Le Château de Barbe-Bleue de Bartok à Anvers

bartokAnvers, Vlamsopera. Bartok: Barbe-Bleue. 30 avril>10 mai 2014. L’Opéra des Flandres à Anvers (Vlaams opéra) présente une nouvelle production qui met en regard deux oeuvres vocales, prenantes et saisissantes par l’éloquence de la solitude qui s’y déploie : Le Château de Barbe-Bleue de Bela Bartok  et Voyage d’hiver  de Schubert.  Dans le premier ouvrage, un couple se perd en conjectures, atteignant les ultimes confins de la communication et de la compréhension mutuelle : à force de vouloir connaître le passé de son époux (en ouvrant symboliquement chacune de sports de son château…), Judith ne prend-t-elle pas le risque de perdre tout avenir pour son mariage à construire et à vivre ? Ce qui est en jeu en définitive c’est le renoncement au passé et la promesse d’un avenir futur fondé sur la confiance… Les deux êtres réunis en sont-ils chacun capables ? La puissante intensité de l’écriture orchestrale exprime les tensions et les doutes des deux âmes qui tout peut déchirer comme fusionner pour l’éternité. Ici se joue le destin d’un couple touchant par ses questionnements, bouleversant par sa fragilité.

Dans Le Voyage d’hiver de Schubert, c’est à voce cola, le chant d’un amoureux errant, voyageur solitaire, tentant d’assumer l’échec de sa vie sentimentale en un désert lugubre et gris… Au cours de son périple musical, le voyageur se rapproche-t-il de la mort ou d’une délivrance présumée ?

Sur la scène du Vlaamse opéra, le metteur en scène hongrois Kornél Mundruczó, actif au théâtre et au cinéma, ose réaliser l’union improbables parfois de deux univers afin d’en proposer un ensemble scénique cohérent. Pari réussi ?

Anvers, Vlaamsopera
Les 30 avril, 2,4,6,8,10 mai 2014

Direction musicale : Martyn Brabbins
Réalisateur : Kornél Mundruczó
Barbe-Bleue : Stefan Kocan
Judith : Asmik Grigorian
Zanger Winterreise: Toby Girling
Piano Winterreise: Severin von Eckardstein / Jef Smits

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CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013)

winterreise_jonas_kaufmann_sony-classical_helmut-deutsch-cdCLIC D'OR macaron 200CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013). La frontière entre baryton et ténor est ténue ici et dévoile pour le plus grand ténor actuel , Jonas Kaufmann, des trésors de nouvelles nuances et d’éclats sertis dans le plus beau métal vocal. Le diseur égale ses aînés, ténors et barytons, par le sens du verbe ; un verbe magicien qu’il éclaire d’une faille pudique, d’une blessure qui s’exprime sans jamais s’exhiber. Le cri déchirant surgit tel un glaive magnifiquement acéré au comble du désespoir. Le style, la musicalité, la richesse du timbre, les teintes fauves et introspectives d’un acteur né traverse chacune des 24 séquences. Ici tragédien embrasé, heldentenor certes, surtout prophète d’une mélancolie naturellement musicale qui chante l’impuissance, l’extase, l’errance d’un voyage vécu jusqu’aux tréfonds des viscères. Le chant de Jonas Kaufmann, superbement chambriste, n’est pas seulement musical et hédoniste, il incarne d’autant mieux qu’il sait se mesurer, contrôler. Le piano plutôt que le forte, est son arme la plus efficace.

le dernier cd de Jonas Kaufmann est un sommet schubertien

Grâce schubertienne

A contrario de bien des confrères qui vocifèrent sans phraser, incapable de tenir une ligne, Jonas Kaufmann, ailleurs superbe wagnérien, et récemment pour le disque en un récital de toute beauté, verdien inoubliable, illumine Schubert et son mystère indicible qui pourtant ne pourrait être exprimé sans le verbe vocal. Inutile de tourner autour du pot, ce récital en studio est un nouvel accomplissement absolu du ténor allemand. Sa capacité à réinventer tout le cycle avec une intensité lié à l’investissement dans l’instant reste époustouflant. Le piano complice d’Helmut Deutsch (qui a précédemment joué avec Kaufmann, le cycle du Winterreise en concert), partenaire des plus grands, ajoute à la valeur de l’enregistrement : voici un Schubert qui n’a jamais mieux respiré, ni mieux coulé comme une caresse sombre et tragique, d’un artiste à l’autre. Un Schubert réinventé tel qu’on n’osait plus en rêver. N’écoutez qu’un seul lied : la plage 5 : Der Lindebaum (Le tilleul) : une invitation palpitante, racée … un appel à la plus grande paix de l’âme. Du très grand art. Evidemment l’album Schubert de Jonas Kaufmann est un immense coup de cÅ“ur de Classiquenews.com en février 2014.

Franz Schubert : Winterreise D911. Joans Kaufmann, ténor. Helmut Deutsch, piano. Enregistrement réalisé à Grünwald (Allemagne) en octobre 2013. 1 cd Sony classical 88883795632