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Giuseppe Verdi: Stiffelio (Downes, 1993)

Covent Garden, 1993: un opéra de Verdi est révélé. Le duo Carreras/Malfitano se révèle excellent, offrant chair et larmes, sang et sueur dans l'incarnation d'un couple théâtral qui exige intensité et finesse. exaltation sans débordement de Catherine Malfitano, nervosité affûtée du ténor espagnol, Stiffelio (1850) ne pouvait trouver meilleurs ambassadeurs...



Stifellio (créé en 1850) marque avec Luisa Miller (1849), une première série d'ouvrages de maturité, dans lesquels Verdi, maître de l'écriture dramatique, cisèle davantage l'intensité et le souffle de la trame psychologique, puisant toujours plus loin dans l'intrigue émotionnelle. Drame bourgeois (raison pour laquelle la production londonienne de 1993 situe l'action à l'époque de Verdi, costumes et décors très "Second Empire", en particulier le salon de l'acte III), surtout drame psychologique, Stiffelio développe une musique vive qui serre le noeud sentimental pour mieux sculpter le relief des deux protagonistes: le pasteur, sa femme. Stiffelio et Lina sont deux âmes tranchées dans le métal le plus entier, le plus noble: le premier dressé dans sa loi moralisatrice, champion de la vertu et de la loyauté; la seconde, bien que toujours amoureuse de son époux, est terrassée et rongée par le remord né d'une ancienne passion coupable. Entre les soupçons du mari et la culpabilité de la jeune femme, Verdi trouve un prétexte idéal à sa conception individuelle de l'action théâtrale. Il aime toujours les scènes collectives brossant le portrait de la communauté religieuse, protestante, dont Stiffelio est le chef spirituel. Cet aspect redouble d'intensité lorsque le mari découvre la vérité (scène du cimétière qui le voit s'écrouler sur la scène, comme poignardé par la trahison de son épouse dont il avait néanmoins l'intuition...). Saisi entre son honneur d'époux trompé et l'esprit de la clémence et du pardon qui lui dicterait son état d'homme de Dieu, Stiffelio reste écartelé... Le duo Carreras/Malfitano se révèle excellent, offrant chair et larmes, sang et sueur dans l'incarnation d'un couple théâtral qui exige intensité et finesse. C'est moins l'abattage que la présence et la ligne vocale des deux chanteurs qui écartent toute réserve: exaltation sans débordement de Catherine Malfitano, nervosité affûtée voire hargneuse du ténor espagnol qui abat ses cartes avec le tranchant d'un couperet, l'oeuvre ne pouvait trouver meilleurs ambassadeurs, et Verdi, d'interprètes plus engagés.

La confrontation des deux époux à l'acte III est l'acmé d'une intrigue de plus en plus intense. Après la scène du cimetière (qui a vu le duel entre Raffaelle et Stankar, interrompu par l'apparition de Stiffelio), Verdi met en scène l'explication conjugale: Lina signe l'acte qui rompt son mariage mais exige de l'homme d'église qu'il la confesse pour entendre la vérité de ses sentiments pour lui. Toujours amoureuse, elle reprend la main, de victime coupable à maîtresse de son destin, l'épouse jugée dévoile une grandeur d'âme qui mérite la clémence...  Libérée par la confession, Lina attend le pardon qui lui est finalement consenti dans la dernière scène... Ce tableau s'impose: musicalement serré, scéniquement sobre et puissant, il souligne la force expressive des deux chanteurs. Saluons Malfitano et Carreras de respecter une scène théâtrale puissante qui est le coeur émotionnel de tout l'édifice.

Autour d'eux, choeurs et rôles complémentaires dont Stankar, père de Lina et vengeur de Stiffelio (puisqu'il tue l'amant infâme, Raffaelle) relèvent tout autant le défi d'une oeuvre méconnue, qui fut dès sa création à Trieste, le 16 novembre 1850, écartée et jugée scandaleuse (un adultère dans une secte religieuse!)... Spectacle théâtralement intense qui vaut surtout les meilleurs louanges pour le couple Malfitano/Carreras. Incontournable.

Giuseppe Verdi (1813-1901): Stiffelio, opéra en trois actes. Créé à Trieste, le 16 novembre 1850. Livret de Piave d'après Souvestre et Bourgeois (Le Pasteur ou l'Evangile et le foyer, 1849). Avec Catherine Malfitano (Lina), José Carreras (Stiffelio/Rodolfo), Gregory Turisich (Stankar), Robin Leggate (Raffaelle)... Choeur et orchestre du Royal Opera House de Covent Garden. Edward Downes, direction. Elijah Moshinsky, mise en scène. Brian Large, réalisation

Illustration: Catherine Malfitano (Lina )  implore Stiffelio de lui pardonner ... (DR)

Tristan Montségur - dimanche 6 juillet 2008
Compositeur(s): VERDI Giuseppe
Interprète(s): CARRERAS José, MALFITANO Catherine, ORCHESTRA OF THE ROYAL OPERA HOUSE, COVENT GARDEN
Durée: 2h02mn
ASIN: 8 09478 03103 1
Nombre de cd: 1
Notice: Anglais
Note de la rédaction: incontournable
Editeur: Opus Arte
Collection:
Date d'enregistrement: 1993
Lieu d'enregistrement: Londres, royal opera house Covent Garden
Réalisateur: Brian Large
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