CD événement, critique. JS BACH : Suites anglaises (BWV 806 à 811). PAOLO ZANZU, clavecin (1 cd Musica ficta)

zanzu-paolo-clavecin-suites-anglaises-de-js-BACH-cd-critique-evenement-CLIC-classiquenews-avril-2020-musica-fictaCD Ă©vĂ©nement, critique. JS BACH : Suites anglaises (BWV 806 Ă  811). PAOLO ZANZU, clavecin (1 cd Musica ficta) – Voici un rĂ©jouissant programme portĂ© de mains de maĂźtre par le claveciniste Paolo Zanzu, tempĂ©rament dĂ©sormais incontournable de la scĂšne baroque actuelle. Ex assistant de Bill Christie et de Gardiner, ayant fondĂ© son propre ensemble depuis 2017, Le Stagioni (Les Saisons), le chef et claveciniste confirme un rare talent pour la caractĂ©risation lumineuse, surtout claire et ciselĂ©e. Une attention active et nuancĂ©e qui assure la rĂ©ussite de ce nouvel album dĂ©diĂ© aux Suites « anglaises » de JS Bach.

Paolo Zanzu aborde l’écriture Ă©clectique d’un Bach trĂšs habile Ă  Ă©chafauder mille architectures sur le clavier ; il en ressort l’intelligence et l’imagination de Bach alors au travail Ă  Köthen vers 1720, destinant probablement les piĂšces Ă  un possible patron anglais (d’oĂč leur titre) : l’interprĂšte montre combien Bach est inspirĂ© par les suites du français Dieupart, auxquelles il joint une ouverture italienne en guise de « prĂ©lude »  D’ailleurs, le jeu du claviĂ©riste indique l’ampleur de chaque PrĂ©lude, vĂ©ritable mouvement de concerto, Ă©voquant mĂȘme le dialogue soliste / orchestre, avec une durĂ©e croissante, de la Suite n°1 Ă  la derniĂšre (n°6). Celle ci d’une ambition remarquable, agit mĂȘme comme un mouvement autonome, d’une maturitĂ© mĂ©ditative extrĂȘme qui fait penser Ă  la fantaisie en rĂ© mineur de Mozart (K397).

Distinguons d’emblĂ©e la Suite 1 BWV 806, pour restituer chaque cycle formant une « Suite » : le PrĂ©lude (1) est atemporel hors temps hors enjeu dramatique, d’un Ă©quilibre souverain (il est appelĂ© dans les Suites n°5, – abstraite ; surtout n°6 – dĂ©passant les 7 mn -, Ă  un dĂ©veloppement en effet remarquable). Puis l’Allemande (2) toujours de la n°1 est jouĂ©e dĂ©terminĂ©e, droite, d’un allant irrĂ©pressible ; la profondeur un rien mĂ©lancolique allant en s’accentuant Ă  mesure que l’on progresse Ă  travers les 6 Suites.
La Courante (3) d’une nostalgie dansante, affirme un caractĂšre plus intĂ©rieur qui est davantage dĂ©veloppĂ© dans la suite logique « Courante II et 2 doubles » oĂč l’interprĂšte fait chanter l’instrument avec une Ă©loquence rhĂ©torique jamais sĂšche, d’un rebond galbĂ© idĂ©al.

  
 

Claveciniste, fondateur de l’ensemble Le Stagioni

Paolo Zanzu cĂ©lĂšbre la libertĂ© et l’invention
des Suites anglaises de JS BACH

  
 

paolo-zanzu-suites-anglaises-jean-sebastien-bach-cd-portrait-UNE-582La Sarabande (4) est d’un caractĂšre plus noble, large et majestueux oĂč le jeu trouve des respirations et des notes dĂ©tachĂ©es / pointĂ©es comme suspendues. L’agilitĂ© bienheureuse des deux BourrĂ©es I et II (5) affirme par contraste une rusticitĂ© radieuse qui met en avant les qualitĂ©s d’articulation du clavecin, Ă©tonnant de prĂ©cision et d’intensitĂ© expressive. La sobriĂ©tĂ© rayonnante dont fait preuve Paolo Zanzu captive d’autant que le contrepoint qu’exige cette bourrĂ©e en 3 volets est un exercice de haute virtuositĂ© digitale. Ce qu’exalte encore davantage comme un point d’accomplissement majeur, le final en forme de Gigue (6), d’une palpitante activitĂ©.

DĂ©lectable, le jeu entre les danses, lesquelles sont abordĂ©es diffĂ©remment selon les Suites, chacune ayant son terrain d’expression privilĂ©giĂ© : BourrĂ©es (3 volets pour les Suites 1 et 2 / Gavottes de mĂȘme pour la 3 ou la 6 ; Passepieds de la n°5) ; le claveciniste expose, articule, superpose pour un final des plus « explosifs », soit une gigue qui est Ă©nergie et Ă©lectrisation pure, revendication et proclamation du compositeur pour la suprĂ©matie expressive et poĂ©tique de son art (voir la Gigue finale conçue comme une apothĂ©ose de la Suite n°2). Tandis que la derniĂšre Gigue (n°6) semble traversĂ©e par un souffle et une urgence inexorable, parcourus eux-mĂȘmes d’éclairs et de dĂ©flagrations chtoniens, une sorte de tremblement de terre purement musical dont l’excellent Paolo Zanzu rĂ©tablit la puissance et l’assise rythmique comme le chant et l’ivresse infinis.
Les mouvements plus introspectifs (Allemande puis Sarabande) permettent de superbes mĂ©ditations, distinctes de la course revendiquĂ©e dans les passages plus vifs (BourrĂ©es, Gavottes, Passepieds
). Ainsi l’éloquence sobre et murmurĂ©e, presque grave de l’Allemande de la n°3 qui dit un adieu, tout en finesse et pudeur.

Par contraste, le dessin trĂšs ciselĂ© des Gavottes en triptyque de la mĂȘme n°3 affirme une superbe prĂ©cision dans le contrepoint qu’enrichit la sonoritĂ© tout en rondeur du clavecin choisi : clavecin allemand par Anthony Sidey et FrĂ©dĂ©ric Bal Ă  Paris (1995), d’aprĂšs un clavier historique de l’école de Gottfried Silbermann, ca. 1735.

On y saisit ainsi l’urgence d’une danse aux profonds enjeux, presque grave elle aussi, aux rĂ©sonances secrĂštes (La Musette) ; dont le flux continu expose tous les tenants et aboutissants d’une situation irrĂ©pressible et les rĂ©sout aussi, dans le mĂȘme temps, en un jeu Ă©tonnamment clair et prĂ©cis (superbe architecture de la Gigue finale de la 3). Le jeu des distanciation ou des temps en Ă©cho, comme deux plans distincts (rapprochĂ© / lointain), se lit admirablement dans le dĂ©roulement des Ă©nergiques Passepieds de la n°5.

CLIC D'OR macaron 200La clartĂ© rhĂ©torique du jeu de Paolo Zanzu renforce le sentiment de profonde cohĂ©rence organique Ă  travers chaque Suite, et d’une Suite Ă  l’autre, et dans la totalitĂ© des 6 Suites ; c’est un cheminement tonal global qui suit « l’hexacorde descendant (la majeur, la mineur, sol mineur, fa majeur, mi mineur, rĂ© mineur), retraçant la mĂ©lodie du choral Jesu meine Freude » 
 schĂ©ma « secret » Ă©lucidĂ© dans la passionnante notice Ă©crite par le claveciniste. Le point d’orgue est rĂ©alisĂ© aussi Ă  travers l’évolution des Gigues qui concluent chacune chaque Suite : la derniĂšre, n°6, atteint un trĂšs haut degrĂ© de virtuositĂ© dĂ©bridĂ©e, « vĂ©ritable «Trille du diable» clavecinistique » comme le prĂ©cise trĂšs justement Paolo Zanzu.
VoilĂ  longtemps que le clavier de Bach n’avait pas sonnĂ© si chantant, Ă  la fois virtuose, impĂ©rieux, dĂ©bordant d’énergie et d’imagination ; de clartĂ© et de prĂ©cision. Magistrale comprĂ©hension d’un Bach polymorphe qui ose, se rĂ©gĂ©nĂšre, expĂ©rimente. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril et mai 2020.

 
 

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CD, Ă©vĂ©nement. JS BACH : Suites anglaises n°1 Ă  6 BWV 806-811 / Paolo ZANZU, clavecin – Enregistrement rĂ©alisĂ© en 2017 et 2018 – 2 cd Musica Ficta – 2h10mn. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2020.

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Entretien avec Paolo Zanzu

  
 
 

paolo-zanzu-suites-anglaises-jean-sebastien-bach-cd-portrait-UNE-582ENTRETIEN avec Paolo ZANZU Ă  propos des Suites Anglaises de JS BACH. Pour son nouvel album Ă©ditĂ© par Musica Ficta, Paolo Zanzu interroge la libertĂ© inventive, l’ambition des 6 Suites Anglaises de JS Bach. La sobriĂ©tĂ© rayonnante dont fait preuve Paolo Zanzu, son souci de l’équilibre et de la clartĂ© fait toute la valeur d’une lecture solaire qui captive par sa grande finesse d’articulation. Entretien exclusif avec le jeune claveciniste, fondateur de son propre ensemble Le Stagioni (depuis 2017).

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Pour quelle raison avoir choisi d’enregistrer les Suites Anglaises de JS BACH ?

Les Suites anglaises Ă©taient en partie dĂ©jĂ  dans mon rĂ©pertoire depuis l’adolescence, ce sont des morceaux dont je suis familier depuis longtemps. C’est aussi mon prĂ©fĂ©rĂ© des trois grands recueils de suites que Bach a Ă©crits. En outre, la virtuositĂ©, trĂšs prĂ©sente dans ces piĂšces, est un dĂ©fi que j’aime relever.

 
 

Dans la réalisation, quels sont les points à soigner en particulier : la vocalité, la clarté du contrepoint, leur caractÚre expérimental
 ?

Plusieurs aspects des Suites anglaises demandent une attention particuliÚre, en premier lieu leurs dimensions. Ces suites sont plus longues et plus articulées que les Suites françaises et les Partitas. Chacune est introduite par un prélude trÚs développé et souvent trÚs long (le dernier approchant des huit minutes), construit comme un premier mouvement de concerto, dans une alternance de solos et de tutti orchestraux.
Ensuite, chaque morceau de la suite a son caractĂšre propre, mais on peut identifier des caractĂ©ristiques communes. Les allemandes, par exemple, sont trĂšs Ă©crites, avec un flot ininterrompu de doubles croches, ce qui reprĂ©sente un rĂ©el dĂ©fi pour l’interprĂšte qui doit en vĂ©hiculer toute l’expressivitĂ© et la grĂące, sans jamais devenir bavard. Une spontanĂ©itĂ© qui semble naturelle, mais qui cache, comme sous un Ă©pais feuillage, un contrepoint complexe est aussi un Ă©lĂ©ment constitutif de ces piĂšces, dans la tendresse d’une gavotte comme dans la virtuositĂ© d’une gigue. Il faut donc prĂ©server ce naturel, dans la complexitĂ© de sa texture contrapuntique.

 
 
Comment avez-vous choisi l’instrument et quelles sont ses qualitĂ©s qui ont pilotĂ© votre choix final ?

J’ai choisi pour cet enregistrement le mĂȘme instrument que pour mon disque consacrĂ© aux Suites de Haendel : une copie d’un clavecin allemand non signĂ©, probablement de l’école de Gottfried Silbermann, des annĂ©es 1730, faite par Anthony Sidey et FrĂ©dĂ©ric Bal. L’original comme la copie sont des trĂ©sors. La beautĂ© du son, le jeu cristallin, qui permet d’entendre distinctement chaque voix mĂȘme au milieu d’un riche contrepoint, la puissance, les basses Ă  la longue rĂ©sonance, les aigus qui chantent comme une voix humaine font de ce clavecin un des plus beaux instruments que je connaisse. Et, bien entendu, la provenance et la pĂ©riode de construction de son modĂšle en font aussi un instrument idĂ©al pour ce recueil.

 
 

Savons-nous prĂ©cisĂ©ment dans quel cadre JS BACH les a composĂ©es puis jouĂ©es ? Ces Ă©lĂ©ments historiques vous ont-ils influencĂ© dans la rĂ©alisation de l’enregistrement ?

On sait relativement peu de choses sur les Suites anglaises, car nous n’avons pas l’autographe de Bach et qu’il n’existe aucune Ă©dition d’époque. Il nous reste plusieurs manuscrits diffĂ©rents, dont les plus importants de la main de Johann Christian Bach et de Heinrich Nikolaus Gerber. Premier des trois grands recueils de suites Ă  avoir Ă©tĂ© Ă©crit, les Suites anglaises datent probablement des annĂ©es 1720, pĂ©riode Ă  laquelle Bach consacrait son gĂ©nie Ă  la composition de musique profane, Ă  la cour de Köthen. On sait Ă©galement que l’adjectif anglaises, qui n’est probablement pas le fait du compositeur, n’a du moins aucun rapport direct avec le style ou l’esthĂ©tique de ces piĂšces, plutĂŽt d’inspiration italienne, française et allemande. Pour autant, je trouve toujours utile et important de connaĂźtre le contexte historique, artistique et musical d’une piĂšce, mĂȘme si parfois cela ne nous renseigne aucunement sur la façon de la jouer.

 
 
Comment rĂ©tablir la continuitĂ© et l’unitĂ© organique de chaque suite “malgrĂ©” la succession des danses si diversifiĂ©es qui succĂšdent au PrĂ©lude initial ?

La suite est Ă  l’époque baroque ce que la sonate est aux Ă©poques classique et romantique, c’est-Ă -dire une forme consacrĂ©e oĂč s’exprime le gĂ©nie du compositeur, illustrant l’horizon psychologique d’une gĂ©nĂ©ration. Ce n’est pas la seule, bien entendu, mais c’est une des principales, avec le concerto. Il va donc de soi que dans une suite, en Allemagne au XVIIIe siĂšcle, Ă  une allemande succĂšde une courante, Ă  laquelle succĂšde une sarabande, et ainsi de suite. Ces morceaux sont intimement liĂ©s thĂ©matiquement et psychologiquement. À l’interprĂšte revient seulement de saisir leur logique interne pour permettre Ă  l’auditeur de mieux la percevoir.

 
 

Propos recueillis en avril 2020

 
 
  
 
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Visitez le site de Paolo Zanzu / Le Stagioni : https://www.paolozanzu.com/fr/le-stagioni

 

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CD événement, critique. HANDEL : AGRIPPINA. DiDonato, Fagioli, Vistoli
 (3 cd ERATO, 2019)

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 (3 cd ERATO, 2019). Pour portraiturer la figure de l’impĂ©ratrice Agrippine, Haendel et son librettiste Vincenzo Grimani n’écartent aucun des Ă©lĂ©ments de la riche biographie de Julie Agrippine, sƓur de Caligula : la 4Ăš Ă©pouse de Claude fait tout pour que le fils qu’elle a eu en premiĂšres noces d’Ahenobarbus, soit reconnu par l’empereur et lui succĂšde : NĂ©ron, pourtant dissolu, dĂ©cadent – effeminato (comme Eliogabalo, et tel que le dĂ©peint aussi Monteverdi au siĂšcle prĂ©cĂ©dent dans l’Incoronazione di Poppea), sera bien sacrĂ© divinitĂ© impĂ©riale (non sans faire assassiner sa mĂšre au comble de l’ingratitude : qu’importe dira l’ambitieuse politique qui dĂ©clara « qu’importe qu’il me tue, s’il devient empereur »  ). Au moins Agrippine n’avait aucun faux espoir.

La prĂ©sente lecture suit les recommandations et recherches du musicologue David Vickers (qui signe la captivante et trĂšs documentĂ©e notice de prĂ©sentation – Ă©ditĂ©e en français), soucieux de restaurer l’unitĂ© et la cohĂ©rence de la version originelle de l’opĂ©ra, tel qu’il fut crĂ©Ă© au Teatro Grimani di San Giovanni Grisostomo en 1709 Ă  Venise. L’action s’achĂšve avec le mariage entre Ottone et Poppea ; s’il perd (fugacement) la main de la jeune beautĂ©, NĂ©ron gagne la fonction impĂ©riale : il est nommĂ© par Claude, empereur, Ă  la grande joie d’Agrippine
 Ainsi, l’ambitieuse a triomphĂ© ; ses multiples manigances n’étaient pas vaines.
L’apport le plus crĂ©dible de la proposition est ici, la suite de ballet qui conclut l’action comme une apothĂ©ose, soit 5 danses dont la Passacaille finale, dĂ©rivĂ©es de la partition sur papier vĂ©nitien du prĂ©cĂ©dent opĂ©ra Rodrigo.

 

 

Nouvelle lecture d’Agrippina sommet italien de Haendel (Venise, 1709)

JOYCE DIDONATO,  ambitieuse & impérieuse

 

 

 

La diversitĂ© des accents, nuances, instrumentaux et vocaux, expriment vertiges et scintillements des affetti, autant de passions humaines qui sont au cƓur d’une partition surtout humaine et psychologique ; Haendel avant le Mozart de Lucio Silla, atteignant Ă  une comprĂ©hension hallucinante du coeur, de l’ñme, du dĂ©sir ; l’incohĂ©rence et la contradiction, la manipulation et la faiblesse sont les codes ordinaires des machinations Ă  l’Ɠuvre ; mĂȘme cynisme que chez Monteverdi dans l’Incoronazione di Poppea (opera de 1642 qui met en scĂšne le mĂȘme trio : Agrippine, NĂ©ron, PoppĂ©e), Haendel fustige en une urgence souvent Ă©lectrique, embrasĂ©e, la complexitĂ© sadique des uns, l’ivresse maso des autres, en un labyrinthe proche de la folie, en une urgence aussi qu’expriment parfaitement la tenue de chaque chanteur et l’engagement des instrumentistes : ici Claude et NĂ©ron sont faibles ; seule Agrippine impose sa dĂ©termination virile (mais elle aussi se montre bien fragile comme le prĂ©cise son grand air fantastique du II : « Pensieri, voi mi Tormenti » : la machiavĂ©lique se prĂ©sente en proie fragile, en victime). D’ailleurs Haendel dessine surtout des individualitĂ©s (plutĂŽt que des types interchangeables d’un ouvrage Ă  l’autre) ; il rĂ©ussit lĂ  oĂč Mozart en effet, Ă  rĂ©vĂ©ler les motivations rĂ©elles des ĂȘtres : pouvoir, dĂ©sir, argent
 pour y parvenir rien n’arrĂȘte l’ambition : Agrippine commande Ă  Pallante qu’elle sĂ©duit d’assassiner Narcisso et Ottone
 puis courtise Narcisso pour qu’il tue Pallante et Ottone (II).
Haendel invente littĂ©ralement des scĂšnes mythiques indissociables de l’histoire mĂȘme du genre opĂ©ra : le Baroque fabrique ici une scĂšne promise Ă  un grand avenir sur les planches, en particulier Ă  l’ñge romantique : comment ne pas songer Ă  l’air des bijoux de Marguerite du Faust de Gounod, en Ă©coutant « Vaghe perle », premier air qui dĂ©peint la badine et lĂ©gĂšre Poppea, ici premiĂšre coquette magnifique en sa vacuitĂ© profonde ?

Sur cet Ă©chiquier, oĂč l’ambition et les manigances flirtent avec folie et dĂ©sir de meurtre, triomphe Ă©videmment Agrippine, parce qu’elle est sans scrupule ni morale, et pourtant hantĂ©e par l’échec, ainsi que le dĂ©voile l’air sublime du II comme nous l’avons soulignĂ© (« Pensieri, voi mi tormentate ») : diva ardente et volubile, viscĂ©ralement ancrĂ©e dans la passion exacerbĂ©e, Joyce DiDonato souligne la louve et le dragon chez la mĂšre de NĂ©ron, avec les moyens vocaux et l’implication organique, requis. C’est elle qui rĂšgne incontestablement dans cet enregistrement, comme l’indique du reste le visuel de couverture : Agrippina / Joyce trĂšs Ă  l’aise, en majestĂ© sur le trĂŽne.
A ses pieds, tous les hommes sont soumis : NĂ©ron, en fils dĂ©vouĂ© et tout occupĂ© Ă  conquĂ©rir Poppea (plutĂŽt que le pouvoir) – au miel bavard, lascif (impeccable Franco Fagioli cependant plus vocal que textuel) ; l’époux Claude (non moins crĂ©dible Luca Pisaroni) ; acide et parfois serrĂ©, l’Ottone de Orlinski vacille dans sa caractĂ©risation au regard de sa petite voix
 le contre-tĂ©nor qui brille ici, reste le Narcisso de l’excellent Carlo Vistoli (dĂšs son premier air au I : « Volo pronto »), voix claire, assurĂ©e, d’une santĂ© conquĂ©rante : il donne corps et Ă©paisseur Ă  l’affranchi de Claude, et aurait tout autant lui aussi sĂ©duit en NĂ©ron.
Junon de luxe, deus ex macchina, Marie-Nicole Lemieux qui célÚbre en fin de drame, les amours (bientÎt contrariés) de Poppea et Ottone, complÚte un cast plutÎt fouillé et convaincant.
CLIC D'OR macaron 200Nos seules rĂ©serves vont Ă  la Poppea de la soprano Elsa BenoĂźt, aux vocalises trop imprĂ©cises, Ă  l’incarnation pas assez trouble et suave ; et aussi Ă  l’orchestre Il Pomo d’oro. Non que l’implication de l’excellent chef Maxim Emelyanychev ne déçoive, loin de lĂ  : articulĂ©, fougueux, impĂ©tueux mĂȘme ; mais il manque ostensiblement Ă  sa direction, Ă  son geste, l’élĂ©gance, la caresse des nuances voluptueuses que savait y dissĂ©miner avec grĂące John Eliot Gardiner dans une prĂ©cĂ©dente version, depuis inĂ©galĂ©e. Parfois dur, dĂšs l’ouverture, nerveux et sec, trop droit, Emelyanychev dĂ©ploie une palette expressive moins nuancĂ©e et moins riche que son ainĂ© britannique. Haendel exige le plus haut degrĂ© d’expressivitĂ©, comme de lĂącher prise et de subtilitĂ©. CaractĂ©risĂ©e et impĂ©rieuse, parce qu’elle exprime l’urgence de tempĂ©raments possĂ©dĂ©s par leur dĂ©sir, la lecture n’en reste pas moins trĂšs sĂ©duisante. Les nouvelles productions lyriques sont rares. Saluons Erato de nous proposer cette lecture baroque des plus intĂ©ressantes globalement. La production enrichit la discographie de l’ouvrage, l’un des mieux ficelĂ©s et des plus voluptueux de Haendel. C’est donc un CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2020.

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CD événement, critique. HANDEL : AGRIPPINA. DiDonato, Fagioli, Vistoli
 (3 cd ERATO, enregistrement réalisé en mai 2019)

HANDEL / HAENDEL : Agrippina (version originale de 1709)

Avec Joyce DiDonato, Carlo Vistoli, Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub JĂłzef OrliƄski, Marie-Nicole Lemieux…
Il Pomo d’Oro / Maxim Emelyanychev, direction – Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019 – 3 cd ERATO

LIRE aussi notre annonce présentation du coffret événement AGRIPPINA par Joyce DiDonato :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-handel-joyce-didonato-chante-agrippina-de-handel-3-cd-erato-mai-2019/

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TEASER VIDEO
Handel: Agrippina – Joyce DiDonato, Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub Józef OrliƄski


 

 

 

 

 

 

Joyce DiDonato brings the roguish charm of Handel’s leading lady to life in this sensational recording of Agrippina, with Il Pomo d’Oro and their chief conductor Maxim Emelyanychev. Alongside Joyce is a magnificent cast of established and rising stars that includes Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub JĂłzef OrliƄski, and Marie-Nicole Lemieux. “Agrippina feels like the most modern drama,” Joyce DiDonato told The Observer. “The story unfolds like rolling news today. And I keep saying, ‘This is genius. How did Handel know the human psyche so profoundly?’”

Discover / approfondir: https://w.lnk.to/agpLY

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LIRE aussi notre critique du cd Ă©vĂ©nement : SERSE de HAENDEL / Fagioli, Il Pomo d’Or / Maxim Emelyanychev

Handel fagioli serse haendel cd review critique cd par classiquenews opera baroque par classiquenews genaux aspromonte Serse-CoffretCD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017 – 3 cd DG Deutsche Grammophon, 2017). VoilĂ  une production prĂ©sentĂ©e en concert (Versailles, novembre 2017) et conçue pour la vocalitĂ  de Franco Fagioli dans le rĂŽle-titre (il rempile sur les traces du crĂ©ateur du rĂŽle (Ă  Londres en 1738, Caffarelli, le castrat fĂ©tiche de Haendel) ; le contre-tĂ©nor argentin est portĂ©, dĂšs son air « « Ombra mai fu » », voire stimulĂ© par un orchestre Ă©lectrique et Ă©nergique, portĂ© par un chef prĂȘt Ă  en dĂ©coudre et qui de son clavecin, se lĂšve pour mieux magnĂ©tiser les instrumentistes de l’ensemble sur instruments anciens, Il Pomo d’Oro : Maxim Emelyanychev. La fiĂšvre instillĂ©e, canalisĂ©e par le chef Ă©tait en soi, pendant les concerts, un spectacle total. Physiquement, en effets de mains et de pieds, accents de la tĂȘte et regards hallucinĂ©s, le maestro ne s’économise en rien.

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CD, Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : Joyce DiDonato chante Agrippina de Handel (3 cd ERATO – mai 2019)

didonato-joyce-agrippina-fagioli-pisaroni-orlinski-vistoli-lemieux-maxim-EMELYANYCHEV-il-pomo-doro-cd-opera-cd-review-opera-concert-orchestre-classiquenews-gd-formatCD, Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : Joyce DiDonato chante Agrippina de Handel (3 cd ERATO – mai 2019). EnregistrĂ©e en mai 2019, cette nouvelle lecture du premier chef d’Ɠuvre absolu du jeune Haendel, alors finissant son tour d’Italie et Ă©tabli Ă  Venise (l’opĂ©ra Agrippina est crĂ©Ă© au San Giovanni Grisostomo le 26 dĂ©c 1709), renouvelle notre connaissance de l’Ɠuvre, un accomplissement pour le Saxon qui s’y montre fin connaisseur de l’opĂ©ra seria auquel il apporte sa science des mĂ©lodies suaves, de l’élĂ©gance et aussi de l’expressivitĂ© tragique et impĂ©rieuse (s’agissant du rĂŽle d’Agrippine, la mĂšre autoritaire du jeune NĂ©ron). Pour l’une et l’autre, la version Ă©ditĂ©e par Erato rĂ©unit un superbe couple, caractĂ©risĂ©, fin, impliquĂ©, au verbe rageur : Joyce DiDonato en impĂ©riale dominatrice ; Franco Fagioli en Nerone, un rĂŽle que le contre-tĂ©nor argentin incarne Ă  merveille tant depuis son Eliogabalo de Cavalli (Palais Garnier, sep 2016 : lire notre compte rendu critique : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier-le-16-septembre-2016-cavalli-eliogabalo-recreation-franco-fagioli-leonardo-garcia-alarcon-direction-musicale-thomas-jolly-mise-en-scene-2/ ), son timbre acide et veloutĂ© Ă  la fois excelle Ă  exprimer l’essence des princes effĂ©minĂ©s, dĂ©cadents
 soumis Ă  l’empire des sens, portraiturĂ©s avant Haendel par 
 Monteverdi (l’Incoronazione di Poppea).
En « fosse », Fagioli retrouve d’ailleurs, le pĂ©taradant et trĂšs articulĂ© Maxim Emelyanychev et son ensemble sur instruments d’époque, Il Pomo d’Oro : une phalange prĂȘte Ă  en dĂ©coudre pour exprimer tous les vertiges de la passion haendĂ©lienne
 Contre-tĂ©nor, chef et instrumentistes avaient prĂ©cĂ©demment convaincu dans un Serse (1738), enregistrĂ© en 2017 pour DG : Lire ici notre critique du cd Serse par Franco Fagioli ( CLIC de CLASSIQUENEWS d’oct 2018 : http://www.classiquenews.com/cd-critique-handel-haendel-serse-1738-fagioli-genaux-emelyanychev-2017-3cd-deutsche-grammophon/ ).
Autour de ce couple promis Ă  devenir lĂ©gendaire, Erato regroupe un parterre idĂ©al qui joue lui aussi sur la finesse des caractĂ©risations de chaque profil : Elsa Benoit (suave et sobre Poppea), l’impeccable Narciso de Carlo Vistoli, comme l’Ottone de Jakub Jozef Orlinski, lequel ajoute son timbre acide et musical lui aussi pour cette prise en studio proche de l’idĂ©al. AprĂšs Monteverdi au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, et lui aussi phare de l’opĂ©ra vĂ©nitien, Haendel se hisse Ă  la plus haute marche de l’inspiration d’aprĂšs l’AntiquitĂ© romaine : le cynisme et la passion embrasent tout ; rien n’arrĂȘte l’ivresse des hauteurs et du pouvoir ; s’il deviennent fous et inhumains, tous les candidats tentĂ©s par la toute puissance s’emballent au delĂ  de toute mesure ; chaque politique ici libĂ©rĂ©, peut exprimer sa soif de puissance, de gloire, de sĂ©duction. Et au sommet de la partition s’inscrit en lettres d’or et chant souverain, l’air accompagnato, trĂšs dĂ©veloppĂ©, incisif, hallucinĂ© de la prima donna barocca, Joyce DiDonato, au I : “ Pensieri, voi mi tormentate (de plus de 6 mn : un air essentiel dans la partition), dans laquelle la mĂšre qui manipule, est hantĂ©e par ses propres craintes que tous ses stratagĂšmes n’Ă©chouent Ă  faire de son fils Nerone, l’empereur, successeur de Claude
 TraversĂ©e par les spasmes et les visions d’une fragilitĂ© inconnue jusque lĂ , l’ambitieuse semble mesurer tout ce qu’elle peut perdre et tout ce qu’elle engage dans cette course au pouvoir. La vipĂšre en chef voudrait nous faire croire qu’elle est pauvre victime. GĂ©nial Haendel ! Par sa cohĂ©rence et le relief ciselĂ© de chaque protagoniste de ce huis clos bien romain, s’impose dans la discographie. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

LYON. LE PARNASSE AU FEMININ

jacquet de la guerre compositrice parnasse au feminin concert hostel dieu classiquenews evenement concert baroque lyonLYON, 5, 11 et 12 fĂ©vrier 2020. LE PARNASSE AU FEMININ. 2Ăš volet du triptyque Baroque au fĂ©minin, le Parnasse au FĂ©minin prĂ©cise la sensibilitĂ© musicale des compositrices Ă  l’époque de Lully (Jacquet de la Guerre) puis de Rameau (Duval puis Demars)
 A la tĂȘte de son ensemble sur instruments anciens (le Concert de l’Hostel Dieu), Franck-Emmanuel COMTE poursuit sa quĂȘte exploratrice Ă  la recherche des femmes musiciennes ayant Ă©bloui par leur grĂące et leur inspiration, les deux siĂšcles baroques en France, aux XVIIĂš et XVIIIĂš. Le programme PARNASSE AU FEMINIM offre un panorama remarquable sur la crĂ©ativitĂ© des compositrices oubliĂ©es de l’Histoire. Illustration : portrait de la parisienne Élisabeth-Claude Jacquet de la Guerre, nĂ©e en 1665

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DISTRIBUTION
Saskia Salembier, mezzo-sopranoCONCERT HOSTEL DIEU FRANCK EMMANUEL COMTE logo 2018 pour classiquenews
Reynier Guerrero et Sayaka Shinoda, violons
Aude Walker-Viry, violoncelle
Nicolas Muzy, théorbe
Florian Gazagne, basson
Patrick Rudant, traverso
Franck-Emmanuel Comte, clavecin & direction

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AGENDA LE PARNASSE AU FEMININ

 

 

5 février 2020
LYON – BibliothĂšque municipale de Lyon (69)
Conférence musicale autour des compositrices parisiennes au XVIIIe siÚcle

 

 

11 et 12 février 2020
LYON – MusĂ©es des Tissus et des Arts dĂ©coratifs de Lyon (69)
Le Parnasse au fémininparnasse-au-feminin-baroque-au-feminin-concert-hostle-dieu-franck-emmanuel-comte-classiquenews-concert-annonce-evenement-baroque-classiquenews
Création de la composition commandée à Emilie Girard-Charest
Avant-propos animĂ© par Aliette de Laleu, journaliste Ă  France Musique, avec la compositrice Emilie Girard-Charest, Julien Dubruque, professeur agrĂ©gĂ© et responsable Ă©ditorial au Centre de musique baroque de Versailles et Saskia Salembier, mezzo et violoniste baroque, Aline Sam-Giao, directrice gĂ©nĂ©rale de l’Orchestre national de Lyon et Aude Walker-Viry, violoncelliste baroque et interprĂšte de la crĂ©ation contemporaine d’Émilie Girad-Charest.

 

 

 

5 mars 2020
MARSEILLE – Mars en Baroque (13)
Le Parnasse au féminin

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Le Parnasse au FĂ©minin par Le Concert de l’Hostel Dieu : 

 

 

 

 

 

 

 

UN NOUVEAU PANTHEON DES FEMMES MUSICIENNES
JACQUET DE LA GUERRE, DUVAL, DEMARS


 

comte-franck-emmanuel-concert-hostel-dieu-portrait-classiquenews-baguette-marco-polo-classiquenews-582En France, dĂšs le XVIIe siĂšcle, l’éducation artistique et l’apprentissage de la musique des jeunes filles de bonne famille sont incontournables. Le programme Le Parnasse au fĂ©minin est construit autour d’Ɠuvres de compositrices du SiĂšcle des LumiĂšres : la parisienne Élisabeth-Claude Jacquet de la Guerre, nĂ©e en 1665 dans une famille de facteurs de clavecins, affirme son talent singulier comme chanteuse, claveciniste et compositrice. Sa tragĂ©die en musique CĂ©phale et Procris (1694) affirme un tempĂ©rament solide qui a acclimatĂ© le modĂšle lullyste. ProtĂ©gĂ© de Louis XIV, Jacquet de la Guerre devient la compositrice la plus cĂ©lĂšbre du XVIIĂš.
Au siĂšcle suivant, celui des LumiĂšres, Melle DUVAL danseuse et claveciniste naĂźt en 1718. Son pĂšre serait Cornelio Bentivoglio, nonce du pape et promoteur de la constitution du clergĂ©, d’oĂč le surnom attachĂ© Ă  la musicienne : « la constitution ». Son opĂ©ra-ballet Les GĂ©nies est crĂ©Ă© en 1736 au moment oĂč Rameau a triomphĂ© avec son rĂ©volutionnaire Hippolyte et Aricie (1733). La Duval – Constitution y dĂ©ploie un zĂšle remarquable pour les goĂ»ts français et italiens, idĂ©alement rĂ©unis. La DUVAL a toutes les grĂące d’un Rameau amoureux.
HĂ©lĂšne-Louis DEMARS nĂ©e Ă  Paris en 1736, rĂšgne dans la capitale comme claveciniste virtuose, maĂźtresse du clavecin. Ses petites cantates, ou cantatilles (les avantages du buveur, l’Horoscope de 1748 ; Hercule et Omphale, pour voix seule et symphonie de 1752
) affirme une sensibilitĂ© pour l’éloquence et la sensualitĂ©.
Paraissent Ă©galement les piĂšces plus lĂ©gĂšres de Françoise de Saint-Nectaire, Julie Pinel. Comme un Ă©cho contemporain, sont enchassĂ©s parmi les auteures baroques, les mouvements d’une Ɠuvre commandĂ©e Ă  la compositrice Émilie Girard-Charest (intitulĂ©e « Foison »).

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VOIR le teaser du programme
https://www.youtube.com/watch?time_continue=110&v=Xdwut2eqn2U&feature=emb_logo

 

 

TOUTES les infos sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU
http://www.concert-hosteldieu.com/programmes/parnasse-au-feminin/

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AGENDA COMPLET LE PARNASSE AU FEMININ

 

 

5 février 2020
LYON – BibliothĂšque municipale de Lyon (69)
Conférence musicale autour des compositrices parisiennes au XVIIIe siÚcle

 

 

11 et 12 février 2020
LYON – MusĂ©es des Tissus et des Arts dĂ©coratifs de Lyon (69)
Le Parnasse au féminin
Création de la composition commandée à Emilie Girard-Charest
franck-emmanuel-comte-concert-hostle-dieu-concert-582Avant-propos animĂ© par Aliette de Laleu, journaliste Ă  France Musique, avec la compositrice Emilie Girard-Charest, Julien Dubruque, professeur agrĂ©gĂ© et responsable Ă©ditorial au Centre de musique baroque de Versailles et Saskia Salembier, mezzo et violoniste baroque, Aline Sam-Giao, directrice gĂ©nĂ©rale de l’Orchestre national de Lyon et Aude Walker-Viry, violoncelliste baroque et interprĂšte de la crĂ©ation contemporaine d’Émilie Girad-Charest.

 

 

5 mars 2020
MARSEILLE – Mars en Baroque (13)
Le Parnasse au féminin

 

 

26 mars 2020
Le Parnasse au féminin

 

Institut Français à Londres (RU)

30 mai 2020
Baroque au FĂ©minin
FROVILLE – Festival de Froville avec Heather Newhouse, StĂ©phanie Varnerin et AnaĂŻs Bertrand

 

 

5 septembre 2020
Le Parnasse au FĂ©minin
Ravenne, Italie

 

 

15 octobre 2020
Maria Antonia de Saxe
(3Ú volet du triptyque « Baroque au féminin »)
LYON – Salle MoliĂšre avec Emmanuelle de Negri
Les compositrices françaises sont Ă  l’honneur : Jacquet de la Guerre, Duval, de Saint-Nectaire, Pinel, Demars
 avec une crĂ©ation de la compositrice Emilie Girard-Charest

 

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la saison 2019 – 2020 du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU / FRANCK EMMANUEL COMTE : triptyque Le Baroque au FĂ©minin, le Panasse au fĂ©minin, La Francesina, Folia Ă  Paris…

FRANCK-EMMNUEL COMTE rĂ©invente le BaroqueLe propre du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU depuis ses dĂ©buts est de rendre vivante, une premiĂšre approche (nĂ©cessaire) de recherche et de questionnement. Dans la rĂ©alisation, le geste se prĂ©cise et devient naturel, par sa libertĂ© d’interprĂšte et de concepteur, en serviteur zĂ©lĂ© et « historiquement informé » des compositeurs et pratiques anciennes, Franck-Emmanuel COMTE nous rappelle que « la crĂ©ation s’insinue partout : dans l’ornementation mĂ©lodique, dans les orchestrations oĂč l’instrumentation est souvent laissĂ©e libre par les compositeurs, dans l’harmonisation des lignes de basses continues, dans l’arrangement des piĂšces instrumentales
 Un terrain de jeu exaltant, une terre de libertĂ© qui dĂ©passent bien souvent le cadre scientifique et ancrent ces musiques patrimoniales dans le temps prĂ©sent. »
Ce goĂ»t de la libertĂ© qui devient « imprĂ©visibilité » apporte aujourd’hui au collectif du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU sa facultĂ© Ă  demeurer spontanĂ©. Vertu essentielle pour que le Baroque continue de nous parler. En tĂ©moigne les thĂ©matiques et temps forts de la nouvelle saison 2019 – 2020 …

 

 

 

 

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. Giacomo Antonio PERTI (1661-1756) : La Lingua profetica del taumaturgo di Paola, San Francesco, vers 1700 – Concerto Soave. JM Aymes, direction (2018, 1 cd LANVELLEC Ă©ditions)

PERTI oratorio bologne la lingua profetica critique review cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. Giacomo Antonio PERTI (1661-1756) : La Lingua profetica del taumaturgo di Paola, San Francesco, vers 1700 – Concerto Soave. JM Aymes, direction (2018, 1 cd LANVELLEC Ă©ditions). PERTI est un compositeur bolonais prĂ©coce, particuliĂšrement adulĂ© Ă  Vienne et d’une longĂ©vitĂ© exemplaire (comme Porpora) : Perti meurt en 1756 Ă  95 ans. Rival d’Alessandro Scarlatti, maĂźtre de chapelle de la Basilique San Petronio (oĂč dormait la partition de La Lingua profetica), Perti affirme un tempĂ©rament Ă  part : sĂ©duction mĂ©lodique, raffinement harmonique, habiletĂ© contrapuntique et vrai sens du drame. On peut prĂ©sager un destin pareil Ă  celui de Vivaldi, d’abord connu pour sa seule oeuvre instrumentale : les Quatre Saisons, puis sujet d’une passion rĂ©cente pour ses opĂ©ras
 On souhaite un mĂȘme phĂ©nomĂšne Perti Ă  partir du dĂ©voilement de cet oratorio royal oubliĂ© : une vingtaine d’opĂ©ras et le mĂȘme nombre d’oratorios sont Ă  exhumer ; c’est dire l’importance du filon. En 1700, les Medicis auraient commanditĂ© cet oratorio au sujet spĂ©cifique dĂ©diĂ© Ă  la naissance et au baptĂȘme du premier fils de Charles VIII et d’Anne de Bretagne (Charles-Orland qui mourra Ă  3 ans en 1495), mais aussi Ă  la maternitĂ© quasi miraculeuse en tout cas inespĂ©rĂ©e de Louise d’AngoulĂšme, mĂšre du futur François Ier (nĂ© en 1494). Une telle dĂ©votion volgare s’explique par la relation privilĂ©giĂ©e entre la dynastie toscane et la monarchie française.

Perti alterne avec vivacité et souci de caractérisation instrumentale recitativos secos puis arias proprement dites.
A l’inverse de beaucoup d’oratorios de la pĂ©riode, le sujet fait la singularitĂ© de la partition de Perti ici exhumĂ©e ; pas de Saints, de Christ ou de Vierge Marie, mais des personnages historiques qui expriment leur vƓu politique dans l’observance de la religion. Rien ne surclasse la volontĂ© d’assurer la continuitĂ© de la lignĂ©e des Valois français.
Composant un retable haut en couleurs et riche en profils psychologiques, le quatuor vocal excelle grĂące Ă  l’engagement de chaque chanteur qui brosse le portrait musical de chaque protagoniste, avec mention spĂ©ciale pour les femmes : superbe soie expressive et trĂšs incarnĂ©e de la solaire Louise d’AngoulĂšme, dĂ©fendue par le mezzo Ă©ruptif, juste, mordant de Lucile Richardot (dĂ©cidĂ©ment un tempĂ©rament vocal Ă  suivre pas Ă  pas) ; sans omettre la tendre et trĂšs profonde Anne de Bretagne de la soprano Maria Cristina Kiehr dont la couleur et le caractĂšre sont trĂšs convaincants ; face Ă  eux, deux chanteurs tout autant impliquĂ©s par les enjeux des situations : le Saint-François de Paule, oracle autoritaire et noble de Stephan McLeod ; enfin Valerio Contaldo, fervent Charles VIII, Ă  la fois fragile et CLIC_macaron_2014conquĂ©rant, belle figuration du monarque français, premier acteur des guerres d’Italie, dĂšs 1494 quand il prend le titre de roi de Naples
 La nervositĂ© dramatique et le sens du relief sonore Ă©manant du continuo complĂštent avec naturel, cette rĂ©surrection majeure. RecrĂ©Ă© en 2015 au Festival Les Rencontres Internationales de Musique Ancienne en TrĂ©gor Ă  Lanvellec, l’oratorio de PERTI ressuscite ainsi et perdure grĂące Ă  ce tĂ©moignage exemplaire, rĂ©alisĂ© en 2018. Au regard de la qualitĂ© de la partition, de l’originalitĂ© du sujet cĂ©lĂ©brant la couronne française, il fallait absolument en garder trace. Passionnant. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2020.

 

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. Giacomo Antonio PERTI (1661-1756) : La Lingua profetica del taumaturgo di Paola, San Francesco, vers 1700 – Concerto Soave. JM Aymes, direction (enregistrement 2018, ingĂ©nieur du son : François Eckert, UVM distribution). 1 cd LANVELLEC Ă©ditions – durĂ©e : 1h15mn
https://www.festival-lanvellec.fr/lanvellec-editions / CLIC de CLASSIQUENEWS

PARIS, La Madeleine. Olivier PERIN nommé titulaire adjoint du Grand Orgue de la Madeleine

PARIS, La Madeleine. Olivier PERIN nommĂ© titulaire adjoint du Grand Orgue de la Madeleine. L’organiste Olivier Perin prendra officiellement ses fonctions d’organiste titulaire adjoint du Grand Orgue de La Madeleine Ă  compter du 1er mars 2020. Directeur du Conservatoire de la MĂ©tropole du Grand Nancy depuis 2015, et organiste titulaire de l’église Saint-Paul-Saint-Louis du Marais depuis 1997, Olivier PERIN (46 ans) est nĂ© Ă  OrlĂ©ans. NommĂ© Ă  l’ñge de 22 ans titulaire du grand orgue de la cathĂ©drale d’OrlĂ©ans, aprĂšs avoir Ă©tĂ© Petit chanteur de Sainte-Croix d’OrlĂ©ans, il accĂšde en mars 2020, Ă  l’un des plus prestigieux postes d’organiste Ă  PARIS. Olivier PERIN succĂšde ainsi Ă  d’illustres musiciens tels Camille Saint-SaĂ«ns et Gabriel FaurĂ©, devenant l’adjoint du non moins cĂ©lĂšbre organiste François-Henri Houbart, titulaire du superbe instrument historique CavaillĂ©-Coll depuis plus de 40 ans.

 

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Ses pairs admirent chez lui une vĂ©ritable passion pour le rĂŽle de l’orgue : « pour sa capacitĂ© Ă  « colorer » les diffĂ©rents temps liturgiques, Ă  relever et Ă  caractĂ©riser les diffĂ©rents moments d’une cĂ©lĂ©bration eucharistique, Ă  porter vers Dieu la priĂšre des fidĂšles, Ă  toucher et Ă©mouvoir chacun d’entre eux ». Un avenir radieux se profile pour le nouvel organiste Ă  La Madeleine. A suivre

 

 

 

 
 

L’orgue Ă  La Madeleine : les dimanches musicaux Ă  16h

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CONCERTS LE DIMANCHE Ă  16h La Madeleine propose rĂ©guliĂšrement le dimanche, un grand concert d’orgue Ă  16h (dimanche musicaux), mettant en avant les qualitĂ©s uniques au monde de son grand orgue, dans une acoustique propre Ă  la grande nef de La Madeleine
 chef d’oeuvre nĂ©oantique au cƓur du Paris Historique, inscrit dans un axe sacrĂ© qui la relie via la place de la Concorde, Ă  un autre temple, celui de l’AssemblĂ©e Nationale
 VOIR ici les concerts de la saison des dimanches musicaux.
http://www.concerts-lamadeleine.com/index.php?action=concerts

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DUMESNY : « haute-contre de Lully ». R Van Mechelen – A Nocte Temporis (1 cd alpha).

Dumesny-Haute-Contre-de-Lully cd classiquenews critique annonce review cd critique classiquenews critique opera critique concertCD Ă©vĂ©nement, critique. DUMESNY : « haute-contre de Lully ». R Van Mechelen – A Nocte Temporis (1 cd alpha). Et voici un programme admirable par ses dĂ©fis et son originalitĂ©, parce qu’il engage aussi un chanteur devenu chef, et comme la contralto Natalie Stutzmann, crĂ©ateur de son propre ensemble A nocte temporis : le haute contre flamand Reinoud van Mechelen (nĂ© en 1987 Ă  Leuven) : il vient d’ĂȘtre nommĂ© artiste en rĂ©sidence au festival laboratoire Musique et MĂ©moire dans les Vosges du Sud (chaque annĂ©e en juillet, soit 3 annĂ©es d’accompagnement artistique exemplaire Ă  suivre absolument Ă  partir de juillet 2020).

On se souvient de ses dĂ©buts chez William Christie Ă  l’époque du Jardin des Voix, puis de ses prises de rĂŽles plus ou moins heureuses chez Rameau, Charpentier et autres compositeurs des premier et second Baroque Français. Aujourd’hui les dĂ©fis et essais d’hier ont Ă©voluĂ© et avec l’expĂ©rience, une claire dĂ©termination et la conscience d’un rĂ©pertoire se sont affirmĂ©s, dans la maĂźtrise plus rĂ©aliste des moyens artistiques. Il revient au chanteur chef d’avoir identifiĂ© l’itinĂ©raire d’un chanteur de premier plan, Ă  l’époque de Lully, quand ce dernier perfectionna l’opĂ©ra français au XVIIĂš pour la Cour de Louis XIV. Ses rĂŽles sont d’autant plus intĂ©ressants qu’ils illustrent aussi la derniĂšre maniĂšre de Lully dans le genre lyrique français.

 

 

 

Portrait d’un cuisinier
devenu le ténor favori de Lully

Né circa 1635 à Montauban, Louis Gaulard Dumesny, meurt quand meurt le Roi Soleil (entre 1702 et 1715) selon le texte de la notice dont la rédaction contient de nombreuses confusions voire incohérences (seule faiblesse de ce disque en tout points exemplaires).
D’abord cuisinier (chez l’intendant Foucault), Dumesny, chanteur (haute-contre / tĂ©nor), est recrutĂ© par Lully dĂšs 1675 : il chante dans les choeurs de ThĂ©sĂ©e (1675), Atys (1676), surtout Isis (1677, partition sublime rĂ©cemment ressuscitĂ©e et rĂ©Ă©valuĂ©e dans laquelle il incarne de petits rĂŽles : Triton, un nymphe / l’auditeur en pourra Ă©couter l’ouverture ici) ; il chante ensuite AlphĂ©e dans Proserpine (1680) : quadra, le chanteur perce l’affiche alors, succĂ©dant dans les premiers rĂŽles Ă  Bernard ClĂ©diĂšre (parti Ă  la retraite en 1682).
Dumesny crĂ©e les rĂŽles titres des 6 derniers opĂ©ras de Lully : PersĂ©e (1682), PhaĂ©ton (1683), Amadis (1684), Roland (1685), Renaud dans Armide (1686) et Acis et GalatĂ©e (1686). Devenu le tĂ©nor hĂ©roĂŻque emblĂ©matique de l’opĂ©ra lullyste des annĂ©es 1680, le chanteur vedette aprĂšs la mort du Surintendant, chante dans les opĂ©ras de la nouvelle gĂ©nĂ©ration : Alcide de Marais, Jason dans MĂ©dĂ©e de Charpentier, Apollon dans IssĂ© de Destouches, Octavio dans l’Europe Galante de Campra.

 

 

 

Dumesny, le chanteur qui chantait faux
et s’enivrait au champagne
pour suivre le rythme et honorer ses emplois


 

 

 

Dumesny doit son succĂšs Ă  sa voix Ă©videmment (aucune prĂ©cision convaincante sur sa tessiture exacte dans le texte citĂ©, sinon « haute-taille vers haute-contre » / ou plutĂŽt haute-taille, c’est Ă  dire tĂ©nor lĂ©ger – quoique dans dans le cas de Dumesny, les aigus restaient « trĂšs parcimonieux » / quoique il semble que « sa tessiture semble avoir montĂ© avec le temps ») ; Ă  ses dons d’acteurs, sa physionomie sĂ©duisante (grand, d’un « beau brun, bien fait »)
 de quoi susciter tous les fantasmes. Il faut nĂ©anmoins nuancer tout cela car le diapason de l’époque Ă©tait d’un ton plus bas ; surtout, le goĂ»t de la Cour de Louis XIV privilĂ©giait toujours les tessitures graves.

Seule rĂ©serve, – comble pour un chanteur : Dumesny chantait faux, ne sachant pas son solfĂšge, apprenant pour chaque production, chaque rĂŽle, note par note ; c’est Ă  dire par coeur. Pourquoi pas !

Aujourd’hui, le contre-tĂ©nor Reinoud van Mechelen affirme une toute autre musicalitĂ© ; une dĂ©termination mĂȘme qui donne de la valeur Ă  cette rĂ©surrection d’une personnalitĂ© musicale propre aux opĂ©ras de Lully dans la dĂ©cennie 1680. Pourtant le programme laisse surtout la place aux musiques post-lullystes, celle de Colasse, Marais, Charpentier, Destouches, Campra


La longĂ©vitĂ© de l’artiste, sa constance restent dĂ©licates ; dans les annĂ©es 1690, Dumesny n’y Ă©chappe pas : alcoolique, il devient gros ; d’humeur de plus inconstante, il rate de nombreux emplois, « ayant l’air d’un manant Ă  la ville ». En outre, les frasques de sa vie personnelle alimentent la chronique « people » de l’époque : cleptomane, il dĂ©trousse les artistes femmes de la troupe de l’AcadĂ©mie royale ; et ses relations passionnelles avec Marie Le Rochois (favorite de Lully) ou de La Maupin occupent les esprits parisiens, toujours voraces Ă  relayer un scandale.

CLIC D'OR macaron 200Non obstant ces petits dĂ©boires bien humains, Dumesny Ă©blouit ses prises de rĂŽles pendant plus de 20 ans, ayant dĂ©butĂ© sa carriĂšre Ă  l’opĂ©ra Ă  un Ăąge avancĂ© (40 ans). Le tĂ©nor lĂ©ger devait avoir un chant souple et tendu Ă  la fois, capable d‘un « lyrisme Ă©lĂ©giaque et de pages dramatiques », confĂ©rant Ă  ses personnages, une profondeur et un trouble certainement captivant, ce dĂšs « PersĂ©e » en 1675. VoilĂ  un premier pas vers une caractĂ©risation plus juste des chanteurs français Ă  l’époque de Lully. A quand dans la foulĂ©e, un autre opus dĂ©diĂ© au plus grand tĂ©nor lĂ©ger lui aussi (haute taille ou haute contre ?) du siĂšcle suivant, JĂ©lyote, vedette des opĂ©ras de Rameau ? On rĂȘve aussi d’un programme tout autant dĂ©fendu et engagĂ©, maĂźtrisant l’articulation et la projection de la langue de Racine. Car selon l’analyse lĂ©gitime de Bill Christie (entre autres), – clairvoyance visionnaire et malheureusement toujours polĂ©mique actuellement, le baroque français c’est surtout la maĂźtrise d’un chant français continument 
intelligible. A travers ce programme passionnant, Reinoud Van Mechelen ressuscite le profil d’un tĂ©nor lullyste aux dĂ©fis lyriques d’une indiscutable valeur. Par ses choix de rĂ©pertoire, la collection des airs d’opĂ©ras rĂ©unis, le programme est magistral. C’est donc un CLIC de CLASSIQUENEWS pour dĂ©cembre 2019.

 

 

  

 

  

 

  

CD Ă©vĂ©nement, critique. DUMESNY : « haute-contre de Lully ». R Van Mechelen – A Nocte Temporis (1 cd Alpha). EnregistrĂ© Ă  Anvers en 2018.

 

 

 
 

 

 

Programme du cd Dumesny : « haute-contre de Lully »
Reinoud Van Mechelen, chant et direction   –  A Nocte Temporis

1.‹JEAN-BAPTISTE LULLY – ISIS, LWV 54 : OUVERTURE ‹02:08
2.‹JEAN-BAPTISTE LULLY – PERSÉE, LWV 60 : CESSONS DE REDOUTER LA FORTUNE CRUELLE ‹01:37
3.‹JEAN-BAPTISTE LULLY – ARMIDE, LWV 71 : PLUS J’OBSERVE CES LIEUX, ET PLUS JE LES ADMIRE ‹03:31
4.‹JEAN-BAPTISTE LULLY – AMADIS, LWV 63 : BOIS ÉPAIS, REDOUBLE TON OMBRE ‹02:31
5.‹JEAN-BAPTISTE LULLY – ACIS ET GALATÉE, LWV 73 : FAUDRA-T-IL ENCORE VOUS ATTENDRE… ‹01:41
6.‹JEAN-BAPTISTE LULLY – ACIS ET GALATÉE, LWV 73 : RITOURNELLE ‹00:34
7.‹JEAN-BAPTISTE LULLY – ACHILLE ET POLYXÈNE, LWV 74 : PATROCLE VA COMBATTRE, ET J’AI PU CONSENTIR… ‹02:44
8.‹JEAN-BAPTISTE LULLY – MISERERE, LWV 25 ‹01:11
 

9.‹PASCAL COLLASSE – ACHILLE ET POLYXÈNE : QUAND, APRÈS UN CRUEL TOURMENT… ‹01:31
10.‹PASCAL COLLASSE – ACHILLE ET POLYXÈNE : ENTRACTE ‹01:16
11.‹PASCAL COLLASSE – ACHILLE ET POLYXÈNE : AH! QUE SUR MOI… – PRÉLUDE ‹01:16
12.‹MARIN MARAIS – ALCIDE : MON AMOUREUSE INQUIÈTUDE ‹02:46
13.‹MARIN MARAIS – ALCIDE : NE POURRAIS-JE TROUVER DE REMÈDE… ‹05:50
14.‹PASCAL COLLASSE – THÉTIS ET PELÉE : CIEL ! EN VOYANT CE TEMPLE REDOUTABLE… ‹05:03
15.‹PASCAL COLLASSE – ENÉE ET LAVINIE : J’ENTENDS D’AGRÉABLE CONCERTS… ‹03:12
16.‹HENRY DESMAREST – DIDON : INFORTUNÉ QUE DOIS-JE FAIRE?… ‹03:22
17.‹HENRY DESMAREST – DIDON : LE SOLEIL EST VAINQUEUR (INSTRUMENTAL) ‹01:35
18.‹MARC-ANTOINE CHARPENTIER – MÉDÉE, H.491 : QUE JE SERAIS HEUREUX, SI J’ÉTAIS MOINS AIMÉ !… ‹02:44
19.‹MARC-ANTOINE CHARPENTIER – MÉDÉE, H.491 : SECOND AIR POUR LES ARGIENS – SARABANDE ‹03:17
20.‹ELISABETH JACQUET DE LA GUERRE – CÉPHALE ET PROCRIS : AMOUR, QUE SOUS TES LOIS… ‹02:40
21.‹HENRY DESMAREST – THÉAGENE ET CARICLÉE : MA VERTU CÈDE AU COUP… ‹03:16
22.‹HENRY DESMAREST – LES AMOURS DE MOMUS : LIEUX CHARMANTS, RETRAITES TRANQUILLES… ‹01:42
23.‹CHARLES-HUBERT GERVAIS – MÉDUSE : AIR – SARABANDE – MENUET ‹04:11
24.‹HENRY DESMAREST – LES FÊTES GALANTES : EBBRO FAR VOGLIO IL MIO CORE… ‹02:59
25.‹HENRY DESMAREST – CIRCÉ : SOMMEIL – AH! QUE LE SOMMEIL EST CHARMANT… ‹05:32
26.‹ANDRÉ CARDINAL DESTOUCHES – AMADIS DE GRÈCE : HÉLAS! RIEN N’ADOUCIT… ‹03:35
27.‹ANDRÉ CAMPRA – L’EUROPE GALANTE : SOMMEIL – SOMMEIL, QUI CHAQUE NUIT…
 
 

VIDEO

 

https://youtu.be/b5nR_70GtnY

  
   

CD Ă©vĂ©nement, critique. JOHAN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018)

BACH-JS-ouvertures-orchestra-rinaldo-alessandrini-naive-2-cd-critique-cd-review-critique-baroque-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. JOHANN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018). Le chef Rinaldo Alessandrini poursuit son exploration du continent BACH chez NaĂŻve avec ce double coffret. AprĂšs les Brandebourgeois qui remontent Ă  la pĂ©riode de Coethen, voici les Ouvertures pour orchestre
 EnregistrĂ© en dĂ©c 2018 Ă  Rome, le programme met en perspective autour des 4 Ouvertures pour orchestre de Jean-SĂ©bastien, les Suites des autres « Johann » du clan, ses cousins, Johann Bernhard et Johann Ludwig. On a souvent classĂ© le style d’Alessandrini, comparĂ© Ă  celui de son confrĂšre baroqueux, Biondi, comme le plus intellectuel des deux : l’épure conceptuelle du premier, a contrario de l’organique imaginatif et gĂ©nĂ©reux du second, confinant parfois Ă  une sĂ©cheresse qui contredit la sensualitĂ© pourtant inscrite dans la musique italienne.

S’agissant de Jean-SĂ©bastien Bach, le chef bĂ©nĂ©ficie des excellentes personnalitĂ©s qui composent son ensemble Concerto Italiano, collectif capable de restituer cette synthĂšse magistrale d’un Bach alors en pleine maĂźtrise de ses moyens et qui se joue des styles italiens et surtout français, en une pensĂ©e germanique qui organise et structure pour la cohĂ©rence et l’unitĂ© globale.

 

 

 

Danses françaises et italiennes

 

 

 

Le chef italien s’intĂ©resse aux Ouvertures BWV 1066 Ă  1069, et jouĂ©es de façon chronologique : la n°2 bwv 1067 est bien malgrĂ© son numĂ©ro, la plus tardive du corpus, datĂ©e de 1738 ; les Ɠuvres depuis rĂ©cemment, ne sont plus classĂ©es dans le corpus des partitions de Coethen (1717-1723), mais plus tardives, datĂ©es de la pĂ©riode de Leipzig : Jean-SĂ©bastien a composĂ© nombre de partitions profanes, purement instrumentales, pour les musiciens virtuoses du Collegium Musicum (dirigĂ©s auparavant par Telemann). Cela simultanĂ©ment Ă  ses cantates et Passions. Les instrumentistes professionnels avaient coutume de donner leurs concerts Ă  Leipzig au CafĂ© Zimmermann, de 1723 Ă  1741. JS dirigea le collectif trĂšs applaudi Ă  partir de mai 1729 (et jusqu’en 1741). Les instrumentistes de Saint Thomas dont il Ă©tait Cantor et Director Musices purent se mĂȘler aux instrumentistes du Collegium pour l’exĂ©cution de Cantates ambitieuses et des Passions, dont la Saint-Mathieu.
Certaines Ouvertures ont pu ĂȘtre composĂ©es antĂ©rieurement Ă  Leipzig, quand JS Ă©tait le compositeur de plusieurs cours : Coethen donc jusqu’en 1728 ; Saxe-Weissenfels dĂšs 1729 ; puis en 1736, Dresde, composĂ©es dans l’un de ces contextes pour un Ă©vĂ©nement dynastique: l’Ouverture n°2 bwv 1067 est liĂ©e Ă  la Cour de Dresde de façon sĂ»re – sa partie de flĂ»te Ă©tant dĂ©diĂ©e au soliste Buffardin alors au service de l’Electeur de Saxe, Auguste III ; quand la n°4 serait bien de Coethen


DĂšs la majestueuse ouverture  BWV 1068, sommet d’élĂ©gance roborative, Ă  laquelle succĂšde immĂ©diatement une fugue des plus ciselĂ©es par un Bach supĂ©rieurement inspirĂ©, le geste du maestro italien affirme une Ă©vidente prĂ©cision, un souci de la clartĂ©, voire une stricte lisibilitĂ© verticale, au dĂ©triment d’un certain abandon ; ce qui s’exprime dans une coupe sĂšche mais d’une motricitĂ© rythmique nerveuse ; Alessandrini souligne le relief de l’écriture concertante, et surtout l’opposition / dialogue tutti / soliste, d’un caractĂšre alternĂ© trĂšs italien. L’ouverture pointĂ©e rappelle bien sĂ»r l’esthĂ©tique française et son esprit dansĂ©, d’une immuable souplesse ; quand le style fuguĂ© revient au seul gĂ©nie de Bach et rĂ©vĂ©lateur bien souvent de cet Ă©lan lumineux et solaire qui le caractĂ©rise. Il faut donc trouver le liant Ă©vident entre la partita (sĂ©quentielle) et la suite de danse, qui respire et s’unifie pourtant de l’un Ă  l’autre Ă©pisode.

Depuis le modĂšle de Lully transmis en Allemagne par Muffat, l’élĂ©gance est française. Et Bach sur ce plan connaĂźt bien son affaire ; il faut articuler et faire parler la musique pour Ă©viter d’en dissoudre le caractĂšre et l’expression.
De sorte qu’en guise d’Ouvertures, Alessandrini nous comble par un catalogue de piĂšces dansantes aux nuances expressives, idĂ©alement restituĂ©es.
La lente Courante (noble, solennelle, majestueuse – la plus « française », qui ouvre comme au bal, l’Ouverture n°1 bwv 1066), le rapide Passepied y paraĂźt (n’est-il pas un menuet mais en plus Ă©lectrique voire rustique c’est Ă  dire pastoral?), semblant Ă©carter dĂ©finitivement toute Allemande, au profit des sĂ©quences authentiquement « françaises » soient : bourrĂ©es, gavottes, menuets, alors trĂšs Ă  la mode. Quand la seule Gigue (qui referme la pĂ©tulante bwv 1068) est dans le style italien.
Avec beaucoup de subtilitĂ©, et d’imagination aussi, Alessandrini soigne la Sarabande de la bwv 1067 (plus rapide et plus expressive que la Courante qui reste formelle et contrĂŽlĂ©e, mais tout autant majestueuse) – mĂȘme attention particularisĂ©e pour le Menuet, danse qui a le plus grand succĂšs et le plus durable au XVIIIĂš – rapide, nerveux mais lĂ©ger et sautillant : allĂšgre, badin. Sautillante tout autant, la forlane qui doit ĂȘtre expressive comme la gigue. Quant Ă  la gavotte, JS Bach n’oublie pas son caractĂšre lui aussi pastoral (comme le passepied).
Qu’elles soient dansĂ©es ou jouĂ©es comme arriĂšre fond fastueux pour les Ă©vĂ©nements politiques qui en sont le prĂ©texte, les 4 ouvertures orchestrales de Bach expriment la quintessence du mouvement. Avouons que prĂ©cis et architecturĂ©, le geste du chef sait aussi respirer, rebondir, fluidifier


ComplĂ©ment utile Ă  la richesse chorĂ©graphique des Ouvertures de Jean SĂ©bastien, le programme ajoute l’Ouverture pour cordes seules (trĂšs française) de son cousin et ami Johann Bernhard Bach (1676 – 1749) qu’il fait jouer, signe de reconnaissance, par les instrumentistes du Collegium. Plus liĂ©es et alanguies, moins syncopĂ©es et donc hĂąchĂ©es avec un sens de la ligne plus naturel, les 8 sections (comprenant les Rigaudons par trois; absents chez JS) sonnent plus Ă©vidents, en particulier l’excellente bascule du Menuet (9): que des cordes donc, mais quel feu contrastĂ© : quel soin dans l’articulation. Un chambrisme mieux abouti. Auquel le hautbois proche d’un Couperin Ă  cette mesure française dans l’Air qui suit (10)


EnchaĂźnĂ©e la suite BWV 1065 s’affirme davantage encore par son caractĂšre et ses tempĂ©raments idĂ©alement contrastĂ©s qui propre Ă  JS, semblent s’élever vers des hauteurs jamais visitĂ©es avant lui. La trĂšs belle Forlane, vivace et rustique, dĂ©ploie une activitĂ© intĂ©rieure solaire, gonflĂ©e d’une saine ardeur, portĂ©e par un assise rythmique parfaite. Enfin le passepied qui conclut cette guirlande enivrĂ©e, rappelle Ă©videmment ce qu’en fera Haendel dans Watermusic

Dans le CD2, on note la mĂȘme qualitĂ© inventive chez l’ainĂ© des trois Bach, ici rĂ©unis, le Bach de Meiningen, Johann Ludwig (1677 – 1731) dont JS joue les Ɠuvres Ă  Leipzig en 1726 et 1750, preuve lĂ  encore d’une belle estimation.
CLIC_macaron_2014De Johann Sebastian, Alessandrini joue enfin les deux ouvertures bwv 1069 et surtout bwv 1067, la plus dĂ©veloppĂ©e et la plus inventive ne serait-ce que dans la Sarabande, la BourrĂ©e en 3 parties ; l’élĂ©ment trĂšs original en est la Polonaise, avec flĂ»te initialement confiĂ©e Ă  Buffardin qui dĂ©ploie cette autoritĂ© militaire, idĂ©alement caractĂ©risĂ©e, Ă  la fois hautaine et nerveuse grĂące Ă  laquelle Bach rend hommage Ă  Auguste III, Electeur de Saxe et roi de Pologne depuis 1734. De mĂȘme la « Battinerie » pour Badinerie (conclusion) est bien jouĂ©e scherzando, lĂ©ger et Ă©lĂ©gant, fulgurante comme une bambochade et selon l’esprit fouettĂ©e, Ă©lĂ©gante, lĂ©gĂšre, fugace d’un Fragonard. Ce travail de ciselure instrumentale, portĂ© sur l’intonation, l’articulation, la rĂ©alisation des ornements, en prĂ©servant la ligne du souffle, les phrasĂ©s, la respiration accrĂ©dite donc une excellente lecture. Du fort bel ouvrage qui dĂ©montre s’il en Ă©tait besoin, la conception gĂ©niale de JS Bach pour le CafĂ© Zimmermann Ă  Leipzig. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2019.

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. JOHAN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018).

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CD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018).

vivaldi estro aronico armoniosa cd critique review redderess critique cd classiquenewsCD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018). Superbe geste collectif plein d’allant, de cohĂ©rence Ă©nergique, avec un soin apportĂ© Ă  l’équilibre instrumental. Le cycle entier des 12 concertos de l’opus 3 de Vivaldi rayonnent par leur entrain solaire, la volontĂ© d’articuler sans esbrouffe ni effets d’archet
 qui est le lot commun de bon nombre d’autres interprĂštes, pas aussi scrupuleux. L’unitĂ© sonore est Ă©videmment prĂ©servĂ©e ici par le nombre des musiciens d’Armoniosa : du fait de la transcription pour ensemble de chambre rĂ©alisĂ©e par le claveciniste Michele BARCHI, ce sont 5 individualitĂ©s qui savent s’écouter, combiner chaque partie, rĂ©aliser une vision Ă  la fois expressive, poĂ©tique, habitĂ©e. On peut la penser trĂšs proche de ce qu’a pu entendre de son vivant Vivaldi, selon les possibilitĂ©s d’exĂ©cution. La partition gagne un relief et une prĂ©cision accrue du contrepoint.
C’est surtout un parcours expĂ©rimental oĂč Vivaldi remet tout Ă  plat Ă  partir des cordes seules : la vie, l’exaltation, l’entrain, ici dĂ©pouillĂ©s de maniĂ©risme et de calculs surinvestis, font merveille : l’activitĂ© de l’orgue soliste entre autres soutient constamment ce dĂ©sir d’élĂ©vation et de sublimation rythmique de la forme (et qui passe aussi par les recherches de couleurs plus subtiles encore dues aux registrations de l’instrument).
L’honnĂȘtetĂ© et la sensibilitĂ© du geste collectif font la diffĂ©rence, apportant Ă  l’ensemble des concertos, une nouvelle dĂ©finition de chaque ligne, une vitalitĂ© spĂ©cifique oĂč palpite une singuliĂšre et saine caractĂ©risation de chaque sĂ©quence.
L’énergie et l’inventivitĂ© du cycle allait durablement marquĂ© les propres recherches du jeune JS BACH, alors ĂągĂ© de 26 ans, quand il Ă©tait employĂ© Ă  Weimar comme organiste (1708 – 1717). Plus tard encore, Bach s’en souviendra pour la rĂ©alisation de son Concerto pour 4 claviers BWV 1065. Il y a donc la passation d’une vivacitĂ© inventive originelle, vivaldienne, dont les 5 instrumentistes d’Armonosia expriment l’allant et l’activitĂ© roborative. Il n’y a aucun doute que ces 12 Concertos publiĂ©s en 1711 Ă  Amsterdam, constituent la bible de tout le rĂ©pertoire baroque du XVIIIĂš europĂ©en.

CLIC D'OR macaron 200En s’éloignant des versions historiques en plus grand effectif, voilĂ  qui contredit dĂ©finitivement le mot rĂ©ducteur et quelque peu dĂ©prĂ©ciatif de Stravinsky Ă  l’endroit d’un Vivaldi ennuyeux et rĂ©pĂ©titif, qui aurait composĂ© 
 plus de 500 fois « le mĂȘme concerto » ! Vivaldi y varie le canevas et l’alternance des Ă©pisodes allegro / adagio, osant des notations nouvelles telles, « spiritoso » (RV522, Larghetto), « spiccato » (RV565, adagio et Largo). Passionnante relecture d’un pilier de la littĂ©rature baroque du premier XVIIIĂš. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

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CD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018). Double cd, enregistrement rĂ©alisĂ© en Italie en mai 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019

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VIDEO TEASER
https://www.youtube.com/watch?v=BlE1UXqmpW0

CD événement, annonce. FARINELLI par CECILIA BARTOLI (DECCA, 8 nov 2019)

CD Ă©vĂ©nement, annonce. FARINELLI par CECILIA BARTOLI (DECCA, 8 nov 2019)
 Le nouveau disque de la mezzo romaine CECILIA BARTOLI est dĂ©diĂ© au castrat lĂ©gendaire Farinelli, soliste d’exception, champion de la troupe de Porpora Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, au grand dam de Haendel son rival qui ne pouvait lui compter que sur le lustre virtuose du castrat Caffarelli
 AprĂšs des rĂ©citals titres dĂ©fendus par ses confrĂšres Jaroussky, surtout Vivica Genaux ou Ann Hallenberg, vraies tempĂ©raments pour ce rĂ©pertoire riche en acrobaties vocales, Cecilia Bartoli prolonge dans ce nouveau programme « FARINELLI » (annoncĂ© le 8 novembre 2019), son prĂ©cĂ©dent album intitulĂ© SACRIFICIUM (2009) oĂč la diva dĂ©nonçait le sort de milliers de garçons Ă  Naples, soumis Ă  l’épreuve ignoble et dangereuse de la castration.
AprĂšs la dĂ©nonciation (2009), voici le temps de la 
 jubilation (soit 10 ans plus tard), celle incarnĂ©e par celui qui incarne l’ñge d’or du beau chant napolitain du XVIIIĂš et qui fut adulĂ© tel un dieu vivant Ă  la Cour de Madrid oĂč Ă  l’invitation de la Reine Isabelle, Farinelli chantait uniquement pour le souverain Philippe V, dĂ©pressif et malade.. (deux airs de l’Artaserse de Hasse
 chaque soir) puis pour Ferdinand VI, sa voix ayant gagnĂ© en profondeur et gravitĂ©, arborant moins d’artificielle virtuositĂ©.

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critique10 ans aprĂšs SACRIFICIUM… Sur la cover de l’album, Cecilia Bartoli paraĂźt travestie en homme mĂ»r et brun, latin, barbu
 ce qui n’a pas manquĂ© de susciter de vives rĂ©actions
 La diva italienne a semĂ© le trouble parmi ses fans, certains en mal de rĂ©fĂ©rences plus anciennes, n’hĂ©sitant pas Ă  comparer son visage Ă  celui du chanteur travesti autrichien Conchita Wurst. Alors Cecilia farinellisĂ©e serait-elle plus Wurst ou christique ? Vaine polĂ©mique pour celle qui s’exhiba crĂąne chauve et pistolet dĂ©gainĂ© quand il fallait lĂ©gitimement ressusciter le gĂ©nie du compositeur baroque Agostino STEFFANI, (CD « MISSION » 2012) ; s’agissant aussi d’une diva habituĂ©e Ă  se travestir comme actrice dans maintes productions lyriques
 En rĂ©alitĂ©, son nouveau look barbu syriaque n’a rien Ă  voir avec les portraits officiels de Farinelli, plutĂŽt trĂšs soignĂ©, perruquĂ©, poudré  De toute Ă©vidence, la cantatrice n’en est pas Ă  sa derniĂšre transformation. Ce qui compte reste la qualitĂ© et la pertinence de sa lecture des airs pour Farinelli, lĂ  oĂč tant d’autres chanteurs se sont risquĂ©s. Vivaldienne et Gluckiste, HaendĂ©lienne et Steffanienne, la diva de tous les dĂ©fis, relĂšvera-t-elle celui de Farinelli ? RĂ©ponse dans notre prochaine critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews, d’ici dĂ©but novembre 2019. Et peut-ĂȘtre avant, en avant-goĂ»t, nos premiĂšres impressions du cd reçu, avant la grande critique dĂ©veloppĂ©e
 A suivre


 

 

 

 

 

Programme annoncĂ© : 12 airs des opĂ©ras de Brischi, Porpora, Giacomelli, Caldara, Hasse…

‘Nell’attendere mio bene’ from Polifemo by Porpora

‘Vaghi amori, grazie amate’ from La festa d’imeneo by Porpora

‘Morte col fiero aspetto’ from Marc’Antonio e Cleopatra by Hasse

‘Lontan
 Lusingato dalla speme’ from Polifemo by Porpora*

‘Chi non sente al mio dolore’ from La Merope by Broschi

‘Come nave in ria tempesta’ from Semiramide regina dell’Assiria by Porpora

‘Mancare o Dio mi sento’ from Adriano in Siria by Giacomelli

‘Si, traditor tu sei’ from La Merope by Broschi*

‘Questi al cor finora ignoti’ from La morte d’Abel by Caldara

‘Signor la tua Speranza
 A Dio trono, impero a Dio’

from Marc’Antonio e Cleopatra by Hasse

‘Alto Giove’ from Polifemo by Porpora

* world premiere recording

 

 

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critique

 

 

 

A propos de Farinelli et l’art des castrats

LIRE aussi sur Classiquenews

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CD SACRIFICIUM (DECCA, 2009)
http://www.classiquenews.com/cecilia-bartoli-sacrificium2-cd-decca/

CD MISSION : Agostino STEFFANI (DECCA, 2012)
http://www.classiquenews.com/cecilia-bartoli-chante-agostino-steffani1-cd-mission-decca/

CD, compte rendu critique. FARINELLI, a portrait / un portrait, par Ann Hallenberg (Aparte, Live in Bergen, 2011)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-farinelli-a-portrait-un-portrait-par-ann-hallenberg-aparte-2011/

CD. Franco Fagioli : Arias for Caffarelli (1 cd NaĂŻve)
http://www.classiquenews.com/cd-franco-fagioli-arias-for-caffarelli-1-cd-naive/

CD. Philippe Jaroussky. Airs de Porpora pour Farinelli (1 cd Erato)
http://www.classiquenews.com/cd-philippe-jaroussky-airs-de-porpora-pour-farinelli-1-cd-erato/

 

 

 

 

 

Portrais d’Ă©poque de Farinelli

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Il n’y a pas de rapport direct entre le visuel barbu choisi par Cecilia Bartoli et les portraits historiques du castrat napolitain Farinelli, plutĂŽt connu pour son visage poupin et glabre…

 

 

 

FARINELLI portrait classiquenews Jacopo_Amigoni_-_Retrato_de_Carlo_MarĂ­a_Broschi,_Farinelli_-_Google_Art_Project

 

Bartolomeo Nazarie - Portrait of Farinelli 1734 - Royal College of Music London

Portrait de Farinelli (Carlo Broschi) – DR

 
 

CD, critique. LULLY : Dies Irae, De Profundis, Te Deum (Millenium Orchestra, L G Alarcon, 1 cd Alpha fev 2018).

Lully_versailles_portraitCD, critique. LULLY : Dies Irae, De Profundis, Te Deum (Millenium Orchestra, L G Alarcon, 1 cd Alpha fev 2018).. Le grand motet versaillais gagne une splendeur renouvelĂ©e quand le Surintendant de la Musique, Lully (nommĂ© Ă  ce poste majeur dĂšs 1661), s’en empare ; finit le canevas modeste d’une tradition lĂ©guĂ©e, fixĂ©e, entretenue dans le genre par les Sous-MaĂźtres de la Chapelle, Du Mont et Robert jusque lĂ . En 11 Motets exceptionnels, publiĂ©s chez Ballard en 1684, Lully voit grand, Ă  la mesure de la gloire de Louis XIV Ă  laquelle il offre une musique particuliĂšrement adaptĂ©e : les effectifs choraux sont sensiblement augmentĂ©s (2 chƓurs), complĂ©tĂ©s par les fameux 24 violons du Roi. L’apparat, la majestĂ©, le thĂ©Ăątre s’emparent de la Chapelle; mais ils s’associent Ă  l’effusion la plus intĂ©rieure, rĂ©alisant entre ferveur et dĂ©corum un Ă©quilibre sublime. Equilibre que peu de chefs et d’interprĂštes ont su comprendre et exprimer. Quand le Roi installe la Cour Ă  Versailles en 1682, l’étalon incarnĂ© par Lully reprĂ©sente la norme de l’ordinaire de la Messe : Louis ayant goĂ»ter les fastes ciselĂ©s par son compositeur favori, nĂ©s de l’association nouvelle des effectifs de la Chambre et de la Chapelle. Ainsi le Motet lullyste marque les grandes cĂ©rĂ©monies dynastiques : Dies irae puis De Profundis sont « crĂ©Ă©s » pour les FunĂ©railles fastueuses de la Reine Marie-ThĂ©rĂšse (juillet 1683), respectivement pour « la prose » et pour « l’aspersion du cercueil royal », en un vĂ©ritable opĂ©ra de la mort.
Mais le succĂšs le plus Ă©clatant demeure le Te Deum, donnĂ© pour la premiĂšre fois dans la chapelle ovale de Fontainebleau, pour le baptĂȘme du fils ainĂ© de Lully (9 sept 1677), hymne glorifiant ses parrain et marraine, Louis XIV et son Ă©pouse, Ă  force de timbales et de trompettes rutilantes, roboratives. 10 ans plus tard, le 8 janvier 1687, Lully dirige son Ɠuvre victorieuse aux Feuillants Ă  Paris, emblĂšme de la gloire versaillaise mais se blesse au pied avec sa canne avec laquelle il bat la mesure ; le 22 mars suivant, le Surintendant auquel tout souriait, meurt de la gangrĂšne.

Lully dies irae de profundis te deum motets de lully cd critique review cd ALPHA-444-DIGIPACK-gabaritA_309-42625x271mm-190419-17h30-300x278Sans disposer du timbre spĂ©cifique qu’apporte l’orchestre des 24 Violons, le chef rĂ©unit ici des effectifs nourris dans un lieu que Lully aurait assurĂ©ment apprĂ©ciĂ©, s‘il l’avait connu : la Chapelle royale actuelle, Ă©difiĂ©e aprĂšs sa mort. La lecture live (fĂ©vrier 2018 in loco) offre certes des qualitĂ©s mais la conception d’ensemble sacrifie l’articulation et les nuances au profit du grand thĂ©Ăątre sacrĂ©, quitte Ă  perdre l’intĂ©rioritĂ© et la rĂ©elle profondeur. NĂ©anmoins, ce tĂ©moignage repointe le curseur sur une musique trop rare, d’un raffinement linguistique, dramatique, choral comme orchestral 
 pour le moins inouĂŻ. Saluons le ChĂąteau de Versailles qui s’emploie depuis quelques annĂ©es Ă  constituer de passionnantes archives de son patrimoine musical.

Que pensez du geste d’Alarcon dans ce premier enregistrement de musique française, de surcroĂźt dĂ©diĂ© Ă  Lully ? Suivons le sĂ©quençage du programme

DIES IRAE : d’emblĂ©e Ă©merge du collectif affligĂ©, le timbre noble et tendre de la basse Alain Buet d’une Ă©lĂ©gance toute « versaillaise » (sidĂ©ration du MORS STUPEBIT), d’une intention idĂ©ale ici : on s’étonne de ne l’écouter davantage dans d’autres productions baroques Ă  Versailles. Idem pour la taille de Mathias Vidal (Quid sum miser
), prĂ©cis, tranchant, implorant et d’un dramatisme mesurĂ© comme son partenaire Alain Buet (Rex Tremendae). Les deux solsites sont les piliers de cette lecture en demi teintes. La nostalgie est le propre de la musique de Lully, d’une pudeur qui contredirait les ors louis le quatorziens ; mais parfois, la majestĂ© n’écarte pas l’intimisme d’une ferveur sincĂšre et profonde.
LG Alarcon opte pour un geste trĂšs affirmĂ©, parfois dur, martial
 Ă  la Chapelle. Pourquoi pas. Un surcroĂźt de sensualitĂ© mĂ©lancolique eusse Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ©. Car c’est toute la contradiction du Grand SiĂšcle Ă  Versailles : le dĂ©corum se double d’une profondeur que peu d’interprĂštes ont Ă©tĂ© capables d’exprimer et de dĂ©celer (comme nous l’avons prĂ©cisĂ© prĂ©cĂ©demment) : Christie Ă©videmment ouvrait une voie Ă  suivre (mais avec des effectifs autrement mieux impliquĂ©s). Tout se prĂ©cipite Ă  partir de la plage 9 (INGEMISCO Tanquam reus), vers une langueur dĂ©tachĂ©e, distanciĂ©e que le chef a du mal Ă  ciseler dans cette douceur funĂšbre requise ; mais il rĂ©ussit la coupe contrastĂ©e et les passages entre les sĂ©quences, de mĂȘme que le « voca me » (CONFUTATIS), – priĂšre implorative d’un infini mystĂšre, dont la grĂące fervente est plus esquissĂ©e que vraiment
 habitĂ©e. Idem pour l’ombre qui se dĂ©ploie et qui glace avant le LACRYMOSA
 aux accents dĂ©chirants. MalgrĂ© un sublime PIE JESU DOMINE entonnĂ© solo par Mathias Vidal, le surcroit instrumental qui l’enveloppe, rappelle trop un rĂ©alisme terre Ă  terre. Le geste est lĂ  encore pas assez nuancĂ©, mesurĂ©, trouble, dĂ©concertant : il faut Ă©couter Christie chez Charpentier pour comprendre et mesurer cette profondeur royale qui n’est pas dĂ©monstration mais affliction : tĂ©moignage humain avant d’ĂȘtre reprĂ©sentation. Dommage. Manque de pulsions intĂ©rieures, lecture trop littĂ©rale, respirations trop brutales; la latinitĂ© du chef qui sait exulter chez Falvetti, et d’excellente maniĂšre, peine et se dilue dans le piĂ©tisme français du premier baroque.

Que donne le DE PROFUNDIS ? lĂ  encore malgrĂ© l’excellence des solistes (et les premiers Buet et Vidal en un duo saisissant de dramatisme glaçant), le chef reste en deçà de la partition : manque de profondeur (un comble pour un De Profundis), manque de nuances surtout dans l’articulation du latin, dĂšs le premier choeur : l’imploration devient dure et rien que dĂ©monstrative. Les tutti plafonnent en une sonoritĂ© qui manque de souplesse comme d’intĂ©rioritĂ©. Mais quels beaux contrastes et caractĂ©risations dans le relief des voix solistes (ici encore basse et taille : d’une dĂ©chirante humanitĂ©, celle qui souffre, dĂ©sespĂšre, implore). Les dessus n’ont pas la prĂ©cision linguistique ni la justesse Ă©motionnelle de leurs partenaires. Les vagues chorales qui rĂ©pondent aux solistes (QUIA APUD DOMINUM) sonnent trop martiales, trop Ă©paisses, affirmĂ©es certes mais sans guĂšre d’espĂ©rance au salut.

L’ultime Ă©pisode qui Ă©voque la lumiĂšre et le repos Ă©ternel ralentit les tempos, souligne le galbe funĂšbre, Ă©paissit le voile jusque dans le dernier Ă©clair choral, fougueux, impĂ©tueux, quasi fouettĂ© (et lux perpetua luceat eis), mais volontairement sĂ©quencĂ©, avec des silences appuyĂ©s, qui durent, durent et durent
 au point qu’ils cisaillent le flux de la dĂ©ploration profonde. Nous sommes au thĂ©Ăątre, guĂšre dans l’espĂ©rance de la grĂące et du salut. Comme fragmentĂ©e, et mĂȘme saucissonnĂ©e, la lecture, lĂ  encore en manque de respiration globale, frĂŽle le contre sens. Ce De Profundis ne saisit pas.

Par contre dans le TE DEUM, les instrumentistes – trompettes et timbales Ă  l’appui convoquent aisĂ©ment les fastes du dĂ©corum versaillais. Le chef y trouve ses marques, affirmant avant la piĂ©tĂ© et le recueillement pourtant de mise, l’éclat du drame, l’or des splendeurs versaillaises. A chacun de juger selon sa sensibilitĂ© : mais pour nous, Lully sort dĂ©sĂ©quilibrĂ©. Moins intĂ©rieur et grave que fastueux et solennel. A suivre.

 
 

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CD, critique. LULLY : Dies Irae, De Profundis, Te Deum (ChƓur de chambre de Namur, Millenium Orchestra, L G Alarcon, 1 cd Alpha fev 2018). Collection “ChĂąteau de Versailles”.

 

 

 

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VOIR Lacrymosa de Lully par LG Alarcon / Millenium Orch / Ch de ch de Namur (festival NAMUR 2015) :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=229&v=3G4Dc1NjKXA

 
 

CONCERT DE L’HOSTEL DIEU : Barbara STROZZI, le BAROQUE AU FEMININ

Le CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : le BAROQUE AU FÉMININ  LYON. 15, 16 oct 2019 / FE COMTE : LE BAROQUE AU FEMININ
Que savons nous exactement des compositrices actives Ă  l’époque baroque ? A travers son cycle de concerts intitulĂ© BAROQUE AU FEMININ, – l’un des fils rouges de sa nouvelle saison 2019 – 2020, le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU et FRANCK EMMANUEL COMTE avec la collaboration de la soprano Heather Newhouse, interrogent le gĂ©nie d’une femme exceptionnelle, interprĂšte, muse et compositrice, qui au XVIIĂš montre une maestriĂ  remarquable tant son Ă©criture saisit par sa puissance dramatique, sa suavitĂ© montĂ©verdienne, son souci et son exigence des textes poĂ©tiques mis en musique
 Barbara Strozzi (1619-1677), auteure vĂ©nitienne renommĂ©e Ă  son Ă©poque, grĂące Ă  la beautĂ© de son chant, sa plasticitĂ© fĂ©minine, avait tout pour plaire, sĂ©duire, subjuguer.
Barbara Strozzi, Ă©lĂšve de Cavalli, se montre l’égal de Monteverdi, empruntant au grand Claudio, son art unique de la projection du texte portĂ© par un choix rĂ©flĂ©chi de motifs rythmiques et mĂ©lodiques. Ici la fusion verbe et texte, sens et chant saisit immĂ©diatement et l’on s’étonne que Barbara Strozzi n’ait pas Ă©tĂ© jouĂ©e plus souvent jusque lĂ . D’autant que l’on connaĂźt bien sa carriĂšre et que mĂȘme, son pĂšre, Bernardo Strozzi, auteur cĂ©lĂšbre de la Venise du XVIIĂš, l’a portraiturĂ©e en un tableau non moins connu des amateurs (cf. ci contre).

concert-hostel-dieu-raison-deraison-saison-2019-2020-classiquenews-franck-emmanuel-COMTE-classiquenewsSes madrigaux Ă©tonnent par leur modernitĂ© et leur efficacitĂ©: une absence Ă©vidente de maniĂ©risme ou d’effets dĂ©coratif. La compositrice maĂźtrise l’articulation du texte, exprime sans circonvolutions l’architecture de chaque poĂšme. Leur plasticitĂ© expressive rehausse la qualitĂ© et la suggestion des poĂšmes. De sorte que son rĂ©citatif est l’un des plus raffinĂ©s qui soient, avec ceux de ses prĂ©dĂ©cesseurs, eux-mĂȘmes gĂ©nies de l’opĂ©ra Ă  Venise (Monteverdi) et dans toute l’Europe, jusqu’en France (Cavalli).
Au milieu du XVIIĂš, son Ă©criture vaut les meilleurs opĂ©ras de Monteverdi: sens du drame, intensitĂ© de la prosodie, alliance subtile de la note et du verbe, oĂč chaque “effet” ne paraĂźt que si le sens du texte et les images du poĂšmes le rĂ©clame. Partout dans son oeuvre Ă  prĂ©sent bien documentĂ©, Barbara Strozzi fait montre d’un gĂ©nie des passions amoureuses et des affects dramatiques. Tant d’éclats maĂźtrisĂ©s convoquent les Ă©clairs et les vertiges d’un Caravage!

RAFFINEMENT MUSICAL et EXIGENCE POÉTIQUE
 Morsures du texte, solutĂ© de la musique. En se jouant constamment des registres poĂ©tiques, des allusions, des rĂ©fĂ©rences cachĂ©es et secrĂštes, des tons et inflexions entre mysticisme et sensualitĂ©, Ă©rotisme voilĂ© et douleur amoureuse, l’écriture multiplie les facettes du sens: fidĂšle Ă  Monteverdi, partageant une exigence sur tous les registres, poĂ©tiques et musicaux, Barbara Strozzi “ose” et rĂ©ussit une musique de lettrĂ©s, tout autant jubilatoire, complexe et immĂ©diatement intelligible. Son tempĂ©rament sait concilier ambition littĂ©raire des poĂšmes choisis et franchise de l’expression. Autant de valeurs captivantes qui font les dĂ©lices de chacun des programmes qui lui sont consacrĂ©s. Franck Emmanuel COMTE Ă©largit cette Ă©vocation du gĂ©nie au fĂ©minin, en jouant aussi les Ɠuvres d’autres compositrices italiennes : F. Caccini, A. Bembo…

 

 

 

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OCTOBRE 2019
Compositrices et interprùtes baroques


 

concert-hostel-dieu-raison-deraison-saison-2019-2020-classiquenews-franck-emmanuel-COMTE-classiquenewsBAROQUE AU FÉMININ, c’est le fil rouge de toute la saison nouvelle avec des dĂ©veloppements, des dĂ©couvertes et lĂ  encore des rencontres artistiques fortes. Premier volet et sĂ©rie de concerts : « La Donna barocca” (autour des compositrices italiennes : BARBARA STROZZI et ses consƓurs italiennes
). Muse et compositrice lĂ©gendaire au XVIIĂš, Barbara Strozzi incarne la musique baroque Ă  son Ă©poque, dans une langue sensuelle et remarquablement articulĂ©e : le Concert de l’Hostel Dieu cĂ©lĂšbre les 400 ans de sa naissance. Et avec elle, les Ă©critures non moins captivantes d’autres compositrices italiennes, telles Francesca Caccini, Isabella Leonarda et Antonia Bembo. Avec la soprano Heather Newhouse(dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e dans le programme Folia).

 

 

Programme prĂ©sentĂ© en avant-premiĂšre dĂšs le dim 22 septembre (JournĂ©es du Patrimoine 2019) Ă  L’HĂŽtel de Ville de Lyon, 1 place de la ComĂ©die LYON 1, de 14h Ă  17h

 

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Les 15 puis 16 octobre 2019, LYON, MusĂ©e des tissus et des arts dĂ©coratifs. VIDEO : Heather Newhouse : L’Eraclito amoroso (Barbara Strozzi)

 

 

 

 

  

 

RÉSERVEZ
http://www.concert-hosteldieu.com/agenda/la-donna-barocca-4/

 

 
 

 
 

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CD critique. JS BACH : Variations Goldberg : Pascal Vigneron, orgue (1 cd Quantum – 2018)

Vigneron pascal variations goldberg js bach critique cd moneta Couverture-QM-7084-362x326 orgue critique cd classiquenewsCD critique. JS BACH : Variations Goldberg : Pascal Vigneron, orgue (1 cd Quantum – 2018). Difficile encore aujourd’hui d’élucider la genĂšse prĂ©cise des Variations Goldberg, point d’accomplissement de la Clavier-Übung (IV). ComposĂ©es fin 1740 (Ă©ditĂ© Ă  Nuremberg en 1741), la partition autographe (dĂ©couverte Ă  Strasbourg) qu’elle ait Ă©tĂ© conçue pour soulager les nuits d’insomnie du Comte Kayserling, et jouĂ©es par son claveciniste virtuose dĂ©diĂ© (le jeune claviĂ©riste Goldberg justement), les 30 Variations d’aprĂšs le thĂšme initial posent un dĂ©fi Ă  l’interprĂšte en terme de construction et d’architecture, d’éloquence et d’articulation, de rĂ©solution des ornements, de direction et de caractĂšre gĂ©nĂ©ral. Musique nocturne, musique de salon, intimiste et cĂ©rĂ©brale
 ou dĂ©veloppement irrĂ©ductible Ă  un instrument et un contexte prĂ©cis ? La proposition de Pascal Vigneron Ă©largit la vision ; elle touche plutĂŽt Ă  l’universel et Ă  l’infini poĂ©tique de la partition. Comme certains pianistes ont su rĂ©vĂ©ler depuis la lecture visionnaire de Rosalyne Turek (puis Gould
) la fascinante dĂ©clamation envoĂ»tante des piĂšces sur clavier moderne, la prĂ©sente approche reconsidĂšre le matĂ©riau d’origine ; douĂ© d’un imaginaire discursif et expressif en liaison directe avec les ressources multiples du grand orgue choisi, Pascal Vigneron rĂ©gĂ©nĂšre notre perception des Goldberg

L’organiste qui est aussi directeur du festival BACH de Toul (Meurthe-et-Moselle) renouvelle la perception et la comprĂ©hension comme le contexte des Goldberg.
Le modĂšle du genre « ThĂšme et variations » (sublimĂ© ensuite par Beethoven dans les Diabelli), Ă©carte ici sa rĂ©alisation sur un clavecin Ă  deux claviers, pour l’universalitĂ© poĂ©tique de l’orgue, son ampleur spatialisĂ©e comme ses ressources de couleurs, de timbres, de dynamique sonore
 Et quel orgue ! puisqu’il s’agit de l’instrument « royal » abritĂ© par la CathĂ©drale de Toul, un instrument unique et trĂšs impressionnant (70 jeux par Curt Schwenkedel en 1963, restaurĂ© ensuite par Y. Koenig de 2012 Ă  2016). L’ampleur sonore sert-elle l’esprit d’une Ɠuvre que l’on penserait plutĂŽt taillĂ©e pour l’intime et la douceur nocturne ?

L’interprĂšte familier de l’Ɠuvre (il l’a dĂ©jĂ  enregistrĂ©, mais dans un « marathon » regroupant le jeu sur clavecin, piano et donc comme ici orgue), ne cesse d’interroger la matiĂšre musicale, conscient de ses rĂ©fĂ©rences manifestes ou le plus souvent subliminales Ă  travers une grille propre Ă  Bach mĂȘlant gĂ©omĂ©trie, mathĂ©matiques, gĂ©matrie et mĂȘme symbolique rosicrucienne. L’organiste prĂ©cise les points forts et de rebond de toute le cycle, vĂ©cu, investi tel un Ă©difice ; il en dĂ©duit la structure et la charpente; « piliers, voĂ»tes et flĂšches » d’une cathĂ©drale sonore dont les dimensions sur l’orgue, atteignent celles, spirituelles, ascensionnelles, de la Messe en si. C’est Ă  la fois un sanctuaire sonore, espace infini pour l’imaginaire, et un itinĂ©raire mental dont le mitemps est le fameux Andante ou 15Ăš Variation (la seule dont Bach ait prĂ©cisĂ© l’indication de tempo).

vigneron pascal orgue variations goldberg jean sebastien bach critique cd bach classiquenewsPour rĂ©ussir le passage du clavecin Ă  2 claviers au grand orgue, Pascal Vigneron a choisi les reprises, les organise en un cheminement cohĂ©rent tout en jouant des timbres caractĂ©risĂ©s (lĂ  oĂč le clavecin ne prĂ©sente qu’une mĂȘme sonoritĂ©). Le grand orgue outre une clarification du sens de chaque reprise (en miroir), ajoute aussi cette spatialisation unique et spĂ©cifique, qui dĂ©ploie l’effet de musique pure quasi abstraite, sans omettre un systĂšme de registration qui colore davantage l’activitĂ© discursive de chaque variation : l’organiste en alchimiste plasticien sert le dessein de la piĂšce, choisit et dose la part des Bourdon, Bombarde, trompette, clairon, flĂ»te, chromorne (entre autres couleurs Ă  sa disposition).
La vision du kalĂ©idoscope musical s’en trouve Ă  la fois redessinĂ©e et magnifiĂ©e dans son propos architecturĂ©: entre les 2 variations aux extrĂ©mitĂ©s du cycle, s’enchaĂźnent (et se rĂ©pondent) : 4 variations en simple miroir ; 5 en triple miroir ; 6 en quadruple.

Sur le grand orgue de la Cathédrale de Toul,
Pascal Vigneron joue JS BACH

Les Goldberg réinventées

Selon ce plan, l’interprĂšte prĂ©cise d’ailleurs dans le livret, chaque registration selon chaque variation. Il en dĂ©coule tout un voyage sonore, astucieusement articulĂ© selon les reprises choisies (leurs Ă©chos ornementĂ©s), chacune brillant par sa registration colorĂ©e ; autant de points dynamiques du discours qui relance continument la trame expressive et l’allant global de ce formidable retable sonore. Les doigts courent, articulent, structurent, organisent,
Le sens de l’articulation, plus Ă©troitement liĂ© Ă  l’intimisme sculptĂ© du clavecin, se ressent aussi d’autant plus que Pascal Vigneorn fait un usage trĂšs mesurĂ© du pĂ©dalier, prĂ©fĂ©rant la ciselure et le relief, Ă  l’ampleur et la puissance. Celles ci ne sont pas totalement Ă©cartĂ©es pour autant : les deux derniĂšres variations, avant la rĂ©itĂ©ration allusive de l’Aria da capo (« adieu dĂ©finitif »), ont toute la noblesse requise pour souligner en quoi dans le monumental aussi, les Goldberg marque l’esprit et retiennent l’écoute, sans jamais perdre le fil de leur Ă©quilibre souverain. Lecture personnelle et sensible d’un monument musical absolu. JS Bach lui-mĂȘme n’aurait peut-ĂȘtre pas Ă©cartĂ© cette adaptation sur l’orgue, instrument dont il fut Ă  en croire ses contemporains, un praticien de premiĂšre valeur. De toute Ă©vidence, le prĂ©sent enregistrement met en lumiĂšre les formidables possibilitĂ©s du grand orgue de la CathĂ©drale de Toul, par l’un de ses plus ardents dĂ©fenseurs. En ce sens, le programme enregistrĂ© est aussi un formidable exemple de valorisation patrimoniale.

 

 

 

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CD critique. JS BACH : Variations Goldberg : Pascal Vigneron, orgue (1 cd Quantum – enregistrĂ© sur le grand orgue de la CathĂ©drale de Toul en avril 2018)

 

toul-saint-etienne-orgue-festival-bach-de-toul-concerts-festival-BACH-TOUL-critique-concert-annonce-classiquenews

 

 

 

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LIRE AUSSI

notre annonce des concerts du WEEK END Variations Goldberg du Festival BACH de TOUL 2019 (10Ăšme Ă©dition) :

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsTOUL. Festival BACH, week end Variations GOLDBERG, les 29 et 30 juin 2019. Pascal Vigneron, directeur du Festival Bach de Toul propose ce week end, samedi 29 et dimanche 30 juin 2019, un cycle entiĂšrement dĂ©diĂ© aux Variations Goldberg de JS BACH, sommet absolu du genre ThĂšme et Variations. La partition sera interprĂ©tĂ©e au piano et au clavecin et aussi Ă  l’orgue par Pascal VIGNERON lui-mĂȘme. Ce dernier a rĂ©cemment fait paraĂźtre une nouvelle interprĂ©tation des Goldberg sur le grand orgue de la CathĂ©drale de Toul…

CHAMBORD. Le Carnaval de Florence avec Léonard, nouvelle création de Doulce Mémoire

BLOIS carnaval de Florence avec leonard annonce programme concert classiquenews critique 30 ans doulce memoire classiquenews image-carnaval-500x500CHAMBORD, vend 28 juin 2019, 20h. 30 ans de Doulce MĂ©moire, crĂ©ation : LĂ©onard au Carnaval de Florence. En ouverture de son 9Ăš festival, le chĂąteau de Chambord, dessinĂ© par Leonard de Vinci affiche un nouveau spectacle prometteur : « Au Carnaval de Florence avec LĂ©onard »  La tradition cultivĂ©e par l’imagerie populaire et la peinture troubadour depuis le XIXĂš (cf les tableaux de Ingres sur le sujet) ont imposĂ© la figure monolithique du sage Vinci, talentueux et visionnaire ingĂ©nieur et peintre employĂ© Ă  Milan au service des Sforza ; puis du noble vieillard, premier invitĂ© arrivĂ© Ă  la cour de François Ier


Le programme prĂ©sentĂ© par Doulce MĂ©moire et Denis Raisin-Dadre met plutĂŽt en lumiĂšre le « fĂȘtard », amoureux des sensations et nouvelles expĂ©riences que suscitent un nouveau type de plaisirs et de divertissements (dont il maĂźtrise aussi la conception). Jeune et fringuant, LĂ©onard s’est affirmĂ© aussi lors des fĂȘtes de carnaval Ă  Florence, foyer de la Renaissance italienne.

Frivole et libérée, Florence devient puritaine
Leonardo préfÚre Milan


LĂ©onard recueille les fruits inestimables de la Florence humaniste qui avait rĂ©ussi la synthĂšse de la pensĂ©e nĂ©oplatonicienne et du christianisme. Il y connaĂźt la joie de vivre, l’extraordinaire Ă©mulation artistique au dĂ©but du XVIĂš, la folle gaĂźtĂ© et l’ivresse libre du carnaval et de ses mascarades avant la grande rĂ©action piĂ©tiste emmenĂ©e par le moine Savonarole, lequel inquisiteur italien, remplace le carnaval par les processions de pĂ©nitents. LĂ©onard prĂ©fĂšre alors Milan oĂč, Ă  la cour des Sforza, la fĂȘte continue.

 

 

 

 

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CHAMBORD (41)
ChĂąteau, vend 28 juin 2019, 20h
Le Carnaval de Florence avec LĂ©onard
RESERVEZ
https://www.doulcememoire.com/agenda/carnaval-28juin19/

 

 

 

 

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Instrumentistes et chanteurs de Doulce MĂ©moire ressuscitent les fĂȘtes carnavalesques de la jeunesse de LĂ©onard avec l’imagination et la verve qui les caractĂ©risent. La libertĂ© facĂ©tieuse du geste le dispute au raffinement des restitutions des danses, en costumes Renaissance. Les timbres rayonnants et savoureux des flĂ»tes, bombardes, doulçaines, sans omettre la fameuse lira da bracio dont Leonardo Ă©tait virtuose, les percussions et le luth enrichissent encore une palette flamboyantes de couleurs musicales.
La Renaissance est un Ăąge d’or des peintres ; la couleur et le jeu visuel qu’elle permet, s’immisce aussi dans le spectacle de Doulce MĂ©moire.
Avant Caravage et ses fabuleux contrastes (vieilles suivantes, jeunes beautĂ©s hĂ©roĂŻques), Leonardo au XVIĂš a la fascination des types humains et le rĂ©alisme difforme voire monstrueux ; il ose le premier affronter et exalter la beautĂ© et la monstruositĂ© comme les deux faces d’une mĂȘme rĂ©alitĂ© poĂ©tique. Ainsi pendant le Carnaval et ses dĂ©lires en cascades, dĂ©filent les figures grotesques qui parsĂšment ses carnets, figures qu’il a pu voir lors de ces fĂȘtes oĂč toute la citĂ© paraĂźt travestie, sur des chars en jouant et en chantant ; « oĂč les poĂ©sies les plus sublimes de Laurent le Magnifique et de Poliziano cĂŽtoient des textes extrĂȘmement lestes voire obscĂšnes ».
La force de l’imagination rencontre le raffinement et la pensĂ©e universelle de Leonardo, jeune lion prophĂ©tique. Nouvelle production incontournable.

 

 

 

 

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Distribution
Bruno Le Levreur, alto
Hugues Primard, ténor
Matthieu Le Levreur, baryton
Marc Busnel, basse
Pascale Boquet, luth, guitare renaissance
Nicolas Sansarlat, lira da braccio
Elsa Frank, flûtes, bombardes, doulçaines
Johanne Maitre, flûtes, bombardes, doulçaines
Jérémie Papasergio, flûtes, bombardes, doulçaines
Bruno Caillat, percussions
Denis Raisin Dadre, flûtes, bombardes, doulçaines et direction

Spectacle événement repris à Ribeauvillé, le 5 octobre 2019

https://www.doulcememoire.com/programmes/au-carnaval-de-florence-avec-leonard/

 

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les annĂ©es 1730 marquent l’essor du seria italien Ă  Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une Ă©mulation inĂ©dite entre deux crĂ©ateurs, d’un thĂ©Ăątre Ă  l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goĂ»ts, deux esthĂ©tiques
 Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon prĂ©sentent simultanĂ©ment Ă  Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit dĂ©fricheur et d’estime rĂ©ciproque, dont tĂ©moignent leurs opĂ©ras « italiens », goĂ»tĂ©s par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprĂštes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel Ă©tait trĂšs admirĂ© de Porpora
 dont les cantates opus 1 Ă©taient bien connues et plutĂŽt trĂšs apprĂ©ciĂ©es de Haendel. Estime rĂ©ciproque avĂ©rĂ©e vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des Ă©critures, surtout leur plasticitĂ© expressive et leur essence dramatique.

En choisissant la soliste Giuseppina Bridelli, la rĂ©alisation insiste aussi sur l’articulation saisissante du texte, dans ses Ă©claircissements vocaux propres : la jeune diva proposant mĂȘme sa propre rĂ©solution des vocalises, selon le tĂ©moigne de contemporains qui au XVIIIĂš ont laissĂ© des Ă©crits sur le chant des castrats 
 napolitains Ă©videmment, pour lesquels ont composĂ© Porpora comme Handel (cf variations da capo et section B pour Scherza infida d’Ariodante de Handel : superbe rĂ©vĂ©lation du programme).
En 1733, Handel qui rĂšgne sur la scĂšne lyrique londonienne doit subir la concurrence de l’Opera of Nobility qui invite Porpora. Le Prince de Galles Frederick souhaite mettre Ă  l’affiche les plus grands chanteurs d’alors Francesca Cuzzoni, Senesino, Antonio Montagnana, et bien sĂ»r Farinelli, dans des piĂšces composĂ©es directement par les Italiens, surtout Napolitains
 d’oĂč Porpora. DĂšs lors une rivalitĂ©, souvent exacerbĂ©e par les medias de l’époque, s’impose aux deux compositeurs ; Handel allant mĂȘme jusqu’à dĂ©montrer son ouverture stylistique en intĂ©grant des ballets français, avec le concours de la ballerine vedette Marie SallĂ© (cf les ballets ici jouĂ©s de l’acte II d’Ariodante).
PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenewsDramatique et d’une Ă©tonnante sensibilitĂ© orchestrale, Handel varie ses effets comme dans Alcina (Sta nell’ircana pietrosa tana) oĂč Ruggiero en chasseur hĂ©sitant (alors chantĂ© par Carestini) brille par sa virtuositĂ© technique, une flexibilitĂ© vocale dont Giuseppina Bridelli transmet le feu et l’énergie expressive. Assurent alors pour sa performance incarnĂ©e, habitĂ©e, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu. C’est pour le chef et l’orchestre un retour Ă©loquent aux sources de l’opĂ©ra baroque, une maniĂšre de revisiter ce qu’ils connaissaient dĂ©jĂ , et qu’ils rĂ©investissent avec feu et vĂ©ritĂ©.

 
 
 

LONDRES, 1733

Handel / Porpora : essor du verbe incarné
Giuseppina Bridelli et Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 
 
 

Le grand succĂšs de ses annĂ©es pour Porpora demeure Polifemo (Ă©crit simultanĂ©ment Ă  Ariodante de Handel) qui regroupe les divos et divas d’alors : Cuzzoni, Mantagnana, Farinelli, Senesino, Francesca Bertolli, Maria Segatti. Giuseppini Bridelli en chante l’air de Calypso, amoureuse Ă©perdue et admiratrice lumineuse d’Ulysse dont elle raconte alors l’exploit sur le cyclope gĂ©ant PolyphĂšme (Il gioir qualor s’aspetta, plage 10). Tout l’art de la jeune mezzo sait y fusionner la chair agile, ductile de sa technique et la justesse de ses intonations, celles d’un chant clair et explicite, qui suit avec intelligence et variations de nuances, le sens du texte (l’attente et l’espĂ©rance alimentent l’ardeur du dĂ©sir).
Mais l’échec global de la venue de Porpora Ă  Londres tient aux limites de la langue italienne : les rĂ©citatifs fussent-ils aussi ciselĂ©s que ceux de David dans l’oratorio (unique) David e Bersabea, ne suffirent pas Ă  convaincre l’audience londonienne, trop volage ; on sait avec quel talent Handel recompose totalement son style en adoptant des recitatifs plus courts et en anglais. Le sens du verbe incarnĂ© dĂ©fendu par Giuseppina Bridelli, la souple ardeur du continuo comme sculptĂ©, nerveux, mordant, bondissant par Franck-Emmanuel Comte rĂ©ussissent pourtant une superbe scĂšne amoureuse (David exprime son amour naissant pour BethsabĂ©e qu’il rencontre alors). Entre Ă©moi et ravissement, le travail sur le texte et les couleurs de l’orchestre tĂ©moignent d’une vision et d’une conception trĂšs fouillĂ©es de la part des instrumentistes et du chef du Concert d’Hostel Dieu.

CLIC_macaron_2014On ne cesse de pesner, du dĂ©but Ă  la fin de ce programme, qu’ils ont eu bien raison de revenir aux fondamentaux du Baroque lyrique, le thĂ©Ăątre Ă  la fois linguistique et coloratoure de Handel. L’intonation poĂ©tique sert avant tout le sens de la situation dramatique et la direction du texte : la franchise du chef de ce point de vue, son efficacitĂ© et sa poĂ©sie soulignent aussi chez Handel comme chez Porpora, Ă  travers les exemples que nous avons mis en avant, tout ce qui caractĂ©rise et distingue l’un par rapport Ă  l’autre. Entre un Handel obligĂ© au renouvellement, et un Porpora ductile, naturellement agile mais contraint lui aussi Ă  une nouvelle exigence dramatique et vocale, nous tenons dans ce rĂ©cital lyrique, une claire Ă©vocation d’un Ăąge d’or du seria italien Ă  Londres. Magistrale rĂ©alisation pour un sujet original, idĂ©alement explicitĂ©. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS du mois d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cd DUEL / PORPORA vs HANDEL – Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-duel-porpora-and-handel-in-london-le-concert-de-lhostal-dieu-franck-emmanuel-comte-1cd-arcana-2018/

 
 
 
 
 
 

Passion selon Saint-Jean

BACH mc leod concert critique annonce opera classiquenews Gli-Angeli-Geneve© FoppeSchutPOITIERS, TAP. 1er avril 2019 : BACH, Passion selon St Jean. Parmi les grandes Ɠuvres religieuses de Johann Sebastian Bach, la Passion selon Saint Jean reste la plus introspective, celle qui parle et s’adresse directement Ă  l’auditeur, croyant ou non. L’Évangile selon Saint Jean Ă©voque les mortels impuissants dĂ©munis que des Ă©vĂ©nements extraordinaires et troublants dĂ©passent. Bach compose un tableau dramatique trĂšs humain aux figures marquantes dont JĂ©sus le sacrifiĂ© et le Sauveur, Pierre le traĂźtre qui se repend, Pilate et, omniprĂ©sentes, les foules versatiles et hostiles (turba), en quĂȘte de salut, en rpoie au dĂ©sespoir
 En Suisse, Stephan MacLeod et l’ensemble Gli Angeli GenĂšve (fondĂ© en 2005) interprĂštent au concert l’intĂ©grale des cantates de Bach ; un projet et une expĂ©rience musicale qui facilitent leur comprĂ©hension de cette Passion.
Les chanteurs, solistes ou chƓurs, placĂ©s devant l’orchestre, font face au public ; ils projettent directement le sens du txte et le message spirituel de la Passion vers l’assemblĂ©e des auditeurs, comme les croyants Ă  l’église.

ComparĂ© Ă  la Saint-Mathieu, plus humaine et fraternelle, la Saint-Jean est cet opĂ©ra sacrĂ© de Bach, plus Ăąpre, mordant, resserrĂ© qui se concentre sur le sacrifice et la tragĂ©die de la mort. Hautement dramatique, la partition est un sommet parfois terrifiant qui questionne le sens de la mort et des souffrances Ă©prouvĂ©es. Comme pour la Messe en si, ou la Saint-Mathieu, le chef doit maĂźtriser le sens du dĂ©tail comme la clartĂ© de l’architecture contrapuntique, sans omettre le relief et surtout le sens du texte
 lequel donne le tempo exact. C’est aussi une question de couleurs vocales et instrumentales
 Le TAP Ă  Poitiers accueille l’une des formations, avec Vox Luminis / Lionel Meunier, les plus convaincantes actuellement chez Bach.

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/bach/

Poitiers, TAP
JS BACH : Passion selon Saint-Jean
Lundi 1er avril 2019, 20h30
Gli Angeli
Stephan MacLeod, direction

CD, annonce. « 33 ». Simon Ghraichy, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon)

ghraichy piano simon cd classiquenewsCD, annonce. «  33 ». Simon Ghraichy, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon). AprĂšs un premier disque DG intitulĂ© « HĂ©ritages » (il avait 31 ans), le pianiste Ă  la chevelure lĂ©onine rĂ©cidive dans un programme dĂ©nommĂ© « 33 » (comme son nouvel Ăąge), lui aussi mĂ©tissĂ©, comme lui alliant rythmes latinos, saveurs outre-Atlantiques et standards romantiques français (plus ou moins connus tel Alkan, gĂ©nie oubliĂ© du romantisme français au clavier : cf. la Chanson de la folie au bord de la mer). Il est en fait mexicain, libanais et français : triple nationalitĂ© qui est une chance, la promesse de rĂ©alisations au carrefour de plusieurs cultures ; la concrĂ©tisation d’une nouvelle constellation, mosaĂŻque de mondes sonores Ă©picĂ©s, variĂ©s, Ă©clectiques. L’ancien Ă©lĂšve du Conservatoire national supĂ©rieur de musique de Paris dĂ©cloisonne la notion sclĂ©rosante de rĂ©pertoires : il n’y a ni rĂ©pertoire classique ni chemins dĂ©tonnants ; ni grands maĂźtres, ni petits maĂźtres. Il n’y a que des sensibilitĂ©s et des expĂ©riences, des imaginations audacieuses et suggestives qui se cristallisent sous les doigts et par la volontĂ© crĂ©ative de quelques compositeurs dont le pianiste dĂ©miurge sĂ©lectionne et agence chaque Ɠuvre ainsi choisie. « Liszt et les AmĂ©riques » Ă©tait le titre de son rĂ©cital Ă  New York (Carnegie Hall, 2015) : dĂ©jĂ  la volontĂ© d’un multiculturalisme sans frontiĂšres et sans apriori. Dans son nouvel album, « 33 », les alliages sont tout aussi prometteurs, percutants, parfois provocants : TĂĄrrega, Alkan, Ramirez, Schumann, Gonzales, Glass, Nyman, SzymaĂĄnski, Shilingl, Schumann
 lĂ  encore, la volontĂ© d’une alternance entre deux mondes : le nouveau et l’ancien, entre le populaire et le savant, le traditionnel et le classique
 VoilĂ  qui rompt avec des traditions et des postures conservatrices. A chacun de trouver l’unitĂ© et la cohĂ©rence dans ce meiltingpot surprenant et peut-ĂȘtre enivrant.

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CD, annonce. 33, Simon Ghraichy, piano. 1 cd DG. AnnoncĂ© le 8 fĂ©vrier 2019 – concert le 19 fĂ©vrier 2019 au TCE, PARIS.

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CD, critique. RAMEAU : Le Temple de la Gloire (McGegan, Berkeley, 2017 – 2 cd Philharmonia Baroque Orchestra)

CD, critique. RAMEAU : Le Temple de la Gloire (McGegan, Berkeley, 2017 – 2 cd Philharmonia Baroque Orchestra). Concernant un prĂ©cĂ©dent enregistrement haendĂ©lien celui-lĂ , et rĂ©alisĂ© en 2005 (Atalanta), nous avions dĂ©jĂ  soulignĂ© la saisissante activitĂ© dont Ă©tait capable la direction de Nicholas McGegan : un vent de renouveau semblant souffler sur les Ɠuvres baroques françaises et europĂ©ennes, dont l’activitĂ©, l’expressivitĂ©, le frĂ©missement spontané  contrastaient nettement avec ses homologues français en particulier.
rameau temple de la gloire temple of glory cd review cd critique par classiquenews mcgegan philharmonia baroque orchestra cd MI0004433611D’emblĂ©e ce qui frappe dans cette lecture du Temple de la Gloire, c’est l’éloquente naĂŻvetĂ© et la fraĂźcheur qui sonnent comme improvisĂ©es et donnent l’impression dĂ©lectable que la musique qui s’écoule, se fait au moment de la reprĂ©sentation…
D’autant qu’il s’agit d’un live, saisi sur le vif avec les applaudissements du public amĂ©ricain, et ses rĂ©actions en cours de spectacle. La sensibilitĂ© intacte du chef britannique porte tout l’édifice. Cette candeur qui s’efforce Ă  chaque mesure, restitue l’Ă©tonnante vitalitĂ© suggestive d’une musique qui est poĂ©tique de la tendresse et de la sensualitĂ© ; qui s’exprime Ă  part, essentiellement instrumentalement, quand Rameau, gĂ©nie de l’orchestration, diffuse sa mystique de la danse
 lĂ  oĂč les français cĂ©rĂ©bralisent, se figent, voire se pĂ©trifient souvent dans une raideur mĂ©canique, – trait remarquĂ© chez beaucoup de chefs actuels, ou se cantonnent Ă  un paraĂźtre rigide et corsetĂ©.
Il y a bien deux visions de Rameau qui se cristallisent dans la comparaison entre la France et ses interprĂštes baroqueux, et ce que rĂ©alise ici le chef nĂ© en 1950, Nicholas McGegan, infatigable ramĂ©lien. Pulsion Ă©lectrique, sens de la phrase, rebonds et couleurs, sans omettre comme on l’a dit, le gĂ©nie de la danse et le relief des timbres instrumentaux dans chaque intermĂšde ou Ă©pisode « orchestral » qui complĂštent l’action proprement dite

VoilĂ  qui atteste une Ă©tonnante rĂ©gĂ©nĂ©ration de l‘approche ramiste, 
 dĂ©sormais et souvent « hors Hexagone », comme en tĂ©moigne aussi l’excellente comprĂ©hension actuelle du hongrois Gyorgyi Vasgehyi (depuis Budapest).

En Californie, les troupes du Philharmonia Baroque Orchestra

McGEGAN : le vent nouveau américain au service du Baroque français

FlĂ»tes et cors, cordes et vents s’enivrent, s’exaltent dans cette esthĂ©tique infiniment pastorale qui s’autorise d’amples dĂ©veloppements purement orchestraux, dont seul Rameau a le secret : l’ouverture et les tableaux de glorification de Trajan (III) l’expriment totalement : le Dijonais aime surtout s’alanguir et s’Ă©pancher Ă  l’Ă©vocation d’une nature idyllique prĂ©figurant en ses miracles panthĂ©istes Haydn 
 et sa CrĂ©ation.

Comme il faut bien dĂ©buter dans la tĂ©nĂšbre jalouse, Rameau imagine dans le prologue un formidable combat ; celui dĂ©jĂ  conditionnĂ© entre l’Envie, rageuse, haineuse et Apollon, magnifique astre solaire qui est ici Ă  la cour de Louis XV, une belle rĂ©fĂ©rence Ă  Louis XIV, son arriĂšre grand pĂšre, et le crĂ©ateur au siĂšcle prĂ©cĂ©dent du Versailles palatial, Ă©clatant.
La fiĂšvre de Rameau, son Ă©loquence dramatique sont inscrits par un relief saisissant que McGegan rĂ©active Ă  chaque mesure, sachant s’approfondir et se prĂ©cipiter. Tout le drame qui va se jouer, justifie l’Ă©dification du temple Ă©blouissant, apollinien, celui tant convoitĂ© de la gloire ; car va paraĂźtre le hĂ©ros que le monde attend et qui se rĂ©vĂ©lera dans l’acte III (sous la figure de Trajan, mais un Trajan, Ă©gal de Titus, et comme lui digne de clĂ©mence, vertu des plus sages).

Rares les hĂ©ros dignes de l’édifice et de sa symbolique vertueuse. Au premier acte paraĂźt le vaniteux Belus (impeccable et convaincant Philippe-Nicolas MARTIN), vainqueur des peuples de Lydie laquelle pourtant l’aime (comme Elvira aime Don Giovanni : d’une passion quasi masochiste). C’est que le hĂ©ros ici vainqueur a perdu toute humanitĂ©. Il est devenu barbare, vĂ©ritable tyran ; verrue immonde et arrogante
 qu’Apollon foudroie illico en lui refusant l’accĂšs au Temple de la gloire. Ainsi sont chĂątiĂ©s, les faux hĂ©ros qui ne sont que banals, misĂ©rables, furieux.

Les chƓurs soignent leur articulation ; les instrumentistes du Philharmonia Baroque redouble de rondeur heureuse, de vitalitĂ© nourrie de saine tendresse et de fraĂźche aspĂ©ritĂ©s qui colorent la restitution de la version originale de 1745 avec une sincĂ©ritĂ© stimulante.

Aux portes du temple de la gloire, le grand prĂȘtre surveille les entrĂ©es. MĂȘme Bacchus (acte II) si fier et fanfaron (un peu juste Artavazd Sargsyan) ne peut y pĂ©nĂ©trer : trop de raillerie, de suffisant orgueil, lui aussi, de suffisance mĂ©prisable, et de certitude affichĂ©e, quand bien mĂȘme, il est adorĂ© par Érigone, le dieu des plaisirs n’est pas persona grata. Lui aussi est Ă©cartĂ© du Temple
 Presque Ă  dĂ©faut et de façon expĂ©ditive, la gloire lui rend ses hommages, en fin d’action, reconnaissant cependant que son ivresse procure aux mortels le pur bonheur terrestre. Mais cela ne suffit.

L’acte III apporte la clĂ© d’un ouvrage faussement disparate dont les actes si divers en vĂ©ritĂ© se rĂ©pondent.
Pour mĂ©riter la gloire immortelle et non les vaines grandeurs, le hĂ©ros vainqueur et triomphant doit ĂȘtre ClĂ©ment ; ainsi Trajan (efficace Aaron Sheehen) soumettant les 5 Parthes Ă  Artaxarte sait leur pardonner et susciter les palmes de la gloire qui descend des cieux et couronne enfin celui qu’on attendait (soit Louis XV commanditaire et protecteur de Rameau en 1745).
nicholas_mcgeganPour lui l’admiration des peuples vainqueurs et vaincus, l’amour de Plautine. Ainsi, dĂ©jĂ  au milieu du siĂšcle, les LumiĂšres Ă©blouissant Ă  Versailles dans cette leçon de sagesse oĂč Rameau et son librettiste en toute fantaisie font un Trajan proche de… Titus (le dĂ©lice du genre humain et du monde) : celui-la mĂȘme qui en 1791 Ă  l’extrĂ©mitĂ© du cycle, inspire Mozart pour son ultime seria (la bien nommĂ©e « ClĂ©mence de Titus »). Ainsi un seul hĂ©ros, Louis XV, fait le bonheur du monde et vertueux parmi les hĂ©ros, a la capacitĂ© de pĂ©nĂ©trer dans le Temple tant dĂ©sirĂ©. Nicholas McGegan dĂ©fend cette fresque versaillaise antiquisante et trĂšs morale avec le feu, le panache et la tendre gĂ©nĂ©rositĂ© qui l’inspire, du dĂ©but Ă  la fin : en particulier dans les danses si nombreuses ici et qui portent l’émancipation et la volontĂ© de prĂ©Ă©minence de la musique pure sur le drame qui n’est que prĂ©texte. Palpitant.

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VOIR aussi le reportage vidéo du Temple de la Gloire de Rameau à Berkeley, en avril 2017, par Nicholas McGegan
https://www.youtube.com/watch?time_continue=14&v=bmSzNDLmSMY

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CD, critique. RAMEAU : Le Temple de la Gloire (McGegan, Berkeley, 2017 – 2 cd Philharmonia Baroque Orchestra)

JEAN-PHILIPPE RAMEAU
Le Temple de la Gloire
(The Temple of Glory)

Opera in three acts with a prologue
Libretto by Voltaire
Original 1745 Version

PHILHARMONIA BAROQUE ORCHESTRA & CHORALE
Nicholas McGegan, music director and conductor
Bruce Lamott, chorale director

Marc Labonnette, baritone
Philippe-Nicolas Martin, baritone
Camille Ortiz, soprano
Gabrielle Philiponet, soprano
Chantal Santon-Jeffery, soprano
Artavazd Sargsyan, haute-contre
Aaron Sheehan, haute-contre
Tonia d’Amelio, soprano

Recorded live at Cal Performances, Zellerbach Hall, U.C. Berkeley, CA | April 28, 29 & 30, 2017. © and 2018 Philharmonia Baroque Productionsℱ

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CD, critique. SALIERI : Les Horaces (Les Talens Lyriques, 2 cd ApartĂ© – 2016)

salieri les horaces talens lyriques rousset critique opera critique cd cd review par classiquenews CLIC de classiquenews AP185-2-3000-1024x1024CD, critique. SALIERI : Les Horaces (Les Talens Lyriques, 2 cd ApartĂ© – 2016). Versailles, 1780
 Un certain engouement dĂ©fendu par le milieu parisien et versaillais, s’est rĂ©cemment portĂ© (avec plus ou moins de rĂ©ussites) sur les opĂ©ras crĂ©Ă©s Ă  Versailles sous le rĂšgne si court de Louis XVI et Marie-Antoinette ; soit pendant les annĂ©es 1780 (dĂ©cennie faste il est vrai, pour les arts du spectacle / comme si avant la rĂ©volution Ă  venir, au bord du gouffre, les patriciens et les nantis de l’ancien rĂ©gime, s’en donnaient Ă  cƓur joie dans une ivresse aussi intense qu’insouciante). L’époque est au grand spectacle, avec tableaux spectaculaires voire terrifiants, ballet dĂ©veloppĂ© et aussi intrigue sentimentale qui « humanise » tout cela.
Nous avions dĂ©jĂ  pu mesurer dans le cadre du mĂȘme courant de rĂ©surrections, les fameuses DanaĂŻdes, opĂ©ra antĂ©rieur du mĂȘme Salieri, crĂ©Ă© en 1784 Ă  Versailles Ă©galement mais sur un sujet tirĂ© de l’AntiquitĂ© (certes la plus sanglante et tragique : car il y est question d’un massacre en bonne et due forme
 LIRE ici notre critique des DanaĂŻdes de Salieri, Ă©galement restituĂ© par Les Talens lyriques en 2013 et une partie de la distribution des Horaces
).
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-les-danaides-christoyannis-van-wanroij-rousset-2013/

 

 

 

Versailles, 1786
Les Horaces
 la tragédie cornélienne selon Salieri

 

 

 

salieri-portrait-classiquenews-les-danaides-1784-antonio-salieriAvant le « grand opĂ©ra romantique » (fixĂ© au siĂšcle suivant par Spontini et Meyerbeer, dans la suite de Rossini (on le voit : que des Ă©trangers), le XVIIIĂš français, sait lui aussi s’ouvrir Ă  la diversitĂ© et aux talents extĂ©rieurs, puisque aprĂšs Rameau (le dernier grand gĂ©nie lyrique hexagonal, aprĂšs Lully), c’est le Chevalier Gluck qui opĂšre la rĂ©forme de l’opĂ©ra français au dĂ©but des annĂ©es 1770 : pour revitaliser un genre qui se sclĂ©rosait, – la tragĂ©die en musique (hĂ©ritĂ© de Lully), Rameau d’abord, puis Gluck, puis Ă  partir des annĂ©es 1780, une colonie de compositeurs Ă©trangers paraissent Ă  la Cour et prĂ©sentent leur conception du drame lyrique. Gossec, Vogel, Johann Christian Bach, mais aussi les Napolitains (Sachini, Piccinni), puis Salieri, autoritĂ© europĂ©enne, surtout viennoise, apportent chacun leur Ă©clairage Ă  l’édifice lyrique français.
Avant la RĂ©volution et comme les prĂ©mices du chaos Ă  venir, la nervositĂ©, une certaine frĂ©nĂ©sie (gluckiste) se mĂȘlent alors Ă  la ciselure nouvelle des affects, au moment oĂč la notion de sentimentalitĂ© s’impose et avec elle, les germes du romantisme.
AprĂšs donc Les DanaĂŻdes, opĂ©ra sanglant dont le tableau du massacre perpĂ©trĂ© par les vierges DanaĂŻdes Ă©tat un prĂ©texte spectaculaire, voici (avant Tarare, perle lyrique des LumiĂšres, bientĂŽt abordĂ© dans la suite du visionnaire en la matiĂšre, Jean-Claude Malgoire), Les Horaces, crĂ©Ă© en 1786, au moment oĂč David fixe pour Louis XVI, les rĂšgles nouvelles de l’art pictural, ce nĂ©oclassicisme Ă  la clartĂ© expressionniste, elle aussi nerveuse et immĂ©diatement intelligible (Le Serment des Horaces, prĂ©sentĂ© au Salon de 1784). 

 

 

NEOCLASSICISME TRAGIQUE
 C’est la pĂ©riode oĂč il n’est pas d’acte hĂ©roĂŻque s’il ne produit pas de sacrifice. Du peintre au compositeur, circule une Ă©vidente cĂ©lĂ©bration du radicalisme hĂ©roĂŻque, Ă  peine tempĂ©rĂ© ou adouci par la tendresse de quelque personnage isolĂ© (ainsi sƓur d’Horace, Camille dont l’amour sincĂšre inflĂ©chit rĂ©ellement le cƓur du Curiace
 mais en vain). Ici, la destinĂ©e individuelle est broyĂ©e par la machine de l’implacable Histoire : les pĂšres (le vieil Horace, obstinĂ©, suicidaire) transmettent aux fils, l’esprit de haine et de vengeance, faisant peser la menace de l’extinction de la race. Meurtre, tuerie, vengeance et jalouse haine, hargne, possession, dĂ©raison
 sont les ferments des livrets d’alors, prĂ©textes Ă©videmment Ă  de passionnantes mises en musique.
Avec Salieri (sur les traces de Corneille), qu’en est-il ?

On ne saurait trop louer l’effort qui produit cette rĂ©surrection salutaire, indice d’une Ă©poque lyrique qui pourrait pas sa diversitĂ© et les profils invitĂ©s, ĂȘtre prĂ©sentĂ© comme un vĂ©ritable Ăąge d’or du spectacle lyrique en France. 10 ans avant la RĂ©volution, la Cour de France produit quantitĂ© d’ouvrages les uns plus passionnants et saisissants que les autres. Ce n’est pas ces Horaces qui contredisent la tendance. La grandeur morale de chaque figure, et dans chaque clan opposĂ©, incarne un idĂ©al louable.
A l’heure oĂč l’opĂ©ra français tente de se rĂ©inventer, en particulier comme dans le cas des Horaces, en revisitant les textes classiques du siĂšcle prĂ©cĂ©dent, ici, celui de Corneille, Salieri s’attĂšle Ă  une tragĂ©die romaine au français le plus noble, porteur de sentiments exacerbĂ©s.
Las, la tension essentielle et sa forme expressive premiĂšre : la langue est malheureusement bien mal dĂ©fendue dans cette interprĂ©tation qui recherche surtout la nervositĂ© et l’expressivitĂ© : rares sont les chanteurs, malgrĂ© la qualitĂ© de leur timbre et une certaine Ă©lĂ©gance de style, Ă  savoir maitriser totalement la courbe tendue du verbe cornĂ©lien : une seule chanteuse suffit Ă  dĂ©montrer ce qui fait les limites et une certaine sĂ©duction : Judith van Wanroij, qui a fait des hĂ©roĂŻnes altiĂšres ou princiĂšres, sa spĂ©cialitĂ©, mais si discutable quand on l’écoute yeux fermĂ©s, tentant – vainement de deviner ce qu’elle dit : c’est tout le relief sĂ©mantique d’un Corneille plutĂŽt inspirĂ© alors (Les Horaces, 1640) qui disparaĂźt de façon dommageable. ClartĂ©, dĂ©clamation tendue et naturelle, ferme et tendre, hĂ©roĂŻque et tragique doivent Ă©videmment infĂ©odĂ© tout l’édifice Ă  l’orchestre comme de la part de chaque soliste. Quel plaisir alors d’écouter la fine fleur des tĂ©nors français actuels : Cyrille Dubois (Curiace), Julien Dran (Horace) : leur intelligibilitĂ© rend encore plus exaltant le relief d’un texte nerveux, musclĂ© qui les affronte sans mĂ©nagement, jusqu’à la mort. Pour les deux voix masculines, le prĂ©sent album mĂ©rite tous les suffrages. Quel nerf et quel style ! D’autant que l’orchestre sert cette frĂ©nĂ©sie postgluckistes avec une tension permanente. MĂȘme engagĂ© articulĂ© et bien dĂ©clamĂ© de la part de Jean-SĂ©bastien Bou qui fait un vieil Horace, animĂ© par la vengeance.
C’est du David sur scĂšne, une peinture vivante et palpitante du mot dĂ©clamĂ©, la claire et noble expression des passions les plus rivales et les plus extrĂ©mistes.
Salieri a le sens du rythme : scĂšnes de foule et bataille, attendrissement tendre (duo Camille / Curiace), cas de conscience de Curiace, entre loi et devoir, sentiment et dĂ©sir, le thĂ©Ăątre lyrique s’exalte, s’embrase mĂȘme. Il reste incomprĂ©hensible qu’au moment de la crĂ©ation, une partie du public ait ri plutĂŽt qu’il ait Ă©tĂ© touchĂ© par cette lyre abrupte et acerbe oĂč coule un sang facile, et se dressent des orgueils pourtant sincĂšres et chacun lĂ©gitime
 les interprĂštes Ă  la crĂ©ation furent-ils en dessous des dĂ©fis conçus par Salieri ?AprĂšs 3 reprĂ©sentations en dĂ©cembre 1786, le second opĂ©ra de Salieri en France disparut totalement. Belle recrĂ©ation.

 

 

 

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Antonio Salieri (1750-1825) : Les Horaces

Judith Van Wanroij, Camille
Cyrille Dubois, Curiace
Julien Dran, le jeune Horace
Jean-SĂ©bastien Bou, le vieil Horace
Philippe-Nicolas Martin, L’Oracle, un Albain, Valùre, un Romain
Andrew Foster-Williams, Le Grand-PrĂȘtre, le Grand-Sacrificateur
Eugénie Lefebvre, Une suivante de Camille
Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Olivier Schneebeli, direction
Les Talens Lyriques / Christophe Rousset, direction

2 cd APARTE AP185 – enregistrement rĂ©alisĂ© en 2016. CD1 : 55’33
/ CD2 : 30’10

 

 

 

CD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque)

Atalanta-web-cover cd critique cd review McGegan clic de classiquenewsCD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque). Quel rafraĂźchissement stimulant apporte aujourd’hui le collectif rĂ©uni et portĂ© par le chef Nicholas McGegan, en Californie (Berkeley), lequel inspirant ses troupes outre-Atlantiques du Philharmonia Baroque (orchestre et chƓur), s’ingĂ©nie Ă  dĂ©fendre une vision gorgĂ©e de verve et de franche sincĂ©ritĂ©, Ă  mille lieues des directions franco-françoises, souvent trop cĂ©rĂ©brales et corsetĂ©es qui ont oubliĂ©es depuis des dĂ©cennies de dictat en tous genres, l’esprit du Baroque : son caractĂšre certes discursif mais surtout improvisĂ©. La libertĂ© du geste telle qu’elle est aujourd’hui dĂ©fendue par McGegan incarne une direction pour nous salutaire dans l’interprĂ©tation baroque, d’autant que depuis les annĂ©es 1990/2000, nombre de chefs autoproclamĂ©s experts en la matiĂšre, distille chacun un systĂšme et un type directionnel bien identifiable et parfaitement mĂ©canisĂ©. Faisant oubliĂ©, la caractĂšre essentiel de la rĂ©volution baroqueuse dĂ©fendue depuis les annĂ©es 1970, l’audace, le risque, l’expressionnisme. A croire que l’intensitĂ© dĂ©fricheuse des Harnoncourt et Malgoire, puis Jacobs et Goebel, 
 est devenue lettre morte.

 

 

Nicholas McGegan :
le souffle nouveau, revivifiant du Baroque
venu de Californie

 

 

Rien de tel avec le Britannique McGegan qui grĂące Ă  une politique avisĂ©e de publications discographiques, entretient la mĂ©moire de son approche avec un discernement et une activitĂ© constante que beaucoup peuvent lui envier. D’emblĂ©e, c’est la preuve de la vitalitĂ© du courant et de l’interprĂ©tation baroque en CALIFORNIE…
Voyez cette ATALANTA enregistrée à Berkeley (Californie), en septembre 2005.

haendel handel classiquenewsPASTORALE AMOUREUSE... La partition a Ă©tĂ© rarement jouĂ©e et cette rĂ©surrection complĂšte, trĂšs historiĂ©e, fait tout le mĂ©rite du chef. CrĂ©Ă©e le 12 mai 1736 – avec feu d’artifice final, pour cĂ©lĂ©brer les noces du Prince de Galles et de la princesse Augusta de Saxe-Gotha, l’Ɠuvre est ici enregistrĂ©e sur le vif et comme « chauffĂ©e », aprĂšs une sĂ©rie de reprĂ©sentations scĂ©niques donnĂ©es auparavant au Göttingen Handel Festival. McGegan officie avec un instinct vĂ©ritable, une intuition de l’instant qui aiguise l’acuitĂ© des accents et rĂ©ussit la caractĂ©risation des personnages de cette Arcadie lyrique. SĂ©duire une beautĂ© glaçante est un dĂ©fi souvent relevĂ© qui honore d’autant mieux celui qui sort victorieux ; ainsi l’histoire lĂ©guĂ©e par la mythologie grecque, celle d’Atalante, qui au prĂ©alable dĂ©daigne les avances du beau MĂ©lĂ©agre (le frĂšre de DĂ©janire), prĂ©fĂ©rant les plaisirs de la chasse aux dĂ©lices plus subtils de l’amour
 Mais voilĂ , pendant la chasse du monstrueux sanglier de Calydon, Atalante et MĂ©lĂ©agre croisent leurs regards.
En maĂźtre des passions humaines, chasseur / rĂ©vĂ©lateur du sentiment enfoui, HaĂ«ndel sait dĂ©velopper le vertige profond, en particulier celui qui inspire Ă  Atalante (trĂšs convaincante Dominique Labelle) son grand monologue du II (« ‘Lassa! ch’io t’ho perduta »), oĂč la jeune chasseresse exprime son trouble et ses tiraillements car elle comprend qu’elle se ment Ă  elle-mĂȘme, foudroyĂ©e en vĂ©ritĂ© par le jeune MĂ©lĂ©agre. Il est vrai que face au MĂ©lĂ©agre, toute tendresse et sĂ©duction de la seconde soprano, Susanne RydĂ©n, tout cƓur ne saurait demeurer de pierre
 l’optimisme lumineux du timbre renforce l’attractivitĂ© du jeune guerrier.
Aux cĂŽtĂ©s des amoureux principaux, l’assemblĂ©e des bergers tel Aminta (excellent Michael Slattery) et son aimĂ©e Irene (superbe air, plein de juvĂ©nile ardeur : « Come alla tortorella », parfaite et sensuelle CĂ©cile van de Sant) enrichit la partition d’une myriade d’émotions vraies dont Haendel a le secret.

CLIC_macaron_2014Le Philharmonia Baroque Orchestra dĂ©montre d’étonnantes affinitĂ©s dans l’art d’ornementer et de caractĂ©riser, selon le souci de fluiditĂ© et d’éloquence, de dramastisme et d’élĂ©gance, souhaitĂ© manifestement par le chef. VoilĂ  qui surclasse Ă©videmment sa premiĂšre approche de l’oeuvre de Haendel, qui remonte Ă  1984 avec une Ă©quipe bien moins engagĂ©e et ciselĂ©e.

 

 

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CD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque)

Distribution
Dominique Labelle, soprano
Susanne Ryden, soprano
Cecile van de Sant, mezzo-soprano
Michael Slattery, tenor
Philip Cutlip, baritone
Corey McKern, baritone
Philharmonia Chorale – Bruce Lamott, director
Philharmonia Baroque Orchestra
Nicholas McGegan, conductor
Philharmonia Baroque Productionsℱ

Achetez ce cd édité par le label fondé par Nicholas McGEGAN
https://philharmonia.org/product/handel-atalanta-2/

 

 

 

CD événement, annonce. CALDARA : Maddalena ai piedi di Cristo (1 cd Alpha, Damien Guillon, 2017)

maddalena ai piedi di cristo caldaia damien guillon cd critique par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. CALDARA : Maddalena ai piedi di Cristo (1 cd Alpha, Damien Guillon, 2017). Damien Guillon et son Banquet CĂ©leste revisitent avec une acuitĂ© palpitante voire mordante la brĂ»lante ferveur de Madeleine, telle que l’a magnifiquement exprimĂ©e et mise en musique, le VĂ©nitien Antonio Caldara, nĂ© sur la lagune vers 1670. Caldara Ă  l’égal d’un Cavalli plus tardif et montĂ©verdien, incarne le second Ăąge d’or de l’opĂ©ra vĂ©nitien au XVIIĂš. C’est le maillon manquant entre Monteverdi et ses Ă©lĂšves, et Vivaldi.

MaĂźtre exceptionnel de l’opĂ©ra comme de l’oratorio, il offre à Barcelone le premier opĂ©ra en terre catalane, Il piĂč bel nome (1708), commande de son futur patron Charles VI, auprĂšs duquel il s’installera, Ă  Vienne, en 1716. Caldara, dont la catalogue totalise environ trois mille Ɠuvres Ă  son actif, dĂ©cĂšde dans la capitale Habsbourg en 1736 (dans la mĂȘme KĂ€rtnerstrasse que Vivaldi
) et comme le Pretre Rosso, dans l’oubli et la misĂšre. Johann Mattheson l’admire Ă  le place Ă  l’égal de Haendel et de Vivaldi.
Dans le genre crĂ©Ă© Ă  Rome, au moment de la Contre-RĂ©forme, par Carissimi et Landi, Caldara Ă©blouit l’histoire musicale dans sa Maddalena ai piedi di Cristo, oratorio « volgare », c’est-Ă -dire rĂ©citĂ© en italien [
] soit en langue vernaculaire et non en latin.
Les 6 protagonistes se partagent la Terre et le Ciel : Marthe, Madeleine et un Pharisien ; JĂ©sus, l’Amour Terrestre et l’Amour CĂ©leste. En trente-trois airs et ensembles, de forme rĂ©citatif-aria, chacun tĂ©moigne de sa ferveur et de son trouble confrontĂ© au Sacrifice de JĂ©sus sur la Croix. AprĂšs un enregistrement lĂ©gendaire signĂ© renĂ© Jacobs (qui a donc ressuscitĂ© et dĂ©voilĂ© la puissance incantatoire et sensuelle de ce sommet musical), voici la nouvelle gĂ©nĂ©ration baroqueuse prĂȘte Ă  relever les dĂ©fis de ce sommet de la ferveur italienne baroque. Grande critique cd Ă  venir dans la mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

VOIR Damien Guillon et Le Banquet CĂ©leste interprĂ©ter l’oratorio de Caldara : Maddalena ai piedi di Cristo (Ă©tĂ© 2017)

https://www.youtube.com/watch?time_continue=233&v=9MnmL7b1qPQ

CD, critique. WA MOZART : Bastien und Bastienne (v 1768), Classical Opera, Ian Page (1 cd Signum)

grabmusik bastien bastienne mozart ian page classical opera the cd review critique cd par classiquenews CLIC de classiquenewsCD, critique. WA MOZART : Bastien und Bastienne (v 1768), Classical Opera, Ian Page (1 cd Signum). Ce disque trĂšs finement articulĂ© Ă©claire les dĂ©buts de Wolfgang Mozart, alors ĂągĂ© de 11 et 12 ans ; son Ă©criture ciselĂ©e en matiĂšre d’ornementation, une maturitĂ© dramatique et poĂ©tique dĂ©jĂ  confondante ; certes dans son cas unique, l’expĂ©rience et la maĂźtrise n’attendent pas l’ñge des annĂ©es ; le jeune compositeur dans GRABMUSIK, synthĂšse d’oratorio, – dans sa version originelle de 1767, s’inscrit dans le style Empfindsamkeit, post gluckiste, en une expressivitĂ© et des formules napolitaines trĂšs proches des Italiens de Paris, dans les annĂ©es 1780 : Piccinni et Sachini. C’est dire dĂ©jĂ  la synthĂšse visionnaire qu’opĂšre alors le jeune Mozart, plus d’une dĂ©cennie avant eux. La force expressive et la souplesse Ă©motionnelle de sa maniĂšre suggĂšrent avec une Ă©tonnante efficacitĂ© les Ă©lans de l’ñme du pĂȘcheur, perdu, errant, inquiet. Puis c’est toute la tendresse compatissante de l’Ange qui affirme ce en quoi excelle Wolfgang : son empathie fraternelle, sa grande et irrĂ©sistible tendresse.
Le baryton Jacques Imbrailo sait nuancer et rendre palpitante sa partie marquĂ©e par le doute et l’aveuglement presque terrifiĂ©, quand l’Ange de la soprano Anna Lucia Richter parfois un peu Ăąpre et raide, exprime cette compassion qui envahit l’ĂȘtre de lumiĂšre au contact du PĂȘcheur perdu. On reste saisi et convaincu par la justesse des chanteurs et de l’orchestre, admirables ambassadeurs de cette pudeur tendre qui fait la marque du jeune Mozart, en rien aussi compassĂ© et mĂ©canique que ses contemporains alors.
Mozart-Launch-1La date de la GRABMUSIK justifie ensuite que l’on joue son premier opĂ©ra, BASTIEN UND BASTIENNE, chantĂ© en allemand, destinĂ© Ă  un cercle privĂ© (le thĂ©Ăątre du jardin de Mesmer Ă  Vienne), et restituĂ© dans sa version premiĂšre de 1768. Toute la tendresse de Mozart se dĂ©ploie dans ce minidrame pastorale oĂč Bastienne dĂ©laissĂ©e, dĂ©sireuse de retrouver l’amour de Bastien, feint, ment, dissimule et affiche l’indiffĂ©rence afin que son aimĂ© brĂ»le Ă  nouveau de ce premier dĂ©sir dont elle est nostalgique : pour gravir les Ă©tapes de ce rituel sentimental qui est une reconquĂȘte amoureuse, Bastienne est aidĂ©e du mage et sage Colas. DĂ©jĂ  percent ici dissimulation, manipulation, serments et parodie des sentiments, tels qu’ils seront amplifiĂ©s Ă  la fin de sa courte existence, dans Cosi fan tutte. Mozart se montre manifestement inspirĂ© par Rousseau dont Le devin du village a inspirĂ© la trame de Bastien et Bastienne. L’ouvrage est ainsi cĂ©lĂ©brĂ© par le collectif britannique pour ses 250 ans (aprĂšs sa crĂ©ation de 1768).
Classical OperaLe londonien Ian Page et son orch Classical Opera, ainsi que les trois chanteurs requis, peaufinent, articulent, cisĂšlent toutes les nuances d’une partition tissĂ©e dans la tendresse la plus simple et la plus raffinĂ©e. Au service du premier singspiel de Mozart, le geste subtil et nerveux de Ian Page fait ici toute la diffĂ©rence et place son collectif musical parmi les meilleurs interprĂštes de Mozart aujourd’hui. Tout au moins s’agissant de ses premiers drames lyriques. L’enregistrement s’inscrit dans un vaste cycle artistique intitulĂ© MOZART 250 qui englobe un vaste choix de piĂšces dramatiques et lyriques. La rĂ©alisation est indiscutable par sa cohĂ©rence et sa grande Ă©lĂ©gance. D’autant que le chef et son orchestre (classical opera et the Mozartists) ont prĂ©cĂ©demment jouĂ© et pour certains ouvrages, enregistrĂ© Il Sogno di Scipione, Zaide, Il re pastore, Mitridate, Die Schuldigkeit der ersten gebots (Le devoir du premier ordre), Apollo et Hyacinthus
 CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. WA MOZART : GrabMusik (1767), Bastien und Bastienne (v 1768), Anna Lucia Richter, Alessandro Fisher, Jacques Imbrailo, Darren Jeffery / Classical Opera / Ian Page, direction (1 cd Signum). CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018 / Parution annoncée le 14 sept 2018

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AGENDA, Ă  NOTER : Ian Page et Classical Opera donnent Bastien et Bastienne, dans le prolongement de leur enregistrement en concert Ă  Londres, Wigmore Hall, le 18 sept 2018 Ă  19h30
Plus d’infos ici :
http://www.classicalopera.co.uk/whats_on/bastien-und-bastienne/

VOIR l’enregistrement de Bastien et Bastienne / Entretien avec Ian Page
http://www.classicalopera.co.uk/videos/recording-mozarts-grabmusik-and-bastien-und-bastienne/

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CD événement, critique. HOMMAGE A VIVALDI. VIVICA GENAUX, Mezzo. Bach consort Wien, Rubén Dubrovsky (1 cd Sony classical, 2015)

vivaldi hommage a vivica genaux ruben dubrovsky sony classical cd review cd critique par classiquenews CLIC de classiquenews de septembre 2018CD Ă©vĂ©nement, critique. HOMMAGE A VIVALDI. VIVICA GENAUX, Mezzo. Bach consort Wien, RubĂ©n Dubrovsky (1 cd Sony classical, 2015). C’est une excellente idĂ©e que de souligner le gĂ©nie de Vivaldi Ă  Vienne, capitale de la pompe impĂ©riale Habsbourg oĂč il mourut en 1741, quasiment oubliĂ© de tous. Certes le VĂ©nitien incarne l’essor de la furiĂ  baroque au dĂ©but du XVIIIĂš avec l’énergie et la poĂ©sie que l’on sait, instrumentalement et opĂ©ratiquement. Du reste la redĂ©couverte de sa verve lyrique reste la dĂ©couverte la plus importante sur le plan musicologique des 20 derniĂšres annĂ©es. Ruben Dubrovski cisĂšle un orchestre pĂ©tillant et un choeur trĂšs impliquĂ©, mais sans maniĂ©risme aucun, revitalisant un style trĂšs identifiable, encore baroqueux en plein essor du prĂ©classicisme (dĂ©but des annĂ©es 1740) : le Pretre Rosso a Ă©tĂ© Ă  Venise mĂȘme dĂ©classĂ© par les Napolitains, nouveaux champions de l’opĂ©ra. Mais s’il s’agissait de souligner le gĂ©nie Ă©ruptif et introspectif du VĂ©nitien, le dĂ©fi est amplement relevĂ© et rĂ©ussi : les interprĂštes sont au niveau de l’enjeu, Ă  commencer par l’impeccable mezzo amĂ©ricaine Vivica Genaux, diva de Fairfbanks (Alaska), rompue Ă  l’exercice redoutable des vocalises acrobatiques, comme Ă  la science de la couleur et des nuances expressives les plus tĂ©nues. Il n’y a qu’une seule autre mezzo Ă  l’égaler dans ce type de rĂ©pertoire : Ann Hallenberg. Elle aussi passionnante vivaldienne (et qui a elle aussi dĂ©dier plusieurs rĂ©citals Ă  la lĂ©gende des castrats).
CLIC D'OR macaron 200Le choix des Ɠuvres ici abordĂ©es Ă©voque l’ñge d’or de Vivaldi Ă  Venise, alors (en 1715), « maestro di viola all’inglese, Ă  l’Ospedale della PietĂ , sur la rive lagunaire. Sa verve quasi opĂ©ratique Ă  l’église (cf ses deux motets chantĂ©es par la mezzo : In tubato mare irato RV 627 / Sum in Medio tempestatum RV 632) impose le tempĂ©rament trĂšs contrastĂ© d’un gĂ©nie de la musique quand dans le mĂȘme instant, Ă  Vienne, Fux devient Kapellmeister Ă  la cathĂ©drale Saint-Etienne de Vienne

Constamment inspirĂ©e et juste expressivement, Vivica Genaux saisit la certitude  fervente du motet d’ouverture (RV 627) avec un aplomb dramatique idĂ©al pour des piĂšces qui certes sont pour l’Ă©glise da chiesa mais exige un investissement total ; dĂ©jĂ  dans le morceau prĂ©liminaire (« In tubato mare irato « ), d’une agilitĂ© redoutable puis dans le III « Resplende bella Divina stella », plage 3 oĂč la chanteuse creuse la mystique plus sombre et sereine du texte. Entre murmure et hallucination, le verbe articulĂ©, se colore de nuances infimes, qui affirment la sensibilitĂ© de la diva canadienne.

 

 

 

En 2015, la mezzo américaine enregistre un programme Vivaldi somptueusement chanté :
Vivica Genaux est la diva Vivaldienne d’aujourd’hui

Vivica / Vivaldi : double V gagnant !

 

 

 

L’Alleluia final, introduit alors le choeur trùs souple et investi fusionnant avec un continuo souple et fleuri.
MĂȘme sentiment dans la Kyrie RV 587, dont l’Allegro (plage 6) fait Ă©couter le choeur d’enfants Ă  la fois tendre et d’une intonation simple. La sĂ»retĂ© comme la musicalitĂ© du geste choral suscite l’enthousiasme.
VoilĂ  une franchise de ton que n’a pas l’intĂ©grale en cours de NaĂŻve, Ă  notre avis, au style plus sec et tendu (cf Biondi, Alessandrini). Ce qu’apporte Dubrovski chez Vivaldi, c’est une dĂ©tente qui prend soin de l’équilibre des pupitres / parties et du dĂ©tail dans la restitution des couleurs du continuo.
Le dernier Ă©pisode plus audacieux encore (second Allegro, plage 7) dans ses vagues harmoniques ascendantes, Ă©labore une architecture ample ; c’est la cathĂ©drale vivaldienne baignĂ©e de lumiĂšre (de soleil) et d’électricitĂ© que le chef fait irradier avec un naturel trĂšs apprĂ©ciable.

Le cƓur poĂ©tique du programme, encadrĂ© par les 2 motets, reste le NISI DOMINUS (ailleurs traitĂ© par tous les haute contre parmi les plus cĂ©lĂšbres dont Ă©videmment Andreas Scholl qui en avait laissĂ© une sublime version avec 415, Chiara Banchini). Dubrovsky et Vivica Genaux soignent l’intensitĂ© poĂ©tique de chaque section, le geste et les accents du chef, s’inspirant directement du chant ciselĂ© de la diva. VitalitĂ© et nervositĂ© sont idĂ©ales, Ă©laborant un Nisi dominus Ă  la fois plein de certitude et de simplicitĂ© grave.
VIVICA GENAUX, sublime vivaldienne !Vivica Genaux Ă©blouit par un timbre souple, agile, riche en couleurs, une intelligence des nuances dont la palette en passages raffinĂ©s surclasse tous ces alters Ă©gos masculins lesquels n’ont pas son agilitĂ© ni sa articulation millimĂ©trĂ©e du verbe (tels les Cencic, Jaroussky, Fagioli
 au delĂ  de la question de la tessiture, nous parlons surtout de la question du style et des nuances vocales : sur ces deux derniers points, la tenue de l’AmĂ©ricaine est exceptionnelle). Une telle articulation rend immĂ©diatement passionnants, la projection et le sens du texte. La mezzo de Fairbanks (oĂč elle est nĂ©e en 1969) en a encore Ă  nous apprendre sur l’arche palpitante d’un Vivaldi touchĂ© par la grĂące.

Le sublime III (Surgite, presto, plage 10) cultive les agissements Ă©tatiques d’une magicienne enivrĂ©e, douĂ©e de mille sĂ©ductions, d’autant que le continuo la suit ensuite dans une traversĂ©e hallucinĂ©e et nocturne d’un engagement purement poĂ©tique (captivant Andante : Cum dederit, le morceau le plus long du cycle) oĂč Vivaldi tire la pĂąte instrumentale et la corde vocale en une suspension d’essence fantastique Ă  laquelle la mezzo inspirĂ©e, enchantĂ©e, dĂ©ploie sa science des nuances introspectives, des couleurs tĂ©nues, rares.
Qui aujourd’hui peut l’égaler dans cet art majeur de la couleur, du legato, de l’intonation ? Aucun haute contre actuel (y compris le splus cĂ©lĂšbres): c’est dire sa maestriĂ .

Le Credo RV 591 est une belle rĂ©alisation dont le chef interroge avec un choeur nuancĂ© lĂ  encore, la courbe Ă©nigmatique (Et incarnatus est) ; ciselant mĂȘme en une coupe sĂšche parfaite, le rythme plus narratif du Crucifixus, tel un balancement inquiet et dramatique pourtant de plus en plus serein Ă  mesure que le grand choeur s’en empare

La prise de son, l’impact trĂšs contrĂŽlĂ© du collectif (bien Ă©lectrisĂ© par le chef) donnent l’impression d’une cĂ©lĂ©bration heureuse et investie saisie sur le vif dans l’espace de l’Ă©glise (en rĂ©alitĂ© l’enregistrement a eu lieu en mars 2015 Ă  la Chapelle de Hofburg Ă  Vienne, haut lieu impĂ©rial viennois).

On ne peut s’empĂȘcher de songer Ă  l’opĂ©ra dans le second et dernier motet (RV632 : « Sum in medio Tempestatum »), tant le timbre Ă©largi et gĂ©nĂ©reux, souple et royalement agile de la mezzo enchante par sa justesse acrobatique. Évidement le premier Ă©pisode est uniquement de virtuositĂ© mais d’une superbe affirmation textuelle, et linguistique. Comme on l’a dit prĂ©cĂ©demment : qui chante ainsi aujourd’hui ? RĂ©pond Ă  ce prĂ©liminaire pĂ©taradant, la sĂ©quence introspective plus grave et sombre, d’une noblesse de ton presque Ă©lĂ©giaque : « Semper maesta,sconsolata ».
L’intonation de l’orchestre comme de la soliste sont superlatifs :
ce Vivaldi est stupende / c’est une formidable rĂ©alisation qui brille par son intelligence, sa nervositĂ©, son engagement, sa subtilitĂ©. PortĂ©e par un collectif qui partage sa finesse, Vivica Genaux est aujourd’hui, – avec Ann Hallenberg, la mezzo vivaldienne la plus convaincante de l’heure. Superbe rĂ©cital. CLIC de classiquenews de septembre 2018.

 

 

 

 

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CD événement, critique. HOMMAGE A VIVALDI. VIVICA GENAUX, Mezzo. Bach consort Wien, Rubén Dubrovsky (1 cd Sony classical, 2015)

 

 

 

 

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Engagements de Vivica Genaux d’ici le printemps 2019
Une diva Ă  suivre
Ressource : http://www.vivicagenaux.com

15 septembre 2018, Festival de FĂ©nĂ©trange (France) : airs d’opĂ©ras de Vivaldi
7 et 8 octobre 2018 : Vivaldi, Gloria et Imeneo (Madrid, Auditorio nacional de Musica)

20 – 30 octobre 2018 : Ljubljana (Slovenie) : SERSE (Arsamene) de Haendel – production reprise au

Capitole de TOULOUSE, les 7 et 9 novembre 2018

Prise de rĂŽle
ARTASERSE de HASSE (Mandane)
Sydney (Australie) / Pinchgut Opera
29 nov – 5 dĂ©cembre 2018

+ d’infos : visiter le site officiel de Vivica Geanux
http://www.vivicagenaux.com/engagements.html

 

 

 

 

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A NOTER : Vivica Genaux reprendra en concert son programme déjà enregistré déidé à Farinelli, au prochian Festival international de Musique Baroque de La Valette à Malte, « BROSCHI, Handel : hommage à Farinelli », Teatru Manoel, Valletta, le 11 janvier 2019

CD, critique. CONTINUUM : JUSTIN TAYLOR, clavecin. D. Scarlatti / Ligeti (1 cd Alpha déc 2017)

TAYLOR JUSTIN continuum cd critique cd review CLIC de CLASSIQUENEWS 2018 26536ee4-2102-4ddd-b930-73dc3bd23b63CD, critique. CONTINUUM : JUSTIN TAYLOR, clavecin. D. Scarlatti / Ligeti (1 cd Alpha dĂ©c 2017). NĂ© en Angers en 1993, Justin Taylor se distingue comme son confrĂšre Julien Wolfs  (de l’ensemble Les Timbres, – autre virtuose habitĂ© du clavecin)  parmi les clavecinistes actuels les plus inspirĂ©s ; non pas les plus douĂ©s, techniquement souverains : ils sont nombreux, mais avec ce supplĂ©ment d’ñme qui fait du clavecin, l’instrument du souffle et des affects baroques, comme on dit du piano, qu’il est le chant du sentiment romantique
 DigitalitĂ© filigranĂ©e grĂące Ă  un clavecin prĂ©cis, d’une rare Ă©loquence cristalline (un Ruckers-Hemsch 1636-1763), et surtout un rubato qui architecte l’écoulement dĂšs les premiers Scarlatti, le jeu et l’approche du jeune Taylor ne cesse de nous Ă©blouir. Il Ă©chafaude tout un jardin musical oĂč le sens de la construction sait aussi respirer et articuler avec une clarification Ă©nergisante. Qu’il s’agisse de morceau de trĂ©pidation (premiĂšre Sonate K141) ou dans l’extase Ă  peine marquĂ©e, d’une suspension rĂȘveuse (l’aria qui suit K32), le jeune claveciniste montre une aisance technicienne associĂ©e Ă  une superbe intelligence poĂ©tique.

Justin Taylor ose de nouveaux mondes sonores, de Scarlatti II Ă  Ligeti

Tous les horizons du clavecin,
machine exploratoire

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertTaylor construit un programme qui fait dialoguer Scarlatti et Ligeti, passage des styles a priori abrupt voire acrobatique mais d’une grande Ă©vidence en rĂ©alitĂ© dans ce jeu sonore qui place le clavecin au centre d’une rĂ©flexion plus critique sur l’instrument et ses ressources abstraites, expressives, poĂ©tiques. Qu’ont Ă  faire ensemble, ainsi rĂ©unis en une arĂšne improbable, le protĂ©gĂ© de son pĂšre Alessandro, et bientĂŽt favori de la Reine Maria Barbara Ă  Madrid, et l’exilĂ©, entravĂ©, interdit d’instrument, Ligeti passant de Transylvanie Ă  la Roumanie ? Le Napolitain sĂ©duit par sa virtuositĂ© immĂ©diate, solaire, embrasĂ©e ; l’Autrichien ne cesse de saisir par son questionnement visionnaire et prophĂ©tique auquel le son pincĂ© du clavecin apporte une rĂ©sonance inquiĂšte, tendue, faussement abandonnĂ©e
 D’un cĂŽtĂ© l’exaltation rĂȘveuse de Scarlatti (dans ses rythmes impossibles, plus ibĂ©riques qu’italiens et qui citent souvent le fandango de la guitare), de l’autre l’interrogation permanente de Ligeti, Ăąme sans attaches, plutĂŽt conscience universelle qui trace de nouvelles frontiĂšres? Mais entre eux, se dĂ©veloppe au delĂ  de la forme, l’imaginaire voire le dĂ©lire d’une question toujours posĂ©e : cf la Passacaille ungherese (dĂ©cembre 1978), qui combine baroque et tension hongroise, comme l’équation inextricable d’un doute, d’un sentiment d’indĂ©cision continu. Il est fascinant d’écouter le bavardage presque envahissant de Scarlatti qui suit dont les passages harmoniques et les sĂ©ries de grilles tentent aussi Ă  ce questionnement hors du temps.
Dans Hungarian rock, intitulĂ© aussi Chaconne, nouvelle rĂ©vĂ©rence au Baroque, Ligeti atteint une transcendance du rythme et de la danse qui construisent au final une dĂ©construction consciente de la forme musicale : lĂ  encore se dĂ©veloppe cette question : oĂč vais-je ? pourquoi ? comment ? Dans ce sens critique et expĂ©rimental oĂč rien ne semble figĂ©, Ligeti va plus loin encore dans « Continuum » (1968) justement qui donne son titre Ă  l’album de Justin Taylor : la rĂ©pĂ©tition apparemment statique et rĂ©guliĂšre, produit une vibration qui est le souffle mĂȘme des mĂ©tamorphoses, tissant in fine ce continuum presque linĂ©aire oĂč Ligeti voyait une poĂ©tique de la mĂ©canique (celle de l’imprimerie de son oncle) : on reste convaincu par la maĂźtrise nuancĂ©e et hagogique du claviĂ©riste, qui semble totalement sĂ©duit par ce jeu sonore et technique, lequel questionne dans toutes les directions possibles (et audibles), les ressources de l’instrument.

 

 

 

CLIC D'OR macaron 200Au terme de ce voyage sonore en immersion dans la mĂ©canique et la sonoritĂ© du clavecin baroque, Justin Taylor trouve ce point de partage qui relie Scarlatti II Ă  Ligeti, unis au delĂ  des siĂšcles par une mĂȘme pensĂ©e critique sur la sonoritĂ© du clavecin. L’audace et la justesse du programme sont remarquables. Car il ne s’agit pas de savoir bien jouer. Il faut encore pour servir la musique, oser toujours de nouvelles perspectives qui Ă©largissent l’expĂ©rience de la musique, au disque et au concert. Bravo l’artiste !

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CD, critique. CONTINUUM : JUSTIN TAYLOR, clavecin. D. Scarlatti / Ligeti (1 cd Alpha dĂ©c 2017). CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2018.

COMPTE-RENDU, ORATORIO. BEAUNE, le 15 juillet 2018. HAYDN : Les Saisons, GABRIELI Ch, con & pl. PAUL McCREESH

COMPTE-RENDU, ORATORIO. BEAUNE, le 15 juillet 2018. HAYDN : Les Saisons, GABRIELI Ch, con & pl. PAUL McCREESH, direction. L’oratorio de Haydn occupait l’affiche Ă  Beaune 2018 : La CrĂ©ation tout d’abord le 13 juillet (assez terne et tendue sous la direction plus mĂ©ticuleuse que naturelle et flexible de Laurence Equilbey), surtout le moins estimĂ© Les Saisons de 1801, ce 15 juillet donc, point culminant pourtant d’une rĂ©flexion active voire surinspirĂ©e par Haydn sur le genre et aussi d’aprĂšs le poĂšme panthĂ©iste, naturaliste et religieux d’un certain James Thomson (poĂšme The Seasons, vers 1730).

mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-WrightDans le cas du britannique Paul McCreesh, le geste est autrement plus sĂ»r et visionnaire, gĂ©nĂ©reux et architecturĂ©, avec une attention trĂšs fine pour les dĂ©tails et ici, emblĂšme d’un auteur qui fut autant gĂ©nial dans le quatuor que la Symphonie (deux genres qu’il « inventa » littĂ©ralement), les timbres orchestraux. Les Saisons sont d’abord une partition pour les instruments, capables sous la direction de McCreesh, d’exprimer le souffle, les mouvements, spectaculaires et intimes, de la miraculeuse Nature, Ă  travers l’enchantement des saisons. En leur succession, porteuse de variĂ©tĂ© et d’éloquente caractĂ©risation. Paul McCreeesh, ardent dĂ©fenseur de la partition aprĂšs le non moins sublime Nikolaus Harnoncourt, dĂ©voile cependant sa propre traduction en anglais, Ă©cartant la piĂštre mise en poĂ©sie en allemand par Swieten d’aprĂšs le texte originel anglais. Est ce pour cela que connaissant dans le moindre dĂ©tail littĂ©raire, l’ouvrage du dernier Haydn, le chef en exprime toute la dimension Ă©merveillĂ©e et spirituelle avec autant de franchise et d’intensitĂ©? Il y a un fossĂ© entre la conception efficace mais sans Ăąme d’Equilbey et l’ivresse sensorielle, un appel Ă  la contemplation partagĂ©e que proclame Mc Creesh.
Le sĂ©jour londonien (oĂč il a un vĂ©ritable public) de Haydn (1791-1795) lui permet d’approfondir encore sa connaissance de la source premiĂšre de l’oratorio anglais : Haendel. AprĂšs La CrĂ©ation, coup de mĂąitre de 1799, voici donc Les Saisons de 1801 oĂč le vieux compositeur, comme Rubens en fin de carriĂšre, dĂ©cuple d’audace formelle, de verve et d’imagination. Le plat qu’en dĂ©livre McCreesh est Ă  la fois copieux et admirablement dĂ©taillĂ©.
Les Gabrieli Choir, Consort & Players sont Ă  leur aise, dans cette fresque opĂ©ratique de 3h de musique continue : oĂč en particulier dans l’Automne, se dĂ©veloppent dans une verve inĂ©dite, les tableaux (dĂ©lirants) de la chasse et surtout des vendanges. L’étĂ© est plus amoureux (mettant en avant le couple dĂ©sirant, sensuels de la soprano et du tĂ©nor solistes) ; l’hiver dĂ©voile la morale du cycle Ă  travers les frimats et l’impuissance solitaire de l’homme face Ă  ce paysage saisissant de glace et de neige (somptueuse introduction orchestrale, d’une force poĂ©tique aussi impressionnante que le dĂ©but de La CrĂ©ation : son chaos primordial). Les interprĂštes indiquent tout ce que la partition a de poĂ©sie, non descriptive mais Ă©vocatoire, au sens d’une Ă©criture moins narrative que poĂ©tique qui annonce Ă©videmment la 6Ăš Symphonie « Pastorale » de Beethoven, crĂ©Ă©e 7 annnĂ©es plus tard en 1808. Simon le fermier (basse), sa fille Hannah et le fiancĂ© de cette derniĂšre, Lucas, agrĂ©mente le tableau, chacun tĂ©moignant de son expĂ©rience et aussi de la bienveillante nature, elle mĂȘme emblĂšme du miracle divin. Comme le dit McCreesh, Les Saisons sont l’oeuvre la plus Ă©cologiste du XVIIIIĂš, une dĂ©fense enivrĂ©e, parfois dĂ©lirante, cĂ©lĂ©brant l’harmonie et la perfection de la Nature.
Dans cette tapisserie scintillante oĂč l’orchestre rĂ©capitule les enchantements du monde, – surgissement du soleil Ă  l’étĂ©, chasse Ă  l’automne oĂč brĂąment d’éloquents et rutilants cors (spacialisĂ©s), avant l’ivresse collective du tableau des vendanges, – piĂšce maĂźtresse et dĂ©fi relevĂ© par le choeur qui conclut dans le dĂ©lire le plus truculent l’Automne. Les 3 solistes redoublent de prĂ©cision et de justesse expressive : Ă  Simon (impeccable Ashley Riches) dans l’Hiver, revient le dĂ©voilement de la leçon ainsi dĂ©veloppĂ©e pendant 3h : les Saisons rĂ©capitulent une existence humaine. Et l’homme Ă  l’hiver de sa vie ne peut que remercier le destin et dieu de l’avoir ainsi rĂ©concilier avec le monde et la miraculeuse nature.
MCcreesh paul gstaad menuhin festival par classiquenews 02_dsc_1701_fuer_newsticker-465L’élĂ©gance de Hadyn, sa verve et son sens du drame non dĂ©nuĂ© d’humour font les dĂ©lices de cette lecture inspirĂ©e, stylĂ©e, 
 marquĂ©e par la question du tempĂ©rament et de la vivacitĂ©, clairs Ă©lĂ©ments dĂ©finissant aujourd’hui l’approche du collectif Gabrieli. A Paul McCreesh, infatigable meneur de troupes, revient le mĂ©rite de comprendre une Ɠuvre rĂ©vĂ©lĂ©e avant lui par Harnoncourt (excellent enregistrement chez Sony) : McCreesh, plus britannique qu’aucun autre, cisĂšle, sculpte le raffinement viennois de Haydn avec un savoureux naturel proche de l’opĂ©ra. Avant Beaune, le chef a pu diriger la partition lors du premier week end inaugural du Festival Menuhin de GSTAAD (Suisse, Saanenland), le 14 juillet dernier, jalon remarquĂ© de la 62Ăš Ă©dition de l’évĂ©nement fondĂ© par Yehudi Menuhin en 1957.

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COMPTE-RENDU, ORATORIO. BEAUNE, le 15 juillet 2018. HAYDN : Les Saisons, 1801. Hanna : Carolyn Sampson, soprano — Lucas : Jeremy Ovenden, tĂ©nor — Simon : Ashley Riches, basse. GABRIELI CHOIR, CONSORT & PLAYERS. PAUL McCREESH, direction.

CD, critique. JS BACH : Daniel Lozakovich, violon (Concertos BWV 1042, 1041 – Partita n°2 BWV 1004 – DG Deutsche Grammophon 4799372)

LOZAKOVICH daniel JS BACH violons concertos nos1 et 2 PARTITA N2 critique cd cd review par classiquenewsCD, critique. JS BACH : Daniel Lozakovich, violon (Concertos BWV 1042, 1041 – Partita n°2 BWV 1004 – DG Deutsche Grammophon 4799372).  Il n’avait que 17 ans
 Il est encore un enfant mais comme chez 
 Mozart, il y a une grĂące enfantine qui d’emblĂ©e pose et affirme l’artiste. MalgrĂ© son trĂšs jeune Ăąge, le violoniste prodige Daniel Lozakovich (nĂ© suĂ©dois, en 2001 Ă  Stockholm) impressionne par sa grande maturitĂ© artistique, une musicalitĂ© inouĂŻe qui creuse la puissance sonore a contrario des bateleurs dĂ©monstratifs et un rien agitĂ©s que l’on entendait jusque lĂ  : son intĂ©rioritĂ© et sa gestion d’un temps Ă©motionnel, nous touchent infiniement; une telle Ă©conomie pourtant Ă©loquente et vĂ©hĂ©mente irradie dans la Partita n°2, jouĂ©e Ă©videmment solo, dont l’exposition du jeu solitaire, sans aucun artifice subjugue de bout en bout. La lumiĂšre irradiante qui Ă©mane de son archet, sa pudeur incandescente, la tenue et la ligne de sa sonoritĂ© en font l’égal de Menuhin immĂ©diatement mais avec une sensibilitĂ©, et une pensĂ©e qui renouvellent aussi considĂ©rablement le geste violonistique, la projection du son, comme l’Ă©noncĂ© des phrases. Sa Chaconne en rĂ© mineur du mĂȘme Bach avait impressionnĂ© par la hauteur de la conception, la fragilitĂ© vibratile de l’émission, l’intensitĂ© d’un geste habitĂ©, souverain, non par sa certitude mais sa justesse et sa vĂ©ritĂ© (Verbier Ă©tĂ© 2016).

 
 
 

Daniel Lozakovitch, le Menuhin du XXIĂš ?
Premier cd d’un dĂ©jĂ  trĂšs grand du violon

 
 

CLIC_macaron_2014Tout dĂ©coule d’une conscience ample, et d’une comprĂ©hension parfaite de l’architecture des oeuvres. En signature exclusive pour 3 albums chez DG (contrat signĂ© en juin 2016), voici donc le premier album de la sĂ©rie : jouer JS BACH en ouverture est un pari fou Ă  son Ăąge mais totalement rĂ©ussi, si l’on en juge par les idĂ©es que le jeune interprĂšte nous transmet. La maĂźtrise et la retenue distante que le jeune inteprrĂšte sait maintenir dans son jeu lui Ă©vite minauderie, dĂ©tails, maniĂ©risme et dĂ©monstration de toute sorte.
La probitĂ© distingue son jeu d’une clartĂ© et d’une simplicitĂ© exceptionnelles. N’écoutez que les 5 Ă©pisodes enchainĂ©s de la Partita BWV 1004 : l’enchaĂźnement des deux derniers est Ă  pleurer par le miracle d’une lecture Ă©vidente, habitĂ©e, d’une flexibilitĂ© Ă©motionnelle sans fard (Gigue puis Chaconne). Ce premier disque est celui d’un futur trĂšs grand du violon. Et l’on se fĂ©licite qu’un si grand artiste, n’ait pas suivi le voeu de ses parents qui voulaient en faire un tennisman.

 
 
 

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CD, critique. JS BACH : Daniel Lozakovich, violon (Concertos BWV 1042, 1041 – Partita n°2 BWV 1004 – DG Deutsche Grammophon 4799372). Parution : le 8 juin 2018

 
 
 
 

CD critique. GLUCK : ORFEO (Naples 1774),Jaroussky,I Barrochisti, Fasolis 1cd Erato 2016-2017).

GLUCK ORFEO napoli 1774 fasolis jaroussky forsythe cd erato cd review critique cd par classiquenewsCD critique. GLUCK : ORFEO (Naples 1774),Jaroussky,I Barrochisti, Fasolis 1cd Erato 2016-2017). VERSION NAPOLITAINE. Diego Fasolis, en maestro inspirĂ© nous dĂ©voile une version peu connue de l’Orfeo gluckiste donnĂ©e triomphalement Ă  Naples (aprĂšs sa crĂ©ation originelle Ă  Vienne en 1762) avec danses et arrangements spĂ©cifiques pour rĂ©ussir sa crĂ©ation au moment du carnaval de 1774. D’emblĂ©e la tenue magistrale de l’orchestre sur instruments anciens, dĂ©taillĂ©e, colorĂ©e, vive et subtilement Ă©noncĂ©e impose une parure idĂ©ale Ă  cette version historiquement informĂ©e de l’Orfeo de GLUCK Ă  la mode napolitaine. L’activitĂ© de l’orchestre, trĂšs fluide et nerveux, mais sans sĂ©cheresse s’impose de bout en bout. Le dramatisme rond jamais vĂ©ritablement mordant mais parfaitement Ă©quilibrĂ© dans sa caractĂ©risation demeure l’atout majeur de cette lecture trĂšs aboutie voire ciselĂ©e : elle n’a pas encore la force dĂ©cuplĂ©e de la version parisienne une dĂ©cennie plus tard (entre autres grĂące au morceau qu’ajoute alors Gluck, la fameuse danse des Furies, d’une frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e/nante) mais ici, le souffle que projette dans le tableau des furies justement, et que doit assagir et sĂ©duire l’endeuillĂ© OrphĂ©e (scĂšne III, entrĂ©e aux enfers) le maestro maĂźtre des rebonds Ă©lĂ©giaques (Ă©vocations des ombres heureuses aux Champs-ElysĂ©es, scĂšne V) ou donc tragiques, Diego Fasolis, suscite notre plein enthousiasme.
Il s’agit de la version pour voix de contre tĂ©nor aigu Ă  laquelle il n’est pas certain que le chant de Philippe Jaroussky, tout en aciditĂ© (souvent peu contrĂŽlĂ©e) et en intonation univoque, malheureusement toujours Ă©gale apportent l’Ă©clairage idĂ©al: on sait la sĂ©duction du timbre du français mais force est de constater l’usure d’une voix de plus en plus aigre aux aigus tirĂ©s dont le mĂ©dium prĂ©serve dĂ©sormais la tessiture inĂ©gale et pleine de contorsions linguistiques assez surprenante.

Face Ă  ce chant limitĂ© et artificiel, l’amour de la soprano Emöke Barath sĂ©duit, envoĂ»te. De mĂȘme, l’Euridice d’Amanda Forsythe est d’une Ă©lĂ©gance mozartienne et l’adjonction de son grand air de bravoure (pour satisfaire les caprices narcissiques de la prima donna et aussi satisfaire aux canons de l’opĂ©ra italien soit l’air peu jouĂ© ailleurs signĂ© Lasnel / Naselli: « tu sospiri ») apporte un Ă©clairage premier, majeur, grĂące au timbre suave et idĂ©alement incarnĂ© de la soprano : voilĂ  qui donne une Ă©paisseur inĂ©dite au personnage d’Euridice ; on comprend mieux que dans la scĂšne VI, la ressuscitĂ©e confrontĂ©e Ă  l’apparente froideur de son aimĂ©, provoque son retournement fatal en pleine ascension salvatrice. La jeune soprano vole la vedette au contre-tĂ©nor français. Son chant reste sincĂšre et juste malgrĂ© l’Ă©criture ornementĂ©e, un rien bavarde de Lasnel. L’expression de l’amoureuse perdue, dĂ©munie, dĂ©concertĂ©e est totalement rĂ©ussie.
Le choeur demeure honnĂȘte parfois appliquĂ© mais articulĂ©. Les vrais protagonistes restent les instruments anciens, idĂ©alement canalisĂ©s sous la baguette d’un orfĂšvre Ă©pris de sensualitĂ© tragique : maestro Fasolis. Pilotant avec flexibilitĂ© et efficacitĂ© ses I Barrochisti, le chef diseur et lui aussi poĂšte, souligne ce qui fait la force de l’opĂ©ra rĂ©volutionnaire de GLUCK aidĂ© de son librettiste Cazalbigi, sa grande cohĂ©sion continue, son souffle unitaire : un chef d’Ɠuvre et une Ă©pure dramatico tragique conçue selon les divines proportions d’un relief antique.

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CD, critique. GLUCK : ORFEO (Naples 1774),Philippe Jaroussky, Emöke Barath, Amanda Forsythe, I Barrochisti, Diego Fasolis, 1cd Erato 2016-2017)

CD, critique. MUSICA NOVA : Jordi Savall (viole soprano) et HespĂšrion XXI (1 cd Alia Vox)

ALIA-VOX-critique-cd-classiquenews-MUSICA-NOVA-savall-review-cdCD, critique. MUSICA NOVA : Jordi Savall (viole soprano) et HespĂšrion XXI (1 cd Alia Vox). En prĂ©ambule de ce programme admirable, la notice rĂ©digĂ©e par l’éditeur ALIAX VOX, elle-mĂȘme trĂšs claire : «  Peut-ĂȘtre tout a-t-il commencĂ©, dans les premiers jours du siĂšcle naissant, ou peut-ĂȘtre au milieu d’une obscure nuit d’hiver de la belle annĂ©e 1400. Un siĂšcle oĂč l’on commençait Ă  connaĂźtre les merveilleuses histoires et les odyssĂ©es d’une ancienne civilisation millĂ©naire redĂ©couverte, celles de temps antiques (NDLR : l’AntiquitĂ© grĂ©co romaine, Ă  travers les vestiges et ruines patrimoniales toujours en place) dans lesquels les philosophes Ă©taient des maĂźtres de sagesse et d’humanitĂ© et oĂč la musique, entre les mains d’OrphĂ©e Ă©tait capable d’amadouer les fauves les plus sauvages. Au milieu de tant de nouveautĂ©s et de merveilles, il n’est pas Ă©tonnant que quelque vieux mĂ©nestrel ait pu imaginer sur son instrument Ă  corde, un son nouveau plus riche et plus expressif, en pensant Ă  une musique nouvelle, une ’musica nova’ qui permettrait de fusionner sur un seul instrument le chant amoureux de l’ancienne fidula d’arc, du rebab ou du rebec des troubadours avec les douces pulsations du vieux luth mauresque, porteur de belles harmonies et de rythmes pleins de joie. Ce luth mauresque, un instrument qui fut remplacĂ© par la vihuela de mano ou viole de main, aprĂšs les successives expulsions d’Espagne des Juifs en 1492 et des Maures en 1609. »
VoilĂ  posĂ©e l’équation d’un phĂ©nomĂšne qui a marquĂ© le renouveau des arts et de la culture en Europe au XVĂš : la Renaissance ou la redĂ©couverte de l’AntiquitĂ©, de ses proportions harmoniques, de sa philosophie et de son esthĂ©tique d’une beautĂ© Ă  couper le souffle.
Sur les traces de ce nouveau langage qui Ă©videmment concerne l’écriture musicale et surtout l’instrumentarium ainsi rĂ©inventĂ©, Jordi Savall restitue ce consort de violes qui reprĂ©sente l’idĂ©al sonore d’un temps de redĂ©couverte. Ainsi naĂźt la viole Renaissance (6 cordes / 7 frettes) dont les premiĂšres images sont produite Ă  Valence et Barcelone, en terres catalanes pour le plus grand plaisir du chef natif, Ă  la fin du XVù

CONSORT DE VIOLES Ă  5 instruments : La musique nouvelle depuis 1400, s’affirme alors, en vĂ©ritable chambrisme oĂč, ici, dialoguent, s’écoutent, rĂ©pondent les 5 instruments Ă  cordes : violes de gambes soprano (Savall et Pierlot), viole tĂ©nor (Casademunt), basse de viole (Duftschmid), sans omettre le violone (Puertas)
 soit un quintette qui rĂ©tablit la prĂ©sence vibratile, poĂ©tique d’un chƓur instrumental qui a posĂ© dĂšs le XVĂš Ă  travers l’expĂ©rience collective canalisĂ©e, les fondements de notre musique de chambre europĂ©enne. Aux cordes rĂ©sonantes solistes, s’invitent selon les piĂšces, les percus (Estevan), l’archiluth (Solinis), le thĂ©orbe et la guitare (Diaz-Latorre). C’est donc aussi un collectif d’individualitĂ©s au tempĂ©rament et Ă  la personnalitĂ© trĂšs affinĂ©e, mais ouverte Ă  l’autre, qui incarne une odyssĂ©e humaine, car ces musiciens lĂ , rĂ©unis autour de leur pair (et non pas chef : il faut assister Ă  un concert d’Hesperion XXI pour mesurer l’humilitĂ© fraternelle qui rayonne du geste intĂ©rieur et bienveillant de Jordi Savall Ă  l’adresse de ses complices), rĂ©alise aussi une utopie collĂ©giale d’une rare entente. ComplicitĂ©, Ă©galitĂ© composent ici un tout autre fonctionnement musical et interprĂ©tatif qui fait rupture avec le dispositif hyper conventionnel du concert traditionnel, oĂč un musicien autocĂ©lĂ©brĂ© chef, « dirige » les autres. A travers cette fraternitĂ© musicienne, Jordi Savall a toujours dĂ©fendu l’idĂ©e d’un vivre ensemble, d’un penser ensemble concret, vivant, accessible, grĂące Ă  la pratique musicale. Une rĂ©alitĂ© qui fait exemple et modĂšle aujourd’hui.

 
 
 

Jordi Savall et Hespérion XXI ressuscitent la magie du consort de violes

Joyaux chambristes des XVIĂš et XVIIĂš siĂšcles

 
 
 

savall-festival-fontfroideAvec la viole Renaissance, se prĂ©cise le chant spĂ©cifique de l’instrument, cordes rĂ©sonantes et expressives dĂ©sormais dont l’ñme propre exprime une individualitĂ© instrumentale inĂ©dite. A Venise dĂšs 1540 (recueil « Musica Nova » Ă©ditĂ© alors, et qui donne son titre au prĂ©sent album), se dĂ©veloppe une riche littĂ©rature de manuscrits pour instruments seuls, sans la voix. les Canzone per sonare rĂ©gĂ©nĂšrent et rĂ©inventent les danses, la complexitĂ© contrapuntique. Le parcours passionnant du programme dĂ©bute logiquement Ă  Venise en 1500 (sĂ©rie de 4 danses vĂ©nitiennes : Pavanne royal, gaillarde, el todescho, Saltarello), passe entre autres par un Ricercar d’Andrea Gabrielli (musicien Ă  Venise), puis en vaste tour d’Europe, rĂ©ssuscite l’Angleterre elisabetaine et jacobĂ©enne de Dowland, Gibbons, William Brade
 ; fait escale Ă  Hambourg en terre germanique (Paduan, dolorasa, Allemande (Ă©videmment) et Gaillarde de Samuel Scheidt (intĂ©rioritĂ© Ă  la fois spirituelle et sensuelle du premier Baroque) ; puis, prĂ©parĂ© par La Cetra du vĂ©nitien (toujours) Legrenzi, transporte en France, Ă  la Cour de Versailles, (1680) oĂč sous Louis XIV, Marc Antoine Charpentier Ă©crit sa conception d’une conversation pour violes : Concert pour quatre parties de violes (H 545). Soit 6 sections d’un cycle lumineux et ciselĂ© qui compte 2 gigues (anglaise et française) et s’achĂšve par une Passacaille. Enfin, source d’une fiertĂ© native bien lĂ©gitime, l’Espagne baroque finit la boucle dans Folias & Danzas ibĂ©ricas (1680-1700), complĂ©tant une traversĂ©e qui s’achĂšve avant l’avĂšnement du XVIIIĂš : San Lorenzo, Araujo et surtout Joan Cabanilles que Savall s’est ingĂ©niĂ© Ă  ressusciter de concerts en cd : sa « Corrente italiana » palpite et s’embrase Ă  travers l’intimitĂ© collective des fameux 5 instruments Ă  cordes, auxquels s’ajoutent thĂ©orbe et tambour. Le visuel de couverture, les fameuses Noces de Cana de VĂ©ronĂšse souligne cette apothĂ©ose du chambrisme Renaissance oĂč les musiciens de cette philosophie appliquĂ©e sont placĂ©s au centre, et au premier plan de la toile spectaculaire.
CLIC_macaron_2014MĂ©ditatifs, jusqu’à ĂȘtre vaporeux et Ă©vanescents, en maĂźtres de l’ombre et de lumiĂšre, expressifs mais mesurĂ©s et nuancĂ©s, les instrumentistes d’Hesperion XXI subliment cet essor rĂ©vĂ©lĂ© de la musique de chambre, dĂ©jĂ  pratiquĂ©e Ă  trĂšs haut niveau au XVIĂš et XVIIĂš siĂšcle. Un modĂšle du genre, que perpĂ©tuent aujourdh’ui, d’une gĂ©nĂ©ration Ă  l’autre, le jeune ensemble sur instruments anciens, Les Timbres (remarquable cd des Concerts royaux de François Couperin, Ă©ditĂ© simultanĂ©ment au printemps 2018, et comme MUSICA NOVA de Jordi Savall, Ă©lu CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018).

 
 
 
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Track listing MUSICA NOVA :
1500 DANZE VENEZIANE :
1-4. Anonimo Pavana del Re – Galliarda la Traditora – El Todescho – Saltarello 6’06

1540 MUSICA NOVA
5. Hieronimus Parabosco Ricercare XIV « Da Pacem »
2’16

1589 RICERCARI & CAPRICCI
6. Giovanni Battista Grillo
Capriccio V
2’27

7. Andrea Gabrieli Ricercar VII
2’38

1612 ELIZABETHAN & JACOBEAN CONSORT MUSIC
8. John Dowland Lacrimae Pavan 3’43
9. John Dowland The King of Denmark Galliard 1’32
10. Orlando Gibbons In Nomine a 4 2’21
11. William Brade Ein Schottisch Tanz 2’53

1621 LUDI MUSICI. HAMBURG
12-15. Samuel Scheidt
Paduan V – Courant Dolorosa –Allemande XVI – Galliard Battaglia XXI 13’18

1644 CORONA MELODICA
16. Biagio Marini Passacaglia à 4 3’11

1673 LA CETRA17. Giovanni Legrenzi Sonata sesta a 4 Viole da gamba 5’42

1680 LE CONCERT DE VIOLES À LA COUR DE LOUIS XIV
Marc-Antoine Charpentier : Concert pour quatre Violes (H.545)
18-23. PrĂ©lude – Allemande – Rondeau – Gigue anglaise – Gigue française – Passecaille 21’24

1680-1700
FOLÍAS & DANZAS IBÉRICAS
24. Pedro de San Lorenzo Folia (Obra de 1er Tono, N. 10) 3’32
25. Pedro de Araujo Consonancias de 1Âș Tom 2’56
26. Joan Cabanilles Corrente italiana 3’16

 
 
 

distribution :
HESPÈRION XXI
Philippe Pierlot, Sergi Casademunt, Lorenz Duftschmid, violes de gambe
Xavier Puertas, violone · Xavier Díaz-Latorre, archiluth, théorbe & guitare ·
Enrike Solinis, archiluth . Pedro Estevan, percussion
Jordi Savall viole de gambe (soprano) et direction

Enregistrement les 6 et 7 d’avril Ă  la CollĂ©giale de Cardona (Catalogne) par Manuel Mohino.Montage et Masterisation SACD : Manuel Mohino (Arsaltis)

 
 
 

CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018

CD, critique. MUSICA NOVA : Jordi Savall (viole soprano) et Hesprion XXI (1 cd Alia Vox)  
 
 
https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/musica-nova/
 
 
 

CD, compte rendu critique. LA REVEUSE : MARIN MARAIS, PiĂšces de viole (1 cd Mirare, 2016 et 2017).

MARAIS MARIN pieces de viole cd la reveuse critique cd review cd par classiquenews 927bce66-9c57-41c3-ad24-f59205758d34CD, compte rendu critique. LA REVEUSE : MARIN MARAIS, PiĂšces de viole (enregistrĂ© en 2016 et 2017). La RĂȘveuse choisit une collection de piĂšces de violes parmi les deux derniers Livres de Marin Marais, publiĂ©s en 1717 et 1725. A l’heure oĂč l’histoire semble se prĂ©cipiter (mort de Louis XIV en 1715, rĂ©gence de Philippe d’OrlĂ©ans, puis avĂšnement du jeune Louis XV en 1723 Ă  14 ans), Marin Marais impose une virtuositĂ© pour la viole inĂ©galable : il a pour seul rival Forqueray. On aime souvent opposer la rondeur mondaine et opportuniste de Marais, au feu passionnĂ©, sauvage de Forqueray.

Sur les traces de ces deux Ă©toiles de la viole baroque française, (l’Ange et le DĂ©mon), La RĂȘveuse trouve l’élĂ©gance du geste juste, la vĂ©ritĂ© des accents les plus nuancĂ©s pour exprimer tout ce que fait le charme et la sĂ©duction de l’écriture de Marais.
Un laisser agir, une grĂące faite d’abandon et de tension, qui se rapproche de fait de cette « sprezzatura » ou naturel, grĂące auquel, la difficultĂ© s’efface sous l’illusion de la facilitĂ©.
Tout en ciselant cette grĂące du geste qui distingue Marais en son temps, Ă  la fois, compositeur et interprĂšte, La RĂȘveuse Ă©claire aussi sa sensibilitĂ© pour la couleur et les tonalitĂ©s (comme le prĂ©cise avec raison Florence Bolton dans le texte trĂšs bien argumentĂ© de la notice accompagnant le cd).

L’ELOQUENTE POESIE DE MARIN MARAIS

Les instrumentistes montrent ici combien dans ses 2 derniers Livres, Marais aime caresser et modeler avec un sens nouveau de la transition et des nuances. En cela, les interprĂštes soulignent l’apport de la facture française propre aux recherches de Marais : manche renversĂ©, surtout 7Ăš corde, grave, propre Ă  faire vibrer l’humeur mĂ©lancolique.
Flattant et cultivant la pĂ©nombre et les zones instables, Marais favorise un imaginaire nouveau, plus allusif et poĂ©tique que dĂ©monstratif et virtuose : tel est l’enjeu et le caractĂšre du Badinage par exemple (au fa diĂšse fragile et presque inquiet) oĂč la voix basse doit murmurer littĂ©ralement (dans l’esprit des amants du peintre Watteau – en couverture du cd-, nostalgiques, saturniens, presque dĂ©pressifs).

Eloquents et flexibles, les instrumentistes de la RĂȘveuse savent faire chanter et mĂȘme parler violes, clavecin et thĂ©orbe au diapason de cette palette de l’introspection. Une esthĂ©tique qui s’appuie aussi sur la prĂ©cision presque maniaque avec laquelle Marais (comme François Couperin au mĂȘme moment) note les « agrĂ©ments » (nuances et accents requis pour respecter l’esprit et le caractĂšre de chaque piĂšce). MĂȘme « batterie de signes » chez Marais, Ă  l’esprit pointilleux car il sait l’enchantement et l’ivresse mĂȘme que peuvent produire ses piĂšces si l’on respecte ses indications Ă  la lettre (et jusqu’à la ponctuation chez Couperin) : la collection que nous proposent les musiciens de la RĂȘveuse le dĂ©montre Ă  l’envi.

Exigeant et dĂ©fricheur voire expĂ©rimental, Marais nous stupĂ©fie totalement dans le livre V par exemple oĂč rĂšgne Le Tact, qui rĂ©vĂšle un nouveau pizzicato de la main gauche

Comme Couperin, Marais rĂ©invente la notion de Suite, qu’il Ă©carte Ă  la faveur d’une suite de CaractĂšres, autant d’épisodes investis dramatiquement comme autant de miniatures spĂ©cifiquement caractĂ©risĂ©es. Couperin est aussi prĂ©sent Ă  travers deux piĂšces transposĂ©es pour le thĂ©orbe (pratique attestĂ©e par Robert de VisĂ©e et qui tĂ©moignent du succĂšs des oeuvres pour clavecin de Couperin). Portrait Ă©motionnel, sĂ©quence dramatique liĂ©e Ă  une expĂ©rience particuliĂšre (vraies scĂšnes de genre, comme en Ă©cho Ă  la vie sociale du compositeur
, Ă  la Cour, Ă  la ville
) ; ainsi Le jeu du volant (ancĂȘtre du Badminton
 mais pratiquĂ© au sein des classes les plus aisĂ©es); de mĂȘme, sont brossĂ©s avec une nouvelle intensitĂ© poĂ©tique (et grand naturel technicien) : la vivante Biscayenne, le Doucereux, La Provençale, et dernier opus de la collection, La RĂȘveuse, divin miroir de la MĂ©lancolie. Mais parmi les paysages climatiques et sociĂ©taux, distinguons l’inĂ©narrable FĂȘte ChampĂȘtre, Ă©vocation quasi picturale, avec ses seconds plans sonores oĂč rĂ©sonnent selon le goĂ»t d’alors, la musette et le tambourin, qui font fureur Ă  la ville. Subtile, douĂ©s d’une sonoritĂ© enchanteresse, les instrumentistes de La RĂȘveuse composent ici l’un de leurs meilleurs programmes dĂ©diĂ©s aux poĂštes coloristes baroques : Couperin et Marais Ă©videmment. Magistral sĂ©lection, geste convaincant. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2018.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. LA REVEUSE : MARIN MARAIS, PiĂšces de viole — 1 cd Mirare, enregistrĂ© en 2016 et 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

RINALDO de HAENDEL (1711)

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaANGERS NANTES OPERA. HAENDEL : Rinaldo, 24 janv – 6 fĂ©v 2018. Un couple brillant s’impose ici, Rinaldo / Renaud et Almirena, la fille de Goffredo, le chef des armĂ©es des croisĂ©s venues assiĂ©ger et conquĂ©rir JĂ©rusalem. Dans la citĂ© occupĂ©e par les musulmans, Argante tente vainement de sauver son trĂŽne et ses privilĂšges grĂące Ă  la magie de son amante la perfide et fourbe Armida (figure emblĂ©matique des sorciĂšres baroques, noires et manipulatrices). La force de la partition de Haendel est de marier l’hĂ©roĂŻque et le fantastique, labyrinthe poĂ©tique propre Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre de l’opera seria moribond et trop mĂ©canique ; les failles qu’il sait y dĂ©velopper offrent par instants, de superbes portraits individuels oĂč percent la folie et la vulnĂ©rabilitĂ© maladie des hommes. L’Amour est un poison dĂ©licieux et mortel. MĂȘme si l’amour et la vertu triomphent, il faut que les hĂ©ros passent par l’épreuve du doute, du soupçon, de la haine et de la trahison.
Avec Rinaldo (1711), le jeune Haendel, saxon ĂągĂ© de 26 ans, qui vient de finir son tour italien, offre son premier opĂ©ra italien Ă  Londres. Le triomphe est total : il scelle d’heureuses noces entre l’étranger et la public londonien. Haendel apporte tout Ă  Angleterre : l’opĂ©ra seria et bientĂŽt l’oratorio d’abord italien, ensuite spĂ©cifiquement anglais
 une trajectoire inouĂŻe dans l’histoire de l’opĂ©ra baroque et dans l’Histoire musicale tout court.

PrĂ©sentation de Rinaldo de Haendel sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra :

« En ce dĂ©but de XVIIIe siĂšcle Ă  Londres, on craignait Georg Friedrich Haendel autantrinaldo qu’on l’admirait. Celui qu’on avait surnommĂ© le grand ours parce qu’il Ă©tait grand et massif, Ă©tait cĂ©lĂšbre pour ses colĂšres. Ne l’avait-on pas vu donner des coups de pied Ă  ses musiciens inattentifs ou leur jeter leurs instruments Ă  la figure quand ils ne parvenaient pas Ă  suivre ses indications ? Force de la nature, glouton et solitaire, souvent dĂ©braillĂ©, dĂ©ambulant dans les rues en parlant Ă  haute voix, Haendel n’avait rien d’un gentleman mais avait conservĂ© sa rudesse allemande et l’hĂ©ritage d’érudition de sa ville natale, l’universitaire Halle.
Sa puissance physique, son caractĂšre volontaire, rigoureux, il les mit entiĂšrement au profit de son oeuvre et de son ambition, de Halle, oĂč il se forme, Ă  Hambourg oĂč il se rĂ©vĂšle Ă  dix-huit ans avant que d’y crĂ©er son premier opĂ©ra, Almira, Ă  tout juste vingt ans. Puis en Italie dans laquelle son talent brille Ă  Florence, Rome, Naples et Venise oĂč son opĂ©ra Agrippina connaĂźt un tel triomphe qu’il peut s’en servir comme d’un prestigieux marchepied pour atteindre, conquĂ©rir Londres, qu’il dĂ©sire, Ă  seulement vingt-cinq ans.
Bourreau de travail, sans autres plaisirs connus que ceux de la musique et de la table, passant rarement plus de trois semaines pour composer un opĂ©ra ou un oratorio, capable de corriger ses erreurs en trois nuits si le public n’est pas aussitĂŽt conquis, le jeune prodige fascine le beau monde, est introduit Ă  la Cour d’Angleterre oĂč la reine Anne le reçoit avec enthousiasme. On l’admire brillant claveciniste et organiste, on savoure la rigueur architecturale de ses compositions, on s’extasie de sa maĂźtrise de l’art du thĂ©Ăątre, on aime son exotique parfum musical qu’il a importĂ© d’Italie. On espĂšre aussi son autoritĂ© salvatrice.
Et, en effet, la brutalitĂ© de Haendel apporta le salut tant dĂ©sirĂ© Ă  la scĂšne londonienne, menacĂ©e de pĂ©rir quand la mode de l’opĂ©ra italien, en gloire depuis 1706, aurait fini par disparaĂźtre de ses excentricitĂ©s. Car les divas que sacrait cet opĂ©ra multipliaient les caprices, ne voulaient plus chanter qu’à prix d’or, exigeaient crĂąnement qu’on rĂ©Ă©crive leurs rĂŽles pour mieux servir leur talent
 et leur prĂ©tention. Haendel remit de l’ordre, voulut mĂȘme passer par la fenĂȘtre une prima Donna qui refusait sa partition. Les mĂ©lomanes anglais avaient longtemps espĂ©rĂ©, attendu un maĂźtre digne de remplacer Henry Purcell, Haendel leur a offert plus qu’ils n’espĂ©raient, lui qui, mĂȘme vieillissant, mĂȘme devenu aveugle, continua de composer, demeurant fidĂšle Ă  sa patrie d’adoption jusqu’à sa mort Ă  l’ñge de soixante-quatorze ans.”

 
 
 

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RINALDO de HAENDEL par ANGERS NANTES OPERA
OPERIA SERIA – EN TROIS ACTES.
Livret de Aaron Hill et Giacomo Rossi. CrĂ©Ă© au Queen’s Theater de Londres le 24 fĂ©vrier 1711.

 
 

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
mercredi 24, vendredi 26,
dimanche 28, lundi 29, mercredi 31 janvier 2018

 

ANGERS GRAND THÉÂTRE
dimanche 4, mardi 6 février 2018

en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

 
 

RESERVER VOTRE PLACE
http://www.angers-nantes-opera.com/rinaldo.html

 
 
 

distribution :

DIRECTION MUSICALE BERTRAND CUILLER
MISE EN SCÈNE ET SCÉNOGRAPHIE CLAIRE DANCOISNE

AVEC
Paul-Antoine BĂ©nos, Rinaldo ‹Lucile Richardot, Goffredo ‹Emmanuelle de Negri, Almirena ‹Aurore Bucher, Armida ‹Thomas DoliĂ©, Argante

Ensemble Le Caravansérail
Bertrand Cuiller (direction)

CD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd / ERATO – enregistrĂ© en avril 2017 Ă  Strasbourg)

berlioz-les-troyens-didonato-spyres-nelson-3-cd-ERATO-annonce-cd-premieres-impressions-par-classiquenewsCD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd / ERATO – enregistrĂ© en avril 2017 Ă  Strasbourg). Saluons d’emblĂ©e le courage de cette intĂ©grale lyrique, en plein marasme de l’industrie discographique, laquelle ne cesse de perdre des acheteurs
 Ce type de rĂ©alisation pourrait bien relancer l’attractivitĂ© de l’offre, car le rĂ©sultat de ces Troyens rĂ©pond aux attentes, l’ambition du projet, les effectifs requis pour la production n’affaiblissant en rien la pertinence du geste collectif, de surcroit pilotĂ© par la clartĂ© et le souci dramatique du chef architecte, John Nelson. Le plateau rĂ©unit au moment de l’enregistrement live Ă  Strasbourg convoque les meilleurs chanteurs de l’heure Spyres DiDonato, Crebassa, Degout, Dubois
 Petite rĂ©serve cependant pour Marie-Nicole Lemieux qui s’implique certes, mais ne contrĂŽle plus la prĂ©cision de son Ă©mission (en Cassandre), diluant un français qui demeure, hĂ©las, incomprĂ©hensible. MĂȘme DiDonato d’une justesse Ă©motionnelle exemplaire, peine elle aussi : ainsi en est-il de notre perfection linguistique. Le Français de Berlioz vaut bien celui de Lully et de Rameau : il exige une articulation lumineuse.
La Chute de Troie convoque des personnages qui se font individualitĂ©s fortes : dĂ©sespĂ©rĂ©e, mais sublimes (selon l’idĂ©al de Berlioz qui recherche chez Gluck, la grandeur humaine, la noblesse morale quelque soit la situation et le destin) : ainsi le ChorĂšbe de StĂ©phane Degout, hier servi avec peut-ĂȘtre plus de distinction encore, par l’inusable et altier Ludovic TĂ©zier ; idem dans la seconde et derniĂšre partie, Les Troyens Ă  Carthage dont l’orchestre sait aussi sculpter avec une voluptĂ© lascive, les couleurs africaines.
A dĂ©faut d’un français parfait, le sens commun resserre la cohĂ©sion de l’équipe dans l’exactitude du sentiment et du caractĂšre de chaque scĂšne. Saluons aprĂšs un Jon Vickers lĂ©gendaire sous la direction de Colin Davis (rĂ©fĂ©rence absolue), l’amĂ©ricain Michael Spyres (qui aux cĂŽtĂ©s d’EnĂ©e, chante aussi chez Berlioz, un remarquable et trĂšs humain, Faust). La ligne, la puretĂ© du style le distinguent de ses partenaires. Torche vivante, embrasĂ©e, amoureuse passionnĂ©e qui se consume totalement, la Didon de Joyce DD marque les esprits par la vĂ©ritĂ© de son incarnation, moins l’éloquence linguistique de son personnage. Elle est donc plus organique et fĂ©line, sauvage mais princiĂšre qu’aristocratique par un verbe ciselĂ©. Mais les nuances et les couleurs fauves d’une grande tragĂ©dienne sont bien lĂ  : proches du sublime.
Le soin apportĂ© aux « seconds rĂŽles » fait les grandes rĂ©alisations. Saluons aussi le Narbal Ă©patant de Nicolas Courjal, comme l’HyIas de Stanislas de Barbeyrac, le Iopas de Cyrille Dubois, deux figures montantes du chant français (baroque autant que romantique), de mĂȘme la sentinelle trĂšs juste de Richard Rittelmann au tout dĂ©but de l’épopĂ©e


CD. BERLIOZ : Les Troyens maĂźtrisĂ©s de John NelsonArchitecte, soucieux de la direction globale comme de la grande lisibilitĂ© des scĂšnes, entre l’individuel (qui prime dans le destin tragique du couple Didon / EnĂ©e dans la seconde partie), et la flamme collective oĂč souffle le vent de la fresque virgilienne, John Nelson rĂ©alise une approche plutĂŽt sĂ©rieuse et construite. Pourtant sans atteindre la vĂ©ritĂ© et la profondeur de Colin Davis, Nelson accomplit une lecture structurĂ©e, construite oĂč s’assume aussi la belle prĂ©sence des choeurs requis pour l’expĂ©rience strasbourgeoise. Du beau mĂ©tier, solide et expressif. Mais
 reconnaissons que le français et sa lisibilitĂ© continuelle manquent cruellement ici. En 1969, Colin Davis savait autrement maĂźtriser l’éloquence dĂ©clamatoire mais si naturelle du texte berliozien, d’une grandeur humaine, juste et poĂ©tique. Nonobstant nos infimes rĂ©serves, la lecture de Nelson 2017 s’impose par son nerf, sa franchise expressive, son relief dramatique global; l’engagement des chanteurs, prĂȘts Ă  caractĂ©riser leur partie, malgrĂ© un français vraiment inintelligible pour certains. MĂȘme perfectible, cette version est une production lyrique ambitieuse, qui dans sa version enregistrĂ©e, alliant l’audio et la vidĂ©o, – 4cd et 1 dvd-, doit ĂȘtre soulignĂ©e en gras, – nouveau fleuron Erato, Ă©lĂ©ment moteur qui rĂ©gĂ©nĂšre l’industrie du disque en pleine crise.

 

 

 

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CD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd de 1h25mn / ERATO – enregistrĂ© en avril 2017 Ă  Strasbourg).

CLIC_macaron_2014BERLIOZ : LES TROYENS. OpĂ©ra en 5 actes et 2 parties : La Prise de Troie et Les Troyens Ă  Carthage. Livret du compositeur, d’aprĂšs L’ÉnĂ©ide de Virgile. CrĂ©ation en allemand Ă  Karlsruhe au Hoftheater le 6 et 7 dĂ©cembre 1890 — PremiĂšre partie crĂ©Ă©e en français, le 4 novembre 1863 Ă  Paris, au ThĂ©Ăątre Lyrique / Seconde partie crĂ©Ă©e en français, le 28 janvier 1891 Ă  Nice, au ThĂ©Ăątre municipal

 

 

Par ordre d’apparition :

 

 

Un soldat (acte I), un capitaine grec (acte II) : Richard Rittelmann
Cassandre : Marie-Nicole Lemieux
ChorÚbe : Stéphane Degout
Enée : Michael Spyres
Ascagne : Marianne Crebassa
Panthée : Philippe Sly
HĂ©lĂšnus, Hylas : Stanislas de Barbeyrac
Priam : Bertrand Grunenwald
HĂ©cube : Agnieszka SƂawiƄska
Ombre d’Hector, Mercure : Jean Teitgen

Didon : Joyce Di Donato
Anna : Hanna Hipp
Iopas : Cyrille Dubois
Narbal : Nicolas Courjal
Sentinelle I : JĂ©rĂŽme Varnier
Sentinelle II : Frédéric Caton

ChƓur de l’OpĂ©ra national du Rhin
Direction : Sandrine Abello

Badischer Staatsopernchor
Chef du chƓur : Ulrich Wagner

ChƓur philharmonique de Strasbourg
Chef du chƓur : Catherine Bolzinger

Orchestre Philharmonique de Strasbourg
Direction musicale : John Nelson

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CD événement, critique: DOLCE DUELLO (Decca). Cecilia Bartoli et Sol Gabetta

Dolce-Duello-Edition-limiteeCD critique : DOLCE DUELLO (Decca). Cecilia Bartoli et Sol Gabetta. Deux tempĂ©raments fĂ©minins s’accordent ici pour partager un goĂ»t d’une ineffable finesse, associant virtuositĂ© et expressivitĂ© dans une sĂ©rie d’arches de plus en plus languissantes et sensuelles. Classiquenews avait relevĂ© l’esprit napolitain, le piquant ensoleillĂ© du visuel de couverture oĂč les deux stars associĂ©es se tenant sous l’ombrelle, tout en enfourchant leurs Vespas emblĂ©matiques
. tout signifie ici car tout est cohĂ©rent. Il souffle une ivresse trĂšs latine, piquante, agile, plus rauque qu’auparavant, moins Ă©lastique peut-ĂȘtre, mais toujours remarquablement vĂ©loce et d’une belle intensitĂ© chez la mezzo romaine Cecilia Bartoli. Lui donne la rĂ©plique avec souplesse et finesse, le jeu tout en intelligence mordorĂ©e de la violoncelliste argentine Sol Gabetta. La sĂ©lection a retenu des airs lyriques extraits d’opĂ©ras dont plusieurs premiĂšres, avec violoncelle obligĂ© : ce sont deux voix pour un chant d’une voluptĂ© ardente, vive, palpitante, combinant vocalitĂ© du violoncelle, chaleur ambrĂ©e et chaleureuse de la voix. Le programme avait Ă©tĂ© lancĂ© / crĂ©Ă© au dernier festival estival de Gstaad en Suisse, fin aoĂ»t 2017, oĂč rayonnait la complicitĂ© des deux personnalitĂ©s. Sol Gabetta n’en est pas Ă  sa premiĂšre expĂ©rience : on se souvient d’un disque d’une mĂȘme eau complice rĂ©alisĂ© avec le piano d’HĂ©lĂšne Grimaud.

A 2 voix Ă©gales, Cecilia Bartoli, Sol Gambetta

Sous l’ombrelle, 2 Lolitas s’alanguissent et palpitent…

Ici rĂšgne ce mĂ©lange ensorcelant d’agilitĂ©, et d’abandon, de nerf et de tendresse, diversemment mesurĂ©s, dĂ©ployĂ©s avec l’instinct musical et l’intelligence de deux authentiques divas de l’intention et de la finesse, sachant l’une comme l’autre nuancer, colorer, moduler pour exprimer non plus la sĂ©duction de la musique, mais son sens sur le plan Ă©motionnel.

GABETTA BARTOLI dolce duello cd DECCA presentation impression par classiquenewsSur la trace des castrats crĂ©ateurs de la plupart des airs ici restituĂ©s (en premiĂšre mondiale pour certains), Cecilia Bartoli a sĂ©lectionnĂ© en complicitĂ© avec Sol Gabetta plusieurs airs d’une langueur virtuose rare : celle du vĂ©nitien du XVIIĂš, Antonio Caldara dont deux airs sont retenus ; mais aussi paraissent Domenico Gabrielli – ici la rĂ©vĂ©lation de l’album dans « Aure voi de’ miei sospiri« , Air d’Inomenia extrait de San Sigismondo, re di Borgogna (1687), mais aussi Haendel ou Vivaldi dont Cecilia Bartoli incarne les tiraillements de Vitellia du Tito Manlio (acte I)
, – certains autres airs, rĂ©alisant l’équation dĂ©licate de l’agilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© expressive. La tristesse et la profondeur funĂšbre d’Alceste de l’Arianna in Creta de Haendel, se dĂ©ploie dans les mĂ©lismes et du violoncelle et de la maezzo suave, alangie (1734). Mais c’est certainement dans la gestion de la ligne vocal, sur le souffle, que Bartoli s’affirme dans Nitocri de Caldara (un inĂ©dit de 1722), qui ouvre ce formidable programme, Ă©quilibrĂ© et progressif tout en soignant la contraste des sĂ©quences dramatiques. Du VĂ©nitien, Gianguir de 1724 permet non pas un duel, mais la confrontation de deux intensitĂ©s Ă©perdues, frĂ©nĂ©tiques, violoncelle et voix, trĂšs subtilement imbriquĂ©s. Du bel ouvrage pour des partitions mĂ©connues qui trouvent deux ambassadrices au charme convaincant.
Sol Gabetta, en conclusion du programme, joue le Concerto opus 34 de Luigi Boccherini, d’une virtuositĂ© lĂ  encore intĂ©rieure ; la soliste toujours trĂšs subtile, Ă©claire le parcours sentimental et Ă©motionnel avec les instrumentistes de Cappella Gabetta (Andres Gabetta, direction). De sorte que ce bouillonnement tendre et sculptĂ© avec finesse, double sur le plan purement instrumental, l’éclat, la brillance et la sincĂ©ritĂ© des tourments et extases prĂ©cĂ©demment incarnĂ©s sur le plan vocal. Belle et tendre association.

Programme du cd Dolce Duello :

01. Antonio Caldara : « Fortuna e speranza« , Air de Emirena extrait de Nitocri (1722)
02. Tomaso Albinoni : « Aure andate e baciate« , Air de Zefiro extrait de Il nascimento dell’Aurora (1710)
03. Domenico Gabrielli : « Aure voi de’ miei sospiri« , Air de Inomenia extrait de San Sigismondo, re di Borgogna (1687)
04. Antonio Vivaldi : « Di verde olivo », Air de Vitellia extrait de Tito Manlio (1719)
05. Georg Friedrich Haendel : « What passion cannot Music raise and quell!« , Air extrait de Ode for St. Cecilia’s Day (1739)
06. Antonio Caldara : “Tanto e con sĂŹ gran pena », Air extrait de Asaf extrait Gianguir (1724)
07. Georg Friedrich Haendel : « Son qual stanco pellegrino« , Air d’Alceste extrait de Arianna in Creta (1734)
08. Nicola Porpora : « Giusto Amor, tu che m’accendi », Air d’Adone extrait de Gli Orti esperidi (1721)
09-11. Luigi Boccherini : Concerto pour violoncelle, op. 34

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, critique : DOLCE DUELLO (Decca). Cecilia Bartoli et Sol Gabetta – Parution le 10 novembre 2017. Prochaine grande critique du cd Dolce Duello le jour de la parution du cd – Gradn entretien exclusif avec Sol Gabetta Ă  venir sur CLASSIQUENEWS.COM

LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche annonce du cd DOLCE DUELLO par Cecilia Bartoli et Sol Gabetta

CD événement, annonce. JS BACH : BRANDENBURG CONCERTOS / REINHARD GOEBEL (2 cd SONY classical, 2016).

BACH JS BRANDEBOURG CONCERTOS berliner barock solisten reinhard goebel 2 cd sony classical critique cd review cd presentation par classiquenews CLIC de classiquenews decembre 2017 cadeau de NOEL 2017  dossier cd de NOEL 2017  le must to share._SX522_CD Ă©vĂ©nement, annonce. JS BACH : BRANDENBURG CONCERTOS / REINHARD GOEBEL (2 cd SONY classical, 2016). Reprise rĂ©jouissante. 30 annĂ©es aprĂšs avoir gravĂ© une premiĂšre et lĂ©gendaire approche sur instruments d’époque des Concertos Brandebourgeois , – alors avec son ensemble aujourd’hui disparu Musica Antiqua Köln, le violoniste ressuscitĂ©, plus inspirĂ© et chantant que jamais, Reinhard Goebel, devenu chef, propose (ici fin 2016) une nouvelle version juvĂ©nile, superlative du cycle flamboyant signĂ© par un Bach des plus aimables et mondains. Le chef a rĂ©uni un collectif d’instrumentistes Ă©patants qui savent mĂȘler virtuositĂ©, finesse, total engagement et prĂ©cision. On croirait qu’ils viennent d’exhumer la partition et la lire avec un enthousiasme premier.
Les 6 Concertos mythiques, complĂ©tĂ© par la sinfonia BWV 174 – aux deux mouvements oĂč les cordes dĂ©collent et s’embrasent en une chorĂ©graphie en lĂ©vitation, illustrent avec Ă©loquence et entrain tout ce que l’intelligence musicale peut accomplir, dĂ©cidant des partis interprĂ©tatifs. Il en rĂ©sulte une lecture qui saisit par sa coupe nerveuse et tonique, un bain d’énergie et un festival de timbres (cordes, vents et cuivres d’une santĂ© concurrentielle) qui est aussi vivier de nuances en constante rĂ©invention.
Avec un nouvel ensemble berlinois – Berliner Barock Solisten, le pĂšre de la rĂ©volution baroque aprĂšs Harnoncourt, renoue avec ce qui manque chez beaucoup de virtuoses de la jeune gĂ©nĂ©ration baroqueuse actuelle, le sens du risque, le goĂ»t de l’expĂ©rimentation, profitant de ce que le Baroque proche de l’improvisation, permet une infinitĂ© d’options possibles dans la rĂ©solutions des phrasĂ©s, de la dynamique, de la balance, de l’articulation, de l’équilibre instrumental

Force est de constater que le « vĂ©tĂ©ran » Goebel regorge aujourd’hui d’idĂ©es, cultive une imagination jamais au repos, prĂ©fĂšre comme ici, repousser encore les limites de l’expressivitĂ© surprenante. Parmi d’autres joyaux accomplis, le pĂ©tulant BWV 1048, n°3, regorge et d’allant, d’articulationet de fluiditĂ© impĂ©rieuse. La frĂ©nĂ©sie et l’élĂ©gance sont idĂ©alement canalisĂ©es au service de la jubilation.
Voici assurĂ©ment le triomphe de l’imagination, de la libertĂ© servie par une expĂ©rience, une vision, un engagement de premier fervent. C’est bien d’une seconde jeunesse, passionnante par les chemins de traverse qu’il nous fait dĂ©couvrir s’agissant d’un cycle que l’on croyait connaĂźtre de fond en comble. Lecture jubilatoire. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, annonce. JS BACH : BRANDENBURG CONCERTOS / REINHARD GOEBEL (2 cd SONY classical, 2016) – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Berlin, diapason 442, en juillet et dĂ©cembre 2016. CLIC de classiquenews de novembre et dĂ©cembre 2017.

CD Ă©vĂ©nement, annonce. In Excelsis Deo. Desmarest / Valls (2 sacd Alia Vox – Jordi Savall, 2016)

CD ALIA VOX critique annonce presentation review in exelcis deo jordi savall valls desmaret compte rendu critique review cd classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. In Excelsis Deo. Desmarest / Valls (2 sacd Alia Vox – Jordi Savall, 2016). Voici un disque Ă©loquent, solennel qui replace avec quel sens de l’actualitĂ© brĂ»lante (hasard heureux / malheureux du calendrier) la question de l’identitĂ© catalane (ici baroque). En exhumant la Missa Scala Aretina du catalan Francesc Valls (1671-1747), crĂ©Ă©e en pleine Guerre de succesison d’Espagne, Ă  Barcelone en 1702, Jordi Savall et ses troupes catalanes sur instruments d’époque, souligne cette spĂ©cificitĂ© artistique, esthĂ©tique qui place Barcelone au dĂ©but du XVIIIĂš au rang des capitales ferventes les plus dĂ©monstratives, mais aussi les mieux caractĂ©risĂ©es. Un disque Ă  l’indiscutable valeur artistique qui pose avec raison la question de la singularitĂ© culturelle catalane dans le contexte indĂ©pendantiste de cette fin 2017.
La Missa Scala Aretina (1702) rĂ©vĂšle une connaissance approfondie des styles français, italien, germanique, ce Ă  une Ă©poque situĂ©e avant la rĂ©solution spectaculaire de la guerre de succession d’Espagne, survenue avec la chute de Barcelone, le 11 septembre 1714. Valls se rapproche ainsi d’un certain Biber, autre compositeur du XVIIĂš – mais qui prĂ©cĂšde Valls, habile dans le traitement des effectifs multiples sous la voĂ»te (pour Biber, celle de la cathĂ©drale ou Dom de Salzbourg), et en particulier de sa Messe Bruxellensis Ă  23 parties (dont 2 choeurs de 4 chanteurs distincts) que Jordi Savall a abordĂ© dans un autre enregistrement. Ecrite pour 11 parties, la Missa Scala Aretina engage 3 choeurs (de 3, 4 et 4 solistes) plus 2 violons (doublĂ©s par les hautbois), 1 violoncelle, 2 orgues, 1 harpe and 2 trompettes (plus 1 violone et 1 trombone, ajoutĂ© selon l’usage avĂ©rĂ© de l’époque).
Ce qui frappe immĂ©diatement ici c’est la franchise du style, portĂ©e par une joie irrĂ©pressible et inexorable, riches en effets et contrastes, le dĂ©veloppement d’un contrepoint complexe, aux architectures savantes, qui comprend des passages concertants d’une belle intĂ©rioritĂ©, ce malgrĂ© les cuivres (trompettes) au chant d’une solennitĂ© permanente. Se distinguent les sextuors du Qui tollis peccata mundi, les quatuors de l’Et incarnatus est oĂč s’affirment a contrario chaleur et tendresse. Mais c’est essentiellement le parcours des dissonances si personnelles (dĂ©but de l’Agnus Dei) qui caractĂ©rise l’écriture de Valls, dont la ferveur s’écarte d’une majestĂ© uniquement superfĂ©tatoire : l’attĂ©nuation et la dĂ©licatesse intĂ©rieure que sait y dĂ©ployer chef et musiciens, servent le dĂ©voilement du gĂ©nie catalan baroque, dans les derniĂšres annĂ©es du rĂšgne de Louis XIV.
CLIC_macaron_2014SAVALL-582-390-jordi-savall-l-orfeo-reeditionCouplĂ©e Ă  la Messe Ă  deux choeurs de Desmarets (Versailles, 1704) donc crĂ©e deux annĂ©es plus tard, la Missa de Valls rend justice Ă  une maturitĂ© musicale qui renforce de facto l’idĂ©e d’une spĂ©cificitĂ© catalane. Plus de 300 ans aprĂšs sa crĂ©ation, la partition porte fiĂšrement l’acuitĂ© stylistique d’un compositeur dont on peut plus gommer l’originalitĂ©. Il est passionnant de comparer les deux oeuvres et les climats distincts qu’elle permettent d’identifier : la sonoritĂ© ample, voluptueuse des accents choraux de Desmarest renseigne parfaitement cette couleur versaillaise propre au Grand SiĂšcle, oĂč domine la marque de l’orchestre lullyste, Ă  la fois solennel, grandiose et aussi d’une tendresse spĂ©cifiquement française.

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CD CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2017. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com – enregistrĂ© Ă  Versailles en juillet 2016. 2 SACD ALIA VOX

CD, annonce, premiĂšres impressions. HANDEL : SHADES OF LOVE / ANNA KASYAN, soprano (1 cd evidence)

kasyan-anna-diva-chez-handel-critique-par-classiquenews-582-594-evcd038-couv-HD-3000-700x700CD, annonce, premiĂšres impressions. HANDEL : SHADES OF LOVE / ANNA KASYAN, soprano (1 cd evidence). Classiquenews suit la soprano Anna Kasyan depuis plusieurs annĂ©es, en particulier depuis sa participation au Concours international de belcanto Vincenzo Bellini oĂč par une incroyable justesse dramatique, infĂ©odant sa technique et ses moyens vocaux Ă  la seule puretĂ© de l’expression, comme soignant aussi la finesse de son articulation, elle remportait alors, Ă  Paris au CNR, rue de Madrid en 2013, le Premier Prix. Ici la Bellinienne se fait ambassadrice baroque, au service de l’amour haendĂ©lien, dans une sĂ©lection de cantates tragiques et sentimentales, dramatiques et sensuelles que le divin Saxon a Ă©crit pour soprano et continuo ; d’oĂč le titre « Shades of love » : ombres de l’amour :
 invitation aux nuances souterraines les plus intenses. Voici avant notre critique dĂ©veloppĂ©e, les premiĂšres impressions de ce disque qui s’affirme comme un recentrage stylistique bienheureux dans la carriĂšre de la jeune diva : confrontĂ©e Ă  un texte qui doit s’incarner sans ĂȘtre diluĂ©, la soprano dĂ©montre ses qualitĂ©s de diseuse et d’actrice nuancĂ©e.

PREMIERES IMPRESSIONS.
kassian annaEn quatre arias, – le premier air Ă©tant le plus long jusqu’Ă  6mn-, entrecoupĂ©es de rĂ©citatifs, la Cantate Lucrezia affirme dans un parcours harmonique trĂšs subtil, les tiraillements d’une Ăąme Ă©prouvĂ©e, sommĂ©e de rĂ©soudre l’insupportable ; celle d’une femme violĂ©e malgrĂ© elle et qui horrifiĂ©e par l’acte commis, se donne la mort. Coupable alors qu’elle est victime, la jeune Ă©pouse au corps humiliĂ© et sali, se tue non sans avoir aussi maudit son violeur
 Incroyable situation dramatique qui est un vrai dĂ©fi interprĂ©tatif pour toute diva : Anna Kasyan est une belcantiste avĂ©rĂ©e, confirmĂ©e par le premier prix du concours Bellini 2013. Elle a participĂ© aux Mozart de Currentzis Ă  Perm, incarnant une piquante et passionnante Despina (Cosi fan tutte : lire ici notre critique du cd Cosi fan tute de Mozart par Currentzis avec Anna Kasyan, 2013).
Avouons d’abord notre lĂ©gĂšre dĂ©ception au dĂ©but de Lucrezia : voix instable, coloratoure et vocalises en perte de justesse et articulation pas toujours exacte. Mais dans les 3 derniĂšres sections l’intonation se stabilise, le verbe fusionne avec les accents vocaux, la technique et l’Ă©mission se clarifient, au service de couleurs intĂ©rieures totalement juste. La tenue plus syllabique et rythmique, sur des brĂšves pointĂ©es, le dĂ©bit raisonnĂ© et juste
 affirment un nerf ferme, soutenu, une projection nerveuse qui incarne la derniĂšre Lucrezia, soudainement dĂ©terminĂ©e, qui en enfer, accomplira sa juste vengeance.

TrĂšs ornemenĂ©ee, Se pari Ăš la tua fe est une cantate qui frappe par sa coupe rythmique, son intensitĂ©, ses contrastes d’une finesse calibrĂ©e : la diva conquiert ce terrain guerrier oĂč le chant amoureux devient transe solitaire pour laquelle la soprano Kasyan dĂ©fend avec un bel aplomb l’espoir que suscite l’amour croissant. Agile, soucieuse de la couleur comme du caractĂšre de la scĂšne, la soprano gagne en assurance.

 

 

 

Belcantiste distinguée, Anna Kasyan cisÚle la lyre amoureuse Haendelienne

 

 

anna-kassian-chante-imogene-bellini-2013Puis, la voilĂ  trĂšs Ă  son aise dĂšs le dĂ©but de Clori: Ă©mission nuancĂ©e et sĂ»re, aigus tendres et parfaitement couverts, voilĂ  une Ă©vidente maĂźtrise, apte Ă  exprimer cette extase languissante d’un cƓur aimant qui craint d’ĂȘtre Ă©cartĂ© et trahi (13). L’intonation est idĂ©ale et rappelle le don de la chanteuse pour l’incarnation dramatique tel qu’il s’Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ© dans son air de finale pour le Concours Bellini 2013 : la fameuse scĂšne d’ImogĂšne du Pirate de Bellini et qui lui valut de remporter le premier prix (voir notre captation vidĂ©o de la scĂšne d’Imogene d’il Pirata).

 

La Kasyan parvient idĂ©alement Ă  rendre vertiges, panique, fragilitĂ© hallucinĂ©e d’un amour Ă©perdu mais inquiet, Ă  juste titre : les vocalises sont dessinĂ©es sur le souffle, en lignes maĂźtrisĂ©es, longues, amples, au caractĂšre juste car toujours soucieuse de l’articulation du texte (15).

MĂȘme travail sur les couleurs justes produites par le sens du texte dans la plus languissante et douloureuse « Sento lĂ  que ristretto » / j’entends que lĂ  bas
 Dont le largo s’apparente Ă  un lamento grave et profond oĂč le cƓur qui souffre s’embrase littĂ©ralement : le soprano canalisĂ©, filigranĂ©, aux trĂšs belles nuances d’une dĂ©pression Ă©perdue, se dĂ©ploie naturellement, en lignes vocales et respirations parfaitement nĂ©gociĂ©es. ArticulĂ©e, soucieuse lĂ  encore du sens de chaque mot, Anna Kasyan fait montre de son talent de diseuse. L’art de la vocalise et du lamento haendĂ©liens s’avĂšre comme c’est le cas de Mozart, une pratique et un parcours salvateurs pour la voix : recentrĂ©e sur la juste projection du texte, le chant gagne en prĂ©cision et en exactitude expressive, dĂ©barrassant l’approche de tout ce qu’elle peut avoir d’artificiel comme d’accessoire. La juste couleur au juste moment textuel. Rien de tel pour recentrer la voix et le style sur ce qui nous intĂ©resse rĂ©ellement : la vĂ©ritĂ© du chant.

De ce point de vue, encore perfectible certes, Anna Kasyan nous rĂ©gale dans ce disque recommandable. Dommage que le continuo trop en retrait et parfois lisse, sans guĂšre de richesse dynamique, n’ose pas vraiment dialoguer avec la diva nuancĂ©e, volubile. A suivre d’ici le 20 novembre 2017, notre grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews


 

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CLIC_macaron_2014CD, annonce, premiÚres impressions. HANDEL : SHADES OF LOVE / ANNA KASYAN, soprano (1 cd evidence). Grande critique développée à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews

 

 

SHADES OF LOVE : Anna Kasyan (soprano)
Cantates de Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

Lucrezia, HWV.145
1. O Numi eterni! recitativo 0’58
2. Già superbo del mio affanno aria 6’06
3. Ma voi forse nel Cielo recitativo 0’44
4. Il suol che preme aria 2’44
5. Ah! che ancor nell’abiso recitativo 0’41
6. Questi la disperata furioso 0’35
7. Alla salma infedel aria 3’10
8. A voi, a voi, padre recitativo 1’10
9. Già nel seno arioso 1’44
Se pari Ăš la tua fĂš, HWV.158a
10. Se pari ù la tua fù aria 2’31
11. Sì, sì, questa sia solo recitativo | Non s’afferra d’amore aria 2’40

Clori, mia bella Clori, HWV.92‹12. Clori, mia bella Clori recitativo 0’51
13. Chiari lumi aria 4’33
14. Temo ma pure io spero recitativo 0’39
15. Ne’ gigli e nelle rose aria 1’51
16. Non ù pùro che non molesta e grave recitativo 0’30
17. Mie pupille aria 4’06
18. Tu nobil alma, in tanto recitativo 0’27
19. Di gelosia il timore aria 2’13

Sento lĂ  che ristretto, HWV.161b
20. Sento là che ristretto recitativo 1’20
21. Mormorando esclaman l’onde aria 7’00
22. Son io Nice, il ruscello recitativo 0’59
23. Se un sol momento aria 3’22

Crudel tiranno Amor, HWV.97
24. Crudel tiranno Amor aria 3’57
25. Ma tu mandi al mio core recitativo 0’23
26. O dolce mia speranza aria 7’33
27. Senza te, dolce spene recitativo 0’27
28. O cara spene, del mio diletto aria 3’15

Durée total : 1h06mn
1 cd evidence ref. : EVCD038 / sortie le 3 novembre 2017.

http://evidenceclassics.com/discography/handel-shades-of-love/

Continuo :

Ophélie Gaillard (cello)
Jorge Jimenez (violin)‹Anastasia Shapoval (violin)
Michel Renard (viola)
Jory Vinikour (harpsichord)

 

 

 

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Présentation par le label evidence :
kasyan-anna-diva-chez-handel-critique-par-classiquenews-582-594-evcd038-couv-HD-3000-700x700ComposĂ©es lors du sĂ©jour italien de Haendel au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, les cantates interprĂ©tĂ©es par la soprano Anna Kasyan dessinent une cartographie nuancĂ©e du coeur des hĂ©roĂŻnes d’opĂ©ra. Ce sont alors les castrats qui brĂ»lent les planches des scĂšnes italiennes mais quelques cantatrices se font tout de mĂȘme entendre. Ces cantates italiennes furent ainsi exĂ©cutĂ©es en leur temps par Margherita Durastanti. Anna Kasyan prend le relai de la prima donna et fait revivre avec passion les tourments de ces figures dĂ©chirĂ©es entre amour et devoir. MĂ©lange d’histoire et de mythologie, les livrets des cantates – comme ceux des opĂ©ras – font la part belle aux personnages fĂ©minins dont LucrĂšce est ici le plus parfait modĂšle.
En rĂ©unissant ces partitions, Anna Kasyan offre un programme dramatique et virtuose. Grand prix du concours de belcanto Vincenzo Bellini, elle met sa technique au service de l’expression en renouvelant sans cesse les ornements et en soignant le phrasĂ© au plus prĂȘt du texte et des affects qu’il exprime.
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Composed during his Italian stay at the beginning of the 18th century, Handel’s cantatas, interpreted by the soprano Anna Kasyan, draw a nuanced picture of opera heroin’s heart. At this time, women were not often allowed to appear in front of an audience. However, the Italian prima donna Margherita Durastanti, one of the few professional female singers of the period, delighted listeners with her brilliant interpretations of Handel’s cantatas. Besides, their librettos favor female characters such as Lucrezia, and describe the dilemma of love against duty. It’s now up to Anna Kasyan to express the multiple shades of a woman’s emotional life in this theatrical and virtuoso program. Crowned at the Vincenzo Bellini Belcanto Competition, she shows great technique in the ornamentation, and polishes the phrasing at the nearest of the text and affects.
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CD, coffret événement, annonce. NOEL 2017. LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordings, DECCA

Pavarotti-complete-opera-recordings-coffret-edition-limitee-Decca-DG-2017CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. NOEL 2017. LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordings, DECCA – 95 cd + 6 blu ray pure audio). Avant notre grande critique et notre cycle de focus et analyses du coffret Ă©vĂ©nement PAVAROTTI (3 feuilletons thĂ©matisĂ©s Ă  venir), classiquenews souligne la valeur du legs discographique Ă©ditĂ© par DECCA, pour les 10 ans de la mort de Luciano Pavarotti. En Ă©ditant en version remastĂ©risĂ©e avec un riche livret illustrĂ© expliquant l’ampleur de l’hĂ©ritage musical du plus grand tĂ©nor du XXĂš, Decca a bien raison de proposer pour les fĂȘtes ce coffret Ă©vĂ©nement, comme il s’en Ă©tait agi des sublimes coffrets Deutsche Grammophon synthĂ©tisant en 3 coffrets Ă©vĂ©nements eux aussi, le legs KARAJAN. Ici, le tĂ©nor, artiste phĂ©nomĂ©nal, incarne un Ăąge d’or du Bel canto, en particulier italien, serviteur Ă©lĂ©gantissime au timbre brillant, solaire, des hĂ©ros de Bellini, Donizetti, Verdi et jusqu’au Puccini (Calaf). La musicalitĂ©, l’agilitĂ©, l’intensitĂ©, la technique accordĂ©e Ă  une grande intelligence psychologique, d’autant plus sidĂ©rante quand on sait que l’artiste Ă©tait piĂštre acteur ; car ici tout passe par la finesse et le contrĂŽle total des moyens vocaux. Luciano Pavarotti incarne les annĂ©es glorieuses de l’ùre du compact disque, soit les annĂ©es 1980. Ses partenaires fĂ©minines reprĂ©sentent aussi l’ñge d’or du chant bellinien et verdien : Joan Sutherland, Mirella Freni, 
 Le chant souverain, impĂ©rial s’impose encore Ă  nous comme celui de Callas (autre grande belcantiste). Aucun doute que Luciano Pavarotti n’a pas usurpĂ© son immense rayonnement planĂ©taire : son art se manifeste dans sa justesse, sa prĂ©cision, sa vĂ©ritĂ©. Un idĂ©al que recherche tout chanteur digne de ce nom.

 

 

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PAVAAROTTI the complete opera recordings decca coffret box set review presentation by par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD, coffret Ă©vĂ©nement annonce. LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordings / Decca – intĂ©grale des opĂ©ras pour le disque / Decca. Le spectre ainsi recomposĂ© rĂ©capitule les grandes intĂ©grales lyriques pour le studio Decca, depuis La Fille du rĂ©giment de Donizetti sous la direction de Richard Bonynge (aux cĂŽtĂ©s de l’épouse de ce dernier, Joan Sutherland, Londres, juillet 1967) jusqu’au mythique I Lombardi de Verdi (Oronte, au Met de New York en 1996). Soit 3 dĂ©cades d’un engagement lyrique exceptionnel. Bonus : sa BohĂšme d’avril 1961 Ă  ModĂšne
 au total, 101 galettes Ă  la valeur artistique inestimable. Prochaine grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews / puis cycle de 3 volets analyses sur le contenu du coffret Ă©vĂ©nement. Coffret Ă©lu CLIC de classiquenews d’octobre 2017.

 

 

Contenu :Luciano-Pavarotti
95 cd + 6 Blu-ray AUdio discs dans leur jacquette d’origine
Présentation de chaque prise de rÎle
Intégrale des opéras enregistrés pour Decca, Philips, Deutsche Grammophon
Dont deux opĂ©ras enregistrĂ©s par Warner classics/EMI : L’Amico Fritz, Don Carlo
34 opéras ainsi enregistrés, mais aussi les reprises réalisées par le ténor
Remastérisation des enregistrements aux studio Abbey Road : transfert des bandes analogiques en 24 bit
DĂ©buts de Luciano Pavarotti dans La BohĂšme (ModĂšne, 1961)
BONUS : 6 enregistrements légendaires en 24 bits (Blu-ray Audio)
Livre notice comprenant un essai de James Jolly, nombreuses photographies évoquant les épisodes de la carriÚre dont des témoignages de sa collaboration avec les chefs Solti, Karajan, Mehta, Levine
 et avec ses partenaires dont Mirella Freni


 

 

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english version :

CD, set box : LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordigs / DECCA. 2017 is the tenth anniversary of the passing of the 20th Century’s most famous tenor – Decca marks this occasion to marvel once again at the sheer quality of the voice of ‘The People’s Tenor’ with a 101-disc collection presenting every role he ever recorded and performed. Every role since his debut recording of La Bohùme in 1961 is included, allowing critics, collectors and opera lovers once more to appreciate his truly exceptional gifts. Every single opera is presented in the best possible audio quality, remastered at Abbey Road under the supervision of former Decca engineers.

‱ 95 CDs + 6 Blu-ray Audio discs in original jackets
‱ Presenting EVERY role ever performed, brought together for the first time
‱ Complete opera recordings from Decca, DG and Philips
‱ Includes two opera recordings from EMI/Warner Classics: L’amico Fritz and Don Carlo
‱ 34 complete operas PLUS a number of operas he recorded more than once
‱ Also included are the stellar recordings of Verdi’s Requiem and Rossini’s Stabat Mater
‱ Recordings remastered at Abbey Road and presented in the best possible quality. 21 analogue recordings now in definitive 24-bit transfers
‱ Includes his debut performance of La Bohùme, Modena, 1961
‱ PLUS Six iconic performances in true 24-bit (Blu-ray Audio)
‱ Hardback book with new essay by James Jolly, numerous photographs from his career, press clippings and reminiscences from collaborators such as Zubin Mehta and Mirella Freni

 

 

 

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Précédents cd de Luciano PAVAROTTI, annoncés, distingués par CLASSIQUENEWS :

PAVAROTTI sony classical coffret review cd critique par classiquenews The-Great-Luciano-Pavarotti-CoffretCD, coffret, compte rendu critique. THE GREAT LUCIANO PAVAROTTI (3 cd Sony classical). Le coffret qu’édite pour l’anniversaire de la mort de Luciano Pavarotti, – ce 6 septembre 2017 marque les 10 ans de sa mort-, Sony classical vaut bien des archives majeures dĂ©voilant l’exceptionnel instinct dramatique du tĂ©nor lĂ©gendaire dĂ©cĂ©dĂ© en 2007. Le triple coffret se rend mĂȘme indispensable pour tous ceux qui souhaitent encore dĂ©couvrir et explorer ce rĂ©pertoire ciselĂ© par le tĂ©norissimo italien. De fait aux cĂŽtĂ©s de ses Donizetti et Bellini d’anthologie, il restera toujours ses premiers Verdi, avec ici un chef digne de sa lyre solaire, de son timbre stylĂ©, de ses phrasĂ©s uniques, de son legato irradiant et incandescent, de sa souveraine musicalitĂ©, de sa justesse exemplaire, de son vibrato si finement contrĂŽlé  Voici donc en volet 1 (cd1), un rĂ©cital anthologique qui vaut autant pour l’intelligence solarisĂ©e d’un timbre verdien de premiĂšre qualitĂ©, que par le tempĂ©rament orchestral et dramatique … EN LIRE +


DECCA luciano pavarotti homage to pavarotti and a tribute to pavarotti cd decca celebration septembre 2017 announce review par classiquenewsSONY classical
 et DECCA fĂȘte celui qui reste 10 ans aprĂšs sa mort, l’astre Ă©tincelant de l’opĂ©ra (avec MARIA CALLAS dont le 16 septembre 2017 marque le 40Ăš anniversaire de la disparition). Legato de rĂȘve, style nuancĂ© en vrai belcantiste, timbre solaire, articulation de l’italien somptueuse
 Luciano Pavarotti avait tout. Certes le corps impressionnant du gĂ©ant au mouchoir blanc en faisait un piĂštre acteur sur la scĂšne, mais la voix incarnait totalement l’enjeu dramatique de chaque air.

 

 

 

CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : MAGNIFICAT de JS BACH / DIXIT DOMINUS de HANDEL (1 cd Alpha).

alpha BACH HANDEL dixit dominus  lionel meunier vox luminis cd alpha critique cd review cd critique par classiquenews cd alpha370CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : MAGNIFICAT de JS BACH / DIXIT DOMINUS de HANDEL (1 cd Alpha). Le dernier cd de Vox Luminis, choeur que l’on ne prĂ©sente plus, et qui s’agrandit ici de son propre orchestre sur instruments anciens, met en miroir assez lĂ©gitimement d’ailleurs, l’inspiration sacrĂ©e de JS Bach et de GF Handel ; le premier auteur du Magnificat dans les annĂ©es 1720, alors qu’il a quittĂ© ses fonctions de musicien de cour pour celui de Cantor Ă  Leipzig, – pour y perfectionner les chƓurs et fournir toute la musique chorale pour chaque dimanche ; le second, compositeur du Dixit Dominus, mais au dĂ©but des annĂ©es 1700, Ă  Rome, oĂč en sĂ©ducteur saxon frappĂ© et inspirĂ© par la virtuositĂ© italienne, il conquiert en mondain confirmĂ©, les plus hautes autoritĂ©s ecclĂ©siastiques et politiques. En plus de l’articulation du texte, ils partagent tout deux une mĂȘme origine, celle d’Allemagne centrale, et logiquement, une mĂȘme expertise : l’écriture du contrepoint. De l’un Ă  l’autre, c’est bien la complexitĂ© spectaculaire de l’architecture contrapuntique que nous fait entendre et que rend vivante le choeur belge Vox Luminis, voix des anges, voix des croyants, – peuple qui doute et espĂšre chez Bach ; armĂ©e dramatique voire opĂ©ratique chez Handel qui pourtant jeune, « ose » un style qui frappe par sa vĂ©hĂ©mence, exigeant l’impossible des chanteurs. Mais le dĂ©fi est totalement relevĂ© ; et la tenue des voix claires, individualisĂ©es et pourtant fĂ©dĂ©rĂ©es (avant dernier choeur du Dixit, plage 21) saisit par sa force et sa prĂ©cision expressive. C’est dire le niveau atteint par Vox Luminis, le meilleur choeur actuel dĂ©signĂ© pour les plus fines et vertigineuses cathĂ©drales chorales jamais Ă©crites au XVIIIĂš. Tout en exprimant les vertiges de la priĂšre, qu’elle soit douloureuse, introspective, dĂ©clamatoires et victorieuse, les interprĂštes savent aussi ciseler un discours oratoire dont la charge millimĂ©trĂ©e, fascine du dĂ©but Ă  la fin.

DĂšs les premiĂšres mesures du Magnificat de Bach, la sincĂ©ritĂ© collective, voix blanches directes, si proches de l’allant du texte, s’avĂšre d’une belle et tonique santĂ© vertueuse ; cela avance comme une irrĂ©pressible action de grĂące (Et Exsultavit), et aussi un temps prĂ©servĂ© de rĂ©flexion plus mĂ©ditative (hautbois obligĂ© : Quia respexit), – un temps d’accomplissement qui cultive aussi
 le mystĂšre. A travers une voix quasi enfantine, apportant en plus de l’ivresse spirituelle, une couleur de fragilitĂ© tendrement humaine.

Lionel Meunier ralentit le tempo (dans le choeur qui enchaĂźne aussitĂŽt, Omnes generationes, creusant, ciselant, l’incise du mystĂšre qui semble envelopper et inspirer tout le choeur, tel l’assemblĂ©e vivante des croyants.

Suspendu, interrogatif, l’admirable duetto « Et misericordia », le plus dĂ©chirant, se fait priĂšre pour le Sauveur en vu de l’obtention du salut
 fine ciselure, d’une sobriĂ©tĂ© dĂ©sarmante.

Puis la ligne des trompettes fait surgir l’immensitĂ© glorieuse de la voĂ»te cĂ©leste pour le choeur victorieux : Fecit potentiam (somptueuse conclusion Ăąpre et majestueuse).

TrĂšs dramatique, Deposuit potentes, dĂ©fendu par un tĂ©nor presque Ă©nervĂ© et linguistiquement excellent (Robert Bukcland) exprime la puissance divine qui s’abat.

Avec flĂ»tes obligĂ©es, d’une douceur planante, Esurientes implevit bonis pour alto rĂ©pand l’esprit sĂ»r, serein de pleine justice.

ContrastĂ©e et profonde, l’approche atteint les sphĂšres cĂ©lestes et la grĂące des anges dans le terzetto, Suscepit Israel. Les qualitĂ©s de Vox Luminis se confirment : finesse, clartĂ©, Ă©locution sobre, humaine, directe et sincĂšre du portail contrapuntique dĂ©fendu par le choeur Sicut Locutus (avec orgue seul) : le relief dĂ©taillĂ© de chaque voix dans ce choeur capital, subjugue.

Et pour exprimer la gloire éternelle de Dieu, le dernier choeur Gloria Patri (Gloire au pÚre
), la clarté agissante et magnifiquement articulé du choeur se déploie soulignant toutes les qualités superlatives de Vox Luminis : sa santé rayonnante, ses rebonds précis, affûtés, sa vivacité linguistique. Un modÚle actuel.

 

 

 

Magnificat de JS Bach, Dixit Dominus de Handel

La versatilitĂ© habitĂ©e de Vox Luminis emporte jusqu’au ciel


 

 

AprĂšs un Bach aussi prĂ©cis et ciselĂ©, la fluiditĂ© haendĂ©lienne du Dixit, trĂšs vivaldienne, paraĂźt presque trop mondaine, et d’une sensualitĂ© presque trop profane (l’entrĂ©e des voix solistes du 21), mais dĂšs les premiers mots, la vitalitĂ© serrĂ©e, active, affĂ»tĂ©e de Vox Luminis restitue Ă  l’allant de la partition du Saxon, sa tonicitĂ© plus expressive que sĂ©duisante. Les interprĂštes sauvent la virtuositĂ© parfois trop dĂ©monstrative de la partition par leur nerf, une fougue et une Ă©nergie qui s’économise et ne se dĂ©tend jamais si elle ne sert pas le texte. Haendel dĂ©veloppe davantage au risque de 
 la longueur ; il n’atteint pas la concision ni l’éllipse de Bach, si fulgurant, si essentiel. Et son style plus opĂ©ratique (Virgam virtutis tuae pour alto) perd de son impact Ă  cause de sa durĂ©e. DĂ©jĂ  dans ce Dixit des origines, se profile toute l’esthĂ©tique des futurs oratorios londoniens et anglais : plus dramatiques que spirituels.

MĂȘme ivresse suave, trĂšs lyrique, dans l’air pour soprano qui suit Tecum Principium
, Caroline Weynants que l’on connaĂźt bien, ayant chantĂ© Ă  Namur, et sous la baguette de Alarcon, sĂ©duit par la chair angĂ©lique de son magnifique timbre lyrique, toujours trĂšs proche du texte, et surtout sans aucun effet vibrĂ©, ni suraccentuĂ©. LĂ  encore un modĂšle de vertu vocale, d’intĂ©gritĂ© stylistique et musicale.

La prĂ©cision et l’articulation fascinent encore dans les 4 choeurs qui suivent oĂč l’équilibre des voix s’avĂšre d’une Ă©loquence Ă©blouissante, restituant au verbe musical choral, sa fonction premiĂšre qui est discours. Mais un acte qui fait sens et est incarnĂ© avec une Ă©nergie collective que peu de choeurs actuels peuvent offrir.

Le 3Ăš de la sĂ©rie Dominus a dextris tuis, gagne un relief trĂ©pidant, vĂ©ritable chevauchĂ©e fantastique qui Ă©videmment souligne la verve opĂ©ratique d’un Haendel rĂ©novateur de l’opĂ©ra sacrĂ© et de l’oratorio anglais. La nervositĂ© sanguine doublĂ©e d’une articulation exemplaire construisent ici un tableau collectif impressionnant par sa puissance doxologique, celle d’un Dieu de justice capable de foudroyer les puissants, fussent-ils rois. Le Conquassabit et ses notes pointĂ©es, saccadĂ©es d’une prĂ©cision dramatique spectaculaire Ă©claire encore la capacitĂ© expressive du choeur. Autant de dĂ©monstration thĂ©Ăątrale pour prĂ©parer au mystĂšre du duetto quasi final (pĂ©nultiĂšme) : De Torrente : accomplissement plus intĂ©rieur, aux accents suspendus.

Artisan du détail, le collectif veille aussi à la gradation progressive qui assure la cohérence globale.

CLIC_macaron_2014La vision de Vox Luminis observe une mise en forme de plus en plus serrĂ©e de la langue HaendĂ©lienne, naturellement promise Ă  l’éclat voire Ă  la pompe (toujours Ă©lĂ©gante), mais ici comme recentrĂ©e sur sa formidable Ă©locution discursive (en cela la boucle est bouclĂ©e, proche de Bach). Le dernier choeur, le plus dĂ©veloppĂ© du cycle et d’un contrepoint redoutable quant Ă  la mise en place, affirme une lisibilitĂ© idĂ©ale, une intensitĂ© aiguĂ«, un sens linguistique sans effet : « un parler-chanter » Ă  l’échelle du choeur. Gageure incroyable Ă  Ă©couter et pourtant bien accompli par Vox Luminis. La force et la violence dĂ©terminĂ©e qui s’en dĂ©gage sont jubilatoires.

La vĂ©ritĂ© victorieuse se dĂ©gage du choeur, formidable armĂ©e d’archanges et de prophĂštes inspirĂ©s. Tout ici relĂšve d’une cohĂ©rence en partage, d’un seul souffle et aussi d’un sens rare de la caractĂ©risation individuelle. L’abattage du texte, la clartĂ© du contrepoint, le caractĂšre intense et exaltĂ©, serviteur des sentiments que vĂ©hicule et nuance le texte : tout indique une maĂźtrise remarquable. Victoire de plus en plus lumineuse du Magnificat ; Ă©lan et progression de plus en plus prĂ©cise et dramatique du Dixit. Un nouveau cd Ă  ranger parmi les meilleures rĂ©alisations du choeur Vox Luminis (avec leur avant dernier ACTUS TRAGICUS, qui avait obtenu lui aussi la distinction suprĂȘme, le CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2016.

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CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : DIXIT DOMINUS. JS BACH / HANDEL (1 cd Alpha).

CD Ă©vĂšnement, compte rendu critique. FROBERGER par Julien Wolfs, clavecin (1 cd Musica Flora)

wolfs-julien-clavecin-froberger-cd-flora-annonce-presentation-critique-par-classiquenewsCD Ă©vĂšnement, compte rendu critique. FROBERGER par Julien Wolfs, clavecin (1 cd Musica Flora). Secret, savant, complexe
 Johann Jacob Froberger souffre d’une considĂ©ration injustement nĂ©buleuse (pour nous mystĂ©rieuse et d’autant plus fascinante) que cet album jubilatoire efface radicalement 
 tant le jeu et le toucher supĂ©rieurs du jeune claveciniste belge Julien Wolfs d’une clartĂ© rayonnante et sensuelle, restent constamment vivants et d’une saine franchise. Le claveciniste, nĂ© en 1983, humanise et incarne avec une finesse rĂ©jouissante une Ă©criture Ă  torts rĂ©putĂ©e conceptuelle voire cryptĂ©e. Rien d’inaccessible ici sous les doigts humbles et virtuoses de Julien Wolfs dont l’articulation souveraine et un sens inouĂŻ de la flexibilitĂ© rĂ©inscrivent la quĂȘte musicale de Froberger dans une interrogation lĂ©gitime sur la vie, le monde, la recherche musicale et esthĂ©tique rĂ©conciliĂ©s avec les aspirations d’un homme sincĂšre et prodigieusement juste dans ses expĂ©rimentations stylistiques. L’un des acteurs de la rĂ©habilitation spectaculaire opĂ©rĂ©e par le festival Musique & MĂ©moire en juillet 2016 (VOIR notre reportage vidĂ©o Les Cyclopes jouent Froberger), Julien Wolfs qui crĂ©ait justement ce programme pour Musique & MĂ©moire 2016, s’affirme aujourd’hui comme un pilier de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de clavecinistes. Parmi les plus douĂ©s et probablement le plus subtil et le mieux inspirĂ©. Vous n’écouterez jamais plus Froberger de la mĂȘme façon, aprĂšs l’écoute de ce nouvel album captivant.

 

Le Clavecin virtuose de Julien Wolfs

En dédiant ce programme aux mondes esthétiques de Froberger, le claveciniste belge Julien Wolfs offre le plus bel hommage au génie musical pour clavier du xviie

L’Ă©criture trahit une pensĂ©e qui augure des plus grands, Ă  la fois musique pure, jeu formel et interrogation gĂ©nĂ©rale sur l’architecture et son dĂ©veloppement. Froberger, virtuose et intĂ©rieur prĂ©figure le gĂ©nie de JS BACH, c’est dire. Ici la complexitĂ© du contrepoint gĂ©nĂ©reux autant que sinueux expriment une volontĂ© expĂ©rimentale sur le sens mĂȘme de l’Ă©coulement sonore et de la  temporalitĂ© : admirablement composĂ© le programme met en ouverture le gĂ©nie du bĂątisseur Froberger, capable de dĂ©rouler des cathĂ©drales contrapuntiques d’une gĂ©omĂ©trie puissante et abstraite
 Toccata II et Canzon II.
Mais apport des grands interprĂštes, Julien Wolfs Ă©vite toute sĂ©cheresse et dĂ©ploie le sens le plus profond comme le plus grave dans l’Ă©tonnante MĂ©ditation faite sur ma mort, momento mori de 1660,- soit 7 avant d’expirer, dont le jeune claveciniste fait une priĂšre pleine de sĂ©duction sereine, un renoncement flamboyant de grandeur et d’allusive poĂ©sie. La technique suprĂȘme se fait oublier tant les intentions et la rĂ©alisation Ă©clairent le raffinement de l’Ă©criture et sa grande vĂ©ritĂ©.
Place Ă  la construction affirmĂ©e des danses françaises ensuite, Froberger n’a til pas Ă©tĂ© l’inventeur probable du stilus fantasticus comme celui qui invente le principe des Suites.
La Gigue emporte par son allant printanier, la courante vagabonde, la sarabande saisit par sa grĂące et sa retenue d’une noblesse imperturbable.
Mort Ă  HĂ©ricourt (Franche-ComtĂ©, Haute SaĂŽne), alors proche de son Ă©lĂšve et patronne Sybille de Wurtenberg, Froberger est un esprit Ă  la fois agile, inquiet, d’une Ă©loquence intense qui sait Ă©viter tout bavardage. Son style demeure concis, dense, resserrĂ©, d’une Ă©tonnante exactitude. Osant aussi des dissonances critiques qui renseignent beaucoup sur sa propre conception de l’architecture et du dĂ©veloppement (somptueuse virtuositĂ© de la Toccata IX).

Froberger, gĂ©nie europĂ©en, approcha le virtuose Frescobaldi Ă  Rome dont il partage la science dĂ©fricheuse comme la pensĂ©e analytique, comme en tĂ©moigne l’interrogation toute en retenue grave voire lugubre des “AffligĂ©e et Tombeau sur la mort de Monsieur Blanrocher”, soit 8mn de pure rĂ©crĂ©ation temporelle et harmonique dont Julien Wolfs exprime vertiges et basculements d’un parcours formel Ă  la fois imprĂ©vu et Ă©trange, vrai miroir d’une Ăąme amie en compassion. La puissance qui Ă©mane de ce suprĂȘme morceau sonore est l’autre sommet de ce disque superlatif. Et l’une des bornes « funĂšbrement lĂ©gĂšres » qui Ă©maillent ce programme Ă©quilibrĂ©.
Compositeur diplomate, secret agent de son mĂ©cĂšne l’empereur Ferdinand IV, Froberger connut bien des vicissitudes sur les chemins de ses missions dont tĂ©moignent les accents narratifs de cette Allemande tendue, nerveuse, “faite en passant le Rhin dans une barque en grand pĂ©ril”
 la somptueuse matiĂšre expressive dont Julien Wolfs sait canaliser le fil dramatique, plein de subtiles allusions, laisse dĂ©concertĂ© : l’auditeur est saisi par tant de finesse dans un jeu qui aurait comme chez beaucoup basculer dans la mĂ©canique et la sĂ©cheresse.
La Sarabande qui suit est MajestĂ© retenue, et la Gigue suivante, d’une agilitĂ© mĂ©lancolique
 En dĂ©finitive belles introductions au volet central du programme qui est le lamento sur la mort du protecteur Ferdinand IV, hommage Ă©ternel dont Julien Wolfs articule avec une grĂące infinie l’arabesque suspendue.
Le jeu d’un calibre arachnĂ©en, communique et le deuil qui Ă©treint et l’intensitĂ© d’une priĂšre qui touche par sa sincĂ©ritĂ© sur tout le spectre du clavier jusqu’en ses ultimes aigus. La note ultime prolongĂ©e au delĂ  du mot, dans l’infini de la perte et de la peine qui en dĂ©coule.
Chaque Gigue est un espoir, une reconstruction dont le claveciniste exprime le miracle d’un flux jaillissant (somptueuse plage 17), puis la Courante volubile joue des deux claviers, la Sarabande ouvre un portique grandiose jamais envisagĂ© jusque lĂ .
La derniĂšre Toccata (X) Ă©blouit par sa finesse poĂ©tique, surtout par le souffle que lui prodigue l’Ă©loquence virtuose du jeune claveciniste. Dans cette architecture contrapuntique se dessine et se prĂ©cise une vĂ©ritable citĂ© idĂ©ale, qui rĂ©sout temps, espace, conscience.

wolfs julien clavecinFlamboyant par sa vivacitĂ© digitale, Julien Wolfs rĂ©tablit la place de l’humain et du sens, celui des VanitĂ©s universelles et donc de la mort. Il sublime l’instant musical et son dĂ©roulement en une Ă©piphanie d’une prodigieuse intensitĂ© comme en tĂ©moigne la Lamentation pour le protecteur ami, Ferdinand III qui fut capable en connaisseur et mĂ©lomane avisĂ©, de comprendre et  d’encourager la verve et l’alchimie de son prodigieux compositeur.
La vision et la maĂźtrise qu’en offre le claveciniste forcent l’admiration tant son Ă©loquence digitale se fait allusion poĂ©tique. Tout mĂ©lomane doit aujourd’hui possĂ©der et Ă©couter ce disque virtuose, Ă©crin de poĂ©sie sonore et de sincĂ©ritĂ© musicale pour se rĂ©concilier dĂ©finitivement avec le clavecin. Julien Wolfs ne maĂźtrise pas seulement le clavier, il instaure un format sonore et donc une Ă©coute partagĂ©e, d’un Ă©quilibre et d’un format idĂ©al.
Voici donc un premier rĂ©cital majeur rĂ©vĂ©lant l’un des clavecinistes les plus miraculeusement inspirĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration. Le fabuleux instrument retenu enrichit aussi la beautĂ© envoĂ»tante et enivrante de ce programme Ă  la fois virtuose, profond, bouleversant. Clic de Classiquenews de l’automne 2017.

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CLIC_macaron_2014CD événement, critique. Froberger par Julien Wolfs, Clavecin. 1 cd musica Flora-parution en octobre 2017. Parution annoncée le 20 octobre 2017. Publication incontournable. CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2017.

VOIR aussi notre reportage vidĂ©o Les Cyclopes jouent Froberger pour ses 400 ans, Ă  l’Ă©tĂ© 2016, – Festival Musique et MĂ©moire

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LIRE notre dĂ©pĂȘche annonce du cd Ă©vĂ©nement FROBERGER par Julien WOLFS

AVIGNON. Musiques médiévale pour claviers au Palais des Papes

avignon baroque en avignon musique baroque en avignon festival saison 2017 2018 coup de coeur de classiquenews 20664797_1482893888453523_2776363418729602027_nAVIGNON, le 28 octobre 2017. Au Palais des Papes, DUO MESCOLANZA. Ce duo surprend d’abord par son alliage inĂ©dit de timbres instrumentaux, qui Ă©tonne aujourd’hui, mais qui au Moyen Age, en Avignon et prĂ©cisĂ©ment Ă  la Cour pontificale au XIVĂš, Ă©tait trĂšs apprĂ©ciĂ© des puissants et riches politiques. Ainsi logiquement dans un lieu emblĂ©matique de ce courant artistique et musical, la Grande Chapelle du Palais des Papes en Avignon, Christina Alis Rauch et Julien Ferrando tiennent l’affiche du 2Ăš concert de la nouvelle saison 2017-2018 du festival MUSIQUE BAROQUE EN AVIGNON. Les deux artistes expriment la vitalitĂ© de la musique pour clavier des XIV et XVĂš siĂšcle en France et en Italie du nord, soit un voyage musical (et organologique) rĂ©alisĂ© d’aprĂšs les principales sources historiques encore accessibles, telles que le codex Faenza et le livre d’orgue buxheimer orgelbuch. il s’agit entre autres de se (re)familiariser avec les performances acoustiques et sonores des instruments emblĂ©matiques des recherches du Duo Mescolanza : le clavicytherium mĂ©diĂ©val et l’organetto. Avec d’autant plus d’intĂ©rĂȘt que les Ɠuvres sont jouĂ©es dans le lieu mĂȘme oĂč elles ont Ă©tĂ© Ă©crites. Le concert n’est pas seulement la dĂ©couverte de timbres oubliĂ©s, c’est aussi une formidable expĂ©rience sonore oĂč les instruments rĂ©sonnent dans l’espace pour lequel ils ont Ă©tĂ© produits.

 

 

 

boutonreservationSamedi 28 octobre 2017
Palais des Papes / Grande Chapelle Ă  20h30
DUO MESCOLANZA
CHRISTINA ALIS RAUCH et JULIEN FERRANDO
clavicythĂ©riums – orgues portatifs

 

 

Tarif : à partir de 8 €
Billetterie sur http://www.operagrandavignon.fr, Ă  l’OpĂ©ra Grand Avignon, et sur place le soir du concert.

 
 

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Programme :

 «Musica instrumentalis tactuum»

Musiques pour clavier XIVĂšme et XVĂšme siĂšcles en France et Italie du nord

Au temps des polyphonies de Saint-Martial et de l’ars antiqua 

De l’autre cĂŽtĂ© du Rhone
 la cour de France I.
Les cours italiennes
De l’autre cĂŽtĂ© du Rhone
 la cour de France II.
La fin du Schisme et le concile de Constance

La cour d’Aragon

 

 

 

CONFERENCE. Concert prĂ©cĂ©dĂ© par une confĂ©rence donnĂ©e par Cristina Alis Raurich et Julien Ferrando, le mĂȘme jour, samedi 28 octobre Ă  11h salle du TrĂ©sorier, Centre de congrĂšs du Palais des papes : Ars Tatoris Instrumentorum ou l’art de la musique pour clavier au XIVĂšme et XVĂšme.
Entre le XIVĂšme et le XVĂšme siĂšcle, la musique instrumentale et plus particuliĂšrement la musique pour clavier (Orgues,  Clavicymbalium et Clavicytherium) se dĂ©veloppe dans les plus grandes cours d’Europe. Ces rĂ©pertoires sont issus d’une expĂ©rience musicale qui remonte bien au-delĂ  de cette pĂ©riode et plus prĂ©cisĂ©ment dĂšs le IXĂšme siĂšcle Ă  l’époque de l’arrivĂ©e de l’orgue byzantin dans l’Europe Carolingienne. La confĂ©rence propose d’explorer les pratiques et les gestes musicaux du Moyen-Âge, mais Ă©galement les instruments et leurs rĂ©pertoires qui seront le terreau des plus grands compositeurs de la Renaissance et du Baroque tels que Sweelinck et Frescobaldi.

 

 

 

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PORTRAIT. Le Duo Mescolanza dĂ©die son activitĂ© musicale et scientifique au rĂ©pertoire instrumental mĂ©diĂ©val du XIVe au XVe siĂšcle. Il est dirigĂ© par le musicologue et claviĂ©riste Julien Ferrando. Les parcours musicaux diversifiĂ©s et les instruments anciens des artistes qui le composent permettent Ă  Mescolanza d’offrir des programmes d’une grande richesse musicale et interprĂ©tative autour de la musique mĂ©diĂ©vale : proposer des « relectures » des musiques patrimoniales entre interprĂ©tation et recrĂ©ation, reconstruction instrumentale. Autour des piĂšces pour le clavier et pour la voix des XIVĂšme et XVĂšme siĂšcles, le Duo propose ainsi la recrĂ©ation d’un instrumentarium principal tel que le clavicytherium mĂ©diĂ©val et l’organetto. Mescolanza cultive de nouveaux mĂ©tissages entre l’improvisation, la musique contemporaine, les nouvelles technologies.

En 2017, l’organiste catalane Cristina Alis Raurich, chercheuse et spĂ©cialiste de la musique mĂ©diĂ©vale, collabore avec Julien Ferrando et compose avec lui, le Duo Mescolanza, autour d’un programme sur la musique pour clavier au temps des Papes d’Avignon. Sa spĂ©cialisation, son parcours et son talent de claviĂ©riste enrichit le travail musical amorcĂ© avec son partenaire. Les deux artistes ont rĂ©alisĂ© une rĂ©sidence Ă  l’abbaye de Royaumont.

PassionnĂ© par la musique ancienne, Julien Ferrando s’est trĂšs vite orientĂ© vers l’étude du clavecin et de la musique baroque. Dans un esprit de recherche et d’expĂ©rimentation ; il fonde avec Jean-Marc Montera, le Groupe de Recherche et d’Improvisation musicales de Marseille et avec Jean-Michel Robert, un trio d’improvisation contemporaine qui mĂȘle pratiques anciennes et actuelles. Il crĂ©e le Duo Mescolanza en 2009.

 

 

 

La nouvelle saison BAROQUE EN AVIGNON, 9 concerts d’exception jusqu’au 13 mai 2018.
Prochain concert : samedi 28 octobre 2017 – 20h30 Palais des Papes / Grande Chapelle : DUO MESCOLANZA /CHRISTINA ALIS RAUCH , JULIEN FERRANDO, clavicythĂ©riums – orgues portatifs. Au programme, musique des XIVĂš et XVĂšme siĂšcle Ă  la Cour des Papes en Avignon (certaines piĂšces ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es pour la Chapelle avignonaise).

 

 

 

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CD, annonce. HANDEL : MESSIAH, Le Messie, version 1754 (Hervé Niquet, Alpha)

handel par niquet messiah 1754 cd annonce par classiquenews prochaine critique cd classiquenews 59ce4d81da552CD, annonce. HANDEL : MESSIAH, Le Messie, version 1754 (HervĂ© Niquet, Alpha). Encore un nouveau Messie ! Celui lĂ  devrait se distinguer
 par la version retenue, Ă  5 solistes, selon l’adaptation que fit Haendel lui-mĂȘme en 1754 pour le Founding Hospital de Londres… Fresque plus spirituelle et Ă©vocatoire que dramatique, Le Messie de Haendel est au Saxon, ce qu’est la Messe en si chez Bach : un absolu d’abord poĂ©tique avant d’ĂȘtre sacrĂ©. Toute la langue et la syntaxe les plus raffinĂ©es dont est capable le compositeur baroque germanique sont infĂ©odĂ©es au texte, son articulation, sa clartĂ© Ă  la fois rhĂ©torique et signifiante. Ici le geste sert le sens. Que nous dit le chef : «   le compositeur devait absolument faire jouer ses oeuvres et engranger un bĂ©nĂ©fice sur la soirĂ©e. L’idĂ©e de ne pas retoucher son oeuvre pour ne pas l’abĂźmer ou la dĂ©naturer est une idĂ©e totalement contemporaine. Il doit exister une douzaine de versions du Messie, je ne les ai pas toutes rĂ©pertoriĂ©es ; celle de 1754 est rarement jouĂ©e parce qu’elle exige cinq solistes : deux sopranos, alto, tĂ©nor et basse (
) Je prends le parti ici d’une version opĂ©ratique, modelĂ©e dans le drame qu’est cette histoire de la vie du Christ. »
handel-haendel-portrait-classiquenewsAprĂšs tant de versions superlatives (Gardiner, Christie, McCreesh…) qui ont rĂ©ussi le dĂ©licat Ă©quilibre entre drame et ferveur, entree opĂ©ra et oratorio… que donnera cette nouvelle lecture ? Dans les annĂ©es 1750 Ă   Londres, Handel a perfectionnĂ© un nouveau genre musical et expressif sur un livret en anglais et un sujet sacrĂ©. Le dĂ©fi est total, c’est une question de style et d’intonation : ne pas sombrer dans l’opĂ©ra et le tout thĂ©Ăątral, ne pas trop dĂ©sincarnĂ© pour autant. Quelle voie est ici dĂ©fendue ? RĂ©ponse le 13 octobre, grande critique du cd Messiah 1754 de Handel par H Niquet dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

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