Accès abonnés

Valery Gergiev: "you cannot start without me" (2008)

Gergiev à Saint-Pétersbourg, à Londres, à Moscou, à New York... L'intérêt du portrait offre le profil du manager, celui qui équilibre activité de danse et d'opéra, au Mariinsky; mais il s'agit aussi d'un formidable portrait de musicien au travail....



Maestro hyperactif

Quand de nombreux chefs gagnent du galon et construisent leur carrière en changeant régulièrement de mandats et d'orchestres, Valery Gergiev a su s'imposer depuis 1988 quand il est nommé directeur artistique et directeur général au Théâtre Mariinsky de Saint-Petersbourg (l'ex Kirov de Leningrad). Le film raconte ce lien indéfectible entre le maestro bouillonnant, superactif, véritable volcan en éruption mais surtout travailleur forcené (comme put l'être aussi Karajan) et le lieu musical russe. En 22 ans, Gergiev a fait du Mariinsky le phare culturel de la Russie. Un ville véritable capitale musicale qui dispute leur leadership aux pôles européens tels Londres, Vienne, Paris ou Berlin...

Le documentaire nous apprend deux choses capitales sur l'homme et l'artiste: sa force d'âme et de caractère, sa fierté de Caucasien et d'Ossète qui le font héritier ô combien déterminé et farouche de l'ancienne civilisation Scythe; et aussi son admiration pour Leonard Bernstein, un chef comme lui atypique et légendaire qui savait magnétiser ses musiciens, les conduire à des rituels collectifs subjuguants. Gergiev ne fait pas de la musique. Il la porte et la magnifie. Chevillée au corps, la musique s'embrase sous sa direction (sans baguette) féline, affûtée... qui tout au long du documentaire, fait merveille dans Stravinsky (nombreuses répétitions du Sacre, avec l'Orchestre Mariinsky, le LSO à Londres...).
Complet, le portrait sait aussi filmer le père de famille, soucieux des avancées de ses enfants, lui qui a souffert de la mort de son père admiré quand il avait 14 ans. Né à Vladikavkaz en Ossétie, le jeune musicien rejoint très vite la classe du professeur Musin à Saint-Pétersbourg pour y perfectionner sa connaissance du répertoire (en jouant par exemple toutes les symphonies de Haydn et Mozart à Bruckner et Chostakovitch au piano), mais aussi affiner sa propre direction d'orchestre. Devenu assistant de Temirkanov (en 1977), Gergiev trentenaire, après avoir été élu, devient directeur du Mariinsky: il y est toujours le super boss, supervisant tout, et sachant aussi veiller à la bonne activité du lieu mythique, c'est là qu'ont dansé les plus grands, Pavlova, Nijinsky, que Petipa y a été pendant 50 ans, maître absolu des ballets.

En 2003, un incendie a détruit l'un des plus importants bâtiments du Mariinsky, celui où avaient travaillé les plus grands décorateurs et peintres liés à la troupe: fervent défenseur de son théâtre, Gergiev a pris son bâton de pèlerin, sonné aux bonnes portes (dont aux USA, la richissime White nights foundation) mais aussi auprès des deux ministres de l'économie qui sont des amis: en l'espace d'une année, une nouvelle salle de concert a immergé du néant, véritable auditorium parmi les meilleurs sur le plan acoustique.

La phrase qui donne le titre à ce documentaire copieux reprend la déclaration du maestro à un chef apprenti: l'orchestre ne peut pas démarrer sans toi: c'est toi qui donne l'impulsion... Et celle que cultive Gergiev reste légendaire par son énergie et son sens du détail comme du dramatisme. Chef principal du London Symphony Orchestra, chef régulier au Symphonique de Rotterdam, directeur artistique du Festival de Pâques de Moscou (qui essaime dans tout le pays, au bord de la Volga jusqu'à Nijni Novgorod...), le directeur du Mariinsky sait de quoi il parle: mordant,incisif, au parler vrai, imagé mais direct, il s'excuse de torturer ses musiciens, et leur demande de lui pardonner de parler trop de caractère, pas assez de technique... L'intérêt du portrait offre le profil du manager, celui qui équilibre activité de danse et d'opéra, mais il s'agit aussi d'un formidable portrait de musicien au travail.

Ses entrevues avec ses amis ministres, ses répétitions et entrevues avec la soprano qu'il a lancée, Anna Netrebko, lui offrant de chanter à la vingtaine, des rôles aussi lourd que Donna Anna de Mozart; les courtes séances de répétitions dans Rimsky, Rachmaninov (Concerto pour piano avec Yefim Bronfman), Stravinsky, quelques extraits d'Eugène Onéguine avec Renée Fleming et Dmitri Hvorostovsky... indiquent que trop partiellement l'hyperactivité d'un maestro foudroyant pour lequel la musique c'est la vie.


"You cannot start Without me": portrait de Valery Gergiev en maestro. Réalisation: Allan Miller

Lee Yu Wang - jeudi 11 février 2010
Compositeur(s): CHOSTAKOVITCH Dimitri, STRAVINSKY Igor, WAGNER Richard
Interprète(s): GERGIEV Valery
Durée: 1h27mn + bonus: 1h09mn
ASIN: 3 760115 300538
Nombre de cd: 1
Notice: aucune
Note de la rédaction: intéressant
Editeur: Bel Air classiques
Collection:
Date d'enregistrement: 1995 à 2008
Lieu d'enregistrement: Saint-Pétersbourg, Londres, Moscou...
Réalisateur: Allan Miller
Donnez votre avis sur ce cd

Les avis des internautes: Soyez le premier à émettre un avis et gagnez peut-être un cd
 
Envoyer à un ami

votre nom:    
votre e-mail:      
nom du destinataire:    
e-mail du destinataire:      
votre message:    


Nos partenaires



Publicité