TOURS, compte rendu critique, concert. Grand Théâtre, le 11 décembre 2016. Concert Shakespeare : Sullivan, Berlioz, Tchaikovski, Nicolaï, Sibelius, Dvorak. Orch Symphonique Région Centre Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction.

shakespeare_portraitTOURS, compte rendu critique, concert. Grand Théâtre, le 11 décembre 2016. Concert Shakespeare : Sullivan, Berlioz, Tchaikovski, Nicolaï, Sibelius, Dvorak. Orch Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction. William Shakespeare fait l’unité de ce 2è concert symphonique présenté par l’Opéra de Tours dans le cadre de sa nouvelle saison 2016-2017. La langue de Shakespeare est hautement musicale et ce programme le montre superbement. De surcroît, la soirée est riche en découvertes: le cycle marie des pièces méconnues fortes et puissantes et pourtant trop rares en France. Il dévoile aussi le formidable charisme d’un chef passionnant à suivre dont le métier approche l’excellence par sa façon artisanale et son hypersensibilité communicative, propre à obtenir d’infimes nuances. De fait, la complicité chef / instrumentistes a fonctionné : tous les pupitres sont prêts à le suivre jusqu’au delà des attentes. On n’avait pas vécu telle expérience musicale depuis longtemps à Tours.

Pas de grands germaniques romantiques mais les compositeurs Français, Tchèques Russes, Finlandais, soit ici plusieurs personnalités au caractère trempés qui de Berlioz à Sibelius proposent aussi de vrais défis pour les instrumentistes de l’Orchestre symphonique Région Centre Val de Loire / Tours (OSRCVLT). Les formes abordées sont libres : symphonie dramatique, ouvertures, Fantaisie symphonique, musique de scène…  l’attention qu’elles exigent suppose en vérité un engagement total car pour toutes, il s’agit de véritables opéras révélant une dramaturgie sans les voix sinon l’éloquence canalisée des instruments.
De ce point de vue, la soirée aura été celle d’une captivante immersion symphonique,  révélant de fabuleuses dispositions d’écoute et des trésors dans le jeu collectif,  défis relevés et pleinement assumés par le charisme d’un chef présent formidablement complice dont la direction toute en fluidité et précision a révélé le cœur et la vérité de chaque épisode, ce malgré la disparité des effectifs et des écritures.

UN CHEF ARTISAN MAGICIEN… La réalisation en est l’attrait premier…  d’un éclectisme certes prometteur,  -le programme put n’être qu’un nouvel exercice démonstratif, contrasté et brillant. C’est tout l’inverse qui se produit en vérité dès l’ouverture du Sullivan (ouverture de Macbeth, 1888) : suprême sensibilité instrumentale, souci constant des équilibres entre pupitres, exceptionnelle vision de l’architecture globale…  la direction du chef invité, l’irlandais Robert Houlihan ne manque pas de qualités.  Le maestro fait surgir un éclat constant et pointilliste, une urgence ciselée, s’appuyant sur une très vive acuité expressive, doublée d’une sonorité globale qui saisit immédiatement par la qualité de sa cohérence, par son équilibre souverain : le son de l’orchestre est clair,  fluide, d’une étonnante lisibilité dramatique.
Sullivan (irlandais aussi) plus connu pour ses innombrables comédies musicales dont l’esprit léger l’apparente à Offenbach, méritait bien cette (re)découverte shakespearienne sur un sujet historique et fantastique, “plus sérieux”.  Brillante et sans clinquant, l’Ouverture séduit par sa verve continue et dans l’élégance d’un geste qui veille aux dynamiques,  et sait faire allusivement références aux germaniques  tels Weber et Wagner. Du grand art, traité par un très habille meneur d’orchestres. D’emblée ce qui frappe ici c’est l’absolue poésie de la direction,  une intelligence des accents et de la balance générale. Tout au long du concert la flexibilité et la palette des nuances, l’entrain expressif comme la gestion du dialogue et des réponses entre pupitres, favorisés par Robert Houlihan, ont été passionnants à suivre.
Le Berlioz en est la séquence la plus admirable par son intensité et sa pudeur. La scène d’amour de Roméo et Juliette fait valoir une toute autre atmosphère : amoureuse … enveloppante, presque suspendue, énigmatique; d’une audace si Berliozienne par sa texture et ses passages harmoniques… dont le chef, maître du flux organique, façonne une manière de soie vaporeuse et puissamment colorée dont il déduit surtout un sens de la respiration remarquable. L’ivresse et l’extase coulent dans cette séquence polie avec une tendresse et une sincérité inouïes. Le résultat impressionne, mais est-ce si surprenant de la part de l’élève de George Hurst qui lui même connaissait son Berlioz comme personne, ayant reçu de Pierre Monteux des indications d’une inestimable profondeur ? Robert Houlihan aime à préciser aussi qu’il a reçu du maestro Léon Barzin (1900-1999), -né belge, ayant fait carrière aux USA, qui joua sous la direction de Toscanini et qui fonda le New York City Ballet-, une excellente formation technique. Hurst, Barzin…, ainsi est élucidée une équation qui semble ce soir, miraculeusement incarnée : elle produit ses effets immédiats à Tours. Du grand artisanat donc, doublée d’une intuition naturelle et un goût des plus sûrs.

 

 

 

A l’invitation de Benjamin Pionnier, nouveau directeur général et artistique de l’Opéra de Tours, le chef charismatique Robert Houlihan électrise les musiciens de l’Orchestre symphonique région Centre-Val de Loire / Tours, dans un programme Shakespeare très original

 

 

 

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L’œuvre inscrite en dernière partie de ce premier volet déploie les mêmes prouesses en termes de caractérisation et de cohérence interne,  mais elle ajoute une autre qualité remarquablement défendue par le maestro : son sens de la structure et du développement, révélant en cela outre le génie du Tchaikovski orchestrateur,  sa capacité de conteur : La Tempête, créé en décembre 1873, est un poème symphonique dont le plan symétrique s’appuie sur une texture remarquablement évocatrice, à notre avis qui dépasse son apparente clarté descriptive : la houle du début,- véritable grondement wagnérien, sourd mais remarquablement coloré à la façon du formidable maelstrom initiant le Ring-, qui enfle progressivement installant peu à peu tout un paysage marin, rempli par la suite d’éclairs et de scintillements dramatiques (et amoureux avec l’évocation de Miranda) offre à Robert Houlihan, une nouvelle occasion de nuancer la texture formidable de cette Fantaisie symphonique de Tchaikovski dont la concision et l’équilibre du plan dramatique (la houle océans du début reprend de même dans la fin du poème), son activité scintillante,  sa terribilità comme sa fureur épique égalent les poèmes symphoniques et symphonies dramatiques plus connues. Une autre somptueuse découverte.

Puis la seconde partie amorce sa course tout aussi haletante et passionnante : l’Ouverture des Joyeuses commères de Windsor d’Otto Nicolaï (1849) scintille de fluidité et de grâce élégante : le chef ajoutant dans les multiples reprises du motif si dansant aux cordes, une maîtrise remarquable dans la diversité des registres expressifs : malice, élégance, suave comédie ; c’est un jeu nerveux et fluide, un feu d’artifice de diverses couleurs instrumentales qui jaillit comme une gerbe miroitante et ardente. Coeur d’une intention poétique sans artifice ni effets d’aucune sorte, les extraits de La Tempête de Sibelius (1926) frappent par le changement de sonorité immédiat, dès le début des 7 séquences choisies : Humoresque regorge de verve et d’intensité pastorale, d’un mordant raffiné, extrêmement bien poli ; surprenant et idéalement réalisé, le portrait du génie de la terre, Caliban, que Sibelius aborde ensuite, avec une acuité expressive très ambivalente finalement, elle aussi malicieuse ; enfin, l’ultime épisode fait éclater toutes les limites expressives de l’orchestre et ouvre directement sur un gouffre inquiétant, infernal ; comme une formidable boîte de Pandore, l’orchestre rugissant, expectorant, déverse une déflagration terrible, d’essence fantastique, laissant l’auditeur comme déconcerté par son étrangeté conquérante, dont l’abstraction fait contraste avec les délices narratifs qui ont précédé. Le chef sculpte la matière sonore avec un tact magicien, alliant puissance et détail, couleurs et profondeur. Le résultat sonore est stupéfiant. A la demande des instrumentistes, Robert Houlihan accepte de bon cœur de conclure ce programme captivant par le très rare Othello de Dvorak (initialement programmé avant la musique de scène de Sibelius), tout en rondeur et en lyrisme caressant (les bois sont très exposés et d’une permanente activité). Chef et orchestres en saisissent la progression dramatique, dense, efficace, sans omettre sa coloration tragique ultime, à l’énoncé du meurtre de Desdémone par son époux manipulé, trop soupçonneux. Le drame shakespearien surgit dans chaque mesure, ciselée, canalisée.

 

 

houlihan-robert-chef-irlandais-goerg-hurst-leon-balzin-Robert-Houlihan2Aucun doute, Tours vit une nouvelle ère symphonique depuis la nomination du jeune chef Benjamin Pionnier, comme Directeur général et artistique de l’Opéra. Un cap est franchi ce soir pour un renouvellement des répertoires, en une expérience régénérée de l’écoute collective, de l’élégance partagée. Chef invité, Robert Houlihan force l’admiration par son acuité expressive, sa finesse, sa profondeur et sa flexibilité. Il a suivi comme Benjamin Pionnier la leçon du regretté Georg Hurst en Grande-Bretagne. C’est une leçon de direction, dans le respect souverain des compositeurs et des musiciens de l’Orchestre. Ceux-ci d’ailleurs ne cachent pas leur enthousiasme en fin de concert, applaudissant copieusement, comme le public, un chef aguerri et si humble dont l’intelligence et l’humanité les ont magnifiquement inspirés. Magistral.

 

 

 

TOURS, compte rendu critique, concert. Grand Théâtre, le 11 décembre 2016. Concert Shakespeare : Sullivan, Berlioz, Tchaikovski, Nicolaï, Sibelius, Dvorak. Orch Symphonique Région Centre Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction.

 

ORCHESTRE SYMPHONIQUE
R.GION CENTRE-VAL DE LOIRE / TOURS
Concert SHAKESPEARE 2016
Direction musicale : Robert HOULIHAN
Le 11 décembre 2016

Programme :

1ère partie
Sir Arthur Sullivan : Macbeth Overture
Hector Berlioz : Scène d’amour de Roméo et Juliette
Piotr Illitch Tchaikovsky : La Tempête, fantaisie symphonique
d’après Shakespeare – Op.18

2ème partie
Otto Nicolai : Les joyeuses commères de Windsor (Ouverture)
Anton Dvořak : Othello (Ouverture de concert) – Op.93
Jean Sibelius : La Tempête – Op.109 (extraits)

 

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Prochain concert symphonique à l’Opéra de Tours : « Légendes russes », les 7 et 8 janvier 2017 avec Xavier de Maistre, harpe (Concerto de Glière), Rimsky-Korsakov, Borodine… En LIRE +

 

 

Prochaine production lyrique à l’Opéra de Tours : Franz LEHAR : Le Pays du sourire, 24-31 décembre 2016. Fin d’année heureuse, légère, nostalgique à TOURS, avec l’une des dernières opérettes à succès, Le Pays du sourire créé en 1929, de Franz Lear, l’auteur révélé par La Veuve joyeuse (1905). Formé à Prague (où il retrouve Dvorak), … EN LIRE +

 

 

VOIR : visionner aussi notre entretien avec Benjamin Pionnier, fonctionnement de l’Orchestre symphonique, présentation de la nouvelle saison 2016-2017 de l’Opéra de Tours…

 

 

 

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