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Les Chaussons rouges (Powell, Pressburger, 1948)

La réalisation, l'imaginaire qui déborde et porte le rêve chorégraphique de Vicky, le ballet-lui-même qui est le point d'orgue dramatique de l'action enrichissent ce chef d'oeuvre visuel qui malgré son sujet tragique, grâce à la beauté et l'intelligence de sa forme, reste un hymne atemporel donc légendaire à la danse. Magistral.
En 1948, ce film en Technicolor heureusement restauré (voir en préambule la présentation par Martin Scorcese soi même sur le process de restauration des 3 bandes de négatifs à traiter) se distingue par sa maitrise dramaturgique à 100 lieues de l'outrance caricaturale de Black swan, récent blocbuster sur le même sujet: la lente et sûre ascension d'une danseuse classique, avant sa chute mortelle... Pas facile d'exprimer la réalité complexe d'une troupe de danse, transposition à peine déguisée ici de la compagnie des Ballets Russes, sur le mode cinématographique. Les rapports troubles ambivalents entre sadisme et possession du directeur de la compagnie Boris Lermotov, démiurge exclusif, et de la ballerine Vicky Page sont au centre de l'intrigue des red shoes (chaussons rouges).


Hymne à la danse

Le film maîtrise sans faille son propos qui développe une conception passablement romantique de la danse, comme du statut de l'artiste en général. Entre art et vie, danse et amour, Victoria Page doit faire un choix cornélien qui se résout in fine par la mort de l'héroïne... Inspiré du conte d'Andersen, le sujet comme Antonia dans Les Contes d'Hoffmann brosse le portrait d'une interprète que sa passion artistique, -le chant pour Antonia, la danse pour Vicky-, consume jusqu'à la mort...

A travers la création du ballet qui donne son titre au film, dans la relation de la ballerine et du chef compositeur (le seul amour de sa vie), dans le rapport de Vicky et de son mentor, monstre cynique et radical, se précise et se perd aussi l'identité de la ballerine.

Est elle prête à tout sacrifier pour vivre sa vocation de danseuse? La question posée en ces termes demeure d'actualité, même si la vision du statut de la danseuse nous parait aujourd'hui bien démodée; il faudrait poser la question aux étoiles actuelles pour connaitre leur sentiment, et savoir si à un moment de leur parcours, ce choix conflictuel s'est posé de la même façon... on conjecturera que la proposition relève d'un délire de scénariste.

Quoiqu'il en soit, les nœuds psychologiques de ce drame humain qui se termine dans la tragédie sont très subtilement exprimés et visuellement somptueusement restitués. La réalisation, l'imaginaire qui déborde et porte le rêve chorégraphique de Vicky, le ballet-lui-même qui est le point d'orgue dramatique de l'action enrichissent ce chef d'oeuvre visuel qui malgré son sujet tragique, grâce à la beauté et l'intelligence de sa forme, reste un hymne atemporel donc légendaire à la danse. Magistral.


Les Chaussons rouges de Michael Powell et emeric Pressburger (1948, version restauré remastérisée). Présentation par Martin Scorcese 1 dvd Carlotta Films.

Alban Deags - samedi 29 octobre 2011
Compositeur(s): ,
Interprète(s):
Durée: 2h10mn
ASIN: 3 333297 221382
Nombre de cd: 1
Notice: aucune
Note de la rédaction: événement
Editeur: Carlotta Films
Collection:
Date d'enregistrement: 1948, version remastérisée restaurée
Lieu d'enregistrement: USA
Réalisateur:
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