Il faut bien toute la créativité dramatique et l'aisance vocale de Natalie Dessay pour rendre crédible ce petit bout de femme, à la sensualité dévorante, à la cupidité assoiffée, finalement d'une naïveté désarmante... L'incarnation de la soprano française s'impose d'autant mieux dans la scénographie intelligente de David McVicar
Natalie est Manon. Fragile, féminine, faible... surtout faible. C'est à la mesure de ses faiblesse, de ses petites lâchetés que la jeune femme, trop corrompue et détournée, traîtresse même pour celui qui l'aima, devra expier, passant par toutes les nuances de l'imploration, jusqu'au sacrifice final. Et sa mort a même des accents, dépouillés, tragiques, bouleversants d'humaine vérité, digne de sa
Lucia (
di Lammermoor de Donizetti), un rôle qu'elle maîtrise tout autant sinon plus, ou de son Amina dans
La Sonnambula de Bellini (coffret indispensable paru chez Virgin classics). Il faut bien toute la créativité dramatique et l'aisance vocale de Natalie Dessay pour rendre crédible ce petit bout de femme, à la sensualité dévorante, à la cupidité assoiffée, finalement d'une naïveté désarmante... Le dvd suit de quatre mois les représentations barcelonaises de juin 2007.
Auprès de la soprano éclatante, actrice et chanteuse au sommet de ses capacités, le ténor mexicain Rolando Villazon montre qu'il maîtrise le jeu du personnage, son intensité, son ardente fierté. Mais, osons cependant une réserve, il y manque une once de subtilité, due peut-être à l'articulation encore perfectible de son français, (jusqu'à ses aigus parfois tendus), comme c'est le cas de la direction de Victor Pablo Pérez qui dirige Massenet d'une façon bien académique, sans saisir sous le lyrisme envahissant, la légèreté et l'esprit français pour la parodie baroque, puisque l'action se déroule dans le Paris Louis XV.
En Des Grieux père, Samuel Ramey montre qu'il conserve encore de beaux restes, et le Brétigny de Didier Henry verse idéalement dans le marivaudage galant de l'époque. Reste le déploiement visuel et scénique qui accrédite le transfert en dvd de la production espagnole: Mc Vicar dont on a connu les dérapages chez Haendel, se renouvelle totalement dans cette Manon dont le coeur de l'action se concentre dans une arène, entourée de vastes gradins dont la démesure exprime le souffle du roman de l'abbé Prévost. L'idée de la scène close n'est pas nouvelle, mais le déplacement des personnages qu'elle explicite, la superposition des scènes parallèles, premières ou secondaires, se réalise avec clarté. En complément, le bonus met en relief le travail d'acteurs des deux protagonistes sous le regard d'un McVicar, sanguin, radical, qui exige tout de ses interprètes. Vision indispensable.
Jules Massenet (1842-1912):
Manon, 1884
Natalie Dessay, Manon. Rolando Villazon, Des Grieux. Des Grieux père, Samuel Ramey. Manuel Lanza, Lescaut. Guillot de Morfontaine, Francisco Vas. De Brétigny, Didier Henry. Orchestre symphonique et choeur du Liceu de Barcelone, Victor Pablo Pérez. Mise en scène, David Mc Vicar.
Approfondir
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Mezzo: Manon de Massenet avec Natalie Dessay et Rolando Villazon