Verdi (Viva Verdi). Ouvertures & preludes (Filarmonica della Scala, Riccardo Chailly, 2012)

Curieux enchaînement d’extraits symphoniques, préludes et ouvertures des opéras de Verdi… passer de l’intimité de La Traviata à la tempête d’Il Corsaro puis écouter l’ardente fièvre de la sinfonia de Nabucco (superbe tempérament volcanique de l’orchestre) est un parcours certes contrasté mais un peu abrupt… Même vertiges éprouvés dans le passage entre les ballets de Jérusalem et le prélude du I d’Aïda…




Hommage au Verdi symphonique

Mais l’engagement parfois éruptif et sec du chef Riccardo Chailly est la marque distinctive de l’album: il sait tempêter et même rugir avec une efficacité et un aplomb communicatif. Nabucco rappelle combien le choc de ce premier vrai succès de Verdi à l’opéra fut électrique: énergie qui va crescendo, motricité inextinguible, l’impétuosité dont fait preuve le chef muselant avec nervosité son orchestre, semblent vouloir en découdre.

La noblesse (cuivres introductifs) et la solennité puis l’ardente prière qui sourd dès le premier énoncé de Jerusalem détache une autre qualité de la part des interprètes: la finesse et l’intériorité. Voilà donc au final, l’un des meilleurs corpus du Verdi symphonique. Le fil pathétique qui confère à Jerusalem sa profondeur et sa vérité est excellemment exprimé à travers l’ouverture et le cycle des airs de ballet (de rigueur pour la commande qui émane de la grande boutique parisienne…).
Boullonnement magistral et crescendo haletant pour la sinfonia de Giovanna d’Arco avec ses coupes aspirées comme des déflagrations syncopées… Chailly se montre en connexion directe avec l’urgence et la vitalité mordante d’un Verdi marqué par le destin… (justement sur ce point, l’ouverture de Macbeth pourrait être le seul point faible d’un programme farouchement défendu: trop fort, trop dur, commencé trop forte, les tutti qui suivent frôlent l’éclatement, et les séquences plus intimes, s’enlisent étrangement comme asphyxiées…
Nonobstant, dans les autres volets de la sélection, la détermination du chef se montre droite, radicale, parfois dure et brutale (La Forza conclusive est d’une ardeur nouvelle, son énergie canalisée avec une fluidité étrangère à ce qui a précédé: c’est la réussite du programme)…
Voilàqui démontre outre le génie dramatique de Verdi, son sens inné du timing, de la construction très habile dans l’enchaînement des climats contrastés (séquences où brille l’harmonie, bois et flûte, enchaîné au chant des cordes et aux fanfares impétueuses)…
Certes on pourrait regretter un manque de mesure, un surcroît de décharge électrique… mais l’implication totale des interprètes pour faire surgir ce feu bouillonnant de la marmite verdienne se révèle exemplaire.
Premier cd d’envergure et finalement d’un contenu artistiquement varié voire défricheur (Sinfonia Alzira, prélude du I d’Il Corsaro…). L’année Verdi 2013 s’annonce prometteuse. On attend l’intégrale Verdi annoncée par Universal avec impatience.


Riccardo Chailly: Viva Verdi.
Ouvertures et préludes, airs de ballets (I Vespri Siciliani, Alzira, La Traviata, Il Corsaro, Nabucco, Jerusalem, Giovanna d’Arco, Aida, Macbeth, La Forza del destino… Filarmonica della Scala. Ricardo Chailly, direction. 1 cd Decca, enregistré à Milan (Auditorium, juin 2012).

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