Titus, prince des vertus politiques

Titus empereur : il incarnait "les dĂ©lices du genre humain"DOSSIER. Titus de Mozart : le prince des vertus Ă  l’époque des LumiĂšres. AprĂšs Son premier seria (Ă©blouissant par sa justesse Ă©motionnelle dĂ©jĂ ) : Mitridate (1770, Ă©laborĂ© Ă  14 ans !), puis Lucio Silla (1772), Idomeneo (1781), la ClĂ©mence de Titus est crĂ©Ă© en 1791 l’annĂ©e de la mort de Mozart, rĂ©pondant Ă  une commande pour le couronnement de Leopold II au trĂŽne de BohĂšme. La langue mozartienne assouplit la sĂ©cheresse systĂ©matique de l’alternance recitatifs puis airs ; tout s’articule et ondule selon le traitement psychologique et le dĂ©voilement de la psychĂ©, en particulier sur le profil de Vitellia, la seule qui se transforme, passant de la haine pĂ©trifiĂ©e, Ă  la compassion tendre et fraternelle. Face à cette femmes monstrueuse qui s’humanise, Mozart suit cependant la tradition politico poĂ©tique dans le personnage du roi : Titus, que sa charge rend sombre, solitaire, comme isolĂ© dans une posture qui le place d’emblĂ©e au dessus de ses sujets, fussent-ils proches voire plus (Sextus).

Titus, a contrario de l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIĂš, oĂč rĂšgnent les souverains pervers – « effeminatos », figures emblĂ©matiques du pouvoir corrompu : Nerone du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi, Eliogaballo de Cavalli-, incarne un siĂšcle plus tard toutes les vertus politiques. C’est la version MĂ©tatasienne qui valorise le pouvoir politique, prĂȘtant au prince, des vertus mĂ©sestimĂ©es.

TITUS, lumiĂšre des vertus

TITUS FLAVIEN demeure le modĂšle du prince vertueux ; qualitĂ© rare chez les politiques de l’AntiquitĂ© romaine, plus connue pour ses intrigues et corruptions. Or l’Empereur qui succĂšde Ă  Trajan, ayant Ă©tĂ© transformĂ© par l’amour de BĂ©rĂ©nice en JudĂ©e, incarne dans les arts, le modĂšle du prince honnĂȘte, loyal, responsable et juste. L’opĂ©ra n’échappe pas Ă  cette tradition et Mozart, composant un nouvel ouvrage (son dernier seria) pour le couronnement de l’Empereur Leopold II, met en musique la lĂ©gende de Titus, mais il en fait un drame amoureux et intimiste, proche de sa propre esthĂ©tique musicale, soucieuse d’introspection et de vĂ©ritĂ© psychologique


L’Empereur flavien qui rĂšgna si peu (79-81 aprĂšs JC), rĂ©ussit la conquĂȘte de JudĂ©e, profite Ă©videmment de sa relation avec BĂ©rĂ©nice, princesse juive qui lui apprend la sagesse et renforce sa lumineuse humanitĂ©. Dans l’opĂ©ra de Mozart, qui met en avant sa clĂ©mence, – un de ses nombreux traits hautement moraux, Titus est Ă  Rome, mais seul : il a du sous pression des sĂ©nateurs racistes et xĂ©nophobes, renoncer Ă  Ă©pouser BĂ©rĂ©nice car elle Ă©tait Ă©trangĂšre.
Autour de ce modĂšle de vertu, s’agrĂšgent intrigues et trahisons. Face Ă  la manipulation de Vittelia, la seule de tout l’opĂ©ra qui se mĂ©tamorphose rĂ©ellement, au II (dans son fameux air avec cor de basset : « non piu di fiori », Rondo n°23), Titus reste constant dans sa figuration sur la scĂšne : prince Ă  la carrure inflexible qui observe, analyse, rĂ©flĂ©chit ; et comme distanciĂ© de l’action, prend du recul, avant de prendre une dĂ©cision.

Dans l’acte I, Mozart lui rĂ©serve deux airs comme pour mieux assoir son autoritĂ© et pour affirmer l’ampleur de sa stature impĂ©riale : d’abord, installĂ© par une marche et un chƓur, qui prĂ©cĂšdent la scĂšne Ă  plusieurs voix (Annio, Sesto), « Del piĂč sublime soglio » /
; puis l’air tout autant dĂ©veloppĂ© : « Ah, se fosse intorno al trono ».

Au II, l’empereur paraĂźt d’une tendresse amoureuse pour son peuple (choeur : « Ah grazia si rendano  »), accord sublime au souffle d’une lumineuse grandeur et noblesse ; puis en proie au doute le plus humain, tiraillĂ©, sujet d’une haine jalouse (rĂ©citatif accompagnĂ© : « Che orror! Che tradimento! »), Titus envisage de faire exĂ©cuter celui qui l’a apparemment trahi, son ami (amant?), Sesto. Puis c’est le grand air hĂ©roĂŻque qui veut exprimer l’intransigeance du pouvoir (par lequel Titus justifie d’avoir signĂ© l’acte de mort de Sesto, mĂȘme s’il regrette dans le mĂȘme temps, qu’un prince digne de ce nom doit d’abord gagner l’amour de son peuple et non pas rĂšgner par la terreur
 aria : « Se all’impero, amici Dei ».
Jusqu’à la scĂšne ultime (XVII), Titus bras armĂ© de la Loi, soucieux d’éradiquer les comploteurs qui en voulaient Ă  sa vie, allait exĂ©cuter son ami
 jusqu’au moment, dĂ©cisif oĂč Vittelia terrassĂ©e par le dĂ©voilement de la vĂ©ritĂ©, se dĂ©nonce elle-mĂȘme, auteur de l’indigne attentat, manipulatrice du pauvre coeur de Sesto, totalement Ă©pris d’elle.

Mozart a donc donnĂ© du souverain, l’image de l’infaillibilitĂ© politique, sachant sacrifier ses attaches affectives au nom de la raison d’état. il Ă©tait prĂȘt Ă  faire exĂ©cuter son ami Sextus.

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Un récent enregistrement de La Clémence de Titus est paru, dirigé par Jérémie Rhorer :

 

LIRE aussi  :

mozart die entfuhrung aus dem serail cercle de l harmonie jeremie rhorer cd outhere presentation review critique CLASSIQUENEWS mai juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail (JĂ©rĂ©mie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha). Sous le masque lĂ©ger, exotique d’une turquerie crĂ©Ă©e Ă  Vienne en 1782, se prĂ©cise en vĂ©ritĂ© non pas la confrontation de l’occident versus l’orient, occidentaux prisonniers, esclaves en terres musulmanes, mais bien un projet plus ample et philosophique : la lutte des fraternitĂ©s contre le despotisme et la barbarie cruelle (la leçon de clĂ©mence et de pardon dont est capable Pacha Selim en fin d’opĂ©ra reste de nos jour d’une impossible posture : quels politiques de tout bord est-il capable de nos jours et dans le contexte gĂ©opolitique qui est le nĂŽtre, d’un tel humanisme pratique ?). Cette fraternitĂ©, ce chant du sublime fraternel s’exprime bien dans la musique de Mozart, avant celle de Beethoven. LIRE la critique complĂšte de l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart par JĂ©rĂ©my Rohrer

 

 

 

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