Versailles. Opéra Royal, le 15 mars 2012. Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Ariodante: Sarah Connoly, Marie-Nicole Lemieux… Il Complesso Barocco. Alan Curtis, direction

Versailles, compte rendu de concert.

Par notre envoyée spéciale, Monique Parmentier

Une soirée d’exception était proposée ce 15 mars au public de l’Opéra Royal de Versailles. A l’occasion de la sortie d’une nouvelle version d’Ariodante au disque en 2011 chez Virgin Classics, une partie de l’équipe ayant participé à ce projet tourne actuellement dans les grandes salles françaises. Tout était réuni pour permettre au public de passer une très belle soirée, tant le plateau vocal réuni à cette occasion s’annonçait brillant.
Hélas, l’une des stars prévues, la mezzo américaine Joyce DiDonato est tombée malade. Mais loin de renoncer à donner ce concert comme d’autres qui ont préféré l’annuler, l’organisateur Versailles spectacles a fait appel à la mezzo britannique Sarah Connoly pour tenir-le rôle titre que devait assurer Joyce DiDonato. Le remplacement s’est avéré extrêmement judicieux.

Composé en 1734 et donné pour la première fois à Covent Garden en 1735, Ariodante ne connut qu’un faible succès et un nombre restreint de représentations après sa création. Un certain nombre de circonstances malchanceuses étant venues assombrir la naissance de cet opéra.

Le livret écrit par Antonio Salvi s’inspire du Roland Furieux de l’Arioste. Il conte les amours contrariées du Chevalier Ariodante et de la princesse Ginevra, victimes de la jalousie du Duc d’Albanie, Polinesso. Ce dernier profite de l’amour que lui porte la naïve Dalinda, la dame de compagnie de la princesse, pour faire croire à Ariodante qu’il est trompé. Blessé Ariodante tente de se suicider tandis que Ginevra perd la raison. Le frère d’Ariodante, Lurcanio, amoureux de Dalinda, persuadé de la culpabilité de Ginevra persuade le père de celle-ci qui avait favorisé l’amour des héros, de faire condamner à mort sa fille. Mais Ariodante dissimulé dans son armure, vient combattre en duel Polinesso en un duel à mort, afin de sauver Ginevra, après avoir appris de Dalinda qu’il a été trompé par la fourberie du duc d’Albanie. Il le tue, puis se fait reconnaître de Ginevra qu’il retrouve tandis que Dalinda et Lurcanio s’avouent leur amour.


Ariodante : Marie-Nicole Lemieux enflamme l’Opéra Royal

Un casting splendide a donc été réuni ce soir pour répondre aux attentes d’un public exigeant et amoureux de l’oeuvre du Caro Sassone. Dans le rôle-titre Sarah Connoly a fait bien plus que de la figuration, tant elle connaît ce rôle qu’elle a déjà interprété à plusieurs reprises. Elle s’avère un Ariodante plus poète que chevalier. La beauté de son timbre, son phrasé et sa présence noble et mélancolique font de son air « Sherza infida » à la fin de l’acte II, un instant d’une émotion poignante et onirique.

La grande triomphatrice de la soirée a toutefois été Marie-Nicole Lemieux qui a été un Polinesso jubilatoire. Tout au plaisir de chanter, ne s’encombrant pas de la partition comme la majorité des autres chanteurs (hormis Nicholas Phan), elle vocalise avec rage et gourmandise ce rôle qu’elle taille à sa mesure. Si elle serait un magnifique Ariodante, elle donne toute sa puissance à ce personnage somme toute bien ordinaire, mais qui grâce à elle donne corps à cette histoire de jalousie bien pâlote.
Sabina Puertolas est une Dalinda séduisante, au timbre riche et à l’agilité vocale insolente, tandis que Nicholas Phan est un Lurcanio au timbre et à la présence aux charmes ravageurs. Matthew Brook à la grande souplesse vocale donne au rôle du Re di Scorzia une compassion d’une grande noblesse.
La seule déception sur le plan vocal de la soirée est Karina Gauvin. Apparemment en petite forme, ne détachant quasiment jamais les yeux de sa partition, elle a été mise en difficulté à plusieurs reprises dans les deux premiers actes, ne parvenant à retrouver qu’une partie de sa palette vocale, propre à susciter l’émotion, dans son air « si morro, ma l’onor mio » à l’acte III.

En revanche, la direction trop sage d’Alan Curtis, n’est jamais parvenue à donner à son orchestre une véritable pulsation. Et l’on a pu s’étonner de voir certains musiciens discutant entre eux en plein concert.

Malgré l’annulation de Joyce DiDonato, l’Opéra Royal de Versailles a pu offrir à son public une soirée qu’il n’est pas près d’oublier. Ce grâce à un plateau vocal d’exception qui a su tirer parti de la magnifique acoustique du lieu, Les deux bis survoltés venus la conclure ont fait partager à tous un immense sentiment de liesse.

Versailles. Opéra Royal, le 15 mars 2012. Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Ariodante. Opéra en trois actes sur un livret d’Antonio Salvi d’après L’Arioste. Ariodante : Sarah Connoly ; Polinesso : Marie-Nicole Lemieux ; Ginevra : Karina Gauvin ; Dalinda : Sabina Puertolas ; Lurcanio : Nicolas Phan ; Re Di Scorzia : Matthew Brook. Il Complesso Barocco. Alan Curtis, direction. Compte rendu rédigé par notre envoyée spéciale Monique Parmentier.

Illustration: Sarah Connoly (DR)

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