Un lieu, un musicien : Lully à Versailles (II)

Un lieu, un musicien : Lully à Versailles (II)

 

 

Lully à la cour de Louis XIV

 

Lully_versailles_portraitSeconde habileté du Florentin en France : Lully ” le Français” désormais, favorise le retour de Cavalli, l’Italien, à Venise. L’opéra de ce dernier, Ercole Amante, spectaculaire et poétique, joué le 7 février 1662 devant la Cour est … un échec. Les six heures de musique et de chant italien où sont intercalés les ballets de Lully, pâtissent des machineries trop bruyantes. Mais les ballets séduisent. Cavalli quitte donc Paris. Lully triomphe.
Son succès suscite la jalousie des écrivains et des hommes de théâtre. La Fontaine, Boileau, Bossuet sont irrités par ce jeune ambitieux opportuniste que l’amitié du Roi protège. L’affection du Souverain va grandissante. Les tragédies lyriques de Lully lui vaudront même l’obtention de ses lettres de noblesse et son titre de conseiller-secrétaire du Roi en 1680. La position que lui permet le Souverain, véritable roi artiste et esthète protecteur des arts, inaugure un statut inconnu avant lui. Elle témoigne de la reconnaissance d’un musicien dans son temps.

 

 

Un lieu, un musicien

 

Si Louis XIV a créé Versailles sur le thème des plaisirs, la Cour ne dispose pas d’une salle de théâtre digne de son éclat. De plus, la création d’un opéra français est tardive dans le siècle. La première tragédie lyrique de Lully voit le jour en 1673 (Cadmus et Hermione) quand l’opéra vénitien a inauguré son théâtre public payant depuis… 1637.
En France, les autres arts bénéficient de structures déjà anciennes. Richelieu a créé l’Académie française de peinture en 1648. Il faut attendre 1669 pour que naisse une Académie de musique. L’école de peinture est florissante dès le règne de Louis XIII. Sous l’impulsion de Mazarin, de nombreuses sensibilités talentueuses attestent de la diversité de la maturité française : Jacques Stella, Laurent de la Hyre, Lubin Baugin, Eustache Lesueur, Sébastien Bourdon… autant d’atticistes parisiens qui à l’égal des maîtres italiens, renouent avec un sens de l’équilibre néogrec. Le cas de la musique est tout à fait différent.

louis_XIV_alexandre_Versailles_baroque_musiqueL’Italie – berceau des arts depuis l’Antiquité romaine, statut renforcé pendant la Renaissance -, a fécondé la France du Grand Siècle. Dans le cas du théâtre lyrique, avant la naissance et l’éclosion d’un style original, un temps d’apprentissage et d’assimilation est nécessaire. La musique s’impose peu à peu grâce au ballet de cour. Sur la danse puis la comédie, elle étend son empire et deviendra tragédie (sur le modèle là encore des grecs antiques).  Lully de naissance italienne, réalise le projet d’un opéra français.
A Versailles, la difficulté de construite un théâtre d’opéra est l’écho de ce constat. Si les fondations d’une salle de ballets et d’opéras sont amorcés dès 1688, à l’extrémité de l’aile nord, les guerres et les difficultés de la fin du règne font avorter les plans. Les conditions du spectacle à Versailles sont particulières. Quand les représentations n’investissent pas à la belle saison, les sites de plein air, les façades du château ou le cadre des jardins-, le Roi s’accommode d’un ” modeste ” petit théâtre ou salle des comédies.
Versailles est d’abord le lieu de séjours de plus en plus fréquents et enchanteurs du jeune souverain. Dès octobre 1663, Louis et sa suite s’installent au château pour y chasser. La troupe de Molière donne ses pièces, le Prince jaloux, l’école des Maris, les Fâcheux, l’Impromptu de Versailles, et aussi Sertorius de Corneille. C’est un lieu de villégiature, cynégétique et théâtral où la musique n’a pas encore sa place. Il abrite les amours royales, celles du jeune Roi et de Mademoiselle de la Vallière.

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Louis XIV jeune monarque conquérant par Nanteuil (DR)

Lully et Molière

 

lully_gravure_450De 1662 à 1663, les ailes des Communs (écuries et cuisines) sont rebâties. une première orangerie, l’amorce du dessin des jardins, élaborés par André Le Nôtre, occupent les équipes d’ouvriers. Versailles est un chantier étendu aux transformations continuelles. Lully et Molière qui se sont rencontrés dès 1661, pour la comédies Les Fâcheux, représenté à Vaux, commencent une collaboration fructueuse. Pour  ” Les Plaisirs de l’Île Enchantée “, premier grand divertissement de Versailles, donné à l’été 1664, ils réalisent Le mariage forcé et La Princesse d’Élide. ” Les deux Baptistes ” font danser, rire et rêver la Cour de France. Tout œuvre à faire du parc, un lieu propice à l’amour et à la fête, dont le sujet s’adresse secrètement à l’aimée, Mademoiselle de La Vallière, celle qui, l’année précédente avait inspiré au roi, sa première escapade versaillaise. La magie de l’amour règne alors.
Carlo Vigarani élabore les décors de ce superbe ” opéra chevaleresque ” où Roger et les chevaliers sont prisonniers des enchantements de la belle Alcine.  Désormais Molière et Lully conçoivent les divertissements royaux. En 1665, c’est L’Amour Médecin. Parallèlement, Lully produit l’ensemble des ballets du Roi auxquels participent Beauchamps pour la chorégraphie et Vigarani pour décors et machineries : ballet de la naissance de Vénus (janvier 1665, Palais Royal), Ballet de Créquy ou le triomphe de Bacchus aux Indes (janvier 1666). Après le deuil de la Cour qui suit la mort d’Anne d’Autriche, Lully crée à Saint-Germain, le Ballets des muses, mi-ballet, mi-comédie-ballet, où s’intègre une pastorale comique, nouveau genre inauguré en 1654 par de Beys et La Guerre.

1668 indique la deuxième tranche des grands travaux à Versailles. Le corps central se pare d’une enveloppe de pierre : c’est le château neuf.  Versailles terrasse jardinsLa façade sur les jardins déploie élégance et unité minérale, selon le dessein de Le Vau : trois étages rythment l’élévation, un rez de chaussée à bossages, aux lignes horizontales marquées, un étage noble haut sous plafond réservé aux Grands Appartements, celui du Roi (au nord) et de la Reine (au sud côté orangerie), enfin un attique ou dernier étage dont la balustrade dissimule les toitures, selon le modèle antique. Une large terrasse dont le vide central engendre ombre et lumière, s’inspire de l’architecture baroque romaine, celle des palais princiers. Versailles vit toujours à l’heure italienne.

 

Suite du dossier Lully à Versailles, III : l’opéra au château

 

Illustrations : Portraits de Lully, Louis XIV en Alexandre, le Surintendant Lully, la façade du château de Versailles en 1668 avec sa terrasse côté jardins …

 

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