Yundi Li
joue Prokofiev

Arte
Lundi 24 novembre 2008
Maestro à 22h30
Fougue et sensibilité
La Chine et ses près de 25 millions de jeunes pianistes qui ne rêvent que d'une carrière internationale, idôlatrent Lang Lang, fracassant et sémillant virtuose, mais aussi son "double", plus réservé, Yundi Li. Deutsche Grammophon a bien relevé le tempérament de ses deux prodiges du clavier, venus de l'Est: ils sont tous deux en contrat exclusif chez le label jaune.
Né le 7 octobre 1982 à Chongqing (Chine),
Yundi Li remporte à 18 ans, le Premier Prix du prestigieux Concours Chopin de Varsovie, en 2000. Depuis, sa sensibilité aiguë, son aisance technicienne ne cessent de mûrir, préférant volontiers la pure démonstration pour l'approfondissement d'une vie intérieure que si peu de musiciens parviennent à atteindre et cultiver.
Deutsche Grammophon a publié récemment un superbe album où aux côtés du Berliner Philharmoniker sous le direction de Seiji Ozawa, son mentor déclaré (comme l'est d'une certaine manière Christoph Eschenbach pour Lang Lang), le jeune prodige chinois, à présent 26 ans, joue le
Concerto en sol de Maurice Ravel dont il aime souligner les couleurs, et surtout le terrifiant
Concerto n°2 de Prokofiev, véritable défi digital pour tout soliste. Prokofiev qui l'a écrit à 21 ans, voulait se faire mousser: il y a une évidente frénésie de notes, portée par une volonté de démonstration frénétique... rien d'impressionnant pour le jeune et fougueux Yundi Li.
Lire notre critique de l'Album Yundi Li chez Deutsche Grammophon paru en juillet 2008.
Ce docu ne laisse rien au hasard: confronté aux répétitions et à l'enregistrement pour le disque, le jeune virtuose à Berlin, à quelques jours de la première, se prépare comme un marathonien avant la course. Ce Prokofiev est un ring où le fringant soliste n'hésite pas à travailler les tempos avec maestro Ozawa, quitte souvent à demander d'accélérer:
"ah, la jeunesse" s'exclame avec facétie, le chef vénérable.
Au pays où rivalisent près de 20 millions de concertistes, Yundi Li comme Lang Lang est un dieu vivant, célébré dans les salles de concert, et même l'objet d'une reproduction en cire grandeur nature, aussi fidèle que possible... Conscient que les plus jeunes spectateurs formeront les mélomanes de demain,
"les jeunes sont l'avenir", Yundi Li n'hésite pas à jouer devant une foule en délire dans un stade, invité particulier de la pop star Jay Chou... Mais dans cette arène de la compétition en série, où les pianos se fabriquent en millions d'exemplaires pour satisfaire une demande croissante (à l'usine de Pearl River), comment naît la vérité d'un jeu unique? C'est tout le sujet de ce portrait où un peu du mystère de Yundi Li se dévoile: dès l'école primaire, l'enfant se rêvait pianiste célèbre et quand il a entendit à 7 ans, les 88 touches du piano résonner d'une bien envoûtante façon, sa vocation était confirmée.
Visage encore enfantin, à la rondeur bouddhique, le pianiste se laisse aller devant la caméra: et même s'il a vécu une discipline militaire, jouant tous les jours 5 h, et en période d'examen jusqu'à 8h par jour, l'instrumentiste étonne et captive aujourd'hui tant dans la suractivité électrique de Prokofiev que dans la tendresse rêveuse de Mozart (
Sonate n°10 en ut majeur). La caméra suit le pianiste à Pékin où il participe au cycle inaugural du tout nouveau Théâtre National et sa forme de goutte aplatie, comme à Berlin sous l'aile complice du maestro Ozawa.
Yundi Li, jeune et romantique. Documentaire. Réalisation: Barbara Willis Sweete (2008, 52 mn). Yundi Li joue Prokofiev et Ravel
Aux côtés du tonitruant Lang Lang, le pianiste chinois Yundi Li, plus réservé, est l'incarnation vivante de l'âge d'or du piano chinois actuel. Barbara Willis Sweete a suivi le jeune virtuose pendant une année, lors de l'inauguration du Grand Théâtre de Pékin, où il jouait le Concerto pour piano en sol majeur de Maurice Ravel, lors d'un spectacle avec la star pop taiwanaise Jay Chou, devant 80.000 jeunes spectateurs déchainés. Mais le documentaire laisse aussi une place importante au rôle musical essentiel pour le jeune pianiste, du maestro Seiji Ozawa (son mentor), qui dirige le Philharmonique de Berlin.
Au programme, le si difficile Concerto pour piano n°2 de Prokofiev, véritable défi pour tout interprète... partition redoutée dans laquelle Yundi Li se révèle époustouflant de justesse et d'intériorité.
Illustrations: Yundi Li (DR)
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