Toulouse. Halle aux Grains. Le 26 mars 2013. Bach, Mozart : Messe en ut K.427. Les Musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, direction.

Il est des moments ou le fait même d’avoir pris l’engagement d’écrire une chronique de concert parait un non sens. Comment avoir un avis sur des choix interprétatifs que nous ne partageons pas, comment oser avouer qu’ils ne nous ont pas convaincu tout en reconnaissant la grande valeur du chef et des interprètes ?

Pourtant nous le savions pour avoir entendu dans cette même salle en 2011 sa version de la Messe en si, Marc Minkowski est un ardent défenseur du « un chanteur par partie » prôné par Rifkin. Cette solution comporte des qualités et des manques ; elle a fait couler beaucoup d’encre. Nous soulignerons les éléments qui nous ont paru peu cohérents sans pour autant mésestimer les qualités des interprètes ou négliger l’excellente surprise de la deuxième partie du programme.


Mozart divinement offert mais Bach partiellement

Pourquoi d’ailleurs ne pas dire d’emblée que c’est dans la Messe en ut de Mozart que le résultat a été le plus éloquent. Une petite tribune pour la première de cette Messe explique le choix du « un par partie »… soit. Il reste que les 38 instrumentistes étaient bien présents ce soir sur scène… ou étaient-t-ils à la création ? L’écriture mozartienne est plus limpide que celle de Bach avec en particulier sa délicatesse chambriste qui culmine dans l’Et Incarnatus est. Les passages choraux, les airs, duos, trios et quatuors ont chacun trouvé leur exact poids musical. Il faut même reconnaître que la formation en double choeur a particulièrement bien fonctionné dans le Qui tollis. Cette Messe en ut a été vivante, dramatisée comme il convient car l’opéra n’est vraiment pas loin. Les airs ont été parfaitement interprétés alors même qu’ils requièrent des moyens importants. Les équilibres ont été particulièrement soignés et Marc Minkowski et son équipe en ont proposé une interprétation fraîche et réjouissante. Les grandes triomphatrices de la soirée, en raison de la parfaite interprétation sont les trois sopranos, Ditte Anderson, Marianne Crebassa et Ana Quitans, ayant chacune de belles qualités vocales.

Pour ce qui est de la première partie consacrée à Bach, il faut tout de même reconnaître que le début de la Cantate BWV 31 si ample et solennel avec les cuivres vaillants n’a pas connu l’amplification voulue avec le chœur évoquant le rire du ciel et la joie de la terre, explosant de jubilation dans le vaste univers. Ce n’est pas l’énergie qui manquait mais l’équilibre entre le verbe et la musique. L’orchestre trop nombreux ne permettait pas toujours la parfaite compréhension des mots ce qui affaiblissait le propos. N’est ce pas oublier le coté révolutionnaire de la réforme luthérienne qui permettait aux pratiquants d’être édifiés par les textes dans la langue profane ? D’autant que la perfection instrumentale générale des Musiciens du Louvre Grenoble n’a pas su éviter quelques scories. Les cuivres naturels peuvent être retors et ingrats.
La cantate comprend une succession de récitatifs et d’airs, chacun a été agréablement chanté mais sans vraie direction dramatique les reliant. Le choral final n’a pas pu couronner l’œuvre, les 10 chanteurs ne pouvant évoquer une pleine église de croyants partageant leur confiance dans la promesse de la vie éternelle.

La Cantate BWV 4 existe en plusieurs versions. La riche orchestration de Bach avec souvent doublage des voix par sacqueboutes et cornets à bouquin donne beaucoup d’ampleur au propos. C’est cette version étoffée de 1725 qui a été choisie, créant un paradoxe entre la splendeur instrumentale et la fragilité chorale. Le fait ne pas disposer d’un vrai chœur contrasté avec les moments solistes n’a pas offert la variété que cette œuvre peut apporter. La cantus firmus qui parcourt constamment la cantate a par épisodes, disparu, comme dans le verset 4 avec des altis trop fragiles. Cette interprétation n’ayant ni pris le parti intimiste, ni fastueux, ces cantates de Pâques, que tout devait opposer, n’ont été que belles et agréables.

Le public est venu nombreux et a semblé satisfait mais sans applaudissements fanatiques. Chacun a gardé certainement ses préférences, conscient du fait que Bach est un immense musicien dont une seule interprétation ne peut épuiser la richesse.
Au final c’est le divin Mozart qui par son amour des voix de sopranos et son sens du théâtre a emporté tous les suffrages.

Toulouse. Halle aux Grains. Le 26 mars 2013. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Cantates BWV 31 et BWV 4 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791) : Messe en Ut K.427 ; Ditte Anderson, Ana Quitens, Marianne Crebassa, Pauline Sabatier : sopranos ; Carlos Mena, Owen Willetts : alti ; Colin Balzer, Jan Petryka : ténors ; Charles Dekeyser, Norman Patzke :basses ; Les Musiciens du Louvre Grenoble ; Marc Minkowski, direction.

Comments are closed.