CD, compte rendu critique. LA REVEUSE : MARIN MARAIS, PiĂšces de viole (1 cd Mirare, 2016 et 2017).

MARAIS MARIN pieces de viole cd la reveuse critique cd review cd par classiquenews 927bce66-9c57-41c3-ad24-f59205758d34CD, compte rendu critique. LA REVEUSE : MARIN MARAIS, PiĂšces de viole (enregistrĂ© en 2016 et 2017). La RĂȘveuse choisit une collection de piĂšces de violes parmi les deux derniers Livres de Marin Marais, publiĂ©s en 1717 et 1725. A l’heure oĂč l’histoire semble se prĂ©cipiter (mort de Louis XIV en 1715, rĂ©gence de Philippe d’OrlĂ©ans, puis avĂšnement du jeune Louis XV en 1723 Ă  14 ans), Marin Marais impose une virtuositĂ© pour la viole inĂ©galable : il a pour seul rival Forqueray. On aime souvent opposer la rondeur mondaine et opportuniste de Marais, au feu passionnĂ©, sauvage de Forqueray.

Sur les traces de ces deux Ă©toiles de la viole baroque française, (l’Ange et le DĂ©mon), La RĂȘveuse trouve l’élĂ©gance du geste juste, la vĂ©ritĂ© des accents les plus nuancĂ©s pour exprimer tout ce que fait le charme et la sĂ©duction de l’écriture de Marais.
Un laisser agir, une grĂące faite d’abandon et de tension, qui se rapproche de fait de cette « sprezzatura » ou naturel, grĂące auquel, la difficultĂ© s’efface sous l’illusion de la facilitĂ©.
Tout en ciselant cette grĂące du geste qui distingue Marais en son temps, Ă  la fois, compositeur et interprĂšte, La RĂȘveuse Ă©claire aussi sa sensibilitĂ© pour la couleur et les tonalitĂ©s (comme le prĂ©cise avec raison Florence Bolton dans le texte trĂšs bien argumentĂ© de la notice accompagnant le cd).

L’ELOQUENTE POESIE DE MARIN MARAIS

Les instrumentistes montrent ici combien dans ses 2 derniers Livres, Marais aime caresser et modeler avec un sens nouveau de la transition et des nuances. En cela, les interprĂštes soulignent l’apport de la facture française propre aux recherches de Marais : manche renversĂ©, surtout 7Ăš corde, grave, propre Ă  faire vibrer l’humeur mĂ©lancolique.
Flattant et cultivant la pĂ©nombre et les zones instables, Marais favorise un imaginaire nouveau, plus allusif et poĂ©tique que dĂ©monstratif et virtuose : tel est l’enjeu et le caractĂšre du Badinage par exemple (au fa diĂšse fragile et presque inquiet) oĂč la voix basse doit murmurer littĂ©ralement (dans l’esprit des amants du peintre Watteau – en couverture du cd-, nostalgiques, saturniens, presque dĂ©pressifs).

Eloquents et flexibles, les instrumentistes de la RĂȘveuse savent faire chanter et mĂȘme parler violes, clavecin et thĂ©orbe au diapason de cette palette de l’introspection. Une esthĂ©tique qui s’appuie aussi sur la prĂ©cision presque maniaque avec laquelle Marais (comme François Couperin au mĂȘme moment) note les « agrĂ©ments » (nuances et accents requis pour respecter l’esprit et le caractĂšre de chaque piĂšce). MĂȘme « batterie de signes » chez Marais, Ă  l’esprit pointilleux car il sait l’enchantement et l’ivresse mĂȘme que peuvent produire ses piĂšces si l’on respecte ses indications Ă  la lettre (et jusqu’à la ponctuation chez Couperin) : la collection que nous proposent les musiciens de la RĂȘveuse le dĂ©montre Ă  l’envi.

Exigeant et dĂ©fricheur voire expĂ©rimental, Marais nous stupĂ©fie totalement dans le livre V par exemple oĂč rĂšgne Le Tact, qui rĂ©vĂšle un nouveau pizzicato de la main gauche

Comme Couperin, Marais rĂ©invente la notion de Suite, qu’il Ă©carte Ă  la faveur d’une suite de CaractĂšres, autant d’épisodes investis dramatiquement comme autant de miniatures spĂ©cifiquement caractĂ©risĂ©es. Couperin est aussi prĂ©sent Ă  travers deux piĂšces transposĂ©es pour le thĂ©orbe (pratique attestĂ©e par Robert de VisĂ©e et qui tĂ©moignent du succĂšs des oeuvres pour clavecin de Couperin). Portrait Ă©motionnel, sĂ©quence dramatique liĂ©e Ă  une expĂ©rience particuliĂšre (vraies scĂšnes de genre, comme en Ă©cho Ă  la vie sociale du compositeur
, Ă  la Cour, Ă  la ville
) ; ainsi Le jeu du volant (ancĂȘtre du Badminton
 mais pratiquĂ© au sein des classes les plus aisĂ©es); de mĂȘme, sont brossĂ©s avec une nouvelle intensitĂ© poĂ©tique (et grand naturel technicien) : la vivante Biscayenne, le Doucereux, La Provençale, et dernier opus de la collection, La RĂȘveuse, divin miroir de la MĂ©lancolie. Mais parmi les paysages climatiques et sociĂ©taux, distinguons l’inĂ©narrable FĂȘte ChampĂȘtre, Ă©vocation quasi picturale, avec ses seconds plans sonores oĂč rĂ©sonnent selon le goĂ»t d’alors, la musette et le tambourin, qui font fureur Ă  la ville. Subtile, douĂ©s d’une sonoritĂ© enchanteresse, les instrumentistes de La RĂȘveuse composent ici l’un de leurs meilleurs programmes dĂ©diĂ©s aux poĂštes coloristes baroques : Couperin et Marais Ă©videmment. Magistral sĂ©lection, geste convaincant. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2018.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. LA REVEUSE : MARIN MARAIS, PiĂšces de viole — 1 cd Mirare, enregistrĂ© en 2016 et 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

RINALDO de HAENDEL (1711)

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaANGERS NANTES OPERA. HAENDEL : Rinaldo, 24 janv – 6 fĂ©v 2018. Un couple brillant s’impose ici, Rinaldo / Renaud et Almirena, la fille de Goffredo, le chef des armĂ©es des croisĂ©s venues assiĂ©ger et conquĂ©rir JĂ©rusalem. Dans la citĂ© occupĂ©e par les musulmans, Argante tente vainement de sauver son trĂŽne et ses privilĂšges grĂące Ă  la magie de son amante la perfide et fourbe Armida (figure emblĂ©matique des sorciĂšres baroques, noires et manipulatrices). La force de la partition de Haendel est de marier l’hĂ©roĂŻque et le fantastique, labyrinthe poĂ©tique propre Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre de l’opera seria moribond et trop mĂ©canique ; les failles qu’il sait y dĂ©velopper offrent par instants, de superbes portraits individuels oĂč percent la folie et la vulnĂ©rabilitĂ© maladie des hommes. L’Amour est un poison dĂ©licieux et mortel. MĂȘme si l’amour et la vertu triomphent, il faut que les hĂ©ros passent par l’épreuve du doute, du soupçon, de la haine et de la trahison.
Avec Rinaldo (1711), le jeune Haendel, saxon ĂągĂ© de 26 ans, qui vient de finir son tour italien, offre son premier opĂ©ra italien Ă  Londres. Le triomphe est total : il scelle d’heureuses noces entre l’étranger et la public londonien. Haendel apporte tout Ă  Angleterre : l’opĂ©ra seria et bientĂŽt l’oratorio d’abord italien, ensuite spĂ©cifiquement anglais
 une trajectoire inouĂŻe dans l’histoire de l’opĂ©ra baroque et dans l’Histoire musicale tout court.

PrĂ©sentation de Rinaldo de Haendel sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra :

« En ce dĂ©but de XVIIIe siĂšcle Ă  Londres, on craignait Georg Friedrich Haendel autantrinaldo qu’on l’admirait. Celui qu’on avait surnommĂ© le grand ours parce qu’il Ă©tait grand et massif, Ă©tait cĂ©lĂšbre pour ses colĂšres. Ne l’avait-on pas vu donner des coups de pied Ă  ses musiciens inattentifs ou leur jeter leurs instruments Ă  la figure quand ils ne parvenaient pas Ă  suivre ses indications ? Force de la nature, glouton et solitaire, souvent dĂ©braillĂ©, dĂ©ambulant dans les rues en parlant Ă  haute voix, Haendel n’avait rien d’un gentleman mais avait conservĂ© sa rudesse allemande et l’hĂ©ritage d’érudition de sa ville natale, l’universitaire Halle.
Sa puissance physique, son caractĂšre volontaire, rigoureux, il les mit entiĂšrement au profit de son oeuvre et de son ambition, de Halle, oĂč il se forme, Ă  Hambourg oĂč il se rĂ©vĂšle Ă  dix-huit ans avant que d’y crĂ©er son premier opĂ©ra, Almira, Ă  tout juste vingt ans. Puis en Italie dans laquelle son talent brille Ă  Florence, Rome, Naples et Venise oĂč son opĂ©ra Agrippina connaĂźt un tel triomphe qu’il peut s’en servir comme d’un prestigieux marchepied pour atteindre, conquĂ©rir Londres, qu’il dĂ©sire, Ă  seulement vingt-cinq ans.
Bourreau de travail, sans autres plaisirs connus que ceux de la musique et de la table, passant rarement plus de trois semaines pour composer un opĂ©ra ou un oratorio, capable de corriger ses erreurs en trois nuits si le public n’est pas aussitĂŽt conquis, le jeune prodige fascine le beau monde, est introduit Ă  la Cour d’Angleterre oĂč la reine Anne le reçoit avec enthousiasme. On l’admire brillant claveciniste et organiste, on savoure la rigueur architecturale de ses compositions, on s’extasie de sa maĂźtrise de l’art du thĂ©Ăątre, on aime son exotique parfum musical qu’il a importĂ© d’Italie. On espĂšre aussi son autoritĂ© salvatrice.
Et, en effet, la brutalitĂ© de Haendel apporta le salut tant dĂ©sirĂ© Ă  la scĂšne londonienne, menacĂ©e de pĂ©rir quand la mode de l’opĂ©ra italien, en gloire depuis 1706, aurait fini par disparaĂźtre de ses excentricitĂ©s. Car les divas que sacrait cet opĂ©ra multipliaient les caprices, ne voulaient plus chanter qu’à prix d’or, exigeaient crĂąnement qu’on rĂ©Ă©crive leurs rĂŽles pour mieux servir leur talent
 et leur prĂ©tention. Haendel remit de l’ordre, voulut mĂȘme passer par la fenĂȘtre une prima Donna qui refusait sa partition. Les mĂ©lomanes anglais avaient longtemps espĂ©rĂ©, attendu un maĂźtre digne de remplacer Henry Purcell, Haendel leur a offert plus qu’ils n’espĂ©raient, lui qui, mĂȘme vieillissant, mĂȘme devenu aveugle, continua de composer, demeurant fidĂšle Ă  sa patrie d’adoption jusqu’à sa mort Ă  l’ñge de soixante-quatorze ans.”

 
 
 

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RINALDO de HAENDEL par ANGERS NANTES OPERA
OPERIA SERIA – EN TROIS ACTES.
Livret de Aaron Hill et Giacomo Rossi. CrĂ©Ă© au Queen’s Theater de Londres le 24 fĂ©vrier 1711.

 
 

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
mercredi 24, vendredi 26,
dimanche 28, lundi 29, mercredi 31 janvier 2018

 

ANGERS GRAND THÉÂTRE
dimanche 4, mardi 6 février 2018

en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

 
 

RESERVER VOTRE PLACE
http://www.angers-nantes-opera.com/rinaldo.html

 
 
 

distribution :

DIRECTION MUSICALE BERTRAND CUILLER
MISE EN SCÈNE ET SCÉNOGRAPHIE CLAIRE DANCOISNE

AVEC
Paul-Antoine BĂ©nos, Rinaldo ‹Lucile Richardot, Goffredo ‹Emmanuelle de Negri, Almirena ‹Aurore Bucher, Armida ‹Thomas DoliĂ©, Argante

Ensemble Le Caravansérail
Bertrand Cuiller (direction)

CD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd / ERATO – enregistrĂ© en avril 2017 Ă  Strasbourg)

berlioz-les-troyens-didonato-spyres-nelson-3-cd-ERATO-annonce-cd-premieres-impressions-par-classiquenewsCD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd / ERATO – enregistrĂ© en avril 2017 Ă  Strasbourg). Saluons d’emblĂ©e le courage de cette intĂ©grale lyrique, en plein marasme de l’industrie discographique, laquelle ne cesse de perdre des acheteurs
 Ce type de rĂ©alisation pourrait bien relancer l’attractivitĂ© de l’offre, car le rĂ©sultat de ces Troyens rĂ©pond aux attentes, l’ambition du projet, les effectifs requis pour la production n’affaiblissant en rien la pertinence du geste collectif, de surcroit pilotĂ© par la clartĂ© et le souci dramatique du chef architecte, John Nelson. Le plateau rĂ©unit au moment de l’enregistrement live Ă  Strasbourg convoque les meilleurs chanteurs de l’heure Spyres DiDonato, Crebassa, Degout, Dubois
 Petite rĂ©serve cependant pour Marie-Nicole Lemieux qui s’implique certes, mais ne contrĂŽle plus la prĂ©cision de son Ă©mission (en Cassandre), diluant un français qui demeure, hĂ©las, incomprĂ©hensible. MĂȘme DiDonato d’une justesse Ă©motionnelle exemplaire, peine elle aussi : ainsi en est-il de notre perfection linguistique. Le Français de Berlioz vaut bien celui de Lully et de Rameau : il exige une articulation lumineuse.
La Chute de Troie convoque des personnages qui se font individualitĂ©s fortes : dĂ©sespĂ©rĂ©e, mais sublimes (selon l’idĂ©al de Berlioz qui recherche chez Gluck, la grandeur humaine, la noblesse morale quelque soit la situation et le destin) : ainsi le ChorĂšbe de StĂ©phane Degout, hier servi avec peut-ĂȘtre plus de distinction encore, par l’inusable et altier Ludovic TĂ©zier ; idem dans la seconde et derniĂšre partie, Les Troyens Ă  Carthage dont l’orchestre sait aussi sculpter avec une voluptĂ© lascive, les couleurs africaines.
A dĂ©faut d’un français parfait, le sens commun resserre la cohĂ©sion de l’équipe dans l’exactitude du sentiment et du caractĂšre de chaque scĂšne. Saluons aprĂšs un Jon Vickers lĂ©gendaire sous la direction de Colin Davis (rĂ©fĂ©rence absolue), l’amĂ©ricain Michael Spyres (qui aux cĂŽtĂ©s d’EnĂ©e, chante aussi chez Berlioz, un remarquable et trĂšs humain, Faust). La ligne, la puretĂ© du style le distinguent de ses partenaires. Torche vivante, embrasĂ©e, amoureuse passionnĂ©e qui se consume totalement, la Didon de Joyce DD marque les esprits par la vĂ©ritĂ© de son incarnation, moins l’éloquence linguistique de son personnage. Elle est donc plus organique et fĂ©line, sauvage mais princiĂšre qu’aristocratique par un verbe ciselĂ©. Mais les nuances et les couleurs fauves d’une grande tragĂ©dienne sont bien lĂ  : proches du sublime.
Le soin apportĂ© aux « seconds rĂŽles » fait les grandes rĂ©alisations. Saluons aussi le Narbal Ă©patant de Nicolas Courjal, comme l’HyIas de Stanislas de Barbeyrac, le Iopas de Cyrille Dubois, deux figures montantes du chant français (baroque autant que romantique), de mĂȘme la sentinelle trĂšs juste de Richard Rittelmann au tout dĂ©but de l’épopĂ©e


CD. BERLIOZ : Les Troyens maĂźtrisĂ©s de John NelsonArchitecte, soucieux de la direction globale comme de la grande lisibilitĂ© des scĂšnes, entre l’individuel (qui prime dans le destin tragique du couple Didon / EnĂ©e dans la seconde partie), et la flamme collective oĂč souffle le vent de la fresque virgilienne, John Nelson rĂ©alise une approche plutĂŽt sĂ©rieuse et construite. Pourtant sans atteindre la vĂ©ritĂ© et la profondeur de Colin Davis, Nelson accomplit une lecture structurĂ©e, construite oĂč s’assume aussi la belle prĂ©sence des choeurs requis pour l’expĂ©rience strasbourgeoise. Du beau mĂ©tier, solide et expressif. Mais
 reconnaissons que le français et sa lisibilitĂ© continuelle manquent cruellement ici. En 1969, Colin Davis savait autrement maĂźtriser l’éloquence dĂ©clamatoire mais si naturelle du texte berliozien, d’une grandeur humaine, juste et poĂ©tique. Nonobstant nos infimes rĂ©serves, la lecture de Nelson 2017 s’impose par son nerf, sa franchise expressive, son relief dramatique global; l’engagement des chanteurs, prĂȘts Ă  caractĂ©riser leur partie, malgrĂ© un français vraiment inintelligible pour certains. MĂȘme perfectible, cette version est une production lyrique ambitieuse, qui dans sa version enregistrĂ©e, alliant l’audio et la vidĂ©o, – 4cd et 1 dvd-, doit ĂȘtre soulignĂ©e en gras, – nouveau fleuron Erato, Ă©lĂ©ment moteur qui rĂ©gĂ©nĂšre l’industrie du disque en pleine crise.

 

 

 

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CD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd de 1h25mn / ERATO – enregistrĂ© en avril 2017 Ă  Strasbourg).

CLIC_macaron_2014BERLIOZ : LES TROYENS. OpĂ©ra en 5 actes et 2 parties : La Prise de Troie et Les Troyens Ă  Carthage. Livret du compositeur, d’aprĂšs L’ÉnĂ©ide de Virgile. CrĂ©ation en allemand Ă  Karlsruhe au Hoftheater le 6 et 7 dĂ©cembre 1890 — PremiĂšre partie crĂ©Ă©e en français, le 4 novembre 1863 Ă  Paris, au ThĂ©Ăątre Lyrique / Seconde partie crĂ©Ă©e en français, le 28 janvier 1891 Ă  Nice, au ThĂ©Ăątre municipal

 

 

Par ordre d’apparition :

 

 

Un soldat (acte I), un capitaine grec (acte II) : Richard Rittelmann
Cassandre : Marie-Nicole Lemieux
ChorÚbe : Stéphane Degout
Enée : Michael Spyres
Ascagne : Marianne Crebassa
Panthée : Philippe Sly
HĂ©lĂšnus, Hylas : Stanislas de Barbeyrac
Priam : Bertrand Grunenwald
HĂ©cube : Agnieszka SƂawiƄska
Ombre d’Hector, Mercure : Jean Teitgen

Didon : Joyce Di Donato
Anna : Hanna Hipp
Iopas : Cyrille Dubois
Narbal : Nicolas Courjal
Sentinelle I : JĂ©rĂŽme Varnier
Sentinelle II : Frédéric Caton

ChƓur de l’OpĂ©ra national du Rhin
Direction : Sandrine Abello

Badischer Staatsopernchor
Chef du chƓur : Ulrich Wagner

ChƓur philharmonique de Strasbourg
Chef du chƓur : Catherine Bolzinger

Orchestre Philharmonique de Strasbourg
Direction musicale : John Nelson

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CD événement, critique: DOLCE DUELLO (Decca). Cecilia Bartoli et Sol Gabetta

Dolce-Duello-Edition-limiteeCD critique : DOLCE DUELLO (Decca). Cecilia Bartoli et Sol Gabetta. Deux tempĂ©raments fĂ©minins s’accordent ici pour partager un goĂ»t d’une ineffable finesse, associant virtuositĂ© et expressivitĂ© dans une sĂ©rie d’arches de plus en plus languissantes et sensuelles. Classiquenews avait relevĂ© l’esprit napolitain, le piquant ensoleillĂ© du visuel de couverture oĂč les deux stars associĂ©es se tenant sous l’ombrelle, tout en enfourchant leurs Vespas emblĂ©matiques
. tout signifie ici car tout est cohĂ©rent. Il souffle une ivresse trĂšs latine, piquante, agile, plus rauque qu’auparavant, moins Ă©lastique peut-ĂȘtre, mais toujours remarquablement vĂ©loce et d’une belle intensitĂ© chez la mezzo romaine Cecilia Bartoli. Lui donne la rĂ©plique avec souplesse et finesse, le jeu tout en intelligence mordorĂ©e de la violoncelliste argentine Sol Gabetta. La sĂ©lection a retenu des airs lyriques extraits d’opĂ©ras dont plusieurs premiĂšres, avec violoncelle obligĂ© : ce sont deux voix pour un chant d’une voluptĂ© ardente, vive, palpitante, combinant vocalitĂ© du violoncelle, chaleur ambrĂ©e et chaleureuse de la voix. Le programme avait Ă©tĂ© lancĂ© / crĂ©Ă© au dernier festival estival de Gstaad en Suisse, fin aoĂ»t 2017, oĂč rayonnait la complicitĂ© des deux personnalitĂ©s. Sol Gabetta n’en est pas Ă  sa premiĂšre expĂ©rience : on se souvient d’un disque d’une mĂȘme eau complice rĂ©alisĂ© avec le piano d’HĂ©lĂšne Grimaud.

A 2 voix Ă©gales, Cecilia Bartoli, Sol Gambetta

Sous l’ombrelle, 2 Lolitas s’alanguissent et palpitent…

Ici rĂšgne ce mĂ©lange ensorcelant d’agilitĂ©, et d’abandon, de nerf et de tendresse, diversemment mesurĂ©s, dĂ©ployĂ©s avec l’instinct musical et l’intelligence de deux authentiques divas de l’intention et de la finesse, sachant l’une comme l’autre nuancer, colorer, moduler pour exprimer non plus la sĂ©duction de la musique, mais son sens sur le plan Ă©motionnel.

GABETTA BARTOLI dolce duello cd DECCA presentation impression par classiquenewsSur la trace des castrats crĂ©ateurs de la plupart des airs ici restituĂ©s (en premiĂšre mondiale pour certains), Cecilia Bartoli a sĂ©lectionnĂ© en complicitĂ© avec Sol Gabetta plusieurs airs d’une langueur virtuose rare : celle du vĂ©nitien du XVIIĂš, Antonio Caldara dont deux airs sont retenus ; mais aussi paraissent Domenico Gabrielli – ici la rĂ©vĂ©lation de l’album dans « Aure voi de’ miei sospiri« , Air d’Inomenia extrait de San Sigismondo, re di Borgogna (1687), mais aussi Haendel ou Vivaldi dont Cecilia Bartoli incarne les tiraillements de Vitellia du Tito Manlio (acte I)
, – certains autres airs, rĂ©alisant l’équation dĂ©licate de l’agilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© expressive. La tristesse et la profondeur funĂšbre d’Alceste de l’Arianna in Creta de Haendel, se dĂ©ploie dans les mĂ©lismes et du violoncelle et de la maezzo suave, alangie (1734). Mais c’est certainement dans la gestion de la ligne vocal, sur le souffle, que Bartoli s’affirme dans Nitocri de Caldara (un inĂ©dit de 1722), qui ouvre ce formidable programme, Ă©quilibrĂ© et progressif tout en soignant la contraste des sĂ©quences dramatiques. Du VĂ©nitien, Gianguir de 1724 permet non pas un duel, mais la confrontation de deux intensitĂ©s Ă©perdues, frĂ©nĂ©tiques, violoncelle et voix, trĂšs subtilement imbriquĂ©s. Du bel ouvrage pour des partitions mĂ©connues qui trouvent deux ambassadrices au charme convaincant.
Sol Gabetta, en conclusion du programme, joue le Concerto opus 34 de Luigi Boccherini, d’une virtuositĂ© lĂ  encore intĂ©rieure ; la soliste toujours trĂšs subtile, Ă©claire le parcours sentimental et Ă©motionnel avec les instrumentistes de Cappella Gabetta (Andres Gabetta, direction). De sorte que ce bouillonnement tendre et sculptĂ© avec finesse, double sur le plan purement instrumental, l’éclat, la brillance et la sincĂ©ritĂ© des tourments et extases prĂ©cĂ©demment incarnĂ©s sur le plan vocal. Belle et tendre association.

Programme du cd Dolce Duello :

01. Antonio Caldara : « Fortuna e speranza« , Air de Emirena extrait de Nitocri (1722)
02. Tomaso Albinoni : « Aure andate e baciate« , Air de Zefiro extrait de Il nascimento dell’Aurora (1710)
03. Domenico Gabrielli : « Aure voi de’ miei sospiri« , Air de Inomenia extrait de San Sigismondo, re di Borgogna (1687)
04. Antonio Vivaldi : « Di verde olivo », Air de Vitellia extrait de Tito Manlio (1719)
05. Georg Friedrich Haendel : « What passion cannot Music raise and quell!« , Air extrait de Ode for St. Cecilia’s Day (1739)
06. Antonio Caldara : “Tanto e con sĂŹ gran pena », Air extrait de Asaf extrait Gianguir (1724)
07. Georg Friedrich Haendel : « Son qual stanco pellegrino« , Air d’Alceste extrait de Arianna in Creta (1734)
08. Nicola Porpora : « Giusto Amor, tu che m’accendi », Air d’Adone extrait de Gli Orti esperidi (1721)
09-11. Luigi Boccherini : Concerto pour violoncelle, op. 34

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, critique : DOLCE DUELLO (Decca). Cecilia Bartoli et Sol Gabetta – Parution le 10 novembre 2017. Prochaine grande critique du cd Dolce Duello le jour de la parution du cd – Gradn entretien exclusif avec Sol Gabetta Ă  venir sur CLASSIQUENEWS.COM

LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche annonce du cd DOLCE DUELLO par Cecilia Bartoli et Sol Gabetta

CD événement, annonce. JS BACH : BRANDENBURG CONCERTOS / REINHARD GOEBEL (2 cd SONY classical, 2016).

BACH JS BRANDEBOURG CONCERTOS berliner barock solisten reinhard goebel 2 cd sony classical critique cd review cd presentation par classiquenews CLIC de classiquenews decembre 2017 cadeau de NOEL 2017  dossier cd de NOEL 2017  le must to share._SX522_CD Ă©vĂ©nement, annonce. JS BACH : BRANDENBURG CONCERTOS / REINHARD GOEBEL (2 cd SONY classical, 2016). Reprise rĂ©jouissante. 30 annĂ©es aprĂšs avoir gravĂ© une premiĂšre et lĂ©gendaire approche sur instruments d’époque des Concertos Brandebourgeois , – alors avec son ensemble aujourd’hui disparu Musica Antiqua Köln, le violoniste ressuscitĂ©, plus inspirĂ© et chantant que jamais, Reinhard Goebel, devenu chef, propose (ici fin 2016) une nouvelle version juvĂ©nile, superlative du cycle flamboyant signĂ© par un Bach des plus aimables et mondains. Le chef a rĂ©uni un collectif d’instrumentistes Ă©patants qui savent mĂȘler virtuositĂ©, finesse, total engagement et prĂ©cision. On croirait qu’ils viennent d’exhumer la partition et la lire avec un enthousiasme premier.
Les 6 Concertos mythiques, complĂ©tĂ© par la sinfonia BWV 174 – aux deux mouvements oĂč les cordes dĂ©collent et s’embrasent en une chorĂ©graphie en lĂ©vitation, illustrent avec Ă©loquence et entrain tout ce que l’intelligence musicale peut accomplir, dĂ©cidant des partis interprĂ©tatifs. Il en rĂ©sulte une lecture qui saisit par sa coupe nerveuse et tonique, un bain d’énergie et un festival de timbres (cordes, vents et cuivres d’une santĂ© concurrentielle) qui est aussi vivier de nuances en constante rĂ©invention.
Avec un nouvel ensemble berlinois – Berliner Barock Solisten, le pĂšre de la rĂ©volution baroque aprĂšs Harnoncourt, renoue avec ce qui manque chez beaucoup de virtuoses de la jeune gĂ©nĂ©ration baroqueuse actuelle, le sens du risque, le goĂ»t de l’expĂ©rimentation, profitant de ce que le Baroque proche de l’improvisation, permet une infinitĂ© d’options possibles dans la rĂ©solutions des phrasĂ©s, de la dynamique, de la balance, de l’articulation, de l’équilibre instrumental

Force est de constater que le « vĂ©tĂ©ran » Goebel regorge aujourd’hui d’idĂ©es, cultive une imagination jamais au repos, prĂ©fĂšre comme ici, repousser encore les limites de l’expressivitĂ© surprenante. Parmi d’autres joyaux accomplis, le pĂ©tulant BWV 1048, n°3, regorge et d’allant, d’articulationet de fluiditĂ© impĂ©rieuse. La frĂ©nĂ©sie et l’élĂ©gance sont idĂ©alement canalisĂ©es au service de la jubilation.
Voici assurĂ©ment le triomphe de l’imagination, de la libertĂ© servie par une expĂ©rience, une vision, un engagement de premier fervent. C’est bien d’une seconde jeunesse, passionnante par les chemins de traverse qu’il nous fait dĂ©couvrir s’agissant d’un cycle que l’on croyait connaĂźtre de fond en comble. Lecture jubilatoire. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, annonce. JS BACH : BRANDENBURG CONCERTOS / REINHARD GOEBEL (2 cd SONY classical, 2016) – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Berlin, diapason 442, en juillet et dĂ©cembre 2016. CLIC de classiquenews de novembre et dĂ©cembre 2017.

CD Ă©vĂ©nement, annonce. In Excelsis Deo. Desmarest / Valls (2 sacd Alia Vox – Jordi Savall, 2016)

CD ALIA VOX critique annonce presentation review in exelcis deo jordi savall valls desmaret compte rendu critique review cd classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. In Excelsis Deo. Desmarest / Valls (2 sacd Alia Vox – Jordi Savall, 2016). Voici un disque Ă©loquent, solennel qui replace avec quel sens de l’actualitĂ© brĂ»lante (hasard heureux / malheureux du calendrier) la question de l’identitĂ© catalane (ici baroque). En exhumant la Missa Scala Aretina du catalan Francesc Valls (1671-1747), crĂ©Ă©e en pleine Guerre de succesison d’Espagne, Ă  Barcelone en 1702, Jordi Savall et ses troupes catalanes sur instruments d’époque, souligne cette spĂ©cificitĂ© artistique, esthĂ©tique qui place Barcelone au dĂ©but du XVIIIĂš au rang des capitales ferventes les plus dĂ©monstratives, mais aussi les mieux caractĂ©risĂ©es. Un disque Ă  l’indiscutable valeur artistique qui pose avec raison la question de la singularitĂ© culturelle catalane dans le contexte indĂ©pendantiste de cette fin 2017.
La Missa Scala Aretina (1702) rĂ©vĂšle une connaissance approfondie des styles français, italien, germanique, ce Ă  une Ă©poque situĂ©e avant la rĂ©solution spectaculaire de la guerre de succession d’Espagne, survenue avec la chute de Barcelone, le 11 septembre 1714. Valls se rapproche ainsi d’un certain Biber, autre compositeur du XVIIĂš – mais qui prĂ©cĂšde Valls, habile dans le traitement des effectifs multiples sous la voĂ»te (pour Biber, celle de la cathĂ©drale ou Dom de Salzbourg), et en particulier de sa Messe Bruxellensis Ă  23 parties (dont 2 choeurs de 4 chanteurs distincts) que Jordi Savall a abordĂ© dans un autre enregistrement. Ecrite pour 11 parties, la Missa Scala Aretina engage 3 choeurs (de 3, 4 et 4 solistes) plus 2 violons (doublĂ©s par les hautbois), 1 violoncelle, 2 orgues, 1 harpe and 2 trompettes (plus 1 violone et 1 trombone, ajoutĂ© selon l’usage avĂ©rĂ© de l’époque).
Ce qui frappe immĂ©diatement ici c’est la franchise du style, portĂ©e par une joie irrĂ©pressible et inexorable, riches en effets et contrastes, le dĂ©veloppement d’un contrepoint complexe, aux architectures savantes, qui comprend des passages concertants d’une belle intĂ©rioritĂ©, ce malgrĂ© les cuivres (trompettes) au chant d’une solennitĂ© permanente. Se distinguent les sextuors du Qui tollis peccata mundi, les quatuors de l’Et incarnatus est oĂč s’affirment a contrario chaleur et tendresse. Mais c’est essentiellement le parcours des dissonances si personnelles (dĂ©but de l’Agnus Dei) qui caractĂ©rise l’écriture de Valls, dont la ferveur s’écarte d’une majestĂ© uniquement superfĂ©tatoire : l’attĂ©nuation et la dĂ©licatesse intĂ©rieure que sait y dĂ©ployer chef et musiciens, servent le dĂ©voilement du gĂ©nie catalan baroque, dans les derniĂšres annĂ©es du rĂšgne de Louis XIV.
CLIC_macaron_2014SAVALL-582-390-jordi-savall-l-orfeo-reeditionCouplĂ©e Ă  la Messe Ă  deux choeurs de Desmarets (Versailles, 1704) donc crĂ©e deux annĂ©es plus tard, la Missa de Valls rend justice Ă  une maturitĂ© musicale qui renforce de facto l’idĂ©e d’une spĂ©cificitĂ© catalane. Plus de 300 ans aprĂšs sa crĂ©ation, la partition porte fiĂšrement l’acuitĂ© stylistique d’un compositeur dont on peut plus gommer l’originalitĂ©. Il est passionnant de comparer les deux oeuvres et les climats distincts qu’elle permettent d’identifier : la sonoritĂ© ample, voluptueuse des accents choraux de Desmarest renseigne parfaitement cette couleur versaillaise propre au Grand SiĂšcle, oĂč domine la marque de l’orchestre lullyste, Ă  la fois solennel, grandiose et aussi d’une tendresse spĂ©cifiquement française.

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CD CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2017. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com – enregistrĂ© Ă  Versailles en juillet 2016. 2 SACD ALIA VOX

CD, annonce, premiĂšres impressions. HANDEL : SHADES OF LOVE / ANNA KASYAN, soprano (1 cd evidence)

kasyan-anna-diva-chez-handel-critique-par-classiquenews-582-594-evcd038-couv-HD-3000-700x700CD, annonce, premiĂšres impressions. HANDEL : SHADES OF LOVE / ANNA KASYAN, soprano (1 cd evidence). Classiquenews suit la soprano Anna Kasyan depuis plusieurs annĂ©es, en particulier depuis sa participation au Concours international de belcanto Vincenzo Bellini oĂč par une incroyable justesse dramatique, infĂ©odant sa technique et ses moyens vocaux Ă  la seule puretĂ© de l’expression, comme soignant aussi la finesse de son articulation, elle remportait alors, Ă  Paris au CNR, rue de Madrid en 2013, le Premier Prix. Ici la Bellinienne se fait ambassadrice baroque, au service de l’amour haendĂ©lien, dans une sĂ©lection de cantates tragiques et sentimentales, dramatiques et sensuelles que le divin Saxon a Ă©crit pour soprano et continuo ; d’oĂč le titre « Shades of love » : ombres de l’amour :
 invitation aux nuances souterraines les plus intenses. Voici avant notre critique dĂ©veloppĂ©e, les premiĂšres impressions de ce disque qui s’affirme comme un recentrage stylistique bienheureux dans la carriĂšre de la jeune diva : confrontĂ©e Ă  un texte qui doit s’incarner sans ĂȘtre diluĂ©, la soprano dĂ©montre ses qualitĂ©s de diseuse et d’actrice nuancĂ©e.

PREMIERES IMPRESSIONS.
kassian annaEn quatre arias, – le premier air Ă©tant le plus long jusqu’Ă  6mn-, entrecoupĂ©es de rĂ©citatifs, la Cantate Lucrezia affirme dans un parcours harmonique trĂšs subtil, les tiraillements d’une Ăąme Ă©prouvĂ©e, sommĂ©e de rĂ©soudre l’insupportable ; celle d’une femme violĂ©e malgrĂ© elle et qui horrifiĂ©e par l’acte commis, se donne la mort. Coupable alors qu’elle est victime, la jeune Ă©pouse au corps humiliĂ© et sali, se tue non sans avoir aussi maudit son violeur
 Incroyable situation dramatique qui est un vrai dĂ©fi interprĂ©tatif pour toute diva : Anna Kasyan est une belcantiste avĂ©rĂ©e, confirmĂ©e par le premier prix du concours Bellini 2013. Elle a participĂ© aux Mozart de Currentzis Ă  Perm, incarnant une piquante et passionnante Despina (Cosi fan tutte : lire ici notre critique du cd Cosi fan tute de Mozart par Currentzis avec Anna Kasyan, 2013).
Avouons d’abord notre lĂ©gĂšre dĂ©ception au dĂ©but de Lucrezia : voix instable, coloratoure et vocalises en perte de justesse et articulation pas toujours exacte. Mais dans les 3 derniĂšres sections l’intonation se stabilise, le verbe fusionne avec les accents vocaux, la technique et l’Ă©mission se clarifient, au service de couleurs intĂ©rieures totalement juste. La tenue plus syllabique et rythmique, sur des brĂšves pointĂ©es, le dĂ©bit raisonnĂ© et juste
 affirment un nerf ferme, soutenu, une projection nerveuse qui incarne la derniĂšre Lucrezia, soudainement dĂ©terminĂ©e, qui en enfer, accomplira sa juste vengeance.

TrĂšs ornemenĂ©ee, Se pari Ăš la tua fe est une cantate qui frappe par sa coupe rythmique, son intensitĂ©, ses contrastes d’une finesse calibrĂ©e : la diva conquiert ce terrain guerrier oĂč le chant amoureux devient transe solitaire pour laquelle la soprano Kasyan dĂ©fend avec un bel aplomb l’espoir que suscite l’amour croissant. Agile, soucieuse de la couleur comme du caractĂšre de la scĂšne, la soprano gagne en assurance.

 

 

 

Belcantiste distinguée, Anna Kasyan cisÚle la lyre amoureuse Haendelienne

 

 

anna-kassian-chante-imogene-bellini-2013Puis, la voilĂ  trĂšs Ă  son aise dĂšs le dĂ©but de Clori: Ă©mission nuancĂ©e et sĂ»re, aigus tendres et parfaitement couverts, voilĂ  une Ă©vidente maĂźtrise, apte Ă  exprimer cette extase languissante d’un cƓur aimant qui craint d’ĂȘtre Ă©cartĂ© et trahi (13). L’intonation est idĂ©ale et rappelle le don de la chanteuse pour l’incarnation dramatique tel qu’il s’Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ© dans son air de finale pour le Concours Bellini 2013 : la fameuse scĂšne d’ImogĂšne du Pirate de Bellini et qui lui valut de remporter le premier prix (voir notre captation vidĂ©o de la scĂšne d’Imogene d’il Pirata).

 

La Kasyan parvient idĂ©alement Ă  rendre vertiges, panique, fragilitĂ© hallucinĂ©e d’un amour Ă©perdu mais inquiet, Ă  juste titre : les vocalises sont dessinĂ©es sur le souffle, en lignes maĂźtrisĂ©es, longues, amples, au caractĂšre juste car toujours soucieuse de l’articulation du texte (15).

MĂȘme travail sur les couleurs justes produites par le sens du texte dans la plus languissante et douloureuse « Sento lĂ  que ristretto » / j’entends que lĂ  bas
 Dont le largo s’apparente Ă  un lamento grave et profond oĂč le cƓur qui souffre s’embrase littĂ©ralement : le soprano canalisĂ©, filigranĂ©, aux trĂšs belles nuances d’une dĂ©pression Ă©perdue, se dĂ©ploie naturellement, en lignes vocales et respirations parfaitement nĂ©gociĂ©es. ArticulĂ©e, soucieuse lĂ  encore du sens de chaque mot, Anna Kasyan fait montre de son talent de diseuse. L’art de la vocalise et du lamento haendĂ©liens s’avĂšre comme c’est le cas de Mozart, une pratique et un parcours salvateurs pour la voix : recentrĂ©e sur la juste projection du texte, le chant gagne en prĂ©cision et en exactitude expressive, dĂ©barrassant l’approche de tout ce qu’elle peut avoir d’artificiel comme d’accessoire. La juste couleur au juste moment textuel. Rien de tel pour recentrer la voix et le style sur ce qui nous intĂ©resse rĂ©ellement : la vĂ©ritĂ© du chant.

De ce point de vue, encore perfectible certes, Anna Kasyan nous rĂ©gale dans ce disque recommandable. Dommage que le continuo trop en retrait et parfois lisse, sans guĂšre de richesse dynamique, n’ose pas vraiment dialoguer avec la diva nuancĂ©e, volubile. A suivre d’ici le 20 novembre 2017, notre grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews


 

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CLIC_macaron_2014CD, annonce, premiÚres impressions. HANDEL : SHADES OF LOVE / ANNA KASYAN, soprano (1 cd evidence). Grande critique développée à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews

 

 

SHADES OF LOVE : Anna Kasyan (soprano)
Cantates de Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

Lucrezia, HWV.145
1. O Numi eterni! recitativo 0’58
2. Già superbo del mio affanno aria 6’06
3. Ma voi forse nel Cielo recitativo 0’44
4. Il suol che preme aria 2’44
5. Ah! che ancor nell’abiso recitativo 0’41
6. Questi la disperata furioso 0’35
7. Alla salma infedel aria 3’10
8. A voi, a voi, padre recitativo 1’10
9. Già nel seno arioso 1’44
Se pari Ăš la tua fĂš, HWV.158a
10. Se pari ù la tua fù aria 2’31
11. Sì, sì, questa sia solo recitativo | Non s’afferra d’amore aria 2’40

Clori, mia bella Clori, HWV.92‹12. Clori, mia bella Clori recitativo 0’51
13. Chiari lumi aria 4’33
14. Temo ma pure io spero recitativo 0’39
15. Ne’ gigli e nelle rose aria 1’51
16. Non ù pùro che non molesta e grave recitativo 0’30
17. Mie pupille aria 4’06
18. Tu nobil alma, in tanto recitativo 0’27
19. Di gelosia il timore aria 2’13

Sento lĂ  che ristretto, HWV.161b
20. Sento là che ristretto recitativo 1’20
21. Mormorando esclaman l’onde aria 7’00
22. Son io Nice, il ruscello recitativo 0’59
23. Se un sol momento aria 3’22

Crudel tiranno Amor, HWV.97
24. Crudel tiranno Amor aria 3’57
25. Ma tu mandi al mio core recitativo 0’23
26. O dolce mia speranza aria 7’33
27. Senza te, dolce spene recitativo 0’27
28. O cara spene, del mio diletto aria 3’15

Durée total : 1h06mn
1 cd evidence ref. : EVCD038 / sortie le 3 novembre 2017.

http://evidenceclassics.com/discography/handel-shades-of-love/

Continuo :

Ophélie Gaillard (cello)
Jorge Jimenez (violin)‹Anastasia Shapoval (violin)
Michel Renard (viola)
Jory Vinikour (harpsichord)

 

 

 

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Présentation par le label evidence :
kasyan-anna-diva-chez-handel-critique-par-classiquenews-582-594-evcd038-couv-HD-3000-700x700ComposĂ©es lors du sĂ©jour italien de Haendel au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, les cantates interprĂ©tĂ©es par la soprano Anna Kasyan dessinent une cartographie nuancĂ©e du coeur des hĂ©roĂŻnes d’opĂ©ra. Ce sont alors les castrats qui brĂ»lent les planches des scĂšnes italiennes mais quelques cantatrices se font tout de mĂȘme entendre. Ces cantates italiennes furent ainsi exĂ©cutĂ©es en leur temps par Margherita Durastanti. Anna Kasyan prend le relai de la prima donna et fait revivre avec passion les tourments de ces figures dĂ©chirĂ©es entre amour et devoir. MĂ©lange d’histoire et de mythologie, les livrets des cantates – comme ceux des opĂ©ras – font la part belle aux personnages fĂ©minins dont LucrĂšce est ici le plus parfait modĂšle.
En rĂ©unissant ces partitions, Anna Kasyan offre un programme dramatique et virtuose. Grand prix du concours de belcanto Vincenzo Bellini, elle met sa technique au service de l’expression en renouvelant sans cesse les ornements et en soignant le phrasĂ© au plus prĂȘt du texte et des affects qu’il exprime.
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Composed during his Italian stay at the beginning of the 18th century, Handel’s cantatas, interpreted by the soprano Anna Kasyan, draw a nuanced picture of opera heroin’s heart. At this time, women were not often allowed to appear in front of an audience. However, the Italian prima donna Margherita Durastanti, one of the few professional female singers of the period, delighted listeners with her brilliant interpretations of Handel’s cantatas. Besides, their librettos favor female characters such as Lucrezia, and describe the dilemma of love against duty. It’s now up to Anna Kasyan to express the multiple shades of a woman’s emotional life in this theatrical and virtuoso program. Crowned at the Vincenzo Bellini Belcanto Competition, she shows great technique in the ornamentation, and polishes the phrasing at the nearest of the text and affects.
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CD, coffret événement, annonce. NOEL 2017. LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordings, DECCA

Pavarotti-complete-opera-recordings-coffret-edition-limitee-Decca-DG-2017CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. NOEL 2017. LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordings, DECCA – 95 cd + 6 blu ray pure audio). Avant notre grande critique et notre cycle de focus et analyses du coffret Ă©vĂ©nement PAVAROTTI (3 feuilletons thĂ©matisĂ©s Ă  venir), classiquenews souligne la valeur du legs discographique Ă©ditĂ© par DECCA, pour les 10 ans de la mort de Luciano Pavarotti. En Ă©ditant en version remastĂ©risĂ©e avec un riche livret illustrĂ© expliquant l’ampleur de l’hĂ©ritage musical du plus grand tĂ©nor du XXĂš, Decca a bien raison de proposer pour les fĂȘtes ce coffret Ă©vĂ©nement, comme il s’en Ă©tait agi des sublimes coffrets Deutsche Grammophon synthĂ©tisant en 3 coffrets Ă©vĂ©nements eux aussi, le legs KARAJAN. Ici, le tĂ©nor, artiste phĂ©nomĂ©nal, incarne un Ăąge d’or du Bel canto, en particulier italien, serviteur Ă©lĂ©gantissime au timbre brillant, solaire, des hĂ©ros de Bellini, Donizetti, Verdi et jusqu’au Puccini (Calaf). La musicalitĂ©, l’agilitĂ©, l’intensitĂ©, la technique accordĂ©e Ă  une grande intelligence psychologique, d’autant plus sidĂ©rante quand on sait que l’artiste Ă©tait piĂštre acteur ; car ici tout passe par la finesse et le contrĂŽle total des moyens vocaux. Luciano Pavarotti incarne les annĂ©es glorieuses de l’ùre du compact disque, soit les annĂ©es 1980. Ses partenaires fĂ©minines reprĂ©sentent aussi l’ñge d’or du chant bellinien et verdien : Joan Sutherland, Mirella Freni, 
 Le chant souverain, impĂ©rial s’impose encore Ă  nous comme celui de Callas (autre grande belcantiste). Aucun doute que Luciano Pavarotti n’a pas usurpĂ© son immense rayonnement planĂ©taire : son art se manifeste dans sa justesse, sa prĂ©cision, sa vĂ©ritĂ©. Un idĂ©al que recherche tout chanteur digne de ce nom.

 

 

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PAVAAROTTI the complete opera recordings decca coffret box set review presentation by par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD, coffret Ă©vĂ©nement annonce. LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordings / Decca – intĂ©grale des opĂ©ras pour le disque / Decca. Le spectre ainsi recomposĂ© rĂ©capitule les grandes intĂ©grales lyriques pour le studio Decca, depuis La Fille du rĂ©giment de Donizetti sous la direction de Richard Bonynge (aux cĂŽtĂ©s de l’épouse de ce dernier, Joan Sutherland, Londres, juillet 1967) jusqu’au mythique I Lombardi de Verdi (Oronte, au Met de New York en 1996). Soit 3 dĂ©cades d’un engagement lyrique exceptionnel. Bonus : sa BohĂšme d’avril 1961 Ă  ModĂšne
 au total, 101 galettes Ă  la valeur artistique inestimable. Prochaine grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews / puis cycle de 3 volets analyses sur le contenu du coffret Ă©vĂ©nement. Coffret Ă©lu CLIC de classiquenews d’octobre 2017.

 

 

Contenu :Luciano-Pavarotti
95 cd + 6 Blu-ray AUdio discs dans leur jacquette d’origine
Présentation de chaque prise de rÎle
Intégrale des opéras enregistrés pour Decca, Philips, Deutsche Grammophon
Dont deux opĂ©ras enregistrĂ©s par Warner classics/EMI : L’Amico Fritz, Don Carlo
34 opéras ainsi enregistrés, mais aussi les reprises réalisées par le ténor
Remastérisation des enregistrements aux studio Abbey Road : transfert des bandes analogiques en 24 bit
DĂ©buts de Luciano Pavarotti dans La BohĂšme (ModĂšne, 1961)
BONUS : 6 enregistrements légendaires en 24 bits (Blu-ray Audio)
Livre notice comprenant un essai de James Jolly, nombreuses photographies évoquant les épisodes de la carriÚre dont des témoignages de sa collaboration avec les chefs Solti, Karajan, Mehta, Levine
 et avec ses partenaires dont Mirella Freni


 

 

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english version :

CD, set box : LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordigs / DECCA. 2017 is the tenth anniversary of the passing of the 20th Century’s most famous tenor – Decca marks this occasion to marvel once again at the sheer quality of the voice of ‘The People’s Tenor’ with a 101-disc collection presenting every role he ever recorded and performed. Every role since his debut recording of La Bohùme in 1961 is included, allowing critics, collectors and opera lovers once more to appreciate his truly exceptional gifts. Every single opera is presented in the best possible audio quality, remastered at Abbey Road under the supervision of former Decca engineers.

‱ 95 CDs + 6 Blu-ray Audio discs in original jackets
‱ Presenting EVERY role ever performed, brought together for the first time
‱ Complete opera recordings from Decca, DG and Philips
‱ Includes two opera recordings from EMI/Warner Classics: L’amico Fritz and Don Carlo
‱ 34 complete operas PLUS a number of operas he recorded more than once
‱ Also included are the stellar recordings of Verdi’s Requiem and Rossini’s Stabat Mater
‱ Recordings remastered at Abbey Road and presented in the best possible quality. 21 analogue recordings now in definitive 24-bit transfers
‱ Includes his debut performance of La Bohùme, Modena, 1961
‱ PLUS Six iconic performances in true 24-bit (Blu-ray Audio)
‱ Hardback book with new essay by James Jolly, numerous photographs from his career, press clippings and reminiscences from collaborators such as Zubin Mehta and Mirella Freni

 

 

 

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Précédents cd de Luciano PAVAROTTI, annoncés, distingués par CLASSIQUENEWS :

PAVAROTTI sony classical coffret review cd critique par classiquenews The-Great-Luciano-Pavarotti-CoffretCD, coffret, compte rendu critique. THE GREAT LUCIANO PAVAROTTI (3 cd Sony classical). Le coffret qu’édite pour l’anniversaire de la mort de Luciano Pavarotti, – ce 6 septembre 2017 marque les 10 ans de sa mort-, Sony classical vaut bien des archives majeures dĂ©voilant l’exceptionnel instinct dramatique du tĂ©nor lĂ©gendaire dĂ©cĂ©dĂ© en 2007. Le triple coffret se rend mĂȘme indispensable pour tous ceux qui souhaitent encore dĂ©couvrir et explorer ce rĂ©pertoire ciselĂ© par le tĂ©norissimo italien. De fait aux cĂŽtĂ©s de ses Donizetti et Bellini d’anthologie, il restera toujours ses premiers Verdi, avec ici un chef digne de sa lyre solaire, de son timbre stylĂ©, de ses phrasĂ©s uniques, de son legato irradiant et incandescent, de sa souveraine musicalitĂ©, de sa justesse exemplaire, de son vibrato si finement contrĂŽlé  Voici donc en volet 1 (cd1), un rĂ©cital anthologique qui vaut autant pour l’intelligence solarisĂ©e d’un timbre verdien de premiĂšre qualitĂ©, que par le tempĂ©rament orchestral et dramatique … EN LIRE +


DECCA luciano pavarotti homage to pavarotti and a tribute to pavarotti cd decca celebration septembre 2017 announce review par classiquenewsSONY classical
 et DECCA fĂȘte celui qui reste 10 ans aprĂšs sa mort, l’astre Ă©tincelant de l’opĂ©ra (avec MARIA CALLAS dont le 16 septembre 2017 marque le 40Ăš anniversaire de la disparition). Legato de rĂȘve, style nuancĂ© en vrai belcantiste, timbre solaire, articulation de l’italien somptueuse
 Luciano Pavarotti avait tout. Certes le corps impressionnant du gĂ©ant au mouchoir blanc en faisait un piĂštre acteur sur la scĂšne, mais la voix incarnait totalement l’enjeu dramatique de chaque air.

 

 

 

CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : MAGNIFICAT de JS BACH / DIXIT DOMINUS de HANDEL (1 cd Alpha).

alpha BACH HANDEL dixit dominus  lionel meunier vox luminis cd alpha critique cd review cd critique par classiquenews cd alpha370CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : MAGNIFICAT de JS BACH / DIXIT DOMINUS de HANDEL (1 cd Alpha). Le dernier cd de Vox Luminis, choeur que l’on ne prĂ©sente plus, et qui s’agrandit ici de son propre orchestre sur instruments anciens, met en miroir assez lĂ©gitimement d’ailleurs, l’inspiration sacrĂ©e de JS Bach et de GF Handel ; le premier auteur du Magnificat dans les annĂ©es 1720, alors qu’il a quittĂ© ses fonctions de musicien de cour pour celui de Cantor Ă  Leipzig, – pour y perfectionner les chƓurs et fournir toute la musique chorale pour chaque dimanche ; le second, compositeur du Dixit Dominus, mais au dĂ©but des annĂ©es 1700, Ă  Rome, oĂč en sĂ©ducteur saxon frappĂ© et inspirĂ© par la virtuositĂ© italienne, il conquiert en mondain confirmĂ©, les plus hautes autoritĂ©s ecclĂ©siastiques et politiques. En plus de l’articulation du texte, ils partagent tout deux une mĂȘme origine, celle d’Allemagne centrale, et logiquement, une mĂȘme expertise : l’écriture du contrepoint. De l’un Ă  l’autre, c’est bien la complexitĂ© spectaculaire de l’architecture contrapuntique que nous fait entendre et que rend vivante le choeur belge Vox Luminis, voix des anges, voix des croyants, – peuple qui doute et espĂšre chez Bach ; armĂ©e dramatique voire opĂ©ratique chez Handel qui pourtant jeune, « ose » un style qui frappe par sa vĂ©hĂ©mence, exigeant l’impossible des chanteurs. Mais le dĂ©fi est totalement relevĂ© ; et la tenue des voix claires, individualisĂ©es et pourtant fĂ©dĂ©rĂ©es (avant dernier choeur du Dixit, plage 21) saisit par sa force et sa prĂ©cision expressive. C’est dire le niveau atteint par Vox Luminis, le meilleur choeur actuel dĂ©signĂ© pour les plus fines et vertigineuses cathĂ©drales chorales jamais Ă©crites au XVIIIĂš. Tout en exprimant les vertiges de la priĂšre, qu’elle soit douloureuse, introspective, dĂ©clamatoires et victorieuse, les interprĂštes savent aussi ciseler un discours oratoire dont la charge millimĂ©trĂ©e, fascine du dĂ©but Ă  la fin.

DĂšs les premiĂšres mesures du Magnificat de Bach, la sincĂ©ritĂ© collective, voix blanches directes, si proches de l’allant du texte, s’avĂšre d’une belle et tonique santĂ© vertueuse ; cela avance comme une irrĂ©pressible action de grĂące (Et Exsultavit), et aussi un temps prĂ©servĂ© de rĂ©flexion plus mĂ©ditative (hautbois obligĂ© : Quia respexit), – un temps d’accomplissement qui cultive aussi
 le mystĂšre. A travers une voix quasi enfantine, apportant en plus de l’ivresse spirituelle, une couleur de fragilitĂ© tendrement humaine.

Lionel Meunier ralentit le tempo (dans le choeur qui enchaĂźne aussitĂŽt, Omnes generationes, creusant, ciselant, l’incise du mystĂšre qui semble envelopper et inspirer tout le choeur, tel l’assemblĂ©e vivante des croyants.

Suspendu, interrogatif, l’admirable duetto « Et misericordia », le plus dĂ©chirant, se fait priĂšre pour le Sauveur en vu de l’obtention du salut
 fine ciselure, d’une sobriĂ©tĂ© dĂ©sarmante.

Puis la ligne des trompettes fait surgir l’immensitĂ© glorieuse de la voĂ»te cĂ©leste pour le choeur victorieux : Fecit potentiam (somptueuse conclusion Ăąpre et majestueuse).

TrĂšs dramatique, Deposuit potentes, dĂ©fendu par un tĂ©nor presque Ă©nervĂ© et linguistiquement excellent (Robert Bukcland) exprime la puissance divine qui s’abat.

Avec flĂ»tes obligĂ©es, d’une douceur planante, Esurientes implevit bonis pour alto rĂ©pand l’esprit sĂ»r, serein de pleine justice.

ContrastĂ©e et profonde, l’approche atteint les sphĂšres cĂ©lestes et la grĂące des anges dans le terzetto, Suscepit Israel. Les qualitĂ©s de Vox Luminis se confirment : finesse, clartĂ©, Ă©locution sobre, humaine, directe et sincĂšre du portail contrapuntique dĂ©fendu par le choeur Sicut Locutus (avec orgue seul) : le relief dĂ©taillĂ© de chaque voix dans ce choeur capital, subjugue.

Et pour exprimer la gloire éternelle de Dieu, le dernier choeur Gloria Patri (Gloire au pÚre
), la clarté agissante et magnifiquement articulé du choeur se déploie soulignant toutes les qualités superlatives de Vox Luminis : sa santé rayonnante, ses rebonds précis, affûtés, sa vivacité linguistique. Un modÚle actuel.

 

 

 

Magnificat de JS Bach, Dixit Dominus de Handel

La versatilitĂ© habitĂ©e de Vox Luminis emporte jusqu’au ciel


 

 

AprĂšs un Bach aussi prĂ©cis et ciselĂ©, la fluiditĂ© haendĂ©lienne du Dixit, trĂšs vivaldienne, paraĂźt presque trop mondaine, et d’une sensualitĂ© presque trop profane (l’entrĂ©e des voix solistes du 21), mais dĂšs les premiers mots, la vitalitĂ© serrĂ©e, active, affĂ»tĂ©e de Vox Luminis restitue Ă  l’allant de la partition du Saxon, sa tonicitĂ© plus expressive que sĂ©duisante. Les interprĂštes sauvent la virtuositĂ© parfois trop dĂ©monstrative de la partition par leur nerf, une fougue et une Ă©nergie qui s’économise et ne se dĂ©tend jamais si elle ne sert pas le texte. Haendel dĂ©veloppe davantage au risque de 
 la longueur ; il n’atteint pas la concision ni l’éllipse de Bach, si fulgurant, si essentiel. Et son style plus opĂ©ratique (Virgam virtutis tuae pour alto) perd de son impact Ă  cause de sa durĂ©e. DĂ©jĂ  dans ce Dixit des origines, se profile toute l’esthĂ©tique des futurs oratorios londoniens et anglais : plus dramatiques que spirituels.

MĂȘme ivresse suave, trĂšs lyrique, dans l’air pour soprano qui suit Tecum Principium
, Caroline Weynants que l’on connaĂźt bien, ayant chantĂ© Ă  Namur, et sous la baguette de Alarcon, sĂ©duit par la chair angĂ©lique de son magnifique timbre lyrique, toujours trĂšs proche du texte, et surtout sans aucun effet vibrĂ©, ni suraccentuĂ©. LĂ  encore un modĂšle de vertu vocale, d’intĂ©gritĂ© stylistique et musicale.

La prĂ©cision et l’articulation fascinent encore dans les 4 choeurs qui suivent oĂč l’équilibre des voix s’avĂšre d’une Ă©loquence Ă©blouissante, restituant au verbe musical choral, sa fonction premiĂšre qui est discours. Mais un acte qui fait sens et est incarnĂ© avec une Ă©nergie collective que peu de choeurs actuels peuvent offrir.

Le 3Ăš de la sĂ©rie Dominus a dextris tuis, gagne un relief trĂ©pidant, vĂ©ritable chevauchĂ©e fantastique qui Ă©videmment souligne la verve opĂ©ratique d’un Haendel rĂ©novateur de l’opĂ©ra sacrĂ© et de l’oratorio anglais. La nervositĂ© sanguine doublĂ©e d’une articulation exemplaire construisent ici un tableau collectif impressionnant par sa puissance doxologique, celle d’un Dieu de justice capable de foudroyer les puissants, fussent-ils rois. Le Conquassabit et ses notes pointĂ©es, saccadĂ©es d’une prĂ©cision dramatique spectaculaire Ă©claire encore la capacitĂ© expressive du choeur. Autant de dĂ©monstration thĂ©Ăątrale pour prĂ©parer au mystĂšre du duetto quasi final (pĂ©nultiĂšme) : De Torrente : accomplissement plus intĂ©rieur, aux accents suspendus.

Artisan du détail, le collectif veille aussi à la gradation progressive qui assure la cohérence globale.

CLIC_macaron_2014La vision de Vox Luminis observe une mise en forme de plus en plus serrĂ©e de la langue HaendĂ©lienne, naturellement promise Ă  l’éclat voire Ă  la pompe (toujours Ă©lĂ©gante), mais ici comme recentrĂ©e sur sa formidable Ă©locution discursive (en cela la boucle est bouclĂ©e, proche de Bach). Le dernier choeur, le plus dĂ©veloppĂ© du cycle et d’un contrepoint redoutable quant Ă  la mise en place, affirme une lisibilitĂ© idĂ©ale, une intensitĂ© aiguĂ«, un sens linguistique sans effet : « un parler-chanter » Ă  l’échelle du choeur. Gageure incroyable Ă  Ă©couter et pourtant bien accompli par Vox Luminis. La force et la violence dĂ©terminĂ©e qui s’en dĂ©gage sont jubilatoires.

La vĂ©ritĂ© victorieuse se dĂ©gage du choeur, formidable armĂ©e d’archanges et de prophĂštes inspirĂ©s. Tout ici relĂšve d’une cohĂ©rence en partage, d’un seul souffle et aussi d’un sens rare de la caractĂ©risation individuelle. L’abattage du texte, la clartĂ© du contrepoint, le caractĂšre intense et exaltĂ©, serviteur des sentiments que vĂ©hicule et nuance le texte : tout indique une maĂźtrise remarquable. Victoire de plus en plus lumineuse du Magnificat ; Ă©lan et progression de plus en plus prĂ©cise et dramatique du Dixit. Un nouveau cd Ă  ranger parmi les meilleures rĂ©alisations du choeur Vox Luminis (avec leur avant dernier ACTUS TRAGICUS, qui avait obtenu lui aussi la distinction suprĂȘme, le CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2016.

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CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : DIXIT DOMINUS. JS BACH / HANDEL (1 cd Alpha).

CD Ă©vĂšnement, compte rendu critique. FROBERGER par Julien Wolfs, clavecin (1 cd Musica Flora)

wolfs-julien-clavecin-froberger-cd-flora-annonce-presentation-critique-par-classiquenewsCD Ă©vĂšnement, compte rendu critique. FROBERGER par Julien Wolfs, clavecin (1 cd Musica Flora). Secret, savant, complexe
 Johann Jacob Froberger souffre d’une considĂ©ration injustement nĂ©buleuse (pour nous mystĂ©rieuse et d’autant plus fascinante) que cet album jubilatoire efface radicalement 
 tant le jeu et le toucher supĂ©rieurs du jeune claveciniste belge Julien Wolfs d’une clartĂ© rayonnante et sensuelle, restent constamment vivants et d’une saine franchise. Le claveciniste, nĂ© en 1983, humanise et incarne avec une finesse rĂ©jouissante une Ă©criture Ă  torts rĂ©putĂ©e conceptuelle voire cryptĂ©e. Rien d’inaccessible ici sous les doigts humbles et virtuoses de Julien Wolfs dont l’articulation souveraine et un sens inouĂŻ de la flexibilitĂ© rĂ©inscrivent la quĂȘte musicale de Froberger dans une interrogation lĂ©gitime sur la vie, le monde, la recherche musicale et esthĂ©tique rĂ©conciliĂ©s avec les aspirations d’un homme sincĂšre et prodigieusement juste dans ses expĂ©rimentations stylistiques. L’un des acteurs de la rĂ©habilitation spectaculaire opĂ©rĂ©e par le festival Musique & MĂ©moire en juillet 2016 (VOIR notre reportage vidĂ©o Les Cyclopes jouent Froberger), Julien Wolfs qui crĂ©ait justement ce programme pour Musique & MĂ©moire 2016, s’affirme aujourd’hui comme un pilier de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de clavecinistes. Parmi les plus douĂ©s et probablement le plus subtil et le mieux inspirĂ©. Vous n’écouterez jamais plus Froberger de la mĂȘme façon, aprĂšs l’écoute de ce nouvel album captivant.

 

Le Clavecin virtuose de Julien Wolfs

En dédiant ce programme aux mondes esthétiques de Froberger, le claveciniste belge Julien Wolfs offre le plus bel hommage au génie musical pour clavier du xviie

L’Ă©criture trahit une pensĂ©e qui augure des plus grands, Ă  la fois musique pure, jeu formel et interrogation gĂ©nĂ©rale sur l’architecture et son dĂ©veloppement. Froberger, virtuose et intĂ©rieur prĂ©figure le gĂ©nie de JS BACH, c’est dire. Ici la complexitĂ© du contrepoint gĂ©nĂ©reux autant que sinueux expriment une volontĂ© expĂ©rimentale sur le sens mĂȘme de l’Ă©coulement sonore et de la  temporalitĂ© : admirablement composĂ© le programme met en ouverture le gĂ©nie du bĂątisseur Froberger, capable de dĂ©rouler des cathĂ©drales contrapuntiques d’une gĂ©omĂ©trie puissante et abstraite
 Toccata II et Canzon II.
Mais apport des grands interprĂštes, Julien Wolfs Ă©vite toute sĂ©cheresse et dĂ©ploie le sens le plus profond comme le plus grave dans l’Ă©tonnante MĂ©ditation faite sur ma mort, momento mori de 1660,- soit 7 avant d’expirer, dont le jeune claveciniste fait une priĂšre pleine de sĂ©duction sereine, un renoncement flamboyant de grandeur et d’allusive poĂ©sie. La technique suprĂȘme se fait oublier tant les intentions et la rĂ©alisation Ă©clairent le raffinement de l’Ă©criture et sa grande vĂ©ritĂ©.
Place Ă  la construction affirmĂ©e des danses françaises ensuite, Froberger n’a til pas Ă©tĂ© l’inventeur probable du stilus fantasticus comme celui qui invente le principe des Suites.
La Gigue emporte par son allant printanier, la courante vagabonde, la sarabande saisit par sa grĂące et sa retenue d’une noblesse imperturbable.
Mort Ă  HĂ©ricourt (Franche-ComtĂ©, Haute SaĂŽne), alors proche de son Ă©lĂšve et patronne Sybille de Wurtenberg, Froberger est un esprit Ă  la fois agile, inquiet, d’une Ă©loquence intense qui sait Ă©viter tout bavardage. Son style demeure concis, dense, resserrĂ©, d’une Ă©tonnante exactitude. Osant aussi des dissonances critiques qui renseignent beaucoup sur sa propre conception de l’architecture et du dĂ©veloppement (somptueuse virtuositĂ© de la Toccata IX).

Froberger, gĂ©nie europĂ©en, approcha le virtuose Frescobaldi Ă  Rome dont il partage la science dĂ©fricheuse comme la pensĂ©e analytique, comme en tĂ©moigne l’interrogation toute en retenue grave voire lugubre des “AffligĂ©e et Tombeau sur la mort de Monsieur Blanrocher”, soit 8mn de pure rĂ©crĂ©ation temporelle et harmonique dont Julien Wolfs exprime vertiges et basculements d’un parcours formel Ă  la fois imprĂ©vu et Ă©trange, vrai miroir d’une Ăąme amie en compassion. La puissance qui Ă©mane de ce suprĂȘme morceau sonore est l’autre sommet de ce disque superlatif. Et l’une des bornes « funĂšbrement lĂ©gĂšres » qui Ă©maillent ce programme Ă©quilibrĂ©.
Compositeur diplomate, secret agent de son mĂ©cĂšne l’empereur Ferdinand IV, Froberger connut bien des vicissitudes sur les chemins de ses missions dont tĂ©moignent les accents narratifs de cette Allemande tendue, nerveuse, “faite en passant le Rhin dans une barque en grand pĂ©ril”
 la somptueuse matiĂšre expressive dont Julien Wolfs sait canaliser le fil dramatique, plein de subtiles allusions, laisse dĂ©concertĂ© : l’auditeur est saisi par tant de finesse dans un jeu qui aurait comme chez beaucoup basculer dans la mĂ©canique et la sĂ©cheresse.
La Sarabande qui suit est MajestĂ© retenue, et la Gigue suivante, d’une agilitĂ© mĂ©lancolique
 En dĂ©finitive belles introductions au volet central du programme qui est le lamento sur la mort du protecteur Ferdinand IV, hommage Ă©ternel dont Julien Wolfs articule avec une grĂące infinie l’arabesque suspendue.
Le jeu d’un calibre arachnĂ©en, communique et le deuil qui Ă©treint et l’intensitĂ© d’une priĂšre qui touche par sa sincĂ©ritĂ© sur tout le spectre du clavier jusqu’en ses ultimes aigus. La note ultime prolongĂ©e au delĂ  du mot, dans l’infini de la perte et de la peine qui en dĂ©coule.
Chaque Gigue est un espoir, une reconstruction dont le claveciniste exprime le miracle d’un flux jaillissant (somptueuse plage 17), puis la Courante volubile joue des deux claviers, la Sarabande ouvre un portique grandiose jamais envisagĂ© jusque lĂ .
La derniĂšre Toccata (X) Ă©blouit par sa finesse poĂ©tique, surtout par le souffle que lui prodigue l’Ă©loquence virtuose du jeune claveciniste. Dans cette architecture contrapuntique se dessine et se prĂ©cise une vĂ©ritable citĂ© idĂ©ale, qui rĂ©sout temps, espace, conscience.

wolfs julien clavecinFlamboyant par sa vivacitĂ© digitale, Julien Wolfs rĂ©tablit la place de l’humain et du sens, celui des VanitĂ©s universelles et donc de la mort. Il sublime l’instant musical et son dĂ©roulement en une Ă©piphanie d’une prodigieuse intensitĂ© comme en tĂ©moigne la Lamentation pour le protecteur ami, Ferdinand III qui fut capable en connaisseur et mĂ©lomane avisĂ©, de comprendre et  d’encourager la verve et l’alchimie de son prodigieux compositeur.
La vision et la maĂźtrise qu’en offre le claveciniste forcent l’admiration tant son Ă©loquence digitale se fait allusion poĂ©tique. Tout mĂ©lomane doit aujourd’hui possĂ©der et Ă©couter ce disque virtuose, Ă©crin de poĂ©sie sonore et de sincĂ©ritĂ© musicale pour se rĂ©concilier dĂ©finitivement avec le clavecin. Julien Wolfs ne maĂźtrise pas seulement le clavier, il instaure un format sonore et donc une Ă©coute partagĂ©e, d’un Ă©quilibre et d’un format idĂ©al.
Voici donc un premier rĂ©cital majeur rĂ©vĂ©lant l’un des clavecinistes les plus miraculeusement inspirĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration. Le fabuleux instrument retenu enrichit aussi la beautĂ© envoĂ»tante et enivrante de ce programme Ă  la fois virtuose, profond, bouleversant. Clic de Classiquenews de l’automne 2017.

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CLIC_macaron_2014CD événement, critique. Froberger par Julien Wolfs, Clavecin. 1 cd musica Flora-parution en octobre 2017. Parution annoncée le 20 octobre 2017. Publication incontournable. CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2017.

VOIR aussi notre reportage vidĂ©o Les Cyclopes jouent Froberger pour ses 400 ans, Ă  l’Ă©tĂ© 2016, – Festival Musique et MĂ©moire

LIRE aussi notre compte rendu critique du cd de Julien WOLFS édité chez PARATY

LIRE notre dĂ©pĂȘche annonce du cd Ă©vĂ©nement FROBERGER par Julien WOLFS

AVIGNON. Musiques médiévale pour claviers au Palais des Papes

avignon baroque en avignon musique baroque en avignon festival saison 2017 2018 coup de coeur de classiquenews 20664797_1482893888453523_2776363418729602027_nAVIGNON, le 28 octobre 2017. Au Palais des Papes, DUO MESCOLANZA. Ce duo surprend d’abord par son alliage inĂ©dit de timbres instrumentaux, qui Ă©tonne aujourd’hui, mais qui au Moyen Age, en Avignon et prĂ©cisĂ©ment Ă  la Cour pontificale au XIVĂš, Ă©tait trĂšs apprĂ©ciĂ© des puissants et riches politiques. Ainsi logiquement dans un lieu emblĂ©matique de ce courant artistique et musical, la Grande Chapelle du Palais des Papes en Avignon, Christina Alis Rauch et Julien Ferrando tiennent l’affiche du 2Ăš concert de la nouvelle saison 2017-2018 du festival MUSIQUE BAROQUE EN AVIGNON. Les deux artistes expriment la vitalitĂ© de la musique pour clavier des XIV et XVĂš siĂšcle en France et en Italie du nord, soit un voyage musical (et organologique) rĂ©alisĂ© d’aprĂšs les principales sources historiques encore accessibles, telles que le codex Faenza et le livre d’orgue buxheimer orgelbuch. il s’agit entre autres de se (re)familiariser avec les performances acoustiques et sonores des instruments emblĂ©matiques des recherches du Duo Mescolanza : le clavicytherium mĂ©diĂ©val et l’organetto. Avec d’autant plus d’intĂ©rĂȘt que les Ɠuvres sont jouĂ©es dans le lieu mĂȘme oĂč elles ont Ă©tĂ© Ă©crites. Le concert n’est pas seulement la dĂ©couverte de timbres oubliĂ©s, c’est aussi une formidable expĂ©rience sonore oĂč les instruments rĂ©sonnent dans l’espace pour lequel ils ont Ă©tĂ© produits.

 

 

 

boutonreservationSamedi 28 octobre 2017
Palais des Papes / Grande Chapelle Ă  20h30
DUO MESCOLANZA
CHRISTINA ALIS RAUCH et JULIEN FERRANDO
clavicythĂ©riums – orgues portatifs

 

 

Tarif : à partir de 8 €
Billetterie sur http://www.operagrandavignon.fr, Ă  l’OpĂ©ra Grand Avignon, et sur place le soir du concert.

 
 

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Programme :

 «Musica instrumentalis tactuum»

Musiques pour clavier XIVĂšme et XVĂšme siĂšcles en France et Italie du nord

Au temps des polyphonies de Saint-Martial et de l’ars antiqua 

De l’autre cĂŽtĂ© du Rhone
 la cour de France I.
Les cours italiennes
De l’autre cĂŽtĂ© du Rhone
 la cour de France II.
La fin du Schisme et le concile de Constance

La cour d’Aragon

 

 

 

CONFERENCE. Concert prĂ©cĂ©dĂ© par une confĂ©rence donnĂ©e par Cristina Alis Raurich et Julien Ferrando, le mĂȘme jour, samedi 28 octobre Ă  11h salle du TrĂ©sorier, Centre de congrĂšs du Palais des papes : Ars Tatoris Instrumentorum ou l’art de la musique pour clavier au XIVĂšme et XVĂšme.
Entre le XIVĂšme et le XVĂšme siĂšcle, la musique instrumentale et plus particuliĂšrement la musique pour clavier (Orgues,  Clavicymbalium et Clavicytherium) se dĂ©veloppe dans les plus grandes cours d’Europe. Ces rĂ©pertoires sont issus d’une expĂ©rience musicale qui remonte bien au-delĂ  de cette pĂ©riode et plus prĂ©cisĂ©ment dĂšs le IXĂšme siĂšcle Ă  l’époque de l’arrivĂ©e de l’orgue byzantin dans l’Europe Carolingienne. La confĂ©rence propose d’explorer les pratiques et les gestes musicaux du Moyen-Âge, mais Ă©galement les instruments et leurs rĂ©pertoires qui seront le terreau des plus grands compositeurs de la Renaissance et du Baroque tels que Sweelinck et Frescobaldi.

 

 

 

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FERRANDO orgue positif par classiquenews concert avignon presentation par classiquenews Julien Ferrando

 

 

 

PORTRAIT. Le Duo Mescolanza dĂ©die son activitĂ© musicale et scientifique au rĂ©pertoire instrumental mĂ©diĂ©val du XIVe au XVe siĂšcle. Il est dirigĂ© par le musicologue et claviĂ©riste Julien Ferrando. Les parcours musicaux diversifiĂ©s et les instruments anciens des artistes qui le composent permettent Ă  Mescolanza d’offrir des programmes d’une grande richesse musicale et interprĂ©tative autour de la musique mĂ©diĂ©vale : proposer des « relectures » des musiques patrimoniales entre interprĂ©tation et recrĂ©ation, reconstruction instrumentale. Autour des piĂšces pour le clavier et pour la voix des XIVĂšme et XVĂšme siĂšcles, le Duo propose ainsi la recrĂ©ation d’un instrumentarium principal tel que le clavicytherium mĂ©diĂ©val et l’organetto. Mescolanza cultive de nouveaux mĂ©tissages entre l’improvisation, la musique contemporaine, les nouvelles technologies.

En 2017, l’organiste catalane Cristina Alis Raurich, chercheuse et spĂ©cialiste de la musique mĂ©diĂ©vale, collabore avec Julien Ferrando et compose avec lui, le Duo Mescolanza, autour d’un programme sur la musique pour clavier au temps des Papes d’Avignon. Sa spĂ©cialisation, son parcours et son talent de claviĂ©riste enrichit le travail musical amorcĂ© avec son partenaire. Les deux artistes ont rĂ©alisĂ© une rĂ©sidence Ă  l’abbaye de Royaumont.

PassionnĂ© par la musique ancienne, Julien Ferrando s’est trĂšs vite orientĂ© vers l’étude du clavecin et de la musique baroque. Dans un esprit de recherche et d’expĂ©rimentation ; il fonde avec Jean-Marc Montera, le Groupe de Recherche et d’Improvisation musicales de Marseille et avec Jean-Michel Robert, un trio d’improvisation contemporaine qui mĂȘle pratiques anciennes et actuelles. Il crĂ©e le Duo Mescolanza en 2009.

 

 

 

La nouvelle saison BAROQUE EN AVIGNON, 9 concerts d’exception jusqu’au 13 mai 2018.
Prochain concert : samedi 28 octobre 2017 – 20h30 Palais des Papes / Grande Chapelle : DUO MESCOLANZA /CHRISTINA ALIS RAUCH , JULIEN FERRANDO, clavicythĂ©riums – orgues portatifs. Au programme, musique des XIVĂš et XVĂšme siĂšcle Ă  la Cour des Papes en Avignon (certaines piĂšces ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es pour la Chapelle avignonaise).

 

 

 

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CD, annonce. HANDEL : MESSIAH, Le Messie, version 1754 (Hervé Niquet, Alpha)

handel par niquet messiah 1754 cd annonce par classiquenews prochaine critique cd classiquenews 59ce4d81da552CD, annonce. HANDEL : MESSIAH, Le Messie, version 1754 (HervĂ© Niquet, Alpha). Encore un nouveau Messie ! Celui lĂ  devrait se distinguer
 par la version retenue, Ă  5 solistes, selon l’adaptation que fit Haendel lui-mĂȘme en 1754 pour le Founding Hospital de Londres… Fresque plus spirituelle et Ă©vocatoire que dramatique, Le Messie de Haendel est au Saxon, ce qu’est la Messe en si chez Bach : un absolu d’abord poĂ©tique avant d’ĂȘtre sacrĂ©. Toute la langue et la syntaxe les plus raffinĂ©es dont est capable le compositeur baroque germanique sont infĂ©odĂ©es au texte, son articulation, sa clartĂ© Ă  la fois rhĂ©torique et signifiante. Ici le geste sert le sens. Que nous dit le chef : «   le compositeur devait absolument faire jouer ses oeuvres et engranger un bĂ©nĂ©fice sur la soirĂ©e. L’idĂ©e de ne pas retoucher son oeuvre pour ne pas l’abĂźmer ou la dĂ©naturer est une idĂ©e totalement contemporaine. Il doit exister une douzaine de versions du Messie, je ne les ai pas toutes rĂ©pertoriĂ©es ; celle de 1754 est rarement jouĂ©e parce qu’elle exige cinq solistes : deux sopranos, alto, tĂ©nor et basse (
) Je prends le parti ici d’une version opĂ©ratique, modelĂ©e dans le drame qu’est cette histoire de la vie du Christ. »
handel-haendel-portrait-classiquenewsAprĂšs tant de versions superlatives (Gardiner, Christie, McCreesh…) qui ont rĂ©ussi le dĂ©licat Ă©quilibre entre drame et ferveur, entree opĂ©ra et oratorio… que donnera cette nouvelle lecture ? Dans les annĂ©es 1750 Ă   Londres, Handel a perfectionnĂ© un nouveau genre musical et expressif sur un livret en anglais et un sujet sacrĂ©. Le dĂ©fi est total, c’est une question de style et d’intonation : ne pas sombrer dans l’opĂ©ra et le tout thĂ©Ăątral, ne pas trop dĂ©sincarnĂ© pour autant. Quelle voie est ici dĂ©fendue ? RĂ©ponse le 13 octobre, grande critique du cd Messiah 1754 de Handel par H Niquet dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

LIRE aussi notre dossier Le Messie / Messiah de HANDEL / Haendel

CD évÚnement, annonce. FROBERGER révélé / sublimé par Julien Wolfs, clavecin (1 cd FLORA, à venir le 20 octobre 2017)

ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteurCD Ă©vĂšnement, annonce. FROBERGER par Julien Wolfs, clavecin (1 cd FLORA). Secret, savant, complexe
 Johann Jacob Froberger souffre d’une considĂ©ration complexe (pour nous mystĂ©rieuse et d’autant plus fascinante) que cet album jubilatoire efface radicalement 
 tant le jeu et le toucher supĂ©rieurs de Julien Wolfs d’une clartĂ© rayonnante et sensuelle restent constamment vivants et d’une saine franchise. Le jeune claveciniste d’origine belge, nĂ© en 1983, humanise et incarne avec une finesse rĂ©jouissante une Ă©criture Ă  torts rĂ©putĂ©e conceptuelle voire cryptĂ©e. Rien d’inaccessible ici sous les doigts humbles et virtuoses de Julien Wolfs qui est aussi le claveciniste cofondateur de l’excellent ensemble Les Timbres (notre photo)… ici, son articulation souveraine et un sens inouĂŻ de la flexibilitĂ© rĂ©inscrivent la quĂȘte musicale de Froberger dans une interrogation lĂ©gitime sur la vie, le monde, la recherche musicale et esthĂ©tique rĂ©conciliĂ©s avec les aspirations d’un homme sincĂšre et prodigieusement juste dans ses expĂ©rimentations stylistiques. L’un des acteurs de la rĂ©habilitation spectaculaire opĂ©rĂ©e par le festival Musique & MĂ©moire en juillet 2016 (VOIR notre reportage vidĂ©o Les Cyclopes jouent Froberger : lien ci aprĂšs), Julien Wolfs qui crĂ©ait justement ce programme pour Musique & MĂ©moire 2016, s’affirme aujourd’hui comme un pilier de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de clavecinistes. Vous n’écouterez jamais plus Froberger de la mĂȘme façon aprĂšs une Ă©coute de ce nouvel album captivant.
Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le jour de la publication du cd, Ă  paraĂźtre : le 20 octobre 2017.

 

 

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Approfondir
VOIR aussi notre reportage dédié aux 400 ans de FROBERGER, Festival Musique & Mémoire 2016

VOIR : Julien Wolfs en 2014, explique aux enfants la mĂ©canique du clavecin : comment le plectre et la corde produisent le son ? Captivant Ă  25’34 / lien Les Timbres sur YOUTUBE : https://www.youtube.com/watch?v=uQzzqluTkEg

Le volet AUTUMN du spectacle THE WAY TO PARADISE (création au Festival Musique & Mémoire / été 2016) / Les Timbres, Julien Wolfs (clavecin) : langueurs, extase, désir, mélancolie des compositeurs baroque britanniques du XVIIÚ

CD, annonce. MARIN MARAIS par Jay BERNFELD, Fuoco e Cenere (1 cd Paraty, Ă  paraĂźtre le 29 septembre 2017). VIOLE ENCHANTERESSE

marais-marin-jay-bernfeld-fuoco-e-cenere-viole-cd-paraty-presentation-announce-review-critique-cd-par-classiquenews-29-septembre-2017CD, annonce. MARIN MARAIS par Jay BERNFELD, Fuoco e Cenere (1 cd Paraty, Ă  paraĂźtre le 29 septembre 2017). VIOLE ENCHANTERESSE. Si l’on parle du piano de Chopin, on Ă©voque plus rarement la viole de gambe de Marin Marais (1656-1728) qui en Ă©tait au XVIIĂš, le virtuose en titre. Il y eut certes le film « Tous les matins du monde » (film signĂ© en 1991 Alain Corneau, d’aprĂšs le roman de Pascal Quignard publiĂ© la mĂȘme annĂ©e), mais la personnalitĂ© et le profil sonore du compositeur parisien se sont tus presque immĂ©diatement aprĂšs un succĂšs cinĂ©matographique et planĂ©taire retentissant.
Aujourd’hui, chez l’éditeur PARATY, le gambiste Jay Bernfeld resssuscite le chant enivrĂ©, nostalgique, sincĂšre de Marin Marais, comptant sur son instrument, la viole de gambe dont il fait ici, un ambassadeur Ă  la vibrante vĂ©ritĂ©. Jay Bernfeld connaĂźt d’autant mieux la musique de Marais qu’il l’a pratique depuis bientĂŽt quarante ans. Pour le fondateur de l’ensemble Fuoco e Cenere dont les membres se joignent Ă  lui, dans ce voyage Ă  la fois Ă©purĂ©, essentiel, d’une insondable richesse, c’est un retour aux sources ; d’autant plus marquant que le collectif sur instruments anciens n’a cessĂ© depuis plusieurs annĂ©es de diversifier ses programmes, osant souvent des dispositifs inĂ©dits.
Dans ce nouvel album, deux gambistes dialoguent et se retrouvent Ă  travers les siĂšcles, grĂące au chant d’un instrument roi, que chacun Ă  son Ă©poque a su faire vibrer comme peu. Le nouvel album discographique Ă  paraĂźtre le 29 septembre 2017, comprend 3 cycles musicaux parmi les plus inspirĂ©s de Marais : les Suites en RĂ© majeur et en Sol mineur (issus respectivement des Livres III et V – 1711 et 1725), puis, surtout la libre syntaxe d’une frappante imagination et d’un rare feu intĂ©rieur des fameuses Folies d’Espagne (Livre II de 1701).
Outre l’énergie incroyable et la flamme des passions de l’ñme que distille une musique franche et essentielle, Jay Bernfel a aussi Ă  cƓur d’évoquer de Marais, l’instrumentiste virtuose, remarquĂ© et encouragĂ© par Sainte-Colombe, le compositeur « mondain » comblĂ© par le pouvoir (Louis XIV), l’habitant du quartier Mouffetard, surtout le crĂ©ateur qui dans ses Livre de PiĂšces de viole n’ a cessĂ© d’exprimer sa conception trĂšs originale et puissante d’un idĂ©al musical, ainsi dĂ©veloppĂ©, approfondi, et comme ciselĂ© simultanĂ©ment Ă  sa carriĂšre de courtisan et son oeuvre de compositeur d’opĂ©ras. Le sujet de l’album n’est pas seulement un formidable portrait de Marin Marais, c’est aussi une immersion puissante dans une Ă©criture flamboyante qui a su atteindre jusqu’au dĂ©pouillement le plus authentique : fulgurance de la passion, profondeur de l’ascĂšse
 en somme, une musique au diapason de l’intĂ©rioritĂ© et de l’éloquence. Dans ce voyage singulier, Jay Bernfeld est accompagnĂ© par Ronald Martin Alonso (viole de gambe 2), AndrĂ© Henrich (thĂ©orbe), Bertrand Cuiller (clavecin). Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e le 29 septembre, date de la parution du disque : « MARIN MARAIS : Folies d’Espagne » par Jay Bernfeld / Fuoco e Cenere (1 cd PARATY).

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. MARIN MARAIS : Folies d’Espagne. Fuoco e Cenere / Jay Bernfeld, viole de gambe et direction (1 cd Paraty — parution annoncĂ©e le 29 septembre 2017). EnregistrĂ© en juin 2016 en l’église de Lassay-sur-Croisne.

 

 

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 Jay Bernfeld et sa viole magique (© Uit Bé Studio)

 

CD, compte-rendu, critique. WILLIAM BYRD : Virginals & Consorts / SKIP SEMPÉ, Capriccio Stravagante (1 cd Paradizo, PA 0015)

BYRD skip sempe capriccio stravagante cd annonce presentation critique review cd par classiquenews 1505121919_coverCD, compte-rendu, critique. WILLIAM BYRD : Virginals & Consorts / SKIP SEMPÉ, Capriccio Stravagante (1 cd Paradizo, PA 0015). Alors qu’il s’apprĂȘte Ă  ravir les auditeurs parisiens grĂące au festival de musique baroque «  TERPSICHORE », 15 sept – 12 oct 2017-, nouvel Ă©vĂ©nement de musique ancienne et baroque dans la Capitale française (un manque enfin comblĂ©), le claveciniste Skip SempĂ© rend un hommage particuliĂšrement affinĂ©, techniquement, esthĂ©tiquement, en l’honneur de son prĂ©dĂ©cesseur du XVIIĂš, William Byrd (1539 – 1623), lui-mĂȘme, souverain du clavier. Il s’agit d’une bande enregistrĂ©e en 1997, il y a 20 ans, mais dans une version remastĂ©risĂ©e, elle restitue mieux qu’hier, la sĂ©duction singuliĂšre d’un compositeur, claveciniste d’une qualitĂ© supĂ©rieure, maĂźtre entre Renaissance et premier Baroque. Aborder la musique de consorts de Byrd pose Ă©videmment la question du geste interprĂ©tatif, et entre autres de la rĂ©solution des ornements, des « agrĂ©ments » ou des diminutions : Ă  l’interprĂšte, le choix d’opter pour tel ou tel accent, nuance, tour technique
 propre Ă  prĂ©server la profonde et ineffable poĂ©sie du vivant, lĂ©guĂ©e par Byrd dans ses partitions.
IntercalĂ©s brillamment avec plusieurs Pavanes et Gaillardes (associĂ©es en duos rĂ©guliers), nerveuses, Ă©tincelantes, – magnifiquement choisies pour crĂ©er une dramaturgie du mouvement et de l’énergie (Ă  la façon d’une suite de danses, comme en France), de nombreux Ă©pisodes musicaux structurent un programme qui retient l’attention par sa diversitĂ© et sa grande cohĂ©rence. Le cycle ainsi jouĂ© par Capriccio Stravagante, cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du compositeur britannique William Byrd, prince de l’effusion suggestive voire Ă©nigmatique propre Ă  l’extase et cette capacitĂ© Ă  l’émerveillement nostalgique de l’Angleterre du XVIIĂš. Les instrumentistes suivent habilement le claveciniste et directeur musical de l’ensemble dans un souci rĂ©gĂ©nĂ©rateur de libertĂ© et d’invention, car Byrd ici fascine dans un jeu virtuose et multiple, proche de la maniĂšre italienne contemporaine. La musique cĂ©leste (heavenly noise) est ainsi produite par ce jeu Ă  la fois vivant et harmonique, liĂ© Ă  la capacitĂ© d’écoute et le dĂ©sir de fusion collectif ; Ă  cela s’ajoute, l’intention du relief individuel, et cette caractĂ©risation qui permet Ă  chaque session, d’exprimer intentions et sentiments en une sonoritĂ© chatoyante, heureusement rĂ©verbĂ©rĂ©e.
Le consort de violes (6) joue en dialogues sensuels parfois extatiques avec le groupe des flĂ»tes (recorders) d’un mĂȘme effectif, en miroir
 Aux deux danses invoquĂ©es et donc byrd William_Byrdsubtilement rĂ©currentes (les gaillardes sont remarquablement ciselĂ©es par le clavecin soliste de Skip SempĂ©), l’auditeur goĂ»te ce festin charnel, sensuel et cĂ©leste de mĂ©lodies probablement tubes Ă  l’époque de Byrd et rĂ©fĂ©rences trĂšs identifiables alors (The Queen’s Alman, The Leaves be green, The Carman’s Whistle, A Fancie, sans omettre la derniĂšre Pavane « Belle qui tiens ma vie » ) soit tout un monde sonore qui murmure, bouillonne, s’enivre et enchante, Ă  la fois nostalgique et extraverti. Le gĂ©nie de Byrd, « l’un des plus grands parmi les maĂźtres nĂ©gligĂ©s » (Skip SempĂ©) ne pouvait trouver meilleur tĂ©moignage. Superbe programme. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2017, pour cette rĂ©Ă©dition rĂ©vĂ©latrice.

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CLIC_macaron_2014Cd, critique. WILLIAM BYRD : Virginals & Consorts. SKip SempĂ© et Capriccio Stravagante. 1 cd Paradizio PA 0015 — 1h13 — enregistrĂ© en 1997 (remastĂ©risĂ© en 2017) — CLIC de classiquenews de septembre 2017

Programme :

1 Fantazia Ă  6, T. 389
2 Pavan & Galliard, MB 32 “Kinbourough Good” : I.
3 Pavan & Galliard, MB 32 “Kinbourough Good” : II. Galliard
4 The Queen’s Alman – Hugh Ashton’s Ground (MB 20)
5 Pavan and galliard Ă  6 : I.
6 Pavan and galliard Ă  6 : II. Galliard
7 Pavane “Mille Regretz”
8 Pavan and Galliard, MB 14 : I.
9 Pavan and Galliard, MB 14 : II. Galliard
10 Browning (The Leaves be Green)
11 Pavan a 5
12 The Carman’s Whistle, MB 36
13 The Irish March, MB 94
14 My Lord of Oxenfords Maske
15 Pavan, MB 17
16 A Fancie, MB 25
17 Praeludium & Ground
18 Pavan & Galliard, MB 60 “Ph. Tregian”, : I.
19 Pavan & Galliard, MB 60 “Ph. Tregian”, : II. Galliard
20 Belle qui tiens ma vie, MB 21 “French Corantos” : I. Pavan

Skip Sempé, clavecin / harpsichord
Capriccio Stravagante

LIRE aussi notre présentation du festival TERPSICHORE à PARIS, du 15 sept au 12 oct 2017
http://www.classiquenews.com/paris-baroque-festival-terpsichore-15-septembre-12-octobre-2017/
Le 28 septembre, concert William Byrd : Consorts privés et publics au Temple de Pentemont

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CD, critique. VIVI FELICE, Sonates de D. Scarlatti. Adeline de Preissac, harpe (1 cd La Simplesse, 2016)

preissac-adeline-de-harpe-scarlatti-cd-concert-juillet-2017-par-classiquenewsCD, critique. VIVI FELICE, Sonates de D. Scarlatti. Adeline de Preissac (1 cd La Simplesse). Adeline de Preissac Ă©claire et rĂ©Ă©crit la formidable relation voire complicitĂ© artistique et musicale qui s’est nouĂ©e entre le compositeur napolitain Domenico Scarlatti (1685 – 1757) et son Ă©lĂšve (et protectrice) la reine Maria Barbara. D’abord au Portugal (1720) puis en Espagne (1729), Scarlatti Ă©crit toutes les Sonates destinĂ©es au plaisir et Ă  la dĂ©lectation de la Souveraine, claveciniste talentueuse et elle aussi compositrice. Le sĂ©jour en Espagne allait encore marquer un cap dans l’élaboration d’une Ă©criture encore plus audacieuse, d’essence expĂ©rimentale. L’invention sans limites du crĂ©ateur sait exploiter toutes les ressources expressives des accords parfaits I, V, IV. Il n’en fallait pas moins pour susciter l’esprit de dĂ©fi (et d’expĂ©rimentaiton recrĂ©ative) de la harpiste Adeline de Preissac : 11 Sonates dĂ©voile le tissu imprĂ©visible d’un tempĂ©rament musical unique Ă  son Ă©poque, et aussi la transposition rafraichissante qu’en propose la harpiste.

FluiditĂ© rĂȘveuse, expressivitĂ© enivrĂ©e : Scarlatti rĂ©vĂ©lĂ©

En dĂ©pit des contraintes techniques liĂ©es Ă  la digitalitĂ© seule, malgrĂ© la rĂ©sonance naturelle de l’instrument, l’interprĂšte sait capter la vitalitĂ© et l’urgence de chaque piĂšce, rĂ©vĂ©lant toujours ce feu Ă  la fois poĂ©tique, libre, Ă©tonnamment suggestif et volubile d’un compositeur aussi bouillonnant qu’élĂ©gant (K 148). Les 11 Sonates rĂ©unis dans le disque rĂ©cemment paru Ă  l’étĂ© 2017 soulignent surtout l’expertise et la sensibilitĂ© de la harpiste française.  Alors que beaucoup d’élĂšves harpistes, dans les Conservatoires et pendant leurs Ă©tudes, lors de Concours aussi, apprennent les rudiments de l’instrument, se perfectionnent dans l’interprĂ©tation de transcriptions d’aprĂšs Scarlatti, aucun cd d’importance des Sonates de Domenico Scarlatti n’avait Ă©tĂ© publiĂ©. VoilĂ  une absence rĂ©parĂ©e d’autant qu’Adeline de Preissac ajoute plusieurs Sonates jamais jouĂ©es Ă  la harpe (telles les K434, K232, K148, K239, K302, K201)
 A chaque sĂ©quence, l’instrument Ă  la fois cristallin et rond affirme une sonoritĂ© enivrante qui fait surgir la profondeur et l’imprĂ©vu nĂ©s de l’intime et de la pudeur (K213). Il faut de la finesse et une expressivitĂ© Ă  la fois mordante et prĂ©cise, accordĂ©es Ă  une imagination flexible (chants et contrechants de la derniĂšre K 201), pour exprimer le souffle et la verve de chaque Sonate (K25). De toute Ă©vidence, Adeline de Preissac maĂźtrise les qualitĂ©s requises qui font le mystĂšre et l’énigme Scarlatti dans l’histoire de la musique. Programme enchanteur, musicalement flamboyant,  techniquement captivant. Bach se joue au piano, sans attĂ©nuation de son gĂ©nie. Il est grand temps de jouer Scarlatti Ă  la harpe pour en saisir diffĂ©remment le gĂ©nie protĂ©iforme et volubile. DĂ©fi relevĂ© aujourd’hui par Adeline de Preissac.

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. VIVI FELICE. 11 Sonates de Domenico Scarlatti. Adeline de Preissac, harpe (1 cd La Simplesse, enregistrĂ© en juin 2016). CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2017.

AGENDA : Adeline de Preissac joue le programme de son disque VIVI FELICE, demain samedi 29 juillet Ă  TOURS :

preissac-adeline-de-harpe-scarlatti-cd-concert-juillet-2017-par-classiquenewsSamedi 29 juillet 2017 : Cloütre de la Psalette (Tours) – 14h30
« Vivi Felice » / Sonates de Domenico Scarlatti par Adeline de Preissac, harpe – Rens. : 02 47 47 05 19 - Concert pour la sortie du CD Scarlatti (rĂ©fĂ©rence : vivifel12) — LIRE aussi notre entretien avec Adeline de Preissac

 

Compte rendu critique, opéra. Londres, ROH, le 21 juin 2017. VERDI : Otello par Jonas Kaufmann. Pappano / Warner

Compte rendu critique, opĂ©ra. Londres, ROH, le 21 juin 2017. VERDI : Otello par Jonas Kaufmann. Pappano / Warner. Les dĂ©fis d’Otello. Du studio Ă  la scĂšne, le tĂ©nor Kaufmann confirme qu’il est et demeure une valeur sĂ»re ; la promesse et la rĂ©alisation d’un chant maĂźtrisĂ©, malgrĂ© une retraite rĂ©cente obligĂ©e (vite surmontĂ©e – LIRE notre dĂ©pĂȘche « grosse fatigue pour Jonas Kaufmann, octobre 2016).

 

 

KAUFMANN-OTELLO-review-compte-rendu-critique-par-classiquenews-Jonas-Kaufmann

 

 

Jonas_Kaufmann_verdi_ album_Sony classicalHier en studio (chez Sony, enregistrĂ© en mars 2013, puis publiĂ© en octobre 2013), l’interprĂšte, vicissitudes du planning oblige, aura attendu un peu plus de 4 annĂ©es pour incarner sur la scĂšne, affres et vertiges brĂ»lants de la possession shakespearienne, proposant en ce mois de juin 2017, son premier Otello scĂ©nique. Le disque Sony (Ă  l’époque, sobrement intitulĂ© « The Verdi album » avait Ă©tĂ© Ă©lu CLIC de CLASSIQUENEWS, rĂ©compense suprĂȘme, soulignait alors (dĂšs mars 2013) l’intelligence du chanteur dans l’interprĂ©tation d’un rĂŽle parmi les plus complexes du rĂ©pertoire.
Rien n’est laissĂ© au hasard dans la carriĂšre du plus grand tĂ©nor actuel, capable de convaincre chez Wagner comme Ă  prĂ©sent chez Verdi. Les qualitĂ©s requises pour rĂ©ussir le personnage d’Otello de Verdi sont aussi diverses que redoutables (en cela Verdi s’est hissĂ© Ă  la hauteur du gĂ©nie Shakespearien, comme avant lui Berlioz tout autant passionnĂ©, inspirĂ© par la lyre poĂ©tique du poĂšte baroque britannique) : aigus claironnants comme le soupçon grandissant ; affĂ»tĂ©s comme le poignard, mais aussi couleur sombre de la folie naissante et dĂ©vorante, de plus en obsessionnelle jusqu’aux pulsions criminelles qui conduisent le Maure pourtant favori de la Fortune, Ă  assassiner sa propre Ă©pouse, DesdĂ©mone (Ă  Londres, Maria Agresta, honnĂȘte et efficace sans ĂȘtre d’une Ă©motivitĂ© mĂ©morable). Si l’emprise du serpent Iago (Marco Vratogna plutĂŽt brut et linĂ©aire, qui remplace Ludovic TĂ©zier souffrant) est Ă©vident, c’est essentiellement l’esprit instable d’Otello lui-mĂȘme qui donne matiĂšre Ă  cette course Ă  l’abĂźme. Trop faible et pourtant guerrier de valeur, la volontĂ© et l’équilibre psychique d’Otello s’effondrent face Ă  l’amour ; ici en rien force d’épanouissement ou de plĂ©nitude extatique ; plutĂŽt foyer d’une sourde et douloureuse puis tragique impuissance. Hier Jon Vickers et son timbre de loup hallucinĂ©, puis rĂ©cemment le barytĂ©nor Placido Domingo, au gĂ©nie linguistique irrĂ©sistible ont marquĂ© la caractĂ©risation du rĂŽle verdien. Son mĂ©tal sombre, rauque de fĂ©lin crĂ©pusculaire, derniĂšrement Ă©prouvĂ© (ce qui lui a causĂ© un repos obligĂ© et l’annulation de plusieurs engagements) vaut aujourd’hui au tĂ©nor Jonas Kaufmann, un retour raisonnĂ©, plutĂŽt convaincant et de prĂ©senter toutes les aptitudes pour incarner Otello : un rĂŽle autant vocal que dramatique. Car ici le chanteur est acteur.

 

 

DU DISQUE A LA SCENE

L’Otello fĂ©lin de Jonas Kaufmann

 

 

Son medium large mais timbrĂ© a fait la rĂ©ussite de ses Wagner antĂ©rieurs: Lohengrin, Parsifal et aussi Sigmund (La Walkyrie), ce dernier rĂŽle, trop injustement mis de cĂŽtĂ© au profit des autres mais d’une profondeur inouĂŻe (sous la direction de Claudio Abbado, pour le disque). Jonas Kaufmann comme ses illustres devanciers, sait faire jaillir d’un rĂŽle, une vĂ©ritĂ© souterraine irrĂ©sistible, touchante, proche, troublante.
Au Royal Opera House de Londres (ROH), le tĂ©nor munichois s’est montrĂ© Ă  la hauteur de ce formidable pari. Du victorieux « Esultate » initial qui impose la figure du gĂ©nĂ©ral dĂ©barquant en pleine tempĂȘte Ă  Chypre, Ă  l’extatique duo amoureux (I) : « GiĂ  nella notte densa », Kaufmann affirme un chant intense et noble. De plus en intĂ©rieur, il Ă©claire la possession du Maure par le poison du soupçon instillĂ© par Iago au II (« Ora per sempre addio ») : le jeune et beau capitaine Cassio (tendre et lumineux FrĂ©dĂ©ric Antoun) qu’Otello d’abord protecteur a destituĂ©, courtise DesdĂ©mone ; d’ailleurs, le rival possĂšde dĂ©jĂ  le mouchoir brodĂ© de la jeune traĂźtresse. Peu Ă  peu le feu de la tempĂȘte qui a accompagnĂ© le dĂ©barquement du gĂ©nĂ©ral se meut en torrent de haine et de jalousie ; tempĂȘte naturelle, tempĂȘte psychique.
Au III, comme embuĂ© par ses propres dĂ©mons soudainement rĂ©veillĂ©s, Otello / Kaufmann humilie son Ă©pouse alors que le ballet (version 1894) indique les artifices de la politique : des ambassadeurs vĂ©nitiens reprĂ©sentent le Doge qui rappelle Otello et l’invite Ă  rejoindre Venise
 Mais le guerrier frappe publiquement DesdĂ©mone.
Enfin c’est l’acte IV, celui du crime : Iago grand manipulateur a obtenu de sa victime Otello, totalement soumis, d’étrangler la traĂźtresse sur la couche de l’adultĂšre (supposĂ©)
 d’une simplicitĂ© Ă©conome, mais habitĂ© par l’illusion fatidique qui infĂ©ode le personnage, Kaufmann commet l’irrĂ©parable en un naturel thĂ©Ăątral d’une irrĂ©sistible progression ; le rĂ©veil aprĂšs avoir tuĂ© son Ă©pouse dont il comprend qu’elle Ă©tait innocente, rĂ©vĂšle l’horreur de la situation ; il faut un chant dĂ©pouillĂ©, franc, direct, d’une ampleur ciselĂ©e pour rĂ©ussir la vraisemblance d’une telle sĂ©quence. Kaufmann rĂ©cidive sur scĂšne ce qu’il avait rĂ©ussi dans son album discographique Ă©ditĂ© chez Sony : Ă  l’intelligence du diseur, rĂ©pond la sobre expressivitĂ© de l’acteur, d’une intĂ©rioritĂ© maĂźtrisĂ©e ; l’acteur rejoint l’acteur et sa sincĂ©ritĂ© nous touche derechef.

En deça de l’intelligence du tĂ©nor vedette, la mise en scĂšne de Keith Warner Ă©lude et simplifie, ciblant certes l’explicite, au dĂ©triment souvent de l’ambivalence et du rĂ©el trouble qui tiraille les personnages.
Quant Ă  la direction d’Antonio Pappano, la lisibilitĂ© de la ligne tragique qui enferme peu Ă  peu Otello dans l’aveuglement et la folie sous l’emprise obsessionnelle de Iago, est toujours dĂ©tectable mais le chef comme un volcan systĂ©matique, assĂšne des accoups orchestraux disproportionnĂ©s, dont la vĂ©hĂ©mence soulignĂ©e finit par ĂȘtre hors sujet : plus de nuances murmurĂ©es, de raffinement intĂ©rieur eussent Ă©tĂ© profitables (le tempĂȘte rĂ©elle et symbolique ne rĂ©sonne vĂ©ritablement qu’au dĂ©but, mĂȘme si tout l’opĂ©ra en est le prolongement progressif jusqu’à son terme sacrificiel); pourtant le temps musical rejoint le temps dramatique : chant et action doivent fusionner avec ce rĂ©alisme insidieux et subtil, superlatif (conçu par Boito librettiste de son aĂźnĂ© Verdi), portant davantage la partie d’Otello dont Kaufmann fait un fĂ©lin blessĂ©, un homme dĂ©truit dĂšs le dĂ©but, qui malgrĂ© son formidable cri de guerre, dĂ©chirant la tempĂȘte d’ouverture, porte en lui des dĂ©mons qui ne demandaient qu’à ĂȘtre tirĂ©s du sommeil. Ne reste dĂ©sormais plus qu’un sommet Ă  gravir pour le tĂ©nor munichois : le rĂŽle de Tristan de Wagner.

 

 

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Pour tous ceux qui ne peuvent se rendre Ă  Londres, pour l’applaudir dans Otello, les salles de cinĂ©ma diffusent en direct la session du 28 juin prochain. Incontournable : tĂ©nor, orchestre et chefs pourraient bien encore se bonifier.

LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche : «  le premier Otello de Jonas Kaufmann, du studio Ă  la scĂšne » : http://www.classiquenews.com/le-premier-otello-de-jonas-kaufmann/

 

LIRE aussi notre critique dĂ©veloppĂ©e du cd The Verdi Album par Jonas Kaufmann, oĂč dĂšs octobre 2015, le tĂ©nor munichois affirmait une comprĂ©hension trĂšs subtile du rĂŽle verdien, – enregistrement de mars 2013

 

 

Illustration : photo de Jonas Kaufmann / Otello, Londres juin 2017 ROH London © C Ashmore

CD Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. DE CAELIS : LE LIVRE D’ALIENOR (1 cd Bayard musique, 2016)

CD Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. DE CAELIS : LE LIVRE D’ALIENOR  (1 cd Bayard musique, 2016). Dans ce nouvel album, De Caelis dĂ©ploie toute la languissante et implorante polyphonie a capella dont l’ensemble de 5 voix de femmes nous a habituĂ© depuis ses dĂ©buts, mais avec ici une prĂ©cision et une Ă©coute collective dĂ©cuplĂ©e, pour faire surgir ce qui pouvait ĂȘtre le texte et ses espoirs du livre d’AliĂ©nor d’Aquitaine (devenue Reine d’Angleterre par son mariage avec Henri II PlantagenĂȘt), tel qu’il figure sur son gisant Ă  Fontevraud.

 
 

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DECAELIS-laurence-brisset-cd-lelivre-d'alienor-cd-classiquenews-critique-review-cdLĂ  repose la mĂšre de Richard CƓur de Lion, couchĂ©e avec dans ses mains, un livre de pierre dont le texte et les musiques sont proposĂ©es Ă  l’imaginaire de l’auditeur. GĂ©niale introduction Ă  ce voyage vocal enivrant, la piĂšce commandĂ©e au compositeur contemporain Philippe Hersant, qui lui, met en musique, contrepoint et polyphonie arachnĂ©enne, le texte du grand pĂšre d’AliĂ©nor, Guillaune d’Aquitaine, premier prince troubadour, texte surprenant qui convoque l’inouĂŻ, l’étrange, 
 le NĂ©ant. Sur ce thĂšme qui a inspirĂ© les surrĂ©alistes, Hersant joue sur trois notes formant une base mĂ©lodique rĂ©duite Ă  l’essence, des rythmes, des harmonies, tissant une soie Ă  5 d’une beautĂ© hypnotique : chant souple et polyphonies enchantĂ©es, comme une voliĂšre de voix angĂ©liques qui dispersent leurs priĂšres et leurs visions en nuĂ©es suspendues. L’ivresse portĂ©e par l’ensemble vocal Ă  la fois un et pluriel, d’une sonoritĂ© exceptionnellement cohĂ©rente, comme trĂšs individualisĂ©e aussi, accuse le relief de chaque sĂ©quence, suivant la succession des 8 groupes de textes de la Chanson de Guillaume. Le caractĂšre des voix, diaphanes, sussurrantes, embrasĂ©es, incandescentes (strophe 7 et ses cimes aiguĂ«s, languissantes d’une extase scintillante, vĂ©ritable expression de cet amour de loin oĂč pĂšse la prĂ©sence de la Belle inconnue
, rĂ©fĂ©rence Ă  l’amour de JaufrĂ© pour la Princesse de Tripoli? dont il est question ensuite) exprime dans un carillon de voix scintillantes, l’hallucination d’un texte poĂ©tique qui allie Ă©nigme et ravissement, priĂšre et rĂ©vĂ©lation, en un poudroiement sonore.

 
 
 

Dans Le Livre d’Alienor, nouveau cd paru dĂ©but mai 2017,
l’Ensemble DA CAELIS signe l’un de ses plus beaux albums


5 magiciennes chantent les 2 Aliénor de Fontevraud
Ivresse, extase, visions du verbe incarné

 
 

CD événement. De Caelis : 5 sirÚnes enchanteresses ouvrent le Livre des 2 Aliénor

 
 

Le carillon vocal rĂ©alisĂ© par De Caelis sait dire aussi la langue de Guillaume le Troubadour, d’une invention prodigieuse, dont les images inĂ©dites, portĂ©es par un langage en français mĂ©diĂ©val, Ă  la fois rustique et naturellement chantant, ne cesse de nous interroger sur le sens profond de ce poĂšme inclassable, fantastique, onirique, Ă  la fois truculent et Ă©pique. La derniĂšre strophe referme le livre enchantĂ© sur le mot qui semble en recueillir tout le mystĂšre et le sens cachĂ© : «  la contraclau », la contreclĂ©. Quelle est-elle ? OĂč se trouve-t-elle ? Nul ne le sait, ne l’a su, ne le saura jamais. Pour cristalliser la profonde question que pose ce formidable texte, la musique de Philippe Hersant comble notre frustration et notre attente. Rien que pour ce premier accomplissement de 8 mn, le programme mĂ©rite les meilleures louanges.
Puis, les 5 cantatrices accompagnĂ©es par l’organetto explore l’ardente et intĂ©rieure littĂ©rature poĂ©tique, Ă©crite par JaufrĂ© Rudel (Quan Lo rios, Lan can li jorn), Guirault de Bornelh (Res glorios), mais aussi les priĂšres et riches espĂ©rances musicales contenues dans la collection de piĂšces du Graduel d’AliĂ©nor de Bretagne (nĂ©e en 1275). La descendante d’AliĂ©nor d’Aquitaine fut Abbesse Ă  Fontevrault, elle aussi figure majeure, par son esprit, ses actions et tel qu’il en dĂ©coule du Graduel ainsi restituĂ©, par son goĂ»t. Il s’agit de piĂšces d’une grande sĂ©duction et intensitĂ© portĂ©es essentiellement par la brillance et la prĂ©cision des voix non vibrĂ©es, tenues, d’une infaillible projection, – miroir des constellations cĂ©lestes (Kyrie, 3 ; Alleluia, 5 : Ă©vocation du parfum du Paradis). D’une verve imagĂ©e fascinante, le chant a capella de Versus Lilium floruit de Saint-Martial de Limoges , une Ă©pisode aux rares splendeurs poĂ©tiques, qui convoque les dĂ©lices (rĂ©fĂ©rence florale dont le Lys) de la campagne libanaise en une succession de visions mystiques, pastorales qui rayonnent littĂ©ralement dans l’espace idĂ©alement rĂ©verbĂ©rĂ© de Fontevrault. Tout un monde de raffinement et d’évocations prĂ©cises, au double voire triple sens, – premier, sacrĂ© et mystique, voire courtois et philosophique, empruntant Ă  la nature, cĂ©lĂšbre Dieu, JĂ©sus, Marie.

La souplesse et l’intensitĂ© nuancĂ©e des voix rĂ©alisent plusieurs dĂ©fis sur le plan interprĂ©tatif : incarnation charnelle de priĂšres d’essence sacrĂ©e, c’est tout le mystĂšre et la fascination du verbe caractĂ©risĂ© par des voix trĂšs identifiĂ©es (Marie-Georges Monet et Laurence Brisset, solistes alternĂ©es dans Jesse virga (6) / La branche de JessĂ©, texte lui-mĂȘme sur le mystĂšre de la gestation et de l’enfantement, de la gĂ©nĂ©ration, du MystĂšre et du Miracle divin). Entre intensitĂ© et prĂ©sence d’une narration Ă  l’échelle humaine et chant abstrait qui cible et exprime le concept, De Caelis trouve une voie mĂ©diane, idĂ©alement Ă©quilibrĂ©e, entre suggestivitĂ© et individualitĂ© ; Ă©quation naturelle qui renforce encore l’impact expressif de chaque section. Les voix n’hĂ©sitent pas Ă  s’exposer : le soprano clair et cristallin de Caroline Tarrit (Lan can li jorn de Rudel, 7 : nouveau surgissement de l’amour lointain, associĂ© aux oiseaux de mai), associĂ© ensuite Ă  Estelle Nadau (duo bouleversant, hypnotique d’Arce siderea, d’un balancement extatique, plage 8, oĂč les deux voix – chĂ©rubins cĂ©lestes descendus sur terre, racontent le sacrifice de la MĂšre et de son Fils).

Dans un contrepoint au texte vivant et trĂšs narratif (en langue vernaculaire), Conduit Regne de Pite (11) met en avant la prĂ©cision des voix associĂ©es et ce travail particulier sur la sonoritĂ©, claire et expressive, trĂšs respectueuse des images (multiples, cumulĂ©es) d’un texte flamboyant qui cĂ©lĂšbre Marie. Quel contraste avec les lignes tendues jusqu’au bout du souffle de Surgens Jhesus (12), – claire Ă©vocation de la RĂ©surrection (et qui sur une voyelle, Ă©difie une arabesque vocal Ă  l’infini, en cela proche de l’improvisation dans le plain-chant). L’ultime piĂšce Res est admirabilis, autre louange au miracle de la maternitĂ© de la Vierge, met en avant la force expressive de De Caelis : un son collectif d’une exceptionnelle cohĂ©rence, qui n’empĂȘche cependant pas le relief voire l’ñpretĂ© de timbres caractĂ©risĂ©s : voix angĂ©liques et cĂ©lestes certes, chant de femmes dĂ©sirantes, fortes chacune de leur expĂ©rience et identitĂ© propre, et conquĂ©rantes. Le rĂ©sultat est inouĂŻ, comme l’essence du premier poĂšme, la Chanson de Guillaume d’Aquitaine. Programme jubilatoire. Dans ce nouvel album, De Caelis confirme une maestria hypersensible qu’elles sont seules aujourd’hui Ă  dĂ©fendre, dans un rĂ©pertoire particuliĂšrement difficile.

 
 

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. DE CAELIS : LE LIVRE D’ALIENOR / D’AliĂ©nor d’Aquitaine (1122/24-1204)  Ă  AliĂ©nor de Bretagne (1275-1342), deux figures de femmes de savoir et de pouvoir Ă  Fautevraud. Plain-Chant et Polyphonies des XIIĂš et XIIIĂš siĂšcle / Graduel de Fontevraud et Philippe Hersant — Parution dĂ©but mai 2017 / CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

 
 

LIRE aussi notre prĂ©sentation annonce du cd Le Livre d’AliĂ©nor par De Caelis

http://www.classiquenews.com/les-5-chanteuses-de-de-caelis-ouvrent-le-livre-des-2-alienor/

 
 
 

CD, critique. VISIONS. Airs d’oratorios et d’opĂ©ras romantiques français / VĂ©ronique Gens (1 cd Alpha)

Visions-VeroniqueGens cd critque classiquenews alpha muncher rund funkorchester cd review classiquenews-300x268CD, critique. VISIONS. Airs d’oratorios et d’opĂ©ras romantiques français / VĂ©ronique Gens (1 cd Alpha). L’excellente soprano française diseuse et tragĂ©dienne distinguĂ©e nous offre ici de remarquables « visions » sensuelles / sacrĂ©es, qui traversent et incarnent des paysages fantastiques et mystiques du plein romantisme hexagonal. La vision sur la scĂšne lyrique permet l’immersion dans ce surnaturel spectaculaire d’essence poĂ©tique que les plus grands compositeurs conçoivent avec plus ou moins de bon goĂ»t; acadĂ©miques sĂ©ducteurs ou fins bardes visionnaires.

 

 

 

Ivresse, extase de l’opĂ©ra et de l’oratorio romantiques français

 

 

PortĂ© par ses visions, l’hĂ©roĂŻne ici sublime et exalte un nouveau souffle expressif qui cristallise souvent cette fameuse scĂšne de bascule oĂč toute la psychĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e, se dĂ©voilant, rĂ©ussit la mĂ©tamorphose finale du caractĂšre. Offrant alors une palette extrĂȘmement riche d’affects, l’interprĂšte renouvelle ce qui concentre le projet lyrique, l’incarnation des passions en une catharsis foudroyante, parfois terrifiante, toujours libĂ©ratrice.
OpĂ©ra et oratorio. Mais de l’un Ă  l’autre genre s’écoule la mĂȘme veine poĂ©tique : ainsi La Vierge de Massent (1880) tout en n’évitant pas un style sulpicien, exprime avec justesse (le Puccini français ?), une vĂ©ritĂ© expressive et passionnelle qui comme Caravage avant lui, « ose » reprĂ©senter la mort de Marie. Dans l’extase infinie et l’ivresse ascensionnelle.
Exaltation, extase, ravissement, qu’ils soient mystiques ou sensuels emportent l’esprit et le corps et avec eux, l’attention subjuguĂ©e des spectateurs (priĂšre de Clotilde de Bizet / Clovis et Clotilde de 1857).

 

 

A l’inverse, les profanes s’enlisent dans un rĂȘve voluptueux qui les attache Ă  ce qui fut mais ne peut plus ĂȘtre. RĂ©sistantes et nostalgiques d’une sensualitĂ© passĂ©e Ă  jamais perdue, ni la BĂ©atrix (Etienne Marcel de Saint-SaĂ«ns, 1879), ni Lalla-Roukh de FĂ©licien David (1862) ne peuvent renoncer aux jouissances de la chair sans verser des larmes amĂšres ou une priĂšre parfois dĂ©chirante (Lalla-Roukh surtout , cf. : « Sous le feuillage sombre. »)

franck cesar portrait classiquenewsAvec l’apparition de nature divine, la rĂ©vĂ©lation s’invite dans ce banquet d’effets visuels et dramatiques. Ainsi l’oracle dans La RĂ©demption (1874 / air de l’archange : « Le flot se lĂšve ») du si mystique et poĂ©tique CĂ©sar Franck dont il faudrait un jour consacrer un album entier pour souligner combien le Pater Seraphicus a su renouveler le wagnĂ©risme, l’assimiler et s’en dĂ©tacher par originalitĂ© et puissance. AprĂšs Massenet, et pour conjurer les atrocitĂ©s sociales de la Commune, Franck toujours en narrateur Ă©pique, commet Les BĂ©atitudes (1879) dont le parfum d’expiation appelle au pardon gĂ©nĂ©ral, Ă  la rĂ©conciliation unanime autour du visage terrassĂ©, sacrificiel de la Vierge revivant ici la mort du Fils offert en don ultime
 « J’offre mon fils en sacrifice au salut de l’humanité ». La gĂ©nĂ©rositĂ© du timbre, les aigus tendus (parfois un rien tirĂ©s et forcĂ©s) mais l’intelligibilitĂ© toujours parfaitement prĂ©servĂ©e soulignent ici comme ailleurs, le mĂ©tier de la diva qui sait exprimer tout en dĂ©clamant. A l’heure oĂč tant de jeunes chanteurs souhaitent percer dans la carriĂšre, profitant de ce regain nouveau pour les recrĂ©ations romantiques françaises, l’art de “La Gens” demeure exemplaire, car la cantatrice sait chanter, jouer, exprimer, dire … sans perdre une voyelle (vrai dĂ©fi pour les sopranos), usant de son vibrato comme les chanteurs baroqueux, c’est Ă  dire avec parcimonie et comme d’un effet expressif millimĂ©trĂ©.

 

Le portrait des hĂ©roĂŻnes, femmes amoureuses, grandes adoratrices, moins pieuses que passionnĂ©ment converties, bĂ©nĂ©ficie du soprano « Falcon » de VĂ©ronique Gens (du nom de la soprano mythique propre aux annĂ©es 1830, CornĂ©lie Falcon). La tragĂ©dienne qui sait aussi Ă©mouvoir en un style aristocratique toujours digne et comme frappĂ© d’élĂ©gance, rĂ©ussit un tour de force. L’accomplissement d’une carriĂšre toute orientĂ©e en faveur de l’opĂ©ra et de l’oratorio français des annĂ©es 1850 (HalĂ©vy, Bizet), 1860 (FĂ©licien David), 1870 (Saint-SaĂ«ns, Franck), 1880 (Bruneau, Godard, Massenet) jusqu’à 1919 avec Gismonda de FĂ©vrier, sans omettre le plus ancien Stradella de 1837 de Niedermeyer (air de LĂ©onor : « Ah quel songe affreux! »). La collection d’airs permet Ă  la diva française d’affirmer son tempĂ©rament inĂ©galĂ© actuellement au service des recrĂ©ations de l’opĂ©ra romantique française (et de l’oratorio), encore confirmĂ© par ses rĂ©centes incarnations de Proserpine (1887) de Saint-SaĂ«ns (rĂ©cente critique du cd sur CLASSIQUENEWS) et La Reine de Chypre de HalĂ©vy (Paris, Ă©tĂ© 2017).
Belle sĂ©rie de rĂ©crĂ©ations rĂ©vĂ©lant l’exceptionnelle richesse toujours mĂ©connue de notre patrimoine romantique français.

 

 

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CD, critique. VISIONS. Airs d’oratorios et d’opĂ©ras romantiques français / VĂ©ronique Gens / Orchestre de la Radio de Munich, MĂŒnchner Rundfunkorchester, H. Niquet (1 cd Alpha classics / Palazzetto Bru Zane) — enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Munich en janvier 2017. Parution annoncĂ©e : juin 2017.

Visions : airs d’opĂ©ras et d’oratorios
HALÉVY, BRUNEAU, BIZET, DAVID, FÉVRIER, GODARD, FRANCK, MASSENET, NIEDERMEYER,
SAINT-SAËNS

 

 

LIRE aussi notre compte rendu critique complet dédié au cd NEERE, mélodies romantiques françaises par Véronique Gens, album jubilatoire, couronné par un CLIC de CLASSIQUENEWS, édité en octobre 2015.

 

 

CD, compte rendu critique. SALIERI : La Scuola de’Gelosi / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015)

0886445868555_300CD, compte rendu critique. SALIERI : La Scuola de’Gelosi / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015). DĂšs 1778 dans ce joyau comique palpitant, le jeune Salieri Ă  Venise affirme un gĂ©nie de l’élĂ©gance qui porte toutes les situations et aussi le profil de chacun des individus formant les couples amoureux, croisĂ©s, Ă©prouvĂ©s en un savant marivaudage, cocasse et savoureux. Salieri y recycle toute l’inventivitĂ© des Napolitains, acclimatĂ©e Ă  une langue trĂšs variĂ©e, jamais formellement prĂ©visible (ce goĂ»t et cette richesse mĂ©lodique admirĂ©s par Goethe), Ă©galant les opĂ©ras toujours trop mĂ©connus et mĂ©sestimĂ©s de Haydn pour Esterhaza, annonçant directement le meilleur Mozart, celui des Noces de Figaro et de Cosi fan tutte : ici les personnages, pris dans leur propre piĂšge, Ă©prouvent, exultent, s’abandonnent. En maĂźtre du thĂ©Ăątre mĂ©lodramatique, surtout sentimental, Ă  l’époque oĂč Greuze invente la peinture de genre nĂ©oclassique, Salieri conçoit un opĂ©ra qui brille par la vivacitĂ© des situations, l’esprit comme la grĂące des caractĂšres sur le fil. Il est Ă©vident que cette Scuola de’Gelosi, annonce 8 ans avant, Les Noces de Figaro (nervositĂ© et Ă©lĂ©gance), surtout Cosi (vĂ©ritĂ© et dĂ©jĂ  nuance nostalgique et presque sombre dans la coupe des duos et trios, finale du I). A 28 ans, Salieri se montre beaucoup plus libre et pĂ©tillant que dans le genre seria : moins contraint et antonio_salieri_1802proche de la vie, enchaĂźnant les perles comiques, vĂ©ritables pĂ©pites thĂ©Ăątrales (sans omettre le surgissement d’une vĂ©ritĂ© plus sombre et cynique comme l’air de Blasio le prĂ©cise au II, prĂ©figuration de l’Air de la Calomnie des Noces) : ici s’éprouvent les couples, leur dĂ©sir ; dans l’abattage prĂ©rossinien des recitatifs et des duos, dans la frĂ©nĂ©sie vertigineuse des finales, s’affirme l’ñge d’or du genre buffa. La Scuola de’Gelosi fut un triomphe sur toutes les scĂšnes d’Europe (Dresde, Vienne, Paris, Prague
). Salieri renouvelle alors les triomphes de son prĂ©dĂ©cesseur comique, Cimarosa On relĂšve surtout l’énergie contradictoire des finales, embrasĂ©s par l’implosion du corps social que les intrigues rĂ©pĂ©tĂ©es tendent Ă  produire et la rĂ©sistance Ă  l’inverse que les plus loyaux ne cessent d’affirmer.

Le génie de Salieri, facétieux, libertin, enfin révélé

 

 

Quand Salieri prépare Mozart


Les Gelosi de Salieri :
Un joyau comique prémozartien

Le gĂ©nie de Salieri rĂ©vĂ©lĂ© : La Scuola de'gelosi (1779)La valeur de cette captation live (qui assure vie et tension aux cĂŽtĂ©s de leur implication vocale) tient au profil des chanteurs qui savent idĂ©alement caractĂ©riser, en complicitĂ© d’élĂ©gance (et d’humour) chacun de leur air, chacune des situations : baryton Ă©lĂ©gantisisme (Florian Götz en Lumaca, rustre mais naturellement raffinĂ© : il pourrait chanter Le Comte et Guglielmo chez Mozart), tĂ©nors tout en sĂ©duction (Emiliano d’Aguanno en comte, agitĂ© par la cabriole / Patrick Vogel en lieutenant, de plus en plus malicieux, manipulateur) ; mĂȘme esprit piquant et expressif chez les femmes : Ă©patantes, l’Ernesta de Roberta Mameli, comme le rĂŽle clĂ© de la comtesse, Francesca Mazzulli Lombardi : son grand air du II (plus de 6 mn, le plus long de l’ouvrage) indique la profondeur axiale du personnage qui sait rĂ©pondre Ă  la dĂ©loyautĂ© de son Ă©poux volage (Ah, sia giĂ  de’miei sospiri
).

 

joseph II empereurSous Ă©tiquette DHM, cette « école des jaloux » / Scuola de’Gelosi de Salieri (qui annonce l’école des amants, ou Cosi fan tutte de Mozart plus tardif) mĂ©rite assurĂ©ment le meilleur accueil comme il confirme le talent dĂ©sormais bien installĂ© d’un chef et de son ensemble parmi les nouveaux dĂ©fenseurs des rĂ©pertoires baroques, classiques, prĂ©romantiques
 Voici sans conteste un nouveau joyau lyrique rĂ©vĂ©lĂ© grĂące au chef Werner Ehrhardt et son ensemble L’Arte del Mondo; les musiciens poursuivent ainsi un partenariat discographqiue avec DHM / Sony classical, plutĂŽt bĂ©nĂ©fique. CLASSIQUENEWS avait distinguĂ© d’un CLIC prĂ©cĂ©dent, la Clemenza di Tito (non de Mozart mais de Gluck, enregistrĂ© deux ans auparavant en 2013 — lire ci aprĂšs en bas de page, notre lien vers la critique complĂšte de La Clemenza de Gluck). On retrouve ici, la mĂȘme pĂ©tillance, la poursuite d’un esprit flexible et enjouĂ© qui s’avĂšre des mieux expressifs sur la scĂšne comique ; Ă  l’acuitĂ©  bondissante de l’orchestre rĂ©pond la fine caractĂ©risation des solistes, soucieux d’articulation, ambassadeurs d’un rĂ©alisme thĂ©Ăątral qui rĂ©jouit. L’opĂ©ra napolitain prĂ©serve l’expĂ©rience scĂ©nique aux cĂŽtĂ©s du chant et dans les situations collectives, – affrontements et confrontations-, se rĂ©alise un vĂ©ritable plaisir thĂ©Ăątral. Ici Werner Ehrhardt reprend la partition vĂ©nitienne de 1778 (livret de Caterino MazzolĂ ) mais plus prĂ©cisĂ©ment dans sa version de 1783, dans l’adaptation de Da Ponte, nouvellement venu Ă  Vienne et trĂšs recommandĂ© par son maĂźtre Mazzola auprĂšs de Salieri : voilĂ  donc toute la grĂące de Lorenzo Da Ponte (portait ci dessous) chez Salieri, avant son accomplissement chez Mozart quelques annĂ©es aprĂšs. Joseph II opĂ©rait ainsi un revirement historique : aprĂšs l’essai d’un singspiel (opĂ©ra en langue allemande) avec la crĂ©ation de l’EnlĂšvement au sĂ©rail, die EntfĂŒhrung aus dem Serail de 1782, un dĂ©cret impĂ©rial rĂ©tablissait la primautĂ© de l’opĂ©ra italien sur la scĂšne du Burgtheater.
da-ponte-lorenzo-librettiste-mozartDe fait, la crĂ©ation de La Scuola de’Gelosi, perle buffa d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance, affirme cet essor du parti italien Ă  Vienne. Il en sera bientĂŽt de mĂȘme Ă  Paris et Versailles, quand Piccinni et surtout Sacchini composeront en France pour Marie-Antoinette, dans les annĂ©es 1780, rĂ©adaptant dans une langue nerveuse, expressive, dramatique (frĂ©nĂ©tique), la coupe des Lully et de Corneille (voir actuellement en mars 2017, la recrĂ©ation de ChimĂšne
 de Sacchini, Ă©galement crĂ©Ă© en 1783). Dans cet enregistrement de dĂ©cembre 2015, la verve dĂ©fendue par Salieri / Da Ponte, – l’activitĂ© irrĂ©sistible de cette jalousie premiĂšre, stimulante, sujet de bien des avatars
, ne pouvait trouver meilleurs ambassadeurs (les instrumentistes cordes et vents d’époque de l’ensemble L’Arte del Mundo crĂ©Ă© par Werner Ehrhardt en 2014, redoublent de subtilitĂ© expressive et de poĂ©sie dramatique).

CLIC D'OR macaron 200DĂ©couverte totale, dĂ©voilant ce raffinement italien Ă  la Cour de Joseph II Ă  Vienne. Aucun doute Ă  prĂ©sent : le meilleur Mozart connaissait les derniers aboutissements du Salieri comique, insolent, raffinĂ©. La Scuola de’Gelosi du prĂ©curseur contient dĂ©jĂ  l’esprit qui fait le miracle des Noces et de Cosi. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

 

 

 

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SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes.

Emanuele d’Aguanno – Conte/Tenor
Francesca Lombardi Mazzulli – Contessa/Sopran
Federico Sacchi – Blasio/Bass
Roberta Mameli – Ernestina/Sopran
Florian Götz – Lumaca/Bass
Milena Storti – Carlotta/Mezzosopran
Patrick Vogel – Tenente/Tenor
L’arte del mondo / ‹Werner Ehrhardt (direction)

 

2 CD DHM / WDR – Sony classical / parution : fin fĂ©vrier 2017.

 

 

 

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+ D’INFOS sur l’ensemble Arte del Mundo / Werner Ehrhardt
http://www.lartedelmondo.com/index.php?id=105

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salieri jeune scuola degli amanti gelosiCet enregistrement Ă©vĂ©nement reprĂ©cise a contrario de la lĂ©gende colportĂ© par le cinĂ©ma (Amadeus du TchĂšque Milos Forman, 1985) et la littĂ©rature (roman nouvelle Mozart et Salieri de Pouchkine), la vraie coopĂ©ration entre Mozart et Salieri Ă  Vienne dans les annĂ©es 1780. A ce titre, une partition commune a Ă©tĂ© dĂ©couverte Ă  Prague en fĂ©vrier 2016 : c’est encore Da Ponte qui fait le lien entre eux. Il paraĂźt Ă©vident aujourd’hui que les deux compositeurs extrĂȘmement talentueux s’estimaient l’un l’autre et connaissaient prĂ©cisĂ©ment leur Ă©criture respective, travaillant ainsi avec le mĂȘme librettiste et poĂšte, Lorenzo da Ponte (1749-1838).

DVD, compte rendu critique. SALIERI : Europa riconosciuta. Muti, Ronconi (1 dvd Erato)

salieri europa riconosciuta dvd riccardo muti alla scala ERATO diana damrau classiquenews review dvd critique CLIC de classiquenews 1507-1DVD, compte rendu critique. SALIERI : Europa riconosciuta. Muti, Ronconi (1 dvd Erato). Jeune compositeur frais moulu arrivĂ© Ă  Vienne, depuis son Italie natale, Antonio Salieri (1750-1825), est d’abord formĂ© par Gassmann, dans la capitale autrichienne dĂšs ses 16 ans, puis lui succĂšde comme compositeur de la Cour. Le compositeur italien s’inscrit donc dans la rĂ©forme de l’opĂ©ra seria telle que l’a accĂ©lĂ©rĂ© Gluck Ă  Vienne et plus rĂ©cemment Ă  Paris. Enfin en 1778, dĂ©jĂ  trĂšs expĂ©rimentĂ© en matiĂšre de drames lyriques, Salieri livre pour l’Archiduc Ferdinand, grand duc de Toscane, un nouvel opĂ©ra destinĂ© Ă  inaugurer le nouveau thĂ©Ăątre milanais alla Scala : il s’agit d’Europa riconosciuta, c’est Ă  dire Europe reconnue. Le sujet est un labyrinthe des coeurs contrariĂ©s : Semele a choisi son futur Ă©poux, Isseo, auquel elle propose le trĂŽne de Tyr. Mais le jeune homme aime Europa, elle-mĂȘme ancienne prenicessede Tyr, qui est pourtant mariĂ©e au crĂ©tois Asterio. Or Semele est dĂ©sirĂ© par Egisto qui est prĂȘt Ă  tout, pour faire empĂȘcher Semele de s’unir Ă  Isseo
 Au terme d’avatars et d’épisodes Ă  rebondissements, Isseo tue Egisto, l’agent de la discorde et de la haine, puis grĂące Ă  Europa devenue reine de Tyr (en somme la juste rĂ©paration de son malheur), peut Ă©pouser pour sa plus grande fĂ©licitĂ©, Semele


Europe scaligĂšne

Ne vous trompez pas : ce n’est pas un ouvrage sur le continent europĂ©en mais l’illustration des amours rocambolesques de la fable amoureuse, entre princes et reines, guerriers et belles fĂ©minitĂ©s, le tout dans des dĂ©cors et palais somptueux. Pour l’occasion inaugurale, le Teatro scaligĂšne dĂ©ploie un faste de dĂ©cors et machineries jamais vus jusque lĂ  (conçus par les frĂšres Galliari), composant un Ă©crin destinĂ© Ă  accueillir une action qui dĂ©jĂ  renouvelle sensiblement la forme immuable du genre seria : Salieri ose une libertĂ© formelle inĂ©dite qui tend Ă  assouplir l’orthodoxie mĂ©tastasienne, en mĂȘlant sens du drame (avec choeur trĂšs dynamique, c’est Ă  dire mouvant et mobile, a contrario du statisme inspirĂ© par le choeur antique-, danses, grandiose hĂ©roĂŻque dans le style français) et pure virtuositĂ© vocale Ă  la napolitaine (selon le modĂšle des Traetta et Jommelli entre autres, cumulant des cascades vocales parfois ahurissantes).
De fait, sur un livret relĂąchĂ© et en manque de cohĂ©rence signĂ© Mattia Verazi, le jeune Salieri – pas encore trentenaire, dĂ©veloppe en digne gluckiste, une Ă©nergie dramatique rĂ©elle, souvent irrĂ©sistible (Ă  commencer par l’ouverture, vĂ©ritable tempĂȘte qui emporte les spectateurs immĂ©diatement dans le coeur de l’action et du drame : le naufrage des princes crĂ©tois Asterio et son Ă©pouse Europa), trĂšs efficace dans sa coupe plutĂŽt rapide, enchaĂźnant sans temps morts, les sĂ©quences de plus en plus expressives et spectaculaires : 2h de durĂ©e globale dont presque 25 mn de ballet!
Enfant de son Ă©poque, soit musicien des LumiĂšres Ă  l’époque oĂč Mozart redĂ©finit la grĂące opĂ©ratique, Salieri fourmille d’idĂ©es (mais Ă  la maniĂšre d’un catalogue, car l’urgence et l’esprit de sĂ©quence priment cependant sur un tout unitaire cohĂ©rent) ; ici on relĂšve des rapprochements avec Les Nozze di Figaro (oĂč Semele est sƓur de la Comtesse) ou Don Giovanni de son gĂ©nial contemporain

En place des deux castrats crĂ©ateurs en 1778 (IssĂ©o et Asterio), Muti prĂ©fĂšre ici deux chanteuses agiles et aux timbres caractĂ©risĂ©s plutĂŽt que deux contre-tĂ©nors : c’est que l’agilitĂ© et l’abattage Ă  vocalises sont requis. Percutantes et engagĂ©es : Daniela Barcelona et Genia KĂŒhmeier
 Aigus prĂ©sents et couverts, Ă©nergique mais parfois imprĂ©cise, la Semele de DĂ©sirĂ©e Rancatore tire son Ă©pingle du jeu.
Dans le rĂŽle-titre, Diana Damrau fait le travail : agilitĂ© (vocalises inouĂŻes), tension, expression, mais comme l’écriture tend Ă  le privilĂ©gier, la pure virtuositĂ© supplante la profondeur et la finesse.
DĂ©fenseur redoublĂ© du rĂ©pertoire napolitain europĂ©en, Riccardo Muti s’enflamme, s’embrase, avec un rĂ©el sens des contrastes pour un opĂ©ra qui rĂ©tablit la princesse lĂ©gitime Europa sur le trĂŽne de Tyr: soit une direction vive, affĂ»tĂ©e qui s’inscrit telle la meilleure argumentation en faveur de Salieri. Mais, tant de virtuositĂ© dĂ©monstrative, reste positivement certes, dans le pĂ©rimĂštre de l’artifice : on est quand mĂȘme bien loin des vertiges Ă©motionnels plus justes, intimes, allusifs et si bouleversants d’un Mozart divinement introspectif (qui a dĂ©jĂ  montrĂ© son gĂ©nie du coeur humain et du drame amoureux dans Lucio Silla de 1774, par exemple
). En bonus, Muti rĂ©tablit la place du ballet intercalaire Ă  la fin du I : Ă  partir de morceaux du catalogue Salieri, en place de la partition originelle perdue ; s’y distinguent les danseurs scaligĂšnes en grande Ă©lĂ©gance musclĂ©e, nerveuse dont l’Etoile, dĂ©sormais mĂ©morable de la Scala, Roberto Bolle et sa plasticitĂ© d’éphĂšbe assoupli, acrobatique, ici dans une chorĂ©graphie du splendide chorĂ©graphe Heinz Spörli. ScĂ©nographiquement, Luca Ronconi sait exploiter parfois en exagĂ©rant, la veine spectaculaire de la production avec toujours des effets collectifs, des mouvements de foule (et de choeur), plutĂŽt surprenants, donc rĂ©ussis. Les salieristes ne pouvaient trouver meilleurs ambassadeurs de leur cause dans cette captation scaligĂšne de 2004.

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DVD, compte-rendu critique. SALIERI : Europa Riconosciuta, 1778. Riccardo Muti (Scala, décembre 2004). 1 DVD ERATO (parution : février 2017).

SALIERI : EUROPA RICONOSCIUTA
OpĂ©ra en 2 actes d’Antonio Salieri
Livret de Mattia Verazi

Mise en scĂšne : Luca Ronconi
DĂ©cors et costumes : Pier Luigi Pizzi
Chorégraphie : Heinz Spörli

Europa : Diana Damrau
Semele : Désirée Rancatore
Asterio : Genia KĂŒhmeier
Isseo : Daniela Barcellona
Egisto : Giuseppe Sabbatini

Ballet du Teatro alla Scala
Solistes : Alessandra Ferri et Roberto Bolle
Choeurs et orchestre du Teatro alla Scala
Direction : Riccardo Muti
Milan, Teatro alla Scala, 7 décembre 2004

CD, compte rendu critique. JOYCE DIDONATO : In war & peace (1 cd Erato)

didonato war and peace cd review critique classiquenews inwarandpieceCD, compte rendu critique. JOYCE DIDONATO : In war & peace (1 cd Erato). LA PAIX EST-ELLE ENCORE DE CE MONDE ? Dans un rĂ©cital Ă©laborĂ© aprĂšs les terribles attentats en France, (-enregistrĂ© ici en mars 2016, aprĂšs une tournĂ©e de concerts), Joyce DiDonato espĂšre retrouver et diffuser un peu d’apaisement grĂące Ă  son chant trĂšs habité  – vrai rĂ©confort en terres baroques : sincĂšre, radieux, engagĂ©. Telle une conscience personnelle saisie par l’horreur contemporaine, celle des attentats de Paris en novembre 2015, tout en recueillant la fibre tragique et noire, la diva sait aussi, surtout exprimer l’espoir de mondes meilleurs ; chanter les TĂ©nĂšbres, dĂ©limiter leur pĂ©rimĂštre palpitant, pour mieux en dĂ©duire la lumiĂšre
 Tout le rĂ©cital puise sa (furieuse) Ă©nergie, tendue, Ă©lectrique, voix et orchestre, dans cette exaltation exacerbĂ©e, portĂ©e vers cette nĂ©cessitĂ© de la rĂ©mission
 future.

 

 

 

DIDONATO-Joyce-diva-mezzo-classiquenews-review-cd-critique-cd-war-peace-clic-de-classiquenews-c_simon_pauly_berlin_2016_web_72dpi_1024pxCassandre annonciatrice du Chaos et de l’Apocalypse, la diva frĂ©nĂ©tique et expressionniste, sait sculpter les contrastes expressifs et poĂ©tiques dans 3 airs baroques napolitains qui sont des premiĂšres : de Leo et Jommelli (le compositeur dont parle Balzac dans ses nouvelles musicales). Entre tendresse murmurĂ©e et fureur dĂ©raisonnable, entre tempĂȘte et silence Ă©motionnel, la mezzo fait Ă©tinceler son timbre cuivrĂ© et tendu avec une maĂźtrise manifeste : Andromaque aux angoisses maternels ; Sesto Ă©lectrisĂ© par une rage vengeresse 
 permettent aussi au milieu de cette surenchĂšre radicale, la lyre sensuellement terrassĂ©e et enveloppante – d’une douceur nostalgique, du Purcell (priĂšre pacifiste et fraternelle l’Inca Orazia, figure du pardon absolu, pourtant terrassĂ© : quel symbole !) D’autant que la voix se fait caressante et d’une ductilitĂ© Ă©lĂ©giaque splendide. Qui rĂ©sisterait Ă  pareille invitation au renoncement total ? Aimant le contraste, voici immĂ©diatement, les cordes hurlantes, tendues lĂ  encore du Pensieri d’Aggrippina (Handel, 1709), mĂšre ambitieuse, monstre et femme Ă  la fois, dĂ©peinte ici en un torrent presque insupportable de haine guerriĂšre : pas de repos pour le guerrier. La guerre signifie la nĂ©gation de l’humain. A mĂ©diter donc.
Enfin concluant la premiĂšre partie « WAR / Guerre », voici l’ineffable abandon de la reine carthaginoise expirant, Didon mourant dans la musique, grĂące Ă  Purcell : existe-t-il dans ce contexte contemporain des victimes du terrorisme, pareille dĂ©ploration Ă  la vie, lĂ  aussi renoncement et dĂ©tachement serein ?
Dans « PEACE / paix », 8 airs pareillement agencĂ©s, soignant contrastes et profondeur. Lamento, le dernier visiblement conçu par Purcell en 1695 (Lead me to some peaceful gloom de l’opĂ©ra Bonduca/BoadicĂ©e) : sens du texte, incarnation ciselĂ©e, intĂ©rioritĂ© hallucinĂ©e et ligne d’une sensualitĂ© Ă  la fois contournĂ©e mais d’une intonation franche et claire, l’imprĂ©cation de la mezzo sublime la portĂ©e expressive,doloriste du texte ainsi ressuscitĂ© (rarement donnĂ©). Augelletti de Almirena dans Rinaldo de Handel, chant aux oiseaux, rentre idĂ©alement dans le thĂšme.
CLIC_macaron_2014Le coloratoure du Jommelli qui suit, rien que virtuose et exaltĂ©, conquĂ©rant, infiniment moins profond que ce qui prĂ©cĂšde (Sprezza il furor del vento d’Attilio Regolo, 1753), et d’une formulation rĂ©pĂ©titive, dĂ©pare dans ce volet pacifiste.
FrĂ©missantes, Ă  l’écoute des Ă©lĂ©ments qui rassĂ©rĂšnent manifestement : les hĂ©roĂŻnes suivantes telles Susanna (1749) chez Handel, puis Penelope chez Monteverdi (Il Ritorno, 1640), allĂ©gorie d’une harmonie enfin recouvrĂ©e, illustrent la couleur pacifiante de ce dernier volet, le mieux chantant. Le formidable relief linguistique, l’articulation naturelle de la diva baroque sĂ©duisent immanquablement, dans un rĂ©cital conçu avec la sensibilitĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ©, le tempĂ©rament palpitant de la cantatrice amĂ©ricaine. L’accompagnement d’Il Pomodoro a choisi de tendre la corde, parfois, jusqu’Ă  la rupture. Face Ă  cette nervositĂ© constante, le muscle plus incarnĂ©, – humain, de la fraternelle diva, apaise, rassure, y compris quand elle s’emporte (mais avec tact et style). Convaincant.

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CD, compte rendu critique. JOYCE DIDONATO, mezzo-soprano : In war & peace (1 cd Erato) — Handel, Leo, Jommelli, Purcell, Monteverdi. Il Pomodoro. Maxim Emelyanychev, direction — enregistrĂ© en mars 2016 – Grand Hotel Toblach.

 

 

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Mozart in the Jungle, saison 3

TĂ©lĂ©, sĂ©rie. Mozart in the Jungle, saison 3. OCS City, dĂšs le 12 dĂ©cembre 2016 : Musique classique et dolce vita ! Saison 3 inĂ©dite — À partir du 12 dĂ©cembre 2016 Ă  20h50, chaque lundi soir, sur OCS City. Pour sa troisiĂšme saison, l’équipe du Symphonique de New York gagne l’Europe, avec une nouvelle star, – lyrique, Monica Bellucci en soprano scarifiĂ©e, diva hypnotique et sirĂšne envoĂ»tante, dont le port et l’élĂ©gance ne sont pas sans faire rĂ©fĂ©rence Ă  Maria Callas, pour laquelle la carriĂšre de la chanteuse et la vie personnelle se sont inextricablement mĂȘlĂ©es.

 

 

 

MOZART IN THE JUNGLE, saison 3

 

 

 

OCS-mozart-in-the-jungle-diva-alessandra-monica-bellucci-presentation-review-compte-rendu-critique-classiquenewsDes States Ă  l’Europe, du Symphonique au lyrique… La fin de la saison 2, avec la tourmente collective consĂ©cutive Ă  la grĂšve de l’Orchestre, Ă©tait marquĂ© par le dĂ©sarroi de chaque protagoniste : chef dĂ©sorientĂ©, jeune oboĂŻste, l’instrumentiste hĂ©roĂŻne Hailey dont le spectateur a suivi chaque Ă©volution de son intĂ©gration dans l’orchestre-, en plein doute, et peut-ĂȘtre crĂ©atrice de son propre ensemble
 La rĂ©demption pour le jeune maestro latino (GaĂ«l Garcia Bernal) pourrait bien revĂȘtir les traits d’Alessandra (Monica Bellucci), soprano hier adulĂ©e qui recherche justement un chef audacieux, charismatique pour orchestrer son grand retour sur les scĂšnes lyriques europĂ©ennes
 L’actrice italienne offre un portrait sensible et crĂ©dible de la cantatrice pleine d’espĂ©rance mais aussi Ă  l’égo hypertrophiĂ©, capable du pire comme du meilleur, pour elle-mĂȘme comme pour ceux qui travaillent avec elle. De toute Ă©vidence, les scĂ©naristes renouvellent le paysage amoureux et artistique du jeune chef, passant de la naĂŻve et romantique Hailey, Ă  Alessandra, icĂŽne hyperfĂ©minine et fatale
 LĂ  encore, dans la suite de la saison 2, ce qui fait la force de la nouvelle saison de Mozart in the Jungle, c’est le relief de chaque personnage, vĂ©ritable portrait psychologique souvent dĂ©lirant, et l’acuitĂ© des situations qui rĂ©vĂšle chaque ambition
 alors dans les 10 nouveaux Ă©pisodes, qui manipule qui ?

 

 

Mozart in the Jungle, Saison 3 (10 Ă©pisodes de 30mn) — Etats-Unis, 2016 — Diffusion en France en dĂ©cembre 2016, InĂ©dit — SĂ©rie crĂ©Ă©e par Roman Coppola, Jason Schwartzman, Alex Timbers (Ă  partir du livre « Mozart in the Jungle: Sex, Drugs and Classical Music » de Blair Tindall). Compte rendu critique de la saison 3 de Mozart in the Jungle : LIRE ci aprĂšs notre “Carnet critique”.

 

 

MOZART IN THE JUNGLE, Saison 3
A partir du 12 décembre 2016, sur OCS city
Tous les lundis Ă  20h50, diffusion de deux Ă©pisodes

 

 

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CARNET CRITIQUE
Que penser du premier Ă©pisode de la sĂ©rie “MOZART in the Jungle”, saison 3 ?

 

 

mozart-in-the-jungle-alessandra-diva-et-rodrigo-dans-la-cuisine-seduction-review-report-classiquenews

 

 

FINE ANALYSE PSYCHOLOGIQUE ET HUMOUR GRINCANT
 A Venise, le jeune chef accueilli par un agent dĂ©braillĂ© excitĂ© qui lui recommande surtout de le pas coucher avec elle, dĂ©couvre la soprano vedette (dite « La Fiamma » / la Flamme) dans son palais historique
 traversant les salons majestueux sur la mĂ©lodie française « Les filles de Cadix » de l’exquis Delibes chantĂ© au Palais Garnier par son hĂŽtesse (version de Victoria de Los Angeles ? on ne pouvait choisir meilleure lecture)
 aimantation, sĂ©duction, rencontre finalement Ă©lectrique entre la cantatrice mĂ»re et le jeune maestro : la cougar et son jeune mĂąle (qui se souvient ĂȘtre tombĂ© amoureux de sa voix immĂ©diatement aprĂšs avoir Ă©coutĂ© sa Tosca phĂ©nomĂ©nale).
Pour la diva faussement simple, qui joue les sirĂšnes sĂ©ductrices auprĂšs de ce jeune homme dĂ©sirable plutĂŽt idĂ©alement testostĂ©ronĂ©, il s’agit de revenir sur la scĂšne lyrique ; du cĂŽtĂ© du maestro invitĂ©, l’admiration pour la cantatrice se mĂȘle Ă  une excitation croissante
 Ă  la curiositĂ© succĂšde un trouble d’ordre de plus en plus sexuel
 cela est trĂšs bien saisi par les scĂ©naristes, et subtilement insinuĂ© tout ua long de ce premier Ă©pisode. La diva lui fait la cuisine : meilleur moyen pour sĂ©duire et convaincre : c’est si juste. Les deux ont une revanche Ă  prendre : elle, reconquĂ©rir l’art vocal et passionner le public ; lui, remagnĂ©tiser un orchestre, transmettre le feu et le sang, surtout aprĂšs la dĂ©bandade vĂ©cue Ă  New York avec les musiciens ingrats du Philharmonique.
Puis tout tourne non au vinaigre mais dans la passion exacerbĂ©e : la diva Ă©tant une folle dingue, Ă  la sensibilitĂ© Ă©pidermique, pleurant, s’exaltant, exigeant dans un murmure de louve blessĂ©e
, exige davantage s’il veut diriger Ă  ses cĂŽtĂ©s. DĂšs le dĂ©but, on sent que cette nouvelle saison nous tiendra en haleine par la fine galerie d’égos susceptibles, extrĂȘmistes, parfois grandguignolesques, tellement rĂ©aliste.

 

 

 

LE PREMIER EPISODE DE LA SAISON 3 de « MOZART in the JUNGLE » confirme la réussite et la justesse des scénaristes : entre délire parodique et fragilité à fleur de peau, les épisodes entretiennent un habile dosage qui rend chaque protagoniste, plutÎt attachant.

 

 

mozart-in-the-jungle-classiquenews-danseur-arsenal-dragueSATIRE ET VERITÉ
 La satire et la parodie vont aussi bon train et la scĂšne oĂč Hailey imite en le caricaturant le chef de leur ensemble (Andrew Walsh Ensemble) qui doit jouer justement dans un festival Ă  Venise, est plutĂŽt hilarante
 Ce qui dĂ©bouche Ă  nouveau sur une confrontation de narcissismes exacerbĂ©e. Tout cela est l’aboutissement de sĂ©ances d’observation trĂšs prĂ©cise, tĂ©moignages d’expĂ©riences rĂ©elles qui viennent Ă©videmment du roman originel dont est issue les Ă©pisodes de la sĂ©rie : « Sex, Drugs and Classical Music » de Blair Tindall. La musique est toujours trĂšs prĂ©sente dans chaque sĂ©quence (le FaurĂ© pour violoncelle jouĂ© par l’ensemble oĂč joue Hailey)
 ce qui rĂ©tablit rĂ©guliĂšrement malgrĂ© les situations grinçantes, le quotidien de chacun : servir coĂ»te que coĂ»te la sainte musique. Soit ce qui les unit malgrĂ© leurs affrontements.
Venise et ses scĂšnes clichĂ©s pour touristes nĂ©gligents (gondoles, prises de vues des monuments le splus connus de la SĂ©rĂ©nissime
) cultive ce factice illusoire de la sĂ©rie, oĂč chacun n’écoute personne, mais toujours et exclusivement son Ă©go blessĂ©, outragĂ©, dĂ©fié  Les avatars du jeune maestros dans les rues de la CitĂ , oĂč parait le jeune garçon baroque emperruquĂ©, Ă  la façon du Don Giovanni de Losey mais Ă©videmment en plus lĂ©ger, est trĂšs habilement troussĂ© ; il introduit une autre dimension dans la narration, c’est Ă  dire le jaillissement du poĂ©tique dans un agrĂ©gat de cynisme dĂ©lirant : c’est alors une immersion simultanĂ©e dans une Venise « historique », oĂč jaillit le gemme fragile, dĂ©licat, diamantin de la diva maladive
 qui semble comme Antonia des Contes d’Hoffmann, se consumer littĂ©ralement quand elle chante. Elle veut chanter puis ne veut plus, s’affirme comme une lionne puis s’efface Ă©vanescente
 De plus en plus proche du jeune maestro RODRIGO, ALESSANDRA avoue s’ĂȘtre rĂ©fugiĂ©e aprĂšs un incident survenu dans sa carriĂšre lyrique, dans un monastĂšre Ă  Venise, une retraite comme nonne
 Le jeu de cache cache qu’impose la cantatrice au jeune maestro dont elle entend Ă©prouver la rĂ©sistance et l’affection dĂ©clarĂ©e, rĂ©tablit aussi la vĂ©ritĂ© de l’humain, cette fenĂȘtre ouverte sur l’ñme, qui confĂšre Ă  la sĂ©rie sa sincĂ©ritĂ© voire sa profondeur
 , aux cĂŽtĂ©s des scĂšnes plus Ă©moustillantes et sexy (quand par exemple Hailey drague pour le seul garçon de son ensemble, un jeune danseur belge devant l’Arsenal de Venise)
 Tout cela est bien dosĂ© et assure Ă  la narration sa richesse Ă©motionnelle, ses contrastes parfois lumineux ; rĂ©vĂ©lant la part d’intimitĂ© rĂ©elle comme le masque dĂ©fensif des hĂ©ros qui se succĂšdent, y compris chez les musiciens, qui se shootent Ă  la musique et ont comme depuis le dĂ©but de la sĂ©rie, une libido totalement libĂ©rĂ©e.

 

 

mozart-in-the-jungle-rodrigo-et-alessandra-dans-rues-de-venise-classiquenews-report-review

 

 

Au Conservatoire (rĂ©el) de Venise (la production a choisi de filmer dans les lieux rĂ©els) oĂč a Ă©tĂ© tournĂ© la scĂšne des rĂ©pĂ©titions avec la diva Alessandra, le propos est tout aussi juste : premiers accrocs sur le choix des piĂšces jouĂ©es pour leur rĂ©cital Ă  venir. Il lui suggĂšre de chanter les auteurs contemporains, des airs pour mezzos
 osant dĂ©fier l’artiste qui s’en trouve piquĂ©e mais stimulĂ©e, – osant dĂ©fier aussi l’agent de la soprano, toujours hystĂ©rique et agitĂ©, croyant mieux qu’elle, dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts de sa poule aux oeufs d’or

Dans la derniĂšre scĂšne de cet Ă©pisode 1, le concert du Walsh Ensemble Ă  San Rocco (sous le plafond noir, entĂ©nĂ©brĂ© des lumineux Tintoret), auquel se joint Hailey in extremis, est celui d’une crise personnelle pour l’hautboiste ; une catastrophe oĂč la musicienne se lĂšve en plein solo du chef violoncelliste, est virĂ©e par ce dernier,.. C’est un crĂ©tin finalement gaussĂ© par la diva et le maestro venus assistĂ©s Ă  la performance. Les 3 (le Maestro, la diva et la jeune hautboiste) finissent la soirĂ©e ensemble sans qu’il soit prĂ©cisĂ© ce qu’ils font ensuite
 De sorte que Venise revĂȘt les apparences d’un labyrinthe psychique oĂč chacun faisant l’expĂ©rience de ses propres limites, pourrait ainsi se rĂ©vĂ©ler Ă  lui-mĂȘme. Et si le vrai personnage central Ă©tait la ville et ses ruelles Ă©troites ? Le ton est plus intimiste, le scĂ©nario semble fouillĂ© davantage la psychĂ© insatisfaite de chacun. Comment tout cela va-t-il s’exprimer et se cristalliser ? On en redemande. A suivre sur CLASSIQUENEWS.COM

 

 

CD, compte rendu, critique. TELEMANN : oeuvres concertantes pour flûte, deux chalumeaux
 Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini, direction, 1 cd Alpha

telemann giovanni antonini cd alpha concerto suite chalumeau review critique cd classiquenews 3760014192456_600CD, compte rendu, critique. TELEMANN : oeuvres concertantes pour flĂ»te, deux chalumeaux
 Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini (1 cd Alpha). Voici en cette fin d’annĂ©e 2016 et prĂ©ludant Ă  l’annĂ©e Telemann 2017 (250Ăšme anniversaire de la mort : LIRE notre dossier spĂ©cial Telemann 2017), un disque miraculeux, dĂ©diĂ© aux talents multiples du compositeur de Hambourg, lequel dans sa biographie paru dans la ville hansĂ©atique en 1740, alors qu’il en est le directeur de la musique, c’est l’un des postes les plus enviables en Europe-, prĂ©cise qu’il a « appris avec enthousiasme Ă  jouer des instruments Ă  clavier, du violon, de la flĂ»te. Et Ă  prĂ©sent, je me consacre Ă  l’apprentissage du hautbois, de la flĂ»te traversiĂšre, du chalumeau, de la viole de gambe et mĂȘme de la contrebasse et du trombone ». Rien de moins. Telemann douĂ© en tout, accomplit des trĂ©sors d’inspiration et de raffinement, maĂźtre incontestĂ© de l’écriture pour chacun des instruments. CĂ©lĂ©brant les facettes multiples du gĂ©nie de Hambourg, le cd pilotĂ© et conçu par le directeur du Giardino Armonico (fondĂ© en 1985, soit il y a plus de 30 ans Ă  prĂ©sent), Giovanni Antonini rayonne d’un feu raffinĂ© inouĂŻ, lui-mĂȘme Ă  la flĂ»te, dans l’exceptionnellement Ă©clectique et europĂ©enne, Suite TWV 55:A2, dont chaque danse et sĂ©quence est caractĂ©risĂ©e avec une fluiditĂ© amoureuse (Air Ă  l’italien : sublime de lĂącher prise et d’élĂ©gance naturelle) par un orchestre d’une palpitante expressivitĂ© : la musicalitĂ© rayonnante et nuancĂ©e du Giardino Armonico est Ă  son meilleure ; mais aussi le Concerto TWV 51:C1, ou l’ultime Concerto di camera, toujours pour flĂ»te (traverso / recorder), TWV 43:G3. L’intelligence le dispute Ă  l’intĂ©rioritĂ© ; l’élĂ©gance Ă  l’éloquence. Le dĂ©concertant car audacieux morceau pour deux Chalumeaux (ancĂȘtre de la clarinette oĂč le chef douĂ© lui aussi pour les instruments, – il assure  la partie de chalumeau tĂ©nor), indique une autre corde Ă  l’arc fabuleusement douĂ© de Telemann :
l’expĂ©rimentation esthĂ©tique. Telemann innove (pour crĂ©er mais en vain, un mythique et toujours inaccessible style germanique : en fait, il synthĂ©tise et produit de l’inĂ©dit), il ose, et rĂ©ussit lĂ  des alliances de timbres, des frottements expressifs, des climats aussi, d’une poĂ©sie remarquable. VoilĂ  en cette fin d’annĂ©e 2016, un autre joyau musical Ă  classer dans notre rayonnage des incontournables, d’autant plus indiquĂ©s pour la prochaine annĂ©e Telemann 2017. Remarquable.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu, critique. TELEMANN : oeuvres concertantes pour flĂ»te, deux chalumeaux
 Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini, direction, 1 cd Alpha classics « baroque », 1h14mn, Alpha 245. EnregistrĂ© en 2012 et 2013. CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

Baroques et Romantiques Français à Rio

procopio-bruno-portrait-vignette-verticale--maestro-skyscraper-sept-dec-16RIO DE JANEIRO, les 4 et 7 octobre 2016. Bruno Procopio dirige Français Baroques et Romantiques. Rien ne semble rĂ©sister Ă  l’Ă©lectricitĂ© communicative du chef transatlantique, Bruno Procopio. Entre ancien et nouveau monde, de Paris Ă  Rio, le jeune maestro franco-brĂ©silien joue et rĂ©ussit la carte des Ă©changes musicaux en interprĂ©tant avec la subtilitĂ© requise – grĂące Ă  sa maĂźtrise des instruments d’Ă©poque, et aussi de la pratique “historiquement informĂ©e”, les compositeurs français, baroques et romantiques. En tĂ©moignent les deux concerts Ă©vĂ©nements prĂ©sentĂ©s Ă  Rio de Janeiro (BrĂ©sil), les 4 et 7 octobre prochains, Sala Cecilia Meireles : au programme, d’abord un programme “Des LumiĂšres au Romantisme” avec Rameau (un compositeur qu’il connaĂźt sur le bout des doigts), Jadin, Rigel, Dauvergne, Mozart et GrĂ©try ; puis le 7 octobre, dans un programme intitulĂ© “De la RĂ©volution Ă  l’Empire” :  Rameau (sublime Suite de Castor et Pollux, version de 1782, rĂ©orchestrĂ© par Dauvergne entre autres), Saint-George, Jadin et MĂ©hul (la Symphonie n°1 devrait ĂȘtre une rĂ©vĂ©lation). Pour exprimer le souffle et l’Ă©lĂ©gance des oeuvres programmĂ©s, Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (qu’il a dĂ©jĂ  dirigĂ© les deux annĂ©es passĂ©es) et la pianofortiste sensible et virtuose, Nathalia Valentin (qui est aussi Ă  la ville, son Ă©pouse). Energie, complicitĂ©, articulation sont au rendez vous de ces 2 concerts cariocas Ă©vĂ©nements. Et pour refermer une formidable boucle transatlantique, le chef aux deux cultures en dialogue, dirige Ă  Paris, au TCE, un remarquable programme Villa-Lobos, Jobim, Milhaud, Neukomm, le 4 dĂ©cembre 2016, pilotant les forces vives de l’Orchestre Lamoureux… De Paris Ă  Rio de Janeiro, Bruno Procopio est bien le chef transatlantique de l’heure. Un exemple pour tous les musiciens de sa gĂ©nĂ©ration par son ouverture et sa connaissance (rare) de la pratique “historiquement informĂ©e” qu’il apporte actuellement aux orchestres sur instruments modernes…

LIRE notre présentation complÚte des concerts Baroques et Romantiques dirigés par Bruno Procopio avec la pianofortiste Natalia Valentin, les 4 et 7 octobre 2016, Sala Cecilia Meireles de Rio de Janeiro (Brésil)

 

 

2Ăšme Semaine de musique baroque Ă  Rio

Bruno Procopio et Natalia Valentin jouent les Baroques et Romantiques Français à Rio

2 derniers concerts Ă  ne pas manquer (4 et 7 octobre 2016)

 

 

 

Rio de Janeiro, Sala Cecilia MeirelesRIO de Janeiro : Bruno Procopio, maestro expressivo !

Mardi 4 octobre 2016

Programme
Des LumiĂšres au Romantisme

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Extraits des Nouvelles Suites de PiĂšces de clavecin

Hyacinthe JADIN (1776-1800)
Sonate pour pianoforte op. IV n°3 en fa# mineur

Henri-Joseph RIGEL (1741-1799)
Duo pour clavecin et pianoforte op. XIV n°1 en mib majeur

Antoine DAUVERGNE (1713-1797)
Chansons pour soprano, violon, pianoforte et clavecin

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)
Sonate pour clavecin et accompagnement de violon K.9 en sol majeur (K9)
Sonate pour violon et pianoforte en mi mineur (K304)

AndrĂ©-Ernest-Modeste GRÉTRY (1741-1813)
Romances

 

Katia Velletaz*, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
Bruno Procopio, clavecin
Natalia Valentin, pianoforte

*chanteur en résidence

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Consultez aussi le site du CMBV, page agenda

Dans les annĂ©es 1760, la fin du rĂšgne de Louis XV est marquĂ©e par un frĂ©missement artistique sans prĂ©cĂ©dent : l’ancien style baroque cĂšde insensiblement la place Ă  une nouvelle musique, teintĂ©e des courants germaniques de l’« Empfindsamkeit » et du « Sturm und Drang ». Les anciennes formes, les anciens genres, les anciens instruments perdent de leur lustre au profit d’expĂ©riences musicales jusque-lĂ  inouĂŻes. Toute une gĂ©nĂ©ration de compositeurs contribue Ă  ce renouveau, rĂ©vĂ©lant des personnalitĂ©s plus ou moins fortes et attachantes. Rameau ou Mondonville avaient amorcĂ© une nouvelle orientation ; ce sont Dauvergne, Rigel ou GrĂ©try qui prolongeront cette voie. À quinze ans d’intervalle, les compositions du jeune Mozart (de passage en France en 1763 et 1778) tĂ©moignent Ă  leur maniĂšre de la rapide Ă©volution des goĂ»ts. Le classicisme est en marche.

 

 

 

valentin_Natalia_pianoforte_valentin_beethoven_caprices_bagatellesRio de Janeiro, Sala Cecilia Meireles

Vendredi 7 octobre 2016

Programme
De la RĂ©volution Ă  l’Empire

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Suite de Castor et Pollux (version 1782)

Joseph Bologne de SAINT-GEORGE (1745-1799)
Concerto pour violon et orchestre op. II n°2 en ré majeur

Hyacinthe JADIN (1776-1800)
Concerto pour piano et orchestre n°2 en ré mineur

Nicolas-Étienne MÉHUL (1763-1817)
Symphonie n°1 en sol mineur

Orchestre Symphonique du Brésil (OSB)
Stéphanie-Marie Degand, violon
Natalia Valentin, piano
Bruno Procopio, direction musicale

RESERVEZ votre place

Consultez aussi le site du CMBV, page agenda

À la veille de la RĂ©volution, Paris est devenu la capitale internationale des arts, et tout particuliĂšrement de la musique. On y croise les auteurs les plus cĂ©lĂšbres du temps, Piccinni, Salieri, Mozart, J.C. Bach, Paisiello et beaucoup d’autres. Si l’OpĂ©ra fascine par son ton Ă©pique et ses effectifs colossaux, les sociĂ©tĂ©s de concert attirent un public tout aussi nombreux qui se presse pour entendre les symphonies et les concertos Ă  la mode. L’ancien rĂ©pertoire vit ses derniĂšres heures : seul Rameau, avec Castor et Pollux, connaĂźt encore les honneurs de la scĂšne passĂ© 1780. Le Chevalier de Saint-George – surnommĂ© « le Mozart noir » – est une des personnalitĂ©s les plus influentes : ses concertos, redoutables, marquent une nouvelle Ă©tape dans l’escalade Ă  la virtuositĂ© qui caractĂ©rise alors l’École de violon française. À la mĂȘme pĂ©riode, Hyacinthe Jadin dĂ©veloppe les possibilitĂ©s du nouveau pianoforte ; nommĂ© professeur au Conservatoire lors de sa crĂ©ation en 1795, il fait figure de visionnaire mais sera fauchĂ© par la mort Ă  24 ans seulement. MĂ©hul, quant Ă  lui, se rĂ©vĂšle avec Cherubini l’un des premiers compositeurs français au style vĂ©ritablement « romantique » : ses sonates, ses opĂ©ras et surtout ses quatre symphonies, ouvrent la voie Ă  une musique d’un nouveau genre et marqueront toutes les premiĂšres annĂ©es du XIXe siĂšcle.

 

 

 

discographie

 

cd-Bruno-Procopio-karl-philipp-emanuel-Bach-sonates-wurtembergeoises-1742-1743-bruno-procopio-clavecin-582-PARATY515501_couv_HM Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014)… CD. Compte rendu critique. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014). 2014 s’est achevĂ© sans que l’on ait vraiment en France saluĂ© ni commĂ©morĂ© le gĂ©nie du fils Bach le plus zĂ©lĂ© et respectueux de son pĂšre : Carl Philipp Emanuel. Celui qui fit tant pour la rĂ©habilitation de l’oeuvre paternelle (avant Mendelssohn), fut aussi mĂ©prisĂ© et minorĂ© par son employeur Ă  Berlin, -FrĂ©dĂ©ric II-, qu’il devint aprĂšs Telemann, Ă  Hambourg, une personnalitĂ© de premier plan : officielle et vĂ©nĂ©rĂ© comme Haydn Ă  Vienne. C’est que le gĂ©nie exceptionnel de CPE pour le


Rameai in Caracas, Bruno Procopio CD. Bruno Procopio : Rameau in Caracas… CD. Rameau in Caracas (Bruno Procopio et The Simon Bolivar Symphony orchestra of Venezuela, 2012)   
  DĂ©fi magistral rĂ©ussi pour jeune chef audacieux ! Ce nouveau cd Paraty adoube trĂšs officiellement le tempĂ©rament du claveciniste Bruno Procopio comme chef d’orchestre. Poursuivant une nouvelle et dĂ©jĂ  riche collaboration avec les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens de l’Orchestre Simon Bolivar (la phalange qui hier accompagnait et permettait aussi l’essor du jeune Gustavo Dudamel), Bruno Procopio ne montre pas seulement sa lumineuse sensibilitĂ© et sa versatilitĂ© contagieuse chez Rameau, il confirme l’ampleur et la sĂ»retĂ© de son approche, n’hĂ©sitant pas ici Ă  aborder le compositeur


CD Ă©vĂ©nement. Rameau rĂ©vĂ©lĂ© Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (label Paraty)… Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (Procopio, 2012) critique de cd Avec ses PiĂšces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inĂ©galĂ© dans l’art de la musique de chambre mais selon son goĂ»t, c’est Ă  dire avec impertinence et nouveautĂ©: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osĂ© revendiquer son autonomie expressive de la sorte. PubliĂ© en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la rĂšgne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait Ă©clater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confinĂ© devient soliste…

 

 

valentin_Natalia_pianoforte_valentin_beethoven_caprices_bagatellesbeethoven_rondos_bagatelles_pianoforte_natalia_valentin_cd_ParatyCD Ă©vĂ©nement Natalia Valentin, pianoforte joue les Bagatelles de Beethoven (1 cd Paraty)… Et de 7! Depuis sa crĂ©ation en 2006, le jeune label Paraty, portĂ© par le claveciniste Bruno Procopio, enchaĂźne les rĂ©ussites discographiques. AprĂšs plusieurs rĂ©citals signĂ©s Ivan Illic, Nicolas Stavy, et rĂ©cemment un superbe enregistrement Mendelssohn de Cyril HuvĂ© (sur un piano Broadwood 1840), voici le dernier disque de la fortepianiste Natalia Valentin, dans un cycle de partitions du jeune Beethoven. Le choix de l’’instrument (prodigieux fortepiano d’un facteur anonyme de l’Allemagne du sud, de la fin du XVIIIĂš, restaurĂ© par Christopher Clarke), grĂące Ă  sa “prell-mĂ©canique”, apporte un regard neuf et une sonoritĂ© Ă  la fois perlĂ©e et vivifiante sur les oeuvres choisies: Rondos et Bagatelles (7 de l’opus 33, datĂ©es de 1802) d’un feu Ă©poustouflant entre nervositĂ©, grĂące et Ă©lĂ©gance. Mais dĂ©jĂ  pour NoĂ«l 2009, le jeune label aux pĂ©pites musicales annonce un superbe double album “Matinas do Natal” de Marcos Portugal: l’ensemble Turicum enregistre en premiĂšre mondial une partition crĂ©Ă©e Ă  Rio de Janeiro en 1811, vĂ©ritable crĂšche pastorale sur le thĂšme de la NativitĂ© aux couleurs inĂ©dites
 LIRE notre compte rendu complet du cd Les Bagatelles de Beethoven par la pianofortiste Natalia Valentin (aoĂ»t 2009).

 

 

 

Comptes rendus

LIRE notre compte rendu critique complet de Renaud de Sacchini par Bruno Procopio, Luisa Francesconi (les 21 et 22 mars 2015, Sala Cecília Meireles, Rio de Janeiro, Brésil)

 

 

Marcos Portugal, le Rossini luso-brĂ©silien Compte rendu. Bruno Procopio ressuscite Marcos Portugal Ă  Rio (10 dĂ©cembre 2012). Rio, OpĂ©ra. Le 10 dĂ©cembre 2012. Marcos Portugal: L’oro no compra amore
 Leonardo Pascoa (Giorgio), 
 Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB, Orquestra SinfĂŽnica Bresileira). Bruno Procopio, direction L’Oro no compra amore ressuscite Ă  Rio Exaltante rĂ©habilitation Ă  l’OpĂ©ra de Rio (Theatro Municipal) du compositeur luso brĂ©silien Marcos Portugal: son opĂ©ra comique italien L’Oro no compra amore valait bien cette recrĂ©ation, d’autant que dĂ©jĂ  applaudi et mĂȘme cĂ©lĂ©brĂ© dĂšs 1804 Ă  Lisbonne, il s’agit du premier opĂ©ra italien crĂ©Ă© sur le sol brĂ©silien Ă  l’époque du jeune empire brĂ©silien en 1811. L’initiative est d’autant plus lĂ©gitime que Rio redĂ©couvre l’un de


 

 

 

 

VOIR

 

Bruno Procopio joue Neukomm et Gossec Ă  Rio (Symphonie Ă  17 parties), Cidade das Artes, Rio de Janeiro, le 4 avril 2015. VIDEO. Bruno Procopio dirige la Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm Ă  Rio de Janeiro (avril 2015). Montage © studio CLASSIQUENEWS.COM 2015. Le chef d’orchestre franco brĂ©silien Bruno Procopio fait retentir le romantisme enflammĂ© martial et lyrique de la grande Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm crĂ©Ă©e en 1817. la Symphonie Ă  17parties de François-Joseph Gossec (1734-1829), composĂ©e en 1809. Partition majeure de la symphonie romantique française Ă  l’époque de NapolĂ©on : entre classicisme et premier romantisme, la virtuositĂ© Ă©nergique de Gossec s’impose Ă  nous, commune Ɠuvre fondatrice du symphoniste français Ă  l’époque des Viennois Haydn, Mozart et Beethoven. Bruno Procopio s’engage pour diffuser la connaissance et l’interprĂ©tation des compositeurs français en AmĂ©rique Latine : aprĂšs avoir dirigĂ© le Simon Bolivar Orchestra du Venezuela, le jeune chef Ă  la double culture, brĂ©silienne et française, retrouvait l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil Ă  Rio de Janeiro dans un programme dĂ©diĂ© au premier romantisme français : vitalitĂ© et Ă©nergie, puissance mais sensibilitĂ© aux dĂ©tails instrumentaux
 la direction du chef de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Ă  la fois analytique et dramatique, trouve un Ă©quilibre idĂ©al au service des grands classiques et romantiques français. Extraits vidĂ©o exclusifs © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

VOIR notre reportage Bruno Procopio dirige Ă  Caracas, en septembre 2013 :

Orquesta barroca Juvenil Simon Bolivar, Carracas, Bruno Procopio, CPE Bach, Carl Philip Emanuel BachVIDEO. A Caracas, Bruno Procopio joue CPE Bach avec l’Orchestre Simon Bolivar. En septembre 2013, le chef franco brĂ©silien retrouve Ă  Caracas les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar dans plusieurs Concertos et Symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach. AprĂšs avoir jouer Rameau (ouvertures et ballets des opĂ©ras, mais sur instruments modernes en 2012), Bruno Procopio inaugure le nouvel ” Orquesta Barroca Juvenil SĂ­mon Bolivar “, phalange dĂ©sormais dĂ©diĂ©e Ă  l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e des Ɠuvres baroques, classiques et prĂ©romantiques. Fougue, prĂ©cision, style, mordant, l’entente du chef invitĂ© et des instrumentistes rĂ©alise l’un des meilleurs concerts CPE Bach de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, soulignant aussi l’anniversaire CPE Bach en 2014 (300 ans de la naissance). Le fils de Jean-SĂ©bastien est un gĂ©nie dĂ©fricheur et expĂ©rimentateur : sa virtuositĂ© au clavier s’entend aussi Ă  l’orchestre d’une libertĂ© inventive Ă  la fois, mĂ©lancolique et fantaisiste voire fantasque
 trĂšs liĂ©e aux nouvelles tendances esthĂ©tique de l’Empfindsamkeit (“sensibilitĂ©â€, courant littĂ©raire surtout qui prĂ©figure dĂ©jĂ  les affres et vertiges du sentiment romantique). Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM

 

 

VOIR notre reportage Bruno Procopio recrĂ©e L’Oro no compra amore de Marcos Portugal, dĂ©cembre 2012 :

Bruno Procopio dirige Renaud de Sacchini Ă  Rio de JaneiroRIO, OpĂ©ra : Bruno Procopio dirige L’Oro no compra amore de Marcos Portugal (dĂ©cembre 2012). Marcos Portugal, compositeur officiel de la cour impĂ©riale du BrĂ©sil compose nombre d’ouvrages italiens dont la verve et le raffinement prĂ©figure directement Rossini
 Bruno Procopio ressuscite L’oro no compta amorce, premier opĂ©ra italien reprĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Rio
 Pour les 250 ans de sa naissance, l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (Orquesta Sinfonica Brasileira) cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du compositeur portugais, Marcos Portugal (1762-1830). Le jeune chef français d’origine brĂ©silienne Bruno Procopio dirige les musiciens dans une partition crĂ©Ă©e d’abord Ă  Lisbonne en 1804 puis reprise en 1811 Ă  Rio : L’oro non compta amorce l’essor de l’opĂ©ra dans le nouveau monde. L’OpĂ©ra de Rio accueille cette recrĂ©ation majeure qui conclut la saison musicale de l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil. PrĂ©sentĂ©e en version de concert le 10 dĂ©cembre 2012, l’ouvrage jalonne un champ d’expĂ©rimentation qui permet aux instrumentistes d’élargir leur rĂ©pertoire tout en ressuscitant des Ɠuvres mĂ©connues.  GRAND REPORTAGE VIDEO, version français © CLASSIQUENEWS 2012

 

 

 

Paris, TCE, Théùtre des Champs Elysées
Dimanche 4 décembre 2016

Bruno Procopio dirige l’Orchestre Lamoureux
dans un programme Villa-Lobos, Milhaud, Jobim, Neukomm…

procopio-bruno-maestro-chef-d-orchestrePARIS, TCE. Musique brĂ©silienne Ă  Paris, le 4 dĂ©cembre 2016. Tubes et musique sacrĂ©e : de Villa-Lobos et Jobim Ă  Neukomm. Orchestre associĂ© du TCE ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, l’Orchestre Lamoureux offre un concert de musique brĂ©silienne Ă  la fois Ă©clectique et historique ; au plus large public, le programme dirigĂ© par Bruno Procopio, maestro impetuoso et charismatique, joue des standards brĂ©siliens universels et rĂ©cents : l’enivrante Bachianas Brasileiras n°5 de Villa-Lobos, Saudades do Brasil de Milhaud, sans omettre, l’irrĂ©sistible tube, ambassadeur de l’art de vivre du quartier carioca d’Ipanema, The Girl from Ipanema de Jobim
 Mais acuitĂ© personnelle du chef Procopio oblige, en liaison avec son amour pour sa culture natale et ce travail particulier dans l’interprĂ©tation des partitions classiques et romantiques, plusieurs extraits de la lĂ©gendaire Missa Pro Die Acclamationes Johannes VI, signĂ© Neukomm. C’est l’emblĂšme de la musique impĂ©riale brĂ©silienne, quand le BrĂ©sil devenu indĂ©pendant, construit son image sur une identitĂ© certes occidentale, mais singuliĂšre : Neukomm, le Mozart brĂ©silien, a fourni alors Ă  la Cour de l’Empereur du BrĂ©sil Jean VI, plusieurs partitions musicales emblĂ©matique de cet ordre politique et culturel nouveau dont tĂ©moigne Ă©videmment la Messe Ă©crite pour son couronnement et que Bruno Procopio Ă  Paris, s’ingĂ©nie dĂ©but dĂ©cembre 2016 Ă  ressusciter avec le faste, le souffle et le relief vocal, choral, instrumental requis. Sigismund Neukomm est bien connu des mĂ©lomanes car le Sazlbourgeois, Ă©lĂšve de Joseph Haydn entreprit de terminer le Requiem de Mozart laissĂ© inachevĂ© (Libera me). La partition autographe datĂ©e de 1819 fut dĂ©couverte rĂ©cemment Ă  Rio de Janeiro : elle est le fruit du travail de Neukomm installĂ© au BrĂ©sil et qui mena son travail de composition avec le plus grand compositeur local, le mulĂątre JosĂ© Mauricio Nunes Garcia. La version du Requiem de Mozart, achevĂ© par Neukomm a Ă©tĂ© enregistrĂ©e par Jean-Claude Malgoire en 2006.

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Concert Ă©vĂ©nement “Joyaux BrĂ©siliens au TCE, Tubes et musique sacrĂ©e, de Villa-Lobos Ă  Neukom… par Bruno Procopio et l’Orchestre Lamoureux Ă  PARIS… En LIRE +

 

RIO de Janeiro. Bruno Procopio dirige Baroques et Romantiques français

procopio-bruno-portrait-vignette-verticale--maestro-skyscraper-sept-dec-16RIO DE JANEIRO, les 4 et 7 octobre 2016. Bruno Procopio dirige Français Baroques et Romantiques. Rien ne semble rĂ©sister Ă  l’Ă©lectricitĂ© communicative du chef transatlantique, Bruno Procopio. Entre ancien et nouveau monde, de Paris Ă  Rio, le jeune maestro franco-brĂ©silien joue et rĂ©ussit la carte des Ă©changes musicaux en interprĂ©tant avec la subtilitĂ© requise – grĂące Ă  sa maĂźtrise des instruments d’Ă©poque, et aussi de la pratique “historiquement informĂ©e”, les compositeurs français, baroques et romantiques. En tĂ©moignent les deux concerts Ă©vĂ©nements prĂ©sentĂ©s Ă  Rio de Janeiro (BrĂ©sil), les 4 et 7 octobre prochains, Sala Cecilia Meireles : au programme, d’abord un programme “Des LumiĂšres au Romantisme” avec Rameau (un compositeur qu’il connaĂźt sur le bout des doigts), Jadin, Rigel, Dauvergne, Mozart et GrĂ©try ; puis le 7 octobre, dans un programme intitulĂ© “De la RĂ©volution Ă  l’Empire” :  Rameau (sublime Suite de Castor et Pollux, version de 1782, rĂ©orchestrĂ© par Dauvergne entre autres), Saint-George, Jadin et MĂ©hul (la Symphonie n°1 devrait ĂȘtre une rĂ©vĂ©lation). Pour exprimer le souffle et l’Ă©lĂ©gance des oeuvres programmĂ©s, Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (qu’il a dĂ©jĂ  dirigĂ© les deux annĂ©es passĂ©es) et la pianofortiste sensible et virtuose, Nathalia Valentin (qui est aussi Ă  la ville, son Ă©pouse). Energie, complicitĂ©, articulation sont au rendez vous de ces 2 concerts cariocas Ă©vĂ©nements. Et pour refermer une formidable boucle transatlantique, le chef aux deux cultures en dialogue, dirige Ă  Paris, au TCE, un remarquable programme Villa-Lobos, Jobim, Milhaud, Neukomm, le 4 dĂ©cembre 2016, pilotant les forces vives de l’Orchestre Lamoureux… De Paris Ă  Rio de Janeiro, Bruno Procopio est bien le chef transatlantique de l’heure. Un exemple pour tous les musiciens de sa gĂ©nĂ©ration par son ouverture et sa connaissance (rare) de la pratique “historiquement informĂ©e” qu’il apporte actuellement aux orchestres sur instruments modernes…

LIRE notre présentation complÚte des concerts Baroques et Romantiques dirigés par Bruno Procopio avec la pianofortiste Natalia Valentin, les 4 et 7 octobre 2016, Sala Cecilia Meireles de Rio de Janeiro (Brésil)

 

 

2Ăšme Semaine de musique baroque Ă  Rio

Bruno Procopio et Natalia Valentin jouent les Baroques et Romantiques Français à Rio

2 derniers concerts Ă  ne pas manquer (4 et 7 octobre 2016)

 

 

 

Rio de Janeiro, Sala Cecilia MeirelesRIO de Janeiro : Bruno Procopio, maestro expressivo !

Mardi 4 octobre 2016

Programme
Des LumiĂšres au Romantisme

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Extraits des Nouvelles Suites de PiĂšces de clavecin

Hyacinthe JADIN (1776-1800)
Sonate pour pianoforte op. IV n°3 en fa# mineur

Henri-Joseph RIGEL (1741-1799)
Duo pour clavecin et pianoforte op. XIV n°1 en mib majeur

Antoine DAUVERGNE (1713-1797)
Chansons pour soprano, violon, pianoforte et clavecin

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)
Sonate pour clavecin et accompagnement de violon K.9 en sol majeur (K9)
Sonate pour violon et pianoforte en mi mineur (K304)

AndrĂ©-Ernest-Modeste GRÉTRY (1741-1813)
Romances

 

Katia Velletaz*, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
Bruno Procopio, clavecin
Natalia Valentin, pianoforte

*chanteur en résidence

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Consultez aussi le site du CMBV, page agenda

Dans les annĂ©es 1760, la fin du rĂšgne de Louis XV est marquĂ©e par un frĂ©missement artistique sans prĂ©cĂ©dent : l’ancien style baroque cĂšde insensiblement la place Ă  une nouvelle musique, teintĂ©e des courants germaniques de l’« Empfindsamkeit » et du « Sturm und Drang ». Les anciennes formes, les anciens genres, les anciens instruments perdent de leur lustre au profit d’expĂ©riences musicales jusque-lĂ  inouĂŻes. Toute une gĂ©nĂ©ration de compositeurs contribue Ă  ce renouveau, rĂ©vĂ©lant des personnalitĂ©s plus ou moins fortes et attachantes. Rameau ou Mondonville avaient amorcĂ© une nouvelle orientation ; ce sont Dauvergne, Rigel ou GrĂ©try qui prolongeront cette voie. À quinze ans d’intervalle, les compositions du jeune Mozart (de passage en France en 1763 et 1778) tĂ©moignent Ă  leur maniĂšre de la rapide Ă©volution des goĂ»ts. Le classicisme est en marche.

 

 

 

valentin_Natalia_pianoforte_valentin_beethoven_caprices_bagatellesRio de Janeiro, Sala Cecilia Meireles

Vendredi 7 octobre 2016

Programme
De la RĂ©volution Ă  l’Empire

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Suite de Castor et Pollux (version 1782)

Joseph Bologne de SAINT-GEORGE (1745-1799)
Concerto pour violon et orchestre op. II n°2 en ré majeur

Hyacinthe JADIN (1776-1800)
Concerto pour piano et orchestre n°2 en ré mineur

Nicolas-Étienne MÉHUL (1763-1817)
Symphonie n°1 en sol mineur

Orchestre Symphonique du Brésil (OSB)
Stéphanie-Marie Degand, violon
Natalia Valentin, piano
Bruno Procopio, direction musicale

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Consultez aussi le site du CMBV, page agenda

À la veille de la RĂ©volution, Paris est devenu la capitale internationale des arts, et tout particuliĂšrement de la musique. On y croise les auteurs les plus cĂ©lĂšbres du temps, Piccinni, Salieri, Mozart, J.C. Bach, Paisiello et beaucoup d’autres. Si l’OpĂ©ra fascine par son ton Ă©pique et ses effectifs colossaux, les sociĂ©tĂ©s de concert attirent un public tout aussi nombreux qui se presse pour entendre les symphonies et les concertos Ă  la mode. L’ancien rĂ©pertoire vit ses derniĂšres heures : seul Rameau, avec Castor et Pollux, connaĂźt encore les honneurs de la scĂšne passĂ© 1780. Le Chevalier de Saint-George – surnommĂ© « le Mozart noir » – est une des personnalitĂ©s les plus influentes : ses concertos, redoutables, marquent une nouvelle Ă©tape dans l’escalade Ă  la virtuositĂ© qui caractĂ©rise alors l’École de violon française. À la mĂȘme pĂ©riode, Hyacinthe Jadin dĂ©veloppe les possibilitĂ©s du nouveau pianoforte ; nommĂ© professeur au Conservatoire lors de sa crĂ©ation en 1795, il fait figure de visionnaire mais sera fauchĂ© par la mort Ă  24 ans seulement. MĂ©hul, quant Ă  lui, se rĂ©vĂšle avec Cherubini l’un des premiers compositeurs français au style vĂ©ritablement « romantique » : ses sonates, ses opĂ©ras et surtout ses quatre symphonies, ouvrent la voie Ă  une musique d’un nouveau genre et marqueront toutes les premiĂšres annĂ©es du XIXe siĂšcle.

 

 

 

discographie

 

cd-Bruno-Procopio-karl-philipp-emanuel-Bach-sonates-wurtembergeoises-1742-1743-bruno-procopio-clavecin-582-PARATY515501_couv_HM Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014)… CD. Compte rendu critique. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014). 2014 s’est achevĂ© sans que l’on ait vraiment en France saluĂ© ni commĂ©morĂ© le gĂ©nie du fils Bach le plus zĂ©lĂ© et respectueux de son pĂšre : Carl Philipp Emanuel. Celui qui fit tant pour la rĂ©habilitation de l’oeuvre paternelle (avant Mendelssohn), fut aussi mĂ©prisĂ© et minorĂ© par son employeur Ă  Berlin, -FrĂ©dĂ©ric II-, qu’il devint aprĂšs Telemann, Ă  Hambourg, une personnalitĂ© de premier plan : officielle et vĂ©nĂ©rĂ© comme Haydn Ă  Vienne. C’est que le gĂ©nie exceptionnel de CPE pour le


Rameai in Caracas, Bruno Procopio CD. Bruno Procopio : Rameau in Caracas… CD. Rameau in Caracas (Bruno Procopio et The Simon Bolivar Symphony orchestra of Venezuela, 2012)   
  DĂ©fi magistral rĂ©ussi pour jeune chef audacieux ! Ce nouveau cd Paraty adoube trĂšs officiellement le tempĂ©rament du claveciniste Bruno Procopio comme chef d’orchestre. Poursuivant une nouvelle et dĂ©jĂ  riche collaboration avec les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens de l’Orchestre Simon Bolivar (la phalange qui hier accompagnait et permettait aussi l’essor du jeune Gustavo Dudamel), Bruno Procopio ne montre pas seulement sa lumineuse sensibilitĂ© et sa versatilitĂ© contagieuse chez Rameau, il confirme l’ampleur et la sĂ»retĂ© de son approche, n’hĂ©sitant pas ici Ă  aborder le compositeur


CD Ă©vĂ©nement. Rameau rĂ©vĂ©lĂ© Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (label Paraty)… Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (Procopio, 2012) critique de cd Avec ses PiĂšces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inĂ©galĂ© dans l’art de la musique de chambre mais selon son goĂ»t, c’est Ă  dire avec impertinence et nouveautĂ©: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osĂ© revendiquer son autonomie expressive de la sorte. PubliĂ© en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la rĂšgne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait Ă©clater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confinĂ© devient soliste…

 

 

valentin_Natalia_pianoforte_valentin_beethoven_caprices_bagatellesbeethoven_rondos_bagatelles_pianoforte_natalia_valentin_cd_ParatyCD Ă©vĂ©nement Natalia Valentin, pianoforte joue les Bagatelles de Beethoven (1 cd Paraty)… Et de 7! Depuis sa crĂ©ation en 2006, le jeune label Paraty, portĂ© par le claveciniste Bruno Procopio, enchaĂźne les rĂ©ussites discographiques. AprĂšs plusieurs rĂ©citals signĂ©s Ivan Illic, Nicolas Stavy, et rĂ©cemment un superbe enregistrement Mendelssohn de Cyril HuvĂ© (sur un piano Broadwood 1840), voici le dernier disque de la fortepianiste Natalia Valentin, dans un cycle de partitions du jeune Beethoven. Le choix de l’’instrument (prodigieux fortepiano d’un facteur anonyme de l’Allemagne du sud, de la fin du XVIIIĂš, restaurĂ© par Christopher Clarke), grĂące Ă  sa “prell-mĂ©canique”, apporte un regard neuf et une sonoritĂ© Ă  la fois perlĂ©e et vivifiante sur les oeuvres choisies: Rondos et Bagatelles (7 de l’opus 33, datĂ©es de 1802) d’un feu Ă©poustouflant entre nervositĂ©, grĂące et Ă©lĂ©gance. Mais dĂ©jĂ  pour NoĂ«l 2009, le jeune label aux pĂ©pites musicales annonce un superbe double album “Matinas do Natal” de Marcos Portugal: l’ensemble Turicum enregistre en premiĂšre mondial une partition crĂ©Ă©e Ă  Rio de Janeiro en 1811, vĂ©ritable crĂšche pastorale sur le thĂšme de la NativitĂ© aux couleurs inĂ©dites
 LIRE notre compte rendu complet du cd Les Bagatelles de Beethoven par la pianofortiste Natalia Valentin (aoĂ»t 2009).

 

 

 

Comptes rendus

LIRE notre compte rendu critique complet de Renaud de Sacchini par Bruno Procopio, Luisa Francesconi (les 21 et 22 mars 2015, Sala Cecília Meireles, Rio de Janeiro, Brésil)

 

 

Marcos Portugal, le Rossini luso-brĂ©silien Compte rendu. Bruno Procopio ressuscite Marcos Portugal Ă  Rio (10 dĂ©cembre 2012). Rio, OpĂ©ra. Le 10 dĂ©cembre 2012. Marcos Portugal: L’oro no compra amore
 Leonardo Pascoa (Giorgio), 
 Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB, Orquestra SinfĂŽnica Bresileira). Bruno Procopio, direction L’Oro no compra amore ressuscite Ă  Rio Exaltante rĂ©habilitation Ă  l’OpĂ©ra de Rio (Theatro Municipal) du compositeur luso brĂ©silien Marcos Portugal: son opĂ©ra comique italien L’Oro no compra amore valait bien cette recrĂ©ation, d’autant que dĂ©jĂ  applaudi et mĂȘme cĂ©lĂ©brĂ© dĂšs 1804 Ă  Lisbonne, il s’agit du premier opĂ©ra italien crĂ©Ă© sur le sol brĂ©silien Ă  l’époque du jeune empire brĂ©silien en 1811. L’initiative est d’autant plus lĂ©gitime que Rio redĂ©couvre l’un de


 

 

 

 

VOIR

 

Bruno Procopio joue Neukomm et Gossec Ă  Rio (Symphonie Ă  17 parties), Cidade das Artes, Rio de Janeiro, le 4 avril 2015. VIDEO. Bruno Procopio dirige la Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm Ă  Rio de Janeiro (avril 2015). Montage © studio CLASSIQUENEWS.COM 2015. Le chef d’orchestre franco brĂ©silien Bruno Procopio fait retentir le romantisme enflammĂ© martial et lyrique de la grande Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm crĂ©Ă©e en 1817. la Symphonie Ă  17parties de François-Joseph Gossec (1734-1829), composĂ©e en 1809. Partition majeure de la symphonie romantique française Ă  l’époque de NapolĂ©on : entre classicisme et premier romantisme, la virtuositĂ© Ă©nergique de Gossec s’impose Ă  nous, commune Ɠuvre fondatrice du symphoniste français Ă  l’époque des Viennois Haydn, Mozart et Beethoven. Bruno Procopio s’engage pour diffuser la connaissance et l’interprĂ©tation des compositeurs français en AmĂ©rique Latine : aprĂšs avoir dirigĂ© le Simon Bolivar Orchestra du Venezuela, le jeune chef Ă  la double culture, brĂ©silienne et française, retrouvait l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil Ă  Rio de Janeiro dans un programme dĂ©diĂ© au premier romantisme français : vitalitĂ© et Ă©nergie, puissance mais sensibilitĂ© aux dĂ©tails instrumentaux
 la direction du chef de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Ă  la fois analytique et dramatique, trouve un Ă©quilibre idĂ©al au service des grands classiques et romantiques français. Extraits vidĂ©o exclusifs © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

VOIR notre reportage Bruno Procopio dirige Ă  Caracas, en septembre 2013 :

Orquesta barroca Juvenil Simon Bolivar, Carracas, Bruno Procopio, CPE Bach, Carl Philip Emanuel BachVIDEO. A Caracas, Bruno Procopio joue CPE Bach avec l’Orchestre Simon Bolivar. En septembre 2013, le chef franco brĂ©silien retrouve Ă  Caracas les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar dans plusieurs Concertos et Symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach. AprĂšs avoir jouer Rameau (ouvertures et ballets des opĂ©ras, mais sur instruments modernes en 2012), Bruno Procopio inaugure le nouvel ” Orquesta Barroca Juvenil SĂ­mon Bolivar “, phalange dĂ©sormais dĂ©diĂ©e Ă  l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e des Ɠuvres baroques, classiques et prĂ©romantiques. Fougue, prĂ©cision, style, mordant, l’entente du chef invitĂ© et des instrumentistes rĂ©alise l’un des meilleurs concerts CPE Bach de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, soulignant aussi l’anniversaire CPE Bach en 2014 (300 ans de la naissance). Le fils de Jean-SĂ©bastien est un gĂ©nie dĂ©fricheur et expĂ©rimentateur : sa virtuositĂ© au clavier s’entend aussi Ă  l’orchestre d’une libertĂ© inventive Ă  la fois, mĂ©lancolique et fantaisiste voire fantasque
 trĂšs liĂ©e aux nouvelles tendances esthĂ©tique de l’Empfindsamkeit (“sensibilitĂ©â€, courant littĂ©raire surtout qui prĂ©figure dĂ©jĂ  les affres et vertiges du sentiment romantique). Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM

 

 

VOIR notre reportage Bruno Procopio recrĂ©e L’Oro no compra amore de Marcos Portugal, dĂ©cembre 2012 :

Bruno Procopio dirige Renaud de Sacchini Ă  Rio de JaneiroRIO, OpĂ©ra : Bruno Procopio dirige L’Oro no compra amore de Marcos Portugal (dĂ©cembre 2012). Marcos Portugal, compositeur officiel de la cour impĂ©riale du BrĂ©sil compose nombre d’ouvrages italiens dont la verve et le raffinement prĂ©figure directement Rossini
 Bruno Procopio ressuscite L’oro no compta amorce, premier opĂ©ra italien reprĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Rio
 Pour les 250 ans de sa naissance, l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (Orquesta Sinfonica Brasileira) cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du compositeur portugais, Marcos Portugal (1762-1830). Le jeune chef français d’origine brĂ©silienne Bruno Procopio dirige les musiciens dans une partition crĂ©Ă©e d’abord Ă  Lisbonne en 1804 puis reprise en 1811 Ă  Rio : L’oro non compta amorce l’essor de l’opĂ©ra dans le nouveau monde. L’OpĂ©ra de Rio accueille cette recrĂ©ation majeure qui conclut la saison musicale de l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil. PrĂ©sentĂ©e en version de concert le 10 dĂ©cembre 2012, l’ouvrage jalonne un champ d’expĂ©rimentation qui permet aux instrumentistes d’élargir leur rĂ©pertoire tout en ressuscitant des Ɠuvres mĂ©connues.  GRAND REPORTAGE VIDEO, version français © CLASSIQUENEWS 2012

 

 

 

Paris, TCE, Théùtre des Champs Elysées
Dimanche 4 décembre 2016

Bruno Procopio dirige l’Orchestre Lamoureux
dans un programme Villa-Lobos, Milhaud, Jobim, Neukomm…

procopio-bruno-maestro-chef-d-orchestrePARIS, TCE. Musique brĂ©silienne Ă  Paris, le 4 dĂ©cembre 2016. Tubes et musique sacrĂ©e : de Villa-Lobos et Jobim Ă  Neukomm. Orchestre associĂ© du TCE ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, l’Orchestre Lamoureux offre un concert de musique brĂ©silienne Ă  la fois Ă©clectique et historique ; au plus large public, le programme dirigĂ© par Bruno Procopio, maestro impetuoso et charismatique, joue des standards brĂ©siliens universels et rĂ©cents : l’enivrante Bachianas Brasileiras n°5 de Villa-Lobos, Saudades do Brasil de Milhaud, sans omettre, l’irrĂ©sistible tube, ambassadeur de l’art de vivre du quartier carioca d’Ipanema, The Girl from Ipanema de Jobim
 Mais acuitĂ© personnelle du chef Procopio oblige, en liaison avec son amour pour sa culture natale et ce travail particulier dans l’interprĂ©tation des partitions classiques et romantiques, plusieurs extraits de la lĂ©gendaire Missa Pro Die Acclamationes Johannes VI, signĂ© Neukomm. C’est l’emblĂšme de la musique impĂ©riale brĂ©silienne, quand le BrĂ©sil devenu indĂ©pendant, construit son image sur une identitĂ© certes occidentale, mais singuliĂšre : Neukomm, le Mozart brĂ©silien, a fourni alors Ă  la Cour de l’Empereur du BrĂ©sil Jean VI, plusieurs partitions musicales emblĂ©matique de cet ordre politique et culturel nouveau dont tĂ©moigne Ă©videmment la Messe Ă©crite pour son couronnement et que Bruno Procopio Ă  Paris, s’ingĂ©nie dĂ©but dĂ©cembre 2016 Ă  ressusciter avec le faste, le souffle et le relief vocal, choral, instrumental requis. Sigismund Neukomm est bien connu des mĂ©lomanes car le Sazlbourgeois, Ă©lĂšve de Joseph Haydn entreprit de terminer le Requiem de Mozart laissĂ© inachevĂ© (Libera me). La partition autographe datĂ©e de 1819 fut dĂ©couverte rĂ©cemment Ă  Rio de Janeiro : elle est le fruit du travail de Neukomm installĂ© au BrĂ©sil et qui mena son travail de composition avec le plus grand compositeur local, le mulĂątre JosĂ© Mauricio Nunes Garcia. La version du Requiem de Mozart, achevĂ© par Neukomm a Ă©tĂ© enregistrĂ©e par Jean-Claude Malgoire en 2006.

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Concert Ă©vĂ©nement “Joyaux BrĂ©siliens au TCE, Tubes et musique sacrĂ©e, de Villa-Lobos Ă  Neukom… par Bruno Procopio et l’Orchestre Lamoureux Ă  PARIS… En LIRE +

 

La Belle HĂ©lĂšne d’offenbach, version Pisani Ă  Marseille

offenbach_jacques classiquenews 2016 portrait de jacques offenbachMARSEILLE, OpĂ©ra. Offenbach: La Belle HĂ©lĂšne. Les 15 et 16 octobre 2016. Offenbach parodie l’Antiquité  le Mozart des boulevards incarnent cette joie de vivre, cette libertĂ© satirique, sublimĂ©es par une Ă©criture musicale en verve ; son thĂ©Ăątre illusoirement lĂ©ger et insouciant, Ă©pingle scrupuleusement les travers de la sociĂ©tĂ© artificielle du Second Empire
 Comme Rameau et sa folle comĂ©die dĂ©jantĂ©e PlatĂ©e, le compositeur romantique renouvelle l’exercice poĂ©tique : il tend le miroir Ă  la sociĂ©tĂ© de son temps et renvoie Ă  l’audience la reprĂ©sentation Ă  peine masquĂ©e (mais maquillĂ©e certes) de ses propres turpitudes. dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Tours, La Belle HĂ©lĂšne (opĂ©rette irrĂ©sistible de 1864), confirme les affinitĂ©s du metteur en scĂšne Bernard Pisani (un spĂ©cialiste de la partition qui l’a abordĂ© Ă  4 reprises
) .

offenbach-jacques-portrait-jeune-582-767Le prĂ©texte mythologique permet de parodier les tares et les faiblesses d’une humanitĂ© frivole et insouciante, totalement irresponsable car ici la satire politique affleure dans chaque sĂ©quence. FĂ©line, amoureuse, vive, HĂ©lĂšne affirme un tempĂ©rament vocal et dramatique qui inspire depuis longtemps les plus grandes cantatrices, preuve que l’ouvrage est plus profond et raffinĂ©s que vraiment caricatural. Songeons Ă  ce qu’en donnait l’exquise et allusive Jessye Norman qui inscrit le rĂŽle Ă  son rĂ©pertoire
 ElĂ©gance, souplesse, ivresse mĂ©lodique 
 pour Pisani, La Belle HĂ©lĂšne rassemble toute les qualitĂ©s d’une grande Ɠuvre : une opĂ©rette dont la subtilitĂ© se rapproche de l’opĂ©ra;  politiques vĂ©reux mais trĂšs arrogants, dĂ©esses dĂ©vergondĂ©es et bergers complices portĂ©s sur la cabriole
 Le stupre sĂ©vit souverain au dĂ©but du II ; HĂ©lĂšne, madame MĂ©lĂ©nas s’encanaille Ă  la barbe de son Ă©poux, soupçonneux, maladroit, ennuyeux car quand paraĂźt le beau PĂąris, la blonde fille de Jupiter et LĂ©da n’a d’yeux que pour le mĂąle sculptĂ© comme un Ă©phĂšbe. Ainsi, sans qu’il n’y puisse rien, MĂ©lĂ©nas dĂ©couvre en fin d’action que le berger adolescent (dĂ©guisĂ© en faux augure) et la plus belle femme du monde convolent sur la galĂšre qui les mĂšnera aux pays des rĂȘves et de l’extase, Ă  CythĂšre (comme l’a reprĂ©sentĂ© le peintre Watteau)

Divertissement certes, mais Offenbach comme Rameau donc, dans sa formidable PlatĂ©e (prĂ©figuration de la future comĂ©die musicale Ă  venir, dĂ©jĂ  en 1745
.) revĂȘt les traits d’une Ăąpre diatribe sociale et humaine: la sociĂ©tĂ© portraiturĂ©e dans La Belle HĂ©lĂšne sous couvert de gags Ă  gogo et de tableaux dĂ©lirants et dĂ©calĂ©s grossit les travers d’une humanitĂ© corrompue, dĂ©cadente, en somme celle du Second Empire
 Et Offenbach plus cultivĂ© astucieux qu’on ne le dit, La production prĂ©sentĂ©e en octobre Ă  Marseille, a dĂ©jĂ  fait escale (applaudie) Ă  Tours en dĂ©cembre 2015, Avignon en 2012 puis en 2014 Ă  Toulon


La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach Ă  l’OdĂ©on de Marseille
Marseille belle helene opera de marseille
2 représentations incontournables
Les 15 et 16 octobre 2016 Ă  14h30
RESERVEZ VOTRE PLACE

Opéra bouffe en trois actes

Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Bernard Pisani
Création le 17 décembre 1864 à Paris

OpĂ©ra bouffe en 3 actes‹Livret de Henri MEILHAC et Ludovic HALÉVY

Direction musicale: Emmanuel TRENQUE

Mise en scÚne: Bernard PISANI
Assistant mise en scÚne: Sébastien OLIVEROS
Décors: Eric CHEVALIER

HélÚne: Laurence JANOT
Bacchis: Carole CLIN
Parthénis: Nelly BOIS
Loeena: Lorrie GARCIA
Pùris: Kévin AMIEL
Oreste: Samy CAMPS
Calchas: Michel VAISSIERE
Agamemnon: Philippe ERMELIER
Ménélas: Dominique DESMONS
Achille: Jean-Marie DELPAS
Ajax I: Jacques LEMAIRE
Ajax II: Yvan REBEYROL

Choeur Phocéen, chef de choeur Rémy LITTOLFF
Orchestre du ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on

ConfĂ©rence Ă  l’Alcazar
SAMEDI 8 OCTOBRE 2016 À 17h

 

PARIS. Eliogabalo de Cavalli, recréé au Palais Garnier

Cavalli_francescoPARIS, Palais Garnier : Eliogabalo de Cavalli : 14 septembre-15 octobre 2016. RecrĂ©ation baroque attendue sous les ors de Garnier Ă  Paris… GrĂące au musicologue Jean-François Lattarico (collaborateur sur classiquenews, et auteur rĂ©cent de deux nouveaux ouvrages sur l’opĂ©ra vĂ©nitien du Seicento et sur le librettiste Giovan Francesco Busenello), les opĂ©ras de Cavalli connaissent un sursaut de rĂ©habilitation. Essor justifiĂ© car le plus digne hĂ©ritier de Monteverdi aura Ă©bloui l’Europe entiĂšre au XVIIĂš, par son sens de la facĂ©tie, un cocktail dĂ©capant sur les planches alliant sensualitĂ©, cynisme et poĂ©sie, mĂȘlĂ©s. Avec Eliogabalo, recrĂ©ation et nouvelle production, voici assurĂ©ment l’évĂ©nement en dĂ©but de saison, du 14 septembre au 15 octobre 2016, soit 13 reprĂ©sentations incontournables au Palais Garnier. Avec le Nerone de son maĂźtre Monteverdi dans Le couronnement de PoppĂ©e, Eliogabalo illustre cette figure mĂ©prisable et si humaine de l’ñme faible, « effeminata », celle d’un politique pervers, corrompu, perverti qui ne maĂźtrise pas ses passions mais en est l’esclave clairvoyant et passif
 Superbe production Ă  n’en pas douter et belle affirmation du Baroque au Palais Garnier. Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scĂšne. Avec entre autres : Franco Fagioli dans le rĂŽle-titre ; Valer Sabadus (Giuliano Gordie)
 soit les contre tĂ©nors les plus fascinants de l’heure. Un must absolu.

 

 

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Elagabalo_(203_o_204-222_d.C)_-_Musei_capitolini_-_Foto_Giovanni_Dall'Orto_-_15-08-2000HISTOIRE ROMAINE. L’histoire romaine laisse la trace d’un empereur apparentĂ© aux Antonins et Ă  Caracalla (auquel il ressemblait Ă©trangement), Varius Avitus Bassianus dit HĂ©liogabale ou Elagabal, devenu souverain impĂ©rial Ă  14 ans en 218. L’adolescent, politique prĂ©coce, ne devait rĂ©gner que … 4 annĂ©es (jusqu’en 222). Le descendant des Bassianides, illustre clan d’EmĂšse, en raison d’une historiographie Ă  charge, reprĂ©sente la figure emblĂ©matique du jeune prince pervers et dissolu, opposĂ© Ă  son successeur (et cousin), le vertueux Alexandre SĂ©vĂšre. En rĂ©alitĂ©, l’empereur n’Ă©tait q’un pantin aux ordres de sa mĂšre, l’ambitieuse et arrogante Julia Soaemias / Semiamira (comme ce que fut Agrippine pour NĂ©ron). PrĂȘtre d’Elagabale, dieu oriental apparentĂ© Ă  Jupiter, HĂ©liogabale tenta d’imposer le culte d’Elagabale comme seule religion officielle de Rome. Le jeune empereur plutĂŽt portĂ© vers les hommes mĂ»rs, Ă©pousa ensuite les colosses grecs HiĂ©roclĂšs et Zotikos, scandalisant un peu plus les romains. Les soldats qui l’avaient portĂ© jusqu’au trĂŽne, l’en dĂ©mit aussi facilement prĂ©fĂ©rant honorer Alexandre SĂ©vĂšre dont la rĂ©putation vertueuse sembla  plus conforme au destin de Rome. Une autre version prĂ©cise que c’est la foule romaine dĂ©chainĂ©e et choquĂ©e par ses turpitudes en sĂ©rie qui envahit le palais impĂ©rial et massacra le corps du jeune homme, ensuite trainĂ© comme une dĂ©pouille maudite dans les rue de la ville antique.

busenello_giovan_francesco_monteverdi_poppea_statiraCAVALLI, 1667. Utilisant Ă  des fins moralisatrices, le profil historique du jeune empereur, Cavalli brosse de fait le portrait musical d’un souverain “langoureux, effĂ©minĂ©, libidineux, lascif”… le parfait disciple d’un NĂ©ron, tel que Monteverdi l’a peint dans son opĂ©ra, avant Cavalli (Le Couronnement de PoppĂ©e, 1642). En 1667, Cavalli offre ainsi une action cynique et barbare, oĂč vertus et raisons s’opposent Ă  la volontĂ© de jouissance du prince. Mais s’il habille les hommes en femmes, et nomme les femmes au SĂ©nat (elles qui en avaient jusqu’Ă  l’interdiction d’accĂšs), s’il ridiculise les gĂ©nĂ©raux et rĂ©gale le commun en fĂȘtes orgiaques et somptuaires, Eliogabalo n’en est pas moins homme et sa nature si mĂ©prisable, en conserve nĂ©anmoins une part touchante d’humanitĂ©. Sa fantaisie perverse qui ne semble connaĂźtre aucune limite, ne compenserait-elle pas un gouffre de solitude angoissĂ©e ? En l’Ă©tat des connaissances, on ignore quel est l’auteur du livret du dernier opĂ©ra de Cavalli, mais des soupçons forts se prĂ©cisent vers le gĂ©nial Ă©rudit libertin et poĂšte, Giovan Francesco Busenello, dont la philosophie pessimiste et sensuelle pourrait avoir soit produit soit influencĂ© nombre de tableaux de cet Eliogabalo, parfaitement reprĂ©sentatif de l’opĂ©ra vĂ©nitien tardif.

ELiogabalo de Cavalli au Palais Garnier Ă  Paris
Du 14 septembre au 15 octobre 2016
Avec
Franco Fagioli, Eliogabalo
Paul Groves, Alessandro Cesare
Valer Sabadus, Giuliano Gordio
Marianna Flores, Atilia Macrina
Emiliano Gonzalez-Toro, Lenia

La Cappella Mediterranea
Choeur de Chambre de Namur (préparé par Thibault Lenaerts)
Leonardo Garcia Alarcon, direction
Thomas Jolly, mise en scĂšne

 

 

UN OPERA JAMAIS JOUÉ DU VIVANT DE CAVALLI
 Eliogabalo n’est pas en vĂ©ritĂ© le dernier opus lyrique de Cavalli : le compositeur allait encore en composer deux autres aprĂšs (Coriolano, Massenzio), mais Eliogabalo est bien l’ultime ouvrage dont nous soit parvenue la partition.  LIRE notre dossier complet dĂ©diĂ© Ă  Eliogabalo de Cavalli au Palais Garnier Ă  Paris

 

SIMULTANEMENT, Ă  l’OPERA BASTILLE : La Tosca de Pierre Audi, nouveau directeur du festival d’Aix (en 2018), est l’autre nouvelle production Ă  suivre : du 17 septembre au 18 octobre 2016 Ă  Bastille. Avec la Tosca de Anja Harteros ou Liudmyla Monastyrska (voir les dates prĂ©cises de leur prĂ©sence), Marcelo Alvarez (Mario), Bryn Terkel (Scarpia)
 10 reprĂ©sentations.

HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2. Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423INTRODUCTION
 A l’étĂ© 2016, Decca publie un coffret « The Great oratorios », somme discographique de 41 cd, regroupant 16 oratorios principaux du Saxon Georg Friedrich Handel / Haendel (1685-1759). MĂȘme incomplet car il ne s’agit pas d’une intĂ©grale (sont absents des ouvrages pourtant majeurs tels concernant la pĂ©riode prĂ©londonienne : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de 1737 ou la BrockesPassion de 1719 ; puis entre autres, le sublime Allegro, Il Penseroso ed il Moderato de 1740 ; Susanna de 1749,
), le coffret Decca The Great oratorios offre un focus idĂ©al sur une double thĂ©matique : la carriĂšre passionnante de Handel hors de l’Europe continentale, aprĂšs son sĂ©jour miraculeux en Italie, aprĂšs ses nombreux engagements en terres germaniques
 et aussi, un regard sur l’interprĂ©tation moderne, principalement celle des chefs anglais, des drames non scĂ©niques de Haendel, soit des annĂ©es 1970 avec Mackerras (1977) jusqu’aux plus rĂ©cents McCreesh et Minkowski
 sans omettre les passionnants Hogwood, Pinnock, Christophers et Gardiner
 Certes le geste de Neville Marriner (nĂ© en 1924), pionnier visionnaire en l’occurrence n’est pas prĂ©sent non plus (d’autant que Decca dĂ©tient ses gravures les plus intĂ©ressantes), mais la somme ainsi rĂ©Ă©ditĂ©e se rĂ©vĂšle passionnante. OpportunitĂ© pour CLASSIQUENEWS d’Ă©voquer pas Ă  pas, l’avancĂ©e de l’Ă©popĂ©e de Haendel Ă  Londres dans les annĂ©es 1740 et 1750 : un travail qui l’occupe Ă  la fin de sa vie jusqu’Ă  l’Ă©puiser.

handel-haendel-londres-london-vignette-dossier-haendel-2016-sur-classiquenewsL’inventivitĂ© du crĂ©ateur trouve en Angleterre un terreau fertile et parfois Ă©prouvant, pour inventer une nouvelle forme dramatique : opĂ©ra seria, masques ou odes, enfin surtout Ă  partir de 1733 (2Ăšme version d‘Esther), en langue anglaise, l’oratorio spĂ©cifiquement britannique. OĂč toute scĂ©nographie absente, permet Ă  la seule Ă©criture vocale et musicale, d’exprimer tous les enjeux et ressorts dramatiques comme le parcours moral et le sens spirituel des ouvrages, d’autant que l’action y est souvent plus psychologique que spectaculaire. LIRE notre prĂ©sentation et introduction complĂšte (Les Oratorios de Haendel, dossier spĂ©cial, partie 1).

 



HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2

Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

 

Dossier : Haendel Ă  Londres, les oratorios anglaisBilan interprĂ©tatif… A l’heure du bilan, l’Ă©coute rĂ©trospective souligne l’engagement palpitant des chefs Hogwood (1941-2014), Trevor Pinnock (nĂ© en 1946), Harry Christophers (nĂ© en 1953)…, douĂ©s d’un raffinement expressif de premier ordre, soucieux aussi de cohĂ©rence s’agissant des distributions de solistes. Le second cycle d’oratorios ici prĂ©sentĂ©s et critiquĂ©s, souligne le geste particuliĂšrement convaincant de Paul McCreesh, nĂ© en 1960  (Solomon, Theodora
 en 1999 et 2000) surclassant aisĂ©ment par sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance et sa fine caractĂ©risation, les lectures d’un Gardiner, en comparaison trop lisse et vocalement dĂ©sĂ©quibrĂ©. Les derniers ouvrages contenus dans le coffret DECCA “The grĂ©Ăąt oratorios” dĂ©voile Ă©galement l’évolution du dernier Handel, de moins en moins spectaculaire, mais progressivement mĂ©ditatif, intime, d’une rare intelligence psychologique, confirmant la profondeur spirituelle des drames anglais, aux cotĂ©s de l’écriture chorale, d’une remarquable Ă©loquence
 Pour nous les deux chefs d’oeuvres absolus demeurent aprĂšs Le Messie, 
Solomon et Theodora (version McCreesh donc, perle du prĂ©sent coffret).

 

 

 

Solomon, mars 1749

haendel handel londres oratorio anglaisCrĂ©Ă© en mars 1749 au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden de Londres, Solomon illustre un Ă©pisode poĂ©tique inspirĂ© du Livre des Rois et des AntiquitĂ©s de Flavius Joseph. Le livret est restĂ© anonyme. Le choeur y est un personnage principal, au mĂȘme titre que les autres hĂ©ros; l’orchestre, particuliĂšrement raffinĂ© ; et pour colorer sa partition, Handel emprunte Ă  nouveau Ă  ses confrĂšres, nombres de mĂ©lodies qui lui plaisent (Muffat, Telemann, Steffani). L’élĂ©gance et le raffinement de l’écriture entendent exprimer cet Ăąge d’or d’une AntiquitĂ© lĂ©gendaire et hautement morale que le rĂšgne gĂ©orgien du vivant de Handel ressuscite : aux oratorios de Handel, la mission d’en argumenter le rapprochement. Salomon, comme Alexandre et Hercule en France, offrant un modĂšle pour le Souverain ainsi cĂ©lĂ©brĂ© allusivement par le compositeur.

Acte I. Salomon le sage. L’ouvrage souligne la sagesse de Solomon qui trouve sa force dans sa foi en Dieu. FortifiĂ© encore par les louanges du grand prĂȘtre, Zadock, le jeune roi Ă©coule des jours heureux avec son Ă©pouse, la fille de Pharaon.
Acte II. Le jugement de Salomon. Deux prostituĂ©es se querellent la maternitĂ© d’un mĂȘme enfant. Contraste saisissant entre le rĂ©cit des deux mĂšres : la premiĂšre tendre, la seconde, haineuse et vindicative. Solomon ordonne de couper en deux moitiĂ©s Ă©gales le bĂ©bĂ© : la seconde femme, tout autant victorieuse et sauvage, rĂ©vĂšle sa nature mauvaise et son action mensongĂšre (n°19). Seule la vraie mĂšre, soucieuse de la vie de son enfant, reste affligĂ©e, digne et douloureuse, prĂȘte Ă  renoncer pour sauver l’enfant (n°20 : « Can I see my infant gor’d »). L’imposture Ă©tant dĂ©voilĂ©e, Solomon chasse la 2Ăšme femme : rĂ©confortant la 1Ăšre mĂšre (duo sublime n°22 : « Thrice bleds’d be the King » )

Acte III : Louange monarchique. Salomon le sage chante son bonheur avec son Ă©pouse, cĂ©lĂ©brĂ© par Zadock : est ce bien la JudĂ©e ou l’Angleterre gĂ©orgienne que cĂ©lĂšbre ici Handel ? Le choeur entonne un cycle d’airs contrapuntiques d’un souffle miraculeux, aussi exigeants que Israel en Egypte et Le Messie.

mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-Wrightoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. LE MIRACLE MCCREESH. En 1999, – prĂ©ludant au miracle de sa Theodora l’annĂ©e suivante (avec certains mĂȘmes solistes dont Susan Gritton ou Paul Agnew), au service d’une flexibilitĂ© souvent chorĂ©graphique, pleine de souple caractĂ©risation, le geste de Paul McCreesh et ses Gabrieli Consort & Pslayers excellent dans un drame hautement moral oĂč aux cĂŽtĂ©s de la plasticitĂ© aimable des choeurs, Ă©blouit une distribution trĂšs cohĂ©rente sur le plan expressif : la tendresse habitĂ©e de Susan Gritton (Reine de Sheba), la basse toute aussi onctueuse et si musicale de Peter Harvey (un Levite : sublime caractĂ©risation humaine pour ce rĂŽle de seconde importance mais capitale dans l’humanitĂ© du sujet, dĂšs son premier air au I), sans omettre le Zadock de grande classe de Paul Agnew, comme le timbre Ă©gal, juvĂ©nile, Ă©clatant de la haute-contre Andras Scholl, au sommet de ses possibilitĂ©s vocales, pour la figure axiale de Solomon. Tout cela coule comme une langue naturelle, d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible : McCreesh Ă©gale la science ductile, la flexibilitĂ© souveraine, poĂ©tique et expressive de William Christie chez Rameau ou chez Handel (cf son magnifique Belshazzar rĂ©alisĂ© en 2012) : c’est dire la rĂ©ussite totale de cet enregistrement de 1999, suivi en 2000, d’une tout aussi somptueuse Theodora. 2 enregistrements qui sont des must pour comprendre la langue dramatique et poĂ©tique de Haendel dans le genre de l’oratorio anglais.

 

 

 

Theodora, mars 1750

Oratorio en 3 actes, d’une longueur significative, Theodora est crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden en mars 1750 et retrace l’épopĂ©e de la martyre chrĂ©tienne au dĂ©but du IVĂš siĂšcle. Le librettiste Thomas Morell s’inspire moins de la piĂšce de Pierre Corneille que reprend le roman moralisateur publiĂ© en 1687 par Robert Boyle. Trop psychologique, la partition suscita une nette rĂ©serve de la part des Londoniens. Car l’écriture se fait de plus profonde et Ă©purĂ©e, expression croissante d’un mouvement intĂ©rieur de plus en plus serein et donc extatique oĂč la martyre Theodora emporte avec elle, ceux qui l’entourent et l’admirent : IrĂšne ; surtout le jeune romain Didymus -qui aime la jeune fille-, sur la voie du renoncement, du sacrifice et de la mort, car il s’est converti au christianisme et entend affirmer sa libertĂ© de conscience tout en restant fidĂšle Ă  Rome (ce que n’accepte pas l’autoritaire PrĂ©fet d’Antioche, Valens). Du mĂ©diocre texte de Thomas Morell, Handel observe avec un soin particulier le cheminement spirituel des Ăąmes justes, sur lesquels les Ă©preuves glissent, toutes absorbĂ©es par la rĂ©alisation de leur martyre final. Ce focus psychologique est le point central de l’évolution des oratorios de Haendel, certes capable de scĂšnes collectives et spectaculaires, mais aussi concepteur de sublimes portraits intimes, d’une haute valeur morale.

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-WrightInterprĂ©tation. Souffle d’une grande tendresse, le geste tout aussi vif et nerveux de McCreesh en 2000 rĂ©ussit mieux que Gardiner, la suprĂȘme vivacitĂ© du drame orchestral et l’incisive et trĂšs pĂ©nĂ©trante acuitĂ© psychologique ; dans la rĂ©alisation des Gabrieli Consort & Players, tout y est idĂ©al : le cynisme arrogant et expressif des romains paĂŻens (Valens – excellent baryton :Neal Davies, qui a l’ardeur des bourreaux ; le choeur des romains) ; l’inatteignable sĂ©rĂ©nitĂ© des chrĂ©tiens, d’une croyance extatique, ineffablement tendre : Theodora, Irene, Didymus, soit Susan Gritton, Susan Buckley, Robin Blaze). MĂȘme Septimus, l’ami de Didymus est superbement portraiturĂ© par le tĂ©nor Paul Agnew (dans son chant s’écoule tous les enchantements arcadiens : premier air n°6, « Descend, kind pity » ). Le tempĂ©rament de McCreesh signe l’un de ses meilleurs enregistrements haendĂ©liens par sa fougue, son articulation, et souvent un Ă©tat d’urgence dramatique, totalement absent chez le plus lisse Gardiner. D’autant qu’outre la relief chorĂ©graphique des intermĂšdes orchestraux, le chef sait aussi Ă©clairer la suprĂȘme Ă©lĂ©gance du Handel, compositeur Ă©rudit et lettrĂ©, poĂšte sĂ©ducteur et esthĂšte de premier plan. Cette vivacitĂ© rappelle Pinnock et Hogwood : le raffinement et l’imagination de McCreesh dans la caractĂ©risation de chaque profil et dans chaque situation suscitent une totale adhĂ©sion. Enregistrement majeur.

 

 

 

Jephtha, février 1752
L’ultime oratorio HWV 70 est crĂ©Ă© le 26 fĂ©vrier 1752 au ThĂ©Ăątre royal Covent Garden et dĂ©montre la derniĂšre maniĂšre de Handel Ă  Londres, soit 7 annĂ©es avant sa mort. A la marge du choeur concluant l’acte II, le compositeur diminuĂ© et Ă  bout de souffle, Ă©crit : « incapable de continuer Ă  cause de l’affaiblissement de la vue de mon oeil gauche ». De fait, aprĂšs une pĂ©riode de repos total, mais de plus en plus aveugle, le compositeur achĂšve tant bien que mal Jephtha et sombre dans la cĂ©citĂ©, condamnĂ© Ă  66 ans, Ă  cesser toute activitĂ© musicale. C’est un dĂ©chirement et une fin tragique qui s’accordent au sujet de son dernier oratorio
 celui du renoncement et de l’adieu au monde. La composition a durĂ© du 21 janvier au 30 aoĂ»t 1751. A nouveau, Handel rĂ©serve le rĂŽle central de Jephtha au tĂ©nor John Beard.
Acte I. Zebul invite les Juifs Ă  choisir son demi frĂšre Jephtha pour les conduire Ă  la victoire sur les Ammonites. Iphis, la fille de Jephtha promet Ă  Hamor qu’elle l’épousera aprĂšs la victoire de son pĂšre. AllĂ©gresse et ivresse collective emportent les Juifs et dans un Ă©lan d’enthousiasme irrĂ©flĂ©chi, Jephtha promet au Seigneur que s’il gagne la bataille, il sacrifiera la premiĂšre personne qu’il rencontre.
Acte II. HĂ©las, Iphis se prĂ©pare et accueille son pĂšre conquĂ©rant au son d’une gracieuse symphonie en sol (extraite d’Ariodante) : elle chante sa joie sur une gavotte. Le pĂšre invite sa fille Ă  quitter aussitĂŽt les lieux mais il est trop tard. Iphis se soumet au sacrifice cependant que le pĂšre rĂ©siste Ă  sa promesse.
Acte III. Iphis fait ses adieux dans un air dĂ©chirant (« Farewell, ye limpide springs and floods »). Tel un Deus ex Machina, Thomas Morell rĂ©Ă©crit l’action que Carrissimi avait rendu bouleversante : en accord avec Handel, un ange paraĂźt et suspend l’arrĂȘt divin si Iphis accepte de vouer sa vie Ă  Dieu : elle aura la vie sauve. En liaison avec sa propre situation, le compositeur brosse un portrait Ă©blouissant de la fille Iphis, insouciante et joyeuse au I, frappĂ©e par l’ordre divin au II, capable au III d’une gravitĂ© nouvelle et d’un renoncement admirables. Les auteurs semblent se soumettre aux lois impĂ©nĂ©trables et insaisissables de la destinĂ©e.

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Gardiner en 1989 signe l’un de ses premiers oratorios avec un soin particulier Ă  l’orchestre : tout coule, tout se rĂ©alise sans cependant cette Ă©lĂ©gance dĂ©tachĂ©e impĂ©riale qui fait de l’écriture haendĂ©lienne, l’expression d’une grĂące aristocratique. La tenue des deux premiers solistes : Zebul et Jephthah restent conformes, un peu trop lisse : Stephen Varcoe et Nigel Robson. De sorte qu’en un regard global, la caractĂ©risation n’atteint pas l’étonnante vivacitĂ© de ses ainĂ©s : Hogwood, Pinnock, Christophers ; ni mĂȘme l’éloquence palpitante de McCreesh. Il y manque ce raffinement royal, cette Ă©lĂ©gance suprĂȘme rĂ©solvant le tragique et la tendresse que l’on peut souvent a contrario retrouver dans les meilleures versions de William Christie. Anne Sofie von Otter offre au rĂŽle de Storge, sa gravitĂ© douloureuse et princiĂšre qui semble la distinguer comme Ă©tant la seule qui en vĂ©ritable Cassandre, a l’intuition de l’horreur Ă  venir
 Lynne Dawson fait une Iphis rien que
 gracieuse qui au moment de l’ultime sacrifice et renoncement du III manque sĂ©rieusement de profondeur et de vĂ©ritĂ© : pourtant Jephtah recueille le dernier sentiment du Handel anĂ©anti et usĂ© ; dans « Farewell  » n°34, grand air de suprĂȘme dĂ©tachement, soliste et chef restent Ă  la surface, d’une mesure jolie et 
 prĂ©cieuse voire apprĂȘtĂ©e / offrant une belle rĂ©alisation sans guĂšre d’hallucinants vertiges. Il faut rĂ©Ă©couter ici la profondeur poĂ©tique atteinte par Sir Neville Mariner, Ă  rĂ©Ă©diter chez 
 Decca.

 

 

 

 

Compléments

Le Coffret Decca ajoute l’Ode Alexander’s Feast ou le pouvoir de la musique en l’honneur de Sainte CĂ©cile, en deux parties, composĂ©e d’aprĂšs Dryden (1697), et prĂ©sentĂ©e en crĂ©ation Ă  Londres au ThĂ©Ăątre Royal Covent garden en fĂ©vrier 1736. ImmĂ©diatement, le public londonien applaudit cette ode, fiĂšre et princiĂšre allĂ©gorie, au souffle philosophique chantĂ©e en anglais (26 reprĂ©sentations de 1736 Ă  1755).
Partie 1. Selon Plutarque, Alexandre vainqueur de Darius, cĂ©lĂšbre en prĂ©sence de la belle ThaĂŻs, sa victoire Ă  Persepolis lors d’un grand et somptueux banquet : hymne Ă  Zeus, Ă  Bacchus, Ă©vocation de la mort de Darius, cĂ©lĂ©bration des joies de l’amour et des plaisirs, grĂące Ă  la musique (incarnĂ© par le chantre ThimotĂ©e dont le chant suscite divers passions par son Ă©loquente maĂźtrise).
Partie 2. Le tĂ©nor chante un air guerrier et la basse justifie l’acte des Grecs contre les Perses car ces derniers avaient incendiĂ© AthĂšnes. Juste retour des choses. Alors qu’on cĂ©lĂšbre la destruction de Persepolis, le choeur final compare le chant de ThimotĂ©e au pouvoir salvateur de la musique et de Sainte-CĂ©cile. Handel n’organise pas son sujet en un drame cohĂ©rent comprenant personnages et situations dramatiques enchaĂźnĂ©es. C’est une succession d’airs, duos et de choeurs exclamatifs, fortement expressifs, le plus souvent allĂšgres.

InterprĂ©tation. Pourtant avec ses fabuleux Monteverdi Choir et les English Baroque Solists, Gardiner en 1988 rĂ©alise un soutien choral et orchestral trĂšs sĂ©duisant mais trop lisse et finalement d’une tenue mĂ©canique peu caractĂ©risĂ©e sur la durĂ©e. Les solistes sont plus intĂ©ressants, permettant d’exprimer aves justesse le sentiment et le caractĂšre de chaque sĂ©quence : Donna Brown, Carolyne Watkinson, Stephen Vercoe
 Pour autant l’engagement des interprĂštes manquent de souffle et d’urgence et l’on reste en attente d’une version plus mordante et vive.

 

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsLe coffret ajoute aussi un oratorio de jeunesse, en anglais parmi les premiers essais : Acis & Galatea, HWV 49, masque en deux parties d’aprĂšs le livret de John Gay, crĂ©Ă© Ă  Cannons en 1718
 En 1978, soit l’une de ses premiĂšres lectures haendĂ©liennes, Gardiner et ses English Baroque Soloists frappent un grand coup, d’une fraicheur de ton admirable, d’une vivacitĂ© expressive passionnante. D’une grĂące purcelliennes, le masque est une savoureuse et suave pastorale oĂč perce dĂ©jĂ  le souffle des choeurs, surtout le solitude langoureuse de la brute PolyphĂšme pour Galatea, qui Ă©crase l’amant de la belle, Acis. La verve thĂ©Ăątrale, l’acuitĂ© du geste saisissent et convainquent totalement, assurant Ă  ses dĂ©buts, la justesse poĂ©tique de Gardiner aux cĂŽtĂ©s duquel brillent la grĂące et tendresse des solistes : Norma Burrowes, Anthony Rolfe Johnson, Willard White soit Galatea, Damon et Polyphemus. Superbe premier geste originel d’un Gardiner non encore « standardisé » (comme il tendra Ă  l’ĂȘtre dans les annĂ©es 1980 et 1990). La version, prĂ©cĂ©demment rĂ©Ă©ditĂ©e dans le coffret Archiv, analogue archives / ARCHIV Produktion / analogue stereo recordings (1959-1981) – 50 cd limited edition (parution de mai 2016) — LIRE notre prĂ©sentation et critique 

LIRE aussi le volet 1 de notre grand dossier HAENDEL / HANDEL, les Oratorios 1/2

 

 

 

CD Ă©vĂ©nement : premiĂšres impressions. VERISMO, le nouveau cd d’Anna Netrebko

netrebko-2016-tiare-diva-planetaire-netrebko-Anna-Netrebko-VerismoCD Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions : ” VERISMO “, le nouvel album d’Anna Netrebko (1 cd Deutsche Grammophon) – DIVINE NETREBKO. AnnoncĂ© le 2 septembre 2016, le nouvel album de la soprano Anna Netrebko (« Verismo ») souligne la maturitĂ© exceptionnellement riche et maĂźtrisĂ©e de la diva quadragĂ©naire dont le timbre opulent, suave et clair Ă  la fois devrait totalement rĂ©ussir dans ce nouveau programme d’airs d’opĂ©ras italiens qui met Ă  l’honneur les qualitĂ©s de la tragĂ©dienne vĂ©riste. On ne s’étonnera pas en consĂ©quence d’y Ă©couter les hĂ©roĂŻnes sacrifiĂ©es, blessĂ©es mais toujours dignes de Cilea (Adrianna Lecouvreur), Giordano (Maddalena d’Andrea ChĂ©nier: « Mamma morta »), Catalani (La Wally), et surtout de Puccini. Si Anna Netrebko aborde ici Manon (Manon Lescaut) qu’elle a dĂ©jĂ  chantĂ© avec une finesse voluptueuse sidĂ©rante, le rĂ©cital de la rentrĂ©e 2016, lui offre les deux rĂŽles de Turandot (carrĂ©ment) : la fragile et tendre LiĂč (« Signore, ascolta ») et celui de la princesse Ă©ponyme dont l’envoĂ»tant « In questa reggia », dĂ©claration d’une vierge vengeresse certes, mais au fond prisonniĂšre et dĂ©sespĂ©rĂ©e-, affirme l’intuition trĂšs juste de la cantatrice. En Netrebko se combine le mĂ©tal incandescent d’une Freni et la sensualitĂ© envoĂ»tante d’une Gheorghiu
 c’est dire les sommets atteints dans ce rĂ©cital dirigĂ© avec finesse par Antonio Pappano, dont la baguette se met au diapason de la vĂ©ritĂ© et de la subtilitĂ© de l’éloquente et palpitante diva.
De sorte que ce nouvel album renouvelle la totale rĂ©ussite de son prĂ©cĂ©dent, intitulĂ© Verdi, couronnĂ© lui aussi par un CLIC de CLASSIQUENEWS. Aucun doute, jamais Anna Netrebko n’a aussi bien chantĂ© que dans ce nouveau titre Ă©vĂ©nement oĂč se dĂ©ploie sans fard ni astuces d’aucune sorte, l’intelligence dramatique, la subtilitĂ© du style, un instinct naturel et d’une sincĂ©ritĂ© souvent dĂ©chirante. Anna Netrebko est bien la plus grande diva actuelle. Seule rĂ©serve : dommage que son partenaire (et Ă©poux), le tĂ©nor Yusif Eyvazov, malgrĂ© sa bonne volontĂ© Ă©vidente, ne partage pas la mĂȘme finesse ni la sobriĂ©tĂ© naturelle de la cantatrice. Au contact d’un diamant, les perles manquent d’éclat. Les duos de Manon en pĂątissent
 Quoiqu’il en soit, l’impĂ©ratrice en tiare byzantine qui s’expose en couverture (voir illustration ci dessous), ne manque ni d’autoritĂ©, ni de style, ni de suprĂȘme subtilitĂ© : la diva sait Ă  nouveau nous surprendre par sa sensibilitĂ© et son imaginaire sans limites ; comme un ange noir ailĂ©, sa posture aujourd’hui nous convainc totalement par sa lumineuse intelligence artistique : et si Anna Netrebko avait choisi sciemment ou pas, sa mise quasi divine comme si elle Ă©tait tout simplement l’allĂ©gorie actuelle de l’opĂ©ra ? Avec autant d’arguments et de qualitĂ©s, on suivrait jusqu’au bout de l’histoire, cette prophĂ©tesse enchantĂ©e… du studio au concert et sur le planches lyriques (chantera-t-elle un jour Turandot, princesse chinoise aussi cruelle que fragile ?)… la question demeure. Magistral.


CLIC D'OR macaron 200Critique complĂšte du cd «  Verismo  », d’Anna Netrebko, Ă  venir sur CLASSIQUENEWS.COM le jour de la parution de l’album, le 2 septembre 2016. Coup de coeur de la rĂ©daction de classiquenews, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016

 

 

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Discographie précédente

 

Anna Netrebko chante Verdi chez Deutsche GrammophonCD. Anna Netrebko : Verdi  (2013)  
     Anna Netrebko signe un rĂ©cital Verdi pour Deutsche Grammophon d’une haute tenue expressive. Soufflant le feu sur la glace, la soprano saisit par ses risques, son implication qui dans une telle sĂ©lection, s’il n’était sa musicalitĂ©, aurait Ă©tĂ© correct sans plus 
 voire tristement pĂ©rilleuse. Le nouveau rĂ©cital de la diva russo autrichienne marquera les esprits. Son engagement, sa musicalitĂ© gomment quelques imperfections tant la tragĂ©dienne hallucinĂ©e exprime une urgence expressive qui met dans l’ombre la mise en pĂ©ril parfois de la technicienne : sa Lady Macbeth comme son Elisabeth (Don Carlo) et sa Leonora manifestent un tempĂ©rament vocal aujourd’hui hors du commun. Passer du studio comme ici Ă  la scĂšne, c’est tout ce que nous lui souhaitons, en particulier considĂ©rant l’impact Ă©motionnel de sa Leonora 
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CD. Anna Netrebko : Souvenirs (2008) 
   Anna Netrebko n’est pas la plus belle diva actuelle, c’est aussi une interprĂšte Ă  l’exquise et suave musicalitĂ©. Ce quatriĂšme opus solo est un magnifique album. L’un de ses plus bouleversants. Ne vous fiez pas au style sucrĂ© du visuel de couverture et des illustrations contenues dans le coffret (lequel comprend aussi un dvd bonus et des cartes postales!), un style maniĂ©riste Ă  la Bouguereau, digne du style pompier pure origine
 C’est que sur le plan musical, la diva, jeune maman en 2008, nous a concoctĂ© un voyage serti de plusieurs joyaux qui font d’elle, une ambassadrice de charme
 et de chocs dont la tendresse lyrique et le choix rĂ©flĂ©chi des mĂ©lodies ici regroupĂ©es affirment une maturitĂ© rayonnante, un style et un caractĂšre,  indiscutables. EN LIRE +

 

 

 

Haendel : Bellezza contre le temps et la désillusion

nattier-haendel-handel-portrait-jean-marc-nattier-portrait-of-francis-greville,-baron-brooke,-later-1st-earl-of-warwick-(1719-1773)France Musique. Mercredi 6 juillet 2016, 22h. Handel : Il trionfo del tempo e del disinganno. Le jeune Haendel romain, vedette du festival d’Aix 2016. L’oratorio en deux parties que le jeune Haendel – ĂągĂ© de 22 ans, livre en Italie en 1707 est une personnalitĂ© europĂ©enne venu Ă  Rome enrichir sa propre expĂ©rience et aussi dĂ©montrer combien il maĂźtrise au dĂ©but du XVIIIĂš, la langue sensuelle et conquĂ©rante de la Contre RĂ©forme. Sur le livret du Cardinal Benedetto Pamphili, Il Trionfo est une succession d’airs Ă©lectriques, exigeant des solistes une habilitĂ© virtuose exceptionnelle, entre expressivitĂ© dramatique, et subtilitĂ© d’intonation. Soit de vrais chanteurs d’opĂ©ras. C’est une annonce directe de ce que fera le gĂ©nie saxon, plus tard Ă  Londres, aprĂšs avoir Ă©chouĂ© Ă  affirmer son mĂ©tier dans le genre de l’opĂ©ra sedia : Il trionfo dĂ©signe cet oratorio anglais bientĂŽt Ă  naĂźtre et remarquablement dĂ©ployĂ© dĂšs la fin des annĂ©es 1730. Mais ici, Ă  Rome, le jeune compositeur apprend et perfectionne sa langue dramatique et poĂ©tique.

 

 

haendel handel classiquenewsBEAUTE / BELLEZZA s’enivre d’elle mĂȘme
 4 personnages allĂ©gories se confrontent, exprimant les diverses Ă©lans et dĂ©sirs de l’ñme humaine; Bellezza (beautĂ©), Piacere (Plaisir), Disinganno (dĂ©sillusion) et Tempo (Temps), tous imposent Ă  l’homme les limites et les mirages d’une vie d’insouciance ; sans conscience ni morale, sans valeurs ni sagesse, une vie humaine est vaine, creuse, fĂ»t-elle belle, hĂ©doniste. Le temps rattrape vite les Ă©lans du plaisir. Tout n’a qu’un temps et passe et s’efface. L’appel est lancĂ© : l’ñme doit ĂȘtre responsable. Ainsi la BeautĂ© s’enivre d’elle-mĂȘme… Si le sujet est sĂ©rieux et hautement moral, la forme musicale Ă©poustoufle par son raffinement, sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance, l’invention des mĂ©lodies, la finesse et la subtilitĂ© de la langue orchestrale. Jamais le gĂ©nie haendĂ©lien n’aura Ă©tĂ© aussi imaginatif, contrastĂ©, sensuel et nerveux : le compositeur rĂ©utilisera d’ailleurs nombre de ses airs dans ses opĂ©ras futurs. Aix propose une version mise en scĂšne par le polonais dĂ©jantĂ©, souvent provocateur, en tout cas dĂ©calĂ©, Krzysztof Warlikowski. La distribution elle suscite une adhĂ©sion immĂ©diate :

Bellezza : Sabine Devieilhe*
Piacere : Franco Fagioli
Disinganno : Sara Mingardo
Tempo : Michael Spyres

Tous sont conduits par Emmanuelle Haim, Ă  la tĂȘte de son ensemble Le Concert d’AstrĂ©e.

 

 

 

A l’affiche du festival d’Aix 2016 : les 1er, 4, 6, 9, 12 et 14 juillet 2016 / ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©, 22h. VISITER le site du festival d’Aix en Provence 2016

 

 

logo_france_musique_DETOUREDIFFUSION : en direct sur France Musique et France 2, le 6 juillet 2016 Ă  22h. Voici l’un des temps forts du festival d’Aix en Provence 2016, et non sans raison mais de façon confidentiel, la place du Baroque Ă  Aix. Il reste dommage que les grands crĂ©ateurs baroques lyriques, français ou italiens aient depuis des dĂ©cennies – depuis la direction de Bernard Foccroule prĂ©cisĂ©ment, quittĂ© le plateau de l’ArchevĂȘchĂ©. On se souvient des Orfeo ou Dido qui avaient pourtant enchantĂ© les soirs Ă©toilĂ©s du festival. Qu’en sera-t-il avec le nouveau directeur Pierre Audi ?

 

 

Illustration : Ă©vocation du jeune Haendel / Handel Ă  Rome / Portrait de jeune homme Baron Brooke par Nattier (DR)

 

CD, critique. Henry Madin : Te Deum pour Louis XV (1 cd Alpha)

MADIN Henry cd alpha chateau de versailles spectacles STRADIVARIA review compte rendu critique cd CLASSIQUENEWS 1457611602_ALPHA963CD, compte rendu critique. Henry Madin : Te Deum. Stradivaria (2015, 1 cd Alpha). Connaissez vous Madin? Le compositeur nĂ© Ă  Verdun mort en 1748 porte l’Ă©clat de la musique française post lullyste avec un brio sĂ©duisant tel qu’il inspire aux musiciens de Stradivaria ce programme monographique qui avait en juin 2015, toute sa place Ă  Versailles oĂč le prĂ©sent programme a Ă©tĂ© jouĂ© et enregistrĂ© sur le vif;  l’initiative en revient non pas au CMBV (Centre de musique baroque de Versailles) qui aurait eu une belle intuition Ă  le dĂ©fendre mais plutĂŽt au directeur de l’institution dĂ©cidĂ©ment bien inspirĂ©e, ChĂąteau de Versailles Spectacles, Laurent Bruner, lequel signe en ouverture et comme prĂ©sentation une bien belle dĂ©fense de Madin sujet de ses propres recherches musicales. La passion et la sincĂ©ritĂ© qui ont manifestement pilotĂ© le projet apportent leurs fruits en un album qui vaut la meilleure preuve du talent d’Henri Madin (1698-1748). Le tempĂ©rament lumineux voire souriant du crĂ©ateur est surtout connu pour l’un de ses meilleurs motets (donnĂ© en complĂ©ment de l’imposant Te deum) : “Diligam, te”, sommet du genre aprĂšs les Lully et Dumont, de 1737 – et par une secrĂšte construction harmonique interne, rĂ©fĂ©rence directe et “image musicale” du monarque lui-mĂȘme. Musicien reconnu et rĂ©compensĂ©, Madin assista Gervais et Campra au sein de la Chapelle de Louis XV, puis pilota la formation des pages de la Chapelle royale en 1742.

Compositeur majeur du premier XVIII Ăšme français – Madin offre donc un clair aperçu de l’essor de la ferveur officielle Ă  Versailles et aussi en province, au temps de JS Bach et de Haendel.

CLIC D'OR macaron 200La restitution du Te Deum l’un des plus longs et ambitieux du XVIII Ăšme marque le 17 novembre 1744 (date de sa premiĂšre audition), la Paix de Fribourg, jalon de la guerre de Succession d’Autriche ; et de la mĂȘme façon la prise de Tournai le 21 mai 1745 : d’une palpitante instrumentation, colorĂ©e, expressive  (Tu ad dexteram patris), Ă  la fois majestueuse et tendre  (ce que le timbre clair, douĂ© de beaux phrasĂ©s de la haute-contre Robert Getchell, exprime idĂ©alement), l’Ă©criture de Madin apprĂ©ciĂ© du Cardinal de Fleury comme de Louis XV illustre la dĂ©votion versaillaise officielle Ă  l’Ă©poque rocaille. L’orchestre Stradivaria de Daniel Cuiller apporte profondeur, allant, intĂ©riorité  (choeur Te ergo quaesumus) en un geste Ă  la fois articulĂ© et noble (partagĂ© en cela par le choeur des Cris de Paris), idĂ©alement rĂ©verbĂ©rĂ© sous la voĂ»te peinte de la Chapelle royale. Une lecture vive et parfois ardente au service d’un compositeur opportunĂ©ment mis en lumiĂšre : l’Ă©dition de ce disque particuliĂšrement opportun, Ă  l’initiative remarquable de ChĂąteau de Versailles Spectacles, vaut rĂ©habilitation pour Henry Madin. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

CD, compte rendu critique. Henry Madin : Te Deum pour les victoires de Louis XV ; Motet Diligam te, Domine HM 22. Stradivaria, Les Cris de Paris. Daniel Cuiller, direction (enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  la Chapelle royale de Versailles en juin 2015, 1 cd Alpha, collection ChĂąteau de Versailles). CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

CD, événement, annonce. El Rey PlanÚte, Le Roi PlanÚte. Juan Hidalgo (Musica para el Rey Planeta)

HIDALGO juan la grande chapelle le roi planete albert recasens cd critique review classiquenews mars 2016 Portada-hidalgo1-394x350CD, Ă©vĂ©nement, annonce. El Rey PlanĂšte, Le Roi PlanĂšte. Juan Hidalgo (Musica para el Rey Planeta). La Grande Chapelle. Albert Recasens (1 cd Lauda). Au service du patrimoine ibĂ©rique baroque, Albert Recasens et ses musiciens de La Grande Chapelle (ici 8 instrumentistes, 5 chanteurs) ressuscitent la ferveur du plein XVIIĂš espagnol. A l’époque du Roi Soleil, Juan Hidalgo avec Calderon invente le genre de la Zarzuela : le compositeur officiel Ă  la Cour de Madrid, sous les rĂšgnes de Philippe IV et Charles II, s’affirme par le raffinement de son Ă©criture et la recherche constante d’éloquence poĂ©tique et expressive. La contribution est d’autant plus dĂ©cisive que Hidalgo reste Ă  dĂ©couvrir, son profil biographique Ă©tant mal connu et encore imprĂ©cis malgrĂ© son importance musicale et les fonctions qu’il occupa. Albert Recasens rĂ©unit ici plusieurs Tonos et Villancicos : une majoritĂ© de mĂ©lodies dans ce cycle captivant sont enregistrĂ©s pour la premiĂšre fois. VoilĂ  ce qu’Ă©crivait notre rĂ©dacteur alertĂ© et convaincu, Benjamin Ballifh au moment de la crĂ©ation en France du programme de La Grande Chapelle  et Albert Recasens en France lors du Festival estival de Saintes 2014 :

 

“Musicien pour le Roi PlanĂšte

Qui est-il ? Juan Hidalgo (1614-1685) est incontestablement le plus grand auteur lyrique du XVIIĂšme siĂšcle espagnol. Il a travaillĂ© Ă©troitement avec l’auteur dramatique Pedro Calderon de la Barca et crĂ©e avec lui le genre de la zarzuela (El laurel de Apolo) et le semi-opĂ©ra (Fortunas de AndrĂłmeda y Perseo ou La estatua de Prometeo). Il a su former une association fructueuse pour des opĂ©ras cĂ©lĂšbres comme La pĂșrpura de la rosa (1659) et Celos aun del aire matan (1660), representĂ©es lors des festivitĂ©s du mariage de Louis XIV et de Marie-ThĂ©rĂšse d’Autriche qui couronnaient le traitĂ© des PyrĂ©nĂ©es (1660). Juan Hidalgo Ă©tait aussi harpiste de la cour royale d’Espagne et il a composĂ© plusieurs Ɠuvres sacrĂ©es en latin et en espagnol (villancicos et tonos) qui rĂ©vĂšlent un style rĂ©solument moderne. Juan Hidalgo fut le maĂźtre de musique de la Chambre Royale depuis 1645), au service de deux rois : Philippe IV (1621-1665) et Charles II (1665-1700). La diffusion du rĂ©pertoire de villancicos et tonos du MaĂźtre Hidalgo est immĂ©diate et importante : il existe des copies en Espagne, ans toute l’Europe et en AmĂ©rique latine (Madrid, Barcelone, El Escorial, SĂ©govie, Valence, Burgos, Salamanque, Valladolid, Munich, Guatemala, Lima, Sucre et New York).

 

 

 

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Pour le quadricentenaire de la naissance de Juan Hidalgo en 2014, La Grande Chapelle mĂšne Ă  son terme un processus de recherche prĂ©alable aux concerts. Le programme “Musique pour le Roi PlanĂšte” offre par la premiĂšre fois des inĂ©dits et des chefs-d’oeuvre emblĂ©matiques des deux versants de sa production (sacrĂ©e et thĂ©Ăątrale). Bien qu’il occupe une place importante dans l’histoire de la musique hispanique, son Ɠuvre et sa biographie demeurent mĂ©connues. Encore aujourd’hui, il n’existe aucun catalogue dĂ©taillĂ© ni aucune Ă©dition des Ɠuvres complĂštes de Hidalgo. La majeure partie des Ɠuvres jouĂ©es Ă  Saintes constituent une redĂ©couverte musicologique (premiĂšre interprĂ©tation Ă  l’époque moderne). La restitution a Ă©tĂ© complexe Ă©tant donnĂ© la dispersion des sources, les nombreuses variantes et les faux anonymes. Davantage que les partitions liĂ©es au thĂ©Ăątre, -plus connues, il s’agit des tonos courtisans profanes et des piĂšces sacrĂ©es en espagnol qui ont Ă©tĂ© largement diffusĂ©es en Espagne et en AmĂ©rique au XVIIĂšme siĂšcle.” LIRE la prĂ©sentation complĂšte du programme de La Chapelle Royale et Albert Recasens, ” Juan Hidalgo, musicien du Roi PlanĂšte”… 

 

 

Pleine critique complÚte dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016. Juan Hidalgo : Musica para el Rey Planeta par Albert Recasens et La Grande Chapelle (1 cd Lauda, enregistrement réalisé en novembre 2014).

 

 

 

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CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, opĂ©ra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ© par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant)Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au delĂ  du Rhin. L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain dĂ©fait est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui ce peut goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano : Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

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Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero…  Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu…  Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle. A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂ©rent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant. Toutes les sĂ©quences pointent finalement vers le duo des Ă©poux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fidĂ©litĂ© et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau de l’oratorio anglais promis Ă  de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscitĂ© par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel Ă  Karlsruhe, le 13 fĂ©vrier 2016. Le haute-contre, devenu metteur en scĂšne transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la RĂ©volution et de l’Ă©poque nĂ©opolĂ©onienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.

 

 

 

CD, annonce. Tout Satie !… en 10 cd. Coffret 10 cd Erato

satie tout satie coffret erato 2016 900825646047963CD, annonce. Tout Satie ! … en 10 cd. Coffret 10 cd Erato. Fantasque, Ă©lĂ©gant, dĂ©lirant poĂ©tique, dĂ©jĂ  dada et mĂȘme surrĂ©aliste, Erik Satie (1866-1925) personnalitĂ© discrĂšte mais spirituelle a cultivĂ© sa singularitĂ© : en chapeau melon, binocles, parapluie et col impeccable, le compositeur fut surtout un crĂ©ateur d’une justesse absolue, original et profond. Un gĂ©nie sans tapage d’une douce et tendre rĂȘverie, Ă  l’Ă©criture d’une inclassable fantaisie, et pas que pour le piano : pour la voix et l’orchestre du ballet, la musique de chambre aussi et mĂȘme …l’opĂ©ra. C’est ce que nous rappelle cet excellent coffret de 10 cd, par des interprĂštes surtout français dont se distinguent les mĂ©morables Mady MesplĂ© et Aldo Ciccolini, qui chante et joue leur Satie inspirĂ© par les Ă©toiles, portĂ© par le cƓur. C’est un gĂ©nie de la petite forme, intime, ciselĂ©e comme autant d’enluminures secrĂštes d’une infinie pudeur. MallarmĂ© et Verlaine, surtout Debussy (au Chat noir) et Suzanne Valadon – l’amour empoisonnĂ© dont il ne se relĂšvera jamais, compose une sĂ©rie de rencontres dĂ©cisives, qui nourrissent et inspirent une sensibilitĂ© inclassable. Solitaire de l’ombre, rĂ©sidant Ă  Montmartre puis Arcueil, Satie le socialiste devient pianiste de cabaret par nĂ©cessitĂ©, Ă©lĂšve de d’Indy et Roussel Ă  la Scola Cantorum, enfin au crĂ©puscule d’une vie trĂšs riche, croise la route de Cocteau, aprĂšs la guerre en 1915, qui en fait sa mascotte : le ballet surrĂ©aliste Parade (avec pistolet, sirĂšne et machine Ă  Ă©crire!) dĂ©coulera en 1917, de cette amitiĂ© ardente (dĂ©cors de Picasso) : l’humour provoque le scandale au moment oĂč la guerre suscitait un patriotisme aveugle. Figure atemporelle et fĂ©dĂ©ratrice, Satie est le nouveau barde autour duquel se forme le Groupe de Six. Ses GymnopĂ©dies, Gnossiennes, PiĂšces froides et Peccadilles importunes jalonnent un parcours oĂč l’inouĂŻ voisine avec l’inconnu, le burlesque fantaisiste avec l’absolu poĂ©tique. Et si Satie Ă©tait le dernier des compositeurs poĂštes ? Amoureux et orfĂšvre du verbe autant que de la note… Coffret Ă©vĂ©nement CLIC de CLASSIQUENEWS. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd, dvd livres de classiquenews.com

Coffret Tout Satie! 10 cd Erato 0825646047963

 

 

 

Erik Satie Complete Edition – IntĂ©grale Satie

CD1 – Ɠuvres orchestrales et ballets 79.36
Sonnerie pour rĂ©veiller le bon gros Roi des Singes · GymnopĂ©dies Nos. 1 & 3 · Le Piccadilly · Gnossienne No. 3 · En habit de cheval · Cinq grimaces pour « Un songe d’une nuit d’étĂ© » · La Belle excentrique · Musiques d’ameublement · RelĂąche · Mercure · Les Pantins dansent

CD2 – Ballets 78.11
Parade · Socrate · Le piÚge de Méduse

CD3 – Ɠuvre pour piano
Trois GymnopĂ©dies · L’enfance de Ko-Quo (New Recording) · Gambades · Nocturnes · Sept Gnossiennes · Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois · Descriptions automatiques · Vieux sequins et vieilles cuirasses · Les trois valses distinguĂ©es du prĂ©cieux dĂ©goĂ»tĂ© · Trois Sarabandes

CD4 – Ɠuvre pour piano
Le Piccadilly · Je te veux · Poudre d’or · Petite ouverture Ă  danser · Valse-ballet · Fantaisie-valse · Trois Morceaux en forme de poire · La Belle Excentrique · PrĂ©ludes flasques (pour un chien) · VĂ©ritables prĂ©ludes flasques (pour un chien) · Embryons dessĂ©chĂ©s · Chapitres tournĂ©s en tous sens · Heures sĂ©culaires et instantanĂ©es · Avant-derniĂšres pensĂ©es · Sports et divertissements · Sonatine bureaucratique · Caresse

CD5 – Ɠuvre pour piano
PiÚces froides · Nouvelles piÚces froides · Trois petites piÚces montées pour piano à quatre mains · Trois nouvelles enfantines · Menus propos enfantins · Enfantillages pittoresques · Peccadilles importunes · En habit de cheval · Aperçus désagréables · Passacaille · Prélude en tapisserie · Musiques intimes et secrÚtes · Petite musique de clown triste · The dreamy fish · Danse de travers · Verset laïque et somptueux · Allegro · The Angora Ox · Légende californienne · Fugue-valse · Premier menuet · PriÚre · Vexations

CD6 – Ɠuvre pour piano 79.49
Ogives · PremiĂšre pensĂ©e de la Rose+Croix · Sonneries de la Rose+Croix · Le Fils des Étoiles, WagnĂ©rie kaldĂ©enne du Sar PĂ©ladan · PrĂ©ludes du NazarĂ©en · PrĂ©lude d’Eginhard · FĂȘte donnĂ©e par des chevaliers normands en l’honneur d’une jeune demoiselle (XIe siĂšcle) · Danses gothiques · PrĂ©lude de la porte hĂ©roĂŻque du ciel · Jack in the box · Toutes petites danses pour le PiĂšge de MĂ©duse · Les pantins dansent · Leit-motiv du “PanthĂ©e” · Chanson andalouse · Rag-time Parade

CD7 – Ɠuvre pour piano
Uspud · CinĂ©ma · ModĂ©rĂ© · Stand-Walk · Six PiĂšces de la pĂ©riode 1906-1913 · Deux rĂȘveries nocturnes · Douze petits chorals · Carnet d’esquisses et de croquis · RĂȘverie du pauvre

CD8 – Ɠuvre pour piano & musique de chambre
Cinq grimaces pour « Le Songe d’une nuit d’étĂ© » · Mercure (New Recording) · RelĂąche (New Recording) · Mouvement · Petite sonate · Tendrement · RĂȘverie de l’enfance de Pantagruel · Parade · La statue retrouvĂ©e · Embarquement pour CythĂšre · Choses vues Ă  droite et Ă  gauche (sans lunettes)

CD9 – MĂ©lodies
Ludions · La statue de bronze · Je te veux · Trois poĂšmes d’amour · Tendrement · Quatre petites mĂ©lodies · Chanson · Chanson mĂ©diĂ©vale · Les fleurs · DaphĂ©nĂ©o · La Diva de l’Empire · Hymne pour le Salut au drapeau du Prince de Byzance · Trois mĂ©lodies sans paroles · Je te veux · Trois mĂ©lodies de 1886 · Le Chapelier · L’omnibus automobile · Chez le Docteur · Allons-y, Chochotte · J’avais un ami · Petit recueil des fĂȘtes · Le veuf · Un dĂźner Ă  l’ÉlysĂ©e

CD10 – Ɠuvres chorales
Messe des pauvres · GeneviÚve de Brabant

 

 

 

Les PĂȘcheurs de Perles au Met et au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, aujourd’hui, 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

BAROQUE français. Ils enregistrent, nouvel ensemble. L’ensemble SĂ©bastien de Brossard et Fabien Armengaud. ClĂ©rambault enfin rĂ©habilitĂ© ?

BAROQUE français. Ils enregistrent, nouvel ensemble. L’ensemble SĂ©bastien de Brossard et Fabien Armengaud. ClĂ©rambault enfin rĂ©habilitĂ© ? En janvier 2016, le nouvel ensemble sur instruments anciens, SĂ©bastien de Brossard, portĂ© par l’organiste et claveciniste Fabien Armengaud se consacre Ă  l’enregistrement de son premier album : motets du parisien Louis-Nicolas ClĂ©rambault (1676-1749) : « Fils d’un des vingt-quatre Violons du Roi, organiste et compositeur de la Maison royale de Saint-Cyr mais Ă©galement de Saint-Sulpice et des Jacobins, ClĂ©rambault fait montre dans ses compositions Ă  trois voix d’hommes d’un sens mĂ©lodique des plus soutenus et d’un contrepoint des plus recherchĂ©s. »

Clérambault : un théùtre sacré

clerambault_louis nicolas ensemble sebastien de brossard fabien armengaud cd paraty annonce classiquenews janvier 2016 ils enregistrents 01DĂ©coratif, Ă©lĂ©gant mais un rien superficiel et conforme, Louis-Nicolas ClĂ©rambault Ă  la fin du rĂšgne de Louis XIV livre tout un cycle de musique sacrĂ©e d’une beautĂ© et d’une profondeur Ă  redĂ©couvrir (plus de 100 opus !). C’est tout le travail de Fabien Armengaud que de dĂ©voiler la justesse poĂ©tique d’une Ɠuvre oubliĂ©e, mĂ©sestimĂ©e, d’une puissance parfois inouĂŻe
 oĂč l’expression de la ferveur est servie par une Ă©criture raffinĂ©e, intensĂ©ment dramatique, dont le sens du texte atteint des sommets de dĂ©clamation juste, vivante, expressive. En enregistrant plusieurs Motets pour trois voix d’hommes, le fondateur de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard a rĂ©uni les solistes Cyril Auvity, Jean-François Novelli, Alain Buet. Parmi les joyaux de ce nouveau programme d’une beautĂ© absolue, Le Passage de la Mer Rouge qui rĂ©vĂšle enfin avant Rameau, un gĂ©nie dramatique d’une rare grandeur.

« Si ClĂ©rambault n’écrivit jamais d’opĂ©ras, c’est dans son Ɠuvre religieuse qu’il dĂ©ploya des prodiges d’invention et de thĂ©Ăątre, avec entre autres ses tempĂȘtes qui n’ont rien Ă  envier aux tragĂ©dies de ses contemporains. », prĂ©cise dans son introduction au disque, Fabien Armengaud. Et d’ajouter : « Jean-Baptiste de Laborde, grand thĂ©oricien de l’époque disait de ClĂ©rambault : « Personne n’a Ă©crit plus purement que lui. Ce programme en est une preuve Ă©clatante ». On jugera donc sur piĂšces, probablement Ă  l’automne 2016, puisque le disque Ă  paraĂźtre chez Paraty, devrait sortir courant septembre / octobre 2016.

En portant le nom de l’illustre compositeur et collectionneur SĂ©bastien de Brossard (1655-1730), l’ensemble fondĂ© par Fabien Armengaud souhaite explorer toute la musique baroque française mĂ©connue ou si mal servie, avec cet esprit d’érudition ouverte, gĂ©nĂ©reuse, fraternelle qu’a dĂ©fendu de son vivant le musicien normand, qui fit toute sa carriĂšre entre les cathĂ©drales de Strasbourg, et de Meaux, tout en marquant son Ă©poque par sa grande culture et un curiositĂ© sans borne qu’il mit au service de l’éditeur Ballard qu’il conseilla. Programme prometteur et interprĂštes convaincants. A suivre.

Les PĂȘcheurs de Perles au Met et au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

Livres, compte rendu critique. Archives du concert. La vie musicale française à la lumiÚre de sources inédites (XVIIIe-XIXe siÚcle)

actes sud palazetto archives du concert vie musicale francaise sources inĂ©dites XVIIIĂš XIX eme siecle patrick taieb etienne ajdin critique compte rendu livres classiquenews _ 9782330047948Livres, compte rendu critique. Archives du concert. La vie musicale française Ă  la lumiĂšre de sources inĂ©dites (XVIIIe-XIXe siĂšcle) – Editions Actes Sud – PBZ. Peu Ă  peu l’historiographie du concert, conçu comme un Ă©lĂ©ment majeur de la pratique musicale dans la sociĂ©tĂ© française, et lui-mĂȘme emblĂ©matique d’un phĂ©nomĂšne sociĂ©tal, musical, culturel, esthĂ©tique, et mĂȘme politique, s’organise, Ă  l’aulne entre autres du vaste chantier de recherche intitulĂ© « RĂ©pertoire de spermogrammes de concert en France » ou RPCF, oĂč le livret programme et la critique du concert sont dĂ©sormais estimĂ©s telles de prĂ©cieuses sources d’information et d’analyse. Le prĂ©sent livre est l’une des contribution de ce vaste mouvement d’investigation, pilotĂ© par un double coordination Ă©ditoriale: au total 5 chapitres / contributions Ă©clairent ainsi l’apport de ces nouvelles sources. Une nouvelle affiche annonçant un concert pour Le Concert Spirituel en 1754 (en encre rouge dont la signification est explicitĂ©e pour la premiĂšre fois) ; les apports et informations nouvelles dĂ©livrĂ©s par une sĂ©lection de programmes de salles imprimĂ©s au XVIIIĂš manifestent en effet outre la grande richesse de ce nouveau fonds documentaires, la diversitĂ© des facettes du phĂ©nomĂšne du concert tel qu’il est dĂ©veloppĂ© en XVIIIĂš et XIXĂšme. Mais c’est surtout les deux derniers chapitres qui s’avĂšrent les plus passionnants, dĂ©voilant cette Ă©poque spĂ©cifique oĂč le concert, considĂ©rĂ© comme un loisir et un divertissement non nĂ©cessaire mais pratiquĂ© par l’Ă©lite sociale, Ă©tait l’objet d’une taxe solidaire reversĂ© aux pauvres : ainsi « le droit des pauvres » Ă©tait-il perçu sur chaque concert, quitte Ă  fragiliser davantage les producteurs, dĂ©jĂ  mis Ă  mal par des recettes insuffisantes. Berlioz, organisateur et producteur de ses propres concerts s’en Ă©tait plaint, non sans raison. Le droit des pauvres sera ainsi appliquĂ© sur chaque concert en France jusqu’en 1941. Aujourd’hui, la pratique nous sombre discutable d’autant qu’à l’époque, le thĂ©Ăątre n’était pas ainsi taxĂ©, du fait qu’il Ă©tait considĂ©rĂ© plus « utile » Ă  la sociĂ©tĂ© que
 la musique et l’expĂ©rience du concert. Une discrimination culturelle qui paraĂźt aujourd’hui aberrante. La prise en compte de cette fiscalitĂ© particuliĂšre met en perspective la conception du concert dans la France des XVIIIĂš et XIXĂš ; Ă  la lumiĂšre de notre Ă©poque, les enseignements de ces premiĂšres analyses, rĂ©vĂšlent l’évolution du concert Ă  travers les rĂ©gimes et les pĂ©riodes de l’histoire.

En fournissant aux chercheurs de nouvelles sources d’information, en apportant aussi les clĂ©s pour mieux les exploiter et les analyser, le livre « Archives du concert » souligne l’intĂ©rĂȘt de cette nouvelle piste qui se prĂ©sente Ă  la recherche scientifique. Au regard des premiĂšres donnĂ©es, l’enjeu s’avĂšre captivant. Et le contenu des prochaines dĂ©couvertes, particuliĂšrement prometteur.

Livres, compte rendu critique. Archives du concert. La vie musicale française Ă  la lumiĂšre de sources inĂ©dites (XVIIIe-XIXe siĂšcle) – Editions Actes Sud, collection Beaux Arts. Mars, 2015 / 16,5 x 24,0 / 384 pages . CoĂ©dition Palazzetto BZ. ISBN 978-2-330-04794-8. Prix indicatif : 39€

 

Biographie. Telemann (1681-1767)

Biographie. Telemann (1681-1767). NĂ© en 1681 et mort en 1767, Teleman vivra en 2017, son 250Ăšme anniversaire : une opportunitĂ© pour cĂ©lĂ©brer le gĂ©nie de ce compositeur qui certes en Allemagne du nord est bien connu, Ă©toile musicale Ă  Hambourg, vĂ©ritable esprit synthĂ©tique Ă  l’Ă©poque de Jean-SĂ©bastien Bach et comme ce dernier particuliĂšrement admirĂ©, et davantage encore que le director musices de Leipzig car Telemann fut vĂ©nĂ©rĂ© tel un dieu vivant, affirmant l’intelligence d’une pensĂ©e musicale, celle du plein baroque, avant les prĂ©mices du classicisme et du romantisme, en somme l’exact contemporain du français Rameau et comme lui, le dernier jalon marquant du baroque impĂ©tueux, expressif, universel.

 

 

Telemann, génie du Baroque germanique

 

 

TempĂ©rament puissamment original, Telemann impose sa grande culture musicale et sa pensĂ©e Ă©clectique dans l’Allemagne du nord. Il sert comme Kapellmeister dans diverses cours saxonnes puis devient surtout l’Ă©minence incontournable de la citĂ© de Hambourg, comme Kantor du Johanneum, Ă  partir de 1721, soit Ă  40 ans. En auteur avisĂ© et organisĂ©, il coordonne immĂ©diatement la parution de ses oeuvres, destinĂ©es aux amateurs et cĂ©nacles lettrĂ©s d’oĂč sa renommĂ©e europĂ©enne prĂ©coce : en homme des LumiĂšres et personnalitĂ© musicale, Telemann correspond sa vie durant avec les grands penseurs et thĂ©oriciens de son temps : Haendel, et les Bach, pĂšre et fils, Jean-SĂ©bastien et CPE (son filleul). AutoritĂ© incontestable, Telemann incarne une maniĂšre de modĂšle europĂ©en, bien au dessus de JS Bach Ă  son Ă©poque, influençant toute la nouvelle gĂ©nĂ©ration qui suit : Pisendel, Fasch, Heinichen, Graupner… Ses Ă©crits thĂ©oriques marquent profondĂ©ment la recherche de Mattheson, Quantz, Agricola, entre autres.

LEIPZIG : premiĂšre consĂ©cration. A 10 ans, Telemann maĂźtrise le violon, la flĂ»te, le clavier ; c’est un jeune prodige qui Ă  12 ans compose son premier opĂ©ra : Sigismundus. MalgrĂ© la profonde et tenace rĂ©ticence de sa mĂšre, Telemann s’obstine avec raison dans la musique dont il fait sa vocation. Ses premiĂšres Ɠuvres dĂ©voilent une connaissance approfondie de Agostino Stefani (rĂ©cemment ressuscitĂ© par Cecilia Bartoli), comme celle de gĂ©nies du XVIIĂš,  RosenmĂŒller, Corelli et Caldara. Inscrit en droit Ă  Leipzig en 1701, pour plaire Ă  sa mĂšre, Telemann n’en oublie par pour autant de recontrer le jeune Haendel Ă  Halle.
Le maire de Leipzig saisi par son Psaume chantĂ© Ă  l’Ă©glise Saint-Thomas, lui commande immĂ©diatement un cycle de cantates, au grand dam du directeur musical de la ville, Kuhnau, rĂ©cemment nommĂ©. Telemann audacieux et entrepreneur, organise une sĂ©rie de concerts publiques oĂč joue un ensemble de musiciens Ă©tudiants prĂȘts Ă  le suivre (Collegium Musicum) ; trĂšs vite, son exceptionnel talent de compositeur lui rĂ©serve offres et propositions : il devient directeur de l’OpĂ©ra de Leipzig, compose plusieurs ouvrages lyriques, embauche les Ă©tudiants hambourgeois, chante lui-mĂȘme. En 1704, Telemann abandonne son poste Ă  l’OpĂ©ra pour devenir organiste Ă  la Neukirche.

IndisposĂ© par les remontrances du jaloux Kuhnau, Telemann quitte Leipzig en 1705 pour… la Cour italianisante du Comte Erdmann II de Promnitz (Ă  Sorau, actuelle Zary) oĂč la prĂ©dominance simultanĂ©e du style français stimule le compositeur. Il se perfectionne alors dans l’ouverture Ă  la française dont il passe pour le maĂźtre absolu. La proximitĂ© des Ă©lites et intellectuels de Berlin, le marque alors mais son sĂ©jour est interrompu lorsque sous la menace d’une invasion suĂ©doise, le Cour du Prince Promnitz est dissoute.

Bach Ă  Eisenach, 1706. Telemann rejoint alors la Cour d’Eisenach oĂč il dirige les chanteurs comme Konzertmeister. C’est lĂ , entre 1706 et 1708 qu’il rencontre Jean-SĂ©bastien Bachn bientĂŽt sur le dĂ©part pour Weimar (1708). Telemann livre alors tout un nouveau cycle de cantates et piĂšces de musique de chambre. Pour Eisenach, Telemann livra jusqu’en 1729, nombre de compositions, prolongeant encore sa riche participation Ă  l’activitĂ© de la ville.
A Francfort sur le Main, le compositeur dĂ©veloppe davantage son activitĂ© urbaine et mondaine comme directeur de la musique, composant nombre de musiques de circonstance, entre autres pour les concerts hebdomadaires du Collegium Musicum local. FĂ©cond, le musicien Ă©crit musiques de mariage et de cĂ©lĂ©brations diverses, oratorios et cantates; tout en poursuivant son activitĂ© de compositeurs d’opĂ©ras pour… Leipzig.
En 1717, le duc Ernst de Gotha lui offre le poste de Kapellmeister de toutes ses cours : Telemann assoit encore son statut et sa renommĂ©e. A Dresde en 1719, pour le mariage d’Auguste II et Maria Josepha d’Autriche, il retrouve Haendel et Ă©crit pour le violoniste Pisendel.

 

 

HAMBOURG, 1721. ConsĂ©cration, reconnaissance, transmission… NommĂ© directeur musical de la ville d’Hambourg, Telemann atteint une position particuliĂšrement exposĂ©e et enviable, lui assurant prestige et confort matĂ©riel. Pour autant, ses nouvelles fonctions ne sont pas de tout repos car il doit fournir l’ordinaire musical des 5 Ă©glises de la ville (soit comme JS Bach Ă  Leipzig : 2 cantates hebdomadaires inĂ©dites, 1 Passion par an… !, assurer un service d’enseignement.
Telemann insista aussi pour Ă©crire des opĂ©ras pour le ThĂ©Ăątre Lyrique de la ville : son ouvrage Der Geduldige Socrates / La Patience de Socrate, pourtant admirablement construit, ne suscita pas un enthousiasme dĂ©bordant de la part des autoritĂ©s. Un violent diffĂ©rent survint et Telemann menaçant de dĂ©missionner, se prĂ©senta au concours pour le poste de directeur musical Ă  l’Ă©glise Saint-Thomas de Leipzig en 1722. Il remporta naturellement la compĂ©tition oĂč se prĂ©sentait aussi JS Bach et Graupner, finalement dĂ©boutĂ©s. InquiĂšte et dĂ©stabilisĂ©e, la municipalitĂ© de Hambourg sut rĂ©agir pour garder son compositeur officiel : traitement augmentĂ©, participation aux opĂ©ras : Telemann qui laissa ainsi Leipzig Ă  JS Bach, avait gagnĂ© la partie.
ConfirmĂ© et renforcĂ©, Telemann Ă  Hambourg favorise l’essor de l’activitĂ© musicale dans la citĂ© : livrant les partitions obligĂ©es par son office, mais aussi donnant un cycle multipliĂ© de concerts dans la taverne “Lower Tree-House” oĂč il prĂ©sente ses derniĂšres crĂ©ations avec une libertĂ© crĂ©ative en liaison avec sa certitude comme artiste reconnu. Telemann prend aussi la direction de l’OpĂ©ra de Hambourg, jusqu’Ă  la fermeture de l’Ă©tablissement en 1738.  Il programme ses ouvrages mais aussi ceux de Keiser et de Haendel (un ami estimĂ© auquel il adresse des bulbes de tulipes). Eclectique et prolixe dans diverses formes, Telemann compose aussi des opĂ©ras comiques (Pimpinone de 1725).
Telemann georg philipp telemannEditeur de ses propres oeuvres, Telemann organise et coordonne la publication de ses partitions, jusqu’en 1740, participant Ă  la diffusion de son style et donc Ă  sa renommĂ©e europĂ©enne (dont en 1728, un recueil de 72 cantates…, ou un recueil imprimĂ© Ă  Paris en 1738, les Nouveaux Quatuors). Le rayonnement de son Ɠuvre Ă©ditĂ©e impose l’Ă©clat et le succĂšs populaire d’une Ă©criture accessible, pourtant virtuose, aux difficultĂ©s mesurĂ©es, au caractĂšre galant de l’inspiration… trĂšs soucieux de la dĂ©fense de ses droits (en cela prĂ©curseur de Richard Strauss), il rejoint Paris en 1737 pour y piloter directement la publication de sa musique de chambre. Les Ă©diteurs parisiens Boivin et Le Clerc furent rappelĂ©s Ă  l’ordre par le compositeur qui n’avait pas donnĂ© autorisation Ă  l’Ă©dition de ses Sonates en trio et d’autres recueils. AvisĂ©, interventionniste, Telemann publia directement ses oeuvres, unanimement apprĂ©ciĂ©es par les français, et applaudies au Concert Spirituel.
A partir de 1740, le pĂ©dagogue et thĂ©oricien supplantent l’activitĂ© du compositeur, lequel honore cependant Ă  Hambourg, les obligations de sa charge (Passions et cantates de circonstance…). Telemann s’interroge sur le moyen de la transmission (indication des ornements, interprĂ©tation des recitatifs…) autant de sujets dĂ©veloppĂ©s dans ses recueils thĂ©oriques qui offrent un Ă©clairage dĂ©cisif pour l’interprĂšte moderne et sur la façon de jouer sa propre musique. PensĂ©e conceptuelle autant que pragmatique, Telemann Ă©crit dans la derniĂšre dĂ©cennie de sa longue et prodigieuse carriĂšre, plusieurs drames lyriques inspirĂ©s des oratorios de Haendel.  Nouveaux dĂ©fis qu’aima cultiver l’infatigable auteur jusqu’Ă  son dernier souffle.

 

 

 

AGENDA TELEMANN 2016
Avant l’annĂ©e commĂ©morative (2017, soit les 250 ans de la disparition du compositeur gĂ©nial), Opera Fuoco, la compagnie lyrique crĂ©Ă©e et dirigĂ©e par l’excellent David Stern prĂ©sente l’opĂ©ra mĂ©connu mais splendide Damon au ThĂ©Ăątre de Magdeburg (Allemagne) en version scĂ©nique (Aron stiehl, metteur en scĂšne), les 12, 13 18 et 19 mars 2016.

DISCOGRAPHIE

telemann theatre musical les masques olivier fortin ouverture don quixoote burlesque review cd critique cd classiquenews CLIC de novembre 2016 AJ0256CD remarquable. Les Masques emportĂ©s par Olivier Fortin subliment le gĂ©nie dramatique et poĂ©tique de Telemann : cd exceptionnel intitulĂ© “ThĂ©Ăątre musical de Telemann”, CLIC de CLASSIQUENEWS, Ă©ditĂ© en novembre 2016. LIRE notre critique complĂšte du cd le ThĂ©Ăątre musical de Telemann par Olivier Fortin et Les Masques (1 cd Alpha)

 

telemann giovanni antonini cd alpha concerto suite chalumeau review critique cd classiquenews 3760014192456_600CD, compte rendu, critique. TELEMANN : oeuvres concertantes pour flĂ»te, deux chalumeaux
 Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini (1 cd Alpha). Voici en cette fin d’annĂ©e 2016 et prĂ©ludant Ă  l’annĂ©e Telemann 2017 (250Ăšme anniversaire de la mort : LIRE notre dossier spĂ©cial Telemann 2017), un disque miraculeux, dĂ©diĂ© aux talents multiples du compositeur de Hambourg, lequel dans sa biographie paru dans la ville hansĂ©atique en 1740, alors qu’il en est le directeur de la musique, c’est l’un des postes les plus enviables en Europe-, prĂ©cise qu’il a « appris avec enthousiasme Ă  jouer des instruments Ă  clavier, du violon, de la flĂ»te. Et Ă  prĂ©sent, je me consacre Ă  l’apprentissage du hautbois, de la flĂ»te traversiĂšre, du chalumeau, de la viole de gambe et mĂȘme de la contrebasse et du trombone ». Rien de moins. Telemann douĂ© en tout, accomplit des trĂ©sors d’inspiration et de raffinement, … En LIRE +