 dvd – ref ERATO 9482753, 2h

LIRE aussi notre critique complĂšte des TROYENS de BERLIOZ par John Nelson, Michael Spyres, Joyce DiDonato, StĂ©phane Degout (2017)… :

 

 

 

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berlioz-les-troyens-didonato-spyres-nelson-3-cd-ERATO-annonce-cd-premieres-impressions-par-classiquenewsCD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd / ERATO – enregistrĂ© en avril 2017 Ă  Strasbourg). Saluons d’emblĂ©e le courage de cette intĂ©grale lyrique, en plein marasme de l’industrie discographique, laquelle ne cesse de perdre des acheteurs
 Ce type de rĂ©alisation pourrait bien relancer l’attractivitĂ© de l’offre, car le rĂ©sultat de ces Troyens rĂ©pond aux attentes, l’ambition du projet, les effectifs requis pour la production n’affaiblissant en rien la pertinence du geste collectif, de surcroit pilotĂ© par la clartĂ© et le souci dramatique du chef architecte, John Nelson. Le plateau rĂ©unit au moment de l’enregistrement live Ă  Strasbourg convoque les meilleurs chanteurs de l’heure Spyres DiDonato, Crebassa, Degout, Dubois
 Petite rĂ©serve cependant pour Marie-Nicole Lemieux qui s’implique certes, mais ne contrĂŽle plus la prĂ©cision de son Ă©mission (en Cassandre), diluant un français qui demeure, hĂ©las, incomprĂ©hensible. MĂȘme DiDonato d’une justesse Ă©motionnelle exemplaire, peine elle aussi : ainsi en est-il de notre perfection linguistique. Le Français de Berlioz vaut bien celui de Lully et de Rameau : il exige une articulation lumineuse.

 

 

 
 

 

 

LIVRE événement. PIERRE BOULEZ par Christian Merlin (Fayard)

boulez pierre par christian merlin fayard critique annonce livre musique classique classiquenews 9782213704920-001-TLIVRE Ă©vĂ©nement. PIERRE BOULEZ par Christian Merlin (Fayard) - Pierre Boulez (1925-2016) le compositeur Ă©videmment ; le chef (son activitĂ© la plus indiscutable, chez Wagner, Ravel, Debussy, Bartok
), mais aussi le musicien politique malgrĂ© lui qui Ă  coup d’ordonnances et dĂ©clarations dĂ©finitives, souvent tranchantes (avec un art consommĂ© de la phrasĂ©ologie polĂ©mique) a bousculĂ© l’ordre musical en France en dĂ©fenseur et prophĂšte autoproclamĂ© de la modernitĂ©. L’auteur n’écarte aucune facette de la personnalitĂ© contrastĂ©e de celui qui a triomphĂ© surtout Ă  Bayreuth, grĂące Ă  Patrice ChĂ©reau pour le centenaire du Ring.
Selon les points de vue, Boulez est rĂ©volutionnaire et fanatique, moderniste coĂ»te que coĂ»te quitte Ă  brĂ»ler les idĂŽles du passĂ©, en particulier le baroque, alors redĂ©couvert et proie de toutes les attaques. La crĂ©ation, le contemporain, la vibration contemporaine sont ses seuls champs d’action, de rĂ©flexion, de questionnement
 et les rĂ©alisations comme les chantiers se sont prĂ©cisĂ©s au fur et Ă  mesure de ses prises de position : 
 le Domaine musical, l’IRCAM, l’Ensemble Intercontemporain, l’OpĂ©ra Bastille, la CitĂ© de la musique, enfin la Philharmonie de Paris
 autant de projets dispendieux Ă  coups de millions d’euros.
GrĂące Ă  des archives inĂ©dites qui soulignent la « gĂ©nĂ©rosité » comme la « bienveillance » de l’homme, le texte Ă©ditĂ© par Fayard, ainsi publiĂ© 3 ans aprĂšs sa mort en 2016, offre enfin une vision globale et complĂšte sur le musicien, le penseur, l’intellectuel. Ses dictats, ses perspectives
 Objectivement qu’on le regrette ou pas, Boulez en « fondateur d’institutions », a organisĂ© la distribution et les lieux de diffusion de la musique du XXĂš.

La partie la plus passionnante demeure immĂ©diatement celle rĂ©servĂ©e Ă  l’élucidation de son Ă©criture musicale. Alors, quel Boulez connaissez vous le mieux ? le « sectaire cĂ©rĂ©bral » ou l’artiste, interprĂšte et crĂ©ateur « hypersensible » ? Le texte complet permet de choisir en connaissance de causes.

CLIC_macaron_2014LIVRE événement. PIERRE BOULEZ par Christian Merlin (Fayard)
628 pages – Format : 155 x 235 mm – Collection : Musique – Prix TTC indicatif : 35 € – EAN : 9782213704920 – Code hachette : 7065710 Prix NumĂ©rique : 33.99 € – EAN numĂ©rique : 9782213706832 - CLIC de CLASSIQUENEWS 

PLUS D’INFOS sur le site de FAYARD :
https://www.fayard.fr/musique/pierre-boulez-9782213704920

DANSE. Noé de Thierry Malandain

Malandain Ballet Biarritz:Thierry Malandain - NoĂ©France 2. NoĂ© : Thierry Malandain, lun 21 oct 2019, 00h30. Evidemment Ă  des heures indues, les programmes culturels de France TĂ©lĂ©vision. L’intĂ©rĂȘt du programme est la musique du ballet, l’éblouissante messe de jeunesse de Puccini qui y rĂ©alise la continuitĂ© d’une tradition familiale (Ă©tabli dans la ville toscane de Lucca, berceau du clan Puccini). La chorĂ©graphie de Thierry Malandain qui a crĂ©Ă© sa compagnie en 1998, confirme le choix d’une esthĂ©tique nĂ©oclassique. Le Ballet pour 22 danseurs souligne la figure messianique de NoĂ©, porteur d’un nouvel espoir, d’un nouveau monde, aprĂšs que la premiĂšre crĂ©ation ait Ă©tĂ© submergĂ©e par les eaux
 La promesse de l’Arche miraculeuse et toutes les espĂšces animales qui y ont pris place offre les conditions d’une nouvelle Ăšre ; NoĂ© et son clan Ă©tant alors capable de repeupler le monde. Malandain reprend plusieurs approches du mythe diluvien : pour Saint-Augustin, les proportions de l’Arche correspondaient Ă  celles du corps humain, « qui est aussi le corps du Christ, qui est aussi l’Église », tandis que Paul Claudel fit de l’Arche salvatrice une cathĂ©drale, une nef naviguant dans le ciel.
Pour Thierry Malandain, NoĂ© est un ĂȘtre humain collectif montant dans l’arche de lui-mĂȘme, « pour liquider une existence passĂ©e et repartir de zĂ©ro en allant puiser de nouvelles Ă©nergies dans les abysses de son ĂȘtre. C’est pourquoi, exceptĂ© la colombe, signe d’espĂ©rance d’une nouvelle vie, nous n’embarquerons pas l’intĂ©grale des animaux, juste une humanitĂ© en mouvement, figure symbolique et dansante de NoĂ© aux rayons d’un soleil nouveau ». Sur la musique de Puccini datĂ©e de 1821, lĂ©gĂšre, gracieuse, sans tension, le geste non dramatisĂ© de Malandain semble inscrire le mythe de NoĂ© dans la souplesse et la fluiditĂ©, a contrario de son action tragique, de son issue encore fragile. La danse au diapason d’une partition plus enivrante que contrastĂ©e, offre une vision apaisĂ©e, presque trop tranquille oĂč le jeu formel des bras, des jambes, l’effet du groupe pris comme un enchainement de membres alignĂ©s, les duos plus exaltĂ©s ponctuent une performance devenue rite collectif, parfois archaĂŻque et rustre (rĂ©fĂ©rence aux danseurs afghans traditionnels), exceptĂ© le couple d’Adam et Eve dont la suavitĂ© mais esquissĂ©e rappelle celle plus dĂ©ployĂ©e du prĂ©cĂ©dent ballet Cendrillon. La vision est Ă©gocentrĂ©e : l’homme, rien que l’homme ; sujet d’innombrables pĂ©ripĂ©ties chorĂ©graphiques et dansantes, qui se rĂ©pĂštent et se rĂ©pĂštent Ă  l’infini.

Photo : Compagnie Malandain ballet Biarritz / Olivier Houeix

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FRANCE 2. « Noé » – Lundi 21 octobre 2019 Ă  00h30. ChorĂ©graphie : Thierry Malandain – Ballet pour 22 danseurs – compagnie : Malandain ballet Biarritz.
FilmĂ© Ă  Chaillot – ThĂ©Ăątre national de la Danse
Musique Gioacchino Rossini – Messa di Gloria

TOURS, Opéra. Nouveau Cosi fan tutte de Mozart

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Approfondir

 

 

Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes »).

degas gallimard decouvertes expositon deags a l opera de apris musee d orsay exposition 23 sept fevrier 2020 classiquenews A76087Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes »). CHANTRE DE LA MODERNITÉ
 PrĂ©sentation par l’éditeur : « «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu», disait Edgar Degas. Illustre, il l’est, par ses danseuses, ses jockeys, ses femmes au bain. Inconnu, Ă©galement, tant ces thĂšmes occultent le reste de l’Ɠuvre, peintures d’histoire, portraits, paysages, tant l’Ɠuvre a dĂ©vorĂ© la vie privĂ©e. Sur une carriĂšre de soixante ans dont Henri Loyrette restitue la richesse et la cohĂ©rence, on dĂ©couvre alors l’insatiable curiositĂ© technique, la constante recherche d’expressions nouvelles, l’Ă©vidente continuitĂ© de la ligne mĂ©lodique ».
Notre avis
 Le fils d’une famille aisĂ©e, de banquiers, doit cependant Ă  son pĂšre (Auguste) d’ĂȘtre encouragĂ© dans sa vocation artistique. Ce n’est pas tant, la ligne (cultivĂ©e toujours selon les prĂ©ceptes de son « maĂźtre et idĂŽle » Ingres), la couleur (digne des Impressionnistes dont il sera toujours trĂšs proche), la puissance de la palette et du trait (qui le rapproche d’un Manet, son ami), que son Ɠil, qui se rĂ©vĂšle dans son cas, dĂ©terminant. Degas mĂ©prise le milieu acadĂ©mique et donc le Prix de Rome : dĂ©passĂ©, conservateur. Il a bien raison. La modernitĂ© n’est jamais venue en peinture de ce rĂ©seau politique formatĂ©. Degas dĂ©veloppe une acuitĂ© de conception hors du commun Ă  son Ă©poque. Son Ɠil dĂ©cortique l’espace (d’oĂč des cadrages et des points de vue inĂ©dits et donc rĂ©solument « modernes »), dĂ©construit la forme, pour en extraire le squelette expressif, l’ossature synthĂ©tique, essentiel (d’oĂč ce qu’il voit et capte dans le sujet des danseuses : des corps qui souffrent, des lignes qui flĂ©chissent, des mouvements qui Ă©reintent et forcent
 au bord du claquage.

 

 

Degas moderne
L’Ɠil dĂ©construit, reconstruit


 

 

danseuses degas

 

Deux danseuses (DR)

 

Beaucoup de scĂšnes de rĂ©pĂ©titions, de gestes et attitudes rĂ©pĂ©tĂ©es, de dĂ©tente aussi (dont mĂȘme des danseuses qui baillent
) Entre rĂ©alisme et familiaritĂ©, jamais cela n’avait Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ© avant lui. De sorte que l’on contemple un autre Degas : non pas le peintre obsĂ©dĂ© par les danseuses en tutu, mais l’analyste qui dĂ©crypte le dĂ©nuement et la misĂšre de jeunes artistes dĂ©munies et souffrantes, qui phĂ©nomĂšne que l’on commence Ă  expliciter, sont les proies des prĂ©dateurs sexuels dans la coulisse.
affiche13_300Degas a conçu tout cela, remarquablement expliquĂ© dans ce petit livre immanquable, indispensable viatique prĂ©paratoire pour l’exposition actuelle au MusĂ©e d’Orsay : « DEGAS Ă  L’OPERA », jusqu’en janvier 2020. Car au juste qu’a peint Degas de l’OpĂ©ra ? La rĂ©ponse est loin d’ĂȘtre Ă©vidente. Car Degas est un crĂ©ateur tout sauf conformiste. On peut affirmer qu’en plein wagnĂ©risme, au cƓur de la France nationaliste, opposĂ©e Ă  l’hĂ©gĂ©monie prussienne, Degas, se passionna pour la Sigurd du marseillais Reyer, le « petit Wagner de la CanebiĂšre » (au point de la voir 30 fois Ă  l’OpĂ©ra le Peletier, Ă  partir de sa crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra de paris le 12 juin 1885). WagnĂ©rien, Reyer dans Sigurd offre une vĂ©ritable alternative française au romantisme musical, puisant aprĂšs Berlioz, chez Gluck, sachant colorer aussi son orchestre par des Ă©clats fantastiques empruntĂ©s Ă  Weber. Les amateurs du Ring, retrouvent certes les personnages de Hagen, Gunter et aussi BrĂŒnnhilde
 Mais si le sujet est empruntĂ© aux lĂ©gendes nordiques, comme la TĂ©tralogie, la conception elle est bien française.
Comme Reyer Ă  l’opĂ©ra, Degas incarne une spĂ©cificitĂ© française, « moderne », antiacadĂ©mique, fonciĂšrement avant-gardiste, entre 1880 et 1910. Un cas Ă  part, et une Ɠuvre Ă  redĂ©couvrir aujourd’hui.

 

 

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Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes ») – 160 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 125 x 178 mm
Genre : Documents et reportages ThĂšme : arts en gĂ©nĂ©ral /peinture CatĂ©gorie > Sous-catĂ©gorie : Connaissance > Arts en gĂ©nĂ©ral – Époque : XXe-XXIe siĂšcle – ISBN : 9782070760879 – Gencode : 9782070760879 – Code distributeur : A76087 – PremiĂšre parution en 1988 -
CoĂ©dition Gallimard/RMN – Grand Palais. Nouvelle Ă©dition en 2012.
Collection Découvertes Gallimard (n° 36), Série Arts, Gallimard. CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 

 

DVD, critique. BERLIOZ : ClĂ©opĂątre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – ChĂąteau de Versailles spectacle, Live d’oct 2018)

Symphonie-fantastique-DVD-Inclus-Blu-ray BERLIOZ lucile ricahrdot cleopatre didon critique concert dvd review opera concert classiquenewsDVD, critique. BERLIOZ : ClĂ©opĂątre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – ChĂąteau de Versailles spectacles, Live d’oct 2018). Orchestral, – passionnante Fantastique de Berlioz, le programme est aussi surtout lyrique ; et quelle voix ! Mezzo d’impact, Lucile Richardot. d’abord cĂ©lĂ©brĂ©e comme interprĂšte baroque, du XVIIĂš montĂ©verdien au XVIIIĂš français, la voici 
 en furie et grande amoureuse romantique, et d’un engagement dĂ©clamĂ© souverain dans la cantate ClĂ©opĂątre du jeune Hector alors candidat rĂ©pĂ©titif pour le prix de Rome

« C’en est donc fait » place la barre trĂšs haut, dans le lugubre tragique et noble Ă  la fois. C’est une Reine dĂ©truite qui paraĂźt Ă  nos yeux. Une femme exposĂ©e, ravagĂ©e mais digne. Ecrite en 1829, la cantate suit le texte imposĂ© de Pierre-Ange Vieillard. La fureur de l’amoureuse, l’impuissance de la souveraine, sa solitude et son abandon, son cƓur qui implose, puis sous le coup de l’aspic, se convulse, halĂšte, expire
 (avec ultimes spasmes mortels par les contrebasses). La vĂ©ritĂ© que l’interprĂšte sait insuffler au texte, sa justesse expressive, sa finesse tragique soulignent la valeur du gĂ©nie berliozien au delĂ  du contexte acadĂ©mique. L’écriture transcende le prĂ©texte romain et souligne combien Berlioz maĂźtrise le grand souffle lyrique lĂ©guĂ© par Gluck. Dans le sublime, l’intime surtout. DĂ©jĂ  l’auteur des troyens, Ă  l’extrĂ©mitĂ© de sa carriĂšre, est lĂ , d’une maturitĂ© prĂ©coce. Bouleversant.

 

 

Deux Reines expirantes pour la diva Richardot

 

 

A ses cĂŽtĂ©s, Gardiner joue les grand sorcier tragique, sur un mĂȘme niveau : Ă©coute intĂ©rieure, pianis sculptĂ©s dans le silence, puis vertiges Ă©tourdissants ; tout indique l’art de Berlioz, Ă  la fois Shakespearien et mozartien. Tout ce qui sonne artificiel et classique ailleurs, sonne juste et sincĂšre ici.

La jeune diva enchaĂźne ensuite une autre mort, celle d’une autre reine, Didon la carthaginoise, elle aussi seule, dĂ©faite, abandonnĂ©e par EnĂ©e
 « Ah je vais mourir  », pourtant la tragĂ©dienne embrase chaque mot, chaque accent, d’une noblesse plus serrĂ©e ici, dans une prosodie plus rĂ©guliĂšre et moins heurtĂ©e. Lucile Richardot sculpte le texte comme le chef Ă©claire chaque Ă©pisode orchestral dans l’allusion et le dĂ©tachement progressif.

L’Orchestre rĂ©volutionnaire et romantique donne son meilleur enfin dans une Ɠuvre qu’il a le premier et de façon visionnaire, jouer sur instruments d’époque : la Fantastique scintille et crĂ©pite au diapason du cƓur berliozien, le plus exaltĂ© et le plus passionnĂ© qui soit. Le plus enivrĂ© aussi. Et donc le plus personnel voire autobiographique. Ce que n’oublient pas ni le chef ni ses instrumentistes.
MĂȘme engagement poĂ©tique, Ă  la fois Ă©lectrique irisĂ© dans l’ouverture du Corsaire, langoureux et crĂ©pusculaire dans la fameuse chasse royale des Troyens, peinture symphonique aux climats Ă©poustouflants.

La rĂ©alisation est Ă  classer parmi les excellents tĂ©moignages filmĂ©s au ChĂąteau de Versailles ; l’OpĂ©ra royal y devient l’écrin d’un programme magicien, oĂč parait aussi le dĂ©cor de Ciceri datĂ© de 1837 : un palais de marbre et d’or, Ă©voquant la Galerie des Batailles, dispositif visuel conçu pour l’inauguration du musĂ©e de l’histoire de France de Louis-Philippe (1837). Les cĂ©lĂ©brations BERLIOZ Ă  Versailles s’annoncent ainsi et se confirment passionnantes. On attend dĂ©jĂ  avec impatience les 2 autres volumes de ce feuilleton Berlioz Ă  versailles : Benvenuto Cellini et La Damnation de Faust. A suivre donc.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014DVD, critique. BERLIOZ : ClĂ©opĂątre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – ChĂąteau de Versailles spectacles, Live d’oct 2018)Clic de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

 

 

TOURS, Opéra. Nouveau COSI FAN TUTTE de MOZART

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Approfondir

 

 

Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Requiem de Verdi Ă  l’Arsenal de METZ

metz-cite-musicale-6-oct-2019-requeim-de-verdi-annonce-concert-critique-classiquenews-orch-national-de-metzMETZ, Arsenal. VERDI : REQUIEM, dim 6 oct 2019. Messe funĂšbre dramatique, opĂ©ra sacrĂ©, cantate de cĂ©lĂ©bration, de mĂ©moire et de compassion
Le Requiem de Giuseppe Verdi est tout cela Ă  la fois, donnĂ© ici Ă  l’Arsenal de METZ. Distribution, entiĂšrement française, pour ce Requiem de Verdi avec le ChƓur de l’Orchestre de Paris. À sa crĂ©ation, l’aspect thĂ©Ăątral et trop opĂ©ratique de l’ouvrage avait suscitĂ© incomprĂ©hension voire agacement : qu’à faire ce style lyrique dans une messe funĂšbre qui doit accompagner les jusqu’au repos Ă©ternel ? Ému par la disparition du poĂšte Manzoni, Verdi tint Ă  lui rendre hommage, en composant ainsi un sommet de la dĂ©ploration symphonique, chorale, lyrique. Toute la science dramatique du compositeur se met au service d’une ferveur directe et sincĂšre qui rĂ©ussit Ă  peindre l’effroi et les promesses du grand thĂ©Ăątre de la mort.

 

 

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METZ, ARSENALboutonreservation
cité musicale metz, saison 2019 2020
ARSENAL, Grande Salle
Dimanche 6 octobre 2019, 16h

VERDI : REQUIEM
Orchestre national de Metz
ChƓur de l’Orch de Paris

soprano : Teodora Gheorghiu
mezzo-soprano : Valentine Lemercier
ténor : Florian Laconi
basse : JĂ©rĂŽme Varnier
Scott Yoo, direction

INFOS, RESERVATIONS ici :

https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/requiem-de-verdi

 

 

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Déroulé du Requiem : 7 parties

1. Requiem
2. Dies irae
3. Offertorio
4. Sanctus
5. Agnus Dei
6. Lux aeterna
7. Libera me

 

 

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Pour les parents et familles : possibilitĂ© d’une garderie musicale à 16h
de 4 Ă  8 ans. Pendant que les parents assistent au concert, les enfants participent Ă  un atelier musical en lien avec le concert des plus grands, qu’ils rejoignent Ă  la fin du concert. À cette occasion, un musicien intervenant propose des Ă©coutes d’extraits musicaux, des comptines, des jeux d’éveil musical


Et un bon goûter !

Tarif 6 € / enfant
(offre soumise à l’achat d’une place de spectacle pour l’adulte accompagnant)

 

 

 

L’Ɠuvre : REQUIEM OPERATIQUE ET HUMANISTE

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VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402A l’origine, Verdi compose son Requiem pour la mort du poĂšte italien Alessandro Manzoni (l’auteur adulĂ©, admirĂ© d’ i Promessi sposi) en 1873. La partition est plus qu’un opĂ©ra sacrĂ© : c’est l’acte d’humilitĂ© d’une humanitĂ© atteinte et saisie face Ă  l’effrayante mort ; l’idĂ©e du salut n’y est pas tant centrale que le sentiment d’épreuve Ă  la fois collective (avec le formidable chƓur de fervents / croyants), et individuelle, comme l’énonce le quatuor des solistes (priĂšre du Domine Jesu Christe). Le Sanctus semble affirmer Ă  grand fracas la certitude face Ă  la mort et Ă  l’irrĂ©pressible anĂ©antissement (fanfare et choeurs) : mais la proclamation n’écarte pas le sentiment d’angoisse face au gouffre immense.

D’abord entonnĂ© en duo (soprano et alto), l’Agnus dei tĂ©moigne du sacrifice de JĂ©sus, priĂšre Ă  deux vois que reprend comme l’équivalent profane/collectif du choral luthĂ©rien, toute la foule rassemblĂ©e, saisie par le sentiment de compassion. Enfin en un drame opĂ©ratique contrastĂ©, Verdi enchaĂźne la lumiĂšre du Lux Aeterna, et la passion d’abord tonitruante du Libera me (vagues colossales des croyants rassemblĂ©s en armĂ©e), qui s’achĂšve en un murmure pour soprano (solo jaillissant du choeur rassĂ©rĂ©nĂ© : Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua lucaet eis / Donne-leur, Seigneur, le repos Ă©ternel, et que la lumiĂšre brille Ă  jamais sur eux) : ainsi humble et implorant, l’homme se prĂ©pare Ă  la mort, frĂšre pour les autres, Ă©gaux et mortels, Ă  la fois vaincus et victorieux de l’expĂ©rience de tous les mourants qui ont prĂ©cĂ©dĂ©s en d’identiques souffrances.

Il faut absolument Ă©couter la version de Karajan (Vienne, 1984) avec la soprano Anna Tomowa Sintow et le contralto d’AgnĂšs Baltsa pour mesurer ce rĂ©alisme individuel, – emblĂšme de l’expĂ©rience plutĂŽt que du rituel, pour comprendre la puissance et la justesse de Verdi. Acte de contrition (Tremens factus sum ego -1-) chantĂ© par la contralto d’une dĂ©chirante intensitĂ©, priĂšre en humilitĂ©, le chant ainsi conçu frappe immĂ©diatement l’esprit de tous ceux qui l’écoute ; au soprano revient le dernier chant, celui d’une exhortation qui n’écarte pas l’amertume ni la profonde peine ; entonnant avec le chƓur rassemblĂ©, concentrĂ©, Ă©mu, les derniĂšres paroles du Libera me, la soprano exprime le tĂ©moignage de la souffrance qui nous rend Ă©gaux et frĂšres ; en elle, retentit l’expĂ©rience ultime ; son air s’accompagne d’une espĂ©rance plus tendre, emblĂšme de la compassion pour les dĂ©funts, tous les dĂ©funts.
Croyant ou non, l’auditeur ne peut ĂȘtre que frappĂ© par la haute spiritualitĂ© de ce Requiem Ă©laborĂ© Ă  l’échelle du colossal et de l’intime, oĂč les gouffres et les blessures nĂ©s du deuil et de la perte expriment de furieuses plaintes contre l’injustice criante, puis s’apaise dans l’acceptation, conquise non sans un combat primitif et viscĂ©ral. Dans le format rĂ©ussi de cette fresque qui unit le collectif et l’intime, Verdi nous parle d’humanisme ; l’homme qui doute et dĂ©sespĂšre parfois, n’oublie jamais la mort, notre destin Ă  tous : cette conscience en humilitĂ© façonne les meilleurs d’entre nous.