A Berlin comme à Vienne (et son rituel le plus médiatisé au monde, le Concert du Nouvel An au musikverein), les instrumentistes du Berliner Philharmoniker fêtent aussi à leur façon l'année nouvelle: voyez ce concert de la Saint-Sylvestre enregistré sur le vif le 31 décembre 2010 à la Philharmonie de Berlin. En invitée fashion et glamour, la mezzo
Elina Garanca: voix ample et de velours qui portée par la furià inventive et latine du jeune maestro
Dudamel, défend ici la passion romantique à la française. Sachons saluer les choix du programme: Berlioz, Saint-Saëns, Bizet qui tout en offrant de superbes pages pour l'orchestre, invite la cantatrice à incarner trois héroïnes amoureuses: Marguerite, Dalila, Carmen.
Superbes couleurs instrumentales dès le début et l'exposition (par le cor anglais) du Carnaval romain (noblesse solitaire de l'instrument soliste, avec l'alto, l'un des préférés de Berlioz); puis fièvre contagieuse débordant aussi dans la trop rare (au concert - surtout à Paris et en France) Bacchanale de Samson et Dalila (acte III): introduction préalable, orientalisante au hautbois cette fois, d'une sauvagerie irrépressible au son des castagnettes... accents latins qui tissent une évidente parenté avec les subtiles transitions ibériques de Carmen (entractes des II/III puis III/IV avec la flûte d'Emmanuel Pahud), comme avec l'énergie dansante d'une subtilité conquérante de la danse espagnole de La Vide Breve de Falla. Le jeune chef ajoute cette traversée en terres hispaniques par le triptyque El Sombrero de tres picos du même Falla, d'une élégance déhanchée aux chaloupements tout en finesse là aussi...
Le chien de La Garanca se libère réellement dans les chansons signées Chapi et Lara (inusable et toujours aguicheuse Granada) de la fin du récital. Même si la voix est ronde et chaude, son français est loin d'être impeccable tout au moins compréhensible: Marguerite est bien grave, à peine palpitante; Dalila, d'un grave davantage ténébreux pas vraiment touchant (est ce suffisant dans cet air qui doit susciter l'amour total et la soumission de Samson?); Carmen, elle aussi, aurait besoin d'un bon nettoyage linguistique... Nonobstant, la beauté de la voix et la tenue de l'orchestre séduisent incontestablement, même si dans un autre récital lyrique, le jeune Dudamel complice de Juan Diego Florez parvient à une finesse de ton autrement supérieure à la tête du Los Angeles Philharmonic, pour le plus grand profit de Rossini (lire notre critique du
dvd Celebracion: Rossini par Dudamel et Florez, 1 dvd Deutsche Grammophon).
Silvesterkonzert 2010, New Year’s Eve Concert Gala. Elina Garanca, mezzo. Berliner Philharmoniker. Gustavo Dudamel, direction. Live du 31 décembre 2010, Berlin, Philharmonie.