ANNIVERSAIRES 2022 : les compositeurs et artistes célébrés en 2022 (de César Franck à Schütz, de Scriabine à Alfvén…)

franck cesar portrait classiquenewsANNIVERSAIRES 2022 : les compositeurs fêtés en 2022 : Franck, Mondonville, Vaughan Williams… Souhaitons qu’un semblant de « vie normale » revienne rapidement en 2022, utopie bien réelle qui augure d’un début 2022 déjà entaché par le nouveau variant « Omicron », plus contagieux et sa conséquence concrète dès la fin déc 2021, le retour aux jauges limitées pour les salles de spectacle – mesure presque acceptable en France quand en Belgique, le confinement décidé, imposé, met à l’arrêt l’ensemble du secteur culturel … Nonobstant ces temps d’incertitude, c’est le belge César Franck (pour le bicentenaire de sa naissance) qui sera l’auteur le plus fêté alors, et sa juste valeur, son apport à la musique, mieux évalués ainsi… en particulier en France, à l’heure du tout Wagner.
Citons aussi les indispensables autant qu’inévitables Schütz et Scriabine, le directeur de compagnie à l’infaillible intuition Diaghilev – mentor de Nijinsky ; et aussi ETA Hoffmann, plus connu aujourd’hui comme poète que musicien ; mais aussi les moins connus, Mondonville (qui porte à 2, le nombre des figures baroques majeures célébrées en 2022), et Ralph Vaughan Williams ou Hugo Alfvén, acteurs d’une musique nationale respectivement en Angleterre et en Suède. La nouvelle année pourrait être celle des « 150 ans », pointant le curseur sur toute une génération d’auteurs, tous les 4 nés en 1872, colonie de contemporains aux profils aussi divers qu’indiscutables : Diaghilev, Scriabine, Vaughan Williams, Alfvén … 2022 s’annonce ainsi une année passionnante.

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Heinrich SCHÜTZ (1585-1672) – 350 ans de la mort
Schutz-heinrich-opera-oratorio-classiquenews-dossier-anniversaire-2022-classiquenewsElève de Giovanni Gabrieli à Venise (voire de Monteverdi), Heinrich Schütz réinvente avant JS Bach, la musique sacrée germanique à laquelle il ajoute la sensualité italienne (polychoralité vénitienne) le sens de la mélodie et le relief du récitatif, les figuralismes expressifs (assimilés totalement dans ses propres madrigaux). Ses oratorios pour Dresde en particulier où il dirige la chapelle en 1615, et son opéra Dafne, 1er ouvrage lyrique en allemand (1627, hélas perdu), affirme un tempérament qui fusionne drame et spiritualité, mais aussi épure et gravité (probable influence du contexte de la Guerre de Trente Ans, cataclysme bouleversant l’histoire européenne dans la première moitié du XVIIè). Parmi les œuvres les plus marquantes du « Monteverdi germanique » : Psalmen Davids, 1619 ; Kleine geistliche Konzerte (Petits concerts spirituels), 1636 ; Musikalische Exequien (Obsèques musicales), 1636 ; Die Sieben Worte Jesu Christi am Kreuz, 1662 ; sans omettre les 3 Passions à redécouvrir en urgence, triptyque préfigurant directement la puissance dramatique des drames de JS Bach : Mathieu (1664), Luc (1666) et Jean (1668)…
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Jean-Joseph Cassanéa de MONDONVILLE (1711-1772) – 250 ans de la mort
Jean-Joseph_Cassanéa_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourA l’époque où Rameau règne indiscutablement, à l’opéra, le narbonnais Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, violoniste provincial au tempérament puissant fait aussi entendre sa voix comme compositeur : ses « grands motets » affirment un sens du drame époustouflant pour l’époque à l’égal de Rameau. Devenu directeur du Concert Spirituel, Mondonville marque la vie parisienne sous Louis XV et à l’époque des Lumières. C’est un touche à tout d’une indiscutable voire irrésistible séduction comme ses opéras (Titon et l’Aurore), ballets, oratorios l’indiquent clairement.

LIRE notre critique des Grands Motets de Mondonville par György Vashegyi – 2015 / Budapest : György Vashegyi est un défricheur au tempérament généreux, surtout à la vision globale et synthétique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilité et de goût : car le chef hongrois goûte et comprend comme nul autre aujourd’hui, à l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-compte-rendu-critique-mondonville-grands-motets-gyorgy-vasgheyi-2-cd-glossa-2015/

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Ernst Theodor Amadeus HOFFMANN (1776-1822) – 200 ans de la mort
Juriste de formation et critique acerbe, écrivain et poète renommé, E.T.A. Hoffmann incarne comme Théophile Gaultier, Barbey d’Aurevilly et surtout Villiers de l’Isle Adam à sa suite, le génie romantique fantastique qu’il marque avant tous, comme pionnier. L’envoûtement, l’emprise, les visions terrifiantes, les tromperies et les illusions traversent son œuvre frappée sous le sceau du rêve et souvent du cauchemar… Nombre de ses nouvelles inspirent les compositeurs d’opéra et les chorégraphes : Cardillac (Paul Hindemith), Coppélia (Léo Delibes), Casse-Noisette (Tchaikovsky), et bien sûr Offenbach qui met en scène les propres déboires amoureux du poète Hofmann dans ses Contes d’Hoffmann…Critique musical, Hoffmann ne cache pas son admiration pour Mozart dont il prend le prénom Amadeus. Son anniversaire permettra-t-il de redécouvrir aussi les opéras (Ondine), messes, symphonie et Sonates pour piano dont il est l’auteur ?
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César FRANCK (1822-1890) : 200 ans de la naissance
franck_cesar_symphonie_franckInclassable, organiste virtuose, compositeur non moins génial (sa Sonate pour violon et piano aurait inspiré à Proust sa Sonate de Vinteuil, écho indirect aussi de la Sonate de… Saint-Saëns, proche de Franck), le belge César Franck (né à Liège), eut l’intelligence d’aimer autant Wagner que de proposer une alternative à la musique de l’auteur de Tristan. C’est le plus français des belges, qui meurt à Paris en 1890. Après avoir subjugué les parisiens depuis la tribune de Sainte-Clotilde (dès 1859 à 37 ans, disposant d’un Cavaillé-Coll tout neuf), Franck devient professeur d’orgue au Conservatoire de Paris en 1871. C’est la période où il cofonde avec Saint-Saëns la Société National de musique, destinée à favoriser et encourager les compositeurs français contemporains : claire réponse au wagnérisme envahissant. Audacieux voire défricheur comme Berlioz, Franck fixe de nouveaux modèles, dans tous les genres (opéra, poème symphonique, musique de chambre, symphonie…), soucieux autant de la séduction formelle que du sens et de la cohérence architecturale des œuvres (le principe cyclique assure la cohésion interne de chaque partition, comme le leitmotiv propre à Wagner). Outre sa Sonate, son unique Symphonie (en ré mineur, 1889) est un modèle du genre et une expérience autant spirituelle que musicale pour le chefs et les instrumentistes comme pour tout auditeur. Le 8 déc 2022 marque le bicentenaire de sa naissance.
LIRE notre dossier spécial César Franck 1822 – 2022 :
https://www.classiquenews.com/200-ans-de-cesar-franck-1822-2022-dossier-pour-le-bicentenaire-cesar-franck/

LIRE aussi notre critique du CD CLIC de CLASSIQUENEWS :
César Franck par Mikko Franck : Symphonie en ré, Ce que l’on entend sur la montagne, Philharmonique de Radio France (1 cd Alpha). Depuis sa création en 1937, le Philharmonique de Radio France n’a jamais semblé aussi heureux et épanoui que sous la conduite du finlandais Mikko Franck. On se souvient d’une remarquable Tosca à Orange où le chant orchestral produisait une tension dramatique captivante (été 2010). On retrouve le même engagement et une entente bénéfique dans ce programme dédié au symphonisme de César Franck.
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-cesar-franck-par-mikko-franck-symphonie-en-re-ce-que-lon-entend-sur-la-montagne-philharmonique-de-radio-france-1-cd-alpha/
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Serge (de) DIAGHILEV (1872-1929) – 150 ans de la naissance
DIAGHILEV-serge-ballets-russes-anniversaire-2022-150-ans-dossier-classiquenewsCertes pas compositeur, mais mélomane et producteur visionnaire, Serge de Diaghilev fut un directeur de compagnie d’une stature légendaire, inégalé même après lui ; il marque l’histoire de la danse et de la création musicale à Paris, permettant aux créateurs français surtout parisiens d’enrichir idéalement leur propre imaginaire ; Paris n’avait connu l’émergence de tels talents étrangers depuis Marie-Antoinette au début des années 1770 et 1780, invitant pour le plus grand bénéfice de l’invention française, les Gluck, Piccinni, Sacchini, Salieri à Versailles et Paris ; de son côté Diaghilev dirige et assure à Paris le rayonnement des « Ballets Russes », créés en 1907 (l’année des Demoiselles d’Avignon de Picasso), laboratoire, tremplin qui favorise l’expressivité des plus grands interprètes et compositeurs russes : Chaliapine, Nijinsky, … Tamara Karsavina ; sa coopération avec le jeune Stravinsky est exceptionnellement féconde : L’Oiseau de feu (1910), Petrouchka (1911) surtout Le Sacre du printemps, scandale historique qui fait trembler les planches du TCE à Paris en 1913 … ; Diaghilev produit aussi les piliers de l’opéra russe dont Boris Godunov de Moussorgski (avec Chaliapine, à l’Opéra Garnier) influençant jusqu’à l’inspiration et l’orchestration de …Ravel. S’assurant le concours des danseurs chorégraphes Nijinsky, Balanchine, Lifar, Massine, le ballet et l’art chorégraphique rayonnent alors à Paris grâce à Diaghilev, dans plusieurs créations demeurées depuis inoubliables, musicalement majeures dans l’histoire de la musique parisienne : Daphnis et Chloé (Ravel), Après-midi d’un faune (Debussy avec Nijinski), Jeux du même Debussy, Parade de Satie (décors de Picasso), La légende de Joseph (R Strauss), s’associant d’autres noms illustres tels Cocteau, Milhaud, Chabrier, de Falla (Le Tricorne), Prokofiev, Poulenc (Les Biches)… (Portrait de Diaghilev par Leon Bakst, 1906)
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Alexandre SCRIABINE (1872-1915) – 150 ans de la naissance
Alexandre ScriabineComme Bruckner, Scriabine est un illuminé dont l’œuvre témoigne d’une ferveur hors normes inspirant une écriture à la fois sincère comme personnelle (pour ne pas dire intime voire autobiographique). Mais si Bruckner réinvente la symphonie germanique (dans l’admiration de Dieu et de … Wagner), Scriabine réinvente totalement le langage pianistique, qu’il sait accorder aussi au tissu orchestral. Habité par la forme pure et le langage d’une musique surtout spirituelle, elle-même porteuse d’un idéal philosophique où le créateur démiurge rend audible l’harmonie cosmique, Scriabine s’intéresse en 1900 à l’écriture symphonique. 2015 marquait le centenaire de sa mort en 1915 (Lire notre dossier centenaire Scriabine, 1915 – 2015), 2022 devrait réviser notre perception de son œuvre, de ses audaces harmoniques orchestrales à sa conception mystique du jeu pianistique. Ses partitions majeures tels « Vers la flamme », surtout « le Poème de l’extase » (1907) précisent la singularité d’une hypersensibilité hors normes… De l’ivresse à l’extase et aux vertiges conscients, toujours parfaitement calibrés, chaque partition de Scriabine relève d’une transfiguration: l’indice d’une quête coûte que coûte préservée, menant de la danse à la transe.
Jamais dogmatique ni démonstrative, l’écriture de Scriabine sait devenir pure poésie a contrario de l’ambition spirituelle qui la soustend. Les titres de ses œuvres majeures (Le divin poème, le Poème de l’extase, vers la flamme, Prométhée…) disent assez l’absolue exigence de celui qui vécut la musique tel le couronnement des disciplines spirituelles.

LIRE aussi notre dossier les 6 symphonies de Scriabine
http://www.classiquenews.com/150-ans-de-scriabine-2015-les-6-symphonies-de-scriabine/
LIRE notre critique du Poème de l’extase par Valery Gergiev :
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-scriabine-le-poeme-de-lextase-valery-gergiev-1-cd-lso-live-2014/
LIRE aussi notre dossier centenaire Scriabine 1915-2015 :
http://www.classiquenews.com/centenaire-de-la-mort-de-scriabine-1915-2015/
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Hugo ALFVÉN (1872-1958) – 150 ans de la naissance
ALFven-symphonie-classiquenews-dossier-anniversaire-2022-classiquenewsLe suédois Hugo Alfvén poursuit la flamme musical après Martin Kraus, compositeur des Lumières nordiques à la cour de Gustave III mais né en Allemagne. Comme son prédécesseur au XVIIIè, Alfvén renouvelle encore l’idée d’un symphonisme proprement suédois. Le professeur au conservatoire de Stockholm qui est aussi chef et violoniste, ne tarde pas à s’affirmer dans le domaine symphonique (succès de la n°2, 1899) par son tempérament éclectique, formé en Europe, autant que compositeur typiquement suédois. Aquarelliste chevronné, Alfvén sait marier les timbres avec un sens de la couleur et du drame, manifeste. Ses 5 symphonies, sa rhapsodie « Midsommarvaka » / Nuit de la saint-Jean, en témoignent.
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Ralph VAUGHAN WILLIAMS (1872-1958) – 150 ans de la naissance
A l’ombre de Britten, Vaughan Williams marque aussi l’histoire de musique anglaise. Il est le compagnon d’étude de Gustav Holst au Royal College of Music à Londres (1895) ; puis il gagne une maturité artistique grâce à son bagage et sa culture enrichis par sa formation à Berlin (auprès de Bruch) et à Paris (auprès de Ravel, 1909)… L’européen s’ingénie ensuite à livrer une musique authentiquement britannique, libérée des influences continentales (italienne, germanique, française, …) à partir des airs folkloriques anglais qu’il collecte avec minutie et qu’il intègre dans ses œuvres. Vaughan Williams s’engage dans l’armée au moment de la Grande Guerre comme brancardier ; de cette époque date une blessure qui mènera à la fin de sa vie à la surdité. Il meurt en 1958 et est inhumé à Westminster, près de la tombe de Purcell qu’il admirait.
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Dossier et présentations régulièrement actualisés au fur et à mesure de l’année 2022

 

 

 

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