Vivaldi: Orlando Furioso. Spinosi, 20111 dvd Naïve

dvd événement

Fureur vivaldienne
L’Orlando vivaldien serait-il le meilleur opéra du Vénitien? L’un
de ses ouvrages brûlants, vertigineux dont les tempêtes et les
impuissances primitives enfin révélées, si proches de l’univers
halluciné de L’Arioste égalent les meilleurs Haendel et Rameau… C’est
tout l’apport de Christophe Spinosi, artisan motivé pour un Vivaldi,
incandescent, tout de braises et de passions, de solitudes et de folies
troublantes.

Après l’avoir enregistré au disque chez le même éditeur, (Orlando Furioso, Naïve, 2004)
voici le dvd qui suit les représentations scéniques à Nice, et à Paris
(TCE) dont les prises font ce témoignage majeur (mars 2011). Lire notre critique de l’Orlando Furioso présenté à Nice en mars 2011.

Tout le travail de Pierre Audi
cible le miroir trompeur des apparences, ces faux semblants qui
écrasent les âmes: même la magicienne Alcina, souveraine des coeurs et
des amants, en s’amourachant du bien fade Ruggiero, est strictement
seule et incomprise: à l’opposé de cette étoile noire et cendres de
l’infidélité faite passion, s’inscrit le profil volcanique et
crépusculaire de Roland, le fou d’Angélique, mû par son désir exclusif;
pour Angelica; d’un côté la reine volage, de l’autre: le chevalier
fidèle, éperdu, obstiné, maudit. A l’aune de ce contraste saisissant, le
metteur en scène fait un spectacle plein de nuances froides et sombres,
jusqu’au III où les décors s’effacent, les masques tombent et la folie
humaine envahit tout la plateau, faisant de l’Orlando furioso, une scène
désenchantée d’âmes errantes, percutante préfiguration des opéras de
Tchaïkovski (Onéguine, Dame de Pique) voire de Janacek (De la maison des
morts). La vision est impeccable, stupéfiante, et la réalisation…
parfaite de bout en bout. La distribution séduit irrésistiblement par sa
force expressive, la finesse des émotions atteintes. Pour nous, le
trouble vient surtout de l’excellente Jennifer Larmore,
magicienne humaine, souveraine déjà perdue malgré elle: l’amour et le
désir sont bien des gouffres de perdition et d’amertume. Quelle justesse
dans le style. Saluons aussi par sa vérité le Medoro de Romina Basso… Et dans la fosse, les éclairs se font joyaux déjà tout feu tout flamme, “Sturm und drang”, voire préromantiques; quand Christophe Spinosi
tempère et cisèle le tempérament et la fougue dont il est capable,
Vivaldi rejoint… Mozart. Les Vivaldiens seront aux anges. Les
néophytes découvriront enfin une partition hautement théâtrale. DVD
incontournable.
Antonio Vivaldi (1678-1741): Orlando furioso.
Dramma per musica in tre atti RV 728 (1727). Orlando, Marie-Nicole
Lemieux. Alcina, Jennifer Larmore. Angelica, Verónica Cangemi. Ruggiero,
Philippe Jaroussky. Astolfo, Christian Senn. Bradamante, Kristina
Hammarström. Medoro, Romina Basso. Ensemble Matheus. Chœur du Théâtre
des Champs-Elysées. Jean-Christophe Spinosi, direction. Mise en scène,
Pierre Audi. Dramaturgie, Willem Bruls. 1 dvd Naïve.

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