Venise. Frari, le 3 juin 2011. César Franck: intégrale des oeuvres pour orgue, 2ème et dernier volet. Pierpaolo Turetta, orgue.

La superbe acoustique dans une église emblématique de patrimoine vénitien où se détache la Pala du Titien, la fameuse et justement admirée Assunta, ajoute évidemment à la réussite du concert d’orgue des oeuvres de Franck, présenté par le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française.

Le tableau du Titien offert à la délectation des auditeurs pendant tout le programme, si baroque déjà par son mouvement ascensionnel et la construction savante mais naturel de sa disposition, souligne en filigrane par un effet subtil de correspondances (effet voulu/conscient des organisateur?) les qualités principales de l’écriture franckiste: on retrouve cette même maîtrise de l’architecture et cette assurance dans la tension musicale dans les oeuvres de César Franck né à Liège en 1822 (dont le cycle pour orgue est joué pour la première fois à Venise) et dont ce programme constitue le second volet de l’intégrale des oeuvres pour orgue, donné dans le cadre du festival Du Second Empire à la Troisième République. Nous ne nous étendrons pas sur l’adéquation du lieu, du programme et cette possibilité spécifique qui permet d’écouter Franck à Venise tout en contemplant le sublime tableau du Titien. Nous avons précemment développer tout ce que cette équation apportait en délices et expérience singulière dans notre compte rendu précédent dédié au concert antérieur ici même dévoilant les motets de Théodore Dubois, Chausson, Saint-Saëns, Massenet (Programme “De saint-Sulpice à la Madeleine”, le 12 mai 2011, Venise, Basilique des Frari)…

A la magie du lieu (l’un des plus emblématiques de Venise), le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française ajoute la saveur visuelle de la peinture… une combinaison gagnante qui aujourd’hui fait toute la pertinence et l’originalité de sa saison musicale présentée à Venise.

Reconnu et abondamment récompensé à travers le monde, l’organiste Pierpaolo Turetta, en vedette ce soir défend avec un engagement communicatif (gestuel digitale flamboyante à l’appui), un répertoire pour orgue que la langue franckiste sait écarter de toute ascèse comme de toute pesanteur sacrée. L’interprète sait aborder chaque partition avec la finesse et l’engagement nécessaire à la musique du compositeur belge qui fut si essentiel dans l’histoire de la musique française à la fin du XIXè: il en restitue l’ampleur et la solennité des formes et des strucutres tout en exprimant aussi l’hyperactivité et la richesse harmonique. Ici, l’interprète joue comme s’il s’agissait d’un récital de piano de sorte que les spectateurs peuvent voir ses mains courir sur les claviers, maîtriser de la même façon le pédalier; s’assurer que les combinaisons préalablement réglées soient opérantes au moment convenu… la console étant disposée à droite de l’autel et de la Pala, tout est dévoilé à la délectation des spectateurs. Sens en éveil et sollicité d’une nouvelle façon entre peinture et musique, voilà une équation nous l’avons dit qui fonctionne idéalement le temps du festival présenté par le Palazzetto Bru Zane.
Pour ceux qui connaissent la configuration du lieu, l’orgue aux Frari est disposé derrière la Pala du Titen qui en est comme le splendide paravent: tous les tuyaux sont disposés horizontalement, sur le même plan: une disposition unique qui respecte évidemment l’exiguité de l’espace compris entre la toile et le mur du choeur, … orientée vers la Scuola di San Rocco (autre lieu investi par le Palazzetto, autre écrin enchanteur … pour les grands concerts symphoniques).
A Sainte-Clotilde, Franck médite et édifie la musique sacrée de son temps, laissant un monument musical aussi ample, abouti voire visionnaire que peut l’être le legs de Liszt. C’est dire ce foisonnement particulier dont le programme aux Frari sait restituer les enjeux esthétiques et les ferments d’une ferveur puissante et humaine. L’engagement souple de l’organiste qui exploite toutes les trouvailles et caractères sonores de l’instrument (douceur aérienne sublimée encore par la qualité acoustique de l’église) réalise à Venise la première intégrale des oeuvres pour orgue de Franck. C’est plus qu’une performance rehaussé par l’esprit d’une première vénitienne. Le programme surprend et convainc pleinement. Nouveau jalon à inscrire parmi les programmes mémorables présentés par le Palazzetto Bru Zane.

Venise. Frari, le 3 juin 2011. César Franck: intégrale des oeuvres pour orgue, 2ème et dernier volet. Pierpaolo Turetta, orgue.

Illustration: © Michele Crosera 2011

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