AIDA de VERDI sur ARTE (Kaufmann, Radvanovsky)

Londres, Royal Opera House : Jonas Kaufmann chante Andrea ChĂ©nierSTREAMING, opĂ©ra chez soi. ARTE. VERDI : Aida, jeudi 18 fĂ©v 2021, 19h30. Paris, l’OpĂ©ra de Bastille affiche l’opĂ©ra Ă©gyptien de Verdi, inaugurĂ© Ă  l’ouverture du Canal de Suez, inspirĂ© par l’ñge d’or de l’histoire pharaonique, soit le Nouvel Empire. Le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs (tĂ©nor hĂ©roĂŻque) couvert d’or et glorieux est accueilli en hĂ©ros par la foule et Pharaon : mais il aime la princesse Aida (soprano dramatique d’un angĂ©lisme ardent), rĂ©duite en esclave, soumise Ă  la fille de Pharaon AmnĂšris (bel emploi d’alto sombre et passionnĂ©e)
 C’est compter sans la volontĂ© d’AmnĂ©ris et sa jalousie destructrice, pourtant bientĂŽt dĂ©faite devant l’horreur du sort qui les prĂȘtres rĂ©servent Ă  RadamĂšs. N’a-t-il pas finalement trahi la Cour de Pharaon ? Comme Don Carlo, Aida, tout en se prĂȘtant au genre du grand opĂ©ra historique avec ballet, reste un huis clos psychologique dont la tension se resserre sur les 3 protagonistes : Aida, AmnĂšris, RadamĂšs. Verdi qui aime la tessiture de baryton, ajoute un 4Ăš personnage clĂ©, Amonasro, le pĂšre d’Aida, lui aussi captif de Pharaon. Photo : portrait de Jonas Kaufmann  (DR) tĂ©nor hallucinĂ© qui chante le rĂŽle du gĂ©nĂ©ral RadamĂšs.

2021 marque aussi le 150e anniversaire de la crĂ©ation de l’ouvrage dont la conception profite aussi de la coopĂ©ration de l’égyptologue français Auguste Mariette : d’oĂč le grand rĂ©alisme historique de la partition et la vraisemblance du livret.

EN REPLAY sur ARTE concert dÚs le jeudi 18 février 2021, 19h30, puis sur ARTE  dim 21 février 2021, 14h05 :
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-016485/saison-arte-opera/

CrĂ©Ă© en dĂ©cembre 1871 Ă  l’OpĂ©ra du Caire pour cĂ©lĂ©brer l’inauguration du canal de Suez, AĂŻda est devenu un pilier du rĂ©pertoire lyrique, avec La Traviata et Le TrouvĂšre, l’opĂ©ra le plus jouĂ© de Verdi. Dans cette nouvelle production, la metteuse en scĂšne nĂ©erlandaise Lotte de Beer entend soulignes avec une acuitĂ© critique les « reprĂ©sentations europĂ©ennes des peuples assujettis”. Il est vrai qu’avec Aida et son pĂšre, Amonasro, Verdi a brosser le portrait de deux captifs rĂ©duits en esclavage. La distribution rĂ©unie par la scĂšne parisienne promet de superbes moments dont Ă©videmment le dernier tableau, Ă  la fois bouleversant et glaçant
 quand les deux amants inflexibles sont condamnĂ©s Ă  mourir emmurĂ©s vivants.

AĂŻda
Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi
Livret : Antonio Ghislanzoni d’aprùs une intrigue d’Auguste Mariette
Mise en scĂšne : Lotte de Beer
Direction musicale : Michele Mariotti
Choeur et orchestre de l’OpĂ©ra de Paris

Avec : Sondra Radvanovsky (AĂŻda), Ksenia Dudnikova (AmnĂ©ris), Jonas Kaufmann (RadamĂšs), Ludovic TĂ©zier (Amonasro), Dmitry Belosselskiy (Ramfis), l’Orchestre et les ChƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris
Réalisation : François-René Martin
Coproduction : ARTE France, Telmondis, Opéra national de Paris (France, 2021, 3h)
Présenté par : Saskia De Ville

L’opĂ©ra sera disponible en ligne dĂšs le jeudi 18 fĂ©vrier, 19h30 – Saison ARTE OpĂ©ra
arteconcert.com

Approfondir

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VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402La dramaturgie de Giuseppe Verdi fait Ă©voluer les personnages du drame. Au dĂ©part, vĂ©ritable type psychologique, presque figĂ©, associĂ© Ă  une voix (soprano tragique, mezzo sombre et envieuse, baryton noble, tĂ©nor vaillant et amoureux), les caractĂšres se modifient, et Ă  partir des annĂ©es 1870, -AĂŻda est crĂ©e en 1871 Ă  l’opĂ©ra du Caire-, les individus mĂȘlent la gravitĂ© et la tendresse, le tragique et le combatif, en un mĂ©lange complexe qui imite la vie.
Dans cette veine réaliste et de couleur tragique là aussi, verdi composa Rigoletto qui inaugura le nouvel opéra du Caire, en 1869.
Commande du KhĂ©dive Ă©gyptien, IsmaĂŻl Pacha pour le nouvel opĂ©ra caĂŻrote, AĂŻda est d’autant moins artificiel ou dĂ©coratif, que le livret s’appuyant sur une trame validĂ©e par le directeur du musĂ©e Ă©gyptien du Louvre, Auguste Mariette, met en scĂšne non plus des “types” mais des ĂȘtres de chair et de sang, qui Ă©prouvent sur la scĂšne, l’horloge des sentiments les plus extrĂȘmes. Un temps comptĂ©, et des Ă©preuves passionnelles qui rĂ©vĂšlent et brĂ»lent caractĂšres et ardeurs. En quatre actes, AĂŻda recompose une lente chute vers le gouffre : la dĂ©chĂ©ance du hĂ©ros certes, mais l’élĂ©vation a contrario d’un coeur amoureux, fidĂšle, jusqu’à la mort.

La carriĂšre du gĂ©nĂ©ral RadamĂšs, gloire de l’Egypte, amoureux de l’esclave AĂŻda, fille d’un roi ennemi, illustre cette descente aux abĂźmes : trahison, passion amoureuse, exĂ©cution. Historique, tragique, l’opĂ©ra verdien rĂ©vĂšle sa triple identitiĂ© : psychologique.
Verdi sous l’influence de Wagner, son contemporain, abolit les anciennes conventions de l’aria et du rĂ©citatif, de la cabalette triomphale, pour un drame musical continu. Le choix des options pour une vraisemblance accrue est d’autant plus rĂ©vĂ©latrice des intentions du compositeur que c’est Verdi lui-mĂȘme qui Ă©crit le livret final ou, du moins, valide la dramaturgie gĂ©nĂ©rale.
Dans ce mode formel renouvelĂ©, l’air d’AĂŻda Ă  l’acte I : “Ritorna Vincitor” incarne l’expression la plus Ă©laborĂ©e d’un arioso dramatique oĂč se dilue l’ancien air classique. Et mĂȘme l’ouverture d’AĂŻda aurait Ă©tĂ© composĂ©e dans le souvenir du choc que lui causa l’ouverture de TannhĂ€user, dĂ©couvert et admirĂ© en 1865 Ă  Paris.

AĂŻda,
opéra en quatre actes
Livret de Verdi, versifié par Ghislanzoni
sur un texte de Camille du Locle (1868) d’aprùs
l’intrigue d’Auguste Mariette
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra du Caire, le 24 dĂ©cembre 1871.

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